
Pie XII 1945 - DISCOURS AUX DIRIGEANTES FÉMININES DE L'ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE
Devoir de la femme de participer aujourd'hui à la vie publique.
Ainsi donc, allons-nous conclure que vous autres, femmes et jeunes filles catholiques, vous devez vous montrer rétives au mouvement qui vous emporte, de gré ou de force, dans l'orbite de la vie sociale et politique ? Certainement non.
Devant les théories et les méthodes qui par différentes voies arrachent la femme à sa propre mission et grâce au mirage d'une émancipation effrénée, qui n'est en fait qu'une misère sans espérance, la dépouillent à la fois de sa dignité personnelle et de sa dignité de femme, Nous avons entendu le cri d'alerte qui réclame au maximum sa présence active au foyer domestiqua
La femme est, en fait, tenue hors de la maison, non seulement en raison de son émancipation proclamée, mais souvent aussi par les nécessités de la vie, par l'obsédant aiguillon du pain quotidien. On prêchera donc en vain le retour au foyer, aussi longtemps que dureront les conditions qui, en bien des cas, la contraignent à en rester éloignée. Et ainsi se manifeste le premier aspect de votre mission dans la vie sociale et politique qui s'ouvre devant vous. Votre entrée dans cette vie s'est produite soudainement, par l'effet de bouleversements sociaux dont nous sommes les témoins. Qu'importe ! Vous êtes appelées à y prendre part. Laisseriez-vous à d'autres, à celles qui se sont faites les promotrices ou les complices de la ruine du foyer familial, le monopole de l'organisation sociale dont la famille est l'élément principal comme unité économique, juridique, spirituelle et morale ? Le sort de la famille, le sort de la communauté humaine sont en jeu : ils sont entre vos mains, tua res agitur. Toute femme, par conséquent, sans exception, a, entendez bien, le devoir, le strict devoir de conscience de ne pas rester absente, d'entrer en action (dans les formes et de la manière qui conviennent à la condition de chacune), pour contenir les courants qui menacent le foyer, pour combattre les doctrines qui ébranlent ses fondements, pour préparer, ordonner et mener à bien sa restauration.
A ce motif impérieux qu'a la femme catholique de s'engager dans le chemin ouvert aujourd'hui à son activité, s'en ajoute un autre : sa dignité de femme. Elle doit concourir avec l'homme au bien de la cité, où elle est son égale en dignité. Tous deux ont le droit et le devoir de coopérer au bien total de la société et de la patrie. Mais il est clair que si l'homme est, par tempérament, plus porté aux affaires extérieures, aux affaires publiques, la femme possède, généralement parlant, une plus grande perspicacité et un tact plus fin pour comprendre et résoudre les délicats problèmes de la vie domestique et familiale, base de toute la vie sociale, ce qui n'empêche pas que certaines savent faire preuve d'une grande compétence dans n'importe quel domaine de l'activité publique.
Tout cela est une question non pas tant d'attributions différentes que de façon de juger et d'en venir aux applications concrètes et pratiques. Prenons le cas des droits civils : ils sont aujourd'hui les mêmes pour tous les deux. Mais ils seront exercés avec d'autant plus de discernement et d'efficacité que l'homme et la femme parviendront à se compléter mutuellement. La sensibilité et la délicatesse propres de la femme, qui pourraient la livrer à ses impressions et risqueraient ainsi de porter préjudice à la clarté et à l'étendue des vues, à la sérénité des appréciations, à la prévision des conséquences lointaines, sont au contraire une aide précieuse pour mettre en lumière les exigences, les aspirations, les périls d'ordre domestique, charitable et religieux.
Le vaste domaine d'activité de la femme dans la vie civile et politique actuelle.
L'activité féminine se déploie en grande partie dans les travaux et les occupations de la vie domestique, qui contribuent, plus et mieux qu'on ne pourrait généralement le penser, aux véritables intérêts de la communauté sociale. Mais ces intérêts exigent, en outre, une légion de femmes qui disposent de plus de temps pour pouvoir s'y consacrer plus directement et entièrement. Quelles pourront donc être ces femmes, sinon spécialement (Nous ne voulons pas dire exclusivement) celles dont Nous parlions tout à l'heure, celles à qui d'impérieuses circonstances ont imposé cette mystérieuse vocation, celles que les événements ont vouées à une solitude qui n'entrait ni dans leurs intentions ni dans leurs aspirations et paraissait les condamner à une vie égoïstement inutile et sans but ? Et voici que, bien au contraire, leur mission s'avère aujourd'hui multiple, militante, absorbant toutes leurs énergies, et telle que peu d'autres femmes, vaquant aux affaires de la famille et de l'éducation de leurs enfants, ou assujetties au saint joug de la règle, seraient également à même de l'assurer.
Jusqu'à présent, quelques-unes de ces femmes se dévouaient avec un zèle souvent admirable aux oeuvres paroissiales. D'autres, aux vues toujours plus larges, se consacraient à des oeuvres sociales et morales de haute portée. Leur nombre, par suite de la guerre et des calamités qu'elle a entraînées, s'est considérablement accru. Beaucoup d'hommes de valeur sont tombés durant l'horrible guerre ; d'autres en sont revenus infirmes. Quantité de jeunes filles, par conséquent, attendront vainement la venue d'un époux et l'éclosion de nouvelles vies dans leur demeure solitaire. Mais en même temps, les nécessités nouvelles créées par l'entrée de la femme dans la vie civile et politique se sont mises à réclamer son concours. Ne serait-ce là qu'une curieuse coïncidence ou faut-il y voir une disposition de la divine Providence ?
Dans ces conditions, le champ d'action est vaste qui s'offre aujourd'hui à la femme, et il peut être, suivant les aptitudes et le caractère de chacune, ou intellectuel ou plus pratiquement actif. Etudier et faire connaître la place et le rôle de la femme dans la société, ses droits et ses devoirs ; se faire l'éducatrice et le guide de ses propres soeurs, redresser les idées, dissiper les préjugés, apporter de la clarté d'ans les confusions, expliquer et propager la doctrine de l'Eglise pour détruire plus sûrement l'erreur, l'illusion et le mensonge, pour déjouer plus efficacement la tactique des adversaires du dogme et de la morale catholique : travail immense et d'impérieuse nécessité, sans lequel tout le zèle apostolique n'obtiendrait que des résultats précaires. Mais l'action directe est également indispensable, si l'on ne veut pas que les saines doctrines et les solides convictions restent, sinon absolument platoniques, du moins pauvres en résultats pratiques.
Cette participation directe, cette collaboration effective à l'activité sociale et politique n'altèrent en rien le caractère propre de l'activité normale de la femme. Associée à l'homme dans le domaine des institutions civiles, elle s'appliquera principalement aux questions
•qui exigent du tact, de la délicatesse et de l'instinct maternel plutôt que de la rigueur administrative. Qui mieux qu'elle peut comprendre ce que requièrent la dignité de la femme, l'intégrité et l'honneur de la jeune fille, la protection et l'éducation de l'enfant ? Et sur tous ces sujets, combien de problèmes réclament l'attention et l'action des gouvernements et des législateurs ? Seule, 'la femme saura, par exemple, tempérer par sa bonté, la répression du libertinage sans préjudice pour son efficacité. Seule, elle pourra trouver les moyens de libérer de l'abjection, d'élever dans l'honnêteté et les vertus religieuses et civiles l'enfance moralement abandonnée. Seule, elle parviendra à faire fructifier l'oeuvre du patronage et de la réhabilitation de ceux qui sont sortis de prison et des jeunes filles tombées. Seule, elle fera jaillir de son coeur l'écho du cri des mères à qui un Etat totalitaire, de quelque nom qu'il s'appelle, voudrait arracher l'éducation de leurs enfants.
Quelques considérations pour terminer.
a) Sur la préparation et la formation de la femme à la vie sociale et politique.
Ainsi Nous avons tracé le programme des devoirs de la femme, dont l'objet pratique est double : sa préparation et sa formation à la vie sociale et politique, le développement et la réalisation de cette vie politique et sociale dans le domaine privé et public.
Il est clair que le rôle de la femme ainsi compris ne s'improvise pas. L'instinct maternel est en elle un instinct humain, que la nature n'a pas déterminé jusque dans le détail de son application ; il est dirigé par une volonté libre, et celle-ci, à son tour, est guidée par l'intelligence. De là sa valeur morale et sa dignité, comme aussi son imperfection qui doit être compensée et rattrapée par l'éducation.
L'éducation féminine de la jeune fille et, bien souvent, de la femme adulte, est donc une condition nécessaire de leur préparation et de leur formation à une vie digne d'elles, l'idéal serait, évidemment, que cette éducation pût se réaliser dès l'enfance et dans l'intimité du foyer chrétien sous l'action de la mère. Malheureusement, il n'en est pas toujours ainsi et ce n'est pas toujours possible. Malgré tout, on peut suppléer, au moins en partie, à cette déficience, en procurant à la jeune fille obligée de travailler en dehors de la maison l'une ou l'autre de ces occupations qui sont, en quelque manière, l'apprentissage et l'entraînement à la vie à laquelle elles sont destinées. C'est ce but que visent les écoles ménagères, qui ont pour mission de faire des fillettes et des jeunes filles d'aujourd'hui les femmes et les mères de demain.
Comme ce genre d'institutions mérite l'éloge et l'encouragement ! Elles sont l'un des cadres où peuvent le mieux s'exercer et se prodiguer votre sentiment et votre zèle maternel, et l'un des plus efficaces, car le bien que vous y faites se propage indéfiniment en mettant vos élèves en mesure de faire à d'autres, en famille ou au-dehors, le bien que vous leur avez fait à elles-mêmes.
Et que dire encore de tant d'autres oeuvres par lesquelles vous aidez les mères de famille aussi bien dans leur formation intellectuelle et religieuse que dans les circonstances douloureuses ou difficiles de leur vie ?
b) Sur la réalisation pratique de la vie sociale et politique de la femme.
Cependant, votre action sociale et politique dépend en grande partie de la législation de l'Etat et des administrations municipales. C'est pourquoi le bulletin de vote aux mains de la femme catholique est un moyen important pour accomplir son rigoureux devoir de conscience, surtout dans les temps actuels.
En effet, l'Etat et la politique ont en propre le devoir d'assurer à la famille de n'importe quelle classe sociale les conditions nécessaires d'existence et de développement, comme unité économique, juridique et morale. Alors, la famille sera vraiment la cellule vitale d'une humanité qui recherche honnêtement son bien terrestre et éternel. Tout cela, la femme véritablement femme le comprend parfaitement. Ce qu'elle ne comprend pas, ni ne peut comprendre, c'est que par politique on entende la domination d'une classe sur les autres, la visée ambitieuse d'une extension toujours plus grande de la domination économique et nationale, quelque raison qu'on invoque. Elle sait que pareille politique ouvre la route à la guerre civile sourde ou déclarée, à la charge toujours plus lourde des armements et au danger permanent de guerre. Elle sait par expérience que cette politique tourne de toute façon au préjudice de la famille, qui doit la payer chèrement de ses biens et de son sang. C'est pourquoi nulle femme sage n'est favorable à une politique de lutte de classes ou de guerre. Sa marche à l'urne électorale est une marche de paix. Ainsi donc, dans l'intérêt et pour le bien de la famille, la femme entreprendra cette marche et refusera toujours son vote à toute tendance, d'où qu'elle vienne, qui voudrait assujettir à de cupides égoïsmes de domination la paix intérieure et extérieure du peuple.
Courage donc, femmes et jeunes filles catholiques ! Travaillez sans relâche et sans vous laisser jamais décourager par les difficultés et les obstacles. Soyez, sous l'étendard du Christ-Roi, sous le patronage de la Mère admirable, Reine des mères, les restauratrices du foyer, de la famille, de la société.
Que descendent sur vous abondamment les grâces divines, en gage desquelles Nous vous donnons, avec toute l'affection de Notre coeur paternel, la Bénédiction apostolique.
(22 octobre 1945f1
Le Saint-Père a adressé les paroles suivantes à de nouveaux représentants de l'U. N. R. R. A. venus lui faire visite ce 22 octobre :
Nous Nous souvenons avec plaisir de la visite que votre directeur général, M. Lehman, Nous a rendue il y a quelques mois ; ce n'est pas une moindre joie pour Nous d'adresser aujourd'hui un mot de bienvenue à ses assistants compétents et dévoués. Nous avons suivi les activités de votre admirable association avec un très vif intérêt et de grands espoirs. C'est une chose admirable, n'est-il pas vrai, de voir des nations qui diffèrent les unes des autres à bien des égards, unies dans un travail d'amour fraternel, mettant en commun leurs ressources afin de porter aide et secours aux victimes d'une guerre impitoyable. Votre entreprise est la plus admirable qui soit par son ampleur et par sa charité qui embrasse tout. Les différences de race, de couleur ou de convictions politiques ne cachent pas la vérité qui fait voir tous les hommes comme des membres d'une grande famille en Dieu.
Mais la noble beauté de votre entreprise comporte aussi un côté prosaïque et de nombreux problèmes ennuyeux. Les meilleures des entreprises humaines rencontrent des obstacles et dans plus d'un cas n'atteignent pas l'idéal qu'on s'était proposé et les espoirs qu'on avait conçus. Nous le savons bien. Cela est vrai en tous temps, mais spécialement dans la désolation consécutive à la guerre ou à des catastrophes naturelles qui submerge les peuples, Nous sommes Nous-même littéralement assailli, comme Nous le sommes aujourd'hui par des milliers de pitoyables appels à l'aide. Et peu 'd'hommes soupçonnent combien Notre coeur paternel souffre 'd'une incapacité à alléger toutes les souffrances et tous les soucis des hommes comme Nous le désirerions. Il est tout à fait normal qu'ils attendent assistance du Père commun. Mais Nos ressources sont si limitées ; malgré tous Nos efforts, Nous sentons combien peu de chose est fait en comparaison des énormes besoins. Vous pouvez drainer une source infiniment plus importante et plus profonde même si cette source est limitée et peut-être parfois vous laisse les mains vides en présence d'enfants qui ont faim. C'est là un stimulant supplémentaire pour tous à se redonner à une tâche qui est au service de tout ce qui est le meilleur dans la nature humaine ; le Seigneur du ciel et de la terre les bénira pour ce qu'ils ont fait au plus petit de ses enfants qu'il aime d'un éternel amour. Que ses faveurs les plus choisies descendent sur toutes les nations dont la générosité a rendu votre association possible. Nous implorons la durable bénédiction de Dieu sur vous-mêmes en particulier et sur tous les êtres chers que vous avez laissés à la maison.
(28 octobre 1945
Ce radiomessage a été adressé aux catholiques argentins réunis à Buenos Aires pour le centenaire de la fondation de l'Apostolat de la Prière dans leur pays et la consécration de l'Argentine au Sacré Coeur de Jésus.
Rappels de chers souvenirs.
Très chers fils de la République argentine qui, réunis en la splendide ville de Buenos Aires, commémorez le centenaire de l'Apostolat de la Prière par la consécration de votre patrie au Sacré Coeur de Jésus, bien souvent, grâce à l'aimable disposition de la divine Providence, Nous vous avons adressé la parole : une fois de près, dans une occasion inoubliable, d'autres fois de loin, au moyen des ondes voyageuses. Vous comprendrez donc Notre joie au moment de le faire encore, maintenant qu'aux imposantes manifestations de votre foi et de votre amour à l'égard du Très Saint Sacrement de l'autel, vous ajoutez avec grandeur l'acte magnifique d'aujourd'hui, journée grandiose et sainte, dies sanctificatus est Domino Deo nostro (n Esdras, 8, 9).
Plus d'une fois aussi Nous avons eu l'occasion de rappeler le centenaire de cette chère et vaillante milice de la gloire de Dieu qu'est l'Apostolat de la Prière ; mais jamais, comme en votre cas, Nous n'en avons vu la commémoration se traduire sous Nos yeux en résultats plus abondants et plus beaux.
La République argentine, la grande nation américaine, le pays des solennels triomphes eucharistiques est à présent et pour toujours consacrée au divin Coeur !
Notez, de plus, cette providentielle coïncidence : c'est justement en la solennité du Christ-Roi, lors de la clôture de ces incomparables manifestations de piété eucharistique du parc de Palermo, que Dieu voulut Nous faire goûter avec vous, que Nos dernières paroles furent précisément pour chanter la royauté du Christ. « Il agréera — disions-Nous en terminant — nos prières et nos supplications ; il régnera dans toutes les âmes et son règne n'aura pas de fin. » Et aujourd'hui vous ne faites que réaliser définitivement votre résolution d'instaurer le règne de Jésus-Christ, de sa loi et de son amour au milieu de votre peuple. Car une nation consacrée au divin Coeur n'est ni plus ni moins qu'un peuple aspirant à ce que l'amour de Jésus-Christ règne chez lui et résolu à mettre ce désir en pratique.
Le fossé qui divise le monde en deux camps se fait chaque jour plus large et plus profond. L'ardeur toujours croissante de l'amour chez les uns et de la haine chez les autres désagrège et dissout plus puissamment chaque fois la tiédeur des zones moyennes. D'un côté, ceux qui nient Dieu, ceux qui prêchent la lutte entre les hommes, ceux qui ne sont jamais rassasiés de grandeur et de domination, ceux qui veulent allumer de toutes parts la flamme de la haine et de la dévastation ; de l'autre, ceux qui respectent la sainte loi de Dieu, ceux qui aspirent à une vie de charité, ceux qui font place en leur coeur à tous les peuples, ceux qui désirent porter dans le monde entier l'Evangile de l'amour. Là, ceux dont les appétits sont insatiables, car ils n'attendent de biens que ceux de la terre ; ici, ceux qui sont vite satisfaits, car ils ne recherchent les choses d'ici-bas que comme une échelle pour monter au ciel.
Quant à vous, dignes fils de la République argentine, vous avez écrit toute votre histoire sous le signe de Jésus-Christ. Mais aujourd'hui, en cette heure solennelle, suivant fidèlement l'exemple de tant de nations, vos soeurs de langue et de sang, et de la grande mère de 1'« Hispanité » elle-même, vous avez décidé de vous élancer à l'avant-garde, au poste de ceux qui ne sont satisfaits qu'après avoir tout donné. « Soucie-toi de mon honneur et de mes affaires », dit un jour Notre-Seigneur à l'un de ses confidents, exprimant ainsi l'idéal de la consécration, « et mon Coeur se souciera de toi et des tiennes ».
Le sens de la consécration.
Jusqu'à hier, donc, vous pouviez dire que vous apparteniez encore à vous-mêmes. A partir d'aujourd'hui, vous êtes d'une manière spéciale à Jésus-Christ, vos autem Christi (1Co 3,23). Jusqu'à hier, vous disposiez de votre activité et de votre liberté, de vos forces et de vos biens extérieurs, de votre coeur et de votre âme. A partir d'aujourd'hui, tout cela est offert au divin Coeur qui veut établir son règne d'amour dans tous les coeurs, détruire et anéantir le règne de Satan. Cependant, en retour, dès maintenant, chose vraiment merveilleuse, vos entreprises comme vos intérêts, vos intentions comme vos résolutions, il les fait siens. Quant à vous, goûtant par anticipation les dons qui sont du ciel, en vous abandonnant totalement à lui et à son très doux empire, vous pourrez jouir de ce paradis de paix qui rend indifférent à tout le reste, car, comparé à lui, tout paraît méprisable.
Le pas, catholiques argentins, le grand pas est fait. Vous voici les heureux témoins et acteurs de cet événement historique. Voici, placé à votre tête, votre vénérable épiscopat, qui vous fera comprendre que la consécration est un acte officiel de l'Eglise. Voici enfin que vient de retentir la voix autorisée de votre très digne cardinal primat, interprète, une fois de plus, du plus profond sentiment de l'âme nationale argentine. Il y a quinze jours à peine, vous avez offert au pied de l'autel du divin Coeur vos enfants, bourgeons qui, demain, seront des fleurs. Dimanche dernier, vous avez consacré devant le même trône vos familles, solide ciment de tout l'édifice social. Aujourd'hui, c'est la nation tout entière qui est agenouillée, en cette heure ténébreuse de l'histoire du monde, au moment où nous voudrions nous réjouir de voir la fin de la tourmente, sans y parvenir cependant, tant que la bonté ne s'épanouira pas généreuse, franche et sincère ; aujourd'hui, vous consacrez au Très Sacré Coeur de Jésus, votre patrie, aussi riche de réalités que de promesses, afin de rendre hommage à Celui qui est digne de tout honneur, d'implorer le don précieux et si rare de la paix et d'obtenir l'union fraternelle de tous les peuples.
Le grand pas est fait. Il ne vous reste plus qu'à être fidèles au pacte conclu ; et si, par l'intégrité de la vie chrétienne, par l'exercice de la charité mutuelle, de la soumission et de l'amour envers la sainte Mère l'Eglise, vous vivez sincèrement votre consécration, Celui qui jamais ne se laisse vaincre en générosité saura vous rendre nobles et grands devant Dieu et devant les hommes. Une âme, une nation, consacrées au Coeur de Jésus, doivent être comme un holocauste parfait placé sur un autel. Que Nos mains, ointes du sacerdoce suprême, soient aujourd'hui celles qui présentent cette victime, puisqu'elles se lèvent en une fervente prière : Recevez, ô très doux Coeur, cette hostie que Nous vous offrons, et que le parfum de son sacrifice rende vos yeux propices à tous et à chacun des fils de ce peuple. Faites que les flammes qui jaillissent de votre blessure pénètrent tous leurs coeurs, qu'elles les brûlent et les embrasent de telle sorte qu'à partir d'aujourd'hui et pour toujours ils ne trouvent leurs délices qu'en vous, qu'ils consument toute leur vie à votre service et qu'un jour, au milieu des splendeurs de votre gloire, ils reçoivent la récompense réservée à vos élus.
En gage de ces grâces, Nous vous donnons aujourd'hui, avec plus d'affection que jamais, Notre Bénédiction apostolique à vous tous, Nos frères dans l'épiscopat qui avez la charge de tant d'âmes et de tant d'intérêts divins, à votre Apostolat de la Prière qui avec un zèle remarquable a su organiser de si brillantes cérémonies, à tout le très cher clergé et peuple argentin, toujours préféré de Notre coeur de Pasteur et de Père.
f28 octobre 1945J 1
Cette allocution a été adressée à deux mille petits « sciuscia », c'est-à-dire des enfants abandonnés à la rue, qui lui ont été présentés par les Pères salêsiens et les prêtres de la Compagnie de Saint-Paul qui les ont recueillis.
Chers enfants, Nous lisons en ce moment dans vos yeux la joie que vous éprouvez à vous presser autour de Nous. Puissiez-vous, à votre tour, lire sur Notre visage l'aillégresse que Nous ressentons à vous accueillir et la reconnaissance émue avec laquelle Nous recevons vos dons ! Don de vos prières et de vos sacrifices, don de vos coeurs, qui veulent être purs et généreux ; don de votre charité délicatement fraternelle, qui vient en aide aux enfants infidèles des pays de missions.
Beaucoup d'entre vous sont bien petits, mais vous êtes tous très jeunes, même les plus grands parmi vous ; vous avez cependant déjà fait l'expérience de la vie ; vous avez connu beaucoup de misères et beaucoup de tristesses ; nombre d'entre vous n'ont probablement pas eu le bonheur de naître et de grandir dans une famille chrétienne. Sur la religion, les prêtres et le pape, vous n'avez peut-être entendu que des moqueries et des calomnies ; peut-être même, sans vous en apercevoir, vous étiez-vous habitués à penser et à parier de la même façon.
Si quelqu'un vous avait dit, en montrant du doigt la colline du Vatican, qu'un jour vous y seriez entrés tous ensemble, contents de vous voir accueillis par le pape, comme par un Père qui vous aime de tout son coeur, et que vous vous seriez trouvés à l'aise auprès de lui, pleins de confiance et de tendresse filiale ; si quelqu'un vous avait prédit tout cela, il y a quelques mois, vous ne l'auriez pas cru. Et pourtant, vous voilà ici présents !
Car, depuis quelques mois, tout est changé pour vous : vous avez été recueillis affectueusement et soignés avec bonté dans votre corps et dans votre âme ; vous avez appris à 'l'école du catéchisme tant de belles et grandes choses ; vous savez qu'au-dessus de cette terre affligée de tant de maux et de misères, il y a un Dieu bon qui vous a créés, qui s'est fait petit et pauvre pour vous, pour vous montrer la voie du salut, qui est mort sur la croix pour vous ouvrir la porte du ciel fermée par le péché, pour vous appeler un jour à lui et vous faire vivre dans son beau paradis. Vous savez que le Fils unique de Dieu, pour se faire petit, a voulu naître d'une Mère, la meilleure, la plus pure, la plus sainte, la plus douce des mères, et qu'il a décrété dans sa bonté qu'à sa ressemblance vous seriez les fils chéris de la Très Sainte Vierge ; vous savez que ce bon Jésus a voulu demeurer au milieu de vous, présent et caché dans le tabernacle de nos églises, où vous n'avez plus peur d'entrer, et qu'il désire vivement vous voir vous approcher de lui pour le recevoir dans votre coeur à la Table eucharistique.
Ainsi, la vie est bien changée pour vous ; elle est meilleure, elle est plus belle, elle est plus riante. Mais le démon cherchera à vous détourner de ce bon chemin pour vous reconduire à la triste vie d'autrefois ; ne l'écoutez pas, ayez confiance en ceux qui vous ont montré tant d'amour et qui vous font tant de bien. Que si par malheur le péché venait à souiller plus ou moins votre âme avec la poussière ou la boue de la rue où vous erriez autrefois, vous savez que le bon Dieu est toujours prêt à vous pardonner, à laver votre âme dans son Sang, dès que vous aurez confié votre misère au prêtre pour obtenir de lui l'absolution dans le sacrement de la pénitence.
Chers enfants, quelques-uns d'entre vous n'ont même pas connu leur papa et leur maman ; pour d'autres parmi vous, leurs parents n'ont peut-être pas eu le bonheur d'être instruits comme vous l'êtes à présent, ils n'ont pas suivi le droit chemin, ils n'aiment ni Dieu, ni la religion, ni l'Eglise ; d'autres enfin, parmi vous, durant les années douloureuses de l'horrible guerre, des bombardements, de la fuite, de l'exil, ont vu mourir ceux qu'ils aimaient tendrement et se sont sentis malheureux, seuls, abandonnés, jusqu'au jour où de bons prêtres, des religieux, des religieuses les ont recueillis. Priez pour vos chers défunts, et à ceux que vous pouvez voir encore, dites bien clairement que le pape les aime, les bénit, qu'il prie Dieu de leur faire trouver, comme à vous, le sentier du bonheur éternel dans le ciel et de la consolation sur la terre, et racontez-leur doucement, gentiment, avec respect et affection, les belles choses que vous avez apprises ; quelle sera votre joie, le jour où vous pourrez les conduire à Jésus, à la Vierge immaculée, à l'Eglise !
Chers enfants, il est temps maintenant de nous séparer. Mais Notre coeur vous suit, même quand vous serez loin, Notre prière vous accompagne. Et avec toute l'effusion de Notre coeur, Nous vous accordons à vous, à ceux et celles dont l'amour et la bonté vous entretiennent, vous éduquent et vous guident, paternellement, Notre Bénédiction apostolique.
(30 octobre 1945)l
Cette lettre a été adressée à S. Exc. Mgr M. Rackl, évêque d'Eichstâtt.
Par la très aimante lettre que vous venez de Nous adresser, Nous avons appris que le diocèse d'Eichstâtt que vous dirigez si dignement allait bientôt commémorer le XIIe siècle de sa constitution régulière.
Il convient, en effet, malgré les grosses difficultés des temps, de rappeler cet événement par des célébrations opportunes ; en considérant ce long espace de temps et tous les événements qui s'y sont produits, maintes raisons se présentent à votre esprit pour rendre à Dieu si bon et si grand les actions de grâces que vous lui devez pour les innombrables bienfaits reçus, pour en tirer augure favorable qui vous permettent de surmonter la dureté des temps présents et pour agir dans l'union des forces et des esprits de telle façon qu'il soit évident que la foi ancestrale et la vertu des aïeux n'ont rien perdu chez vous de leur antique éclat et de leur ancienne dignité.
En rappelant à Notre mémoire les débuts de votre illustre Eglise, Nous voyons comme avec les yeux de l'esprit ces temps si anciens où, d'une part éclata tellement l'ardente charité des Pontifes romains envers votre nation et d'autre part ne brilla pas moins la docilité de votre nation à embrasser pleinement et de plein gré la religion catholique qui lui était prêchée. Et voici que se présentent à Notre esprit ces ardents semeurs de la doctrine évangélique qui, sous la vaillante conduite de saint Boniface, l'apôtre de la Germanie, ont instruit votre nation par leur labeur infatigable et l'amenant de ses moeurs rudes à une vie chrétienne et humaine en ont tiré tant de fleurs de vertu et de sainteté. Et Nous n'ignorons pas, comme vous l'écrivez vous-même, les liens étroits qui unissent dans le présent le diocèse d'Eiehstàtt au Siège apostolique, comme dès les débuts les fondateurs de votre Eglise ont voulu qu'il soit uni par une union qui s'est maintenue dès les temps anciens pleinement, sans faiblesse et avec bonheur.
Lorsque, selon la tradition, le très saint Willibald, le disciple le plus renommé de Boniface, qui devint par la suite le premier évêque de votre diocèse, fut envoyé, il y a douze siècles, par Notre prédécesseur de vénérée mémoire, Grégoire III, pour prêcher la vérité évangélique dans ces régions, les conditions des lieux et des choses n'étaient certes pas faciles, la lumière de la doctrine chrétienne ou bien y était totalement ignorée ou bien n'y brillait pas encore fortement. Mais son courage n'en fut pas brisé, et son zèle apostolique n'en fut pas affaibli ; bien mieux, plus amères étaient les difficultés, plus dure était la résistance qu'il éprouvait de tous côtés, plus aussi son travail se fit pressant, plus vivante sa foi, plus ardente sa charité. Mais Dieu couronna ses travaux de succès (Sg 10,10). Car il eut le bonheur de voir d'innombrables foules instruites par son oeuvre et sa sueur venir des superstitions impures aux préceptes très saints de Jésus-Christ et y conformant leurs moeurs et leur conduite sur son modèle. Enfin, au cours des temps, s'inscrivent en lettres d'or dans les annales de votre diocèse les hauts faits de vos insignes pasteurs qui eurent à coeur non seulement de construire de magnifiques édifices pour le bien de leur troupeau, mais aussi de procurer par leur zèle apostolique paternel son progrès spirituel et qui surtout veillèrent tout particulièrement à protéger de toutes leurs forces sa foi chrétienne et la morale catholique. Parmi ces pasteurs, il convient de rappeler la mémoire de Gebhard Ier, ce vaillant défenseur de la discipline ecclésiastique et de la moralité chrétienne qui, élevé sur le trône de Pierre par un décret de la divine Providence, prit le nom de Victor II et gouverna l'Eglise universelle en ces temps agités par la tempête.
De célèbres institutions de piété, de charité, de culte religieux et de culture humaine ont fait suite à l'oeuvre de saint Willibald et de ses successeurs ; ces institutions se sont perpétuées jusqu'à notre époque et ont beaucoup contribué à la prospérité de votre diocèse et
à son avancement spirituel. Parmi ces institutions, il y a lieu de rappeler d'une façon particulière l'Institut fondé par l'homme de science que fut Charles-Auguste von Reisach qui gouverna d'abord votre Eglise, puis celle de Munich, et qui en raison de ses mérites éminents fut honoré de la pourpre romaine ; Nous voulons parler de cet institut de haute philosophie et de sciences théologiques qui brilla par son goût des recherches doctrinales et par son soin à donner à ses élèves une bonne formation selon l'esprit de l'Eglise ; aux jours pénibles du Kulturkampf contre l'Eglise catholique, ainsi qu'au cours de la tempête de ces dernières années, cet institut voulut ouvrir ses portes non seulement aux élèves provenant des autres diocèses d'Allemagne, mais aussi à ceux qui avaient dû s'enfuir d'autres parties du monde.
Les épreuves et les misères n'ont certes pas manqué à votre cher diocèse, épreuves qui vous ont causé de lourdes pertes mais n'ont pu cependant en briser la force et le courage ; bien plus, muni du secours du Dieu tout-puissant qui ne saurait manquer, votre diocèse sortit de ces épreuves et de ces difficultés comme ramené à une nouvelle jeunesse. Et cela d'une façon telle — Nous l'avons appris avec grande consolation — que ceux qui se glorifient de porter le nom de catholiques, et certes ils ne sont pas rares, gardent leur foi avec ténacité et la défendent contre les erreurs ; c'est en elle qu'ils cherchent les forces et les consolations surnaturelles pour vaincre les difficultés présentes, pour adoucir et apaiser leurs douleurs et pour diriger le cours de leur vie vers le seul but où tous les hommes pourront obtenir la récompense méritée par leurs vertus, le plein repos de l'esprit et atteindre la vraie patrie qui durera éternellement.
Que les chers fils du diocèse d'Eichstâtt continuent, sous votre inspiration, votre enseignement et votre direction, à marcher sur les traces du grand saint Willibald et que cette commémoration séculaire enflamme leur courage pour accomplir joyeusement et avec force tout ce que notre temps exige des fidèles disciples de Jésus-Christ. Notre temps exige d'eux que, toute erreur écartée, les intelligences soient pleinement éclairées par la lumière de la vérité évangélique ; il en exige que l'Eglise, la famille, les écoles et les lettres se prêtent leur aide réciproque pour former la jeunesse et la rendre forte selon les préceptes catholiques ; il exige aussi que tous les fidèles par leur foi droite et solide comme par la dignité de leur vie raffermissent les esprits en proie au doute et chancelants et les pénètrent de la véritable lumière ; notre temps exige enfin — Nous savons avec une grande joie que vous l'avez fait selon vos forces dans les années précédentes — que chacun accorde son aide pour soulager l'indigence, la misère, le malheur du prochain et qu'il le fasse de grand coeur ; et que tous fassent leurs efforts pour réprimer et apaiser les haines, les jalousies, les rivalités et qu'ils n'épargnent aucune peine pour que l'inépuisable charité chrétienne puisse porter remède à l'accumulation des maux qu'une guerre trop longue a engendrés.
Ce sera pour vous un agréable devoir, Vénérable Frère, de communiquer au troupeau qui vous est confié Nos exhortations et Nos avis et de porter à sa connaissance, est-ce bien nécessaire ? combien Nous sommes présent auprès de vous par Notre pensée paternelle et aimante, combien Nous prenons part à vos peines, combien Nous désirons augmenter votre espoir en implorant pour vous les consolations divines.
Que la Bénédiction apostolique que Nous vous accordons de tout coeur dans le Seigneur à vous, Vénérable Frère, à tout le clergé et au peuple confié à vos soins, soit l'augure et le gage de tous ces voeux.
Pie XII 1945 - DISCOURS AUX DIRIGEANTES FÉMININES DE L'ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE