
Pie XII 1958 - SEMAINE SOCIALE D'ESPAGNE
(2 juillet 1958) 1
Les célébrations du Cinquantenaire de l'Union des femmes italiennes d'Action catholique, ont été couronnées par une audience pontificale, au cours de laquelle le Saint-Père prononça un discours en italien, dont voici la traduction :
Ce sont les mêmes sentiments de réconfort et d'espérance, qui inondèrent le cceur magnanime de Notre Prédécesseur saint Pie X lorsqu'il approuva votre Association naissante, que vous renouvelez aujourd'hui dans Notre esprit, chères filles de l'Union des femmes de l'Action Catholique italienne, réunies autour de Nous pour célébrer avec fruit l'heureux cinquantenaire de la fondation de votre association providentielle. Si ce n'est que la splendide réalité d'oeuvres aussi nombreuses qu'insignes accomplies par l'U.D.A.C.I. en un demi-siècle d'existence, les phalanges denses et actives que celle-ci accueille sous ses drapeaux, la fidélité éprouvée au programme de fondation, mais bien plus encore à l'esprit de dévouement à l'Eglise et à son Chef, qui anima ses premiers membres, ajoutent à ces sentiments une profondeur et une vigueur, que seuls les excellents résultats déjà obtenus sont en mesure de susciter. Unissez-vous donc a l'hymne d'action de grâces que Nous élevons de tout cceur vers le Tout-Puissant pour avoir inspiré et accru de si abondantes moissons de sainteté et d'apostolat, comme l'indique lumineusement le souvenir des cinquante ans passés ; et en même temps, sachez tirer des réalisations, des épreuves, des luttes du passe des enseignements et des stimulants pour l'avenir. Afin de mieux vous aider en cela, Nous jetterons un rapide coup d'oeil sur les cinquante années écoulées de votre Union, non pas tant pour revivre les heureux moments de son histoire méritante, mais plutôt pour vous indiquer les problèmes les plus immédiats et les nécessités les plus urgentes qui vous intéressent à présent, afin que vous leur consacriez votre attention et le zèle de votre activité.
Les origines de l'Union et les encouragements de saint Pie X.
En comparant — comme de coutume en de semblables anniversaires — le développement de votre association à celui d'un organisme vivant, la pensée va spontanément à ses origines, comme à un berceau, pour ranimer cette atmosphère d'espérance qui d'habitude flotte toujours autour de toute vie nouvelle. Particulièrement vous, les mères, vous savez combien il est doux de revenir par la pensée au berceau des enfants, lorsqu'en les contemplant désormais grands vous admirez avec des regards tendres et presque furtifs la vigueur de leur jeunesse et de leur maturité, le dynamisme de leur esprit, spécialement lorsqu'il est appliqué à des oeuvres couronnées par un heureux succès. Alors qu'ils sont désormais devenus utiles au sein de la société, vous vous complaisez à les imaginer encore de tendres enfants, en vous attardant à chercher dans les souvenirs lointains et toujours vivants de leur enfance si leurs premiers cris et gestes auraient en quelque sorte laissé prévoir, dès cette époque, leur réalité présente. Or, si vous tournez le regard vers le berceau de votre Union, vous reconnaîtrez dans les premières voix, dans les desseins, dans les actes et dans les personnes, qui accompagnèrent sa fondation, autant de présages et de vitalité future, les authentiques et saines racines d'où elle tire la sève, grâce à laquelle elle s'accrut en importance et en fécondité.
Avant tout, les souvenirs des origines sont dominés par l'éminent esprit de saint Pie X, désigné par vous dans vos écrits comme « Fondateur » de l'Union, secondé par l'âme d'élite de la première présidente, Maria Cristina, de la famille des princes Giustiniani Bandini, femme de forte trempe chrétienne, prudemment hardie et ouverte aux problèmes de son temps. Sous le déchaînement de la bourrasque laïciste, qui visait non sans quelque succès à isoler l'Eglise de la vie publique et à paralyser l'action des catholiques par le vent glacé du silence et de la dérision, votre fondatrice constata qu'avait sonné l'heure
de Dieu, qui appelait votre milieu à se ranger parmi les forces saines et chrétiennes de la nation, et elle mit en avant, pour ainsi dire comme un étendard, l'incitation du Prince des apôtres : Resistite fortes in fide (1P 5, q). Cette devise, destinée à demeurer efficace également dans l'avenir, interprétait, en harmonie avec les temps et comme un appel à la rescousse, cette autre positive et universelle, choisie par saint Pie X comme programme de son pontificat : Instaurare omnia in Christo : réunir toutes choses en Jésus-Christ, les choses du ciel et celles de la terre (Ep 1,10). C'est ainsi que, dans un climat brûlant de luttes, par de hardis desseins et un dévouement humble et obéissant à l'Eglise, surgit le rejet nouveau de l'Union des Femmes catholiques. Dans vos coeurs, aujourd'hui encore, résonne avec efficacité l'écho des premières exhortations adressées paT le saint Pape et bien dignes d'être répétées en la circonstance de ce jour : « Unies vous pourrez mieux obtenir les moyens qui sont nécessaires pour accomplir vos devoirs dans la famille et dans la société » ; et ces autres mots de la personne qui fut chargée de guider les premiers pas de l'Union : « Descendez en lice, venez livrer les saintes batailles du Seigneur, propager par la parole et par l'exemple le royaume de Jésus-Christ, inculquer les trésors de la charité chrétienne au milieu des familles et dans la société » ; mais vous conservez avec une satisfaction particulière, parmi les souvenirs les plus chers de ces temps-là, le témoignage de confiance exprimé par saint Pie X, comme avec un accent de prophétie : « Les femmes catholiques en Italie feront de grandes choses ; ... ce seront elles qui rendront chrétienne l'Italie ». Rendre chrétienne l'Italie, développer le Royaume du Christ, remplir la mission sociale propre à la femme, de manière qu'elle apparaisse comme un ange d'amour au milieu des douleurs humaines, rendre pratiques, efficaces et appropriées aux nécessités des temps les oeuvres auxquelles la femme se consacre dans le domaine de la religion, de la charité et de l'action sociale, en un mot faire de grandes choses à l'avantage de l'Eglise et de la patrie : ce sont là les heureux présages et les buts élevés de l'Union naissante des femmes d'Action Catholique, que l'on trouve dans ses premiers documents. Votre Union connut aussi ceux qui, habitués à des visions trop étroites des hommes et des choses, jugeaient un tel idéal une pieuse illusion ou une aventure ni recommandée ni recommandable ; mais le splendide témoignage que les cinquante années écoulées sont maintenant en mesure de donner, dépose en faveur de ceux qui voulurent que la femme chrétienne prenne place dans les oeuvres extérieures de l'apostolat ; mais, en outre, il enseigne comment les oeuvres de Dieu naissent et se développent, c'est-à-dire avec l'humilité, le silence, la prière et la persévérance de la part de l'homme et, de la part de Dieu, avec son assistance efficace et décisive qui triomphe de toute faiblesse et opposition. Votre Union a revécu dans les proportions qui lui sont propres la parabole du grain de sénevé, à peu près dans toutes les phases indiquées par le divin Maître (Mt 13,3 et ss. ; Lc 13,19 Jn 12,24). Mais les aspects qui rendent mieux la ressemblance de votre Union avec la graine de l'Evangile sont sa « bonté » et son développement rapide et sûr. L'Union fut, dès le début, une « bonne graine » par la plénitude de ses buts : la formation et la pratique chrétiennes des adhérentes, l'apostolat au sein de son propre milieu, l'action à l'avantage de la société. Dans la perfection géométrique de ce triangle de vie chrétienne, conseillable à tout laïc qui vit dans le monde, l'Union a exercé une activité intense et multiforme, en s'adap-tant avec une vive intelligence aux nécessités propres à l'époque et aux régions et en amplifiant constamment les dimensions de son champ de travail et de son influence sur la nation.
multiples oeuvres entreprises et les beaux résultats obtenus.
Si Nous ne craignions de réduire votre splendide histoire à une simple énumération des oeuvres, Nous devrions Nous attarder longuement à les citer chacune ; toutefois Nous ne pouvons manquer d'en mentionner quelques-unes, comme par exemple, dans le domaine de la formation religieuse, les cours systématiques de culture qui se tiennent chaque année dans les sections distinctes, les réunions extraordinaires de spiritualité, « les tours perpétuels de dévotion à Marie », les cercles d'étude des encycliques pontificales aussitôt dès leur publication, les « Assemblées » dédiées à l'âme d'élite de la vénérable Maria Cristina de Savoie, les retraites spirituelles d'un ou plusieurs jours, les dévotions particulières de l'Union et les actes solennels de culte. Peut-être moins voyantes, ces entreprises ont été et seront toujours le secret du bon succès de toute activité extérieure dans le domaine de Dieu. Egalement imposante est la floraison des innombrables oeuvres apostoliquas, que vous avez distinguées par des titres significatifs et heureux, tels que : l'Apostolat du berceau, l'Armoire du pauvre, Mater parvulorum, le Héraut du Pape choisi dans les Concours catéchistiques. Le travail apostolique qui, lors des premières années, se proposait principalement de réprimer l'impiété alors envahissante, en affrontant, le mieux possible, les attaques de l'ennemi contre l'éducation chrétienne de la jeunesse, le caractère sacré de la famille, l'accomplissement assidu des devoirs du culte, le respect du Vicaire du Christ, a pris peu à peu des valeurs positives, comme de sainte contre-offensive, en apportant le message chrétien au-delà des retranchements de l'adversaire. Les cinquante années passées présentent également une « croissance » constante des activités civiques et sociales, en harmonie avec la vigueur accrue des autres forces catholiques. Si l'on compare les démarches timides et contrariées accomplies par l'Union à ses débuts dans le domaine de l'assistance des classes ouvrières et du service social, avec les réalisations stables et bien ordonnées du présent, on ne peut que remercier encore une fois le Seigneur d'avoir suscité in tempore necessitatis (Ps 31,6) une oeuvre aussi providentielle. On doit noter aussi que d'amples résultats ont été obtenus par un effort silencieux et tenace dans des secteurs qui, parfois, semblaient éloignés des problèmes strictement sociaux, ou même tout à fait étrangers à ceux-ci ; les nouvelles générations s'y préparaient à faire face aux aspirations de justice, en voie de maturation, et surtout s'éduquaient à la sensibilité envers le bien commun. De ces phalanges d'avant-garde qui, durant les premières décades, ne pouvaient rien faire d'autre — et elles le firent généreusement — que de protester contre les partisans du divorce, assister les veuves de guerre, procurer aux familles les nouvelles des soldats disparus, rappeler à l'opinion publique le droit de la femme au vote, sont sorties des phalanges de dirigeantes, expertes et sûres, du milieu féminin, qui se distinguent à présent avec honneur dans les différents secteurs de la vie sociale.
Un mystérieux développement, à l'image du grain de sénevé dont parle l'Evangile.
Où la ressemblance de l'Union avec la graine de l'Evangile se manifeste encore plus clairement, même par des dates et
des chiffres, c'est dans son rapide développement en une grande association, vraiment semblable à l'arbre au feuillage touffu, où les oiseaux du ciel trouvent refuge et repos (Mt 13,32). Les centaines de comités et les nombreux milliers d'adhérentes, à peu près dans toute paroisse italienne, dont parlent vos chroniques dès la première décade, sont déjà par eux-mêmes des témoignages éloquents de la santé de l'organisme et de sa discipline ordonnée. Il est toujours vrai que dans le domaine de l'association, les chiffres élevés peuvent induire en une erreur d'évaluation quant à la force effective, qui résulte davantage de la qualité que de la quantité ; toutefois, d'après ce qui a été dit et en même temps d'après les chiffres présentés à vos congrès, il est permis de conclure en faveur d'une vaste fécon-. dite de votre Union dans le secteur de l'apostolat. Sans aucun doute, les rejets jaillis de ses racines et devenus de robustes plantes autonomes sont plus persuasifs : en premier lieu l'excellente Jeunesse Féminine d'Action Catholique, l'Association des Enfants et, en partie comme greffe, en partie comme bourgeon, la branche féminine de la Fédération Universitaire. Récemment, dans l'immédiat après-guerre, quand votre Patrie se disposait à réorganiser les institutions publiques et privées, l'Union des femmes d'Action Catholique apparut, dans de nombreux cas, comme le vivier le mieux pourvu et le plus sain pour alimenter par ses adhérentes les nombreux mouvements de renaissance religieuse et sociale, que des nécessités nouvelles exigeaient également dans le domaine féminin. Fournir de bons sujets aux associations qui se proposent des buts spécifiques, à condition que cela ne conduise pas, comme vous dites, à une « saignée » de l'Union, non seulement fait honneur à votre association, mais peut-être considéré comme un de ses principaux buts. Les nécessités présentes et les problèmes du monde féminin, si différents par nature et objet, réclament parfois des groupes spécialisés, soigneusement préparés et assidus dans une action spécifique. Du reste l'Union a elle-même compris cette exigence et l'a démontrée en précisant plus nettement ses buts et en s'intéressant à des rapports de collaboration avec ces mouvements, dans un effort uni vers le but commun, qui, dans le passé, fut déjà entièrement et seulement le vôtre : amener le milieu féminin de la Nation à réaliser l'idéal chrétien dans tout secteur important de la vie. Aussi avons-Nous appris avec une vive satisfaction qu'à l'intérieur de l'Union vous vous êtes orientées vers le recrutement par catégorie, en faisant une distinction entre les milieux urbains et ruraux, dont les nécessités différentes imposent des méthodes appropriées de pénétration et de formation ; que, grâce à de bonnes ententes, en dehors ou au sein de l'Action Catholique proprement dite, soit directement soit par des activités spécifiques, vous vous occupez plus diligemment de catégories bien déterminées, telles que celles des parents, des enseignantes, des infirmières, des surveillantes de l'enfance, des jeunes filles vivant hors de leurs familles, des « émondeuses », des érnigrants et des catégories similaires ; que, parmi toutes les activités extérieures, vous préférez celles visant à la défense de la religion contre les attaques de l'athéisme et des sectes non catholiques, à la formation de mères vraiment chrétiennes, à la surveillance de la moralité de la mode, des spectacles, des moyens d'information, de la villégiature, au bon fonctionnement de l'école et de l'oeuvre éducative dans les familles ; que sur le terrain civique et social, vous vous occupez avec un zèle louable de la protection des droits et de l'observation des devoirs de la femme, de sa préparation professionnelle, en accomplissant en même temps une oeuvre de haut civisme et de charité chrétienne.
La formation et la pratique chrétienne des adhérentes, premier but de l'Union.
Comme Nous y avons déjà fait allusion au début de Notre discours, l'histoire et les réalisations présentes de votre Union doivent tendre à vous éclairer et à vous stimuler pour l'avenir que, dès à présent, Nous souhaitons encore plus fécond. De quelle façon pourrez-vous égaler et dépasser le passé ? Ayez avant tout comme solide principe que l'Union des femmes d'Action Catholique est encore nécessaire à l'Eglise et à la patrie, et qu'elle jouit toujours de la confiance du Vicaire du Christ. Les motifs qui incitèrent saint Pie X à l'approuver et à espérer beaucoup en elle, non seulement -subsistent encore aujourd'hui, mais se révèlent sans cesse plus fondés et urgents. Certains secteurs, certaines entreprises, certaines méthodes d'apostolat ne pourraient être confiés à d'autres qu'au coeur particulièrement sensible et toujours maternel de la femme. S'il fallait changer de directions, d'oeuvres, de systèmes, pour adapter l'action aux temps, aucun changement en vue de per-
fection ne peut être apporté au « triangle de vie chrétienne » déjà cité, dans lequel se trouvent circonscrites les finalités suprêmes de l'Union, c'est-à-dire la formation et la pratique chrétiennes des adhérentes, l'apostolat extérieur, l'action civique et sociale. Mais on n'insistera jamais assez sur le premier et principal des trois buts. On pourrait peut-être tolérer que la réalisation des deux autres fût empêchée par des circonstances adverses, particulièrement si l'on considère les conditions personnelles des adhérentes distinctes ; et que les buts proposés par l'Union ne soient pas atteints en raison de causes extérieures ; mais on ne pourrait souffrir un naufrage dans la formation et la pratique chrétiennes des adhérentes. C'est en elles que réside la force intime et irremplaçable de tout organisme religieux ; elles sont les sources d'où jaillissent la charité et le zèle, qui trempent les âmes dans la cohésion et dans la discipline et les rendent éclairées, généreuses et intrépides ; c'est là la force intérieure, qui atterre les adversaires, lesquels, en vain, l'envient et s'efforcent de l'égaler, en créant des mythes tirés des passions humaines. Votre Union, comme aussi les autres associations catholiques d'apostolat, ne craint pas d'autres adversaires davantage que l'aridité spirituelle de ses propres membres.
La grande responsabilité de l'aumônier.
De tout cela on conclut combien est grande la responsabilité de l'aumônier, dont le ministère exercé avec un esprit sacerdotal exemplaire et avec une vie irréprochable, consiste principalement à guider et à stimuler les âmes à la sanctification. Les statuts de l'Union, avec beaucoup de sagesse, lui attribuent une autorité considérable, non seulement parce qu'il doit garantir le titre de « catholique » à votre « action », surtout par la conformité et l'obéissance entières aux enseignements et aux intentions du Siège Apostolique, mais aussi parce qu'il doit leur communiquer le feu de sanctification de l'Esprit divin. Du reste, plus d'une fois, vous l'avez vous-mêmes noté : dans les paroisses, où une de vos Associations peut compter sur un aumônier, parfait dans l'accomplissement de ses devoirs sacerdotaux sacrés et vigilant dans l'application des normes des statuts de l'Union, la ferveur et le rythme de la vie chrétienne et des oeuvres apostoliques sont plus intenses, le niveau de l'instruction religieuse est plus élevé, l'assistance charitable est bien répartie, la défense des principes chrétiens est plus empressée, les familles sont plus saines, le peuple est plus fidèle à l'Eglise. C'est donc votre devoir de prier le Maître de la moisson, afin qu'il vous destine de tels guides et que, les ayant, vous vous laissiez conduire par eux.
Egaler et dépasser le passé ! Tel est l'engagement que Nous proposons à l'Union des femmes d'Action Catholique, au seuil du second cinquantenaire. Le dépasser par la droiture d'intentions, par la multiplicité d'ceuvres, par l'abondance de résultats. La pensée d'un tel dépassement vous effraie peut-être ? C'est vrai : votre humilité chrétienne vous rappelle la faiblesse humaine et indique chez celles qui vous ont précédées dans la sainte émulation de l'apostolat des élévations extraordinaires de dons et de vertus ; peut-être les conditions présentes du monde semblent-elles plus ardues que dans le passé ; peut-être vous sentez-vous comme perdues dans l'océan de nouvelles nécessités à affronter ; peut-être l'imposante organisation des forces du mal vous décourage-t-elle. Tout cela n'est pas une raison valable pour lâcher la charrue et interrompre le sillon, parce que Dieu est avec vous. Vous êtes ses instruments, invitées par Lui à jeter la bonne semence dans le monde ; c'est pour sa gloire que vous vous livrez à vos efforts. Considérez Celle qui vous appartient particulièrement, comme Mère et Reine, la Vierge Marie, et répétez son grand acte de foi et d'humilité : Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum (Lc 1,38), comme le prononcèrent autrefois les premières adhérentes de l'Union. L'intensité de votre confiance en Dieu doit être telle qu'elle mérite l'éloge adressé jadis par le divin Maître à la femme cananéenne : « O Femme, votre foi est grande », suivi de la promesse : « qu'il vous soit fait comme vous le voulez» (Mt 15,28). Dieu offre sa puissance aux créatures qui ont humblement confiance en Lui. Ne craignez donc pas de projeter de nouvelles oeuvres, d'étendre votre rayon d'action, de vous opposer aux menées de l'ennemi apparemment plus fort que vous, de « vouloir » toute entreprise qui aboutisse à la gloire divine, au développement de l'Eglise, au salut de vos âmes et de celles des autres.
Afin que Notre voeu s'accomplisse, Nous invoquons les faveurs célestes pour vous ici présentes et pour les phalanges des adhérentes, disséminées dans la péninsule, et, de grand coeur, Nous donnons à toutes Notre paternelle Bénédiction apostolique.
(2 juillet 1958) 1
Le Souverain Pontife a fait parvenir, daté du 2 juillet et rédigé en français, le message suivant aux fidèles réunis au pied de la Grotte de Massabielle le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, à l'occasion du Centenaire de la dernière apparition de la Vierge Immaculée, à Lourdes :
En la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, les pèlerins de Lourdes, au premier rang desquels Nous aimons saluer les représentants de l'Ordre des Carmes, s'apprêtent à commémorer le centenaire de la dix-huitième et dernière apparition de la Vierge Immaculée à Bernadette. Sur les lieux mêmes, ils évoqueront avec émotion la scène toute simple, qui se déroula sur les bords du Gave. Silencieuse et discrète comme celle du 11 février, cette ultime vision a ravi l'âme de l'enfant par son immatérielle beauté : Jamais, ¦dira-t-elle, je ne l'ai vue si belle !... Depuis cinq mois déjà, les manifestations de piété de la foule et aussi, hélas, les contestations des hommes avaient rendu célèbre la grotte pyrénéenne. Et pourtant, au soir du 16 juillet 1858, les apparitions de Lourdes s'achèvent, presque sans témoins, dans le recueillement et dans l'admiration de la beauté virginale de la Mère de Dieu. Tota pulchra es, o Maria !
Sachez vous aussi faire silence en vos âmes, chers fils, et vous ouvrir à la contemplation des splendeurs divines réalisées . en Marie. Cette exhortation paternelle, que Nous vous adressons en ce jour anniversaire, ne rejoint-eUe pas d'ailleurs la leçon spirituelle de l'antique et vénérable tradition du Carmel, qui vit fleurir au long des âges d'admirables vocations contemplatives ? En ce siècle agité de tant de passions et fasciné par tant de vains mirages, élevez vers Dieu vos regards : ils n'en seront que plus clairvoyants et sereins pour juger des choses de la terre. Et tandis qu'une dure servitude opprime l'esprit de millions d'hommes, arrache de leur cceur connaissance et amour de Dieu et les courbe au service des seules ambitions terrestres, recueillez avec foi l'ultime enseignement de ces apparitions mariales, celui de la prière silencieuse d'une âme docile à la grâce et illuminée par les clartés de l'au-delà.
Priez davantage, chers fils, car les besoins spirituels du monde sont grands ; et combattez, en vous comme autour de vous, les entreprises de l'ennemi du bien. Priez davantage, car les labeurs apostoliques de l'Eglise sont immenses ; et consentez pour elle les sacrifices proportionnés à l'ampleur des tâches. Qu'en cet effort de prière et d'action, auquel Nous vous convions, Notre-Dame de Lourdes vous soit propice !
Sans doute, au rocher de Massabielle, l'Immaculée ne se montre-t-elle plus depuis son dernier adieu à Bernadette. Mais l'eau de la fontaine continue de couler, symbole des grâces innombrables répandues sur cette terre privilégiée. Vers la Mère de Dieu monte l'espérance des foules accourues à la grotte et qui empruntent, pour ainsi dire, aux invocations liturgiques de ce 16 juillet leur prière filiale et confiante : « O Vierge Mère, souvenez-vous de nous auprès de Dieu ; parlez-lui pour notre bien, et détournez de nous sa colère... Très noble Reine du Monde, ô Marie toujours Vierge, obtenez-nous la paix et le salut... » 2.
2 Antienne de l'offertoire et de la communion de la Messe de Notre-Dame du Mont-Carmel.
Mêlez vos voix, chers fils, pèlerins de l'année jubilaire, à cette supplication collective, qui ne cesse depuis un siècle. Méditez à nouveau la grande leçon des apparitions de Lourdes, au moment où vous achevez d'en parcourir le cycle ; écoutez l'appel de votre Mère ; suivez ses conseils ; proclamez ses bienfaits. Nous invoquons sur vous tous la grâce d'une piété mariale toujours plus éclairée et plus généreuse, et vous en accordons pour gage Notre paternelle Bénédiction apostolique.
(3 juillet ±958) 1
Recevant en audience une cinquantaine de participants aux cours des Ecoles d'été de l'Académie américaine à Rome, le Souverain Pontife prononça un bref discours en anglais, dont voici la traduction :
De nouveau, Nous souhaitons la bienvenue à un groupe d'enseignants, en quête de vérité dans l'histoire, les lettres et l'art. Et la vérité est une beauté, n'est-oe pas, qui reflète, en réalité, la beauté du Dieu de toute perfection. Vos recherches vous ont conduits à Rome, cela se comprend fort bien. Les siècles, les millénaires n'ont-ils pas laissé l'atmosphère même de cette cité éternelle empreinte de souvenirs de puissance, de magnificence et d'universalité impériale ? Romanae spatium est urbis et orbis idem, dit le poète romain 2 (l'espace de Rome et le monde sont une seule et même chose). Les pierres de ses monuments, de ses rues et de ses places parlent de conquête mondiale, lorsque la gloire de la Grèce devint la gloire de Rome3. Il semblait que la splendeur de l'empire romain fût destinée à durer un millier d'années. Or, ces fragments de marbre et de bronze et les pages des manuscrits inestimables d'une littérature qui ne meurt pas racontent seulement l'histoire de temps ensevelis dans le profond passé et d'une force depuis longtemps éteinte. C'est là la loi universelle qui régit tout ce qui n'est qu'humain et terrestre.
1 D'après le texte anglais de Discorsi e radiomessaggi, XX ; traduction française de VOsservatore Romano, du 18 juillet 1958.
2 Ovili. Fast., 1, 2, v. 684.
3 Horat. Epist. 1, 2, 1, v. 156-157.
Mais il est une autre Rome que, Nous en sommes sûr, vous avez découverte — une Rome établie par l'humble pêcheur venu
du lac de Galilée sur les fondements d'une foi donnée par Dieu, et qui au cours des longs siècles non seulement a subsisté, mais est devenue plus forte et étend sa loi de plus en plus loin, en élevant la culture de nations et de peuples au-dessus de la portée d'un esprit païen -et en guidant les hommes le long du chemin à la paix et à l'amour fraternel.
Vous êtes venus au centre de cette Rome, près de la tombe de cet humble pêcheur, et Nous sommes heureux d'avoir pu accueillir votre demande d'être reçus par Nous. Puissiez-vous rapporter de vos études à Rome un souvenir constant qui ravive et élève votre esprit pendant de nombreuses années.
(4 juillet 1958)1
Le dimanche 24 août, de grandes fêtes se sont déroulées à Nurcie, pour la réouverture de la crypte et de la maison natale que la tradition attache à la mémoire de saint Benoît. A cette occasion, le Souverain Pontife composa un bref message en italien, dont voici la traduction :
Avec Nos fils très chers de la ville de Nurcie, qui exulte aujourd'hui en voyant vengés de l'injure du temps les lieux qu'une antique tradition a liés à la mémoire de la naissance et de la première éducation de saint Benoît, Nous sommes paternellement présent aux imposantes cérémonies qui ont rassemblé des quatre coins d'Italie et d'Europe les plus hautes autorités ecclésiastiques et civiles, et de nombreux représentants des différentes classes sociales. A ceux qui sont venus pour rendre au Saint le tribut commun de leurs hommages, il Nous est agréable de présenter la douce figure du grand Patriarche, du Père de l'Europe chrétienne.
En faisant Nôtres les voeux de tous ceux qui, présents ou absents, prennent part à ces solennelles manifestations, Nous demandons au Seigneur, par l'intercession de saint Benoît, que la grâce divine, qui l'a guidé lui-même dans la prière et dans l'action pour la restauration de la paix et de l'unité en Europe, assiste aujourd'hui encore tous ceux sur qui pèsent de graves responsabilités, afin qu'ils puissent à leur tour voir heureusement aboutir leurs efforts communs en vue d'unir les peuples d'Europe par les liens d'une véritable fraternité.
368
Pour confirmer Nos voeux et Nos prières, Nous accordons de tout cceur au Pasteur du diocèse, aux membres du Comité d'organisation, aux autorités religieuses et civiles de la ville et du pays, d'Italie et d'Europe, le réconfort de la Bénédiction apostolique.
(5 juillet 1958) 1
Voici les mroles de bienvenue que le Saint-Père adressa à l'impor-« • j„ Madagascar, qu'il recevait en audience speciale le
^ifSt^'^le R-p-Britschu'de la Con^a-
5 juillet. le p ^ R p gmeiserSi S.J., comprenait des prêtres,
tion du baint-Lspr • , de i>Action Catholique et d'autres asso-
C t une grande joie pour Notre coeur de Père d'accueillir aujourd'hui une représentation de l'Eglise de Madagascar De-' l'Année Sainte, Rome n'avait pas reçu de la Grande Ile un teT nombre de prêtres et de fidèles Nous sommes heureux spé-1 nt de saluer nos chers fils les membres du cierge, hon-cia erne^ ^ cnretienté malgache, dont le zèle nous est connu. Ils "^TcT"! dans leurs diocèses un rôle important et Nous Nous ré-°n • 6]as de voir leur nombre et leur compétence augmenter jouisson ^ ann^e Nous savons en effet que de nombreuses votons solidement éprouvées dans les petits et les grands semines préparent aux Evêques de précieux auxiliaires.
Ces espérances dilatent le coeur de tous et invitent à remer-. j Seigneur, qui bénit de façon visible votre cher pays. En 01 rticulier les liens d'affection filiale, que prêtres et fidèles ici présents auront resserrés aujourd'hui avec le Vicaire de Jésus-Christ contribueront à un nouvel essor de la vie chrétienne et , . 'conquête apostolique. Emportez de Rome, chers fils, une ( ¦ 1 ardente et la volonté de la manifester noblement par
toi p us Que votre lumière brille aux yeux des hom-
1 D'après le texte français de l'Osservatore Romano, 25 juillet 1958.
toute votre vie •
mes, pour qu'ils voient vos bonnes oeuvres et rendent gloire à votre Père, qui est dans les cieux » (Mt 5,16). Nous le demandons instamment au divin Maître, tandis que Nous vous accordons de grand coeur, pour vous-mêmes, pour vos familles, vos oeuvres, vos paroisses, vos diocèses, une large Bénédiction apostolique.
(7 juillet 1958) 1
Par l'entremise de la Nonciature apostolique à Beyrouth, le Souverain Pontife a fait parvenir au peuple libanais un message de sympathie, au milieu des heures graves que traversa cette nation.
Voici la traduction française du document original, rédigé en italien :
Les graves et tristes événements qui, depuis quelque temps, troublent la noble nation libanaise, angoissent profondément le Saint-Père, qui, en ces heures particulièrement difficiles, ne peut que se sentir proche de ses fils, qui s'adressent à lui avec confiance et dont il partage les anxiétés et douleurs.
Sa Sainteté veut avoir confiance qu'une fois éliminés les motifs de discorde et 'de division des esprits, la tranquillité désirée reviendra rapidement au Liban.
Avec le vif désir que ces voeux s'accomplissent, le Souverain Pontife souhaite que toutes les personnes de bonne volonté veuillent concourir au rétablissement d'une paix qui s'appuie sur des sentiments de fraternité et de concorde, s'édifie solidement dans l'amour et dans la charité et dont l'ordre et la justice sont l'expression authentique.
1 D'après le texte italien de VOsservatore Romano, éd. quot., du 7 juillet 1958 ; traduction française de l'Osseruafore Romano, éd. hebd., du 18 juillet 1958. La date indiquée est celle de VOsseroatore Romano.
C'est dans cette intention que Sa Sainteté adresse des prières au Très-Haut, en invoquant pour le peuple libanais le précieux don de l'union des esprits, garantie de prospérité pour l'avenir.
Pie XII 1958 - SEMAINE SOCIALE D'ESPAGNE