
Pie XII 1958 - LETTRE DE LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT AU « CENTRE DES VOLONTAIRES DE LA SOUFFRANCE» D'ITALIE
(24 juin 1958) 1
Le Souverain Pontife a composé, en italien, la prière suivante, en préparation du Congrès eucharistique national italien, qui aura lieu à Catania, en 1959. Voici la traduction de ce document :
O Pain des anges, descendu du ciel, qui avez daigné vous faire aliment de nos âmes, afin qu'elles ne défaillent pas le long du chemin, acceptez le tribut d'amour, de vénération et d'adoration publique, que la nation italienne, si privilégiée par vous, veut vous présenter en ce Congrès eucharistique national, pour lequel nous vous demandons protection et aide.
Faites que parvienne jusqu'aux derniers lambeaux de cette terre d'Italie la flamme que vous êtes venu apporter au monde, afin que tous ses enfants connaissent la grandeur et la profondeur de votre amour, s'enflamment ainsi de la gratitude la plus intime pour votre don si précieux et brûlent du désir de vous recevoir souvent pour se joindre à vous dans cette union ineffable, qui est un prélude et un gage de la possession indestructible qui sera leur félicité éternelle.
Oh ! soyez l'aspiration et le centre de toutes les âmes ! Attirez-les à vous et nourrissez-les de votre chair et de votre sang, pour qu'elles demeurent fortes dans la lutte spirituelle de chaque jour et ne perdent pas la bonne voie au milieu de tant de tromperies et d'embûches. Ainsi la jeunesse grandira saine et pure, la famille résistera ferme et unie, et toutes les classes sociales se sentiront un seul corps, appelé à un destin commun,
D'après le texte italien des A. A. S., 50, 1958, p. 547 ; traduction française de l'Osservatore Romano, du 11 juillet 1958.
qu'elles doivent réaliser déjà sur cette terre par une collaboration fraternelle.
Lumière très claire, splendeur du soleil éternel, illuminez tous les enfants de cette Italie bien-aimée, afin que, devant le matérialisme envahissant, ils comprennent la nécessité de l'ordre spirituel et de l'au-delà, unique explication satisfaisante de toutes les douleurs de cette vie. Force invincible et toute-puissante venue du ciel, donnez-leur également la capacité de supporter avec sérénité les coups de l'incompréhension et des hostilités d'un monde, qui ne se contente pas de vous ignorer, mais veut vous combattre obstinément. Ardeur divine, qui élève, fond et purifie tout, ne permettez pas que devienne stérile un jour cette terre qui fut toujours féconde en saints, et faites, au contraire, qu'y vive sans cesse la charité active, éliminant les impuretés et les scories qui voudraient obscurcir de leur présence ce jardin fleuri.
2 S. S. Pie XII a daigné accorder une indulgence de trois ans aux fidèles qui, d'un cceur contrit, réciteront cette prière durant le Congrès eucharistique national italien qui se tiendra à Catane l'an prochain.
Et puisque vous êtes Père et Frère, Protecteur et Ami, veuillez enfin tourner un regard de bienveillance particulière vers ceux d'entre nous qui se tourmentent encore, afin que ne leur manque pas le pain quotidien. Accordez-le leur en abondance ; et à nous pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous laissez pas succomber à la tentation et délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il !2
(28 juin 1958) 1
Par une Lettre de Son Excellence Mgr Dell'Acqua, Substitut de la Secrétairerie d'Etat, le Saint-Père a fait parvenir ses directives à la 45e Session des Semaines sociales de France.
Voici ce document pontifical, rédigé en français, et adressé au Président des Semaines sociales, M. Charles T-lory :
1 D'après le texte français' de l'Osservatore Romano, du 25 juillet 1058. Les sous-titres de la Documentation Catholique, t. LV, col. 977 et suiv.
Le sujet de la prochaine Semaine Sociale de Versailles — « Enseignement, problème social » — a l'avantage de se situer à un carrefour de préoccupations multiples. Il intéresse en effet parents et enseignants, hommes d'Eglise et hommes d'Etat, intellectuels, économistes ou sociologues ; à cet égard, il ne manquera pas de retenir l'attention d'un large public, heureux d'aborder sous un jour neuf et dans un climat d'objectivité et de sérénité une question déjà souvent débattue. Pour traiter ce sujet, vous trouverez un guide averti en la personne de Son Exc. Mgr Renard. La ville de Versailles évoque elle-même par son histoire les traditions françaises les plus classiques et, de nos jours, elle anime une région en plein essor démographique et économique : n'est-elle pas, à ce double titre, représentative des deux exigences qui s'imposent à l'enseignement contemporain, celles de s'ouvrir largement sur l'avenir sans cesser d'être enraciné dans le passé ? Autant de motifs de souhaiter plein succès à cette Semaine Sociale, et il m'est agréable de me faire auprès de vous l'interprète des voeux personnels du Saint-Père, de ses encouragements et de ses directives.
L'enseignement, problème social...
Une nation qui regarde son avenir se doit de réfléchir à l'enseignement donné à sa jeunesse et à l'éducation qu'elle reçoit. Les enfants d'aujourd'hui seront-ils demain des adultes capables, par leur valeur morale et leur instruction, de servir ensemble les grandes tâches de la patrie ? Auront-ils bénéficié de la formation la plus conforme à leurs propres aptitudes et seront-ils en même temps engagés de façon assez judicieuse vers les carrières les plus utiles au pays et les moins encombrées ? Les meilleurs d'entre eux surtout pourront-ils aborder, avec la maîtrise de jugement et la capacité d'adaptation qui caractérisent la vraie culture, les problèmes nouveaux qui, dans dix ou vingt ans, se poseront aux élites d'alors ? Telle sera la portée de vos débats, et il est juste de dire que renseignement, pris en ce sens large qui englobe l'équipement scolaire du pays, la répartition des disciplines, la formation des maîtres, l'orientation des élèves et leur préparation à la vie, est vraiment un problème social, et fort important. Pour l'étudier, votre Session a fait appel à des hommes de valeur aux compétences variées et à des représentants de l'enseignement tant public que privé (selon qu'il est ou non géré par l'Etat) ; elle est ouverte à tous ; elle veut pour tous les jeunes de France, faire, dans la paix, une oeuvre constructive.
Abordant en chrétiens ces questions si complexes, où tant de principes religieux et moraux se trouvent engagés, les maîtres de la Semaine Sociale auront à coeur de prendre pour bases de réflexion et pour normes de jugement celles mêmes que l'Eglise n'a cessé de proclamer. Pie XI les a rappelées avec fermeté dans l'encyclique Divini illius Magistri et le Saint-Père, en plusieurs circonstances, a confirmé et précisé cet enseignement magistral. En 1955, lors du XXVe anniversaire de l'encyclique, il écrivait notamment ces phrases qu'il est bon de relire ici : « Les principes infrangibles que ce document énonce... ne sauraient être ébranlés par le flux et le reflux des événements. Quant aux normes fondamentales qu'il prescrit, elles ne sauraient pas davantage subir l'usure du temps, puisqu'elles ne sont qu'un fidèle écho du Maître divin, dont les paroles ne passent pas. Véritable charte de l'éducation chrétienne, en dehors de laquelle il ne peut y avoir d'éducation complète et parfaite, cette encyclique s'offre, aujourd'hui, comme hier, a
l'étude de tous ceux qui, loyalement, désirent connaître sur ce point, dans son authentique et sereine expression, la pensée de l'Eglise » 2.
. . . parce que l'institution scolaire tient ses droits de la famille et des divers corps sociaux.
En ce qui concerne l'aspect particulier du problème de l'enseignement traité par votre Session, on sait que « la mission de l'école lui vient non de l'Etat seul, mais de la famille d'abord, puis de la communauté sociale à laquelle elle appartient »3. Et Sa Sainteté précise sa pensée en ces termes : « Dans la mesure où l'école communique un savoir, un ensemble de connaissances ordonnées à l'activité extérieure des individus et surtout à l'exercice de leur profession, elle dépend aussi de la communauté, de ses traditions, de ses besoins, de son niveau de culture, de l'orientation de ses tendances. Les exigences de la communauté seront interprétées, au niveau de l'école, par des individus, des groupes organisés, des institutions culturelles ou religieuses, qui se proposent précisément, comme fin propre, la formation des jeunes gens à leurs tâches futures »4. Ces paroles pontificales situent exactement l'école dans son vrai cadre ; elles manifestent pourquoi, foncièrement, renseignement est un problème social : la raison en est que l'institution scolaire tient essentiellement ses droits des familles et des divers corps sociaux, qui la mandatent et devant qui elle est responsable de la formation des nouvelles générations.
2 Message du 24 août 1955 à Son Eminence le cardinal archevêque de Malines ; A. A. S-, XXXXVII, p. 607 ; cf. Documents Pontificaux 1955, pp. 271-272.
3 Discours du 10 novembre 1957, A. A. S., XXXXIX, p. 1025 ; cf. Documents Pontificaux 1957, p. 675.
* Ibid.
C'est avec sécurité qu'un catholique s'appuie sur cette doctrine pour faire les discernements nécessaires et tracer les voies d'un authentique service de la jeunesse. Mais, en même temps, l'analyse de la conjoncture présente apporte sur plus d'un point à ces principes supérieurs la confirmation de l'expérience. Elle met en lumière l'ampleur de la tâche actuelle en matière d'enseignement, les motifs de la complexité nouvelle de cette tâche dans le contexte de la vie sociale contemporaine et, finalement, la nécessité où l'on se trouve, si l'on veut correspondre à l'attente générale, de faire appel dans un esprit de vraie liberté à la coopération de tous les responsables de la formation de l'enfant. Un rapide tour d'horizon suffit à nous en convaincre.
Pour une collaboration étroite entre l'école et la famille...
Si l'on se tourne du côté des familles, on recueille le voeu, souvent formulé, d'être associées davantage à l'action éducative qui s'exerce à l'école. Et ce souhait, l'Eglise le fait sien : « Nous encourageons volontiers, déclare Sa Sainteté, ce qui facilitera et rendra toujours plus étroite la collaboration de l'école et de la famille. Celle-ci... ne doit ni ne peut abdiquer sa fonction directive ; la collaboration est naturelle et nécessaire » 5. De nombreuses initiatives ont déjà été prises à cet égard et peuvent être poussées plus avant. Car comment les pères et mères se désintéresseraient-ils de tant de questions relatives à la tenue — religieuse, morale, intellectuelle, sanitaire — des établissements scolaires auxquels ils confient leurs enfants ? Comment en particulier pères et mères ne voudraient-ils pas engager leur inaliénable responsabilité quand il s'agit de l'orientation professionnelle de leurs enfants, si lourde de conséquences pour leur avenir ? Nul sans doute ne peut contester les avantages de mutuels rapports entre maîtres et parents, ni le bénéfice d'informations réciproques. Mais il est en outre capital qu'au principe même de cette collaboration — et des institutions qu'elle viendrait a susciter — soit reconnue la mission éducatriee primordiale de la famille, qui fait d'elle bien plus qu'une simple collaboratrice occasionnelle de l'école. C'est parce qu'il est d'abord un problème familial que l'enseignement est un problème social, débordant le cadre des questions purement intellectuelles et scolaires.
. . . entre l'enseignement et les divers secteurs de la vie économique.
5 Discours du 5 janvier 1954, A. A. S., XXXXVI, p. 54 ; cf. Documents Pontifi' 19S4, P- 27-
Un regard sur l'avenir économique du pays conduit à un semblable élargissement des perspectives. Car, dans la mesure où l'on peut prévoir cet avenir et ses orientations majeures, il importe d'y préparer avec soin la jeunesse. Certes, il faut icl
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se garder des outrances de la technicité, éviter toute spécialisation prématurée et maintenir les droits de la culture ; celle-ci, outre sa valeur permanente, n'est-elle pas d'ailleurs, dans une période incertaine et mouvante comme la nôtre, le capital le plus sûr d'un peuple, qui lui donnera en temps utile les plus larges possibilités face aux situations nouvelles ? Néanmoins, il est normal d'envisager des relations régulières entre les responsables de l'enseignement et les divers secteurs de la vie industrielle, agricole ou commerciale. Dans ces milieux, en effet, l'initiative privée a déjà obtenu, pour la formation professionnelle des jeunes, des résultats appréciables. L'art d'instruire y a fait souvent de réels progrès. Et l'on peut estimer à juste titre qu'aux différents niveaux d'enseignement, des échanges seraient fructueux, tant pour le perfectionnement des méthodes pédagogiques que pour l'amélioration des programmes et l'ouverture progressive des élèves aux grands problèmes de la vie économique. Dans les campagnes, en particulier, la liaison étroite existant fréquemment entre la famille et l'exploitation agricole offre à l'école une raison supplémentaire de collaborer avec ces milieux de vie où l'enfant grandit et qu'il doit apprendre à mieux comprendre et à mieux servir au fur et à mesure que s'accroissent ses connaissances générales. D'intéressantes expériences ont été tentées à cet égard, qu'il convient d'encourager. La jeunesse ne peut que bénéficier de cette ouverture d'esprit et d'une commune volonté de libre coopération.
. entre l'école et les institutions civiques et sociales du pays.
Des observations analogues peuvent être faites à plus forte raison en ce qui concerne la vie civique et sociale du pays. L'enseignement reçu doit disposer les jeunes à aborder plus tard avec un sens social averti les différents milieux de travail et à s'insérer sans peine dans la communauté nationale et internationale. On ne peut dire que ce soit toujours le cas présentement, et vous vous rappelez à ce sujet les exhortations du Saint-Père à une précédente Semaine Sociale de France sur le civisme : « S'il est vrai, disait-il, que, dans un Etat démocratique, la vie civique impose de hautes exigences à la maturité morale de chaque citoyen, il ne faut pas craindre de reconnaître que beaucoup d'entre eux, parmi ceux mêmes qui se disent chrétiens, ont leur part de responsabilité dans le désarroi actuel de la société. Les faits sont là, qui exigent un redressement certain » 6. C'est principalement au niveau de la jeunesse qu'il faut opérer ce redressement. Les membres du corps enseignant qui fort légitimement s'en préoccupent reconnaissent volontiers les avantages qu'ils trouvent à recueillir sur ce point la collaboration des diverses institutions propres à la vie de la cité, au monde du travail, aux relations entre peuples. Des initiatives prises avec discernement, à l'appui de l'instruction scolaire, initieront l'enfant à des structures collectives qu'il ignore trop souvent et à des devoirs moraux de grande portée. Par son insertion dans la communauté humaine et par les répercussions de son enseignement, l'école offre au pays de réelles possibilités de santé civique et de paix sociale.
Ecole et mouvements ou oeuvres de jeunesse.
On pourrait multiplier les considérations de cet ordre ; mais il est un dernier secteur, d'importance capitale, où les maîtres doivent à la fois reconnaître les limites de leur compétence professionnelle et savoir collaborer : c'est celui des mouvements et oeuvres de jeunesse. Autant il serait faux de considérer ceux-ci comme l'apanage des maisons d'enseignement, comme un complément normal de leur tâche d'instruction, autant en revanche il est souhaitable que l'éducation réalisée dans la famille, complétée à l'école et poursuivie simultanément dans les divers mouvements de jeunesse, où se fait comme un apprentissage de la vie, soit une oeuvre continue, animée d'un esprit commun, fondée sur les mêmes principes moraux et ouverte sur les mêmes perspectives d'avenir. Pourquoi faudrait-il que l'enfant soit exposé à de sourdes luttes, entre ces divers milieux éducatifs ? Là encore, des services mutuels, dans le respect des justes libertés, apparaissent d'un grand prix pour une saine formation de la jeunesse et pour son unité au sein de la nation.
6 Lettre du 14 juillet 1954, A. A. S., XXXXVI, p. 485 ; cf. Documents Pontificaux 1954> P- 274-
Les maîtres de la Semaine Sociale de Versailles poursuivront dans d'autres directions encore cette analyse. Mais déjà la leçon des faits a rejoint les enseignements de la doctrine, et des conclusions s'imposent, qu'au nom du Saint-Père je voudrais maintenant dégager pour éclairer vos propres travaux. Elles se résument dans cette affirmation que seul un esprit de vraie liberté et de collaboration peut permettre de faire face, dans le respect des droits légitimes, à la complexité et à l'ampleur des problèmes d'enseignement et d'éducation qui viennent d'être évoqués.
Une vraie liberté exclut les monopoles de droit et de fait.
7 Discours du lo novembre 1957, A. A. S., XXXXIX, p. 1025 ; cf. Documents Pontificaux 1957, pp. 674-675.
Certes, il ne saurait être question de contester l'originalité de la fonction enseignante, ni sa grandeur, ni ses mérites. Mais l'expérience tend de plus en plus à prouver que, pour offrir à toute la jeunesse, au bénéfice de tout le pays, une formation aussi riche, aussi diversifiée et aussi adaptée que l'époque le requiert, il est hautement souhaitable de faire appel à l'initiative privée, de favoriser une saine liberté des échanges et l'émulation dans la recherche, de s'enrichir, en un mot, du libre concours de toutes les forces vives de la nation. II revient aux Pouvoirs Publics, le cas échéant, d'harmoniser ces efforts multiples et de les ordonner au bien commun, mais ils doivent aussi savoir les respecter et les encourager de mille manières. « Un Etat, observe le Saint-Père, qui s'attribue exclusivement la tâche de l'éducation et interdit aux particuliers ou aux groupes indépendants d'assumer en ce domaine aucune responsabilité propre, manifeste une prétention incompatible avec les exigences fondamentales de la personne humaine » 1. Et chacun sait qu'à côté des (monopoles de droit, il existe aujourd'hui, par suite des conditions économiques, des monopoles de fait qui ne sont pas moins rigoureux. C'est au contraire dans une voie de juste liberté qu'il faut avancer si l'on veut, pour le bien de la communauté nationale, rénover les cadres institutionnels de l'enseignement pour les mieux adapter à leur fin. Cette voie est d'ailleurs celle de la concorde entre tous ceux qui veulent vraiment les progrès de l'enseignement. Et à ce titre, on peut espérer beaucoup de la présente Semaine Sociale, qui offre l'exemple d'une fraternelle rencontre entre catholiques des deux secteurs, public et privé, dans la commune préoccupation de résoudre selon tes principes chrétiens des questions qui leur tiennent à coeur.
mission de l'enseignement catholique.
Qu'il nous soit permis, au terme de cette lettre, de rendre un hommage spécial — parmi toutes les institutions scolaires privées — aux écoles, collèges et universités catholiques, qui tiennent en France une place si honorable et rendent à l'Eglise et au pays un service si important. Dans les perspectives de liberté que nous avons contemplées leur tâche est considérable ; et, tant d'initiatives déjà prises en divers domaines, tant de résultats obtenus, font souhaiter que, dans les années qui viennent, le développement d'une mission si bénéfique puisse être assuré, grâce à l'intelligente compréhension des hommes qui sont responsables du bien du pays et de son avenir. « Ceux qui joueront demain un rôle de premier plan dans la vie publique, déclare le Saint-Père, sortiront, Nous en sommes convaincu, des écoles qui honorent davantage l'idéal de liberté et d'initiative personnelle et n'hésitent pas à mettre au cceur de leur enseignement de solides convictions morales et religieuses, celles surtout de la foi chrétienne qui, à travers les siècles, n'a cessé de modeler l'âme des peuples de l'Occident » 8. La Semaine Sociale de Versailles, dont les travaux diront les bienfaits de l'esprit de liberté dans l'enseignement, ne sera pas insensible à la situation difficile de trop d'écoles catholiques ; elle entendra l'appel lancé à maintes reprises par l'épiscopat de France.
A tous les maîtres de la Semaine Sociale, parmi lesquels Sa Sainteté est heureuse de noter la présence de Mgr le Recteur de l'Institut catholique de Paris, à tous vos collaborateurs qui, dans les carrefours et autres rencontres, assurent le rayonnement croissant de votre institution, aux auditeurs et à vous-même, le Saint-Père accorde de grand cceur, en gage des grâces qu'il appelle sur la prochaine Session, une très paternelle Bénédiction apostolique.
(29 juin 1958) 1
Voici la traduction française sur le texte original latin, d'une Lettre encyclique de Sa Sainteté Pie XII à l'adresse des archevêques, évêques, prêtres et fidèles de Chine, en paix et communion avec le Siège apos-olique :
Vénérables Frères et chers Fils, Salut et Bénédiction apostolique !
Près du tombeau du Prince des Apôtres, sous les voûtes majestueuses de la Basilique vaticane, Notre prédécesseur immédiat de sainte mémoire, le Souverain Pontife Pie XI, il y a trente-deux ans, conférait la plénitude du sacerdoce « aux prémices et aux pousses nouvelles de l'épiscopat chinois » 2 ; à ce moment solennel il exprimait en ces termes les sentiments de son cceur paternel : « Vous êtes venus, vénérables Frères, pour „ voir Pierre " ; bien plus vous avez reçu de lui la houlette dont vous vous servirez pour entreprendre des voyages apostoliques et rassembler les brebis. Et Pierre vous a embrassés avec amour, vous qui donnez le grand espoir de porter à vos concitoyens la vérité évangélique 3. »
1 D'après le texte latin des A. A. S., 50, 1958, p. 601 ; traduction française de l'Osser-vatore Romano, du 12 septembre 1958. Les sous-titres sont empruntés à la version italienne de l'encyclique, publiée par l'Osservatore Romano, éd. quot., des 8-9 septembre 1958.
2 A. A. S., 18, 1926, p. 432.
3 Ibid.
Le souvenir de ces paroles nous revient à l'esprit, vénérables Frères et chers fils, en cette heure d'affliction pour l'Eglise catholique de votre patrie. L'espoir du grand Pontife Notre prédécesseur, ne fut certes pas vain puisqu'une foule de nouveaux pasteurs et de hérauts de l'Evangile, ont suivi ce premier groupe d'évéques que Pierre, vivant dans son successeur, avait envoyé gouverner cette portion choisie du troupeau du Christ ; de nouvelles entreprises apostoliques se sont développées chez vous malgré de nombreuses difficultés. Et Nous, quand Nous eûmes plus tard la grande joie d'établir la hiérarchie ecclésiastique en Chine, Nous fîmes Nôtre et accrûmes cette espérance et Nous vîmes s'ouvrir des perspectives encore plus larges pour l'extension du règne divin de Jésus-Christ.
La persécution ; deux Lettres antérieures du Souverain Pontife.
Mais peu après, hélas ! de sombres nuages s'amoncelèrent dans le ciel, et pour ces communautés chrétiennes dont quelques-unes avaient déjà reçu l'Evangile depuis longtemps, commencèrent des jours funestes et douloureux. Nous vîmes les missionnaires, parmi lesquels se trouvait un grand nombre d'archevêques et d'évéques zélés, contraints à abandonner le sol de la Chine, Notre représentant expulsé, et la prison ou les privations et des souffrances de toute sorte réservées aux évêques, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et à beaucoup de fidèles.
4 A. A. S., XXXXIV, 1952, pp. 153 et suiv. ; cf. Documents Pontificaux 1952, p. 24 et suiv.
Alors Nous fûmes contraint d'élever la voix avec tristesse pour exprimer Notre douleur de cette injuste persécution, et par l'encyclique Cupimus imprimis du 18 janvier 1952 4, Nous eûmes soin de rappeler, par amour de la vérité et conscient de Notre devoir, que l'Eglise catholique ne peut être considérée comme étrangère, et moins encore comme hostile, à aucun peuple de la terre ; que, dans sa maternelle sollicitude, elle enveloppe tous les peuples d'une même charité ; elle ne cherche pas les biens de cette terre, mais elle invite tous les hommes, selon leurs possibilités, à la conquête des biens du ciel. Nous ajoutions que les missionnaires ne défendent pas les intérêts d'un pays particulier mais, venus de toutes les parties du monde, et unis par une même charité, ils n'ont en vue que la diffusion du règne de Dieu ; leur oeuvre loin d'être superflue ou nocive, est bienfaisante et nécessaire pour aider le zélé clergé chinois dans l'apostolat chrétien.
Environ deux ans plus tard, dans l'encyclique Ad Sinarum Gentes du 7 octobre 1954 5, pour réfuter les nouvelles accusations portées contre les catholiques chinois, Nous proclamions que le chrétien ne le cède et ne peut le céder à personne dans l'amour et la fidélité véritables à sa patrie terrestre. Et puisque la doctrine trompeuse dite des « Trois autonomies » s'était répandue dans votre pays, Nous fîmes savoir, en vertu de Notre magistère universel que cette doctrine, telle que la comprennent ses tenants, au sens théorique, comme dans ses applications pratiques, était inacceptable pour les catholiques puisqu'elle écarte les fidèles de l'unité nécessaire de l'Eglise.
Témoignages de fidélité à l'Eglise.
Et maintenant Nous devons constater que, pendant ces dernières années, les conditions de l'Eglise chez vous, se sont aggravées. Il est vrai — et cela Nous réconforte beaucoup dans la tristesse présente — que malgré la persécution prolongée, la fermeté intrépide de la foi et l'amour ardent envers Jésus-Christ et son Eglise n'ont pas défailli ; cette fermeté et cet amour vous les avez montrés en de très nombreuses occasions, et même si les hommes n'en connaissent qu'une petite part, vous en recevrez un jour de Dieu la récompense éternelle.
L'«Association patriotique ».
Mais en même temps, c'est Notre devoir de dénoncer ouvertement — et Nous le faisons avec une peine profonde — la tentative nouvelle et plus insidieuse de développer et de porter à ses conséquences extrêmes l'erreur pernicieuse que Nous avons condamnée si clairement.
5 A. A. S., XXXXVII, 1955, pp. 5 et suiv. ; cf. Documents Pontificaux 1954, pp. 407 et suiv.
En effet, suivant un plan soigneusement élaboré, on a fondé chez vous une « association » dite « patriotique » et par tous les moyens on pousse les catholiques à y adhérer. Le but de cette association, comme on l'a répété plusieurs fois serait d'unir le clergé et les fidèles au nom de l'amour de la patrie et de la religion, pour propager l'esprit patriotique, promouvoir la paix parmi les peuples, coopérer à la « construction du socialisme » déjà établi dans le pays, aider les autorités civiles à défendre ce qu'ils appellent la politique de liberté religieuse. Mais il est clair que, sous ces expressions vagues de paix et de patriotisme qui peuvent induire en erreur les gens simples ce mouvement défend des objectifs et propage des initiatives détestables.
Les buts poursuivis par cette Association.
Sous prétexte de patriotisme, en effet, l'association veut conduire graduellement les catholiques à donner leur adhésion et leur appui aux principes du matérialisme athée, négateur de Dieu et de toutes les valeurs spirituelles.
Sous prétexte de défendre la paix, la même organisation accepte et répand de faux soupçons et des accusations contre beaucoup d'ecclésiastiques, contre de vénérés pasteurs, contre le Siège apostolique lui-même en leur attribuant des projets insensés d'impérialisme, de complaisance et de complicité dans l'exploitation des peuples, d'hostilité préconçue envers la nation chinoise.
En affirmant qu'il est nécessaire d'avoir une liberté complète dans les affaires religieuses et que cela facilite les relations entre l'autorité ecclésiastique et civile, l'association devient en réalité un instrument pour soumettre complètement l'Eglise aux autorités civiles et mépriser ses droits. Ses membres sont alors poussés à accepter et à justifier des mesures injustes comme l'expulsion des missionnaires, l'emprisonnement d'évéques, de prêtres, de religieux, de religieuses et de fidèles ; ils sont également forcés à consentir aux mesures prises pour empêcher avec pertinacité la juridiction de tant de pasteurs légitimes ; ils sont amenés à défendre des principes contraires à l'unité, à l'universalité de l'Eglise, à sa constitution hiérarchique ; ils doivent admettre des initiatives destinées à saper l'obéissance du clergé et des fidèles aux Ordinaires légitimes et à détacher du Siège apostolique les communautés catholiques.
Méthodes de violence et d'oppression.
Pour répandre et imposer plus facilement les principes néfastes de cette « association patriotique », on recourt aux moyens les plus variés, même à l'oppression et à la violence ; une propagande bruyante et tenace dans la presse, une serie de réunions et de congrès auxquels par des menaces, des promesses, des tromperies on contraint de participer même ceux qui ne veulent pas, tandis que ceux qui se lèvent courageusement dans les discussions pour défendre la vérité sont violemment contredits et flétris du nom d'ennemis de la patrie et de l'ordre nouveau. Il faut encore rappeler les « cours d'endoctrinement » trompeurs auxquels sont contraints d'assister les prêtres, les religieux, les religieuses, les élèves des séminaires, les fidèles de toute condition et de tout âge, au moyen de leçons interminables et de débats exténuants, répétés parfois pendant des semaines et des mois ; on exerce ainsi sur eux une pression psychologique pour leur arracher une adhésion qui loin d'être libre, comme il conviendrait, n'a au contraire presque plus rien d'humain. Sans parler de la tactique d'intimidation, exercée par tous les moyens, sournois ou manifestes, en privé ou en public ; des confessions forcées et des camps de « rééducation », des « jugements populaires » humiliants, auxquels on a osé traîner -même des évêques vénérables.
Contre de teilles méthodes qui violent les droits les plus fondamentaux de la personne humaine et foulent aux pieds la sainte liberté des fils de Dieu, il est impossible que ne se lèvent pas, en même temps que la Nôtre, la protestation de nos frères dans la foi et de toutes les personnes honnêtes du monde entier pour l'offense faite à la conscience civile elle-même.
Le chrétien et l'amour de la Patrie.
Puisque, comme Nous le disions, c'est au nom du patriotisme que s'accomplissent de telles choses, c'est Notre devoir de rappeler à tous, encore une fois, que la doctrine catholique exhorte précisément les catholiques à nourrir un amour profond et sincère envers leur patrie, à rendre l'honneur qui leur est dû aux autorités civiles, étant sauf le droit divin naturel et positif, à leur apporter un concours généreux et actif dans toutes les entreprises qui contribuent au progrès vrai, pacifique et ordonné, à la prospérité véritable de la communauté nationale. L'Eglise ne s'est jamais lassée d'inculquer à ses fils la règle d'or reçue de son divin Fondateur : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20,25), maxime fondée sur le principe présupposé qu'aucune opposition ne peut exister entre les préceptes de la vraie religion et les vrais intérêts de la patrie. Mais il faut ajouter tout de suite que si le chrétien par devoir de conscience doit rendre à César c'est-àndire aux autorités humaines, ce qui leur appartient celles-ci ne peuvent donner des ordres aux citoyens dans les choses ne leur appartenant pas mais qui sont dues à Dieu, et moins encore peuvent-elles exiger l'obéissance quand elles entendent usurper les droits souverains de Dieu, forcer les fidèles à s'écarter de leurs devoirs religieux, à se détacher de l'unité de l'Eglise et de la hiérarchie légitime. Alors le chrétien ne peut que répondre, sereinement mais fermement, comme jadis saint Pierre et les Apôtres aux premiers persécuteurs de l'Eglise : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5,29).
Le Saint-Siège et le peuple chinois.
Avec une insistance emphatique, le mouvement pseudopatriotique parle à tout instant de paix et exhorte vivement les catholiques à militer en sa faveur. Paroles apparemment irréprochables : qui en effet mérite plus d'éloges que celui qui prépare les chemins de la paix ? Mais la paix, vous le savez bien, vénérables Frères et chers fils, n'est pas faite d'expressions verbales, de formules vaines inspirées par des motifs d'opportunité mais contredites par des actes ou des initiatives motivés non par des sentiments pacifiques, mais par la haine, le ressentiment, la discorde. La vraie paix doit être inspirée par les principes de justice et de charité enseignés par Celui qui s'honore de la paix comme d'un titre royal — « Prince de la paix » (Is 9,6) ; la vraie paix est celle que souhaite l'Eglise, paix stable, juste, équitable et ordonnée — entre les individus, entre les familles, entre les peuples — qui, dans le respect des droits de chacun, et spécialement de ceux de Dieu, met l'union entre tous par la charité fraternelle et la collaboration réciproque.
Dans cette perspective pacifique de co-existence harmonieuse de toutes les nations, l'Eglise désire que chaque peuple ait le rang qui lui revient. L'Eglise en effet, suivant toujours avec sympathie les événements de votre patrie, souhaitait sincèrement, autrefois déjà par la bouche de Notre prédécesseur immédiat : « que soient pleinement reconnues les aspirations légitimes et les droits d'un peuple qui est le plus nombreux de la terre, peuple d'ancienne culture, qui connut des périodes de splendeur, et qui est destiné à un grand avenir s'il se maintient dans les voies de la justice et de l'honneur » 6.
Limitations arbitraires du Magistère pontifical.
Au contraire, selon les nouvelles transmises par la radio et par la presse, il y aurait des gens, même parmi le clergé, hélas ! qui osent jeter la suspicion et accuser le Saint-Siège de malveillance envers votre pays.
Partant de ce présupposé faux et offensant, ils ne craignent pas de limiter à leur gré l'autorité du magistère suprême de l'Eglise, en affirmant qu'il y aurait des questions — comme les questions sociales et économiques — dans lesquelles il serait permis aux catholiques de ne tenir aucun compte des enseignements doctrinaux et des normes données par le Siège apostolique. Opinion, il est à peine nécessaire de le dire, absolument fausse et erronée, parce que — comme Nous eûmes l'occasion de l'exposer, il y a quelques années, à un groupe choisi de Nos vénérables Frères dans l'épiscopat — « le pouvoir de l'Eglise n'est pas du tout circonscrit au domaine des „ choses strictement religieuses " selon l'expression habituelle, mais tout le domaine de la loi naturelle lui appartient également ainsi que son enseignement, son interprétation et son application pour autant qu'on en considère le fondement moral. En effet, par disposition divine, l'observation de la loi naturelle se réfère à la voie selon laquelle l'homme doit tendre à sa fin surnaturelle. Sur cette voie, l'Eglise est donc guide et gardienne des hommes pour ce qui regarde la fin surnaturelle » '.
C'est la même vérité que déjà Notre saint prédécesseur Pie X expliquait sagement dans l'encyclique Singulari quadam du 24 septembre 1912, quand il observait que « toutes les actions du chrétien sont soumises au jugement et à lia juridiction de l'Eglise, en tant qu'elles sont bonnes ou mauvaises du point de vue moral, c'est-àndire en tant qu'elles sont conformes ou contraires au droit naturel et divin » 8.
6 Message de Sa Sainteté Pie XI au Délégué apostolique en Chine, ier août 1928 ; cf- A. A. S., 20, 1928, p. 245.
' Discours au Sacré Collège et à l'Episcopat, 2 novembre 1954 ; cf. A. A. S., XXXXVI, 1954. pp. 671-672, Documents Pontificaux 1954, pp. 484-485.
8 A. A. S., 4, 1912, p. 658.
En outre, après avoir proclamé cette limitation arbitraire, ces gens déclarent vouloir obéir au Pontife romain en ce qui concerne les vérités à croire et — prétendent-ils — les normes ecclésiastiques à observer, mais ils en viennent ensuite à une telle audace qu'ils refusent obéissance à des mesures et des dispositions du Saint-Siège auquel ils attribuent des buts politiques cachés, comme de ténébreux complots dirigés contre leur pays.
Un acte grave d'insoumission.
Comme signe de cet esprit de rébellion à l'Eglise, Nous devons mentionner maintenant un fait très grave qui cause une amertume indicible et profonde à Notre cceur de Père et de Pasteur universel des âmes. Depuis quelque temps, dans une propagande insistante, le mouvement dit patriotique proclame le droit prétendu des catholiques d'élire les évoques, de leur propre initiative, affirmant que cette élection serait indispensable pour pourvoir, avec la sollicitude requise, au bien des âmes et pour confier le gouvernement des diocèses à des pasteurs agréés des autorités civiles parce qu'ils ne s'opposent pas aux ordres et à la politique du communisme.
Bien plus, Nous avons appris qu'on a procédé déjà à bon nombre de ces élections abusives et qu'en outre, malgré un avertissement explicite et sévère adressé aux intéressés par ce Siège apostolique, on a même osé conférer à certains ecclésiastiques la consécration episcopale.
Doctrine catholique sur l'élection et la consécration des évêques.
Devant de si graves attentats contre la discipline et l'unité de l'Eglise, c'est Notre devoir exprès de rappeler à tous que la doctrine et les principes qui régissent la constitution de la société divinement fondée par Jésus-Christ Notre-Seigneur sont tout différents.
s Can. 331, 3. 10 Can. 329, 2.
Les sacrés canons en effet décrètent clairement et explicitement qu'il revient uniquement au Siège apostolique de juger de l'aptitude d'un ecclésiastique à recevoir la dignité et la mission episcopales9 et qu'il revient au Pontife Romain de nommer librement les évêques 10. Et même comme il arrive en certains cas, lorsqu'il est permis à d'autres personnes ou groupes de personnes d'intervenir en quelque manière dans le choix d'un candidat à l'épiscopat, cela n'est légitime qu'en vertu d'une concession — expresse et particulière — faite par le Saint-Siège à des personnes ou à des groupes bien déterminés, dans des conditions et des circonstances parfaitement définies. Ceci établi, il s'ensuit que les évêques qui n'ont été ni nommés ni confirmés par le Saint-Siège, qui ont même été choisis et consacrés contre ses dispositions explicites, ne peuvent jouir d'aucun pouvoir de magistère ni de juridiction ; car la juridiction ne parvient aux évêques que par l'intermédiaire du Pontife romain, comme Nous vous en avertissions dans Notre encyclique Mystici Corporis : « Les évêques... en ce qui concerne leur propre diocèse, chacun en vrai Pasteur, fait paître et gouverne au nom du Christ le troupeau qui lui est assigné. Pourtant dans leur gouvernement, ils ne sont pas pleinement indépendants, mais ils sont soumis à l'autorité légitime du Pontife romain, et s'ils jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife » Nous avons rappelé cet enseignement dans la lettre encyclique, à vous destinée, Ad Sinarum gentem : « Le pouvoir de juridiction, qui est conféré directement au Souverain Pontife par le droit divin, les évêques le reçoivent du même droit mais seulement à travers le Successeur de saint Pierre, vis-à-vis duquel non seulement les fidèles mais tous les évêques sont tenus à l'obéissance respectueuse et au lien de l'unité » 12.
11 Encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943 ; A. A. S., 35, 1943. pp. 221-212..
12 Lettre encyclique Ad Sinarum Centem, 7 octobre 1954 ; A. A. S., XXXXVII, 1955,
5 et suiv. ; Documents Pontificaux 1954, pp. 407 et suiv.
Les actes relatifs au pouvoir d'Ordre, posés par ces ecclésiastiques, même s'ils sont valides — à supposer que la consécration qu'ils ont reçue ait été valide — sont gravement illicites, c'est-à-dire peocamineux et sacrilèges. On se rappelle à ce propos les paroles de sévère avertissement du divin Maître : « Qui n'entre pas dans le bercail par la porte, mais y entre par ailleurs, est un voleur et un brigand » (Jn 10,1) ; les brebis reconnaissent la voix de leur vrai pasteur, « mais elles ne suivent pas un étranger ; elles le fuient même parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers » (Jn 10,5).
Nous savons bien, hélas ! que pour légitimer leurs usurpations, les rebelles se réclament de la pratique suivie en d'autres siècles, mais il n'est personne qui ne voie ce que deviendrait la discipline ecclésiastique si, en telle ou telle question, il était permis à n'importe qui de reprendre des dispositions qui ne sont plus en vigueur parce que la suprême autorité de l'Eglise en a décidé autrement depuis longtemps. Bien plus, le fait d'en appeler à une discipline diverse, loin d'excuser leurs actes, prouve leur intention de se soustraire délibérément à la discipline actuellement en vigueur, la seule qu'ils doivent suivre : discipline qui vaut non seulement pour la Chine et pour les territoires d'évangélisation récente mais pour toute l'Eglise ; discipline qui a été sanctionnée en vertu du pouvoir suprême et universel de gouvernement qui fut conféré par Notre-Seigneur aux successeurs de l'apôtre Pierre. On connaît en effet la définition solennelle du concile du Vatican : « Nous basant sur les témoignages clairs de la Sainte Ecriture et en pleine harmonie avec les décrets précis et explicites soit de Nos prédécesseurs, les Pontifes romains, soit des conciles généraux, Nous renouvelons la définition du concile oecuménique de Florence selon laquelle tous les fidèles doivent croire que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain exercent le primat dans le monde entier ; que le même Pontife romain est le successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, le vrai Vicaire du Christ, le chef de toute l'Eglise, le Père et le Docteur des chrétiens ; qu'à lui, en la personne de saint Pierre a été confié par Notre-Seigneur Jésus-Christ le plein pouvoir de paître, régir et gouverner l'Eglise universelle...
Aussi Nous enseignons et déclarons que l'Eglise romaine, par disposition divine, a le pouvoir ordinaire de primat sur toutes les autres, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, de caractère vraiment épiscopal, est immédiat ; et que les pasteurs et les fidèles, de tous rites et dignités, considérés chacun en particulier ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance envers elle, non seulement dans les choses de la foi et de la morale, mais aussi en celles qui se rapportent à la discipline et au gouvernement de l'Eglise, répandue dans le monde entier ; de sorte que l'unité de communion et de foi avec le Pontife romain étant ainsi conservée, l'Eglise du Christ soit un seul troupeau sous un seul pasteur suprême. Tel est l'enseignement de la vérité catholique, dont personne ne peut s'éloigner sans perdre la foi et le salut13. »
De ce que Nous vous avons exposé, il suit qu'aucune autorité autre que celle du Pasteur suprême, ne peut invalider l'institution canonique donnée à un évêque ; aucune personne ou assemblée, de prêtres ou de laïcs, ne peut s'arroger le droit de nommer des évêques, personne ne peut conférer légitimement la consécration episcopale sans la certitude préalable du mandat pontificalu. Une consécration ainsi conférée contre tout droit et qui est un très grave attentat à l'unité même de l'Eglise, est punie d'une excommunication « réservée d'une manière très spéciale au Saint-Siège, et encourue ipso facto non seulement par celui qui reçoit cette consécration arbitraire mais aussi par celui qui la confère 15. »
Un prétexte vain.
Que dire enfin du prétexte allégué par les chefs de l'association pseudo-patriotique, quand ils voudraient se justifier en invoquant la nécessité de pourvoir au ministère des âmes dans les diocèses privés de la présence de leur évêque ?
Il est évident, d'abord, qu'on ne pourvoit pas aux besoins spirituels des fidèles en violant les lois de l'Eglise. En second lieu, il ne s'agit pas — comme on voudrait le faire croire — de diocèses vacants, mais souvent de sièges épiscopaux dont les titulaires légitimes ont été expulsés ou languissent en prison, ou sont empêchés de diverses manières d'exercer librement leur juridiction ; ou, en outre, on a également emprisonné et expulsé ou écarté en quelque manière les ecclésiastiques que les Pasteurs légitimes — selon les prescriptions du droit canon et les instructions spéciales reçues du Saint-Siège — avaient désignés pour les remplacer dans le gouvernement du diocèse.
>3 Conc. Vat., Sess. IV, cap. 3 ; Coll. Lac, 7, p. 484. " Can. 953.
15 Cf. Décret de la Suprême Congrégation du Saint-Office, 9 avril 1951 ; A. A. S., 3, 1951, p. 217 ; Documents Pontificaux 1951, pp. 123-124.
Il est vraiment pénible qu'au moment où des pasteurs zélés souffrent de telles tribulations, on profite de leur épreuve pour établir à leur place de faux pasteurs, pour renverser l'organisation hiérarchique de l'Eglise, pour se rebeller contre l'autorité du Pontife romain.
L'on en vient à une telle arrogance qu'on veut imputer au Siège apostolique lui-même un état de choses si triste et si misérable qui est le résultat d'un dessein précis des persécuteurs de l'Eglise ; or, tout le monde sait que le Saint-Siège, empêché de communiquer librement et sûrement avec les diocèses de Chine, s'est trouvé et se trouve dans l'impossibilité de se procurer, toutes les fois que c'est nécessaire, les informations indispensables, pour votre pays comme pour n'importe quel autre, au choix de candidats aptes à la dignité episcopale.
Invitation à rester fermes dans la foi.
Vénérables Frères et chers fils ! Nous vous avons manifesté jusqu'ici Nos préoccupations pour les erreurs que l'on tente d'insinuer parmi vous et pour les divisions que l'on crée afin que, éclairés et soutenus par l'enseignement du Père commun, vous puissiez rester intrépidement fidèles à la foi qui nous unit tous et nous sauve.
Mais maintenant, dans toute l'effusion de Notre affection, Nous voulons vous dire combien Nous Nous sentons près de vous. Vos souffrances physiques et morales, spécialement celles que supportent d'héroïques témoins du Christ — parmi lesquels se trouvent plusieurs de Nos vénérables Frères dans l'épiscopat — Nous les portons dans le coeur et, jour après jour, Nous les offrons, avec les prières et les souffrances de toute l'Eglise, sur l'autel de notre divin Rédempteur.
Restez fermes et mettez votre confiance en lui : « Jetant en lui toute votre sollicitude car il a soin de vous » ! (1P 5,7). Il voit vos souffrances et vos peines ; surtout il accueille la souffrance intime et les larmes secrètes que beaucoup d'entre vous — pasteurs, prêtres, religieux et simples fidèles — versent en secret en voyant les efforts de ceux qui voudraient semer la destruction dans vos communautés chrétiennes. Ces larmes et ces peines, en même temps que le sang et les souffrances des martyrs d'hier et d'aujourd'hui, seront le gage précieux de la résurrection de l'Eglise dans votre Patrie lorsque, grâce à la puissante intercession de la Vierge sainte, Reine de la Chine, des jours plus sereins resplendiront à nouveau.
C'est avec cette confiance que Nous vous accordons, à vous et au troupeau confié à vos soins, en gage des grâces célestes et en témoignage de Notre spéciale bienveillance, la Bénédiction apostolique.
Pie XII 1958 - LETTRE DE LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT AU « CENTRE DES VOLONTAIRES DE LA SOUFFRANCE» D'ITALIE