Pie XII 1956 - DISCOURS AUX FIDÈLES DE ROME ET DU MONDE A L'OCCASION DE LA FÊTE DE PÂQUES (1er avril 1956)


DISCOURS AUX JEUNESSES FÉMININES CATHOLIQUES (3 avril 1956)

Mardi 3 avril, le Saint-Père a reçu en audience les participantes du treizième congrès international de la Fédération mondiale des jeunesses féminines catholiques (F.M.J.F.C.) 2

1 D'après le texte français des A. A. S., XXXXVIII, 1956, p. 272.
2 Les déléguées venues de 34 pays différents étaient conduites par la présidente de la Fédération, Mademoiselle Christine de Hemptinne. Parmi les nations représentées, signalons : Afrique : A.O.F., Togo ; Asie : Corée, Indes, Philippines, Viet-Nam, Thaïlande, etc. ; Amérique du Nord : Canada et Etats-Unis ; Amérique latine : Mexique, Argentine, Chili, Colombie, Venezuela ; Europe : Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Espagne, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suisse, ainsi que des réfugiés de Russie, Lithuanie et autres pays ; Oceanie : Australie.

Le Saint-Père rappelle aux jeunes congressistes que le problème essentiel de tout mouvement d'Action catholique est celui de la vie spirituelle.

Vous inaugurez, aujourd'hui, chères filles, le congrès qui a rassemblé à Rome les membres de la Fédération mondiale des jeunesses féminines catholiques et, poussées par votre affection filiale, dont Nous apprécions vivement toute la délicatesse, voici que vous venez Nous offrir dans la ferveur et la joie, le témoignage de votre dévouement et les projets nouveaux de votre zèle. Pendant cette semaine, vous allez vous prodiguer inlassablement dans les sessions d'étude, les rencontres, les manifestations de foi et de piété, et vous aborderez ensemble le problème essentiel de tout mouvement d'Action catholique, celui de la vie spirituelle. Nous disons essentiel, parce que, plus encore que les problèmes d'organisation interne ou ceux de l'action sur le milieu, la vie spirituelle constitue le coeur même de l'apostolat chrétien, et ceci d'une manière d'autant plus urgente que l'orientation du monde moderne, et son appel toujours plus avide aux ressources prodigieuses de la technique, semblent s'opposer diamétralement à la pratique sérieuse de la prière et de l'union à Dieu.

Il déplore que beaucoup de jeunes chrétiennes séduites par les prodigieux progrès matériels de notre époque perdent le sens des seules vraies réalités : celles de la vie spirituelle.

L'enquête, que vous avez menée en guise de préparation à ces journées d'étude, vous a révélé, sans doute, le déchirement dont souffrent beaucoup de jeunes chrétiens et chrétiennes d'aujourd'hui. Découvrant avec enthousiasme les moyens de connaissance et d'action qui s'offrent à eux, ils s'en emparent sans hésiter, les utilisent sans arrière-pensée et se lancent à la conquête d'un univers, dont la science et la technique reculent chaque jour les limites. La vitesse accrue et la commodité des moyens de communication, l'abondance des livres et périodiques, la radio, le cinéma, la télévision les mettent en contact avec toutes les formes de la vie et de l'activité humaine. Saisis dans ce tourbillon qui ne leur laisse plus le loisir de la réflexion et du recueillement, comment n'en viendraient-ils pas insensiblement à perdre le sens d'autres réalités, plus vraies et plus hautes, mais aussi plus austères, celles de la vie spirituelle, dont ils conservent, malgré tout, comme une nostalgie, mais qui risquent de s'estomper progressivement jusqu'à perdre à leurs yeux presque toute valeur et toute signification.

Puisque vous assumez la mission de répondre aux besoins actuels de la jeunesse sur le plan international, vous devez regarder en face la difficulté et y chercher des solutions adéquates. Nous vous félicitons de votre effort lucide et généreux, dont les fruits, Nous l'espérons, ne se feront pas attendre et, au moment où vous vous préparez à commencer votre congrès, Nous voudrions vous adresser un mot d'exhortation et d'encouragement, comme expression de Notre paternelle sollicitude et de la confiance que Nous mettons en vous.

Pour faire face à ce danger, le Saint-Père donne des directives précises aux congressistes : approfondir le message chrétien et accepter toutes ses exigences.

Le monde moderne s'édifie comme une construction aux dimensions gigantesques, mais l'âme humaine, malgré son émerveillement et son attachement à cette nouvelle demeure, ne pourra jamais échapper au mystère de son origine et de sa destinée, à l'emprise de Dieu son Créateur, pour qui elle est faite et à qui elle doit retourner. Votre apostolat prend appui sur cette inquiétude radicale ; mais afin de pouvoir conduire autrui jusqu'à la découverte du surnaturel dans toute sa plénitude, il faut que vous-mêmes parcouriez en le méditant ce long et difficile itinéraire, qui va de la foi spontanée des enfants et des âmes simples à l'assimilation pleinement réfléchie du message chrétien intégral et de toutes ses exigences. La civilisation moderne séduit par son caractère d'actualité ; elle est tendue vers l'avenir, vers la conquête, vers l'organisation d'une société, qui déborde les frontières politiques et ethniques et s'étend à l'univers. Comment pourrez-vous rester convaincues de l'actualité non moins passionnante et de la puissance d'impulsion de la vie spirituelle, si vous ne l'avez expérimentée en quelque sorte, si chaque jour vous ne vous efforcez de pénétrer davantage dans ce monde, plus secret, mais plus réel et plus merveilleux que l'autre, et de le découvrir sous la conduite de Dieu lui-même ?



... recourir à la prière fréquente.

Mais la difficulté surgit au moment où s'imposent, inéluctables, les conditions de cette découverte. Le bruit, l'agitation, la vitesse perdent ici tous leurs droits. Il s'agit d'entrer dans le sanctuaire intérieur, dans le calme et le silence, et surtout d'attendre patiemment et humblement la grâce d'en-haut, d'accepter la volonté d'un Autre, dont Jean-Baptiste disait : « Il faut qu'il grandisse et que je diminue » (Jn 3,30). La prière quotidienne et prolongée, seule voie qui conduise en présence de Dieu, combien de jeunes ont le courage de s'y astreindre ? N'espérez pas, chères filles, exercer d'apostolat digne de ce nom, si vous n'acceptez pas d'abord cette exigence élémentaire et dont la tradition chrétienne n'a cessé de souligner l'importance.



... ne pas prêter l'oreille à ceux qui prétendent que l'Eglise devrait accommoder sa discipline aux circonstances actuelles.

La civilisation matérialiste s'efforce d'ancrer l'homme dans le monde présent, de faire briller à ses yeux des espérances toutes terrestres, d'accroître sa confiance dans l'efficacité du travail humain et son aptitude à remédier aux maux de l'humanité. Les chrétiens eux-mêmes n'échappent pas à cette fascination. Certains, trop sûrs d'eux-mêmes, ont peine à admettre la précarité des résultats acquis par la mise en oeuvre des seules ressources de la technique et de l'économie. D'autres, incapables de l'effort sincère que réclame la vie chrétienne tâchent d'en réduire les exigences : ils demandent instamment des concessions, des accommodements. Le dogme les offusque par son caractère absolu ; ils accusent la morale chrétienne d'intransigeance et préféreraient qu'elle s'adapte aux circonstances de l'âge moderne, aux difficultés apparemment insurmontables qui s'opposent à son observation ; ils plient ainsi la rigueur des préceptes à l'appréciation subjective des individus. Et vous savez aussi combien l'obéissance à l'Eglise, à ses directives, à ses conseils de prudence coûte à beaucoup de vos contemporains.



... vivre d'une vie de grâce fervente et se soumettre filialement l'autorité de l'Eglise.

Pour restaurer dans votre milieu social le sens du christianisme authentique, il faut que, bien conscientes de ces problèmes, vous en ayez aperçu le vrai principe de solution : une vie de grâce fervente, jalousement protégée et entretenue. Cette ferveur, loin d'affecter uniquement les couches superficielles de la sensibilité, doit imprégner l'âme entière, pénétrer l'intelligence et aviver de son éclat la connaissance des vérités révélées et des normes morales qui inspirent le comportement individuel et social. L'attitude de l'homme devant les biens terrestres, devant les conquêtes de la technique en particulier, dépend d'abord de la conviction, non purement théorique, mais intimement vécue et nourrie par la prière et la réflexion, que ce monde passe : — prseterit enim figura huius mundi (1Co 7,31), dit saint Paul — et que, pour l'homme pécheur, il n'y a de salut que dans l'acceptation du sacrifice du Christ, de la mort avec Lui et en Lui : la vraie vie n'est pas ici-bas, mais dans l'au-delà. Déjà cependant, elle s'inaugure sur terre en celui qui adhère au Christ et à son enseignement intégral, c'est-à-dire pour qui reconnaît l'Eglise comme dépositaire du message divin, qu'elle interprète infailliblement, et du pouvoir de gouverner et de sanctifier les hommes. Vous êtes bien conscientes, comme toutes les jeunes filles d'aujourd'hui, de votre autonomie personnelle, et vous ne voulez pas d'une autorité qui s'impose sans donner les preuves de son pouvoir. La justification dernière de l'Eglise et de la soumission qu'on lui doit, la foi vous la donnera ; l'amour de Dieu répandu dans vos coeurs par le Saint-Esprit (Rm 5,5) seul peut vous faire comprendre et admettre tout ce que le Christ vous enseigne par l'Eglise, sans rien dissimuler, ni estomper, ni effacer. Vous aimez aussi vous lancer dans l'action et vous réjouir des fruits obtenus par votre initiative. Qui vous apprendra, sinon l'Esprit-Saint, à rester humbles dans le succès, à vous dévouer sans retour sur vous-mêmes, peut-être sans résultat tangible, mais dans une fidélité inaltérable et silencieuse. Vous n'aurez plus alors à craindre l'échec ou la désillusion, mais vous les supporterez vaillamment d'un coeur égal.

On voit souvent, hélas !, des jeunes filles bien disposées, mais superficielles dans leur foi et dépourvues de convictions raisonnées, subir l'attirance de sentiments généreux, d'idées apparemment très belles, de démarches apostoliques audacieuses et céder sans discernement à cet attrait avec le risque fréquent de commettre de lourdes imprudences et d'en porter les tristes conséquences. La formation religieuse ne leur manquait pas, mais elle n'était ni complète ni solide ; leur esprit se nourrissait plus volontiers de formules brillantes que de doctrine ferme, s'enthousiasmait plus facilement de gestes spectaculaires que de service obscur et généreux. Soyez donc avides, chères filles, d'une vie intérieure stable et bien équilibrée ; ne négligez aucun des aspects de la vérité chrétienne, mais scrutez avec sérieux et patience ses inépuisables richesses. Exercez-vous à la pratique de toutes les vertus, sans en dédaigner aucune. Quand vous ne percevez pas le motif de telle restriction, de telle mesure de l'autorité, sachez obéir avec soumission, et la grâce que vous méritera cette humilité vous éclairera bientôt.



. pratiquer généreusement le sacrifice.

Enfin, qui pourrait se dire véritablement membre d'un Sauveur rachetant les péchés du monde par la souffrance et la mort, sans accepter lui-même sa part effective du sacrifice, sans vouloir conformer, de jour en jour, plus étroitement, sa vie à celle du Crucifié ? Le monde actuel, pénétré d'influences matérialistes, tourné vers la jouissance et la facilité, ne comprend pas cette exigence et adopte des attitudes pratiques qui la contredisent. Puisque vous devez y vivre et en subir l'influence, il est clair que la lutte s'impose. Vous portez en vous-mêmes une sorte d'antagonisme. Vous voulez être des enfants de lumière dans le monde qui la refuse. Et si le renoncement à tant d'aspects attirants de la vie moderne vous semble coûteux, laissez-vous conquérir d'abord par l'idéal que le Christ vous propose. N'est-ce pas le plus noble qui soit, puisqu'il invite à la fois à l'intimité personnelle avec Dieu lui-même, à la conquête du monde à son royaume, à la charité et à la fraternité universelle ? Ego vici mundum (Jn 16,33) : « J'ai vaincu le monde », dit-Il aux siens. D'une victoire qui, avant de se traduire dans les événements historiques, se célèbre au fond des coeurs, qu'elle purifie de tout égoïsme et qu'elle enflamme de l'amour de Dieu et des hommes.



En terminant, le Saint-Père répète aux jeunes congressistes que les fruits de leur apostolat se mesureront à la qualité de leur esprit surnaturel.

Le combat, que vous menez par l'Action catholique, est essentiellement un combat intérieur et spirituel ; c'est sur ce plan d'abord que vous devez, par le renoncement à vous-mêmes, triompher des résistances de la nature à la vie nouvelle qui germe en vos âmes et veut s'y épanouir. Et le fruit de votre charité et de vos oeuvres sera d'autant plus abondant et durable qu'elles témoigneront d'un enracinement plus profond dans le surnaturel authentique.

Nous savons bien, chères filles, que la voie que Nous vous indiquons, demande courage et abnégation. Mais songez à tant de vos soeurs, qui à cette heure combattent héroïquement pour la sauvegarde de leur foi et n'hésitent pas à affronter le martyre du coeur et du corps. Que leur amour du Christ et leur intrépidité soutiennent vos efforts quotidiens ! S'il vous semble parfois n'apporter qu'une modeste contribution à l'oeuvre immense qui devrait se faire, remerciez le Seigneur, qui daigne l'agréer et récompensera votre fidélité en vous donnant de le servir mieux et davantage.

Nous Le prions de répandre ses faveurs en abondance sur vous-mêmes, sur vos associations et toutes vos entreprises et, de tout coeur, Nous vous en donnons pour gage Notre paternelle Bénédiction apostolique.




ALLOCUTION AUX ÉLÈVES DU COLLÈGE PONTIFICAL LATINO-AMÉRICAIN (5 avril 1956)

Le 5 avril, le Souverain Pontife a reçu en audience les supérieurs — appartenant tous à la Compagnie de Jésus — avec les nouveaux prêtres et tous les élèves du Collège pontifical latino-américain. Les élèves de ce Collège proviennent de soixante-huit diocèses. Le Saint-Père leur a adressé un discours en espagnol, dont voici la traduction :

C'est une audience vraiment singulière, chers fils, supérieurs et élèves de Notre Collège pontifical « Pio Latino-Americano », celle que Nous accordons aujourd'hui ; une audience qui fait spontanément venir sur Nos lèvres l'exclamation de l'Apôtre : « Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console de toutes nos tribulations » (2Co 1,3-4).



Le Saint-Père dit sa joie de voir réunis autour de lui les représentants de tant de nations de l'Amérique latine.

Depuis que votre collège, après l'horrible déluge de la guerre, a pu reprendre de nouveau sa vie ordinaire, on n'avait jamais vu pareille ordination, en raison de sa variété et de son nombre ; une ordination qui embrasse tant de nations de cette très chère Amérique, qui parle et prie en espagnol, du si fidèle Mexique jusqu'à l'Argentine pleine de promesses, des terres continentales qui rappellent ces vieux pays de solide tradition catholique, comme la Colombie, le Venezuela, l'Uruguay et l'Equateur, jusqu'aux terres des îles plus ou moins lointaines, comme Saint-Domingue et les Philippines, en passant par ce noeud vital qu'est l'Amérique centrale, bien représentée cette fois par le Honduras. Monde immense, plein de promesses dans tous les sens et vers lequel il n'est personne qui ne tourne les yeux en pensant à l'avenir ; mais aussi monde plein de problèmes, que vous connaissez parfaitement, spécialement quand il s'agit de la conservation et de l'augmentation du plus précieux de vos patrimoines, de cette foi catholique qui, au-dessus du sang et de la race, au-dessus de la langue et de l'histoire elle-même, est peut-être le lien d'union le plus étroit entre vous, au point de vous donner une physionomie commune, qui n'a rien à voir avec aucun élément humain, parce qu'elle résulte exclusivement de l'unité d'esprit, qui est la plus solide et la plus profonde de toutes les unités ; de cette foi catholique que vous devez chercher à garder par tous les moyens, « vous efforçant de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix » (Ep 4,3).

Il rappelle aux nouveaux prêtres qu'ils auront à remplir une immense tâche en rentrant dans leur patrie respective.

C'est précisément parce que Nous sentons l'urgence de ces problèmes, que votre présence, très chers fils, produit dans Notre esprit le même effet qu'un rayon de soleil, par une de ces matinées de printemps tardif, quand, finalement, l'astre roi perce les nuages et se répand sur la terre, la remplissant de joies et de promesses. Oui, vous êtes la promesse d'un lendemain meilleur, quand votre zèle apostolique, alimenté par une prière fervente et par un esprit sincère de sacrifice, vous lancera dans ces immenses nations qui vous attendent, pour leur apporter le message de fraternité entre les hommes, peut-être encore trop divisés par les différences sociales ; pour défendre une foi attaquée non seulement par l'ignorance religieuse de plus d'un, mais aussi par les manoeuvres de la superstition et de l'erreur ; pour être, en outre, le soutien d'une société chrétienne fondée sur le respect de l'autorité, l'intégrité de la famille et une conception de la vie non pas comme un domaine de plaisirs et de jouissances, mais comme un lieu de passage pour une autre vie bien meilleure, qui mérite les quelques souffrances que peut comporter quelquefois l'accomplissement des devoirs les plus élémentaires.

Vous avez gravi les marches de l'autel pour accomplir une offrande de grande valeur, un mois de prières pour Nos intentions. Sachez donc que ces intentions sont la réalisation de votre sainteté sacerdotale, l'efficacité de votre apostolat futur, votre félicité personnelle et celle de tous les vôtres ; et en vous le faisant savoir, Nous ne voulons pas manquer de vous témoigner Notre gratitude.

Vous arrivez enfin au faîte de vos désirs les plus élevés et les plus saints au moment où votre collège se dispose à commémorer son premier centenaire d'existence ; que ces célébrations solennelles soient la meilleure occasion pour rendre au ciel de justes actions de grâces pour tant de bienfaits reçus et pour penser au moyen de continuer avec une nouvelle énergie et avec un enthousiasme nouveau, comme Nous le désirons très sincèrement.

Très chers élèves du collège, qui avez reçu la première tonsure, vous n'appartenez déjà plus au monde, mais à Dieu, qui vous promet un héritage éternel. Vous qui avez reçu les ordres mineurs, accomplissez vos premiers pas dans le sanctuaire de manière qu'ils soient une garantie de votre fidélité future. Diacres et sous-diacres, approchez-vous de l'autel cum timoré et tremore, pour vous rendre dignes de participer à des mystères si formidables. Nouveaux prêtres, vous êtes attendus par des millions d'âmes, auxquelles vous devez ouvrir les portes du ciel, principalement par votre sainteté vécue apostoliquement.

Pour tous, pour vos diocèses et vos patries, pour vos familles et vos amis, pour votre collège, et pour chacun de vous en particulier, la Bénédiction la plus sincère de votre Père commun.


ALLOCUTION A UN GROUPE DE JEUNES FILLES ESPAGNOLES DE L'ACTION CATHOLIQUE (9 avril 1956)

Une audience spéciale a été accordée le g avril, par le Saint-Père, à un groupe de jeunes filles de l'Action catholique d'Espagne, venues à Rome pour participer au récent congrès international de la Fédération mondiale des jeunesses féminines catholiques. Il leur a adressé un discours en espagnol, dont voici la traduction :

Il y a deux motifs — très chères filles, jeunes catholiques espagnoles — que vous avez filialement invoqués pour obtenir de Nous cette audience : Nous présenter quelques dons et réaliser en Notre présence une démonstration de votre « folklore rythmique ».

Nous vous remercions donc mille fois pour votre présent. Nous sommes tellement accoutumé à ces manifestations de votre générosité, que Nous ne savons pour ainsi dire trouver de nouveaux termes pour les souligner. Nous vous dirons cette fois qu'il n'y a guère de générosités plus belles que celle-ci qui tend à pourvoir du nécessaire des églises pauvres, où manquent parfois jusqu'aux choses les plus indispensables. Quand, demain, grâce à vous, d'un modeste autel, dans un petit village lointain ou dans un triste faubourg, la fumée de l'encens s'élèvera vers le ciel avec plus de dignité et plus de décence, Nous sommes certain que cette petite colonne impalpable parviendra heureusement jusqu'au trône du Très-Haut, pour descendre ensuite comme une rosée bienfaisante sur vos âmes et sur toutes vos intentions.

Nous ne pouvons pas dire grand-chose de votre « folklore », car il s'agit d'un domaine très déterminé et spécial. A une époque où l'on se livre à tant de folies, avec tant de dommages pour la morale et même pour la dignité humaine, dans des domaines parallèles au vôtre, Nous ne pouvons manquer de louer ce genre de manifestations, où sont reprises artistiquement de très respectables traditions, qui, parfois, peuvent avoir un contenu spirituel plein de grâce et d'expression. Dans cette variété, qui est un des principaux éléments de sa richesse, depuis la « muñeira » galicienne, le « zorzico » basque et la « sardana » catalane, jusqu'aux « malagueñas » du Sud — sans oublier la « jota », reine universelle de l'Espagne —, la terre espagnole a de quoi choisir, sans s'avilir par des excès et des extravagances. C'est de l'avis de beaucoup, très chères filles, une oeuvre excellente que d'encourager ces manifestations ; et ce n'est pas une oeuvre indigne de l'Action catholique, qui doit toujours sentir l'urgence de l'apostolat dans tous les domaines.

Nous ne pensons pas que ce soit le moment de Nous étendre sur la nécessité de cet apostolat ; mais permettez-Nous, au moins, de vous rappeler en termes généraux ce que Nous attendons constamment de vous.


Le Saint-Père montre aux jeunes Espagnoles comment elles peuvent faire de l'apostolat dans leur famille, dans leur milieu social, dans la rue.

Depuis que la femme s'est lancée sans retour dans le monde, une jeune fille, pleine de zèle, peut faire un immense bien partout :

dans le milieu familial, en entraînant petits et grands par sa piété sympathique et contagieuse ;

dans les centres d'enseignement, en défendant ouvertement sa foi et en la pratiquant sans réserve et avec une simplicité attirante ;

dans la vie sociale, en étant le bon levain qui montre toujours le vrai chemin, qui empêche par sa seule présence les égarements, qui sert d'appui aux âmes vacillantes et qui sait même faire l'observation modeste et opportune qui rappelle à l'ordre celui qui en a besoin ;

à son poste de travail, au bureau ou à l'atelier, en se montrant l'employée exemplaire qui s'impose simplement par l'exactitude de son travail et sait donner le ton au milieu ;

dans la rue même, en enseignant par son habillement et son comportement ce que sont la modestie et la pudeur, qui certainement n'ont jamais été en opposition avec la simplicité authentique, la véritable grâce et les bonnes manières.

Et tout cela s'impose aujourd'hui, parce que, demain c'est d'elle, reine d'un foyer, que dépendront principalement la vie exemplaire et chrétienne de la famille et cette terrible source de responsabilité qui s'appelle l'éducation et l'avenir des enfants.


Il leur rappelle qu'il n'y a rien de si beau qu'une jeune fille ou une femme apôtre.

Très chères jeunes filles : il y a peu de choses plus lamentables, plus douloureuses, plus reprehensibles et même plus laides qu'une jeune fille devenue un scandale et une occasion de mal ; mais aussi, il y en a peu de plus admirables, plus réconfortantes, plus louables et même plus belles qu'une jeune fille et une femme devenues des apôtres, des occasions de bien.

Et pour que tout ce que Nous venons de vous dire soit chez vous une réalité, rappelez-vous que tout doit résulter d'un esprit sain et vigoureux, constamment alimenté par la prière, par la pratique des sacrements et par l'esprit de mortification chrétienne qu'ils vous inculquent sans cesse ; rappelez-vous que vous illuminerez dans la mesure où vous porterez en vous la lumière ; que vous communiquerez la ferveur dans la mesure où vous serez ferventes ; et que vous pourrez purifier tout votre entourage dans la mesure où vous serez chastes et pures.

Enfin, vous êtes des dirigeantes et, par conséquent, on peut et l'on doit vous demander davantage. Que cette jeunesse, qui est entre vos mains, grandisse surtout dans un souci de vie intérieure et d'efficacité apostolique.

C'est là le message que vous devez apporter à vos soeurs de toutes les organisations de jeunesse : un message d'élévation continue, qui ne connaisse point de limites, jusqu'à arriver, autant que possible, à ce très haut idéal que vos règlements posent continuellement devant vos yeux.

Comme gage de succès pour vos entreprises apostoliques et comme nouvelle manifestation de Notre gratitude paternelle, Nous vous bénissons de tout coeur, vous-mêmes, toute votre association, ainsi que toute l'Action catholique et toute la très chère Espagne.


ALLOCUTION POUR LE JUMELAGE ROME-PARIS

(10 avril 1956) 1



Le mardi 10 avril, Sa Sainteté Pie XII a reçu, en audience spéciale, la délégation de la ville de Paris venue à Rome pour le « jumelage » entre les deux cités. Il leur adressa en français Y allocution suivante :

C'est avec grand plaisir et les sentiments d'une joyeuse espérance que Nous accueillons dans Notre demeure les illustres personnalités qui représentent, aujourd'hui, les deux grandes capitales, unies désormais par un nouveau lien d'amitié fraternelle. En vous adressant la bienvenue, Messieurs, ce n'est pas seulement la reconnaissance du pacte récent que Nous entendons saluer, mais encore les promesses d'avenir qu'elle contient et l'assurance de voir se multiplier entre d'autres cités d'Europe des relations semblables dans un commun effort de compréhension et d'entraide.

1 D'après le texte de l'Osservatore Romano, du 20 avril 1956.
2 Cf. Documents Pontificaux 3955, p. 321.


En recevant les membres du douzième congrès international des villes et des pouvoirs locaux, le premier octobre derniers, Nous insistions sur l'esprit qui doit animer de tels échanges, pour qu'il en résulte un accord profond et général des nations et des peuples. Si l'on souhaite, en effet, que ces manifestations s'étendent et donnent leurs fruits, il faut y apporter de part et d'autre, plus qu'une aimable courtoisie, l'intelligence véritable des goûts et des besoins de la cité soeur, la volonté aussi de poursuivre ensemble les mêmes objectifs, malgré des conditions matérielles parfois très diverses.

Le Saint-Père voit dans le jumelage Rome-Paris une source d'enrichissement mutuel en raison du riche passé culturel de ces deux capitales. Rome, berceau de la civilisation chrétienne.

Il Nous semble que, dans le cas privilégié de Paris et de Rome, l'enrichissement mutuel, fruit de leur jumelage, sera des plus précieux. Comme capitale d'un grand état moderne, Rome n'a pas encore acquis l'expérience de Paris. Mais après avoir donné aux pays latins la structure juridique, sur laquelle reposent encore en grande partie leurs institutions communes, après avoir nourri et propagé l'humanisme antique et celui de la Renaissance, elle conserve dans le monde moderne, secoué par tant de convulsions, une prééminence morale incontestée. N'a-t-elle pas instauré dans les relations entre les hommes un esprit nouveau inconnu de l'antiquité païenne ? Le principe d'une fraternité universelle, basée sur la communauté foncière d'une même nature issue de Dieu et d'une même destinée orientée vers lui, ferment nouveau apporté par le christianisme, devait provoquer une heureuse évolution des moeurs et des structures sociales. Aujourd'hui, hélas ! coupé de ses origines et détourné de son orientation première, ce principe est invoqué à l'appui de doctrines matérialistes qui tendent, en réalité, à accentuer entre les hommes les causes de division et d'opposition. L'union des deux cités, Paris et Rome, contribuera, Nous osons le croire, à lui restituer son sens plénier, en soulignant avec force les véritables perspectives historiques qui l'ont vu naître et se développer.



... Paris, illustre capitale de la charité humaine et chrétienne et du savoir humain.

Nous aimerions, si le temps et les circonstances le permettaient, évoquer tel ou tel trait caractéristique qui illustre, dans les fastes de la capitale française — où Nous Nous souvenons avoir été reçu avec tant d'honneur et de courtoisie — l'impulsion séculaire de la charité humaine et chrétienne. Comment du moins ne pas rappeler le roi saint Louis, modèle d'équité et de bonté, qui s'efforçait de faire régner dans sa ville une justice pénétrée d'humanité ; ou bien la compassion rayonnante d'un Vincent de Paul, qui, de Paris, pourvoyait aux besoins des pauvres dans les provinces et au-delà même des frontières ; les oeuvres et les institutions qu'il créa connaissent aujourd'hui encore une prospérité croissante et étendent partout leur bienfaisante influence. Dès le haut moyen âge, Paris devint un centre remarquable de science et de civilisation, un foyer d'études de premier ordre, qui forma à l'avantage de toute l'Europe des générations d'esprits cultivés et d'hommes de coeur. Les siècles ont passé, mais Notre-Dame et la Sorbonne demeurent, au centre de la grande ville, chargées de la plus haute signification : l'Université de Paris et l'Institut de France restent toujours parmi les gloires les plus solides de la culture occidentale. Mais il ne saurait être question d'entreprendre ici, Messieurs, une analyse presque infinie des titres et qualités qui rapprochent vos deux cités. Nous voulons seulement vous redire en terminant que l'union symbolique, scellée par les cérémonies qui viennent de se dérouler, constitue pour Nous un heureux présage en faveur de cet esprit « européen », qui l'a inspirée et la maintiendra, Nous l'espérons, toujours vivante et toujours féconde.

Daigne le Dieu tout-puissant accueillir les voeux que Nous formons en ce sens et vous permettre de contribuer à l'extension d'une compréhension et d'une collaboration fraternelle toujours plus grandes à travers les nations et les continents. C'est avec ce souhait que Nous vous accordons à tous ici présents, à vos familles, à vos cités, la plus affectueuse et paternelle Bénédiction apostolique.


LETTRE A L'OCCASION DU CENTENAIRE DE LA FONDATION DES PRÊTRES DU TRÈS SAINT SACREMENT

(10 avril 1956) 1






Le Saint-Père a envoyé la lettre suivante au Révérend Père Geoffroy Spiekman, supérieur général de la Congrégation des prêtres du Très Saint Sacrement, à l'occasion du premier centenaire de la fondation de la famille religieuse du bienheureux Pierre-Julien Eymard, apôtre de l'Eucharistie :

Le jour approche, ce jour attendu avec une sainte allégresse, où vous-même et vos religieux célébrerez le centenaire de la fondation de votre institut et, comme l'exige la piété filiale, rendrez de solennelles actions de grâce à Dieu pour l'assistance que, dès ses débuts, il a accordée à votre famille religieuse, ainsi que pour les faveurs si libérales dont il a entouré son développement et son extension.

Il convient de profiter de cet heureux événement pour attester d'une manière toute spéciale la bienveillance que Nous vous avons toujours manifestée à vous et à vos oeuvres, et tout en vous louangeant, Nous voulons déclarer publiquement que Nous fondons de grandes espérances sur votre vigueur et sur cette spiritualité que, tel un bien de famille, vous avez reçue en héritage de votre Père, le bienheureux Pierre-Julien Eymard.

Jamais, non jamais, ne s'obscurcira la gloire de cet homme de Dieu qui s'est distingué par un si grand amour pour la sainte Eucharistie, et qui par son apostolat, ainsi que par ses écrits et sa parole de feu, a allumé dans un grand nombre d'âmes

un ardent amour envers l'auguste mystère de nos autels. Il était, en effet, persuadé que ce sacrement d'amour, ce signe d'unité et ce lien de la vraie charité était le moyen le plus puissant pour procurer à Dieu une plus grande gloire, resserrer les liens de la fraternité humaine et atteindre au sommet de la perfection évangélique.

Notre époque, hostile à la vertu, oublieuse de la loi et de l'espérance divines, toujours plus âprement avide des biens de ce monde, avait sûrement besoin de l'exemple et des enseignements du bienheureux Pierre-Julien Eymard pour remédier à l'étendue de ses maux et s'engager dans la voie d'un monde meilleur.

Nous vous exhortons donc à marcher en toute confiance et fidélité sur les traces de votre père et législateur, à garder jalousement ce généreux esprit d'amour dont il était rempli et à le propager le plus possible par votre parole et par votre action, pour le plus grand bien de l'Eglise.

Nous souhaitons aussi de tout coeur que la célébration de ces solennités apporte à votre institut une nouvelle splendeur, et, contemplant en esprit, avec une admiration pleine de joie la riche moisson de fruits de salut qu'elle produira, Nous vous accordons de tout coeur, comme gage de la protection divine et espérance des consolations célestes, à vous fils bien-aimé, à tous les prêtres du Très Saint Sacrement et à vos oeuvres, la Bénédiction apostolique.


Pie XII 1956 - DISCOURS AUX FIDÈLES DE ROME ET DU MONDE A L'OCCASION DE LA FÊTE DE PÂQUES (1er avril 1956)