
Pie XII 1948 - AVERTISSEMENT (1) DE LA SUPREME CONGRÉGATION DU SAINT-OFFICE concernant les réunions communes entre catholiques et non-catholiques (5 juin 1948)
(10 juin 1948)1
Dans les Oraisons liturgiques du Vendredi Saint, l'Église prie pour tous les hommes, - fidèles et infidèles; deux de ces prières sont en faveur du peuple juif :
Oremus et pro perfidis judaeis..., dit le texte latin.
Omnipotens sempiterne Deus qui etiam Judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis... On s'est posé la question, comment faut-il traduire dans les différentes langues ces expressions 2 ?
Il y a en effet deux aspects à ce problème :
1° En envisageant le sens des mots perfidi judaei et perfidia judaica. ceux-ci ne signifient pas « perfide », ni « perfidie », mais incroyants.
2° En considérant la situation historique du peuple juif, celui-ci a refusé de croire, il est donc incroyant, et il n'est pas perfide, c'est-à-dire manquant à la bonne foi.
La Sacrée Congrégation des Rites s'est bornée à dire qu'on pouvait dans les traductions adopter la traduction « infidèle », « incroyant ».
Dans les deux prières que Notre Mère la sainte Église récite dans les oraisons solennelles du vendredi saint et où elle implore la miséricorde de Dieu pour le peuple hébreux, elle utilise les mots perfidi judaei et judaica perfidia. On a demandé quel était le sens véritable de ces mots latins, car dans les diverses traductions faites en langue vulgaire à l'usage des fidèles, les mots employés ont paru offenser les oreilles de ce peuple.
La Sacrée Congrégation, interrogée sur ce point, déclare simplement : « Elle ne désapprouve pas, dans les traductions en langue vulgaire, l'emploi de mots dont le sens est « infidélité, infidèles dans la croyance »1.
1. Il y a vingt-cinq ans déjà, l'Association des Amis d'Israël (supprimée depuis, pour certaines exagérations, par Décret du Saint Office du 25 mars 1928, A. A. S. XX, 1928, p. 103), avait entrepris une action pour faire rayer, du texte des oraisons du Vendredi-Saint, les deux expressions susdites.
1. D'après le texte latin des A. A. S., 40, 1948, p. 372; traduction française de La Documentation Catholique, t. XLV, col. 1295.
(15 juin 1948) 1
La première pierre de la Cathédrale de Cologne était posée en 1248 par l'Archevêque Konrad de Hochstaden. Le 15 août 1948, on célébra le VIIe centenaire de cette inauguration ; le Cardinal Clément Micara, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, y était présent comme Légat Pontifical. A cette occasion, le Cardinal était porteur d'une Lettre du Souverain Pontife : .
Nous avons appris que la cathédrale de Cologne — ce splendide monument de l'art gothique en Allemagne, meurtri sous les terribles coups de la guerre, ébranlé par les violents bombardements aériens et dont la toiture effondrée présentait l'aspect de vastes ruines béantes — est déjà, grâce au zèle ardent des fidèles et à leur fervente activité, à moitié restaurée et apte à être rendue, après cinq années de travaux, au culte divin. Au mois d'août prochain, en effet, en ce jour très saint où « la Vierge Marie fut transportée jusqu'au séjour éthéré où le Roi des Rois siège sur son trône céleste », en vue de commémorer le VIIe centenaire de la pose solennelle de la première pierre de la nouvelle cathédrale, en présence de nombreux prélats de différentes nations et même de cardinaux revêtus de la pourpre romaine, comme aussi des magistrats de la cité et d'une très grande affluence de fidèles accourus de toute la Rhénanie et des pays voisins de l'Allemagne, des solennités religieuses seront célébrées dans cette église.
Cette nouvelle, au milieu de tant et de si grandes angoisses et contestations des peuples et en présence de plusieurs graves motifs de nouvelle anxiété, alors que la paix internationale n'est pas encore scellée partout par un traité et que, là même où elle est conclue, entre les parties, elle est fréquemment troublée par certains groupements néfastes avec lesquels « on ne peut espérer aucun arrangement et qui ne cherchent que l'agitation » (Tacite Hist., 1, 21), cette agréable nouvelle, disons-Nous, Nous a causé un grand réconfort. D'image lamentable de la ville dévastée s'offre aux yeux de Notre esprit : cette Cologne, naguère si florissante par sa grande industrie et ses riches échanges commerciaux, renommée pour son caractère, son site et son aspect d'immense théâtre, s'étalant sur les bords du Rhin, la voici maintenant par terre, abattue en plusieurs endroits, par la fureur de la guerre. Cependant, bien que pressée par le besoin de rebâtir au plus tôt des toits pour abriter ses citoyens, la généreuse cité a entrepris en même temps de restaurer sans retard le temple où se dresse la chaire de son pasteur et qui est la véritable maison de tout le troupeau. Cette antique Colonia Claudia Augusta Agrippinensis, venue des rives du Tibre jusqu'au Rhin inférieur, au IIe siècle, dont elle reçut l'Évangile du Christ, fut toujours non seulement très fidèle à la foi catholique, mais encore très attachée à la Chaire de Rome, aussi bien dans la prospérité que dans l'adversité. C'est pourquoi, actuellement encore, après la tempête d'une épouvantable guerre, désireuse de célébrer des solennités sacrées tout d'abord dans sa propre maison, elle a tourné ses yeux et ses pensées vers le bienheureux Siège de Pierre, et son eminent Cardinal-Archevêque nous a instamment demandé de bien vouloir présider, par NotreDégat, un si imposant événement. Accédant volontiers à ces désirs, ainsi que Nous l'avons déjà annoncé, Nous vous choisissons et vous désignons, Vénérable Frère, qui êtes revêtu de la pourpre romaine, distingué par votre insigne piété et votre autorité dans Notre Curie, vous qui administrez avec une sollicitude toute pastorale le diocèse de Velletri, comme Dégât a latere, représentant Notre personne, chargé de présider en Notre nom et avec Notre autorité les cérémonies sacrées qui seront célébrées prochainement dans la cathédrale de Cologne, et, à la fin de la messe pontificale, de bénir en vertu de Notre pouvoir, le peuple présent, en lui accordant l'indulgence plénière à gagner aux conditions prescrites par l'Église.
Nous nourrissons le ferme et agréable espoir que le souvenir et la commémoration de tant d'événements survenus au cours de sept siècles apporteront de nouvelles forces et un nouveau courage aux citoyens attristés et préoccupés, en les incitant à suivre avec ardeur les traces de leurs ancêtres. Nous espérons que la grande affiuence des pèlerins étrangers confirmera et resserrera plus étroitement les liens qui unissent les différentes nations et enfin que tous les fidèles à la vue des deux tours si hautes et élancées, profilant dans le ciel leurs fines silhouettes, affineront aussi leurs aspirations vers le ciel par une foi vaillante et un coeur ardent
En attendant, avec l'espoir que, grâce à l'intercession de Marie reçue par Dieu dans le ciel, la fonction si honorifique de votre légation sera heureusement menée à bonne fin, en gage de l'assistance d'en haut et de Notre bienveillance, Nous vous donnons, très affectueusement dans le Seigneur, à Vous, Vénérable Frère, au Cardinal-Archevêque de Cologne, à son clergé et à son peuple, la Bénédiction Apostolique.
5i
(20 juin 1948) 1
1. d'après le texte italien de VOsservatore Romano des 21 et 22 juin 1948.
2. Cette Association a été créée en 1913 dans le but de maintenir le prestige de la « romanité » et de favoriser le développement économique et social de Rome.
Le siège en est établi Enco de Banchi, 8, à Rome.
Une pierre commémorative ayant été inaugurée le 20 juin 1948 sous le portique de la Basilique Saint-Laurent, à Rome, pour rappeler le souvenir de la visite que le Souverain Pontife y a faite, à la suite du bombardement du 19 juillet 1943, qui avait endommagé le monument et fait quelques victimes; L'Associazione fra i Romani qui en avait pris l'initiative, fut reçue en audience:
Au moment où, fils bien-aimés, membres du Comité général de la méritante « Association entre les Romains » avec Son Excellence votre Président, Prince Don François Chigi délia Rovere, Nous vous voyons réunis autour de Nous, s'élève devant Notre regard avec une douloureuse netteté l'image ruisselante de larmes et de sang, d'un jour qui doit être compté parmi les plus sombres que la malheureuse seconde guerre mondiale ait inscrits dans les annales de la Ville éternelle.
Rarement Pasteur et troupeau du diocèse de Rome se sont sentis si profondément unis en un commun deuil que ce 19 juillet 1943 dont vous avez l'intention de commémorer le prochain anniversaire par un acte de haute signification humaine et chrétienne.
Ce jour funeste vit de modestes et pacifiques habitations ouvrières détruites sous le bombardement ; elle vit dans la cité des morts consacrée au silence et au recueillement des tombes ouvertes et retournées ; elle vit crouler avec le toit et le portique, la façade et une partie des murs extérieurs d'une des plus vénérables Basiliques romaines. Il fut cependant pour Nous en même temps l'occasion d'une inoubliable rencontre avec le peuple souffrant et accablé de Notre chère Cité natale.
Jusqu'au dernier soupir vivra en Nous le souvenir de cette rencontre, non seulement comme d'un événement de multiple amertume, mais aussi comme d'une heure, de grâce céleste pour le Pasteur et le troupeau.
Votre présence ici est une preuve palpable que l'intime écho, les irradiations spirituelles de cet événement sont encore vives dans votre coeur aussi.
C'est pourquoi avant qu'un espace de cinq années se soit accompli à partir de ce très triste jour, vous avez voulu que dans le parvis convenablement restauré par les soins de la Surintendance des Monuments du Datium, et tandis que la Basilique déjà reconstruite attend impatiemment sa complète restauration, un monument de marbre rappelle à la mémoire des générations futures avec l'efficacité d'un avertissement, ce temps d'épreuve vécu par vous et par Nous dans l'histoire de la Ville.
Par ce noble témoignage de dévouement et de fidélité, Nous vous exprimons et à toute la bourgeoisie romaine que vous représentez, Notre paternelle reconnaissance.
Dans ce mémorial de marbre, Nous découvrons une profession de foi ouverte et une adhésion de la Rome croyante aux traditions de son passé, enracinées dans le sol sacré de la Ville et auxquelles elle est indissolublement liée;
Nous découvrons une manifestation de l'indéfectible volonté du peuple romain de se relever des ruines du présent pour de nouvelles et plus solides oeuvres de vertu chrétienne et de progrès civil;
Nous découvrons votre ferme propos de promouvoir au-dessus de la reconstruction matérielle de votre cité et de votre Patrie, la vigilante sauvegarde et la restauration de ces facteurs religieux et moraux qui doivent être : conduite, règle et mesure de toute activité terrestre;
Nous découvrons le refus net et sans réserve de tout ce qui n'est pas romain, pas vrai, pas honnête, pas juste, pas saint (cf. Ph 4,8) dans la pensée et l'action, et d'autre part, la défense de tout ce qui confère à Rome et à l'Église du Christ qui, par la volonté de la divine Providence a son centre fixé à Rome, leur sacrée et inaliénable fonction.
Plus s'écartent les ombres qui avaient laissé obscures jusqu'ici certaines périodes particulières du temps de guerre dans notre Rome, plus manifeste se découvre le cadre de graves dangers dont, surtout aux moments de plus forte tension, elle était menacée.
Soient donc rendues grâces et avec ferveur au divin Sauveur et à sa sainte Mère, au Coeur immaculé de qui la Ville vient d'être solennellement consacrée par la voix de son premier magistrat 1 de ce qu'aient été épargnées à la Sion du Nouveau Testament les amertumes des dévastations que d'autres cités ont dû, au contraire, savourer jusqu'au bout.
Ainsi, à la visible protection céleste correspond le tribut commun de reconnaissance de tous ceux qui ont eu le privilège et l'honneur d'être fils, citoyens, hôtes de la ville éternelle.
A ce sentiment de gratitude, vous donnerez sous peu une digne expression dans le mystique atrium de la Basilique de Saint-Daurent hors-les-murs. Nous serons de coeur au milieu de vous, dans cet insigne sanctuaire, dont angoissés nous pleurions alors la ruine et Nous prions le Seigneur qu'il vous donne et à tous ceux qui respirent ce même air romain, un souffle de l'esprit répandu dans ce vénérable temple : l'esprit du diacre Daurent dont la vie se consuma au service des pauvres dont la mort fut un triomphe sur le despotisme de la force brutale; l'esprit du Protomartyr Etienne, de l'invincible confesseur du Christ qui, sous la pluie des pierres lancées contre lui, pardonnait et priait pour ses persécuteurs.
La reconstruction morale de votre cité et de votre pays, que vous devez associer harmonieusement à leur restauration extérieure, n'est possible que moyennant une vivace alliance avec les idéaux et les buts qui, aux jours de Saint Laurent et de Saint Etienne conduisirent à la victoire les forces de la foi chrétienne contre les résistances de ses plus farouches adversaires.
Allez donc et, dans la vénération de ces deux héros recueillez une étincelle de cette flamme qui vivifia et consuma leurs coeurs. Allez et près de la tombe d'un grand et inoubliable Pontife qui choisit pour sa dernière demeure le sol sanctifié par ces sublimes souvenirs 2 prenez de nouvelles forces et une nouvelle confiance dans le « Non preavalebunt » qui, aujourd'hui comme alors, brille comme une consolante promesse divine à l'Église du Christ.
Avec ce souhait et enveloppant vos désirs et vos soucis, vos demandes, vos épreuves, vos espérances et vos attentes dans Nos prières quotidiennes au saint autel, à vous tous ici présents et à tous les membres de votre association qui est consacrée à un sens juste de la romanité et au bien véritable de votre et Notre cité natale, non moins qu'à vos familles, nous accordons de tout coeur la Bénédiction Apostolique. »
1. La ville de Rome a été consacrée solennellement an Coeur Immaculé de Marie en 1948.
2. Le Pape Pie IX est enterré dans la Basilique de Saint Laurent-hors-les-Murs.
En ce 20 juin, le Saint-Père a reçu en audience un important pèlerinage comportant des fonctionnaires et employés du siège central de la Banque de Naples, et de ses succursales ; Il leur a adressé la parole en ces termes :
Nous voyons avec plaisir devant Nous le monde de la banque brillamment représenté en nombre et en qualité. Et c'est celui de la belle et chère Naples, la cité où, si la vie des affaires bat et presse intensément comme dans tous les grands centres, on ne voit jamais cependant dominé et suffoqué par le tumulte des choses extérieures, ce sentiment religieux qui est sa plus grande gloire et qui se plaît à se manifester de toute manière à la lumière du soleil.
Pie XII énonce la doctrine traditionnelle de l'Église concernant l'usage des richesses :
Monde bancaire et idée chrétienne; argent et évangile : termes en soi antithétiques pour qui a présente la prédication de Jésus-Christ, l'exaltation par Lui de la pauvreté, le contraste solennellement affirmé par Lui entre Dieu et Mammon.
Il dit d'ailleurs : « Là où est ton trésor, là est ton coeur » (Mt 6,21); de sorte que si l'homme met son coeur dans son argent, son coeur est là et il n'y a plus de place dans le coeur pour les véritables biens: Dieu et sa justice; biens qui n'admettent pas la domination d'une autre passion et sont, en réalité, refusés à qui voudrait leur donner trop, sauf le meilleur de lui-même, qui est précisément le coeur, avec ses affections et ses préférences.
Nous savons tous quelle confirmation a reçue en tout temps et reçoit encore le grand avertissement de Saint Paul : « Ceux qui veulent s'enrichir tombent dans la tentation et dans beaucoup de convoitises inutiles qui plongent les hommes dans la ruine. » (cf. 1Tm 6,9).
Le rôle du banquier est d'estimer à sa juste valeur l'argent :
Mais si de ce triste aspect de l'influence de l'argent, vous êtes par devoir de votre charge, les témoins nés, et si vous êtes obligés par elle encore à en suivre de près les vicissitudes et pouvez par là en mesurer, comme de l'observatoire le mieux approprié, la valeur négative pour le bonheur humain; à vous, d'autre part, est donnée comme à peu d'autres la possibilité de faire une juste estimation des richesses bien employées, lesquelles, quoique changeantes et caduques, comme la beauté d'ici-bas, ont reçu de Dieu dans la société humaine l'obligation d'obéir à tant et de si graves devoirs religieux et sociaux.
Chaque jour vous constatez comment, quand l'argent possédé en abondance n'est pas une idole, à qui on sacrifie tout, ni qu'il est un vulgaire instrument de bas égoïsmes mais vient au pouvoir d'âmes non encombrées de cupidités libres de cette liberté des choses contingentes que nous a procurée Jésus-Christ, alors il n'y a bonne oeuvre qu'il ne puisse susciter et entretenir pour le bien des hommes et la gloire de Dieu, devenant ainsi, par un miracle de la grâce, un escalier lui-même vers la justice et la sainteté chrétiennes.
C'est à cette fin à donner à l'argent que vise votre esprit chrétien. Et à la promouvoir dans tous les sens, à l'affirmer et à en faire votre idéal dans la délicate profession à vous assignée par la divine Providence, vous consacrez avec une haute conscience chrétienne les énergies de l'esprit et, ce qui est plus efficace encore, du coeur.
Celui qui possède la richesse est tenu à exercer la bienfaisance :
Entre les honnêtes et nobles buts et devoirs qui intéressent votre vie professionnelle, il est à peine nécessaire de vous en rappeler un, un surtout, que les présentes circonstances ont rendu plus urgent que jamais : la bienfaisance.
Beaucoup a été demandé dans ce secteur, au monde de la banque, au cours des années de la guerre et de l'après-guerre, et beaucoup sûrement a été fait par votre banque pour alléger les maux et adoucir les douleurs pour la reconstruction matérielle et morale de la patrie commune frappée dans tous ses membres et indigente de tout.
Mais comme fut nouveau pour vous, un tel office de miséricorde, où vous apportiez votre concours afin de soulager les infortunes publiques et privées, ainsi cette gloire de tenir ouvertes les sources de la bienfaisance devra toujours être pour votre banque, un titre particulièrement cher et intelligemment entretenu.
Patriotisme et esprit chrétien continueront à soutenir dans votre méritante institution une si précieuse activité. Celle-ci ne pourra qu'attirer la bénédiction de Dieu sur la masse de vos affaires et de vos multiples entreprises. Et vous-mêmes personnellement, chacun suivant la part qu'il aura prise à cette oeuvre de secours fraternel, vous participerez avec abondant profit spirituel, à cette divine miséricorde solennellement promise dans l'Évangile à qui aura usé de miséricorde.
Le Saint-Père précise comme suit la mission des banques :
D'influence et la responsabilité des banques est énorme. Elles sont les intermédiaires du crédit et les fournisseuses des fonds au commerce, à l'agriculture et à l'industrie : elles tirent de là une haute importance sociale. D'ordre économique actuellement en vigueur est inconcevable sans le facteur argent. Des banques en dirigent le cours : il importe donc que celui-ci ne soit pas dirigé vers des entreprises économiquement malsaines, violant la justice, funestes au bonheur du peuple, pernicieuses pour la vie civile, mais soit en harmonie avec la saine économie publique et avec la vraie culture.
Tout ceci exige dans les dirigeants des banques et dans leurs employés, l'expérience des questions économiques, le sens social, une absolue conscience et loyauté.
Dans ces sentiments et avec ces voeux, Nous vous remercions du filial hommage que vous êtes venus Nous rendre avec un si affectueux empressement. Et en appelant sur vous et sur votre travail quotidien l'abondance des lumières et des forces divines, Nous vous accordons du fond du coeur à vous, à vos familles et à tous ceux qui vous sont chers en Jésus-Christ, la Bénédiction apostolique.
1. D'après le texte latin des A. A. S., 40, 1948, p. 374; traduction française du Bulletin de l'Union missionnaire du Clergé de France (octobre 1948, p. 128).
Le 29 juin 1948, un nouvel Institut était inauguré à Rome; destiné à recevoir les prêtres indigènes venant poursuivre leurs études dans les Universités pontificales. En cette occasion, S. Em. le Cardinal Fumasoni-Biondi, préfet de la S. Congrégation de Propagande, donna lecture de la lettre suivante du Pape:
L'inauguration du Séminaire Saint-Pierre, établi avec grand soin sur le mont Janicule pour recevoir les étudiants indigènes qui sont l'espoir du Clergé, offre à Notre coeur paternel l'occasion très agréable d'exprimer ses voeux et ses conseils au clergé indigène tout entier, fleur de l'apostolat missionnaire, destinée désormais, avec le secours céleste, à donner abondance de fruits.
Le but des missions est de préparer les voies à l'établissement de l'Église autochtone :
Les Missions Catholiques, en effet, grâce à l'effort courageux et prolongé des apôtres du Christ, sont déjà parvenues en de nombreux endroits, à un heureux développement; elles s'y trouvent près d'atteindre ce qui leur est propre : établir solidement l'Église en des terres nouvelles de manière à ce qu'elle s'y trouve capable, y ayant de profondes racines, de vivre par elle-même, sans le secours de prêtres étrangers, dans la prospérité et la liberté.
Dans de nombreuses régions, le moment est proche où on pourra remettre la direction de l'Église à des évêques et à des prêtres indigènes.
Néanmoins, les indigènes devront garder une reconnaissance impérissable aux missionnaires qui ont préparé cet établissement:
Que ce succès soit d'abord pour les indigènes, prêtres et fidèles, une raison qui les presse d'être et de se montrer reconnaissants envers les missionnaires étrangers, dont le zèle et l'amour, poussés plus d'une fois jusqu'au sacrifice de la vie, ont préparé la joyeuse saison des moissons : « En cela la parole est bien vraie, qu'autre est celui qui sème et autre celui qui récolte..., ce sont d'autres qui ont travaillé et c'est vous qui entrez dans le champ de leur travail. » (Jn 4,36-38)
Pour que l'Église indigène porte ses fruits, le Pape donne une série de consignes:
Mais à quelles conditions ces nouveaux rameaux de l'Église pourront porter fleurs et fruits avec abondance c'est ce qu'il Nous plaît de toucher brièvement, au moins quant à ce qui est le plus important :
Le clergé indigène devra être eminent par la sainteté de sa vie :
En tout premier lieu, vient le désir de la sanctification personnelle et du salut du prochain. C'est là sainteté de vie et de moeurs qui unit l'homme à Dieu et le rend moins indigne d'être le ministre de sa miséricorde. Or, la sainteté ne peut être atteinte sans un don de la grâce divine. Aussi le zèle des âmes et les succès de l'apostolat se montreront-ils sans effet si la bonne volonté de l'homme et son habileté ne sont pas aidées et fortifiées par un puissant secours de Dieu : « Ce qui est quelque chose, ce n'est pas celui qui plante et qui sème, mais celui qui donne l'accroissement, Dieu. » (1Co 3,7).
C'est pourquoi les prêtres devront être des hommes de prière:
C'est pourquoi, bien-aimés fils, vous qui mettez votre application à acquérir les graves vertus du sacerdoce et vous souciez d'y faire des progrès, ménagez dans chacune de vos journées une part à la méditation des vérités éternelles et à la prière en vous attachant à une lecture régulière des saints livres et des pieux auteurs, et le soir, avant que le sommeil ne vous gagne, examinez soigneusement votre vie pour reconnaître en quoi vous avez avancé et en quoi vous avez manqué. Si les antiques civilisations païennes exigeaient de leurs prêtres une certaine sainteté — nous le lisons dans Cicéron : « Aux dieux il faut allez chastement, en montrant de la piété... De celui qui oserait agir autrement, c'est Dieu qui tirera sa propre vengeance. » (Des Lois, 2, 8) — combien plus grande sera la sainteté requise des ministres du Christ dans le sacrifice par excellence, qui est renouvelé pour la vie du monde avec une incessante efficacité?
La vraie piété doit déborder en amour du prochain :
Mais ce n'est pas pour lui seul que le prêtre doit vivre saintement, car il est aussi l'ouvrier que le Christ a engagé pour sa vigne. D'ailleurs le souci de votre sanctification personnelle, s'il est bien dirigé, ne vous sera en rien un empêchement à accomplir toutes les parties de votre ministère, mais, au contraire, il lui apportera le plus puissant des aides et des encouragements. Donc plus parés serez-vous de vertus éclatantes et enflammées de charité, et plus serez-vous puissants, comme les premiers apôtres, en oeuvre et en parole.
Les fonctions sacerdotales ne sont qu'accomplissement de cet amour :
Si cette persuasion vous anime, vous accomplirez avec ardeur vos fonctions, comme celles d'annoncer l'Évangile de Dieu, d'instruire dans la foi les ignorants; de recevoir les confessions, d'assister les infirmes, et en particulier les mourants, de consoler les affligés, de soutenir ceux qui défaillent, d'amener ceux qui errent à s'amender.
Pour remplir sa mission, il faut s'instruire :
C'est pourquoi il sera utile à votre ministère d'être très versés dans les sciences sacrées et profanes, et vous ne tirerez pas un mince secours de la connaissance de la langue et des moeurs des populations que vous devez former aux commandements de l'Évangile, ainsi que de la longue expérience dont jouissent les religieux des Instituts étrangers qui se trouvent auprès de vous, associés et compagnons de votre travail pour l'accroissement du règne de Dieu à travers le monde : « O grandeur et beauté précieuse de ces instruments de Dieu que sont les prêtres, de qui dépend tout le bonheur des peuples ! » (S. Charles Borromée dans le premier discours du Synode I).
Le Prêtre doit être soumis à son Évêque et au Pape :
En second Heu, il y a un principe qui doit être inébranlable dans vos esprits, fils bien-aimés, à savoir que la sainteté de la vie personnelle et l'efficacité de l'apostolat ont pour base et pour soutien, car elles y trouvent leur fondement, l'obéissance constante et exacte à la sacrée Hiérarchie. Si vous devez être attachés étroitement à vos évêques, par les liens de l'amour et de l'obéissance, soyez aussi attachés avec force et continuité à l'indéfectible Chaire de Pierre, sur laquelle demeure ferme l'Église universelle. Aucune vie, qu'elle soit physique ou qu'elle soit morale, ne peut se concevoir sans une certaine unité. C'est dès les origines de l'Église que Saint Cyprien a écrit : « Dieu est un, et le Christ est un, et l'Église est une, et la chaire est une que la voix du Seigneur a fondée sur Pierre. Élever un autre autel et établir un autre sacerdoce, à côté de l'unique autel et de l'unique sacerdoce, cela ne se peut. Qui croit gagner autrement, dissipe. » (Migne, P. D., 4, 336). Il n'y a point d'armée, en effet, qui sans unité de commandement, sans discipline, puisse remporter la victoire et même seulement subsister, elle fondra rapidement, destinée à une ruine certaine. En vérité, vous êtes les troupes d'élite de l'Église catholique. Si par amour et fidélité, vous êtes unis à l'Église romaine, si vous servez constamment la cause du Siège apostolique, alors vous resterez toujours debout et sans peur. Au milieu de toutes les peines, de toutes les difficultés, et de tous les dangers, au premier rang de ceux qui se battent pour la cause du Seigneur, la confiance et le courage ne vous manqueront jamais.
Le Saint-Père invite les prêtres indigènes à être de parfaits témoins de °lise :
Soyez donc, Fils bien-aimés vous qui êtes dispersés à travers l'univers, le témoignage éclatant de l'Église une et universelle. Appliquez-vous de toutes vos forces et empressez-vous d'être vraiment, par la parfaite conscience avec laquelle vous remplirez vos fonctions, les lampes ardentes d'où la lumière de toutes les vertus se répandra sur le peuple chrétien.
Afin que vous répondiez pleinement à Notre attente et que toutes choses prospèrent suivant nos voeux communs c'est à chacun d'entre vous tous, Fils bien-aimés, que Nous accordons avec un amour de Père dans le Seigneur la Bénédiction apostolique, gage de la divine grâce et témoignage de Notre affection.
Avec la libération de l'Italie du joug fasciste, les associations retrouvèrent le droit d'exister. Dès 1945, les ouvriers catholiques, à ce moment membres du syndicat unique, se groupèrent en une association destinée à promouvoir le programme chrétien sur le plan syndical; elle prit le nom de Associazioni Cristiani dei Lavoratori italiani (A. C. L. I.) a.
35.000 membres de cette Association étaient reçus le 29 juin 1948 en audience dans la cour du Belvédère et le Pape leur disait3 :
1. D'après le texte italien des A. A. S., 40, 1948, p. 331 ; traduction française dans La Documentation Catholique, t. XLV, col. 898.
2. Le Président général des A. C. L. I. est M. Ferdinand Storchi et l'Aumônier général Mgr Louis Civardi.
En 1948, cette Association comptait près d'un million de membres.
3. Pie XII à plusieurs reprises s'est adressé aux membres des A. C. L. I. :
—• le n mars 1945 (A. A. S., 37, 1945, p. 683; traduction française dans La Documentation Catholique, t. XLII, Col 387
— le 16 août 1945 (A. A. S., 38, 1945, p. 212; traduction française dans La Documentation Catholique, t. XLII, Col 673) ;
— le 29 septembre 1946 (A. A. S., 1946, XXXVIII, p. 389; traduction française dans La Documentation Catholique, t. XLIII, Col 1211).
Vous voici de nouveau rassemblés autour de Nous, chers fils de Rome et d'Italie, travailleurs catholiques de toutes catégories; votre présence ravive aujourd'hui dans Notre âme le souvenir de Notre première rencontre avec vous. C'était le 11 mars 1945, que Nous saluions les représentants des « A. C. L. I. » naissantes; jour de grande, mais aussi, presque d'unique espérance. Votre association faisait, franche et confiante, ses premiers pas, mais le chemin était long et le but lointain. Aujourd'hui, en contemplant votre grandiose phalange, Nous devons reconnaître que la bénédiction du Seigneur, appelée par Nous sur votre oeuvre, était puissante et que le céleste Patron que Nous vous donnâmes alors, saint Joseph, l'homme fidèle et juste, le travailleur par excellence vous a miraculeusement protégés. Vous pouvez vous écrier avec joie : « Nous avons grandi, nous avons progressé dans notre voie, nous nous rapprochons chaque jour du but. » Nous Nous sentîmes alors poussé à tirer de la richesse de la doctrine sociale de l'Église, de la plénitude de sa sollicitude pastorale, les instructions qui devaient vous servir de guide sur un sentier bien ardu et encore obscur. Elles ont fait leurs bonnes preuves et doivent encore vous accompagner sur le chemin que vous continuez de suivre. En avant, donc ! Ce que Nous Nous proposons de vous exposer aujourd'hui ne vise qu'à encourager la fermeté et la hardiesse de vos pas.
Si les A. C. L. I. connaissent un grand succès il ne faut cependant pas se laisser griser par le nombre ; il faut continuer à se préoccuper de chaque membre personnellement et rester plongé dans la vie:
Vous avez grandi; votre nombre s'est considérablement accru; vous avez étendu votre organisation, multiplié les sièges, les cercles locaux, les cours d'enseignement, les patronages *; développé les moyens de propagande par des journaux, des périodiques, des opuscules largement diffusés ». Travail excellent et avec vous Nous remercions tous ceux qui vous ont prêté et continuent de vous prêter leur appui dans l'accomplissement de cette action providentielle ! Attention cependant ! Des institutions, comme les individus, ont coutume de passer par une crise de croissance qui peut avoir ses dangers et ses désillusions. Ne vous laissez pas trop exalter ou illusionner par le nombre croissant des noms sur vos listes ou des acquéreurs de vos publications. Demandez plutôt ce que vaut chacun de ces noms. Signifie-t-il vraiment un nouveau soldat du Christ dans le monde du travail? C'est cela qui compte réellement. C'est cela qui vous permettra de dire de plein droit : nous avons grandi !
1. Il Patronato A. C. L. I. comporte un ensemble d'oeuvres d'assistance et de service social.
2. Parmi les périodiques des A. C. L. I., signalons les hebdomadaires : // Giornale dei Lavoratori et Azione Sociale et la revue mensuelle du Patronato : Informazioni Sociali.
Vous ne pourrez vous féliciter pleinement et sans réserve, du progrès de votre association que lorsque, à l'organisation qui agit en haut, correspondra en bas la vie de chacun des groupes particuliers et de chacun de leurs membres. Car. de deux choses l'une : ou les « Acli » vivront de la vie de chacun de leurs éléments et dureront, ou, au contraire, leur vie sera fictive et ne pourra être qu'éphémère.
A quoi serviraient les noms seuls sur les listes, si ceux qui les portent n'y étaient inscrits que comme simples unités; si chacun dans son groupe particulier, dans son champ de travail n'était pas intimement et solidement uni à tous les autres travailleurs catholiques, lesquels, sous le drapeau des « Acli », ne doivent avoir qu'une même pensée et une même volonté, une même activité et une même abstention, les mêmes tendances et les mêmes aversions?
A quoi serviraient les nombreux acquéreurs de vos publications, si leur contenu, quelque excellent qu'il fût, restait lettre morte, s'il ne devenait pas vie, vie dans vos réunions intimes, dans la chaleur de vos discussions, des explications, des commentaires, des applications opportunes aux conditions de chaque lieu?
A quoi serviraient les belles oeuvres de charité et d'assistance par l'intermédiaire des « Acli », si vous n'y participiez pas solidairement, au moins par vos services empressés, vos bonnes idées, un vif intérêt personnel, de manière que vous puissiez dire véritablement : ces oeuvres, ces salles de lecture, ces colonies de vacances pour les enfants et tant d'autres institutions similaires sont nos oeuvres?
A quoi serviraient vos excellents assistants ecclésiastiques et vos éminents dirigeants, s'ils n'étaient pas aptes à éveiller en chaque membre de vos groupes le sens des buts des « Acli », s'ils n'étaient pas suffisamment larges d'esprit et de coeur pour laisser aux autres la possibilité d'exposer leurs vues et de se rendre utiles à l'Association par leurs bonnes qualités?
Faites donc des « Acli », avec l'aide de Dieu, l'organisation d'une réalité vivante, d'une réalité merveilleuse, d'un christianisme vivant dans le monde du travail. Car notre époque manque précisément de cette réalité vivante, au défaut de laquelle aucune organisation à outrance, dont on a le culte aujourd'hui, pour ne pas dire la superstition, ne pourra jamais suppléer.
Que votre nombre croissant n'ait donc qu'un sens : le Christ a grandi avec chacun de nous dans le monde du travail. Alors vous serez prompts et prêts, aux jours difficiles, s'ils devaient jamais advenir pour vous, à vaincre les décourageantes désillusions, devant lesquelles les faibles se soustraient par la fuite, en renonçant à poursuivre la course commencée.
En Italie, après la libération, les communistes tentèrent de monopoliser à leur profit le mouvement ouvrier. Les A. C. L. I. parvinrent cependant à percer le front et à avoir droit à prendre leur place dans le monde du travail :
Vous dites aujourd'hui avec joie ; nous avons progressé sur notre chemin. Nous sommes non seulement là, mais nous y sommes de manière que personne, ami ou adversaire, ne peut nous ignorer; nous représentons quelque chose; tout le monde doit compter avec nous. C'est vrai; Notre joie et Notre satisfaction ne sont pas moindres que les vôtres, spécialement lorsque Nous songeons comment ces heureux résultats ont été obtenus en peu de temps et toujours en concurrence avec des adversaires implacables qui souvent avaient occupé le terrain avant vous.
Toutefois le mouvement ouvrier chrétien n'existe pas essentiellement pour concurrencer les groupes adverses, mais parce qu'il faut traduire la doctrine sociale de l'Eglise dans les réalités du monde du travail. C'est la charité chrétienne qui donne l'impulsion première au mouvement ouvrier chrétien :
Ce serait toutefois une façon de juger superficielle, extérieure, et pour ainsi dire purement sportive, si vous considériez le chemin parcouru seulement sous cet aspect. Des Associations catholiques des travailleurs sont là, non pas uniquement parce que l'adversaire est là. Quiconque l'affirmerait fausserait la vérité historique, méconnaîtrait complètement l'impulsion propre de l'Église et des chrétiens dignes de ce nom pour l'action sociale. Cette impulsion ne leur vient pas du dehors; ni la peur de la révolution ni celle du soulèvement des masses ne les poussent au travail pour le peuple. Non. D'amour fait battre leur coeur, ce même amour qui faisait battre le Coeur du Christ, et leur inspire le souci de la défense et du respect de la dignité du travailleur moderne, ainsi que le zèle attentif, pour le placer dans des conditions de vie matérielles et sociales en harmonie avec cette dignité.
Si vous pesez sérieusement tout cela, vous ne serez pas tentés de vous féliciter sans plus du chemin parcouru jusqu'à présent; les « Acli » doivent, suivant leurs principes, exercer l'apostolat parmi les ouvriers avant tout parmi leurs propres membres, et ensuite, auprès des autres, un « apostolat des ouvriers par les ouvriers » (Cf. Encyclique Quadragesimo Anno).
Le Pape demande aux membres des A. CL. I. de faire un examen de conscience :
A quel point donc a progressé en vous la sanctification de la vie, grâce à une conception véritablement chrétienne du travail? Comment agit par votre intermédiaire cet ardent apostolat de l'exemple parmi tant de compagnons, même jeunes, qui, chaque jour, se traînent au travail presque comme s'ils y étaient forcés, sans joie, sans aucune aspiration élevée? Comment s'exerce votre apostolat, si précieux, de l'exemple dans l'usage chrétien des temps libres, dans la sanctification du dimanche et des fêtes, dans toute la vie de famille?
Les ouvriers italiens sont encore dans des conditions économiques qui leur imposent des conditions de vie pénibles; ils réclament assistance de l'Etat, de l'Eglise, des associations de bienfaisance:
Gardez-vous bien de dire ; ces exigences sont sans doute importantes, mais elles ne concernent pas immédiatement les circonstances présentes. Est-ce réellement vrai? Qu'attend maintenant le travailleur? D'aide peut-être de l'État ou de l'Église par l'intermédiaire de leurs oeuvres d'assistance? Certes, personne ne songe à soustraire à la classe ouvrière une telle contribution, mais elle n'est pas la seule à la demander; en ces trop longues années de crise économique, ceux qui appellent du secours sont devenus si nombreux que l'Église elle-même, et en particulier le Saint-Siège, malgré ses multiples oeuvres d'assistance, ne peut bien souvent que gémir sur son insuffisance à soulager toutes les misères, à exaucer tous ceux qui s'adressent à lui.
Mais c'est principalement dans les groupements ouvriers eux-mêmes que les travailleurs pourront s'entr'aider le plus efficacement:
-.'¦i C'est pourquoi les travailleurs, comme du reste aussi les autres classes du peuple, avant de compter sur l'aide d'autrui, doivent compter sur leurs propres efforts, sur leur propre défense, sur leur mutuelle assistance, dans l'exercice de laquelle le point fondamental est le sentiment d'intime solidarité entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. Et c'est en cela que consiste l'importance des exigences dont Nous avons parlé et du travail apostolique que les « Acli » sont appelés à accomplir, en imprégnant toute la vie du travailleur des vrais principes du Christ.
Il s'agit d'ailleurs de mettre les choses au point. L'insuffisance des ressources des travailleurs peut avoir deux causes :
1. Des salaires trop bas.
2. Des dépenses trop élevées.
Considérons les choses pratiquement et en toute sincérité. Partout, on note un sentiment de malaise et de mécontentement : le travailleur n'est pas satisfait de son sort ni de celui de sa famille; il affirme que ses gains ne sont pas proportionnés à ses besoins. Nul plus que l'Église n'a soutenu et ne défend les justes revendications du travailleur. Mais cette disproportion et cette insuffisance sont-elles toujours et uniquement dues à la modicité des ressources? L'accroissement des besoins n'y entre-t-il pas pour quelque chose?
Sans doute, il est des besoins qui doivent être satisfaits d'urgence : les aliments, le vêtement, l'habitation, l'éducation des enfants, la saine restauration de l'âme et du corps. Mais Nous voulons faire allusion à ces autres exigences qui se manifestent, telles que le désir antichrétien et immodéré du plaisir, ainsi que la légèreté qui tendent à pénétrer dans le monde ouvrier. Les dures conditions économiques du temps de guerre ont fait perdre jusqu'à la possibilité de l'épargne, mais même aujourd'hui on n'en a plus ni le sentiment ni l'idée.
L'ouvrier doit apprendre à gérer convenablement ses biens avant de songer à jouer un rôle actif dans la gestion des biens appartenant à la communauté.
Dans de telles conditions d'esprit, comment pourrait-on avoir la claire et droite conscience de la responsabilité dans l'usage et dans l'administration des deniers publics destinés aux maisons populaires, aux assurances sociales, aux services sanitaires? Et comment pourrait-on prendre la co-responsa-bilité dans la direction de l'économie tout entière du pays, à laquelle aspire la classe ouvrière, maintenant surtout que la grave plaie du chômage peut être guérie non par la démagogie, mais par la raison et la discipline; non par la profusion des sommes énormes pour remédier seulement aux besoins immédiats du moment, mais par de sages et prévoyantes dispositions ?
Dans ce domaine, les A. CL. I. ont un rôle à jouer:
De là découle la difficile mais aussi la si importante mission des « Acli » de promouvoir en chacun l'esprit de l'épargne chrétienne, de la consciencieuse délicatesse dans toutes les choses qui regardent le bien commun, afin que toujours les personnes conscientes de leur responsabilité aient la prévalence.
Importante est sans doute l'élévation du traitement ou du salaire que le père de famille et peut-être aussi les enfants déjà grands apportent à la maison chaque mois ou chaque semaine; plus important encore est le souci commun de l'employer sagement pour les vrais besoins de la famille. Mais il est souverainement important que la maîtresse de maison sache diriger les affaires domestiques. Personne ne pourra nier qu'ici s'offre aux « Acli » un nouveau champ de multiples activités pour le soutien de la classe ouvrière : l'instruction de ses membres, opportunes institutions d'enseignement pour les mères et les jeunes filles, délassements aux heures libres, spécialement saines distractions spirituelles et corporelles pour les jeunes gens.
En réalité, le traitement ou le salaire ne sont pas l'unique richesse du foyer domestique. Les connaissances acquises à l'école et celles concernant son propre travail, art ou métier, la santé physique, le bien-être de la mère et du petit enfant, un logement clair et sain, concourent, par ailleurs, à embellir et à réjouir la maison, au grand profit de l'union et de l'affection mutuelle parmi les membres de la famille. Et quel nouvel objet d'activité pour les « Acli »! Que de maîtres catholiques, de médecins, de juristes et d'autres personnes, hommes et femmes, en ville et à la campagne, prêteraient volontiers leur concours en faveur de l'éducation du peuple ! Mais le peuple doit être foncièrement disposé à coopérer à ce travail apostolique, à vouloir s'aider lui-même, à avoir de soi-même une appréciation noble et vraiment chrétienne. Ainsi, Nous voici revenu au point de départ : êtes-vous des apôtres envers ceux qui ne sont pas mais qui devraient être avec vous? A cette condition seulement votre contentement pour le chemin parcouru pourra être parfait.
II demeurera toujours vrai que le mouvement ouvrier chrétien aura pour première tâche : V éducation des travailleurs :
Mais pour ne pas défaillir le long des chemins, pour enflammer les coeurs et particulièrement pour gagner la jeunesse à votre cause, il faut avoir constamment devant les yeux la haute fin vers laquelle doit tendre votre mouvement : c'est-à-dire la formation des travailleurs vraiment chrétiens qui excellent également en capacité dans l'exercice de leur art et en conscience religieuse, sachent mettre en harmonie la ferme protection de leurs intérêts économiques avec le sentiment le plus strict de la justice et avec la sincère volonté de collaborer avec lés autres classes de la société au renouveau chrétien de la vie sociale tout entière. (Cf. Encyclique « Quadragesimo Anno ».)
Le Souverain-Pontife admet qu'il y ait diverses formes suivant lesquelles on puisse organiser les travailleurs. En Italie, il y a principalement trois sortes d'associations:
Tel est le but élevé du mouvement des travailleurs chrétiens, même si celui-ci se divise en Unions particulières et distinctes, dont les unes visent à la défense de leurs intérêts légitimes par le9 contrats de travail — tâche propre des Syndicats, d'autres aux oeuvres d'assistance, telles que les coopératives de consommation; d'autres enfin à l'aide religieuse et morale aux travailleurs, comme sont les Associations ouvrières catholiques.
Le Syndicat a pour mission première de défendre les intérêts des travailleurs sur le plan professionnel. Dans la mesure où il néglige cette mission, pour viser d'autres fins, il manque à l'essentiel. Le Saint-Père met ici les ouvriers, en garde contre les déviations possibles du syndicat :
Ne vous laissez donc pas détourner de cette fin, plus importante que n'importe quelle autre forme transitoire de l'organisation syndicale. D'avenir des syndicats eux-mêmes dépend de la fidélité ou non à tendre vers ce but. S'ils visaient, en effet, à la domination exclusive dans l'État et dans la société, s'ils voulaient exercer un pouvoir absolu sur l'ouvrier, s'ils repoussaient le sentiment strict de la justice et la sincère volonté de collaborer avec les autres classes sociales, ils failliraient à l'attente et aux espérances que tout honnête et consciencieux travailleur met en eux. Que faudrait-il penser de l'exclusion du travail d'un ouvrier, parce qu'il n'est pas persona grata du syndicat, de la cessation forcée du travail pour l'obtention de buts politiques, de l'égarement dans de nombreux autres sentiers erronés qui mènent loin du vrai bien et de l'unité de la masse ouvrière tant souhaitée?
En 1945, les ouvriers catholiques italiens ont fait confiance au syndicat unique qui, en ce moment, semblait s'imposer 1, mais celui-ci menaçant de devenir un fief exclusivement communiste, le Pape met en garde les ouvriers et leur demande d'être vigilants ».
1. Pie XII disait en effet aux A. C. L. I. le 11 mars 1945 :
Examinons maintenant brièvement les relations des Associations chrétiennes avec les Syndicats. Contrairement à ce qui se pratiquait auparavant, on a constitué récemment en Italie l'unité syndicale. Notis né pouvons Nous empêcher de compter et d'espérer que les renoncements consentis qu'entraîne l'adhésion donnée de la part aussi des travailleurs catholiques, ne causeront pas de préjudice à leur cause, mais aboutiront au résultat attendu par tous les travailleurs. Cela suppose, comme condition fondamentale, que le Syndicat se maintienne dans les limites de sa fin essentielle qui est de représenter et de défendre les intérêts des travailleurs dans les contrats de travail. Dans le cadre de cette fin, le Syndicat, naturellement exerce une influence sur la politique et sur l'opinion publique. Cependant, il ne pourrait dépasser cette limite sans s'occasionner de graves préjudices à lui-même. Si le Syndicat, comme tel, par suite de l'évolution politique et économique, en venait un jour à exercer une sorte de patronat ou de droit en vertu duquel il disposerait librement du travailleur, de Ses forces, de ses biens, comme il arrive dans d'autres domaines, le concept même du Syndicat, qui est une union pour la propre aide et défense, en serait altéré et détruit.
Ces prémisses posées, Nous disons que le Syndicat et les Associations de travailleurs chrétiens tendent vers une fin commune qui est d'élever les conditions de vie du travailleur. Des dirigeants du nouveau Syndicat unique ont reconnu « le très haut apport spirituel que les travailleurs catholiques ont fait à l'oeuvre de la Confédération », et ils ont rendu hommage au « souffle de spiritualité évangélique », qu'ils ont fait passer dans la Confédération elle-même, « au profit de tout le mouvement ouvrier ». Dieu veuille que ces influences soient stables et efficaces et que l'esprit de l'Evangile forme la base de l'action syndicale ! Car, en fait, si Nous ne voulons pas Nous contenter de vaines paroles, en quoi consiste pratiquement cet esprit de l'Évangile sinon à faire prévaloir les principes de la justice, suivant l'ordre établi par Dieu dans le monde, sur la force purement mécanique des organisations? Vous comprenez ainsi quelle importante tâche obligatoire d'impulsion, de vigilance, de préparation et de perfectionnement incombe aux Associations de travailleurs chrétiens en ce qui regarde le travail syndical.
Cette véritable unité ne s'obtient que si l'on reconnaît le but exact du mouvement des travailleurs, au moins dans ses fondements naturels. Nous avions en vue ce point essentiel lorsque, dans Notre discours du n mars 1945, Nous parlions des rapports des « Acli » avec le Syndicat unique. Il était et il est une expérience qui montre jusqu'à quelle limite extrême les travailleurs catholiques sont allés dans leur bonne volonté de collaboration. Vous, chers Fils, vous avez donné une preuve manifeste de cette volonté, car, dans le Syndicat, comme tel vous voyez un solide soutien de la société économique de nos temps, plus d'une fois reconnu par la doctrine sociale de l'Église.
Mais si la forme présente du Syndicat venait à mettre en danger le vrai mouvement des travailleurs, alors les « Acli » ne manqueraient certainement pas au devoir de vigilance et d'action que la gravité du cas demanderait. Il s'agit réellement aujourd'hui, d'importantes résolutions et réformes dans l'économie nationale, en face desquelles une lutte des classes, basée sur l'inimitié et sur la haine, risquerait de compromettre l'idée syndicale, sinon de la conduire littéralement à la ruine. C'est pourquoi vous devez faire en sorte que les principes chrétiens prévalent définitivement dans le Syndicat; alors il prospérera au profit des travailleurs et de tout le peuple italien.
1. De fait, le syndicat unique devenu communiste, força les ouvriers chrétiens à le quitter et à créer un nouveau syndicat, dit libre, en septembre 1948.
Le Souverain-Pontife invite les membres de l'A. C. L. I. à continuer avec courage leur action:
Nous vous avons adressé, chers fils, des paroles, non de repos, mais pratiques, jaillissant d'un coeur qui bat entièrement pour vous, mais qui a aussi profondément conscience de la gravité de l'heure. Puissiez-vous les accueillir avec le même esprit et continuer avec une ferveur renouvelée votre oeuvre; oeuvre plus que jamais opportune et nécessaire, oeuvre qui a déjà produit tant de bons fruits dans le domaine du travail et surtout dans l'âme du travailleur, oeuvre hautement prometteuse d'un plus fécond avenir de bien.
Animé de tels sentiments, à vous, chers Fils et Filles, à vos familles, à tous les travailleurs des administrations, de l'industrie, des champs, du foyer domestique, à Rome, en Italie, dans le monde entier, — même à ceux qui vivent loin de Dieu et de l'Église, afin qu'ils s'amendent —, d'une façon spéciale à tous ceux qui cherchent en vain du travail, ou souffrent, en proie aux plus dures angoisses ou à la misère spirituelle ou matérielle, à vos assistants ecclésiastiques et à vos dirigeants, à vos organisations et institutions, Nous donnons avec effusion de coeur Notre paternelle Bénédiction apostolique.
Substitut à la Secrétairerie d'État AU R. P. JOSEPH ARCHAMBAULT S. J. Président des Semaines Sociales du Canada (3 juillet 1948) 1
Chaque année depuis 1920, les Catholiques canadiens d'expression française, organisent une Semaine sociale. Celle de 1948 — la XXVe qui se tint du 23 au 26 septembre, à Trois-Rivières — avait pour sujet : La Paix1. La Lettre suivante a été adressée par Mgr Montini 3 au R.-P. Joseph Archambault, président des semaines sociales du Canada:
1. D'après le texte français de l'Osservaiore Romano du 24 septembre 1948.
2. Chaque année paraît le Compte rendu des Cours et Conférences des Semaines Sociales (Secrétariat des Semaines Sociales du Canada — École Populaire — rue Rachel Est, 1961, Montréal).
3. Monseigneur Jean-Baptiste Montini est le substitut pour les affaires ordinaires de la Secrétairerie d'État. Pie XII après la mort survenue le 22 août 1944 de Son Eminence le Cardinal Maglione Secrétaire d'État n'a pas nommé de successeur; depuis lors, Mgr Montini signe et envoie les lettres émanant de la Secrétairerie d'État.
S'il est un sujet d'actualité, c'est bien celui de la prochaine Semaine sociale de Trois-Rivières : le problème de la paix. On aurait pu croire, en effet, qu'après les années cruciales que nous venons de vivre, les hommes s'appliqueraient enfin à réaliser, parmi eux, « la tranquillité dans l'ordre ». Hélas ! le prophète Jérémie pourrait aujourd'hui comme en son temps renouveler sa plainte douloureuse : « Ils disent : Paix ! Paix ! alors qu'il n'y a point de paix. » Et cependant, l'espérance divine, que l'Esprit-Saint a mise dans nos coeurs, ne nous permet pas de nous laisser aller au découragement. Plus même le ciel paraît obscur, plus les nuages s'épaississent et plus aussi nous devons travailler à faire luire sur ce pauvre monde un arc-en-ciel de paix. « Ayez confiance, nous dit le divin Maître, j'ai vaincu le monde. » Aussi le Vicaire du Prince de la paix ne pouvait-il que se féliciter très sincèrement de voir ses chers fils canadiens aborder une étude dont on ne saurait exagérer l'urgence et l'importance, car il n'est que trop clair que la paix sera chrétienne ou ne sera pas. Da contribution du catholicisme à cet égard est donc capitale : c'est dans la mesure où les peuples et leurs chefs s'en inspireront que le monde retrouvera son équilibre et sa prospérité.
Da Semaine sociale des Trois-Rivières a d'ailleurs compris quels encouragements elle trouverait dans l'accomplissement de son salutaire travail auprès du Pontife glorieusement régnant, dont a pu dire que toute son oeuvre, toute sa vie s'épuisaient au suprême service de la justice et de la paix.
En plus de ses vastes entreprises de secours et de charité, auxquelles le Canada catholique a voulu, lui aussi, participer si honorablement, le Saint-Père ne se lasse pas, en effet, malgré les incompréhensions des hommes, d'édifier la charte doctrinale de la paix. Ses discours, ses écrits n'ont d'autre propos, semble-t-il, que d'éclairer les chemins par où les peuples puissent enfin se retrouver et s'embrasser dans une étreinte d'amour fraternel, de justice et de paix. Car les bonnes intentions, si louables soient-elles, ne suffisent pas. Une pareille oeuvre ne peut vraiment et durablement réussir que dans la lumière des vérités éternelles dont l'Église, columna et firmamentum veritatis, a reçu le divin dépôt. Aussi, le Saint-Père ne laisse-t-il passer aucune occasion d'affirmer les principes sauveurs hors desquels les constructeurs de l'ordre nouveau travailleraient en vain.
Il sait avec quel zèle et quelle intelligence les professeurs de la Semaine sociale de Trois-Rivières feront écho à ses augustes enseignements. Il compte beaucoup sur eux pour qu'ils soient diffusés dans leur propre pays et à travers le monde. En s'employant à dissiper les doctrines mortelles, trop répandues aujourd'hui, qui, dans un souverain mépris des valeurs spirituelles, ne concevraient la paix — et quelle paix ! — que dans le dessèchement des coeurs et l'abolition de la dignité humaine; en se faisant les haut-parleurs de l'Évangile, où gît l'unique secret de la libération et de l'épanouissement des âmes, dans l'amour de Dieu et du prochain; en proclamant sans relâche les seuls principes par lesquels les peuples s'engageraient résolument « dans la voie de la paix et de la prospérité », les catholiques sociaux canadiens auront bien mérité, non seulement de leur patrie terrestre, mais de l'Église elle-même. Aussi le Saint-Père a-t-il à coeur de les en féliciter et remercier. Et pour attirer sur leurs travaux auxquels présidera la haute sagesse de S. Exc. Mgr l'évêque de Trois-Rivières, une abondante pluie de grâces, l'auguste Pontife se plaît à vous envoyer, mon Révérend Père, ainsi qu'à toute la famille des Semaines sociales, du Canada, la précieuse faveur de la Bénédiction apostolique.
1. M. Charles Flory a été nommé président des Semaines Sociales de France en 1945 en remplacement de M. Eugène Duthoit décédé le 21 mai 1944.
M. Charles Flory est né en 1890, il fut de 1920 à 1924 Président général de l'Association Catholique de la Jeunesse Française.
Les Semaines Sociales de France ont été inaugurées en 1904 sous l'impulsion de Marius Gonin et d'Adéodat Boissard; la première Semaine se tint à Lyon en 1904. Depuis lors sous la présidence d'Henri Lorin (1905-1913), d'Eugène Duthoit (1919-1938) et de Charles Flory depuis 1949, les Semaines Sociales tiennent leurs sessions annuelles.
A cette occasion, le Pape — ou la Secrétairerie d'État — écrit chaque année une lettre précisant l'attitude du Saint-Siège sur la question mise à l'ordre du jour.
On en trouvera le texte dans les Compte Rendus des sessions annuelles.
Après la guerre de 1939-1945, les Sessions reprirent leur activité. Voir dans les les Volumes des Documents Pontificaux aux dates ci-après :
Lettre de SS. Pie XII à M. Charles Flory, le 15 juillet 1945, XXXIIe session des Semaines Sociales de France, Toulouse, 1945.
Lettre de SS. Pie XII à M. Charles Flory, le 10 juillet 1946, XXXIIIe session des Semaines Sociales de France, Strasbourg, 1946.
Lettre de SS. Pie XII à M. Charles Flory, le 19 juillet I1947, XXXIVe session des Semaines Sociales de France, Paris, 1947.
2. D'après le texte français de l'Osservatore Romano, du 24 juillet 1948.
1 (5 juillet 1948) *
La XXXVe Session des Semaines sociales de France qui se tenait à Lyon en juillet 1948 a étudié les rapports culturels qui existent entre les pays coloniaux et les nations de l'Europe occidentale.
La guerre a provoqué des chocs qui ont ébranlé toutes les civilisations; les rapports entre les peuples ont changé d'aspect. Il convient d'étudier cette situation nouvelle :
C'est avec un tout particulier intérêt que le Saint-Siège a pris connaissance du programme de la prochaine session des Semaines sociales de France : Peuples d'outre-mer et civilisation occidentale.
Déjà le vénéré Cardinal Secrétaire d'État de Pie XI1 dans un message à la Semaine sociale de Marseille en 1930, sur le problème social aux colonies, et dans un autre à la Semaine sociale de Versailles en 1936, sur les Conflits de civilisation, avait souligné l'importance d'un sujet que les bouleversements de ces dernières années n'ont rendu que plus actuel et même plus brûlant. Il était donc bon d'envisager le problème, tel qu'il se pose aujourd'hui, avec ses nouveaux aspects et ses nouvelles exigences.
Qui ne voit, en effet, que le cataclysme sans précédent dont nous sortons à peine a non seulement porté atteinte à notre civilisation, mais a causé jusque chez les peuples d'outre-mer les plus éloignés un ébranlement, une fermentation dont les conséquences sont incalculables? Beaucoup se sont éveillés à une vie d'indépendance, Leur participation au conflit mondial leur a fait prendre conscience de leurs virtualités. Mais cette soif d'émancipation, s'accompagnant souvent de violences, ne va pas sans danger, si l'on considère en même temps l'état d'affaiblissement où se trouvent aujourd'hui les puissances occidentales auxquelles leur situation et leur vocation de messagères de l'Évangile avaient conféré une tâche de soeurs aînées à l'égard des continents encore assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. Qui ne redouterait que cet état de choses ne précipite un déséquilibre dont le monde entier pourrait avoir à souffrir longtemps? Que des évolutions nécessaires doivent s'accomplir, personne, certes, n'y contredira. Mais comme il faut souhaiter qu'elles se fassent dans l'ordre, dans la justice, dans une mutuelle compréhension, en un mot dans la charité. , ..
L'Église respecte toutes les civilisations; il faut que les nations colonisatrices admettent également que les peuples d'outre-mer ont des caractères propres qu'il faut respecter:
Sans doute, il n'y a jamais été question d'uniformité ni de nivellement entre diverses civilisations, comme le faisait opportunément remarquer la lettre du Saint-Siège à la XXVIIIe Semaine sociale de Versailles : « L'histoire, y lisait-on, prouve
1. Le « Vénéré Secrétaire d'État de Pie xi » était le Cardinal Eugène Pacelli, devenu en 1939 le Pape Pie xii.
à quel point l'Église s'est montrée respectueuse de leurs caractères distinctifa, de leurs rapports particuliers et légitimes. » Peut-être les conditions nouvelles dans lesquelles aura désormais à s'exercer l'influence occidentale sur les peuples d'outremer en pleine fermentation, obligeront-elles les pouvoirs responsables à considérer davantage leurs particularités ethniques, à tenir compte, beaucoup plus que ne le faisait une colonisation d'inspiration intéressée et matérielle, des aspirations indigènes à de justes progrès sociaux, d'ailleurs postulés par la dignité de la personne humaine.
Les États européens ne peuvent se borner à exploiter économiquement les terres lointaines, ils doivent promouvoir le progrès humain et social de ces peuples indigènes:
La Dettre de la Semaine sociale de Marseille, précisément sur la colonisation, ne déplorait-elle pas déjà « les abus de toute espèce, l'exploitation du travail humain et le désordre des moeurs » qui, dans bien des cas, n'aboutissaient qu'à déprimer le moral des populations qu'il aurait fallu, au contraire, soutenir et développer dans un désintéressement tout évangélique?
L'Église offre à ce sujet des exemples à suivre:
1. Les missionnaires se vouent uniquement au bien des peuples êvan-gélisés, ne cherchant en retour aucun avantage:
L'exemple des méthodes missionnaires catholiques ne serait-il pas à cet égard des plus convaincants?
2. L'Église se plaçant sur un plan dépassant celui où joue la rivalité entre les peuples, invite par là même les États à se hausser également au-dessus de cette condition afin que les peuples se retrouvent dans une véritable communauté humaine:
Et quels enseignements ne tirerait-on pas, même sur le plan temporel, de cette supra-nationalité de l'Église, que magnifiait en termes si nobles le pontife glorieusement régnant, lors du grand Consistoire 1 de 1945 et dont les patries terrestres elles-mêmes ne pourraient qu'avantageusement s'inspirer !
1. Discours au Consistoire du 24 décembre 1945 (A. A. S., 38, 1946, P- 15)-
— Allocution aux nouveaux Cardinaux, le 20 février 1946 (A. A. S., 38, 1946, p. 142).
— Discours au Corps diplomatique, le 25 février 1946 (A. A. S., 38, 1946, p. 152).
En s'inspirant de la doctrine traditionnelle de l'Église, les catholiques pourront formuler des principes clairs en ce domaine:
La Semaine sociale de Lyon, en provoquant de telles confrontations, en sollicitant un examen de conscience loyal et complet, par où les responsabilités se trouveront mieux établies, en même temps que les obligations présentes mieux déterminées, ne laissera pas d'accomplir à la lumière des enseignements pontificaux et sous l'égide éclairée du Vénéré Primat des Gaules 1, un fructueux et salutaire travail, dont nos pays d'Occident, les peuples d'outre-mer et l'Église elle-même n'auront qu'à se féliciter. Car cette vieille Europe, centre et berceau de la catholicité, n'a pas fini de jouer, on peut légitimement l'espérer, un rôle primordial pour l'avènement d'un monde fraternellement renouvelé dans les imprescriptibles normes de l'Évangile.
Il doit demeurer évident que, devant les menaces de toutes les doctrines perverses, seul le Christianisme apporte les vraies et fécondes solutions:
Mais encore devra-t-on profiter de la leçon des événements, pour recourir résolument aux salvatrices vertus du christianisme seules capables de remporter un triomphe durable sur les doctrines matérialistes dont la menace pèse aujourd'hui si lourdement sur le monde.
Ce sont donc des voeux bien paternels et fervents que Sa Sainteté vous adresse pour le succès de la Semaine sociale de Lyon et afin de leur conférer toute leur surnaturelle efficacité, Elle se plaît à vous envoyer, Monsieur le Président, ainsi qu'à vos zélés collaborateurs et amis, comme gage de lumière et de réconfort célestes la Bénédiction apostolique.
i. Le Primat des Gaules est Son Eminence le Cardinal Gerlier, Archevêque de Lyon.
1. D'après le texte latin des A. A. S., 31, 1949, p. 24.
2. Le Père Mateo est actuellement terrassé par la maladie et confiné dans un hôpital au Canada.
Le R. P. Mateo Crawley-Boevey de la congrégation des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie (Picpus) est l'initiateur depuis 1907 de l'intronisation du Sacré-Coeur dans les familles. Il a parcouru un grand nombre de pays en vue de diffuser le culte du Sacré-Coeur. Lors du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale, il a reçu du Pape la lettre suivante :
Maintenant que va se terminer la cinquantième année depuis le jour où, revêtu de la dignité sacerdotale, vous avez pour la première fois, offert le Saint-Sacrifice, Nous ne voulons pas que vous soyez privé des félicitations et des voeux de Notre coeur paternel. Et ce d'autant plus que nous avons appris qu'actuellement vous êtes confiné dans un hôpital, non pas tant à cause du déclin de l'âge, que pour de sérieuses infirmités *. Et que donc vous ne pouvez pas travailler avec ce dévouement et cette promptitude qui vous étaient habituels, à la consécration des familles catholiques au très doux Coeur de Jésus.
Cependant, ce que vous ne pouvez pas faire par le labeur apostolique, par les tournées et les prédications apostoliques, vous le pouvez, certes par des prières ardentes adressées à Dieu et par les souffrances acceptées en esprit de réparation et de bon coeur. Que vous fassiez cela en simplicité de coeur et bien volontiers, Nous n'en doutons pas. Et tout en désirant vous consoler dans cette maladie du moment, Nous formons aussi des voeux à votre sujet pour que vos forces vous soient rendues au plus tôt et que vous puissiez de nouveau vous dévouer avec ardeur à donner à cette sainte entreprise un rayonnement toujours plus étendu.
Comme pour Nos prédécesseurs ainsi que pour Nous, cette affaire répond à Nos plus chers désirs : Nous souhaitons ardemment que la charité de Jésus-Christ, jaillissant de son divin Coeur, reprenne possession de la vie privée des hommes et de la vie publique des peuples. Car c'est ainsi seulement que bientôt il sera possible de soulager tant d'affligés et de malheureux, de raffermir le courage de tant d'hésitants et de faibles, d'exhorter efficacement tant de négligents et d'indolents de pousser enfin avec ardeur tous les hommes à la pratique de cette vertu chrétienne qui donna à l'Église primitive son lustre principal, celui de la sainteté et du martyre.
Que règne de nouveau dans la société civile et au foyer domestique par sa loi et par son amour, le divin Rédempteur ! Et alors, sans aucun doute, seront foncièrement extirpés les vices qui sont les sources du malheur et de la misère des hommes ; alors, bien certainement, les discordes s'évanouiront; alors la justice, mais la vraie justice, consolidera les fondements de la communauté humaine, et la véritable liberté, celle « dans laquelle le Christ nous a libérés » (Ga 4,3), rendra honorable la dignité des citoyens et les rendra frères.
Mais il est une chose que Nous désirons tout spécialement — et qui est d'ailleurs le but principal de l'oeuvre que vous avez propagée depuis si longtemps et avec tant de diligence, — et c'est que les familles chrétiennes se consacrent au Coeur de Jésus, et « cela de telle façon que son image étant installée dans l'endroit le plus noble de la maison, comme sur un trône, Jésus-Christ Notre-Seigneur, règne visiblement dans les foyers catholiques 1 ». Et cette consécration n'est pas une cérémonie vaine et vide de sens, mais demande à tous et à chacun que leur vie soit conforme aux préceptes chrétiens, qu'ils brûlent d'un amour ardent envers la très sainte Eucharistie et qu'ils prennent part, le plus souvent possible au banquet céleste, qu'ils s'efforcent par des supplications adressées à Dieu et par les oeuvres d'une sainte pénitence, de pourvoir non seulement à leur propre salut, mais encore à celui des autres.
Voilà, cher fils, Nos voeux et Nos souhaits qu'il Nous plaît de vous exprimer à vous qui allez célébrer le cinquantième anniversaire de votre sacerdoce et dont Nous recommandons l'efficacité à la bonté et à la miséricorde divines. En attendant, comme preuve de Notre paternelle bienveillance et comme gage des grâces d'en-haut, Nous vous accordons de grand coeur, dans le Seigneur, la Bénédiction Apostolique.
Benoît XV, Lettre Libenter tuas, du 27 avril 1915 (A. A. S., vol. vii, p. 203).
1
Cent cinquante petits mutilés de guerre, représentant 15.000 de leurs infortunés compagnons, ont été reçus far le Saint-Père qui très affectueusement leur a dit: .....
Rarement Nous avons senti les tendres paroles de l'amitié chrétienne si souvent vides sur les lèvres des hommes, jaillir si chaudes et si paternelles que cette fois, Notre coeur s'est ému en votre présence.
Parce que dans vos membres graciles, non préparés encore aux tâches de la vie et livrés encore au travail mystérieux de la nature, appliquée à former le chef-d'oeuvre de Dieu dans le monde, la créature humaine, à un âge où règne naturellement la joie qui éclate dans le rire exubérant de la jeunesse, c'est plutôt la tristesse qui a été votre héritage et votre sort. En vos douces apparences qui appellent la protection, le visage de la guerre, la grande ennemie, la profanatrice, la dévastatrice de l'oeuvre des hommes et de celles de Dieu, se présente à Nous sous son aspect le plus monstrueux, Nous laissant une fois de plus perplexe sur le progrès de la civilisation et douloureusement pensif sur la brutalité des égoïsmes humains.
A ces égoïsmes, il est vrai, s'oppose ici de la façon la plus émouvante la miséricorde chrétienne. Jésus, qui aime les petits, qui les veut autour de Dui, qui les donne en modèles à imiter, est venu à vous en la personne de ceux-ci, d'entre ses fidèles qui ont reçu de lui l'amour de leurs semblables et qui, de victimes de la guerre vous ont fait l'objet de leur tendresse et de leur sollicitude. Par lui, qui crée les apôtres de la charité, bien que vous soyez diminués dans votre chair, vous ne perdrez rien des véritables biens de la vie et l'irréparable infortune elle-même se transforme pour vous, mais bien plus se transformera demain en bienfaisante maîtresse de vertu, de travail, de foi, pour faire de vous, à travers une lumineuse éducation religieuse et profane, non un poids mort pour la communauté sociale, mais au milieu d'elle des créatures laborieuses et honnêtes, non moins utiles à elles-mêmes qu'à la famille et à la société, dans tous les secteurs de l'activité humaine. La diminution physique, même corrigée par l'art, doit vous priver peut-être de beaucoup de vie superficielle et vaine et si votre vue doit inspirer la compassion, vous sentirez d'autre part que vous pouvez faire vôtre la parole de Saint Paul qui, étreint par la morsure de ses tribulations et infirme lui aussi, dans sa chair, s'exclamait en pensant à lui-même et à tous ceux qui souffraient en Jésus-Christ : « Nous voici comme les gens tristes et pourtant toujours joyeux, comme des mendiants alors que nous en enrichissons beaucoup, comme privés de tout et cependant possédant toutes choses » (2Co 6,10.)
Abrités sous les ailes de la charité chrétienne 1 et par ses soins maternels formés aux vertus de l'Évangile, si à cet empressement répond votre gratitude, et votre diligence et que votre vie soit ordonnée dans la piété religieuse comme dans l'honnête travail, vous vous rendrez compte, très chers fils, combien l'infortune vous a été providentielle et vous participerez vous aussi — Nous serions tenté de dire : vous en particulier — à ce qu'il est donné à l'homme de savourer de bonheur ici-bas, même au milieu des calamités privées et publiques de sa course dans le temps.
1. Beaucoup de maisons de rééducation de petits mutilés ont été créées à l'initiative de la charité chrétienne, citons par exemple : « La Maison du Petit Mutilé de Milan », ainsi que « La Maison de la Charité », de Don Orione.
Rien ne manque à qui possède Jésus-Christ. Et rien plus que les souffrances et les maux de chaque jour ne nous rend capables de cette possession.
Il reste que vous, chers fils, que le malheur a conduits si près de Jésus, là où plus on apprend à le connaître et à l'aimer, vous sachiez apprécier le don qui vous est fait et que, comme vous vous abandonnez pleins de confiance à la science pour qu'elle élimine ou réduise en vous, autant que possible les dégâts de la chair, pour la rendre capable de meilleur rendement, de même, avec une plus grande confiance et un plus ardent désir, vous soyez à l'école du Christ les élèves empressés, avides de sa sagesse pour avoir part à ses promesses. De lui vous apprendrez qu'il n'y a croix qu'un chrétien ne puisse porter et comment, au contraire, la croix même devient, pour qui a la foi dans le Rédempteur, source divine de vie et élément éducatif de premier ordre et de valeur transcendante.
Que si votre riante jeunesse malmenée par l'aveugle fureur des hommes en guerre s'est fanée avant le temps et si est fermé pour vous le libre cours des débordantes énergies physiques, votre formation chrétienne vous mettra en possession d'une bien autre vitalité, et celle-ci ne sera point caduque : vitalité d'une jeunesse qui ignore, elle, le dépérissement et à laquelle sont réservées les plus utiles expériences et les plus secrètes joies. Nous voulons dire la jeunesse de l'âme, qui comporte toujours la rectitude et qui fleurit de sourires la vie la plus misérable, de sourires sans comparaison avec ceux dont la nature est plus ou moins prodigue envers les jeunes gens.
Puissiez-vous, très chers fils, jouir pleinement des biens inestimables de cette jeunesse d'âme dont Jésus-Christ, pain de vie, est l'irremplaçable aliment.
Avec cette vision devant les yeux qui doit soutenir dans le travail et le sacrifice les bons et généreux coeurs qui s'appliquent à votre rééducation physique et à votre formation spirituelle. Nous vous disons, petits enfants, très chers : qu'il ne vous arrive jamais de vous attrister de votre sort, mais plutôt bénissez le Seigneur qui a proclamé « bienheureux » ceux qui pleurent et vous réserve les trésors de vie à mettre en profit pour vous et pour les autres avec le plus satisfaisant rendement.
Dans la pureté de votre conduite, dans l'amour réciproque, dans le don de vous-même à vos devoirs, que la paix du Seigneur garde vos coeurs et vos esprits : « Custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Christo Jesu. » (Ph 4,7.)
En élevant à Dieu Nos voeux que vous venez d'entendre et Nos prières, Nous accordons avec une affection particulière à vous, à tous les petits mutilés d'Italie, à vos dirigeants, à vos bienfaiteurs, à vos parents, à vos familles, Notre paternelle Bénédiction apostolique.
'//'..' (13 juillet 1948.) s
1. Le nouvel Ambassadeur de l'Equateur, le Docteur Carlos Manuel Larres Ribadeneira est né en 1887, a poursuivi ses études à la Sorbonne et au Collège de France et a fait des recherches historiques dans la plupart des grandes bibliothèques d'Europe. En 1923 il fut nommé Secrétaire à l'Ambassade de Washington. En 1936, en tant que Ministre des Affaires étrangères il provoqua la reprise des relations diplomatiques de son pays avec le Saint Siège. Il garda de même la chaire de Préhistoire et d'Ethnographie à l'Université de Quito, ainsi qu'un enseignement historique dans d'autres institutions. Il a publié de nombreux ouvrages sur l'Histoire de l'Equateur.
2. D'après le texte espagnol paru dans les A. A. S., 40, 1948, p. 338.
3. Le 27 décembre 1944 le Pape recevait en audience le premier Ambassadeur de l'Equateur M. Emmanuel Sotomayor Luna (A. A. S., 36, 1944, p. 332). Ce dernier est devenu en juin 1948 Vice-Président de la République,
Pendant la semaine de Noël 1944 Nous eûmes la satisfaction de recevoir les Lettres de Créance du premier Ambassadeur de la République Êquatorienne auprès du Saint-Siège 3.
Trois jours avant, entourés des fidèles de Notre tant aimée Rome et d'innombrables représentants de Nos Fils de tous les continents, Nous avions offert le Saint Sacrifice sur la tombe du Prince des Apôtres, demandant au Tout-Puissant dans une ardente prière que, pour le bien non de ce peuple ou de cet autre, mais de toute l'humanité, Il voulut bien abréger les jours de la tribulation et orienter enfin amis et ennemis dans les sentiers d'une paix durable et agissante.
Il était encore vivant dans Notre coeur le souvenir de cette inoubliable Messe de minuit, lorsque Nous accueillîmes votre illustre prédécesseur, que Nous tenons en si haute estime et qui Nous a laissé un si agréable souvenir.
Les paroles que Nous prononçâmes alors n'étaient que l'écho des préoccupations et des angoisses provoquées par le pressentiment sûr que la dernière phase de la guerre était imminente, car on ne pouvait se faire illusion sur les formidables difficultés que la solution finale du conflit allait entraîner avec elle.
Aujourd'hui, en souhaitant de tout coeur la bienvenue au nouvel Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire que la confiance de M. le Président de la République de l'Equateur Nous envoie, Nous pouvons constater parfaitement que ces préoccupations ont été douloureusement confirmées par la suite des événements K
Effectivement, s'il y a quelque chose de caractéristique à l'heure où nous vivons, c'est précisément la rareté, pour ne pas dire la stérilité, des fruits, par rapport aux efforts réalisés jusqu'à présent dans l'après-guerre pour obtenir une paix vraie, solide et définitive, qui puisse donner et garantir à tous, même aux plus faibles, ce qui est dû à chacun.
C'est un chemin où l'on se heurte aux empêchements et aux obstacles, qui rendent inutiles toutes les diligences de ceux qui traitent les affaires, toute entente purement mathématique et toute discussion conditionnée par la force.
En réalité, la chose procède d'une cause fondamentale : de ce qu'il manque au monde la conscience d'une norme, reconnue par tous, qui soit moralement obligatoire et par là même inviolable, dont l'application aux problèmes concrets de la paix arrête et paralyse cette exubérance d'intérêts égoïstes et particuliers et ces désirs désordonnés d'autorité.
Partout où la foi en Dieu et la conviction de ne pouvoir jamais se soustraire aux normes de sa loi, conserve encore assez de force pour obtenir que son rayonnement passe de la conscience des individus dans le domaine de la vie publique, la divergence des opinions contraires peut disparaître dans une atmosphère moralement sérieuse et de mutuelle loyauté, qui ouvre le chemin aux solutions justes, même dans les problèmes les plus épineux.
1. Le Président de l'Equateur élu en juin 1948 est M. Galo Plaza Lasso.
Par contre, partout où l'on a perdu le contact vivant entre le terrestre et l'éternel, il manque aussi dans les négociations cette forte impulsion morale qui est indispensable dans le dur conflit des intérêts, pour s'élever jusqu'à cette hauteur où la justice et la paix se donnent un heureux et fraternel rendez-vous.
Les traités de paix dans lesquels on a oublié ou on a nié consciemment le respect aux lois non écrites de la pensée et de l'action morale, se voient privés de cette force intérieure obligatoire, qui est la première de toutes les prémisses pour obtenir leur désirable vitalité; car on ne peut attendre la fidélité aux pactes, ni en être sûrs, si les deux parties intéressées ne portent profondément gravée en l'âme le sentiment de leur obligation.
A cause de cela l'humanité doit déplorer aujourd'hui la vie éphémère de certains traités solennels, qui à leur origine furent salués comme des réussites fondamentales dans le progrès juridique international et comme le chemin vers une prudente prévision de la paix future.
Ainsi les problèmes et les dangers mondiaux sont ou seront bientôt des problèmes et des dangers pour tous.
Votre Excellence, Monsieur l'Ambassadeur, est profondément pénétrée de ces convictions, car ses éloquentes et hautes expressions le témoignent clairement.
A cause de cela, il Nous est particulièrement agréable d'entendre de ses lèvres que Nos incessantes sollicitudes pour la paix entre les nations rencontrent une si cordiale compréhension dans un pays comme l'Equateur, devant l'évocation duquel il est difficile de rester indifférent, car en lui — comme dans les hautes et blanches montagnes de ces Andes qui forment non seulement son armature, mais plus encore son robuste corps tout entier — l'élévation, la tendance vers ce qui est haut et grand, sont comme naturelles. « Beau, majestueux, sublime » dans son ciel et dans sa terre, pour le dire avec la phrase d'un géographe poète, mais non moins beau ni moins sublime dans les âmes de ses enfants — un lys de Quito, fleur candide et mortifiée, qui peu à peu approche des honneurs suprêmes des autels; un Garcia Moreno1, le gouvernant génial, le fils fidèle de l'Église, le martyr de sa foi —, ni moins beau non plus dans l'expression de sa poésie inspirée, car, dans ses premiers bégaiements l'acteur principal fut rien moins qu'un Lorenzo de Cepeda, frère de l'extatique Séraphin du Carmel.
1. Garcia Moreno, exilé vécut à Paris et à Londres et rentra dans son pays pour en devenir un des chefs politiques. Il fut président de la République de 186i à 1865 et de 1869 à 1875, année où il fut assassiné. Chef d'État populaire et ardent catholique, il a été proposé comme modèle à la jeunesse de notre temps.
Votre Excellence appartient aussi à une nation dont l'histoire ne peut se séparer de l'héritage de la culture et de la tradition juridique latine, ni du riche patrimoine de la religion chrétienne ; un pays et un peuple qui vivent sous la protection de ce Divin Coeur « qui a tant aimé les hommes », et qui sera toujours fidèle, Nous en sommes sûr, à ses traditions spirituelles et à ses principes moraux fonciers.
Avec ce consolant espoir, Nous implorons les meilleures bénédictions du Ciel sur Monsieur le Chef de l'État, sur le Gouvernement, sur le peuple catholique de la République, et d'une manière spéciale sur Votre Excellence, son très digne Représentant, tout en lui assurant que, dans ses actes en vue d'obtenir que les relations entre le Saint-Siège et l'Equateur soient chaque jour plus confiantes et fructueuses, Elle trouvera toujours en Nous un appui très cordial et plein de sollicitude.
Au cours d'une audience où environ 2.000 douaniers italiens étaient rassemblés, le Saint-Père leur adressa l'allocution suivante:
Nous avons le plaisir de voir rassemblée aujourd'hui autour de Nous, et de saluer paternellement une large représentation de ce corps armé qui, à la différence des autres, étend en petits noyaux ses formations d'un bout à l'autre de la péninsule, où il exerce partout des fonctions particulièrement délicates pour la vie du pays.
Il est facile de comprendre quelle haute conscience du devoir requièrent des fonctions de la part des bien méritantes douanes, qui jouent un si grand rôle dans la vie économique de la nation.
Le Pape décrit les fonctions du douanier comme suit:
Votre tâche, en effet, est une tâche de vigilance, de contrôle, de recherches dans le domaine complexe des taxes qui doivent alimenter les caisses de l'État; de surveillance des frontières terrestres et maritimes, des ports, des rades, des eaux territoriales; et aussi des grands établissements et entreprises qui sont les sources les plus vitales de l'impôt. Vous savez bien quelle activité jalouse, clairvoyante, toujours en éveil exige votre mission. Empêcher, réprimer, dénoncer la contrebande et toute autre infraction et transgression aux lois et aux règlements de finances, sont des fonctions qui, aux yeux seuls des gens non consciencieux et malhonnêtes, peuvent sembler une entreprise peu noble et gênante pour les citoyens; pour la conscience civile et chrétienne, ces fonctions sont d'autant plus méritoires qu'elles sont souvent plus ardues et moins indiquées à la reconnaissance du public.
Vos multiples devoirs qui font de la douane la gardienne incorruptible des droits économiques de l'Etat et qui font de vous, aux yeux de l'étranger qui touche le sol de l'Italie, la première apparition de son peuple et de sa civilisation, évoquent à Notre esprit les dures factions du douanier dans les alpestres et inaccessibles postes de frontière, où sa surveillance doit s'exercer au milieu de difficultés et de dangers, aggravés souvent par l'inclémence des saisons et par la longue solitude.
Toutefois à côté de la technique du métier il faut souligner ses aspects moraux et spirituels :
Mais la visite au Chef de l'Église, sollicitée par vous avec tant d'ardeur et accordée par Nous avec une satisfaction non moins grande, Nous fournit aujourd'hui la preuve manifeste de l'esprit dont un si important secteur de l'armée entend inspirer sa discipline rigoureuse du devoir. C'est l'esprit du bon peuple d'Italie, dont vous êtes les fils, esprit d'antique honnêteté qui tire de son histoire son propre aliment, et de la profonde conscience religieuse sa force la plus intime.
Avec ce peuple bien-aimé, vous sentez qu'aucun devoir n'est stable, aucune conscience intrépide, si l'édifice moral de l'homme n'a pas, tel un fondement de granit, la foi en Dieu et en ses sanctions; cette foi, qui, rempart de l'Italie à travers toute son histoire, doit être le point d'appui et l'étoile de son armée, comme de toutes les autres catégories de citoyens; le soutien inébranlable pour faire face avec honneur à la fatigue de ses entreprises ardues ; l'astre lumineux pour ne pas dévier des sentiers de l'espérance dans l'effort gigantesque entrepris actuellement pour relever la patrie de ses ruines.
Et vous (même en cela véritables fils de l'Italie) vous donnez aujourd'hui la douce sensation de vouloir nourrir votre foi de cette traditionnelle piété, qui est une des gloires du peuple italien : piété qui est éclairée et fortifiée par la prière confiante, la pratique des sacrements, la dévotion à la Vierge et aux saints. Vous Nous donnez une preuve on ne peut plus aimable de l'estime que vous avez pour cette piété dans l'hommage d'une photographie agrandie représentant un groupe de douaniers offrant des fleurs à la Madone Stella Matutina d'un refuge alpin. Ce groupe, en ce lieu, devant cette petite chapelle, Nous dit, chers Fils, quelle flamme spirituelle vous voulez alimenter dans votre coeur, sous votre insigne distinctif des flammes jaunes la flamme de la dévotion à Marie qui vous accompagnera, vous purifiera, vous défendra, fera de vous de braves soldats, dans le métier comme dans votre âme, pour sortir toujours victorieux des difficultés de votre laborieuse vie matérielle et de celles encore plus graves et plus méritoires de votre vie chrétienne !
Animé de ces sentiments, Nous vous donnons à tous, ici présents, aux généraux, officiers, sous-officiers et soldats, à vos familles et à tous vos chers absents, comme réconfort dans le travail, soutien de votre foi, de votre piété, et comme gage de grâces célestes, la Bénédiction apostolique.
Président de la Fédération Sportive de France
(16 juillet 1948.)
Du y au g août 1948 se tenaient à Paris les fêtes commémorant le 50e anniversaire de la Fédération sportive (catholique) de France. A cette occasion, la lettre suivante fut envoyée au Président de cette Fédération:
Le Saint-Père a appris que la « Fédération sportive de France pour la formation physique et morale de la jeunesse chrétienne » s'apprêtait à fêter tout prochainement le cinquantième anniversaire de sa fondation, et il a daigné me charger de vous transmettre à cette occasion ses félicitations et ses voeux.
Depuis le jour où le Dr Paul Michaux en jetait les fondements sous le nom de « Fédération gymnastique et sportive des patronages de France », cette méritante association n'a cessé de se développer, et l'ampleur qu'elle a prise en ces derniers temps, en dépit des épreuves de la guerre, démontre sa vitalité. Par ailleurs, le souci qu'ont eu toujours ses dirigeants de ne pas séparer la formation morale des adhérents de la culture proprement physique et sportive a assuré la bienfaisance de son action sur la jeunesse française : souci plus que jamais nécessaire à notre époque, en face de la vague de matérialisme qui déferle partout et fait tant de ravages parmi les jeunes.
De Saint-Père, qui a si souvent exprimé sa bienveillance à ceux qui s'adonnent au sport dans un esprit vraiment chrétien, ne peut que se réjouir de la prospérité de la Fédération sportive française et du bon esprit de ses dirigeants et de ses membres. Aussi est-ce de bon coeur qu'en ces fêtes du cinquantenaire, il leur envoie, avec ses encouragements et ses voeux les meilleurs, la Bénédiction apostolique implorée, gage d'abondantes grâces sur toutes leurs activités.
. (31 juillet 1948. !) ..
Des journées d'études réunissaient à Sienne, du 31 juillet au 3 août 1948, 400 dirigeants de l'Action catholique italienne. Le thème de ces journées étaient: « La mission de l'Action catholique. »
A cette occasion, le Saint-Père fit envoyer la lettre suivante:
1,'important événement de la première Assemblée générale de l'Action catholique italienne, convoquée à Sienne, sous l'égide de Saint Bernardin et de Sainte Catherine, est saluée par le Saint-Père comme un heureux symptôme et le présage plus heureux encore de ferments et d'esprits nouveaux, agissant au service de la cause chrétienne, aujourd'hui plus que jamais assaillie par des besoins pressants.
Le programme de ces assises, transmis ici par Votre Excellence, dans lequel alternent l'étude et la prière, est la preuve certaine de l'exacte conscience qui préside à cette opportune réunion; il révèle une mûre expérience des faits et des situations, une exacte vision de ce qui réclame une intervention perspicace et des initiatives éclairées, et dans tous — dans les rangs du laïcat comme dans ceux du clergé —, une volonté résolue d'action prompte et cohérente, digne de la cause de Dieu et des âmes, sans crainte des obstacles qui lui sont opposés aujourd'hui par les forces hostiles dans le domaine de la pensée et dans celui de la pratique.
1. D'après le texte italien de VOsservatore Romano du Ier août 1948, traduction française dans La Documentation Catholique, t. LXV, c. 1097.
L'Église est heureuse de voir l'Action catholique s'adapter constamment aux nécessités nouvelles:
Cette vertu de s'adapter aux besoins doit être principalement louée et encouragée dans l'Action catholique. Très fidèle à la tradition, et soucieuse surtout de l'orthodoxie de ses principes et de ses méthodes, elle a eu, en même temps, le désir et la capacité d'étudier, de comprendre les situations on ne peut plus complexes et ondoyantes du monde moderne; et elle considère à bon droit que c'est faire acte de zèle apostolique que de rénover constamment ses méthodes de travail en vue de découvrir et d'appliquer les moyens d'action les plus opportuns et les plus efficaces, et de rechercher avec un continuel et généreux dévouement où et comment le rendement de son activité peut donner une valeur plus grande à l'esprit chrétien et conquérir des adhérents plus nombreux et plus convaincus.
Il faut vulgariser la doctrine de l'Église et promouvoir l'action de l'Église en faveur de la paix internationale et de la paix sociale :
Dans cette recherche d'une activité vraiment loyale et efficace, il ne sera pas difficile à votre fervente Assemblée de reconnaître que, dans le domaine des idées, il faut avant tout donner à la doctrine catholique, dans toutes ses expressions, une plus large diffusion parmi le peuple, qui est à l'heure actuelle terriblement exposé à toutes sortes d'erreurs pernicieuses et, par conséquent, de reconnaître aussi la nécessité d'illustrer, grâce à une nouvelle apologie, que la preuve des faits rend heureusement facile et convaincante, la pensée et l'oeuvre du Souverain Pontife pour la défense de la paix, pour le bien du peuple, pour une meilleure justice sociale, pour une large et bienfaisante assistance charitable.
L'apôtre d'Action catholique devra d'abord rayonner par l'exemple d'une vie intègre :
Pareillement dans le domaine de l'action, il ne sera jamais non plus superflu de rappeler que l'urgence de confirmer par l'exemple d'une vie personnelle tout à fait intègre sa propre profession chrétienne découle actuellement et de la décadence générale des moeurs et d'un certain rigorisme moral partiel que préconisent parfois des courants adverses. Da simplicité, la pureté, l'austérité, la générosité de sa propre vie doivent apparaître comme le plus excellent argument du propagandiste catholique qui, rendu libre et fort par cette heureuse adhésion à l'inspiration évangélique, jouira ainsi d'un plus grand crédit pour proclamer et promouvoir les principes de justice et de charité sociale, dont on attend une meilleure organisation de la vie chrétienne.
Les divers organismes d'Action catholique doivent demeurer très intimement unis.
Une Assemblée comme la vôtre marquera donc pour l'Action catholique comme le début d'une nouvelle période de son existence et en attestera la pleine vitalité et la perpétuelle jeunesse, à la condition qu'au magnifique spectacle de concorde, d'aide mutuelle et de cordiale amitié, qu'elle offre déjà, correspondent dans tous les coeurs un profond respect et une docile et filiale adhésion à la hiérarchie de l'Église, et spécialement au Siège apostolique.
Aussi l'auguste Pontife accompagne de tous ses voeux les travaux de l'Assemblée, les confirme par tous ses encouragements, les corrobore par toutes ses prières. Et dès maintenant, il envoie de (tout coeur à l'Éminentissime Cardinal Président, à Votre Excellence, aux autres Excellentissimes prélats, à la Présidence générale et à tous ceux qui participent à l'important travail, la bénédiction apostolique.
(1er août 1948. M
Le décret Tametsi du Concile de Trente avait déclaré invalide tout mariage chrétien contracté sans la forme solennelle ainsi définie : assistance du curé propre ou d'un prêtre délégué par ce curé ou par l'Ordinaire du lieu, et de deux témoins au minimum. Cette disposition fut appliquée très différemment d'après les régions, aussi Pie X promulgua le 5 août 1907 un nouveau décret Ne Temere qui posait en principe que tout baptisé dans l'Eglise catholique et tout converti de l'hérésie ou du schisme sont tenus d'observer, à peine de nullité, la forme solennelle du mariage, que ces mêmes fidèles sont également astreints à cette loi lorsqu'ils se marient avec des non-catholiques, baptisés ou non, même après dispense d'empêchement de religion mixte ou de disparité de culte, exception pouvant être faite pour certains pays, par décision du Saint-Siège.
Le Code de 1918 devait reprendre, à part quelques expressions de détail, le texte de Pie X. Toute exception territoriale était supprimée, toutefois une nouvelle exception à caractère personnel était introduite dans le paragraphe 2 du Code art. 1099 : ne sont pas tenus d'observer la forme catholique du mariage, ceux qui voulant s'unir avec une partie non-catholique sont, bien que baptisés dans l'Eglise catholique, nés de parents non catholiques et ont été élevés dès leur enfance dans l'hérésie ou le schisme, dans l'infidélité ou sans religion.
Le Motu proprio du Ier août 1948 déclare par contre que tout baptisé dans l'Église catholique, quoi qu'il en soit de la religion des parents et de son éducation religieuse, est soumis à la loi qui veut pour la validité du mariage l'observation de la forme définie par le Code.
Le Pape décrète que tous les baptisés dans l'Église catholique sont tenus d'observer la forme canonique du mariage.
Le décret Ne Temere promulgué par l'ordre de Notre prédécesseur Pie X, déclarait dans son article XI que tous ceux qui avaient été baptisés dans l'Église catholique, même s'ils avaient après coup abandonné l'Église, étaient tenus d'observer la forme du mariage telle que le Concile de Trente l'avait définie.
Cependant afin que ne deviennent pas invalides les mariages de ceux qui nés de parents non catholiques, mais baptisés dans l'Église catholique furent élevés depuis leur enfance, soit dans l'hérésie, soit dans le schisme, soit dans l'incroyance, soit en dehors de toute religion, le Code de Droit canonique décida que ces baptisés n'étaient pas tenus d'observer la forme canonique du mariage.
Or l'expérience de trente années 1 a montré à suffisance que cette exemption — permettant de ne pas observer la forme canonique du mariage — concédée aux baptisés dans l'Église catholique, ne fut pas favorable au bien des âmes, tout au contraire, pour la solution des cas elle a souvent multiplié les difficultés, c'est pourquoi, il Nous a paru opportun de supprimer l'exemption citée.
C'est pourquoi après avoir consulté les membres de la Suprême Congrégation du S. Office de Notre propre mouvement et usant de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, nous déclarons et décidons que tous les baptisés dans l'Église catholique sont tenus d'observer la forme canonique du mariage. Nous abrogeons le paragraphe 2 de l'article 1099 et ordonnons que les mots : « de même ceux qui sont nés de parents non catholiques, bien qu'ils aient été baptisés dans l'Église catholique et qui depuis leur enfance ont été élevés soit dans l'hérésie, soit dans le schisme, soit dans l'incroyance, soit en dehors de toute religion, chaque fois qu'ils ont contracté mariage avec une personne non catholique », soient biffés de l'article 1099.
Profitant de cette occasion, nous avertissons les missionnaires et les autres prêtres, afin qu'ils observent saintement ce qui est prescrit par les articles 750 et 751 2.
1. Ces trente années comportent l'espace de temps qui s'est écoulé depuis la promulgation du nouveau Droit canon en 1918 jusqu'à 1948, date du présent décret.
2. D'après le canon CIS 750 un enfant d'infidèles peut être baptisé licitement, même contre le gré des parents, lorsqu'en raison de son état de santé actuel on peut prudemment prévoir qu'il mourra avant d'avoir atteint l'âge de raison.
En dehors du péril de mort, le baptême de ces enfants n'est licite que si on peut pourvoir à leur éducation catholique et si le prêtre a obtenu le consentement des parents ou du tuteur, au moins de l'un d'eux, sauf si l'enfant n'a plus de parents ou de tuteur, ou si ces derniers ont perdu leurs droits sur l'enfant ou ne peuvent les exercer.
Le canon CIS 751 déclare que les règles énoncées dans le canon CIS 750 s'appliquent en général pour le baptême des enfants de deux hérétiques ou schismatiques ou de deux catholiques tombés dans l'apostasie, l'hérésie ou le schisme.
Le rappel de ces mesures de prudence se comprend étant donnée leur connexion avec le point précis réglé par le Motu proprio actuel et leur observation permettra d'éviter des cas inutiles de mariages invalides.
1. Étant donnée l'importance de cette modification de la loi canonique, le délai de vacation de la nouvelle loi dépasse les trois mois habituels; elle n'entre en vigueur que le Ier janvier 1949 à o heure. Cette loi ne peut avoir aucun effet rétroactif, les mariages contractés jusqu'au 31 décembre 1948 sont donc régis par le paragraphe 2 du canon 1099 puisqu'il garde jusqu'à cette date sa validité de loi.
(D'après le R. P. A. Delchard S. J. Motu proprio « Decretum Ne Temere » du Ier août 1948 dans la Nouvelle Revue Théologique, décembre 1948, p. 1080).
Nous ordonnons que ces Dettres apostoliques écrites sous forme de Motu proprio soient consignées dans les Acta Apostolicae Sedis et que ce qu'elles prescrivent entre en vigueur à partir du Ier janvier 1949 ».
Saint Joseph Calasance (Calasanzio) est un prêtre espagnol né en Aragon en 1556 et mort en 1648; il se consacra à l'éducation des enfants du peuple et fonda en Italie une congrégation vouée à l'enseignement (Ordre des Écoles Pies-Scolopi).
Il fut béatifié en 1748 et canonisé en 1767. A l'occasion du tricentenaire de sa mort, le Saint-Père écrivit la lettre que voici :
La Providence de Dieu ne cesse jamais de fortifier son Église par une aide opportune ni de la défendre contre les efforts impies de ses ennemis par des secours proportionnés aux circonstances. C'est Elle qui Nous permet, dans sa miséricorde et devant notre désir de promouvoir le bien de la communauté chrétienne, de faire face à ces obligations du Pasteur suprême que semblent requérir devantage la conjoncture actuelle. Car à cette époque, la bonne éducation des enfants et des jeunes gens est devenue d'autant plus nécessaire qu'elle s'est avérée plus difficile pour de nombreux motifs connus de tous. Les ennemis de la vérité, d'autre part ne reculant pas devant la plus cynique des calomnies, n'hésitent pas à répandre que l'Église catholique ne s'est jamais préoccupée des classes les plus humbles, ou que, si elle l'a fait, ce ne fut que rarement et à mauvais escient.
L'occasion Nous semble donc propice de rappeler à l'esprit des fidèles l'importance des efforts que fit de tous les temps l'Église du Christ, grâce au travail et au zèle de ses Saints, afin que les enfants et jeunes gens les plus pauvres et les plus dénués puissent être dirigés sur le chemin de la vertu et soient instruits gratuitement dans les lettres, les sciences et les arts, en un mot dans tout ce qui est humain. Dans peu de temps, en effet, se célébrera dans la joie le troisième centenaire du jour où s'endormit dans le Seigneur Saint Joseph Calasance, fondateur de l'Ordre des Pauvres Clercs des Écoles Pies de la Mère de Dieu, homme vénérable par l'âge et par ses mérites surabondants. Ce sera également l'anniversaire du second centenaire de la béatification solennelle dans la Basilique Vaticane, par les soins de Notre prédécesseur Benoît XIV, de ce saint homme qui fut considéré à bon droit par ses contemporains comme l'ange et le prince de la jeunesse studieuse.
Par une lettre adressée au Supérieur Général, Nous Nous sommes déjà unis à la double joie de l'Ordre susdit qui a bien mérité de l'éducation chrétienne *.
1. Lettre au Supérieur Général de l'Ordre des Pauvres Clercs Réguliers des Ecoles Pies le 12 juillet 1948 (A. A. S. XL, 1948, p. 369).
Nous désirons maintenant donner une nouvelle preuve de Notre bonne volonté vis-à-vis de la famille religieuse de Calasance et, obéissant aux ordres de notre divin Maître, Nous manifestons en même temps, de façon répétée, Notre paternelle et constante sollicitude envers les enfants et les jeunes gens pauvres et dénués de ressources.
Il est souhaitable, en conséquence, que l'ensemble des fidèles se montrent reconnaissants des mérites de S. Joseph Calasance, de ses disciples et des Écoles Pies, qu'ils suivent les exemples donnés par le Père fondateur et d'autres hommes vénérables et qu'ils apportent leur aide selon leurs moyens aux oeuvres florissantes de cet Ordre louable.
Il est prouvé en effet, par des documents sérieux et indubitables que Calasance fonda la première école publique de l'Europe pour l'instruction gratuite des enfants pauvres et abandonnés; il le fit dans cette ville de Rome, à l'église de Sainte Dorothée, près du pont de Xyste, en l'année 1597. C'est d'ailleurs depuis son ordination sacerdotale reçue en Espagne, sa patrie, alors qu'il était Vicaire général du diocèse d'Orgel, que le Serviteur de Dieu se sentit appelé d'en haut à s'attaquer à cette oeuvre si salutaire et si indispensable à son époque. On raconte, en effet, que lorsqu'il séjournait dans cette ville, il entendit une voix intime lui répéter à plusieurs reprises : Va à Rome, Joseph, va à Rome. Comme, l'esprit divisé, il hésitait, il vit en songe une multitude innombrable d'enfants. Dui-même exhortait ces esprits encore tendres et ces coeurs juvéniles et les instruisait dans les domaines de la piété et des lettres en les enseignant. Joseph se souvint de cette vision lorsque, venu à Rome, il vit un jour, en traversant une place publique, une véritable armée d'enfants exposant des choses honteuses avec une telle licence qu'ils faisaient la preuve plus que suffisante de leur précoce corruption. Sitôt qu'il a reconnu ces choses, il est pris de pitié, et entend en lui-même ces paroles du Saint-Esprit : « Voilà que le pauvre est abandonné : tu seras le secours de l'orphelin. » Calasance fonde alors, comme Nous l'avons dit, ces Ecoles qu'il voulut qu'on appela pies, montrant ainsi clairement leur nature et leur fin. Notre-Seigneur et sa très Sainte Mère ne cessaient jamais de les protéger manifestement au travers des difficultés, adversités et nombreuses persécutions. Beaucoup de Nos prédécesseurs, depuis leur fondation, leur témoignèrent leur faveur bienveillante.
Clément VIII, en effet, dès qu'il eut connaissance de la décision de Calasance d'éduquer gratuitement les enfants du peuple, couvrit l'entreprise de son patronage et il eût approuvé officiellement les Écoles pies s'il n'en avait été empêché par la mort. Paul V déclara que l'oeuvre de Joseph avait « Dieu pour auteur » et en 1617, institua la Congrégation des Écoles Pies qu'il voulut qu'on nomma de son nom « Pauline ». Grégoire XV à qui Joseph, demeurant à Warni et éclairé par la lumière divine, avait prédit son élection au Souverain Pontificat, fut le principal ami du Saint et de ses compagnons : par sa Constitution apostolique « In supremo apostolatus solio » de l'an 1621, il éleva la Congrégation Pauline au rang d'Ordre religieux et approuva peu après ses Constitutions; Urbain VIII défendit que d'autres usent du nom des Écoles Pies dans un but lucratif; Alexandre VII introduisit la cause de Béatification de Joseph; Clément IX approuva et confirma toutes les faveurs et tous les privilèges concédés par Grégoire XV à l'ordre des Écoles Pies; Clément XI déclara de même solennellement que la mission de Joseph lui avait été inspirée du ciel spécialement « pour montrer l'exemple d'une éducation universelle chrétienne et populaire ». Benoît XIV ensuite, qui appela Calasance le « Job de la loi de grâce », le plaça au nombre des « Bienheureux » il y a exactement deux siècles, comme Nous le disions plus haut. Clément XIII le recensa dans l'album des Saints en l'année 1767. Enfin Benoît XV, d'heureuse mémoire, à notre époque en un document édité en 1917, sanctionna hautement le primat du Saint fondateur des Écoles pies en ce qui concerne l'éducation gratuite des enfants pauvres. Rien d'étonnant dès lors si les Écoles pies, appuyées par de tels secours célestes, encouragées par tant de louanges et de suffrages et protégées contre leurs détracteurs, ont pu se répandre en peu de temps en Italie, en Europe et en Amérique, produire partout des fruits abondants de vertu, et de science et y fleurir encore aujourd'hui pour l'ornement et la joie de la Sainte Église et pour l'utilité de la jeunesse chrétienne. De celle-ci, Saint Joseph Calasance doit être considéré comme un des Pères les plus importants et un Maître très aimé. Nous avons rappelé toutes ces choses à votre souvenir et désirons nous attacher à suivre les traces de tous les Pontifes romains qui Nous précédèrent dans cette chaire de Pierre durant ces trois derniers siècles. Notre cher fils, le Procureur général de l'ordre des Pauvres Clercs réguliers des Écoles pies de la Mère de Dieu, exprimant le voeu de tout son Ordre, Nous a demandé humblement mais instamment de perpétuer la mémoire de la célébration de ce double centenaire dont Nous avons parlé et de daigner choisir dans Notre bienveillance, Saint Joseph Calasance comme Patron de l'éducation populaire, suivant un voeu déjà ancien des fils de Calasance, autrefois manifesté au Siège Apostolique. Nous avons bien volontiers décidé d'accéder à ce désir. C'est pourquoi, ayant pris l'avis de Notre Vénérable Frère le Cardinal S. E. R. Clément Micara, évêque de Velletri, et Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, par la teneur des présentes Lettres, et la plénitude de Notre pouvoir Apostolique, Nous constituons, choisissons et déclarons à jamais Saint Joseph Calasance, Confesseur, Patron céleste auprès de Dieu de toutes les écoles chrétiennes populaires existantes partout dans le monde, nonobstant toutes choses contraires.
Nous édictons et promulguons ces dispositions, décrétant que les présentes Dettres sont et restent valables, valides et efficaces, qu'elles obtiennent et sortent leurs pleins effets, qu'elles s'appliquent entièrement à ceux qu'elles concernent ou peuvent concerner et que tout ce qui pourrait leur attenter, au su ou à l'insu de son auteur, devient nul et non avenu à partir de maintenant quelle que soit l'autorité qui en est le garant.
(28 août 1948) 1
C'est une chose propre à la jeunesse d'évoquer les prouesses des ancêtres pour les reproduire ensuite, en les améliorant, si possible. Votre présence aujourd'hui à Saint Jacques — enthousiaste, nombreuse, fervente — le prouve d'une manière admirable.
Effectivement, Compostelle avait été pendant plusieurs siècles comme la résonnance vivante d'une histoire, depuis les jours obscurs, mais héroïques d'un Alphonse II, jusqu'aux jours resplendissants d'un Charles V, et siège d'insignes Prélats, tels qu'un Diègue Gelmirez et d'un Pierre Mufiiz, qui laissèrent leurs chroniques écrites avec les pierres granitiques de cette incomparable cathédrale; mais elle avait été surtout le coin choisi par la Providence parmi les douces et verdoyantes collines de cette terre tendre et chérie, pour faire d'elle un des plus puissants centres d'attraction pour la foi, pour la piété et pour l'esprit généreux de cette Chrétienté en pleine ferveur de vie. Rois et bourgeois, évêques et moines, saints et pécheurs, gentilhommes et campagnards, artistes et savants, jongleurs et troubadours, passant dans un flux et reflux constant, telle une alluvion indomptable, au long du Chemin de Saint Jacques, non seulement ils accélérèrent et approfondirent le rythme de l'histoire, servant de creuset à l'élaboration des sciences et des arts, mais aussi ils semèrent dans le monde un grand désir de purification et diffusèrent en tous lieux ces élans de pacification et de fraternelle union des esprits qui ont été et continueront toujours d'être l'unique base sûre de la paix.
Aller du Mont de la Joie à la Porte des Pardons était le couronnement d'un désir qui avait eu peut-être auparavant des phases intimement douloureuses; sous les voûtes sévères et dans la mystique pénombre éclairée jour et nuit par des centaines de flambeaux de cire, le rythme archaïque des hautbois et le grave balancement des encensoirs ouvraient les portes à l'admiration; le fait d'embrasser la hiératique image en pierre était un geste de réconciliation et de purification, symbolisée peut-être par la coquille de Saint Jacques que le pèlerin ne manquait pas d'épingler sur sa poitrine; les dernières filoches de la sombre bure abandonnées sur la Croix des haillons, devenaient ensuite le symbole d'une vie qui se faisait chaque fois plus lointaine; et finalement l'extatique contemplation du Portique de la Gloire représentait, sans doute, comme un avant-goût de ce paradis dont les portes allaient s'ouvrir pour lui, grâces aux magnifiques indulgences de Compostelle, largement accordées par les Souverains Pontifes nos Prédécesseurs.
Mais tout devait-il finir en souvenirs lointains ou en mémoires mortes?
Et voici que vous, fils bien-aimés, jeunes espagnols de l'Action catholique — à qui appartient tout le mérite de l'initiative et de l'imposante et soigneuse organisation — associés à vos frères des Congrégations Mariales et à toute la jeunesse espagnole, à laquelle ont voulu s'unir, dans un édifiant et fraternel accord, les représentants de presque toutes les nations d'Europe et d'Amérique; voici que vous, pour montrer votre jeunesse intacte, pour proclamer la sublime folie d'un Dieu crucifié et pour créer en vous-mêmes une Chrétienté exemplaire, vous avez répondu carrément : nous voici ! Des souvenirs lointains et les mémoires mortes, au contact de votre vibrant enthousiasme juvénile, sont devenus de nouveau une réalité.
Et il fallait qu'il en fût ainsi, car si le pèlerin fut une pièce indispensable dans le tableau du monde médiéval, si le fait de faire des pèlerinages eut alors la noble fonction de consolider la foi du peuple, de rapprocher entre elles les nations les plus diverses, de soulager les malheureux et de consoler tout le monde, aujourd'hui, parmi les énormes difficultés et douleurs de l'heure présente, les pèlerinages sont encore une bénédiction pour le monde.
Le pèlerin vit de foi, et pour cette foi il laisse tout, entraîné par cette lumière qui attire son âme pour la purifier; « credidit Abraham Deo » « Abraham crut en Dieu, et cela lui fut imputé à justice » (Rom. IV, 3) ; le pèlerin est une flamme vivante de piété, dont l'ardeur doit consumer la scorie de ses péchés; le pèlerin n'est pas seulement générosité impétueuse qui veut aller toujours en avant et prendre place à l'avant-garde; le pèlerin est amour, respect et adhésion à l'Église, aux pénitences de laquelle il se soumet et dont il cherche les grâces; il est vaste et chrétienne universalité, qui ne supporte pas les étroitesses de races, de pays ou de frontières, mais se lance résolument dans le large canal de la catholicité.
Esprit de foi et de sacrifice; vie de piété et de progrès continuel à l'avant-garde; adhésion, respect et amour à l'Église; coeur vaste comme le monde : voilà ce que vous êtes en ce moment, jeunes pèlerins de Compostelle et voilà ce que vous devez être demain et toujours, jeunes catholiques de tout le monde; et si jadis au cri irrésistible de « Saint Jacques protège l'Espagne », on brisa avec les ennemis de la foi, si hier encore l'Apôtre n'abandonna pas ceux qui l'invoquaient, soyez sûrs qu'aujourd'hui et toujours son esprit et sa protection vous conduiront de nouveau à la victoire dans les luttes spirituelles et vous feront surmonter les pièges qu'on vous tend de tous côtés, particulièrement à vous, à la jeunesse, parce qu'on sait que vous êtes une force puissante et alerte dans le présent et une promesse radieuse et sûre pour l'avenir.
« Igitur via peregrinans est res optima, sed angusta », « I,a voie des pèlerins est excellente, mais étroite » — dit le sermon si connu du Codex Calistinus (1.1 c. XVII, Sermo Beati Calixte Pape, fol. 80 v.) —; mais ce serait la première fois que la difficulté épouvanterait, désarmerait et ferait reculer la jeunesse, et qui plus est, une jeunesse comme la vôtre, nourrie dans la foi solide et grandie dans le climat ardent du sacrifice.
En avant, donc, jeunesse brillante et croyante ! En avant, pèlerins, avec votre insigne et votre bourdon, car il y a encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à donner tout son coeur à Dieu et toutes les âmes à Jésus-Christ, pour arriver jusqu'au ciel, notre but.
O Béate Jacobe — chantaient les pèlerins, vos ancêtres, — O Béate Jacobe ! — virtus nostra vere. — Nobis hostes remove — tuos ac tuere — Ac devotos adhibe — nos tibi placere. Oh oui, saint Apôtre, préféré du Seigneur, âme de feu, capitaine invincible : éloigne de notre chemin nos ennemis et les tiens, fais que nous te servions toujours, continue à protéger l'Espagne et le monde entier, en lui accordant le bienfait d'une paix solide et durable, fondée dans la justice.
Dans ces sentiments et ces désirs, réjouissant encore une fois Notre esprit par la contemplation de cette jeunesse fleurie de tous les pays — symbole de cette union fraternelle de tous les fidèles dans le Christ, qui est un de nos désirs les plus ardents — Nous bénissons affectueusement Notre très digne Cardinal Dégât, les Archevêques, Évêques et autorités présentes, ainsi que tous ceux qui ont contribué au succès du pèlerinage, la Jeunesse catholique espagnole, les jeunes gens de toutes les nations représentées, leurs patries respectives et d'une manière très spéciale le peuple de la catholique Espagne, toujours objet de l'amour du Vicaire de Jésus-Christ.
DISCOURS AUX PELERINS AMÉRICAINS (ier septembre 1948) 1
Le Pape reçut à Castel-Gandolfo le Ier septembre 1948, un groupe de 600 pèlerins américains membres de la Confraternity of Christian Doctrine2. Ce pèlerinage était le premier de l'après-guerre.
1. Texte anglais de L'Osservatore Romano du 2 septembre 1948, traduction française de La Documentation Catholique, t. XLV, col. 1281.
2. Le Concile de Trente (1545-1563) reconnaît la nécessité de publier un Catéchisme à l'usage des Curés, pour leur permettre de donner synthétiquement l'instruction religieuse au peuple. En 1560, une Société de la Doctrine Chrétienne est fondée en Italie dans le but de répandre l'instruction religieuse. Les Papes encouragent cette initiative. En 1686, le Pape Innocent XI demande à l'Épiscopat de fonder des Confraternités de la doctrine chrétienne.
De même, l'Encyclique de Pie X : Acerbo Nimis, 15 avril 1905, insiste en disant: « Dans chaque paroisse, on établira canoniquement une Association connue sous le nom de Confraternité de la Doctrine Chrétienne. » Le Droit Canon reprend à son compte la même prescription (article CIS 711, § 2.)
L'Archevêque John M. Farley introduit La Confraternité à New-York dès 1903. En 1904, l'Episcopat des États-Unis crée le Centre National de la Confra-ternity of Christian Doctrine installé au siège de la National Catholic Welfare Conférence 1312 Massachussetts Avenue N. W. Washington D. C.
Le premier Congrès National catéchétique est tenu à Rochester en octobre 1935 suivi de ceux de New-York (1936), Saint-Louis (1937), Hartford (1938)... et finalement à Boston (1946).
Nous vous remercions de vos salutation cordiales. C'est un témoignage de plus de l'attachement indéfectible de l'Église d'Amérique au Siège de Pierre et au Vicaire du Christ. Nous aurions voulu vous souhaiter la bienvenue avec non moins de sincérité et de cordialité, en vous saluant individuellement l'un après l'autre; mais à cause de cette vaste foule vous Nous excuserez sûrement et vous recevrez les quelques paroles que Nous vous adresserons comme un message adressé à chacun de vous personnellement.
Le Saint-Père fait l'éloge du travail réalisé par la « Confrérie de la Doctrine chrétienne » :
Cette imposante réunion Nous apparaît comme un épilogue du Congrès national, et plus que national, de la Confrérie de la Doctrine Chrétienne qui s'est déroulé voici près de deux ans, avec un succès si encourageant sous la direction animatrice du zélé archevêque de Boston et avec la coopération cordiale et efficace de ses Vénérables Frères dans l'Épiscopat en particulier du très méritant président de la Confrérie ici présent. Nous avons eu le bonheur d'adresser la parole à ce Congrès 1; et Nous répétons maintenant chaque éloge prononcé alors, chaque conseil et chaque encouragement que Nous donnions alors pour intensifier et étendre méthodiquement votre magnifique apostolat.
Il faut essayer de fournir une solide instruction religieuse à ces millions de jeunes catholiques qui fréquentent les écoles dites neutres :
Quel pasteur des âmes, quel chrétien qui aime vraiment le Christ peut regarder avec indifférence ces millions d'enfants catholiques qui sont instruits dans des écoles d'où toute formation religieuse est exclue? Est-ce que tous et chacun ne ressentiront pas l'aiguillon du saint zèle et de la charité chrétienne pour procurer à ces membres infortunés de la génération montante l'élément le plus important d'une véritable éducation ?
Il était normal que les membres de la Confrérie viennent faire un pèlerinage à Rome, auprès de la tombe de Pie X dont le corps se trouve aujourd'hui dans une des chapelles latérales de la Basilique Vaticane:
D'une des résolutions adoptées par le Congrès de Boston, était d'envoyer un pèlerinage à la tombe du vénéré Pie X qui, après s'être voué personnellement pendant de longues années à ce ministère d'une importance vitale, a mérité, de bon droit, par son Encyclique sur l'Enseignement du catéchisme, d'être regardé comme l'idéal et l'inspirateur de votre Confrérie 2.
1. Cf. Radio-message au Congrès national catéchétique des États-Unis (Osservatore Romano des 28-29 octobre 1946).
2. Encyclique Acerbo Nimis (15 avril 1906).
Avec vénération et ferveur, vous vous êtes agenouillés auprès de ses restes sacrés, qu'il y a quelques années Nous avons fait transférer de la crypte de la basilique vaticane, à l'endroit où ils reposent actuellement, pour que les fidèles, en les approchant plus souvent et plus fidèlement, soient amenés plus près de Dieu.
Les Papes, les Evêques et tous les fidèles ont le devoir de se faire les propagandistes de la doctrine chrétienne, telle quelle est contenue dans le catéchisme.
Pendant que vous priiez, son souvenir béni n'a-t-il rien dit de spécial à votre âme? Pourquoi a-t-il, dès les premiers jours de son pontificat, en des termes si graves, etsi angoissés plaidé pour une étude et un enseignement ininterrompus du catéchisme? C'est parce que ce petit livre, avec ses questions, ses réponses, que vos enfants appellent leur catéchisme, contient l'éternelle vérité divine; or, Pie X aimait la vérité comme il aimait le Christ. L,e Christ est vérité.
Trop souvent les hommes veulent entendre une prédication édulcorée ou modernisée c'est pourquoi ils refusent d'écouter la doctrine contenue dans le catéchisme:
Ce doux et humble Pontife ne tardait pas à s'apercevoir que trop d'hommes sur terre ne fuient rien avec tant de soin et ne redoutent rien avec tant d'obstination que la vérité pleine, franche, toute pure. Ils étaient nombreux à Jérusalem, il y a plus de deux mille ans, ceux qui voulaient que les enseignements de Dieu soient formulés en des termes conformes à leur « esprit moderne » et à la philosophie commode de ce dernier; mais, jour après jour, avec une patience suprême et une charité exquise et pressante à l'égard de tous, le Christ a continué à prêcher dans le Temple la vérité plénière de la révélation de son Père aux hommes.
La foi — pure de tout mélange — est le plus grand trésor de la vie :
Un jour, en s'adressant à des concitoyens, qui pourtant n'appartenaient pas à l'Église, cet incomparable patriote et illustre prélat qu'était le Cardinal Gibbons 1 avouait avec une humble et charmante simplicité qu'il sentait au plus profond de son coeur qu'en possédant la foi catholique, il détenait un trésor auprès duquel toutes les choses terrestres ne sont que vanité. Par la grâce de Dieu, chers enfants, cette foi est la vôtre — la même foi pour laquelle Pierre a été crucifié à Rome et pour laquelle Paul a été décapité le long de la route d'Ostie, cette foi pour laquelle des mères et des vierges, des jeunes gens vigoureux, des enfants et des hommes blanchis par l'âge ont joyeusement affronté la mort dans les arènes de la Rome impériale; cette foi, vivez-la, rayonnez-la. Mais vous ne le pourrez à moins d'en connaître et comprendre l'inégalable beauté. Or, rappelez-vous qu'il n'y pas de sermon plus éloquent qu'une vie catholique sans tache.
1. Le Cardinal Gibbons (1834-1921) devenu en 1877 archevêque de Baltimore, fut le grand pionnier de la diffusion du catholicisme aux États-Unis. Il jouit d'un grand prestige dans toutes les classes de la société américaine.
Du fait que de nombreux pèlerins viennent à Rome, des régions les plus lointaines, on pourrait croire que le monde a retrouvé la paix:
Voilà Notre première pensée. Votre présence nous en suggère encore une autre. Devant ces pèlerins si nombreux venus d'au-delà des mers visiter les sanctuaires d'Europe au cours de leur voyage vers le centre de la chrétienté, on serait porté à croire qu'une paix authentique et durable, avec ses conséquences normales, a été rendue au monde.
Cependant ce n'est qu'une illusion, le monde n'a pas retrouvé la paix. La guerre et ses terribles conséquences continuent à faire ses ravages:
1. Il y a encore des millions de « personnes déplacées », chassées de leurs foyers et errant misérablement dans des camps 1
1. On estime qu'en Europe il y avait encore à peu près un million de personnes déplacées en 1948 et environ un demi-million dans le Proche-Orient.
Hélas: il n'en est pas ainsi. De fait tragique, c'est qu'il y a des minions d'êtres humains, trois ans après la déclaration de la fin d'une guerre où ils ont été emportés, qui vivent encore dans cette malheureuse Europe en d'inhumaines conditions.
2. Les conflits armés n'ont pas encore cessé:
Sans compter que la guerre ne laisse pas de sévir dans plusieurs parties du monde 2.
2. La guerre continue en Grèce, en Chine, en Indo-Chine, en Indonésie.
3. Des millions d'hommes vivent sous le poids de la férule dictatoriale des tyrans communistes:
tandis que d'autres millions d'hommes sont courbés sous le jour d'une déplorable tyrannie 1.
1. Tout l'Est Européen est sous le joug soviétique de la Russie : la Pologne, l'Allemagne orientale, la Hangrie, la Roumanie, la Yougoslavie, la Bulgarie, l'Albanie, la Tchécoslovaquie, soit une population de près de 300 millions d'hommes.
Le Pape déclare qu'il fait confiance en la prochaine Assemblée des Nations Unies qui doit tenir sa prochaine session à Paris à partir du 21 septembre 1948.
Notre propos n'est pas de vous décrire ici ces conditions qui endolorissent Notre coeur paternel. Mais prochainement, comme vous le savez, l'Assemblée des Nations Unies reprendra ses sessions, dûment autorisées à affronter les problèmes de la paix du monde et de la sécurité. Des hommes de science et d'expérience, de grand caractère et de noble idéal, pleinement conscients de leurs graves responsabilités envers la civilisation et la culture, mettront tout en oeuvre, déploieront tous leurs efforts pour faire revenir la confiance au sein de la famille des nations, et non seulement, comme Nous en avons la profonde confiance, pour en écarter un cataclysme que l'esprit se refuse à imaginer, mais pour la mettre sur la voie qui conduit au bonheur, dans la justice pour tous, ouvriers et patrons, et qui conduit à la moralité dans la vie nationale et individuelle, dont l'unique base possible est la foi religieuse en Dieu.
Il demande au monde entier de prier pour le succès de cette assemblée :
Si jamais une assemblée d'hommes réunis dans un tournant critique de l'histoire a eu besoin du secours de la prière, c'est bien l'Assemblée des Nations-Unies.
Aussi, vous demandons-Nous de prier, Nous vous le demandons à vous, vénérables Frères dans l'épiscopat, à vous, Nos chers fils dans le sacerdoce, à vous, Nos bien-aimés enfants dans le Christ-Jésus. Et permettez que par vous, Notre voix suppliante parvienne à tous vos frères catholiques en Amérique, et même à tous les catholiques de tous les pays de la terre, auxquels, Nous l'espérons bien, s'uniront tous les hommes de bonne volonté.
La paix sera rendue à la terre le jour où gouvernants et gouvernés reconnaîtront le Souverain domaine de Dieu sur toutes choses:
Que, les jours prochains, une hymne de louange et d'adoration, brûlant d'un feu de Pentecôte, monte au trône de Dieu, le Père de miséricorde : « Nous vous exaltons, ô Dieu, et bénissons votre nom à jamais. Votre règne est un règne éternel et votre domination subsiste dans tous les âges. » (Ps. CXDIV, 1,13). Toutes choses sont soumises à votre pouvoir et il n'est personne qui puisse faire obstacle à votre volonté. » (Est 12,9) Vous êtes, ô Dieu, l'Auteur et le Créateur de toutes choses, leur exemplaire, leur mesure et leur fin. Et qu'après cette acte de foi, d'un coeur humble et contrit, les hommes fassent cette prière de Daniel : « Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons été méchants et rebelles, nous nous sommes détournés de vos commandements et de vos lois. De Seigneur, Notre Dieu est juste dans toutes ses oeuvres qu'il a faites; car nous n'avons pas obéi à sa voix. » (Da 9,5 Da 9,14)-
Alors Dieu, dans sa sagesse et sa bonté infinie, touché par la foi et le repentir humble de ses créatures, prêtera peut-être son oreille, regardera leur détresse et viendra à leur secours. Il a sûrement prouvé son amour pour les hommes en envoyant son Fils unique dans le monde, afin qu'ils vivent par lui. (1Jn 4,9).
Le Saint-Père reconnaît la générosité des catholiques américains envers les détresses de l'Europe et leur témoigne sa vive gratitude :
Pour conclure, Nous vous exprimons de nouveau Notre immense gratitude pour la charité dont vous avez fait preuve envers les pays frappés par la guerre et pour la générosité magnifique avec laquelle votre épiscopat dévoué met le Vicaire du Christ à même de répondre aux appels déchirants qui Nous sont parvenus et qui Nous parviennent sans cesse de familles, de villes, de régions entières qui, affaiblies et parfois proches du désespoir, ont à lutter pour prolonger péniblement leur existence jusqu'à l'avènement de jours meilleurs. Dieu vous récompensera, tous et chacun de ceux dont la contribution la plus modeste a rendu possible le résultat total. 1
Recevez en témoignage de Notre reconnaissance sincère la Bénédiction apostolique que Nous vous accordons avec toute l'affectation de Notre coeur paternel, à vous, à tous ceux qui vous sont chers, et à tous ceux dont vous voulez vous souvenir maintenant.
1. En 1947 on distribua aux pays dévastés par la guerre 15.793.000 dollars émanant des War Relief Services de la National Catholic Welfare Conférence de Washington (Osservatore Romano, du 6 janvier 1949).
1. D'après le texte italien des A. A. S. XL, 1948, p. 405; traduction dans La Documentation Catholique, t. XLV, col. 1409.
L'Association Catholique des Jeunes Filles italiennes fut fondée en 1918; aussi pour célébrer le trentième anniversaire de cette fondation, un Congrès fut organisé à Rome qui groupa le dimanche 5 septembre plus de 200.000 jeunes filles sur la Place Saint-Pierre. C'est devant cette foule que le Saint-Père prononça le discours suivant :
Vive et profonde a été Notre émotion en contemplant l'incomparable spectacle que vous offrez à Nos yeux, tandis qu'en même temps, montaient de vos lèvres à Notre coeur les fervents accents de vos chants et de vos acclamations. Nous connaissons bien, chères filles, jeunes filles d'Action Catholique, la spontanéité de votre enthousiasme et la sincérité de vos résolutions d'indéfectible fidélité : et Nous n'avons pas besoin de longs discours pour vous exprimer les sentiments — en réalité inexprimables — qui inondent Notre âme en vous voyant et en vous écoutant. Nous voulons plutôt vous adresser, en cette célébration de votre trentenaire, quelques brèves paroles, qui assurent à votre manifestation d'aujourd'hui, non pas tant l'éphémère splendeur d'un feu s'éteignant bien vite, que la vive flamme qui alimente en vous un lumineux et ardent foyer de zèle.
Il y a lieu certes de se réjouir du nombre imposant de jeunes filles groupées dans l'Action Catholique italienne a, mais il faut aussi considérer le grand nombre de celles qui n'en font pas encore partie :
2. En 1948 l'Association catholique des jeunes filles italiennes comptait 1 million de membres.
Vous êtes accourues nombreuses, et en vous trouvant aujourd'hui réunies dans un phalange si serrée — accrue par les représentations des jeunes filles catholiques de beaucoup d'autres pays, — vous vous sentez légitimement heureuses et fieres. Loin de Nous la pensée d'atténuer le moins du monde votre joie. Bien au contraire, en vue de l'augmenter Nous vous disons : Faites le compte de vos effectifs ici présents; ajoutez, comme il est juste, le nombre bien plus grand de celles qui sont de coeur avec vous, retenues, malgré elles, par divers empêchements, et auxquelles les ailes rapides des pigeons ont apporté votre doux message. Vous alignerez des chiffres imposants. Mais combien d'autres jeunes vies ne sont pas avec vous, ni en personne, ni de coeur, ni en esprit, indifférentes, étrangères, insouciantes de vous, de votre mouvement, de vos plus chers idéaux ! Et combien d'autres, trompées, égarées, aigries, excitées par des doctrines erronées ou des illusions mensongères, vous sont hostiles, parce que vous êtes indissolublement unies à Dieu, au Christ, à l'Église ! En songeant avec votre bon sens et votre bon coeur à toutes vos soeurs qui sont séparées de vous ou contre vous, comment pourriez-vous trouver la paix aussi longtemps que vous ne les aurez pas conquises, aussi longtemps qu'elles ne seront pas réunies avec vous? Le véritable zèle ne connaît ni cesse ni repos, dès l'instant qu'il s'est emparé d'une âme.
C'est pourquoi les jeunes filles doivent être apôtres et gagner leurs soeurs à la cause de l'Église.
Le Saint-Père lance un appel aux jeunes travailleuses :
En avant donc, jeunes filles, en avant, sans hésiter, sans vous arrêter ! En avant, vous spécialement, jeunes travailleuses, filles du peuple; en avant, toutes, de toute condition et classe, dans les villes et les campagnes, partout où il y a de vos soeurs à ramener au Christ, partout où il y a une sainte cause religieuse, morale, sociale à raffermir, à promouvoir, à défendre !
Cet apostolat est indispensable. Il comporte parfois des épreuves:
Cette ardeur de conquête spirituelle est essentielle à votre apostolat. Cependant, Nous n'ignorons pas combien son exercice, maintes fois, au moins dans quelques régions et dans des circonstances particulières, vous expose non seulement à des contradictions, mais encore à des ironies, à des mépris, et même à de vulgaires injures et menaces, quand on n'en vient pas jusqu'à de vrais actes de violence. Mais vous ne vous laissez pas intimider. Da jeune fille catholique, modeste mais non craintive, ni timide, au visage ouvert, à l'oeil limpide et pur, au regard droit, au pas franc, à la parole vive et sincère, à la riposte ferme et aimable, mais aussi, s'il le faut, mordante, ne s'épouvante pas; bien plus, elle se réjouit d'avoir été trouvée digne de souffrir persécution pour le nom de Jésus : « pro nomine Jesu contumeliam pati » (Ac 5,41). Si elle éprouve de la peine, ce n'est pas pour elle-même, mais bien pour ceux qui l'offensent, victimes souvent d'une éducation faussée, de compagnons pervers, d'instigations malignes qui ont éteint en eux tout sentiment de noblesse et de bonté.
Le résultat de ce grand rassemblement doit être d'inviter les présentes à mieux réaliser le programme de leur mouvement.
Élevé, certes, est l'idéal; généreux est le programme de vie qui vous sont proposés; mais Nous sommes convaincu que l'on ne pourrait vous faire un plus grand honneur ni vous procurer une joie plus profonde. Vous l'avez bien compris, et vous Nous en donnez aujourd'hui, une preuve retentissante. Toutefois, les grandes manifestations, comme celle d'aujourd'hui, bien que hautement appréciables, sont passagères; elles impriment une puissante impulsion qui incite au mouvement et à l'action; mais il faut ensuite continuer la marche conquérante, jour par jour, pas à pas. Ce chemin ne se fait pas par bonds ni seulement à coups de grands sacrifices dont l'héroïsme même stimule la volonté et soutient le courage. Mais la fidélité persévérante au devoir quotidien habituel envers Dieu, envers le prochain, envers vous-mêmes; la prière, l'exemple, la charité surtout toujours en éveil ; l'assistance et le secours aux humbles et aux affligés; le dévouement obscur et toujours caché, au sourire constant; l'exécution parfaite des obligations de votre état, en famille, au travail, en société; la fermeté inébranlable dans les principes, unie à une complaisance qui ne connaît pas de limites dans les renoncements à l'amour-propre et au propre intérêt : comme tout cela coûte ! mais comme c'est efficace pour gagner les esprits, les coeurs, les âmes !
Sans doute l'apôtre rencontre des échecs...
Cependant, le mal que vous vous donnez n'obtient pas toujours l'heureux succès désiré. Des âmes restent libres de correspondre ou non aux efforts de votre zèle, aux avances de votre amour, à la ferveur de vos prières. Leur résistance ne vous est pas imputable. Néanmoins, le résultat mauvais peut avoir aussi et a souvent une autre cause.
Parfois cet échec est dû aux insuffisances de l'apôtre lui-même :
En réalité, la flamme du zèle le plus ardent n'apporte pas toujours avec sa bienfaisante chaleur, une clarté pleinement lumineuse. Or, il est indispensable que vous apportiez partout la lumière.
En particulier la militante d'Action catholique doit connaître sa religion et la faire connaître :
Ce qui équivaut sans nul doute à louer et à encourager votre apostolat catéchistique dans ses formes diverses, à vous recommander de vous mettre toujours davantage en état de l'exercer avec compétence, intérêt et persuasion.
La doctrine doit passer ensuite dans la vie:
Mais cela signifie surtout que vous devez être vous-mêmes lumineuses, que vous devez considérer comme dites à vous-mêmes les paroles adressées à toute la multitude des auditeurs de bonne volonté rassemblés autour de Lui, au pied de la montagne : « Vous êtes la lumière du monde... Que votre lumière resplendisse devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les deux. » (Matth. V. 14, 16).
La vie ne doit pas être guidée d'abord par le sentiment, mais bien par la vérité et avant tout par le Christ qui est la Vérité même.
Que signifient ces paroles? avant tout, que la vérité, la doctrine, la lumière doivent être votre guide et non pas l'imagination, l'impression, le sentiment, fût-il le plus noble et le plus beau. Le sentiment, quand il est sain, est pour l'âme un ornement, un trésor; il donne à votre langage et à votre action la nuance, le tact, la délicatesse qui font accepter avec satisfaction et avec plaisir votre influence. Mais il n'est pas un guide, et c'est pourquoi, quiconque le suit risque de s'égarer, de glisser dans l'abîme ou de se heurter contre 1'ecueil. A la lumière des astres, le navire, même la nuit, fait voile tranquille et sûr vers le port. Les étoiles brillent dans le ciel : interrogez le ciel, interrogez Celui qui, étant la lumière, est la Voie, la Vérité et la Vie.
C'est pourquoi la jeune fille d'Action Catholique écoute l'Église:
Interrogez l'Église qui, seule, a reçu de Lui le dépôt de la vérité éternelle. Combien de vos contemporains, sceptiques à l'égard de cette doctrine infaillible, accueillent, au contraire, aveuglément, ce que leur font accroire, sur les questions de religion, de dogme, de morale, d'insensés compagnons ou compagnes d'école, de laboratoire, de bureau !
Mais la jeune catholique adhère solidement aux enseignements de la Chaire de Pierre, qu'elle consulte et étudie dans leur texte original, sans tenir compte de ce qu'on propose, mutilé et travesti aux lecteurs ignorants dans les publications des ennemis de la religion catholique qui ne cherchent qu'à frapper à mort dans le coeur des fidèles le respect et la confiance envers le prêtre, l'Église et le Vicaire du Christ lui-même1.
1. Le Saint-Père dénonce ici toute une littérature d'inspiration principalement communiste, assez largement répandue en Italie, qui se plaît à déformer sans cesse la pensée du Pape et de l'Église.
La vérité transparaîtra si le coeur des militants reste pur.
Mais pour être vraiment et pleinement lumineuses, ayez soin que votre lumière ne soit voilée ni offusquée par aucune image ni aucune ombre. Ne laissez pas obscurcir par le brouillard des passions désordonnées les rayons qui font l'enchantement et la force de votre jeunesse, ni tourner au mal les saines et saintes aspirations de tout jeune coeur vers la beauté, la joie, l'amour. Maintenez ces rayons dans leur splendeur intacte ; ils sont les reflets sur terre du divin Soleil, défendez-les contre l'esprit mondain, qui ne pourrait vous donner en échange que des feux follets errant tristement à la surface des fétides marécages.
Aujourd'hui, la Papauté est plus vivante que jamais ; comme la jeunesse catholique, elle aussi déborde de vie.
Chères Filles, on a rappelé récemment une injure violente lancée à plusieurs reprises, il y a un siècle, contre le Pontife Romain par un homme politique célèbre : « La Papauté est morte» \ Morte la Papauté ! Mais toute cette jeunesse vivante, ardente et pure, débordante de joie, enthousiaste, championne de droits sacrés, dévouée aux plus hauts idéaux et aux plus nobles entreprises, dans la pleine ferveur de son activité, est donc venue ici rendre hommage à un mort, mort depuis cent ans, mort « dans le sang et dans la boue? » Ou bien est-elle aussi, en réalité une jeunesse morte qui s'approche d'un mort? Non, jeunes filles, vous êtes vivantes, parce que le Christ vit en vous; la Papauté est vivante parce qu'elle est la pierre sur laquelle est édifiée l'Église, laquelle vivra pour le Christ et dans le Christ jusqu'à la consommation des siècles, et le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande et son règne n'aura pas de fin !
Pour la diffusion de ce règne, vous voulez vivre. A ce règne, vous voulez conduire vos compagnes qui en sont éloignées. Pour son accroissement vous élèverez un jour vos enfants et vous organiserez votre vie de famille, épouses fidèles, mères heureuses. Avec toute la force de votre conviction, avec toute la ferveur de votre prière, dans l'exercice de vos droits, dans l'accomplissement de vos devoirs dans la famille, dans la profession, dans la vie publique, vous contribuerez à faire en sorte que l'esprit et la loi du Christ et de son règne pénètrent, sanctifient, fécondent toutes les institutions sociales de votre chère patrie.
Et afin que le Seigneur tout-puissant accorde à votre volonté et à votre action constance, efficacité et réalisation, Nous invoquons sur vous la puissante intercession du Coeur Immaculé de Marie, tandis qu'avec une paternelle affection Nous vous donnons à vous toutes, à vos dirigeantes, à vos Associations, à vos familles, Notre bénédiction Apostolique.
1. Scritti di Mazzini. Ed. Nat. vol. XXXIX, p. 238 et, çà et là, dans le même vol. XXXIX et dans le vol. III.
Joseph Mazzini (1805-1872) suscita une série de mouvements révolutionnaires en Italie au cours des années 1830-1870. Ses écrits contiennent de nombreuses invectives contre la Papauté.
Depuis 1848, se tient annuellement en Allemagne le Katholikentag, c'est-à-dire l'Assemblée générale des catholiques allemands qui passent en revue la situation de la religion vis-à-vis de l'état social du moment et prennent des décisions pour assurer les développements nécessaires à la vie catholique.
Le dernier Congrès eut lieu à Essen en 1932 et cette année c'est Mayence qui accueille la 72e session. A la journée de clôture, il y eut plus de 100.000 participants.
Le Saint-Père évoque dans un radiomessage ses propres souvenirs des Congrès antérieurs:
Comment aurions-Nous pu ne pas répondre favorablement à l'aimable invitation que Notre Frère vénéré, l'Archevêque de Mayence, Nous a faite de vous adresser un message paternel et de vous donner Notre Bénédiction à vous, qui, selon une ancienne coutume êtes réunis dans sa ville episcopale pour y tenir votre Katholikentag !
Il Nous sera bien permis de Nous compter parmi ceux qui prirent une part active à la grande oeuvre des Congrès catholiques allemands !
Huit fois, au moins, il Nous fut donné de vous parler en qualité de nonce apostolique et de transmettre aux participants le salut et la Bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ8 :
Alors que les ondes aériennes portent Nos paroles à vos oreilles, devant le regard de Notre esprit se dresse l'image de cette Mayence pleine d'admiration et de bonheur, qui célé
1. D'après le texte allemand des A. A. S. XL, 1948, p. 417; traduction française dans La Documentation Catholique, t. XLV, col. 1436.
2. Durant sa nonciature en Allemagne, le Cardinal Pacelli assista chaque année au Katholikentag de 1922 à 1929.
brait en 1928 les fêtes de sa cathédrale. La brillante sérénade sur la place Gutenberg, la cathédrale qui surgissant d'un océan de lumière, se dressait vers le ciel, la foule immense qui, dans la grande salle municipale, était soulevée par ses sentiments d'amour pour la patrie et de fidélité à la foi, tous ces agréables souvenirs Nous assaillent et Nous pénètrent, tandis que sur Notre âme pèse douloureusement le contraste brutal entre l'allégresse d'hier et les souffrances d'aujourd'hui.
Une importance spéciale et considérable s'attache au Congrès de cette année. Il vous permet de fêter le centenaire de ces journées ou fièrement sont passées en revue les forces catholiques de votre peuple.
Ce Congrès est à nouveau le premier de son genre après une interruption forcée de trois lustres, après une période qui a connu les temps les plus sombres et les plus bouleversés que l'histoire de l'Allemagne ait enregistrés depuis ses lointaines origines. Le Congrès de cette année doit, en outre, montrer à vos chefs la route vers l'avenir, un avenir dont les ténèbres pèsent lourd sur vos âmes, et dont vous savez seulement que, soit au spirituel, soit au temporel, vous aurez à frayer votre chemin dans un rude labeur plein de renoncements 1.
1. Pie XII a longuement développé ce même thème dans une Lettre à l'Épis-copat allemand du Ier mars 1948, cf. p. 88.
Le Saint-Père dresse le bilan des cent années d'activité des Congrès Allemands :
Pourtant si en ce jour, vous jetez un regard en arrière sur les cent années écoulées, il faut que domine en vous, malgré les misères présentes, un sentiment de joie et de reconnaissance envers Dieu.
Ce siècle a été témoin de vos luttes prolongées et souvent mouvementées pour la liberté de l'Église et pour l'égalité des droits des catholiques dans la vie publique; et ces combats, vous les avez menés avec succès.
Ce furent cent années d'une activité féconde et bien organisée. Ce fut un siècle d'efforts tenaces pour venir à bout des misères sociales, soit par des échanges d'idées, soit par des réalisations vivantes et bienfaisantes. Vous avez travaillé d'une façon exemplaire dans ce domaine, et vous avez été un stimulant pour beaucoup d'autres.
Ce furent cent années de créations remarquables sur le plan de la science et de la culture, pour les écoles et pour l'éducation.
Cent ans aussi de zèle infatigable en faveur des millions de catholiques disséminés dans votre pays et, en même temps, d'une activité pleine de générosité et d'audace au profit des Missions. Si le nombre et le dénuement de vos frères dispersés dans la Diaspora ont plus que doublé aujourd'hui, au point qu'ils constituent une véritable terre de Mission qui réclame un secours immédiat, faites-vous cependant un point d'honneur de conserver dans l'avenir la place importante que vous avez toujours occupée dans les Missions Catholiques mondiales. Demeurez bien convaincus que vous êtes un membre de la grande famille catholique qui embrasse toute la terre.
Deux fois, pendant ce siècle, vous avez été en butte aux attaques acharnées d'un pouvoir civil ennemi de l'Église, et qui avait pour lui l'avantage de la force 1. Vous avez dû travailler au milieu de tourmentes dangereuses et persistantes. Mais Dieu, de sa main puissante, vous a conduits avec beaucoup de miséricorde. Pour ces bienfaits et tous ceux que vous avez reçus au cours de ces cent années, qu'une reconnaissance humble et joyeuse monte de vos coeurs et de vos lèvres vers le Tout-Puissant.
1. Les catholiques allemands ont été persécutés par :
— le Kulturkampf de Bismarck de 1871 à 1880.
— le nazisme de Hitler de 1933 ^ io45-
Le Souverain Pontife annonce qu'il faut regarder en face les tâches des temps à venir:
Et maintenant, Chers Fils et Filles, il s'agit de tourner les yeux vers l'avenir.
Il y a juste cent ans retentissait dans votre pays l'annonce d'un renversement brutal de toute l'organisation sociale existante 2. Et c'est chez vous précisément que cette parole s'est vérifiée, dans des proportions immenses et des circonstances épouvantables. Vos villes détruites sont le témoignage éloquent de sa réalisation, et Nous ne pouvons, sans une profonde tristesse, Nous rappeler la « Mayence dorée », où la faveur Nous fut donnée, il y a vingt ans, environ, de participer aux fêtes inoubliables de sa cathédrale. Ce qui est devenu, depuis lors le symbole de cette ville, c'est la tombe des pieuses Soeurs Capucines de l'Adoration perpétuelle qui, sous la pluie de feu d'une sombre nuit, groupées autour de leur Supérieure, purent offrir en commun le sacrifice de leur vie.
2. En 1848, Karl Marx publie le Manifeste du Parti communiste.
En vue de construire l'avenir, Pie XII donne des consignes:
Des transformations profondes — et douloureuses, comme il arrive souvent — bouleversent votre vie économique, politique, sociale et religieuse aussi. Ceux qui sont aux postes de commandement ne doivent pas l'oublier un seul instant.
Tout d'abord, il faut avoir l'audace de se mettre en face des réalités nouvelles :
La connaissance du passé leur est nécessaire pour qu'ils y prennent des leçons. Mais qu'ils ne s'attachent pas au passé d'une manière unilatérale. Leur devoir est de rester, au bon sens du mot, proches de la réalité.
Toutefois la loi éternelle de Dieu subsiste toujours identique et les principes de la doctrine sociale de l'Église demeurent invariés:
Cependant, l'annonce d'un bouleversement total de l'ordre existant ne se réalisera pas complètement : non, pas même dans les rapports temporels de ce monde. Le Dieu des siècles passés vit encore. Sa loi conserve toute sa valeur. Elle vaudra toujours, et c'est sur elle qu'est bâtie la doctrine sociale de l'Église catholique. Gardez courageusement et fidèlement votre ligne de conduite, sans vous écarter ni à droite ni à gauche.
Il est vraisemblable que les catholiques allemands auront encore des luttes à soutenir: 1
1. De nombreuses Lettres Pastorales de l'Episcopat allemand ont protesté avec violence contre les décisions, soit des autorités occupantes, soit des autorités allemandes qui ne respectaient pas le droit des catholiques à avoir un enseignement propre :
— Lettre Pastorale de Son Exc. Mgr Conrad Groeber archevêque de Fribourg en Brisgau, le 17 avril 1945.
— Lettre Pastorale de S. Em. le Cardinal Frings, archevêque de Cologne, le 15 août 1945.
— Déclaration des Evêques allemands réunis à Fulda, le 23 août 1945.
— Lettre Pastorale de Son Em. le Cardinal von Preysing, évêque de Berlin, 10 octobre 1945, etc.
S'il faut en croire les signes des temps, l'avenir encore exigera de vous une lutte généreuse pour la liberté de l'Église, pour votre droit et le droit des parents sur l'enfant, sur l'éducation et sur l'école. Dans certaines régions du pays, ce combat peut même devenir une lutte à mort. D'hostilité à l'Église change d'étiquette et de forme, mais les buts poursuivis par les adversaires demeurent essentiellement les mêmes.
Protestants et catholiques ont connu durant le régime nazi des épreuves semblables; ensemble, ils ont souffert et lutté; d'une plus grande estime des uns pour les autres est né un désir plus grand de se réunir. Quelle doit être l'attitude des catholiques devant ces efforts de réunion 1?
1. Une vaste organisation vouée à la réunion des chrétiens a pris de l'extension durant la guerre en Allemagne, avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique, sous le nom de Una sancta, Union pour l'entente des confessions chrétiennes. Le Dr Laros, curé de Kappellen-Stolzenfelds est le président actuel de VUna sancta.
Sur ce même sujet, on lira p. 220, l'Avertissement du Saint-Office du 5 juin 1948.
Tout d'abord une grande charité envers les non-catholiques :
Nous savons combien est chez beaucoup de vos concitoyens, catholiques et non-catholiques, l'aspiration vers l'unité dans la foi. Chez qui ce désir pourrait-il être plus vivement ressenti que chez le Vicaire du Christ? Ces croyants séparés, l'Église les entoure d'une affection sincère, faisant des prières ardentes pour qu'ils reviennent à leur Mère, et Dieu sait que beaucoup d'entre eux s'en trouvent éloignés sans aucune faute de leur part.
Ensuite une grande fermeté sur les principes :
Si l'Église se montre inflexible à l'égard de tout ce qui pourrait éveiller même l'apparence d'un compromis, d'un accommodement de la foi catholique avec d'autres croyances religieuses, ou d'une confusion, elle agit ainsi parce qu'elle sait qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais qu'un seul dépôt absolument sûr de la vérité et de toutes les grâces apportées par le Christ, et que, suivant la volonté expresse de son divin Fondateur, elle est elle-même ce dépôt2.
2. De son côté S. Em. le Cardinal Frings, archevêque de Cologne disait :
« Quant aux relations entre catholiques et non-catholiques, ce qu'il faut louer c'est la tolérance sur le plan civil et non sur le plan dogmatique. Il faut encourager le respect des convictions d'autrui et la collaboration pour la défense des libertés chrétiennes. Mais là ne se bornent pas nos obligations. Celui qu'anime la vraie charité fraternelle l'amour de la vérité, celui-là fera tout son possible pour que ceux qui sont dans l'erreur reconnaissent la vérité catholique. Il priera pour eux, il leur donnera l'exemple, il leur parlera aussi à l'occasion. Il n'y a en effet, qu'une seule Église oecuménique, c'est l'Église catholique fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ sur la « pierre » et à cette Église tous doivent revenir comme toutes les eaux éparses sur la terre reviennent à la mer d'où elles sortent. » (Lettre Pastorale du 21 novembre 1946.)
Il faut surtout dans l'oeuvre de renaissance spirituelle faire appel à l'Action Catholique:
Les tâches du ministère des âmes, aujourd'hui, et demain, ne pourront pas s'accomplir si, dans une mesure plus grande encore que dans le passé, les laïques ne mettent pas leur aide à la disposition de l'apostolat hiérarchique. Les expériences du ministère, dans les circonstances troublées et souvent inextricables de ces dernières années, •ont précisément démontré combien souvent le prêtre, malgré sa meilleure bonne volonté, est incapable d'accomplir son oeuvre sans la collaboration des laïques. Ce que Nous avons exposé en 1938, au Congrès de Magdebourg touchant l'Action Catholique est peut-être aujourd'hui encore plus approprié que jadis.
Durant ces cent dernières années un nombre imposant de catholiques laïcs ont manifesté une foi solide:
Nous désirons qu'un trésor vous soit pleinement légué comme héritage précieux du passé : l'esprit dont furent animés les meilleurs d'entre les vôtres, prêtres et laïques, qui, au cours de ces cent dernières années, ont lutté pour le triomphe de la cause catholique. Cet esprit puisait sa force dans une foi vive et vivifiante. Ces lutteurs surent joindre au combat la prière humble et constante. Ils aimaient le Christ et son Église. Une fidélité touchante les groupait autour du Chef suprême de l'Église, le Pape.
Parmi les éveques qui ont le plus contribué il y a un siècle à édifier l'Église catholique en Allemagne, il faut citer l'évêque de Mayence Guillaume-Emmanuel von Ketteler qui précisément, il y a cent ans présidait le premier Katholikentag.
Pour ne citer que le nom d'un seul parmi eux, lequel choisirions-Nous quand vous tenez vos assises à Mayence, si ce n'est celui de Wilhelm-Emmanuel von Ketteler? Lui, auprès du tombeau de qui Nous-même avons jadis prié avec un profond respect et une sincère émotion, a été un des initiateurs des Assemblées des catholiques allemands. Il se tenait au premier rang des défenseurs des droits de l'Église, au premier rang aussi des évêques. Il fut un digne successeur de Saint Boniface, votre grand apôtre qui, en ces jours, est sans doute en esprit au milieu de vous.
Mgr de Ketteler fut au premier rang des pionniers de la justice sociale et de la charité. De son regard prophétique, il prévoyait les problèmes que l'avenir allait poser. Et si les solutions qu'il préconisa ne furent pas toutes exemptes d'erreurs, il se montra véritablement grand dans son humble soumission à la vérité proclamée par l'Église infaillible, soumission qu'il fit avec une entière et joyeuse conviction. Et en cela aussi il vous donne un bel exemple. Que son esprit anime ceux qui, de nos jours, sont appelés à guider les catholiques allemands !
Le Pape en terminant fait appel au courage des catholiques allemands :
Acceptez les tâches que la situation difficile de la patrie vous pose ou que l'Église vous confie, avec une entière confiance en Dieu, même si, parfois, ces tâches vous semblent insolubles. Vous trouverez secours et force dans le nom du Seigneur, qui a créé le ciel et la terre. C'est à Dui que Nous vous confions, au Dieu éternel, au Père des pauvres, au Consolateur des humiliés, qui relève les affligés au coeur brisé. Nous vous recommandons à la Très Sainte Vierge et Mère de Dieu, dont les si nombreux sanctuaires en terre allemande proclament le profond esprit de foi de votre peuple. Nous vous recommandons à la glorieuse phalange des saints que votre patrie a donnée à l'Église et que l'Église a donnée à votre pays. Que la toute-puissance de Dieu et l'intercession de vos amis du ciel vous donnent la force d'âme pour ne pas vous décourager dans ces temps si difficiles qui, cependant, ne manquent pas de grandeur.
En formulant ces voeux de tout coeur, Nous vous donnons, à vous et à tout le peuple allemand, dans une affection paternelle inaltérable la Bénédiction Apostolique.
Au cours de sa XXXVIIe Conférence tenue à Rome, la Conférence de V Union Interparlementaire, groupant des membres de 32 Parlements a eu ses délégués reçus en audience à Castel-Gandolfo par le Souverain Pontife, et celui-ci prononça l'allocution suivante:
Agréez, Messieurs, l'expression de Notre bienveillante gratitude pour les sentiments de haute déférence qui vous ont inspiré la pensée de vous grouper à l'occasion de votre XXXVIIe Conférence, autour du Chef de l'Église catholique, à qui toutes les nations sont profondément chères et qui n'a pas de plus grand désir au coeur que de les voir, en cordiale union, sincèrement et efficacement travailler chacune au bien de tous.
Le Pape loue les buts de l'Union interparlementaire:
Qu'il Nous soit permis de proclamer devant vous Notre intime conviction d'une particulière sollicitude de la Providence divine à l'égard de votre Institution interparlementaire. Celle-ci, qui s'applique à mettre et maintenir en contact et en amicale collaboration les représentants officiels des nations les plus diverses, a pourtant, fait remarquable, survécu à la terrible épreuve de deux guerres mondiales, d'innombrables changements, de régimes politiques, et, loin de s'en laisser décourager elle a repris, aussitôt que possible, après chacune de ces crises, qui eussent pu être mortelles, son activité salutaire. Bien plus, et l'on serait tenté de dire que chacune de ces crises nationales et internationales n'a fait que souligner l'opportunité de votre Institution et que stimuler encore votre zèle. N'en doutez pas : votre louable et victorieuse obstination ne peut manquer d'atteindre, un jour ou l'autre — et Nous le souhaitons prochain — le haut idéal auquel vous visez et vers lequel vous montez énergiquement en dépit des obstacles et des difficultés.
D'objet de vos réunions est toujours du plus puissant intérêt pour la prospérité des peuples et marque avec netteté votre préoccupation de travailler, dans la mesure en votre pouvoir, par-dessus les frontières de territoires et de partis, à réaliser le bien auquel, selon votre programme, vous consacrez tous vos efforts.
Permettez-Nous d'exprimer, au sujet de ce programme, et des travaux de votre Conférence, deux considérations si étroitement liées entre elles qu'elles se conditionnent et s'entraînent l'une l'autre.
Les discussions entre pays divers permettent d'atteindre des objectifs concrets car les hommes qui en sont l'objet, sont partout fondamentalement les mêmes K
Da force de votre Institution s'appuie sur le fait de l'identité, sous toutes les latitudes, et dans tous les climats, de la nature de l'homme. Partout, le sens inné du droit se retrouve, invariable et indestructible en soi, mais susceptible d'être altéré par les passions.
Cependant chaque individu et chaque société a des droits propres; il faut aussi respecter ces derniers, tout en promouvant l'unité entre tous:
A vous de travailler ensemble à le maintenir intact, à le faire mûrir et éclore, en dépit de toutes les exigences de l'égoïsme régional ou national; de l'égoïsme, disons-Nous, et non des droits incontestables des nécessités réelles. Celles-ci, au contraire, le juste et impartial sens du droit doit les reconnaître expressément. Concilier ensemble ces intérêts particuliers, supposés tous également légitimes, est une tâche fort malaisée; elle n'est pas inabordable. On peut toujours finir par trouver la voie vers un accord entre les parties par quelque compromis supportable et même acceptable.
1. On trouvera la même pensée dans le Discours aux membres de l'Institut international pour l'Unification du droit privé (20 mai 1948), p. 192.
Les solutions vraies aux problèmes posés par la diversité des nations et des groupes, ne sont pas à chercher dans la force mais dans la libre discussion entre gens éclairés et de bonne volonté:
N'y aurait-il donc d'autre ressource que la guerre ou la contrainte de la force brutale pour répondre à ces nécessités particulières?
Aussi aurions-Nous eu plaisir à savoir, dans vos rangs, des représentants de toutes les nations. Du contact de vos idées auraient jailli plus spontanément et plus largement les étincelles — non point celles dont la déflagration allume et attise les conflits, — mais les étincelles doucement lumineuses qui font briller partout la clarté, dans le respect du droit des autres.
Une saine propagande doit diffuser les idées mises en avant par les délibérations de l'Union interparlementaire et contrecarrer efficacement les théories et slogans répandus par la propagande malsaine.
Puisse d'une manière spéciale, votre Institution, comme elle l'a certainement déjà fait, exercer sa bienfaisante influence sur la puissance, si souvent fâcheuse, de la propagande, pour lui faire dire, en chaque occurrence, la vérité, et la vérité intacte, inviolée. Ce serait là un grand progrès sur la route de la paix. Nous les connaissons bien hélas ! les obstacles qui s'opposent à cette idéale véracité. Toujours est-il que l'on peut, que l'on doit y tendre, avec effort, pas à pas. En tous cas, il faudrait bien que cesse l'intolérable situation d'une propagande de clocher qui, sans le moindre souci de la vérité, s'abaisse au rôle de servante aveuglément docile des égoïsmes de partis ou de nations.
Pie XII indique la mission échue à l'Union interparlementaire:
De ce double point de vue, votre Institut est à même de ... prêter un concours éminemment précieux à la cause de la paix, grâce à la mise en commun de toutes les possibilités internationales, qui, chez vous, s'unissent à la rectitude de la pensée juridique et au bon vouloir, grâce à une compréhension réciproque, loyale et bienveillante, grâce à l'étude amicale des controverses dans l'intention de découvrir les points d'accord qui permettraient de terminer les différends, grâce, enfin, à l'établissement de relations mutuelles qui, même dans l'opposition des idées, établissent cependant une atmosphère de
sympathie entre les adversaires, sympathie de caractère plus personnel, peut-être qu'objectif, mais, qui, néanmoins, facilite grandement la sérénité des échanges de vues et des discussions, en créant ce que l'on a appelé « le préjugé favorable », tout au moins à l'égard de la sincérité, de la droiture des intentions et de la bonne volonté.
Comment n'aurions-Nous pas à coeur le succès et le fruit de rencontres comme les vôtres, et c'est pourquoi, avec toute la ferveur de Notre prière, Nous appelons, Messieurs, sur vos travaux, sur vos personnes, sur vos patries respectives, l'abondance des lumières et des bénédictions divines.
L'Association italienne des Donneurs de sang tenant un Congrès à Rome fut reçue en audience par le Pape qui déclara :
Votre nom de « volontaires du sang » vous donne, chers Fils, déjà lui-même un titre spécial à Notre accueil paternel. Un titre spécial, car lorsque Nous jetons le regard sur votre groupe si nombreux, Nous voyons en esprit et adorons le souverain et divin Donneur de son sang, Jésus, Rédempteur, Sauveur, Vivificateur des hommes.
Modèle de toute charité, il est le vôtre d'une manière toute particulière. Sans doute, c'est une preuve admirable de générosité, d'amour, de dévouement, que de verser son sang dans la lutte pour une cause noble et sainte, et il est juste d'attribuer à ces héros la palme de la gloire. Mais donner son sang pour la santé d'inconnus ou même d'ingrats, qui oublieront peut-être ou ne chercheront même pas à connaître le nom et les traits du visage de leur sauveur; faire don de sa propre vigueur uniquement pour communiquer ou rendre à d'autres celle qu'ils ont perdue; ne rétablir ses forces épuisées que pour recommencer et renouveler le même don et le même sacrifice : telle est l'oeuvre à laquelle vous vous êtes généreusement voués.
N'est-ce pas là ce que d'une manière infiniment plus élevée, a fait et continue à faire Jésus? Il a versé son sang au cours de sa vie mortelle pendant la passion, jusqu'à la mort de la croix, jusqu'au transpercement de son coeur, d'où sortit la dernière goutte de son précieux sang. Entré dans sa gloire et dans son indéfectible bonheur, ce Jésus renouvelle sur l'autel l'offrande du même sang pour tous et pour chacun des hommes, ses frères. Oui, en cela, le Christ est pour vous un inspirateur et un excellent modèle. Mais il est plus encore.
Nous aimons à penser que tous, autant que vous êtes ici présents, donneurs bénévoles de votre sang, vous savez trouver dans le Christ plus qu'un exemple à imiter, plus qu'un idéal dont la beauté vous stimule et vous entraîne. Son action sur vous et en vous est infiniment plus profonde. Une philanthropie noble, mais purement humaine, ne vous satisfait pas, vous vous élevez aux hauteurs de la vraie charité chrétienne.
Aux malades, aux blessés, qui vous doivent leur guérison, vous n'administrez pas comme un remède quelconque les gouttes matérielles de votre sang. Et cela ne s'applique pas au moyen d'une simple potion, mais par une transfusion : et cette transfusion admirable fait passer de vous en eux, avec votre sang, avec votre vigueur, dont vous leur faites don, quelque chose de votre propre vie, qui vous confère, à leur égard, pour ainsi dire une sorte de paternité. Deur sang pourra bien ensuite se renouveler ; mais il sera toujours, en un certain sens, comme celui de leur père, qui continuera à couler dans leurs veines et à circuler sous l'action de leur coeur vivifié par vous, dans tout leur organisme.
N'est-ce pas là, peut-être, dans une réalité infiniment supérieure, ce que réalise le sang du Christ dans le chrétien? Et qui pourrait mieux le comprendre que vous, pour autant qu'il soit possible de comprendre un mystère aussi sublime? Par ce sang, nous avons été rachetés et sauvés ; dans ce sang, les taches de notre âme sont lavées; la voix de ce sang plaide pour nous devant le trône de la justice éternelle. Ces vérités, qu'enseigne la Sainte Écriture, remplissent d'admiration et de reconnaissance l'esprit et le coeur de celui qui les entrevoit et se plaît à les goûter dans la foi. Cela ne suffit pas encore à l'amour de Jésus. Dans la Sainte Eucharistie, nous recevons avec son corps tout son sang, et avec son sang sa vie et sa force. C'est ainsi que l'apôtre saint Paul pouvait s'écrier : « Je vis, oui, mais ce n'est plus seulement ma pauvre vie : le Christ vit en moi et je vis de lui. » (Cf. Ga 2,30.)
Comme votre sang dans les veines de ceux qui vous doivent la vie et la santé, ainsi le sang du Christ fait passer en vous cette participation à la vie divine que nous appelons grâce sanctifiante et qui nous fait devenir de vrais enfants de Dieu.
Si toutefois il en était parmi vous qui ne possèdent pas encore cette vie, pour ne l'avoir pas connue ou pour l'avoir perdue, ils peuvent en récompense de leur générosité, recevoir du grand Donneur de sang, Jésus-Christ, cette vie divine, qui germe ici-bas pour s'épanouir dans l'éternité. Et c'est pourquoi, en implorant pour eux cette grâce et pour vous tous une abondance toujours plus large des faveurs célestes, Nous vous donnons de tout coeur à vous et à tous ceux qui vous sont chers, la Bénédiction apostolique.
Le Saint-Père a reçu en audience les délègues du Congrès national de VAssociation italienne des Instituteurs catholiques 2.
1. D'après le texte italien de VOsservatore Romano du 12 septembre 1948.
2. D'autres discours ont été adressés par le Pape Pie XII aux instituteurs catholiques : le 4 novembre 1945 et le 8 septembre 1946.
Il Nous est particulièrement agréable, chers fils et filles, qu'à l'occasion de votre second congrès national, vous vous soyez rassemblés autour de Nous, Nous offrant ainsi l'opportunité de vous exprimer Notre satisfaction et Nos spéciales félicitations. Après votre premier grand congrès d'il y a trois ans, vous avez travaillé vraiment comme des braves, en ampleur comme l'attestent vos statistiques, mais aussi en profondeur avec une vive conscience de votre devoir envers le peuple et envers l'État, avec un sens catholique sûr et avec le courage nécessaire pour défendre les droits qui concernent la pensée et la conscience chrétienne dans le secteur de l'école.
Le Pape formule un jugement sur les nouvelles méthodes d'enseignement :
Vos discussions tournent autour de la mise au point de la nouvelle école du peuple. Ce n'est certainement pas Notre intention dans l'audience hélas ! trop brève d'aujourd'hui, d'entrer dans l'examen des techniques scolaires comme de la valeur pédagogique des différentes propositions qui ont été faites. Nous Nous bornerons donc à toucher quelques points de caractère plus général.
L'éducation doit viser à former tout l'homme :
Avant tout, Nous Nous réjouissons que les réformes scolaires en préparation et spécialement la structure organique de l'enseignement, de l'école maternelle à l'école supérieure, correspondent au premier but de votre association, celui en l'espèce d'instruire et d'éduquer toute la personne humaine, ses facultés intellectuelles non moins que sa volonté et ses instincts, le futur laborieux et honnête citoyen comme le chrétien fils de Dieu « participant de la vocation céleste. » (Hebr. III, i.)
L'école doit prévoir la collaboration avec la famille et l'Église:
En second lieu, la nouvelle école présente une large possibilité de bienfaisante et féconde collaboration entre la famille, l'Église et l'école.
L'école gardienne ou maternelle n'est qu'un pis aller, car c'est la mère qui doit éduquer, en tout premier lieu, à son propre foyer ses enfants surtout dans leur première enfance:
Quant à l'école maternelle. Nous estimons que l'enfant, au cours des années qui précèdent l'école primaire, devrait être laissé le plus possible aux soins de la mère.
Quand toutefois celle-ci n'est pas à même de veiller personnellement, en tout ou en partie, à l'éducation des fils, cas bien fréquents dans les conditions économiques et sociales d'aujourd'hui, l'école maternelle, avec ses méthodes appropriées, et le choix garanti du personnel enseignant, est appelée à remplacer ou à compléter le mieux possible l'oeuvre de la mère. Et ne serait-ce pas pour vous, chères filles, une exquise forme d'apostolat d'aider les mères à devenir et être les bonnes éducatrices de leurs enfants?
L'instituteur est le vrai éducateur; sans lui, les techniques scolaires sont sans valeur:
Finalement ne perdez pas de vue que même les meilleurs programmes servent de peu si le maître n'est pas à la hauteur de sa tâche et que, au contraire, même avec un système scolaire déficient et imparfait, un bon maître peut cependant obtenir de notables résultats. En lui « la conscience éthico-religieuse » est l'élément premier et indispensable mais, seule, ne suffit pas. Il s'agit qu'il ait en outre : savoir et capacité.
Par exemple, la vulgarisation des sciences et les productions de la technique — qu'on pense aux « films scolaires » — offrent aujourd'hui à l'école de grandes possibilités, mais seulement si le maître possède de larges connaissances et sait employer convenablement ces moyens. De là le besoin d'une « adéquate préparation culturelle ét professionnelle », en prenant soin toutefois en même temps que le futur maître ne perde pas l'amour de l'enfant et la volonté de se dédier avec ardeur au travail de l'école, travail apparemment modeste mais en réalité très noble par la fin très élevée à laquelle il sert.
Le développement des mouvements de jeunesse est le fruit d'une saine éducation reçue à l'école:
Au cours de ces semaines, ont afflué et affluent encore à Rome par centaines de mille les jeunes gens et les jeunes filles catholiques d'Italie 1. Une jeunesse en si dense multitude ne saurait tromper : elle se montre véritablement comme elle est. Vous l'avez vue, cette jeunesse — dans les églises, par les rues, au cours des visites aux monuments de la ville, dans les grandes assemblées, sur la Place Saint-Pierre — jeunesse pure, joyeuse, franche, ouverte, enthousiaste de toute chose, belle, grande et bonne, mais en même temps profondément pieuse et pleine de Dieu.
Ah bien ! cette jeunesse est passée par vos écoles, vous en avez été les coéducateurs, les coéducatrices; elle est votre gloire, votre consolation, votre stimulant.
Nous vous recommandons donc, chers fils et filles, en même temps que cette magnifique jeunesse au puissant patronage de la Mère de Dieu, tandis que, en gage de la force, de la grâce et de l'amour de Jésus-Christ, Nous vous accordons avec effusion de coeur, Notre Bénédiction Apostolique.
1. En septembre 1948, des centaines de milliers de jeunes gens et de jeunes filles, membres des Associations de jeunesse catholique s'étaient réunis à Rome en Congrès. (Cf. Discours aux jeunes filles de l'Action Catholique italienne, 5 septembre 1948, p. 291. Discours aux jeunes gens de l'Action Catholique italienne, 12 septembre 1948, p. 314).
1. D'après le texte italien des A. A. S. XL, 1948, p. 409; traduction française dans La Documentation Catholique, t. XLV, col. 1413.
2. Il prononçait à cette occasion une allocution (cf. p. 291)
3. Ovide, Trist. i, 9, 6.
Le dimanche 5 septembre, Pie XII accueillait sur la Place Saint-Pierre 200.000 jeunes filles de l'Action catholique italienne 2; le dimanche suivant, il s'adressait à 250.000 jeunes gens catholiques réunis sur la même place.
1. L'Association catholique des jeunes gens italiens fut fondée en 1868 à Bologne par deux jeunes gens : Pani et Acquaderni; Pie IX, dès cette année, approuvait cette association qui, quatre-vingts ans plus tard, comptait 500.000 membres groupés en 13.000 sections locales.
2. Sous le régime fasciste, en 1931, plusieurs membres de l'Action Catholique furent malmenés, certains même blessés. Pie XI disait : « Que de brutalités et de violences allant jusqu'aux coups et jusqu'au sang, » dans son Encyclique : Non Abbiamo Bisogno (29 juin 1931) en protestant contre la campagne menée par des « membres du parti fasciste (en uniforme) » contre l'Action Catholique. Au cours de la campagne électorale des premiers mois de 1948, des militants d'Action Catholique furent également blessés et assassinés.
C'est une joie pour Nous de voir le ciel éclairer de son doux et gracieux sourire votre immense multitude. Ce sourire se reflète dans vos yeux, où s'allume une flamme de légitime contentement et de ferveur juvénile. Sous d'épais nuages, sous la pluie battante, a-t-il été moins beau et moins brillant, le spectacle que nous ont offert dimanche dernier, vos soeurs de la Jeunesse féminine? Tandis qu'à l'apparition du premier nuage, les fanfaronnades superficielles et éphémères s'arrêtent et cessent tout d'un coup, que les troupes se dispersent et que le ciel reste seul, ainsi que le chantait le poète latin : « Tempora si fuerint nubila solus eris »3 (si le ciel vient à se couvrir de nuages, tu seras seul), ces braves filles, ah! non, ne cédèrent pas : elles restèrent là immobiles, imperturbables, — quelques-unes même agenouillées sur le pavé humide de la place — écoutant la voix du Père commun et répondant avec un tel enthousiasme spontané, que Notre discours se transforma, vers la fin, en un dialogue de foi. Nous ne doutons aucunement que, vous aussi, en pareille occurence, vous Nous eussiez présenté le même spectacle. Il a été donné à vos soeurs de Nous l'offrir réellement. A elles, honneur, joie, bénédiction !
De grand coeur, donc, Nous vous saluons, chers jeunes gens d'Action catholique italienne, en ce quatre-vingtième anniversaire de votre Association ». De vos rangs, auxquels se sont jointes de nombreuses représentations de beaucoup d'autres pays, monte un cri puissant, lequel se propage à travers le monde, par terre et par mer, par monts et par vaux, comme un serment qui s'élève vers le ciel : Nous proclamerons publiquement que nous sommes la Jeunesse catholique. C'est la manifestation d'une volonté forte, d'une résolution irrévocable : nous voulons réaliser dans notre propre vie la foi catholique; nous voulons que soit conservée à notre patrie sa civilisation chrétienne.
Vous avez déjà donné, en ces dernières années, des preuves réitérées du sérieux et de la fermeté de votre profession de foi et de votre volonté 2. Nous vous en savons gré; vous êtes Notre joie et Notre gloire. Nous ne pouvons que vous confirmer dans vos saintes résolutions en rappelant à votre esprit les paroles de l'apôtre Jean : « Da victoire qui a vaincu le monde c'est notre foi. » (Jn 5,4)
Les jeunes gens d'Action Catholique doivent se présenter au monde comme des victorieux:
1. En effet, ils doivent vaincre l'athéisme.
Or, aujourd'hui, c'est tout l'ensemble de la foi chrétienne qui est nié par les athées.
Triple doit être cette victoire :
Elle doit être une victoire sur la négation de Dieu, afin de l'éliminer du monde.
Dans les controverses religieuses de notre temps, il ne s'agit plus comme dans le passé, de l'une ou de l'autre vérité de la foi, de l'un ou de l'autre article du Credo catholique. On attaque aujourd'hui et on vise les bases fondamentales de la religion : l'Église, le Christ, Homme-Dieu, Dieu lui-même.
Et cependant le progrès des sciences atteste visiblement pour tous la puissance de Dieu se révélant de plus en plus, au fur et à mesure que les savants pénètrent les secrets de la matière:
Il peut sembler incompréhensible et absurde qu'il en soit ainsi. En effet, a-t-on jamais connu, jusqu'à présent, une époque où la présence de Dieu se soit manifestée à la raison humaine aussi efficacement — Nous allions dire : si visiblement — comme dans le présent? Les sciences naturelles ont fait des progrès surprenants et chacune de leurs découvertes incite l'homme à s'écrier : « Ici est la main du Créateur. »
La connaissance croissante du système périodique des éléments chimiques, la découverte des irradiations corpusculaires des éléments radioactifs, nos connaissances concernant les rayons cosmiques et la déperdition de l'énergie libre de l'atome dans la sphère électronique et dans le noyau; tout cela, et bien d'autres choses encore, montre avec une clarté difficilement surpassable la mutabilité du cosmos, de l'univers comme tel jusqu'aux entités subatomiques du noyau atomique. Le monde est marqué du signe de la mutabilité, de l'origine et de la fin dans le temps, et il proclame d'une voix puissante et irrésistible un Créateur, complètement distinct du monde lui-même et, par sa nature intime, immuable. Nous n'avons donc pas été surpris en Usant que récemment, un très grand savant non catholique, Max Planck, peu avant de mourir, avait déclaré que le monde physique l'amenait à reconnaître l'existence d'un Dieu personnel1.
1. Max Planck (1858-1947) physicien allemand, créateur de la physique moderne. Prix Nobel et bien que non-catholique était membre, depuis 1936, de l'Académie Pontificale des Sciences.
Le Saint-Père cite encore Max Planck dans son Discours à l'Académie Pontificale des Sciences du 8 février 1948, (cf. p. 59).
Il est tout aussi visible, qu'au milieu du chaos général, et des révolutions l'Eglise seule demeure intangible:
Y eut-il jamais un temps où l'Église catholique soit apparue comme maintenant, un « signum levatum in nationes » ? (un signe levé parmi les nations) (Is 11,12), Nous sommes aujourd'hui témoins de formidables bouleversements, peut-être encore plus graves que la chute de l'Empire Romain. Les puissances politiques ont radicalement changé au sein des peuples et entre les peuples; un grand nombre d'anciennes dynasties ont disparu l'une après l'autre; des dictateurs, qui avaient rêvé d'une domination sur le monde pour un millénaire, ont été renversés; des continents entiers se trouvent à leur déclin ou sont en train de s'élever; les organisations sociales subissent de profondes modifications. Mais une institution demeure ferme, toujours égale à elle-même et cependant toujours nouvelle et adaptée aux réalités de chaque temps : l'Eglise du Christ, avec la force de la vérité et de la grâce, dont elle est dépositaire, annonciatrice et dispensatrice, avec la fermeté de la foi et la constance d'âme de ses fils.
La jeunesse catholique doit donc opposer victorieusement aux attaques de V athéisme la fermeté de sa foi :
Jeunes gens catholiques, vous voulez être vraiment et pleinement tels. A l'irréligion et à l'incrédulité, qui vous entourent, opposez vous, votre foi ferme, vivante et agissante.
Cette foi doit être lumineuse:
Ferme et lumineuse, votre foi, ne peut l'être que si vous la connaissez, non d'une façon superficielle et confuse, mais clairement et intimement.
Cette foi doit être vivante, c'est-à-dire se manifester quotidiennement dans la vie:
Vivante, elle le sera, si vous vivez selon ses maximes et si vous observez les commandements de Dieu. De jeune homme qui sanctifie les fêtes, en affrontant n'importe quelle difficulté et n'importe quelle fatigue, qui s'approche souvent de la Table du Seigneur, qui est véridique et loyal, prêt à secourir les besogneux, qui respecte la jeune fille et la femme et a la force de fermer ses yeux et son coeur à tout ce qui est impur dans les livres, dans les images, dans les « films », prouve qu'il a une foi vivante.
Cette foi doit être agissante:
Et notez bien que si elle n'est pas vivante, la foi n'est pas non plus agissante. Si d'autres se donnent tant de mal pour les entreprises du malin, combien plus grand devra être votre zèle pour la cause de Dieu, du Christ, de l'Église !
2° Les jeunes doivent vaincre l'emprise de la matière:
Elle doit être une victoire sur la matière, pour la concilier avec l'esprit.
Devant les progrès de la technique, il faut affirmer bien haut les valeurs spirituelles :
Notre époque est appelée communément le « siècle de la technique ». Avec le progrès des sciences naturelles, la technique, destinée à l'application et à l'emploi des forces de la nature, ne vise qu'à maîtriser toujours plus l'espace et le temps, et à rendre ses conquêtes dans chaque direction toujours plus puissante. Rien d'étonnant donc si trop souvent elle éblouit spécialement les yeux de la jeunesse, laquelle entièrement subjuguée par sa fascination, court le danger de perdre la vue et le sentiment de ce qui est spirituel, suprasensible et intérieur, de ce qui est religieux, surnaturel et éternel.
Cependant, les hommes du siècle de la technique ont précisément besoin plus que jamais des forces protectrices et équilibrantes de la religion. Considérez le feu. Freiné et guidé, c'est un bienfait, une aide indispensable pour l'homme. Mais une fois échappé à sa domination, transformé en un incendie dévastateur, il porte la destruction et la mort dans les villes et les, campagnes. Il faut en dire autant de la technique. Don de Dieu par sa nature, la technique moderne et toute puissante devient entre les mains d'hommes violents, de partis dominants par la brutalité de la force, d'États omnipotents et oppresseurs, un terrible instrument d'injustice, d'esclavage, de cruauté, et accroît dans les guerres modernes, jusqu'à un degré intolérable, les douleurs et les tourments des peuples. Maintenue, au contraire, et dirigée par une société humaine qui craint Dieu, qui observe ses préceptes et qui estime les choses spirituelles, immortelles et éternelles incomparablement plus que les choses matérielles, la technique peut procurer les bienfaits que, suivant les desseins du Créateur, on doit attendre d'elle.
Les jeunes doivent être dans la société de demain les témoins de l'esprit :
Écoutez donc, chers fils, le cri qui de toutes parts, est adressé aux jeunes générations : il vous appartient d'apporter la vie où vous entrez dans l'État que vous devez contribuer à former, d'une telle énergie de vraie foi religieuse, que l'échelle des valeurs, établie par Dieu Créateur et Rédempteur, selon laquelle la matière ne domine pas, mais sert, soit consciencieusement observée et que la technique soit subordonnée, suivant la volonté divine, à la dignité et à la liberté, à la paix et au bonheur terrestre et, surtout, éternel des hommes.
30 Les jeunes doivent vaincre les injustices sociales:
Elle doit être une victoire sur les misères sociales, afin de les surmonter par la force de la justice et de l'amour.
En effet, c'est far l'exercice des vertus morales qu'on parviendra à redresser la situation sociale d'aujourd'hui :
Da question sociale est indubitablement aussi une question économique; mais c'est bien plus une question concernant l'ordonnance de la société humaine et, dans son sens plus profond, une question morale et partant religieuse. Comme telle elle se résume ainsi : les hommes possèdent-ils — depuis le simple particulier constituant le peuple jusqu'à la communauté des peuples — la force morale de créer des conditions publiques telles que dans la vie sociale aucun individu et aucun peuple ne soient un objet privé de tout droit et exposé à l'exploitation d'autrui, mais plutôt que tous soient aussi des sujets, participant légitimement à la formation de l'ordre social, et que tous suivant leur art et leur profession, puissent vivre tranquilles et heureux, avec des moyens d'existence suffisants, efficacement protégés contre les violences d'une économie égoïste, dans une liberté circonscrite par le bien général et dans une dignité humaine que chacun respecte dans les autres comme en lui-même?
Les jeunes puiseront cette force morale régénératrice de l'ordre social dans leur foi:
D'humanité sera-t-elle à même d'engendrer et de posséder la force morale capable de réaliser un tel ordre social? De toute façon, une chose est certaine : cette force ne peut être puisée qu'à une source : la foi catholique, vécue jusque dans ses dernières conséquences et alimentée par les torrents surnaturels de la grâce, que le divin Rédempteur au moyen de la foi elle-même, accorde à l'humanité. Seule une génération qui croit ainsi peut donner à la famille la paix tant désirée. Que ce soit votre gloire, jeunes gens catholiques !
Le Saint-Père invite les militants d'Action Catholique à triompher is ces trois domaines des forces du mal:
Vous avez devant les yeux, chers fils, trois grandes tâches et obligations du catholique à l'heure présente :
Pour être victorieux, il y a plusieurs conditions à réaliser :
a) s'unir intimement au Christ :
Vous n'accomplirez ces devoirs, même s'ils concernent la vie terrestre, que si vous êtes des hommes à l'esprit surnaturel, pour lesquels l'union avec le Christ, la résurrection glorieuse et la vie éternelle valent plus que toutes les choses humaines. Le monde catholique contient en soi une source inépuisable de prospérité et de bien, même dans le domaine de la vie terrestre, précisément parce qu'il place l'éternel au-dessus du temporel. S'il n'en était plus ainsi, sa force resterait éteinte.
b) prier pour obtenir la victoire:
Vous ne remplirez ces devoirs qu'à la condition de prier. En effet, par la prière seulement, vous êtes à même de rester fermes dans la foi et d'agir selon la foi dans toutes les circonstances de la vie. Seule, une milice d'âmes en prière peut, dans la lutte sévère entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal, entre l'affirmation et la négation de Dieu, obtenir la victoire; seule une milice d'âmes en prière peut donner la paix sociale.
c) développer en soi et répandre autour de soi l'amour:
Vous ne serez capables d'accomplir ces tâches que moyennant un grand amour. Faites front contre la haine, la haine nationale, la haine de classe. La haine ne peut que détruire. L'amour édifie. Contre les forces de la patience et de l'amour, qui jaillissent de la foi du Christ et de l'amour pour Lui, l'irréligion, le brutal égoïsme et la haine de classe devront finalement se briser.
d) demeurer fermement attaché aux données immuables de la foi:
En nos temps, l'humanité a entendu le message du « bouleversement de toutes les valeurs » (Umwertung aller Werte). Ce message a été amplement réalisé dans le domaine des valeurs purement terrestres. Mais pas plus. Précisément en ces années de bouleversements économiques et sociaux, les valeurs religieuses et éternelles ont démontré puissamment leur indestructibilité absolue : Dieu et sa loi naturelle; le Christ et son règne de vérité et de grâce; la famille chrétienne toujours la même est toujours l'épine dorsale et la mesure de tout ordre économique et public; la douce et sûre espérance de l'au-delà, de la résurrection et de la vie éternelle.
C'est ainsi que les jeunes, après avoir lutté péniblement recevront la palme des victorieux:
Vous connaissez, chers Fils, les mystérieux cavaliers de l'Apocalypse. De second, le troisième et le quatrième sont la guerre, la famine et la mort. Qui est le premier cavalier sur un blanc coursier? « Celui qui le montait avait un arc, on lui donna une couronne et il partit en vainqueur » (Apoc. VI, 2). C'est Jésus-Christ. D'Évangéliste-Prophète ne contemple pas seulement les ruines occasionnées par le péché, la guerre, la famine et la mort; il voit aussi en premier lieu la victoire du Christ. Et, de fait, le chemin de l'Église à travers les siècles est bien une via crucis, un chemin de croix, mais aussi en même temps une marche triomphale. D'Église du Christ, les hommes de la foi et de l'amour chrétiens sont toujours ceux qui ont apporté à l'humanité sans espérance la lumière, la rédemption et la paix : Jésus Christus heri et hodie, Ipse et in saecula; (Hebr. XIII, 8).
De Christ est votre guide, de victoire en victoire, suivez-le. Et afin de lui rester toujours fidèles, Nous vous donnons à vous et à toute la Jeunesse Catholique d'Italie et du monde avec effusion de coeur, Notre paternelle Bénédiction apostolique.
Général de la Compagnie de Jésus A PROPOS DE L'APOSTOLAT DE LA PRIÈRE (19 septembre 1948.) 1
En septembre 1948, s'est tenu à Rome un congrès international des directeurs de l'Apostolat de la Prière et des aumôniers nationaux de la Croisade Eucharistique venus de tous les pays du monde.
Fondé, il y a plus de cent ans par le P. Ramière S. J., l'Apostolat de la Prière est maintenant répandu dans le monde entier. Plus qu'une organisation, une « oeuvre », il entend être un « esprit », esprit d'apostolat et de prière. Il veut promouvoir la gloire de Dieu et le salut des âmes, « édifier le Corps mystique du Christ », (P. Ramière), avant tout par la prière apostolique, et l'offrande quotidienne au Sacré Coeur « par le Coeur immaculé de Marie, des prières, des oeuvres des souffrances et des joies de la journée », par la communion réparatrice mensuelle et par l'action apostolique de ses membres. Ses périodiques les « Messagers du Sacré-Coeur » entretiennent cet esprit.
Au cours du congrès, le Saint-Père a reçu en audience tous les directeurs et leur a adressé une lettre des plus encourageantes qu'il a adressée au R.-P. Jean-Baptiste Janssens, Général de la Compagnie de Jésus, Directeur Général de l'Apostolat de la Prière.
Le Pape se réjouit de voir tant de promoteurs de l'Apostolat de la Prière qui s'efforcent dans le monde entier, par la presse, le cinéma et la radio, de développer la dévotion au Sacré-Coeur et de former des chrétiens parfaits :
Notre joie est grande de voir que soient venus à Rome « de toute nation, de tout peuple et de toute langue » (Apoc. VII, 9) un si grand nombre de Promoteurs de l'Apostolat de la Prière, dont Vous êtes le digne Modérateur afin de mettre en commun leurs réflexions et leur longue expérience et d'apporter aux besoins de notre temps un secours particulièrement vigoureux. Nous n'ignorons pas en effet avec quel zèle votre association, ouverte à tous et accessible à tous, contribue à développer la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. Non seulement par les Messagers du Sacré-Coeur, imprimés en près de 40 langues, et par d'innombrables autres publications, mais aussi par les moyens les plus modernes, le cinéma et la radio, vous vous efforcez de former dans le monde entier des chrétiens qui se montrent vraiment les membres vivants de cette Église à qui Notre-Seigneur lui-même a dit : « Allez, enseignez toutes les nations. » (Mt 27,19).
En effet, l'Apostolat de la Prière ne se borne pas à la récitation de quelques prières, mais, procurant la sainteté personnelle de ses membres, il développe par le fait même leur esprit apostolique. La dévotion au Sacré Coeur dont l'Apostolat de la Prière est une forme parfaite, réalise l'union des fidèles et les pousse au don total à Dieu et aux hommes. C'est d'ailleurs la devise de l'association: Adveniat Regnum Tuum:
Cet Apostolat en effet, loin de se borner à la récitation de certaines prières, vise essentiellement à développer en ses membres une vie chrétienne parfaite; car aucun chrétien digne de ce nom, inséré qu'il est par son baptême dans le Corps mystique du Christ, ne saurait se sanctifier lui-même sans prendre soin du salut éternel d'autrui, et oublier que « le Seigneur a donné à chacun un commandement à l'égard de son prochain (Cf. Si 17,12). Or, s'il est vrai que l'union des fidèles entre eux et avec le Christ est parfaitement réalisée par la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, — à ce point que l'Apostolat de la Prière peut s'appeler une forme parfaite de la dévotion au Sacré-Coeur, comme à son tour la dévotion au Sacré-Coeur est essentielle à l'Apostolat de la Prière —, si de plus le propre de cette dévotion est de pousser à l'amour de Dieu et des hommes jusqu'au don total de soi, c'est à bon droit que votre association a pris pour devise la parole de l'oraison dominicale : « Adveniat regnum tuum — Que votre règne arrive ».
Le Saint Père énumère les principaux moyens de formation répandus jusque dans les pays de néophytes:
Par l'offrande quotidienne qui, si elle est bien comprise, est une véritable consécration au Coeur de Jésus, par la consécration des familles et des sociétés qui en est le complément moral; par le culte au Coeur Immaculé de Marie, qui prend de jour en jour un développement merveilleux; par une fréquentation plus grande de la communion eucharistique; par un amour fervent pour le Vicaire du Christ; par les intentions particulières proposées chaque mois aux associés et par ce qu'on appelle « l'Horloge des Messes », l'Apostolat de la Prière forme la masse et l'élite des fidèles à la vie chrétienne, à la piété, à la ferveur active, et cela, non seulement dans les pays depuis longtemps chrétiens, mais dans les régions récemment soumises au joug suave du Christ.
Aussi désire-t-il voir tous les chrétiens et non seulement 35.000.000 comme maintenant, donner leur nom à l'Apostolat de la Prière:
C'est pourquoi, comme l'avait fait Notre Prédécesseur d'heureuse mémoire Pie XI, Nous avons, Nous aussi, affirmé hautement et très volontiers Nous déclarons à nouveau que Nous verrions avec le plus grand plaisir tous les chrétiens sans exception donner leur nom à l'Apostolat de la Prière, de • manière à lui faire dépasser, et le plus qu'il sera possible, les 35 millions de membres qu'il compte aujourd'hui.
Il n'y a pas de danger de concurrence pour les autres oeuvres, car les fondateurs de l'association voulurent moins fonder une oeuvre nouvelle que communiquer un esprit. Vrais précurseurs, ils ont constitué un corps de doctrine destiné à soutenir la vie intérieure et apostolique. Comme s'ils prévoyaient une certaine « hérésie de l'action », ils ont voulu donner le premier rôle à la vie intérieure:
Cela ne peut donner à qui que ce soit l'impression que l'Apostolat de la Prière entre ainsi dans les moissons d'autrui, étant donné que les hommes, qui, inspirés de Dieu, en posèrent les fondements ont clairement proclamé que leur intention n'était pas de créer une oeuvre nouvelle là oh il en existait déjà, mais de communiquer aux autres associations, sans aucunement troubler leur constitution, le feu de l'amour divin et le zèle apostolique. Bien avant que les associations de laïques destinées à promouvoir le règne du Christ aient pris les heureux développements dont Nous Nous réjouissons, ces hommes avaient déjà constitué un solide corps de doctrine destiné à soutenir la vie intérieure et les entreprises des apôtres; bien plus, comme s'ils pressentaient les dangers de cette vie active que Nous avons signalés en parlant de 1'« hérésie de l'action », tout en louant et développant le zèle pour l'extension du Règne du Christ, ils ont voulu toutefois que le premier rôle fût accordé à la vie intérieure, sachant fort bien que celle-ci importait infiniment plus que tous les moyens humains dans la conquête des âmes à Dieu.
Aussi, puiser à cette source ne peut qu'unir toutes les associations chrétiennes, assurer des fruits plus abondants à leurs travaux, leur donner la paix du Christ dans la joie :
C'est pourquoi, comme Nous en avons fait la remarque en commémorant le centenaire de la fondation de l'Apostolat de la Prière, plus largement toutes les associations chrétiennes, celles surtout de l'Action catholique, puiseront à cette source surabondante « qui jaillit pour la vie éternelle » plus étroitement elles seront par le lien de la charité, « qui est le lien parfait, » unies avec le Christ et unies entre elles; par cette union des esprits et ce concours des efforts, elles assureront des fruits plus abondants à leurs travaux, et, ce qui est l'essentiel, elles obtiendront que la paix du Christ, dans laquelle tous ont été appelés à former un seul corps, règne joyeusement dans le coeur de tous (Cf. Col 3,14).
Certains mouvements sont nés de VApostolat de la Prière ou s'y sont unis: la Croisade Eucharistique et les Ligues du Sacré Coeur:
Au cours des temps, et selon les circonstances, certaines associations ou bien sont nées de l'Apostolat de la Prière lui-même, ou bien se sont unies à lui; ces mouvements, tout en adoptant les pratiques de l'Apostolat de la Prière se sont dressé tout un programme de formation et d'action. Telles sont la Croisade Eucharistique et les Digues du Sacré-Coeur.
La Croisade Eucharistique « école ou noviciat de l'Action Catholique >¦ (Pie XI), a conduit à la communion fréquente une foule d'enfants et leur inculque l'esprit apostolique de prière et de sacrifice:
Da Croisade Eucharistique s'est surtout développée parmi la jeunesse dans le monde entier. Elle a conduit à la communion fréquente et même quotidienne une foule innombrable de ces jeunes que Jésus aimait. Par la vie de prière et de sacrifice elle les a formés à leur mission d'apôtres, donnant à beaucoup le désir de se consacrer entièrement au service de Dieu.
C'est pourquoi Notre Prédécesseur Pie XI, appelait la Croisade Eucharistique « l'école ou le noviciat de l'Action catholique ». Aussi voyons-nous avec plaisir que la Croisade s'est adaptée et étendue avec succès aux plus avancés, et que, sous des noms divers, elle veut leur donner une formation plus poussée et plus profonde à l'école du Christ.
Les Ligues du Sacré Coeur (florissantes surtout au Canada français et en Belgique) groupent les hommes seuls et les amènent à une communion mensuelle collective. Ce bel exemple et les campagnes des Ligues (p. ex. pour le retour à la tempérance ou, en Belgique, pour le redressement de la conscience) remuent villes et campagnes. Rien d'étonnant que certains êvêques aient déclaré les Ligues, troupes d'élite de l'Action Catholique. Elles sont parfaitement qualifiées pour remplir cette fonction :
Il faut de même citer à l'honneur les « Digues du Sacré-Coeur », que l'on nomme aussi « Ligues de Persévérance », lesquelles enrôlent des hommes et des jeunes ayant souvent fait les Exercices Spirituels. Avant tout ces Ligues veulent rassembler hommes et jeunes gens pour les amener à s'approcher au moins une fois par mois tous ensemble à la Table Sainte. Combien dans les campagnes ou dans les villes ont été remués par ces beaux exemples de vie chrétienne et se sont sentis doucement entraînés à une vie meilleure ! Combien de membres de ces Ligues toutes pacifiques ont pris part aux campagnes pour le redressement de la conscience ou pour le retour à la tempérance ou pour d'autres fins analogues attestant ainsi la haute valeur apostolique de leurs Ligues mobilisées pour la défense de l'autel et du foyer sous l'étendard du Sacré-Coeur. Rien d'étonnant par conséquent que pour tant de services rendus au catholicisme, gages assurés de plus grands fruits pour l'avenir, les Evêques aient, en de nombreux diocèses, déclaré les « Ligues du Sacré-Coeur » troupes d'élite de l'Action catholique; elles sont, en effet, parfaitement qualifiées et formées pour remplir cette fonction.
Malgré leurs origines récentes, il faut signaler l'admirable extension des programmes de radio: plus de 600 stations (surtout aux États-Unis) stimulent l'exercice d'une vie chrétienne fervente:
Nous voulons aussi mentionner cette admirable extension de vos programmes de radio. Malgré leur origine récente, voilà que par plus de six cents stations, par des émissions en plusieurs
t langues, elles atteignent quinze millions d'auditeurs et jettent en eux comme des étincelles de vertus et d'amour de Dieu. Elles peuvent ainsi, soit au foyer, soit dans la vie publique, et même jusque dans les organismes officiels, non seulement fortifier le désir mais encore stimuler l'exercice d'une vie chrétienne fervente.
Le Pape félicite donc les promoteurs de l'Apostolat de la Prière et accorde la bénédiction apostolique:
Nous félicitons donc les Promoteurs de l'Apostolat de la Prière de tous ces titres qu'ils se sont acquis à la reconnaissance de l'Église, et nous demandons à Dieu d'accorder à leurs entreprises la consolation de fruits toujours abondants. Et à vous-même, cher Fils, à vos collaborateurs, à tous les membres de l'Apostolat de la Prière, et aux groupes qui lui sont unis par une même origine ou une même charité, nous accordons de tout coeur, comme gage des bienfaits divins, la Bénédiction Apostolique.
1. D'après le texte français de VOsservatore Romano du 22 septembre r 948.
Un millier de routiers — c'est-à-dire les membres du mouvement Scout âgés de plus de 17 ans — de différents pays, ont été reçus en audience à Castel-Gandolfo. Le Saint Père leur dit:
Dès que vous avez entendu, très chers fils, « l'appel de la route », vous y avez reconnu la voix de Celui, qui, s'est Lui-même appelé « la route, la vérité, la vie » (Jn 14,6.) et vous avez compris son appel: « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il prenne sur Lui la Croix, qu'il la porte au jour le jour et qu'il me suive » (Lc 9,23) ! C'est dans cet esprit que vous avez voulu achever votre présent pèlerinage par le « chemin de Croix » qui, du Colisée, vous a conduits jusqu'à Nous.
Mais vous avez compris aussi que la route conduit au terme et que le Christ, qui s'est fait votre guide et votre compagnon tout le long du chemin, en est aussi le but, puisque vous n'en sauriez avoir d'autre que la vérité et la vie. Suivez-le, et par la « voie royale de la Croix, il vous introduira dans le royaume de son Père, qui est justice et paix et joie dans l'Esprit Saint ». (Rom. XIV, 17). Forts de cette lumière, de cette joie, de cette vie, marchez d'un pas ferme et alerte! Et Nous, suppliant Dieu de ne laisser aucun de vous ralentir sa course ou dévier de l'unique voie, Nous vous donnons de tout coeur Notre Bénédiction Apostolique.
Les participants au LXe Congrès national du Club alpin italien ont été reçus à Castel-Gandolfo et le Pape leur a adressé la parole :
Un sentiment de pieuse déférence vous a inspiré le désir de recevoir à l'occasion de votre DXe Congrès national Notre bénédiction et Notre encouragement. Quelle parole pourrions-Nous vous dire plus appropriée à votre qualité d'alpiniste que cette simple recommandation : soyez dociles à la leçon de la montagne? C'est une leçon d'élévation spirituelle, une leçon d'énergie plus morale que physique. Notre intrépide prédécesseur, Pie XI, avait coutume, en évoquant son passé d'alpiniste, de l'exprimer en ce double aspect : l'attraction irrésistible des hauteurs, l'attraction sainement exaltante de la difficulté à vaincre.
L'homme commun aime se sentir les pieds sur la terre; vous, au contraire, vous aspirez à monter toujours plus haut. A force de muscles, c'est vrai, mais cette passion de l'altitude est, au fond de votre coeur, la résonance d'un besoin d'élévation de l'esprit, du coeur, de l'âme. Pourquoi vouloir monter? Pourquoi toujours vouloir monter?
Avant tout pour voir plus large en regardant d'une position élevée. Vous ne voulez pas être comme ceux que « les arbres empêchent de voir la forêt ». Au fur et à mesure que vous montez, votre regard s'élargit, le panorama découvre sa splendeur grandiose, les détails prennent leur place dans l'ensemble du cadre et se profilent plus nettement; l'enchevêtrement des lignes, des collines et des gorges, des torrents et des fleuves, se résout dans l'unité et l'harmonie. De même se résolvent aussi en unité et harmonie les apparentes incohérences des vicissitudes de la vie pour qui contemple d'un regard plus large et d'un point de vue plus élevé l'action de la Providence divine dans le monde.
Excelsior ! Plus haut ! Si le ciel est clair, il illumine la terre sous vos yeux; si le brouillard couvre la plaine et l'enveloppe d'ombre creuse, vous, au contraire, êtes dans la lumière avec la mer des nuages blancs à vos pieds, dorés des reflets d'en haut; de même à qui regarde vers le ciel, vers Dieu les peines et les fatigues de cette terre laissent voir au-dessus l'azur de l'inaltérable espérance chrétienne, pendant que les mêmes inquiétudes et angoisses sont transfigurées par les rayons qui descendent du Soleil éternel.
Plus haut ! Des rumeurs confuses, discordantes des vaines disputes, des futilités d'ici-bas, des conflits d'amour-propre et des intérêts mesquins s'éteignent sur la montagne dans le silence majestueux qu'accompagnent sans le troubler les murmures discrets ou les bourdonnements solennels de la nature; et quand l'écho répercute de cime en cime la voix du tonnerre, des cascades ou des avalanches, le coeur tout plein d'inquiétude ou d'émoi, se trouve néanmoins plus à son aise entre les mains puissantes du Père céleste qu'au milieu des vides ou malicieux bavardages des hommes. Heureux celui qui, dominant l'agitation du monde qui l'entoure, sait goûter dans le silence et le recueillement la paix de Dieu !
Plus haut ! Dans l'atmosphère fine et légère, l'air pénètre jusqu'aux méandres les plus profonds des alvéoles pulmonaires, qui peuvent plus aisément se purifier des miasmes de l'air alourdi; le coeur bat plus vigoureusement et produit une circulation du sang plus vivace, portant dans tout l'organisme une vie plus intense et plus forte.
Cependant, il arrive un moment oû la montagne semble devenir hostile; elle semble alors vouloir se garder ou se venger des téméraires qui s'obstinent à violer sa vierge solitude; elle ne leur offre plus rien, elle se refuse à eux; bien plus elle les frappe parfois durement.
Qui ne connaît le dramatique assaut plusieurs fois renouvelé par de courageux ascensionnistes contre le formidable Everest de l'Himalaya? Ni les grandes souffrances, ni l'incessant péril, ni la fatigue, ni le souvenir des tombés n'ont pu fléchir leur volonté de recommencer encore.
S'il est vrai qu'ils espèrent, en arrachant à l'altitude ses secrets, aider la science et l'humanité, on doit cependant reconnaître qu'il y a une autre force pour les stimuler. Ils se sentent mus par une poussée intérieure, par une mystérieuse volupté de lutter à tout prix contre les difficultés de surmonter les obstacles.
Guidée, non entravée, par la raison (et non par une folle témérité) cette tendance est un aspect de la vertu de force qui, comme l'enseigne le Docteur Angélique, met la raison même au-dessus de l'abattement occasionné par la douleur physique : « facit virtus fortitudinis ut ratio non absorbeatur a corporalibus doloribus. » (S. Th., II-II 123,8 in corp.).
Devant donc avec le Psalmiste Nos regards vers les monts d'où vient toute aide du Créateur du ciel et de la terre (cf. Ps. CXX, 1) et invoquant votre céleste Patron Saint Bernard de Menthon, Nous implorons la divine protection sur vous, sur vos vaillants guides, sur tous les membres de votre Club alpin, tandis que de grand coeur Nous vous accordons Notre paternelle bénédiction Apostolique.
A SON EXC. MGR ADRIEN BERNAREGGI Président la XXII Semaine Sociale des Catholiques Italiens (26 septembre 1948.) 1
La XXIIe Semaine Sociale des Catholiques italiens s'est tenue à Milan du 26 au 29 septembre 1948; elle avait pour sujet: L,a. Communauté internationale.
Voici le texte de la lettre qui fut adressée à cette occasion par la Secrétairerie d'État à Son Excellence Mgr Adrien Bernareggi, évêque de Bergame, et Président du Comité permanent des Semaines Sociales des catholiques de italiens.
Le document commence par montrer l'importance pour les catholiques de l'étude d'un tel sujet:
Fixer l'attention des catholiques italiens, soucieux des grandes questions du monde contemporain, sur le thème entre tous grave et urgent de l'organisation juste et pacifique de la société internationale; fixer les faits qui posent ce problème dans ses termes exacts ; dégager et affirmer les principes que l'ordre naturel suppose et exige pour déterminer les rapports entre les peuples et pour les développer harmonieusement sans le fatal recours à des conflits armés; démontrer comment un ordre international si laborieusement cherché et trop souvent espéré en vain ou criminellement compromis, est toutefois historiquement réalisable et constitue une obligation à laquelle est attachée une lourde responsabilité pour les hommes d'État et pour les simples citoyens; répandre la confiance et créer la volonté d'un tel ordre comme d'une fin vers laquelle doit s'orienter la vraie civilisation et à laquelle les tragiques vicissitudes de notre siècle, non moins que les prodigieuses conquêtes de la science et du progrès semblent providentiellement stimuler l'histoire présente de l'Europe et du monde; affirmer enfin avec la conviction qui provient de l'antique foi chrétienne et de la plus moderne expérience morale et politique que l'Église du Christ, et elle seule, catholique par institution divine, constitue une supérieure et très ferme, à la fois mystique et visible, communauté religieuse supra-nationale et possède les secrets propres à favoriser et entretenir une communauté civile renouvelée entre les Nations : ces graves et nobles sujets, et d'autres connexes, constituent le thème de la XXIIe semaine sociale des catholiques d'Italie qui se réunit à Milan, ayant heureusement pris pour siège l'Université du Sacré-Coeur.
L'Église a d'ailleurs formulé un corps de doctrine énonçant les conditions essentielles pour maintenir la paix entre les peuples :
Il est évident que le Saint-Père a appris cette nouvelle et a considéré un tel programme avec le plus vif intérêt. Il est vrai que la gravité et la complexité des questions envisagées dépassent, et de beaucoup, la compétence et la possibilité d'application pratique de chaque participant en particulier, même initié à l'étude des problèmes internationaux et à l'exercice des fonctions politiques.
Mais il est également vrai que le sort des peuples se traite et se décide surtout sur le plan international et que la conscience de la dépendance étroite et capitale du bien-être tant privé que public, par rapport à la façon dont sont réglées les relations entre les États, tourmente tout le monde; de sorte que de l'équilibre de celles-ci peut dériver la prospérité de continents entiers, la paix, l'accroissement, le bonheur des nations, des familles, des individus. Il ne pourrait se trouver un moment plus opportun pour rappeler les enseignements si variés et si riches que sages et modernes que le Souverain-Pontife, dans l'exercice d'un magistère qui n'apparut peut-être jamais plus autorisé et plus providentiel, a proclamés au cours de ces années critiques.
De Saint-Père, dès les premiers jours de son ministère apostolique, a parlé avec sagacité des questions internationales actuelles, en a recherché les causes, défini la nature, éclairé les aspects, dénoncé les dangers et les méfaits, indiqué les remèdes. Il a donné au monde — si seulement il l'avait entendue ! — la salutaire doctrine dont il a besoin. Il a amené les problèmes de notre histoire sur le plan moral et religieux où ils ont un sens humain accompli et une solution bienfaisante; il a exalté, en grand pionnier de la civilisation la fonction du droit qui prime la force, ce qui revient à dire qu'il a défendu la cause de la justice et de la paix ; il a recommandé aux chefs des nations et à chaque citoyen en particulier, de rechercher par les voies du respect et de l'amour mutuels, le moyen de nouer des rapports fructueux pour la communauté humaine ; a donné au monde — flamme qui ne mourra jamais — l'espérance d'une réforme, d'un développement, d'un progrès, d'un avenir nouveau dans lequel l'humanité pourra goûter les bienfaits de l'ordre, de la paix, de l'unité, de la charité, en des conditions meilleures que les présentes.
Pie XII a indiqué clairement la source des maux présents : la négation d'une règle morale :
De fait, selon les enseignements pontificaux, « la racine profonde et dernière des maux que nous déplorons dans la société moderne, est la négation et le refus d'une norme de moralité universelle » (Encyclique : Summi Pontificatus), règle et fondement non seulement de la vie individuelle de l'homme, mais aussi de la vie sociale des peuples et des nations. Pour qui oublie et méprise la loi de charité et de la solidarité, qui unit tous les membres du genre humain, dans le lien de l'origine commune, et de la nature, non moins que dans celui plus élevé de la Rédemption opérée par Jésus-Christ, facilement recourt à des normes purement terrestres, basées uniquement sur l'arbitraire et sur une morale intéressée et subjective.
Nous sommes victimes des conséquences de ce refus d'admettre des principes moraux comme dominant la vie internationale:
Maintenant, chacun voit — et l'expérience du récent conflit en est une amère confirmation — combien est funeste au pacifique commerce entre les peuples le recours à de tels principes, dès que le pouvoir civil, laissant de côté toute autorité divine « tend, par une conséquence inéluctable, à s'attribuer cette absolue autonomie qui ne revient qu'au Créateur suprême et à se substituer au Tout-Puissant en élevant l'État ou la colléetivité au rang de fin dernière de la vie, de souverain critère de l'ordre moral et juridique, et en interdisant pour cette raison tout appel aux principes de la raison naturelle et de la conscience chrétienne ». (Ibidem.)
Par conséquent le remède est le retour à la voie normale :
Pour sortir donc des malaises présents et pour pouvoir accélérer l'établissement « de contacts harmonieux et durables et de relations fructueuses » entre les peuples, il convient que le nouvel ordre international soit édifié sur « cette roche inébranlable de la loi morale », qui reconnaissant l'origine divine, la dignité et l'égalité de tous les hommes, puisse assurer en même temps à chaque nation le droit à la vie, à l'indépendance, à la possibilité de se développer, et qui puisse raviver en toutes le sens du devoir de fidélité aux pactes régulièrement conclus. De fait, comme le remarquait déjà l'Apôtre des Gentils, le Créateur « tira d'une souche unique toute la race des hommes, pour qu'elle peuplât l'entière surface de la terre et fixa la durée de leur existence et les limites de leur habitation afin qu'ils cherchassent Dieu ». (Act. XVII, 26 et suiv.)
Le Souverain Pontife souhaite que la Semaine Sociale de Milan mette -principes en évidence:
De Saint-Père ne doute pas — et la valeur et la compétence des rapporteurs lui en est une garantie — que de tels principes fondamentaux de la doctrine catholique ne soient largement examinés et discutés au cours de la prochaine Semaine Sociale, de façon que celle-ci puisse marquer véritablement un pas en avant, orientant toujours plus vers la vérité, l'opinion publique des catholiques italiens et portant à la grande cause de la pacification universelle son appréciable contribution.
Avec ces sentiments et ces voeux dans le coeur, Sa Sainteté appelle sur les participants à la Semaine — conférenciers et auditeurs — l'abondance des lumières du divin Consolateur, tandis que, avec affection paternelle, Elle accorde à tous la Bénédiction Apostolique.
1. D'après le texte latin des A. A. S. XI,, 1948, p. 393; traduction française dans Acies Ordinata, Nova Series, n" 8, septembre-octobre 1948, p. i.
2. Cf. p. 41.
3. Bulla Omnipotentis Dei, 5 déc. 1584.
1.
Durant l'année 1948, le Saint-Père a publié deux documents sur les Congrégations mariales, le premier est une Lettre au R. P. Daniel Lord S. J. du 24 janvier 1948 2, le deuxième est cette Constitution apostolique datée du 27 septembre 1948, 200e anniversaire de la Bulle d'Or (appelée ainsi à cause du sceau d'or qui, dans des circonstances exceptionnelles, remplaçait le sceau de plomb) Gloriosae Dominae de Benoît XIV. Véritable charte des Congrégations mariâtes, cette constitution renouvelle à l'oeuvre les encouragements et l'approbation solennelle de l'Église. Par son insistance sur le principe d'élite, la formation spirituelle et l'exercice de l'apostolat, elle rappelle à leur esprit authentique les Congrégations qui en auraient dévié. Elle précise enfin la place des congrégations dans l'Eglise, leur dépendance vis-à-vis de la Hiérarchie et leurs rapports avec les autres oeuvres d'Action Catholique.
Le Pape commence par annoncer son intention de confirmer en cet anniversaire de la Bulle d'Or, les vastes privilèges et grâces accordés aux congrégations :
En l'heureux anniversaire du jour où, voici deux siècles, Benoît XIV, par sa Bulle d'Or Gloriosae Dominae, affermissait et comblait de nouvelles faveurs les Congrégations Mariales érigées et instituées à jamais par Grégoire XIII3 , Nous estimons qu'il appartient à Notre charge apostolique, non seulement de féliciter paternellement les directeurs et les membres de ces mêmes Congrégations, mais encore de ratifier et de confirmer solennellement les vastes privilèges et les grâces par lesquels, au cours de près de quatre siècles, nombre de Nos Prédécesseurs1 et Nous-même avons enrichi ces Congrégations.
Les congrégations en effet, aujourd'hui comme jadis, sont parmi les meilleures forces de l'Église:
Nous n'ignorons pas en effet, pour emprunter les paroles de Benoît XIV dans la Bulle « Gloriosae Dominae » déjà citée, non seulement « quelle utilité résulta pour toutes les classes sociales de cette institution louable et pieuse 2 », dans les époques précédentes, mais aussi avec quel zèle et quelle ardeur, aujourd'hui, ces phalanges mariales, marchant sur les traces glorieuses de leurs aînées, et religieusement fidèles à leurs règles, ambitionnent de se tenir au premier rang, sous les auspices et la direction de la Hiérarchie, dans les travaux à entreprendre et à soutenir constamment pour la plus grande gloire de Dieu et le bien des âmes, si bien qu'il faut les compter parmi les troupes et les forces spirituelles les plus solides pour la défense et l'extension de la religion catholique 3. Et cela pour de multiples raisons.
1. Xystus V, Bulla Superna dispositione, 5 Ian. 1587; Bulla Romanum decet, 29 Septembris 1587. - Clemens VIII. Breve Cum sicut Nobis, 30 Aug. 1602. -Gregorius XV, Bulla Alias pro parte, 15 April. 1621. - Benedictus XIV, Breve Praeclaris Romanorum Pontificum, 24 April. 1748; Bulla Aurea Gloriosae Dominae, 27 Sept. 1748; Breve Quemadmodum Presbyteri, 15 lui. 1749; Breve Quo Tibi, 8 Sept. 1751; Breve Laudabile Romanorum, 15 Febr. 1758. - o.emens XIII, Bulla Apostolicum, 7 Ian. 1765. - Pius VI, Decreta 2 Maii 1775, 9 Dec. 1775, 20 Mart. 1776. - deo XII, Breve Cum multa, 17 Maii 1824. - Pius IX, Decretum 8 lui. 1848; Breve Exponendum, io Febr. 1863. - deo XIII, Breve Frugiferas, 27 Maii 1884; Breve Nihil adeo, 8 Ian. 1886. - Pius X, Decreta io Maii 1910 ac 21 lui. 1910. - Benedictus XV, Alloc. 19 Dec. 1915, in quadragesimo anniversario Suae in Sodalitatem cooptationis. - Pius XI, Praesertim Alloc. 30 Mart. 1930; Alloc. 29 Aug. 1935.
2. Benedicti XIV Bulla Aurea Gloriosae Dominae, 27 Sept. 1748.
3. Pii XII Epist, ad Car d. Leme, 21 Ian. 1942.
Tout d'abord par leur nombre :
A remonter en effet l'histoire des Congrégations Mariales, bien qu'on les voie toujours florissantes et nombreuses, il faut avouer que les anciennes ne peuvent soutenir la comparaison avec les modernes, pour le nombre du moins, car pour l'ardeur des travaux elles le peuvent fort bien; dans les siècles précédents en effet, le nombre annuel des affiliations à la Prima Primaria ne dépassait jamais la dizaine, tandis que depuis le début du vingtième siècle il atteint facilement le millier.
L'essentiel est pourtant dans les règles, et le Pape énumère leurs principales exigences de vie spirituelle. Elles exciteront la charité et alimenteront la vie intérieure si uécessaire à cette époque d'indigence spirituelle :
Mais l'essentiel, beaucoup plus important que le nombre des Congrégations, ce sont les règles qui amènent en quelque sorte le Congréganiste à cette qualité de vie spirituelle 1 qui lui permet d'atteindre aux sommets de la sainteté 2, grâce surtout aux moyens qui constituent l'équipement si utile de qui veut suivre le Christ de façon parfaite et absolue : les Exercices spirituels3, la méditation et l'examen de conscience quotidien4, la fréquentation des sacrementsB, les relations fréquentes avec un directeur spirituel fixe et la docilité filiale envers lui6, le don total de soi à la Sainte Vierge 7, la promesse ferme de travailler à sa perfection et à celle des autres8.
Tous ces moyens sont aptes à exciter chez les Congréganistes l'ardeur de la charité, à nourrir et fortifier la vie intérieure si nécessaire à notre époque où, selon la remarque faite par Nous ailleurs, des foules si nombreuses souffrent « de faim et d'indigence spirituelle 9.
1. Cf. Reg. Comm., r, 33.
2. Cf. Reg. Comm., 12.
3. Cf. Reg. Comm., 9.
4. Cf. Reg. Comm., 34.
5. Cf. Reg. Comm., 37, 38, 39.
6. Cf. Reg. Comm., 36.
7. Cf. Reg. Comm., 27, 1, 40, 43.
8. Cf. Reg. Comm., Iam.
9. Pii XII Litterae Encyclicae Summi Pontificatus, 20 Oct. 1939 : A. A. S. XXXI, 1939, p. 415.
Heureusement, quand ces règles sont mises en pratique, la vie chrétienne rayonne; les vocations sacerdotales et religieuses se multiplient; il n'est pas rare de voir des congréganistes atteindre à la sainteté. Ce zèle pour la vie intérieure s'épanouit en oeuvres apostoliques, aussi peut-on dire que la Congrégation forme des catholiques parfaits non moins adaptés que jadis aux besoins du temps:
Ces moyens se trouvent non seulement décrits en des lois très sages, mais aussi mis en pratique d'une façon très heureuse dans la vie des Congrégations Mariales, car, partout où elles se rassemblent pourvu qu'elles gardent soigneusement leurs constitutions et leurs lois, l'honnêteté des moeurs et la pratique sérieuse de la religion fleurissent et se fortifient; bien plus, avec la grâce de Dieu, il en sort de nombreux Congréganistes, désireux de conquérir personnellement la perfection chrétienne et d'en faire part aux autres, soit dans la vie ecclésiastique, soit dans la sainte retraite de la religion; et il n'est pas si rare d'en voir l'un ou l'autre atteindre aux plus hauts sommets de la sainteté 1. Ce zèle fervent pour la vie intérieure s'épanouit comme naturellement en nouvelles oeuvres apostoliques répondant aux circonstances et aux besoins nouveaux; aussi affirmons-Nous sans aucune hésitation que le catholique parfait, tel que dès ses origines la Congrégation Mariale l'a formé, n'est pas moins adapté aux besoins actuels qu'à ceux du temps passé, car, plus qu'autrefois peut-être, il nous faut des chrétiens solidement formésa.
Le Pape examine maintenant l'activité apostolique des Congrégations. Celles qui suivent leurs règles s'y adonnent, méritent un éloge particulier. On sait avec quel succès consolant elles travaillent dans le monde entier et dans toutes les classes sociales à soulager les besoins corporels et spirituels. Leur activité s'exerce jusque dans les Parlements et au Pouvoir suprême en soutenant des lois conformes aux principes évangéliques et à la justice sociale. Nombreuses sont les associations fondées ou soutenues par elles pour la défense de la moralité, la bonne presse et l'enseignement :
C'est pourquoi, du haut de cette chaire de Pierre mieux que de partout ailleurs, observant dans le monde entier l'admirable zèle de tant de chrétiens soucieux de protéger, de défendre et de propager la religion, Nous estimons dignes d'un éloge particulier les Congrégations Mariales qui depuis leurs origines se sont proposé comme un devoir propre et particulièrement conforme à leurs règles 3 d'entreprendre individuellement et en groupes, sous la conduite des Pasteurs 4, tous les travaux apostoliques recommandés par l'Église notre Mère 5. Avec quel succès et quels heureux accroissements du catholicisme ils ont satisfait à cette charge, les éloges réitérés des Souverains Pontifes le déclarent éloquemment1. Et à notre époque tourmentée par tant de fléaux, c'est pour Nous une très joyeuse consolation de voir les Congréganistes déployer vigoureusement et efficacement leurs forces dans toutes les parties du monde, dans toutes sortes d'apostolats, et dans toutes les classes sociales, chez les jeunes gens particulièrement et chez les ouvriers, en les stimulant par les Exercices spirituels à la vertu et au désir d'une vie plus chrétienne, chez les pauvres, en soulageant leurs besoins corporels et spirituels, et cela non seulement par une initiative privée et par une inclination naturelle, mais en soutenant dans les Parlements et même des sommets du Pouvoir « suprême, la création des lois conformes aux principes évangéliques et à la justice sociale 2.
1. Pn XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945.
2. Pn XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945.
3. Pn XI Alloc, ad Sod. Mar., 30 Mart. 1930.
4. Cf. Pn XII Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948.
5. Cf. Pn XII Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942.
Il ne faut pas non plus oublier les associations créées par les Congrégations Mariales ou soutenues par elles en vue de combattre l'immoralité des spectacles au théâtre et au cinéma, de protéger la morale contre les mauvais livres et la presse corrompue, d'ouvrir gratuitement des écoles aussi nombreuses que possible aux enfants et aux adultes peu fortunés, de créer des écoles techniques pour perfectionner les ouvriers dans leur métier 3, celles surtout destinées à préparer d'une manière plus poussée aux diverses professions et spécialités4; cette forme d'apostolat, si nécessaire dans les circonstances actuelles, est développée par un grand nombre de Congrégations Mariales, les Congrégations interparoissiales surtout, pour des groupes dont les membres sont unis entre eux par la similarité de métier ou de profession 6.
1. Cf. Reg. Comm., 1, 12, 43. - Benedicti XIV B ullam Auream Gloriosae Dominae, 27 Sept. 1748. - Benedicti XV Alloc, ad Sod. Mar., 19 Dec. 1915. - Pu XI Epist, ad Adm. Apost. Oenip., 2 Aug. 1927; Epist, ad Congr. Mar. Germaniae, 8 Sept. 1928. - Pu XII Epist. Apost. Nosti profecto, 6 lui. 1940; Alloc, ad A. C. Ital., 4 Sept. 1940; Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942; Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Aug. 1946; Alloc, radioph. ad Congressum Barcin,. 7 Dec. 1947.
2. Cf. Pii XII Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948; Alloc, ad Sod. Mar. ex 1 Conférence Olivaint », 27 Mart. 1948.
3. Cf. Pii XII Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948.
4. Cf. Pii XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945.
5. Cf. Pii XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945.
Ce travail apostolique se fait en accord fraternel avec les autres associations catholiques: les congréganistes ne sont-ils pas parmi les principaux pionniers de l'Action Catholique dont ils ont, en certains pays, constitué les premiers groupes?
Voilà donc des oeuvres nombreuses et fort utiles au catholicisme. A ce sujet il faut également louer les Congrégations Mariales d'avoir toujours sincèrement souhaité, surtout en ces derniers temps, travailler fraternellement en plein accord avec les autres associations catholiques dans le désir que cette union des forces, sous l'autorité et la conduite des Évêques, produisît pour le règne du Christ des fruits plus abondants; bien plus, comme Nous l'avons noté ailleurs à propos de l'Action Catholique italienne1, les premiers groupes de l'Action Catholique ont été en certains pays constitués de Congréganistes auxquels succédèrent d'autres Congréganistes, qui apportèrent leur concours ardent, en démontrant en pratique que les Congréganistes doivent à bon droit être considérés au nombre des principaux pionniers de l'Action Catholique.
Une des forces de leur apostolat consiste dans leur obéissance au Pape et aux Évêques :
En outre, comme toute la force des catholiques groupés et ordonnés comme une armée consiste dans l'obéissance aux Pasteurs, qui ne voit quels bons instruments d'apostolat il faut estimer les Congrégations Mariales à cause de leur soumission absolue et fervente non seulement au Siège Apostolique qui est la tête et la source de toute la Hiérarchie ecclésiastique 2, mais aussi, selon leur nature et leurs moyens, aux ordres et aux conseils des Ordinaires reçus avec une obéissance humble et docile? 3
1. Cf. Pie XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945.
2. Cf. Conc. Vat., Sess. IV, Const. I « De Ecclesia Christi ».
3. Cf. Pie XII Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942.
Comment les Congrégations dépendent-elles de la Hiérarchie? Dans leur apostolat, toutes sont soumises à VÉvêque du lieu et, en certains cas, au curé. Pour leur régime intérieur, les unes dépendent de Vévêque et des curés, les autres sont sous l'autorité directe du pape et, par délégation, du général de la Compagnie de Jésus :
Qui étudiera en effet le régime intérieur de ces Congrégations, constatera qu'elles se trouvent, les unes sous l'autorité des Évêques et des Curés, les autres par privilège, sous la Nôtre propre, et par délégation reçue de Nous, sous l'autorité du Général de la Compagnie de Jésus; toutes cependant, dans le choix et la poursuite des travaux apostoliques, sont soumises à l'Évêque du lieu ou même en certains cas au Curé. Ainsi donc la Hiérarchie ecclésiastique, dont elles dépendent entièrement dans l'entreprise et la poursuite des oeuvres, les compte parmi les effectifs de l'Apostolat militant; c'est à juste titre par conséquent, comme Nous l'avons souligné jadis 1, qu'on doit les mettre au nombre des coopératrices de l'apostolat hiérarchique.
Pareil attachement à l'Église découle de la règle dont le Pape cite un bel extrait:
Ce respect et cette obéissance déférente envers les Pasteurs, qui sont innés en quelque sorte chez les Congréganistes de la Sainte Vierge, il faut bien qu'ils soient puisés à leurs règles mêmes, d'après lesquelles c'est un point essentiel de professer intégralement par sa vie et sa conduite tout ce qu'enseigne l'Église catholique, louant ce qu'elle loue, blâmant ce qu'elle blâme, étant d'accord avec elle en tout point, et ne rougissant jamais de se conduire en public et en privé comme il convient à un fils fidèle et très respectueux d'une telle mère 2.
1. Pie XII Alloc, ad A. C. Ital., 4 Sept. 1940 : A. A. S. XXXII, 1940, p. 369.
2. Cf. Reg. Comm., 33.
A cette union ne s'oppose nullement le fait que les Congrégations aient été fondées par les jésuites et que certaines d'entre elles (5 %) soient sous leur dépendance. Bien au contraire, elles semblent avoir tiré de cette origine une certaine inclination à « penser avec l'Église ». La preuve en est dans les Congréganistes canonisés qui n'illustrent pas seulement la Compagnie de Jésus mais aussi le clergé séculier et de nombreuses familles religieuses (dix d'entre elles furent fondées par des Congréganistes canonisés).
A cette union étroite et presque militaire des catholiques ne s'oppose nullement le fait que ces Congrégations, originairement créées par les fils de Saint Ignace se présentent comme des rejetons et des annexes de cette famille religieuse, étant donné surtout qu'une partie d'entre elles, restreinte à la vérité, est comme Nous l'avons dit dirigée par des prêtres de la Compagnie de Jésus en vertu de Notre délégation. Bien plus, s'étant par suite de cette première institution proposé comme assurance les règles « pour penser avec l'Église », c'est-à-dire voulant se conformer aux paroles de « ceux que l'Esprit Saint a établis pour diriger l'Église de Dieu » (Act. XX, 28), les Congrégations semblent en avoir tiré une certaine inclination qui a été et sera encore pour eux un secours très puissant dans l'extension du règne du Christ. Qu'elles se soient toujours appliquées non à quelque intérêt particulier mais à l'utilité commune de l'Église, Nous en avons pour témoin incomparable la phalange éblouissante des Congréganistes auxquels l'Église notre Mère a décidé d'accorder les honneurs suprêmes des Saints. Da Compagnie de Jésus n'est pas la seule à s'illustrer de leur gloire; le "clergé séculier et de nombreuses familles religieuses y participent puisque les Congrégations Mariales ont fourni dix fondateurs d'Ordres ou de Congrégations nouvelles.
La constitution récapitule cette longue analyse en une excellente définition des Congrégations Mariales :
Cela démontre clairement, comme leurs règles approuvées par l'Église le proclament, que les Congrégations Mariales sont des associations pénétrées d'esprit apostolique 1 qui, tout en stimulant leurs membres à la perfection personnelle jusqu'à les voir s'élever parfois à la plus haute sainteté 2, les poussent également à assurer la perfection chrétienne du prochain sous la direction des Pasteurs 3 et à défendre les droits de l'Église *, et leur permettent de préparer d'intrépides hérauts de la très Sainte Vierge et d'excellents propagateurs du règne du Christ6.
1. Cf. Reg. Comm., 1, 43.
2. Reg. Comm., 12.
3. Reg. Comm., 33.
4. Reg. Comm., 1.
5. Reg. Comm., 43.
La question des rapports entre Congrégations et Action Catholique avait parfois fait difficulté. Fallait-il réserver à une seule organisation l'Action Catholique officielle et les Congréganistes devaient-ils s'y affilier? ou bien les Congrégations pouvaient-elles se considérer comme oeuvres d'Action Catholique? Dans certains pays où, en fait, elles s'étaient souvent réduites à de simples groupements de piété, elles avaient naguère été déclarées « précieuses auxiliaires de l'Action Catholique ». Ce titre exprimait-il un élément essentiel ou correspondait-il à une situation de fait et devait-il disparaître avec le retour à une situation plus conforme à l'esprit des règles? Le Saint-Père résoud formellement ces problèmes : les Congrégations sont oeuvres d'Action Catholique:
D'après tout ce qui précède, les Congrégations Mariales considérées, soit dans leurs règles, soit dans leur nature, leur but, leurs efforts et leur action ne manquent d'aucun des caractères qui définissent l'Action catholique, puisque celle-ci, comme l'a proclamé tant de fois Notre Prédécesseur d'heureuse mémoire, Pie XI, n'est autre que « l'apostolat des fidèles qui consacrent leur activité à l'Église et l'aident dans une certaine mesure à remplir son office pastoral n1.
Des Congrégations Mariales peuvent de plein droit être appelées « l'Action catholique entreprise sous l'inspiration et avec le secours de la Très Sainte Vierge * »; son organisation et ses caractères particuliers ne s'y opposent aucunement, « ils sont plutôt et ils seront, comme ils l'ont été, la protection et la défense de leur meilleure formation catholique 3 ».
1. Pie XI Epist, ad Card. van Roey, 15 Aug. 1928 : A. A. S. XX, 1928, p. 296; Epist, ad Card. Segura, 6 Nov. 1929 : A. A. S., 21, p. 665.
2. Cardinalis PacEIvW Alloc, ad Sod. Mar. in Menzingen (Helvetia), 22 Oct. 1938.
3. Pie XI Alloc, ad Sod. Mar., 30 Mart. 1930.
L'Action Catholique ne se cantonne pas dans un cercle fermé. Loin de supprimer ou d'absorber les autres associations, elle les unit et les fait s'entraider. Car il n'est pas dans l'esprit de l'Église de réduire toute entreprise à une seule formule et de restreindre l'épanouissement spontané de la vie. Mieux vaut une unité multiforme dans laquelle la compréhension mutuelle et la charité écarteront toute controverse de primauté:
En effet, le Siège Apostolique l'a déclaré maintes fois, « l'Action Catholique ne se cantonne pas dans un cercle fermé 4 » comme en des limites définies de façon rigide et qu'il ne faudrait pas dépasser; « elle ne prétend pas atteindre son but par un moyen et une méthode particulière 1 », au point de supprimer ou d'absorber les autres associations actives de catholiques; elle considérera plutôt comme son rôle de « les unir, trouver des arrangements amicaux, faire profiter les progrès de l'une au bien des autres, dans une concorde parfaite, dans l'union et la charité a ». En effet, comme Nous l'avons récemment recommandé en termes exprès, « dans cette remarquable ferveur de l'apostolat, que Nous louons grandement, il faut éviter l'erreur de certains, qui veulent réduire à une seule formule tout ce qu'on entreprend pour le bien des âmes8»; car, il faut le dire, cette manière d'agir s'écarte complètement de l'esprit de l'Église1 ; celle-ci est loin d'approuver cette « restriction de l'épanouissement spontané de la vie5 » qui confie toute oeuvre apostolique à une seule association ou à une seule paroisse; elle est bien plutôt favorable à « une unité multiforme 6 » dans la conduite de ces oeuvres qu'il faut orienter vers un même but dans un effort fraternel commun, sous la direction des Évêques '. Or « l'union des esprits et des coeurs, la coordination et la compréhension mutuelle que nous avons si souvent recommandées 8 », ces associations y arriveront d'autant plus facilement qu'elles auront d'abord écarté toute controverse de primauté 9, et que s'aimant plus profondément « dans la charité fraternelle, elles feront passer les autres avant elles dans leur estime »10 et ne cherchant que la gloire de Dieu, elles se persuaderont être préférables aux autres le jour où elles auront appris à laisser aux autres la première place ».
4. Pie XI Epist. Encycl. Firmissimam constantiam, ad Episcopos Mexicanos, 28 Martii 1937 : A- A- S. XXIX, 1937, P- 2I°-
1. Pie XI Epist. Quae nobis ad Card. Bertram, 13 Nov. 1928 : A. A. S. XX, 1928, p. 386.
2. Pie XI Alloc, ad Act. Cath. Galliae, 20 Maii 1931.
3. Pie XII Alloc, radioph. ad Congressum Barcin., 7 Dec. 1947 : A. A. S. XXXIX, 1947. P- 3°4-
4. Pie XI Alloc, ad Act. Cath. Ital., 28 Iun. 1930.
5. Pie XI Epist. Quamvis Nostra ad Episc. Brasiliae, 27 Oct. 1935 : A. A. S. XXVIII, 1936, p. 160.
6. Pie XI Alloc, ad Sod. Mar., 30 Mart. 1930.
7. Cf. Pn XII Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Aug. 1946.
8. Pie XI Epist. Quamvis Nostra ad Episc. Brasiliae 27 Oct. 1935 : A. A. S. XXVIII, 1936, p. 163.
9. Cf. Mc 9,33
10. Rm 12,10.
11. Cf. Mt 20,26-27.
La Constitution se termine par un dispositif de douze points qui résume en des formules nettes et juridiques les considérations et directives précédentes :
Pour ces motifs, et dans l'espoir très vif que ces écoles de piété et de vie chrétienne active croissent de jour en jour en vigueur 1 et en force, Nous déclarons de façon expresse, en vertu de Notre autorité apostolique, certains points communs aux Congrégations du monde entier et que tous les intéressés doivent garder religieusement.
Les Congrégations agrégées à la Prima Primaria (il s'agit de la première congrégation fondée en 1562 par Jean Leunis; érigée en 1584 par Grégoire XIII en Congregatio primaria, c'est-à-dire pouvant s'en agréger d'autres; elle fut plus tard divisée en sections dont seule subsiste la première, d'où le nom traditionnel de Prima Primaria) sont des institutions ecclésiastiques, supposant une érection par l'ordinaire compétent, très généralement l'évêque du lieu ou le général de la Compagnie de Jésus pour ses maisons et les endroits qui lui sont confiés. L'agrégation à la Prima Primaria n'entraîne aucune dépendance à son égard, pas plus d'ailleurs qu'à l'égard du général de la Compagnie de Jésus à qui est réservée cette agrégation :
I. Les Congrégations Mariales dûment agrégées à la Prima Primaria du Collège Romain, sont des associations religieuses érigées et constituées par l'Église2, et ont reçu d'Elle les plus larges faveurs pour mieux accomplir leur mission 3.
IL On ne doit reconnaître pour Congrégation Mariale légitime que celle qu'a érigée l'Ordinaire compétent, savoir : le Général de la Compagnie de Jésus dans les lieux qui appartiennent à cette Compagnie ou lui sont confiés1; partout ailleurs, l'Évêque du lieu, ou de son consentement formel, le Général plus haut mentionné 5. Pour jouir des privilèges et indulgences accordés à la Prima Primaria, une Congrégation, érigée comme Nous avons dit, doit lui être dûment agrégée 6. Cette agrégation, qui se demande avec le consentement de l'Ordinaire et ne relève que du Général de la Compagnie de Jésus 1, ne confère à la Prima Primaria, non plus qu'à la Compagnie de Jésus, aucun droit sur cette Congrégation 2.
1. Pie XII Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942.
2. Cf. Bullam gregorii XIII Omnipotentis Dei, 5 Dec. 1584.
3. Cf. Pontificia documenta supra recensita, notis (i) et (2).
4. Srxïl V Bull. Romanum decet, 29 Sept. 1587.
5. S. Congr. Indulg., decr. 23 Iun. 1885.
6. Cf. C. I. C, CIS 686; Bullam Auream Gloriosae Dominae, 27 Sept. 1748; Decretum Leonis XII 17 Maii 1824; Decretum S. Congr. Indulg., 23 Iun. 1885.
1. Cf. Rescript. S. Congr. Indulg., 17 Sept. 1887; C. /. C, CIS 723; Reg. Corn., 2.
2. Cf. C. I. C, 722 § 2; Declarat. A. R. P. Ludovici Martin, Praep. Generalis S. I., 13 April. 1904.
On ne s'étonnera plus que :
III. Des Congrégations Mariales, répondant pleinement aux besoins actuels de l'Église 3, doivent selon la volonté des Souverains Pontifes, garder intacts leurs lois, leur caractère et leur méthode de formation *.
Les règles communes dont la dernière codification date de iqio doivent être observées dans leur substance pour obtenir l'agrégation; à toutes les congrégations elles sont vivement recommandées :
IV. Des Règles Communes, qu'il faut observer au moins sur les points essentiels si on veut obtenir l'agrégation B, sont instamment recommandées à toutes les Congrégations comme le résumé et le code de la discipline observée dès le début par les Congrégations et confirmée par un constant usage 6.
Qu'elles soient ou non dirigées par la Compagnie de Jésus, les congrégations dépendent toutes, de façon substantiellement identique de la Hiérarchie ecclésiastique :
V. Des Congrégations Mariales, exactement comme les autres groupements qui se consacrent au travail apostolique, dépendent toutes de la Hiérarchie Ecclésiastique, de manière substantiellement identique, bien qu'accidentellement diverse '.
Cette dépendance est expliquée dans le 6e point. L'Ordinaire du lieu a autorité sur toutes les Congrégations de son diocèse pour ce qui concerne l'apostolat extérieur et, pour le régime interne, sur toutes celles qui ne sont pas du domaine de la Compagnie de Jésus. Le curé est le directeur naturel • des Congrégations de sa paroisse et a par rapport a l'apostolat exercé sur son territoire, l'autorité que lui confèrent le droit canon et les statuts diocésains :
3. Cf. praesertim : Pn XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Aug. 1946; Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948.
4. Cf. praesertim : Pn XI Alloc, ad Sod. Mar., 30 Mart. 1930; Alloc, ad Sod. Primae Primariae, 24 Mart. 1935. - Pn XII Telegr. ad 7 Dec. 1947; Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948.
5. Cf. Decretum S. Congr. Indulg., 7 Mart. 1825; Decretum S. Congr. Indulg., 23 Iunii 1885; Rescript. S. Congr. Indulg., 17 Sept. 1887.
6. Cf. Pii XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948.
7. Cf. Conc. Vat., Sess. IV, Const. « de Ecclesia Christi », cap. 3 ; C. I. C, CIS 218 § 2 ; Pn XII Alloc, ad Act. Cath. Ital., 4 Sept. 1940; A. A. S. XXXII, 1940, p. 369; Epist, ad Card. Leme, 21 Ian 1942; Alloc, ad Congressum Barcin., 7 Dec. 1947 : A. A. S. XXXIX, 1947. P- »34-
VI. Pour éviter dans l'extension du Règne de Dieu et la défense des droits de l'Église, la dispersion des troupes et l'énervement des forces, les Congréganistes de la Sainte Vierge s'attacheront fidèlement aux exemples de leurs premiers membres et à la pratique actuelle; dans l'entreprise et la poursuite des travaux apostoliques, ils se rappelleront :
a) que l'Ordinaire du lieu
1. selon les saints Canons et sous réserve des prescriptions et documents du Siège Apostolique, a autorité sur absolument toutes les Congrégations de son diocèse pour ce qui concerne l'apostolat extérieur;
2. qu'il a aussi autorité sur les Congrégations fondées en dehors du domaine de la Compagnie de Jésus et qu'il peut leur donner des règles particulières, en respectant cependant la substance des Règles Communes1.
b) que le Curé
1. est le Directeur naturel des Congrégations de sa paroisse et donc qu'il lui revient de les diriger comme les autres groupements spirituels de son territoire;
2. qu'il a sur toutes les Congrégations qui exercent l'apostolat dans son territoire, l'autorité que lui confèrent les saints Canons et les statuts diocésains, pour le bon ordre de l'apostolat extérieur 2.
Le directeur qui doit être prêtre, a la pleine responsabilité de la vitalité interne de l'association. Son autorité s'exerce opportunément par les dignitaires de la congrégation:
VII. De Directeur légitimement nommé de toute Congrégation Mariale, qui doit toujours être revêtu de la dignité sacerdotale, bien qu'il soit entièrement soumis à ces Supérieurs ecclésiastiques légitimes, jouit cependant, en vertu des Règles
1. Cf. C. I. C, CIS 334 § i, 335 § i ; Statuta Generalia CC. MM., 31 Aug. 1885, 2, 5.
2. Cf. C. I. C, CIS 464 § 1 ; Declarat. A. R. P. Ludovici Martin, 13 April. 1904.
Communes, de pleins pouvoirs concernant la vie intérieure de la Congrégation elle-même, et il convient que le plus souvent il les exerce par les Congréganistes qui lui sont adjoints pour l'aider dans sa charge x.
A ces associations, la Vierge Marie ne donne pas seulement leur nom et leur titre, mais la note caractéristique de leur spiritualité. Une consécration totale et de soi perpétuelle lie le congrêganiste à Marie:
VIII. Ces Congrégations doivent se dire Mariales non seulement à cause du titre qu'elles empruntent à la Bienheureuse Vierge Marie 2, mais surtout parce que tous et chacun de leurs membres font profession de singulière dévotion envers la Mère de Dieu 3, qu'ils s'engagent envers Elle par une consécration totale 4, où ils promettent, non toutefois sous peine de péché B, de combattre de toutes leurs forces sous l'étendard de la Vierge, pour leur propre salut et perfection, comme pour le salut et la perfection du prochain 6. Et cet engagement du Congrêganiste à Marie le lie pour toujours à moins qu'on ne le renvoie de la Congrégation pour indignité ou que sa légèreté le fasse lui-même la quitter '.
Le 9e point rappelle le principe d'élite : les membres doivent vouloir un sérieux progrès spirituel:
IX. Dans le recrutement des Congréganistes, que l'on choisisse de préférence avec soin 8 ceux qui, nullement satisfaits d'une manière de vivre vulgaire et commune 9, s'appli
1. Cf. Benedicti XIV Bullam Auream Gloriosae Dominae, 27 Sept. 1748; Laudabile Romanorum, 15 Febr. 1758; Statuta Generalia, 31 Aug. 1885; Reg. Comm., 16, 18, 50.
2. Cf. Reg. Comm., 3; Bull. Aur. Gloriosae Dominae.
3. Cf. Reg. Comm., 1, 40.
4. Cf. Reg. Comm., 27.
5. Cf. Pn XII, Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Reg. Comm., 32.
6. Cf. Pu XII, Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Epist, ad P. D. Lord, 21 Ian. 1948.
7. Cf. Reg. Comm., 1, 27, 30.
8. Cf. Reg. Comm., 23, 24, 26; Benedicti XV Alloc. ad. Sod. Mar., 19 Dec. 1915. - Pu XI Encycl. Ubi arcano, 23 Dec. 1922 : A. A. S. XIV, 1922, p. 693. - Pn XII Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942; Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Augusti 1946; Telegr. ad Conv. CC. MM. Ital., 12 Sept. 1947; Alloc, radioph. ad Congress. Barcin., 7 Dec. 1947 : A. A. S. XXXIX, 1947, p. 634.
9. Cf. Reg. Comm., 1, 35.
quent, selon les règles ascétiques et les exercices de piété proposés dans les Règles1, à réaliser, fussent-elles rudes, « des ascensions dans leur coeur » (Cf. Ps. LXXXIII, 6) 2.
Ils seront soigneusement formés à devenir des modèles de vie chrétienne et d'activité apostolique:
X. Il incombe aux Congrégations Mariales de former leurs membres chacun selon sa condition, en sorte qu'on puisse les proposer à leurs égaux comme des modèles de vie chrétienne et d'activité apostolique 8.
Parmi les fins primaires de la congrégation se trouve — suivant les règles en vigueur — toute forme d'apostolat, surtout social, confié par la Hiérarchie :
XI. Parmi les fins primaires des Congrégations 4 il faut compter toute forme d'apostolat, surtout social, qui, pour étendre le Règne du Christ et défendre les droits de l'Églisei, leur est confié par la Hiérarchie ecclésiastique elle-même 6; mais pour assurer cette pleine et vraie coopération des Congrégations à l'apostolat hiérarchique 6, les règles qu'elles possèdent à cet effet ne sont aucunement à modifier ou à renouveler 8.
1. Reg. Comm., 12.
2. Cf. Reg. Comm., 9, 33, ad 45.
3. Cf. Reg. Comm., 14, 1, 33, 43; Pu XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Telegr. ad Conv. CC. MM. Ital-, 12 Sept. 1947; Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948; Alloc, ad Sod. Mar., ex « Conférence Olivaint », 27 Mart. 1948.
4. Benedicti XIV Bull. Aur. Gloriosae Dominae, 27 Sept. 1748. - Benedicti XV, Alloc, ad Sod. Mar., 19 Dec. 1915. - Pli XI Epist, ad Adm. Apost. Oenip., 2 Aug. 1927. - Pn XII Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942; Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Aug. 1946; Alloc, radioph. ad Congress. Barcin., 7 Dec. 1947 : A. A. S. XXXIX, 1947, p. 633.
3. Reg. Comm., i; Pn XII Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945.
6. Cf. Epist. Card. Pacelli ad Card. Faulhaber, 3 Sept. 1934 ; Pn XII Epist. Apost. Nosti profecto, 6 Ini. 1940; Alloc, ad Sod. Mar., 21 Ian. 1945; Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Aug. 1946; Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948.
7. Pn XII Alloc, ad Act. Cath. Ital., 4 Sept. 1940 : A. A. S., 32, 1940, p. 369; Epist, ad Card. Leme, 21 Ian. 1942; Card. Pacewi Alloc, ad Sod. Mar. in Menzingen (Helvetia), 22 Octobris 1938.
8. Cf. Pn XII Alloc, radioph. ad Congr. Barcin. : A. A. S., 39, 1947, p. 634.
Les congrégations doivent être mises sur le même rang que les autres associations apostoliques; par suite, leurs membres ne doivent pas nécessairement s'inscrire à d'autres groupes, la conduite des évêques suffisant à assurer l'entraide et l'unité d'action :
XII. Enfin, les Congrégations doivent être mises sur le même rang que les autres associations poursuivant un but apostolique 1, qu'elles forment avec elles une fédération ou qu'elles soient avec elles rattachées à l'organisation centrale de l'Action catholique; par suite, puisque les Congrégations doivent apporter leur concours empressé, sous la conduite et l'autorité des Pasteurs a, à n'importe quelle autre association 3, il n'est point nécessaire à chacun de leurs membres de s'inscrire à d'autres groupes 4.
Les formules de conclusion marquent nettement la volonté du Saint Père que ces directives ne restent pas lettre morte :
Voilà donc ce que Nous ordonnons et proclamons. Nous voulons que les présentes lettres aient dès maintenant et pour l'avenir toute leur force, valeur et efficacité; qu'elles reçoivent et obtiennent leur plein et entier effet; qu'elles soient acceptées en leur plénitude par ceux qu'elles concernent; qu'elles soient la norme dûment et définitivement établie; par suite, que toute proposition qui y serait contraire, quel qu'en soit l'auteur et son autorité, proposée sciemment ou par ignorance, soit désormais nulle et sans valeur. Toutes dispositions contraires étant sans effet.
1. Cf. Pn XII Alloc, ad Act. Cath. liai., 4 Sept. 1940 : A. A. S., 32, 1940, p. 368; Telegr. ad Conc. CC. MM. Ital., 12 Sept. 1947; Alloc, radioph. ad Congr. Barcin., 7 Dec. 1947 : A. A. S., 39, 1947, p. 634.
2. Cf. inter alia : Pn XII Telegr. ad Conv. CC. MM. Ital., 12 Sept. 1947; Epist, ad P. D. Lord, 24 Ian. 1948; Epist. Duringrécent years ad Episc. Indiae, 30 Ian. 1948.
3. Cf. praesertim : Pn XI Epist, ad Episc. Brasiliae, 27 Oct. 1935 : A. A. S., 38, 1936, p. 161; Alloc, ad Sod. Mar., 30 Mart. 1930. — Pn XII Alloc, ad Act. Cath. Ital., 4 Sept. 1940 : A. A. S., 32, 1940, p. 369.
4. Cf. Pn XII Epist, ad P. S. Ilundain, 26 Aug. 1946.
Le XIe Congrès de l'Association Catholique internationale des OEuvres de la Protection de la Jeune Fille 2 se tint à Rome du 28 septembre au ier octobre 1948. Les Congressistes furent reçues en audience à Castel-Gandolfo et Pie XII leur déclara:
1. D'après le texte français de l'Osservatore Romano du 30 septembre 1948.
2. D'Association Catholique internationale des OEuvres de Protection de la jeune fille fut fondée à Fribourg en 1897.
Dès l'année précédente il existait une OEuvre suisse du même nom qui devait se transformer en Association internationale avec l'approbation de SS. Pie X. Le Siège du Secrétariat est fixé à Fribourg.
Cette Association a pour but d'instruire les milieux catholiques des dangers que courent les jeunes filles au point de vue religieux, moral et social, soit dans leur pays, soit à l'étranger, soit au cours des voyages qu'elles peuvent entreprendre. Elle tâche de parer à ces dangers au moyen d'oeuvres catholiques.
Des affiches (jaune et blanc) renseignent les jeunes filles sur les oeuvres qui sont à leur disposition (maison d'accueil, bureaux de placement, restaurants, cours professionnels, etc.).
L'Association est organisée dans une vingtaine de pays.
S'il Nous plaît, en vous accueillant ici, très chères filles, de louer une fois de plus l'utilité, la beauté, et les fruits précieux de votre oeuvre, ainsi que ses incessants progrès, Nous éprouvons une joie toute particulière à rendre témoignage au courage de celles qui s'y dévouent sans compter. Du courage, il vous en faut, et beaucoup, pour affronter avec leurs difficultés, dans leur ampleur, leur variété, leur gravité, tous les problèmes qui se posent; il vous en faut pour pourvoir dans la mesure humaine du possible, aux moyens de préservation, de guérison, de réhabilitation; il vous en faut pour triompher des hostilités, du scepticisme, de l'inertie, de l'indifférence et les transformer s'il se peut, en intérêt, en zèle, en concours convaincu et efficace.
De fait, les jeunes filles demeurent aujourd'hui exposées à de multiples dangers.
Le danger est partout, le mal est étendu et profond; il l'est d'autant plus que trop souvent, on n'y croit guère qu'après la douloureuse, humiliante et, en apparence, humainement irréparable chute. Ignorance, faiblesse, inexpérience, légèreté, sensibilité excessive, imagination désordonnée font double ravage : elles rendent cette chute à la fois plus redoutable et moins redoutée. Sous le prétexte que, dans le passé, la jeune fille, élevée comme en serre, entourée de soins inquiets, jalousement cloîtrée dans son ingénuité, risquait d'être victime de la surprise dès son premier contact avec le monde, et avec la liberté; celle d'aujourd'hui se donne maintes fois l'illusion qu'une éducation et une conduite tout opposée la rendront forte, aguerrie, immunisée, alerte à la défense ou à la riposte; elle prend pour personnalité et pour vigueur ce qui n'est, au fond, que sans-gêne, imprudence ou même effronterie; elle ne veut pas se convaincre que la permanente familiarité avec l'autre sexe, la parité d'occupations et d'allures, contenues un temps dans les limites de la stricte morale, l'exposent tôt ou tard à franchir ces limites. En dépit de sa désinvolture et, parfois même, de sa mentalité masculine, la jeune fille qualifiée de « moderne » garde, bon gré mal gré, les caractères innés, indélébiles de son sexe, son imagination, sa sensibilité, sa tendance sinon à la vanité puérile, du moins assez souvent, à la coquetterie plus périlleuse; elle se laisse prendre au piège, quand elle ne s'y jette pas tête baissée. Elle a l'illusion de l'expérience et se croit, de ce chef, supérieure aux jeunes filles des générations passées. Sous des dehors plus avertis, elle est souvent, en réalité, moins solidement instruite; son expérience est superficielle, suffisante pour ternir sa délicatesse et sa fraîcheur, insuffisante pour la tenir en garde contre les roueries et les hypocrisies des séducteurs; son expérience est aussi surtout négative, et elle ne lui découvre ni la grandeur, ni la beauté, ni les saines et robustes joies du rôle qui la réclame dans la famille et dans la société. Illusion de solidité et de force, illusion d'expérience et de prudence, l'une et l'autre sont l'aliment d'une présomption, à laquelle la nature, même bien guidée, n'est que trop portée. Elle croit pouvoir impunément tout lire, tout voir, tout essayer, tout goûter.
La jeune fille moderne ne veut plus être « protégée », dès lors, elle est désarmée devant les périls de la vie :
A seulement entendre ou deviner un conseil, elle se cabre; le simple soupçon d'une « protection » la révolte. Protection, cela signifie à ses yeux humiliation et asservissement; elle ne se doute pas du besoin qu'elle en a pour la sauvegarde de sa dignité féminine et de sa noble fierté, pour son affranchissement de toutes les séductions, tromperies, flatteries, dont elle est inconsciemment la dupe et l'esclave.
Souvent sa piété est superficielle:
Pour comble, elle est désarmée devant le péril. Pieuse peut-être, du moins elle croit l'être à sa manière, parce qu'elle fréquente, routinière ou superstitieuse, parfois sans y rien comprendre, un minimum de fonctions religieuses, dont elle ne discerne point l'essentiel et l'accessoire; parce qu'elle s'approche, machinale ou — à Dieu ne plaise — indigne, des sacrements, elle n'a de religion et de piété qu'un simple vernis de prétendue dévotion sans substance, sans profondeur, sans doctrine.
Ses connaissances religieuses sont insuffisantes:
Sceptique à l'égard de l'enseignement autorisé de l'Église, elle croit aveuglément ce que lui débitent du dogme, de la morale, de la discipline, ces théologiens improvisés, compagnes ou compagnons de bureau ou d'atelier !
C'est pourquoi, elle est si faible devant le danger:
Et c'est, en bien des cas, dans ces conditions qu'elle affronte tranquillement la vie ! Comme vite elle cédera ! d'abord, une imprudence dont elle rit, le coeur léger; puis une concession, dont elle n'a point scrupule; enfin, la chute — dira-t-on, la première — préparée qu'elle est par de tels préludes?
Elle succombe alors sans même s'en rendre compte:
Parfois, hélas ! sans qu'on s'en soit aperçu, sans qu'elle y ait pris garde ou se soit alarmée, le coeur est déjà gâté par tant de capitulations, tant de fautes secrètes, avant que la catastrophe ne révèle au dehors la déchéance qui, pourtant, date de loin. Il est comme ces fruits magnifiques que le ver ronge au-dedans et dont on ne connaît la corruption qu'au moment de les ouvrir pour en savourer la délicatesse. Ainsi le scandale, le jour où il éclate, entraîne avec lui le déshonneur humain, ne fait que révéler le mal profond, bien plus ancien, et laisse apparaître, derrière la brillante, mais trompeuse façade, qui s'écroule, la pourriture qu'elle avait jusque là masquée. Il faudrait maintenant, pour le guérir, presque un miracle !
Ou bien elle se trouve découragée devant ses défaillances :
Plus souvent, grâce à Dieu ! le coeur de la jeune fille n'est pas ainsi gâté. Il n'est encore qu'affaibli, souillé, dangereusement malade, mortellement blessé peut-être, mais il ne se complaît pas dans son péché et dans son abjection. Elle en gémit, elle alterne les défaillances et les relèvements, les consentements et les repentirs, elle se débat encore — de plus en plus mollement, il est vrai — avant de s'abandonner tout à fait à la tentation décisive. Mais si elle vient à y succomber, la voilà terrassée par le découragement et l'abattement, mauvais conseillers. Que viennent alors à lui manquer l'appui, le soutien affectueux et fort, cette « protection » repoussée naguère, comme humiliante, elle consomme, dans son désarroi, sa ruine spirituelle, ou bien elle s'affole et, dans son affolement, elle cache son crime par un crime nouveau, pour, du moins, sauver les apparences, ou enfin, se libérant, de toute retenue, elle renonce définitivement à un relèvement qui lui semble impossible, elle se livre à la servitude, à l'esclavage de l'infâme exploitation : beaucoup de « professionnelles du vice » n'ont pas commencé autrement.
C'est pour éviter ces catastrophes et guérir ces maux que l'OEuvre de Protection de la Jeune Fille est née:
Pauvre enfant ! comme elle avait besoin de protection pour se garder, quand il était encore temps; comme elle en a besoin maintenant pour se soutenir, pour se relever, pour se réhabiliter dans une vie nouvelle ! Et voilà la tâche, la sainte, mais lourde et difficile tâche, que vous avez voulu assumer dans votre chrétienne et surnaturelle charité.
Da connaissance que vous avez de l'étendue et de la profondeur du fléau, de la variété et de la perfidie ou de la violence des tentations vous fait assez comprendre que le soin individuel de chacune de ces jeunes filles — bien nécessaire, certes ! — ne saurait suffire. Il ne s'agit plus aujourd'hui, d'une pauvre brebis sur cent égarée par malheur, tandis que les quatre-vingt-dix-neuf autres seraient restées fidèles et demeureraient à l'abri du bercail ! Il s'agit du troupeau lui-même dont le pasteur voit trop souvent son action entravée par la malice du démon et des hommes, ses brebis dispersées, errantes, à la merci de tout venant.
Aujourd'hui, l'Église — dans la personne de ses Pasteurs — est trop souvent dans l'impossibilité de porter secours à ces jeunes filles car les États refusent au christianisme le droit de faire l'éducation de la jeunesse :
Eh oui, le pasteur est paralysé. Avons-nous à faire le bilan et le tableau de toutes les campagnes entreprises et menées avec une satanique persévérance, pour empêcher ou réduire le plus souvent possible, l'influence et la part de la religion chrétienne dans l'instruction et l'éducation, pour neutraliser les remèdes préventifs ou curatifs indispensables à une adolescence qui, grandit souvent dans une atmosphère contaminée, n'offre à la contagion qu'un tempérament surnaturel déjà débilité ou tristement prédisposé à la subir? Le pasteur est frappé, frappé à mort dans le coeur de la jeunesse trop encline à accueillir les calomnies, les insinuations malveillantes ou perfides, les satires qui tuent plus ou moins rapidement la confiance qu'on avait dans le prêtre, dans l'Église, dans le Christ lui-même.
Il faut donc dresser rapidement un puissant réseau d'oeuvres pour venir au secours de ces jeunes filles en danger:
C'est pourquoi vous avez compris que contre ce mal, social, permanent, chronique, il fallait agir en grand et prendre les grands moyens.
Mais alors, c'est tout un monde d'oeuvres à créer, à soutenir, dans le labeur incessant. Et vous n'avez pas reculé; soyez-en louées. Notre encouragement ne vous manquera jamais, ni le secours de Dieu dont Notre bénédiction vous est le gage.
Le Saint Père énonce une série d'oeuvres à créer ou à développer:
Agir en grand qu'est-ce à dire? sinon que la multiplicité, la variété, l'ampleur des oeuvres doivent répondre à toutes formes du danger et de la misère, à toutes les situations, à tous les besoins et légitimes aspirations d'ordre corporel, spirituel, surnaturel.
Mais il faut avant tout posséder l'authentique charité chrétienne: seul moteur valable pour les oeuvres:
et que l'urgence d'une action concrète, immédiate ne doit pas faire oublier la nécessité capitale d'une action plus générale et plus profonde, pas plus que l'usage des médicaments spécifiques ne doit, quelle que soit l'urgence, faire négliger le soin majeur de la régénération d'un tempérament, du relèvement d'un organisme. Quiconque pense à cela sérieusement serait effrayé par le programme gigantesque qui s'impose; s'il n'était convaincu de la puissance illimitée d'un véritable amour de charité chrétienne assisté par la grâce souveraine de Dieu, et si sa conviction n'était confirmée par la constatation de ce que vous réalisez.
Ensuite, on créera des oeuvres de protection dont voici la nomenclature :
Vous procurez la sécurité morale de la jeune fille grâce à des centres d'accueil, à des foyers, à des hôtels, à des pensions et restaurants irréprochables, grâce à des secrétariats, à des services de placement et d'orientation, à des permanences dans les gares et les ports maritimes ou aéronautiques.
Les oeuvres doivent avoir une physionomie attrayante:
Encore faut-il que toutes ces institutions ne rappellent point trop par leur laideur, leur austérité, leur mesquine indigence, et parcimonie, ces abris et refuges du temps de guerre, où l'on ne se résignait à entrer que sous la menace et par la peur des bombes. Il faut, au contraire, que la jeune fille y trouve, sans luxe, le confort, le charme, l'intimité expansive, les joyeux divertissements d'une vraie vie de famille, qui puisse faite concurrence à tant d'attractions dangereuses ou coupables; il faut qu'elle y trouve, même si elle ne le cherchait pas spontanément, l'aliment de sa culture intellectuelle, artistique, sociale, spirituelle, qu'elle ait à sa disposition bibliothèques, enseignement non seulement moral et religieux, mais encore domestique, pratique qui la mette en mesure de se préparer pour l'avenir une vie honnête, sainte, heureuse.
L'OEuvre doit être aussi solidement organisée sur le plan international :
Ce n'est pas tout; à notre époque, il ne saurait être question de se cantonner dans une action locale ou régionale, ni même nationale; il faut que tous vos centres particuliers, si parfaitement organisés et équipés, qu'on les suppose, deviennent autant de mailles d'un immense réseau qui puisse enserrer l'univers tout entier. Est-il donc nécessaire de faire tout et si grand? Mieux vaudrait modérer votre ambition et vous contenter de réalisations plus modestes. Soit! mais alors combien de jeunes filles seront assez sérieuses, assez prudentes pour préférer vos offres aux séductions d'un monde de folies, de jouissances, de satisfactions capiteuses pour la sensualité et la vanité?
Les Dirigeantes de l'OEuvre doivent avoir une série de qualités:
Oui, pour aborder et surtout pour soutenir, promouvoir et faire progresser une entreprise de pareille envergure, il faut beaucoup de zèle, beaucoup d'intelligence et de savoir-faire, beaucoup d'amour.
Elles doivent pouvoir compter sur des secours de l'extérieur:
Cela ne suffit pas. Selon l'ordre courant de la Providence, vous avez besoin de vous assurer des concours dévoués suffisants pour vous permettre de réaliser et de développer votre plan; et voilà, disions-nous en commençant, qui exige encore de vous une autre forme de courage.
Or, ici on rencontrera parfois de l'hostilité:
L'obstacle le plus redoutable, peut-être, à notre action, n'est pas l'hostilité déclarée des ennemis de Dieu et des âmes, ni celle des libertins qui se voient arracher leurs proies, ni celle plus ignominieuse encore des trafiquants qui s'enrichissent sans vergogne de ce qu'on appelle avec une horrible, mais rigoureuse exactitude, « la traite des blanches ». Cette hostilité, malgré son infamie, est, somme toute, encore assez compréhensible.
Et plus souvent encore l'indifférence :
Mais ce qui est plus étrange, vu la valeur de l'enjeu, c'est qu'il faut vaincre l'indifférence, l'insouciance, l'ironie même des gens qui se croient chrétiens corrects, catholiques convaincus et pratiquants. Leur dessiller les yeux, leur faire prendre conscience de la gravité du mal et de leur propre responsabilité, éveiller leur intérêt, gagner leur sympathie, obtenir leur concours sous quelque forme que ce soit, n'est pas la partie la moins importante ni la moins ardue de votre tâche.
Le Pape dénonce avec vigueur l'erreur des « catholiques négatifs »:
Nous ne pouvons évidemment pas recenser ici toutes les erreurs, les préventions, les sophismes de ces catholiques négatifs. Il nous suffira donc de dire d'un mot la cause foncière de leur aberration : elle vient surtout de leur profonde ignorance et de leurs grossières confusions en matière de doctrine et de morale, même dans l'ordre purement naturel, a fortiori dans celui de la foi. Aussi du jour où les chrétiens et les chrétiennes verront dans leur religion autre chose qu'un code de lois arbitraires sujettes à évoluer avec le temps, avec l'opinion ou le caprice, avec la mode, qu'ils y verront autre chose qu'un rituel de formalités vides de sens et de substance; du jour où ils seront pénétrés de la croyance à l'existence, à la majesté de Dieu et à reconnaître autrement qu'en paroles oiseuses la dignité naturelle de toute créature humaine, sans distinction de sexe et de condition, plus encore sa destination par l'adoption à la vie surnaturelle à une vie vraiment divine; du jour où ils goûteront la saveur de ces grandes leçons de l'Apôtre : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ? Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous n'êtes plus à vous-mêmes? Car vous avez été achetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. » (1Co 6,15 1Co 6,19-20) : de ce jour-là, disons-Nous, le chrétien, la chrétienne, dépouillant tout égoïsme, tout pharisaïsme, songera que la dignité de cette jeune fille qui passe, insouciante, étourdie, n'est pas moindre que la sienne, mais que son coeur est si fragile qu'un rien peut le briser à jamais, son âme si délicate, qu'un rien peut en ternir pour jamais la pureté. Du jour enfin, où tout chrétien toute chrétienne sincère considérera le rôle social de l'homme et de la femme, qui est de perpétuer la société humaine, de maintenir en vie et de faire croître ici-bas le Corps mystique du Christ, de former, membre à membre, l'éternelle cité des élus; alors, prenant au sérieux leur responsabilité, ils ne se contenteront pas de respecter pour leur propre compte la jeune fille en péril, ils voudront à tout prix la sauver; ils comprendront la sainteté de vos efforts, ils vous apporteront leur concours.
Les dirigeants de l'OEuvre de Protection de la Jeune Fille placeront leur activité sous la sauvegarde de la Sainte Vierge Marie:
Tel est Notre voeu, très chères filles, comme il est le vôtre. A qui recourrons-nous pour qu'il se réalise; vers qui lèverons-nous le regard sinon vers Celle, dont le regard très pur s'abaisse vers ce pauvre monde l'enveloppant, le baignant dans une atmosphère de pureté, mais de pureté ardente et miséricordieuse? Il s'abaisse, ce regard virginal et maternel, sur toutes ces pauvres enfants, nuançant l'expression de sa tendresse selon leur situation et leurs besoins; souriant sur les unes, humide de larmes ou chargé de reproche sur les autres, mais plus suppliant que sévère. Avec quelle complaisance il se repose sur vous et sur votre oeuvre providentielle, oeuvre de préservation, de salut, de rédemption. Par Marie Immaculée descendront sur vous en abondance les bénédictions du Père, du Fils et du Saint-Esprit en gage desquelles Nous vous donnons à vous, à toutes vos protégées, à tous ceux qui collaborent avec vous, Notre Bénédiction Apostolique.
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Pie XII 1948 - AVERTISSEMENT (1) DE LA SUPREME CONGRÉGATION DU SAINT-OFFICE concernant les réunions communes entre catholiques et non-catholiques (5 juin 1948)