Pie XII 1958 - LETTRE ENCYCLIQUE AD APOSTOLORUM PRINCIPIS» AU SUJET DES ÉPREUVES DE L'ÉGLISE DE CHINE


DISCOURS

AU Xlle CONGRÈS DE LA SOCIÉTÉ LATINE D'OTO-RHINO-LARYNGOLOGIE
(29 juin 1958)1






Le dimanche 29 juin, le Saint-Père a reçu en audience les participants au 12e Congrès de la Société latine d'Oto-rhino-laryngologie, qui s'est tenu à Rome, du 28 juin au Ie' juillet.

Voici le discours que le Souverain Pontife prononça en français, à cette occasion :

II Nous est agréable, Messieurs, de recevoir aujourd'hui les membres du XIIe Congrès de la Société latine d'oto-rhino-'laryn-gologie qui, pour la première fois depuis sa fondation, a choisi Rome comme siège de sort assemblée biennale. Nous sommes très sensible au témoignage de votre déférent attachement et formons les meilleurs souhaits pour le succès de vos travaux.

Nous n'ignorons pas l'importance de la Société latine d'oto-rhincHlaryngologie, qui réunit les spécialistes les plus qualifiés, professeurs d'Université, médecins-chefs des hôpitaux, praticiens renommés, de toutes les nations latines d'Europe et d'Amérique. En cette rencontre, vous abordez un sujet de synthèse très complexe et peu exploré encore : « les troubles hormonaux et neurovégétatifs en oto-rhino-laryngologie ». Bien que l'annonce de votre Congrès et la documentation qui l'illustre, ne Nous soient parvenues que bien récemment, Nous ne pouvions manquer d'y apporter tout l'intérêt qu'il mérite, et de vous faire part des réflexions qu'il Nous suggère.

Le rôle de l'analyse et de la synthèse dans la science médicale.

Quelle que soit la spécialité considérée, le progrès médical s'accomplit suivant deux directions fondamentales : la première pousse l'étude analytique de la structure et de la fonction d'un organe ou d'un appareil déterminé ; la seconde examine les relations de celui-ci avec tous les autres, afin de préciser son rôle physiologique propre, de déterminer les causes lointaines de ses troubles et leur influence sur le reste de l'organisme.

Ces deux orientations, qui s'imposent à la recherche médicale en général, intéressent particulièrement les spécialistes. Elles conditionnent en effet le progrès réel de chacune des branches, qui se sont partagé le champ de la médecine moderne, afin de mieux servir les intérêts de l'individu et ceux de la science. Et quand il s'agit d'une spécialité comme l'oto-rlùno-laryngologie, qui s'occupe de structures hautement différenciées et de certains organes des sens supérieurs, essentiels pour l'équilibre psychophysique de l'individu, c'est une nécessité absolue de ne point séparer les deux directions fondamentales de la recherche. En effet, quiconque s'intéresse à roto-rhino-laryngologie moderne, constate bien vite que l'effort incessant de collaboration avec les autres disciplines et l'étude des corrélations entre les organes furent et restent les facteurs essentiels, qui en déterminent les progrès. Les difficultés d'un tel travail, on les aperçoit sans peine, car si l'étude des organes séparés demande un esprit bien doué pour l'analyse, celle de leurs corrélations suppose un ensemble de connaissances médicales fort diverses et une intelligence bien au fait des problèmes généraux de la médecine.



Etat actuel de l'oto-rhino-laryngologie.

Le programme de votre Congrès, consacré aux « troubles hormonaux et neuro-végétatifs en oto-rhino-laryngologie », touche en fait de nombreuses questions de la pathologie spéciale et s'efforce de les rattacher à leurs causes fondamentales, c'est-a-dire aux troubles du système endocrinien et du système neurovégétatif, illustrant ainsi les remarques que Nous venons de faire.

C'est la première fois que ce sujet est abordé d'une façon synthétique. D'ailleurs, même pour chaque secteur de l'oto-rhino-laryngologie considéré séparément, l'oreille, le nez et la gorge,



il n'existe guère de travaux consacrés spécialement aux troubles ayant leur origine dans les systèmes endocrinien et neurovégétatif. En s'efforçant de remédier à cette lacune, votre présent Congrès se heurte d'abord à la difficulté de délimiter avec exactitude des sujets analogues et qui parfois se recouvrent partiellement.

La limite qui sépare le système endocrinien du système neuro-végétatif est elle-même incertaine, parce que ce n'est pas une frontière locale bien définie et que ces deux systèmes jouent l'un et l'autre un rôle fondamental dans tous les processus vitaux, le premier avec les hormones qui, par la voie sanguine, atteignent tous les organes et tissus, le second par ses ramifications présentes dans tout l'organisme. Il est malaisé par conséquent de distinguer les cas, où ils ont la responsabilité première des symptômes observés, de ceux où ils restent au premier plan, mais sans être la cause principale du désordre en question.

Il vaut la peine de passer rapidement en revue, afin d'en mieux souligner l'importance, quelques aspects de la pathologie oto-rhino-laryngologique, qui ont pour origine des troubles hormonaux et neuro-végétatif s.

Nombreux sont les malaises de l'oreille, c'est-à-dire de l'appareil acoustique proprement dit et de l'appareil vestibu-laire, qui proviennent d'altérations primaires des systèmes neurovégétatif et hormonal. En certains de ces cas, la fonction acoustique subit une diminution sensible, qui peut aller même jusqu'à la surdité complète, tandis que se manifestent parfois des troubles, comme les acouphènes, capables d'altérer profondément l'équilibre psychique du patient, et même de l'entraîner à des décisions désespérées.

On pourrait dire, d'une manière générale, que les désordres acoustiques d'origine hormonale ou neuro-végétative, sans être moins connus, suscitent certainement en oto-rhino-laryngologie courante moins d'intérêt que ceux de l'appareil vestibulaire, organe de l'équilibre. Ceux-ci en effet se manifestent d'une manière tellement dramatique, qu'ils s'imposent d'emblée à l'attention, même si les affections de la fonction auditive ne manquent pas.

C'est le cas des syndromes dits de Menière, dont plusieurs ont une origine hormonale et neuro-végétative ; ces mêmes facteurs entrent aussi en ligne de compte dans les syndromes similaires d'ordre allergique et vasculaire, connus depuis plus longtemps, mais encore difficiles à interpréter dans la pratique clinique.



Le médecin spécialiste doit rester humain.

L'extension du champ des connaissances acquises en ce domaine et le perfectionnement des techniques capables de secourir le patient s'imposent comme un devoir au médecin spécialiste, mais doivent aller de pair avec des sentiments de compréhension humaine et de profonde charité, qui l'aideront à deviner l'angoisse du malade, à participer à sa souffrance et à la soulager. A côté des cas extrêmes, dont les plus graves sont, d'une part, la surdité imprévue, et, de l'autre, les malaises graves d'un état vertigineux persistant, combien d'autres, grâce à Dieu, moins spectaculaires, mais accompagnés d'inconvénients sociaux sérieux, se résolvent par des difficultés fonctionnelles et l'invalidité partielle !

Le médecin dispose aujourd'hui de moyens d'action plus efficaces que jadis ; il peut intervenir avec succès en certains cas naguère encore désespérés. Quand les soins médicaux n'obtiennent pas le résultat attendu, la chirurgie moderne et la thérapie physique viennent à la rescousse et, sans autoriser la restitutio in integrum, permettent toutefois d'atténuer ou de faire disparaître les désordres fondamentaux. Il importe donc davantage de déterminer exactement l'étiologie de chaque cas pour n'employer qu'à bon escient le riche arsenal thérapeutique mis actuellement à votre disposition par la science.

Dans les autres secteurs de l'oto-rhino-laryngologie, les manifestations cliniques peuvent ne pas être aussi mouvementées que celles dont Nous venons de parler à propos de l'ouïe ; mais elles révèlent cependant des troubles fonctionnels et cénesthe-siques graves. Au niveau des fosses nasales, par exemple, les troubles fonctionnels et neuro-végétatifs se présenteront sous diverses formes, qui vont de la rhinite vasomotrice aux syndromes sphénopalatins, des algies réflexes et des céphalalgies d'origine endocrinienne ou neuro-végétative aux épistaxis et aux rhinites atrophiques. Ce domaine, vous le savez, est tres vaste et continue à s'agrandir à mesure que la science progresse.

La fosse nasale remplit en réalité des fonctions bien supérieures à celles de simple conducteur du flux d'air. Au point de vue de la fonction respiratoire, elle se comporte plutôt comme un sphincter, un organe de régulation du flux respiratoire, selon les exigences de l'organisme individuel. On peut la considérer aussi comme antichambre du sens de l'odorat, dont l'importance n'est guère moindre pour l'homme que pour les animaux. La sensibilité du trijumeau et celle de l'odorat constituent une source de renseignements non négligeables pour la vie de relation ; l'odorat pour sa part, à cause de son étroite association avec le goût, compte parmi les éléments principaux de l'auto-régulation végétative et conditionne d'une certaine manière l'utilisation de la nourriture. Ces fonctions ne sont donc pas secondaires et justifient l'intérêt qui s'attache aux maladies de ce secteur.

Des considérations similaires se présentent au sujet des troubles endocriniens et neuro-végétatifs du pharynx ; certains d'entre eux au stade ultime de la pharyngite hypertrophique ou atrophique, constituent des infirmités assez lourdes ; de même pour les fosses nasales, certaines rhinites atrophiques, capables de mener à l'exclusion de la vie sociale et d'atteindre ainsi gravement l'équilibre psycho-physique du sujet.

Le larynx, dans son double rôle de voie respiratoire et de générateur de la voix, peut être frappé assez souvent lui aussi. Ce sont en général des troubles guérissables, mais susceptibles pourtant, comme certains oedèmes aigus de type neuro-végétatif et hormonal, de provoquer des situations dramatiques du point de vue respiratoire.

Les relations entre les glandes endocrines, le système neurovégétatif et l'appareil bronehial sont très étroites ; elles se révèlent d'habitude en cas d'asthme bronehial, entretenu très fréquemment par des déséquilibres hormonaux et des troubles de l'appareil neuro-végétatif. Les mêmes causes se retrouvent dans la pathogénèse des manifestations dites allergiques, dont le nom seul Nous dispensera de donner des définitions plus précises. Notons encore que ces manifestations et ces troubles sont tels, qu'ils constituent par leur fréquente répétition une cause d'invalidité, et provoquent chez le patient un complexe d'infériorité, qui le pousse souvent à s'écarter de la société.

Ces brèves indications suffisent à souligner l'importance non seulement doctrinale, mais pratique du sujet de vos discussions. Elles mettent en évidence le fait que, dans le domaine oto-rhino-laryngologique, des altérations minimes en soi peuvent provoquer, dans ces structures délicates, des effets capables de compromettre, avec la fonction elle-même, l'équilibre psycho-physique du malade.



La charité du Christ, modèle et soutien de la profession médicale.

Nous avons souligné, au début de cette allocution, la nécessité de poursuivre la recherche scientifique médicale sur deux plans distincts et complémentaires, celui de l'analyse et celui des corrélations entre les organes. Mais cette recherche elle-même appelle un idéal professionnel, une conception de l'homme et du monde, qui couronne des efforts aussi ardus et leur confère une valeur permanente. Votre activité, déjà si bienfaisante en elle-même, prend alors un sens nouveau ; elle reflète non seulement la haute compétence patiemment acquise par un labeur acharné, mais aussi la volonté profonde de servir des fins spirituelles incomparablement plus nobles encore. Vous vous rappelez la réponse que le divin Maître fit aux disciples de Jean-Baptiste, qui lui demandaient de sa part : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?» — « Allez rapporter à Jean, répondit Jésus, ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boîteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Lc 7, 20, 22).

Les miracles du Seigneur étaient donc des signes de son origine divine et de sa mission ; ils n'en étaient pas moins, pour les malades qui en bénéficiaient, d'immenses faveurs. Nous osons croire qu'en ces heures privilégiées, où vous réfléchissez au but ultime qui oriente vos efforts, vous évoquez parfois le passage du Christ parmi les souffrances humaines. Que de cris angoissés, d'appels insistants montaient jusqu'à lui et le suppliaient d'accorder la santé, de rendre l'usage d'un membre paralysé, d'un organe déficient ! Comme les gestes du Christ délivraient ces affligés, que les vôtres sachent aussi alléger la peine des hommes et surtout, qu'ils prolongent la volonté du divin Rédempteur de préparer ainsi les coeurs à l'avènement du Royaume de Dieu et les disposent à l'humilité et à la gratitude. Puissiez-vous également guérir les infirmités spirituelles, en remédiant à celles du corps, et goûter la joie d'une vie comblée des seuls biens qui ne passeront pas.

Nous vous renouvelons, Messieurs, l'assurance de Notre estime pour la contribution que vous apportez au progrès de roto-rhino-laryngologie, et pour le dévouement que vous déployez auprès de vos malades. Que le Seigneur daigne vous en récompenser et vous combler de ses bienfaits ! Nous l'en prions avec instance, en même temps que Nous vous en accordons comme gage pour vous-mêmes, pour vos familles et pour tous ceux qui sont l'objet de votre sollicitude, Notre Bénédiction apostolique.

LETTRE DE LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT À LA XVIIIe SEMAINE SOCIALE D'ESPAGNE
(30 juin 1.958) 1






Du 7 au 13 juillet, s'est tenue à Vigo la dix-huitième Semaine sociale catholique d'Espagne ; elle avait pour thème : « Les problèmes de l'émigration en Espagne ». A cette occasion, le Souverain Pontife fit connaître ses directives dans une Lettre de Son Excellence Monseigneur Dell'Aequa, Substitut de la Secrétairerie d'Etat.

Voici la traduction de ce document rédigé en espagnol, et adressé à Son Excellence Monseigneur Gonzalez y Menendez Reigada, évêque de Cordoue et président des Semaines sociales d'Espagne :

Une fois de plus les Semaines Sociales d'Espagne vont tenir leur réunion annuelle — la XVIIIe, qui aura lieu en la ville de Vigo — et le Souverain Pontife accueillant avec bienveillance la fervente sollicitation de Votre Excellence, très digne président du Comité, a le grand plaisir de s'adresser à cette assemblée, à laquelle participent des personnalités insignes et cultivées, pour lui envoyer sa bénédiction paternelle et quelques paroles d'encouragement dans ses travaux.

1 D'après le texte espagnol de l'Osservatore Romano, éd. quot., du 11 juillet 1958 / traduction française de l'OsserDafore Romano, éd. hebd., du 25 juillet 1958.

2 Sa Sainteté Fie XII, discours au ier Congrès national italien des délégués diocésains de l'émigration, 23 juillet 1957.




Le thème qui va être étudié : les problèmes de l'émigration espagnole, est d'une importance exceptionnelle. Aujourd'hui, l'émigration est un phénomène social de dimensions très vastes, de masses imposantes, nécessité par la triste réalité des temps actuels, dont la nature est telle qu'il « faut... créer une opinion publique en faveur des émigrants, de leurs besoins et de leur protection... pour raviver chez les fidèles l'intérêt et l'affection envers tant de fils lointains » 2.


SEMAINE SOCIALE D'ESPAGNE



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Les mouvements migratoires sont dus à l'heure actuelle presque exclusivement à deux facteurs : ou à la tyrannie de la guerre et à la politique, qui ont déplacé des multitudes d'êtres ; ou à la pression démographique, qui oblige les habitants d'un pays à chercher une vie de dignité hors de leur patrie.



La pression démographique.

Dans toute migration, il faut tenir compte de deux phénomènes différents, dont l'un est l'envers de l'autre : l'émigration ou sortie et l'immigration ou entrée. La question de l'émigration consiste en général en un fait frappant, l'augmentation de la population humaine dans sa relation directe avec la productivité naturelle des régions de la terre où habite cette population croissante. Cette augmentation de population, très souvent, n'est pas en proportion avec les produits que donne la terre, et le résultat de cette disproportion n'est autre que l'impossibilité pour bon nombre de travailleurs de trouver des moyens et une façon d'exercer une activité qui leur permette de vivre dignement. Aussi, tourmentés par une nécessité si pressante, ceux-ci se rendent compte qu'il y a « des régions et des lieux vitaux abandonnés au caprice végétatif de la nature et qui se prêtent à être cultivés par la main de l'homme, pour ses besoins et ses entreprises civiles », et en partant vers ces lieux ils réalisent, par la fin naturelle de l'émigration, une « répartition plus favorable des hommes sur la superficie de la terre » 8.

Quand l'équilibre règne entre la densité de la population d'une zone et la production de celle-ci, les moyens suffisants y existent pour le déroulement de la vie avec ses différents besoins ; il existe donc dans cette société ce qu'on appelle 1'« équation économique du bien-être ». Par conséquent tout le problème consiste en ce que ne survienne pas un déséquilibre qui rompe cette équation et qui oblige la population excédentaire à se transférer en d'autres lieux « parce que la vieille patrie ne peut plus nourrir tous ses fils » 4.

3 Sa Sainteté Pie XII, radiomessage pour le cinquantenaire de l'encyclique Rerum
Novarum, ier juin 1941.

4 Sa Sainteté Pie XII, discours à la Conférence internationale de l'émigration, 17 octo-
1957-




Bien que l'émigration puisse obéir à une cause ou à une autre, l'émigrant ne se décide à partir pour d'autres lieux que poussé par une véritable nécessité. Il est, en effet, toujours extrêmement pénible d'émigrer. Celui qui émigré se sépare du milieu social dans lequel il vit. Cette action sera volontaire, mais elle s'accomplit à cause des difficultés rencontrées. L'émigré va à la recherche d'une nouvelle patrie, dans l'inconnu de l'avenir, et il sait que là-bas c'est une vie pleine de dur labeur qui l'attend. Il abandonne les liens de famille et d'amitié pour affronter les épreuves d'un milieu différent, parfois dans la solitude et l'abandon ; aussi, dans tout cela, est-il soutenu par l'espérance d'améliorer ses conditions de vie.



Le droit à l'émigration et à l'immigration.

Les hommes décident de leur propre demeure et peuvent quitter librement leur patrie, leurs parents et la maison paternelle (). Par conséquent quand, poussés par leur triste situation, ils s'en vont vers un -autre pays, désireux « de former un nouveau foyer, qui leur procure des moyens de vie qui leur ont été refusés sous d'autres deux plus ingrats »5, ils ne font qu'exercer le « droit naturel de la personne à ne pas être empêchée dans l'émigration ou immigration 6. Donc en se trouvant dans la nouvelle terre « que Dieu créa et prépara pour l'usage de tous », ils espèrent que -l'on « respecte le droit de la famille à un espace vital » 1, un juste espace « qui réponde, voire de manière modeste mais au moins suffisante, aux exigences de la dignité humaine » 8, en vertu du « principe fondamental... que les biens créés par Dieu pour tous les hommes doivent parvenir équitablement à tous selon -les règles de justice et de charité » 9.

5 Sa Sainteté Pie XII, radie-message pour les célébrations en l'honneur de Notre-Dame des Emigrants' en Argentine, 2 décembre 1956, cf. Documents Pontificaux 1956, p. 731.

6 Sa Sainteté Pie XII, radiomessage de Noël 1952 ; cf. Documents Pontificaux 1952, p. 572.

7 Sa Sainteté Pie XII, radiomessage pour le cinquantenaire de l'encyclique Rerum Novarum, ier juin 1941.

8 Sa Sainteté Pie XII, discours au Congrès international d'Etudes sociales', 3 juin 1950 ; cf. Documents Pontificaux 1950, p. 197.

9 Sa Sainteté Pie XII, encyclique Sertum Laetitiae, ier novembre 1939.




Ce droit naturel de l'homme, selon la Doctrine catholique — en opposition avec l'école libérale et avec la théorie de l'absolutisme d'Etat — est toutefois subordonné dans son exercice au bien commun des Etats intéressés dans la migration :

« pourtant, la souveraineté de chaque nation, bien que fort respectable, ne doit pas s'étendre de telle sorte que, possédant de tous côtés de la terre pour nourrir encore beaucoup d'autres, elle en refuse l'accès, sans motif suffisant et juste, aux nécessiteux nés en d'autres lieux et dotés de moeurs honnêtes, quand cela ne s'oppose pas au bien public pesé justement » 10. Mais « si les deux parties... demeurent loyalement soucieuses d'éliminer tout ce qui pourrait empêcher que naisse et se développe la vraie confiance entre le pays d'émigration et le pays d'immigration, tous ceux qui participent à ce changement de lieux et de personnes en tireront des avantages... De la sorte les nations contribueront avec émulation à l'accroissement du bien-être humain et au progrès de la civilisation » u.



Problèmes religieux et moraux de l'immigration.

On comprend facilement que toute émigration soulève de nombreux problèmes. Ils peuvent être de caractère démographique ou économique ; ils proviennent parfois d'aspects sociaux et politiques ; ils sont de nature psychologique ou technique ; mais ils sont surtout religieux et moraux. Tous doivent être dûment pesés et étudiés ; il reste que la question religieuse et morale les englobe de telle façon que c'est de son influence que dépend une solution plus juste des autres, comme cela se produit dans le cas des pratiques anticonceptionnelles quand il s'agit de la question démographique, ou de la violence pour que l'on renonce aux droits juridiques, dans le domaine politique, ou de ne plus admettre que des ouvriers spécialisés, s'il s'agit du problème technique.

1» Sa Sainteté Pie XII, lettre à la National Catholic Welfare Conférence des Etats-Unis, 24 décembre 1948 ; cf. Documents Pontificaux 1948, p. 461.

11 Sa Sainteté Pie XII, radiomessage pour le cinquantenaire de l'encyclique Rerum
Novarum, ier juin 1941.

12 Sa Sainteté Pie XII, discours aux prêtres missionnaires et aumôniers de bord, 6 août
; cf. Documents Pontificaux 1952, p. 405.




Une douloureuse « expérience enseigne que l'homme arraché à sa terre et transporté sur un sol étranger perd une grande partie de son assurance et pourrait-on même dire, de sa dignité humaine. Ce changement atteint et affaiblit, au moins dans la partie affective, les sentiments spirituels les plus profonds, la vie religieuse elle-même » 12. Ce fait, approuvé par les statistiques et par les affirmations des prêtres qui exercent leur ministère auprès des érnigrants, entraîne des conséquences délétères. C'est pour cela que l'Eglise, qui, comme le démontre l'histoire — principalement celle de ces derniers temps 13 — a réalisé une oeuvre universelle et bienfaisante « avec les érnigrants et exilés de tout genre, dont Elle s'est toujours occupée, sans épargner aucun travail, au point de vue religieux, moral et social », leur propose le cas de la famille exilée de Nazareth, Jésus, Marie et Joseph... comme modèle, exemple et consolation des érnigrants de tous temps et tous lieux 14.

Lorsque l'émigrant arrive à sa nouvelle patrie, il n'est pas rare qu'il trouve, avec des coutumes diverses, une ambiance religieuse différente de celle dans laquelle il fut éduqué, et aussi l'existence d'une autre religion. Mais, outre cela, il peut être victime de ceux qui, ne tenant pas compte du facteur religieux, s'emploient par « esprit du mal, en vue de les détourner du Christ, le vrai, l'unique Sauveur, de les jeter dans le courant de l'athéisme et du matérialisme, pour les engager dans des mécanismes d'organisations sociales en contradiction avec l'ordre établi par Dieu » 15.

13 Sa Sainteté Fie XII, Const. apost. Exsul Familia, tit. I, ier août 1952 ; A. A. S., XXXXIV, pp. 651-692, cf. Documents Pontificaux 1952, pp. 339-385.

14 Const. apost. Exsul Familia.

15 Sa Sainteté Pie XII, discours au Congrès international d'Etudes sociales', 3 juin 1950 ; cf. Documents Pontificaux 1950, p. 196.




L'émigrant a besoin de la part de l'Eglise d'une préparation spirituelle qui lui donne des forces pour la nouvelle vie, qui le dirige au milieu des dangers qu'il peut y rencontrer et qui le soutienne de son conseil dans la période difficile de l'adaptation. En même temps, l'Eglise peut l'aider au moyen d'informations sûres et éprouvées relatives aux contrats de travail, lui épargner de lourdes dépenses dans les démarches relatives à l'établissement des documents et lui faciliter la réunion de sa famille, dont la dispersion aboutit à de très graves conséquences ; de la sorte, elle le libérera d'immenses dangers et obtiendra que l'émigration suive des voies humaines et chrétiennes. Mais ce n'est pas seulement cet aspect qui est important : l'histoire enseigne que plus d'un Etat doit sa foi à l'émigration catholique, car « d'humbles colonies de travailleurs chrétiens peuvent se transformer en pépinières du christianisme là où il n'avait jamais pénétré ou encore là où le sens s'en était perdu » 16.



L'émigration, problème international.

Dans les circonstances actuelles, l'émigration s'est transformée en un problème international, dont la solution ne peut dépendre que d'accords collectifs, qui réalisent la meilleure répartition des hommes sur la terre, en les dirigeant là où se fait davantage sentir la nécessité de leur technique et de leur main-d'oeuvre, car, ainsi que cela a été fort bien dit, les hommes sans terre ont le droit de cultiver les étendues inhabitées. Outre cela et sur la base de l'unité de la famille humaine, il est nécessaire de se préoccuper des liens moraux et culturels qui existent entre les peuples, de même que des « déséquilibres économiques dans le monde, auxquels on pourrait remédier considérablement par une distribution plus avisée de moyens de production et de consommation, sans toucher à la liberté et à la justice, et c'est ce que peut faire, en grande partie, un organisme supranational » 11. Toutefois, si l'on n'est pas arrivé à la création de cet organisme faute de solidarité internationale, des efforts louables et méritoires n'ont tout de même pas manqué. Ceux-ci se sont cristallisés en diverses organisations de caractère plus ou moins universel par leur finalité, comme le Comité intergouvernemental des Migrations européennes, l'Organisation internationale des Réfugiés, l'Organisation internationale du Travail et, dans le domaine de l'Eglise, la Confédération internationale des OEuvres catholiques de l'Emigration.



Le cas spécial de l'Espagne.

La fin que poursuit la Semaine Sociale n'est autre que d'appliquer cette doctrine générale au cas de l'Espagne pour arriver à des conclusions efficaces sur ses problèmes de l'émigration, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur.

18 Sa Sainteté Fie XII, discours au ier Congrès national des délégués diocésains de ¦ émigration, 23 juillet 1957 ; cf. Documents Pontificaux 1957, p. 401.

17 Lettre de la Secrétairerie d'Etat à la Semaine sociale de Pampelune, 5 juin 1957 ; :f. Documents Pontificaux 1957, p. 310.




L'Espagne, par sa tradition et par son histoire, est un peuple d'émigration. Et c'est à un de ses grands internationalistes,

Vitoria, que l'on doit l'énoncé des principes du droit des peuples qui établirent les bases de la sûre doctrine en cette matière de même qu'il est certain que ce fut l'émigration espagnole qui apporta et développa la foi chrétienne sur le continent sud-américain, vers lequel se dirige encore aujourd'hui son principal courant d'émigration.

La première étude nécessaire doit consister à connaître l'état actuel de cette catégorie de mouvements et les causes de ceux-ci pour pouvoir établir la carte des courants migratoires de la nation et chercher ainsi plus facilement ses remèdes.

Si l'on se rappelle que la rupture d'équilibre entre population et production est un des facteurs qui ont le plus d'influence sur l'émigration, il faut conclure que pour mettre un frein à celle-ci, il n'est rien de mieux que de remettre en valeur les zones pauvres au moyen d'un plan d'industrialisation en « harmonieuse coordination avec l'artisanat et l'agriculture, qui fasse fructifier la production multiforme et nécessaire du sol national » 1S.

Il est profondément consolant de voir les efforts accomplis dans ce sens, aussi bien par l'Etat que par l'initiative privée, mais le chemin à parcourir est long à cause des difficultés qu'entraînent ces oeuvres et des grandes ressources qu'elles exigent ; car il ne s'agit pas seulement d'agrandir les centres producteurs existants, mais aussi d'en créer de nouveaux dans les lieux qui le réclament, en raison de la pénurie de moyens de subsistance.

18 Sa Sainteté Pie XII, discours aux travailleurs d'Italie, 15 juin 1943.




Les problèmes que suscite l'immigration intérieure, bien qu'ils ne soient pas semblables à ceux de l'émigration, portent davantage sur la situation générale du pays. Ce sont les difficultés du logement avec le triste spectacle des faubourgs, qui se prolongera tant qu'existe l'affluence vers les grandes villes ; l'acclimatation pas toujours facile dans d'autres régions ; la dure vie dans les centres urbains populeux ; les dangers d'ordre moral qui guettent l'étranger. On pourra y remédier par des oeuvres de colonisation, qui conservent les solides vertus de la vie rurale et dans lesquelles on prenne soin de « la prudente sélection et de l'adaptation de groupes familiaux plutôt que d'individus isolés », sans oublier que « certains individus... passant en peu de temps d'une condition sociale inférieure à la catégorie de propriétaires moyennement à l'aise, pourraient voir s'altérer dans leur esprit la juste échelle des valeurs, en accordant une estime excessive à ce qui est purement humain et matériel, au détriment du spirituel » 19.

Un esprit mûr de solidarité nationale et régionale peut être un facteur de conséquences consolantes dans ce domaine. Les sentiments charitables et généreux qui animent le coeur des Espagnols, capables de grands sacrifices, doivent être la base de cette solidarité pour manifester ainsi l'efficacité des liens surnaturels qui les unissent à leurs frères dans la foi chrétienne.

Dans cette oeuvre, un rôle spécial revient aux prêtres, qui par leur assistance spirituelle peuvent sécher les larmes de ceux qui émigrent ou se transfèrent en des lieux inconnus de la nation, et répandre le baume céleste sur leurs coeurs affligés. Il n'est pas douteux que le clergé espagnol, qui suit avec tant de sollicitude les nécessités des fidèles, s'offrira généreusement pour cet apostolat, si recommandé par le Saint-Père 20, en secondant les projets que réalise si heureusement la Commission catholique espagnole de l'Emigration.

Sa Sainteté a confiance que les travaux de cette Semaine Sociale seront d'une puissante contribution à la connaissance et à la solution des problèmes de la migration dans ce pays. Il implore du Seigneur les lumières les plus abondantes à cette fin et, en gage de son affection paternelle, Il donne de tout coeur à Votre Excellence et à tous ceux qui assistent à la Semaine la Bénédiction apostolique.

19 Sa Sainteté Pie XII, discours à un pèlerinage du diocèse de Badajoz, 14 novembre 1057 ; cf. Documents Pontificaux 1957, p. 680.

20 Discours au ier Congrès national italien des délégués* diocésains de l'émigration, juillet 1957 ; cf. Documents Pontificaux 1957, pp. 392-401.




En vous renouvelant l'assurance de ma considération la plus distinguée, je demeure le dévoué serviteur de Votre Excellence Révérendissime.




Pie XII 1958 - LETTRE ENCYCLIQUE AD APOSTOLORUM PRINCIPIS» AU SUJET DES ÉPREUVES DE L'ÉGLISE DE CHINE