
Homélies 1970
Fils et Frères très chers,
Nouveaux prêtres de l'Eglise de Dieu,
Nous ne vous dirons qu'un mot très bref car la cérémonie est déjà longue et elle parle d'elle-même ; d'ailleurs vous êtes fort bien renseignés sur le sacrement que vous avez reçu.
Nous Nous limiterons à vous recommander de méditer tout au long de votre vie le fait de votre ordination. Aujourd'hui commence pour vous un thème de pensée, de prière, d'action que vous devrez toujours vous rappeler, examiner, explorer, chercher à comprendre. Ce thème devra s'imprimer dans votre conscience, comme déjà il est imprimé par le caractère sacramentel, dans votre âme, dans votre être humain, dans votre être chrétien. Pensez-y : aujourd'hui vous êtes devenus prêtres ! Essayez de donner une définition de vous-mêmes, et les mots deviendront pénibles et difficiles ; et la réalité qu'ils voudraient exprimer apparaîtra encore plus difficile, mystérieuse et ineffable. Ce qui est intervenu en vous donne véritablement le vertige ! Quid retribuant Domino pro omnibus quae retribuit mihi (Ps 115,12) ? peut dire chacun en se sentant envahi par l'action transformante de l'Esprit-Saint. Vous devenez pour vous-mêmes objet d'émerveillement et de vénération. Ne l'oubliez jamais. Ce caractère sacré que le monde ne connaît pas et dont beaucoup cherchent à dépouiller la personnalité du prêtre, vous devrez le garder présent à l'esprit et dans votre conduite, parce qu'il dérive d'une nouvelle présence qualifiante de l'Esprit-Saint dans vos âmes ; et si vous vous montrez vigilants dans l'amour, vous en aurez aussi une expérience intérieure (cf. Jn Jn 14,17 Jn 14,22-23). Ne mettez jamais en doute votre identité sacerdotale ; cherchez plutôt à la comprendre.
Vous pourrez comprendre quelque chose de votre sacerdoce en cherchant à saisir deux sortes de relations qu'il établit. La première concerne les relations que vous avez acquises avec le Christ par votre ordination sacerdotale. Vous savez que dans l'économie religieuse du Nouveau Testament il n'existe qu'un seul vrai sacerdoce, celui de Jésus-Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5) ; mais, en vertu du sacrement de l'Ordre, vous êtes devenus participants du sacerdoce du Christ, de sorte que non seulement vous représentez le Christ, non seulement vous exercez son ministère, mais vous vivez le Christ. Le Christ vit en vous ; et vous, ainsi associés à lui à un degré aussi haut et aussi plein de participation à sa mission de salut, vous pouvez dire ce que disait Saint Paul de lui-même : « Je vis, mais non pas moi, c'est le Christ qui vit en moi ! » (Ga 2,20). Une telle réalité ouvre au prêtre la voie ascendante de sa spiritualité la plus haute qui soit ouverte à l'homme, et qui arrive aux sommets de la vie ascétique et de la vie mystique. Si par hasard un jour vous vous sentiez seuls, si un jour vous vous sentiez des-hommes fragiles et profanes, si vous étiez tentés d'abandonner l'engagement sacré dei votre sacerdoce, rappelez-vous que vous êtes « par lui, avec lui et en lui », vous êtes chacun « un autre Christ ».
La deuxième sorte de relations qui à partir de maintenant vous relie à l'Eglise concerne celles qui s'établissent avec votre Evêque (ou avec votre Supérieur), avec le Peuple de Dieu, avec les âmes, et aussi avec le monde. Le prêtre n'existe plus pour lui-même mais pour le ministère dans le corps mystique du Christ. Il est un serviteur, un instrument de la Parole et de la grâce. L'annonce de l'Evangile, la célébration de l'Eucharistie, la rémission des péchés, l'exercice de l'activité pastorale, la vie de foi et de culte, le rayonnement de la charité et de la sainteté, constituent son devoir; dès aujourd'hui, c'est un devoir qui aboutit au sacrifice de soi, comme Jésus, sur la croix. C'est un fardeau pesant. Mais Jésus le porte avec celui qu'il a élu, et il lui fait comprendre la vérité de ses paroles : « mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11,30). C'est qu'en effet, comme l'enseigne Saint-Augustin, « pondus meum, amor meus » (Conf. XIII, 2, 9). L'amour du Christ, devenu principe unique et suprême de la vie sacerdotale, rend tout facile, tout possible, tout heureux.
Nous voudrions que la conscience de cette destination pastorale au service du prochain ne s'éteigne jamais en vous, et vous rende toujours sensibles aux maux, aux besoins, aux souffrances qui entourent la vie d'un prêtre ; chaque catégorie de personnes semble tendre les bras vers lui et invoquer sa compréhension, sa compassion, son assistance : les enfants, les jeunes, les pauvres, les malades, les affamés de pain et de justice, les malheureux, même les pécheurs..., tous ont besoin de l'aide du prêtre. Ne dites jamais que votre vie est aliénée et inutile. « Qui est faible, dit S. Paul, que je ne sois faible avec lui ? » (2Co 11,29). Et si vous avez cette sensibilité aux déficiences physiques, morales, sociales des hommes, vous éprouverez en vous-mêmes une autre sensibilité, et celle-là à l'égard du bien potentiel qui toujours se trouve dans l'être humain : pour un prêtre, toute vie est digne d'amour. Cette double sensibilité, au bien comme au mal humain, est le battement du Coeur du Christ dans celui du prêtre fidèle ; et ce n'est pas pour rien que l'on peut parler de miracle, psychologique, moral, et mystique si vous voulez, et en même temps très social : un miracle de la charité dans le coeur sacerdotal.
Vous en ferez l'expérience. C'est le voeu que nous faisons pour vous en ce jour de votre ordination sacerdotale, et Nous l'accompagnons de notre Bénédiction Apostolique.
Et à vous, très chers enfants qui faites aujourd'hui votre première communion, que vous dirons-Nous ?
La parole la plus belle serait celle-ci : restez toujours, pour toute la vie, comme vous êtes aujourd'hui : bons, religieux, innocents et amis de ce Jésus qui maintenant vient dans votre coeur. Vous savez sans doute que Jésus a eu une grande prédilection pour les petits enfants, et qu'il a dit à tout le monde : « Si vous ne devenez comme des enfants, vous ne pourrez entrer dans le royaume des cieux », c'est-à-dire vous ne pourrez être de vrais chrétiens et aller au paradis. Il faut toujours être comme des enfants. Mais comment cela peut-il se faire, alors que l'on devient grand et que la vie change ?
Qu'une chose, du moins, ne change jamais pour vous, chers fils : gardez toujours le souvenir de ce jour, et promettez à Jésus que vous serez toujours ses amis, avec humilité, avec simplicité, avec confiance. Ses amis, même lorsque vous aurez grandi ; toujours amis de Jésus. La faites-vous cette promesse ? Vous verrez qu'elle sera acceptée de Jésus qui, lui, restera votre Ami pour toujours.
Nous le prierons ensemble pour qu'il en soit ainsi.
Avec notre affectueuse Bénédiction.
Noël 25 décembre 1970
Messieurs et Chers Amis, Nous devons avant tout nous rendre compte du motif de cette célébration nocturne. Pourquoi sommes-nous ici? Que sommes-nous venus faire? Rendre hommage à une habitude traditionnelle? à une simple singularité rituelle?
Non; ce qui nous tire de notre sommeil, ce que nous nous sentons obligés de commémorer avec une conscience vigilante est un fait historique, un événement d’une importance suprême et unique, un message que nous sommes incapables de définir en termes adéquats et que notre intelligence ne réussit pas à comprendre entièrement. Une expression théologique, exubérante de réalité historico-humaine et d’insondable mystère, le présente à notre esprit émerveillé et incrédule, à notre foi et à notre joie: il s’agit de l’Incarnation. Il s’agit du Verbe de Dieu qui s’est fait homme. Quelque imparfaite et problématique que puisse être l’idée que nous avons de Dieu, de son existence, de sa transcendance, du rapport créateur et existentiel de la divinité avec les choses finies, que nous connaissons, et avec l’histoire humaine qui se déroule dans le temps, nous ne pouvons nous empêcher d’être ébahis par l’hypothèse, que nous reconnaissons ici comme un fait réel et accompli: c’est le Verbe du Dieu, Dieu lui-même, qui entre personnellement sur la scène terrestre et humaine, et assume en lui une vie humaine en tout semblable à la nôtre (hormis le péché) (He 4,15), existant ainsi toujours un quant à la personne, mais avec une double nature, divine et humaine. Et comme Fils de l’Homme, lui Fils de Dieu a vécu plusieurs années sur cette terre, il s’est rendu visible, avec un visage humain, il a grandi, il a travaillé, parlé, souffert parmi nous; bref, il s’est révélé, et il a accompli une mission qui ne peut pas ne pas regarder l’humanité entière et atteindre la destinée de tout homme, passé, présent et futur, de ce monde.
Ainsi en est-il. Tremblant et stupéfait, Nous répétons l’annonce de cette naissance extraordinaire, la naissance du Christ, le Verbe de Dieu fait chair, le Messie de l’histoire, le Sauveur du genre humain; et Nous faisons nôtres les paroles de l’ange du Seigneur: «Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle (la bonne nouvelle, l’évangile par excellence) qui sera une grande joie pour tout le peuple: aujourd’hui, dans la cité de David (Bethléem), un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur» (Lc 2 Lc 10-11).
Ce n’est pas là une légende littéraire, ni un mythe fantastique; c’est un fait réel et concret, d’une nature et d’une importance telles que toute l’histoire humaine en demeure atteinte; c’est pour le rappeler que nous sommes ici, pour le célébrer, pour repenser encore à l’influence qu’il a sur nous. Ainsi se rouvre pour nous une méditation que chacun d’entre nous aura, d’une façon ou de l’autre, cent fois commencée: méditation sur le christianisme, sur sa réalité, sur son efficacité, sur le rapport qu’il a avec nous - ou du moins qu’il devrait avoir avec nous. Et par christianisme, en fin de compte, Nous entendons le Christ, son être, sa parole, son immanence dans la foi et dans la vie des hommes, sa présence aujourd’hui devant nous, sa figure apocalyptique, demain: le Christ, clef de toute question et de tout destin.
Oh, Messieurs et Amis, que j’ose appeler frères! laissons-nous tous dominer par cette pensée extraordinaire: le Christ, le Verbe de Dieu descendu en forme humaine sur la scène du monde. Mais que cette pensée, loin d’engendrer en nous la crainte (ce qui serait pourtant tout-à-fait naturel), nous envahisse de joie et d’allégresse, comme nous l’a demandé le message céleste. Cette joie sera le cadeau que nous ferons à Jesus-Christ pour sa naissance parmi nous; ce sera notre offrande; notre humble effort d’accueil et de compréhension. Noël, nous le savons, est une fête joyeuse; elle nous apparaît bien telle dans l’amour et dans la tendresse de cette nouvelle vie qui naît (Cfr. Io Jn 1 Jn 6,21), dans la délicieuse faiblesse de l’enfance, dans le cadre de l’intimité si simple et sublime du foyer domestique.
Mais il y a plus. Noël n’est pas seulement la sublimation de la vie naissante, fruit de l’amour, étincelle de nouveauté et d’innocence, gage d’un monde meilleur, que nous espérons pour demain, celui de la nouvelle génération. Ce n’est pas seulement une joie qui naît de la terre. Observez bien: c’est une joie qui vient d’en-haut, c’est la révélation de la bonté infinie de Dieu, le signe d’un dessein mystérieux qui touche le monde et les hommes, c’est une pensée d’amour infini qui a ouvert le ciel clos du mystère impénétrable de la vie intime du Dieu inconnu, et l’a communiqué à la terre, comme une pluie illuminante et vivifiante. L’apôtre Paul nous dit que «la grâce de Dieu est apparue, salutaire pour tous les hommes» (Tt 2,11), et l’apôtre Jean: «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique» (Jn 3,16). Nous nous trouvons devant une conception universelle des destins suspendus sur l’humanité, et qui ont même pénétré dans la trame de l’histoire: c’est une conception de salut, une conception de clémence et d’amour, une conception tellement optimiste que même les malheurs, les souffrances, et la mort elle-même y trouvent une issue positive, pour le bien de l’homme (Cfr. Rom. Rm 8,28-31). Telle est la vérité sur la vie, telle est la philosophie qui remporte la victoire sur toutes les expériences et sur toutes les tentatives pour expliquer les choses et les faits et dire le dernier mot sur la réalité du monde.
Notre dernier mot à Nous, qui sommes spécialement obligè d’observer le monde dans ses expressions les plus générales et les plus significatives, et d’en peser la valeur selon leur classification définitive, notre dernier mot serait au contraire facilement pessimiste, il déboucherait sur le doute, sur l’absurde, sur le néant. Nous serions des hommes myopes, aveugles, des hommes déçus, des hommes tentés par le scepticisme et le désespoir: où va le monde? que vaut la vie? qu’est-ce que la civilisation? Peut-on vraiment envisager de faire régner sur terre l’ordre, la justice, la paix, l’amour? Tels serions-nous, et telles seraient les conclusions de notre sagesse déçue, s’il n’y avait pas Noël, c’est-à-dire l’inauguration d’une économie de salut et d’espérance! Les efforts du Sisyphe que nous sommes ne l’ont pas instaurée, mais elle nous est donnée par un Amour transcendant qui n’a ni mesure ni regret, et veut faire de nous, de l’humanité, un peuple nouveau, un peuple bon et heureux (Cfr. 1 Petr.2, 5, 9).
Noël, fête de joie et d’espérance, fête qui anime le devenir humain orienté vers une plénitude qui ne faillira pas.
Saluons-la et célébrons-la comme notre fête et comme la fête du monde.
Sachant que cette cérémonie est retransmise directement par la télévision à de nombreux pays de l’Amérique latine et à la France, Nous désirons leur adresser nos souhaits de paix dans le Seigneur.
A vous tous qui vous unissez à la célébration de cette messe, vont nos voeux de joyeux et fervent Noël. Nous souhaitons que chacun de vous accueille au plus profond de son coeur le message de paix et d’amour fraternel apporté par l’Enfant Jésus, et Nous vous bénissons.
Aos amados filhos do Brasil, queremos desejar que cheguem as santas alegrias do Natal, que o mundo vive nesta hora.
Que elas lhes sejam portadoras da luz de Cristo, a iluminar de radiosa esperança os caminhos do seu futuro; do amor de Deus que estreite mais a fraternidade de todos, em serena familia.
A todos, muito Boas-Festas!
A Vosotros, queridísimos hijos de la América de lengua castellana, Nuestra felicitación de Navidad con el ardiente deseo de que la vivencia del Misterio de Dios Encarnado, no se limite a estos emocionados momentos sino que, diaria y dinámicamente, imprima más fe y caridad en vuestras almas, más amor en vuestras cristianas familias, con Nuestra Bendición Apostólica.
Homélies 1970