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40 On a tenté parfois d’accuser l’Eglise d’avoir attribué une trop grande importance à la mission de Marie et à son culte, sans souci de l’irrévérence, par là démontrée à l’égard du mystère de l’Incarnation et de l’abandon ainsi admis de l’économie historique et théologique de ce mystère fondamental. Le culte que l’Eglise rend à Marie ne porte en rien préjudice à la totalité et à l’exclusivité de l’adoration qui est due uniquement à Dieu et au Christ en tant que Fils consubstantiel avec le Père : un tel culte nous guide plutôt vers cette adoration et nous en garantit l’accès parce qu’il remonte la voie que le Christ a parcourue en descendant pour se faire homme.
Nous avons déjà exposé quelques considérations dans notre Exhortation Apostolique Marialis cultus (AAS 1974, p. 113 et suiv.) ; et nous voudrions que votre dévotion envers la Vierge Marie et votre souci de commémorer dignement Noël, vous suggèrent des pensées et des sentiments qui disposent précisément vos âmes à célébrer le mystère de Noël avec, au coeur, la joie de Marie.
Avec notre bénédiction Apostolique. (Cf. le chapitre L’Eglise et la Vierge Marie dans Méditation sur l’Eglise, du R.P. Henri de Lubac, p. 241 et suiv.).
28 décembre
Chers Fils et Filles,
Noël est une fête qui demeure. Nous le disons en nous référant à l’influence que cette fête liturgique doit exercer sur nos âmes, n’y laissant pas uniquement distinct du temps qui s’écoule, comme cela se passe pour les événements qui s’insèrent dans notre vie et que des circonstances particulières ont rendus mémorables, gravant leur souvenir dans notre esprit. Noël, comme source toujours vive de pensées et de stimulants pédagogiques, moraux et religieux, reste et doit rester comme un jour sans couchant qui répand sa lumière également sur le temps qui suit sa propre date chronologique.
Il faut repenser Noël. Comme l’ont fait les bergers qui, convoqués par l’Ange pour constater que Jésus était né, furent les premiers témoins de l’événement. Ils allèrent donc à Bethléem, trouvèrent Jésus avec Marie et Joseph et, au retour, « ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ; et tous ceux qui les entendirent furent émerveillés de ce que leur racontaient les bergers » (Lc 2,18). Et nous pouvons dire que c’est ainsi que l’Evangile a commencé à se faire connaître, à se répandre discrètement et secrètement, et à contribuer à la formation de cette conscience populaire messianique qui fera accueil à la prédication de Jean-Baptiste, le Précurseur, puis à celle du Christ lui-même.
Mais il est une autre circonstance qui nous conseille de méditer le fait de Noël évoqué par la fête liturgique afin d’y découvrir le sens, la signification transcendante qui s’y cache et qu’il manifeste. Noël a un contenu secret que seul peut découvrir celui qui le cherche. Pensons à la Vierge elle-même, à l’extase de son âme d’une extraordinaire limpidité, consciente déjà du mystère de sa divine maternité (cf. Lc Lc 1,28 et ss.), et toute absorbée dans la méditation de ce qui s’accomplissait en elle et autour d’elle. C’est encore l’Evangile de Saint Luc qui nous dit, pour conclure son récit des événements de la nuit de Noël : « Quant à Marie elle conservait avec soin tout ces événements et les méditait en son coeur » (Lc 2,19). Cette attitude de recueillement, de réflexion, de méditation de la Vierge nous est rapportée également dans un autre passage de l’Evangile qui est en quelque sorte une conclusion du récit évangélique au sujet des douze premières années de la vie de l’Enfant Jésus : « Et sa mère gardait fidèlement tous ces souvenirs en souvenirs en sou coeur » (Lc 2,51). Et ainsi nous est proposé, le premier exemple de vie contemplative dans l’histoire évangélique : l’exemple est merveilleux et riche d’enseignements. La présence du Christ dans le monde est certes une lumière qui l’éclairé, avec le diaphragme du mystère : un mystère qui exige de chacun de nous une attention, une exploration. La révélation n’est pas seulement un fait sensible et extérieur ; c’est une révélation enrobée dans la parabole (Cf. Mt Mt 13,13). Voit celui qui veut voir ; voit celui qui regarde ; voit celui qui veut pénétrer le sens, les fins de la révélation. Celle-ci est sans limites dans son contenu divin et elle justifie ainsi l’effort contemplatif des fidèles auquel le divin Maître dira : « Quant à vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu’elles entendent » (Mt 13,16).
C’est pourquoi, si nous voulons que Noël ait une influence positive et efficace, nous ne devons pas le ranger parmi les moments passés de notre vie spirituelle, mais il doit rester ! Avant tout comme événement déterminant de notre conscience religieuse : Le Verbe de Dieu s’est fait homme ! Ceci est un fait qui doit soutenir comme un authentique pivot notre manière de penser et de vivre. D’ailleurs, le fait d’être chrétien, ce n’est pas quelque chose de secondaire, de discutable, d’inconstant; il ne s’agit pas d’une idéologie subjective et adaptable à des courants facultatifs de l’esprit historique ou de la mentalité ambiante. C’est la vérité heureusement contraignante, transfigurante et vivifiante. « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). La crèche, oui, nous force à nous agenouiller devant le mystère de l’Incarnation, mystère d’humilité infinie, mais mystère de gloire infinie pour le Christ et de salut pour nous (cf. Ph Ph 2,1-11).
Et puis comme école : l’exemple de la crèche n’épuise pas ses enseignements en une leçon passagère de merveille idyllique et de poésie pastorale : la crèche est un miroir de la vie conçue selon l’Evangile, une vie dans laquelle ne sont pas éteintes les énergies de l’action, ni les valeurs de l’activité humaine, mais plutôt, énergies et valeurs, engagées dans un effort total de l’humble amour.
Tâchons donc de repenser Noël comme un point de départ, une ligne qui veut être la trajectoire pour la démarche d’une vie chrétienne authentique.
41 Avec notre bénédiction apostolique.
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