Pie XII 1940 - LETTRE A S. EM. LE CARDINAL JOSEPH-ERNEST VAN ROEY, ARCHEVÊQUE DE MALINES (31 juillet 1940)


DISCOURS AUX JEUNES ÉPOUX

(7 août 1940) 1

Reprenant le thème de son précédent discours aux jeunes époux, le Saint-Père expose ici quel poison sournois et d'autant plus virulent représente l'habitude des mauvaises lectures.

Lorsque sous le radieux soleil du mois d'août, l'enfant quitte sa famille pour la colonie de vacances, son père jugerait superflu de lui dire : « Mon cher enfant, n'emporte point de serpent dans ta petite valise ; et si jamais tu en rencontres un dans tes promenades, garde-toi de le prendre dans tes mains pour l'examiner. »

Toutefois l'amour paternel Nous inspire à votre adresse un conseil semblable. Nous avons à l'audience de mercredi dernier exposé brièvement l'utilité des bonnes lectures. Aujourd'hui Nous voudrions vous rappeler le péril des mauvaises ; péril contre lequel l'Eglise n'a jamais cessé d'élever la voix, mais dont néanmoins nombre de chrétiens méconnaissent ou contestent la gravité.

Les mauvaises lectures

Vous devez donc vous persuader qu'il y a de mauvais livres, des livres mauvais pour tous, comme il y a des poisons contre lesquels personne ne saurait se dire assuré. En tout homme la chair est sujette aux faiblesses et l'esprit prompt aux rébellions ; ainsi de pareilles lectures constituent un danger pour n'importe qui. Durant la prédication de saint Paul à Ephèse, racontent les Actes des Apôtres, nombre d'auditeurs qui s'étaient adonnés aux pratiques superstitieuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le peuple ; en estimant la valeur de ces livres de magie ainsi réduits en cendres, on trouva cinquante mille pièces d'argent (Ac 19,19).

Plus tard, durant le cours des siècles, les papes prirent soin de faire publier un catalogue, ou Index, des livres dont la lecture est interdite aux fidèles, et ils ajoutent en même temps que beaucoup d'autres livres, dont Vindex ne contient aucune mention expresse, tombent sous la même condamnation et prohibition, parce que nuisibles à la foi et aux moeurs. Qui donc s'étonnerait de voir les gardiens de la santé spirituelle des fidèles recourir à une pareille défense ? La société civile ne travaille-t-elle point, elle aussi, par de sages mesures législatives et prophylactiques, à empêcher dans l'économie domestique et industrielle l'action délétère des substances toxiques ? N'entoure-t-elle pas de mesures de précautions la vente et l'usage des poisons, et tout spécialement des plus nocifs ?

Si Nous vous rappelons ce grave devoir, c'est que Nous y sommes poussé par l'extension du mal, extension que favorisent actuellement l'incessant développement de la librairie et la liberté que beaucoup s'attribuent de lire n'importe quoi. Or, il ne saurait exister une liberté de lire tout, pas plus que n'existe la liberté de manger et de boire tout ce qui vous tombe sous la main, fût-ce de la cocaïne ou de l'acide prussique.

... en dépit des raisons alléguées

Chers époux, cette mise en garde s'adresse spécialement à vous, qui vous trouvez pour la plupart dans l'âge et l'état d'esprit où l'on se complaît aux récits romanesques, où la foule des désirs trouve une pâture en des bonheurs parfois imaginaires et où la douceur des rêves atténue la rudesse de la réalité. Certes, il ne vous est pas interdit de goûter le charme des récits de pure et saine tendresse humaine ; l'Ecriture Sainte elle-même offre des scènes de ce genre, qui ont conservé à travers les siècles leur fraîcheur idyllique : telles la rencontre de Jacob et de Rachel (Gn 29,9-12), les fiançailles du jeune Tobie (Tob., vu), l'histoire de Ruth (Ruth, m). Et il y a eu même des auteurs de grand talent qui ont écrit de bons et honnêtes romans ; qu'il suffise de citer notre Manzoni. Mais à côté de ces fleurs pures, quelle végétation de plantes vénéneuses dans le vaste domaine des oeuvres d'imagination ! Or, trop souvent les hommes cueillent ces plantes vénéneuses, plus accessibles et plus voyantes ; trop souvent ils préfèrent aux fleurs pures le parfum pénétrant et enivrant de ces plantes vénéneuses.

« Je ne suis plus une enfant — dit cette jeune femme — et je connais la vie. Il me faut donc la connaître encore mieux, et j'en ai le droit. » Pauvre jeune femme ! Elle ne remarque point qu'elle tient le langage d'Eve en face du fruit défendu ! Croit-elle peut-être que, pour mieux connaître et aimer la vie, et pour en tirer profit, il soit nécessaire d'en scruter tous les abus et déformations ?

« Je ne suis plus un enfant — dira également ce jeune homme — et à mon âge les descriptions sensuelles et les scènes voluptueuses ne font plus rien. » En est-il bien sûr, tout d'abord ? Et puis, s'il en était ainsi, ce serait l'indice d'une inconsciente perversion, fruit de mauvaises lectures antérieures. Ainsi, racontent certains historiens, Mithridate, roi du Pont, cultivait des herbes vénéneuses ; il préparait et expérimentait sur lui-même des poisons auxquels il voulait s'habituer ; d'où le nom de mithridatisme.

... sont plus dangereuses que les mauvaises compagnies.

Mais n'allez pas croire, jeunes hommes et jeunes femmes, que si vous vous laissez parfois entraîner à lire, en cachette peut-être, des livres suspects, n'allez pas croire que le poison de ces ouvrages ne produise plus d'effet sur vous ; craignez plutôt que pour n'être pas immédiat, cet effet n'en soit que plus malfaisant. Il existe dans les pays tropicaux de l'Afrique des insectes diptères connus sous le nom de mouches tsé-tsé ; leur piqûre ne cause point la mort aussitôt mais une simple et passagère irritation locale. Cependant elle inocule dans le sang des trypanosomes délétères, et, lorsque les symptômes du mal apparaissent clairement, il est parfois trop tard pour y porter remède par les médicaments de la science. Pareillement les images impures et les pensées dangereuses que produit en vous un mauvais livre semblent parfois entrer dans votre esprit sans causer de blessure. Vous serez sujets alors à récidiver, et vous ne vous rendrez pas compte qu'ainsi, par la fenêtre de vos yeux, la mort pénètre dans la maison de votre âme (cf. Jér. Jr 9,21) ; à moins d'une réaction immédiate et vigoureuse, votre âme, tel un organisme engourdi par la « maladie du sommeil » glissera, languissante, dans le péché mortel et dans l'inimitié de Dieu.

Sous certains aspects, le danger des mauvaises lectures est plus funeste que celui des mauvaises compagnies : à la façon d'un traître, le mauvais livre sait se rendre familier. Que de jeunes filles et de jeunes femmes, seules dans leur chambre avec le livre en vogue, se laissent dire crûment par lui des choses qu'elles ne permettraient à personne de murmurer en leur présence, ou se laissent décrire des scènes dont pour rien au monde elles ne voudraient être les actrices ou les victimes ! Hélas ! Elles se préparent à le devenir demain ! D'autres, chrétiens ou chrétiennes qui dès leur enfance ont marché dans la bonne voie, gémissent parfois de voir se multiplier soudain les tentations qui les oppriment et devant lesquelles ils se sentent toujours faibles. S'ils interrogeaient avec sincérité leur conscience, ils devraient peut-être reconnaître qu'ils ont lu un roman sensuel, parcouru une revue immorale, attaché le regard sur des illustrations indécentes. Les pauvres âmes ! Peuvent-elles, en toute loyauté et logique, se plaindre qu'un flot de fange menace de les submerger, quand elles ont ouvert les digues d'un océan de poison ?

Au surplus, chers jeunes époux, vous préparez maintenant votre avenir et implorez de Dieu entre autres la bénédiction de la fécondité sur votre union ; songez que l'âme de vos enfants sera le reflet de la vôtre. Vous êtes certes résolus à leur donner une éducation chrétienne et à ne leur inspirer que de bons principes. Excellente résolution. Mais suffira-t-elle toujours ? Hélas non ! Il arrive parfois que des parents ont donné à un fils ou à une fille une éducation soignée, les ont tenus à l'écart des plaisirs dangereux et des mauvaises compagnies, et qu'ils les voient, à l'âge de 18 ou 20 ans, victimes de chutes misérables ou même scandaleuses ; l'ivraie a étouffé le bon grain semé par les parents. Quel est l'initnicus homo, l'ennemi qui a fait pareil mal ? Le rusé tentateur s'est furtivement introduit au foyer domestique lui-même, dans ce petits paradis terrestre, et il a trouvé déjà cueilli, pour l'offrir à ces mains innocentes, le fruit corrupteur : un livre laissé par négligence sur le bureau du père a miné dans le fils la foi baptismale ; un roman oublié par la mère sur le sofa ou le fourneau a terni dans la fille la pureté de la première communion. Et le mal se découvre, avec épouvante, d'autant plus difficile à guérir que la tache faite à la candeur d'une âme vierge est plus tenace.

Les écrits mensongers.

Mais à côté des écrits qui propagent l'impiété et l'inconduite, Nous ne pouvons omettre de mentionner ceux qui répandent le mensonge et provoquent la haine. Le mensonge, abominable aux yeux de Dieu et détesté de tout homme droit (Pr 6,17 et Pr 13,5), l'est encore davantage lorsqu'il propage la calomnie et sème la discorde parmi les frères (Pr 6,19). Comme les maniaques des lettres anonymes ruinent par leur plume trempée de fiel et de fange la félicité des familles et l'union des foyers, une certaine presse semble avoir pris à tâche de détruire, dans la grande famille des peuples, les relations fraternelles entre les fils du même Père céleste. OEuvre de haine qui s'accomplit par le livre, et plus souvent encore, par le journal.

Que dans la hâte fiévreuse du travail quotidien il échappe une erreur à un écrivain, qu'il accepte une information peu sûre, qu'il émette une appréciation injuste, tout cela bien souvent peut paraître et peut être légèreté plutôt que faute. Qu'il pense pourtant que de pareilles légèretés et inadvertances peuvent suffire, surtout en des époques de tensions aiguës, à produire de graves répercussions. Plaise à Dieu que l'histoire n'enregistre aucune guerre provoquée par un mensonge habilement propagé !

Un publiciste conscient de sa mission et de sa responsabilité se sent le devoir, s'il a répandu l'erreur, de rétablir la vérité. Il s'adresse à des milliers de lecteurs sur qui ses écrits peuvent produire un effet, et il est tenu de ne point ruiner en eux et autour d'eux le patrimoine sacré de vérité libératrice et de pacifiante charité que dix-neuf siècles de christianisme, dix-neuf siècles de labeur, ont apporté au genre humain. On a dit que la langue a tué plus d'hommes que Pépée (cf. Si 28,22). Pareillement la littérature mensongère peut devenir plus homicide que les chars blindés et les bombardiers.

L'Evangile de la Transfiguration du Seigneur que nous avons lu hier à la sainte messe, raconte comment, pour révéler sa gloire à ses trois apôtres préférés, le divin Maître commença par les conduire seuls, à l'écart, sur une haute montagne (Mc 9,1). Si vous voulez assurer à vos foyers la bénédiction de Dieu, la protection spéciale de son Coeur, les grâces de paix et d'union promises à qui l'honore, séparez-vous de la foule en repoussant les publications mauvaises et corruptrices. Cherchez le bien en ce domaine comme dans les autres, prenez l'habitude de vivre sous le regard de Dieu et dans la fidélité à sa loi : vous ferez alors de votre foyer un Thabor intime et inaccessible aux miasmes de la plaine et où vous pourrez dire avec saint Pierre : « Maître, il nous est bon d'être ici ! (Mc 9,4) ».


ALLOCUTION AU NOUVEL AMBASSADEUR DE BOLIVIE

(10 août 1940)1

Recevant les lettres de créance des mains de S. Exc. M. Carlo Quin-tanilla, nouvel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Bolivie, le Souverain Pontife répondit à l'adresse d'hommage par ces paroles :

Après avoir conquis tant de lauriers mérités dans votre noble carrière au service de la patrie, voici qu'aujourd'hui S. Exc. le président de la République de Bolivie met le comble à ces honneurs en vous confiant auprès de Nous une mission d'autant plus importante que sont plus profonds et enracinés les sentiments catholiques de votre peuple.

Les cérémonies qui, selon votre désir, ont marqué la présentation de vos lettres de créance, Nous persuadent volontiers que, malgré les va-et-vient de la politique, malgré les inévitables changements de personnes et de circonstances, les chefs de votre gouvernement entendent conserver fermement, en plein accord avec votre peuple, les traditionnelles relations de confiance et d'amitié qui ont toujours existé entre le Saint-Siège et la nation bolivienne.

Il Nous a plu particulièrement de vous entendre dire, Monsieur l'ambassadeur, que vous considériez cette mission comme le plus grand honneur qui pût échoir à un catholique et à un citoyen d'une république vraiment chrétienne ; une telle affirmation Nous donne l'assurance que cette noble tâche de promouvoir les plus hauts intérêts spirituels et moraux de votre patrie, vous l'accomplirez dans cet esprit persévérant et généreux que Dieu aime à bénir et à récompenser.

Vous avez quitté, Monsieur l'ambassadeur, les cimes hautes et sereines des Andes, vous avez franchi le vaste océan pour venir représenter auprès de Nous une nation catholique, dont la capitale porte dès sa fondation le doux nom de « Notre-Dame de la paix ». Vous arrivez à un moment où une guerre atroce déchire l'Europe, et vous Nous souhaitez la consolation de voir bientôt le succès de Nos ardents désirs et de Nos efforts continuels en faveur de la paix.

En qualité de fils et de représentant d'un peuple qui reste fier de sa culture catholique et européenne, vous savez fort bien que pour les hommes rachetés par le Christ, il ne peut y avoir de paix véritable en dehors des principes et des normes de charité et de justice, promulgués dans l'Evangile. Ces suprêmes critères de la vraie fraternité, la Chaire de Pierre a toujours cherché à les présenter aux hommes pour la juste et noble solution des problèmes qui les divisent. Et Nous, à cette heure, particulièrement conscient de la gravité de Notre charge, déclarons que Nous ne cesserons de rappeler avec une paternelle insistance cet enseignement à tous, plus spécialement à ceux qui portent sur leurs épaules la redoutable responsabilité de l'avenir des peuples. Nous pensons avec saint Augustin que « c'est Dieu qui dirige le commencement, le développement et la fin des guerres elles-mêmes » 2. Aussi ne doutons-Nous pas que la divine Providence saura faire porter des fruits spirituels et moraux à cela même qui afflige les peuples. Mais Nous n'allons pas pour autant cesser Nos exhortations à suivre la voix de l'Eglise qui, dans son amour maternel, adresse ses prières à Dieu et ses avertissements aux hommes pour que disparaisse bientôt le poison de la guerre.

Ceci Nous est d'un grand réconfort : le peuple bolivien a toujours réservé un accueil filial à Nos appels en faveur de la paix ; avec clairvoyance, il a compris parfaitement l'impartialité et le désintéressement des nobles raisons qui Nous poussaient à parler, conformément aux devoirs sacrés de Notre ministère apostolique. Pour obtenir de Dieu la paix, Nous comptons encore sur son aide et sur ses prières auprès de la Reine de la Paix, dans le sanctuaire de « Notre-Dame de la Candelaria ».

Nous implorons la bienveillante protection du Très-Haut sur le peuple bolivien, et Nous vous prions, Monsieur l'ambassadeur, de transmettre à S. Exc. le président et aux membres de son gou-

2 De civitate Dei, 1. VII, c. 30.


AMBASSADEUR DE BOLIVIE

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vernement, Nos voeux les plus sincères de bonheur personnel à la tête de la nation.

Quant à vous, pour vous assurer de Notre appui bienveillant dans votre haute charge et pour satisfaire le désir que vous venez de Nous manifester, Nous vous donnons de grand coeur Notre Bénédiction apostolique, que Nous étendons à Nos chers fils de la lointaine Bolivie.

t A l'occasion de la cinquième semaine d'études des Lauréats catholiques d'Italie, à Camaldoli, le Saint-Père a adressé ses voeux et encouragements en une lettre de S. Em. le cardinal Maglione, secrétaire d'Etat, à S. Em. Mgr Bernareggi, évêque de Bergame et assistant ecclésiastique de ce groupement. Voici cette lettre :

Le thème choisi pour la prochaine réunion des Lauréats catholiques à Camaldoli, « La grâce », confirme Sa Sainteté dans l'heureuse impression qu'elle a déjà éprouvée au sujet de ce jeune et pourtant vigoureux groupe d'étudiants et professionnels qui se montre si justement préoccupé de la culture de l'âme et des moyens de la promouvoir en chacun de ses membres et encore plus dans leur entourage. En cela, il donne la preuve de la parfaite connaissance des buts proposés à son activité spécifique : buts qui se résument dans la recherche éclairée de cette culture sérieuse et de cette piété sincère qui doivent faire de chacun de ses adhérents une personnalité chrétienne élevée et une force très active au sein de la famille et de la société.

En appliquant leur étude au principe vital même de la religion de Jésus-Christ, à la transcendante et ineffable réalité par laquelle l'Eglise vit et chacun de ses fils avec elle, chacun des participants à ce congrès qui touche de près à ce qui pour le croyant compte parmi les plus profonds mystères, ne pourra pas ne pas en sentir la grandeur et la beauté émouvantes pour en tirer toujours plus de


LETTRE DE LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT

POUR LE CONGRÈS DES LAURÉATS DE L'ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE

(23 août 1940)x

LAURÉATS CATHOLIQUES

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force en vue de l'action et une confiance inébranlable en son bon combat. De la méditation de la grâce, leurs âmes sortiront, sans nul doute, comme d'un repas fortifiant, plus que jamais disposées à l'humilité de l'esprit, à une ferme espérance dans le bien, à la ferveur dans l'apostolat et par-dessus tout à une profonde gratitude envers Dieu qui, par ce don de lui-même par excellence, s'unit intimement à la créature et la revêt d'une dignité qui dépasse toute conception humaine.

Se félicitant d'ores et déjà d'un résultat que la grâce elle-même, inspiratrice du congrès, fait prévoir très fructueux, soit par rapport à l'activité sociale des lauréats, Sa Sainteté accompagne leur initiative de tous ses voeux. Et, parce que, dans la tristesse de l'heure présente, vient à son coeur de la solitude de Camaldoli le réconfort de cette sereine assemblée d'esprits qui soupirent après les valeurs éternelles pour en nourrir leur vie et la vie d'autrui, le Vicaire de Jésus-Christ s'en félicite paternellement avec eux. Et, en même temps qu'avec eux il remercie le Seigneur de faire des épreuves et des souffrances même l'instrument de détachement du monde et de préparation à un heureux renouveau spirituel pour les individus et la société, elle envoie de tout coeur à chacun des participants et d'une façon particulière à Votre Excellence révérendissime et à ses actifs collaborateurs la Bénédiction apostolique.


LETTRE DE LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT POUR L'OUVERTURE DE LA SEMAINE BIBLIQUE DE SARAGOSSE

(25 août 1940) 1

A l'occasion de la Semaine biblique qui s'est tenue à Saragosse, du 15 au 22 septembre, le Saint-Père a fait parvenir ses voeux paternels en une lettre de S. Em. le cardinal Maglione, secrétaire d'Etat, à l'adresse de S. Exc. l'archevêque de Saragosse. En voici le texte :

Souhaitant vivement que dans la chère Espagne tout ce qui intéresse la doctrine de la religion s'accroisse toujours et devienne vivant, le Souverain Pontife a appris avec joie qu'au mois de septembre prochain se tiendra à Saragosse une Semaine biblique.

Ce projet vise à instruire les prêtres des questions bibliques par des hommes savants et experts et à les encourager à étudier la Sainte Ecriture ; il vise aussi à ce que soient écrits en collaboration des ouvrages pour défendre, expliquer, exposer la parole de Dieu.

Ces intentions méritent d'être grandement approuvées et louées. Si les livres divins dont les paroles sont esprit et vie sont ouverts et lus, les mains et l'esprit purs, la foi resplendit dans le sanctuaire intime du coeur et l'âme s'enflamme pour la pratique des vertus et des bonnes oeuvres.

Que si les ministres sacrés extraient le suc des saints livres pour les sermons qu'ils adressent au peuple chrétien, leurs paroles ne seront pas un vain souffle, mais ils rassasieront les coeurs et les animeront d'une suave douceur en les nourrissant de la vérité profonde des Ecritures. C'est donc par la prière et la lecture sacrée que les disciples du Christ seront fortifiés, selon la parole de saint

Jérôme : « Quand tu pries, c'est toi qui parles à l'Epoux ; quand tu lis, c'est lui qui te parle. Lis davantage, tu apprendras davantage. Que le sommeil te saisisse un livre en mains ; et que la page sainte reçoive ta tête qui tombe. » 2

Afin qu'il en soit ainsi, il ne faut pas s'attarder dans l'étude de la parole divine uniquement ou démesurément à son sens littéral, comme l'on dit, mais, après l'avoir recherché avec soin, il faut passer au sens mystique, sous la conduite des saints Pères de l'Eglise qui l'ont pénétré complètement. « Tout ce que nous lisons dans les livres saints brille et resplendit déjà dans l'écorce, mais est bien plus doux dans la moelle. Celui qui veut manger le noyau, qu'il brise la noix. » 3

Sa Sainteté adresse ce vceu à tous ceux qui participeront à cette Semaine, exprimant le désir ardent que tous les prêtres d'Espagne, fidèles à leur antique réputation, se montrent excellents dans l'amour et l'étude des Livres saints, sources de notre foi. En exprimant ce souhait, Sa Sainteté vous accorde de tout coeur à vous et aux autres évêques et aux membres du clergé séculier et du clergé régulier qui participeront à cette réunion sa Bénédiction.


ALLOCUTION AUX DIRIGEANTS DE L'ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE

(4 septembre 1940) 1

Recevant les dirigeants diocésains des différentes organisations de l'Action catholique italienne, accompagnés de nombreux évêques, le Saint-Père les encouragea à la persévérance, leur rappelant te but, les caractéristiques, l'esprit et l'efficacité de l'Action catholique.

Si en cette heure dure et belliqueuse pour les peuples, pour adoucir les peines et les craintes qui chargent Notre âme, l'affection respectueuse des fils qui viennent à Nous pour un commun réconfort de prières et d'espoirs vaut beaucoup, grande est Notre joie d'accueillir une représentation si distinguée de l'Action catholique italienne, réunie autour de ses assistants ecclésiastiques, de nombreux et illustres prélats, du zélé évêque directeur général, de Notre cher cardinal secrétaire d'Etat, du cardinal doyen, des cardinaux composant la Commission spéciale et hautement méritante dont s'est fait l'interprète son très digne président. Il Nous est doux et agréable de saluer dans cette oeuvre au renom si étendu, le cher et précieux héritage que Nous a laissé — comme le fruit particulièrement cher de son zèle brûlant pour le développement de la vie chrétienne — Notre incomparable et sage prédécesseur. Car, si la foi et l'amour du Christ nous rendent tous frères et nous incitent à nous faire du bien les uns aux autres ; si la collaboration des laïcs à l'apostolat hiérarchique apparaît fructueuse et admise dès l'aube du christianisme dans la primitive prédication apostolique ; si cet apostolat de coopération a pris à travers les siècles, dans l'histoire de l'Eglise, les formes les plus variées de groupement, de discipline, de

1 D'après le texte italien des A. A. S., 32, 1940, p. 362 ; cf. la traduction française des Actes de S. S. Pie XII, t. II, p. 177.

moyen et de mesure en rapport avec les besoins du temps, cette forme très noble de collaboration que constitue l'Action catholique italienne, qui est allée se développant sous les pontificats de Pie IX, Léon XIII, Pie X et Benoît XV, a reçu de la grande intelligence et du grand cceur de Pie XI sa plus vigoureuse impulsion et sa structure organique.

C'est l'honneur de toute institution utile de se développer d'une façon régulière en restant elle-même, en se perfectionnant dans son développement et en s'adaptant toujours davantage à la souveraine exigence de son but. Aussi Nous sommes très heureux de remercier la haute Commission cardinalice pour la rédaction des nouveaux statuts (dans d'autres pays, tout en maintenant le concept fondamental et les lignes essentielles, on peut adopter d'après les diverses traditions et les circonstances spéciales, d'autres modalités et d'autres formes), nouveaux statuts qui ne visent pas à autre chose qu'à rendre l'Action catholique mieux adaptée et conforme aux besoins des âmes et des temps, toujours plus étroitement unie à la hiérarchie ecclésiastique, afin que cet arbre vigoureux que Notre prédécesseur a fait refleurir dans le jardin de l'Eglise, étende ses rameaux au milieu du peuple chrétien, en offrant ces fruits de la bonne odeur du Christ que, par la force de la sève divine, sa racine mûrit et multiplie.

D'où il est clair que la mission de l'Action catholique est d'autant plus élevée qu'elle prête son concours à l'obtention du but même de l'Eglise : coopérer au salut des âmes et continuer à travers le temps et l'espace l'oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ. La conversion et le rassemblement des peuples au sein du royaume de Dieu ne sont-ils pas le but suprême de l'Eglise et de la hiérarchie ecclésiastique ? La croix du Golgotha, source de sagesse, de force et de victoire, n'est-elle pas le signe de la Rédemption de tous les fils d'Adam et le phare de salut éternel pour l'humanité naufragée dans la mer de l'erreur et du péché ? Elevez vos regards vers le Golgotha, chers fils et chères filles, admirez l'Epouse du Christ qui avec le calice de son sang descend pour la conquête et pour la réconciliation du monde avec Dieu ; à son côté se trouvent Pierre, Vicaire du Christ, avec les clés du ciel, les apôtres, les évêques, les prêtres et tous les ministres qui coopèrent à la sainte entreprise. Autour d'eux voyez se grouper les foules et les peuples régénérés dans le baptême et dans la parole qui spiritualisent les âmes ; tous fraternisent devant un Maître unique, brebis et agneaux en un seul bercail « où il n'y a plus ni Grec, ni Juif..., ni barbare, ni scythe, ni esclave, ni homme libre ; mais le Christ est tout en tous » (Col 3,11). « Vous n'avez qu'un Maître, vous êtes tous frères » (Mt 23,8), tous faits à l'image de Dieu, tous rachetés par le Christ, tous fils du Père céleste, tous unis dans une même foi, tous, pendant que nous sommes sur terre, pèlerins de Dieu et de la patrie céleste (2Co 5,6).

Si nous avons aussi ici-bas une patrie qui nous est chère, à laquelle nous devons un culte d'amour fidèle 2, cette patrie est celle de notre pèlerinage terrestre, patrie que nous traversons dans le temps, dans le chemin et dans les événements joyeux et pénibles de l'existence et de la vie commune sociale et civile, dans les nécessités et dans les secours des amis et des concitoyens, dans la garde et la protection de la maison natale, dans la recherche d'une prospérité ou d'une renommée qui passe avec la figure de ce monde (cf. 1Co 7,31). Nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous sommes en quête de la cité future (He 13,14). Là-haut, plus dans les hauteurs, se trouve notre patrie stable ; c'est pour elle que nous sommes nés, c'est à elle que nous sommes destinés, c'est vers elle que nous sommes acheminés et que nous faisons route avec tous nos frères dans la même foi et la même espérance, unis par cette charité qui surpasse la foi et l'espérance, comme la richesse et la pauvreté, la science et l'ignorance, et toute bienveillante, toute joyeuse de la vérité, en excusant tout, en croyant tout, en supportant tout, qui ravit et attire à elle les frères pour en faire des compagnons d'éternité au ciel dans la bienheureuse vision de Dieu. Voilà à quoi tend la coopération au but de l'Eglise et au salut des âmes. Voilà le champ de la moisson spirituelle de l'Action catholique à l'heure présente.

L'épreuve des âmes privées de Dieu.

L'heure présente est l'heure de l'épreuve des âmes. Dans le vertige du progrès matériel, dans les victoires de l'esprit humain sur les secrets de la nature et sur les forces des éléments de la terre, des mers et du ciel, dans la course anxieuse pour dépasser les étapes accomplies par les compétiteurs, dans les tournois de la recherche hardie, dans les conquêtes et dans l'orgueil de la science, de l'industrie, des laboratoires et des usines, dans l'avidité du lucre et du

2 S. Thomas, lia Hae, q. 101, a. 1.

plaisir, dans la tension vers une puissance beaucoup plus redoutée que voulue, plus enviée qu'obtenue, dans le tumulte de toute la vie moderne, où peut bien se trouver la paix de l'âme humaine, naturellement chrétienne ? Est-ce dans le contentement de soi-même ? Est-ce dans le fait de se vanter d'être le roi de l'univers, tout en étant perdu dans les nuées de l'illusion, qui confond la matière avec l'esprit, l'humain avec le divin, le passager avec l'éternel ? Non, ce n'est pas dans les rêves enivrants que s'apaise la tempête de l'âme et de la conscience, agitées sous l'aiguillon de l'esprit qui est au-dessus de la matière et qui, conscient d'un destin immortel irrécusable, cingle vers l'infini et vers d'immenses désirs. Approchez-vous de ces âmes, interrogez-les. Elles vous répondront avec des balbutiements d'enfants, et non comme des hommes (cf. Hebr. He 5,12-13). Elles n'ont pas eu de mères qui, dans leur enfance, leur eussent montré le Père céleste ; elles ont grandi entre des murs sans crucifix, dans des maisons vides de religion, dans des champs éloignés de tout autel et de tout clocher ; elles ont lu des livres portant des noms tout autres que ceux de Dieu et du Christ ; elles ont entendu des blasphèmes contre les prêtres et les religieuses ; elles ont passé de leurs campagnes, de leurs villes, de leurs foyers domestiques, dans les usines, dans les magasins, dans les temples de la science, dans tous les arts et tous les métiers, sans fréquenter l'Eglise, sans connaître leur pasteur, sans une bonne pensée dans le coeur.

Ce sont des âmes malheureuses qui, dans les périls du premier âge, n'ont eu personne pour les instruire, les guider, les corriger, les affermir dans la foi et la piété ; ou alors, l'indifférence, la négligence, le mauvais exemple des camarades, l'ardeur de la jeunesse, les distractions et les occupations journalières ont obscurci en eux la lumière de la foi et de la pratique religieuse, en en détournant leur pensée et en endurcissant leur coeur, et transformé cette bonne racine en un tronc aride qui poussera de nouveaux bourgeons aux heures de l'épreuve ou sous la vigueur d'une parole amie et compatissante ou lors du froid déclin de la vie.

manque de prêtres.

Combien y en a-t-il de ces âmes qui, à la faveur du développement des villes et des usines, de l'envahissement des villes par une foules d'ouvriers venant des campagnes, se pressent dans les faubourgs et dans les nouveaux quartiers des cités où parfois elles ne trouvent pas d'église, où le prêtre et le curé arrivent à peine à les connaître !

Le nombre et le travail des ministres de Dieu se trouvent tellement inférieurs au nombre et aux besoins de toutes les âmes ! Les curés, surtout dans les grandes villes, sentent tellement l'urgence de l'aide de fidèles collaborateurs dans le travail multiple, ardu, immense qui les presse, pour paître et surveiller la multitude toujours croissante de leur troupeau ! De toutes les ouailles qui leur sont confiées, leur zèle voudrait se rapprocher, reprendre toutes celles qui sont égarées, les éclairer, les reconduire toutes au divin Pasteur des âmes. Or, bien des secteurs de la vie sociale restent presque fermés à l'action sacerdotale, mais ouverts à celle des laïques.

La mission des laïques.

C'est une grande loi de nature et de grâce que la ressemblance ouvre les portes au rapprochement et à l'affection. Il y a un lien qui, mettant un laïque près d'un autre laïque, fait naître entre eux l'amitié, qui peut les porter à se rencontrer dans la haute sphère de l'esprit, quand l'un aime dans l'autre un frère, quand il le regarde dans une vision de foi et de paradis, quand il se sent dévoré du zèle de la maison de Dieu. « Qui donc, demande saint Augustin, est dévoré du zèle de la maison de Dieu ? Celui qui, s'il y voit du mal, cherche à le corriger, s'efforce de l'émonder. Si tu vois qu'un frère s'égare loin de la maison de Dieu, retiens-le, avertis-le, si vraiment le zèle de la maison de Dieu te dévore... Reprends autant que tu peux, arrête autant que tu peux, effraye autant que tu peux, réconforte autant que tu peux, mais ne te repose pas... Ne te considère pas seulement toi-même, ne dis pas dans ton coeur : m'appartien-dra-t-il de corriger les péchés du prochain ? Il me suffit de sauver mon âme devant Dieu. Non ! Rappelle-toi le serviteur qui cacha le talent reçu de son maître et ne le fit pas fructifier. De quoi fut-il accusé ? Est-ce de l'avoir perdu ou plutôt de l'avoir conservé sans gain ? O mes frères, conclut le grand évêque d'Hippone, vous savez de quelle manière Dieu ouvre la voie, comment aussi il ferme la porte à sa parole. Ne vous lassez pas de gagner des âmes au Christ, puisque, par le Christ, vous avez vous-mêmes été gagnés » 3.

Dans ces brûlants accents de zèle épiscopal, vous sentez le coeur d'Augustin, son exhortation, ses leçons pour l'Action catholique de son temps et pour l'avenir ; car la maison de Dieu qu'est l'Eglise catholique étant de tous les temps, est aussi du nôtre, et le zèle de cette maison de Dieu doit enflammer ses enfants de ce feu dévorant que le Christ est venu apporter et répandre sur terre.

Et de ce feu divin de zèle apostolique, Nous voyons, de notre temps, les flammes des labarums qui rassemblent et conduisent les cohortes de l'Action catholique : flammes qui illuminent ce qu'elles ont fait et ce qu'elles sont en train de faire ; flammes qui, des ferventes légions d'hommes et de femmes, de jeunesse masculine et féminine, d'universitaires et de gradués catholiques, forment une phalange auxiliaire, obéissant à la voix du Souverain Pontife et à la direction des évêques pour la conservation et la diffusion de la foi et de la morale chrétienne parmi le peuple. A vous, chers fils et chères filles de l'Action catholique, qui avez fait vôtre le programme d'accepter et de supporter chrétiennement et à la romaine des choses ardues, à vous vont les témoignages de Notre paternelle satisfaction, de Notre gratitude et de Notre louange. Vous avez bien mérité de l'Eglise et de la société civile : oui, même de la société civile, car, en diffusant et en réalisant dans la vie individuelle, familiale et sociale, les principes catholiques d'autorité, d'obéissance, d'ordre, de justice, d'équité, de charité, vous avez contribué à faire resplendir, à revigorer et renforcer les bases les plus solides de la société civile.

L'Action catholique est l'espoir de l'avenir.

En vous Nous plaçons le meilleur de Nos espérances pour l'avenir. Dans cette heure si grave où les passions humaines, que la paix assoupissait, se déchaînent, s'élancent, s'enflamment, luttent, dans un duel de sang et de carnage, dans l'angoisse qui étreint Notre coeur de Père commun devant le farouche conflit qui se répand parmi tant de fils qui Nous sont chers, Nous fixons Nos regards sur l'Action catholique et Nous conservons bon espoir ; confiant comme Nous le sommes de trouver en elle, étroitement groupés autour des évêques et du Saint-Siège, d'ardents et dévoués collaborateurs dans la grande entreprise qui, plus que toute autre, Nous tient à coeur, pour le suprême intérêt des âmes et des nations : le retour du Christ dans les consciences, dans les foyers domestiques, dans la vie publique, dans les relations entre les classes sociales, dans l'ordre civil, dans les rapports internationaux. C'est une entreprise hautement chrétienne, qui élève les fils zélés de l'Eglise militante au mérite de la plus noble et sainte croisade, menée pour le progrès, la défense et la consolidation du règne du Christ, au sein de l'humanité : du

Christ « vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde » (Jn 1,9) ; du Christ, lumière de justice entre Dieu et l'homme, entre les hommes, entre les peuples ; du Christ, lumière de la vérité que le monde, immergé dans le mal (tandis que, comme Pilate, il demande si même cette vérité existe), ne s'inquiète de connaître ni n'a le désir de posséder pour faire le bien ; du Christ, lumière de concorde et de salut, dans le bouleversement de la paix entre les nations.

Sa vigueur réside dans une quadruple union.

L'Action catholique italienne répondra avec pleine satisfaction aux desseins et aux espérances de l'Eglise si, pour cela, elle se prépare elle-même à cette union qui est sa vie et sa vigueur. Union quadruple : avec la hiérarchie ecclésiastique ; avec Dieu par l'intime formation spirituelle ; avec les membres de l'Action catholique pour la concorde dans le travail, et enfin, avec les membres des autres associations qui sont, elles-mêmes, soumises à la direction ecclésiastique.

Union à la hiérarchie.

1° L'Action catholique répondra avant tout au désir de la sainte Eglise si elle demeure toujours plus étroitement unie aux évêques et au Saint-Siège et leur est inébranlablement attachée.

A la hiérarchie appartiennent l'autorité et la mission d'enseigner et de guider. L'Action catholique en est la docile collaboratrice qui met à sa disposition toutes ses énergies. Dans l'amour, dans l'obéissance, dans le dévouement soumis et prompt au Souverain Pontife et aux évêques, ses membres trouvent leur joie, leur force, non moins que la garantie de leur succès fructueux, parce que pour la hiérarchie, héritière de la mission apostolique, vaut l'indéfectible promesse du Christ : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (Mt 28,20).

En outre, étant donné « qu'il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu » (Rm 13,1), les membres de l'Action catholique doivent le respect et la loyale et consciencieuse obéissance aux autorités civiles et à leurs légitimes prescriptions, parce que, dit le prince des apôtres : « Telle est la volonté de Dieu que, en faisant le bien, vous fermiez la bouche à l'ignorance des insensés. Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi » (1P 2,15-17).

Pour cette raison, les membres de l'Action catholique (qui n'est pas et ne veut pas être une association de parti, mais bien une élite d'exemple et de ferveur religieuse), prouveront qu'ils sont non seulement de fervents chrétiens, mais aussi de parfaits citoyens, non étrangers aux hautes tâches de la vie nationale et sociale, mus par un ardent amour de la patrie et prêts à donner pour elle leur vie même, chaque fois que le bien légitime de leur pays requiert ce suprême sacrifice 4.

Union à Dieu par une profonde vie de prière.

2° Le fondement principal de l'Action catholique, comme auxiliaire de la hiérarchie ecclésiastique, réside dans 1'« union à Dieu », c'est-à-dire que ses membres doivent apporter dans leur apostolat une formation religieuse profonde, spirituelle et culturelle.

Il est bien vrai que l'esprit d'apostolat est une grande chose, digne de toute louange, en tout chrétien, par là même que, entré dans le Corps mystique du Christ, il vit sa foi. Mais l'appartenance à l'Action catholique implique une sélection. Elle demande un élan spontané de dévouement généreux qui ne recule pas devant l'offrande et le sacrifice de soi-même. Elle impose et requiert une délicate préparation, déjà acquise ou à acquérir, bien adaptée à la nature de l'association.

C'est aux assistants ecclésiastiques, sous la dépendance de l'épis-copat, qu'il incombe, d'une manière spéciale, de former et d'instruire les membres de l'Action catholique, en les alimentant et en les faisant croître dans les pâturages d'une spiritualité sûre, intime, saine, et en les faisant se désaltérer aux sources pures de la doctrine chrétienne.

Dans ce combat spirituel Nous recommandons par-dessus toute chose la prière, comme déjà Nous l'avons dit aux élèves du sanctuaire, alors qu'ils se réunissaient pour la première fois autour de Nous. Priez, priez, priez ! La prière est la clé des trésors de Dieu. C'est l'arme du combat et de la victoire, dans toute lutte pour le bien et contre le mal. Que ne peut la prière qui adore, demande, supplie, remercie !

* Cf. Léon XIII, encycl. Sapientiae christianae, 10 janv. 1890.

Cette vie de prière que Nous recommandons instamment aux militants de l'Action catholique, c'est la consciente participation au saint sacrifice de la messe, la réception fréquente des sacrements, les exercices spirituels et, avec toutes les formes de la piété, l'esprit de sacrifice qui est la grande loi et la condition de la fécondité de l'apostolat.

Le fait d'appartenir à l'Action catholique ne confère pas un privilège ou une supériorité, mais infuse en ses membres une impulsion à se faire, dans un esprit d'humilité, d'abnégation et de charité, « tout à tous pour les gagner tous au Christ » (1Co 9,22), et à se sentir vis-à-vis de tous « débiteurs » des ineffables trésors qu'ils ont reçus de la divine bonté.

Union de ses membres entre eux.

3° De l'union à la hiérarchie et de l'union à Dieu, on ne peut séparer et ne doit pas manquer aux membres de l'Action catholique comme condition de vigoureuse efficacité dans le domaine spirituel, l'union entre eux qui les tienne étroitement et réciproquement unis côte à côte de façon à former une grande famille dans laquelle se rencontrent les adultes et les jeunes.

Qu'il y ait la plus grande concorde entre les assistants ecclésiastiques dans les diocèses et au centre, spécialement en ce grand bien qui contribue davantage à la rectitude du but poursuivi. S'il survient quelques dissentiments dans de petites choses, qui ne soient pas en opposition avec l'amitié, qu'ils restent dans l'esprit sans descendre dans la volonté, en faisant ce sacrifice à la charité et à la paix commune 5.

Que l'on effectue le passage spontané et régulier d'une association à une autre d'après l'âge, et qu'il y ait coordination dans les initiatives et dans les programmes en ce qui concerne les ecclésiastiques comme les laïques, afin qu'il n'y ait pas dispersion des énergies.

Union et collaboration avec les autres associations.

4° Mais, outre l'union entre eux, ce sera un avantage et un gage d'affection que l'union règne entre les membres de l'Action catholique et ceux des autres associations.

5 Cf. S. Thomas, lia Hae, q. 29, a. 3 ad 2um.

L'organisation de l'Action catholique italienne, bien qu'elle soit l'organisation principale des catholiques militants, rencontre à côté d'elle d'autres associations qui dépendent aussi de l'autorité ecclésiastique et dont quelques-unes, ayant également des buts et des manières d'apostolat, peuvent se dire aussi collaboratrices dans l'apostolat hiérarchique. Entre ces associations et celle de l'Action catholique, qui ne voit combien il est nécessaire qu'il existe une mutuelle bienveillance, une large compréhension, une sincère coopération : dons et vertus qui ont leurs racines, d'une part, dans le très pur zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes qui les enflamment toutes, d'autre part, dans leur appartenance au Corps mystique du Christ, où ils puisent le suc vivifiant.

Les unes et les autres ne se heurteront pas dans le travail auquel elles se consacrent, selon leurs propres statuts, approuvés par l'autorité de l'Eglise. Elles s'aideront même dans une émulation mutuelle et se soutiendront afin que, dans la variété du spirituel qui s'adapte, se plie aux divers usages, aux changements de circonstances, aux tempéraments différents, apparaisse et brille le signe caractéristique du chrétien : la charité.

Si, dans les instituts catholiques d'éducation, de même que dans dans les associations ecclésiastiques, ayant un but et une forme d'apostolat déjà organisé, on insère les associations internes d'Action catholique, celles-ci y entreront avec réserve et discrétion, sans troubler en rien la structure et la vie de l'institut ou de l'association, mais en imprimant seulement une nouvelle impulsion à l'esprit et à la forme d'apostolat, l'introduisant dans la grande organisation centrale.

Les diverses tâches de l'Action catholique.

Préparés, formés et unis de cette manière, les membres de l'Action catholique s'élanceront comme des apôtres dans les champs variés de la société, dans toutes les directions, partout où il y a des âmes à conquérir au Christ, partout où il y a un foyer ou un centre de vie individuelle ou collective sur lequel le Christ, Notre-Seigneur, doit régner.

Allez, fils et filles bien-aimés, allez aux humbles, aux pauvres, aux souffrants, aux malheureux, aux délaissés ; allez pour les relever, allez comme leurs rédempteurs, leurs consolateurs, leurs aides, leurs animateurs. Dans leurs besoins, dans leurs peines, dans leurs douleurs, dans leur solitude, qu'ils sentent proche le frère qui pleure avec eux, partage leur infortune et leur misère, qui est leur ami dans l'adversité, qui a une main qui les soutient, une parole qui les calme, les réconforte et leur montre, au-delà de la fugacité du temps, les biens immuables de l'éternité.

Allez à la jeunesse, laquelle, bien qu'en Italie la sagesse des gouvernants ait reconnu l'enseignement religieux dans les écoles élémentaires et moyennes « comme fondement et couronnement de l'instruction publique » 8, cependant, dans sa ferveur juvénile, est sujette à de multiples et graves périls. C'est pourquoi elle a besoin de soins vigilants toujours plus assidus et attentifs.

Les jeunes sont l'espérance de la famille et de la patrie. Jésus lui-même eut des prédilections pour les enfants. Il aima le jeune homme vertueux, et dans les joyeux groupements d'une jeunesse avide d'avenir et enflamée d'ardeur dans ses hardiesses, ne craignant pas les obstacles, l'Epouse du Christ recrute ses lévites, coeurs fervents et généreux qui garderont l'arche sainte et porteront la bonne nouvelle au milieu du peuple et aux nations jusqu'aux confins de la terre.

Au milieu de la jeunesse, faites-vous porte-étendards, maîtres, compagnons. Faites-vous jeunes avec les jeunes, enfants avec les enfants, pour les attirer tous au Christ, afin qu'ils sentent sa caresse et son baiser divins. Entrez dans leurs âmes pour y conserver les fleurs de l'innocence et de la vertu et pour y insérer le germe de cette sagesse de route, de vérité et de vie, qui est la lampe de la foi qui se pose à la fin sur le dernier repos de la tombe.

Allez aux adultes. Ayant grandi et ayant été élevés dans une atmosphère saturée d'agnosticisme, quand l'homme, téméraire scrutateur de la matière et de la nature, s'enorgueillissait de ses découvertes et de ses songes en prenant position contre Dieu, aujourd'hui, dans l'effondrement de tant d'idéologies et de systèmes, ils sentent consciemment ou inconsciemment, du fond de leur esprit, s'élever le cri angoissé de l'âme immortelle, qui ne peut être satisfaite seulement des triomphes de la science purement humaine ni des appâts du progrès moderne ; tel est le cri qui éveille en eux la nostalgie assoupie, mais irrésistible, de s'approcher de Jésus-Christ et des ineffables clartés de sa doctrine.

Allez au milieu du monde. Confiez-vous au Christ qui a vaincu le monde. Que vos armes soient l'apostolat de la prière, de l'exemple, de la plume et de la parole ; l'humilité et la bienveillance, la souf

6 Concordat entre le Saint-Siège et l'Italie, art. 36.

france et la mansuétude, la prudence et la discrétion ; la charité sage, condescendante à l'égard de ceux qui errent et non à l'erreur, parce que toute âme ne désire rien plus ardemment que la vérité. Que vos règles et industries dans le combat spirituel soient toutes les multiples initiatives et industries que les évêques et la Commission cardinalice, par Nous instituée, approuveront, coordonneront, dirigeront.

Ainsi, dans cette solennelle réunion de l'Action catholique italienne, Nous trouvons de la joie et de la consolation à contempler les troupes de l'apostolat des laïcs, associés à la hiérarchie ecclésiastique dans le zèle pour le salut des âmes rachetées par le Christ, et glorifiés dans la lumière de promoteurs et de rénovateurs du nom et de la vie chrétienne. C'est l'âme du Corps mystique de l'Eglise qui resplendit et triomphe d'une façon spéciale dans l'Action catholique ; âme de foi, d'espérance, de charité répandue dans nos coeurs par l'Esprit Saint, cet Esprit qui, au jour de la Pentecôte, après une retraite de dix jours dans une prière persévérante et unanime avec la Vierge très sainte, Médiatrice et Epouse du même Esprit, descendit au Cénacle non seulement sur les apôtres, mais aussi sur tous ces disciples rassemblés là, disciples que nous pouvons bien appeler les premiers collaborateurs des apôtres dans l'apostolat. Il descendit en langues de feu : langues qui résonnèrent dans la suite comme des trompettes de la foi dans l'univers ; langues brûlant de ce feu apporté par le Christ sur la terre qui ne désire rien d'autre sinon qu'il s'embrase (Lc 12,49). Nous aussi nous avons besoin du feu de ces langues, des dons de l'Esprit Saint, qui vient au secours de notre faiblesse ignorant ce qu'il convient de demander et que l'Esprit lui-même demande pour nous avec des gémissements inénarrables (Rm 8,26). Dès lors Nous souhaitons et Nous demandons par la prière que, de même qu'autrefois dans l'Eglise naissante, aujourd'hui pareillement l'Esprit Saint descende abondamment, par l'intercession de Marie, Reine des apôtres et de tout apostolat, sur l'Action catholique italienne, sur ce grand Cénacle qui rassemble autour des successeurs des apôtres une équipe ardente de fidèles et généreux collaborateurs. Cet Esprit tout-puissant qui à l'aube de l'univers se mouvait au-dessus des eaux et les fécondait (Gn 1,2), qui renouvelle la face de la terre (Ps., cm, 30), champ de tant de disputes sanglantes des fils des hommes, mer de tant de larmes et de naufrages ! Qu'il fasse apparaître, du sein des orages de l'humanité, des cieux nouveaux et une terre nouvelle (n Pierre, 3, 13) et établisse cette tranquillité dans l'ordre et cette entente des peuples, auxquelles le monde aspire, mais qui ne peut s'établir, inébranlable, en face de la terreur et de toutes les flatteries, que sur le seul règne de Dieu, qui est justice et paix et joie dans l'Esprit Saint (Rm 14,17).

Remerciements du Saint-Père pour les dons offerts.

Nous ne pouvons pas, chers fils et chères filles, terminer Notre discours sans vous exprimer pour les dons que vous Nous avez généreusement offerts Notre très vive et paternelle reconnaissance, qui plus que de mots, est faite de la joie et de l'émerveillement que Nous éprouvons à constater comment votre foi et votre piété, en cette heure de malheur et de sacrifice universels, savent venir au secours des églises pauvres et montrer quel amour vous portez à la beauté de la maison de Dieu et à la demeure du Christ au milieu du peuple chrétien, gloire de nos autels. C'est une grâce que le Seigneur vous a accordée, dirons-Nous, en faisant Nôtre l'éloge que l'apôtre fait des églises de Macédoine, dans sa seconde lettre aux Corinthiens : « Parmi les multiples tribulations qui les ont éprouvés, leur joie surabondante et leur profonde pauvreté ont débordé chez eux en trésors de générosité... selon leurs moyens, je l'atteste, et au-delà de leurs moyens » (2Co 8,2-3).

Vous avez vaincu l'adversité des temps et en vos dons, inspirés des sentiments les plus élevés, vous avez imprimé une forme qui les élève à la sphère spirituelle la plus élevée de l'Action catholique, où resplendit le soleil de l'agneau divin mis à mort pour le salut du monde et où des encensoirs des anges montent les parfums des prières des saints. Vous avez joint, en effet, le large tribut de vos prières à Nos intentions — intentions de réconciliation et de paix entre les peuples — à une offrande abondante de calices sacrés et de vêtements liturgiques, témoignage et gage de votre profond respect à l'égard du mystère le plus divin de la foi et du culte catholique. Vos dons précieux rappelleront dans la patrie et dans les missions aux peuples dévots le lien de votre fraternelle affection et votre zèle actif pour la digne célébration de la divine liturgie ; et ils symboliseront et scelleront autour de l'autel et à la sainte table, dans l'amour de Jésus et dans une commune prière, l'union spirituelle des fils de l'épouse du Christ qui participent dans le monde à un même breuvage et à un même pain supersubstantiels (cf. 1Co 10,16-17). Quand le prêtre montera à l'autel et que, sur les patènes que vous avez données et dans les calices que vous avez offerts, seront présents son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin, les esprits célestes qui entourent les autels sacrés voleront vers vous, chers fils et chères filles, donateurs et donatrices des diocèses d'Italie, et vous apporteront la bénédiction du ciel et la reconnaissance de la terre pour votre action bienfaisante, en faisant couler sur vous et sur vos oeuvres d'apostolat le fleuve de réconfort, d'amour et de grâce qui s'épanche du coeur enflammé du Christ Fils de Dieu fait homme propter nos homines et propter nostram salutem.

Que le Seigneur, si généreux dans sa miséricorde et dans sa munificence, accorde à Nos paroles la vigueur d'un voeu et d'une prière, que Nous lui adressons pour qu'il daigne payer vos dons de retour de la manière ineffable dont lui seul sait et peut user, tandis qu'en gage de particulière bienveillance Nous vous accordons de grand coeur à tous, présents et absents, Notre Bénédiction apostolique.


Pie XII 1940 - LETTRE A S. EM. LE CARDINAL JOSEPH-ERNEST VAN ROEY, ARCHEVÊQUE DE MALINES (31 juillet 1940)