Pie XII 1945 - LETTRE A L'ÉVÊQUE D'EICHSTAETT EN ALLEMAGNE POUR LE XII\2e\0 CENTENAIRE DE LA FONDATION DE SON DIOCÈSE


LETTRE AUX ÉVÊQUES D'ALLEMAGNE

(Ie' novembre 1945)1

Cette lettre est la réponse du Saint-Père à la lettre qui lui a été adressée par les évêques d'Allemagne à l'occasion de leur première réunion d'après-guerre à Fulda :

La conférence de Fulda.

La guerre, ce conflit gigantesque, terminée, vous avez tenu, dès qu'il fut possible de le faire, votre réunion traditionnelle à Fulda auprès du tombeau illustre de saint Boniface, évêque et martyr ; c'est là que vous avez coutume de puiser tous les ans, aux périodes heureuses comme aux périodes sombres de votre histoire nationale, la lumière d'en haut, afin qu'elle vous montre la voie à suivre, qu'elle dévoile et manifeste les dangers à éviter et qu'elle vous fasse discerner les oeuvres à réaliser et à promouvoir, qui soient susceptibles de procurer au mieux et le plus opportunément, avec l'aide de la grâce divine, le bien du peuple confié à votre vigilante sollicitude. Nous déplorons vivement l'absence, à votre conférence, de Notre cher Fils Adolf Bertram2, archevêque de Breslau, qui, pendant de longues années, l'a présidée avec tant de sagacité et tant de zèle. Avec vous, Nous avons prié Dieu d'accorder à ce regretté prélat la félicité éternelle afin que du haut du ciel il puisse être propice à son troupeau, ainsi qu'à tous vos compatriotes, et continue à leur venir en aide.

La condamnation du national-socialisme.

Mais avant de commencer les délibérations et les travaux de votre conférence, vous avez voulu élever vos pensées jusqu'à Nous et,

1 D'après le texte latin des A. A. S., 37, 1945, p. 278 ; cf. la traduction française des Actes de S. S. Pie XII, t. VII, p. 242.

2 Le cardinal Adolf Bertram est mort le 8 juillet 1945, loin de sa ville archiépiscopale de Breslau.



par une lettre collective, témoigner à nouveau des liens très étroits qui vous unissent si intimement, vous et vos fidèles, au Siège apostolique. Dans votre lettre d'hommage filial, vous avez bien voulu aussi Nous exprimer votre reconnaissance pour le fait que, pendant la persécution perfide et astucieuse dont l'Eglise d'Allemagne a été victime ces dernières années, Notre prédécesseur et Nous-même nous ayons fait tout ce qui était en Notre pouvoir pour vous venir en aide. Dans ce domaine, Nous n'avons pas seulement, conscient de Notre devoir, condamné les fausses doctrines qui avaient envahi les lois et les institutions publiques de votre pays et déclaré qu'elles devaient céder la place à des règles chrétiennes et plus humaines, Nous avons encore déploré la violation de conventions librement conclues et élevé les protestations qui s'imposaient ; et lorsque tous les moyens humains apparurent inutiles, Nous avons, en union avec vous, adressé Nos prières et Nos supplications au Dieu des miséricordes, afin qu'il daigne mettre fin lui-même à une situation si douloureuse.

Mais Nous savions fort bien — et il faut vous en louer ici publiquement — que, conscients de votre devoir, vous vous opposiez et résistiez de toutes vos forces aux principes et aux méthodes insensés du « nationalisme » effréné, et qu'en cela vous aviez l'assentiment de l'élite de votre peuple. Il convient donc de ne pas perdre de vue cela et de bien en tenir compte quand on décide d'infliger des peines et des sanctions en raison des événements si tristes qui se sont produits, de manière à ne pas punir à la fois les innocents et les coupables. Pour tout ce que vous avez fait dans ces circonstances extrêmement difficiles, Nous prions de tout coeur Dieu, source de tout bien et juste rémunérateur, de vous récompenser largement. Nous le supplions surtout de vous assister à chaque instant de sa grâce puissante dans l'accomplissement de la tâche ardue qu'est la réparation des ruines immenses causées par les partisans de ce nationalisme effréné et par une longue guerre.

Encouragement pour les tâches de reconstruction.

Sans doute, vous ne disposez pas des moyens humains qu'il faudrait pour entreprendre et mener à bien ces entreprises d'une importance capitale et l'oeuvre de la reconstruction, surtout que vous avez éprouvé de lourdes pertes, non seulement parmi le laïcat, mais aussi parmi votre clergé, dont beaucoup de membres sont morts dans les camps de concentration, confesseurs de la foi et dispensateurs zélés des consolations de la religion.

Malgré ce nombre diminué, vous ne perdez pas courage et votre zèle apostolique ne se relâche pas. Car Nous connaissons la foi et la charité ardentes qui vous animent et, Nous n'en doutons pas, vous en êtes déjà arrivés au point que vos forces augmentent, et vous pouvez remplacer dans leur travail ceux qui ne sont plus. Nous avons donc pleine confiance et Nous sommes persuadé, cher Fils et Vénérables Frères, que vous et les prêtres qui travaillent à vos côtés, loin de rester inactifs et de vous laisser décourager par les malheurs présents, vous mettrez une fois de plus en évidence que, si nous invoquons Dieu dans nos prières et que nous lui restions intimement unis, il accordera aux hommes cette force à laquelle rien ne saurait résister et que de son secours et de sa Providence dépend l'avènement d'une époque meilleure et plus heureuse.

Nous n'ignorons pas, cependant, que l'oeuvre que vous allez entreprendre est très difficile, très ardue et semée d'obstacles. La seule situation matérielle est d'une gravité et d'une difficulté telles qu'elle n'exige pas seulement votre sagacité et votre dévouement à vous, mais encore le concours unanime et l'aide généreuse de votre clergé et de vos concitoyens. Semblable à un ouragan gigantesque qui emporte tout sur son chemin, la guerre a renversé et dévasté nombre de vos cathédrales, consacrées par la religion autant que par leur antiquité et leurs trésors artistiques ; elle a ravagé également les évêchés et les presbytères, les maisons des religieux et des vierges vouées à Dieu, les séminaires et les établissements scolaires presque innombrables fondés par l'Eglise. Ces édifices — dont Nous avons visité et hautement admiré un grand nombre pendant Notre nonciature en Allemagne et qui Nous sont très chers aussi à cause des prières que Nous y avons faites — Nous avons le ferme espoir qu'ils se relèveront de leurs ruines comme l'exigent les fonctions pastorales qu'on doit y exercer et les décisions qu'on a prises de reconstruire vos villes. Ainsi, les monuments religieux qu'ont érigés, au cours des âges, la foi antique et le génie artistique des Allemands, seront sauvés et subsisteront comme un exemple et seront pour les fidèles des lieux où ils pourront convenablement se réunir pour y prier et y recevoir une bonne instruction religieuse.

Et si, comme Nous l'avons déjà dit, ces besoins immenses sont sans proportion avec les ressources dont vous disposez, il ne faut pas pour autant, vous le savez bien, perdre courage : l'histoire même de l'Allemagne montre qu'un peuple chrétien, qui brille par la pureté de ses moeurs, son esprit d'ordre et son ardeur infatigable au travail, peut, avec l'aide de la grâce divine et en bandant toute sa volonté, surmonter et vaincre toutes les difficultés, et est capable, si grande que soit sa pauvreté, de mener à une bonne et heureuse fin ses entreprises.

Mais ce qui, à juste titre, vous angoisse et vous préoccupe plus que les innombrables ruines de votre patrie, ce sont les dommages bien plus funestes causés aux âmes par les doctrines impies qui, au mépris de la loi évangélique, ont voulu instituer les droits et les impératifs de la race, du sang et de l'orgueil. Aussi, est-ce à bon droit que vous vous promettez de ne rien négliger qui puisse ramener les égarés dans la bonne voie, et relever, mettre à nu et faire disparaître les préjugés et les erreurs qui se sont multipliés ces dernières années concernant le Christ, Verbe de Dieu fait homme, l'Eglise qu'il a fondée, ses commandements et ses préceptes divins. Car ce sont uniquement ces préceptes, bien mis en lumière et pratiqués courageusement et avec soin, qui peuvent procurer un jour le bonheur éternel, et même la prospérité et le bonheur temporel que l'on peut obtenir ici-bas. Aussi votre patrie, bouleversée aujourd'hui par tant d'afflictions, pourra réellement se relever et connaître des temps plus heureux si elle professe dans la vie privée comme dans la vie publique la paix, la charité et l'humilité évangéliques.

La presse.

Pour atteindre ce but, on comprend facilement combien il importe de faire revivre le plus vite dans votre pays — et c'est Notre vif désir — les oeuvres et les organisations de presse destinées à promouvoir et à propager, pour le plus grand bien de la cause chrétienne, les publications catholiques de tout genre. De cette manière, vous aurez la possibilité de faire connaître les vrais principes de la doctrine et les solutions les plus sûres aux problèmes discutés, qu'il s'agisse de la question sociale et des problèmes particuliers qu'elle soulève, du gouvernement et de l'administration de la chose publique, ou enfin d'autres matières de la plus haute importance, telles que l'éducation de la jeunesse, le mariage et la famille, au sujet desquelles Nos prédécesseurs d'heureuse mémoire, Léon XIII et Pie XI, ainsi que Nous-même, avons déjà donné à l'occasion opportune les directives voulues.

Les ouvriers.

Dans le domaine social, une question d'importance primordiale est certainement celle de l'organisation du monde ouvrier puisque, comme vous Nous l'écrivez, on se propose de les grouper « bientôt en un syndicat unique ». Nous sommes d'avis que, provisoirement, tant que durera la situation exceptionnelle d'aujourd'hui, on peut admettre cette forme d'association. Mais comme ce genre et cette forme d'organisation ne vont pas sans de graves dangers, il appartiendra assurément à vos soins vigilants de guider et de diriger les travaux d'études, l'orientation et les aspirations du monde ouvrier, de manière que les travailleurs catholiques ne se détachent pas en quoi que ce soit des principes de la doctrine sociale basée sur l'Evangile et le droit naturel que les générations passées nous ont transmise avec tant de clarté et de justesse ; il faudra mettre tout en oeuvre pour que ce syndicat unique ne donne pas lieu à une lutte passionnée de classes et de partis politiques, mais, qu'au contraire, nos ouvriers contribuent, chacun selon ses forces, à la concorde, à la stabilité et à l'ordre dans la société. Car si le régime politique des dernières années, basé sur la violence et l'oppression, doit être suivi d'une autre tyrannie, affichant le même dédain et le même total mépris à l'égard des principes de la vie spirituelle qui, en tant qu'ils sont les normes de la liberté essentielle et de la dignité de l'homme, constituent le fondement et la base de la société, ce serait indubitablement de nouveau, pour votre patrie, une catastrophe irréparable.

Les écoles.

Quant à la décision sans équivoque que vous avez cru devoir prendre au sujet des écoles confessionnelles (Bekenntnisschule), Nous l'approuvons pleinement. Car si les pouvoirs publics distribuent dans votre pays un enseignement primaire obligatoire, c'est une raison de plus pour les catholiques de ne pas renoncer aux écoles confessionnelles. Une excellente et ancienne tradition, les droits des citoyens et les stipulations du concordat conclu entre le Saint-Siège et l'Allemagne exigent d'ailleurs le maintien de ces écoles. Quel que soit, du reste, à l'avenir, le régime scolaire dans votre pays, il faut reconnaître aux pères et mères de famille et à leurs remplaçants le droit légitime d'envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques.

De même que les écoles confessionnelles, la persécution inique qui a déferlé sur votre pays a malheureusement supprimé et confisqué, on le sait, les établissements scolaires privés, notamment les pensionnats de filles tenus par des religieuses, et beaucoup d'autres. Mais l'acharnement qu'on a mis à supprimer et à dissoudre ces institutions est précisément la meilleure preuve qu'elles étaient hautement qualifiées pour donner une bonne éducation chrétienne. C'est pourquoi Nous ne pouvons qu'espérer qu'elles reprendront bientôt leur activité, apportant à la famille et à la société les bienfaits les plus étendus.

Les associations catholiques.

Nous savons qu'avant 1933 l'Allemagne comptait d'innombrables associations catholiques. Maintenant se pose, avec la question de leur reconstitution, celle de savoir comment et dans quelle mesure il convient de les rétablir. En cela, cher Fils et Vénérables Frères, l'important n'est pas de considérer les oeuvres du passé et ce que les générations antérieures vous ont légué dans ce domaine, encore que ce soient, certes, de glorieux souvenirs ; avant tout, il faut accorder toute votre attention aux organisations qui répondent aux nécessités présentes et qui soient plus adaptées, plus efficaces ou plus fécondes pour l'avenir. Pour les associations qui ont déjà fait leurs preuves et dont la gravité de l'heure actuelle a augmenté plutôt que diminué l'importance, par exemple les syndicats d'ouvriers catholiques, il conviendra de les rétablir telles quelles, sous votre contrôle et direction, groupées, selon que vous le jugerez plus opportun et que le comporte leur but spécial, soit dans chaque diocèse, soit dans plusieurs diocèses. D'autre part, il importe fort, vous le savez bien, qu'entre l'Action catholique et les autres associations s'établissent des relations nettement définies, de manière à favoriser la bonne entente et une collaboration féconde.

Dieu seul, cher Fils et Vénérables Frères, peut mesurer la somme d'angoisses et de misères que vous a apportées, à vous et à votre peuple, cette longue guerre dont vous supportez aujourd'hui les si tristes conséquences. Aussi est-ce une grande consolation pour Notre coeur paternel d'apprendre que la Ligue catholique de la charité a repris son activité afin de remédier dans la mesure du possible à cette immense détresse, et qu'elle travaille déjà énergiquement et avec fruit à l'accomplissement de sa tâche.

Berlin et l'Allemagne de l'Est.

Tout en faisant Nôtres les angoisses et les souffrances de vous tous, Nous voulons affirmer Notre sollicitude particulière à l'égard des habitants de Berlin et de l'Allemagne de l'Est. Nous connaissons leur sort cruel et Nous voyons, pour ainsi dire de Nos yeux, les ruines et les destructions épouvantables que les dernières phases de la guerre ont causées dans ces provinces, ces cités, ces villes autrefois florissantes. Surtout Nous déplorons avec vous le traitement indigne et les malheurs dont nombre de femmes et de jeunes filles allemandes ont été les victimes. Si Nous sommes très douloureusement affecté par toutes les souffrances que cette guerre inhumaine a causées, en Orient et en Occident, dans les pays d'Europe, d'Asie et d'Afrique, Nous le sommes aussi en particulier par les calamités de toute sorte qu'elle vous a infligées à vous, parmi qui Nous avons passé de longues années de travail fécond et dont Nous avons constaté de Nos yeux la foi vive et ardente lors des congrès cathdliques de Berlin, de Breslau et de Magdebourg. Nous implorons donc dans Nos prières la miséricorde divine sur tous vos compatriotes et particulièrement sur ceux qui, chassés de leurs foyers, errent par milliers et milliers dans tout le pays. Les mois derniers déjà, Nous n'avons voulu laisser passer aucune occasion pour alléger, dans la mesure de Nos moyens, votre sort et celui des vôtres, surtout en ce qui concerne la situation alimentaire ; et, aujourd'hui encore, Notre unique préoccupation est de voir se réaliser heureusement les voeux ardents que Nous formons pour vous.

Comme Nous connaissons bien les tristes événements qui sont survenus ces derniers mois en Allemagne orientale, Nous exhortons avec instance toutes les victimes à ne pas répondre à la violence par la violence, mais à s'appuyer plutôt sur la force du droit. Nous demandons pareillement que, ayant recours au jugement impartial de la justice, on ne confonde pas avec les vrais coupables qui, par conséquent, méritent un châtiment, des catégories de citoyens qui, en Allemagne comme dans d'autres pays, ne sont pas responsables de la guerre et ne se sont souillés d'aucun crime.

Puisse la commune foi catholique, qui compte un grand nombre d'adhérents de part et d'autre, réprimer et apaiser les instincts de haine et de rancune qui montent partout à un degré effrayant, et frayer ainsi la voie à l'esprit de pacification et de charité. Telle est Notre exhortation ; telle est Notre espérance et tel aussi Notre désir le plus vif. Nous voudrions, comme vous le savez, être présent par la consolation et par le secours partout où il y a des larmes à essuyer, partout où la tristesse serre les coeurs. Soyez donc assurés que, malgré de grands obstacles et l'extrême difficulté des temps, Nous mettrons tout en oeuvre pour vous apporter quelque secours, pour soulager, soit par des oeuvres de charité, soit par des démarches et des négociations, la misère qui règne dans votre patrie, pour alléger, dans la mesure du possible, le son de vos prisonniers, pour obtenir enfin selon Nos forces, et chaque fois que c'est possible, que ces époux, fils et frères, puissent envoyer des nouvelles à leurs familles.

De votre côté, vous vous rappelez sûrement que le divin Rédempteur veut que ce soit lui-même qu'on voie dans les pauvres, ceux qui sont nus, les affamés, les abandonnés ; tâchez donc de toutes vos forces et avec instance d'allumer dans le coeur des autres la vive flamme de la charité sincère qui brûle dans le vôtre. Puissent, par sa lumière et sa douce chaleur, les pensées, les volontés, les desseins de tous s'élever et se purifier, les intérêts privés le céder au bien commun, les différends s'apaiser et les volontés de tous n'aspirer qu'au bien commun et s'unir pour travailler au relèvement de votre patrie.

C'est avec ces souhaits et dans ces sentiments que Nous vous accordons très affectueusement dans le Seigneur, à chacun de vous, cher Fils et Vénérables Frères, au clergé, tant séculier que régulier, et à tous les fidèles dont vous avez la charge, qu'ils soient auprès de leur foyer ou qu'ils en soient encore malheureusement éloignés, la Bénédiction apostolique, présage des largesses divines et gage de Notre bienveillance paternelle.



ALLOCUTION A DES DIPLOMATES DES ÉTATS-UNIS

(2 novembre 1945)1

Le Saint-Père a adressé les paroles suivantes sur l'assistance que Dieu porte aux législateurs au sénateur Edelbert D. Thomas, président de la Commission des affaires militaires du Sénat, et aux personnes qui l'accompagnaient :

Nous vous adressons une très cordiale bienvenue à vous qui êtes tous des représentants distingués de votre pays, quoique dans des champs d'action divers. Un champ cependant, semble-t-il, vous attire tous et dans ce champ l'honorable sénateur qui est ici possède une autorité incontestée. Nous voulons parler du champ des relations internationales et de la loi internationale.

C'est là une question d'importance immense et vitale à toutes les époques, mais spécialement aujourd'hui quand tant d'efforts si nobles et si dignes de louanges sont faits pour établir une paix ferme et durable entre les peuples du monde. Car c'est la loi internationale qui doit assurer et défendre la vie de cette paix ; mais une loi internationale qui reconnaît son fondement dans la loi naturelle écrite par Dieu dans la conscience de tout homme et qui tire en définitive sa force contraignante de cette loi naturelle. L'alternative, c'est la loi du plus fort ; dans ce cas, la défense de la paix tombera à la première attaque lancée par ceux pour qui la puissance crée le droit.

C'est pourquoi, tous les hommes sincèrement désireux de la paix prient pour que l'Esprit-Saint illumine les intelligences des leaders et des législateurs des nations et fortifie leurs mains pour que puisse s'établir loyalement une longue paix sur la base de la loi de Dieu. Telle est Notre prière quotidienne qui jaillit d'un coeur plein d'amour pour tous les hommes. Que Dieu vous l'accorde. Comme expression personnelle de cet amour, Nous implorons les bénédictions les plus choisies du ciel sur vous et sur tous ceux qui sont proches de vous et qui vous sont chers.


MESSAGE AU RECTEUR MAGNIFIQUE DE L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN

(2 novembre 1945) 1

A l'occasion de l'ouverture de l'année académique de l'Université de Louvain, le Saint-Père a fait parvenir au nonce apostolique de Belgique, avec prière de le transmettre au recteur magnifique de cet athénée, le message suivant :

Présent de coeur au milieu de vous pour l'inauguration de l'année académique, Nous faisons paternellement Nôtre la légitime satisfaction que vous éprouvez de cette heureuse reprise au lendemain d'années de souffrances et recommandons à la divine Miséricorde ceux qui ont péri. Nous formons prières et voeux pour que, reprenant avec une nouvelle ardeur sa marche en avant dans la ligne de ses magnifiques traditions, l'Université de Louvain continue à faire honneur à l'Eglise, à la Belgique et à la grande cause de l'enseignement supérieur, et propage courageusement les enseignements de Jésus-Christ plus que jamais nécessaires dans la perturbation actuelle des idées et des doctrines, et Nous envoyons de tout coeur à tous, recteur, professeurs, étudiants, en gage de Notre paternelle bienveillance, la Bénédiction apostolique.


DISCOURS AUX MEMBRES DE L'ASSOCIATION ITALIENNE DES MAITRES CATHOLIQUES (4 novembre 1945)

1

Aux maîtres catholiques d'Italie venus en congrès à Rome, le pape rappelle leur mission, les sources de leur vocation et l'idéal qui doit les inspirer.

Importance de la première éducation de l'enfant pour la vie d'un peuple.

Votre désir, chers fils et chères filles, que vous Nous avez si souvent et si instamment manifesté d'écouter Notre parole et Nos conseils de Père et de Pasteur, à l'occasion de votre congrès romain, montre déjà lumineusement — même si par vos actes et votre conduite vous n'en donniez pas, comme vous le faites, une constante et très patente preuve — à quel point vous êtes conscients de votre haute et importante mission, ainsi que des responsabilités qui pèsent gravement sur vous. Il est indiscutable que la vie d'un peuple se ressent profondément de la première éducation donnée à la jeunesse.

Adolescens juxta viam suam, etiam eum senuerit, non recedet ab ea, « instruis l'enfant de la voie à suivre ; devenu vieux, il ne s'en détournera pas » (Pr 22,6). Vérité dont on trouve l'écho dans l'un des plus grands et des plus clairvoyants poètes romains : Quo semel est imbuta recens, servabit odorem testa diu, « l'amphore neuve gardera longtemps le goût du liquide qu'on y verse pour la première fois » 2.

Cela est vrai, toujours et partout, même dans les temps les plus normaux et parmi les populations les plus saines. Mais combien cette vérité apparaît plus manifestement à cette époque d'universelle perturbation, où le monde, les nations et l'Italie même sont encore à chercher leur voie. Ces enfants que vous rencontrez au sein des familles les plus chrétiennes ou les plus irréligieuses, les plus raffinées ou les plus vulgaires ; ces jeunes garçons que le hasard vous fait trouver dans la rue et qui, peut-être, vous heurtent par leur grossièreté, qui parfois, malheureusement, portent sur leur front et dans leurs yeux les stigmates de la misère et du vice précoce, c'est d'eux, des uns comme des autres, que dépendent l'avenir et le sort de la société humaine.

Les maîtres, délégués et représentants des parents dans l'éducation des enfants.

Si, même dans les conditions les meilleures et dans les circonstances les plus favorables, l'éducation de l'enfance est la mission, l'admirable mission des parents et particulièrement de la mère, leur oeuvre a tout de même besoin d'être efficacement secondée et complétée par la collaboration des maîtres et des maîtresses auxquels ils confient leurs enfants. Devons-nous dire « complétée » et non pas plutôt bien souvent « substituée » ? Il existe quelques mères, Nous le rappelons avec douleur, incapables de comprendre leur saint devoir et leur rôle sublime. Elles sont inaptes à comprendre même l'objet de l'éducation, ignorantes de la plus élémentaire pédagogie, non formées ou déformées comme elles sont elles-mêmes, préoccupées uniquement soit de leur tranquillité ou de leurs plaisirs égoïstes, soit de leurs intérêts matériels sur lesquels elles concentrent toutes leurs pensées. Mais combien d'autres, malgré leur bonne volonté et leur dévouement, se trouvent aujourd'hui, plus que jamais, par suite des dures et inexorables conditions de la vie, dans l'impossibilité de remplir pleinement leur devoir. Leurs nombreuses occupations domestiques, souvent même le travail hors de la maison, ne leur laissent ni le temps ni le loisir d'accomplir ce qui serait la grande joie de leur coeur, le but principal de leur vie ici-bas. Ajoutez que les exigences toujours croissantes de l'instruction obligent les parents à remettre parfois complètement en d'autres mains, dès le premier âge, la jalouse prérogative d'éduquer ces petites créatures auxquelles ils ont donné la vie.

Etre les délégués et les représentants des parents pour accomplir une telle mission en leur nom, quel honneur ! Mais en même temps, si les maîtres n'avaient l'assurance de l'avoir reçue de Dieu, quelle crainte ils éprouveraient en considérant la dignité, les conséquences, les responsabilités, les difficultés et l'austérité de cette mission !

L'oeuvre du maître, souvent dure et difficde. Les caractéristiques de l'enfance.

Aux yeux d'une certaine littérature romantique, rêveuse, imagi-native, aujourd'hui presque passée de mode, l'enfant n'est qu'un être charmant et délicieusement « poétique ». Aux yeux du chrétien, il est digne de vénération, maxima debetur puero reverentia, avertissait le païen Juvénal lui-même 3, et il inspire une poésie incomparablement plus élevée : l'enfant est fils de Dieu ; son ange voit continuellement le visage du Père qui est dans les cieux (cf. Matth. Mt 18,10) ; les hommes sont appelés à se rendre semblables à lui, dans la simplicité et dans l'humilité (cf. Matth. Mt 18,3-4). Contrairement à la poésie mignarde créée par l'imagination et malgré la poésie des réalités sublimes qu'elle renferme, on doit reconnaître que la première formation de l'enfant, ou d'un groupe nombreux d'enfants, peut être une oeuvre dure et difficile. « Les longues années que j'ai consacrées à m'occuper des enfants, écrivait le célèbre évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, ont été les plus douces, mais aussi les plus laborieuses de ma vie, et si mes cheveux sont devenus blancs avant le temps, ça a été au service de l'enfance » 4.

3 Satires, 14, 47.
4 De l'éducation, 1. II, ch. I".


Bien souvent, elle est vraiment dure la vie passée, à longueur de journée, auprès des enfants : à l'espièglerie, à l'inconstance, à la légèreté, aux défauts inhérents à chacun d'eux, viennent quelquefois s'ajouter des misères de toutes sortes, quand ce ne sont pas ces tristes tares qui enlèvent à l'enfant, avec la fraîcheur de son innocence surnaturelle, l'enchantement naturel de son âge. Nombreux sont ceux qui ont déjà tout vu, tout entendu, peut-être même tout subi, tout fait. D'autres ont grandi sans avoir presque jamais entendu parler de Dieu, de la Très Sainte Vierge, des anges, des saints, de leur âme et de leur destin éternel, et ils n'écoutent qu'avec une indifférence ennuyée ce que l'on tente de leur dire sur les vérités de la foi.

Cependant, Nous ne voudrions pas vous tracer un tableau trop sombre. Nombreux, très nombreux, grâce à Dieu, sont les enfants nés, grandis ou du moins rééduqués dans un milieu vraiment chrétien ; mais même les meilleurs, même ceux qui sont dotés de qualités exceptionnelles, quelle patience constante n'imposent-ils pas, non seulement par leurs petits défauts, mais encore par leurs enfantillages, leurs questions continuelles, leurs disputes, leur vivacité, leur tapage ! Malgré tout cela, le bon éducateur doit poursuivre son oeuvre avec ferveur et, en même temps, avec calme, évitant toutes les manifestations de dépression et de découragement qui pourraient en un instant compromettre des résultats péniblement obtenus durant des semaines et des mois de fatigue, et détruire ou ébranler la confiance que les enfants ont mise en lui. Et enfin, alors même que tout serait allé pour le mieux, après avoir pris tant de soin de la première formation de ces tout petits, au moment où commence à sortir le bourgeon qui laisse espérer la fleur, le fruit, voilà qu'il faut les remettre en d'autres mains pour recommencer la même tâche avec dé nouveaux élèves.

Mais l'oeuvre de l'éducateur n'est pas seulement dure, elle est encore difficile. Elle requiert, même auprès des petits, des connaissances spéciales, de l'habileté pédagogique. Elle exige une étude, des exercices pratiques, une aide et un appui réciproques, une laborieuse formation et une entière possession de soi-même. Votre association vous aide certainement à vous procurer ces avantages. Elle s'efforce, en outre, de vous inspirer un sentiment plus élevé de votre mission, convaincue comme elle l'est de l'insuffisance de tous les moyens d'ordre purement naturel pour vous faire triompher de tous les obstacles. Pareille conviction est bien fondée.

De la vocation de maître : ses trois principaux motifs.

Comment expliquer, en effet, que malgré les tribulations et les soucis inhérents à votre profession, malgré la préparation qu'elle requiert et les difficultés qu'elle comporte, tant de candidats aspirent à l'embrasser ? C'est qu'ils peuvent y être poussés par trois motifs principaux : l'inclination, l'intérêt, l'idéal.

La passion de l'enseignement dans un lycée, dans une université et même dans une école supérieure, se comprend facilement. Le professeur ressent une joie intime en voyant s'éveiller sous son impulsion de jeunes intelligences et de jeunes coeurs, en leur communiquant sa pensée, ses convictions, ses sentiments, en s'attachant à diriger la jeunesse vers une carrière élevée ou modeste, mais toujours honorable et utile à la société. Cette noble satisfaction compense largement les soucis, les fatigues et les contrariétés qui ne lui manqueront pas.

Mais les petits enfants ! De loin, avant d'en avoir fait l'expérience personnelle, il est facile d'éprouver une inclination presque paternelle ou maternelle à s'occuper d'eux. Mais si un autre principe, •si une autre impulsion intérieure ne fortifient pas cette inclination, elle cédera fréquemment au dégoût. Et pourtant, dira-t-on, nombreux sont ceux, et vous êtes du nombre, en qui cette inclination puissante persévère, croît même, à mesure que se prolonge l'expérience et que se multiplient les peines et les sacrifices. C'est certain, mais c'est parce qu'alors elle agit non plus seule, poussée pour ainsi dire par l'instinct, mais elle est maintenue et renforcée par l'un des deux autres motifs : l'intérêt ou l'idéal.

L'intérêt, l'intérêt matériel ; ne nous hâtons pas de le déprécier ou de le blâmer. Le maître est un homme, il doit vivre, et pour cela il doit recevoir pour son travail une juste et équitable rémunération qui lui permette de pourvoir à sa subsistance et à celle de sa famille ; mais elle ne représente pour lui qu'une compensation ; il n'enseigne pas par intérêt, mais par amour.

L'idéal est la force qui le conduit et qui le guide. Il y a plus encore ; en face de la nécessité de gagner sa vie, un jeune homme (ou une jeune fille) songe à se procurer des moyens convenables pour assurer son avenir et secourir ses parents ; parmi les états de vie, il choisit celui dont il a le mieux compris la noblesse et l'utilité ; même si le besoin du pain quotidien a tout d'abord dominé sa pensée, un sentiment supérieur a toutefois dicté son choix, et cela lui vaut bien du respect et de l'estime. Celui, au contraire, qui ne verrait dans l'enseignement qu'un métier qu'il abandonnera volontiers le jour où il s'en présentera à lui un autre plus lucratif, ne serait qu'un pauvre mercenaire travaillant sans amour et sans joie, presque comme un forçat qui traîne sa chaîne, ayant dans l'esprit l'idée fixe de d'évasion.

L'idéal, véritable inspirateur de la carrière de l'enseignement.

Il est donc clair que le véritable inspirateur de la carrière de l'enseignement élémentaire ne peut être qu'un puissant idéal. Lui seul peut permettre d'acquérir et de pratiquer un art qui, suivant la célèbre expression de saint Jean Chrysostome, dépasse en excellence tous les autres 5. Cet idéal anime et inspire tous les maîtres et toutes

5 In Matth, homil. 59, n. 7 ; Migne, P. G., t. 58, col. 584.

les maîtresses qui exercent leurs fonctions avec ardeur et avec fruit.

Nous parlons d'idéal, et nous voici arrivés à la tragique bifurcation. Quel idéal ! Il existe des hommes et des femmes qui profanent leurs dons, leur intelligence, leur instinct paternel et maternel au service de l'impiété, de la haine religieuse, civile et sociale. Mais si ces personnes consacrent les années de leur jeunesse et de leur maturité à une entreprise aussi condamnable et assument, pour de teilles fins, les obligations de l'enseignement en sacrifiant leur repos, leurs intérêts et leur conscience, d'autres hommes et d'autres femmes, par contre, enflammés de l'idéal le plus saint, désireux de conformer leur activité aux préceptes de l'Evangile, se sentent l'irrésistible vocation de préserver les enfants du mal pour les donner à Dieu, de supporter toutes les fatigues et tous les désagréments pour en faire de bons serviteurs du Christ, de l'Eglise, de la société humaine. Tel est votre idéal, tel est également l'amour qui a conquis votre coeur et auquel vous avez voué votre vie.

L'idéal du maître catholique. Sa parfaite formation.

Idéal splendide, amour puisé à l'intarissable source du Coeur divin, voilà ce qui vous inspire, ce qui donne à votre oeuvre austère une douceur ineffable.

L'enfant, c'est l'avenir : avenir menaçant ou plein de promesses. Quand l'enfant insouciant va par les rues, il porte en lui, sans le savoir, les germes de toutes les vertus et de tous les vices. Beaucoup de passants se demandent : Quis putas, puer iste erit ? « Que sera cet enfant ? » (Lc 1,66). Vous-mêmes vous avez eu l'occasion de vous poser anxieusement semblable question : quel sera son avenir pour lui-même, pour la société, pour l'Eglise ? La question est devenue un tourment pour vous, et cet enfant, ces enfants, tous les enfants, vous les avez enfermés dans votre coeur. Vous avez pris la ferme résolution, vous avez promis à Dieu d'en faire les artisans de la restauration sociale en Jésus-Christ.

Un sentiment, non pas de découragement, mais presque d'épouvante, vous a subitement envahi l'âme. Votre nombre qui, grâce à Dieu, est déjà bien grand, vous apparaissait soudainement comme disproportionné à l'immensité de l'entreprise ; ensuite, vous avez réfléchi qu'en vous unissant, l'effort de chacun de vous sera décuplé. Ainsi l'adage bien connu : « L'union fait la force », paraît avoir été bien compris par les dirigeants de votre association qui le mettent en application. L'union fait avant tout la force morale ; si l'union ne faisait que cela, ce serait déjà beaucoup ! Il suffit, en effet, de se représenter les conditions dans lesquelles vivent un instituteur, une institutrice, perdus dans l'isolement, sans rencontrer aucun soutien, aucune compréhension et quelquefois même aucune sympathie, pour pouvoir apprécier combien est opportune cette union d'entraide mutuelle. Nous voudrions mettre ici en évidence et avant tout le but spécifique de votre association : procurer et promouvoir la parfaite formation du maître en lui fournissant les moyens d'accomplir dans les meilleures conditions possibles sa pénible, mais grande et noble mission.

L'essentiel, dans cette formation, n'est pas tant l'ensemble plus ou moins abondant de connaissances, de procédés, de méthodes ingénieuses, que l'esprit. Quiconque veut faire triompher une cause, bonne ou mauvaise, vitale ou futile, est bien persuadé de la nécessité d'imprégner tous ses adeptes de l'esprit de cette cause. Le progrès de votre formation personnelle, intime, mais le plus possible complète et harmonieuse, tel doit donc être le premier but de votre association.

Idéal surnaturel.

Puisque l'éducation ne peut être vraiment saine et féconde si l'on s'en tient et se limite au domaine de la simple honnêteté naturelle, votre idéal doit être, en outre, et il l'est en réalité, surnaturel. De là découle que, comme votre vie privée, votre activité professionnelle doit être surnaturelle dans toute sa plénitude pour pouvoir se répandre dans toutes les âmes qui vous sont confiées. Exquise beauté du maître, de la maîtresse, qui, dès le matin, se sont remplis de Dieu par la prière, par la méditation des choses divines, et qui se sont nourris de la chair de l'Agneau immaculé et, ainsi ardents, rayonnants, vont prendre en main ces intelligences et ces coeurs de petits baptisés auxquels ils communiquent paternellement et maternellement leurs richesses spirituelles ! C'est à tout cela que tendent admirablement vos retraites fermées de chaque année, vos exercices spirituels tous les deux mois, la sainte messe commune de chaque mois.

La valeur professionnelle.

Ainsi que Nous l'avons déjà dit, votre formation doit être complète ; il est donc opportun, ou plutôt il est indispensable que votre valeur professionnelle, pédagogique, justement parce que vous voulez vous rapprocher de la perfection même dans l'ordre surnaturel, soit éminente et suréminente, et que dans l'évolution ininterrompue des idées et des institutions, vous soyez comme on dit : à la page. Votre association pourvoit à cette nécessité par vos cours de culture religieuse, sociale, technique, par la préparation des jeunes maîtres aux divers concours, par vos réunions mensuelles, par votre revue périodique et vos bibliothèques. Elle étend sa sollicitude aux problèmes qui regardent l'école maternelle, les cours du soir et les élèves de l'école normale.

La législation scolaire.

Ce n'est pas tout. Vous devez exiger votre place au soleil et les moyens de vous y maintenir ; vous devez défendre, soutenir, revendiquer vos droits de maîtres catholiques et la possibilité de remplir vos obligations. Individuellement, isolément, vous ne pourriez, c'est évident, atteindre à ces buts ; aussi, agissez unis, par le moyen de votre association. Elle se propose, particulièrement en ce temps de réorganisation universelle, d'exercer une action individuelle et sociale en vue d'une législation scolaire qui respecte les principes de la doctrine catholique, action d'autant plus légitime en Italie que cette importante question s'y trouve réglée en vertu d'un concordat solennel entre le Saint-Siège et l'Etat italien.

Le syndicat.

Enfin, vous devez songer à assurer aux maîtres et aux maîtresses une condition de vie conforme à leurs besoins et à la dignité de leurs fonctions. Nous avons déjà plus d'une fois parlé du syndicat unique auquel adhèrent en Italie les catholiques eux-mêmes et des conditions requises pour être membre de cette institution. Du moment donc que vous êtes entrés dans ce syndicat, vous ne vous contenterez pas de vous laisser porter passivement par le courant qui de nos jours englobe toutes les activités professionnelles et sociales. Il sera donc de votre devoir d'acquérir cette compétence spéciale qui vous permettra, au sein du syndicat, de dire votre mot autorisé dans toutes les questions qui s'y traitent, de faire valoir votre influence pour la défense des principes religieux et moraux professés par l'Eglise, de collaborer en parfaite loyauté avec vos collègues en tout ce qui est bon ou tout au moins non illicite, et, sur les autres points, de les amener à une compréhension plus chrétienne, non pas seulement de l'oeuvre de l'enseignement et de l'éducation, mais encore des intérêts communs de votre classe.

Plein de confiance dans les résultats de votre congrès et dans toute votre activité pour la saine formation de la jeunesse, Nous supplions le divin Pasteur des âmes de vous guider dans votre ministère, de vous réconforter dans vos fatigues, de vous consoler dans vos peines, tandis qu'avec l'affectueuse sollicitude de Notre coeur paternel, Nous vous donnons à vous, à tous les maîtres de l'enseignement élémentaire et des écoles maternelles, aux directeurs des études, aux inspecteurs de l'école publique et privée, religieux et laïques, à tous les enfants objet de vos soins, à toutes les personnes qui vous sont chères, Notre Bénédiction apostolique.


Pie XII 1945 - LETTRE A L'ÉVÊQUE D'EICHSTAETT EN ALLEMAGNE POUR LE XII\2e\0 CENTENAIRE DE LA FONDATION DE SON DIOCÈSE