Homélies 1973



Homélies 1973

Eglise et documents vol. V – Libreria editrice Vaticana




II. (DISCOURS ET) HOMELIES DU PAPE EN DIVERSES CIRCONSTANCES






6 janvier



LE CHRIST, PRINCIPE DE LA FRATERNITE ET DE L’UNITE HUMAINES



Au cours des cérémonies qui se sont déroulées à Rome, en la Basilique Saint-Pierre, le jour de l’Epiphanie, Paul VI a prononcé une homélie dont voici notre traduction :



Vénérés Frères et Fils bien-aimés !



Cette solennelle et très pieuse célébration s’inscrit dans trois grands desseins qui s’étendent au-dessus et autour de nous comme des horizons infinis. Nous ne pouvons pas limiter notre vision au rite que nous accomplissons, sans laisser de si vastes desseins l’éclairer de la lumière, du sens et du mystère dont ils sont la source vive.

Le premier dessein, celui où l’acte religieux que nous célébrons en ce moment trouve le sens et la valeur qui lui sont propres, est le dessein liturgique. Nous célébrons la fête de l’Epiphanie. Nous connaissons tous la densité des motifs cultuels auxquels se réfère une telle fête. Il nous suffit donc de les considérer dans leur signification synthétique, c’est-à-dire comme manifestation de Dieu réalisée par le moyen de l’Incarnation : la théophanie qui s’est accomplie humainement et historiquement en Jésus-Christ, l’apparition de Dieu dans le cadre temporel et sensible de la révélation chrétienne. « Le mystère celé aux siècles et aux générations a été maintenant révélé...» (Col 1,26). Le problème spirituel de l’humanité, l’attente prophétique et sensible des religions errantes sur la terre et dans les temps, à la recherche d’une rencontre authentique et heureuse avec le Dieu inconnu, ou connu seulement grâce à des processus logiques négatifs ou superlatifs, et par des signes insuffisants, capables de susciter le désir de Dieu plutôt que donner la joie d’une véritable et ineffable rencontre avec Lui, la question religieuse dans son contenu réel et profond et dans son extension universelle, tout cela a eu sa solution, sa clé d’intelligence et de possession, tout cela a eu son point focal d’explication et d’ordonnance concrète. La voie de la religion véritable nous a été ouverte et offerte (cf. 1Jn 1,1-4). Un tel événement mérite une réflexion sans fin. L’interprétation globale de l’histoire est devenue possible. L’humanité a trouvé le principe de sa fraternité, de son unification. Le salut a inauguré son drame merveilleux et terrible : « Il nous est né un Sauveur» (Lc 2,11) et il s’appelle Jésus (Mt 1,21) ; Lui, il est l’image transcendante et, aussi, visible du Père (cf. Jn Jn 14,9) ; Lui, il est l’« Alpha » et l’« Oméga », le commencement et la fin » (Ap 1,8). Vers Lui, nous clamons avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu !» (Jn 20,28).

Une telle vision du ciel liturgique actuel suffirait à nous tenir sous l’enchantement d’une contemplation infinie.

Sinon que c’est pour nous un plaisir et un devoir de cueillir dans l’immense panorama de l’Epiphanie un dessein qui nous touche directement : le dessein missionnaire ; c’est-à-dire celui de la propagation de la révélation accomplie dans le Christ, Nôtre-Seigneur. Jésus est venu en silence et en toute humilité, mais non pour se cacher, non pour circonscrire l’irradiation de sa présence dans le monde, mais pour aplanir les sentiers, les rendre plus accessibles à ceux qui le cherchent, à ceux qui l’accueillent (cf. ign. ant., Ad Eph., 18-19). Il y a une intention missionnaire dans la manière même par laquelle Jésus Christ est entré dans la monde et, par la suite, a accompli son dessein évangélique. Il y a une économie historico-humaine à laquelle préside certainement une direction divine en matière de diffusion de l’Evangile dans le monde. Voici. La présence des Mages à Bethléem, que l’Eglise commémore aujourd’hui de manière particulière, indique qu’à peine né, Jésus est immédiatement disponible pour quelques-uns, comme si c’était pour tous; ou mieux encore, selon une économie particulière qui semble réserver les premières places à ceux qui sont le plus loin. Avec la naissance de Jésus, une étoile s’est allumée dans le monde, il s’est allumé une vocation lumineuse ; des caravanes de peuples se mettent en marche (cf. Is Is 60,1 ss.) ; des voies nouvelles se tracent sur la terre ; des voies qui arrivent, et par le fait même, des voies qui s’éloignent. Le Christ est le centre. Ou mieux : il est le coeur; une circulation nouvelle a commencé pour les hommes, elle ne cessera jamais plus. Au contraire, elle est destinée à constituer un programme essentiel pour l’Eglise, c’est-à-dire pour la communauté des hommes qui croient dans le Christ et forment corps avec Lui. Un programme, une nécessité, une urgence, un effort continu qui ont leur raison d’être dans le fait que le Christ est le Sauveur, que le Christ est nécessaire, que, potentiellement, le Christ est universel, que le Christ veut être annoncé, prêché, diffusé par un ministère de frères, par un apostolat d’hommes envoyés justement par Lui pour apporter à l’humanité le message de la vérité, de la fraternité, de la liberté, de la paix (cf. Ad Gentes ).

Voici donc l’arc de l’effort missionnaire qui commence à se dessiner au-dessus de cette cérémonie ; celle-ci est de soi-même missionnaire, et une circonstance spéciale en met en glorieuse évidence l’intention. Vous savez qu’une date significative, le trois cent cinquantième anniversaire de l’institution de l’organisme spécifiquement missionnaire de la sainte Eglise catholique nous rappelle cette loi intrinsèque de la foi : la nécessité de la diffusion de l’Evangile et de la foi, de l’Eglise, par conséquent ; et nous rappelle comment, historiquement parlant, la Sacrée Congrégation de « Propaganda Fide » — appelée aujourd’hui « pour l’Evangélisation des Peuples » — a su, sagement, courageusement, tenacement, incarner cette loi, donnant aux Missions catholiques impulsion, direction, soutien, diffusion, sans trêve, sans jamais conclure l’action ou atténuer l’effort ; action et effort, qui, après tant d’expériences, souvent réputées pour leur sainteté, illustrées par d’incalculables sacrifices, et parfois par le suprême témoignage du martyre, réclament aujourd’hui une nouvelle, ou mieux, une majeure adhésion. On pourrait dire que les Missions se trouvent toujours à leur point de départ ! Rien ne se trouve amoindri, ni les motifs suprêmes de leur nécessité, ni les besoins de leur activité, ni les difficultés pour leur extension. Tout cela, au contraire, s’aggrave avec l’évolution civile des peuples; tandis que cette évolution accentue leur réceptivité au message évangélique (en quelques régions elle la rend, il est vrai, plus délicate, plus difficile), elle accroît aussi leur besoin, disons même leur droit moral, de recevoir l’annonce évangélique, comme il est de notre devoir commun de la leur transmettre grâce au Missionnaire.

Des thèmes de si grande importance et d’une telle amplitude méritent, et vous le savez bien, un examen approprié, que nous n’entendons toutefois faire ni en ce moment ni en ce lieu ; mais il est un acte qui nous semble obligatoire précisément en ce moment et en ce lieu : un acte d’engagement, une promesse: donner et redonner notre coeur à la cause des Missions. Nous y sommes obligés, disions-nous, par la nature même de cette cause : c’est la cause du Christ et de l’humanité ; c’est celle de l’Evangile, celle du salut chrétien de tant d’hommes encore privés de la Foi ; c’est celle de la civilisation humaine habilitée à interpréter et à poursuivre les destins authentiques de la vie humaine. La récente tradition missionnaire nous en fait une obligation dont nous avons, l’an dernier, célébré l’histoire héroïque, plus que jamais digne d’être poursuivie et encouragée et qui, plus que jamais aussi, a besoin de l’être. Nous en fait également une obligation l’heureuse circonstance de cette cérémonie historique, dans laquelle un troisième dessein providentiel déploie ses lignes admirables ; et c’est celui que présentent à notre ministère apostolique ces élèves de notre Ecole Missionnaire romaine, qui attendent que nous leur conférions l’ordination sacerdotale.

Oh, moment sublime et décisif, typiquement missionnaire ! Oh vraiment ! Comme notre coeur se gonfle d’émotion alors que nous sommes nous-mêmes les Ministres d’un si grand Sacrement ! Oh ! Où irions-nous en chercher le secret essentiel, si ce n’est dans les paroles mêmes du Christ, qui ne semblent pas l’écho d’un lointain souvenir, mais qui résonnent toujours aussi actuelles dans le ministère que nous sommes en train d’accomplir : « Ainsi que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie... Recevez l’Esprit-Saint... » (Jn 20,21-22). C’est ici que se trouve la source vitale de la mission évangélique. Le Christ ne nous a pas confié seulement un simple mandat apostolique, Il transfuse en nous le pouvoir, la vertu de l’accomplir. C’est ainsi qu’il s’associe quelques hommes qu’il a choisis et élus, qu’il leur donne la capacité d’agir avec sa puissance ; il leur imprime son sceau, de sorte que, comme d’autres « lui-même », ils puissent accomplir avec une divine efficacité une fonction déterminée, la fonction sacerdotale, intermédiaire entre Dieu et les hommes, la fonction propre du Christ, Médiateur unique ; une fonction qui en eux se caractérise ontologiquement de manière particulière et indélébile, les faisant prendre part à son unique et éternel Sacerdoce.

Oh ! prodigieuse extension du propre mystère du Christ ! Oh ! moment générateur de toute autre vitalité ecclésiale ! oh ! profil de la beauté de l’Eglise, rendue évidente par l’action salvatrice de Dieu, agissant par le moyen d’instruments humains, mués en véhicules de son amour! (cf. St. TH., Suppl. III, 24, 1). Oh ! Epiphanie, perpétue-toi par tous les siècles, répands-toi par toutes les régions de la terre ! Ceci est ton heure, ceci est notre heure ! heure de lumière, heure de vie, heure d’espérance, heure de joie ; et, tandis que tu célèbres l’universelle vocation des peuples à l’unité de la foi, transforme la mission, qui en reçoit l’heureuse annonce, d’étrangère et pèlerine, en mission autochtone et permanente !

Nous saluons avec un immense intérêt le phénomène missionnaire qui s’accomplit sur la tombe du premier des Apôtres, le pêcheur de Galilée transformé par Jésus en pêcheur d’hommes (Mt 4,19), l’enthousiaste mais faible disciple, racheté ensuite par l’amour qu’il portait au Christ pour devenir, à la suite du Christ et à sa place, soutenu lui-même par le poids des clés du règne déposées en ses mains, le pasteur bon et dévoué du troupeau évangélique, prêt, lui aussi, devant les adversités implacables du monde (cf. Ac Ac 5,41) à rendre témoignage de ce nom de Jésus, dans lequel seul se trouve le salut (cf. Ac Ac 4,12 1P 4,12 ss. ).

Salut à vous, nouveaux prêtres des pays de Mission ! Nous sommes les premiers à honorer le charisme sacramentel du Sacerdoce du Christ, Sacerdoce que maintenant nous vous transmettrons à vous, par la vertu de l’Esprit-Saint ! Il y a beaucoup, il y a trop de choses que nous voudrions vous dire en ce moment ! Votre histoire familiale et sociale nous est présente : nous aimerions nous étendre longuement sur la parenté spirituelle, sur la communion que cette ordination établit entre ceux qui vous sont chers, entre vos compatriotes et l’Eglise catholique tout entière et tout spécialement celle de Rome ! Nous aimerions avoir plus de temps pour remercier vos Maîtres et tous ceux qui, spirituellement et économiquement, ont contribué à faire de vous de nouveaux messagers de l’Evangile ! Soyez bénis ! Nous aimerions vous parler du monde auquel vous êtes destinés, et des perspectives fascinantes et pleines d’aventures de votre futur ministère. Mais c’est à une parole seule que nous demanderons de traduire l’exubérance de nos sentiments, la parole que Jésus a si souvent répétée à ses disciples : « N’ayez pas peur ! » (cf. Mt Mt 10,28 Lc 12,7 Lc 12,32 Mc 6,50 Jn 6,20 etc. ). La disproportion entre les forces humaines et la grandeur de la mission qui vous est confiée justifie cette recommandation, valable pour n’importe qui d’entre nous, dès qu’il a reçu l’investiture du sacerdoce ministériel. D’ailleurs, aujourd’hui est venu le moment de le répéter avec la plus cordiale énergie : n’ayez pas peur ! une tentation caractéristique de notre temps est venue assaillir le coeur du prêtre, la tentation multiforme de la peur, de l’incertitude, du doute. Du doute de soi-même, cela semble étrange ! douter de ce qu’on appelle son identité propre, tiraillée par mille questions subtiles, qui risquent d’abattre la victime qui, dans son propre esprit, les a accueillies comme fondées, comme si le sacerdoce catholique était sans fondement, anachronique, superflu, comme si sa mission était dépourvue de tout objectif et sans fortune. Certes, vous connaissez tous l’insidieuse phénoménologie de cette possible corrosion intérieure de la certitude surnaturelle, que l’ordre sacré ancre dans l’âme du prêtre fidèle : Je suis prêtre du Christ ! Le Christ m’a choisi et a pris possession de moi-même au point d’accomplir à travers moi son ineffable mission de salut, par sa parole, par son action sacramentelle, la Sainte Messe en particulier et la remise des péchés, par le ministère pastoral et, même s’il n’y avait que cela, par le simple exemple d’un style unique de vie, la vie pure, sacrifiée et sainte du prêtre fidèle.

N’ayez pas peur, nous vous le répétons, fils et frères bien-aimés ! gardez toujours intacte et vigilante la conscience de votre sacerdoce ; et votre vie aura sa nouvelle et véritable figure ; elle aura sa force de résistance et d’action ; elle aura son originalité et sa vivacité d’amour pour chaque âme, pour chaque communauté, pour chaque activité orientée vers le bien de l’Eglise, avec l’adhésion passionnée à votre Eglise locale, et avec la plénitude de l’amour pour l’Eglise Universelle ; elle aura son éternelle Epiphanie de recherche, de possession, d’annonce du Christ ! désormais et pour toujours, avec notre Bénédiction Apostolique.








25 janvier



RÔLE INDISPENSABLE DE LA PRIÈRE POUR LE RETABLISSEMENT DE L’UNITE DES CHRETIENS



La solennité liturgique de la Conversion de Paul, Apôtre des Gentils a coïncidé avec la clôture de la Semaine Universelle de Prière pour l’Union des Chrétiens. A cette occasion, Paul VI a présidé, dans une des plus belles églises de Rome, une célébration de prière à laquelle ont assisté, pieusement unis, de très nombreux fidèles et des représentants de quelques communautés de frères séparés, parmi lesquels le Pasteur A. J. Maclean de l’Eglise presbytérienne d’Ecosse et le Rév. W. Reinhard de l’Eglise évangélique luthérienne.

Après l’annonce de l’Evangile, le Saint-Père a prononcé une homélie dont voici notre traduction :



Très-chers Fils et vénérés Frères,



C’est avec une joie spirituelle intime et profonde que nous avons voulu nous unir à la prière pour l’unité des chrétiens organisée dans notre bien-aimé diocèse, et nous trouver ici parmi vous, clergé et fidèles, pour prier ensemble le Seigneur et répéter sa propre prière au Père Céleste : « ut unum sint, ut mundus credat » (Jn 17,21).

La célébration annuelle de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous rappelle le devoir de demeurer persévérants et vigilants dans la prière, le devoir de renouveler au Seigneur notre demande, notre confiance, notre espérance; elle nous fait renouveler notre engagement à prier toujours mieux et toujours plus.

« Seigneur, apprenez-nous à prier ! » (Lc 11,1) demandaient avec simplicité les premiers disciples de Jésus. Et il leur enseigna le Pater Noster, le modèle de la prière chrétienne. La prière est donc un don de Dieu. Si le chrétien, arraché à son péché et élevé à la dignité de fils de Dieu, (Jn 1,12) vit intensément ce don, alors c’est l’Esprit lui-même, opérant en lui, qui s’adresse au Père, « parce que nous ne savons pas ce qu’il convient de demander, mais l’Esprit lui-même intercède en notre faveur avec des gémissements ineffables » (Rm 8,26).

Notre discours sera très bref et très simple, et il peut se résumer en ce schéma linéaire : primo, la restauration de l’unité intégrale est une chose de la plus grande importance : d’abord parce qu’elle a été voulue de tout temps par Notre-Seigneur comme l’attestent ses Paroles quand il a exposé en termes brefs les désirs divins de sa mission de Rédempteur et de Médiateur entre Dieu le Père et l’humanité croyante : celle-ci doit être une et doit refléter dans son assemblée — c’est donc à dire dans l’Eglise — le même mystère d’unité que celui qui identifie dans une même nature divine le Fils au Père (cf. Jn Jn 17,11-12) ; importante aussi parce que le Nouveau Testament est imprégné entièrement de cette exigence d’unité entre tous ceux qui non seulement sont de vrais disciples du Christ, mais qui vivent dans le Christ par la grâce du Saint-Esprit ; importante encore parce que l’expérience et la réflexion révèlent que les vicissitudes historiques qui tout au long des siècles ont fractionné la Chrétienté sont absolument intolérables, sans commune mesure avec la lumière de la foi, avec les causes qui l’ont provoqué, fatales à la cause de la religion dans le monde moderne, insoutenables à l’égard du dessein de Dieu, tendu entièrement à faire du troupeau éparpillé et multiforme du Christ « un seul troupeau et un seul Pasteur » (Jn 10,16). Nous pourrions discourir sans fin sur cette question ; le Concile nous prêterait des arguments inépuisables ; répétons ce qu’il a dit : « Promouvoir la restauration de l’unité entre tous les Chrétiens est l’un des buts principaux du Saint Concile OEcuménique Vatican II (Unitatis Redintegratio, UR 1). Rappelons-le : la restauration de l’unité des Chrétiens est une chose de la plus grande importance.

Deuxième point: c’est une chose extrêmement difficile. A cet égard également les raisons ne sont que trop nombreuses ; et, en général, tout le monde le reconnaît; à priori, ces raisons sont graves et complexes, même si finalement dans les ténèbres de difficultés qui semblaient rendre le problème impossible à résoudre, quelques lueurs consolantes se sont allumées et viennent raviver nos espoirs ; mais combien compliqué reste le problème de la réunification des Chrétiens en l’unique Eglise catholique — c’est-à-dire universelle — et organique et, pour cela, composée de manière diversifiée, mais solidaire en une seule foi visible et sociale de charité, pareille à des membres divers qui forment un seul corps (Ep 4,3-7), le corps communautaire, hiérarchique et mystique en même temps, du Christ. Chose très, très difficile, nous le répétons : il s’agit, pourrait-on dire, de changer la géographie religieuse du monde chrétien ; mais plus encore que la géographie, la psychologie ; il s’agit de surmonter la formidable et atavique objection antiromaine, à notre avis certainement injustifiée, mais toujours résistante, spécialement sur le front théologique et canonique. Comment recréer l’unité des chrétiens en reconnaissant les exigences intrinsèques d’une véritable unité ecclésiastique sans surmonter des obstacles que le génie de la division a renforcés pendant des années pour les rendre insurmontables ? Il faut certainement une mentalité nouvelle, un renouveau spirituel, une réforme des études et des attitudes, ce que la bonne volonté purement humaine ne pourrait jamais réussir sans une intervention surnaturelle, sans l’assistance divine. L’unité que nous recherchons ne peut s’atteindre qu’avec une grâce du Seigneur.

Et voici alors le troisième point. Comment pouvons-nous obtenir cette grâce qui, dans le problème oecuménique, ne peut qu’assumer les dimensions d’un événement extraordinaire bien qu’il soit arrivé mystérieusement à maturité ? En priant ! Frères et Fils bien-aimés ! En priant, chers amis, en priant tous ! La prière ouvrira au prodige la voie de son accomplissement. L’unité des Chrétiens doit descendre de la charité de Dieu, au long du sentier que nos prières s’emploient à ouvrir.

On pourrait maintenant consacrer le discours à l’efficacité de la prière, en rappelant la leçon de Saint Alphonse de Liguori sur « Le grand moyen de la prière » (1759), en l’appliquant à notre cas et en faisant appel à l’analyse des deux définitions classiques données à l’oraison par les maîtres. L’oraison, la prière, est avant tout une élévation de notre esprit en Dieu, par le Christ Nôtre-Seigneur, dans le Saint-Esprit. Maintenant, si cette élévation vers Dieu de chrétiens, séparés les uns des autres, converge en Lui, se fond en Lui, elle engendre une unité des esprits au sommet supra-terrestre de la divinité ; en Dieu, ils se rencontrent, s’aiment et redeviennent frères ; se retrouvant alors sur le plan des réalités humaines et terrestres, comment serait-il possible qu’ils oublient ce moment d’extase dans la vérité et dans l’amour qu’est justement la prière, comment serait-il possible qu’ils n’essaient pas avec des coeurs neufs de traduire sur le plan de l’expérience historique et vécue l’unité dont ils ont joui dans la rencontre verticale des sommets spirituels ?

Et l’autre définition de la prière, c’est-à-dire la supplication pour obtenir ces biens qui ne peuvent nous venir que de la main miséricordieuse de Dieu, et dont nous avons un besoin primordial, ne nous enseigne-t-elle pas combien elle peut, la prière, être apte à résoudre en unité notre immense effort oecuménique ? « Si l’un de vous, a dit Jésus, demande du pain à son propre père, pensez-vous que celui-ci lui remettra une pierre ? » (Lc 11,12-13). Rappelons combien de fois dans l’économie de l’Evangile le Seigneur lui-même nous recommande d’avoir confiance dans l’efficacité de la prière (cf. Mt Mt 7,7 Mt 19,26 Mt 21,22 Jn 15,5 Jn 16,23 etc. ). Le lien avec la causalité divine dans le cours des vicissitudes humaines s’établit, non pas moyennant (parce que la grâce est toujours inconditionnée et gratuite), mais à travers les dispositions produites en nous, individuellement ou collectivement, par la prière.

On peut avoir parfois l’impression, aujourd’hui, que, ci ou là, la prière est en train de perdre son rôle central dans la vie du Chrétien et même que pour certains elle devient une chose superflue et dépassée. Nous ne voudrions pas qu’une semblable impression trouvât une correspondance dans la réalité. Nous constatons en tout cas, avec grande satisfaction, que dans la vie de l’Eglise il y a aussi un fécond réveil spirituel et un véritable renouveau de la prière sur la base de l’Evangile et des grandes traditions liturgiques ; dans beaucoup de milieux on redécouvre également la valeur de la contemplation. Voilà un motif de grand réconfort pour Nous.

Si la prière exprime notre rapport avec Dieu, la relation intime avec le Père, elle est essentielle pour le Chrétien et pour l’homme de tous les temps et en toutes occasions « Sans moi, vous ne pouvez rien » (Jn 15,5), nous avertit clairement le Seigneur.

Que serait notre vie sans la prière ? La prière est nécessaire pour notre existence, elle est nécessaire pour nous faire vivre dans la grâce, pour accroître chaque jour notre foi ; la prière est une condition de notre foi ; la prière est une condition de notre oeuvre, de notre action, une condition pour pouvoir prêcher l’Evangile.

La prière est donc indispensable pour le rétablissement de l’unité de tous les chrétiens. Le Concile Vatican II a placé la prière « dans ce noyau central qui, avec la conversion du coeur et la sainteté de vie doit être retenu comme l’âme de tout le mouvement oecuménique » (Unitatis Redintegratio, UR 8).

Ce mouvement a déjà produit d’importants résultats. L’Eglise catholique et les autres Eglises et communautés ecclésiales ont retrouvé une amitié sincère et profonde ; un dialogue s’est ouvert et chacun s’y est engagé avec foi, avec une confiante espérance. Sans doute constate-t-on certaines lenteurs, mais cela est dû à la délicatesse et à l’ampleur de la matière traitée ; et chacun s’y est engagé avec sa propre foi, sa propre conscience, témoignant d’un grand sens de responsabilité.

Avec les vénérables Eglises d’Orient, en particulier, nous avons redécouvert une communion quasi totale, qui nous stimule à faire tout notre possible pour la compléter.

C’est avec grande satisfaction pastorale que nous notons également qu’à l’intérieur de l’Eglise catholique les préoccupations pour l’unité de tous les chrétiens trouvent d’efficaces instruments d’action dans les commissions pour l’oecuménisme des conférences épiscopales et, sur le plan local des diocèses, dans les secrétariats diocésains. Nous avons été vivement heureux de constater comment la commission pour l’oecuménisme de notre diocèse de Rome a organisé cette semaine de prière pour l’unité, demandant de la réaliser dans toutes les paroisses, dans les communautés religieuses, les instituts et les écoles. Nous tenons à en exprimer notre gratitude.

Tout cela nous démontre clairement qu’a été bien accueillie la volonté du Concile Vatican II, selon qui : « Le soin de rétablir l’union regarde toute l’Eglise, tant les fidèles que les Pasteurs, et chacun selon ses propres capacités » (Unitatis Redintegratio, UR 5).

En outre, chaque chrétien, même s’il ne vit pas au milieu de chrétiens d’autres confessions « participe toujours et partout à ce mouvement oecuménique en confrontant toute la vie chrétienne à l’esprit de l’Evangile » (Directoire OEcuménique, 1° partie, 21).

Avant de conclure, nous désirons envoyer un salut cordial et spirituel à tous les chrétiens du monde ; aux catholiques, qui jouissent avec nous du don inestimable de l’unité de l’Eglise et qui doivent, avec nous, prier et opérer pour l’unité dans l’Eglise ; à tous nos frères chrétiens encore séparés de nous, afin qu’ils se sachent rappelés, aimés, attendus ; et nous voulons aussi exprimer une pensée respectueuse et affectueuse dans le Christ aux chrétiens d’autres confessions demeurant dans cette ville de Rome et les assurer de notre estime et de notre souvenir dans le Seigneur.

Avec ces sentiments, en obéissance à la volonté du Seigneur, nous continuons notre prière pour remercier Dieu des progrès accomplis dans le domaine oecuménique et pour invoquer le don de l’unité totale que nous devons rendre possible et accélérer en aplanissant tout obstacle dressé par nous-mêmes et en améliorant la qualité de notre vie chrétienne.






2 février



TEMOIGNAGE EVANGELIQUE DES RELIGIEUSES DANS L’EGLISE ET DANS LE MONDE



A l’occasion de la Chandeleur, le Souverain Pontife a présidé, en la Basilique Saint Pierre à Rome le rite de l’offrande des cierges qui commémore chaque année, le 2 février, le souvenir de la Présentation de Jésus au Temple. Cette année, Paul VI a voulu, pour la première fois, que la cérémonie soit réservée aux Soeurs appartenant aux innombrables et diverses Congrégations qui résident à Rome et, vouées à la prière et aux oeuvres charitables, collaborant aux activités des multiples secteurs apostoliques du Diocèse.

Après l’annonce de l’Evangile, Paul VI a prononcé un discours dont nous publions ci-après notre traduction.



Filles bien-aimées,



Occursus, en latin, Ypapanté, en grec, c’est ainsi que dans la primitive Eglise orientale était nommée cette fête ; et cette appellation signifiait la rencontre, c’est-à-dire le fait de la rencontre de Jésus enfant, porté au Temple pour y être, selon la loi mosaïque, offert à Dieu en tant que lui appartenant : nous savons tous qu’au cours de l’accomplissement de ce rite eut lieu la rencontre avec le vieux Siméon qui, illuminé par l’Esprit-Saint, reconnut en Jésus le Messie et le proclama : « Lumière pour la révélation de tous les peuples ». Il y avait là aussi une vénérable prophétesse nommée Anne, âgée quatre-vingt-quatre ans, qui se mit « à louer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient le rachat de Jérusalem » (Lc 8,32 et 38). Une rencontre messianique, par conséquent, riche de sens prophétique et de voix historique, qui inaugure publiquement l’ère du Christ, précisément au lieu consacré au culte de l’unique et vrai Dieu, et fait prendre au Peuple élu conscience de ses mystérieuses destinées.

Eh bien, commençons notre pieuse cérémonie en donnant à la rencontre qui nous réunit ici, le sens religieux et spirituel qui reflète, sous certains aspects, ce que la liturgie nous fait commémorer maintenant. Vous êtes venues ici pour accomplir un acte de reconnaissance de la mission confiée à notre humble personne pour que soit réalisée et poursuivie dans le temps la mission de Jésus-Christ, lumière et Sauveur du monde. C’est une rencontre qui exprime particulièrement vos deux sentiments, celui de foi envers le Christ, envers son Eglise et envers son Evangile ; et celui de votre franche adhésion d’obéissance respectueuse au Pape, à votre Evêque, au Successeur de cet Apôtre Pierre, à qui le Seigneur remit les clés, c’est-à-dire le pouvoir du royaume des cieux, et à qui en même temps, II confia la fonction pastorale dans l’Eglise tout entière. Conscient de nos limites humaines, Nous serions tenté de nous soustraire à cette rencontre, mais l’investiture qui, en vertu d’une succession légitime, nous a été donnée en vue de la mission apostolique ne nous le permet pas, et nous impose, au contraire, le devoir, la grave et douce obligation de l’accueillir de tout notre coeur. Que soit donc bénie cette rencontre qui nous offre l’agréable occasion d’être entouré d’une assemblée aussi compacte, aussi diversifiée, aussi dévote, une assemblée comme celle qui se presse à nos côtés et que Nous avons voulu nous-même voir soigneusement groupée en cette Basilique, majestueuse et pieuse, non pas en notre honneur mais en votre honneur, très-chères et vénérables filles. La rencontre parle d’unité, d’harmonie ; elle signifie conscience de la société hiérarchique et organique, et, en même temps, religieuse et spirituelle que nous constituons, aimons et servons. La rencontre dit Eglise et, ici, Eglise Romaine, Eglise Apostolique. Et nous éprouvons en ce moment une profonde joie spirituelle dans cette conscience commune, rendue plus actuelle et quasi-expérimentale et ce pour deux bonnes raisons: d’abord, la présence ici d’une si nombreuse représentation de tant des corps ecclésiaux vivant dans la même Cité, et qu’il n’est jamais facile de réunir en un même moment, en une même cérémonie ; et ensuite le fait que chacune de ces délégations apporte son offrande du cierge, symbole riche de nombreuses significations et notamment et principalement de celle d’un lien cordial par lequel chaque institution ici représentée veut s’attacher à nous, dans la foi et la charité : une grande joie donc parce qu’ensemble nous célébrons le Christ et qu’ensemble, pour Lui et avec Lui, nous célébrons l’Eglise. Il n’existe rien qui puisse plus vivement nous réjouir et nous réconforter.

Nous pensons à présent que le grand événement qui rendra notre siècle mémorable, le Concile OEcuménique Vatican II, maintenant conclu, devait, dans les intentions de la divine Providence, servir à raviver, à approfondir, à harmoniser ce sens de l’Eglise que les doctrines conciliaires ont nourri de thèmes splendides et qui, à cause de l’évolution des temps, doit être plus que jamais limpide et fort ; c’est pourquoi Nous nous sentons empli de joie et de confiance quand Nous assistons à quelque manifestation visible de ce « sens de l’Eglise », même si elle est rapide et particulière. Avec quel plaisir, avec quelle émotion, ne nous est-il pas donné en ce moment de goûter avec vous la communion ecclésiale de notre Diocèse ! Comme il nous est facile de supposer que les Apôtres, ses Fondateurs, que ses Martyrs et ses Saints, avec la Vierge Très-Sainte, salus populi romani, nous assistent en ce moment de rencontre spirituelle, si fortement expressive ; comme il nous est plus facile encore de penser au mystère de la secrète présence parmi nous du Christ Lui-même, du Christ qui a promis de se trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en Son nom (Mt 18,20).

Nous ne pouvons négliger de relever une circonstance qui caractérise cette cérémonie et qui lui confère une note merveilleuse de piété et de solennité. Ne voyez-vous pas qui a, aujourd’hui, la part la plus grande, la part la meilleure, ici, en la Basilique de Saint Pierre ? Ce sont les Religieuses, ce sont nos Soeurs, ce sont les Vierges et les Veuves consacrées au Seigneur, qui demeurent à Rome et font partie de notre communauté. Salut à vous, Filles bien-aimées en Jésus ! Filles bénies qui avez répondu à notre invitation à cette rencontre qui, comme Nous vous l’avons dit, nous porte à nous recueillir autour du mystère messianique de la Présentation au Temple de Jésus-Enfant et à exprimer ainsi cet ensemble de liens spirituels et canoniques qui donne forme et consistance à l’unité religieuse et sociale au sein de l’Eglise de Rome. Pourquoi avons-nous voulu que dans cette assemblée les religieuses « romaines » — qualifiées ainsi en vertu de leur séjour à Rome, qu’il soit permanent ou temporaire — aient aujourd’hui une place de choix ? Oh, pour de nombreux motifs ! En voici quelques-uns : Nous voulons que la communauté diocésaine ait une fois l’occasion de démontrer l’estime et l’affection qu’elle porte à ses Filles élues, humbles et fortes. Les Soeurs ne sont pas « en marge », non ! Elles sont les fleurs de notre jardin. Nous voulons que le style de leur evangelica testificatio, de leur témoignage évangélique, soit honoré et mis en lumière, face à la dépréciation de style laïque qui pousse à séculariser même les âmes les plus ardentes et les plus fidèles de la suite du Christ. Nous voulons réveiller la généreuse sensibilité de la Communauté des fidèles afin qu’ils n’oublient pas les besoins des Religieuses les plus pauvres, de celles qui, souvent, sont dénuées de tout moyen de subsistance. Nous voulons que la tradition ascétique, contemplative ou bien active, de la vie religieuse soit, par tous et principalement par la Communauté ecclésiale, reconnue valide et actuelle, restaurée comme elle doit l’être selon l’Esprit du récent Concile et suivant les normes suggérées par les documents de ce Siège apostolique; et mieux encore, conformément à l’effort de renouvellement que les diverses Familles religieuses ont su imprimer à leurs propres habitudes — à la fois désuètes et trop purement formelles — grâce à une sage révision de leurs statuts, étudiée et accomplie dans leurs récents Chapitres généraux. Nous voulons que les vocations spécifiques qui singularisent les Instituts religieux, parmi lesquelles la prière et la pénitence, l’isolement et le silence qui permettent de s’absorber plus profondément dans la recherche du dialogue avec Dieu, et facilitent aussi l’infatigable don de soi-même dans la difficile et prévoyante activité éducatrice ou dans l’experte assistance aux malades et aux infirmes ou dans le dévouement au service des oeuvres sociales ou des missions catholiques, le tout, toujours suivant le génie inventif de leur piété et de leur amour, Nous voulons, disions-nous, que ces vocations, donc, soient honorablement et organiquement insérées dans la communauté ecclésiale, peut-être même grâce à une initiation sacrée. Nous voulons ensuite promouvoir et perfectionner l’affectation des religieuses qui en ont le goût et une préparation ad hoc à la coopération dans le ministère pastoral, là principalement où se fait sentir un manque de prêtres ainsi que dans les Paroisses, les destinant à l’assistance religieuse et morale des habitants des quartiers populaires, des zones périphériques ou des campagnes désolées.

Nous les voulons bien engagées dans l’Eglise en prière, dans l’Eglise qui enseigne, qui oeuvre, qui souffre, qui évangélise, ces Filles généreuses et courageuses, elles, nos Soeurs pieuses et laborieuses, Femmes merveilleuses de simplicité et de dignité, exemplaires toujours et, suivant l’appellation attribuée aux membres sincères des primitives communautés chrétiennes, saintes.

Oh ! oui ! Filles préférées de la Sainte Eglise, laissez pénétrer dans vos maisons l’esprit de communion dont vit l’Eglise, et qu’au-delà des grilles de clôture, il entre dans vos âmes pour les imprégner profondément du souffle de ce renouveau voulu par le Concile Vatican II et pour vous donner à vous aussi, ou pour être plus exact, à vous surtout, la vision des grands desseins divins qui traversent l’humanité et en marquent les destinées en vue de son salut surnaturel et eschatologique, tout comme ils nous indiquent, à Nous, nos devoirs et Nous donnent les ressources dont nous avons besoin pour l’assistance à prêter à l’élévation, à la concorde et à la paix du monde.

Et voici que vous, Filles bien-aimées, comme et non moins que les prêtres et les laïcs, vous l’avez compris, et que, suivant sur le sentier évangélique la démarche de la Très-Sainte Vierge Marie, interprétée par le rite liturgique que nous célébrons en ce moment, vous êtes venues vers l’autel, pour y porter, vous aussi, votre don symbolique, votre cierge. Vous nous faites penser à la parabole des vierges de l’évangile selon Saint Matthieu ; vous nous rappelez tant des significations que le langage rituel et spirituel attribue à cette pure et primitive source de lumière, le cierge ; et vous nous suggérez de vous recommander à vous-mêmes de faire du cierge le symbole de votre propre personne: pour sa droiture et sa douceur, images d’innocence et de pureté ; pour la fonction de brûler et d’éclairer à laquelle le cierge est destiné, réalisant ainsi en vous la définition de votre vie, intégralement destinée à l’amour unique, ardent et total au Père, par le Christ, dans l’Esprit-Saint : un amour fulgurant, un amour, qui, avec la prière, avec l’exemple et l’action, éclaire providentiellement la halte et la démarche de l’Eglise et du monde environnant ; pour son destin final, enfin, qui est, pour le cierge, de se consumer en silence, tout comme votre vie qui se consume dans le drame, irrévocable désormais, de votre coeur consacré : le sacrifice, comme le Christ sur la Croix, dans un amour souffert et cependant heureux ; un amour qui ne s’éteindra pas à l’heure ultime, mais continuera à resplendir éternellement dans l’éternelle rencontre avec l’Esprit divin.

Pour vous, pour tous ceux qui sont ici présents, nous donnons, avec affectueuse reconnaissance, notre Bénédiction Apostolique.








5 mars




Homélies 1973