2004 Apostolorum Successores 33

III - Spiritualité et formation permanente de l'évêque

"Exerce-toi à la piété... Sois pour les croyants un modèle par ta façon de parler et de vivre, par ton amour et ta foi, par la pureté de ta vie... Ne néglige pas le don de Dieu qui est en toi... Sois attentif à ta conduite et à ton enseignement: mets-y de la persévérance" 1Tm 4,7 1Tm 4,12-14 1Tm 4,16

I. JESUS CHRIST, SOURCE DE LA SPIRITUALITE DE L'EVEQUE

33. Jésus Christ, source de la spiritualité de l'Evêque. Par la consécration épiscopale, l'Evêque reçoit une effusion spéciale de l'Esprit Saint qui le configure d'une manière toute spéciale au Christ, Tête et Pasteur. Le Seigneur lui-même, "bon maître" Mt 19,6, "souverain prêtre" He 7,26, "bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis" Jn 10,11, a imprimé son visage humain et divin, sa ressemblance, son pouvoir et sa force dans l'Evêque. (Cf. PAUL VI, Homélie à Bogotá, 22.8.1968) Il est la source unique et permanente de la spiritualité de l'Evêque. Celui-ci, sanctifié dans le sacrement par le don de l'Esprit Saint, est donc appelé à répondre à la grâce qu'il a reçue par l'imposition des mains en se sanctifiant et en conformant sa vie personnelle au Christ dans l'exercice du ministère apostolique. La conformation au Christ permettra à l'Evêque de correspondre par tout lui-même à l'Esprit Saint pour harmoniser en lui les aspects de membre de l'Eglise et en même temps de chef et pasteur du peuple chrétien, de frère et de père, de disciple du Christ et de maître de la foi, de fils de l'Eglise et, en un sens, de père de l'Eglise, étant lui-même ministre de la régénération surnaturelle des chrétiens.
L'Evêque se rappellera toujours que sa sainteté personnelle ne s'arrête jamais à un niveau purement subjectif; dans son efficacité elle rejaillit au bénéfice de ceux qui ont été confiés à sa sollicitude pastorale. En plus d'un homme d'action, l'Evêque doit être une âme contemplative de manière que son apostolat soit un "contemplata aliis tradere". L'Evêque doit être un amoureux du Christ. De plus, il n'oubliera pas que, pour être crédible, l'exercice du ministère épiscopal a besoin de l'autorité morale et de la prestance qui proviennent de la sainteté de vie et qui soutiennent l'exercice du pouvoir juridique.

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34. Spiritualité typiquement ecclésiale. En vertu des sacrements du Baptême et de la Confirmation, qui l'unissent à tous les fidèles , et de la consécration sacramentelle elle-même, la spiritualité de l'Evêque est typiquement ecclésiale et se présente essentiellement comme une spiritualité de communion vécue avec tous les fils de Dieu dans l'incorporation au Christ et à sa suite, selon les exigences de l'Evangile. La spiritualité de l'Evêque a aussi une spécificité qui lui est propre; en effet, en tant que pasteur, serviteur de l'Evangile et époux de l'Eglise, il doit revivre, avec son presbyterium, l'amour sponsal du Christ à l'égard de l'Eglise épouse, dans l'intimité de la prière et dans le don de soi à ses frères et à ses soeurs, afin qu'il aime l'Eglise d'un coeur nouveau et que par son amour il la maintienne unie dans la charité. C'est pourquoi l'Evêque devra promouvoir inlassablement par tous les moyens la sainteté des fidèles et il s'emploiera à ce que le Peuple de Dieu croisse dans la grâce par la célébration des sacrements.
CIC 387
En vertu de la communion avec le Christ Tête, l'Evêque a la stricte obligation de se présenter comme celui qui rend parfaits les fidèles, c'est-à-dire le maître, le promoteur et l'exemple de la perfection chrétienne pour le clergé, les personnes consacrées par les conseils évangéliques et les laïcs chacun selon sa vocation particulière. Cette raison doit le conduire à s'unir au Christ pour discerner la volonté du Père, de manière que "la pensée du Seigneur" 1Co 2,16 occupe entièrement sa façon de penser, de ressentir et de se comporter au milieu des hommes. Son but doit être une sainteté toujours plus grande, afin qu'il puisse dire en vérité: "Prenez-moi pour modèle; mon modèle à moi, c'est le Christ" 1Co 11,1.

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35. Spiritualité mariale. En raison du profil marial de l'Eglise la spiritualité de l'Evêque assume une connotation mariale. L'icône de l'Eglise naissante qui voit Marie, unie aux Apôtres et aux disciples de Jésus, dans une prière unanime et persévérante, dans l'attente de l'Esprit Saint, exprime le lien indissoluble qui lie la Vierge aux Successeurs des Apôtres. En tant que mère, des fidèles comme des pasteurs, modèle et type de l'Eglise,
LG 63 elle soutient l'Evêque dans son effort intérieur de conformation au Christ et dans son service ecclésial. A l'école de Marie, l'Evêque apprend la contemplation du visage du Christ, il trouve consolation dans l'accomplissement de sa mission ecclésiale et force pour annoncer l'Evangile du salut.
L'intercession maternelle de Marie accompagne la prière confiante de l'Evêque pour pénétrer plus profondément dans les vérités de la foi et garder cette foi intègre et pure comme elle le fut dans le coeur de la Vierge, LG 64 LG 67 pour raviver son espérance confiante, qu'il voit réalisée dans la "Mère de Jésus, déjà glorifiée corps et âme", LG 68 et nourrir sa charité afin que l'amour maternel de Marie anime toute la mission apostolique de l'Evêque.
En Marie, qui "brille devant le Peuple de Dieu en marche", LG 68 l'Evêque contemple ce qu'est l'Eglise dans son mystère, CEC 972 il voit déjà atteinte la perfection de la sainteté à laquelle il doit tendre de toutes ses forces et il la désigne comme modèle d'union intime avec Dieu aux fidèles qui lui sont confiés.
Marie, "femme eucharistique", EE 53-58 apprend à l'Evêque à offrir chaque jour sa vie dans la Messe. Sur l'autel, il fera sien le fiat par lequel la Vierge s'est offerte elle-même au moment joyeux de l'Annonciation et au moment douloureux au pied de la Croix de son Fils.
C'est précisément l'Eucharistie, "source et sommet de toute l'évangélisation", PO 5 à laquelle sont étroitement unis les sacrements, PO 5 qui fera en sorte que la dévotion mariale de l'Evêque se réfère de façon exemplaire à la Liturgie, où la Vierge a une présence particulière dans la célébration des mystères du salut et est pour toute l'Eglise un modèle exemplaire de l'écoute et de la prière, de l'offrande et de la maternité spirituelle.

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36. La prière. La fécondité spirituelle du ministère de l'Evêque dépend de l'intensité de sa vie d'union au Seigneur. C'est dans la prière qu'un Evêque doit puiser lumière, force et réconfort dans son activité pastorale. La prière est pour un Evêque comme un bâton sur lequel il s'appuie pour marcher chaque jour. L'Evêque qui prie ne se décourage pas devant les difficultés, même les plus graves, car il sent que Dieu est près de lui et il trouve refuge, sérénité et paix entre ses bras paternels. En s'ouvrant avec confiance à Dieu, il s'ouvre avec une plus grande générosité au prochain, devenant capable de bâtir l'histoire selon le dessein divin. Etre conscient de ce devoir veut dire pour l'Evêque célébrer chaque jour l'Eucharistie et prier la Liturgie des Heures, s'adonner à l'adoration de l'Eucharistie devant le tabernacle et à la récitation du chapelet, à la méditation fréquente de la Parole de Dieu et à la lectio divina. . Ces moyens nourrissent sa foi et la vie selon l'Esprit, nécessaire pour vivre pleinement la charité pastorale dans la quotidienneté de l'exercice du ministère, dans la communion avec Dieu et dans la fidélité à sa mission.

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II. LES VERTUS DE l'EVEQUE

37. L'exercice des vertus théologales. Il est évident que la sainteté à laquelle l'Evêque est appelé exige l'exercice des vertus, en premier lieu des vertus théologales, car par leur nature elles orientent l'homme directement vers Dieu. L'Evêque, homme de foi, d'espérance et de charité, réglera sa vie sur les conseils évangéliques et sur les béatitudes
Mt 5,1-12, de telle sorte que lui aussi, comme cela fut ordonné aux Apôtres Ac 1,8, puisse être témoin du Christ devant les hommes, document véritable et efficace, fidèle et crédible de la grâce divine, de la charité et des autres réalités surnaturelles.

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38. La charité pastorale. La vie de l'Evêque, grevée de lourdes charges et exposée au risque de la dispersion à cause de la multiple diversité de ses occupations, trouve son unité intérieure et la source de ses énergies dans la charité pastorale, laquelle, à juste titre, doit être appelée lien de la perfection épiscopale et est comme le fruit de la grâce et du caractère du sacrement de l'épiscopat.
LG 21 "Saint Augustin définit l'ensemble de ce ministère épiscopal comme amoris officium. Cela nous donne la certitude que jamais dans l'Eglise la charité pastorale de Jésus Christ ne viendra à manquer. La charité pastorale de l'Evêque est l'âme de son apostolat. "Il s'agit non seulement d'une existentia, mais aussi d'une proexistentia, c'est-à-dire d'une vie qui s'inspire du modèle suprême constitué par le Christ Seigneur et qui, par conséquent, se dépense totalement dans l'adoration du Père et dans le service des frères". Enflammé par cette charité, l'Evêque doit être porté à la contemplation et à l'imitation de Jésus Christ et de son dessein de salut. La charité pastorale unit l'Evêque à Jésus Christ, à l'Eglise, au monde qu'il faut évangéliser, et elle le rend apte à faire fonction d'ambassadeur pour le Christ 2Co 5,20 avec dignité et compétence, à se dépenser chaque jour pour le clergé et le peuple qui lui sont confiés, et à s'offrir comme victime en sacrifice pour ses frères. PO 14 Ayant accepté la charge de pasteur dans la perspective non de la tranquillité mais du labeur, (Cf. S. GREGOIRE LE GRAND, Epist.II, 2, 3) l'Evêque doit exercer son autorité en esprit de service et la considérer comme une vocation à servir toute l'Eglise avec les dispositions mêmes du Seigneur. (121Cf. ORIGENE, Is. Hom. IV)
L'Evêque devra donner l'exemple le plus grand de charité fraternelle et de sens collégial, aimant et aidant spirituellement et matériellement l'Evêque coadjuteur, auxiliaire et émérite; le presbyterium diocésain, les diacres et les fidèles, surtout les plus pauvres et les plus nécessiteux. Sa maison sera ouverte comme le sera son coeur pour accueillir, conseiller, exhorter et consoler. La charité de l'Evêque s'étendra aux Pasteurs des diocèses voisins, particulièrement à ceux qui appartiennent à la même province ecclésiastique et aux Evêques qui en ont besoin. LG 23

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39. La foi et l'esprit de foi. L'Evêque est un homme de foi, conformément à ce que la Sainte Ecriture affirme de Moïse qui, en conduisant le peuple de l'Egypte vers la terre promise, "tint ferme, comme s'il voyait l'Invisible"
He 11,27.
L'Evêque jugera tout, accomplira tout, supportera tout, à la lumière de la foi, et il interprétera les signes des temps Mt 16,4 pour découvrir ce que l'Esprit Saint transmet aux Eglises pour ce qui est du salut éternel Ap 2,7. Il en sera capable s'il nourrit sa raison et son coeur "des enseignements de la foi et de la bonne doctrine" 1Tm 4,6 et s'il cultive avec diligence son savoir théologique et l'accroît toujours davantage avec des doctrines éprouvées, anciennes et nouvelles, en plein accord, en matière et foi et de moeurs, avec le Pontife romain et avec le Magistère de l'Eglise.

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40. L'espérance en Dieu fidèle à ses promesses. Soutenu par la foi en Dieu, qui est "la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas"
He 11,1, l'Evêque attendra tout bien de Lui et aura la plus grande confiance en la divine Providence. Il redira comme saint Paul: "Je puis tout en Celui qui me rend fort" Ph 4,13, se rappelant les saints Apôtres et les nombreux Evêques qui, tout en éprouvant de grandes difficultés et des obstacles de tout genre, prêchèrent pourtant l'Evangile de Dieu en toute franchise Ac 4,29-31 Ac 19,8 Ac 28,31.
L'espérance, qui "ne trompe pas" Rm 5,5, stimule chez l'Evêque l'esprit missionnaire, qui l'incitera à affronter les entreprises apostoliques avec imagination, à les conduire avec fermeté et à les réaliser jusqu'au bout. L'Evêque sait en effet qu'il a été envoyé par Dieu, maître de l'histoire 1Tm 1,17, pour bâtir l'Eglise dans le lieu et dans "les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité" Ac 1,7. D'où aussi le sain optimisme que l'Evêque aura personnellement et que, pour ainsi dire, il rayonnera chez les autres, spécialement chez ses collaborateurs.

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41. La prudence pastorale. Pour paître le troupeau qui lui est confié, l'Evêque est grandement aidé par la vertu de prudence, qui est sagesse pratique et art du bon gouvernement, ce qui demande des actes opportuns et aptes à réaliser le plan divin du salut et à atteindre le bien des âmes et de l'Eglise, repoussant au deuxième plan toute considération purement humaine.
Pour cela, il est nécessaire que l'Evêque modèle sa façon de gouverner aussi bien sur la sagesse divine, qui lui apprend à considérer les aspects éternels des choses, que sur la prudence évangélique, qui lui fait toujours tenir compte, avec l'habileté d'un architecte
1Co 3,10, des exigences changeantes du Corps du Christ.
En tant que pasteur prudent, l'Evêque se montrera prêt à assumer ses responsabilités et à faciliter le dialogue avec les fidèles, à faire valoir ses attributions mais aussi à respecter les droits des autres dans l'Eglise. La prudence lui fera conserver les traditions légitimes de son Eglise particulière, mais en même temps elle en fera un promoteur du louable progrès et un chercheur zélé d'initiatives nouvelles, tout en sauvegardant l'unité nécessaire. De cette façon, la communauté diocésaine marchera sur les chemins d'une saine continuité et de l'adaptation voulue aux nouvelles exigences légitimes.
La prudence pastorale conduira l'Evêque à se rappeler l'image publique qu'il offre, celle qui apparaît dans les moyens de communication sociale, et à évaluer l'opportunité de sa présence dans des lieux sociaux ou des réunions sociales déterminés. Conscient de son rôle, tenant compte des attentes qu'il suscite et de l'exemple qu'il doit donner, l'Evêque traitera tout le monde avec courtoisie, bonnes manières, cordialité, affabilité et douceur, comme signe de son caractère paternel et fraternel.

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42. La force et l'humilité. Puisque, comme l'écrit saint Bernard, "la prudence est mère de la force (n. 8) Fortitudinis matrem esse prudentiam", l'exercice de cette vertu aussi est exigé de l'Evêque. Il a en effet besoin d'être patient pour supporter les adversités pour le Règne de Dieu, de même que courageux et ferme dans les décisions prises selon la juste norme. C'est grâce à la force que l'Evêque n'hésitera pas à dire avec les Apôtres "il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu"
Ac 4,20 et, sans aucune crainte de perdre la bienveillance des hommes, (S. GREGOIRE LE GRAND Règle pastorale, II, 4) il n'hésitera pas à agir courageusement dans le Seigneur contre toute forme de prévarication et de domination par la violence.
La force doit être tempérée par la douceur, selon le modèle de Celui qui est "doux et humble de coeur" Mt 11,29. En guidant les fidèles, l'Evêque veillera à harmoniser le ministère de la miséricorde avec l'autorité du gouvernement, la douceur avec la force, le pardon avec la justice, conscient que "l'on ne peut en effet surmonter certaines situations par l'âpreté ou la dureté, ni de manière impérieuse, mais plus par l'éducation que par le commandement, par l'avertissement que par la menace".
En même temps, l'Evêque doit agir avec l'humilité qui naît de la conscience de sa propre faiblesse et qui - comme l'affirme saint Grégoire le Grand - est la première vertu. (Cf. Lettres VII, 5) Il sait en effet qu'il a besoin de la compassion de ses frères, comme tous les autres chrétiens, et comme eux il doit se préoccuper de son salut "avec crainte et tremblement" Ph 2,12. En outre, la sollicitude pastorale de chaque jour, qui donne à l'Evêque davantage de possibilité de prendre des décisions à sa discrétion, lui fournit aussi davantage d'occasions d'erreurs, même de bonne foi: cela l'incite à être ouvert au dialogue avec les autres et enclin à demander et à accepter les conseils d'autrui, en étant toujours disposé à apprendre.

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43. L'obéissance à la volonté de Dieu. Le Christ, qui s'est fait "obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix"
Ph 2,8, lui dont la nourriture était de faire la volonté de son Père Jn 4,34, est continuellement présent aux yeux de l'Evêque comme le plus haut exemple de l'obéissance qui fut la cause de notre justification Rm 5,19.
En se conformant au Christ, l'Evêque rend un splendide service à l'unité et à la communion ecclésiales et, par sa conduite, il montre que dans l'Eglise personne ne peut légitimement commander aux autres s'il ne commence pas par s'offrir lui-même comme exemple d'obéissance à la parole de Dieu et à l'autorité de l'Eglise. DV 10

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44. Le célibat et la continence parfaite. Le célibat, promis solennellement avant de recevoir les Ordres sacrés, exige de l'Evêque qu'il vive la continence "à cause du Royaume des cieux"
Mt 19,12, à la suite de Jésus vierge, de façon à montrer à Dieu et à l'Eglise son amour sans partage et sa totale disponibilité pour le service, et à offrir au monde un lumineux témoignage du Royaume futur.
Pour ce motif également, l'Evêque, confiant en l'aide divine, pratiquera volontiers la mortification du coeur et du corps, non seulement comme exercice de discipline ascétique mais aussi et plus encore pour porter en lui-même "la mort de Jésus" 2Co 4,10. Enfin, par son exemple et sa parole, par son action paternelle et vigilante, l'Evêque ne peut ignorer ou négliger l'engagement d'offrir au monde la vérité d'une Eglise sainte et chaste, dans ses ministres et dans ses fidèles. Dans les cas où se vérifieraient des situations de scandale, spécialement de la part des ministres de l'Eglise, l'Evêque doit être fort et décidé, juste et serein dans ses interventions. Dans ces cas déplorables, l'Evêque est tenu d'intervenir rapidement, selon les normes canoniques établies, tant pour le bien spirituel des personnes impliquées que pour la réparation du scandale ainsi que la protection des victimes et l'aide à leur apporter. En agissant ainsi et en vivant en parfaite chasteté, le pasteur précède son troupeau comme le Christ, Epoux qui a livré sa vie pour nous et qui a laissé à tous l'exemple d'un amour limpide et virginal, et aussi, pour cette raison, fécond et universel.

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45. La pauvreté affective et effective. Pour rendre témoignage à l'Evangile devant le monde et devant la communauté chrétienne, l'Evêque doit, en fait et en parole, suivre le Pasteur éternel qui, "pour nous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin de nous enrichir par sa pauvreté"
2Co 8,9. . Il devra donc être et apparaître pauvre, il sera inlassablement généreux en aumônes et mènera une vie modeste qui, sans ôter la moindre dignité à sa charge, tienne compte des conditions socio-économiques de ses fils. Selon l'exhortation du Concile, il cherchera à éviter tout ce qui pourrait de quelque manière inciter les pauvres à s'éloigner, et plus encore que les autres disciples du Seigneur il veillera à éliminer chez lui toute trace de vanité. Il organisera sa demeure de telle sorte que personne ne puisse la juger inaccessible ni ne doive, même s'il est de très humble condition, s'y trouver mal à l'aise. PO 17 Gardant un comportement simple, il essaiera d'être aimable avec tous et ne se laissera jamais aller au favoritisme par égard pour la richesse ou la condition sociale.
Il se comportera en père avec tous, mais spécialement avec les personnes d'humble condition: il sait qu'il a été comme Jésus Lc 4,18 consacré par l'onction de l'Esprit Saint et envoyé principalement pour annoncer l'Evangile aux pauvres. "Dans cette perspective de partage et de simplicité, l'Evêque administre les biens de l'Eglise en "bon père de famille" et il veille à ce qu'ils soient employés selon les fins propres de l'Eglise: le culte de Dieu, la subsistance des ministres, les oeuvres d'apostolat, les initiatives de charité envers les pauvres".
En temps opportun il fera son testament établissant que, s'il lui reste quelque chose qui provient de l'autel, cela retourne entièrement à l'autel.

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46. Exemple de sainteté. Tendre vers la sainteté exige de l'Evêque qu'il cultive sérieusement la vie intérieure, par les moyens de sanctification qui sont utiles et nécessaires à tout chrétien et spécialement à un homme consacré par l'Esprit Saint pour gouverner l'Eglise et pour répandre le Règne de Dieu. Il cherchera avant tout à accomplir fidèlement et inlassablement les devoirs de son ministère épiscopal,
CIC 276 Par. 2 comme chemin de sa vocation à la sainteté. L'Evêque, en tant que chef et modèle des prêtres et des fidèles, recourra d'une manière exemplaire aux sacrements, qui lui sont nécessaires pour nourrir sa vie spirituelle, comme à tout membre de l'Eglise. En particulier l'Evêque fera du Sacrement de l'Eucharistie, qu'il célébrera quotidiennement avec une préférence pour la forme communautaire, le centre et la source de son ministère et de sa sanctification. Il accédera fréquemment au Sacrement de la Pénitence pour se réconcilier avec Dieu et être ministre de réconciliation dans le Peuple de Dieu. S'il tombe malade et en danger de mort, il s'empressera de recevoir l'Onction des malades et le saint Viatique, de manière solennelle et avec participation du clergé et du peuple, pour l'édification de tous.
Il essaiera de se réserver un temps convenable chaque mois pour une récollection spirituelle et tous les ans pour une retraite.
De cette façon, malgré les multiples engagements et activités, sa vie sera solidement fondée sur le Seigneur et trouvera dans l'exercice même du ministère épiscopal la voie de la sanctification.

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47. Les qualités humaines. Dans l'exercice de son pouvoir sacré, l'Evêque doit se montrer riche en humanité, comme Jésus, qui est un homme parfait. C'est pourquoi, dans son comportement doivent resplendir les vertus et les qualités humaines qui découlent de la charité et qui sont à juste titre appréciées dans la société. Ces qualités et ces vertus humaines sont une aide pour la prudence pastorale et elles lui permettent de se traduire continuellement en actes de sage sollicitude des âmes et de bon gouvernement.
LG 24-27 CD 13 CD 16 CD 28
Parmi ces qualités, il faut rappeler: une riche humanité, un esprit bon et loyal, un caractère constant et sincère, un esprit ouvert et voyant loin, sensible aux joies et aux souffrances d'autrui, une large capacité de maîtrise de soi, de gentillesse, de patience et de réserve, une saine propension au dialogue et à l'écoute, une disposition habituelle au service. PO 3 L'Evêque doit toujours cultiver ces qualités et les faire progresser constamment.

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48. L'exemple des saints Evêques. Durant son ministère, l'Evêque considérera l'exemple des saints Evêques dont la vie, la doctrine et la sainteté sont en mesure d'éclairer et d'orienter sa marche spirituelle. Parmi les nombreux saints pasteurs, il aura pour guide, à partir des Apôtres, les grands Evêques des premiers siècles de l'Eglise, les fondateurs des Eglises particulières, les témoins de la foi aux temps de persécutions, les grands restaurateurs des diocèses après les persécutions et les calamités, ceux qui se sont prodigués pour les pauvres et les malades en construisant des hospices et des hôpitaux, les fondateurs d'Ordres et de Congrégations religieuses, sans oublier ceux qui l'ont précédé sur le siège épiscopal et qui ont brillé par la sainteté de leur vie. Afin que soit toujours gardée vivante la mémoire des Evêques éminents dans le service de leur ministère, l'Evêque s'emploiera avec son presbyterium ou la Conférence épiscopale à faire connaître leur figure aux fidèles par des biographies mises à jour et, le cas échéant, à introduire leur cause de canonisation.

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III. LA FORMATION PERMANENTE DE L'EVEQUE

49. Le devoir de la formation permanente. L'Evêque considérera comme un engagement qui lui est propre le devoir de la formation permanente qui accompagne tous les fidèles, à toute période et condition de leur vie comme à tout niveau de responsabilité ecclésiale.
PDV 76 Le dynamisme du sacrement de l'Ordre, la vocation et la mission épiscopales elles-mêmes, de même que le devoir de suivre attentivement les problèmes et les questions concrètes de la société à évangéliser, exigent de l'Evêque qu'il croisse chaque jour vers la plénitude de la maturité du Christ Ep 4,13, afin que, par le témoignage de sa propre maturité humaine, spirituelle et intellectuelle dans la charité pastorale, qui doit constituer le centre de l'itinéraire de formation de l'Evêque, resplendisse toujours plus clairement la charité du Christ et la sollicitude même de l'Eglise à l'égard de tous les hommes.

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50. Formation humaine. En tant que pasteur du Peuple de Dieu, l'Evêque nourrira continuellement sa formation humaine, structurant sa personnalité épiscopale par le don de la grâce, selon les vertus humaines rappelées ci-dessus. La maturation de ces vertus est nécessaire pour que l'Evêque approfondisse sa sensibilité humaine, ses capacités d'accueil et d'écoute, de dialogue et de rencontre, de connaissance et de partage, de manière qu'il rende son humanité plus riche, plus authentique, plus simple et d'une transparence laissant voir la sensibilité même du Bon Pasteur. Comme le Christ, l'Evêque doit savoir présenter l'humanité la plus authentique et la plus parfaite pour partager la vie quotidienne de ses fidèles et participer à leurs moments de joie et de souffrance.
La même maturité de coeur et d'humanité est exigée de l'Evêque pour exercer son autorité épiscopale qui, comme celle d'un bon père de famille, est un service authentique de l'unité et du juste ordre de la famille des fils de Dieu.
L'exercice de l'autorité pastorale requiert de l'Evêque la recherche constante d'un sain équilibre de toutes les composantes de sa personnalité et du sens du réalisme pour savoir discerner et décider sereinement et librement, en n'ayant en vue que le bien commun et celui des personnes.

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51. Formation spirituelle. Le chemin de la formation humaine de l'Evêque est intrinsèquement uni a sa maturation spirituelle personnelle. La mission sanctificatrice de l'Evêque demande qu'il assimile et vive la vie nouvelle de la grâce du Baptême et celle du ministère pastoral auquel il a été appelé par l'Esprit Saint, dans la conversion continuelle et dans le partage toujours plus profond des sentiments et des attitudes de Jésus Christ.
La formation spirituelle continuelle permettra à l'Evêque d'animer la pastorale de l'esprit authentique de sainteté, en promouvant l'appel universel à la sainteté, qu'il doit soutenir inlassablement.

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52. Formation intellectuelle et doctrinale. Conscient d'être dans l'Eglise particulière le modérateur de tout le ministère de la Parole
CIC 756,2, et d'avoir reçu le ministère de héraut de la foi, de docteur authentique et de témoin de la vérité divine et catholique, l'Evêque devra approfondir sa préparation intellectuelle, par l'étude personnelle et un aggiornamento culturel sérieux et engagé. L'Evêque doit en effet savoir saisir et évaluer les courants de pensée, les orientations anthropologiques et scientifiques de notre temps pour les discerner et répondre, à la lumière de la Parole de Dieu et dans la fidélité à la doctrine et à la discipline de l'Eglise, aux nouvelles questions qui apparaissent dans la société.
L'aggiornamento théologique sera nécessaire à l'Evêque pour approfondir l'insondable richesse du mystère révélé, garder et exposer fidèlement le dépôt de la foi, entretenir des rapports de collaboration respectueux et féconds avec les théologiens. Ce dialogue permettra d'effectuer de nouveaux approfondissements du mystère chrétien dans sa vérité la plus profonde, d'avoir une intelligence toujours plus vive de la Parole de Dieu, d'acquérir les méthodes et les langages appropriés pour le présenter au monde contemporain. Par l'aggiornamento théologique, l'Evêque pourra fonder d'une manière toujours plus appropriée sa fonction magistérielle afin d'éclairer le Peuple de Dieu. Sa connaissance théologique mise à jour permettra aussi à l'Evêque de veiller à ce que les diverses propositions théologiques qui sont avancées soient conformes au contenu de la Tradition, repoussant les objections contre la saine doctrine et ses déformations.

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53. Formation pastorale. La formation permanente de l'Evêque concerne aussi la dimension pastorale qui finalise les autres aspects de la formation de l'Evêque et leur confère un contenu déterminé ainsi que des caractéristiques précises. La marche de l'Eglise qui vit dans le monde exige de l'Evêque qu'il soit attentif aux signes des temps et qu'il mette à jour son style de vie et son comportement de manière que son action pastorale soit plus efficace et réponde aux exigences de la société.
La formation pastorale requiert de l'Evêque le discernement évangélique de la situation socioculturelle, des moments d'écoute, de communion et de dialogue avec son presbyterium, surtout avec les curés qui, par leur mission, peuvent ressentir avec une plus grande sensibilité les changements et les exigences de l'évangélisation. Il sera précieux pour l'Evêque de partager les expériences avec eux, de vérifier les méthodes et d'évaluer les nouvelles ressources pastorales. L'apport de spécialistes de la pastorale et d'experts en sciences socio-pédagogiques, ainsi que le dialogue avec eux, aideront l'Evêque dans sa formation pastorale, de même que l'aideront la connaissance et l'approfondissement de la loi, des textes et de l'esprit de la liturgie.
Les divers aspects de la formation permanente, humaine, spirituelle, intellectuelle, doctrinale et pastorale, tout en étant complémentaires, doivent être poursuivis de façon unitaire par l'Evêque. Toute sa formation a pour fin une connaissance plus profonde du visage du Christ et une communion de vie avec le Bon Pasteur. Dans le visage de l'Evêque les fidèles doivent contempler les qualités qui sont un don de la grâce et qui, dans la proclamation des Béatitudes, correspondent a l'autoportrait du Christ: le visage de la pauvreté, de la douceur et de la passion pour la justice; le visage miséricordieux du Père et de l'homme pacifique et pacificateur, bâtisseur de la paix; le visage de la pureté de celui qui regarde constamment et uniquement Dieu et qui revit la compassion de Jésus à l'égard des affligés; le visage de la force et de la joie intérieure de celui qui est persécuté à cause de la vérité de l'Evangile.

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54. Les moyens de la formation permanente. De même que les autres membres du Peuple de Dieu sont les premiers responsables de leur formation, de même l'Evêque devra considérer comme son devoir de s'impliquer personnellement pour sa constante formation intégrale. En vertu de sa mission dans l'Eglise, il devra donner l'exemple surtout dans ce domaine aux fidèles qui le regardent comme un modèle du disciple qui se met à l'école du Christ pour le suivre avec une fidélité de chaque jour sur le chemin de la vérité et de l'amour, façonnant sa propre humanité par la grâce de la communion divine. Pour sa formation permanente, l'Evêque mettra en oeuvre les moyens que l'Eglise a toujours suggérés et qui sont indispensables pour caractériser la spiritualité de l'Evêque et, d'une façon plus générale, pour se confier à la grâce. La communion avec Dieu dans la prière quotidienne donnera la sérénité d'esprit et l'intelligence prudente qui permettront à l'Evêque d'accueillir les personnes avec une disponibilité paternelle et d'évaluer avec la pondération nécessaire les diverses questions du gouvernement pastoral.
L'exercice d'une riche humanité, sage, équilibrée, joyeuse, patiente, sera facilité par le repos indispensable. A l'exemple même de Jésus, qui invitait les Apôtres à se reposer après les fatigues du ministère
Mc 6,31, l'Evêque ne manquera pas de se réserver chaque jour des heures de repos en nombre suffisant, périodiquement un jour libre, et chaque année un temps de vacances, selon les normes établies par la discipline de l'Eglise. CIC 395,2. L'Evêque devra se rappeler que pour indiquer la nécessité du repos la sainte Ecriture dit que Dieu lui-même, au terme de l'oeuvre de la création, se reposa le septième jour Gn 2,2.
Parmi les moyens d'assurer sa formation permanente, l'Evêque devra privilégier l'approfondissement des documents doctrinaux et pastoraux du Pontife romain, de la Curie romaine, de la Conférence épiscopale et de ses confrères Evêques, non seulement pour être en communion avec le Successeur de Pierre et avec l'Eglise universelle, mais aussi pour en tirer des orientations pour son action pastorale et pour savoir éclairer les fidèles face aux grandes questions que la société contemporaine pose continuellement aux chrétiens. L'Evêque devra, par l'étude, suivre la marche de la théologie, afin d'approfondir la connaissance du mystère chrétien, d'évaluer, de discerner la pureté et l'intégrité de la foi et de veiller sur elles. Avec la même diligence, l'Evêque suivra les courants culturels et sociaux de pensée pour comprendre "les signes des temps" et les évaluer à la lumière de la foi, du patrimoine de la pensée chrétienne et d'une philosophie qui a fait ses preuves.
Autant que possible, l'Evêque participera avec une particulière sollicitude aux rencontres de formation organisées par les diverses instances ecclésiales: de celle que la Congrégation pour les Evêques organise tous les ans pour les Prélats ordonnés durant l'année à celles qui sont organisées par les Conférences épiscopales nationales ou régionales, ou par les Conseils internationaux des Conférences.
Les rencontres du presbyterium diocésain que l'Evêque organise avec ses collaborateurs dans l'Eglise particulière sont aussi pour lui-même des occasions de formation permanente, de même que les autres initiatives culturelles grâce auxquelles est semé le grain de la vérité dans le champ du monde. Sur certains thèmes de grande importance, l'Evêque ne manquera pas de prévoir des moments prolongés d'écoute, de dialogue avec des personnes expertes, dans une communion d'expériences, de méthodes, de nouvelles ressources de pastorale et de vie spirituelle.
L'Evêque ne devra jamais oublier que la vie de communion avec les autres membres du Peuple de Dieu, la vie quotidienne de l'Eglise et le contact avec les prêtres et les fidèles représentent toujours des moments où l'Esprit parle à l'Evêque, lui rappelant sa vocation et sa mission, et formant son coeur à travers la vie de l'Eglise. C'est pourquoi l'Evêque devra se mettre en attitude d'écoute de ce que l'Esprit dit à l'Eglise et dans l'Eglise.


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Chapitre IV


2004 Apostolorum Successores 33