
Audiences 2007 23057
23057 Chers frères et soeurs,
Au cours de cette Audience générale, je voudrais m'arrêter sur le voyage apostolique que j'ai accompli au Brésil, du 9 au 14 de ce mois. Après deux années de Pontificat, j'ai finalement eu la joie de me rendre en Amérique latine, que j'aime tant et où vit, de fait, une grande partie des catholiques du monde. Ma destination a été le Brésil, mais j'ai voulu embrasser tout le grand sous-continent latino-américain, également parce que l'événement ecclésial qui m'a conduit en ce lieu a été la V Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes. Je désire renouveler l'expression de ma profonde gratitude pour l'accueil que j'ai reçu à mes chers frères évêques, en particulier ceux de São Paulo et d'Aparecida. Je remercie le Président du Brésil et les autres Autorités civiles de leur collaboration cordiale et généreuse; je remercie avec une grande affection le peuple brésilien pour la chaleur avec laquelle il m'a accueilli et pour l'attention qu'il a prêtée à mes paroles.
Mon voyage a tout d'abord eu la valeur d'un acte de louange à Dieu pour les "merveilles" accomplies chez les peuples de l'Amérique latine, pour la foi qui a animé leur vie et leur culture pendant plus de cinq cents ans. Dans ce sens, cela a été un pèlerinage, qui a atteint son sommet dans le Sanctuaire de la Madone d'Aparecida, première Patronne du Brésil. Le thème de la relation entre foi et culture a toujours une grande importance pour mes vénérés prédécesseurs Paul VI et Jean-Paul II. J'ai voulu le reprendre en confirmant l'Eglise qui est en Amérique latine et aux Caraïbes sur le chemin d'une foi qui s'est faite et qui se fait histoire vécue, piété populaire, art, dans un dialogue avec les riches traditions précolombiennes et, ensuite, avec les multiples influences européennes et d'autres continents. Le souvenir d'un passé glorieux ne peut bien sûr pas ignorer les ombres qui accompagnèrent l'oeuvre d'évangélisation du continent latino-américain: en effet, il n'est pas possible d'oublier les souffrances et les injustices infligées par les colonisateurs aux populations autochtones, souvent foulées au pied dans leurs droits humains fondamentaux. Mais le fait de mentionner, à juste titre, ces crimes injustifiables - des crimes par ailleurs déjà condamnés par des missionnaires comme Bartolomé de Las Casas et par des théologiens comme Francesco da Vitoria de l'Université de Salamanque - ne doit pas empêcher de prendre acte avec gratitude de l'oeuvre merveilleuse accomplie par la grâce divine parmi ces populations au cours de ces siècles. L'Evangile est ainsi devenu sur ce Continent l'élément porteur d'une synthèse dynamique qui, avec différents aspects selon les divers pays, exprime toutefois l'identité des peuples latino-américains. Aujourd'hui, à l'époque de la mondialisation, cette identité catholique se présente encore comme la réponse la plus adaptée, à condition d'être animée par une sérieuse formation spirituelle et par les principes de la doctrine sociale de l'Eglise.
Le Brésil est un grand pays qui conserve des valeurs chrétiennes profondément enracinées, mais qui affronte également d'immenses problèmes sociaux et économiques. Pour contribuer à leur résolution, l'Eglise doit mobiliser toutes les forces spirituelles et morales de ses communautés, en cherchant des convergences opportunes avec les autres énergies saines du pays. Parmi les éléments positifs, je peux indiquer avec certitude la créativité et la fécondité de cette Eglise, dans laquelle naissent sans cesse de nouveaux Mouvements et de nouveaux Instituts de vie consacrée. Tout aussi méritoire est le dévouement généreux de nombreux fidèles laïcs, qui se montrent très actifs dans les diverses initiatives organisées par l'Eglise.
Le Brésil est également un pays qui peut offrir au monde le témoignage d'un nouveau modèle de développement: en effet, la culture chrétienne peut promouvoir une "réconciliation" entre les hommes et la création, à partir du rétablissement de la dignité personnelle dans la relation avec Dieu le Père. Un exemple éloquent en est la "Fazenda da Esperança", un réseau de communautés de réinsertion pour les jeunes qui veulent sortir du tunnel obscur de la drogue. Dans celle que j'ai visitée, qui m'a laissé une profonde impression dont je garde le souvenir vivant dans mon coeur, la présence d'un monastère de Soeurs clarisses est significative. Cela m'a paru emblématique pour le monde d'aujourd'hui, qui a besoin d'une "réinsertion" certainement psychologique et sociale, mais encore plus profondément spirituelle. La canonisation, célébrée dans la joie, du premier saint natif du pays a également été emblématique: il s'agit de Frère Antonio de Sant'Anna Galvão. Ce prêtre franciscain du XVIII siècle, qui éprouvait une très profonde dévotion pour la Vierge Marie, apôtre de l'Eucharistie et de la Confession, fut appelé, déjà de son vivant, "homme de paix et de charité". Son témoignage est une confirmation supplémentaire du fait que la sainteté est la véritable révolution, qui peut promouvoir l'authentique réforme de l'Eglise et de la société.
Dans la cathédrale de São Paulo, j'ai rencontré les Evêques du Brésil, la Conférence épiscopale la plus nombreuse du monde. Leur témoigner le soutien du Successeur de Pierre était l'un des objectifs principaux de ma mission, car je connais les grands défis que l'annonce de l'Evangile doit affronter dans ce pays. J'ai encouragé mes confrères à poursuivre et à renforcer l'engagement de la nouvelle évangélisation, en les exhortant à développer de manière ramifiée et méthodique la diffusion de la Parole de Dieu, afin que la religiosité innée et diffuse des populations puisse être approfondie et devenir une foi mûre, une adhésion personnelle et communautaire au Dieu de Jésus Christ. Je les ai encouragés a retrouver partout le style de la communauté chrétienne primitive, décrite dans le Livre des Actes des Apôtres: assidue dans la catéchèse, dans la vie sacramentelle et dans la charité active. Je connais le dévouement de ces fidèles serviteurs de l'Evangile, qu'ils veulent présenter sans réductions ni confusions, en veillant sur le dépôt de la foi avec discernement; leur préoccupation constante est également de promouvoir le développement social principalement à travers la formation des laïcs, appelés à assumer des responsabilités dans le domaine de la politique et de l'économie. Je rends grâce à Dieu de m'avoir permis d'approfondir la communion avec les Evêques brésiliens, et je continue à les porter toujours dans ma prière.
Un autre moment caractéristique du voyage a sans aucun doute été la rencontre avec les jeunes, espérance non seulement pour l'avenir, mais force vitale également pour le présent de l'Eglise et de la société. C'est pourquoi la veillée qu'ils ont animée à São Paulo du Brésil a été une fête de l'espérance, illuminée par les paroles du Christ adressées au "jeune riche", qui lui avait demandé: "Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?" (Mt 19,16). Jésus lui indiqua tout d'abord "les commandements" comme le chemin de la vie, puis il l'invita à tout quitter pour le suivre. Aujourd'hui aussi, l'Eglise fait la même chose: elle repropose tout d'abord les commandements, véritable chemin d'éducation de la liberté au bien personnel et social, et surtout elle propose le "premier commandement", celui de l'amour, car sans l'amour, même les commandements ne peuvent pas donner un sens plein à la vie et procurer le véritable bonheur. Seul celui qui rencontre en Jésus l'amour de Dieu et se met sur cette voie pour le faire régner parmi les hommes, devient son disciple et son missionnaire. J'ai invité les jeunes à être des apôtres des jeunes de leur âge; et ce en soignant toujours leur formation humaine et spirituelle; à avoir une grande estime du mariage et du chemin qui conduit à celui-ci, dans la chasteté et la responsabilité; à être également ouverts à l'appel à la vie consacrée pour le Royaume de Dieu. En résumé, je les ai encouragés à mettre à profit la grande "richesse" de la jeunesse, pour être le visage jeune de l'Eglise.
Le sommet du voyage a été l'inauguration de la Cinquième Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes, dans le Sanctuaire de Notre-Dame d'Aparecida. Le thème de cette grande et importante assemblée, qui se conclura à la fin du mois, est "Disciples et missionnaires de Jésus Christ, afin que nos peuples aient la vie en Lui - Je suis le chemin, la Vérité et le Vie". Le binôme "disciples et missionnaires" correspond à celui que l'Evangile de Marc rapporte à propos de l'appel des Apôtres: "(Jésus) en institua douze pour qu'ils soient avec lui, et pour les envoyer prêcher" (Mc 3,14-15). Le mot "disciples" rappelle la dimension de la formation et de l'imitation, de la communion et de l'amitié avec Jésus; le terme "missionnaires" exprime le fruit de la condition de disciple, c'est-à-dire le témoignage et la communication de l'expérience vécue, de la vérité et de l'amour connus et assimilés. Etre disciples et missionnaires comporte un lien étroit avec la Parole de Dieu, avec l'Eucharistie et les autres Sacrements, vivre dans l'Eglise dans une écoute obéissante de ses enseignements. Renouveler avec joie la volonté d'être disciples de Jésus, d'"être avec Lui", est la condition fondamentale pour en être des missionnaires "en repartant du Christ", selon le mandat du Pape Jean-Paul II à toute l'Eglise après le Jubilé de l'An 2000. Mon vénéré Prédécesseur a toujours insisté sur une évangélisation "nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes, dans son expression", comme il affirma précisément en s'adressant à l'Assemblée du CELAM, le 9 mars 1983, à Haïti (cf. Insegnamenti VI/1 [1983], 698). Avec mon Voyage apostolique, j'ai voulu exhorter à poursuivre sur cette route, en offrant comme perspective unifiante celle de l'Encyclique Deus caritas est, une perspective inséparablement théologique et sociale, qui peut être résumée par cette expression: c'est l'amour qui donne la vie. "La présence de Dieu, l'amitié avec le Fils de Dieu incarné, la lumière de sa Parole, sont toujours des conditions fondamentales pour la présence et l'efficacité de la justice et de l'amour dans nos sociétés" (Discours d'inauguration de la V Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes, n. 4).
Je confie les fruits de cet inoubliable Voyage apostolique à l'intercession maternelle de la Vierge Marie, vénérée sous le titre de Notre-Dame de Guadalupe en tant que patronne de l'Amérique tout entière, et au nouveau saint brésilien, Frère Antonio de Sant'Anna Galvão.
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Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin, en particulier la Délégation des OEuvres pontificales missionnaires. Je les invite, en ces jours qui nous préparent à la Pentecôte, à implorer la venue de l’Esprit Saint, qui façonne le coeur des disciples et qui les invite à l’audace missionnaire.
30057 Chers frères et soeurs,
Avec la catéchèse d'aujourd'hui, nous reprenons le fil des catéchèses interrompu à l'occasion du voyage au Brésil et nous continuons à parler des grandes personnalités de l'Eglise antique: ce sont des maîtres de la foi également pour nous aujourd'hui et des témoins de l'actualité éternelle de la foi chrétienne. Nous parlons aujourd'hui d'un Africain, Tertullien, qui, entre la fin du deuxième siècle et le début du troisième, inaugure la littérature chrétienne en langue latine. C'est avec lui que commence une théologie dans cette langue. Son oeuvre a porté des fruits décisifs, qu'il serait impardonnable de sous-estimer. Son influence se développe à divers niveaux: de celui du langage et de la redécouverte de la culture classique, à celui de l'identification d'une "âme chrétienne" commune dans le monde et de la formulation de nouvelles propositions de coexistence humaine. Nous ne connaissons pas exactement la date de sa naissance et de sa mort. En revanche, nous savons qu'il reçut à Carthage, vers la fin du II siècle, de parents et d'enseignants païens, une solide formation rhétorique, philosophique, juridique et historique. Il se convertit ensuite au christianisme, attiré - semble-t-il - par l'exemple des martyrs chrétiens. Il commença à publier ses écrits les plus célèbres en 197. Mais une recherche trop individuelle de la vérité, ainsi que certains excès de son caractère - c'était un homme rigoureux - le conduisirent graduellement à abandonner la communion avec l'Eglise et à adhérer à la secte du montanisme. Toutefois, l'originalité de sa pensée liée à l'efficacité incisive de son langage lui assurent une position de relief dans la littérature chrétienne antique.
Ce sont ses écrits à caractère apologétique qui sont les plus célèbres. Ils manifestent deux intentions principales: celle de réfuter les très graves accusations que les païens formulaient contre la nouvelle religion, et celle - plus active et missionnaire - de transmettre le message de l'Evangile en dialogue avec la culture de l'époque. Son oeuvre la plus célèbre, l'Apologétique, dénonce le comportement injuste des autorités publiques envers l'Eglise; il explique et défend les enseignements et les moeurs des chrétiens; il détermine les différences entre la nouvelle religion et les principaux courants philosophiques de l'époque; il manifeste le triomphe de l'Esprit, qui oppose le sang, la souffrance et la patience des martyrs à la violence des persécuteurs: "Pour aussi raffinée qu'elle soit - écrit l'Africain -, votre cruauté ne sert à rien: elle constitue même une invitation pour notre communauté. A chaque coup de faux que vous nous portez, nous devenons plus nombreux: le sang des chrétiens est une semence efficace! (semen est sanguis christianorum!)" (Apologétique 50, 13). En vérité, en fin de compte, le martyre et la souffrance sont victorieux et plus efficaces que la cruauté et que la violence des régimes totalitaires.
Mais Tertullien, comme tout bon apologiste, ressent dans le même temps l'exigence de communiquer de manière positive l'essence du christianisme. C'est pourquoi il adopte la méthode spéculative pour illustrer les fondements rationnels du dogme chrétien. Il les approfondit de manière systématique, à commencer par la description du "Dieu des chrétiens": "Celui que nous adorons - atteste l'Apologiste - est un Dieu unique". Et il poursuit, en utilisant les antithèses et les paradoxes caractéristiques de son langage: "Il est invisible, même si on le voit; insaisissable, même s'il est présent à travers la grâce; inconcevable, même si les sens humains peuvent le concevoir; c'est pourquoi il est vrai et grand!" (ibid., 17, 1-2).
En outre, Tertullien accomplit un pas immense dans le développement du dogme trinitaire; il nous a donné en latin le langage adapté pour exprimer ce grand mystère, en introduisant les termes "une substance" et "trois Personnes". De même, il a également beaucoup développé le langage correct pour exprimer le mystère du Christ, Fils de Dieu et vrai Homme.
L'Africain aborde également l'Esprit Saint, en démontrant son caractère personnel et divin: "Nous croyons que, selon sa promesse, Jésus Christ envoya l'Esprit Saint au moyen du Père, le Paraclet, le sanctificateur de la foi de ceux qui croient dans le Père, dans le Fils et dans l'Esprit" (ibid., 2, 1). Dans l'oeuvre de Tertullien, on lit également de nombreux textes sur l'Eglise, que Tertullien reconnaît toujours comme "mère". Même après son adhésion au montanisme, il n'a pas oublié que l'Eglise est la Mère de notre foi et de notre vie chrétienne. Il s'arrête aussi sur la conduite morale des chrétiens, sur la vie future. Ses écrits sont importants également pour saisir des tendances présentes dans les communautés chrétiennes à propos de la Très Sainte Vierge Marie, des sacrements de l'Eucharistie, du Mariage et de la Réconciliation, du primat pétrinien, de la prière... En particulier, en cette époque de persécution, où les chrétiens semblaient une minorité perdue, l'Apologiste les exhorte à l'espérance, qui - selon ses écrits - n'est pas simplement une vertu en elle-même, mais une modalité qui touche chaque aspect de l'existence chrétienne. Nous avons l'espérance que l'avenir nous appartient parce que l'avenir appartient à Dieu. Ainsi, la résurrection du Seigneur est présentée comme le fondement de notre résurrection future, et elle représente l'objet principal de la confiance des chrétiens: "La chair ressuscitera - affirme catégoriquement l'Africain -: toute la chair, la chair elle-même, et la chair tout entière. Où qu'elle se trouve, celle-ci est en dépôt auprès de Dieu, en vertu du très fidèle médiateur entre Dieu et les hommes Jésus Christ, qui restituera Dieu à l'homme et l'homme à Dieu" (Sur la résurrection des morts 63, 1).
Du point de vue humain, on peut sans aucun doute parler d'un drame de Tertullien. Au fil des années, il devint toujours plus exigeant à l'égard des chrétiens. Il prétendait d'eux en toute circonstance, et en particulier dans les persécutions, un comportement héroïque. Rigide dans ses positions, il n'épargnait pas de lourdes critiques et finit inévitablement par se retrouver isolé. Du reste, aujourd'hui encore, de nombreuses questions restent en suspens, non seulement sur la pensée théologique et philosophique de Tertullien, mais également sur son attitude à l'égard des institutions politiques et de la société païenne. Cette grande personnalité morale et intellectuelle, cet homme qui a apporté une si grande contribution à la pensée chrétienne, me fait beaucoup réfléchir. On voit qu'à la fin, il lui manque la simplicité, l'humilité de s'insérer dans l'Eglise, d'accepter ses faiblesses, d'être tolérant avec les autres et avec lui-même. Lorsque l'on ne voit plus que sa propre pensée dans sa grandeur, à la fin, c'est précisément cette grandeur qui se perd. La caractéristique essentielle d'un grand théologien est l'humilité de demeurer avec l'Eglise, d'accepter les faiblesses de celle-ci ainsi que les siennes, car seul Dieu est réellement entièrement saint. Nous avons en revanche toujours besoin du pardon.
En définitive, l'Africain demeure un témoin intéressant des premiers temps de l'Eglise, lorsque les chrétiens étaient alors les authentiques sujets d'une "nouvelle culture" dans la confrontation rapprochée entre l'héritage classique et le message évangélique. C'est à lui que l'on doit la célèbre affirmation selon laquelle notre âme "est naturaliser chrétienne" (Apologétique 17, 6), dans laquelle Tertullien évoque l'éternelle continuité entre les authentiques valeurs humaines et les valeurs chrétiennes; et également cette autre réflexion, directement empruntée à l'Evangile, selon laquelle "le chrétien ne peut pas même haïr ses propres ennemis" (cf. Apologétique 37), dans laquelle la conséquence morale, inéluctable, du choix de foi, propose la "non violence" comme règle de vie: personne ne peut manquer de voir l'actualité dramatique de cet enseignement, également à la lumière du vif débat sur les religions.
En somme, dans les écrits de l'Africain, on retrouve de nombreux thèmes qu'aujourd'hui encore, nous sommes appelés à affronter. Ceux-ci nous appellent à une féconde recherche intérieure, à laquelle j'exhorte tous les fidèles, afin qu'ils sachent exprimer de manière toujours plus convaincante la Règle de la foi, celle - pour revenir encore une fois à Tertullien - "selon laquelle nous croyons qu'il existe un seul Dieu, et personne en dehors du Créateur du monde: il a tiré chaque chose du néant au moyen de son Verbe, engendré avant toute chose" (La prescription des hérétiques 13, 1).
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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les Frères membres du Chapitre général de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes. Prenant appui sur les authentiques valeurs culturelles, je vous invite tous à témoigner pacifiquement de la joyeuse espérance qui est vous.
6127 Chers frères et soeurs,
Dans la série de nos catéchèses sur les grandes personnalités de l'Eglise antique, nous arrivons aujourd'hui à un éminent Evêque du III siècle, saint Cyprien, qui "fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre". Sa réputation est également liée - comme l'atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie - à la production littéraire et à l'activité pastorale des treize années qui s'écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1; 1, 1). Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l'âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel: "Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure", écrit-il quelques mois après son baptême, "il m'apparaissait extrêmement difficile et pénible d'accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait... J'étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m'en libérer, tant je secondais mes vices et j'encourageais mes mauvais penchants... Mais ensuite, avec l'aide de l'eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée; une lumière souveraine se diffusa dans mon coeur; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper... Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l'esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l'Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste" (A Donat, 3-4).
Immédiatement après sa conversion, Cyprien - non sans être envié et en dépit des résistances - fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d'Evêque. Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l'Evêque dut s'engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n'avaient pas adopté une attitude correcte face à l'épreuve. Il s'agissait des lapsi - c'est-à-dire de ceux qui étaient "tombés" -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes. Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l'Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l'Evêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.
Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner: il fut sévère, mais non inflexible avec les lapsi, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire; il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l'Eglise africaine; il se démontra très humain et empli de l'esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste; il sut garder une juste mesure en rappelant aux fidèles - qui craignaient trop de perdre la vie et leurs biens terrestres - que pour eux la véritable vie et les véritables biens ne sont pas ceux de ce monde; il fut inébranlable dans sa lutte contre les moeurs corrompus et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l'avarice. "Il passait ainsi ses journées", raconte alors le diacre Pontius, "lorsque voilà que - sur ordre du proconsul - le chef de la police arriva à l'improviste dans sa villa" (Vie 15, 1). Le jour même, le saint Evêque fut arrêté et, après un bref interrogatoire, il affronta avec courage le martyre entouré de son peuple.
Cyprien rédigea de nombreux traités et lettres, toujours en rapport avec son ministère pastoral. Peu enclin à la spéculation théologique, il écrivait surtout pour l'édification de la communauté et pour le bon comportement des fidèles. De fait, l'Eglise est le thème qui lui est, de loin, le plus cher. Il fait la distinction entre l'Eglise visible, hiérarchique, et l'Eglise invisible, mystique, mais il affirme avec force que l'Eglise est une seule, fondée sur Pierre. Il ne se lasse pas de répéter que "celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l'Eglise est fondée, se donne l'illusion de rester dans l'Eglise" (L'unité de l'Eglise catholique, 4). Cyprien sait bien, et il l'a exprimé à travers des paroles puissantes, que, "en dehors de l'Eglise il n'y a pas de salut" (Epistola 4, 4 et 73, 21), et que "celui qui n'a pas l'Eglise comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père" (L'unité de l'Eglise catholique, 4). Une caractéristique incontournable de l'Eglise est l'unité, symbolisée par la tunique sans coutures du Christ (ibid., 7): une unité dont il dit qu'elle trouve son fondement en Pierre (ibid., 4) et sa parfaite réalisation dans l'Eucharistie (Epistola 63, 13). "Il n'y a qu'un seul Dieu, un seul Christ", admoneste Cyprien, "une seule est son Eglise, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde: et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature" (L'unité de l'Eglise catholique, 23).
Nous avons parlé de sa pensée concernant l'Eglise, mais il ne faut pas oublier, enfin, l'enseignement de Cyprien sur la prière. J'aime particulièrement son livre sur le "Notre Père" qui m'a beaucoup aidé à mieux comprendre et à mieux réciter la "prière du Seigneur": Cyprien enseigne comment, précisément dans le "Notre Père", la juste façon de prier est donnée aux chrétiens; et il souligne que cette prière est au pluriel, "afin que celui qui prie, ne prie pas uniquement pour lui. Notre prière - écrit-il - est publique et communautaire et, quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous ne formons qu'un avec tout le peuple" (L'oraison du Seigneur, 8). Ainsi, la prière personnelle et la prière liturgique apparaissent solidement liées entre elles. Leur unité provient du fait qu'elles répondent à la même Parole de Dieu. Le chrétien ne dit pas "Mon Père", mais "Notre Père", même dans l'intimité d'une pièce close, car il sait bien qu'en chaque lieu, en chaque circonstance, il est le membre d'un même Corps.
"Prions donc, mes frères très aimés", écrit l'Evêque de Carthage, "comme Dieu, le Maître, nous l'a l'enseigné". C'est une prière confidentielle et intime que celle de prier Dieu avec ce qui est à lui, d'élever vers ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de son Fils, lorsque nous récitons une prière: que celui qui habite intérieurement dans l'âme soit présent également dans la voix... En outre, lorsque l'on prie, il faut avoir une façon de s'exprimer et de prier qui, avec discipline, maintienne le calme et la discrétion. Pensons que nous nous trouvons devant le regard de Dieu. Il faut être agréables aux yeux de Dieu, aussi bien à travers l'attitude du corps que le ton de la voix... Et lorsque nous nous réunissons avec nos frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons nous rappeler de la crainte référentielle et de la discipline, ne pas disperser aux quatre vents nos prières avec des voix altérées, ni lancer avec un verbiage impétueux une requête qui doit être demandée à Dieu avec modération, car Dieu est l'auditeur non de la voix, mais du coeur (non vocis sed cordis auditor )" (3-4). Il s'agit de paroles qui restent valables aujourd'hui aussi et qui nous aident à bien célébrer la Sainte Liturgie.
En définitive, Cyprien se situe aux origines de cette tradition théologique et spirituelle féconde, qui voit dans le "coeur" le lieu privilégié de la prière. En effet, selon la Bible et les Pères, le coeur est au plus profond de l'homme, le lieu où Dieu habite. C'est en lui que s'accomplit la rencontre au cours de laquelle Dieu parle à l'homme, et l'homme écoute Dieu; l'homme parle à Dieu, et Dieu écoute l'homme: le tout à travers l'unique Parole divine. C'est précisément dans ce sens - faisant écho à Cyprien - que Smaragdus, abbé de Saint-Michel sur la Meuse au cours des premières années du IX siècle, atteste que la prière "est l'oeuvre du coeur, non des lèvres, car Dieu ne regarde pas les paroles, mais le coeur de l'orant" (Le diadème des moines, 1).
Très chers amis, faisons nôtre ce "coeur à l'écoute", dont nous parlent la Bible (cf. 1R 3,9) et les Pères: nous en avons tant besoin! Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons pleinement faire l'expérience que Dieu est notre Père, et que l'Eglise, la sainte Epouse du Christ, est véritablement notre Mère.
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J’accueille avec plaisir les pèlerins de langue française, en particulier tous les jeunes présents ce matin. À l’exemple de saint Cyprien, soyez des hommes et des femmes de prière, attentifs à la présence de Dieu, à l’écoute de sa Parole et au service de vos frères. Bon pèlerinage à tous !
Appel du Pape au sommet du G8 d'Heiligendamm
Aujourd'hui a commencé à Heiligendamm, en Allemagne, sous la Présidence de la République fédérale d'Allemagne, le Sommet annuel des chefs d'Etat et de gouvernement du G8, c'est-à-dire les sept pays les plus industrialisés du monde plus la Fédération russe. Le 16 décembre dernier, j'ai eu l'occasion d'écrire au Chancelier, Angela Merkel, pour la remercier, au nom de l'Eglise catholique, pour la décision de maintenir à l'ordre du jour du G8 le thème de la pauvreté dans le monde, avec une attention particulière à l'Afrique. Mme Merkel m'a aimablement répondu le 2 février dernier, en m'assurant de l'engagement du G8 en vue d'atteindre les objectifs de développement du millénaire. Je voudrais à présent adresser un nouvel appel aux responsables réunis à Heiligendamm, afin qu'ils maintiennent leurs promesses d'augmenter substantiellement l'aide au développement, en faveur des populations le plus dans le besoin en particulier celles du Continent africain.
Dans ce sens, le deuxième grand objectif du millénaire mérite une attention particulière: "Assurer l'éducation primaire pour tous; d'ici 2015, donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d'achever un cycle complet d'études primaires". Cet objectif est une partie intégrale de la réalisation de tous les autres objectifs du millénaire; c'est une garantie de consolidation des objectifs atteints; c'est un point de départ des processus autonomes et durables de développement.
Il ne faut pas oublier que l'Eglise catholique a toujours été en première ligne dans le domaine de l'éducation, en atteignant, en particulier dans les pays les plus pauvres, les lieux que les structures de l'Etat n'arrivent souvent pas à atteindre. D'autres Eglises chrétiennes, groupes religieux, et organisations de la société civile partagent cet engagement éducatif. Il s'agit d'une réalité que, dans le cadre de l'application du principe de subsidiarité, les gouvernements et les Organisations internationales sont appelées à reconnaître, à valoriser et à soutenir, également à travers l'affectation de contributions financières adéquates. Espérons que l'on travaille sérieusement afin d'atteindre ces objectifs.
13127 Chers frères et soeurs,
Dans l'histoire du christianisme antique, la distinction entre les trois premiers siècles et ceux qui suivirent le Concile de Nicée de 325, le premier Concile oecuménique, est fondamentale. Presque comme une "charnière" entre les deux périodes se trouvent ce qu'on appelle le "tournant constantinien" et la paix de l'Eglise, ainsi que la figure d'Eusèbe, Evêque de Césarée en Palestine. Il fut le représentant le plus qualifié de la culture chrétienne de son époque dans des contextes très variés, de la théologie à l'exégèse, de l'histoire à l'érudition. Eusèbe est en particulier célèbre comme le premier historien du christianisme, mais il fut également le plus grand philologue de l'Eglise antique.
A Césarée, où il faut probablement situer autour de 260 la naissance d'Eusèbe, Origène s'était réfugié en arrivant d'Alexandrie, et c'est là qu'il avait fondé une école et une importante bibliothèque. C'est précisément sur ces livres que devait se former, quelques décennies plus tard, le jeune Eusèbe. En 325, en tant qu'Evêque de Césarée, il joua un rôle important dans le Concile de Nicée. Il en approuva le Credo et l'affirmation de la pleine divinité du Fils de Dieu, défini pour cela "de la même substance" que le Père (homooúsios tõ Patrí). C'est pratiquement le même Credo que nous récitons chaque dimanche dans la sainte Liturgie. Admirateur sincère de Constantin, qui avait donné la paix à l'Eglise, Eusèbe en reçut à son tour l'estime et la considération. Il célébra l'empereur, non seulement dans ses oeuvres, mais également dans des discours officiels, prononcés lors du vingtième et du trentième anniversaire de son accession au trône, et après sa mort, qui eut lieu en 337. Deux ou trois ans plus tard, Eusèbe mourut lui aussi.
Chercheur inlassable, dans ses nombreux écrits, Eusèbe se propose de réfléchir et de faire le point sur trois siècles de christianisme, trois siècles vécus sous la persécution, en puisant largement aux sources chrétiennes et païennes conservées en particulier dans la grande bibliothèque de Césarée. Ainsi, malgré l'importance objective de ses oeuvres apologétiques, exégétiques et doctrinales, la réputation éternelle d'Eusèbe reste surtout liée aux dix livres de son Histoire ecclésiastique. C'est le premier qui a écrit une Histoire de l'Eglise, qui reste fondamentale grâce aux sources qu'Eusèbe a mises à notre disposition pour toujours. Avec cette Histoire, il réussit à sauver d'un oubli certain de nombreux événements, personnages et oeuvres littéraires de l'Eglise antique. Il s'agit donc d'une source primordiale pour la connaissance des premiers siècles du christianisme.
Nous pouvons nous demander de quelle façon il a structuré et avec quelles intentions il a rédigé cette oeuvre nouvelle. Au début de son premier livre, l'historien dresse avec précision la liste des thèmes qu'il entend traiter dans son oeuvre: "Je me suis proposé de mettre par écrit les successions des saints apôtres et les temps écoulés, à partir de ceux de notre Sauveur jusqu'à nous; toutes les grandes choses que l'on dit avoir été accomplies au cours de l'histoire de l'Eglise; tous ceux qui ont dirigé et guidé de manière éminente les plus illustres diocèses; et ceux qui, au cours de chaque génération, ont été des messagers de la Parole divine à travers la parole et les écrits; quelles et combien ont été les personnes, et à quelle époque, qui, poussées par un désir de nouveauté, après avoir persévéré le plus possible dans l'erreur, sont devenues des interprètes et des promoteurs d'une fausse doctrine, et comme des loups cruels, ont dévasté sans pitié le troupeau du Christ; ...et le nombre et les moyens avec lesquels, et à quelle époque, la Parole divine fut combattue par les païens; et les grands hommes qui, pour la défendre, sont passés à travers de dures épreuves de sang et de tortures; et, enfin, les témoignages de notre temps, et la miséricorde et la bienveillance de notre Sauveur envers nous tous" (1, 1, 1-2). Eusèbe traite de divers secteurs: la succession des Apôtres comme ossature de l'Eglise, la diffusion du message, les erreurs, puis les persécutions de la part des païens et les grands témoignage qui sont la lumière de cette Histoire. Dans tout cela transparaissent pour lui la miséricorde et la bienveillance du Sauveur. Eusèbe inaugure ainsi l'historiographie ecclésiastique, poussant son récit jusqu'en 324, année où Constantin, après la défaite de Licinius, fut acclamé unique empereur de Rome.
C'est l'année précédant le grand Concile de Nicée qu'il offre ensuite la "Summa" de ce que l'Eglise - d'un point de vue doctrinal, moral et aussi juridique - avait appris au cours de ses 300 ans.
La citation que nous venons de mentionner, tirée du premier livre de l'Histoire ecclésiastique, contient une répétition certainement intentionnelle. A trois reprises en quelques lignes seulement, revient le titre christologique de Sauveur, et il est explicitement fait référence à sa "miséricorde" et à sa "bienveillance". Nous pouvons ainsi saisir la perspective fondamentale de l'historiographie eusébienne: son histoire est une histoire "christocentrique" dans laquelle se révèle progressivement le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes. Avec un étonnement authentique, Eusèbe reconnaît "qu'auprès de tous les hommes du monde entier seul Jésus est dit, confessé, reconnu Christ [c'est-à-dire Messie et Sauveur du monde], qu'il est rappelé avec ce nom également par les grecs et par les barbares, qu'aujourd'hui encore, il est honoré comme un roi par ses disciples présents dans le monde, admiré plus qu'un prophète, glorifié comme le vrai et unique prêtre de Dieu; et, plus encore, en tant que Logos de Dieu préexistant et tiré de l'être avant tous les temps, il a reçu du Père un honneur digne de vénération, et il est adoré comme Dieu. Mais la chose la plus extraordinaire de toutes est que, lorsque nous lui sommes consacrés, nous le célébrons non seulement avec les voix et le son des paroles, mais avec toutes les dispositions de l'âme, de sorte que nous plaçons avant nos vies elles-mêmes le témoignage que nous lui rendons" (1, 3, 19-20). C'est ainsi qu'apparaît au premier plan une autre caractéristique, qui restera constante dans l'antique historiographie ecclésiastique: c'est "l'intention morale" qui préside au récit. L'analyse historique n'est jamais une fin en elle-même; elle n'est pas seulement faite pour connaître le passé; elle vise plutôt de manière décidée à la conversion, et à un authentique témoignage de vie chrétienne de la part des fidèles. Elle est un guide pour nous-même.
De cette manière, Eusèbe interpelle vivement les croyants de chaque époque à propos de leur façon d'aborder les événements de l'histoire, et de l'Eglise en particulier. Il nous interpelle nous aussi: quelle est notre attitude à l'égard des événements de l'Eglise? Est-ce l'attitude de celui qui s'y intéresse par simple curiosité, peut-être en recherchant à tout prix ce qui est sensationnel ou scandaleux? Ou bien l'attitude pleine d'amour, et ouverte au mystère, de celui qui sait - par foi - pouvoir retrouver dans l'histoire de l'Eglise les signes de l'amour de Dieu et les grandes oeuvres du salut qu'il a accomplies? Si telle est notre attitude, nous ne pouvons que nous sentir encouragés à une réponse plus cohérente et généreuse, à un témoignage de vie plus chrétien pour laisser les signes de l'amour de Dieu également aux générations futures.
"Il y a un mystère", ne se lassait pas de répéter cet éminent expert des Pères de l'Eglise que fut le Cardinal Jean Daniélou: "Il y a un contenu caché dans l'histoire... Le mystère est celui des oeuvres de Dieu, qui constituent dans le temps la réalité authentique, cachée derrière les apparences... Mais cette histoire que Dieu réalise pour l'homme, il ne la réalise pas sans lui. S'arrêter pour contempler les "grandes choses" de Dieu signifierait ne voir qu'un aspect des choses. Face à celles-ci se trouve la réponse des hommes" (Essai sur le mystère de l'histoire - "Saggio sul mistero della storia", éd. it., Brescia 1963, p. 182). Après tant de siècles, aujourd'hui aussi Eusèbe de Césarée invite les croyants, il nous invite, à nous étonner, à contempler dans l'histoire les grandes oeuvres de Dieu pour le salut des hommes. Et avec tout autant d'énergie, il nous invite à la conversion de notre vie. En effet, face à un Dieu qui nous a aimés de cette manière, nous ne pouvons pas rester inertes. L'instance propre à l'amour est que la vie tout entière doit être orientée vers l'imitation de l'Aimée. Faisons donc tout notre possible pour laisser dans notre vie une trace transparente de l'amour de Dieu.
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Je salue cordialement les pèlerins francophones présents ce matin, les invitant à porter un regard plein d’espérance sur le monde, que Dieu aime et dans lequel il les appelle à témoigner du Christ Sauveur.
Audiences 2007 23057