Pie XII 1956
de Sa Sainteté PIE XII
DOCUMENTS PONTIFICAUX
DE SA SAINTETÉ PIE XII
réunis et présentés par
Mgr SIMON DELACROIX
EDITIONS SAINT-AUGUSTIN SAINT-MAURICE (Suisse)
Seduni, die 14a Julii 1958 Jos. BAYARD Vic. gén.
Tous droits réservés
Ce nouveau recueil des Documents Pontificaux de l'année 1956 se distingue par la variété et la richesse de son contenu. Chacun d'eux : discours, lettre ou message du Saint-Père, instruction ou décret des organes du Saint-Siège que sont les Congrégations romaines est, à sa manière, le signe d'une présence attentive, d'une sollicitude pastorale toujours en éveil et à laquelle rien de ce qui est humain, rien de ce qui intéresse les hommes, leur dignité, leur destinée de fils de Dieu ne doit rester étranger.
Que voilà bien réalisée la triple consigne donnée par le Christ à Pierre et à ses successeurs : Pais mes agneaux : pais mes brebis... Guide-les, défends-les, nourris-les... Parle et ne cesse pas d'enseigner, d'exhorter, de reprendre, de consoler et d'encourager... Prêche l'Evangile à toute créature et porte la Bonne Nouvelle jusqu'aux extrémités du monde !
Cette collection est un éclatant témoignage de la fidélité de l'Eglise et de son Chef visible à la mission reçue d'En-Haul. Ces enseignements lumineux éclairent merveilleusement la route à suivre pour qui cherche la vérité et la vie. Les Documents Pontificaux de ce recueil sont en même temps un trésor, une mine inépuisable où l'on pourra trouver ce que l'Evangile appelle « nova et veiera », une application neuve et autorisée du Message du Christ aux exigences de la vie et de l'activité des chrétiens clercs, religieux ou laïcs dans le monde d'aujourd'hui.
Ce n'est certes pas un des moindres bienfaits de Dieu que ce magistère admirablement adapté aux besoins de notre époque, et dont les enseignements lumineux en scrutent les moindres recoins, aidant à discerner sagement dans les conquêtes du progrès moderne ce qui doit être retenu ou amélioré, utilisé ou rejeté.
C'est d'un coeur tout plein de piété filiale, de reconnaissance et de docilité que ce volume doit être accueilli et médité, comme on lit un commentaire d'Evangile ou quelque précieux monument de la tradition catholique.
Il porte en lui sa recommandation, et l'on s'apercevra bien vite, en le parcourant, qu'il n'avait guère besoin de cette préface trop longue déjà puisqu'elle en retarde quelque peu la lecture : Toile et lege !
28 avril 1958
t VALERIO, cardinal VALERI
Préfet de la Sacrée Congrégation des Religieux
L'importance du magistère de Sa Sainteté Pie XII ne fait que grandir. Le rayonnement de ses paroles incite les éditeurs à multiplier leur diffusion. Notre collection, qui fut des premières à comprendre la valeur exceptionnelle de cet auguste message, se réjouit de voir le chemin qu'elle a tracé suivi désormais par d'autres initiatives. Fidèle à ses origines, elle publie tous les discours et écrits officiels du Saint-Père et en leur totalité. Cette conception rassure qui la consulte et le dispense d'autres recherches. En notre temps de presse, l'avantage n'est pas mince pour le prélat, le prêtre, le militant d'Action catholique, le penseur et l'homme d'Etat soucieux d'une documentation complète. Ses tables, minutieusement dressées par M. l'abbé Charrot, incitent le lecteur à l'exploitation intégrale des richesses extraordinaires des documents pontificaux.
L'activité du Saint-Père ne se ralentit point et demeure toujours prodigieuse. Ce volume en apporte le témoignage : 512 pages en 1955, 772 en 1956. Son indomptable énergie, qui a eu raison de la maladie, le conduit à l'utilisation extrême de ses forces. C'est à peine s'il laisse percer, une fois ou l'autre, le mystère de ce travail extraordinaire : « Nos journées sont surchargées, comme vous le savez, savants visiteurs d'outremer ; le travail Nous poursuit sans répit », confie-t-il aux membres de la Commission américaine pour les échanges culturels avec l'Italie. (18 mai, 66, 309)
Il reçoit des chefs d'Etat et des ministres : M. Kubitschek de Oli-veira, président des Etats-Unis du Brésil (ig janvier, 5, 36), le docteur Sukarno, président de la République d'Indonésie (13 juin, 81, 374), le chancelier Adenauer (5 juillet, 93, 420), le docteur Tubman, président du Libéria (23 septembre, 128, 573), M. José Figueres Ferrer, président
1 Le premier chiffre indique le no du document ; le second, la page.
de Costa-Rica (27 septembre, 130, 576), les ministres des Affaires Etrangères du Venezuela (23 octobre, 146, 652), et d'Espagne (3 novembre, 160, 696).
Il accueille, sans jamais manifester de lassitude, des pèlerins, sans cesse plus nombreux et plus admiratifs, aux audiences habituelles : au Vatican, à Saint-Pierre et à Castelgandolfo. Sans souci de la fatigue que lui imposent tant d'allocutions, il reçoit tous les groupes qui implorent ses conseils et ses encouragements : « représentants d'associations sportives, des équipes, des champions » (13 février, 17, 77), membres de Y Automobile Club de Rome à qui il recommande « de respecter les usagers de la route » (12 avril, 43, 175), anciens prisonniers de guerre (15 avril, 45, 182 et 27 octobre, 150, 663), personnel des hôpitaux (26 juin, 88, 396), fabricants de confiserie (21 avril, 49, 203), membres de l'Office d'information publique de l'O.N.U. (24 avril, 51, 209), fonctionnaires du gouvernement bavarois (21 mai, 70, 328), Frères des Ecoles chrétiennes (23 mai, 71, 330), pèlerinage du personnel de maison (3 juin, 771 357)i professeurs et étudiants autrichiens de droit canonique (3 juin, 78, 363), représentants de banques populaires (9 juin, 79, 366), éditeurs (11 juin, 80, 370), inspecteurs de l'enseignement primaire espagnol (3 juillet, 91, 414), sportifs de Bilbao (6 juillet, 94, 423), élèves de l'Ecole militaire de Billom (7 juillet, 95, 426), cadets de la marine brésilienne (10 juillet, 96, 428), religieux professeurs d'Universités (19 juillet, loi, 442), maires et présidents des administrations provinciales d'Italie (22 juillet, 102, 446), dirigeantes (23 juillet, 103, 451) et dirigeants de patronages (28 juillet, 107, 462), choeur polyphonique des médecins de Barcelone (29 août, 113, 482), membres de la Ligue d'abstinence d'Irlande (13 septembre, 122, 324), Fédération aéronautique internationale (20 septembre, 123, 544), Comité de la santé publique de l'Union Européenne occidentale (18 octobre, 143, 643), membres du premier congrès mondial de prévention et d'extinction du feu (19 octobre, 144, 645), techniciens de la pharmacie (21 octobre, 143, 649), athlètes catholiques des Olympiades de Melbourne (24 octobre, 147, 655), représentants de l'Institut international des classes moyennes (25 octobre, 148, 637), directeurs d'agences de presse (26 octobre, 149, 660), techniciens de l'élégance automobile (29 octobre, 134, 681), jeunes de la Campagne européenne de la jeunesse (19 novembre, 163, 716), montagnards italiens (23 novembre, 166, 718), spécialistes de l'orthocide (27 novembre, 167, 723), Commissions italiennes de la ligue pour la lutte contre le bruit (11 décembre, 172, 741), instituteurs catholiques de Bavière (31 décembre, *75t 770). La chrétienté, le monde, tous les mondes, toutes les professions viennent chercher auprès de lui des consignes de travail et de sagesse.
II s'associe aux grandes festivités de tous ses enfants. Le centenaire de la mort de saint Pierre Nolasque (19 janvier, 4, 34), le millénaire de la conversion de sainte Olga (20 janvier, 7, 41), le septième centenaire de l'Union des Ermites de Saint-Augustin (2 février, 12, 36), le cinquième centenaire de la mort de sainte Rita (11 février, 14, 61), le premier centenaire de la fondation des prêtres du Très Saint Sacrement (10 avril, 40, 163) et de l'Oeuvre d'Orient (7 mai, 39, 241), le 430e anniversaire de la Garde suisse (6 mai, 57, 228), la 16e Semaine sociale d'Espagne (8 mai, 60, 243), le 16e centenaire de la mort de saint Antoine (31 mai, 75, 340), le 16e Congrès eucharistique national de France (22 juin, 84, 383 ; 23 juin, 87, 393), le 3e centenaire de la réhabilitation de Jeanne d'Arc (25 juin, 86, 388) et de saint Pierre Regalado, franciscain de Valladolid (4 juillet, 92, 417), le 10e Congrès national de la Confrérie de la doctrine chrétienne aux Etats-Unis (16 juillet, 99, 439), le 4e Congrès international de Pax Christi (30 juillet, 108, 464), le 4e centenaire de saint Ignace (31 juillet, 109, 467), la première assemblée du Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique (2 août, 110, 473) lui sont autant d'occasions d'adresser à tous ses fils du monde entier qui le lui demandent l'assurance de sa sollicitude paternelle.
Les radiomessages lui permettent de s'associer de plus près à certaines manifestations telles que la clôture de huit jours d'exercices spirituels en Espagne (21 janvier, 8, 43). Le mercredi des Cendres 15 février, il s'adresse paternellement aux écoliers catholiques des Etats-Unis pour leur recommander les enfants malheureux du monde entier (19, 87). D'autres encore portent sa parole aux fêtes du cinquantenaire de la Vierge des Douleurs de Quito, Equateur, (22 avril, 30, 203), aux associations des travailleurs chrétiens lors du Congrès eucharistique national italien de Lecce (6 mai, 38, 234), aux fêtes espagnoles du 4e centenaire de saint Ignace (31 juillet, 109, 467), au 7e Congrès international des médecins catholiques (11 septembre, 121, 512), au 2e Congrès eucharistique des Philippines (2 décembre, 168, 723), à celui de Caracas pour les six pays bolivariens (16 décembre, 173, 744), aux catholiques d'Argentine (2 décembre, 169, 730).
Il ne cesse de louer le travail et les travailleurs. Aux dirigeants des fédérations européennes des industries du verre (18 avril, 47, iço) il rappelle la « nécessaire transfiguration » qui s'impose à tout labeur et recommande « l'élan vers les hauteurs qui ennoblit l'âme et la rend capable de toutes les générosités ».
A tous les travailleurs du monde, il enseigne « que le travail fait pour Dieu et parce que voulu par Dieu devient une prière précieuse et continue, ainsi qu'un chant de louange envers Lui, qui s'en trouve hautement qualifié ». Il recommande aussi avec insistance la compétence technique, la conscience professionnelle, l'amour de la tâche (20 mai, 6g, 323).
Aux associations chrétiennes de travailleuses (ier mai, 53, 214), il assigne une « fonction de guide au milieu du monde du travail » et leur recommande d'être les artisans du règne du Christ dans leur entreprise et leur cité, (28 octobre, 132, 66g).
La petite industrie et la petite entreprise semblent avoir particulièrement retenu son attention (20 janvier, 6, 38). Il loue l'entreprise privée qui « contribue à élever le rendement du travail, à diminuer les coûts de production, à accélérer la formation de l'épargne » (13 avril, 44, 177). Il souligne que les petites et moyennes entreprises ont un rôle social capital à jouer, qu'elles doivent s'organiser pour lutter contre la concurrence, que leurs chefs doivent faciliter aux membres de leur personnel l'accès à la propriété et les traiter comme frères dans le Christ (8 octobre, 13g, 623).^
En défendant l'entreprise privée, il souligne que « l'Eglise n'a pas cessé et ne cessera pas de réagir contre les tentatives qui sont faites dans certains pays pour attribuer à l'Etat des fonctions qui ne lui appartiennent pas », mais il déclare aussi que « l'Etat a le droit d'intervenir pour assurer une plus juste répartition des biens de production » (13 avril, 44, 1-77)-
Il affirme avec force pour l'Eglise « le droit de juger avec une autorité suprême même en matière économique », et demande « que l'économie soit organisée de manière à „ satisfaire les besoins de l'homme ", mais s'il rappelle que la religion est la meilleure sauvegarde de la justice et de la charité dans la société, il n'en reconnaît pas moins à l'Etat, le droit « comme promoteur du bien commun » de rappeler les individus à leurs devoirs sociaux (22 septembre, 127, 565).
Aux prêtres et religieux chargés de la critique des livres, il recommande, outre l'objectivité, la probité, l'incorruptibilité et la fermeté de caractère, l'absence de passion et de partialité, « une critique juste et bienveillante », une interprétation favorable à la droiture de l'auteur (13 février, 16, 67).
Aux traducteurs, il propose l'Eglise elle-même comme modèle, et leur conseille « de pénétrer les cultures diverses en extension et en profondeur, d'assimiler assez complètement leur histoire et leur esprit pour oser passer de l'une à l'autre sans danger de trahir leur génie propre » (ier mars, 24, 102).
Aux éducateurs, il définit leurs responsabilités respectives et les collaborations nécessaires (20 avril, 48, 192).
Il exalte en toutes occasions la mission de la femme et de la jeune fille catholiques : « Rien n'est plus beau qu'une jeune fille et une femme devenues des apôtres, des occasions de bien » (9 avril, 38, 157), restauratrices du foyer, de la famille, de la société (14 octobre, 142, 633), messagères de culture aussi (26 janvier, 9, 49).
A tous les apôtres de ce temps, il rappelle (27 septembre, 131, 578) que l'apostolat de la prière est la base de tout apostolat fécond et que la vie spirituelle constitue « le coeur même de l'apostolat chrétien » (3 avril, 36, 148).
Du haut de son observatoire incomparable, il entend les S.O.S. pressants du monde en détresse et recommande aux organisations d'Action catholique « les liaisons internationales plus organiques et un effort d'ensemble proportionné aux besoins de l'heure» (12 mars, 29, 123).
Aux curés et prédicateurs de Rome, il prêche l'amour mutuel, l'entraide, le travail en équipes, le dévouement apostolique (14 février, 18, 79). Aux prêtres, à l'occasion de la 6e Semaine d'adaptation pastorale (14 septembre, 123, ¡27) dans une magistrale leçon, il rappelle le devoir, l'importance et les lois de la prédication.
Le Congrès international de pastorale liturgique d'Assise (22 septembre, 126, ¡49) lui fournit l'occasion d'encourager le mouvement de renaissance liturgique et de compléter les enseignements et directives donnés précédemment par lui et qui ont bouleversé la vie du peuple chrétien.
Préoccupé de l'avenir du monde, il ne cesse de dénoncer les dangers de la civilisation matérialiste (26 janvier, 9, 49), d'une confiance excessive dans la science et la technique (4 mars, 25, 106), et d'une foi naïve en leur aptitude à remédier aux maux de l'humanité (p. 130-131), le péril enfin que court une société qui veut s'édifier hors les lois de Dieu et de la morale chrétienne (22 juillet, 102, 446).
Il exalte la grandeur de toutes les professions, de tous les métiers (17 février, 21, 93). Aux industriels (19 février, 22, 96) il adresse un véritable code de noble déontologie. Il déplore les préjugés dont sont victimes les bons commerçants, définit leur mission au service du bien commun et énumère les qualités professionnelles et morales qui doivent être les leurs (17 février, 20, 90).
Aux membres du Comité de coordination pour l'information publique de l'O.N.U., il déclare que « l'informateur digne de ce nom doit n'accabler personne, mais chercher à comprendre et à faire comprendre les échecs, même les fautes commises » (24 avril, 51, 209).
Les délégués des coopératives italiennes apprennent de lui avec fierté que leurs coopératives « maintiennent en éveil leur sens du bien commun, de leurs responsabilités sociales, et démontrent par leur activité les bénéfices de la collaboration intelligente et de son pouvoir stimulant » (jo mai, 62, 236 ; 25 mai, 23, 334).
Les docteurs et infirmières sont invités à se rappeler « sans cesse que le patient a une tâche à remplir dans la société humaine et que, celle-ci accomplie, il a à se rencontrer avec son Dieu (24 mai, 72, 332). Les portiers des hôtels à être présents, vigilants, serviables et courtois (26 mai, 74, 337). Les gens de maison s entendent appeler « âmes généreuses et si riches d'entraînement même dans votre modeste activité » et sont invités à transformer « en service de Dieu tout leur travail » (3 in™, 77, 337).
Des savants catholiques doivent être préparés pour rencontrer l'ennemi sur son propre terrain. Eclairés dans leur tâche par les splendeurs de la foi divine, ils démontreront, au-dessus de tout doute, que la Vérité est unique» (19 juillet, 101, 442).
Les maires d'Italie sont conviés à acquérir une solide formation technique et à « tenir les engagements . .. pris publiquement devant les électeurs » (22 juillet, 102, 446).
Les techniques nouvelles de la radio, de la télévision et du cinéma doivent « servir . . . a la diffusion de la vérité » (24 juillet, 104, 453).
L'objectif constant du distributeur de produits alimentaires ? : « Réduire les prix, garantir la qualité, multiplier les commodités de l'acheteur grâce au choix abondant des articles et à la facilité de les acquérir » (22 juin, 83, 380). Les membres du 14e Congrès international du lait et de ses dérivés sont encouragés dans leur service (28 septembre, 132, 582). Et aussi les fabricants de panneaux de fibres (2g septembre, 133, 586). Et encore les membres du contrôle des assurances privées (4 octobre, 135, 593)-
Il met en garde les cultivateurs propriétaires exploitants d'Italie contre les promesses démagogiques et leur recommande de se cultiver sur le plan professionnel, social et religieux (11 avril, 41, 165).
Des patrons et chefs d'entreprises chrétiens, il attend « un sens aigu de leurs devoirs et des qualités professionnelles éprouvées » (8 mars, 27, 112).
Les discours sur les questions médicales comptent peut-être parmi ceux qui ont provoqué le plus large écho dans l'opinion. Aux membres du y Congrès international des médecins catholiques (11 septembre, 121, 512), il enseigne que les droits de la personne humaine sont la source du droit médical et la règle d'agir du praticien. L'accouchement sans douleur (8 janvier, 2, 20), la fécondité et la stérilité involontaires (19 mai, 67, 311), la lèpre (16 avril, 76, 184), les maladies des artères coronaires (9 mai, 61, 249), la licéité de la transplantation de la cornée du corps humain mort sur un vivant et l'utilisation d'un cadavre comme objet d'étude (14 mai, 63, 238), les difficultés de recherches des cancérologues (19 août, ni, 475), la chimiothérapie, les antibiotiques et les hormones (6 octobre, 137, 598), l'histophysiologie (15 novembre, 163, 704) ; nul problème technique ne rebute sa compétence extraordinaire et tous les spécialistes s'avouent émerveillés de son information et de son savoir prodigieux.
En face d'Etats laïcs et totalitaires, le Saint-Père, avec autant de force que de tact et de respect de la mission propre de l'Etat, ne cesse de rappeler que la haute mission de l'Eglise « consiste à faire respecter l'ordre des valeurs, et la subordination des facteurs de progrès matériels aux éléments proprement spirituels » (4 mars, 23, 106). Soucieux de garder la pureté du message à lui confié, il rappelle que « l'Eglise ne s'identifie à aucune culture » parce qu'il y a une « indépendance radicale de la religion vis-à-vis de la culture » parce que « son divin fondateur, Jésus-Christ, ne lui a donné aucun mandat ni fixé aucune fin d'ordre culturel ». Mais soucieux de l'avenir de la civilisation, il ajoute que l'indépendance ne veut pas dire indifférence car « la culture qui se veut authentique, saine et durable, appelle d'elle-même une relation intime à la religion » (9 mars, 28, 113). « Le progrès de l'esprit — quand il est conforme à la vérité et à la bonté de Dieu — appelle celui de l'âme », et, dit-il encore, « le patient effort de Y éducateur et du maître fraye le chemin du pionnier de l'Evangile (3 mai, 36, 223).
Messager inlassable de la paix (PP 107, 143, 220, 227), de l'unité des hommes et du monde (PP 238, 336, 437), il encourage les efforts du mouvement international Pax Christi (30 juillet, 108, 464), il engage les jeunes à « une union fraternelle des jeunes catholiques dans le respect de l'attachement de chacun à sa patrie, à sa race, à sa culture » (4 décembre, 170, 734), et les membres de la Fédération internationale des hommes catholiques à se faire les promoteurs d'une paix conforme aux principes chrétiens (8 décembre, 171, 737).
Le 28 octobre, par trois lettres encycliques qui ont, en une heure critique de l'histoire, ému le monde entier, (28 octobre, 131, 666 ; 1er novembre, 139, 693 et 5 novembre, 161, 698), il s'associe aux souffrances de la Hongrie pour laquelle il demande une croisade universelle de prières (28 octobre, 131, 666) et par le radiomessage du 10 novembre (162, 700) il adresse un appel pressant aux gouvernements du monde entier afin que la paix soit sauvegardée.
Cet enseignement de Pie XII culmine en cette année 1956 en trois sommets.
L'encyclique Haurietis aquas redonne un nouvel élan, magistral et prégnant de richesses à exploiter, à la dévotion au Sacré-Coeur (15 mai, 65, 270-308).
Le message de Pâques recommande aux esprits troublés par l'évolution du monde, la foi agissante, la sérénité puisée dans la foi au Christ, la confiance dans les progrès déjà réalisés et supplie les hommes de s'arrêter « dans cette course à l'abîme » que pourrait être la course aux armes nucléaires (ier avril, 35, 142-147).
Le message de Noël, enfin, sur la dignité de la nature humaine et ses limites, montre avec courage les conséquences du péché dans la vie sociale, définit le vrai réalisme chrétien et proclame une fois de plus les fondements et les conditions de la paix (174, 749-769).
Père commun des fidèles et admiré de tous les hommes, Pie XII parle à notre monde inquiet et à notre époque tourmentée, comme nul autre pape avant lui ne l'a fait. A partir des réalités quotidiennes, des soucis professionnels des hommes, des problèmes qu'il ont à affronter, et appuyé sur une information et une compétence étonnantes en tous domaines, il élabore une véritable somme qui appelle au travail les théologiens et les chrétiens d'aujourd'hui et de demain.
S. DELACROIX
Professeur à l'Institut Catholique de Paris Directeur général de l'Union Apostolique
(5 janvier 1956) 1
Le jeudi 5 janvier, le Saint-Père a adressé au pèlerinage des OEuvres de la Compagnie de Jésus un discours en italien dont nous publions la traduction ci-dessous :
De toutes les régions d'Italie et, pour ainsi dire, comme manifestation complémentaire du centenaire ignatien que Nous avons Nous-même, en signe de bienveillance particulière, tenu à ouvrir par une de Nos Lettres 2, vous êtes venus à Rome, chers fils et filles, en représentants des diverses oeuvres dirigées par la Compagnie de Jésus, pour visiter pieusement ces lieux mêmes que le grand patriarche de Loyola sanctifia un jour par sa présence.
Fruits des oeuvres de la Compagnie.
Comme son grand coeur aurait exulté dans le Seigneur, en vous voyant si nombreux, enthousiastes et pieux et, surtout, en constatant combien a fructifié dans vos âmes le germe qu'il sema, dans une conception géniale, avec grandeur d'esprit et le plus juste zèle, et que, maintenant, ses fils affectueux cultivent avec amour.
1 D'après le texte italien de Discorsi e radiomessaggi, 17, traduction française de l'Osservatore Romano, du 20 janvier 1956.
2 Cf. Documents Pontificaux 1955, p. 266.
Dans les collèges de la Compagnie, vous avez modelé vos esprits dans la vertu et dans la science, en posant les fondements inébranlables de cette formation chrétienne, qui devrait ensuite vous conduire toujours sur le juste sentier : vous qui, dans le livre d'or des Exercices, jamais assez loué, trouvez toujours le guide sûr et l'élan irrésistible pour gravir le chemin de la perfection ; vous qui puisez aux sources inépuisables du Coeur divin l'inspiration continue pour votre prière et votre apostolat ; vous qui, dans les très chères Congrégations mariales, avez adopté une règle de vie, qui fait de vous des collaborateurs assidus de l'apostolat hiérarchique ; vous qui, dans les diverses publications, que soutient la Compagnie de Jésus, nourrissez vos connaissances d'une doctrine solide, bien orientée et en parfaite harmonie avec Nos enseignements et désirs ; vous qui, du zèle des âmes qui brûle chez les fils d'Ignace, avez tiré l'ardeur qui vous pousse à travailler sans trêve dans le champ des missions ; vous qui recevez des bienfaits quotidiens de la milice ignatienne au confessionnal, par la prédication et dans les innombrables oeuvres — à l'avantage aussi bien du clergé que du laïcat — où trouve à s'exprimer son inlassable élan pour la plus grande gloire de Dieu. Et, en plus de vous, combien d'âmes en Italie, en Europe, dans le monde ! Combien aujourd'hui et toujours !
Pèlerinages ignatiens à Rome.
Il était donc naturel, en cette année centenaire de la naissance au ciel du glorieux patriarche, que vous désiriez venir à Rome : en cette ville qui non seulement a l'honneur de conserver ses précieux restes mortels, mais qui aussi, pour de nombreuses raisons, se sent la mère d'un si illustre fils, inestimable don de l'Espagne catholique au centre de la chrétienté ; c'était comme un devoir pour vous de le commémorer en ces lieux où l'on a encore l'impression de le voir, avec sa petite taille, son air grave, modeste et digne, sa légère claudication, mais son visage toujours illuminé de la ferveur de la charité, ses yeux flamboyant de zèle pour les âmes et avec ce quelque chose, dans toute sa figure, qui rappelait le ciel et parlait de Dieu. C'est ainsi que vous avez visité la modeste chapelle de la Storta, lieu de très hautes communications divines ; vous avez traversé ces voies étroites et tortueuses de la Rome médiévale et de la Renaissance, aux coins desquelles il expliquait le catéchisme ; sous les simples voûtes de Sainte-Catherine dei Funari ou de Sainte-Marie de Montserrat, il vous a semblé entendre résonner encore sa parole apostolique et convaincante ; près de la Trinité des Monts et de l'antique Tour du Melangolo, vous avez foulé avec vénération et respect le sol où se trouva sa simple demeure et qui fut le théâtre de sa charité ; à Saint-Paul-hors-les-murs, vous avez vu apparaître encore, dans les faibles lueurs du matin, le petit groupe qui, devant l'antique mosaïque de la Mère de Dieu, émit la profession religieuse, avec beaucoup de dévotion et les larmes aux yeux ; à Sainte-Marie-Majeure, vous vous êtes prosternés devant la crèche de l'Enfant, qui fut témoin de la première messe qu'il célébra avec une joie indicible ; dans l'église du Gesù, en priant dans la chapelle consacrée à la suave image de Notre-Dame de la Strada, si chère au saint, vous avez évoqué la modeste maison des profès, via degli Astalli, d'où il gouverna l'Ordre jusqu'à sa mort ; dans les « camerette » il vous a semblé le voir encore priant, travaillant, écrivant, organisant, souffrant et mourant ; devant son splen-dide sépulcre, vous avez senti comme si cette sainte dépouille vibrait d'une affection paternelle et comme si d'elle s'élevait une voix qui vous rendait grâces pour votre pieuse présence.
Oui, chers fils, comme Vicaire de ce Christ qu'Ignace aima avec tant d'ardeur ; de ce Siège, au service inconditionné duquel il consacra sa vie et son oeuvre ; comme dépositaire de ce coeur et de cet esprit, qu'il mit ici-bas entièrement entre les mains du successeur de Pierre ; Nous vous souhaitons la plus affectueuse bienvenue ; Nous vous louons pour le fervent amour que vous professez envers le saint patriarche et ses dignes fils ; et Nous interprétons votre présence comme une promesse de fidélité à l'authentique esprit ignatien, tant de fois approuvé et loué par les Souverains Pontifes, comme une ferme résolution de profiter le plus possible des grâces que le Seigneur vous accorde dans les oeuvres auxquelles vous appartenez, et comme une manifestation de votre gratitude envers ceux qui les soutiennent et les dirigent.
Enfin, voyez un gage des plus abondantes faveurs célestes dans la Bénédiction apostolique que, de grand coeur, Nous donnons à vous, à vos familles, à tout ce que vous portez dans la pensée et dans le coeur et, principalement, à l'insigne Compagnie de Jésus, dont votre très pieux pèlerinage est le fruit et la preuve du zèle éclairé.
(8 janvier 1956) 1
Le dimanche 8 janvier, le Saint-Père a adressé le discours suivant à un grand nombre de médecins spécialistes, pour la plupart professeurs de gynécologie et d'obstétrique dans différentes universités, directeurs d'écoles et de maternités, provenant de diverses provinces d'Italie, ainsi que d'Allemagne, Autriche, Belgique, Colombie, Egypte, Espagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Hollande, Irlande, Suisse, Tanger, Uruguay. Ils s'étaient rassemblés à l'invitation du Secrétariat international des Médecins catholiques, de l'Association des Médecins catholiques italiens et de l'Institut de Génétique « G. Mendel » de Rome.
Nous avons reçu des informations sur une acquisition nouvelle de la gynécologie et l'on Nous a prié de prendre position à cet égard au point de vue moral et religieux. Il s'agit de l'accouchement naturel, sans douleur, dans lequel on n'utilise aucun moyen artificiel, mais où l'on met uniquement en oeuvre les forces naturelles de la mère.
Rappel de déclarations antérieures.
1 D'après le texte français des A. A. S., XXXXVIII, 1956, p. 82.
2 Discorsi e Radiomessaggi, vol. XI, pp. 221-234 ; Documents Pontificaux 194g, p. 407.
Dans Notre allocution aux membres du quatrième congrès international des médecins catholiques, le 29 septembre 1949 2, Nous disions que le médecin se propose au moins d'adoucir les maux et les souffrances qui affligent les hommes. Nous évoquions alors le chirurgien, qui s'efforce dans les interventions nécessaires d'éviter au maximum la douleur ; le gynécologue, qui tente de diminuer les souffrances de la naissance, sans mettre en danger la mère ni l'enfant et sans nuire aux liens d'affection maternelle qui — affirme-t-on — se nouent d'habitude à ce moment. Cette dernière remarque se référait à un procédé utilisé à l'époque dans la maternité d'une grande ville moderne : pour lui éviter de souffrir, on avait plongé la mère dans une hypnose profonde, mais on constata que ce procédé entraînait une indifférence affective à l'égard de l'enfant. D'aucuns cependant estiment pouvoir expliquer autrement ce fait.
Instruit par cette expérience, on eut soin par la suite d'éveiller la mère plusieurs fois pour quelques moments au cours du travail ; on réussit de la sorte à éviter ce que l'on craignait. Une constatation analogue put être faite lors d'une narcose prolongée.
La nouvelle méthode, dont Nous voulons parler à présent, ne connaît pas ce danger ; elle laisse à la parturiente sa pleine conscience, du début à la fin, et le plein usage de ses forces psychiques (intelligence, volonté, affectivité) ; elle ne supprime, ou, selon d'autres, ne diminue que la douleur.
Quelle position faut-il adopter à son égard au point de vue moral et religieux ?
i. SES RAPPORTS AVEC L'EXPERIENCE DU PASSE
D'abord l'accouchement indolore considéré comme fait courant tranche nettement sur l'expérience humaine commune, celle d'aujourd'hui, mais aussi celle du passé et des temps les plus reculés.
Les recherches les plus récentes indiquent que quelques mères mettent au monde sans ressentir aucune douleur, bien qu'on n'ait utilisé aucun analgésique ou anesthésique. Elles montrent aussi que le degré d'intensité des souffrances est moindre chez les peuples primitifs que chez les civilisés ; s'il est moyen en beaucoup de cas, il reste élevé pour la plupart des mères, et même il n'est pas rare qu'il soit insupportable. Telles sont les observations actuelles.
Il faut dire la même chose des âges passés, pour autant que les sources historiques permettent de contrôler le fait. Les douleurs des femmes en travail étaient proverbiales ; on s'y référait
pour exprimer une souffrance très vive et angoissante, et la littérature profane aussi bien que religieuse en fournit les preuves. Cette façon de parler est courante, en effet, même dans les textes bibliques de l'Ancien et du Nouveau Testament, surtout dans les écrits des prophètes. Nous en citerons ici quelques exemples : Isaïe compare son peuple avec la femme qui, au moment de la naissance, souffre et crie (Is 26,17) ; Jérémie qui regarde en face l'approche du jugement de Dieu, dit : « J'entends des cris comme ceux d'une femme en travail ; des cris d'angoisse, comme ceux d'une femme qui enfante pour la première fois » (Jr 4,31). Le soir qui précède sa mort, le Seigneur compare la situation de ses Apôtres à celle de la naissance : « Une mère qui enfante est dans les douleurs, parce que son heure est venue. Mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de sa tribulation, parce qu'elle se réjouit qu'un homme soit venu au monde » (Jn 16,21).
Tout ceci permet d'affirmer, comme un fait reçu parmi les hommes de jadis et d'aujourd'hui, que la mère enfante dans la douleur. C'est à quoi s'oppose la nouvelle méthode.
Pie XII 1956