Pie XII 1957 - VOUS ÊTES DES JEUNES


II



VOUS ÊTES DES TRAVAILLEURS

Faites triompher la conception chrétienne du travail.

Vous venez à Nous, chers fils et chères filles, comme délégués des jeunes travailleurs, non seulement parce que vous partagez leur condition de vie, mais aussi parce qu'ils vous ont investis de leur confiance et choisis pour venir les représenter ici ; ils ont assumé, par l'épargne collective, les frais de votre voyage et vous ont remis les documents, qui contiennent les informations sur leur situation religieuse et matérielle et sur leurs activités jocistes. Certes, vous n'ignorez pas de quelle affection l'Eglise et les Souverains Pontifes entourent les travailleurs, avec quelle insistance ils ont inculqué les principes de la justice sociale, avec quelle ferveur ils ont encouragé tous ceux qui, conscients de la gravité de l'heure, s'efforçaient de les faire appliquer. La JOC aborde le problème de la vie ouvrière en son point le plus délicat peut-être, c'est-à-dire au moment où il commence à se poser au jeune homme, à la jeune fille. Quand ceux-ci quittent l'école pour aller au travail, ils sont d'habitude fiers d'assumer à leur tour un rôle actif dans la société et débordent de confiance en eux-mêmes. Mais bien vite, de cruelles déceptions s'abattent sur eux ; trop souvent ils se heurtent à des conditions de vie difficiles, ils ne rencontrent qu'incompréhension, dureté, mauvais exemple ; ils absorbent lentement le poison de doctrines matérialistes, d'attitudes faussées par l'opposition des classes et la haine ; ils perdent ainsi rapidement et parfois irrémédiablement leur fraîcheur, leur joie, leurs aspirations les plus légitimes, et bientôt s'aigrissent et se révoltent.

Tel est le désastre que la JOC veut absolument empêcher. Et c'est pourquoi elle s'emploie à restaurer dans toute sa noblesse la notion chrétienne du travail, de sa dignité, de sa sainteté. Vous aimez à considérer les gestes du travailleur comme des actes personnels d'un fils de Dieu et d'un frère de Jésus-Christ, comme un effort librement consenti, par l'esprit et par le corps, pour le service de Dieu et de la communauté humaine. Puissent les membres de votre mouvement, par leur présence et leur collaboration avec les autres groupes animés aussi d'intentions généreuses, faire pénétrer cette conception du travail dans les usines, dans les bureaux, dans les écoles professionnelles. C'est là un apostolat à un très haut degré pratique et nécessaire.



Améliorez le sort des travailleurs de toutes races et de tous pays.

Si, dans les vieux pays d'Europe, les problèmes sociaux posés par l'industrialisation sont encore loin d'être résolus, qu'en sera-t-il des pays en pleine évolution industrielle, où des populations considérables affluent vers les grands centres et s'y entassent comme elles peuvent. En particulier, la jeunesse d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud doit faire face avec courage aux difficultés qui naissent de ces formes nouvelles de leur vie de travail.

Vos enquêtes vous ont déjà révélé et continuent à vous manifester chaque jour les souffrances des travailleurs des divers continents : problèmes de la mise au travail des jeunes au sortir de l'école et des périls de l'oisiveté prolongée ; problèmes du chômage, de l'habitation, des transports, des délassements ; problèmes surtout des conditions mêmes de leur labeur quotidien, des périls qu'y courent leur santé et leur moralité. Pour que les Jocistes des pays plus favorisés puissent intervenir activement et tendre à leurs compagnons en difficultés la main fraternelle, qui les sauvera du naufrage et les orientera vers un avenir prometteur, il importe que se multiplient les contacts de toutes sortes par la correspondance, les bulletins d'informations, mais surtout par les relations personnelles, dont ce Congrès international vous donne une merveilleuse occasion. La solidarité qui vous assemble a transformé et élevé votre vie, comme le rayon de soleil traversant un vitrail le fait flamboyer de mille feux. Aussi ne refuserez-vous pas de participer à l'effort considérable, que requiert l'amélioration de la situation des jeunes travailleurs de toutes races et de toutes nations. Vous vous montrerez vrais fils de l'Eglise, en portant aux autres comme « missionnaires jocistes », par l'exercice plénier de votre responsabilité de jeunes ouvriers chrétiens, le salut qui vous a été annoncé.

III

VOUS ÊTES DES CATHOLIQUES

Et c'est ainsi que Nous en venons à parler du troisième caractère qui distingue la JOC : vous êtes des catholiques, et vous l'êtes au plein sens du terme, c'est-à-dire, non seulement comme individus professant les vérités révélées par le Christ et vivant personnellement de la grâce de la Rédemption, mais en tant que membres de la communauté chrétienne et remplissant dans cette communauté une tâche propre, indispensable à sa vie et à son équilibre. L'Eglise a besoin aujourd'hui plus que jamais des jeunes travailleurs pour construire vaillamment, dans la joie et dans la peine, dans les succès et les épreuves, un monde tel que Dieu le veut, une société fraternelle dans laquelle la souffrance du plus humble sera partagée et allégée par tous. Que votre apostolat s'exerce donc dans une perspective d'universalité et toujours, comme il convient, dans la filiale soumission à la hiérarchie ecclésiastique ; qu'il trouve là la source de son efficacité et de sa fidélité aux intentions du Christ.

Collaborez avec les autres organisations internationales pour le bien de vos frères.

Les années d'après-guerre ont vu se créer de nouvelles organisations internationales, chargées de remédier aux détresses économiques et culturelles des peuples les plus besogneux. Des sommes importantes, mais encore insuffisantes, sont consacrées à mettre sur pied des services d'aide technique et pédagogique ; des spécialistes se rendent sur place pour travailler au relèvement économique et intellectuel de ces populations. L'Eglise elle aussi, par sa nature même et son histoire, par le dévouement et la compétence que ses missionnaires ont déployés sous toutes les latitudes, a prouvé qu'elle était spécialement qualifiée pour exercer avec succès une oeuvre civilisatrice. La JOC est riche de son expérience en matière d'éducation de la jeunesse ouvrière, et possède une méthode qui a fait ses preuves et démontré sa capacité d'adaptation aux circonstances les plus variées. Elle est donc capable d'exercer, partout où elle est présente, une action large et durable sur l'éducation populaire, en collaboration avec les autres organismes officiels ou privés qui poursuivent le même objectif. Ses contacts immédiats avec la réalité ouvrière lui permettent de tracer en chaque cas un plan d'action complet répondant aux exigences des situations et de donner à ses membres, et par eux à tous les jeunes ouvriers, l'aide la plus efficace. Nous souhaitons donc que les pouvoirs publics reconnaissent de plus en plus largement ses services et lui assurent, particulièrement dans les régions où se fait sentir l'urgence d'une intervention en matière d'éducation, les moyens matériels nécessaires à cette oeuvre capitale.



Gagnez au Christ l'âme de vos frères, qui ne le connaissent pas ncore.

Nous désirons, chers fils et chères filles, que ce rassemblement mondial de la jeunesse ouvrière chrétienne manifeste davantage à vos propres yeux et à ceux du monde les possibilités concrètes de votre mouvement, lorsque ses membres restent à la hauteur de leurs engagements. Point de victoire sans lutte, vous le savez. Et les conquêtes d'ordre spirituel, encore plus que les autres, exigent le renoncement, l'abnégation, l'oubli de soi pour la cause que l'on prétend servir. Vous n'êtes pas engagés dans un combat temporel, pour l'obtention de quelques avantages d'ordre économique et social seulement, mais vous visez avant tout à la conquête des âmes. C'est dans l'âme de vos frères qui ne le servent pas fidèlement, que se livre la partie décisive ; c'est à vous qu'il appartient de faire connaître le Sauveur, de faire pénétrer sa loi d'amour dans tous les secteurs de la vie privée et publique. Son précepte de charité et d'union fraternelle doit s'accomplir d'abord chez les jeunes, et pour cela il faut que croisse en vous sans cesse le sens de l'Eglise, l'esprit missionnaire, la connaissance des travailleurs des autres pays et la volonté de répondre généreusement à leur attente. Vous n'oublierez pas la dette de reconnaissance, que vous avez envers vos aumôniers qui ne ménagent pas leur peine au service de la JOC. Conscients de ce que vous avez reçu d'eux, vous continuerez à leur accorder une confiance et une affection bien méritées. N'est-ce pas notamment à leur action qu'est due l'éclosion de vocations sacerdotales parmi les jocistes ?




EXHORTATION FINALE



L'apôtre saint Jean raconte, dans un passage célèbre de son Evangile, comment Jésus, arrivé devant le tombeau de son ami Lazare, se mit à pleurer. Les Juifs témoins de ces larmes se dirent entre eux : « Voyez comme il l'aimait ! » (Jean xi, 36). Mais Jésus fit plus que s'émouvoir : ayant invoqué son Père, il s'approcha du sépulcre et cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! ». Alors le cadavre se leva et Lazare sortit vivant du tombeau. Chers fils et chères filles, des millions de jeunes sont encore prisonniers de liens pires que la mort : ceux de la misère, de l'erreur, de la corruption morale. Ne vous contentez pas de pleurer sur eux ! Le Christ est en vous avec sa puissance qui fait reculer l'ennemi. Allez donc hardiment vers ces âmes et criez-leur la bonne nouvelle de l'Evangile, les paroles de résurrection et de vie, dont Dieu vous a faits, pour elles, dépositaires : « Mon frère, viens à la vérité ! viens à la lumière ! viens a l'amour ! » Et bientôt, en foule innombrable autour de vous, comme dans la vision de l'Apocalypse que Nous évoquions au début de ce discours, le monde ouvrier chantera l'hymne de sa résurrection spirituelle : Jocistes bien-aimés, par vous nous avons trouvé la vraie vie et nous rendons gloire à Dieu le Père et à l'Agneau immolé sur l'autel » (Apoc. vu, 10, 12). Chers fils et chères filles, quand vous serez rentrés chez vous, puissiez-vous continuer, chacun dans le champ d'apostolat qui lui est assigné, une action encore plus décidée et vigoureuse, parce que vous aurez mieux compris le prix inestimable de la cause que vous défendez. Maintenant, comme par le passé, Nous comptons sur vous et attendons de vous de grandes choses.

Comme gage des faveurs divines, Nous allons vous donner la Bénédiction apostolique : pour vous d'abord et pour tous les Jocistes du monde, ceux qui de loin Nous écoutent, ceux qui ont aidé votre pèlerinage par leurs prières, leurs cotisations, leurs sacrifices ; spécialement ceux qui, plongés dans la souffrance, offrent pour la JOC les mérites d'une résignation humblement filiale, parfois héroïquement joyeuse ; pour vos bienfaiteurs aussi, tous les sympathisants de votre grande entreprise, pour vos aumôniers, pour vos familles, enfin pour les personnes présentes à votre pensée ou à votre coeur, et en particulier ces frères et ces soeurs de travail que vous rêvez de conquérir.

DISCOURS

AUX JEUNES SÉMINARISTES DE FRANCE

(5 septembre 1957)1






Plus de 4.000 jeunes gens du Mouvement « Jeunes Séminaristes » de France, venus en pèlerinage à Rome, furent reçus en audience par le Souverain Pontife qui leur adressa en français le discours suivant :

C'est une grande joie pour Nous, chers fils, de vous accueillir ce matin, au terme de votre pèlerinage à Rome. Depuis des mois en effet, Nous étions au courant de vos efforts et de la générosité, avec laquelle vous prépariez ce dixième anniversaire du mouvement qui vous unit. Nous savions vos sacrifices, vos prières, vos recherches dans les trésors du dogme, de la liturgie, de l'histoire, pour faire de ce beau voyage beaucoup plus qu'un déplacement de vacances, une étude enrichissante, une grâce surnaturelle, une étape décisive dans votre vie et dans la vie du mouvement « Jeunes Séminaristes ».

En saluant ici les maîtres nombreux, qui vous ont accompagnés et qui représentent avec vous les quelque cent petits séminaires de France, comment ne pas évoquer l'idéal sublime, qui vous rassemble et qui vous a conduits par un élan du coeur, non moins que par une vue de foi, vers le successeur de saint Pierre ?



Un pèlerinage aux sources du sacerdoce.

Elèves et maîtres, ne pensez-vous pas uniquement au sacerdoce, les uns pour y aspirer, les autres pour le servir ? Or, vous le saviez, en venant à Rome, c'est un véritable pèlerinage aux sources du sacerdoce, que vous accomplissiez. Dès le troisième siècle en effet, saint Cyprien, évêque de Carthage, ne parlait-il pas au pape saint Corneille de « cette chaire de Pierre et cette église principale, d'où l'unité du sacerdoce tire son origine » ad Petri Cathedram atque ad ecclesiam principalem unde unitas sacerdotalis exorta est ? 2. Cette formule qui renferme une des affirmations les plus précieuses pour l'histoire de la primauté pontificale, vous l'aurez lue en lettres gigantesques au-dessus de la tombe de saint Pierre : Hinc sacerdotii unitas exoritur.

D'ici, de cette humble sépulture d'un témoin du Christ, se répandent à travers le monde des fleuves de grâces. D'ici de cette chaire de Pierre, ses successeurs exercent, avec l'assistance infaillible de l'Esprit-Saint, leur rôle de docteur et de guide ; ils conservent le dépôt de la tradition, commentent l'Ecriture, gouvernent et sanctifient toute l'Eglise catholique par l'exercice de leurs pouvoirs d'ordre et de juridiction.

L'ancienne capitale de l'empire romain, dont vous avez visité les ruines prestigieuses, a été la terre d'élection, dans laquelle le grain de sénevé de l'Evangile s'est fixé. Pierre lui-même était, à l'image de son Maître, le fondement de l'Eglise, car il portait en lui une force unique. Ce rude pêcheur de Galilée est le seul homme, à qui Dieu ait confié les clefs du Royaume, le seul à qui ait été garantie la victoire définitive sur le mal, le seul qui ait reçu la charge de conduire l'humanité entière vers la vérité totale et vers la vie éternelle, en nom et place de Jésus-Christ lui-même.



Sollicitude de l'Eglise pour les aspirants au sacerdoce.

2 S. Cypriani Ep.f LIX, c. 14 ; Ed. Hartel. Corp. Script. Eccl. Lnf., vol. 3, p. 2, pag. 683.




C'est au sacerdoce du Christ que vous espérez participer, pour rendre à Dieu le plus grand honneur et à vos frères les hommes le plus grand service qu'on puisse imaginer. De quoi donc les hommes ont-ils le plus besoin, aujourd'hui comme toujours ? De quoi, sinon de connaître et d'aimer Dieu, le vrai Dieu, tel qu'il s'est historiquement révélé. Or, vous le savez, donner Dieu aux hommes et les hommes à Dieu est une tâche si haute qu'on ne peut l'aborder sans une grâce particulière. Notre-Seigneur cependant a voulu faire cet honneur non seulement à quelques-uns de ses contemporains, mais à tous ceux qui, répondant à sa volonté de sauver tous les hommes et de les amener



à la connaissance de la vérité (I Tim. n, 4), seraient acceptés par l'Eglise pour cette mission.

Le sacerdoce catholique est à juste titre l'une des gloires les plus pures de l'Eglise et l'une des marques les plus frappantes de sa sainteté. Aussi l'a-t-elle entouré au cours des siècles de soins toujours plus attentifs. Malgré la faiblesse de la nature humaine, elle a maintenu très haut son idéal de vie, sans épargner aucune peine pour faire de ses prêtres des hommes de Dieu et des hommes d'Eglise, vraiment capables de prendre en charge une partie du troupeau du Christ et d'en rendre compte à Dieu au jour du jugement. Elle a ordonné de façon toujours plus précise et plus exigeante leur formation, intellectuelle, morale et pastorale. Après avoir imposé l'érection des grands séminaires dans les diocèses, elle a créé ensuite des établissements spéciaux destinés aux candidats à la vie ecclésiastique, et, bien loin de se repentir d'une telle institution, elle s'en félicite en constatant les heureux fruits des petits séminaires, aussi bien pour les études que pour la formation du caractère.



L'importance des études classiques pour le futur prêtre.

Vous devez vous réjouir tout d'abord de faire des études classiques, car elles demeurent inégalées pour exercer et développer les plus précieuses qualités de l'esprit : pénétration du jugement, largeur de vues, finesse de l'analyse et dons d'expression. Rien n'aide à comprendre l'homme d'aujourd'hui comme l'étude approfondie de son histoire ; rien n'apprend à peser la valeur des mots, à saisir les nuances d'une pensée, la logique d'une composition et la solidité d'un raisonnement, comme le travail de la version et du thème sur les langues classiques. Pour vous, Français, latin et grec sont d'ailleurs à l'origine de la langue et de la littérature nationales ; mais tout homme d'Eglise se doit de pouvoir lire dans l'original les documents les plus importants et les plus vénérables de l'Ecriture et de la Tradition.

Durant le bref séjour que vous venez de faire à Rome, vous avez vu beaucoup d'inscriptions grecques et latines, qui demeurent dans les anciens cimetières et les musées, sur les monuments païens et chrétiens. Vous savez que la littérature chrétienne ancienne constitue un immense trésor de science et de piété, sur lequel se penchent avec admiration de nombreux savants du monde entier. Il ne sera pas possible à chacun de vous de se livrer à des études spéciales et approfondies ; mais quelle joie pour un chrétien d'entrer en contact immédiat avec ces textes et d'entendre résonner aujourd'hui la voix puissante des Pères de l'Eglise, d'un Chrysostome ou d'un Augustin !



Une solide formation spirituelle est encore plus nécessaire.

Les études solides ne sont pas toutefois le seul bienfait ni la raison d'être principale des petits séminaires. Une saine pédagogie chrétienne enseigne que la personnalité véritable, la vertu solide, les convictions profondes, ne se forment pas au hasard et comme à l'aventure. La vie est trop brève, les années de l'adolescence et de la jeunesse trop décisives et trop délicates, pour n'avoir pas un impérieux besoin de direction et de protection. Le jeune homme, qui porte au coeur le désir du sacerdoce, doit mûrir dans le climat le plus favorable à un choix lucide ; l'éducation de sa volonté encore fragile demande à être conduite avec prudence et respect. Aussi trouvera-t-il dans les petits séminaires des conseillers et des maîtres pleins d'expérience et de sollicitude, qui guideront ses pas, stimuleront son intelligence, développeront sa générosité et le sentiment de sa responsabilité dans la bonne marche du séminaire.

Chacun de vous sait par expérience les vicissitudes de la vie intérieure. C'est une flamme irrégulière, parfois dévorante, parfois languissante, sur laquelle influent non seulement les vents du dehors, mais aussi les troubles et les tempêtes de l'âme, l'inexpérience ou les simples appréhensions et maladresses du sujet. Il est donc bien inutile, il serait le plus souvent imprudent, et parfois même téméraire, de l'exposer à des tentations supplémentaires. Si les petits séminaires sont tellement utiles et bienfaisants, c'est que leur institution repose sur une connaissance exacte des besoins de l'adolescence et de la jeunesse chrétienne. Les familles peuvent donc faire confiance à la sagesse de l'Eglise pour juger des aptitudes au sacerdoce et des moyens les plus adaptés pour y préparer.

Les maîtres, qui se dévouent sans compter à créer dans les petits séminaires de véritables foyers de culture solide et de vie spirituelle profonde méritent les éloges et les encouragements de leurs évêques, et c'est une consolation pour le Pasteur suprême de penser au zèle de ces hommes de confiance, sur qui repose pour une bonne part la valeur future du clergé de France.

Le Mouvement « Jeunes Séminaristes ».

Le mouvement « Jeunes Séminaristes », qui aide les aspirants au sacerdoce à mieux servir dès maintenant, n'a pas peu contribué à augmenter leur fierté et leur ardeur, à les faire entrer plus profondément dans la vie catholique de l'Eglise, à leur donner une conscience plus vive des besoins des âmes, des exigences de leur vocation, de la part qu'ils doivent prendre au souci pastoral de leur évêque. Que le Maître de la moisson daigne envoyer des recrues de choix dans les petits séminaires. Certes il ne restera pas sourd aux prières des jeunes, qui l'implorent à cette intention.

En vous disant adieu, Nous vous remercions, chers fils, d'avoir donné un bel exemple de foi et de générosité dans la préparation et la réalisation de ce pèlerinage. Emportez de Rome une ardeur renouvelée et quelque chose aussi de sa patience séculaire pour mieux comprendre et accepter le rythme de la vie intérieure et ses exigences : il faut de longues années pour former un prêtre, mais elles ne suffiraient pas encore, si un effort constant et humble ne venait chaque jour continuer et pousser inlassablement vers une plus grande perfection l'oeuvre entreprise. Le Christ est la vigne, vous êtes ses rameaux ; c'est en Lui et en Lui seul, que vous portez du fruit (Jean xv, 1-5). Aussi est-ce à Notre-Seigneur que Nous vous confions, en appelant sur vous, sur tous les petits séminaristes de France, sur leurs familles et sur tous ceux qui contribuent à leur formation, la plus ample et la plus paternelle Bénédiction apostolique.


LETTRE ENCYCLIQUE « MIRANDA PRORSUS » SUR LE CINÉMA, LA RADIO ET LA TÉLÉVISION

(8 septembre 1957) 1


1 D'après le texte latin des A. A. S., XXXXIX, 1957, p. 765 ; traduction française de l'Osservatore Romano, du 13 septembre 1957.

Voici la traduction française du texte original latin de la Lettre encyclique « Mirando prorsus » sur le cinéma, la radio et la télévision, adressée par Sa Sainteté Pie XII à l'êpiscopat du monde catholique, en la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge Marie :


INTRODUCTION


Préambule.

Les merveilleux progrès techniques dont se glorifie notre époque sont assurément les fruits du génie et du travail de l'homme, mais ils sont d'abord des dons de Dieu, notre Créateur, de qui dérive toute oeuvre bonne ; « non seulement en effet Il a suscité la créature, mais Il la protège encore et la soutient » 2.

2 S. Jean Chrysostome, De consubstantiali, contra Anomoeos ; P. G., 48, p. 810.


Quelques-unes de ces inventions servent à multiplier les forces et les ressources physiques de l'homme, d'autres à améliorer ses conditions de vie ; d'autres encore — et celles-là concernent de plus près la vie de l'esprit — touchent les foules directement, ou par l'expression artistique de l'image et du son, et leur offrent avec la plus grande facilité, des informations, des idées et un enseignement qui nourrissent leur esprit, même durant les heures de détente et de repos.

Parmi les techniques appartenant à cette dernière catégorie, le cinéma, la radio et la télévision ont pris, à notre époque, un développement extraordinaire.


Motifs qu'a l'Eglise de s'y intéresser.

A peine furent-elles mises en oeuvre que l'Eglise les reçut non seulement avec une joie particulière, mais aussi avec la prudence vigilante d'une Mère, afin de protéger de tout péril ses fils engagés sur la voie du progrès.

Cette sollicitude dérive de la mission même que lui a confiée le divin Rédempteur, car les techniques nouvelles ont, comme il est clair, une puissante influence sur la manière de penser et d'agir des individus et des communautés.

Il est aussi une autre raison pour laquelle l'Eglise leur porte un intérêt spécial : c'est qu'elle a elle-même, pour des motifs plus impérieux que tous les autres, un message à transmettre aux hommes, le message du salut éternel, message d'une richesse et d'une force incomparables, message enfin que les hommes de toute nation et de toute époque doivent recevoir et accepter selon les paroles de l'apôtre des nations : « A moi, le plus petit de tous les saints a été confiée cette grâce d'annoncer aux Gentils les insondables richesses du Christ et de montrer à tous le développement du mystère enfermé depuis l'origine en Dieu qui a tout créé » (Ep 3,8-9).


Précédents de l'encyclique.

Personne ne pourra donc s'étonner que le zèle pour le salut éternel des âmes acquises non « par l'argent et l'or périssables... mais par le précieux Sang du Christ, Agneau immaculé » (1P 1,18-19), ait déjà poussé la suprême autorité de l'Eglise à traiter cette question et à examiner avec soin les problèmes que le cinéma, la radio et la télévision posent aujourd'hui à la conscience chrétienne.

s Radiomessage Qui arcano, z2 février 1931 ; cf. A. A. S., 23, 1931, p. 65.


Plus de vingt-cinq ans se sont écoulés depuis le jour où Notre prédécesseur de sainte mémoire a adressé pour la première fois, en se servant « de la merveilleuse invention de Marconi », un message radiophonique « à toutes les nations et à toute créature » 3.

Le même Pontife donnait peu d'années après au vénérable Episcopat des Etats-Unis, par l'admirable Encyclique Vigilanti cura 4, des enseignements très sages sur le bon usage du cinéma et conformes aux nécessités modernes en déclarant « nécessaire et urgent de veiller à ce que les progrès de l'art et de la science et de la technique, véritables dons de Dieu, soient ordonnés à la gloire divine, au salut des âmes, et servent à l'extension du Règne de Jésus-Christ sur la terre afin que nous puissions tous demander, comme l'Eglise nous enseigne, la grâce d'utiliser les biens temporels de façon à ne pas perdre les biens éternels » 5.

Nous-même durant Notre Pontificat avons à diverses reprises rappelé aux pasteurs, aux diverses branches de l'Action catholique et aux éducateurs chrétiens, les directives opportunes à ce sujet. Nous avons en outre volontiers admis en Notre présence les diverses catégories professionnelles du monde du cinéma, de la radio et de la télévision afin de leur exprimer Notre admiration pour les progrès étonnants de ces arts dont ils sont les promoteurs, pour leur rappeler leurs responsabilités, relever les mérites, prévenir les dangers dans lesquels ils peuvent aisément tomber, indiquer l'idéal élevé qui doit éclairer leur esprit et gouverner leur volonté.

Ce fut également Notre préoccupation, vous le savez, de créer dans la Curie romaine une Commission permanente e, chargée d'étudier les problèmes du cinéma, de la radio et de la télévision qui ont rapport avec la foi et la morale, et à laquelle les Evêques et tous les intéressés puissent demander des directives opportunes.

* Lettre encycl. Vigilanti cura, 29 juin 1936 ; cf. A. A. S., 28, 1936, pp. 249 et suiv. 5 Ibid., p. 251.

' A. A. S., XXXXVI, pp. 783-784 ; cf. Documents Pontificaux 1954, doc. du 16.12.54, PP. 556-557-

7 Allocution aux pèlerins hollandais, 19 mai 1950 ; cf. Documents Pontificaux 1950, PP- 178-179.




Nous-même profitons souvent des moyens modernes admirables qui Nous offrent la possibilité d'unir le troupeau entier avec le Pasteur suprême, afin que Notre voix traversant avec sûreté les étendues de la mer et de la terre et les agitations des esprits, puisse toucher l'âme des hommes et les influencer pour le bien, comme le demande la charge apostolique suprême qui Nous est confiée et s'étend aujourd'hui presque à l'infini 7.

. Les fruits de l'enseignement pontifical.

C'est pour Nous une grande consolation de savoir que les exhortations répétées de Notre prédécesseur d'heureuse mémoire et les Nôtres ont contribué beaucoup à orienter le cinéma, la radio et la télévision vers les fins de la gloire de Dieu et de la perfection des hommes eux-mêmes.

Sous votre conduite vigilante et votre impulsion zélée, Vénérables Frères, des activités et des oeuvres ont été développées sur le plan diocésain, national et international en vue d'un utile apostolat sur ce terrain.

De nombreux dirigeants de la vie publique, des représentants du monde industriel et artistique, et de larges cercles de spectateurs catholiques, et même non-catholiques de bonne volonté, ont donné des preuves appréciables du sens de leurs responsabilités en cette matière, en accomplissant de louables efforts, souvent au prix de sacrifices considérables, pour que fussent évitées les incitations au mal et respectés les commandements de Dieu et la dignité de la personne humaine.

Malheureusement toutefois, Nous devons répéter avec saint Paul : « tous n'obéissent pas à l'Evangile », car dans ce domaine également le magistère de l'Eglise a parfois rencontré de l'incompréhension, quand ce n'a pas été une opposition violente de la part d'individus poussés par un appétit désordonné du lucre, ou victimes d'idées erronées sur la dignité et la liberté humaine et sur la conception de l'art.

Si l'attitude de ces personnes Nous remplit l'âme d'amertume, Nous ne pouvons cependant Nous écarter de Notre devoir, espérant qu'on Nous réservera à Nous aussi le témoignage rendu à Jésus par ses ennemis : « Nous savons que tu es véridique, que tu enseignes la loi de Dieu selon la vérité, et que tu ne fais pas acception des personnes » (Mt 22,16).



Motifs de l'encyclique.

Des progrès techniques qui ont été réalisés et continuent à se réaliser dans les secteurs du cinéma, de la radio et de la télévision peuvent naître de grands avantages mais malheureusement aussi de redoutables dangers.

Ces moyens techniques — qui sont, peut-on dire, à portée de la main de chacun — exercent sur l'homme un pouvoir extraordinaire, conduisant aussi bien dans le royaume de la lumière, de la noblesse, de la beauté, que dans le domaine des ténèbres et de la dépravation, à la merci d'instincts effrénés selon que le spectacle propose aux sens des objets honnêtes ou malsains 8.

De même que dans le développement des techniques industrielles du siècle dernier on n'a pas toujours su éviter l'asservissement de l'homme à la machine qui était destinée à le servir, ainsi aujourd'hui encore si le développement des techniques de diffusion n'est pas soumis au joug suave (Mt 11,30), de la loi du Christ, il risque d'être la cause de maux infinis, d'autant plus graves qu'il s'agit d'asservir non seulement les forces matérielles mais aussi les forces spirituelles, privant les découvertes de l'homme des grands avantages qui en étaient le but providentiel 9.

Suivant de jour en jour, avec une sollicitude paternelle, les développements de ce grave problème et considérant les fruits salutaires qu'a portés dans le domaine du cinéma, durant les vingt dernières années l'Encyclique Vigilanti cura, Nous avons accueilli avec bienveillance les demandes qui Nous sont parvenues de pasteurs très zélés et de laïcs compétents en ces techniques, et désirons donner par la présente Lettre Encyclique des enseignements et des directives sur le cinéma, la radio et la télévision.

8 Discours aux représentants de l'industrie cinématographique italienne. 21 juin 1955 ; A. A. S., XXXXVII, p. 504 ; cf. Documents Pontificaux 1955, p. 191.

8 Discours à la Conférence mondiale de la radiodiffusion à haute fréquence, 5 mai *95o ; cf. Documents Pontificaux 1950, p. 142.




Après avoir invoqué par d'instantes prières, et par l'intercession de la Très Sainte Vierge, l'assistance du Tout-Puissant, Nous voulons donc Nous adresser à vous, Vénérables Frères, dont Nous connaissons les sollicitudes pastorales, non seulement pour mettre en pleine lumière la doctrine chrétienne en cette matière, mais aussi pour recommander les mesures nécessaires, et Nous désirons vous exhorter de toutes Nos forces à défendre le troupeau confié à vos soins, et à le prémunir contre les erreurs et les dommages que pourrait causer l'usage de ces moyens audiovisuels.


PARTIE GÉNÉRALE I

La « diffusion » dans la doctrine chrétienne.

Avant de vous entretenir séparément des questions relatives aux trois moyens de diffusion, le cinéma, la radio et la télévision — et Nous savons bien que chacun d'eux constitue un fait culturel à part, comportant ses propres problèmes artistiques, techniques et économiques — il Nous semble opportun d'exposer les principes qui doivent régler la diffusion, entendue dans le sens de communication, faite sur une vaste échelle, des biens destinés à la communauté et à chacun des individus.



La diffusion du bien.

Dieu, Bien suprême, accorde incessamment ses dons aux hommes, qu'il entoure d'une sollicitude particulière ; parmi ces bienfaits, les uns s'adressent à l'âme, d'autres concernent la vie terrestre et sont subordonnés aux autres, comme le corps doit être soumis à l'âme, à laquelle, avant de se communiquer Lui-même dans la vision béatifique, Il se communique dans la foi et dans la charité qui « est répandue dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné » (Rom. v, 5).

Désireux de retrouver en l'homme le reflet de ses propres perfections (Mt 5,48), Dieu l'a associé à son oeuvre de donation des valeurs spirituelles en l'appelant à en être porteur et dispensateur, pour le perfectionnement des individus et de la société. En vertu de sa nature même, l'homme depuis les origines a appris à communiquer ses biens spirituels aux autres au moyen de signes trouvés dans les choses matérielles et qu'il s'est efforcé d'amener à une perfection toujours plus grande. Depuis les desseins et les écrits des temps les plus reculés jusqu'aux techniques actuelles, tous les instruments qui servent à établir des relations entre les hommes doivent tendre à ce but élevé que ces derniers y soient en quelque sorte les ministres de Dieu.

Et afin que la réalisation du plan divin à travers l'homme fût plus sûre et plus efficace, par Notre Autorité apostolique, Nous avons déclaré l'Archange saint Gabriel « qui a porté au genre humain... l'annonce tant désirée de la Rédemption, Patron céleste » 10 du télégraphe, du téléphone, de la radio et de la télévision. Nous entendions ainsi attirer sur la noblesse de leur vocation l'attention de tous ceux qui ont entre leurs mains les instruments bienfaisants qui permettent de répandre dans le monde les grands trésors de Dieu, comme de bonnes semences destinées à porter au centuple le fruit de la vérité et du bien et à rappeler à chacun la noblesse de la tâche qui lui est confiée.

La diffusion du mal.

Considérant les buts si hauts et si nobles des techniques de diffusion, Nous Nous demandons souvent comment elles peuvent parfois servir aussi de véhicule au mal : « D'où vient donc la zizanie ? » (Mt 13,27).

Le mal moral, certes, ne peut provenir de Dieu, perfection absolue, ni des techniques elles-mêmes qui sont ses dons précieux, mais seulement de l'abus qu'en fait l'homme, doué de liberté, en perpétrant et en diffusant le mal, et en s'associant ainsi avec le prince des ténèbres et l'ennemi de Dieu : « C'est l'ennemi qui a fait cela » (Mt 13,28).

Liberté de diffusion.

Aussi la vraie liberté consiste-t-elle dans l'usage et la diffusion des valeurs qui contribuent à la vertu et au perfectionnement de notre nature.

L'Eglise, dépositaire de la doctrine du salut et des moyens de sanctification, a le droit inaliénable de communiquer les richesses qui lui ont été confiées par disposition divine. A un tel droit doit correspondre le devoir des pouvoirs publics de lui rendre possible l'accès aux techniques qui lui permettront de propager la vérité et la vertu.

Les fils de l'Eglise qui sont sincères et actifs et connaissent l'inestimable don de la Rédemption doivent dans la mesure de leurs forces faire que l'Eglise puisse profiter de ces inventions et s'en servir pour la sanctification des âmes.

10 Lettre apost, du 12 janvier 1951 ; A. A. S., xxxxv, 1952, pp. 216-217 ; cf. Documents Pontificaux 1951, pp. 35-34.




En affirmant les droits de l'Eglise, Nous ne voulons certes pas diminuer le rôle qui revient à la société civile de diffuser les nouvelles et les informations qui sont nécessaires ou utiles au bien commun de la société elle-même.

Il faudra aussi que soit assurée aux particuliers, selon l'opportunité et les circonstances, tout en sauvegardant le bien commun, la possibilité de contribuer à leur enrichissement culturel et spirituel propre et à celui des autres par le moyen de ces techniques.



Les erreurs au sujet de la liberté de diffusion.

Mais il est contraire à la doctrine chrétienne et aux fins supérieures des techniques de diffusion de prétendre en réserver l'usage exclusif à des buts politiques et de propagande, ou de considérer une si noble chose comme une pure affaire économique.

On ne peut non plus accepter la théorie de ceux qui, malgré les ruines morales et matérielles évidentes causées dans le passé par de semblables doctrines, défendent la « liberté d'expression » non pas dans le sens véritable que Nous avons indiqué ci-dessus, mais comme la liberté de diffuser sans aucun contrôle tout ce que l'on veut, fût-ce immoral et dangereux pour les âmes.

L'Eglise, qui protège et appuie le développement de toutes les vraies valeurs spirituelles — aussi bien les sciences que les arts l'ont eue pour Patronne et pour Mère — ne peut permettre que l'on attente aux valeurs qui ordonnent l'homme vers Dieu, sa fin dernière. Personne ne doit donc s'étonner que dans cette matière qui demande, elle aussi, beaucoup de prudence, elle prenne une attitude de vigilance, conforme à la recommandation de l'Apôtre : « Eprouvez toutes choses : retenez ce qui est bon ; abstenez-vous de toute apparence de mal » (1Th 5,21-22).

Il faut donc condamner ceux qui osent affirmer qu'une forme déterminée de diffusion peut être exploitée, mise en valeur et exaltée, même si elle manque gravement à l'ordre moral, pourvu qu'elle ait une valeur artistique et technique. « Il est vrai que l'art — comme Nous l'avons rappelé à l'occasion du Ve centenaire de la mort de l'Angelico — pour être tel, ne doit pas nécessairement remplir une mission éthique ou religieuse explicite, mais si le langage artistique s'adaptait, dans ses paroles et ses cadences, à des esprits faux, vides et troubles, c'est-à-dire s'écar-tant du dessein du Créateur, si, au lieu d'élever l'esprit et le coeur à de nobles sentiments, il excitait les passions les plus vulgaires, il trouverait le plus souvent un accueil favorable, ne fût-ce qu'en vertu de la nouveauté, qui n'est pas toujours une valeur, et de la faible part de réel que tout langage contient ; mais un tel art se dégraderait, en reniant son aspect primordial et essentiel, et il ne serait pas universel et éternel comme l'esprit humain auquel il s'adresse » 11,

11 Discours pour l'inauguration de l'exposition à l'occasion du Ve centenaire de la mort de Fra Angelico, 20 avril 1955 ; A. A. S., XXXXVII, pp. 291-292 ; cf. Documents Pontificaux 1955, p. 97; Lettre encycl. Musicae Sacrae, 25 décembre 1955 ; A. A. S., XXXXVIII, 1956, p. 10 ; cf. Documents Pontificaux 1955, p. 494.


Devoirs des pouvoirs publics et des groupes professionnels.

L'autorité civile est gravement tenue de veiller sur ces nouvelles techniques ; mais cette attention ne peut se limiter à la défense des intérêts politiques, elle doit aussi sauvegarder la morale publique basée sur la loi naturelle qui, selon la Sainte Ecriture, est écrite dans tous les coeurs (Rm 11,15).

Cette même vigilance de l'Etat ne peut être considérée comme une injuste oppression de la liberté individuelle, car elle concerne non les personnes mais avant tout la société à laquelle ces techniques s'adressent.

« Il est bien vrai que l'esprit de notre temps — comme Nous l'avons dit dans une autre occasion — susceptible plus qu'il ne convient au sujet de l'intervention des pouvoirs publics, préférerait une défense qui partît directement de la collectivité »12 ; mais cette intervention sous forme de contrôle exercé par les groupes professionnels intéressés eux-mêmes, ne supprime pas le devoir de vigilance de la part des autorités compétentes, même s'il peut heureusement prévenir leur intervention et éviter des inconvénients d'ordre moral.

C'est pourquoi, sans préjuger de la compétence de l'Etat, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire et Nous-même avons encouragé l'action préservative des groupes professionnels.

12 Discours aux représentants de l'industrie cinématographique italienne, 21 juin 1955 ; cf. Documents Pontificaux 1955, p. 193.



Seul un intérêt positif et solidaire pour les techniques de diffusion et leur bon usage, aussi bien de la part de l'Eglise que de celle de l'Etat et de la profession, permettra aux techniques elles-mêmes de devenir des instruments constructifs de formation pour la personnalité de qui en use, tandis que si elles sont laissées sans contrôle ou direction précise, elles favoriseront l'abaissement du niveau culturel et moral des masses.

Caractéristiques de la « diffusion » au moyen des techniques audiovisuelles.

Parmi les différentes techniques de diffusion, les techniques audio-visuelles occupent aujourd'hui une place de particulière importance, ainsi que Nous l'avons dit, car elles permettent de communiquer un message sur une vaste échelle au moyen de l'image et du son.

Une telle forme de diffusion, qui sert également les valeurs spirituelles, est parfaitement conforme à la nature de l'homme : « Il est naturel à l'homme d'arriver à la connaissance intellectuelle par la connaissance sensible, car toute notre connaissance a son origine dans les sens » 13. Et même le sens de la vue étant plus noble et plus digne que les autres 14, conduit plus facilement à la connaissance des réalités spirituelles.

Les trois principales techniques audio-visuelles de diffusion : le cinéma, la radio et la télévision, ne sont donc pas simplement des moyens de récréation et de détente (même si une grande partie des auditeurs et des spectateurs les considèrent avant tout sous cet aspect) mais ils transmettent des valeurs surtout culturelles et morales qui peuvent grandement contribuer au bien de la société moderne.

Plus que le livre, les techniques audio-visuelles offrent la possibilité de collaboration et d'échange, et l'Eglise, qui par mandat s'intéresse à toute l'humanité, désire qu'elles servent à la diffusion du bien.

Pour réaliser ce but, le cinéma, la radio et la télévision doivent servir la vérité et le bien.

18 S. Thomas, Somme Thêologique, I 1,9 I 1,14
Ibid., I 67,1.


Au service de la vérité et du bien.

Elles doivent servir la vérité en resserrant davantage les liens entre les peuples, la compréhension mutuelle, la solidarité dans les épreuves, la collaboration entre les pouvoirs publics et les citoyens. Servir la vérité suppose de la part de tous non seulement de se tenir éloignés de l'erreur, du mensonge et de la tromperie, mais aussi d'éviter toute attitude tendancieuse et partiale qui pourrait favoriser dans le public des conceptions erronées de la vie et du comportement humain.

Il faut avant tout considérer comme sacrée la vérité révélée par Dieu. Ne serait-ce pas même la plus haute vocation des techniques de diffusion de faire connaître à tous l'enseignement de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, « cette foi chrétienne qui, seule, peut donner à des millions d'hommes la force de supporter avec sérénité et courage les indicibles épreuves et les angoisses de l'heure présente » ? 15.

Au devoir de servir la vérité doit s'unir l'effort pour contribuer au perfectionnement moral de l'homme. Les techniques audio-visuelles peuvent fournir une telle contribution dans trois secteurs importants : information, enseignement, spectacle.

15 Discours aux sociétés italiennes radiophoniques, j décembre 1944 ; cf. Discorsi e radiomessaggi, 6, p. 209.


Information.

Toute information, si objective soit-elle, a un certain aspect moral : « l'aspect moral de toute nouvelle jetée dans le public ne doit jamais être négligé, car le rapport le plus objectif implique des jugements de valeur et suggère des décisions. L'informateur digne de ce nom doit n'accabler personne, mais chercher à comprendre et à faire comprendre les échecs, même les fautes commises. Expliquer n'est pas nécessairement excuser, mais c'est déjà suggérer le remède, et faire par conséquent une oeuvre positive et constructive »16.

16 Allocution à des1 membres de l'Office d'information publique de l'O.N.TJ., 24 avril 1956 ; cf. Documents Pontificaux 1956, p. 210.


Enseignement.

A plus forte raison peut-on dire la même chose de l'enseignement, auquel le film didactique, la radio, et plus encore la télévision scolaire, offrent de nouveaux secours, non seulement pour les jeunes mais aussi pour les adultes. Toutefois il faut à tout prix veiller à ce qu'ils ne s'opposent ni aux commandements ni aux droits imprescriptibles de l'Eglise, ni à la bonne éducation de la jeunesse au foyer familial.

Nous voudrions espérer également que ces nouvelles techniques de diffusion, qu'elles soient aux mains de l'Etat ou confiées aux initiatives privées, ne distribueront pas un enseignement sans Dieu et méconnaissant la loi divine.


Nous savons malheureusement qu'en certaines nations, dominées par le communisme athée, les moyens audio-visuels sont exploités jusque dans les classes pour arracher la religion des âmes. Tout esprit serein et exempt de préjugés se rendra compte qu'en agissant de la sorte on tyrannise les consciences des jeunes, car on les empêche de connaître la vérité divinement révélée qui, selon l'affirmation du Rédempteur, nous libère (Jn 8,32). Il s'agit là d'une forme sournoise et nouvelle de persécution religieuse.

Nous désirons vivement, Vénérables Frères, que les moyens audio-visuels coient surtout utilisés pour compléter la formation culturelle et professionnelle, et surtout « la formation chrétienne, base fondamentale de tout progrès authentique » 11. Aussi voulons-Nous exprimer Notre satisfaction à tous ceux, éducateurs et enseignants, qui utilisent sagement le film, la radio et la télévision dans un but aussi noble.

17 Radio-message aux agriculteurs de Colombie, xx avril X953 ; A. A. S., XXXXV, p. 294 ; cf. Documents Pontificaux 1953, p. 133.
18 Lettre encycl. Vigilanti cura, 29 juin Î936 ; cf. A. A. S., 28, X936, p. 255.


Spectacle.

Le troisième secteur enfin dans lequel les techniques audiovisuelles de diffusion peuvent puissamment servir la cause du bien est celui du spectacle.

Le spectacle comprend généralement non seulement une source de plaisir mais aussi des éléments d'information et d'instruction. Notre prédécesseur d'heureuse mémoire n'a pas hésité à appeler le cinéma « une leçon de choses » 18. En effet, le spectacle comporte une présentation figurative et sonore et une trame qui s'adresse non seulement à l'intelligence mais à tout l'homme, subjuguant ses facultés émotives et l'invitant à participer personnellement à l'action présentée. Tout en utilisant les différents genres de spectacles jusqu'ici connus, le cinéma, la radio et la télévision offrent chacun de nouvelles possibilités d'expression artistique et à cause de cela également un genre spécifique de spectacle, qui n'est plus destiné à un groupe choisi de spectateurs mais à des millions d'hommes, différents par l'âge, le milieu et la culture.

Education des masses.

Pour que dans ces conditions le spectacle puisse remplir sa fonction, il faut un effort éducatif qui prépare le spectateur à comprendre le langage propre à chacune de ces techniques et à se former une conscience exacte qui permette de juger avec maturité les divers éléments offerts par l'écran et par le haut-parleur, afin de n'avoir pas — comme il arrive souvent — à subir passivement leur influence. Ni une saine récréation, « devenue désormais — comme disait Notre prédécesseur d'heureuse mémoire — une nécessité pour des gens accaparés par les affaires et les soucis de la vie » 19', ni le progrès culturel, ne peuvent être pleinement assurés, sinon par cette oeuvre éducative, éclairée par les principes chrétiens.

La nécessité de donner une telle éducation au spectateur a été vivement ressentie par les catholiques durant ces dernières années et nombreuses sont aujourd'hui les initiatives qui visent à préparer aussi bien les adultes que la jeunesse à mieux apprécier les côtés positifs et négatifs du spectacle.

Cette préparation ne peut certes servir de prétexte à voir des spectacles immoraux, mais elle doit au contraire enseigner à choisir les programmes en conformité avec la doctrine de l'Eglise et avec les indications données par les Offices ecclésiastiques compétents, sur leur valeur morale et religieuse.

Ces initiatives, si elles suivent les lois de l'éducation chrétienne et sont données avec une compétence didactique et culturelle, non seulement méritent Notre approbation mais Nous souhaitons vivement qu'on les introduise et les développe dans les écoles et dans les universités, dans les associations catholiques et dans les paroisses.

La bonne formation des spectateurs diminuera les dangers moraux, tandis qu'elle permettra au chrétien de profiter de toutes les nouvelles connaissances qu'il acquerra pour élever son esprit vers la méditation des grandes vérités de Dieu.

1» Ibid., p. 254.




Nous voulons adresser un témoignage de satisfaction particulière aux missionnaires qui, conscients du devoir de sauvegarder l'intégrité du riche patrimoine moral des peuples pour le bien desquels ils se sacrifient, cherchent à initier les fidèles au bon usage du cinéma, de la radio et de la télévision, faisant ainsi connaître pratiquement les vraies conquêtes de la civilisation. Nous désirons vivement que leur effort dans ce secteur soit appuyé aussi bien par les autorités ecclésiastiques compétentes que par les autorités gouvernementales.



Spectacles pour la jeunesse.

L'oeuvre d'éducation n'est pas d'ailleurs à elle seule suffisante. Il faut que les spectacles soient adaptés au degré de développement intellectuel, émotif et moral des divers âges.

Ce problème est devenu particulièrement urgent quand, avec la radio et surtout la télévision, le spectacle a pénétré dans le foyer familial lui-même, menaçant les digues salutaires grâce auxquelles la saine éducation protège l'âge tendre des enfants afin qu'ils puissent acquérir la vertu nécessaire avant d'affronter les tempêtes de la vie. A ce sujet Nous écrivions il y a trois ans aux évêques d'Italie : « Comment ne pas frémir à la pensée que, par le moyen de la télévision peut s'introduire dans les familles elles-mêmes l'atmosphère empoisonnée de matérialisme, de fatuité et d'hédonisme que l'on respire trop souvent dans tant de salles de cinéma ? » 20.

Nous connaissons les initiatives des autorités compétentes et des organismes éducatifs pour préserver les jeunes de la pernicieuse influence des spectacles trop fréquents ou peu adaptés à leur âge. Tout effort accompli dans ce domaine mérite encouragement, pourvu que l'on tienne compte que les dangers moraux auxquels sont soumis les jeunes âmes sont bien plus graves que d'éventuels troubles physiologiques et psychologiques ; ces dangers-là en effet, s'ils ne sont prévenus à temps, constituent une véritable menace pour la société. Aux jeunes s'adresse Notre paternel et confiant avertissement de s'exercer, en ce qui regarde l'assistance aux spectacles, à la prudence et à la tempérance chrétiennes. Ils doivent dominer l'appétit déréglé du plaisir et conserver leur coeur libre pour les vraies joies de l'esprit.



OEuvre de l'Eglise — Offices nationaux.

20 Exhortation sur la télévsion, ier janvier 1954 ; A. A. S., XXXXVI, 1954, p. 21 ; Documents Pontificaux 1.954, P- *7-




En face d'aussi grandes possibilités et d'aussi graves dangers des techniques audio-visuelles de diffusion, l'Eglise entend accomplir pleinement sa mission, qui n'est pas directement d'ordre culturel, mais pastoral et religieux 21.

Ce fut pour répondre à ce but que Pie XI, de vénérée mémoire, recommandait aux évêques de constituer dans toutes les nations un « Office national permanent de révision qui puisse promouvoir les bons films, classer les autres et faire parvenir ce jugement aux prêtres et aux fidèles » 22, et orienter en même temps toutes les activités des catholiques dans le domaine du cinéma.

En divers pays les évêques ont institué en outre, de façon très opportune, des offices analogues pour la coordination des activités des catholiques dans les domaines de la radio et de la télévision.

Ayant pour Notre part mûrement considéré les perspectives apostoliques qu'offrent ces techniques et la nécessité de protéger la morale du peuple chrétien malheureusement encore trop souvent menacé par le spectacle corrupteur, Nous désirons que dans tous les pays où ces offices n'existent pas encore ils soient créés sans retard et soient confiés à des personnes compétentes sous la conduite d'un prêtre choisi par les évêques.

Nous vous recommandons en outre, Vénérables Frères, que dans chaque nation les offices respectifs pour le cinéma, la radio et la télévision — quand ils ne dépendent pas d'un organisme unique — collaborent entre eux ; et que les fidèles et surtout les membres des associations catholiques, soient instruits comme il faut de la nécessité d'assurer par leur appui commun le fonctionnement efficace de ces offices.

Et parce que de nombreux problèmes qui doivent être affrontés ne pourront trouver en chaque pays une solution adéquate, il sera tout à fait utile que les offices nationaux donnent leur adhésion à une grande organisation internationale susceptible d'être approuvée par le Saint-Siège.

21 Discours à un groupe d'archéologues et d'historiens, 9 mars 1956 ; A. A. fî., XXXXVIII,
P- 212 ; cf. Documents Pontificaux 2956, pp. 116-117.

22 Lettre encycl. Vigilanti cura, 29 juin 1936 ; cf. A. A. S., 28, 1936, p. 261.




Nous ne doutons pas que les nouveaux sacrifices exigés par l'exécution des dispositions que Nous prenons ne soient compensés par des fruits copieux, à condition que soient observées les recommandations que Nous désirons encore donner séparément pour le cinéma, pour la radio et pour la télévision.


Pie XII 1957 - VOUS ÊTES DES JEUNES