
Homélies 1974
Nous vous le répétons encore : venez ! Parce que, disons-le avec une humble mais salutaire franchise, nous sommes pécheurs ; ce qui veut dire que, si le prodige de Noël, n’était pas réellement advenu, nous ne pourrions même pas cheminer dans l’espérance et notre sort serait désespéré. Nous n’avons pas la capacité de rejoindre Dieu, mais Dieu a eu l’infinie bonté de venir à notre rencontre, bien plus d’arriver Lui-même jusqu’à nous, des espaces insondables de son royaume qui est mystère. Il est venu à notre rencontre au point de se faire l’un de nous, au point de se faire homme ; et c’est ainsi qu’il « est apparu sur terre et s’est mis à converser avec les hommes » (Ba 3,38). Voilà l’Évangile, voilà Noël. Noël ! Le point de contact vital du Verbe de Dieu — qui est Dieu lui-même avec le Père et l’Esprit Saint — avec nous, gens de cette petite planète qu’est la terre; Emmanuel est son nom, qui justement veut dire : Dieu avec nous (Mt 1,23 Is 7,14).
Mais alors, il semble qu’il faille dire que rien d’autre n’est nécessaire ; nous n’avons pas à aller à Lui, si Lui est venu à nous. La solution ultime de nos problèmes ne serait-elle pas déjà atteinte ? Le salut déjà assuré ?
Ecoutez une dernière fois notre invitation, Frères et Hommes de bonne volonté, invitation que nous répétons encore pour les pas qui nous restent à faire, afin que la rencontre se réalise et s’achève dans l’étreinte, bien plus dans la communion avec le Christ, le Dieu-homme, notre Sauveur, notre régénérateur dans l’ordre de la vie surnaturelle qui nous est destinée. Venez ! Les pas qui nous reviennent sont au nombre de deux, insignifiants par rapport à la distance que Jésus, le Messie divin, a comblée pour s’approcher de nous ; mais pour nous ils sont extrêmement importants, et ils ne manquent pas de difficultés dramatiques en ce qui nous concerne.
Le premier pas, le grand pas, qui humilie notre orgueil fermé, notre autosuffisance présomptueuse, mais qui élargit notre esprit aux dimensions immenses et exaltantes de la Parole révélatrice de Dieu, est la foi. Au seuil de la crèche, de l’Evangile, du salut, il y a la foi. De notre côté, il faut la foi ; nous devons croire au royaume de Dieu qui est ouvert devant nous, et dire avec le personnage anonyme de l’Évangile : « Je crois, Seigneur, mais Toi, viens en aide à mon incrédulité » (Mc 9,24).
Puis le second pas que la célébration du Jubilé veut signifier, avec sa discipline spirituelle simple mais profonde, et avec l’ouverture symbolique de ses portes de miséricorde et de pardon, le pas de la métamorphose intérieure, le pas courageux de la vérité morale, le pas évangélique du fils prodigue qui retourne à la maison paternelle, le pas que le Père attend et que du dedans il inspire et rend joyeux : le voilà, c’est le pas de la conversion du coeur : « Je me lèverai et j’irai ».
Chacun de nous peut le faire, ce pas, il le doit. C’est, au fond, si facile. C’est si beau. C’est si doux. C’est le pas que nous sommes en train de faire. Le pas de Noël pour l’Année Sainte, qu’ensemble nous avons inaugurée cette nuit.
L’Église est avec nous ! Que le monde le soit de même ! Le coeur rempli de ces souhaits, nous reprenons maintenant notre prière.
Homélies 1974