
Pie XII 1956 - DISCOURS A DES ÉTUDIANTS ESPAGNOLS
Le Saint-Père a reçu en audience spéciale, le 22 mars, un groupe de nouveaux prêtres et d'autres élèves du Collège espagnol. Il leur a adressé un discours en espagnol, dont nous donnons la traduction ci-dessous :
Très chers fils, supérieurs et élèves de Notre Collège espagnol de Saint-Joseph ; très chers parents des étudiants récemment ordonnés ; et, surtout, très chers nouveaux prêtres, qui, avec l'onction encore fraîche sur vos mains, Nous avez procuré la consolation de pouvoir vous féliciter en une des occasions les plus solennelles de votre vie !
Le Saint-Père invite les nouveaux prêtres à se réjouir d'être devenus ministres du Seigneur.
Gaudete — dirons-Nous en paraphrasant un texte bien connu — gaudete quod nomina vestra scripta sunt in coelis (Lc 10,20) ; réjouissez-vous, oui, réjouissez-vous non seulement parce que vous avez atteint le but ardemment souhaité, parce que vous avez réalisé votre principal désir, mais aussi, en premier lieu, parce que vous êtes maintenant des ministres du Seigneur — alter Christus, sacerdos in aeternum. Ce fut une élection divine parce que non vos me elegistis (Jn 15,16) ; mais ce fut une élection, une prédilection qui vous détache de la terre, vous oriente définitivement vers Dieu, comme si chacun de vous était un nouvel élu, un nouvel Aaron (He 5,1-4).
Il leur rappelle ensuite leur obligation à une vie sainte et rayonnante.
Mais c'est une loi de la Providence, très chers fils, qu'il n'y a point d'honneur sans quelque exigence déterminée, inséparable de la fonction même que suppose l'honneur. Clerici, — prescrit, en effet, la loi ecclésiastique — debent sanctiorem prae laicis vitam interiorem et exteriorem ducere (can. CIS 124). Une vie sainte devant Dieu et devant les hommes, d'une sainteté qui stimule inlassablement à l'apostolat, qui ne connaisse point d'obstacles, qui ne recule jamais devant le sacrifice, qui incite au bien par l'exemple, qui édifie les bons et ferme la bouche aux méchants, qui, sur son passage — nouveau soleil — fasse fleurir les vertus, qui apaise la juste colère du ciel, qui appelle les grâces sur la terre, qui soit à tout moment une gloire de Dieu et un honneur de l'Eglise.
En ce siècle, où bien souvent on parle tant et si inutilement de maux et de remèdes, Nous avons plus d'une fois pensé qu'un des principaux remèdes serait précisément celui-ci : beaucoup de saints prêtres ! Car l'histoire enseigne que partout où un prêtre saint et dévoué a surgi, partout où il a vécu, on a vu tout se renouveler, tout se vivifier autour de lui ; comme lorsque dans le désert jaillit, inattendue et hardie, l'allégresse d'une source et, immédiatement autour d'elle, la fraîcheur et la verdure triomphent de l'aridité et de la désolation. Et les caravanes elles-mêmes viennent de loin pour se réjouir, se reposer et reprendre des forces dans l'enchantement de la nouvelle oasis.
Il leur donne quelques consignes plus spéciales : a) être à la hauteur de leur mission.
Mais, ceci entendu, si vous Nous demandiez encore, en particulier, ce que Nous attendons spécialement de vous en ces temps, peut-être pourrions-Nous le résumer dans les suggestions suivantes que Nous vous offrons paternellement en souvenir de cette rencontre familiale.
Les temps s'écoulent et le progrès humain est évident dans toutes les branches du savoir ; veillez à être toujours à la hauteur de votre mission, de manière que tous — l'homme simple comme l'homme instruit — trouvent en vous ce qu'ils espèrent, en accomplissant votre ministère de pasteurs et de guides des âmes avec modestie mais avec sûreté, avec capacité mais sans prétentions, avec humilité mais dignement, de façon édifiante mais, en même temps, avec l'autorité raisonnable que votre charge exige.
b) . . . savoir rappeler, quand il le faut, à leurs ouailles, leurs droits mais aussi leurs devoirs.
Les temps progressent et l'organisation intérieure de la structure la plus intime de la société évolue rapidement, tendant vers une plus juste distribution des biens de production et de consommation, un plus grand rapprochement entre les diverses catégories sociales et une satisfaction plus raisonnable des justes exigences de la personne humaine ; en un moment si critique de l'histoire du monde, que ne fassent pas défaut chez vous la sensibilité voulue pour percevoir le problème dans chaque cas, la préparation nécessaire pour le résoudre et aussi le courage indispensable pour rappeler à chacun non seulement ses droits mais encore ses devoirs.
c) .. . surtout rapporter toute chose à la fin suprême : Dieu.
Enfin, comme la vie, se compliquant, de plus en plus, se fait sans cesse plus difficile, plus complexe dans toutes ses manifestations, au grand risque de désorientations et de confusions, que votre juste sens sacerdotal vous rappelle toujours le but surnaturel et unique auquel vous aspirez, le bon sentier pour y arriver sans vous égarer sur d'autres chemins, l'objet exclusif de toute votre vie de sainteté et d'apostolat, bien loin d'autres questions et préoccupations purement humaines et terrestres, qui pourraient être un obstacle pour vous et pour votre mission, au détriment non seulement de vous-mêmes mais aussi des âmes et des véritables et très hauts intérêts de l'Eglise.
Sous la chaire de Pierre, vous avez écouté les paroles qu'il entendit lui-même, un jour, des lèvres du Maître : « faites cela en mémoire de moi » (Lc 22,19) ; il vous aura semblé que, de la gloire du Bernin, le Saint-Esprit lui-même descendait sur vous et vous transformait ; en ce même lieu où la voix des Souverains Pontifes proclame la sainteté des serviteurs de Dieu, vous avez promis de suivre leurs chemins de la sainteté sacerdotale. Les débuts ne pourraient être meilleurs ; Notre désir est que vous continuiez et persévériez jusqu'au bout d'une manière qui ne soit pas indigne de ce commencement. Et en considérant l'avenir du sommet de cet âge, auquel la divine Providence Nous a laissé arriver, c'est pour Nous une grande consolation et un gage de continuité à l'intérieur du corps de l'Eglise.
C'est ce que nous demandons à votre Mère bien-aimée la Vierge de la Clémence ; et de même au glorieux Patriarche saint Joseph, votre patron spécial ; dès à présent, Nous voulons bénir votre ministère futur, avec toutes les âmes qui vous seront confiées et tous les saints idéals qui abondent en ce moment dans votre esprit ; votre collège et le futur collège que vous avez voulu Nous offrir comme le plus précieux souvenir de ces manifestations ; vos frères séminaristes de toute l'Espagne, avec tous les prêtres espagnols et toute cette grande nation, toujours si proche de Notre coeur.
Une parole toute spéciale pour les heureux parents des nouveaux prêtres, qui n'auront jamais pleuré avec autant de bonheur qu'en ces jours-ci. Donc, si vous avez fait, voici quelques années, un sacrifice en offrant votre fils au Seigneur, aujourd'hui le Seigneur, au milieu de tant et de si grandes consolations, vous l'a payé avec abondance. En récompense de votre générosité et pour compléter vos joies légitimes, Nous ne voulons pas que vous manque en ce jour Notre Bénédiction toute spéciale.
(25 mars 1956) 1
Dimanche 25 mars, le Saint-Père a reçu dans la salle du trône une délégation de la compagnie de Jésus, ayant à sa tête le préposé général, le Très Rév. Père Janssens, accompagné de tous les membres de la Curie generalice.
Très chers fils, réunis devant Nous, vous les membres de la Curie de la compagnie de Jésus, vous surtout les Instructeurs du troisième an de probation, convoqués à Rome par le zèle plein de sagesse de votre préposé général qui Nous est si cher. Nous savons que vous avez été d'une si grande discrétion dans votre demande qu'il vous eût suffi de recevoir Notre bénédiction apostolique au cours d'une audience publique.
Bien que Nous soyons en ce moment absorbé par un grand nombre d'occupations et de soucis, Nous avons tenu néanmoins à Nous entretenir quelque peu avec vous, pour vous ouvrir Notre âme paternelle et témoigner à tout votre Ordre Notre bienveillance particulière à vous surtout les Instructeurs, à qui a été confiée une charge qui réclame un profond jugement et une grande prudence.
Vous êtes certes la portion d'élite de la Compagnie de Jésus, puisque vous avez été choisis parmi tous vos confrères pour assumer sur eux l'autorité : qui auctoritate valeant2.
1 D'après le texte latin des A. A. S., XXXXVIII, 1056, p. 269 ; traduction française de VOsservatore Romano, du 13 avril 1956.
2 Epit. Instit. Soc. les., pars V, cap. 2, n. 430.
3 Ibid., Proem., tit. V, n. 22.
Vous avez, en effet, à remplir une tâche d'une extrême importance puisqu'elle se rattache à ce que votre institut considère comme : substantialia secundi ordinis 3. Ce qui, d'ailleurs, se conçoit aisément. A l'oeuvre et aux efforts déployés pendant de longues années pour former les âmes par la vertu de religion et la piété, est mise ainsi la dernière main. De cette manière, pour ainsi dire, l'arme, avant d'être utilisée pour le combat apostolique, revient dans l'atelier de son fabricant.
Pendant tout cet intervalle, le jeune homme s'exerce dans la « schola affectus », à mettre en valeur les dispositions les plus hautes de son caractère ; en dernier lieu il est poussé à choisir les chemins les plus difficiles, c'est-à-dire « une plus grande abnégation et autant qu'il est possible, une continuelle mortification en toutes choses » *, « de sorte que progressant eux-mêmes, ils aident d'autant mieux les autres au progrès spirituel pour la gloire de notre Dieu et Seigneur » 5.
Le Saint-Père approuve le maintien des longues années de probation imposées par S. Ignace aux jeunes Religieux alors que cette pratique semble bien désuète à beaucoup, dans notre monde moderne.
I. Ce fut la trouvaille merveilleuse de votre Fondateur : et pour le grand profit de la vie religieuse, elle passa aussitôt dans la pratique ; par la suite, elle a été de plus en plus introduite par imitation, dans leur règle, par d'autres Instituts.
4 Examen, cap. IV, n. (103), p. 59.
5 Const. cum Decîar., p. V, cap. II, n. 1.
Néanmoins, comme il y a déjà quatre siècles que cette idée a jailli et a été réalisée, il peut arriver que, pour certains, elle apparaisse moins adaptée à notre époque pour diverses raisons : nos contemporains sont portés à agir de manière plus expéditive, les nécessités de l'apostolat se font plus pressantes maintenant que par le passé. Nous, cependant, Nous pensons tout le contraire ; il est en effet indispensable à notre époque que la vie religieuse profonde jouisse d'une constance, d'une santé et d'une vigueur, d'autant plus grandes que l'intérêt et le bien des âmes nécessitent des apôtres mieux préparés. C'est pourquoi ce temps du troisième an de probation doit être considéré comme quelque chose de sacré, inspiré d'en-haut et parfaitement digne d'être conservé avec le plus grand soin. Nous vous exhortons donc, à ce que, dès la fin du cycle des études, aussitôt et par tous indistinctement, cette année soit accomplie ; une année dédiée à une intense méditation, dans les maisons destinées à cet effet, et pendant laquelle, autant que possible, les exercices et les probations du noviciat seront repris et les règles en seront observées parfaitement.
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Il recommande d'une façon très pressante que les Religieux utilisent le troisième an à connaître à fond leur Institut.
II. Nous désirons cependant, que dans cette discipline ascé-
tique du troisième an, vous mettiez tout votre soin à une chose
de première importance : connaître à fond votre Institut et vous
appliquer intérieurement et extérieurement à puiser l'inspiration
sur laquelle il repose '. C'est la même forme de religion qui
resplendit dans le livre d'or des Exercices spirituels que si sou-
vent Nous avons recommandés. Qu'en conséquence, vos « Ter-
tiaires », de plus en plus, comprennent, scrutent, savourent,
estiment, aiment tout ce que ces pages contiennent : notes,
compléments, méditations, contemplations, prescriptions. Qu'ils
distinguent nettement pour chaque chose la raison sous-jacente
et pourquoi elle se trouve en tel ou tel lieu, et son but.
Veillez avec le plus grand soin à ce que, l'année de proba-tion achevée, ils soient pleinement persuadés que la spiritualité ignatienne doit être intégralement conservée sans rien retrancher à ce qui en constitue la véritable nature. De cette observance et de ce respect, il s'ensuivra par-dessus tout qu'une telle ressource continuera à être efficace pour l'accomplissement de choses merveilleuses comme elle le fut par le passé, si toutefois elle n'est pas déformée ou privée de force par une volonté inconstante.
Le Saint-Père exhorte les Instructeurs à la pratique fervente de la prière et de la pénitence : c'est le moyen le plus efficace pour faire du bien aux jeunes Religieux qui leur sont confiés.
III. Enfin, très chers Instructeurs, n'épargnez aucune peine,
aucun moyen, redoublez de zèle, faites monter vos prières vers
Dieu, pour que, satisfaites les exigences de cette période si
importante, son effet soit atteint avec fruit.
En effet, les jeunes religieux, après s'être livrés pendant tant d'années aux études, tombent facilement dans le danger de minimiser les choses spirituelles ou de les négliger tandis que baisse la ferveur d'antan.
• Ep., p. V, c. III, n. 435.
S'ils se sont rendus de nouveau dans la solitude de cette retraite, et s'y sont livrés à l'exercice d'une très intense piété, à la mortification volontaire du corps, non seulement ils retrouveront les forces anciennes, mais ils en acquerront de nouvelles plus solides, qu'ils conserveront ensuite pendant le reste de leur vie.
Votre goût pour la prière, l'austérité de votre vie et l'ascèse à laquelle vous pliez votre corps seront pour leurs yeux émerveillés un puissant encouragement. Vos entretiens ardents et éclairants illumineront leurs esprits et introduiront dans leurs âmes les étincelles de la flamme divine.
Dans leur chemin, vous les guiderez par des voies sûres. Avec une prudence remarquable dans laquelle ils puissent se confier, vous les écarterez par vos avertissements et vos exhortations de ces doctrines concernant le dogme catholique, la morale, l'ascèse, les institutions sociales, qui par la fascination de la nouveauté, introduisent du faux ou au moins du dangereux. Vous trouverez, grâce à votre charité empressée et votre zèle attirant, les moyens par lesquels écarter la tiédeur qui pourra naître chez ceux qui sortent d'une vie plus relâchée, et par lesquels refréner également la fougue apostolique peut-être immodérée chez ceux qui auront déjà expérimenté les douces consolations de la grâce surnaturelle en travaillant au salut des âmes.
En cette audience, il Nous a paru bon de vous adresser ces quelques mots, rapides en raison du manque de temps. De tous les points du globe, vous vous êtes réunis ici, et sous peu, à la fin de votre réunion, vous allez rejoindre vos provinces respectives. Emportez avec vous la Bénédiction apostolique particulière que Nous vous accordons de tout coeur au cours de cette année heureuse pendant laquelle sont célébrées par des manifestations de joie les solennités du quatrième centenaire de la mort glorieuse de votre législateur et père.
Le fruit le plus précieux de tout cela : que l'esprit par lequel vous avez été appelés par Dieu à embrasser la vie religieuse devienne en vous plus lumineux et ardent. Ces profits désirables et précieux recevront un accroissement de vous surtout, Instructeurs très chers, et de votre zèle prudent.
Enfin, que Dieu, le distributeur des dons, vous bénisse tous, et en particulier vos « Tertiaires » ; qu'il bénisse et accorde d'abondantes consolations célestes à votre Préposé général si digne de louanges, et aux membres de sa Curie, ainsi qu'à toute la Compagnie de Jésus, avec laquelle Nous sommes lié par les liens très doux et très étroits de notre amour paternel et de notre profonde estime.
Le Souverain Pontife a envoyé la lettre suivante à Son Exc. Monseigneur Alexandre Renard, président du soixante-huitième congrès national de l'« Union des oeuvres catholiques de France » qui a eu lieu à Versailles du 3 au 6 avril, et a étudié le thème « Pastorale, oeuvre commune ».
Notre paternelle sollicitude pour le clergé de France Nous a rendu particulièrement agréable l'annonce du Congrès de pastorale que vous vous apprêtez à présider dans votre ville épiscopale. Prêtres, religieux et militants laïques s'y réuniront nombreux pour étudier, avec l'assistance de plusieurs membres de la hiérarchie, la nécessité et les caractères d'une action pastorale d'ensemble, qui regroupe, pour une oeuvre commune, les labeurs et les initiatives de chacun. De grand coeur, Nous bénissons ces travaux et les encourageons.
Le Saint-Père loue les heureuses initiatives de l'épiscopat français pour adapter la pastorale aux conditions présentes.
Il y a trois ans déjà, Nous nous étions plu à louer « l'effort de lucidité » des catholiques de France et leur souci d'adapter la pastorale aux conditions présentes des villes et des campagnes, grâce à un usage prudent des données de la sociologie. « On cherche, disions-Nous, à voir clair pour agir efficacement ». Qui donc, en effet, peut méconnaître le nombre et la diversité des formes d'apostolat et d'action catholique qui, sous la vigilance des Pasteurs, se sont développées depuis quelques décades dans votre patrie ? Congrès et sessions d'étude ne cessent d'attester cette vitalité ; les missions se multiplient, qui, sur la base d'une analyse méthodique et patiente, animent une cité entière ou toute une zone rurale ; l'enseignement religieux et la formation spirituelle, la recherche intellectuelle et l'action sociale sont, avec le ministère sacramentel et la vie liturgique, l'objet d'un zèle qui ne connaît point de repos. Et comment ne pas mentionner l'Institution récemment fondée par Nos soins pour faire refleurir la foi et la vie chrétienne dans les régions ou les milieux sociaux qui exigent une action proprement missionnaire ? Tant d'efforts difficiles et courageux Nous sont connus : que les prêtres de France les poursuivent avec ardeur et confiance, dans une filiale docilité à ceux que l'Esprit-Saint a établis pour régir l'Eglise de Dieu (Ac 20,28) !
Il rappelle que pour produire des fruits, les efforts des pasteurs requièrent une formation doctrinale solide, une grande charité sacerdotale et une judicieuse coordination.
Pour porter tous leurs fruits, de tels efforts requièrent tout d'abord une ferme assise doctrinale et cette charité fraternelle entre prêtres, que Nous recommandions il y a peu de semaines au clergé romain. Mais, au plan de l'apostolat, qui est celui de votre Congrès, ils requièrent également une judicieuse coordination des ministères dans un cadre d'action suffisamment large. Cette exigence, sans doute, est de tous les temps ; elle s'impose cependant davantage à notre époque, non seulement pour remédier au trop petit nombre d'ouvriers apostoliques, mais pour mieux correspondre aussi à la complexité accrue des relations humaines et aux dimensions nouvelles des structures sociales de vie et de travail. Aussi bien, tous les prêtres qui se dépensent dans un secteur donné, aimeront-ils considérer leurs fonctions sacerdotales, diverses et complémentaires, comme étant au service d'une seule et même tâche d'Eglise, sous l'autorité de l'Evêque. C'est au chef du diocèse, responsable de tout l'apostolat qui s'y accomplit, qu'il appartient d'apprécier l'ampleur des regroupements de forces souhaitables, d'en définir les conditions et les limites, d'assigner à chacun les objectifs d'action. Il n'est pas douteux au surplus que les paroisses, cellules irremplaçables de la communauté chrétienne, ne soient les premières à bénéficier de cette meilleure coordination. L'heure n'est plus aux efforts isolés et dispersés.
Le Saint-Père souligne que les oeuvres d'apostolat ne doivent pas faire perdre de vue l'importance de l'action personnelle sur les âmes.
Dans la mesure où l'apostolat est une oeuvre commune, le prêtre doit acquérir les qualités, d'ordre spirituel et pastoral, qui sont requises pour l'exercer dans cet esprit. Il aura à coeur notamment de respecter la diversité des ministères et de consentir parfois les sacrifices nécessaires ; le souci des ensembles ne lui fera pas perdre de vue l'importance du contact individuel et de la direction des âmes ; une juste appréciation des données propres au milieu à évangéliser ne saurait lui faire oublier la souveraine efficacité de l'action de la grâce, la puissance de la parole de Dieu et la fécondité surnaturelle de la sainteté. Comme le père de famille « qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes » (Mt 23,52), l'apôtre d'aujourd'hui doit puiser dans sa foi en l'Eglise un élan toujours jeune pour enrichir d'heureuses initiatives l'action pastorale, en même temps qu'un respect des normes traditionnelles, éprouvées et sanctionnées par l'autorité hiérarchique.
Le Congrès de Versailles, animé par les dirigeants de l'Union des OEuvres, est déjà, Nous le savons, le fruit d'une longue et fraternelle collaboration entre les divers mouvements de la vie catholique française. Dieu veuille qu'il favorise à l'avenir une fructueuse coordination des efforts apostoliques dans votre pays ! C'est avec ce voeu paternel que Nous vous accordons, ainsi qu'à vos collègues de l'épiscopat et militants laïques, Notre Bénédiction apostolique.
Le dimanche 1er avril, solennité de la Paque de Notre-Seigneur, le Souverain Pontife, avant de donner la bénédiction « Urbi et Orbi » a adressé, depuis la loggia extérieure de la Basilique Vaticane, aux fidèles de Rome et du monde, un message en italien dont nous donnons la traduction suivante :
Comme alertés par le cri de victoire du divin Ressuscité et illuminés par son éclat mystique, vous êtes rassemblés ici, chers fils et filles, pour unir votre hosanna à l'exultation des choeurs angéliques : « Exultet iam angelica turba cselorum », « Voici qu'exulte l'armée des cieux », (Chant de Pâques). Le choeur puissant de vos jubilations, qui résonne dans ce lieu sacré, si riche pour des chrétiens de souvenirs éloquents et encourageants, constitue une strophe admirable de l'hymne continuel que l'Eglise depuis deux mille ans chante à son divin Roi, vainqueur de la mort.
Le Saint-Père exprime le souhait que cette solennité de Pâques soit, pour tous les hommes, une invitation à croire au Christ Rédempteur.
Il est donc digne et juste que maintenant votre hosanna au Christ ressuscité, jailli de coeurs en qui surabonde la joie d'avoir trouvé en Lui la lumière, l'assurance, la vie, se répande comme un message de salut adressé à tous les hommes de la terre pour susciter un renouveau d'espérance. Nous voudrions par conséquent que la solennité de Pâques de cette année soit en premier lieu une invitation à croire au Christ, adressée aux peuples qui ignorent encore, sans que ce soit leur faute, l'oeuvre salvifique du Rédempteur ; à ceux qui par contre voudraient en voir le nom effacé de l'esprit et du coeur des peuples ; de manière particulière enfin, à ces âmes de peu de foi qui, séduites par de trompeuses espérances, sont sur le point d'échanger les inestimables valeurs chrétiennes pour celles d'un faux progrès terrestre. Que se hâte l'heure où la terre, illuminée par l'éclatante lumière du Roi éternel, pourra se réjouir, comme vous en ce jour, de se sentir affranchie des ténèbres spirituelles, aujourd'hui si denses : « Totius orbis se sentiat amisisse caliginem » (ibid.) « Que tout l'univers se sente libéré de la nuit ».
Il rappelle aux chrétiens qu'ils doivent mettre leur confiance non pas dans la prétendue toute-puissance de l'homme moderne mais bien dans la foi au Christ.
Cependant, comment votre message pourrait-il être convaincant et encourageant, chers fils de Rome et du monde catholique, si votre foi elle-même n'était sincère et solide, vive et opérante ? Vous représentez sans aucun doute cette « humanité sans peur », qui, tout en vivant au milieu des orages du siècle, sait conserver intacte au fond de l'esprit la sérénité essentielle, bien plus, s'apprête à affronter le mal et le désordre pour les vaincre par le bien. Mais sur quoi donc est fondée votre sérénité ? Non certes, du moins non premièrement, sur la prétendue toute-puissance de l'homme, ni seulement sur les moyens de progrès extérieur ou sur les possibilités croissantes d'organisation, ni même uniquement sur la capacité de défense contre les menaces de la nature et des hommes. La sérénité, fruit d'une assurance acquise, s'enracine principalement dans la foi au Christ. Si la peur, tellement répandue à présent dans le genre humain, n'habite pas vos coeurs, vous le devez à ce « nolite timere », ne craignez pas, adressé par le Christ à ses disciples de tous les temps ; vous le devez à la certitude que, comme membres de son Corps mystique, vous aurez part à sa victoire sur le monde, Nous voulons dire sur le royaume des ténèbres, d'incertitude et de mort, qui nous entoure.
Il précise que la foi est lumière, aliment, défense, mais à condition que ce ne soit pas une foi quelconque : la vraie foi est agissante et se traduit toujours en amour de Dieu et du prochain.
La foi est donc lumière, aliment et défense de la vie ; elle est l'étendard auquel sourira la victoire dans le combat spirituel que tout chrétien est appelé à soutenir, selon la parole expresse de l'Apôtre saint Jean : « La victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi » (1Jn 5,4).
Cependant la victoire n'est pas assurée à n'importe quelle foi, mais à celle qui adore dans le Christ crucifié le Fils unique de Dieu, ressuscité, « monté aux deux, assis à la droite de Dieu, et qui reviendra, plein de gloire, pour juger les vivants et les morts » ; à la foi qui se transforme en oeuvres de justice totale, dans l'observation des commandements et des devoirs ; qui en un mot, se traduit en amour de Dieu et, par lui et en lui, en amour de nos frères, tous les hommes, surtout les humbles et les pauvres. Il n'y aurait au contraire qu'une apparence de foi destinée à la défaite, dans ce vague sentiment de christianisme, lâche et vide, pour ainsi dire, qui ne passe pas, dans l'esprit, le seuil de la persuasion, ni dans le coeur, celui de l'amour ; qui ne constitue pas le fondement et le couronnement de la vie privée et publique ; qui ne voit enfin dans la loi chrétienne qu'une simple morale humaine de solidarité et une certaine aptitude à promouvoir le travail, la technique et le bien-être extérieur.
Le Saint-Père met en garde les chrétiens, contre les fausses doctrines modernes... en particulier les chrétiens persécutés qui, par ignorance ou par terreur, seraient tentés de coopérer à de discutables systèmes de progrès matériel.
Ceux qui agitent l'étendard trompeur de ce vague christianisme, loin d'appuyer l'Eglise dans la terrible lutte qui lui est imposée pour conserver à l'homme du siècle les valeurs éternelles de l'esprit, accroissent au contraire la confusion, car ils se font par là complices des ennemis du Christ. Ce serait le cas en particulier des chrétiens qui, trompés, ou soumis par la terreur, coopéreraient à des systèmes discutables de progrès matériel qui exigent en contrepartie le renoncement aux principes surnaturels de la foi et aux droits naturels de l'homme.
Il invite les fidèles à suivre les enseignements de l'Eglise... seule vraie dépositaire de l'intégrité de la foi. L'Eglise ne craint ni les persécuteurs ni les autres obstacles.
Fondée sur la roche vivante de la foi, unique dépositaire de l'intégrité de cette foi, l'Eglise en dresse le drapeau sauveur au milieu des peuples, afin que les croyants véritables et actifs travaillent sous sa direction au salut commun.
L'Eglise ne craint rien du monde et dans le monde parce que, à chaque instant, elle vit le mystère de Pâques, encouragée par la promesse du Rédempteur ressuscité : « Fax vobis » (Lc 24,36) : Paix à vous ! Grâce à son assistance toute-puissante, l'Eglise qui n'a craint dans le passé ni les tyrans, ni les obstacles opposés à ses entreprises bienfaisantes, même dans le domaine des conquêtes de la civilisation, sent maintenant en elle-même le courage et la force d'affronter les problèmes les plus épineux qui éprouvent l'humanité, comme celui d'établir entre les peuples la coexistence dans la vérité, dans la justice et dans l'amour.
Il désapprouve l'attitude des chrétiens qui par un pessimisme injustifié, boudent les progrès réalisés dans la société moderne.
La confiance ferme est une prémisse indispensable du triomphe de la paix. Ils sont donc bien loin de la favoriser ceux qui se laissent aller à un courant de pessimisme, suscité à dessein, et qui trouve son expression dans l'adage déprimant « cela ne sert à rien » ; ni ceux qui, fermant les yeux aux nombreuses réformes d'ordre économique et social dont ils jouissent cependant — avantages obtenus souvent au prix de fatigues exténuantes et en triomphant d'obstacles presque insurmontables — ne voient que ce qui manque, que ce qui n'a pas encore été pleinement réalisé, et prêtent facilement l'oreille aux suggestions des semeurs de mécontentement.
Le véritable ami de la paix doit savoir réagir en lui-même à pareilles instigations et se persuader que c'est justement sur les aspects faibles de l'homme comme le pessimisme, l'envie, la frénésie de critiquer sans raison, que s'appuie l'ennemi de la paix pour jeter le trouble dans les âmes. Il se sert tantôt de l'une tantôt de l'autre de ces passions et stimule l'une ou l'autre, par la menace ou la tromperie ; tantôt en discutant tantôt en frappant ; aujourd'hui en exaltant ses mythes, demain en les condamnant ; aujourd'hui en s'éloignant durement, demain en se rapprochant ; aujourd'hui en annonçant un nouveau système, demain en revenant à l'ancien.
Le Saint-Père, évoquant le grave problème de la paix, déclare que celle-ci n'est pas un repos semblable à la mort mais plutôt une puissance et un dynamisme.
D'autre part, chers fils, il faut noter que la vraie paix n'est pas un repos semblable à la mort, mais plutôt une puissance et un dynamisme de vie. Il s'ensuit que plus l'être est élevé et l'agir intense, plus profonde doit apparaître l'harmonie née de la paix, et que celle-ci par conséquent ne s'oppose à aucune conquête de la pensée ni au développement des activités productives et techniques, mais crée au contraire les conditions les plus aptes au progrès de toute oeuvre artistique, économique et scientifique.
Pour terminer, le Saint-Père parle de l'énergie nucléaire : elle peut devenir une source inestimable de bienfaits pour les hommes, dans ses applications à des fins pacifiques. Malheureusement la fabrication d'engins terriblement meurtriers fait peser sur l'humanité une angoisse toujours plus grande.
Tout le monde sait cependant comment certains succès rapides et importants des conquêtes humaines peuvent en réalité créer des angoisses et des craintes chez les hommes, parce qu'elles mettent en grave danger leur vie individuelle et sociale ; il suffit de considérer ce qui arrive maintenant dans les applications de l'énergie nucléaire dont on parle tant, au sujet de laquelle on étudie, on espère et on craint tant.
L'utilisation de cette énergie formidable pour des fins pacifiques forme l'objet d'examens attentifs et continuels auxquels vont Nos bénédictions ainsi que l'approbation et les louanges de toute âme honnête et de tout peuple civilisé. En effet, son emploi dans les moyens de transports rendra beaucoup plus faciles et rapides les échanges de matières premières et leur distribution à tous les membres de la grande famille humaine ; les applications des isotopes radioactifs à la connaissance des faits biologiques, à la cure de très graves maladies, à la technique de processus industriels particuliers ; la production d'énergie dans les centrales atomiques : tout cela ouvre à l'horizon du genre humain des horizons nouveaux et admirables. Toutefois personne n'ignore qu'on a cherché et trouvé d'autres usages capables au contraire de procurer la destruction et la mort. Et quelle mort ! Chaque jour on enregistre, sur cette route, de tristes progrès, on se hâte pour arriver seuls, les premiers, et pour avoir le dessus. Et le genre humain ne croit plus guère à la possibilité d'arrêter cette folie homicide et destructrice de soi. Pour augmenter la peur et la terreur, on voit apparaître ces projectiles téléguidés, capables de parcourir des distances énormes pour apporter au moyen des armes atomiques la destruction totale des hommes et des choses.
Il invite, encore une fois, les peuples à s'arrêter dans cette course abîme et invoque l'aide du Sauveur pour les dirigeants des nations.
Ainsi donc, afin que les peuples s'arrêtent dans cette course à l'abîme, Nous élevons encore une fois la voix, en invoquant la lumière et la force de Jésus ressuscité pour ceux qui président au destin des nations. Message de foi, message de paix, telle soit donc la présente fête de Pâques pour tous les hommes, au salut temporel et éternel de qui Jésus-Christ immola sa vie. Que ce double message parvienne à toutes les âmes, apportant le réconfort et renouvelant l'espoir ; que ceux-ci épanouis comme des fleurs au soleil de justice, Jésus, arrivent bientôt à maturité et portent les fruits nourrissants de la justice plénière et de la concorde fraternelle !
En formulant ces souhaits que Nous offrons au divin Ressuscité comme Notre et votre prière, Nous vous accordons à vous qui êtes ici et à tous Nos chers fils et filles spirituellement présents, en particulier aux malheureux et à ceux qui souffrent, Notre Bénédiction apostolique.
Pie XII 1956 - DISCOURS A DES ÉTUDIANTS ESPAGNOLS