Audiences 2008 46

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Mercredi 5 mars 2008 - Saint Léon le Grand

Chers frères et soeurs,

En poursuivant notre chemin parmi les Pères de l'Eglise, véritables astres qui brillent de loin, nous abordons pendant notre rencontre d'aujourd'hui la figure d'un Pape qui, en 1754, fut proclamé Docteur de l'Eglise par Benoît XIV: il s'agit de saint Léon le Grand. Comme l'indique l'épithète que la tradition lui attribua très tôt, il fut véritablement l'un des plus grands Papes qui aient honoré le Siège romain, contribuant largement à en renforcer l'autorité et le prestige. Premier Evêque de Rome à porter le nom de Léon, adopté ensuite par douze autres Souverains Pontifes, il est également le premier Pape dont nous soit parvenue la prédication qu'il adressait au peuple qui se rassemblait autour de lui pendant les célébrations. Il est naturel de penser également à lui dans le contexte des actuelles Audiences générales du mercredi, des rendez-vous qui pendant les dernières décennies sont devenus pour l'Evêque de Rome une forme habituelle de rencontre avec les fidèles et avec de nombreux visiteurs de toutes les parties du monde.

Léon était originaire de la région italienne de la Tuscia. Il devint diacre de l'Eglise de Rome autour de l'an 430 et, avec le temps, il acquit au sein de celle-ci une position de grande importance. Ce rôle de premier plan poussa Galla Placidia, qui à cette époque dirigeait l'Empire d'Occident, à l'envoyer en Gaule en 440 pour résoudre une situation difficile. Mais au cours de l'été de cette année, le Pape Sixte III - dont le nom est lié aux magnifiques mosaïques de Sainte-Marie-Majeure - mourut, et ce fut précisément Léon qui lui succéda, recevant la nouvelle alors qu'il accomplissait justement sa mission de paix en Gaule. De retour à Rome, le nouveau Pape fut consacré le 29 septembre 440. C'est ainsi que commença son pontificat, qui dura plus de vingt-et-un an, et qui a été sans aucun doute l'un des plus importants de l'histoire de l'Eglise. A sa mort, le 10 novembre 461, le Pape fut enterré auprès de la tombe de saint Pierre. Ses reliques sont conservées aujourd'hui encore dans l'un des autels de la Basilique vaticane.

Le Pape Léon vécut à une époque très difficile: la répétition des invasions barbares, le progressif affaiblissement en Occident de l'autorité impériale et une longue crise sociale avaient imposé à l'Evêque de Rome - comme cela devait se produire de manière encore plus forte un siècle et demi plus tard pendant le pontificat de Grégoire le Grand - d'assumer un rôle important également dans les événements civils et politiques. Cela ne manqua pas, bien évidemment, d'accroître l'importance et le prestige du Siège romain. Un épisode de la vie de Léon est en particulier resté célèbre. Il remonte à 452, lorsque le Pape rencontra à Mantoue, avec une délégation romaine, Attila, chef des Huns, et le dissuada de poursuivre la guerre d'invasion par laquelle il avait déjà dévasté les régions du nord-est de l'Italie. Et ainsi sauva-t-il le reste de la péninsule. Cet événement important devint vite mémorable, et il demeure comme le signe emblématique de l'action de paix accomplie par le Pontife. Trois ans plus tard, l'issue d'une autre initiative papale, signe d'un courage qui nous stupéfie encore, ne fut malheureusement pas aussi positive: en effet, au printemps 455 Léon ne réussit pas à empêcher que les Vandales de Genséric, arrivés aux portes de Rome, envahissent la ville sans défense, qui fut mise à sac pendant deux semaines. Toutefois, le geste du Pape - qui, sans défense et uniquement entouré de son clergé, alla à la rencontre de l'envahisseur pour le conjurer de s'arrêter - empêcha au moins que Rome ne soit incendiée et obtint que le terrible sac épargnât les Basiliques Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Jean, dans lesquelles une partie de la population terrorisée se réfugia.

Nous connaissons bien l'action du Pape Léon, grâce à ses très beaux sermons - nous en conservons près de cent dans un latin splendide et clair - et grâce à ses lettres, environ cent cinquante. Dans ces textes, le Pape apparaît dans toute sa grandeur, tourné vers le service de la vérité dans la charité, à travers un exercice assidu de la parole, qui le montre dans le même temps théologien et pasteur. Léon le Grand, constamment attentif à ses fidèles et au peuple de Rome, mais également à la communion entre les différentes Eglises et à leurs nécessités, fut le défenseur et le promoteur inlassable du primat romain, se présentant comme l'authentique héritier de l'Apôtre Pierre: les nombreux Evêques, en grande partie orientaux, réunis au Concile de Chalcédoine se montrèrent bien conscients de cela.

Se déroulant en 451, avec la participation de trois cent cinquante Evêques, ce Concile fut la plus importante assemblée célébrée jusqu'alors dans l'histoire de l'Eglise. Chalcédoine représente le point d'arrivée sûr de la christologie des trois Conciles oecuméniques précédents: celui de Nicée de 325, celui de Constantinople de 381 et celui d'Ephèse de 431. Au VI siècle, ces quatre Conciles, qui résument la foi de l'Eglise des premiers siècles, furent en effet déjà comparés aux quatre Evangiles: c'est ce qu'affirme Grégoire le Grand dans une lettre célèbre (I, 24), dans laquelle il déclare "accueillir et vénérer, comme les quatre livres du saint Evangile, les quatre Conciles", car c'est sur eux - explique encore Grégoire - "comme sur une pierre carrée que s'élève la structure de la sainte foi". Le Concile de Chalcédoine - repoussant l'hérésie d'Eutichios, qui niait la véritable nature humaine du Fils de Dieu - affirma l'union dans son unique Personne, sans confusion ni séparation, des deux natures humaine et divine.

Cette foi en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, était affirmée par le Pape dans un important texte doctrinal adressé à l'Evêque de Constantinople, qui s'intitule Tome à Flavien, qui, lu à Chalcédoine, fut accueilli par les Evêques présents avec une acclamation éloquente, dont la description est conservée dans les actes du Concile: "Pierre a parlé par la bouche de Léon", s'exclamèrent d'une seule voix les Pères conciliaires. C'est en particulier de cette intervention, ainsi que d'autres effectuées au cours de la controverse christologique de ces années-là, qu'il ressort de manière évidente que le Pape ressentait avec une urgence particulière la responsabilité du Successeur de Pierre, dont le rôle est unique dans l'Eglise, car "à un seul apôtre est confié ce qui est communiqué à tous les apôtres", comme affirme Léon dans l'un de ses sermons pour la fête des saints Pierre et Paul (83, 2). Et le Pape sut exercer ces responsabilités, en Occident comme en Orient, en intervenant en diverses circonstances avec prudence, fermeté et lucidité à travers ses écrits et au moyen de ses légats. Il montrait de cette manière que l'exercice du primat romain était alors nécessaire, comme il l'est aujourd'hui, pour servir efficacement la communion, caractéristique de l'unique Eglise du Christ.

Conscient du moment historique dans lequel il vivait et du passage qui se produisait - à une période de crise profonde - entre la Rome païenne et la Rome chrétienne, Léon le Grand sut être proche du peuple et des fidèles à travers l'action pastorale et la prédication. Il anima la charité dans une Rome éprouvée par les famines, l'afflux des réfugiés, les injustices et la pauvreté. Il fit obstacle aux superstitions païennes et à l'action des groupes manichéens. Il relia la liturgie à la vie quotidienne des chrétiens: en unissant par exemple la pratique du jeûne à la charité et à l'aumône, en particulier à l'occasion des Quattro tempora, qui marquent pendant le cours de l'année le changement des saisons. Léon le Grand enseigna en particulier à ses fidèles - et aujourd'hui encore ses paroles restent valables pour nous - que la liturgie chrétienne n'est pas le souvenir d'événements passés, mais l'actualisation de réalités invisibles qui agissent dans la vie de chacun. C'est ce qu'il souligne dans un sermon (64, 1-2) à propos de la Pâque, à célébrer à chaque époque de l'année "pas tant comme quelque chose du passé, mais plutôt comme un événement du présent". Tout cela s'inscrit dans un projet précis, insiste le saint Pontife: en effet, de même que le Créateur a animé par le souffle de la vie rationnelle l'homme façonné avec la boue de la terre, après le péché originel, il a envoyé son Fils dans le monde pour restituer à l'homme la dignité perdue et détruire la domination du diable, à travers la vie nouvelle de la grâce.

Tel est le mystère christologique auquel saint Léon le Grand, avec sa lettre au Concile d'Ephèse, a apporté une contribution efficace et essentielle, confirmant pour tous les temps - par l'intermédiaire de ce Concile - ce que dit saint Pierre à Césarée de Philippe. Avec Pierre et comme Pierre, il confesse: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Il est donc Dieu et Homme à la fois, "il n'est pas étranger au genre humain, mais étranger au péché" (cf. Serm. 64). Dans la force de cette foi christologique, il fut un grand porteur de paix et d'amour. Il nous montre ainsi le chemin: dans la foi nous apprenons la charité. Nous apprenons donc avec saint Léon le Grand à croire dans le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, et à réaliser cette foi chaque jour dans l'action pour la paix et dans l'amour pour le prochain.
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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, particulièrement des séminaristes de Versailles avec leur Évêque, Monseigneur Éric Aumonier, et le groupe de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Puissiez-vous professer la même foi que saint Léon dans le mystère de l’Incarnation et y trouver la joie profonde. Avec ma Bénédiction apostolique.


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Mercredi 12 mars 2008 - Boèce et Cassiodore

Chers frères et soeurs,

Je voudrais parler aujourd'hui de deux auteurs ecclésiastiques, Boèce et Cassiodore, qui vécurent pendant les années les plus tourmentées de l'Occident chrétien et, en particulier, de la péninsule italienne. Odoacre, roi des Erules, une ethnie germanique, s'était rebellé, mettant un terme à l'empire romain d'Occident (476), mais avait dû rapidement succomber aux Ostrogoths de Théodoric, qui pendant plusieurs décennies s'assurèrent du contrôle de la péninsule italienne. Boèce, né à Rome vers 480 dans la noble famille des Anicii, entra encore jeune dans la vie publique, obtenant déjà la charge de sénateur à l'âge de vingt-cinq ans. Fidèle à la tradition de sa famille, il s'engagea dans la politique, convaincu qu'il était possible d'harmoniser les lignes directrices de la société romaine avec les valeurs des nouveaux peuples. Et à cette nouvelle époque de la rencontre des cultures, il considéra comme sa mission de réconcilier et de mettre ensemble ces deux cultures, la culture romaine classique et la culture naissante du peuple ostrogoth. Il fut très actif en politique, également sous Théodoric, qui les premiers temps l'estima beaucoup. Malgré cette activité publique, Boèce ne négligea pas ses études, se consacrant en particulier à l'approfondissement de thèmes d'ordre philosophique et religieux. Mais il écrivit également des manuels d'arithmétique, de géométrie, de musique, d'astronomie: le tout avec l'intention de transmettre aux nouvelles générations, aux nouveaux temps, la grande culture gréco-romaine. Dans ce cadre, c'est-à-dire dans l'engagement pour promouvoir la rencontre des cultures, il utilisa les catégories de la philosophie grecque pour proposer la foi chrétienne, ici aussi à la recherche d'une synthèse entre le patrimoine hellénistique-romain et le message évangélique. C'est précisément pour cela que Boèce a été présenté comme le dernier représentant de la culture romaine antique et le premier des intellectuels du Moyen-âge.

Son oeuvre certainement la plus célèbre est le De consolatione philosophiae, qu'il rédigea en prison pour donner un sens à sa détention injuste. En effet, il avait été accusé de complot contre le roi Théodoric pour avoir pris la défense d'un ami, le sénateur Albin, lors de son jugement. Mais cela était un prétexte: en réalité Théodoric, arien et barbare, soupçonnait Boèce d'éprouver de la sympathie pour l'empereur byzantin Justinien. De fait, jugé et condamné à mort, il fut exécuté le 23 octobre 524, à 44 ans seulement. Précisément en raison de cette fin dramatique, il peut parler à partir de sa propre expérience à l'homme d'aujourd'hui également, et surtout aux très nombreuses personnes qui subissent le même sort à cause de l'injustice présente dans de nombreux domaines de la "justice humaine". Dans cette oeuvre, alors qu'il est en prison il recherche le réconfort, il recherche la lumière, il recherche la sagesse. Et il dit avoir su distinguer, précisément dans cette situation, entre les biens apparents - en prison ceux-ci disparaissent - et les vrais biens, comme l'amitié authentique, qui même en prison ne disparaissent pas. Le bien le plus élevé est Dieu: Boèce apprit - et il nous l'enseigne - à ne pas tomber dans le fatalisme, qui éteint l'espérance. Il nous enseigne que ce n'est pas le destin qui gouverne, mais la Providence et que celle-ci a un visage. On peut parler avec la Providence, car Dieu est la Providence. Ainsi, même en prison il lui reste la possibilité de la prière, du dialogue avec Celui qui nous sauve. Dans le même temps, même dans cette situation il conserve le sens de la beauté et de la culture et rappelle l'enseignement des grands philosophes antiques grecs et romains, comme Platon, Aristote - il avait commencé à traduire ces grecs en latin -, Cicéron, Sénèque, et également des poètes comme Tibulle et Virgile.

Selon Boèce, la philosophie, au sens de la recherche de la véritable sagesse, est le véritable remède de l'âme (lib. I). D'autre part, l'homme ne peut faire l'expérience du bonheur authentique que dans sa propre intériorité (lib. II). C'est pourquoi Boèce réussit à trouver un sens en pensant à sa tragédie personnelle à la lumière d'un texte sapientiel de l'Ancien Testament (Sg 7, 30-8,1), qu'il cite: "Contre la sagesse le mal ne prévaut pas. Elle s'étend avec force d'un bout du monde à l'autre et elle gouverne l'univers pour son bien" (lib. III, 12: PL 63, Col 780). La soi-disant prospérité des méchants se révèle donc mensongère (lib. IV), et la nature providentielle de la adversa fortuna est soulignée. Les difficultés de la vie révèlent non seulement combien celle-ci est éphémère et de brève durée, mais elles se démontrent même utiles pour déterminer et conserver les rapports authentiques entre les hommes. L'Adversa fortuna permet en effet de discerner les vrais amis des faux et elle fait comprendre que rien n'est plus précieux pour l'homme qu'une amitié véritable. Accepter de manière fataliste une situation de souffrance est absolument dangereux, ajoute le croyant Boèce, car "cela élimine à la racine la possibilité même de la prière et de l'espérance théologale qui se trouvent à la base de la relation de l'homme avec Dieu" (lib. V, 3: PL 63, Col 842).

Le discours final du De consolatione philosophiae peut être considéré comme une synthèse de tout l'enseignement que Boèce s'adresse à lui-même et à tous ceux qui pourraient se trouver dans la même situation. Il écrit ainsi en prison: "Combattez donc les vices, consacrez-vous à une vie vertueuse orientée par l'espérance qui pousse le coeur vers le haut, jusqu'à atteindre le ciel avec les prières nourries d'humilité. L'imposition que vous avez subie peut se transformer, si vous refusez de mentir, en l'immense avantage d'avoir toujours devant les yeux le juge suprême qui voit et qui sait comment sont vraiment les choses" (lib. V, 6: PL 63, Col 862). Chaque détenu, quel que soit le motif pour lequel il est en prison, comprend combien cette condition humaine particulière est lourde, notamment lorsqu'elle est aggravée, comme cela arriva à Boèce, par le recours à la torture. Particulièrement absurde est aussi la condition de celui qui, encore comme Boèce - que la ville de Pavie reconnaît et célèbre dans la liturgie comme martyr de la foi -, est torturé à mort sans aucun autre motif que ses propres convictions idéales, politiques et religieuses. Boèce, symbole d'un nombre immense de détenus injustement emprisonnés de tous les temps et de toutes les latitudes, est de fait une porte d'entrée objective à la contemplation du mystérieux Crucifié du Golgotha.

Marc Aurèle Cassiodore, un calabrais né à Squillace vers 485, qui mourut à un âge avancé à Vivarium vers 580, fut un contemporain de Boèce. Lui aussi d'un niveau social élevé, il se consacra à la politique et à l'engagement culturel comme peu d'autres personnes dans l'Occident romain de son époque. Les seules personnes qui purent l'égaler dans son double intérêt furent peut-être Boèce, déjà mentionné, et le futur Pape de Rome, Grégoire le Grand (590-604). Conscient de la nécessité de ne pas laisser sombrer dans l'oubli tout le patrimoine humain et humaniste, accumulé au cours des siècles d'or de l'empire romain, Cassiodore collabora généreusement, et aux niveaux les plus élevés de la responsabilité politique, avec les peuples nouveaux qui avaient traversé les frontières de l'empire et qui s'étaient établis en Italie. Il fut lui aussi un modèle de rencontre culturelle, de dialogue, de réconciliation. Les événements historiques ne lui permirent pas de réaliser ses rêves politiques et culturels, qui visaient à créer une synthèse entre la tradition romano-chrétienne de l'Italie et la nouvelle culture des Goths. Ces mêmes événements le convainquirent cependant du caractère providentiel du mouvement monastique, qui s'affirmait dans les terres chrétiennes. Il décida de l'appuyer en lui consacrant toutes ses richesses matérielles et toutes ses forces spirituelles.

Il conçut l'idée de confier précisément aux moines la tâche de retrouver, conserver et transmettre à la postérité l'immense patrimoine culturel de l'antiquité, pour qu'il ne soit pas perdu. C'est pourquoi il fonda Vivarium, un monastère dans lequel tout était organisé de manière à ce que le travail intellectuel des moines soit estimé comme très précieux et indispensable. Il disposa que les moines qui n'avaient pas de formation intellectuelle ne devaient pas s'occuper seulement du travail matériel, de l'agriculture, mais également de transcrire des manuscrits et aider ainsi à transmettre la grande culture aux générations futures. Et cela sans aucun dommage pour l'engagement spirituel monastique et chrétien et pour l'activité caritative envers les pauvres. Dans son enseignement, publié dans plusieurs ouvrages, mais surtout dans le traité De anima et dans les Institutiones divinarum litterarum, la prière (cf. PL 69, Col 1108), nourrie par les saintes Ecritures et particulièrement par la lecture assidue des Psaumes (cf. PL 69, Col 1149), a toujours une position centrale comme nourriture nécessaire pour tous. Voilà, par exemple, la façon dont ce très docte calabrais introduit son Expositio in Psalterium: "Ayant refusé et abandonné à Ravenne les sollicitations de la carrière politique, marquée par le goût écoeurant des préoccupations mondaines, et ayant goûté le Psautier, un livre venu du ciel comme un authentique miel de l'âme, je me plongeai avec avidité, comme un assoiffé, dans la lecture incessante afin de me laisser imprégner entièrement de cette douceur salutaire, après en avoir eu assez des innombrables amertumes de la vie active" (PL 70, Col 10).

La recherche de Dieu, visant à sa contemplation - note Cassiodore -, reste l'objectif permanent de la vie monastique (cf. PL 69, Col 1107). Il ajoute cependant que, avec l'aide de la grâce divine (cf. PL 69, Col 1131 Col 1142), on peut parvenir à une meilleure compréhension de la Parole révélée grâce à l'utilisation des conquêtes scientifiques et des instruments culturels "profanes", déjà possédés par les Grecs et les Romains (cf. PL 69, Col 1140). Cassiodore se consacra, quant à lui, aux études philosophiques, théologiques et exégétiques sans créativité particulière, mais attentif aux intuitions qu'il reconnaissait valables chez les autres. Il lisait en particulier avec respect et dévotion Jérôme et Augustin. De ce dernier, il disait: "Chez Augustin il y a tellement de richesse qu'il me semble impossible de trouver quelque chose qu'il n'ait pas déjà abondamment traité" (cf. PL 70, Col 10). En citant Jérôme, en revanche, il exhortait les moines de Vivarium: "Ce n'est pas seulement ceux qui luttent jusqu'à verser leur sang ou qui vivent dans la virginité qui remportent la palme de la victoire, mais également tous ceux qui, avec l'aide de Dieu, l'emportent sur les vices du corps et conservent la rectitude de la foi. Mais pour que vous puissiez, toujours avec l'aide de Dieu, vaincre plus facilement les sollicitations du monde et ses attraits, en restant dans celui-ci comme des pèlerins sans cesse en chemin, cherchez tout d'abord à vous garantir l'aide salutaire suggérée par le premier psaume qui recommande de méditer nuit et jour la loi du Seigneur. En effet, l'ennemi ne trouvera aucune brèche pour vous assaillir si toute votre attention est occupée par le Christ" (De Institutione Divinarum Scripturarum, 32: PL 70, col. 1147D-1148A). C'est un avertissement que nous pouvons accueillir comme valable également pour nous. Nous vivons, en effet, nous aussi à une époque de rencontre des cultures, du danger de la violence qui détruit les cultures, et de l'engagement nécessaire de transmettre les grandes valeurs et d'enseigner aux nouvelles générations la voie de la réconciliation et de la paix. Nous trouvons cette voie en nous orientant vers le Dieu au visage humain, le Dieu qui s'est révélé à nous dans le Christ.
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Je salue les pèlerins francophones, en particulier les jeunes du collège de Vaugneray et les pèlerins de l’Île de la Réunion. Puissiez-vous mobiliser toutes les ressources de votre intelligence pour rechercher toujours la vraie sagesse, qui est le Christ. Avec ma Bénédiction apostolique.


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Mercredi 19 mars 2008 - Le Triduum pascal

Chers frères et soeurs,

Nous sommes à la veille du Triduum pascal. Les trois prochains jours sont couramment appelés "saints" car ils nous font revivre l'événement central de notre Rédemption; ils nous renvoient en effet au noyau essentiel de la foi chrétienne: la passion, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Ce sont des jours que nous pourrions considérer comme un jour unique: ils constituent le coeur et le point fondamental de toute l'année liturgique comme de la vie de l'Eglise. Au terme de l'itinéraire quadragésimal, nous nous apprêtons nous aussi à entrer dans le climat même dans lequel Jésus a vécu à Jérusalem. Nous voulons réveiller en nous la mémoire vivante des souffrances que le Seigneur a endurées pour nous et nous préparer à célébrer avec joie, dimanche prochain "la vraie Pâque, que le Sang du Christ a couverte de gloire, la Pâque lors de laquelle l'Eglise célèbre la Fête qui est à l'origine de toutes les fêtes", comme dit la préface pour le jour de Pâques dans le rite de saint Ambroise.

Demain, Jeudi Saint, l'Eglise fait mémoire de la Dernière Cène au cours de laquelle le Seigneur, la veille de sa passion et de sa mort, a institué le sacrement de l'Eucharistie et celui du sacerdoce ministériel. Lors de cette même nuit, Jésus nous a laissé le commandement nouveau, "mandatum novum", le commandement de l'amour fraternel. Avant d'entrer dans le Saint Triduum, mais déjà en lien étroit avec lui, dans chaque communauté diocésaine aura lieu, demain matin, la messe chrismale, au cours de laquelle l'évêque et les prêtres du presbyterium diocésain renouvellent les promesses de l'ordination. Sont également bénies les huiles pour la célébration des sacrements: l'huile des catéchumènes, l'huile des malades et le saint chrême. C'est un moment particulièrement important pour la vie de chaque communauté diocésaine qui, rassemblée autour de son pasteur, ressoude son unité et sa fidélité au Christ, unique Grand Prêtre Eternel. Le soir, au cours de la messe in Cena Domini, on fait mémoire de la Dernière Cène, quand le Christ s'est donné à nous tous comme nourriture de salut, comme remède d'immortalité: c'est le mystère de l'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Dans ce sacrement de salut, le Seigneur a offert et réalisé pour tous ceux qui croient en Lui, l'union la plus profonde possible entre notre vie et la sienne. Avec le geste humble et combien expressif du lavement des pieds, nous sommes invités à rappeler ce que le Seigneur fit à ses apôtres: en leur lavant les pieds il proclama concrètement la primauté de l'amour, l'amour qui se fait service jusqu'au don de soi, anticipant ainsi également le sacrifice suprême de sa vie qui se consumera le lendemain sur le Calvaire. Selon une belle tradition, les fidèles terminent le Jeudi Saint par une veillée de prière et d'adoration eucharistique pour vivre plus profondément l'agonie de Jésus à Gethsémani.

Le Vendredi Saint est la journée qui fait mémoire de la passion, de la crucifixion et de la mort de Jésus. Ce jour-là la liturgie de l'Eglise ne prévoit pas la célébration de la messe, mais l'assemblée chrétienne se recueille pour méditer sur le grand mystère du mal et du péché qui oppriment l'humanité, pour parcourir à nouveau, à la lumière de la Parole de Dieu et avec l'aide de gestes liturgiques émouvants, les souffrances du Seigneur qui expient ce mal. Après avoir écouté le récit de la passion du Christ, la communauté prie pour tous les besoins de l'Eglise et du monde, adore la Croix et communie, en consommant les hosties conservées lors de la messe in Cena Domini du jour précédent. Comme invitation supplémentaire pour méditer sur la passion et la mort du Rédempteur et pour exprimer l'amour et la participation des fidèles aux souffrances du Christ, la tradition chrétienne a institué diverses manifestations de piété populaire, processions et représentations sacrées, qui visent à imprimer toujours plus profondément dans l'âme des fidèles des sentiments de participation véritable au sacrifice rédempteur du Christ. Parmi elles figure la Via Crucis, exercice de piété qui, au fil des années, s'est enrichi de multiples expressions spirituelles et artistiques liées à la sensibilité des diverses cultures. Dans de nombreux pays, des sanctuaires portant le nom de "Calvaire" ont ainsi été fondés, vers lesquels on monte par un chemin escarpé qui rappelle le chemin douloureux de la Passion, pour permettre aux fidèles de participer à l'ascension du Seigneur vers le Mont de la Croix, le Mont de l'Amour poussé jusqu'à l'extrême.

Le Samedi Saint est marqué par un profond silence. Les Eglises sont dépouillées et aucune liturgie particulière n'est prévue. Attendant le grand événement de la Résurrection, les croyants persévèrent avec Marie dans l'attente, en priant et en méditant. Nous avons en effet besoin d'un jour de silence pour méditer sur la réalité de la vie humaine, sur les forces du mal et sur la grande force du bien issue de la Passion et de la Résurrection du Seigneur. Une grande importance est accordée, en ce jour, à la participation au sacrement de la réconciliation, chemin indispensable pour purifier le coeur et se préparer à célébrer la Pâque, profondément renouvelés. Nous avons besoin, au moins une fois par an, de cette purification intérieure, de ce renouvellement de nous-mêmes. Ce samedi de silence, de méditation, de pardon, de réconciliation, débouche sur la Veillée pascale, qui introduit dans le dimanche le plus important de l'histoire, le dimanche de la Pâque du Christ. L'Eglise veille près du feu nouveau, béni, et médite la grande promesse, contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament, de la libération définitive de l'ancien esclavage du péché et de la mort. Au coeur de la nuit, le cierge pascal, symbole du Christ qui ressuscite glorieux, est allumé à partir du feu nouveau. Le Christ, lumière de l'humanité, dissipe les ténèbres du coeur et de l'esprit et illumine tout homme qui vient dans le monde. Près du cierge pascal résonne dans l'Eglise la grande annonce pascale: le Christ est vraiment ressuscité, la mort n'a plus aucun pouvoir sur Lui. Par sa mort il a vaincu le mal pour toujours et a donné à tous les hommes la vie même de Dieu. Selon une ancienne tradition, au cours de la Veillée pascale, les catéchumènes reçoivent le baptême, pour souligner la participation des chrétiens au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. A partir de la merveilleuse nuit de Pâques, la joie, la lumière et la paix du Christ se répandent dans la vie des fidèles de chaque communauté chrétienne atteignant tous les points de l'espace et du temps.

Chers frères et soeurs, en ces jours uniques, orientons résolument notre vie vers une adhésion généreuse et convaincue aux desseins du Père céleste; renouvelons notre "oui" à la volonté divine comme l'a fait Jésus avec le sacrifice de la croix. Les rites suggestifs du Jeudi Saint, du Vendredi Saint, le silence riche de prière du Samedi Saint et la Veillée pascale solennelle nous offrent l'opportunité d'approfondir le sens et la valeur de notre vocation chrétienne qui naît du Mystère pascal et de la concrétiser en nous mettant fidèlement à la suite du Christ en toute circonstance, comme Il l'a fait, jusqu'au don généreux de notre vie.

Faire mémoire des mystères du Christ signifie aussi vivre dans une adhésion profonde et solidaire au moment présent de l'histoire, convaincus que ce que nous célébrons est une réalité vivante et actuelle. Portons donc dans notre prière les faits et les situations dramatiques qui, ces jours-ci, affectent un grand nombre de nos frères dans toutes les régions du monde. Nous savons que la haine, les divisions, la violence, n'ont jamais le dernier mot dans les événements de l'histoire. Ces jours réaniment en nous la grande espérance: le Christ crucifié est ressuscité et a vaincu le monde. L'amour est plus fort que la haine, il a vaincu et nous devons nous associer à cette victoire de l'amour. Nous devons donc repartir du Christ et travailler en communion avec Lui pour un monde fondé sur la paix, sur la justice et sur l'amour. Dans cet engagement, qui nous concerne tous, laissons-nous guider par Marie qui a accompagné son divin Fils sur le chemin de la passion et de la croix et a participé, avec la force de la foi, à l'accomplissement de son dessein salvifique. Avec ces sentiments, je vous présente d'ores et déjà mes voeux les plus cordiaux de joyeuse et sainte Pâque à vous tous, à ceux qui vous sont chers et à vos communautés.
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Je salue les fidèles francophones présents à cette audience, en particulier les jeunes de l’école technique de Porrentruy en Suisse et les élèves de l’ensemble scolaire Saint-Antoine de Phalsbourg. Au cours des jours saints, comme Jésus, renouvelons notre adhésion généreuse à la volonté du Père. Je vous souhaite déjà une joyeuse et sainte Pâque.


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Mercredi 26 mars 2008 - La clé de voûte du christianisme

Chers frères et soeurs!

"Et resurrexit tertia die secundum Scripturas - il ressuscita le troisième jour conformément aux Ecritures". Chaque dimanche, avec le Credo, nous renouvelons notre profession de foi dans la résurrection du Christ, événement surprenant qui constitue la clé de voûte du christianisme. Dans l'Eglise tout peut être compris à partir de ce grand mystère, qui a changé le cours de l'histoire et qui est mis en acte dans toute célébration eucharistique. Il existe toutefois un temps liturgique où cette réalité centrale de la foi chrétienne, dans sa richesse doctrinale et son inépuisable vitalité, est proposée aux fidèles de manière plus intense, parce que plus ils la redécouvrent, plus fidèlement ils la vivent: le temps de Pâques. Chaque année, lors du "Très Saint Triduum du Christ crucifié, mort et ressuscité", comme l'appelle saint Augustin, l'Eglise parcourt à nouveau, dans un climat de prière et de pénitence, les étapes conclusives de la vie terrestre de Jésus: sa condamnation à mort, la montée du Calvaire en portant la croix, son sacrifice pour notre salut, sa déposition au sépulcre. Le "troisième jour", ensuite, l'Eglise revit sa résurrection: c'est la Pâque, le passage de Jésus de la mort à la vie, où s'accomplissent en plénitude les antiques prophéties. Toute la liturgie du temps de Pâques chante la certitude et la joie de la résurrection du Christ.

Chers frères et soeurs, nous devons constamment renouveler notre adhésion au Christ mort et ressuscité pour nous: sa Pâque est aussi notre Pâque, parce que dans le Christ ressuscité nous est donnée la certitude de notre résurrection. La nouvelle de sa résurrection des morts ne vieillit pas et Jésus est toujours vivant et son Evangile est vivant. "La foi des chrétiens - observe saint Augustin - est la résurrection du Christ". Les Actes des Apôtres l'expliquent clairement: "Dieu a donné à tous les hommes une garantie sur Jésus en le ressuscitant des morts" (cf. 17, 31). En effet, sa mort n'était pas suffisante pour démontrer que Jésus est vraiment le Fils de Dieu, le Messie attendu. Au cours de l'histoire combien ont consacré leur vie à une cause qu'ils estimaient juste et sont morts! Et morts ils sont restés! La mort du Seigneur démontre l'immense amour avec lequel Il nous a aimés jusqu'à se sacrifier pour nous; mais seule sa résurrection est la "garantie", est la certitude que ce qu'Il affirme est la vérité qui vaut aussi pour nous, pour tous les temps. En le ressuscitant, le Père l'a glorifié. Saint Paul écrit ainsi dans la Lettre aux Romains: "Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé" (10, 9).

Il est important de répéter cette vérité fondamentale de notre foi, dont la vérité historique est amplement documentée, même si aujourd'hui, comme par le passé, nombreux sont ceux qui, de diverses manières, la remettent en doute voire la nie. L'affaiblissement de la foi dans la résurrection du Christ fragilise par conséquent le témoignage des croyants. En effet, si, dans l'Eglise, la foi dans la résurrection vient à manquer, tout s'arrête, tout se défait. Au contraire, l'adhésion du coeur et de l'esprit au Christ mort et ressuscité change la vie et illumine toute l'existence des personnes et des peuples. N'est-ce donc pas la certitude que le Christ est ressuscité qui donne le courage, l'audace prophétique et la persévérance aux martyrs de tous les temps? N'est-ce pas la rencontre avec Jésus vivant qui convertit et qui fascine tant d'hommes et de femmes, qui depuis les origines du christianisme continuent à tout abandonner pour le suivre et mettre leur vie au service de l'Evangile? "Si le Christ n'est pas ressuscité, disait l'Apôtre Paul, vide alors est notre message, vide aussi votre foi" (1Co 15,14). Mais il est ressuscité!

L'annonce que nous réécoutons sans cesse ces derniers jours est précisément celle-ci: Jésus est ressuscité, il est le Vivant et nous pouvons le rencontrer. Comme le rencontrèrent les femmes qui, au matin du troisième jour, après le jour du sabbat, s'étaient rendues au sépulcre; comme le rencontrèrent les disciples, surpris et bouleversés par ce que leur avait rapporté les femmes; comme le rencontrèrent beaucoup d'autres témoins dans les jours qui suivirent sa résurrection. Et, même après son Ascension, Jésus a continué à demeurer présent parmi ses amis comme du reste il l'avait promis: "Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,20). Le Seigneur est avec nous, avec son Eglise, jusqu'à la fin des temps. Eclairés par l'Esprit Saint, les membres de l'Eglise primitive ont commencé à proclamer l'annonce pascale ouvertement et sans peur. Et cette annonce, transmise de génération en génération, est arrivé jusqu'à nous et résonne chaque année à Pâques avec une puissance toujours nouvelle.

Tout particulièrement en cette octave de Pâques, la liturgie nous invite à rencontrer personnellement le Ressuscité et à reconnaître son action vivifiante dans les événements de l'histoire et de notre vie quotidienne. Aujourd'hui mercredi, par exemple, nous est reproposé l'épisode émouvant des deux disciples d'Emmaüs (cf. Lc Lc 24,13-35). Après la crucifixion de Jésus, plongés dans la tristesse et la déception, ils retournaient chez eux inconsolables. En chemin, ils parlaient entre eux de ce qui était advenu ces derniers jours à Jérusalem: ce fut alors que Jésus s'approcha, se mit à parler avec eux et leur dispensa son enseignement: "O coeurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?" (Lc 24,25-26). En partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua à travers toutes les Ecritures ce qui faisait référence à lui. L'enseignement du Christ - l'explication des prophéties - fut pour les disciples d'Emmaüs comme une révélation inattendue, lumineuse et réconfortante. Jésus donnait une nouvelle clé de lecture de la Bible et tout apparaissait désormais avec clarté, orienté vers ce moment. Conquis par les paroles de ce voyageur inconnu, ils lui demandèrent de rester dîner. Celui-ci accepta et se mit à table avec eux. L'évangéliste Luc raconte: "Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna" (Lc 24,29-30). Et ce fut précisément à ce moment-là que s'ouvrirent les yeux des deux disciples et qu'ils le reconnurent, "mais il avait disparu de devant eux" (Lc 24,31). Et ceux-ci emplis d'émerveillement et de joie, commentèrent: "Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures?" (Lc 24,32).

Au cours de toute l'année liturgique, en particulier lors de la Semaine Sainte et de la Semaine de Pâques, le Seigneur est en chemin avec nous et nous explique les Ecritures, il nous fait comprendre ce mystère: tout parle de Lui. Et cela devrait également réchauffer nos coeurs, afin que nos yeux aussi puissent s'ouvrir. Le Seigneur est avec nous, il nous montre la vraie voie. Comme les deux disciples reconnurent Jésus lorsqu'il rompit le pain, de même aujourd'hui, dans le partage du pain, nous reconnaissons sa présence. Les disciples d'Emmaüs le reconnurent et se rappelèrent les moments où Jésus avait rompu le pain. Et ce partage du pain nous fait penser précisément à la première Eucharistie célébrée dans le contexte de la Dernière Cène, où Jésus rompit le pain et annonça ainsi sa mort et sa résurrection, faisant don de lui-même aux disciples. Jésus rompt le pain avec nous également et pour nous, il est présent avec nous dans l'Eucharistie, il nous fait don de lui-même et ouvre nos coeurs. Dans l'Eucharistie, dans la rencontre avec sa Parole, nous pouvons nous aussi rencontrer et connaître Jésus, dans ce double banquet de la Parole et du Pain et du Vin consacrés. Chaque dimanche, la communauté revit ainsi la Pâque du Seigneur et reçoit du Sauveur son testament d'amour et de service fraternel. Chers frères et soeurs, la joie de ces derniers jours rend plus forte encore notre fidèle adhésion au Christ crucifié et ressuscité. Avant tout, laissons-nous conquérir par la fascination de sa résurrection. Que Marie nous aide à être des messagers de la lumière et de la joie de la Pâque pour tant de nos frères. Je vous souhaite encore à tous mes meilleurs voeux de Bonne Pâque.
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Je suis heureux d’accueillir les pèlerins de langue française. Je salue en particulier le groupe du diocèse de Bruges, en Belgique. Que votre pèlerinage à Rome soit l’occasion de renouveler votre foi dans le Christ mort et ressuscité. Soyez des messagers de la lumière et de la joie de Pâques pour tous vos frères ! Que Dieu vous bénisse !



Audiences 2008 46