Audiences 1977 23

L’ACTION ÉCLAIRÉE PAR LA FOI





Chers Fils et Filles,



Une des pensées qui pénètrent dans l’esprit lorsqu’une pause dans les occupations extérieures permet de réfléchir consciencieusement sur soi-même, concerne les principes de l’activité personnelle, comme lorsqu’on se demande : « que fais-je » ? et spécialement : « pourquoi le fais-je ? quels sont les motifs de mon action ? ». Les motifs peuvent être nombreux et, d’habitude, ils dépendent l’un de l’autre; ils sont hiérarchisés. Ainsi, par exemple, on travaille pour gagner son salaire ; et le salaire pour vivre.

24 D’où la demande : quel est le motif, quel est le but, supérieurs à tous les autres, qui donnent à une vie sa qualification professionnelle ou, mieux, morale ? Le but en soi, l’objectif général de l’activité, c’est de faire le bien. Mais quel bien ? le moral ? le bien pour soi-même ? le bien utile ? le bien agréable ? le bien facile ? le bien possible ? L’honnêteté naturelle de notre vie dépend de cette réponse fondamentale : la valeur morale de notre existence est fonction du but principal et supérieur qui la guide.

Une question qui paraît facile, mais qui pose tant de problèmes auxquels les hommes, ceux qui sont braves et bons, savent souvent donner des réponses magnifiques mais toujours incomplètes par rapport aux fins globales. Il y a ceux qui se contentent d’édifier la moralité humaine dans sa dimension purement naturelle, même si elle est dilatée jusqu’à ses limites extrêmes (cf. Térence « Homo sum, nihil a me alienum puto »). D’ailleurs, est-ce vraiment et toujours possible ? Il y a ceux qui refusent d’admettre le moindre principe moral absolu : le « permissivisme » moderne empêche tout recours à des normes supérieures et contraignantes.

Et nous chrétiens ? Certes, nous sommes pour la primauté de la liberté ; mais d’une liberté en correspondance, en cohérence avec le devoir. Mieux encore, nous avons une conception religieuse de la perfection humaine, de la justice au plein sens du mot ; nous estimons que celle-ci ne peut nous être donnée que par le Christ, par la foi qui nous prescrit une justice surnaturelle, et qui nous apporte l’aide, la grâce pour être vraiment bons. Rappelons-nous toujours les paroles de Saint Paul : « L’homme juste vivra par la foi ».

De la foi, nous devons tirer les principes normatifs et les principes pratiques de la vie juste et bonne (cf. Ga
Ga 3,11).

Avec notre Bénédiction Apostolique.






27 juillet



UNE, SAINTE, CATHOLIQUE, APOSTOLIQUE





Chers Fils et Filles,

De quoi allons-nous parler pendant ce bref moment de conversation ? De l’Eglise, naturellement. Une visite à Rome, comme votre visite de pèlerins, une visite d’étrangers, fait certainement naître spontanément dans votre esprit la curiosité, le désir de vous faire une nouvelle idée, une idée plus claire que celle que vous avez de cette grande et mystérieuse institution qu’est l’Eglise ; vous pensez, en effet que là où l’Eglise a son centre, là où vous pouvez rencontrer le Pape, le Chef de l’Eglise, vous pourrez avoir une connaissance directe, plus complète, plus exacte, plus mémorable de l’Eglise même. Il en est ainsi, précisément. Nous vous suggérons, pendant votre séjour à Rome, de répéter, du fond du coeur, les paroles si souvent répétées du Credo de la Messe dominicale : « Je crois... ». En ce lieu, cette expression acquiert une gravité particulière : « Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique ».

Que ces paroles vous soient chères. Ce sont des paroles de vie. Elles semblent répondre à une question très simple et cependant très difficile. Qu’est-ce que l’Eglise ? Il ne suffit certainement pas de répondre que l’Eglise est l’édifice sacré où l’on va prier. Puis vous entendez, au sujet de l’Eglise, les définitions les plus étranges, les plus arbitraires, généralement incomplètes et partiales, parfois même blessantes. Vous êtes, à notre avis, tous baptisés ; vous appartenez donc à l’Eglise. Eh bien, qu’est-ce que l’Eglise ? Le Concile Vatican II, célébré il y a quelques années, en a donné plusieurs définitions plutôt descriptives qui font voir la richesse, la profondeur, la beauté de ce terme : « l’Eglise ». Les Maîtres de la religion, les Evêques, les théologiens et d’autres experts ont eu également des mots merveilleux et profonds à son sujet et il n’est pas facile de les répéter, de les résumer : on a dit, par exemple, que l’Eglise est le dessein de Dieu sur l’humanité, qu’elle est le royaume de Dieu dans le monde, l’oeuvre de Dieu, l’édifice que Dieu bâtit dans l’histoire ; elle est le Peuple de Dieu ; elle est l’Alliance de Dieu avec les hommes ; elle est le Corps mystique du Christ... Des idées grandioses, des idées immenses qui ont ceci de particulier que, du fait qu’elles sont des idées divines et universelles, elle nous concernent aussi de manière toute spéciale, et investissent notre destin. Nous ne pouvons faire abstraction du concept d’Eglise pour définir en quelque mesure notre être même, notre vie, notre sort. Nous sommes l’Eglise. C’est-à-dire que nous sommes « appelés » ; Eglise signifie convocation, signifie appel, signifie réunion du peuple (cf. Dt Dt 9,10 Ac 19,32) ; signifie l’humanité réunie par la voix et par la grâce de Dieu, par le Christ, dans l’Esprit Saint (cf. Ac Ac 2,39 Rm 8,30 cf. Bellarmin, De Eccl. militante, I ; voici la définition Bellarmin , « L’Eglise est la communauté tous les fidèles »).

La première intention divine qui engendra l’Eglise est donc celle de communauté, puis mieux, celle d’unité. En fait, une communauté compacte et bien agencée comme un édifice parfaitement construit ; souvenez-vous de l’idéal de Jésus : « J’édifierai mon Eglise » (Mt 16 Mt 18). Rappelez-vous que cette unité Jésus lui-même l’a proclamée dans ses ultimes paroles, celles de la prière ineffable, la nuit précédant la Passion, après la Cène : « que tous soient une seule chose » (Jn 17, 11, 21, 22). Ici est le mystère : Jésus le fait comprendre en déclarant que cette unité, propre aux disciples du Christ, jaillit de l’unité même du Fils avec le Père et qu’elle est donc insondable pour notre pensée ; nous devons la proclamer et nous devons la vivre : mois nous ne pourrons pas la comprendre ; nous devons « la croire ». De fait, ces prérogatives propres de l’Eglise : « une sainte, catholique et apostolique » dont nous avons parlé, peuvent revêtir deux significations : l’une, celle de propriété caractéristique de l’Eglise, c’est-à-dire manière d’être, qualités inhérentes à la nature de l’Eglise ; et en ce sens, elles sont des vérités mystérieuses que seule la foi recueille, médite et célèbre ; l’autre signification est, par contre, celle qui découle de leur manifestation extérieure et, sous cet aspect, ces paroles bénies deviennent des « notes », comme on le dit. C’est-à-dire des signes qui, humainement, peuvent se connaître et illustrent, pour ceux qui sont capables de l’observer, la splendeur miraculeuse de l’Eglise (cf. Journet L’Eglise... II, 1193, et ss. ; Bossuet, Lettre sur le mystère de l’unité de l’Eglise), de l’Eglise qui est, répétons-le une, sainte, apostolique et catholique.

Voici, Fils et Frères : nous vous exhortons à recueillir ce témoignage de l’Eglise sur elle-même ; et, aujourd’hui, au sujet de sa première qualité, celle de l’unité ; ici à Rome, près de la tombe de l’Apôtre Pierre, et précisément dans cette période de la vie de l’Eglise, si agitée, si opprimée et cependant si certaine d’elle-même ; fixer aujourd’hui votre attention sur cette première « note » qui atteste clairement l’origine divine de l’Eglise; nous disions : son unité. L’unité de l’Eglise et dans l’Eglise nous fait penser à la source dont elle provient : de Dieu Lui-même ; puis du Christ Chef de l’Eglise et identifié dans toute sa plénitude avec sa seule et unique Eglise ; et l’Esprit Saint, âme incréée de l’Eglise, qui alimente sa vie, qui est la grâce, qui est la charité.

25 Vous sentirez naître en vous-même la nostalgie de l’unité de l’Eglise ; de l’oecuménisme, par exemple, impatient de se recomposer dans la paix d’une seule foi, sous la direction d’un seul Pasteur (Jn 10,16) ; vous éprouverez de la souffrance pour toute division, pour tout particularisme désobéissant, pour tout schisme, pour toute hérésie, pour toute désagrégation anarchique qui renie cette unité pour laquelle le Christ a souffert la Croix (Jn 11,52). Et vous bénirez votre séjour à Rome, comme motif d’une nouvelle béatitude révélatrice (Mt 13,16).

Avec notre Bénédiction Apostolique.






3 août



JE CROIS EN L’EGLISE CATHOLIQUE





Frères vénérés,

Chers Fils et Visiteurs !



Un mot, un seul mot mais qui suffise à établir dans cette Audience estivale un rapport spirituel entre vous tous et notre humble mais paternelle personne.

Ce mot est celui qui, nous l’espérons, nous définit tous : « catholique ». Il se rattache à celui que nous avons rappelé au cours de l’Audience précédente sur l’unité de l’Eglise. L’un et l’autre se réfèrent à la profession de foi que nous prononçons toujours avec gravité, en récitant le « Credo », c’est-à-dire en affirmant : « Je crois... en la sainte Eglise catholique », ou, plus précisément, comme il est dit dans le symbole adopté pour la célébration de la Messe : Je crois l’Eglise « une, sainte, catholique et apostolique ».

D’où vient cette appellation de l’Eglise, ornée du titre de « catholique », que nous ne trouvons pas textuellement dans la Sainte Ecriture ? Les savants nous disent que le premier qui assigna à l’Eglise le titre de « catholique » fut Saint Ignace d’Antioche, célèbre martyr du début du II° siècle, quand il écrivit de Rome une de ses fameuses lettres à l’Eglise de Smyrne (8, 2). Mais la notion de « catholique » attribuée à l’Eglise ne manque certainement pas dans le nouveau Testament. Il suffit de rappeler les dernières paroles du Seigneur à la fin de l’Evangile de Saint Mathieu : Jésus ressuscité fait ses adieux aux Apôtres avant de monter au ciel, et leur dit : « ... allez et instruisez toutes les nations » (Mt 28,19). Que veut dire le terme « catholique » ?

Il veut dire universel, et se rapporte directement au « corps » de l’Eglise, comme l’unité se réfère à l’Esprit qui la fait vivre d’une façon divine. Les deux propriétés ou notes, catholicisme et unité, s’intègrent pour signifier la catholicité. Mystère prodigieux que nous ne pouvons connaître, dans son dessein transcendant, que par la foi. Elle nous fait découvrir et admirer l’Amour de Dieu pour toute l’humanité (cf. 1Tm 2,4), et nous aide à admirer ensuite la vocation missionnaire de l’Eglise, et son aptitude à se répandre sur toute la terre, à embrasser le monde entier, à s’insérer dans chaque peuple, et à rendre frères tous les hommes. Et cela non comme le résultat de l’oppression d’un peuple sur l’autre, d’une classe sociale sur une autre classe sociale, d’un totalitarisme inexorable et intransigeant, qui ne peut naître de l’unification forcée et artificielle de l’humanité, privée de la liberté des fils de Dieu, mais qui peut surgir seulement de la diffusion du règne ouvert par le Christ, au-delà de l’horizon de ce monde. Celui-ci peut aussi provenir de la catholicité de l’Eglise, féconde et inépuisable source de civilisation temporelle.

Que cela suffise pour l’instant. Nous vous invitons à méditer et à aimer ce titre de « catholique » qui est essentiellement inséré dans l’économie authentique de l’Evangile et qui se déverse sur notre vocation de disciples du Christ pour élargir nos coeurs à la dimension incommensurable de la charité de Dieu pour nous et pour l’humanité toute entière.






10 août



L’EGLISE APOSTOLIQUE





26 Chers Fils et Filles,



Vous aimeriez certainement, vous aussi, savoir distinguer, au milieu de si nombreuses manifestations religieuses de l’histoire et du monde contemporain, où se trouve la vraie religion. Et si la religion chrétienne se présente comme celle qui mérite notre préférence et donc notre choix à tant de titres (titres qui sont présents à votre esprit, nous le présumons), une question cependant demeure dans notre esprit : au milieu de si nombreuses professions de foi chrétienne, existe-t-il une profession de foi qui soit non seulement prééminente mais aussi unique et exclusive ? Où est la véritable Eglise ? Quels sont les signes qui la distinguent ? Et si nous avons l’habitude de réciter le « Credo » de la sainte messe, nous trouvons déjà la réponse sur nos lèvres : « Je crois... à la sainte Eglise, une, sainte, catholique et apostolique ». Nous croyons que ces titres sont la propriété intrinsèque de cette grande et singulière institution, qui s’appelle l’Eglise, parce que le Christ son Fondateur l’a voulu ainsi. Nous savons ainsi que ces caractéristiques transparaissent normalement, même à l’extérieur dans la vie historique et humaine de ce « corps mystique » du Christ, qu’est l’Eglise. Et c’est ce qui nous garantit que si nous lui restons fidèles, par la grâce de Dieu, nous sommes sur la voie juste. Le Christ a fondé une seule, une unique Eglise : le Christ n’a pas mis de frontières à son universalisme, il l’a voulue catholique. Il a aussi voulu qu’elle soit sainte, comme une source pure et inépuisable, même si tous ceux qui boivent à cette source ne sont pas tous également purs et limpides, même si tous ne ressentent pas le besoin d’une purification, c’est-à-dire d’être sanctifiés par la grâce qui déborde de l’Eglise. Et enfin nous croyons finalement en une Eglise apostolique ; elle n’a pas été inventée par quelque homme de génie ; elle n’est pas sortie d’un quelconque mouvement social. Nous la voulons « apostolique » c’est-à-dire issue des apôtres ; ce sont eux et eux seuls qui ont été directement et exclusivement chargés par le Christ d’être les témoins authentiques de sa parole et de son oeuvre. Ceci veut dire que le Christ Jésus s’est choisi des ministres pour garder, transmettre, défendre l’oeuvre de la Rédemption qu’il a accomplie.

Jésus a voulu une Eglise organisée. Tout l’Evangile l’atteste. Jésus n’a pas écrit, il a parlé, il a proclamé, en s’adressant à ses disciples : « Qui vous écoute, m’écoute ; et qui vous méprise me méprise... et méprise Celui qui m’a envoyé » (
Lc 10,16). Jésus n’a pas dit : « Le texte de l’Ecriture suffit », parce que l’Ecriture elle-même vient d’un magistère qui lui a donné son origine. D’ailleurs le Christ n’a autorisé personne à s’ériger en législateur entre les hommes et Dieu pour fonder une nouvelle forme de religion que Lui seul peut établir (cf. 1Tm 2,4-7 Mt 19,40 Jn 20,21 etc. ).

Cette note d’apostolicité concerne pratiquement la transmission du message de la foi, qui est une vérité difficile et exigeante. Cette transmission demande une fidélité absolue, écarte tout arbitraire, précisément quand elle confère un pouvoir hiérarchique aux apôtres qui en sont revêtus. Se détacher de l’apostolicité veut dire se détacher du Christ et s’exposer à une contestation de la foi et à la sécheresse de la religion.

C’est ainsi que se manifeste, si l’on y réfléchit bien, l’amour de Dieu à l’égard de l’Eglise pour qu’elle soit maîtresse de vérité et de charité. Nous croyons donc, dans l’exultation, à l’apostolicité de l’Eglise.






17 août



SAINTETÉ DE L’EGLISE





Chers Fils et Filles,



Une expression de notre credo, sur laquelle nous avons déjà fait porter notre attention, nous oblige à compléter avec modestie notre entretien spirituel avec vous, très chers frères et fils qui êtes venus assister à cette audience générale: c’est la caractéristique de « sainte » appliquée à l’Eglise, qualité que nous reconnaissons et que nous proclamons avec foi quand nous récitons le « Credo ». « Je crois — c’est ce que chacun de nous affirme quand il dit le Credo — à l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique ». C’est une très belle expression, parce qu’elle passe en revue les quatre causes essentielles dont la vie transcendante de l’Eglise dérive. La cause efficiente fait que l’Eglise est apostolique ; la cause formelle lui permet de se définir une ; la cause matérielle fait qu’elle est catholique ; et nous devons dire qu’elle est sainte en raison de la cause finale (cf. Ch. Journet, L’Eglise... 11, 1185).

Ceci va bien sous forme de concepts. Mais quand on parle, comme nous aujourd’hui avec vous, de la sainteté de l’Eglise, il surgit, dans l’esprit de bien des personnes qui réfléchissent, une objection déconcertante. En effet : n’est-il pas exagéré de reconnaître de fait la sainteté de l’Eglise, alors que nombreux sont ceux — dis-je — tous ses membres qui vivent dans le temps, sur la terre, se disent et doivent se dire pécheurs Et quand, par ailleurs les très rares fidèles, déclarés « saints » par l’Eglise, sont déjà hors de ce monde ; ils sont en paradis, ils ont fait des miracles, et leur canonisation, c’est-à-dire la reconnaissance officielle de leur sainteté exige un examen, une vérification assez longue et difficile de la part des autorités compétentes de l’Eglise elle-même.

A cette objection, on peut facilement donner plusieurs réponses. La première est celle-ci : déclarer l’Eglise sainte veut dire avant tout qu’elle jouit d’une relation essentielle avec le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, et cause méritoire de leur salut. Et cette médiation est entre les mains de l’Eglise qui est sainte parce qu’elle sanctifie, non par ses mérites personnels mais en vertu de la foi et de la grâce dont elle a été faite dispensatrice et maîtresse.

En second lieu, nous devons dire que l’Eglise est sainte parce que tous ses membres ont été sanctifiés par le baptême, puis par les autres sacrements et ensuite par l’Esprit Saint qui est comme la respiration divine. Cette respiration divine, l’Eglise l’offre continuellement à ses fils, en les instruisant dans la foi, et en les exhortant à une conduite conforme à la loi divine et naturelle ; et cette justice, distincte des signes prodigieux et charismatiques accordés à certains fidèles, doit marquer de son empreinte et qualifier la vie de chaque chrétien qui, dans le langage des origines de l’Eglise, était appelé saint.

27 Et enfin nous reconnaîtrons au superlatif cette appellation de sainte à l’Eglise parce que ce titre, plus qu’il ne convient à ses membres en particulier, caractérise sa fonction dans le temps, c’est-à-dire la fonction de sanctification qui préfigure le but vers lequel se dirige son pèlerinage fatigant dans le temps. Ce but est précisément la sainteté des fidèles, admis par la miséricorde de Dieu à cette ultime et très sainte possession (cf. Mt Mt 5,8 1Jn 3,2).

Nous nous souviendrons que chacun de nous est appelé à cette honnêteté de vie, à cette religion de l’esprit, que l’on peut appeler sainteté et qui, finalement, comme nous l’enseigne la théologie de saint Thomas exige de nous une pureté de moeurs et une volonté ferme (S. Thomas II-II 81,8).






24 août



L’EGLISE, PEUPLE FIDÈLE RÉPANDU DANS LE MONDE





Chers Fils et Filles,



De quoi pouvons-nous, de quoi devons-nous vous parler ? De l’Eglise, encore et toujours de l’Eglise !

Tout d’abord parce que c’est notre mission. Le Seigneur n’a-t-il pas dit qu’il voulait fonder son Eglise sur Simon, fils de Jean, et ne lui a-t-il pas donné un nom nouveau, symbolique, ce nom nouveau, symbolique, ce nom de « Pierre » ? Ce nom qui signifie base fondement et qui, nous le savons bien, vise en tout premier lieu et d’une façon absolue le Christ lui-même, qui est la « pierre d’angle », et sur laquelle repose tout le dessein de salut de Dieu pour l’humanité (Mt 21,42 Ps 117,22 Ac 4,11-12). Nous ne pouvons pas nous dérober à la mystérieuse et fondamentale fonction qui nous a été confiée par Dieu (cf. Lc Lc 22,32 Jn 21,15-23).

En second lieu, parce que l’Eglise a été et est l’objet de l’amour sans limites du Christ lui-même : « Il a aimé l’Eglise, comme l’exprime saint Paul en des termes bien connus et ineffables, et s’est immolé lui-même pour elle » (Ep 5,25). Et c’est la raison pour laquelle si l’on scrute l’Eglise, on découvre la qualité et la grandeur de l’amour qui est passé du coeur du divin Rédempteur à l’humanité élue : ce n’est pas en vain qu’elle a été appelée l’Epouse de l’Agneau (Ap 21,9).

Et puis encore, parce que la méditation théologique de notre temps c’est l’encyclique du Pape Pie XII, du 29 juin 1943, suivie de la Constitution dogmatique Lumen Gentium, du 21 novembre 1964, qui ont révélé l’Eglise, comme si elle contemplait son mystérieux visage dans le miroir de la révélation divine (cf. Ch. Journet, L’Eglise, II, I, I ; H. de Lubac, Méditation sur l’Eglise, I).

Ajoutons encore un autre motif, qui nous invite à y arrêter notre attention par sa brièveté et sa simplicité de catéchisme élémentaire. C’est la difficulté qu’il y a à donner une définition de l’Eglise, ou tout au moins à en choisir une parmi toutes celles qui nous sont proposées avec autorité (cf. Lumen Gentium, LG 5, ss.). Ainsi par exemple : Royaume de Dieu, Corps mystique du Christ, Peuple de Dieu, « Eglise du Dieu vivant, colonne et fondement de la vérité » (1Tm 3,15-16). Quant à nous, nous nous arrêterons, en considération de sa brièveté, à la définition que donne saint Augustin et qui est rapportée dans le catéchisme destiné aux Pères du Concile de Trente. La voici : « L’Eglise est le peuple fidèle répandu dans le monde » (in Ps 149 cath. IX symb. art. Rm 2). A bien y réfléchir, il nous est demandé un effort mental : la définition écarte toutes les limites qui habituellement restreignent notre pensée quand elle se tourne vers l’humanité : limites du temps et de l’histoire, limites de sang et de peuple, limites d’espace et de lieu, limites d’intérêt particulier et de classe. La pensée reste concrète, seule la notion de Peuple demeure l’objet de notre considération, avec un caractère, spécifique et donc distinctif et limitatif, celui de la « fidélité », c’est-à-dire de l’adhésion à une Parole, la Parole de Dieu : l’Eglise est le Peuple fidèle, celui qui accepte l’invitation à la foi non pas à une foi vague, incertaine, exposée aux interprétations du libre examen, mais humblement et joyeusement soumise au magistère qualifié qui donne la sécurité : « Qui vous écoute, m’écoute » (Lc 10, 10,).

Nous en reparlerons, s’il plaît à Dieu. Mais en tout cas, nous voudrions que vos coeurs, très chers fils, soient remplis d’intérêt et de joie, dans la certitude inspirée que le Christ, la Voie, nous offre sa lampe qui est l’Eglise.

Avec notre bénédiction apostolique.






31 août



L’EVANGILE EST FEU ET LUMIÈRE





28 Vénérés Frères ! Très chers Fils ! Et vous tous, visiteurs toujours attendus et appréciés,



Votre présence éveille en nous une grande joie, une grande émotion, une grande stupeur. Elle suscite en nous la conscience de notre office pontifical. Cette rencontre et toute autre rencontre semblable avec de nouvelles personnes inconnues que nous sentons devoir aussitôt considérer comme des frères, des fils, des amis, nous oblige à penser, non pas à vous d’abord, mais à nous-même, avec déférence, avec crainte, avec émerveillement pour ce qui nous a été conféré, la mission de présider à l’Eglise Universelle. Les paroles de Jésus lui-même nous viennent aux lèvres. Celles qu’il a dû un jour adresser aux disciples que son Précurseur, Jean le Baptiseur, dit le Baptiste, envoya vers lui, de sa prison pour demander : « Toi, qui es-tu ? Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (
Mt 11,2-3). Il nous semble que la même question nous est adressée. Nous savons bien que vous avez tous une réponse précise à donner à cette interrogation ; celle-ci est, d’une part, d’une signification très dense et, d’autre part, étroitement liée à la réponse aux problèmes qui sous certains aspects, regardent chacun de vous et, sous d’autres aspects, touchent aux très importants problèmes des destinées du monde, il faut bien le dire. C’est pourquoi, dans notre faiblesse humaine nous nous sentons tentés de nous soustraire à la pressante demande : « Toi, qui es-tu ? » le Pape, qui est-il ? et de ne pas répondre à une interrogation aussi embarrassante et qui exige une réponse exacte.

Mais alors, la réponse nous revient à l’esprit, c’est-à-dire la définition que Jésus lui-même a voulu attribuer à Simon, fils de Jean et que nous avons héritée de Simon-Pierre : nous la lisons dans le Concile Vatican I (cf. Denz.-Schoen. 3050-3060), et nous la relisons dans le récent Concile Vatican II (Lumen Gentium, LG 18 et 23) : Jésus Christ établit, dans le bienheureux Pierre, « le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité de la foi et de la communion ». Un immense chapitre de la doctrine catholique est énoncé ici ; la foi, c’est-à-dire l’adhésion à la Parole divine, l’accepte, et la théologie le décrit, l’explique, le répand ; il nous révèle et nous enseigne qui est Pierre et tout légitime successeur de Pierre et, à la lumière de ce mystère, il nous présente ce que le Pape fait : et cette distinction nous permet d’oser dire ici quelques paroles élémentaires au sujet de ce second aspect de la mission confiée à Pierre ; également parce que le mystère de Pierre est immergé dans le secret de la pensée de Dieu, tandis que son activité est apparente, et peut être l’objet de la connaissance et du jugement communs, tout au moins extérieurement (cf. Jn Jn 10,38 Jn 14,12 etc. ).

En ce moment, nous nous limiterons à une vue d’ensemble que seul permet un discours purement indicatif comme celui-ci.

Eh bien, que fait l’Eglise ? Si elle est fidèle au Maître, si elle est fidèle à l’Esprit qui la guide, si elle est fidèle à l’humanité dans laquelle elle vit, et pour laquelle elle vit, l’Eglise fait beaucoup de choses, pour autant qu’elle en ait la liberté et, dans une certaine mesure, également les moyens » (cf. Mt Mt 14,17 Mt 17, 26, etc. ).

Mais écoutons le Seigneur quand, dans un discours ultime et récapitulatif il prescrit aux siens le programme de leur activité. Pour aujourd’hui, il nous suffira d’un mot, d’un seul ; mais un mot qui a donné une origine et un dynamisme, qui caractérise la vie chrétienne. Ce mot, parmi les derniers de l’Evangile de Saint Mathieu, le voici « Allez... » « euntes ». Jésus ne veut pas avoir des disciples spirituellement sédentaires (cf. Mt Mt 20,6) ; il les veut en mouvement, sur toute la surface de la terre. C’est pour cela qu’il les a appelés « Apôtres » (Lc 6,13), ce qui veut dire : envoyés, témoins, messagers, annonciateurs de sa parole et de son plan de salut. Précisons-le avec un titre de permanente actualité: Jésus a voulu qu’ils soient des « missionnaires » ; comme le Cardinal Suenens le démontre dans un de ses livres. Tout catholique vraiment fidèle à l’Evangile, doit, d’une manière ou de l’autre, être missionnaire. Une sainte, enfermée dans un cloître, Thérèse de l’Enfant Jésus, n’a-t-elle pas su être une ardente missionnaire ?

Il n’est permis au chrétien aucun respect humain, aucune indifférence spirituelle et encore moins un prosélytisme indiscret par rapport à la foi religieuse si celle-ci est appelée chrétienne, est appelée catholique ; il doit, au contraire, se qualifier par un sens sincère de la responsabilité, par un amour pour la diffusion de l’Evangile, par une solidarité missionnaire. L’Eglise est un ferment. Gravons dans nos coeurs la parole entraînante de Jésus : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il brûle ! » (Lc 12,49).

Ce feu, c’est l’Evangile qui doit brûler et éclairer. Nous sommes tous appelés à l’allumer et à le répandre. Que chacun s’en souvienne !

Avec notre bénédiction apostolique !






7 septembre



CROYEZ EN MES OEUVRES





Chers Fils et Filles,



29 Notre réflexion sera centrée de nouveau sur l’Eglise, considérée sous l’aspect de ses oeuvres plutôt que dans le mystère de son être. Cette méthode d’étude offre une apologie expérimentale de notre foi, et elle a été soutenue par le Christ lui-même en faveur de sa Personne divine et de sa mission messianique : « Quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en mes oeuvres » comme eut à l’affirmer le Seigneur dans la ferveur polémique de sa discussion avec les Juifs, ses adversaires (cf. Jn Jn 10,38). C’est là une controverse à l’égard de l’Eglise et de notre religion qui reste encore ouverte en des temps comme les nôtres où ce qu’attestent les preuves rationnelles et sensibles prévaut dans l’opinion publique sur les signes de l’Esprit et de la foi.

Et nous nous rappelons qu’au moment où il prit congé de la scène de ce monde, le Christ lui-même grava dans les dernières et célèbres paroles de l’Evangile la synthèse du programme d’activité de l’Eglise, un programme auquel nous allons accorder maintenant un moment d’attention. En effet Jésus dit à ses disciples, déjà constitutionnellement érigés en hiérarchie apostolique et ecclésiastique : « Allez et enseignez... » (Mt 28,19). Enseigner quoi ? « Tout ce que je vous ai commandé, ajouta le Seigneur ». Cette investiture magistérielle est souverainement importante! les disciples choisis comme apôtres (LE 6,13) sont élevés au rang de « témoins » (Ac 1,8 Ac 1,22 Ac 2,32 Ac 3,15 etc. ) ; ils sont les garants d’une vérité qui se nomme Evangile et qui leur sera intérieurement confirmée par le Paraclet, c’est-à-dire par l’Esprit qui les assiste et les console, ils sont les futurs « martyrs », c’est-à-dire ceux qui rendent témoignage de la Parole par leur sang ; ils sont les pasteurs, les guides qualifiés du Peuple de Dieu ; ils sont l’Eglise dans l’enseignement et également dans l’appréhension et dans l’expression de la science surnaturelle de Dieu, la foi.

De nos jours, comme toujours du reste au cours des siècles, on a entendu répéter : l’Eglise, pourquoi ? Que fait-elle ? A quoi sert-elle ? Eh bien, risquons l’hypothèse — heureusement irréelle après la venue du Christ — qu’à n’y ait plus l’Eglise apostolique sur la terre : qu’arriverait-il ? Il arriverait ce qui se passe durant une nuit sans lumière, dans un milieu fermé où la lampe s’est éteinte : une immense confusion au sujet de la perspective de l’espace vital, une interminable lutte sans raison, un temps sans espérance. « Je suis la lumière du monde, dit le Christ : qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jn 8,12).

Ici se présentent interminablement des questions : et spécialement au sujet de deux problèmes qui sont comme deux fenêtres ouvertes sur le caractère fixe des vérités, c’est-à-dire des dogmes que l’Eglise enseigne comme maîtresse des hommes et comme, elle tout d’abord, disciple du Christ, du seul et vrai Maître des suprêmes vérités qui ne nous sont pas accessibles par nous-même (Mt 23,8), disciple du Dieu révélateur. Et à cet égard nous savons parfaitement que l’attitude de l’Eglise, c’est-à-dire de la foi, est la fidélité, selon l’expression d’un Saint du V° siècle, St Vincent de Lérins : les vérités de la foi peuvent-être étudiées, expliquées, illustrées, mais toujours en leur conservant un identique sens substantiel (cf. Denz.-Schoen. 2803, 3020) ; l’autre dogme ou enseignement est celui du Cardinal Newmann, celui du développement de la doctrine comme un arbre de la même et féconde racine, où l’accroissement de la doctrine ne s’égare pas dans les contre-sens d’un certain pluralisme moderne, qui prétend être son propre arbitre et son propre juge, libre de modeler les mystères de la foi selon les paramètres des conceptions personnelles (cf. Denz.-Schoen. 3809). Comme nous le savons, l’Eglise est sévère à l’égard de la cohérence avec cette fidélité. Elle peut même se montrer absolument hostile à l’égard de certains systèmes et comportements, religieux et piétistes, qui, s’affranchissant de l’enseignement sans équivoque, éternel, authentique de la Révélation défendue par l’Eglise, relâchent d’abord et ensuite brisent les liens avec l’unique Vérité apostolique, la seule qui assure l’identité de la doctrine religieuse avec celle du Christ, qui exige amoureusement l’unité de son message de salut, scellé de sa Parole aux Apôtres : « Qui vous écoute, m’écoute » (Lc 10,16).

Qu’il en soit ainsi pour vous et pour nous, avec notre Bénédiction Apostolique (cf. R. Guardini, Vie de la foi, éditions du Cerf 1958, PP 102-115).






14 septembre




Audiences 1977 23