Audiences 1968
1968
1 27 décembre 1967 : DROITS ET DEVOIRS DU PEUPLE DE DIEU DANS L'ENSEIGNEMENT DU CONCILE
3 janvier 1968 : EXIGENCES DE L'APOSTOLAT DU « LAÏCAT QUALIFIE »
10 janvier 1968 : SENS ET VALEUR DU « TEMOIGNAGE »
17 janvier 1968 : FRATERNITE CHRETIENNE ET SOLIDARITE HUMAINE DANS L'EPREUVE
24 janvier 1968 : LA RENCONTRE OECUMENIQUE SE FERA DANS ET PAR LA CHARITE
31 janvier 1968 : L'AME DE TOUT APOSTOLAT
7 février 1968 : L'APOSTOLAT COLLECTIF : MEILLEURE FORME DU TEMOIGNAGE
14 février 1968 : ACTION CATHOLIQUE ET HIERARCHIE
28 février 1968 : CAREME ET RENOVATION SPIRITUELLE
13 mars 1968 : LE VRAI VISAGE DE L'EGLISE
19 mars 1968 : BIENFAITS DE LA FOI ET DEVOIRS QU'ELLE IMPOSE
2 27 mars 1968 : ANNIVERSAIRE DE « POPULORUM PROGRESSIO »
3 avril 1968 : LE TEMOIGNAGE DE PIERRE GARANTIE DE LA FOI
10 avril 1968 : MEDITATION SUR LA LITURGIE DE LA SEMAINE SAINTE
17 avril 1968 : ALLELUIA DE PAQUES : LE CHRIST NOTRE JOIE
25 avril 1968 : AGGIORNAMENTO ET CHANGEMENT ARBITRAIRE
1° mai 1968 : CONCEPTION CHRETIENNE DU TRAVAIL
8 mai 1968 : PAUL VI ANNONCE SON VOYAGE EN COLOMBIE
15 mai 1968 : COLLABORATION DE TOUT CHRETIEN A LA MISSION DE L'EGLISE
22 mai 1968 : FORMES DE L'APOSTOLAT EXTERIEUR DE L'EGLISE
29 mai 1968 : DOCTRINE MARIALE DU CONCILE
5 juin 1968 : UTILITE DE LA FOI DANS LE MONDE MODERNE
3 12 juin 1968 : CROIRE EN DIEU
19 juin 1968 : POUR UNE FOI VIVANTE
26 juin 1968 : IDENTIFICATION DES RELIQUES DE SAINT PIERRE
3 juillet 1968 : L'UNITE ENTRE LA FOI ET LA VIE
10 juillet 1968 : RELIGION VERTICALE ET RELIGION HORIZONTALE
17 juillet 1968 : HUMANISME VERITABLE ET NOUVEAU CONFORMISME
24 juillet 1968 : ABNEGATION ET PENITENCE : VOIE OBLIGEE POUR L'HOMME EN RECHERCHE DE PERFECTION
31 juillet 1968 : RESPONSABILITE, CHARITE, ESPERANCE : LES TROIS SENTIMENTS QUI ONT INSPIRE LE PAPE DANS LA PREPARATION D' « HUMANAE VITAE »
7 août 1968 : LA REFORME INTERIEURE BASE DE TOUTE PERFECTION
14 août 1968 : CARACTERE SPECIFIQUE DU CHRETIEN
22 août 1968 : L'EUCHARISTIE : SYNTHESE DOCTRINALE ET EXISTENTIELLE DE NOTRE RELIGION
4 28 août 1968 : IMAGES ET LEÇONS D'UN VOYAGE
4 septembre 1968 : L'HUMANISME CHRETIEN
11 septembre 1968 : MOUVEMENTS CHARISMATIQUES ET APOSTOLAT ORGANISE
18 septembre 1968 : LE DEVOIR DE L'HEURE : AIMER L'EGLISE
25 septembre 1968 : LES JEUNES
2 octobre 1968 : L'ESPRIT DE PAUVRETE ET SA PRATIQUE DANS LE CONTEXTE TECHNIQUE DE LA SOCIETE CONTEMPORAINE
9 octobre 1968 : L'AUTORITE DANS L'EGLISE EST SERVICE
16 octobre 1968 : A L'HEURE DE LA CONTESTATION ACTUALITE DU DEVOIR D'OBEISSANCE
23 octobre 1968 : POUR UN ELAN MISSIONNAIRE TOUJOURS PLUS UNIVERSEL, CONFIANT ET DYNAMIQUE
30 octobre 1968 : UNE FOI AUTHENTIQUE ET INTEGRALE
6 novembre 1968 : LES MALHEURS ET LES SOUFFRANCES DE TOUS SONT LES MALHEURS ET LES SOUFFRANCES DE L'EGLISE
5 13 novembre 1968 : DEVANT LES NOUVELLES EXPRESSIONS DE L'ATHEISME NOTRE FOI DOIT SE FORTIFIER DANS UNE RECHERCHE PERMANENTE
20 novembre 1968 : DEVOIR DE LA RECHERCHE PERMANENTE DE DIEU
27 novembre 1968 : CONNAISSANCE DE DIEU ET RAISON
4 décembre 1968 : LA PRESENTATION DE LA DOCTRINE AU MONDE MODERNE NE DOIT NI ALTERER SON INTEGRITE NI FAUSSER LA RIGUEUR DES TERMES
11 décembre 1968 : FOI ET CONNAISSANCE DE DIEU
18 décembre 1968 : DIEU REVELE AU MONDE PAR LE CHRIST SON FILS
Dans l'allocution qu'il prononça sur la Place Saint-Pierre, au cours de la cérémonie de son Couronnement, le 30 Juin 1963, Paul VI, indiquant les deux objectifs essentiels de son Pontificat, déclarait qu'il se consacrerait au maintien de la Foi et à la mise en oeuvre des décisions du Concile.
Depuis lors, ces deux thèmes ont marqué son enseignement et son action. Entreprise délicate que de tenir la main au respect des fondements évangéliques intangibles de la doctrine et, en même temps, de donner l'élan novateur qui doit permettre l'adaptation aux temps modernes de tout ce qui peut être adapté.
Tel est le double souci que le lecteur pourra retrouver dans les pages que nous lui présentons et qui constituent le recueil des allocutions prononcées par Paul VI, durant l'année 1968, à l'occasion des audiences publiques qu'il accorde chaque mercredi à la Basilique Saint-Pierre ou à Castel Gandolfo, pendant sa brève période de vacances.
Certains regretteront, peut-être, que ces textes soient donnés sans commentaire, avec à peine, ça et là, quelques notes explicatives pour situer le moment ou l'occasion du discours.
L'ouvrage gagnera certainement en vérité et en clarté, ce qu'il pourra perdre en variété.
6 Car l'essentiel, pour nous, a été d'offrir au lecteur, dans son intégralité, l'enseignement hebdomadaire dont le Saint-Père a fait une de ses activités pastorales de prédilection. Certes cet enseignement a déjà été souvent transmis par la presse, la radio ou la télévision, en ses passages principaux. Pourquoi ne pas dire que, quelquefois, le message s'est trouvé déformé, soit par des citations incomplètes, soit par des interprétations abusives, parce que détachées d'un ensemble qui, seul, donne sa vraie valeur doctrinale à chacun des thèmes traités.
Aux lecteurs de 1968 qui réclament une information authentique et totale, permettant à chacun de former son jugement hors des pressions ou des sollicitations intéressées, nous présentons l'enseignement de Paul VI.
Au fil des pages, on pourra découvrir la vraie personnalité du Pape, ferme mais compréhensif, résolu mais patient, rigoureux dans la sauvegarde de la doctrine mais respectueux de l'homme, gardien d'un patrimoine spirituel sacré mais ouvert à toutes les perspectives heureuses, passionné, enfin, de justice, de paix et d'amour, tous sentiments qu'il puise dans l'Evangile, source de sa foi et de sa force, inspirateur de son action et dont il porte l'ardent témoignage, jour après jour.
Notre but sera atteint si, à travers cet ouvrage, la pensée de Paul VI est mieux connue et mieux comprise, et si, à travers sa pensée, la voie du Seigneur qu'elle prépare et jalonne est davantage suivie.
27 décembre 1967
Si nous avons inclus dans ce volume, l'allocution prononcée par le Saint-Père le mercredi 27 décembre, c'est parce qu'elle constitue, en quelque sorte, la préface à une série d'autres discours sur le même thème. De plus, dans ce texte, Paul VI indique la place et l'importance qu'il entend assigner, dans son ministère pastoral, à ces audiences publiques du mercredi.
Chers Fils et Chères Filles,
Vous savez tous que c'est avec un grand plaisir que Nous vous accueillons, que Nous vous saluons et vous bénissons tous. Ces audiences générales, que le Seigneur Nous permet de reprendre, occupent une part toujours plus importante, et presque prépondérante, dans Notre ministère apostolique. Autrefois, aspects occasionnels et complémentaires de l'activité du Pape, elles sont devenues, maintenant, habituelles et constituent une partie essentielle de son service, au centre de l'Eglise de Dieu. Les contacts avec les fidèles du monde entier se font plus fréquents et plus impératifs. Notre travail s'en trouve accru, mais son rayonnement et, s'il plaît à Dieu, sa fécondité augmentent aussi. Nous considérons comme une bénédiction le développement de ces rapports directs avec le peuple de Dieu et Nous Nous proposons d'y répondre avec toute l'intensité de Notre ardeur pastorale. C'est pourquoi, chers visiteurs, Nous vous accueillons et Nous vous saluons avec joie et de tout coeur, en vous assurant de Notre reconnaissance paternelle pour cette visite, désireux enfin que cette brève mais significative rencontre vous laisse satisfaits et vous donne matière à réflexion.
Le Peuple de Dieu et le laïcat dans l'enseignement du Concile
Nous devons encore vous déclarer que la visite de tant de fils si chers suscite en Nous des réflexions sur les aspects nouveaux que le Concile a voulu étudier et mettre en lumière dans ses exposés sur le Peuple de Dieu, dont nous faisons tous partie, nous qui sommes d'Eglise (cf. Lumen Gentium, LG 32) ; dans ses exposés sur le laïcat aussi, pour illustrer les prérogatives qui doivent lui être reconnues et qui peuvent se ramener à deux points dans lesquels se trouve résumée toute la « théologie du laïcat » : la place des laïcs dans l'Eglise de Dieu, l'activité ecclésiale et apostolique à laquelle ils sont appelés, aujourd'hui spécialement.
Vous le savez sans doute, ces prérogatives ont eu une très large résonance dans les documents conciliaires et Nous ne pouvons pas les oublier, lorsque, comme aujourd'hui, Nous est donné le privilège de Nous entretenir brièvement avec des fils fidèles qui se pressent autour de Nous.
7 Alors Nous revient en mémoire tout ce que le Concile a dit sur la dignité des chrétiens, sur les dons que le Saint Esprit fait descendre sur eux, sur leur vocation à la perfection ; il Nous semble alors que l'audience se pare d'une lumière surnaturelle et s'imprègne de ferveur spirituelle. Ici, Nous devons vous confier ce que Nous pensons de vous, dans la joie, l'admiration et en remerciant le Seigneur : Nous voyons en chacun de vous un fils de Dieu, un frère du Christ, un être en qui habite l'Esprit-Saint, un être qui est appelé à la sainteté et au salut; nous retrouvons dans cette assemblée une image de l'Eglise, de l'unité et de la charité qui fonde en un unique Corps Mystique du Christ, tous ceux qui peuvent à bon droit s'honorer de porter le nom de chrétien.
Ainsi, dans cette audience, ce n'est plus Nous qui Nous présentons à vous, mais c'est vous qui Nous donnez à méditer sur la fraternité et la paternité qui Nous unissent à vous et que vous rendez présentes à Notre esprit en venant Nous rendre visite.
Chacun a un rôle à jouer dans l'Eglise
Parmi toutes les pensées que votre présence évoque en Nous, il en est une qui prévaut: celle de votre rôle dans l'Eglise de Dieu. Dans les audiences passées, le thème le plus fréquent était celui de la dévotion au Pape, motif principal de la visite qui Lui était faite et de la réponse qu'il donnait à cet acte filial. Maintenant, un autre thème s'ajoute au premier : celui du rôle, c'est-à-dire de l'activité, de la mission, du service que Nos visiteurs exercent dans la communauté ecclésiale. C'est là une constatation évidente lorsque Nous Nous trouvons devant ceux qui, par leur habit et leur profession, manifestent avec évidence leur rôle dans l'Eglise : Nous voulons parler spécialement de vous, prêtres et religieux, qui vous présentez déjà comme membres actifs dans l'Eglise. Mais cela vaut aussi, après le Concile, pour tous les visiteurs, auxquels nous posons secrètement cette question : « Que faites-vous dans l'Eglise et pour l'Eglise ? Que faites-vous pour la mission de l'Eglise, pour le règne de Dieu, pour votre salut et celui de vos frères dans la société où vous vous trouvez ? Etes-vous actifs ? Etes-vous apôtres ?
Il nous faut, en effet, rappeler le grand principe réaffirmé par le Concile et déjà énoncé par Notre grand prédécesseur Pie XI : « La vocation chrétienne est par nature également vocation à l'apostolat » (Apost. Actuos., n. 2). « Dans le Corps du Christ qui est l'Eglise, poursuit le Concile, tout le corps opère sa croissance selon le rôle de chaque partie » (cf. Ep Ep 4,16).
C'est là un grand principe dont l'application devrait assurer le renouveau et l'expansion de l'Eglise. Très belle vérité mais redoutable, spécialement pour vous, laïcs, qui avez l'honneur de voir réaffirmer à votre égard ce principe constitutionnel de l'Eglise : personne n'est inutile, personne ne peut rester passif, inerte et insensible dans la vie de l'Eglise ; tous et chacun doivent faire quelque chose pour elle, dans la double perspective qui a présidé à son institution: le salut des âmes (outre la gloire de Dieu qui est son tout premier but) et le bien, temporel également, de la société, toujours selon les principes chrétiens.
Un droit mais un devoir
Il s'agit, en même temps, d'un droit et d'un devoir : tout laïc catholique, tout fils fidèle de l'Eglise peut et doit être un élément actif dans l'Eglise. Réfléchissez-y bien. Ce principe de l'apostolat des laïcs, de tous les laïcs fidèles à l'Eglise, peut avoir d'importantes conséquences dans chaque âme, dans les communautés paroissiales, dans la société, dans le monde. Chez beaucoup de gens, même parmi ceux « qui vont à l'Eglise », reste ancrée cette mentalité qu'ils n'ont aucune espèce de responsabilité envers cette Eglise dont ils se réclament. « Cela ne me regarde pas », disent beaucoup ; je ne veux pas d'ennuis ni d'obligations ; je veux rester libre de mes actes et garder mes idées. Souhaitons qu'il n'en soit pas ainsi.
Fils très chers, gardez comme souvenir de cette audience la requête que vous présente le Pape, avec, en main, les documents du Concile : Aimez l'Eglise, soyez avec elle, faites quelque chose pour elle, soyez des chrétiens authentiques, heureux et fiers d'être associés, par l'Eglise, à la mission de salut du Christ dans le monde.
Que Notre Bénédiction rende ces pensées fécondes en vous.
3 janvier 1968
8 Le 3 janvier, dans la Salle des Bénédictions, le Saint-Père recevait les délégués de l'Action Catholique Universitaire Italienne, réunis pour leur 30e Congrès National. Ce congrès avait pris pour thème de ses travaux « le sens chrétien de la paix », et c'est à ce thème que Paul VI fait allusion dans la première partie de son discours. Il enchaîne ensuite sur le problème du laïcat dans l'Eglise, déjà amorcé la semaine précédente.
Chers Fils et Chères Filles,
Cette audience générale est spécialement marquée par la présence des « Universitaires Catholiques » qui tiennent actuellement leur XXX° Congrès National. Nous sommes heureux d'accueillir un groupe, remarquable par le nombre et la qualité, représentant d'un mouvement qui Nous est très cher. Nous en avons suivi le développement depuis les origines ; Nous avons observé son activité persévérante et cohérente avec une cordiale sympathie, mêlée d'admiration, en considérant notamment la fidélité aux principes qui le définissent et la cohésion singulière de ses membres, ceci en dépit de sa composition naturellement changeante ; enfin Nous avons apprécié son ouverture toujours attentive aux questions essentielles de la culture, dans le flot rapide et parfois tourbillonnant de la pensée moderne.
Nous saluons tous les dirigeants et tous les membres du mouvement, en particulier son président, M. le Professeur Gabrio Lombardi, l'aumônier, Mgr Emile Guano, et son adjoint, Mgr Clément Ciattaglia, ainsi que tous ceux qui partagent avec eux la responsabilité du Mouvement.
Nous aurions plaisir à intervenir dans les exposés et les discussions qui se déroulent au sein de votre congrès, car Nous avons déjà, ces jours-ci, traité du thème qui vous occupe : « Le sens chrétien de la paix ». Mais Nous préférons laisser la parole aux maîtres que vous avez choisis, la Nôtre vous étant déjà connue. Nous Nous réservons de faire Notre profit de vos réflexions dont Nous prévoyons qu'elles seront utiles et sages : Nous en voulons pour preuve autant les éléments de votre programme que le nom des orateurs qui seront amenés à les traiter. Pour toutes ces raisons, Nous vous disons Notre satisfaction et Notre reconnaissance.
Le laïcat mis en valeur par le Concile
Mais votre visite fait surgir en Nous un autre ordre de pensées, entièrement différent, qui ne vous est pas d'ailleurs étranger, et dont l'examen ne sera ni difficile, ni inutile, pour tous ceux qui sont présents, ici. Notre propos n'a aucun caractère de nouveauté ; il n'est pas davantage de circonstance, mais demeure très important. Le récent Concile et le Congrès pour l'Apostolat des Laïcs, plus récent encore, lui confèrent une grande actualité.
Nous vous dirons simplement que l'activité du laïcat qualifié au sein de l'Eglise — et qui est profitable aussi bien à l'Eglise qu'à la société temporelle — Nous intéresse profondément. Nous sommes persuadés qu'il est du devoir de Notre ministère apostolique d'y réfléchir et d'en parler souvent.
Si l'Eglise, dans les discussions et les documents conciliaires, a tellement parlé de la définition et de la fonction du laïcat dans le peuple de Dieu, c'est-à-dire dans l'Eglise, cela signifie que nous sommes tous appelés à porter une attention particulière à ce problème. Dans son enseignement sur les laïcs, l'Eglise du Concile n'a pas seulement exposé une doctrine qui mérite d'être mieux mise en relief, elle n'a pas seulement fait la synthèse des idées et des faits relatifs au laïcat qui, depuis un siècle, ont intéressé la vie de l'Eglise, en leur donnant des conclusions positives et autorisées, mais elle a montré qu'elle mettait sa confiance précisément dans l'apostolat des « fidèles laïcs », pour le renouvellement de la conscience et pour l'efficacité de sa mission en notre temps ; et elle déclare explicitement: « Les circonstances actuelles réclament d'eux un apostolat toujours plus intense et plus étendu » (Ap. Act. n. 1). Chacun connaît bien cette exigence aujourd'hui, mais elle n'est pas encore suffisamment entrée dans les convictions pratiques de nombreux chrétiens.
Il Nous plaît cependant de rappeler que ce principe, que ce canon de la vie moderne de l'Eglise, était déjà une chose acquise — en Italie comme dans d'autres pays — en quelque sorte un programme qu'il s'agissait non de discuter, mais d'appliquer. Et Nous pouvons dire, chers Universitaires catholiques, que ce fut votre mérite, comme celui d'autres mouvements et organisations catholiques, d'avoir été des précurseurs ; avant la lettre, vous avez réalisé un voeu du Concile. Cette heureuse coïncidence entre votre modeste mais sincère formule de présence et d'action dans la communauté ecclésiale d'une part, et la formule très vaste, mais substantiellement identique, proposée par le Concile d'autre part, doit vous inciter non à la vanité, mais à une détermination ferme et renouvelée de poursuivre votre travail avec humilité et ténacité, selon ses diverses manifestations et dans toutes ses exigences : exigence d'intériorité et de sérieux dans votre profession de foi ; exigence de passion pour l'étude, la recherche scientifique, la mise à jour progressive de votre culture, la rigueur intellectuelle et morale de votre profession — passion qui ne s'éteint pas en obtenant un diplôme, mais reste toujours vivante ; exigence de témoignage et de diffusion de la pensée catholique : être capables d'attirer aux conceptions chrétiennes de la vie les collègues avec qui vous exercez vos activités profanes et les milieux dans lesquels vous placent ces activités.
Témoigner suivant son génie propre
9 Ce sont là des idées qui nous sont habituelles, spécialement à vous qui les méditez souvent et les mettez résolument en pratique. De toutes les pensées qui Nous viennent à l'esprit, à ce propos, Nous n'en retiendrons qu'une, à Notre avis importante, pour votre apostolat ; elle a également sa source dans l'enseignement du Concile et peut s'appliquer, sous des formes semblables, à d'autres domaines de la vie catholique. Voici cette idée : vous vous trouvez dans les meilleures conditions pour exercer l'apostolat sous ses deux formes fondamentales, la forme individuelle et la forme collective. Chacun de vous peut — et en un certain sens doit — être imprégné du désir de répandre la conception chrétienne de la vie, comme Nous le disions tout à l'heure, par l'exemple, les conseils, l'action. Chacun a sa façon personnelle et originale de professer sa foi et sa conception du monde. Chacun peut être apôtre selon son génie et ses possibilités et il l'est effectivement s'il possède cette volonté consciente et active de répandre la conception chrétienne de la vie, caractéristique de l'apostolat.
Et puis, ensemble, collectivement, vous pouvez agir — et vous agissez — d'abord par la résonance que votre union ne peut manquer d'avoir sur l'opinion publique, et en cultivant cette forme élémentaire mais très féconde de richesse spirituelle qu'est l'amitié. Soyez unis, soyez amis entre vous, et déjà vous serez apôtres. Soyez vraiment amis dans la foi, dans la pensée et dans l'action, mais fidèles, à l'école d'Igino Righetti et de tous ceux qui, comme lui, nous ont réconfortés, réjouis et portés au bien par leur amitié.
Tel est le voeu que Nous vous adressons, amis et fils très chers, et Nous l'affermissons par Notre Bénédiction Apostolique.
10 janvier 1968
Chers Fils et Chères Filles,
Nous voudrions donner à cette audience générale un contenu doctrinal qui, même s'il est familier et modeste, soit digne d'être retenu et médité ; dans cette brève exhortation Nous voudrions développer une pensée qui se présente à Notre esprit, celle de la promotion donnée par le Concile à chaque membre de l'Eglise, à chaque fidèle. De cette promotion découlent la dignité et la mission du chrétien en tant que tel, et donc également du simple laïc. Cette admirable doctrine mérite d'être comprise et méditée, car elle conduit à la source du mystère de l'Eglise, fait réfléchir sur la nature et la vocation du peuple de Dieu; elle doit alimenter la conscience profonde de tout fidèle et peut donner également au laïc, c'est-à-dire au simple chrétien qui n'a pas de pouvoir dans l'Eglise et n'est pas dans l'état religieux, un sens vivant de sa plénitude spirituelle et de ses tâches apostoliques à l'égard de la communauté ecclésiale (cf. Premier Synode de Rome n. 208 et s., Lumen Gentium chap. IV).
Nous voudrions que ces enseignements vous deviennent familiers à chacun. Tout fidèle — et Nous disons maintenant tout laïc — devrait prendre conscience de ce qui le définit, dans la perspective du plan divin de salut et dans le rôle qu'il y doit jouer (cf. Rahner, XX° siècle, p. 125 et s.). Qu'il Nous suffise, dans cet entretien familier, d'attirer votre attention sur un mot très employé, de nos jours, dans le vocabulaire spirituel : le mot « témoignage ». C'est un mot très beau, très riche de sens, apparenté au mot plus grave et plus spécifique d'« apostolat », dont le témoignage semble être une forme subalterne mais très étendue, allant de la simple profession chrétienne, silencieuse et passive, à ce sommet suprême que constitue le martyre, lequel signifie précisément témoignage. Ce qui nous indique déjà que le mot témoignage, si usité aujourd'hui, renferme et exprime de nombreux aspects de l'esprit chrétien. Nous ferons de quelques aspects de ce mot le sujet de notre discours, pour qu'ils soient aussi le sujet de vos réflexions à venir.
Un préalable au témoignage : la conviction personnelle
Que signifie le mot « témoignage » ? Les juristes nous disent : c'est la déclaration par laquelle on atteste qu'une chose est vraie. Dans ce sens, nous pouvons dire que toute notre science (à l'exception de ce que nous avons vérifié par nous-mêmes) repose sur le témoignage des autres. Il en est ainsi pour la science et l'histoire. Dans le sens qui nous intéresse actuellement, le témoignage est la transmission du message chrétien. Cette transmission s'opère par exemple par la parole, par les actes, par la vie réelle, par le sacrifice accompli en hommage à la vérité considérée comme une valeur que nous possédons, comme une valeur plus précieuse que notre bien-être, plus précieuse parfois que notre vie. C’est une vérité que nous professons avec l'intention de la communiquer aux autres. Cela suppose trois éléments fondamentaux : d'abord une conviction personnelle, laquelle, à son tour requiert une conscience formée et convaincue.
Quel témoignage, en effet, peut donner celui qui ne connaît pas suffisamment le Christ, ou celui qui ne vit pas de sa parole et de sa grâce ? Le témoignage n'est pas une simple affirmation extérieure et conventionnelle ; il n'est pas une routine ; il est une voix qui vient de la conscience, un fruit de la vie intérieure. Sous sa forme la meilleure (promise au disciple fidèle), il est le don d'une inspiration limpide et exigeante, surgie du fond de l'âme (cf. Mt Mt 10,19). Le témoignage est un acte de maturité et de courage, auquel le chrétien devrait être toujours préparé, comme nous l'enseigne saint Pierre : vous devez être « toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous » (1P 3,15).
Dieu veut que les hommes soient ses témoins
10 Le deuxième point fondamental, dans le témoignage du chrétien, est le rôle qu'il joue dans l'économie religieuse chrétienne. Cette économie, c'est-à-dire ce dessein, ce plan qui régit tout le système de nos rapports avec Dieu et avec le Christ, se fonde sur le témoignage. Il s'agit d'un témoignage en chaîne, comme Nous l'avons dit, dans une autre circonstance (cf. Message pour la journée missionnaire) : le Christ est le premier, le grand témoin de Dieu, le Verbe de Dieu, le maître qui demande que l'on ait foi en sa personne, en sa parole, en sa mission. Puis viennent les apôtres, ces témoins qui ont vu et entendu ; rappelez-vous cette parole incisive de saint Jean l'Evangéliste : « Nous avons vu et nous en rendons témoignage » (cf. 1Jn 1,2). Et saint Augustin fait ce commentaire ; « Dieu a voulu avoir les hommes pour témoins » (In Parthos, P.L. XXXV, 1979). C'est ce qu'avait dit Jésus, en prenant congé de ses apôtres : « Vous serez mes témoins » (Ac 1,8).
On pourrait multiplier les citations. Toutes aboutissent à la même conclusion : mettre en évidence que notre rapport avec le fait chrétien, avec la vérité révélée, découle de l'adhésion à un témoignage, lequel parvient à nos âmes en même temps qu'un autre témoignage, invisible celui-là, qui ne trouve pas vraiment son expression dans les mots, mais qui n'est pas sans rapports avec ces formes préconstituées que sont les sacrements : il s'agit du témoignage des l'Esprit Saint qui « atteste notre esprit » (Rm 8,16), comme nous dit saint Paul.
Le témoignage, source de foi
Et le troisième enseignement que Nous retiendrons enfin est le but du témoignage. Quelle est sa finalité ? Dans la pratique, à quoi doit-il tendre ? A produire la foi. Le témoin est un agent de la foi. Le Concile le répète sans cesse (cf. Lumen Gentium LG 10,12 Ad Gentes AGD 21, etc. ). Le témoignage chrétien sert la vérité que le Christ a laissée au monde et il transmet cet héritage de salut.
Le laïc est un témoin
Et voici la conclusion, chers Fils : « Le laïc, le fidèle chrétien, est par essence un témoin. Son état est celui du témoignage » (Guitton). Il n'est pas un maître qualifié, il n'est pas un ministre sacerdotal. Il est témoin de ce que l'Eglise enseigne, de ce que l'Esprit Saint lui fait accepter et, d'une certaine manière, expérimenter et vivre. Quelle grande mission que d'être témoin du Christ ! Chacun de vous peut et doit l'être. Que Notre Bénédiction Apostolique vous y aide.
17 janvier 1968
Le 16 janvier un violent séisme ravageait toute une partie de la Sicile Occidentale. Le Saint-Père évoque cet événement et les réactions chrétiennes qu'il doit inspirer à chacun.
Chers Fils et Chères Filles,
Nous Nous devons, aujourd'hui, d'évoquer le tremblement de terre qui a dévasté une partie importante de la Sicile, y faisant des centaines de victimes, des milliers de blessés, des dizaines de milliers de sans-abri, bouleversant la vie d'agglomérations tout entières et répandant l'épouvante, la compassion, la douleur, non seulement dans l'île, mais dans toute la nation italienne. Nous partageons Nous aussi la peine de tous, devant un si grand désastre. Nous sommes avec tous ceux qui souffrent, avec ceux qui apportent leur secours et leur réconfort et Nous y sommes de tout Notre coeur. Le coeur du pape est comme un sismographe qui enregistre les épreuves du monde ; il souffre avec tous, pour tous ; et il se doit encore davantage à ces chers et pauvres gens, proches de lui géographiquement et spirituellement. Les paroles de l'Apôtre résonnent dans Notre coeur : « Qui est souffrant sans que je souffre aussi » (2Co 2,29).
Solidarité ecclésiale dans l'épreuve
11 Mais pourquoi vous dire cela, Chers visiteurs ? Parce que vous êtes venus Nous voir pour Nous connaître un peu de près, pour regarder dans Notre coeur et lire dans Nos sentiments les sentiments de l'Eglise. Eh bien, en s'exprimant ainsi, l'Eglise manifeste un aspect fondamental de sa Constitution, celui qui la définit comme une « communion » ; c'est-à-dire une société semblable à un corps, dans laquelle — toujours selon saint Paul — « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1Co 12,26). Ainsi est l'Eglise, une société dont la charité est le principe vital, la loi de ses sentiments et de ses actes ; et il ne doit pas vous déplaire qu'une vérité si grande, si originale, et si chrétienne vous soit rappelée ici.
Et Nous vous parlons encore ainsi pour trouver un réconfort dans ce malheur, en constatant que les manifestations de bonté et de fraternité se sont multipliées, tout de suite et de la part de tous, autour de ces populations affligées: de la part des autorités civiles d'abord, et puis de tous ceux qui ont la possibilité d'apporter quelque secours. Nous les en félicitons Nous-même qui, malgré la limite de Nos moyens, n'avons pas voulu Nous abstenir d'accomplir un devoir que les proportions mêmes du désastre rendent commun à tous. Cette grande affliction Nous a confirmé, par de nouveaux signes, la sensibilité humaine et chrétienne d'un peuple qui, dans les grandes épreuves, manifeste plus que jamais son unité spirituelle et sa prompte générosité ; et Nous ne doutons pas que, vous aussi, avec la compassion des âmes nobles, vous ne vouliez faire quelque chose pour soulager généreusement ceux qui souffrent et pleurent.
Souffrance transcendée et féconde
Et Nous avons ainsi l'occasion de vous rappeler que l'incompréhensible fatalité de semblables catastrophes ne doit pas être un motif de rébellion intérieure contre la conception d'un ordre bon et sage qui survit à notre vie éphémère et fragile. De tels événements doivent, au contraire, nous inciter à toujours bien employer cette vie, et à découvrir dans la souffrance une source de grandeur supérieure et de rédemption transcendante. Pour le chrétien tout peut servir au bien. Affirmer ce mystérieux optimisme ne veut pas dire que nous soyons artificiellement insensibles ou sottement stoïques devant la tragédie de certaines situations angoissantes de l'existence humaine, mais que notre coeur s'ouvre pour comprendre cette tragédie, la partager et la consoler. Notre enseignement nous vient de la croix.
Ainsi, en ayant une pensée affectueuse et une prière fraternelle pour les victimes du tremblement de terre de Sicile, mortes ou vivantes, et pour tous ceux qui, dans le monde entier, souffrent et meurent, notre coeur s'enrichira d'un sentiment chrétien, lourd de bonté et de grandeur, que Nous voulons encourager et valoriser par Notre Bénédiction Apostolique.
24 janvier 1968
A l'occasion de la Semaine de prières pour l'Unité, le Saint-Père développe l'indispensable rôle de la Charité dans la rencontre et le dialogue oecuméniques.
Chers Fils et Chères Filles,
Nous aussi, en cette semaine consacrée à la réflexion et à la prière pour l'union des chrétiens dans l'unique Eglise du Christ, Nous vous dirons un mot, simple et bref, sur ce problème de l'oecuménisme qui a pris d'immenses proportions dans les études, les paroles, l'activité des catholiques et des autres frères un mot jailli de l'intimité de Notre vie spirituelle personnelle ; une confidence de père à ses fils que vous êtes, vous qui venez à Notre audience hebdomadaire.
L'oecuménisme, aliment de charité
Nous vous dirons que ce mouvement oecuménique a été pour Nous un stimulant très fort et — Nous l'espérons — très bienfaisant pour la charité, cette vertu qui est la reine de tout le système moral chrétien, qui résume aussi la mission pastorale envers toute l'Eglise et toute l'humanité, selon le charisme et selon le mandat confiés par le Christ à Pierre, et donc à Nous aussi, son indigne mais authentique successeur.
Audiences 1968