
Audiences 2008 50
50 Chers frères et soeurs,
Je voudrais parler aujourd'hui de saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, et aussi Patron de mon pontificat. Je commence par une parole de saint Grégoire le Grand, qui écrit à propos de saint Benoît: "L'homme de Dieu qui brilla sur cette terre par de si nombreux miracles, ne brilla pas moins par l'éloquence avec laquelle il sut exposer sa doctrine" (Dial. II, 36). Telles sont les paroles que ce grand Pape écrivit en l'an 592; le saint moine était mort à peine 50 ans auparavant et il était encore vivant dans la mémoire des personnes et en particulier dans le florissant Ordre religieux qu'il avait fondé. Saint Benoît de Nursie, par sa vie et par son oeuvre, a exercé une influence fondamentale sur le développement de la civilisation et de la culture européenne. La source la plus importante à propos de la vie de ce saint est le deuxième livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il ne s'agit pas d'une biographie au sens classique. Selon les idées de son temps, il voulut illustrer à travers l'exemple d'un homme concret - précisément saint Benoît - l'ascension au sommet de la contemplation, qui peut être réalisée par celui qui s'abandonne à Dieu. Il nous donne donc un modèle de la vie humaine comme ascension vers le sommet de la perfection. Saint Grégoire le Grand raconte également dans ce livre des Dialogues de nombreux miracles accomplis par le saint, et ici aussi il ne veut pas raconter simplement quelque chose d'étrange, mais démontrer comment Dieu, en admonestant, en aidant et aussi en punissant, intervient dans les situations concrètes de la vie de l'homme. Il veut démontrer que Dieu n'est pas une hypothèse lointaine placée à l'origine du monde, mais qu'il est présent dans la vie de l'homme, de tout homme.
Cette perspective du "biographe" s'explique également à la lumière du contexte général de son époque: entre le V et le VI siècle, le monde était bouleversé par une terrible crise des valeurs et des institutions, causée par la chute de l'Empire romain, par l'invasion des nouveaux peuples et par la décadence des moeurs. En présentant saint Benoît comme un "astre lumineux", Grégoire voulait indiquer dans cette situation terrible, précisément ici dans cette ville de Rome, l'issue de la "nuit obscure de l'histoire" (Jean-Paul II, Insegnamenti, II/1, 1979, p. 1158). De fait, l'oeuvre du saint et, en particulier, sa Règle se révélèrent détentrices d'un authentique ferment spirituel qui transforma le visage de l'Europe au cours des siècles, bien au-delà des frontières de sa patrie et de son temps, suscitant après la chute de l'unité politique créée par l'empire romain une nouvelle unité spirituelle et culturelle, celle de la foi chrétienne partagée par les peuples du continent. C'est précisément ainsi qu'est née la réalité que nous appelons "Europe".
La naissance de saint Benoît se situe autour de l'an 480. Il provenait, comme le dit saint Grégoire, "ex provincia Nursiae" - de la région de la Nursie. Ses parents, qui étaient aisés, l'envoyèrent suivre des études à Rome pour sa formation. Il ne s'arrêta cependant pas longtemps dans la Ville éternelle. Comme explication, pleinement crédible, Grégoire mentionne le fait que le jeune Benoît était écoeuré par le style de vie d'un grand nombre de ses compagnons d'étude, qui vivaient de manière dissolue, et qu'il ne voulait pas tomber dans les mêmes erreurs. Il voulait ne plaire qu'à Dieu seul; "soli Deo placere desiderans" (II Dial. Prol. 1). Ainsi, avant même la conclusion de ses études, Benoît quitta Rome et se retira dans la solitude des montagnes à l'est de Rome. Après un premier séjour dans le village d'Effide (aujourd'hui Affile), où il s'associa pendant un certain temps à une "communauté religieuse" de moines, il devint ermite dans la proche Subiaco. Il vécut là pendant trois ans complètement seul dans une grotte qui, depuis le Haut Moyen-âge, constitue le "coeur" d'un monastère bénédictin appelé "Sacro Speco". La période à Subiaco, une période de solitude avec Dieu, fut un temps de maturation pour Benoît. Il dut supporter et surmonter en ce lieu les trois tentations fondamentales de chaque être humain: la tentation de l'affirmation personnelle et du désir de se placer lui-même au centre, la tentation de la sensualité et, enfin, la tentation de la colère et de la vengeance. Benoît était en effet convaincu que ce n'était qu'après avoir vaincu ces tentations qu'il aurait pu adresser aux autres une parole pouvant être utile à leur situation de besoin. Et ainsi, son âme désormais pacifiée était en mesure de contrôler pleinement les pulsions du "moi" pour être un créateur de paix autour de lui. Ce n'est qu'alors qu'il décida de fonder ses premiers monastères dans la vallée de l'Anio, près de Subiaco.
En l'an 529, Benoît quitta Subiaco pour s'installer à Montecassino. Certains ont expliqué ce déplacement comme une fuite face aux intrigues d'un ecclésiastique local envieux. Mais cette tentative d'explication s'est révélée peu convaincante, car la mort soudaine de ce dernier n'incita pas Benoît à revenir (II Dial. 8). En réalité, cette décision s'imposa à lui car il était entré dans une nouvelle phase de sa maturation intérieure et de son expérience monastique. Selon Grégoire le Grand, l'exode de la lointaine vallée de l'Anio vers le Mont Cassio - une hauteur qui, dominant la vaste plaine environnante, est visible de loin - revêt un caractère symbolique: la vie monastique cachée a sa raison d'être, mais un monastère possède également une finalité publique dans la vie de l'Eglise et de la société, il doit donner de la visibilité à la foi comme force de vie. De fait, lorsque Benoît conclut sa vie terrestre le 21 mars 547, il laissa avec sa Règle et avec la famille bénédictine qu'il avait fondée un patrimoine qui a porté des fruits dans le monde entier jusqu'à aujourd'hui.
Dans tout le deuxième livre des Dialogues, Grégoire nous montre la façon dont la vie de saint Benoît était plongée dans une atmosphère de prière, fondement central de son existence. Sans prière l'expérience de Dieu n'existe pas. Mais la spiritualité de Benoît n'était pas une intériorité en dehors de la réalité. Dans la tourmente et la confusion de son temps, il vivait sous le regard de Dieu et ne perdit ainsi jamais de vue les devoirs de la vie quotidienne et l'homme avec ses besoins concrets. En voyant Dieu, il comprit la réalité de l'homme et sa mission. Dans sa Règle, il qualifie la vie monastique d'"école du service du Seigneur" (Prol. RB 1,45) et il demande à ses moines de "ne rien placer avant l'OEuvre de Dieu [c'est-à-dire l'Office divin ou la Liturgie des Heures]" (RB 43,3). Il souligne cependant que la prière est en premier lieu un acte d'écoute (Prol. RB 1,9-11), qui doit ensuite se traduire par l'action concrète. "Le Seigneur attend que nous répondions chaque jour par les faits à ses saints enseignements", affirme-t-il (Prol. RB 1,35). Ainsi, la vie du moine devient une symbiose féconde entre action et contemplation "afin que Dieu soit glorifié en tout" (RB 57,9). En opposition avec une réalisation personnelle facile et égocentrique, aujourd'hui souvent exaltée, l'engagement premier et incontournable du disciple de saint Benoît est la recherche sincère de Dieu (RB 58,7) sur la voie tracée par le Christ humble et obéissant (RB 5,13), ne devant rien placer avant l'amour pour celui-ci (RB 4,21 RB 72,11) et c'est précisément ainsi, au service de l'autre, qu'il devient un homme du service et de la paix. Dans l'exercice de l'obéissance mise en acte avec une foi animée par l'amour (RB 5,2), le moine conquiert l'humilité (RB 5,1), à laquelle la Règle consacre un chapitre entier (RB 7). De cette manière, l'homme devient toujours plus conforme au Christ et atteint la véritable réalisation personnelle comme créature à l'image et à la ressemblance de Dieu.
A l'obéissance du disciple doit correspondre la sagesse de l'Abbé, qui dans le monastère remplit "les fonctions du Christ" (RB 2,2 RB 63,13). Sa figure, définie en particulier dans le deuxième chapitre de la Règle, avec ses qualités de beauté spirituelle et d'engagement exigeant, peut-être considérée comme un autoportrait de Benoît, car - comme l'écrit Grégoire le Grand - "le saint ne put en aucune manière enseigner différemment de la façon dont il vécut" (Dial. II, 36). L'Abbé doit être à la fois un père tendre et également un maître sévère (RB 2,24), un véritable éducateur. Inflexible contre les vices, il est cependant appelé à imiter en particulier la tendresse du Bon Pasteur (RB 27,8), à "aider plutôt qu'à dominer" (RB 64,8), à "accentuer davantage à travers les faits qu'à travers les paroles tout ce qui est bon et saint" et à "illustrer les commandements divins par son exemple" (RB 2,12). Pour être en mesure de décider de manière responsable, l'Abbé doit aussi être un personne qui écoute "le conseil de ses frères" (RB 3,2), car "souvent Dieu révèle au plus jeune la solution la meilleure" (RB 3,3). Cette disposition rend étonnamment moderne une Règle écrite il y a presque quinze siècles! Un homme de responsabilité publique, même à une petite échelle, doit toujours être également un homme qui sait écouter et qui sait apprendre de ce qu'il écoute.
Benoît qualifie la Règle de "Règle minimale tracée uniquement pour le début" (RB 73,8); en réalité, celle-ci offre cependant des indications utiles non seulement aux moines, mais également à tous ceux qui cherchent un guide sur leur chemin vers Dieu. En raison de sa mesure, de son humanité et de son sobre discernement entre ce qui est essentiel et secondaire dans la vie spirituelle, elle a pu conserver sa force illuminatrice jusqu'à aujourd'hui. Paul VI, en proclamant saint Benoît Patron de l'Europe le 24 octobre 1964, voulut reconnaître l'oeuvre merveilleuse accomplie par le saint à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne. Aujourd'hui, l'Europe - à peine sortie d'un siècle profondément blessé par deux guerres mondiales et après l'effondrement des grandes idéologies qui se sont révélées de tragiques utopies - est à la recherche de sa propre identité. Pour créer une unité nouvelle et durable, les instruments politiques, économiques et juridiques sont assurément importants, mais il faut également susciter un renouveau éthique et spirituel qui puise aux racines chrétiennes du continent, autrement on ne peut pas reconstruire l'Europe. Sans cette sève vitale, l'homme reste exposé au danger de succomber à l'antique tentation de vouloir se racheter tout seul - une utopie qui, de différentes manières, a causé dans l'Europe du XX siècle, comme l'a remarqué le Pape Jean-Paul II, "un recul sans précédent dans l'histoire tourmentée de l'humanité" (Insegnamenti, XIII/1, 1990, p. 58). En recherchant le vrai progrès, nous écoutons encore aujourd'hui la Règle de saint Benoît comme une lumière pour notre chemin. Le grand moine demeure un véritable maître à l'école de qui nous pouvons apprendre l'art de vivre le véritable humanisme.
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Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins francophones. Je salue en particulier le groupe de la Vallée de l’Andelle dans le diocèse d’Évreux ainsi que les jeunes venus notamment de Neuilly, de Rueil-Malmaison et de Pontivy. A l’exemple de saint Benoît, donnez une place importante à la prière et à la contemplation du visage du Christ ressuscité présent et agissant dans votre vie! Bon temps pascal!
51 Chers frères et soeurs,
Bien que plusieurs jours se soient déjà écoulés depuis mon retour, je désire toutefois consacrer la catéchèse d'aujourd'hui, comme à l'habitude, au voyage apostolique que j'ai accompli à l'Organisation des Nations unies et aux Etats-Unis d'Amérique du 15 au 21 avril dernier. Je renouvelle tout d'abord l'expression de ma plus cordiale reconnaissance à la Conférence épiscopale des Etats-Unis, ainsi qu'au Président Bush, pour m'avoir invité et pour l'accueil chaleureux qu'ils m'ont réservé. Mais mon "merci" voudrait s'étendre à tous ceux qui, à Washington et à New York, sont venus me saluer et manifester leur amour pour le Pape, ou qui m'ont accompagné et soutenu par la prière et par l'offrande de leurs sacrifices. Comme on le sait, l'occasion de ma visite a été le bicentenaire de l'élévation au rang d'archidiocèse métropolitain du premier diocèse du pays, Baltimore, et de la fondation des sièges de New York, Boston, Philadelphie et Louisville. En cet anniversaire proprement ecclésial, j'ai donc eu la joie de me rendre en personne, pour la première fois en tant que Successeur de Pierre, en visite auprès du bien-aimé peuple des Etats-Unis d'Amérique, pour confirmer dans la foi les catholiques, pour renouveler et accroître la fraternité de tous les chrétiens et pour annoncer à tous le message du "Christ notre espérance", comme le disait la devise du voyage.
Lors de la rencontre avec le Président dans sa résidence, j'ai eu l'occasion de rendre hommage à ce grand pays, qui dès les origines a été édifié sur la base d'une heureuse conjugaison entre principes religieux, éthiques et politiques, et qui constitue encore à présent un exemple valable de saine laïcité, où la dimension religieuse, dans la diversité de ses expressions, est non seulement tolérée, mais valorisée comme "âme" de la nation et garantie fondamentale des droits et des devoirs de l'homme. Dans ce contexte, l'Eglise peut accomplir de manière libre et engagée sa mission d'évangélisation et de promotion humaine, et également de "conscience critique", en contribuant à la construction d'une société digne de la personne humaine et, dans le même temps, en encourageant un pays comme les Etats-Unis - vers lesquels tous se tournent comme l'un des principaux acteurs de la scène internationale - à la solidarité mondiale, toujours plus nécessaire et urgente, et à l'exercice patient du dialogue dans les relations internationales.
Naturellement la mission et le rôle de la Communauté ecclésiale ont été au centre de la rencontre avec les évêques, qui a eu lieu au Sanctuaire national de l'Immaculée Conception, à Washington. Dans le contexte liturgique des Vêpres, nous avons loué le Seigneur pour le chemin accompli par le peuple de Dieu aux Etats-Unis, pour le zèle de ses pasteurs et la ferveur et la générosité de ses fidèles, qui se manifeste dans une considération de la foi élevée et ouverte et à travers d'innombrables initiatives caritatives et humanitaires à l'intérieur et à l'extérieur. Dans le même temps, j'ai soutenu mes confrères dans l'épiscopat dans leur tâche difficile de semer l'Evangile dans une société marquée par de nombreuses contradictions, qui menacent également la cohérence des catholiques et du clergé lui-même. Je les ai encouragés à faire entendre leur voix sur les questions morales et sociales actuelles et à former les fidèles laïcs, afin qu'ils soient un bon "levain" dans la communauté civile, à partir de la cellule fondamentale qui est la famille. En ce sens, je les ai exhortés à reproposer le sacrement du mariage comme don et engagement indissoluble entre un homme et une femme, milieu naturel d'accueil et d'éducation des enfants. L'Eglise et la famille, avec l'école - en particulier celle d'inspiration chrétienne - doivent collaborer pour offrir aux jeunes une éducation morale solide, mais dans cette tâche les professionnels de la communication et du divertissement ont également une grande responsabilité. En pensant à la douloureuse affaire des abus sexuels sur des mineurs commis par des ministres ordonnés, j'ai voulu exprimer aux évêques ma proximité, en les encourageant dans leur engagement à panser les blessures et à renforcer les relations avec leurs prêtres. En répondant à plusieurs questions posées par les évêques, j'ai eu l'occasion de souligner divers aspects importants: le rapport intrinsèque entre l'Evangile et la "loi naturelle"; la saine conception de la liberté, qui se comprend et se réalise dans l'amour; la dimension ecclésiale de l'expérience chrétienne; l'exigence d'annoncer de manière nouvelle, en particulier aux jeunes, le "salut" comme plénitude de vie, et d'éduquer à la prière, de laquelle germent les réponses généreuses à l'appel du Seigneur.
Au cours de la grande et joyeuse célébration eucharistique au Nationals Park Stadium de Washington, nous avons invoqué l'Esprit Saint sur toute l'Eglise qui est aux Etats-Unis d'Amérique, pour que, solidement enracinée dans la foi transmise par les pères, profondément unie et renouvelée, elle affronte les défis actuels et futurs avec courage et espérance, cette espérance "qui ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint" (Rm 5,5). L'un de ces défis est certainement celui de l'éducation, c'est pourquoi à la Catholic University of America j'ai rencontré les Recteurs des universités et des collèges catholiques, les responsables diocésains pour l'enseignement et les représentants des enseignants et des étudiants. La tâche éducative fait partie intégrante de la mission de l'Eglise, et la communauté ecclésiale des Etats-Unis s'est toujours profondément engagée dans celle-ci, en rendant dans le même temps un grand service social et culturel au pays tout entier. Il est important que cela puisse continuer. Et il est tout aussi important de soigner la qualité des instituts catholiques, afin qu'en leur sein l'on puisse vraiment se former selon "la plénitude de la stature" du Christ (cf. Ep Ep 4,13), en conjuguant la foi et la raison, la liberté et la vérité. C'est donc avec joie que j'ai confirmé les formateurs dans leur précieux engagement de charité intellectuelle.
Dans un pays à vocation multiculturelle tel que les Etats-Unis d'Amérique, les rencontres avec les représentants des autres religions ont pris une importance particulière: à Washington, au Centre culturel Jean-Paul II, avec les juifs, les musulmans, les hindous, les bouddhistes et les jaïnistes; à New York, lors de la visite à la Synagogue. Des moments très cordiaux, en particulier ce dernier, qui ont confirmé l'engagement commun au dialogue et à la promotion de la paix et des valeurs spirituelles et morales. Dans celle que l'on peut considérer comme la patrie de la liberté religieuse, j'ai voulu rappeler que cette dernière doit toujours être défendue par un effort commun, pour éviter toute forme de discrimination et de préjugé. Et j'ai souligné la grande responsabilité des chefs religieux, aussi bien en enseignant le respect et la non-violence, qu'en conservant vivantes les questions les plus profondes de la conscience humaine. La célébration oecuménique dans l'église paroissiale Saint-Joseph a également été caractérisée par une grande cordialité. Nous avons prié ensemble le Seigneur afin qu'il accroisse chez les chrétiens la capacité de rendre raison, également à travers une unité toujours plus grande, de l'unique grande espérance qui est en eux (cf. 1P 3,15) pour la foi commune en Jésus Christ.
L'autre objectif principal de mon voyage était la visite au siège central de l'ONU: la quatrième visite d'un Pape, après celle de Paul VI en 1965 et les deux de Jean-Paul II, en 1979 et en 1995. A l'occasion du 60 anniversaire de la "Déclaration universelle des Droits de l'Homme", la Providence m'a donné l'opportunité de confirmer, face à l'assemblée supranationale la plus vaste et la plus autorisée, la valeur de cette Charte, en rappelant son fondement universel, c'est-à-dire la dignité de la personne humaine, créée par Dieu à son image et ressemblance pour coopérer dans le monde à son grand dessein de vie et de paix. Comme la paix, le respect des droits de l'homme est lui aussi enraciné dans la "justice", c'est-à-dire dans un ordre éthique valable pour tous les temps et pour tous les peuples, qui peut être résumé dans la célèbre maxime: "Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse", ou, exprimée sous une forme positive en reprenant les paroles de Jésus: "Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi" (Mt 7,12). Sur cette base, qui constitue la contribution du Saint-Siège à l'Organisation des Nations unies, j'ai renouvelé, et je renouvelle également aujourd'hui, l'engagement effectif de l'Eglise catholique pour contribuer au renforcement des relations internationales marquées par les principes de responsabilité et de solidarité.
Dans mon âme sont également restées profondément imprimés les autres moments de mon séjour à New York. Dans la Cathédrale Saint-Patrick, au coeur de Manhattan - véritable "maison de prière pour tous les peuples" - j'ai célébré la Messe pour les prêtres et les personnes consacrées, venus de toutes les parties du pays. Je n'oublierai jamais avec quelle chaleur ils m'ont présenté leurs voeux pour le troisième anniversaire de mon élection au siège de Pierre. Cela a été un moment émouvant, où j'ai ressenti de manière sensible tout le soutien de l'Eglise pour mon ministère. Je peux dire la même chose de la rencontre avec les jeunes et les séminaristes qui s'est déroulée précisément au séminaire diocésain, et qui a été précédée par une halte très significative au milieu des enfants et des jeunes porteurs de handicap avec leurs familles. Aux jeunes, qui par nature sont assoiffés de vérité et d'amour, j'ai proposé plusieurs figures d'hommes et de femmes qui ont témoigné de manière exemplaire de l'Evangile sur la terre américaine, l'Evangile de la vérité qui rend libre dans l'amour, dans le service, dans la vie donnée pour les autres. En affrontant les ténèbres d'aujourd'hui, qui menacent la vie des jeunes, ces derniers peuvent trouver chez les saints la lumière qui dissipent ces ténèbres: la lumière du Christ, espérance pour chaque homme! Cette espérance, plus forte que le péché et que la mort, a animé le moment plein d'émotion que j'ai passé en silence sur le site de Ground Zero, où j'ai allumé un cierge en priant pour toutes les victimes de cette terrible tragédie. Enfin, ma visite a atteint son sommet au cours de la célébration eucharistique au Yankee Stadium de New York: je porte encore dans mon coeur cette fête de foi et de fraternité, lors de laquelle nous avons célébré les bicentenaires des plus antiques diocèses de l'Amérique du Nord. Le petit troupeau des origines s'est énormément développé, s'enrichissant de la foi et des traditions de vagues d'immigration successives. A cette Eglise, qui affronte maintenant les défis du présent, j'ai eu la joie d'annoncer à nouveau le "Christ notre espérance" hier, aujourd'hui et à jamais.
Chers frères et soeurs, je vous invite à vous unir à moi dans l'action de grâce pour la réussite réconfortante de ce voyage apostolique et en demandant à Dieu, par l'intercession de la Vierge Marie, qu'il puisse produire une abondance de fruits pour l'Eglise en Amérique et dans toutes les parties du monde.
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J'accueille avec plaisir les pèlerins francophones. Je salue particulièrement les jeunes présents ce matin! Que la lumière du Christ soit votre espérance et que son Esprit qui va nous être donné à la Pentecôte vous guide dans toute votre vie. Que Dieu vous bénisse!
52 C'est avec une grande joie que je salue aujourd'hui Votre Sainteté le Catholicos Karekin II, Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, ainsi que l'éminente délégation qui vous accompagne. Votre Sainteté, je prie afin que la lumière de l'Esprit Saint éclaire votre pèlerinage sur les tombes des apôtres Pierre et Paul, les importantes rencontres que vous aurez ici, et, en particulier, nos entretiens personnels. Je demande à tous ceux qui sont présents ici aujourd'hui de prier afin que Dieu bénisse cette visite.
Votre Sainteté, je vous remercie de l'engagement personnel dont vous avez fait preuve dans l'amitié croissante entre l'Eglise apostolique arménienne et l'Eglise catholique. En 2000, immédiatement après votre élection, vous êtes venu à Rome pour rencontrer le Pape Jean-Paul II et, une année plus tard, vous l'avez aimablement reçu dans la sainte Etchémiadzine. Pour ses obsèques, vous êtes à nouveau venu à Rome avec de nombreux responsables ecclésiaux d'Orient et d'Occident. Je suis certain que cet esprit d'amitié sera ultérieurement approfondi dans les prochains jours.
Une niche extérieure de la Basilique Saint-Pierre abrite l'élégante statue de saint Grégoire l'Illuminateur, fondateur de l'Eglise arménienne. Elle nous rappelle les dures persécutions subies par les chrétiens arméniens, en particulier au cours du siècle dernier. Les nombreux martyrs arméniens sont un signe de la force de l'Esprit Saint à l'oeuvre à une époque sombre et un gage d'espérance pour les chrétiens partout dans le monde.
Votre Sainteté, chers évêques et chers amis, avec vous j'implore Dieu tout-puissant, à travers l'intercession de saint Grégoire l'Illuminateur, de nous aider à croître dans l'unité, en un unique et saint lien de foi, d'espérance et d'amour chrétiens.
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Chers frères et soeurs,
Comme vous le voyez, ce matin se trouve parmi nous Sa Sainteté le Catholicos Karekin II, Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, accompagné par une éminente délégation. Je renouvelle l'expression de ma joie pour la possibilité qui m'est donnée ce matin de l'accueillir: sa présence aujourd'hui nous ravive dans l'espérance de la pleine unité de tous les chrétiens. Je saisis volontiers l'occasion pour le remercier également de l'aimable accueil qu'il a récemment réservé en Arménie à mon cardinal-secrétaire d'Etat. C'est un plaisir pour moi de rappeler aussi l'inoubliable visite que le Catholicos accomplit à Rome en l'an 2000, juste après son élection. En le rencontrant, mon bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II lui remit une vénérable relique de saint Grégoire l'Illuminateur et il se rendit ensuite en Arménie pour lui rendre sa visite.
On connaît l'engagement de l'Eglise apostolique arménienne pour le dialogue oecuménique, et je suis certain que la visite actuelle du vénéré Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens contribuera aussi à intensifier les relations d'amitié fraternelle qui lient nos Eglises. Ces jours de préparation immédiate à la solennité de Pentecôte nous incitent à raviver notre espérance dans l'aide de l'Esprit Saint pour avancer sur le chemin de l'oecuménisme. Nous avons la certitude que le Seigneur Jésus ne nous abandonne jamais dans la recherche de l'unité, car son Esprit est inlassablement à l'oeuvre pour soutenir nos efforts visant à surmonter toute division et à recoudre toute déchirure dans le tissu vivant de l'Eglise.
C'est précisément ce que Jésus promit aux disciples pendant les derniers jours de sa mission terrestre, comme nous venons de l'entendre dans le passage de l'Evangile: il leur assura l'assistance de l'Esprit Saint, qu'Il aurait envoyé pour qu'il continue à leur faire sentir sa présence (cf. Jn Jn 14,16-17). Cette promesse devint une réalité quand, après la résurrection, Jésus entra au Cénacle, salua les disciples avec les paroles: "Que la paix soit avec vous" et, soufflant sur eux, dit: "Recevez l'Esprit Saint" (Jn 20,22). Il les autorisait à remettre les péchés. L'Esprit Saint apparaît donc ici comme force du pardon des péchés, du renouveau de nos coeurs et de notre existence; et ainsi Il renouvelle la terre et crée l'unité où se trouvait la division. Ensuite, lors de la fête de Pentecôte, l'Esprit Saint se montre à travers d'autres signes: à travers le signe d'un vent vif, de langues de feu, et les apôtres qui parlent toutes les langues. C'est le signe que la dispersion de Babylone, fruit de l'orgueil qui sépare les hommes, est dépassée dans l'Esprit qui est charité et qui donne l'unité dans la diversité. Depuis le premier instant de son existence, l'Eglise parle toutes les langues - grâce à la force de l'Esprit Saint et aux langues de feu - et vit dans toutes les cultures, elle ne détruit rien des divers dons, des divers charismes, mais elle synthétise tout dans une grande et nouvelle unité qui réconcilie: unité et multiformité.
L'Esprit Saint, qui est la charité éternelle, le lien de l'unité dans la Trinité, unit par sa force dans la charité divine les hommes dispersés, créant ainsi la grande communauté multiforme de l'Eglise dans le monde entier. Les jours qui suivirent l'Ascension du Seigneur jusqu'au dimanche de Pentecôte, les disciples étaient réunis avec Marie au Cénacle pour prier. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas eux-mêmes créer, organiser l'Eglise: l'Eglise doit naître et être organisée par l'initiative divine, elle n'est pas notre créature, mais elle est un don de Dieu. Et ce n'est qu'ainsi qu'elle crée aussi l'unité, une unité qui doit croître. A chaque époque, l'Eglise - en particulier pendant ces neufs jours entre l'Ascension et la Pentecôte - s'unit spirituellement dans le Cénacle avec les Apôtres et avec Marie pour implorer sans cesse l'effusion de l'Esprit Saint. Poussée par son vent vif, elle ne craint pas d'annoncer l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre.
Voilà pourquoi, même face aux difficultés et aux divisions, les chrétiens ne peuvent pas se résigner ni céder au découragement. Le Seigneur nous demande cela: persévérer dans la prière pour conserver vivante la flamme de la foi, de la charité et de l'espérance à laquelle se nourrit l'aspiration à la pleine unité. Ut unum sint! dit le Seigneur. Cette invitation du Christ retentit toujours à nouveau dans notre coeur; une invitation que j'ai eu l'occasion de relancer lors de mon récent voyage apostolique aux Etats-Unis d'Amérique, en faisant référence au caractère central de la prière dans le mouvement oecuménique. En cette époque de mondialisation et, en même temps, de fragmentation, "sans prière, les structures, les institutions et les programmes oecuméniques seraient privés de leur coeur et de leur âme" (Rencontre oecuménique dans l'église Saint-Joseph à New York, 18 avril 2008). Nous rendons grâce au Seigneur pour les objectifs atteints dans le dialogue oecuménique grâce à l'action de l'Esprit Saint; nous restons dociles à l'écoute de sa voix, afin que nos coeurs, comblés d'espérance, parcourent sans relâche le chemin qui conduit à la pleine communion de tous les disciples du Christ.
Dans la Lettre aux Galates, saint Paul rappelle: "Mais voici ce que produit l'Esprit: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi" (5, 22-23). Tels sont les dons de l'Esprit Saint que nous invoquons nous aussi aujourd'hui pour tous les chrétiens, afin que dans le service commun et généreux à l'Evangile, ils puissent être dans le monde le signe de l'amour de Dieu pour l'humanité. Tournons avec confiance notre regard vers Marie, Sanctuaire de l'Esprit Saint, et par son intermédiaire prions: "Viens, Esprit Saint, remplis les coeurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour". Amen!
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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, en particulier le groupe de Saint-Hilaire du Harcouet, avec Monseigneur Georges Dupont, Évêque émérite de Pala, les groupes venus de Suisse pour la cérémonie du serment de la Garde Suisse Pontificale et les religieuses de la Congrégation du Rosaire du Liban. Que l’Esprit Saint fasse de vous les messagers de Dieu jusqu’aux extrémités de la terre. Avec ma Bénédiction apostolique.
53 Chers frères et soeurs,
Je voudrais aujourd'hui, au cours des catéchèses sur les Pères de l'Eglise, parler d'une figure très mystérieuse: un théologien du sixième siècle, dont le nom est inconnu, qui a écrit sous le pseudonyme de Denys l'Aréopagite. Avec ce pseudonyme, il fait allusion au passage de l'Ecriture que nous venons d'entendre, c'est-à-dire à l'histoire racontée par saint Luc dans le chapitre XVII des Actes des Apôtres, où il est rapporté que Paul prêcha à Athènes sur l'Aréopage, pour une élite du grand monde intellectuel grec, mais à la fin la plupart des auditeurs montrèrent leur désintérêt et s'éloignèrent en se moquant de lui; pourtant certains, un petit nombre nous dit saint Luc, s'approchèrent de Paul en s'ouvrant à la foi. L'évangéliste nous donne deux noms: Denys, membre de l'Aréopage, et une certaine femme, Damaris.
Si l'auteur de ces livres a choisi cinq siècles plus tard le pseudonyme de Denys l'Aréopagite, cela veut dire que son intention était de mettre la sagesse grecque au service de l'Evangile, d'aider la rencontre entre la culture et l'intelligence grecque et l'annonce du Christ; il voulait faire ce qu'entendait ce Denys, c'est-à-dire que la pensée grecque rencontre l'annonce de saint Paul; en étant grec, devenir le disciple de saint Paul et ainsi le disciple du Christ.
Pourquoi a-t-il caché son nom et choisi ce pseudonyme? Une partie de la réponse a déjà été donnée: il voulait précisément exprimer cette intention fondamentale de sa pensée. Mais il existe deux hypothèses à propos de cet anonymat et de ce pseudonyme. Une première hypothèse dit: c'était une falsification voulue, avec laquelle, en antidatant ses oeuvres au premier siècle, au temps de saint Paul, il voulait donner à sa production littéraire une autorité presque apostolique. Mais mieux que cette hypothèse - qui me semble peu crédible - il y a l'autre: c'est-à-dire qu'il voulait précisément faire un acte d'humilité. Ne pas rendre gloire à son propre nom, ne pas créer un monument pour lui-même avec ses oeuvres, mais réellement servir l'Evangile, créer une théologie ecclésiale, non individuelle, basée sur lui-même. En réalité, il réussit à construire une théologie que nous pouvons certainement dater du VI siècle, mais pas attribuer à l'une des figures de cette époque: c'est une théologie un peu désindividualisée, c'est-à-dire une théologie qui exprime une pensée et un langage commun. C'était une époque de dures polémiques après le Concile de Chalcédoine; lui, en revanche, dans sa Septième Epître dit: "Je ne voudrais pas faire de polémiques; je parle simplement de la vérité, je cherche la vérité". Et la lumière de la vérité fait d'elle-même disparaître les erreurs et fait resplendir ce qui est bon. Et avec ce principe, il purifia la pensée grecque et la mit en rapport avec l'Evangile. Ce principe, qu'il affirme dans sa septième lettre, est également l'expression d'un véritable esprit de dialogue: ne pas chercher les choses qui séparent, chercher la vérité dans la Vérité elle-même, qu'ensuite celle-ci resplendisse et fasse disparaître les erreurs.
La théologie de cet auteur, tout en étant donc pour ainsi dire "suprapersonnelle", réellement ecclésiale, peut être située au VI siècle. Pourquoi? Il rencontra dans les livres d'un certain Proclus, mort à Athènes en 485, l'esprit grec qu'il plaça au service de l'Evangile: cet auteur appartenait au platonisme tardif, un courant de pensée qui avait transformé la philosophie de Platon en une sorte de religion, dont le but à la fin était de créer une grande apologie du polythéisme grec et de retourner, après le succès du christianisme, à l'antique religion grecque. Il voulait démontrer que, en réalité, les divinités étaient les forces en oeuvre dans le cosmos. La conséquence était que l'on devait considérer le polythéisme plus vrai que le monothéisme, avec un unique Dieu créateur. C'était un grand système cosmique de divinités, de forces mystérieuses, celui que nous montre Proclus, pour qui dans ce cosmos déifié l'homme pouvait trouver l'accès à la divinité. Il distinguait cependant les voies pour les simples, qui n'étaient pas en mesure de s'élever aux sommets de la vérité - pour eux certains rites même superstitieux pouvaient suffire - et les voies pour les sages, qui en revanche devaient se purifier pour arriver à la pure lumière.
Cette pensée, comme on le voit, est profondément antichrétienne. C'est une réaction tardive contre la victoire du christianisme. Un usage antichrétien de Platon, alors qu'était déjà en cours un usage chrétien du grand philosophe. Il est intéressant que ce Pseudo-Denys ait osé se servir précisément de cette pensée pour montrer la vérité du Christ; transformer cet univers polythéiste en un cosmos créé par Dieu, dans l'harmonie du cosmos de Dieu où toutes les forces sont une louange à Dieu, et montrer cette grand harmonie, cette symphonie du cosmos qui va des séraphins, aux anges et aux archanges, à l'homme et à toutes les créatures qui ensemble reflètent la beauté de Dieu et sont une louange à Dieu. Il transformait ainsi l'image polythéiste en un éloge du Créateur et de sa créature. Nous pouvons de cette manière découvrir les caractéristiques essentielles de sa pensée: elle est tout d'abord une louange cosmique. Toute la création parle de Dieu et est un éloge de Dieu. La créature étant une louange de Dieu, la théologie de Pseudo-Denys devient une théologie liturgique: Dieu se trouve surtout en le louant, pas seulement en réfléchissant; et la liturgie n'est pas quelque chose que nous avons construit, quelque chose d'inventé pour faire une expérience religieuse au cours d'une certaine période de temps; elle est un chant avec le choeur des créatures et l'entrée dans la réalité cosmique elle-même. Et c'est précisément ainsi que la liturgie n'apparaît plus seulement ecclésiastique mais devient vaste et grande, devient notre union avec le langage de toutes les créatures. Il dit: on ne peut pas parler de Dieu de manière abstraite; parler de Dieu est toujours - dit-il avec un mot grec - un "hymnein", un chant pour Dieu avec le grand chant des créatures, qui se reflète et se concrétise dans la louange liturgique. Toutefois, bien que sa théologie soit cosmique, ecclésiale et liturgique, elle est également profondément personnelle. Il créa la première grande théologie mystique. Le mot "mystique" acquiert même avec lui une nouvelle signification. Jusqu'à cette époque, pour les chrétiens ce mot était équivalent au mot "sacramentel", c'est-à-dire ce qui appartient au "mysterion", au sacrement. La parole "mystique" devient avec lui plus personnelle, plus intime: elle exprime le chemin de l'âme vers Dieu. Et comment trouver Dieu? Nous observons de nouveau ici un élément important dans son dialogue entre la philosophie grecque et le christianisme, en particulier la foi biblique. Apparemment, ce que dit Platon et ce que dit la grande philosophie sur Dieu est beaucoup plus élevé, est beaucoup plus vrai; la Bible apparaît assez "barbare", simple, précritique dirait-on aujourd'hui; mais lui remarque que c'est justement ce qui est nécessaire parce qu'ainsi nous pouvons comprendre que les concepts les plus élevés sur Dieu n'arrivent jamais jusqu'à sa vraie grandeur; ils sont toujours inappropriés. En réalité, ces images nous font comprendre que Dieu est au delà de tous les concepts; dans la simplicité des images, nous trouvons plus de vérité que dans les grands concepts. Le visage de Dieu est notre incapacité d'exprimer réellement ce qu'Il est. Aussi parle-t-on - comme le fait Pseudo-Denys - d'une "théologie négative". Nous pouvons plus facilement dire ce que Dieu n'est pas, plutôt que d'exprimer ce qu'Il est véritablement. Ce n'est qu'à travers ces images que nous pouvons deviner son vrai visage, et de l'autre côté ce visage de Dieu est très concret: c'est Jésus Christ. Et bien que Denys nous montre, en suivant en cela Proclus, l'harmonie des choeurs célestes, de telle façon qu'il nous semble que tous dépendent de tous, il reste vrai que notre chemin vers Dieu demeure fort éloigné de Lui; Pseudo-Denys nous montre que, finalement, la route vers Dieu est Dieu lui-même, Lequel se rapproche de nous en Jésus Christ.
C'est ainsi qu'une théologie tellement grande et mystérieuse devient également très concrète autant dans l'interprétation de la liturgie que dans le discours tenu sur Jésus Christ: avec tout cela, Denys l'Aréopagite eut une grande influence sur toute la théologie médiévale, sur toute la théologie mystique autant en Orient qu'en Occident, il fut presque redécouvert au treizième siècle notamment par saint Bonaventure, le grand théologien franciscain qui dans cette théologie mystique trouva le moyen conceptuel d'interpréter l'héritage tellement simple et profond de saint François: le "poverello", avec Denys, nous dit finalement que l'amour voit plus que la raison. Là où se trouve la lumière de l'amour on ne souffre plus des ténèbres de la raison; l'amour voit, l'amour est un oeil et l'expérience nous donne plus que la réflexion. Quelle que soit cette expérience, Bonaventure le vit en saint François: c'est l'expérience d'un cheminement très humble, très réaliste, jour après jour, c'est cela aller avec le Christ, en acceptant sa croix. Dans cette pauvreté et dans cette humilité, dans l'humilité que l'on éprouve également dans la vie ecclésiale, on fait une expérience de Dieu qui est plus élevée que celle que l'on atteint par la réflexion: à travers elle, nous touchons réellement le coeur de Dieu.
Il existe aujourd'hui une nouvelle actualité de Denys l'Aréopagite: il apparaît comme un grand médiateur dans le dialogue moderne entre le christianisme et les théologies mystiques de l'Asie, dont la caractéristique la plus connue est la conviction selon laquelle on ne peut pas dire qui est Dieu; on ne peut parler de Lui que sous forme négative; on ne peut parler de Dieu qu'avec le "ne pas", et ce n'est qu'en entrant dans cette expérience du "ne pas" qu'on Le rejoint. On voit ici une proximité entre la pensée de l'Aréopagite et celle des religions asiatiques: il peut être aujourd'hui un médiateur comme le il fut entre l'esprit grec et l'Evangile. On voit ainsi que le dialogue n'accepte pas la superficialité. C'est justement quand quelqu'un entre dans la profondeur de la rencontre avec le Christ que s'ouvre également le vaste espace pour le dialogue. Quand quelqu'un rencontre la lumière de la vérité, on s'aperçoit qu'il est une lumière pour tous; les polémiques disparaissent et il devient possible de se comprendre l'un l'autre ou au moins de parler l'un avec l'autre, de se rapprocher. Le chemin du dialogue est justement la proximité dans le Christ à Dieu dans la profondeur de la rencontre avec Lui, dans l'expérience de la vérité qui nous ouvre à la lumière et nous aide à aller à la rencontre des autres: la lumière de la vérité, la lumière de l'amour. Et il nous dit en fin de compte: empruntez la voie de l'expérience, de l'expérience humble de la foi, chaque jour. Le coeur devient alors grand et peut voir et illuminer également la raison pour qu'elle voie la beauté de Dieu. Prions le Seigneur pour qu'il nous aide aujourd'hui aussi à mettre au service de l'Evangile la sagesse de notre époque, en découvrant à nouveau la beauté de la foi, la rencontre avec Dieu dans le Christ.
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Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins francophones, en particulier les jeunes des collèges du Vésinet et de Sallanches, du Lycée de Chateauneuf de Galaure et de l’École d’évangélisation de Paray-le-Monial. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous les messagers, pleins de joie, de la Bonne Nouvelle du salut. Avec ma Bénédiction apostolique.
En cet instant, ma pensée va aux populations du Sichuan et des provinces limitrophes en Chine, durement frappées par le tremblement de terre, qui a causé de très nombreuses pertes humaines, de très nombreux disparus et des dégats incalculables. Je vous invite à vous unir à moi dans la prière fervente pour tous ceux qui ont perdu la vie. Je suis spirituellement proche des personnes frappées par une catastrophe si dévastatrice: nous implorons pour elles de Dieu le réconfort dans la souffrance. Que le Seigneur accorde son soutien à tous ceux qui sont engagés dans le service pour apporter les premiers secours.
Audiences 2008 50