Audiences 2008
38 Chers frères et soeurs,
Une très ancienne formule de bénédiction, rapportée dans le Livre des Nombres, dit: "Que Yahvé te bénisse et te garde! Que Yahvé fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce!" (Nb 6,24-26). C'est avec ces mots que la liturgie nous a fait à nouveau entendre hier, premier jour de l'année, que je voudrais adresser mes voeux cordiaux à vous tous, ici présents, et à ceux qui, au cours de ces fêtes de Noël, m'ont fait parvenir des témoignages d'affectueuse proximité spirituelle.
Nous avons célébré hier la fête solennelle de Marie, Mère de Dieu. "Mère de Dieu", Theotokos, est le titre attribué officiellement à Marie au V siècle, plus exactement lors du Concile d'Ephèse de 431, mais qui s'était déjà affirmé dans la dévotion du peuple chrétien à partir du III siècle, dans le contexte des discussions enflammées de cette période sur la personne du Christ. On soulignait, par ce titre, que le Christ est Dieu et qu'il est réellement né, comme un homme, de Marie: on préservait ainsi son unité de vrai Dieu et de vrai homme. En vérité, même si le débat semblait porter sur Marie, celui-ci concernait essentiellement son Fils. Voulant sauvegarder la pleine humanité de Jésus, certains Pères suggéraient un terme plus atténué: au lieu du titre de Theotokos, ils proposaient celui de Christotokos, "Mère du Christ"; cela fut cependant vu à juste titre comme une menace contre la doctrine de la pleine unité de la divinité avec l'humanité du Christ. C'est pourquoi, après une longue discussion, lors du Concile d'Ephèse de 431, comme je l'ai dit, furent solennellement confirmées, d'une part, l'unité des deux natures, divine et humaine, en la personne du Fils de Dieu (cf. DS, DS 250) et, de l'autre, la légitimité de l'attribution à la Vierge du titre de Theotokos, Mère de Dieu (ibid., n. 251).
Après ce Concile, on enregistra une véritable explosion de dévotion mariale et de nombreuses églises dédiées à la Mère de Dieu furent construites. Parmi celles-ci domine la Basilique Sainte-Marie-Majeure, ici à Rome. La doctrine concernant Marie, Mère de Dieu, trouva en outre une nouvelle confirmation dans le Concile de Chalcédoine (451), au cours duquel le Christ fut déclaré "vrai Dieu et vrai homme [...] né pour nous et pour notre salut de Marie, Vierge et Mère de Dieu, dans son humanité" (DS 301). Comme on le sait, le Concile Vatican II a recueilli dans un chapitre de la Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen gentium, le huitième, la doctrine sur Marie, réaffirmant sa maternité divine. Le chapitre s'intitule: "La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l'Eglise".
La qualification de Mère de Dieu, si profondément liée aux fêtes de Noël, est donc le titre fondamental sous lequel la Communauté des croyants honore, pourrions-nous dire depuis toujours, la Sainte Vierge. Celle-ci exprime bien la mission de Marie dans l'histoire du salut. Tous les autres titres qui sont attribués à la Vierge trouvent leur fondement dans sa vocation à être la Mère du Rédempteur, la créature humaine élue par Dieu pour réaliser le plan du salut, centré sur le grand mystère de l'incarnation du Verbe divin. En ces jours de fête, nous nous sommes arrêtés pour contempler dans la crèche la représentation de la Nativité. Au centre de cette scène, nous trouvons la Vierge Mère qui offre l'Enfant Jésus à la contemplation de ceux qui viennent adorer le Sauveur: les pasteurs, les personnes pauvres de Bethléem, les Mages venus d'Orient. Plus tard, lors de la fête de la "Présentation du Seigneur", que nous célébrerons le 2 février, ce seront le vieux Siméon et la prophétesse Anne qui recevront le petit Enfant des mains de sa Mère et qui l'adoreront. La dévotion du peuple chrétien a toujours considéré la naissance de Jésus et la maternité divine de Marie comme deux aspects du même mystère de l'incarnation du Verbe divin et donc elle n'a jamais considéré la Nativité comme une chose du passé. Nous sommes "contemporains" des pasteurs, des mages, de Siméon et d'Anne, et alors que nous cheminons avec eux nous sommes remplis de joie, car Dieu a voulu être Dieu avec nous et qu'il a une mère, qui est notre mère.
C'est du titre de "Mère de Dieu" que dérivent ensuite tous les autres titres avec lesquels l'Eglise honore la Vierge, mais celui-ci est le titre fondamental. Nous pensons au privilège de l'"Immaculée Conception", c'est-à-dire au fait qu'elle soit exempte du péché depuis sa conception: Marie fut préservée de toute tache de péché, car elle devait être la Mère du Rédempteur. Cela est également valable pour le titre de l'"Assomption": Celle qui avait engendré le Sauveur ne pouvait pas être sujette à la corruption dérivant du péché. Et nous savons que tous ces privilèges ne sont pas accordés pour éloigner Marie de nous, mais au contraire pour la rendre proche; en effet, étant totalement avec Dieu, cette Femme est très proche de nous et nous aide comme une mère et comme une soeur. La place unique et singulière que Marie possède dans la communauté des croyants dérive également de sa vocation fondamentale à être la Mère du Rédempteur. Précisément en tant que telle, Marie est également la Mère du Corps mystique du Christ, qui est l'Eglise. C'est donc à juste titre que, durant le Concile Vatican II, le 21 novembre 1964, Paul VI attribua solennellement à Marie le titre de "Mère de l'Eglise".
Précisément parce qu'elle est la Mère de l'Eglise, la Vierge est également la Mère de chacun de nous, qui sommes les membres du Corps mystique du Christ. De la Croix, Jésus a confié sa Mère à chacun de ses disciples et, dans le même temps, il a confié chacun de ses disciples à l'amour de sa Mère. L'évangéliste Jean conclut son récit bref et suggestif par les mots suivants: "Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui" (Jn 19,27). Telle est la traduction du texte grec: "èis tà ìdia", il l'accueillit dans sa propre réalité, dans son propre être. Si bien qu'elle fait partie de sa vie et que les deux vies s'interpénètrent; et cette façon de l'accepter dans sa propre vie (èis tà ìdia) est le testament du Seigneur. Au moment suprême de l'accomplissement de la mission messianique, Jésus laisse donc à chacun de ses disciples, comme héritage précieux, sa propre Mère, la Vierge Marie.
Chers frères et soeurs, en ces premiers jours de l'année, nous sommes invités à considérer attentivement l'importance de la présence de Marie dans la vie de l'Eglise et dans notre existence personnelle. Remettons-nous à Elle, afin qu'Elle guide nos pas en cette nouvelle période de temps que le Seigneur nous donne de vivre, et qu'elle nous aide à être d'authentiques amis de son Fils et de courageux artisans de son Royaume dans le monde, Royaume de la lumière et de la vérité. Bonne année à tous! Tel est le souhait que je désire à présent adresser à vous tous ici présents et à vos proches, en cette première Audience générale de l'année 2008. Que la nouvelle année, commencée sous le signe de la Vierge Marie, nous fasse sentir plus vivement sa présence maternelle, si bien que, soutenus et réconfortés par la protection de la Vierge, nous puissions contempler avec un regard neuf le visage de son Fils Jésus et cheminer avec plus d'empressement sur les voies du bien.
Encore une fois, Bonne année à tous!
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Je salue tous les pèlerins francophones. Que Marie nous fasse ressentir plus vivement sa présence maternelle ; ainsi soutenus et réconfortés par elle, nous pourrons contempler avec un regard neuf le visage de son Fils Jésus et cheminer avec plus d’empressement dans la voie du bien. Bonne Année à tous !
39 Chers frères et soeurs,
Après les grandes festivités de Noël, je voudrais revenir aux méditations sur les Pères de l'Eglise et parler aujourd'hui du plus grand Père de l'Eglise latine, saint Augustin: homme de passion et de foi, d'une très grande intelligence et d'une sollicitude pastorale inlassable, ce grand saint et docteur de l'Eglise est souvent connu, tout au moins de réputation, par ceux qui ignorent le christianisme ou qui ne le connaissent pas bien, car il a laissé une empreinte très profonde dans la vie culturelle de l'Occident et du monde entier. En raison de son importance particulière, saint Augustin a eu une influence considérable et l'on pourrait affirmer, d'une part, que toutes les routes de la littérature chrétienne latine mènent à Hippone (aujourd'hui Annaba, sur la côte algérienne), le lieu où il était Evêque et, de l'autre, que de cette ville de l'Afrique romaine, dont Augustin fut l'Evêque de 395 jusqu'à sa mort en 430, partent de nombreuses autres routes du christianisme successif et de la culture occidentale elle-même.
Rarement une civilisation ne rencontra un aussi grand esprit, qui sache en accueillir les valeurs et en exalter la richesse intrinsèque, en inventant des idées et des formes dont la postérité se nourrirait, comme le souligna également Paul VI: "On peut dire que toute la pensée de l'Antiquité conflue dans son oeuvre et que de celle-ci dérivent des courants de pensée qui parcourent toute la tradition doctrinale des siècles suivants" (AAS, 62, 1970, p. 426). Augustin est également le Père de l'Eglise qui a laissé le plus grand nombre d'oeuvres. Son biographe Possidius dit qu'il semblait impossible qu'un homme puisse écrire autant de choses dans sa vie. Nous parlerons de ces diverses oeuvres lors d'une prochaine rencontre. Aujourd'hui, nous réserverons notre attention à sa vie, que l'on reconstruit bien à partir de ses écrits, et en particulier des Confessiones, son extraordinaire autobiographie spirituelle, écrite en louange à Dieu, qui est son oeuvre la plus célèbre. Et à juste titre, car ce sont précisément les Confessiones d'Augustin, avec leur attention à la vie intérieure et à la psychologie, qui constituent un modèle unique dans la littérature occidentale, et pas seulement occidentale, même non religieuse, jusqu'à la modernité. Cette attention à la vie spirituelle, au mystère du "moi", au mystère de Dieu qui se cache derrière le "moi", est une chose extraordinaire sans précédent et restera pour toujours, pour ainsi dire, un "sommet" spirituel.
Mais pour en venir à sa vie, Augustin naquit à Taghaste - dans la province de Numidie de l'Afrique romaine - le 13 novembre 354, de Patrice, un païen qui devint ensuite catéchumène, et de Monique, fervente chrétienne. Cette femme passionnée, vénérée comme une sainte, exerça sur son fils une très grande influence et l'éduqua dans la foi chrétienne. Augustin avait également reçu le sel, comme signe de l'accueil dans le catéchuménat. Et il est resté fasciné pour toujours par la figure de Jésus Christ; il dit même avoir toujours aimé Jésus, mais s'être éloigné toujours plus de la foi ecclésiale, de la pratique ecclésiale, comme cela arrive pour de nombreux jeunes aujourd'hui aussi.
Augustin avait aussi un frère, Navigius, et une soeur, dont nous ignorons le nom et qui, devenue veuve, fut ensuite à la tête d'un monastère féminin. Le jeune garçon, d'une très vive intelligence, reçut une bonne éducation, même s'il ne fut pas un étudiant exemplaire. Il étudia cependant bien la grammaire, tout d'abord dans sa ville natale, puis à Madaure et, à partir de 370, la rhétorique à Carthage, capitale de l'Afrique romaine: maîtrisant parfaitement la langue latine, il n'arriva cependant pas à la même maîtrise du grec et n'apprit pas le punique, parlé par ses compatriotes. Ce fut précisément à Carthage qu'Augustin lut pour la première fois l'Hortensius, une oeuvre de Cicéron qui fut ensuite perdue et qui marqua le début de son chemin vers la conversion. En effet, le texte cicéronien éveilla en lui l'amour pour la sagesse, comme il l'écrira, devenu Evêque, dans les Confessiones: "Ce livre changea véritablement ma façon de voir", si bien qu'"à l'improviste toute espérance vaine perdit de sa valeur et que je désirai avec une incroyable ardeur du coeur l'immortalité de la sagesse" (III, 4, 7).
Mais comme il était convaincu que sans Jésus on ne peut pas dire avoir effectivement trouvé la vérité, et comme dans ce livre passionné ce nom lui manquait, immédiatement après l'avoir lu, il commença à lire l'Ecriture, la Bible. Mais il en fut déçu. Non seulement parce que le style latin de la traduction de l'Ecriture Sainte était insuffisant, mais également parce que le contenu lui-même ne lui parut pas satisfaisant. Dans les récits de l'Ecriture sur les guerres et les autres événements humains, il ne trouva pas l'élévation de la philosophie, la splendeur de la recherche de la vérité qui lui est propre. Toutefois, il ne voulait pas vivre sans Dieu et il cherchait ainsi une religion correspondant à son désir de vérité et également à son désir de se rapprocher de Jésus. Il tomba ainsi dans les filets des manichéens, qui se présentaient comme des chrétiens et promettaient une religion totalement rationnelle. Ils affirmaient que le monde est divisé en deux principes: le bien et le mal. Et ainsi s'expliquerait toute la complexité de l'histoire humaine. La morale dualiste plaisait aussi à saint Augustin, car elle comportait une morale très élevée pour les élus: et pour celui qui y adhérait, comme lui, il était possible de vivre une vie beaucoup plus adaptée à la situation de l'époque, en particulier pour un homme jeune. Il devint donc manichéen, convaincu à ce moment-là d'avoir trouvé la synthèse entre rationalité, recherche de la vérité et amour de Jésus Christ. Il en tira également un avantage concret pour sa vie: l'adhésion aux manichéens ouvrait en effet des perspectives faciles de carrière. Adhérer à cette religion qui comptait tant de personnalités influentes lui permettait également de poursuivre une relation tissée avec une femme et d'aller de l'avant dans sa carrière. Il eut un fils de cette femme, Adéodat, qui lui était très cher, très intelligent, et qui sera ensuite très présent lors de sa préparation au baptême près du lac de Côme, participant à ces "Dialogues" que saint Augustin nous a légués. Malheureusement, l'enfant mourut prématurément. Professeur de grammaire vers l'âge de vingt ans dans sa ville natale, il revint bien vite à Carthage, où il devint un maître de rhétorique brillant et célèbre. Avec le temps, toutefois, Augustin commença à s'éloigner de la foi des manichéens, qui le déçurent précisément du point de vue intellectuel car ils étaient incapables de résoudre ses doutes, et il se transféra à Rome, puis à Milan, où résidait alors la cour impériale et où il avait obtenu un poste de prestige grâce à l'intervention et aux recommandations du préfet de Rome, le païen Simmaque, hostile à l'Evêque de Milan saint Ambroise.
A Milan, Augustin prit l'habitude d'écouter - tout d'abord dans le but d'enrichir son bagage rhétorique - les très belles prédications de l'Evêque Ambroise, qui avait été le représentant de l'empereur pour l'Italie du Nord, et le rhéteur africain fut fasciné par la parole du grand prélat milanais et pas seulement par sa rhétorique; c'est surtout son contenu qui toucha toujours plus son coeur. Le grand problème de l'Ancien Testament, du manque de beauté rhétorique, d'élévation philosophique se résolvait, dans les prédications de saint Ambroise, grâce à l'interprétation typologique de l'Ancien Testament: Augustin comprit que tout l'Ancien Testament est un chemin vers Jésus Christ. Il trouva ainsi la clef pour comprendre la beauté, la profondeur également philosophique de l'Ancien Testament et il comprit toute l'unité du mystère du Christ dans l'histoire et également la synthèse entre philosophie, rationalité et foi dans le Logos, dans le Christ Verbe éternel qui s'est fait chair.
Augustin se rendit rapidement compte que la lecture allégorique des Ecritures et la philosophie néoplatonicienne pratiquées par l'Evêque de Milan lui permettaient de résoudre les difficultés intellectuelles qui, lorsqu'il était plus jeune, lors de sa première approche des textes bibliques, lui avaient paru insurmontables.
A la lecture des écrits des philosophes, Augustin fit ainsi suivre à nouveau celle de l'Ecriture et surtout des lettres pauliniennes. Sa conversion au christianisme, le 15 août 386, se situa donc au sommet d'un itinéraire intérieur long et tourmenté dont nous parlerons dans une autre catéchèse, et l'Africain s'installa à la campagne au nord de Milan, près du lac de Côme - avec sa mère Monique, son fils Adéodat et un petit groupe d'amis - pour se préparer au baptême. Ainsi, à trente-deux ans, Augustin fut baptisé par Ambroise, le 24 avril 387, au cours de la veillée pascale, dans la cathédrale de Milan.
Après son baptême, Augustin décida de revenir en Afrique avec ses amis, avec l'idée de pratiquer une vie commune, de type monastique, au service de Dieu. Mais à Ostie, dans l'attente du départ, sa mère tomba brusquement malade et mourut un peu plus tard, déchirant le coeur de son fils. Finalement de retour dans sa patrie, le converti s'établit à Hippone pour y fonder précisément un monastère. Dans cette ville de la côte africaine, malgré la présence d'hérésies, il fut ordonné prêtre en 391 et commença avec plusieurs compagnons la vie monastique à laquelle il pensait depuis longtemps, partageant son temps entre la prière, l'étude et la prédication. Il voulait uniquement être au service de la vérité, il ne se sentait pas appelé à la vie pastorale, mais il comprit ensuite que l'appel de Dieu était celui d'être un pasteur parmi les autres, en offrant ainsi le don de la vérité aux autres. C'est à Hippone, quatre ans plus tard, en 395, qu'il fut consacré Evêque. Continuant à approfondir l'étude des Ecritures et des textes de la tradition chrétienne, Augustin fut un Evêque exemplaire dans son engagement pastoral inlassable: il prêchait plusieurs fois par semaine à ses fidèles, il assistait les pauvres et les orphelins, il soignait la formation du clergé et l'organisation de monastères féminins et masculins. En peu de mots, ce rhéteur de l'antiquité s'affirma comme l'un des représentants les plus importants du christianisme de cette époque: très actif dans le gouvernement de son diocèse - avec également d'importantes conséquences au niveau civil - pendant ses plus de trente-cinq années d'épiscopat, l'Evêque d'Hippone exerça en effet une grande influence dans la conduite de l'Eglise catholique de l'Afrique romaine et de manière plus générale sur le christianisme de son temps, faisant face à des tendances religieuses et des hérésies tenaces et sources de division telles que le manichéisme, le donatisme et le pélagianisme, qui mettaient en danger la foi chrétienne dans le Dieu unique et riche en miséricorde.
Et c'est à Dieu qu'Augustin se confia chaque jour, jusqu'à la fin de sa vie: frappé par la fièvre, alors que depuis presque trois mois sa ville d'Hippone était assiégée par les envahisseurs vandales, l'Evêque - raconte son ami Possidius dans la Vita Augustini - demanda que l'on transcrive en gros caractères les psaumes pénitentiels "et il fit afficher les feuilles sur le mur, de sorte que se trouvant au lit pendant sa maladie il pouvait les voir et les lire, et il pleurait sans cesse à chaudes larmes" (31, 2). C'est ainsi que s'écoulèrent les derniers jours de la vie d'Augustin, qui mourut le 28 août 430, alors qu'il n'avait pas encore 76 ans. Nous consacrerons les prochaines rencontres à ses oeuvres, à son message et à son parcours intérieur.
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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue en particulier les jeunes du lycée d’enseignement agricole privé, de Saint-Maximin. Que saint Augustin soit pour vous tous un modèle dans votre recherche de Dieu et qu’il vous aide à approfondir votre foi! Avec ma Bénédiction apostolique.
40 Chers frères et soeurs!
Aujourd'hui, comme mercredi dernier, je voudrais parler du grand Evêque d'Hippone, saint Augustin. Quatre ans avant de mourir, il voulut nommer son successeur. C'est pourquoi, le 26 septembre 426, il rassembla le peuple dans la Basilique de la Paix, à Hippone, pour présenter aux fidèles celui qu'il avait désigné pour cette tâche. Il dit: "Dans cette vie nous sommes tous mortels, mais le dernier jour de cette vie est toujours incertain pour chaque personne. Toutefois, dans l'enfance on espère parvenir à l'adolescence; dans l'adolescence à la jeunesse; dans la jeunesse à l'âge adulte; dans l'âge adulte à l'âge mûr, dans l'âge mûr à la vieillesse. On n'est pas sûr d'y parvenir, mais on l'espère. La vieillesse, au contraire, n'a devant elle aucun temps dans lequel espérer; sa durée même est incertaine... Par la volonté de Dieu, je parvins dans cette ville dans la force de l'âge; mais à présent ma jeunesse est passée et désormais je suis vieux" (Ep 213,1). A ce point, Augustin cita le nom du successeur désigné, le prêtre Eraclius. L'assemblée applaudit en signe d'approbation en répétant vingt-trois fois: "Dieu soit remercié! loué soit Jésus Christ!". En outre, les fidèles approuvèrent par d'autres acclamations ce qu'Augustin dit ensuite à propos de ses intentions pour l'avenir: il voulait consacrer les années qui lui restaient à une étude plus intense des Ecritures Saintes (cf. Ep Ep 213,6).
De fait, les quatre années qui suivirent furent des années d'une extraordinaire activité intellectuelle: il mena à bien des oeuvres importantes, il en commença d'autres tout aussi prenantes, il mena des débats publics avec les hérétiques - il cherchait toujours le dialogue -, il intervint pour promouvoir la paix dans les provinces africaines assiégées par les tribus barbares du sud. C'est à ce propos qu'il écrivit au comte Darius, venu en Afrique pour résoudre le différend entre le comte Boniface et la cour impériale, dont profitaient les tribus des Maures pour effectuer leurs incursions. "Le plus grand titre de gloire - affirmait-il dans sa lettre - est précisément de tuer la guerre grâce à la parole, au lieu de tuer les hommes par l'épée, et de rétablir ou de conserver la paix par la paix et non par la guerre. Bien sûr, ceux qui combattent, s'ils sont bons, cherchent eux aussi sans aucun doute la paix, mais au prix du sang versé. Toi, au contraire, tu as été envoyé précisément pour empêcher que l'on cherche à verser le sang de quiconque" (Ep 229,2). Malheureusement, les espérances d'une pacification des territoires africains furent déçues: en mai 429, les Vandales, invités en Afrique par Boniface lui-même qui voulait se venger, franchirent le détroit de Gibraltar et envahirent la Mauritanie. L'invasion atteint rapidement les autres riches provinces africaines. En mai ou en juin 430, les "destructeurs de l'empire romain", comme Possidius qualifie ces barbares (Vie, 30, 1), encerclaient Hippone, qu'ils assiégèrent.
Boniface avait lui aussi cherché refuge en ville et, s'étant réconcilié trop tard avec la cour, il tentait à présent en vain de barrer la route aux envahisseurs. Le biographe Possidius décrit la douleur d'Augustin: "Les larmes étaient, plus que d'habitude, son pain quotidien nuit et jour et, désormais parvenu à la fin de sa vie, il traînait plus que les autres sa vieillesse dans l'amertume et dans le deuil" (Vie, 28, 6). Et il explique: "Cet homme de Dieu voyait en effet les massacres et les destructions des villes; les maisons dans les campagnes détruites et leurs habitants tués par les ennemis ou mis en fuite et dispersés; les églises privées de prêtres et de ministres, les vierges sacrées et les religieuses dispersées de toute part; parmi eux, des personnes mortes sous les tortures, d'autres tuées par l'épée, d'autres encore faites prisonnières, ayant perdu l'intégrité de l'âme et du corps et également la foi, réduites en un esclavage long et douloureux par leurs ennemis" (ibid., 28, 8).
Bien que vieux et fatigué, Augustin resta cependant sur la brèche, se réconfortant et réconfortant les autres par la prière et par la méditation sur les mystérieux desseins de la Providence. Il parlait, à cet égard, de la "vieillesse du monde", - et véritablement ce monde romain était vieux -, il parlait de cette vieillesse comme il l'avait déjà fait des années auparavant, pour réconforter les réfugiés provenant de l'Italie, lorsqu'en 410 les Goths d'Alaric avaient envahi la ville de Rome. Pendant la vieillesse, disait-il, les maux abondent: toux, rhumes, yeux chassieux, anxiété, épuisement. Mais si le monde vieillit, le Christ est éternellement jeune. D'où l'invitation: "Ne refuse pas de rajeunir uni au Christ, qui te dit: Ne crains rien, ta jeunesse se renouvellera comme celle de l'aigle" (Serm. 81, 8). Le chrétien ne doit donc pas se laisser abattre, mais se prodiguer pour aider celui qui est dans le besoin. C'est ce que le grand Docteur suggère en répondant à l'Evêque de Tiabe, Honoré, qui lui avait demandé si, sous la pression des invasions barbares, un Evêque, un prêtre ou tout autre homme d'Eglise pouvait fuir pour sauver sa vie: "Lorsque le danger est commun pour tous, c'est-à-dire pour les Evêques, les clercs et les laïcs, que ceux qui ont besoin des autres ne soient pas abandonnés par ceux dont ils ont besoin. Dans ce cas, qu'ils se réfugient même tous ensemble dans des lieux sûrs; mais si certains ont besoin de rester, qu'ils ne soient pas abandonnés par ceux qui ont le devoir de les assister par le saint ministère, de manière à ce qu'ils se sauvent ensemble ou qu'ils suportent ensemble les catastrophes que le Père de famille voudra qu'ils patissent" (Ep 228,2). Et il concluait: "Telle est la preuve suprême de la charité" (ibid., 3). Comment ne pas reconnaître dans ces mots, le message héroïque que tant de prêtres, au cours des siècles, ont accueilli et adopté?
En attendant la ville d'Hippone résistait. La maison-monastère d'Augustin avait ouvert ses portes pour accueillir ses collègues dans l'épiscopat qui demandaient l'hospitalité. Parmi eux se trouvait également Possidius, autrefois son disciple, qui put ainsi nous laisser le témoignage direct de ces derniers jours dramatiques. "Au troisième mois de ce siège - raconte-t-il - il se mit au lit avec la fièvre: c'était sa dernière maladie" (Vie, 29, 3). Le saint Vieillard profita de ce temps désormais libre pour se consacrer avec plus d'intensité à la prière. Il avait l'habitude d'affirmer que personne, Evêque, religieux ou laïcs, aussi irrépréhensible que puisse sembler sa conduite, ne peut affronter la mort sans une pénitence adaptée. C'est pourquoi il continuait sans cesse à répéter, en pleurant, les psaumes pénitentiels qu'il avait si souvent récités avec le peuple (cf. ibid., 31, 2).
Plus le mal s'aggravait, plus l'Evêque mourant ressentait le besoin de solitude et de prière: "Pour n'être dérangé par personne dans son recueillement, environ dix jours avant de sortir de son corps, il nous pria, nous tous présents, de ne laisser entrer personne dans sa chambre, en dehors des heures où les médecins venaient l'examiner ou lorsqu'on lui apportait les repas. Sa volonté fut exactement accomplie et, pendant tout ce temps, il se consacra à la prière" (ibid., 31, 3). Il cessa de vivre le 28 août 430: son grand coeur s'était finalement apaisé en Dieu.
"Pour la déposition de son corps - nous informe Possidius - le sacrifice, auquel nous assistâmes, fut offert à Dieu, puis il fut enseveli" (Vie, 31, 5). Son corps, à une date incertaine, fut transféré en Sardaigne, puis, vers 725, à Pavie, dans la Basilique "San Pietro in Ciel d'oro", où il repose encore aujourd'hui. Son premier biographe a exprimé ce jugement conclusif sur lui: "Il laissa à l'Eglise un clergé très nombreux, ainsi que des monastères d'hommes et de femmes pleins de personnes consacrées à la chasteté sous l'obéissance de leurs supérieurs, ainsi que des bibliothèques contenant ses livres et ses discours et ceux d'autres saints, grâce auxquels on sait quels ont été, par la grâce de Dieu, son mérite et sa grandeur dans l'Eglise, où les fidèles le retrouvent toujours vivant" (Possidius, Vie, 31, 8). C'est un jugement auquel nous pouvons nous associer: dans ses écrits nous aussi nous le "retrouvons vivant". Lorsque je lis les écrits de saint Augustin, je n'ai pas l'impression qu'il s'agisse d'un homme mort il y a plus ou moins 1600 ans, mais je le perçois comme un homme d'aujourd'hui: un ami, un contemporain qui me parle, qui nous parle avec sa foi fraîche et actuelle. Chez saint Augustin qui nous parle, qui me parle dans ses écrits, nous voyons l'actualité permanente de sa foi; de la foi qui vient du Christ, Verbe éternel incarné, Fils de Dieu et Fils de l'homme. Et nous pouvons voir que cette foi n'est pas d'hier, même si elle a été prêchée hier; elle est toujours d'aujourd'hui, car le Christ est réellement hier, aujourd'hui et à jamais. Il est le chemin, la Vérité et la Vie. Ainsi, saint Augustin nous encourage à nous confier à ce Christ toujours vivant et à trouver de cette manière le chemin de la vie.
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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, particulièrement le groupe de la paroisse du Pradet. Que l’exemple de saint Augustin vous aide à tenir bon dans les épreuves et à rester fermes dans la foi tout au long de votre vie. Avec ma Bénédiction apostolique.
Semaine de prière pour l'unité des chrétiens
Après-demain, vendredi 18 janvier, commence la traditionnelle Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, qui cette année revêt une valeur singulière car cent ans se sont écoulés depuis son institution. Le thème est l'invitation de saint Paul aux Thessaloniciens: "Priez sans relâche" (1Th 5,17); une invitation que je fais mienne et que j'adresse bien volontiers à toute l'Eglise. Oui, il est nécessaire de prier sans relâche en demandant avec insistance à Dieu le grand don de l'unité entre tous les disciples du Seigneur. Que la force inépuisable de l'Esprit Saint nous pousse à un engagement sincère de recherche de l'unité, afin que nous puissions professer tous ensemble que Jésus est l'unique Sauveur du monde.
41 Chers frères et soeurs,
Nous célébrons la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, qui se conclura vendredi prochain, 25 janvier, fête de la Conversion de l'Apôtre Paul. Les chrétiens des diverses Eglises et Communautés ecclésiales s'unissent au cours de ces journées dans une invocation commune pour demander au Seigneur Jésus le rétablissement de la pleine unité entre tous ses disciples. C'est une imploration unanime faite avec une seule âme et un seul coeur, répondant à l'aspiration du Rédempteur lui-même qui, lors de la Dernière Cène, s'est adressé au Père en ces termes: "Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn 17,20-21). En demandant la grâce de l'unité, les chrétiens s'unissent à la prière même du Christ et s'engagent à oeuvrer activement pour que l'humanité tout entière l'accueille et le reconnaisse comme seul Pasteur et unique Seigneur, et puisse ainsi faire l'expérience de la joie de son amour.
Cette année, la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens prend une valeur et une signification particulières, car elle rappelle les cent ans écoulés depuis ses débuts. Lorsqu'elle fut lancée, ce fut en effet une intuition vraiment féconde. C'était en 1908: un anglican américain, ensuite entré dans la communion de l'Eglise catholique, fondateur de la "Society of the Atonment" (Communauté des frères et des soeurs de l'Atonement), le Père Paul Wattson, avec un autre épiscopalien, le Père Spencer Jones, lança l'idée prophétique d'une octave de prière pour l'unité des chrétiens. L'idée fut accueillie de manière favorable par l'Archevêque de New York et par le Nonce apostolique. L'appel à prier pour l'unité fut ensuite étendu, en 1916, à toute l'Eglise catholique grâce à l'intervention de mon vénéré Prédécesseur le Pape Benoît XV, à travers le Bref Ad perpetuam rei memoriam.L'initiative, qui entre temps avait suscité un grand intérêt, prit pied partout de manière progressive et, avec le temps, elle définit toujours davantage sa propre structure, marquant également une évolution dans son déroulement grâce à l'apport de l'Abbé Couturier (1936). Ensuite, lorsque souffla le vent prophétique du Concile Vatican II, on ressentit encore davantage l'urgence de l'unité. Après l'Assemblée conciliaire, le chemin patient de la recherche de la pleine communion entre tous les chrétiens se poursuivit, un chemin oecuménique qui, d'année en année, a trouvé précisément dans la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens l'un des moments les plus qualifiés et fructueux. Cent ans après le premier appel à prier pour l'unité, cette Semaine de prière est désormais devenue une tradition bien établie, conservant l'esprit et les dates choisies au début par le Père Wattson. Il les avait en effet choisies en raison de leur caractère symbolique. Le calendrier de l'époque prévoyait pour le 18 janvier, la fête de la Chaire de saint Pierre, qui est le fondement solide et la garantie certaine de l'unité du Peuple de Dieu tout entier, alors que le 25 janvier, comme aujourd'hui encore, la liturgie célèbre la fête de la conversion de saint Paul. Alors que nous rendons grâce au Seigneur pour ces cent ans de prière et d'engagement commun entre les nombreux disciples de Jésus, nous rappelons avec reconnaissance le créateur de cette initiative spirituelle providentielle, le Père Wattson et, avec lui, ceux qui l'ont développée et enrichie par leur contribution, la faisant devenir le patrimoine commun de tous les chrétiens.
Je rappelais il y a quelques instants que le Concile Vatican II a consacré une grande attention au thème de l'unité des chrétiens, en particulier avec le Décret sur l'oecuménisme (Unitatis redintegratio ), dans lequel, entre autres, sont soulignés avec force le rôle et l'importance de la prière pour l'unité. La prière, observe le Concile, se trouve au coeur même de tout le chemin oecuménique. "Cette conversion du coeur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout l'oecuménisme" (UR 8). Précisément grâce à cet oecuménisme spirituel - sainteté de la vie, conversion du coeur, prières privées et publiques -, la recherche commune de l'unité a enregistré un grand développement au cours de ces décennies, qui s'est diversifié dans de multiples initiatives: de la connaissance réciproque au contact fraternel entre membres des diverses Eglises et Communautés ecclésiales, de conversations toujours plus amicales à des collaborations dans divers domaines, du dialogue théologique à la recherche de formes concrètes de communion. Ce qui a vivifié et continue à vivifier ce chemin vers la pleine communion entre tous les chrétiens est tout d'abord la prière. "Priez sans cesse" (1Th 5,17) est le thème de la Semaine de cette année; c'est en même temps l'invitation qui ne cesse jamais de retentir dans nos communautés, pour que la prière soit la lumière, la force, l'orientation de nos pas, dans une attitude d'écoute humble et docile de notre Seigneur commun.
En deuxième lieu, le Concile place l'accent sur la prière commune, celle qui est élevée à la fois par des catholiques et d'autres chrétiens vers l'unique Père céleste. Le Décret sur l'oecuménisme affirme à ce propos: "De telles supplications communes sont assurément un moyen efficace de demander la grâce de l'unité" (UR 8). Et cela parce que dans la prière commune, les chrétiens se placent ensemble face au Seigneur et, prenant conscience des contradictions engendrées par la division, manifestent la volonté d'obéir à sa volonté en ayant recours avec confiance à son assistance toute puissante. Le Décret ajoute ensuite que ces prières "constituent une expression authentique des liens par lesquels les catholiques demeurent unis avec les frères séparés (seiuncti)" (ibid.). La prière commune n'est donc pas un acte volontariste ou purement sociologique, mais elle est l'expression de la foi qui unit tous les disciples du Christ. Au cours des années s'est instaurée une collaboration féconde dans ce domaine et, depuis 1968, ce qui était alors le Secrétariat pour l'unité des chrétiens, devenu ensuite le Conseil pontifical pour la Promotion et l'Unité des Chrétiens, et le Conseil oecuménique des Eglises préparent ensemble les documents pour la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, qui sont ensuite diffusés en même temps dans le monde, couvrant des zones que l'on n'aurait jamais pu atteindre en oeuvrant seuls.
Le Décret conciliaire sur l'oecuménisme fait référence à la prière pour l'unité quand, précisément à la fin, il affirme que le Concile est conscient que "ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l'unité d'une seule et unique Eglise du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines. C'est pourquoi il met entièrement son espoir dans la prière du Christ pour l'Eglise" (UR 24). C'est la conscience de nos limites humaines qui nous pousse à l'abandon confiant entre les mains du Seigneur. A tout bien considérer, le sens profond de cette Semaine de prière est précisément de s'appuyer solidement sur la prière du Christ, qui dans son Eglise continue à prier pour que "tous soient un... pour que le monde croie..." (Jn 17,21). Aujourd'hui nous ressentons profondément le réalisme de ces mots. Le monde souffre en raison de l'absence de Dieu, de l'inaccessibilité de Dieu, il a le désir de connaître le visage de Dieu. Mais comment les hommes d'aujourd'hui pourraient-ils et peuvent-il connaître ce visage de Dieu dans le visage de Jésus Christ si nous les chrétiens sommes divisés, si l'un enseigne contre l'autre, si l'un se dresse contre l'autre? Ce n'est que dans l'unité que nous pouvons réellement montrer à ce monde - qui en a besoin - le visage de Dieu, le visage du Christ. Il est également évident que ce n'est pas avec nos propres stratégies, avec le dialogue et avec tout ce que nous faisons - qui est pourtant si nécessaire - que nous pouvons obtenir cette unité. Ce que nous pouvons obtenir, c'est notre disponibilité et capacité à accueillir cette unité quand le Seigneur nous la donne. Voilà le sens de la prière: ouvrir nos coeurs, créer en nous cette disponibilité qui ouvre la route au Christ. Dans la liturgie de l'Eglise antique, après l'homélie, l'Evêque ou le président de la célébration, le célébrant principal disait: "Conversi ad Dominum". Puis il se levait avec tout le monde et ils se tournaient vers l'Orient. Tous voulaient regarder vers le Christ. Ce n'est que convertis, dans cette conversion vers le Christ, dans ce regard commun vers le Christ, que nous pouvons trouver le don de l'unité.
Nous pouvons dire que c'est la prière pour l'unité des chrétiens qui a animé et accompagné les diverses étapes du mouvement oecuménique, en particulier à partir du Concile Vatican II. Au cours de cette période, l'Eglise catholique est entrée en contact avec les différentes Eglises et Communautés ecclésiales d'Orient et d'Occident à travers diverses formes de dialogue, en affrontant avec chacune les problèmes théologiques et historiques nés au cours des siècles et qui sont restés comme des éléments de division. Le Seigneur a fait en sorte que ces relations amicales améliorent la connaissance réciproque, intensifient la communion en rendant, en même temps, plus claire la perception des problèmes qui restent ouverts et qui fomentent la division. Aujourd'hui, pendant cette Semaine, nous rendons grâce à Dieu qui a soutenu et éclairé le chemin parcouru jusqu'à présent, un chemin fécond que le décret conciliaire sur l'oecuménisme décrivait comme "né sous l'action de la grâce de l'Esprit Saint" et "qui s'amplifie également de jour en jour" (UR 1).
Chers frères et soeurs, nous recueillons l'invitation "à prier sans cesse", que l'Apôtre Paul adressait aux premiers chrétiens de Thessalonique, une communauté qu'il avait lui-même fondée. Et précisément parce qu'il avait su que des désaccords y étaient apparus, il voulut leur recommander d'être patients avec tous, de se garder de rendre le mal pour le mal, en recherchant en revanche toujours le bien entre eux et avec tous, et en restant heureux en toute circonstance, heureux car le Seigneur est proche. Les conseils que saint Paul donnait aux Thessaloniciens peuvent inspirer aujourd'hui aussi le comportement des chrétiens dans le cadre des relations oecuméniques. Il dit en particulier: "Vivez en paix entre vous" et "Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance" (cf. 1Th 5,13 1Th 5,18). Accueillons nous aussi cette exhortation pressante de l'Apôtre, aussi bien pour rendre grâce au Seigneur des progrès accomplis par le mouvement oecuménique, que pour implorer la pleine unité. Que la Vierge Marie, Mère de l'Eglise, obtienne pour tous les disciples de son divin Fils de pouvoir vivre au plus tôt dans la paix et la charité réciproque, de manière à rendre un témoignage convaincant de réconciliation devant le monde entier, pour rendre accessible le visage de Dieu dans le visage du Christ, qui est le Dieu-avec-nous, le Dieu de la paix et de l'unité.
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Je salue tous les pèlerins francophones, en particulier les jeunes des collèges La Rochefoucauld et Rocroy Saint-Léon de Paris. Suivant les conseils de l’Apôtre Paul, je vous invite à être des artisans d’unité dans l’Église et dans le monde, étant attentifs à tous et priant le Seigneur de nous faire la grâce de l’unité.
Audiences 2008