
Pie XII 1943 - I. — L'ÉGLISE « CORPS » Un, indivisible, visible
Nous avons vu jusqu'ici, Vénérables Frères, que l'Eglise, dans sa constitution, peut être comparée à un corps ; il Nous reste à expliquer en détail pourquoi il faut l'appeler, non pas un corps quelconque, mais le Corps de Jésus-Christ. Et ceci se conclut de ce que Notre-Seigneur est le Fondateur, la Tête, le Soutien, le Sauveur de ce Corps mystique.
Le Christ, * fondateur » de ce Corps
Au moment d'exposer brièvement comment le Christ a fondé son Corps social, la phrase de Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Léon XIII, se présente aussitôt à Notre esprit : « L'Eglise, déjà conçue, et qui était sortie, pour ainsi dire, des flancs du nouvel Adam dormant sur la croix, s'est manifestée pour la première fois aux hommes d'une manière éclatante le jour solennel de la Pentecôte » 8. Car le divin Rédempteur commença à édifier le temple mystique de l'Eglise quand il livra son enseignement en prêchant ; il l'acheva quand il fut suspendu publiquement à la croix ; enfin, il en procura la manifestation et la promulgation quand il envoya visiblement l'Esprit-Saint sur ses disciples.
a) En prêchant l'Evangile.
Dans l'accomplissement de sa mission de prédicateur, il choisissait ses apôtres, les envoyant comme lui-même avait été envoyé par le Père (Jn 17,18), comme docteurs, guides, agents de sainteté dans l'assemblée des fidèles ; il désignait leur Chef et son Vicaire sur la terre (cf. Mt 16,18-19) ; il leur dévoilait tout ce qu'il avait entendu de son Père (cf. Jn 15,15 Jn 17,8 et Jn 17,14) ; il indiquait aussi le baptême (cf. Jn 3,5) comme moyen pour les futurs croyants d'être insérés dans le Corps de l'Eglise. Et quand enfin il fut parvenu au soir de sa vie, il célébra la dernière Cène durant laquelle il institua l'Eucharistie, à la fois admirable sacrifice et admirable sacrement.
b) En souffrant sur la croix.
Qu'il ait consommé son oeuvre sur le gibet de la croix, les témoignages ininterrompus des saints Pères en font foi, eux qui font remarquer que l'Eglise est née du côté du Sauveur sur la croix, comme une nouvelle Eve, mère de tous les vivants (cf. Gn 3,20). « C'est maintenant, dit saint Ambroise à propos du côté du Christ transpercé, qu'elle est fondée, maintenant qu'elle est formée, maintenant qu'elle est figurée, maintenant qu'elle est créée... C'est maintenant que la demeure spirituelle s'élève pour un sacerdoce saint » 9. Quiconque approfondit religieusement cette vénérable doctrine pourra sans difficulté voir les raisons sur lesquelles elle s'appuie.
D'abord la mort du Rédempteur a fait succéder le Nouveau Testament à l'ancienne Loi abolie ; c'est alors que la Loi du Christ, avec ses mystères, ses lois, ses institutions et ses rites, fut sanctionnée pour tout l'univers dans le sang de Jésus-Christ. Car tant que le divin Sauveur prêchait sur un territoire restreint — il n'avait été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (cf. Matth. Mt 15,24) — la Loi et l'Evangile marchaient de concert10 ; mais sur le gibet de sa mort il annula la Loi avec ses prescriptions (cf. Ep 2,15), il cloua à la croix le « chirographe » de l'Ancien Testament (cf. Col 2,14), établissant une Nouvelle Alliance dans son sang répandu pour tout le genre humain (cf. Mt 26, 28, et 1Co 11,25). « Alors, dit saint Léon le Grand en parlant de la croix du Seigneur, le passage de la Loi à l'Evangile, de la Synagogue à l'Eglise, des sacrifices nombreux à la Victime unique, se produisit avec tant d'évidence qu'au moment où le Seigneur rendit l'esprit, le voile mystique, qui fermait aux regards le fond du Temple et son sanctuaire secret, se déchira violemment et brusquement du haut en bas » 11.
» S. Ambroise, In Luc. II, 87 ; Migne, P. L., 15, 1585.
10 Cf. S. Thomas, I-II 103,3 ad 2.
11 S. Léon le Grand, Serm. LXVIII, 3 ; Migne, P. L., LIV, 374.
Sur la croix, par conséquent, la Loi ancienne est morte ; bientôt elle sera ensevelie et elle deviendra cause de mort12, pour céder la place au Nouveau Testament, dont le Christ avait choisi les apôtres pour ministres qualifiés (cf. 2Co 3,6). Grâce à la vertu de la croix, notre Sauveur qui déjà, il est vrai, dans le sein de la Vierge était le Chef de toute la famille humaine, en exerce pleinement dans l'Eglise la fonction. « Car par la victoire de la croix, suivant l'opinion du Docteur angélique, il a mérité le pouvoir et le souverain domaine sur les peuples » 13 ; par elle il a accru à l'infini le trésor de ces grâces que, dans la gloire du ciel, il distribue sans interruption à ses membres mortels ; grâce au sang répandu sur la croix, il a fait en sorte que, une fois enlevé l'obstacle de la colère divine, toutes les grâces surnaturelles et surtout les dons spirituels du Testament nouveau et éternel pussent s'écouler du côté du Sauveur pour le salut des hommes et en premier lieu des fidèles ; sur l'arbre de la croix enfin il s'est acquis son Eglise, c'est-à-dire tous les membres de son Corps mystique qui ne peuvent être incorporés à ce Corps dans l'eau du baptême que par la vertu salutaire de la croix et passer ainsi sous la dépendance absolue du Christ.
12 Cf. S. Jérême et S. Augustin, Epist. CXII, 14, et CXVI, 16 ; Migne, P. L., 22, 924 et 943 ; S. Thomas, I-II 103,3 ad 2 ; I-II 103,4 ad 1 ; Concile de Florence : décret pro Jacob. : Mansi, XXXI, 1738.
Si par sa mort notre Sauveur est devenu, au sens plein du mot, la Tête de l'Eglise, par son sang également l'Eglise a été enrichie de la communication surabondante de l'Esprit qui lui fut faite par Dieu après l'élévation du Fils de l'homme sur le gibet de souffrances et sa glorification. Car alors, comme le remarque saint Augustin 14, après la déchirure du voile du Temple il arriva que la rosée des dons du Paraclet qui s'était posée jusque-là sur la seule toison de Gédéon, à savoir le peuple d'Israël, délaissant désormais la toison desséchée, irriga largement et abondamment la terre entière, à savoir l'Eglise catholique qui n'est limitée par aucune frontière ethnique ou territoriale. De même qu'au premier instant de l'Incarnation le Fils du Père éternel combla la nature humaine qu'il s'était substantiellement unie de la plénitude du Saint-Esprit, pour en faire un instrument apte de sa divinité dans l'oeuvre sanglante de la Rédemption, ainsi voulut-il à l'heure de sa précieuse mort enrichir son Eglise de l'abondance des dons du Paraclet pour la rendre un instrument efficace et à jamais durable du Verbe incarné dans la distribution des fruits divins de la Rédemption. En effet, la mission dite juridique de l'Eglise, son pouvoir d'enseigner, de gouverner et d'administrer les sacrements, n'ont de vigueur et d'efficacité surnaturelle pour édifier
Cf. S. Thomas, III 42,1.
Cf. De pecc. orig., 25, 29 ; Migne, P. L., 44, 400.
le Corps du Christ que parce que le Christ sur la croix a ouvert à son Eglise la source des dons divins, grâce auxquels elle peut enseigner aux hommes une doctrine infaillible, les diriger utilement par des pasteurs éclairés de Dieu et les inonder de la pluie de ses grâces surnaturelles.
Si nous considérons attentivement tous ces mystères de la croix, nous ne trouverons plus obscures ces paroles de l'Apôtre qui enseigne aux Ephésiens que le Christ par son sang n'a fait qu'un peuple des Juifs et des païens, « renversant... par l'immolation de sa chair... le mur mitoyen » qui séparait les deux peuples ; qu'il a aussi supprimé la Loi ancienne « afin que des deux il formât en lui un seul homme nouveau », à savoir l'Eglise, et que fondus en un seul Corps il les réconciliât tous deux avec Dieu par sa croix (cf. Ep 2,14-16).
c) En promulguant l'Eglise le jour de la Pentecôte.
Quand il eut fondé l'Eglise dans son sang, il la consolida le jour de la Pentecôte par une force spéciale venue du ciel. En effet, après avoir solennellement confirmé dans sa mission éminente celui qu'il avait déjà auparavant désigné comme son Vicaire, il était monté aux cieux ; et assis à la droite du Père, il voulut manifester et proclamer officiellement son Epouse par la venue visible de l'Esprit-Saint, accompagnée du bruit d'un vent violent et de langues de feu (cf. Actes, Ac 2,1-4). Comme au début de sa mission d'évangélisation, son Père éternel l'avait manifesté par le moyen du Saint-Esprit descendant sous la forme d'une colombe et se reposant sur lui (cf. Luc, Lc 3,22 Mc 1,10), de même, au moment où les apôtres allaient commencer leur fonction sacrée de prédication, le Christ Notre-Seigneur leur envoya du ciel son Esprit qui, les touchant sous forme de langues de feu, indiquait, comme du doigt même de Dieu, la mission et la fonction surnaturelles de l'Eglise.
Le Christ «- Tête » du Corps
Une seconde raison pour laquelle ce Corps mystique, l'Eglise, se glorifie de porter le nom du Christ, est que ce dernier doit être vraiment considéré par tous comme la Tête. « Lui-même, dit saint Paul, est la Tête du Corps de l'Eglise » (Col 1,18). Il est la Tête, dont tout le Corps, bien ordonné et composé, reçoit sa croissance et son développement en vue de sa parfaite constitution (cf. Eph. Ep 4,16 Col 2,19).
Vous connaissez parfaitement, Vénérables Frères, les brillants et lumineux exposés faits dans leurs traités sur cette matière par les maîtres de la théologie scolastique, et en particulier par le Docteur angélique et universel ; vous savez aussi sans doute que les arguments apportés par saint Thomas répondent fidèlement à la pensée des saints Pères, lesquels ne faisaient du reste que de rapporter et interpréter les paroles de Dieu dans les Saintes Ecritures.
a) En raison de son excellence.
Il Nous plaît pourtant d'en faire ici une rapide mention pour le profit de tous. Il est d'abord évident que le Fils de Dieu et de la Bienheureuse Vierge a droit à cette appellation de Tête de l'Eglise pour une raison tout à fait spéciale de prééminence. Car la tête, c'est ce qui se trouve au sommet. Et qui donc fut jamais plus haut placé que le Christ Dieu, qui en tant que Verbe du Père éternel doit être regardé comme « né avant toute créature » ? (Col 1,15). Qui connut plus grande élévation que le Christ homme qui, né d'une Vierge sans tache, est vraiment par nature Fils de Dieu, et par sa merveilleuse et glorieuse résurrection, par son triomphe sur la mort, est devenu le « premier-né d'entre les morts ? » (Col 1,18 Ap 1,5). Qui enfin occupa une situation supérieure à celle du Christ : en tant que « médiateur... unique entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5), il réussit d'une manière étonnante à relier la terre avec le ciel ; sur la croix, comme sur un trône de miséricorde, il attire tout à lui (cf. Jean, Jn 12,32) ; et comme fils d'homme choisi parmi des myriades, il est aimé de Dieu plus que tous les hommes, tous les anges et toutes les créatures ?15
b) En raison du gouvernement.
Puisque le Christ occupe une place si éminente, il est à bon droit le seul à conduire l'Eglise et à la gouverner, et pour cette raison encore on doit le comparer à la tête. De même que la tête, en effet — pour nous servir des paroles de saint Ambroise — est le « sommet royal » du corps18 et que tous les membres, à qui elle préside pour pourvoir à leurs besoins 17, sont naturellement dirigés par elle,
15 Cf. S. Cyrille d'Alexandrie, Comm. in Iob. I, 4 ; Migne, P. G., LXXXIII, 69 ; S. Thomas I", q. 20, a. 4 ad 1.
16 Hexaém., 6, 55 ; Migne, P. L., 14, 265.
" Cf. S. Augustin, De Agon. Christ. XX, 22 ; Migne, P. L., 40, 301.
douée à cette fin de qualités supérieures, ainsi le divin Rédempteur tient en main le timon de toute la société chrétienne et en dirige le gouvernail. Et puisque régir la communauté des hommes n'est autre chose que les conduire à leur fin propre 18 par une providence efficace, par des secours convenables et des moyens adaptés, il est facile de constater que notre Sauveur, archétype et modèle des bons pasteurs (cf. Jean, Jn 10,1-18 1P 5,1-5), s'acquitte à merveille de toutes ces fonctions.
En personne d'abord, quand il était sur la terre, par ses lois, ses conseils, ses avis, il nous donna son enseignement en paroles qui ne passeront jamais et qui seront pour les hommes de tous les temps esprit et vie (cf. Jean, Jn 6,63). En outre, il a communiqué aux apôtres et à leurs successeurs un triple pouvoir : celui d'enseigner, celui de gouverner et celui de mener les hommes à la sainteté ; ces pouvoirs, précisés par des préceptes, des droits et des devoirs particuliers, constituent la loi fondamentale de toute l'Eglise.
Invisiblement et extraordinairement.
Mais c'est directement aussi et par lui-même que notre divin Sauveur gouverne et dirige la société qu'il a fondée. Car c'est lui qui règne sur les intelligences humaines, lui qui infléchit et soumet à son gré les volontés même rebelles. « Le coeur du roi est un cours d'eau dans la main de Dieu ; il l'incline partout où il veut » (Prov., xxi, 1). Par cette direction intérieure, il ne prend pas seulement soin lui-même des individus comme « pasteur et évêque de nos âmes » (cf. 1P 2,25), mais il pourvoit encore aux besoins de l'Eglise entière, soit en éclairant et en fortifiant ses chefs pour leur faire remplir fidèlement et avec fruit leurs fonctions respectives, soit — surtout dans les circonstances plus graves — en suscitant du sein de l'Eglise leur Mère, des hommes et des femmes brillant de l'éclat de la sainteté en vue de les proposer en exemple aux autres fidèles pour l'accroissement de son Corps mystique. Ajoutez que le Christ du haut du ciel regarde toujours avec un amour spécial son Epouse immaculée qui peine ici-bas dans l'exil, et quand il la voit en danger, par lui-même ou par ses anges (cf. Actes, Ac 8,26 ix Ac 1-19 x, Ac 1-7 xii Ac 3-10), ou par Celle que nous invoquons comme le Secours des chrétiens et par les autres patrons célestes, il l'arrache aux flots de la tempête, et une fois le calme revenu sur la mer apaisée, il la
18 Cf S. Thomas, i", q. 22, a. 1-4.
console par cette paix « qui surpasse toute intelligence » (Ph 4,7).
Visiblement et ordinairement par le Pontife de Rome.
Qu'on ne pense pas pourtant que sa direction se limite à un mode invisible19 ou extraordinaire ; bien au contraire, le divin Rédempteur gouverne son Corps mystique visiblement et ordinairement par son Vicaire sur la terre. Tous savent en effet, Vénérables Frères, que le Christ Notre-Seigneur, qui durant sa vie mortelle avait dirigé lui-même visiblement son « petit troupeau » (Lc 12,32), au moment de quitter ce monde pour retourner à son Père, confia.au Prince des apôtres le gouvernement visible de toute la société fondée par lui. Lui si sage ne pouvait nullement laisser sans tête visible le corps social de l'Eglise qu'il avait constitué. Et l'on ne peut soutenir, pour nier cette vérité, que par un primat de juridiction établi dans l'Eglise ce Corps mystique serait pourvu d'une double tête. Car Pierre, par la vertu du primat, n'est que le Vicaire du Christ, et il n'y a par conséquent qu'une seule tête principale de ce corps, à savoir le Christ ; c'est lui qui sans cesser de gouverner mystérieusement l'Eglise par lui-même la dirige pourtant visiblement par celui qui tient sa place sur terre, car depuis sa glorieuse Ascension dans le ciel, elle ne repose plus seulement sur lui, mais aussi sur Pierre comme sur un fondement visible pour tous. Que le Christ et son Vicaire ne forment ensemble qu'une seule tête, Notre immortel prédécesseur Boniface VIII l'a officiellement enseigné dans sa lettre apostolique Unam sanctam20 et ses successeurs n'ont jamais cessé de le répéter après lui.
Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s'attacher au Christ tête de l'Eglise sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible, et en brisant les liens lumineux de l'unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu'il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel.
Dans les Eglises particulières par les évêques.
Ce que Nous venons de dire de l'Eglise universelle doit être également affirmé des communautés particulières de chrétiens, tant
» Cf. Léon XIII, Satis cognitum, 29 juin 1896 ; A. S. S., 28, p. 725. 20 18 novembre 1302 ; Cf. Corp. lur. Can. ; Eitr. comm., 1, 8, 1.
orientales que latines, qui forment ensemble une seule Eglise catholique : c'est Jésus-Christ qui les gouverne par la voix et la juridiction de chaque évêque. C'est pourquoi les évêques ne doivent pas seulement être considérés comme les membres les plus éminents de l'Eglise universelle, ceux qui sont reliés à la tête divine de tout le corps par un lien tout particulier et par suite sont justement appelés « les premiers membres du Seigneur » 21, mais en ce qui concerne son propre diocèse, chacun, en vrai pasteur, fait paître et gouverne au nom du Christ le troupeau qui lui est assigné 22. Pourtant, dans leur gouvernement, ils ne sont pas pleinement indépendants, mais ils sont soumis à l'autorité légitime du Pontife de Rome et, s'ils jouissent du pouvoir ordinaire 'de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife. Aussi doivent-ils être honorés par le peuple comme les successeurs des apôtres par institution divine 23 ; et aux évêques, sacrés par le chrême du Saint-Esprit, s'appliquent mieux qu'aux dirigeants de ce monde, même les plus haut placés, les paroles du psaume : « Ne touchez pas à mes oints » (1Ch 16,22 Ps 104,15).
Aussi sommes-nous remplis d'une immense tristesse quand on Nous annonce qu'un bon nombre de Nos Frères dans l'épiscopat, pour s'être faits le modèle du troupeau (cf. 1P 5,3) et avoir gardé énergiquement, comme il convient et fidèlement, le saint « dépôt de la foi » (cf. 1Tm 6,20) à eux confié, pour avoir réclamé le respect des saintes lois inscrites par Dieu dans le coeur des hommes et avoir défendu, à l'exemple du Pasteur suprême, leur troupeau contre les loups ravisseurs, ont à souffrir des attaques et des vexations exercées non seulement contre eux, mais — ce qui leur est plus cruel et plus pénible — exercées contre les brebis confiées à leur soin, contre les associés de leur apostolat et même contre des vierges consacrées à Dieu. Cette injure, Nous la regardons comme infligée à Nous-même ; et Nous reprenons ce noble langage de Notre immortel prédécesseur saint Grégoire le Grand. Notre honneur, c'est l'honneur de l'Eglise universelle ; Notre honneur, c'est la force intacte de Nos Frères ; Nous sommes vraiment honoré, quand on ne refuse à aucun d'eux l'honneur qui lui est dû 24.
21 S. Grégoire le Grand, Moral. XIV, 35, 43 ; Migne, P. L., LXXV, 1062.
22 Cf. Concile du Vatican, Const. de Eccl., sess. IV, III.
23 Cf. Code de Droit can., can. CIS 329, I.
24 Cf. Ep. ad Eulog., 30 ; Migne, P. L., LXXVII, 933.
c) En raison du besoin qu'ils ont l'un de l'autre.
Toutefois, il ne faut pas penser que le Christ étant la Tête, occupant une place si élevée, ne requiert pas l'aide de son Corps. Car il faut affirmer du Corps mystique ce que saint Paul affirme du corps humain : « La tête ne peut dire aux pieds : je n'ai pas besoin de vous » (1Co 12,21). Il est tout à fait évident que les fidèles ont absolument besoin de l'aide du divin Rédempteur, puisque lui-même a dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5) et que selon la doctrine de l'Apôtre tout l'accroissement de ce Corps mystique pour son édification dérive de sa Tête, le Christ (cf. Eph. Ep 4,16 Col 2,19). Il faut pourtant maintenir, bien que cela paraisse vraiment étonnant, que le Christ requiert le secours de ses membres. Tout d'abord, parce que le Souverain Pontife tient la place de Jésus-Christ, et il doit, pour ne pas être écrasé par la charge de son devoir pastoral, appeler un bon nombre de fidèles à prendre une part de ses soucis et être chaque jour soutenu par la prière secourable de toute l'Eglise. De plus, comme le Sauveur dirige invisiblement l'Eglise par lui-même, il veut recevoir l'aide des membres de son Corps mystique pour accomplir l'oeuvre de la Rédemption. Cela ne provient pourtant pas de son indigence et de sa faiblesse mais plutôt de ce que lui-même a pris cette disposition pour le plus grand honneur de son Epouse sans tache. Tandis qu'en mourant sur la croix il a communiqué à son Eglise, sans aucune collaboration de sa part, le trésor sans limite de sa Rédemption, quand il s'agit de distribuer ce trésor, non seulement il partage avec son Epouse immaculée l'oeuvre de la sanctification des âmes, mais il veut encore que celle-ci naisse pour ainsi dire de son travail. Mystère redoutable, certes, et qu'on ne méditera jamais assez : le salut d'un grand nombre d'âmes dépend des prières et des mortifications volontaires, supportées à cette fin, des membres du Corps mystique de Jésus-Christ et du travail de collaboration que les pasteurs et les fidèles, spécialement les pères et mères de famille, doivent apporter à notre divin Sauveur.
d) En raison de leur ressemblance.
Aux raisons exposées ci-dessus pour légitimer le titre donné au Christ Notre-Seigneur de Tête de son Corps social, il faut en ajouter trois autres qui sont du reste intimement liées entre elles.
Nous commençons par la conformité mutuelle que nous voyons exister entre la Tête et le Corps, puisqu'ils sont de même nature.
Il faut remarquer à ce propos que notre nature, bien qu'inférieure à celle des anges, l'emporte pourtant, grâce à la bonté de Dieu, sur la nature angélique : « Car le Christ, dit saint Thomas, est le Chef des anges. Il commande en effet aux anges même selon son humanité... En tant qu'homme également, il éclaire les anges et il agit sur eux. Mais au point de vue de la conformité de nature, le Christ n'est pas le Chef des anges, car il n'a pas pris la nature angélique mais, selon l'Apôtre, la descendance d'Abraham » 25. Le Christ n'a pas seulement pris notre nature ; il est aussi devenu notre frère par son corps fragile, passible et mortel. Or, si le Verbe « s'est anéanti, prenant forme d'esclave » (Ph 2,7), il l'a fait pour rendre ses frères selon la chair participants de sa nature divine (cf. ii Pierre, 1, 4), tant dans l'exil de cette terre par la grâce sanctifiante que dans la patrie céleste par l'obtention d'un bonheur sans fin. Car le Fils unique du Père éternel a voulu être fils d'hommes pour nous rendre conformes à l'image du Fils de Dieu (cf. Rm 8,29), et nous renouveler à la ressemblance de Celui qui nous a créés (cf. Cal., ni, 10). Que tous ceux qui se glorifient de porter le nom de chrétiens ne regardent donc pas seulement notre divin Sauveur comme le modèle eminent et achevé de toutes les vertus, mais que par la fuite vigilante du péché et la pratique fervente de la perfection, ils reproduisent si bien dans leur conduite sa doctrine et sa vie qu'au moment où le Seigneur paraîtra, ils lui soient semblables dans la gloire et le voient tel qu'il est (cf. 1Jn 3,2).
Comme le Christ veut que chacun des membres lui soit semblable, ainsi le veut-il aussi pour le Corps de l'Eglise tout entier. C'est ce qui se fait lorsque l'Eglise, marchant sur les traces de son Fondateur, enseigne, gouverne, immole la divine Victime. En outre, lorsqu'elle embrasse les conseils évangéliques, elle reproduit en elle la pauvreté, l'obéissance et la virginité du Rédempteur. Par les instituts multiples et variés, dont elle s'orne comme de joyaux, elle montre en quelque sorte le Christ priant sur la montagne ou prêchant aux peuples, guérissant les malades et les infirmes, ramenant les pécheurs dans la bonne voie, ou enfin faisant du bien à tous. Rien d'étonnant, par conséquent, si, pendant son existence terrestre, elle est aussi soumise, à l'imitation du Christ, aux persécutions, aux vexations et à la souffrance.
25 Comm. in Ep. ad Eph. I, lect. 8 ; Hebr., 2, 16-17.
e) En raison de sa plénitude.
Le Christ doit encore être regardé comme Chef de l'Eglise du fait qu'exerçant d'une façon éminente, plénière et parfaite les fonctions surnaturelles, c'est à cette plénitude que puise son Corps mystique. En effet — c'est une remarque faite par quelques Pères — comme la tête dans notre corps mortel a l'avantage de posséder tous les sens tandis que les autres parties de l'organisme ne jouissent que du toucher, ainsi tout ce qu'il y a dans la société chrétienne de vertus, de dons, de charismes, brille avec perfection dans son Chef le Christ. « Il a plu (à Dieu) de faire habiter en lui toute la plénitude de l'être » (Col 1,19). Il est orné de tous les dons surnaturels qui accompagnent l'union hypostatique : car le Saint-Esprit habite en lui avec une telle plénitude de grâces qu'on ne peut en concevoir de plus grande. Dieu lui a donné « autorité sur toute chair » (cf. Jean, Jn 17,2) ; et il possède surabondamment « tous les trésors de la sagesse et de la science » (Col 2,3). Même la science qu'on appelle de vision a chez lui une telle perfection qu'elle surpasse absolument, tant par l'amplitude que par la clarté, la science de même genre de tous les saints du ciel. Il est enfin lui-même si rempli de grâce et de vérité que nous recevrons tous de sa plénitude inépuisable (cf. Jean, Jn 1,14-16).
f) En raison de son influence.
Ces paroles du disciple que Jésus aimait particulièrement Nous amènent à développer une dernière raison qui démontre, et d'une manière spéciale, que le Christ Notre-Seigneur doit être déclaré Chef de son Corps mystique. Comme les nerfs partent de la tête pour se répandre dans tous les membres de notre corps et leur confère la faculté de sentir et de se mouvoir, ainsi notre Sauveur infuse à son Eglise sa vigueur et sa puissance qui font que les fidèles connaissent les réalités divines avec plus de clarté et les désirent avec plus d'ardeur. De lui dérivent dans le Corps de l'Eglise toute lumière par laquelle Dieu illumine les croyants et toute grâce qui les rend saints comme lui-même est saint.
En éclairant.
Le Christ donne la lumière à toute son Eglise : des passages presque innombrables des Saintes Ecritures et des saints Pères le prouvent. « Personne n'a jamais vu Dieu : c'est le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui-même qui nous l'a fait connaître » (cf. Jean, Jn 1,18). Venant de la part de Dieu en qualité de maître (cf. Jean, Jn 3,2), pour rendre témoignage à la vérité (cf. Jean, Jn 18,37), il fit briller sa lumière sur la primitive Eglise constituée par les apôtres au point que le Prince des apôtres s'écria : « Seigneur, à qui irions-nous ! Vous avez les paroles de la vie éternelle » (cf. Jean, Jn 6,68) ; du haut du ciel il assista si bien les évangélistes que ceux-ci écrivirent comme des membres du Christ ce qu'ils avaient appris pour ainsi dire sous la dictée du Chef 26. Et aujourd'hui encore pour nous qui demeurons dans l'exil de cette terre, il est l'auteur de la foi, comme il en sera le consommateur dans la patrie (cf. He 12,2). C'est lui qui infuse dans les fidèles la lumière de la foi ; lui qui enrichit divinement des dons surnaturels de science, d'intelligence et de sagesse ses pasteurs et ses docteurs, en premier lieu son Vicaire sur la terre, afin qu'ils conservent fidèlement le trésor de la foi, qu'ils le défendent énergiquement, qu'ils l'expliquent et le soutiennent avec piété et diligence ; lui enfin qui, bien qu'invisible, préside aux conciles de l'Eglise et les guide par sa lumière 2T.
En sanctifiant.
Le Christ est l'auteur et l'artisan de la sainteté. Il ne peut y avoir aucun acte salutaire qui ne découle de lui, comme de sa source naturelle. « Sans moi, dit-il, vous ne pouvez rien faire » (cf. Jean, Jn 15,5). Si à cause de nos péchés nous sommes touchés par le repentir de la pénitence, si nous nous tournons vers Dieu avec une crainte et une espérance filiales, c'est toujours grâce à lui que nous le faisons. La grâce et la gloire proviennent de son inépuisable plénitude. Notre Sauveur gratifie sans cesse principalement les membres les plus éminents de son Corps mystique des dons de conseil, de force, de crainte et de piété, afin que tout le Corps croisse chaque jour de plus en plus en sainteté et en pureté de vie. Et quand les sacrements de l'Eglise sont administrés extérieurement, c'est lui qui en produit les effets dans les âmes 28. C'est encore lui qui, nourrissant de sa propre chair et de son sang les hommes rachetés, apaise en eux les mouvements violents et troubles de l'âme ; c'est lui qui
» Cf. S. Augustin, De cons. evang., 1, 35, 54 : Migne, P. L., 34, 1070.
27 Cf S. Cyrille d'Alexandrie, Ep. LV de Symb. ; Migne. P. G., LXXVII 293.
28 Cf. S. Thomas. III', q. 64, a 3.
augmente la grâce et prépare les âmes et les corps à atteindre la gloire. Ces trésors de la bonté divine, il faut dire qu'il les communique aux membres de son Corps mystique, non pas seulement parce que, Hostie eucharistique sur la terre ou hostie glorifiée dans le ciel, il les sollicite de son Père éternel en montrant ses plaies et en répandant ses prières, mais encore parce qu'il choisit, détermine, distribue à chacun sa part de grâces « suivant la mesure du don du Christ » (Ep 4,7). D'où il résulte que du divin Rédempteur comme de la source première « tout le corps, ajusté et coordonné par toutes les jointures de l'organisme, selon l'énergie proportionnée à chaque partie, opère sa croissance pour son édification dans la charité » (Ep 4,16 cf. Col. Col 2,19).
Le Christ, * soutien » de son Corps
Ce que Nous venons d'exposer, Vénérables Frères, en expliquant brièvement comment le Christ Notre-Seigneur veut faire découler sur son Eglise les dons abondants qui proviennent de sa plénitude divine, pour la conformer le plus possible à lui-même, Nous est d'une grande utilité pour développer la troisième raison d'où l'on déduit encore pourquoi le Corps social de l'Eglise a l'honneur de porter le nom du Christ : cette raison est que notre Sauveur soutient divinement la société qu'il a fondée.
Comme Bellarmin le remarque finement et ingénieusement 2B, il ne faut pas expliquer cette expression de Corps du Christ seulement par le fait que le Christ doit être appelé la Tête de son Corps mystique, mais aussi par le fait qu'il soutient l'Eglise, qu'il vit dans l'Eglise, si bien que celle-ci est comme une autre personne du Christ. C'est ce que le Docteur des nations affirme dans son Epître aux Corinthiens lorsqu'il appelle l'Eglise « le Christ », sans rien ajouter de plus (cf. 1Co 12,12), à l'exemple du Maître lui-même qui du ciel l'avait interpellé tandis qu'il persécutait l'Eglise : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (cf. Actes, Ac 9,4 xxii, Ac 7 xxvi, Ac 14). Bien plus, si nous en croyons Grégoire de Nysse, assez souvent l'Eglise est appelée « Christ » par l'Apôtre30 ; et vous n'ignorez pas, Vénérables Frères, le mot de saint Augustin : « Le Christ prêche le Christ » 31.
Cf. De Rom. Pont., 1, 9 ; De Concil., 2, 19.
Cf. S. Grégoire de Nysse, De vita Moysis ; Migne, P. G., 44, 385. Cf. Serm. CCCL1V, I ; Migne, P. L., 39, 1563.
a) En raison de la mission juridique.
Toutefois, il ne faut pas comprendre cette noble appellation comme si le lien ineffable par lequel le Fils de Dieu a pris une nature humaine concrète s'étendait à l'Eglise entière, mais bien en ce sens que notre Sauveur communique à son Eglise des biens qui lui sont tout à fait propres, pour qu'elle reproduise dans tout son mode de vivre, aussi bien visible que caché, avec toute la perfection possible, l'image du Christ. En effet, en vertu de cette mission « juridique » par laquelle le divin Rédempteur envoya les apôtres dans le monde comme lui-même avait été envoyé par son Père (cf. Jn 17,18 et Jn 20,21), c'est lui qui par l'Eglise baptise, enseigne, gouverne, lie, délie, offre, sacrifie.
b) En raison de l'esprit du Christ.
Et par cette donation plus haute, intérieure et absolument sublime, dont Nous avons parlé plus haut en décrivant comment la tête exerce son influence sur ses membres, le Christ Notre-Seigneur fait vivre l'Eglise de sa vie surnaturelle, pénètre tout ce corps de sa vertu divine et il alimente, il entretient chaque membre selon la place qu'il occupe dans le corps, à peu près de la même manière que la vigne nourrit les sarments qui lui sont attachés et les rend féconds 32.
Si nous considérons attentivement ce principe divin de vie et de force donné par le Christ, en tant qu'il constitue la source même de tout don et de toute grâce créée, nous comprenons facilement qu'il n'est pas autre chose que l'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils et qu'on appelle spécialement « l'Esprit du Christ ou l'Esprit du Fils » (Rm 8,9 2Co 3,17 Ga 4,6). Car c'est de ce souffle de grâce et de vérité que le Fils a orné son âme dans le sein immaculé de la Vierge ; c'est cet Esprit qui fait ses délices d'habiter dans l'âme sacrée du Rédempteur comme dans son temple très cher ; c'est cet Esprit que le Christ nous a mérité sur la croix par l'effusion de son sang ; c'est cet Esprit enfin, qu'en soufflant sur les Apôtres il a donné à son Eglise pour la rémission des péchés (cf. Jean, Jn 20,22) ; mais tandis que le Christ a reçu, lui seul, cet Esprit sans aucune mesure (cf. Jean, Jn 3,34), il n'est départi aux membres du Corps mystique, en participation de la plénitude du Christ, que suivant la mesure du don du Christ (cf. Eph. Ep 1,8 iv, Ep 7). Et maintenant que le Christ a été glorifié sur la croix, son Esprit est communiqué à l'Eglise avec profusion pour qu'elle-même et chacun de ses membres soient de plus en plus conformés à notre Sauveur. C'est l'Esprit du Christ qui nous a faits fils adoptifs de Dieu (cf. Rom. Rm 8,14-17 Ga 4,6-7), pour qu'un jour, « nous tous, le visage découvert, réfléchissant comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous soyons transformés en la même image, de plus en plus resplendissante » (cf. 2Co 3,18).
32 Cf. Léon XIII, Sapientiae christianae, 10 janvier 1890 ; A. S. S., vol. xxii, 392 ; Satis cognitum, 28 juin 1896, ibid., 28, 710.
c) Qui est l'âme du Corps mystique.
C'est à cet Esprit du Christ comme à un principe invisible qu'il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu'avec leur noble Tête, puisqu'il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun des membres ; et selon leurs diverses fonctions et obligations, selon le degré plus ou moins parfait de santé spirituelle dont ils jouissent, il varie sa manière d'être présent et de prêter son assistance. C'est lui qui, en insufflant la vie surnaturelle dans toutes les parties du corps, doit être considéré comme le principe de toute action vitale et vraiment salutaire. C'est lui qui, tout en étant présent en personne dans tous les membres et en y exerçant son action divine, agit pourtant dans les membres inférieurs par le ministère des membres supérieurs ; c'est lui enfin, qui, donnant chaque jour à son Eglise, sous le souffle de la grâce, de nouveaux accroissements, refuse cependant d'habiter avec sa grâce sanctifiante dans les membres totalement coupés du Corps. Notre docte et immortel prédécesseur Léon XIII, dans sa lettre encyclique Divinum illud, exprime cette présence et cette opération de l'Esprit de Jésus-Christ par ces paroles concises et nerveuses : « Qu'il suffise d'affirmer que, si le Christ est la Tête de l'Eglise, le Saint-Esprit en est l'âme » 33.
33 9 mai 1897, A. S. S., vol. xxix, p. 650.
Si nous envisageons maintenant cette force vitale par laquelle le Fondateur soutient toute la communauté chrétienne, non plus en elle-même, mais dans les effets créés qui en proviennent, elle consiste dans les bienfaits surnaturels que notre Rédempteur, en union avec son Esprit, communique à l'Eglise et qu'en union avec lui il opère comme source de lumière céleste et comme auteur de sainteté. L'Eglise, par conséquent, comme tous ses membres saints, peut s'appliquer cette phrase sublime de l'Apôtre : « Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
Le Christ, « Sauveur » de son Corps
Nos paroles sur le « Chef mystique » 34 resteraient incomplètes si Nous ne disions au moins quelques mots de cette pensée du même apôtre : « Le Christ est le Chef de l'Eglise : il est le Sauveur de (celle qui est) son Corps » (Ep 5,23). Car cette expression exprime une dernière raison pour laquelle le Corps qu'est l'Eglise reçoit le nom du Christ. Le Christ est en effet le divin Sauveur de ce Corps. C'est à bon droit que les Samaritains l'appellent « Sauveur du monde » (Jn 4,42) ; il faut même dire, sans aucun doute : « Sauveur de tous », en ajoutant avec saint Paul, « surtout des fidèles » (cf. 1Tm 4,10). Car, avant tous les autres, ce sont ses membres qui constituent l'Eglise qu'il s'est acquise par son sang (Ac 20,28). Cependant, comme Nous avons déjà longuement disserté sur l'Eglise née sur la croix, sur le Christ illuminateur et producteur de sainteté, sur le Christ soutien de son Corps mystique, il n'y a pas lieu de développer davantage ce sujet, mais plutôt de nous adonner à une humble et attentive méditation, tout en rendant à Dieu d'immortelles actions de grâces. Or, ce que notre Sauveur a commencé autrefois sur la croix, il ne cesse de le continuer à jamais et sans interruption dans la béatitude du ciel : « Notre Chef, dit saint Augustin, intercède pour nous : il reçoit certains membres, il en punit d'autres, il purifie ceux-ci, il console ceux-là, il crée, il appelle, il rappelle, il corrige, il relève » 35. Et dans cette oeuvre de salut, il nous est donné de collaborer avec le Christ, « en qui et par qui, seul, nous sommes à la fois sauvés et sauveurs » 36.
Pie XII 1943 - I. — L'ÉGLISE « CORPS » Un, indivisible, visible