
Audiences 2008 6
6 Chers frères et soeurs,
Mercredi dernier, j'ai parlé du grand tournant qui eut lieu dans la vie de saint Paul à la suite de sa rencontre avec le Christ ressuscité. Jésus entra dans sa vie et le transforma de persécuteur en apôtre. Cette rencontre marqua le début de sa mission: Paul ne pouvait pas continuer à vivre comme avant, à présent il se sentait investi par le Seigneur de la mission d'annoncer son Evangile en qualité d'apôtre. Et c'est précisément de cette nouvelle condition de vie, c'est-à-dire d'être apôtre du Christ, que je voudrais vous parler aujourd'hui. Normalement, en suivant les Evangiles, nous identifions les Douze avec le titre d'apôtres, entendant ainsi indiquer ceux qui étaient les compagnons de vie et les auditeurs de l'enseignement de Jésus. Mais Paul aussi se sent un véritable apôtre et il apparaît donc clair que le concept paulinien d'apostolat ne se limite pas au groupe des Douze. Naturellement Paul sait bien distinguer son propre cas de celui de ceux "qui étaient Apôtres avant" lui (Ga 1,17): il leur reconnaît une place toute particulière dans la vie de l'Eglise. Et pourtant, comme chacun le sait, saint Paul s'interprète lui aussi comme Apôtre au sens strict. Il est certain que, à l'époque des origines chrétiennes, personne ne parcourut autant de kilomètres que lui, sur la terre et sur la mer, dans le seul but d'annoncer l'Evangile.
Il possédait donc un concept d'apostolat qui allait au-delà de celui lié uniquement au groupe des Douze et transmis en particulier par saint Luc dans les Actes (cf. Ac Ac 1,2 Ac Ac 1,26 Ac 6,2). En effet, dans la première Lettre aux Corinthiens Paul effectue une claire distinction entre "les Douze" et "tous les apôtres", mentionnés comme deux groupes différents de bénéficiaires des apparitions du Ressuscité (cf. 15, 5.7). Dans ce même texte, il se nomme ensuite humblement lui-même comme "le plus petit des Apôtres", se comparant même à un avorton et affirmant textuellement: "Je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et la grâce dont il m'a comblé n'a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres; à vrai dire ce n'est pas moi, c'est la grâce de Dieu avec moi" (1Co 15,9-10). La métaphore de l'avorton exprime une extrême modestie; on la trouvera également dans la Lettre aux Romains de saint Ignace d'Antioche: "Je suis le dernier de tous, je suis un avorton; mais il me sera accordé d'être quelque chose, si je rejoins Dieu" (9, 2). Ce que l'évêque d'Antioche dira à propos de son martyre imminent, prévoyant que celui-ci transformerait sa condition d'indignité, saint Paul le dit lui-même en relation avec son propre engagement apostolique: c'est dans celui-ci que se manifeste la fécondité de la grâce de Dieu, qui sait précisément transformer un homme mal réussi en un apôtre splendide. De persécuteur à fondateur d'Eglises: c'est ce qu'a fait Dieu chez une personne qui, du point de vue évangélique, aurait pu être considérée comme un rebut!
Qu'est-ce donc, selon la conception de Paul, qui fait de lui et d'autres personnes des apôtres? Dans ses Lettres apparaissent trois caractéristiques principales, qui constituent l'apostolat. La première est d'avoir "vu le Seigneur" (cf. 1Co 9,1), c'est-à-dire d'avoir eu avec lui une rencontre déterminante pour sa propre vie. De même, dans la Lettre aux Galates (cf. 1, 15-16) il dira qu'il a été appelé, presque sélectionné par la grâce de Dieu avec la révélation de son Fils en vue de l'heureuse annonce aux païens. En définitive, c'est le Seigneur qui appelle à l'apostolat, et non la propre présomption. L'apôtre ne se fait pas tout seul, mais il est fait tel par le Seigneur; l'apôtre a donc besoin de se référer constamment au Seigneur. Ce n'est pas pour rien que Paul dit qu'il est "apôtre par vocation" (Rm 1,1), c'est-à-dire "envoyé non par les hommes, ni par un intermédiaire humain, mais par Jésus Christ et par Dieu le Père" (Ga 1,1). Telle est la première caractéristique: avoir vu le Seigneur, avoir été appelé par Lui
La deuxième caractéristique est d'"avoir été envoyés". Le terme grec apóstolos signifie précisément "envoyé, mandaté", c'est-à-dire ambassadeur et porteur d'un message; il doit donc agir comme responsable et représentant d'un mandant. Et c'est pour cela que Paul se définit "apôtre du Christ Jésus" (1Co 1,1 2Co 1,1), c'est-à-dire son délégué, entièrement placé à son service, au point de s'appeler également "serviteur de Jésus Christ" (Rm 1,1). Encore une fois apparaît au premier plan l'idée de l'initiative d'une autre personne, celle de Dieu dans le Christ Jésus, à laquelle on doit une pleine obéissance; mais il est en particulier souligné que l'on a reçu de lui une mission à accomplir en son nom, en mettant absolument au deuxième plan tout intérêt personnel.
La troisième condition est l'exercice de l'"annonce de l'Evangile", avec la fondation conséquente d'Eglises. En effet, le titre d'"apôtre" n'est pas et ne peut pas être un titre honorifique. Il engage concrètement et même dramatiquement toute l'existence du sujet concerné. Dans la première Lettre aux Corinthiens Paul s'exclame: "Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur? Et vous, n'êtes-vous pas mon oeuvre dans le Seigneur?" (9, 1). De même, dans la deuxième Lettre aux Corinthiens il affirme: "C'est vous-mêmes qui êtes ce document..., vous êtes ce document venant du Christ, confié à notre ministère, écrit non pas avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant" (3, 2-3).
Il ne faut donc pas s'étonner si saint Jean Chrysostome parle de Paul comme d'"une âme de diamant" (Panégyriques, 1, 8), et poursuit en disant: "De la même manière que le feu se renforce encore davantage en prenant sur des matériaux différents..., la parole de Paul gagnait à sa propre cause tous ceux avec qui il entrait en relation, et ceux qui lui faisaient la guerre, capturés par ses discours, devenaient une nourriture pour ce feu spirituel" (ibid. 7, 11). Cela explique pourquoi Paul définit les apôtres comme des "collaborateurs de Dieu" (1Co 3,9 2Co 6,1), dont la grâce agit avec eux. Un élément typique du véritable apôtre, bien mis en lumière par saint Paul, est une sorte d'identification entre Evangile et évangélisateur, tous deux destinés au même sort. En effet, personne autant que Paul n'a souligné que l'annonce de la croix du Christ apparaît comme "scandale et folie" (1Co 1,23), à laquelle nombreux sont ceux qui réagissent par l'incompréhension et le refus. L'apôtre Paul participe donc à ce sort d'apparaître "scandale et folie" et il le sait: telle est l'expérience de sa vie. Il écrit aux Corinthiens, non sans une nuance d'ironie: "Mais nous les Apôtres, il me semble que Dieu a fait de nous les derniers de tous, comme on expose des condamnés à mort, livrés en spectacle au monde entier, aux anges et aux hommes. Nous passons pour des fous à cause du Christ, et vous, pour des gens sensés dans le Christ; nous sommes faibles, et vous êtes forts; vous êtes à l'honneur, et nous, dans le mépris. Maintenant encore, nous avons faim, nous avons soif, nous n'avons pas de vêtements, nous sommes maltraités, nous n'avons pas de domicile, nous peinons dur à travailler de nos mains. Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d'apaisement. Jusqu'à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l'humanité" (1Co 4,9-13). C'est un autoportrait de la vie apostolique de saint Paul: dans toutes ces souffrances prévaut la joie d'être le porteur de la bénédiction de Dieu et de la grâce de l'Evangile
Paul partage par ailleurs avec la philosophie stoïcienne de son temps l'idée d'une constance tenace face à toutes les difficultés qui se présentent à lui; mais il dépasse la perspective purement humaniste, rappelant la composante de l'amour de Dieu et du Christ: "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ? la détresse? l'angoisse? la persécution? la faim? le dénuement? le danger? le supplice? L'Ecriture dit en effet: C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, on nous prend pour des moutons d'abattoir. Oui, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J'en ai la certitude: ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur" (Rm 8,35-39). Telle est la certitude, la joie profonde qui guide l'apôtre Paul dans tous ces événements: rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu. Et cet amour est la véritable richesse de la vie humaine.
Comme on le voit, saint Paul s'était donné à l'Evangile avec toute son existence; nous pourrions dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre! Et il accomplissait son ministère avec fidélité et avec joie, "pour en sauver à tout prix quelques-uns" (1Co 9,22). Et il se situait à l'égard des Eglises, tout en sachant qu'il avait avec elles une relation de paternité (cf. 1Co 4,15), voire de maternité (cf. Ga 4,19), dans une attitude de service complet, déclarant admirablement: "Il ne s'agit pas d'exercer un pouvoir sur votre foi, mais de collaborer à votre joie" (2Co 1,24). Telle demeure la mission de tous les apôtres du Christ à toutes les époques: être les collaborateurs de la joie véritable.
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Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française présents ce matin. Que l’exemple de saint Paul vous aide à vous laisser transformer par la grâce de Dieu afin de devenir d’authentiques disciples du Christ, ardents à annoncer son Évangile. Avec ma Bénédiction apostolique.
Message à la France en vue de la Visite Apostolique
Chers Frères et Soeurs,
Vendredi prochain j’entreprendrai mon premier voyage pastoral en France en tant que Successeur de Pierre. A la veille de mon arrivée, je tiens à adresser mon cordial salut au peuple français et à tous les habitants de cette Nation bien-aimée. Je viens chez vous en messager de paix et de fraternité. Votre pays ne m’est pas inconnu. A plusieurs reprises j’ai eu la joie de m’y rendre et d’apprécier sa généreuse tradition d’accueil et de tolérance, ainsi que la solidité de sa foi chrétienne comme sa haute culture humaine et spirituelle. Cette fois, l’occasion de ma venue est la célébration du cent cinquantième anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Lourdes. Après avoir visité Paris, la capitale de votre pays, ce sera une grande joie pour moi de m’unir à la foule des pèlerins qui viennent suivre les étapes du chemin du Jubilé, à la suite de sainte Bernadette, jusqu’à la grotte de Massabielle. Ma prière se fera intense aux pieds de Notre Dame aux intentions de toute l’Église, particulièrement pour les malades, les personnes les plus délaissées, mais aussi pour la paix dans le monde. Que Marie soit pour vous tous, et particulièrement pour les jeunes, la Mère toujours disponible aux besoins de ses enfants, une lumière d’espérance qui éclaire et guide vos chemins ! Chers amis de France, je vous invite à vous unir à ma prière pour que ce voyage porte des fruits abondants. Dans l’heureuse attente d’être prochainement parmi vous, j’invoque sur chacun, sur vos familles et sur vos communautés, la protection maternelle de la Vierge Marie, Notre Dame de Lourdes. Que Dieu vous bénisse !
7 Chers frères et soeurs!
La rencontre d'aujourd'hui m'offre l'heureuse opportunité de reparcourir les divers moments de la visite pastorale que j'ai accomplie ces jours derniers en France; une visite qui a atteint son sommet, comme vous le savez, avec le pèlerinage à Lourdes, à l'occasion du 150 anniversaire des apparitions de la Vierge à sainte Bernadette. Alors que je rends grâce avec ferveur au Seigneur qui m'a accordé une possibilité aussi providentielle, j'exprime à nouveau ma vive reconnaissance à l'archevêque de Paris, à l'évêque de Tarbes et Lourdes, à leurs collaborateurs respectifs et à tous ceux qui, de différentes manières, ont coopéré à la bonne réussite de mon pèlerinage. Je remercie également cordialement le président de la République et les autres Autorités qui m'ont accueilli avec tant de courtoisie.
La visite a commencé à Paris, où j'ai rencontré idéalement tout le peuple français, rendant ainsi hommage à une nation bien-aimée dans laquelle l'Eglise, déjà depuis le ii siècle, a joué un rôle civilisateur fondamental. Il est intéressant que, précisément dans ce contexte, ait mûri l'exigence d'une saine distinction entre domaine politique et domaine religieux, selon la célèbre phrase de Jésus: "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" (Mc 12,17). Sur les monnaies romaines était imprimée l'effigie de César et c'est pourquoi celles-ci devaient lui être restituées, mais dans le coeur de l'homme il y a l'empreinte du Créateur, unique Seigneur de notre vie. L'authentique laïcité n'est donc pas faire abstraction de la dimension spirituelle, mais reconnaître que précisément celle-ci, de manière radicale, est la garante de notre liberté et de l'autonomie des réalités terrestres, grâces aux préceptes de la Sagesse créatrice que la conscience humaine sait accueillir et mettre en oeuvre.
C'est dans cette perspective que se situe la vaste réflexion sur le thème: "Les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne", que j'ai développée au cours de la rencontre avec le monde de la culture, dans un lieu choisi pour sa valeur symbolique. Il s'agit du Collège des Bernardins, que le regretté cardinal Jean-Marie Lustiger voulut valoriser comme centre de dialogue culturel, un édifice du xii siècle, construit pour les cisterciens où des jeunes ont poursuivi leurs études. Ainsi, c'est précisément la présence de cette théologie monastique qui a donné également naissance à notre culture occidentale. Le point de départ de mon discours a été une réflexion sur le monachisme, dont le but était de rechercher Dieu, quaerere Deum. A l'époque de crise profonde de la civilisation antique, les moines, orientés par la lumière de la foi, choisirent la voie maîtresse: la voie de l'écoute de la Parole de Dieu. Ils furent donc les grands spécialistes des Saintes Ecritures et les monastères devinrent des écoles de sagesse et des écoles "dominici servitii", "du service du Seigneur", comme les appelait saint Benoît. La recherche de Dieu conduisait ainsi les moines, par sa nature, à une culture de la parole. Quaerere Deum, chercher Dieu, ils le cherchaient sur les traces de sa Parole, et ils devaient donc connaître toujours plus en profondeur cette Parole. Il fallait pénétrer dans le secret de la langue, la comprendre dans sa structure. Pour la recherche de Dieu, qui s'est révélé à nous dans les Saintes Ecritures, devenaient ainsi importantes les sciences profanes, visant à approfondir les secrets des langues. En conséquence, se développait dans les monastères cette eruditio qui devait permettre la formation de la culture. C'est précisément pour cela que quaerere Deum - chercher Dieu, reste aujourd'hui comme hier la voie maîtresse et le fondement de chaque véritable culture.
L'architecture aussi est l'expression artistique de la recherche de Dieu, et il ne fait aucun doute que la cathédrale Notre-Dame de Paris en constitue un exemple de valeur universelle. A l'intérieur de ce temple magnifique, où j'ai eu la joie de présider la célébration des Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie, j'ai exhorté les prêtres, les diacres, les religieux, le religieuses et les séminaristes venus de toutes les parties de la France, à accorder la priorité à l'écoute religieuse de la Parole divine, en regardant la Vierge Marie comme un modèle sublime. Sur le parvis de Notre-Dame j'ai ensuite salué les jeunes, venus nombreux et enthousiastes. A eux, qui allaient commencer une longue veillée de prière, j'ai remis deux trésors de la foi chrétienne: l'Esprit Saint et la Croix. L'Esprit ouvre l'intelligence humaine à des horizons qui la dépassent et lui fait comprendre la beauté et la vérité de l'amour de Dieu, révélé précisément dans la Croix. Un amour dont rien ne pourra jamais nous séparer et dont on fait l'expérience en donnant sa propre vie, à l'exemple du Christ. J'ai ensuite effectué une brève halte à l'Institut de France, siège des cinq Académies nationales: étant membre d'une des Académies, j'ai rencontré mes collègues avec grande joie. Et puis ma visite a atteint son sommet dans la Célébration eucharistique sur l'Esplanade des Invalides. En reprenant les paroles de l'apôtre Paul aux Corinthiens, j'ai invité les fidèles de Paris et de la France entière à rechercher le Dieu vivant, qui nous a montré son véritable visage en Jésus présent dans l'Eucharistie, en nous incitant à aimer nos frères comme Il nous a aimés.
Je me suis ensuite rendu à Lourdes, où j'ai pu immédiatement m'unir à des milliers de fidèles sur le "Chemin du Jubilé", qui reparcourt les lieux de la vie de sainte Bernadette: l'église paroissiale avec les fonts baptismaux où elle a été baptisée; le "Cachot" où elle vécut enfant dans une grande pauvreté; la Grotte de Massabielle, où la Vierge lui apparut dix-huit fois. Dans la soirée, j'ai participé à la traditionnelle Procession aux flambeaux, merveilleuse manifestation de foi en Dieu et de dévotion à sa Mère et à la nôtre. Lourdes est vraiment un lieu de lumière, de prière, d'espérance et de conversion, fondées sur le roc de l'amour de Dieu, dont le sommet de la révélation a été la Croix glorieuse du Christ.
Par une heureuse coïncidence, dimanche dernier la liturgie rappelait l'Exaltation de la Sainte Croix, signe d'espérance par excellence, car elle est le témoignage le plus élevé de l'amour. A Lourdes, à l'école de Marie, première et parfaite disciple du Crucifié, les pèlerins apprennent à considérer les croix de leur propre vie à la lumière de la Croix glorieuse du Christ. En apparaissant à Bernadette, dans la grotte de Massabielle, le premier geste que fit Marie fut précisément le Signe de la Croix, en silence et sans paroles. Et Bernadette l'imita en faisant à son tour le Signe de la Croix d'une main tremblante. Et ainsi la Vierge a donné une première initiation dans l'essence du christianisme: le signe de la Croix est le sommet de notre foi, et en le faisant d'un coeur attentif nous entrons dans la plénitude du mystère de notre salut. Dans ce geste de la Vierge, se trouve tout le message de Lourdes! Dieu nous a tant aimés qu'il s'est donné lui-même pour nous: tel est le message de la Croix, "mystère de mort et de gloire". La Croix nous rappelle qu'il n'existe pas de véritable amour sans souffrance, il n'y a pas de don de la vie sans douleur. De nombreuses personnes apprennent cette vérité à Lourdes, qui est une école de foi et d'espérance, car elle est aussi une école de charité et de service aux frères. C'est dans ce contexte de foi et de prière que s'est tenu l'importante rencontre avec l'épiscopat français: il s'est agi d'un moment d'intense communion spirituelle, où ensemble nous avons confié à la Vierge les attentes communes et les préoccupations pastorales.
L'étape suivante a ensuite été la procession eucharistique avec des milliers de fidèles, parmi lesquels, comme toujours, se trouvaient tant de malades. Devant le Très Saint Sacrement, notre communion spirituelle avec Marie s'est faite encore plus intense et profonde car Elle nous donne des yeux et un coeur capables de contempler son Divin Fils dans la Sainte Eucharistie. Le silence de ces milliers de personnes devant le Seigneur était émouvant; un silence non pas vide, mais rempli de prière et de la conscience de la présence du Seigneur, qui nous a aimés jusqu'à monter pour nous sur la croix. La journée du lundi 15 septembre, mémoire liturgique de la Bienheureuse Vierge des Douleurs, a enfin été consacrée de manière particulière aux malades. Après une brève visite à la Chapelle de l'Hôpital, où Bernadette reçut la Première Communion, sur le parvis de la Basilique du Rosaire, j'ai présidé la célébration de la Messe, au cours de laquelle j'ai administré le sacrement de l'Onction des malades Avec les malades et ceux qui s'en occupent, j'ai voulu méditer sur les larmes de Marie versées sous la Croix, et sur son sourire, qui illumine le matin de Pâques.
Chers frères et soeurs, rendons grâce ensemble au Seigneur pour ce voyage apostolique riche de tant de dons spirituels. Nous lui rendons en particulier louange car Marie, en apparaissant à sainte Bernadette, a ouvert dans le monde un espace privilégié pour rencontrer l'amour divin qui guérit et qui sauve. A Lourdes, la Sainte Vierge invite chacun à considérer la terre comme le lieu de notre pèlerinage vers la patrie définitive, qui est le Ciel. En réalité nous sommes tous pèlerins, nous avons tous besoin de la Mère qui nous guide; et à Lourdes, son sourire nous invite à aller de l'avant avec une grande confiance dans la conscience que Dieu est bon, que Dieu est amour.
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Je salue tous les pèlerins francophones présents à cette audience. Rendez grâce au Seigneur avec moi car Marie, en apparaissant à Bernadette, a offert au monde un lieu privilégié pour rencontrer l’amour divin qui guérit et qui sauve. Avec ma Bénédiction apostolique.
8 Chers frères et soeurs,
Je voudrais parler aujourd'hui des relations entre saint Paul et les Apôtres qui l'avaient précédé à la suite de Jésus. Ces relations furent toujours marquées par un profond respect et par une franchise qui, chez saint Paul, dérive de la défense de la vérité de l'Evangile. Même s'il était, dans les faits, contemporain de Jésus de Nazareth, il n'eut jamais l'occasion de le rencontrer, au cours de sa vie publique. C'est pourquoi, après avoir été foudroyé sur le chemin de Damas, il ressentit le besoin de consulter les premiers disciples du Maître, qui avaient été choisis par Lui pour en porter l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre.
Dans la Lettre aux Galates, Paul rédige un compte-rendu important sur les contacts entretenus avec plusieurs des Douze: avant tout avec Pierre qui avait été choisi comme Kephas, le terme araméen qui signifie le roc sur lequel l'on édifiait l'Eglise (cf. Ga Ga 1,18), avec Jacques, "le frère du Seigneur" (cf. Ga Ga 1,19), et avec Jean (cf. Ga Ga 2,9): Paul n'hésite pas à les reconnaître comme "les colonnes" de l'Eglise. La rencontre avec Céphas (Pierre), qui eut lieu à Jérusalem, est particulièrement significative: Paul resta chez lui pendant 15 jours pour "le consulter" (cf. Ga Ga 1,19), c'est-à-dire pour être informé sur la vie terrestre du Ressuscité, qui l'avait "saisi" sur la route de Damas et qui était en train de lui changer, de manière radicale, l'existence: de persécuteur à l'égard de l'Eglise de Dieu, il était devenu évangélisateur de cette foi dans le Messie crucifié et Fils de Dieu, que par le passé il avait cherché à détruire (cf. Ga Ga 1,23).
Quel genre d'informations Paul obtint-il sur Jésus Christ pendant les trois années qui suivirent la rencontre de Damas? Dans la première Lettre aux Corinthiens nous pouvons noter deux passages, que Paul a connus à Jérusalem, et qui avaient déjà été formulés comme éléments centraux de la tradition chrétienne, tradition constitutive. Il les transmet verbalement, tels qu'il les a reçus, avec une formule très solennelle: "Je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu". C'est-à-dire qu'il insiste sur la fidélité à ce qu'il a lui-même reçu et qu'il transmet fidèlement aux nouveaux chrétiens. Ce sont des éléments constitutifs et ils concernent l'Eucharistie et la Résurrection; il s'agit de passages déjà formulés dans les années trente. Nous arrivons ainsi à la mort, la sépulture au coeur de la terre et à la résurrection de Jésus (cf. 1Co 15,3-4). Prenons l'un et l'autre: les paroles de Jésus au cours de la Dernière Cène (cf. 1Co 11,23-25) sont réellement pour Paul le centre de la vie de l'Eglise: l'Eglise s'édifie à partir de ce centre, en devenant ainsi elle-même. Outre ce centre eucharistique, dans lequel naît toujours à nouveau l'Eglise - également pour toute la théologie de saint Paul, pour toute sa pensée - ces paroles ont eu une profonde répercussion sur la relation personnelle de Paul avec Jésus. D'une part, elles attestent que l'Eucharistie illumine la malédiction de la croix, la transformant en bénédiction (Ga 3,13-14) et, de l'autre, elles expliquent la portée de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans ses Lettres le "pour vous" de l'institution eucharistique devient le "pour moi" (Ga 2,20), personnalisant, sachant qu'en ce "vous" il était lui-même connu et aimé de Jésus et d'autre part "pour tous" (2Co 5,14): ce "pour vous" devient "pour moi" et "pour l'Eglise (Ep 5,25)", c'est-à-dire également "pour tous" du sacrifice expiatoire de la croix (cf. Rm Rm 3,25). A partir de l'Eucharistie et dans celle-ci, l'Eglise s'édifie et se reconnaît comme "Corps du Christ" (1Co 12,27), nourrie chaque jour par la puissance de l'Esprit du Ressuscité.
L'autre texte sur la Résurrection nous transmet à nouveau la même formule de fidélité. Saint Paul écrit: "Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu: le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il a été mis au tombeau; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze" (1Co 15,3-5). Dans cette tradition transmise à Paul revient également ce "pour nos péchés", qui met l'accent sur le don que Jésus a fait de lui-même au Père, pour nous libérer des péchés et de la mort. De ce don de soi, Paul tirera les expressions les plus captivantes et fascinantes de notre relation avec le Christ: "Celui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu" (2Co 5,21); "Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ: lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté" (2Co 8,9). Il vaut la peine de rappeler le commentaire par lequel celui qui était alors un moine augustin, Martin Luther, accompagnait ces expressions paradoxales de Paul: "Tel est le mystère grandiose de la grâce divine envers les pécheurs: que par un admirable échange nos péchés ne sont plus les nôtres, mais du Christ, et la justice du Christ n'est plus du Christ, mais la nôtre" (Commentaire sur les ).Et ainsi nous sommes sauvés.
Dans le kerygma original, transmis de bouche à oreille, il faut souligner l'usage du verbe "il est ressuscité", au lieu de "il fut ressuscité" qu'il aurait été plus logique d'utiliser, en continuité avec "il mourut... et fut enseveli". La forme verbale est choisie pour souligner que la résurrection du Christ influence jusqu'à l'heure actuelle l'existence des croyants: nous pouvons le traduire par "il est ressuscité et continue à vivre" dans l'Eucharistie et dans l'Eglise. Ainsi toutes les Ecritures rendent témoignage de la mort et de la résurrection du Christ car - comme l'écrira Ugo di San Vittore - "toute la divine Ecriture constitue un unique livre et cet unique livre est le Christ, car toute l'Ecriture parle du Christ et trouve dans le Christ son accomplissement" (De arca Noe, 2, 8). Si saint Ambroise de Milan peut dire que "dans l'Ecriture nous lisons le Christ", c'est parce que l'Eglise des origines a relu toutes les Ecritures d'Israël en partant du Christ et en revenant à Lui.
L'énumération des apparitions du Ressuscité à Céphas, aux Douze, à plus de cinq cent frères et à Jacques se termine par la mention de l'apparition personnelle, reçue par Paul sur le chemin de Damas: "Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis" (1Co 15,8). Ayant persécuté l'Eglise de Dieu, il exprime dans cette confession son indignité à être considéré apôtre, au même niveau que ceux qui l'ont précédé: mais la grâce de Dieu en lui n'a pas été vaine (1Co 15,10). C'est pourquoi l'affirmation puissante de la grâce divine unit Paul aux premiers témoins de la résurrection du Christ: "Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà notre foi" (1Co 15,11). L'identité et le caractère unique de l'Evangile sont importants: aussi bien eux que moi prêchons la même foi, le même Evangile de Jésus Christ mort et ressuscité qui se donne dans la Très Sainte Eucharistie.
L'importance qu'il confère à cette Tradition vivante de l'Eglise, qu'il transmet à ses communautés, démontre à quel point est erronée la vision de ceux qui attribuent à Paul l'invention du christianisme: avant de porter l'évangile de Jésus Christ, son Seigneur, il l'a rencontré sur le chemin de Damas et il l'a fréquenté dans l'Eglise, en observant sa vie chez les Douze et chez ceux qui l'ont suivi sur les routes de la Galilée. Dans les prochaines catéchèses, nous aurons l'opportunité d'approfondir les contributions que Paul a apportées à l'Eglise des origines; mais la mission reçue par le Ressuscité en vue d'évangéliser les païens a besoin d'être confirmée et garantie par ceux qui lui donnèrent leur main droite, ainsi qu'à Barnabé, en signe d'approbation de leur apostolat et de leur évangélisation et d'accueil dans l'unique communion de l'Eglise du Christ (cf. Ga Ga 2,9). On comprend alors que l'expression "nous avons compris le Christ à la manière humaine" (2Co 5,16) ne signifie pas que son existence terrestre ait eu une faible importance pour notre maturation dans la foi, mais qu'à partir du moment de sa Résurrection, notre façon de nous rapporter à Lui se transforme. Il est, dans le même temps, le Fils de Dieu, "né de la race de David; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur", comme le rappellera Paul au début de la Lettres aux Romains (1, 3-4).
Plus nous cherchons à nous mettre sur les traces de Jésus de Nazareth sur les routes de la Galilée, plus nous pouvons comprendre qu'il a pris en charge notre humanité, la partageant en tout, hormis le péché. Notre foi ne naît pas d'un mythe, ni d'une idée, mais bien de la rencontre avec le Ressuscité, dans la vie de l'Eglise.
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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, en particulier les pèlerins du Diocèse de Chartres avec leur Évêque Monseigneur Michel Pansard, ainsi que les pèlerins du Diocèse de Tournai, avec leur Évêque Monseigneur Guy Harpigny. A la suite de saint Paul, prions afin que le Seigneur envoie beaucoup d’ouvriers apostoliques dans sa vigne. Avec ma Bénédiction Apostolique.
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Chers frères et soeurs,
Le respect et la vénération que Paul a toujours cultivés à l'égard des Douze ne font pas défaut lorsqu'il défend avec franchise la vérité de l'Evangile, qui n'est autre que Jésus Christ, le Seigneur. Nous voulons aujourd'hui nous arrêter sur deux épisodes qui démontrent la vénération et, dans le même temps, la liberté avec laquelle l'Apôtre s'adresse à Céphas et aux autres Apôtres: ce qu'on appelle le "Concile" de Jérusalem et l'incident d'Antioche de Syrie, rapportés dans la Lettre aux Galates (cf. 2, 1-10; 2, 11-14).
Chaque Concile et Synode de l'Eglise est "un événement de l'Esprit" et contient dans son accomplissement les instances de tout le peuple de Dieu: ceux qui ont reçu le don de participer au Concile Vatican II en ont fait personnellement l'expérience. C'est pourquoi saint Luc, en nous informant sur le premier Concile de l'Eglise, qui s'est déroulé à Jérusalem, commence ainsi la lettre que les Apôtres envoyèrent en cette circonstance aux communautés chrétiennes de la diaspora: "L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé..." (Ac 15,28). L'Esprit, qui agit dans toute l'Eglise, conduit les Apôtres par la main pour entreprendre de nouvelles routes en vue de réaliser ses projets: c'est Lui l'artisan principal de l'édification de l'Eglise.
L'assemblée de Jérusalem se déroula pourtant à un moment de tension importante au sein de la Communauté des origines. Il s'agissait de répondre à la question de savoir s'il fallait demander aux païens qui adhéraient à Jésus Christ, le Seigneur, la circoncision ou s'il était licite de les laisser libres de la Loi mosaïque, c'est-à-dire de l'observance des normes nécessaires pour être des hommes justes, qui obtempèrent à la Loi, et surtout libres des normes concernant les purifications cultuelles, les aliments purs et impurs et le Sabbat. Saint Paul parle également de l'assemblée de Jérusalem dans Ga 2, 1-10: quatorze ans après la rencontre avec le Ressuscité à Damas - nous sommes dans la deuxième moitié des années 40 ap. J.C. - Paul part avec Barnabé d'Antioche de Syrie et se fait accompagner par Tite, son fidèle collaborateur qui, bien qu'étant d'origine grecque, n'avait pas été obligé de se faire circoncire pour entrer dans l'Eglise. A cette occasion, Paul expose aux Douze, définis comme les personnes les plus remarquables, son évangile de la liberté de la Loi (cf. Ga Ga 2,6). A la lumière de la rencontre avec le Christ ressuscité, il avait compris qu'au moment du passage à l'Evangile de Jésus Christ, pour les païens n'étaient plus nécessaire la circoncision, les règles sur la nourriture, sur le sabbat comme signes de la justice: le Christ est notre justice et "juste" est tout ce qui lui est conforme. Il n'y pas besoin d'autres signes pour être des justes. Dans la Lettre aux Galates, en quelques lignes, il rapporte le déroulement de l'assemblée: il rappelle avec enthousiasme que l'évangile de la liberté à l'égard de la Loi fut approuvé par Jacques, Céphas et Jean, "les colonnes", qui lui offrirent ainsi qu'à Barnabé la main droite de la communion ecclésiale dans le Christ (cf. Ga Ga 2,9). Si, comme nous l'avons remarqué, pour Luc le Concile de Jérusalem exprime l'action de l'Esprit Saint, pour Paul il représente la reconnaissance décisive de la liberté partagée entre tous ceux qui y participèrent: une liberté des obligations provenant de la circoncision et de la Loi; cette liberté pour laquelle "le Christ nous a libérés, pour que nous restions libres" et pour que nous ne nous laissions plus imposer le joug de l'esclavage (cf. Ga Ga 5,1). Les deux modalités avec lesquelles Paul et Luc décrivent l'assemblée de Jérusalem ont en commun l'action libératrice de l'Esprit, car "là où l'Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté", dira-t-il dans la deuxième Lettre aux Corinthiens (cf. 3, 17).
Toutefois, comme il apparaît avec une grande clarté dans les Lettres de saint Paul, la liberté chrétienne ne s'identifie jamais avec le libertinage ou avec le libre arbitre de faire ce que l'on veut; elle se réalise dans la conformité au Christ et donc dans le service authentique pour les frères, en particulier pour les plus indigents. C'est pourquoi, le compte-rendu de Paul sur l'assemblée se termine par le souvenir de la recommandation que les Apôtres lui adressèrent: "Ils nous demandèrent seulement de penser aux pauvres de leur communauté, ce que j'ai toujours fait de mon mieux" (Ga 2,10). Chaque Concile naît de l'Eglise et retourne à l'Eglise: en cette occasion, il y retourne avec une attention pour les pauvres qui, selon les diverses annotations de Paul dans ses Lettres, sont tout d'abord ceux de l'Eglise de Jérusalem. Dans sa préoccupation pour les pauvres, attestée en particulier dans la deuxième Lettre aux Corinthiens (cf. 8-9) et dans la partie finale de la Lettre aux Romains (cf. Rm Rm 15), Paul démontre sa fidélité aux décisions qui ont mûri pendant l'assemblée.
Peut-être ne sommes-nous plus en mesure de comprendre pleinement la signification que Paul et ses communautés attribuèrent à la collecte pour les pauvres de Jérusalem. Ce fut une initiative entièrement nouvelle dans le cadre des activités religieuses: elle ne fut pas obligatoire, mais libre et spontanée; toute les Eglises fondées par Paul vers l'Occident y prirent part. La collecte exprimait la dette de ses communautés à l'égard de l'Eglise mère de la Palestine, dont elles avaient reçu le don extraordinaire de l'Evangile. La valeur que Paul attribue à ce geste de partage est tellement grande que rarement il l'appelle simplement "collecte": pour lui celle-ci est plutôt "service", "bénédiction", "amour", grâce", et même "liturgie" (2Co 9). On est en particulier surpris par ce dernier terme, qui confère à la collecte d'argent une valeur également cultuelle: d'une part, celle-ci est un geste liturgique ou "service", offert par chaque communauté à Dieu, de l'autre, elle est une action d'amour accomplie en faveur du peuple. Amour pour les pauvres et liturgie divine vont ensemble, l'amour pour les pauvres est liturgie. Les deux horizons sont présents dans chaque liturgie célébrée et vécue dans l'Eglise, qui par sa nature s'oppose à la séparation entre le culte et la vie, entre la foi et les oeuvres, entre la prière et la charité pour les frères. Le Concile de Jérusalem naît ainsi pour résoudre la question sur la façon de se comporter avec les païens qui adhéraient à la foi, en optant pour la liberté à l'égard de la circoncision et des observances imposées par la Loi, et elle se résout dans l'instance ecclésiale et pastorale, qui place en son centre la foi dans le Christ et l'amour pour les pauvres de Jérusalem et de toute l'Eglise.
Le deuxième épisode est le célèbre incident d'Antioche, en Syrie, qui atteste la liberté intérieure dont Paul jouissait: comment se comporter à l'occasion de la communion à la table entre les croyants d'origine juive et ceux d'origine païenne? Ici se fait jour l'autre épicentre de l'observance mosaïque: la distinction entre les aliments purs et impurs, qui divisaient profondément les juifs observants des païens. Au début, Céphas, Pierre partageait sa table avec les uns et les autres; mais avec l'arrivée de plusieurs chrétiens liés à Jacques, "le frère du Seigneur" (Ga 1,19), Pierre avait commencé à éviter les contacts à table avec les païens, pour ne pas scandaliser ceux qui continuaient à observer les lois sur les aliments purs; et le choix avait été partagé par Barnabé. Ce choix divisait profondément les chrétiens venus de la circoncision et les chrétiens venus du paganisme. Ce comportement, qui menaçait réellement l'unité et la liberté de l'Eglise, suscita les réactions enflammées de Paul, qui parvint à accuser Pierre et les autres d'hypocrisie; "Toi, tout juif que tu es, il t'arrive de suivre les coutumes des païens et non celles des juifs; alors, pourquoi forces-tu les païens à faire comme les juifs?" (Ga 2,14). En réalité, les préoccupations de Paul, d'une part, et celles de Pierre et Barnabé, de l'autre, étaient différentes: pour ces derniers la séparation des païens représentait une manière de protéger et de ne pas scandaliser les croyants provenant du judaïsme; pour Paul, elle constituait en revanche un danger de mauvaise compréhension du salut universel en Christ, offert aussi bien aux païens qu'aux juifs. Si la justification ne se réalise qu'en vertu de la foi dans le Christ, de la conformité avec lui, sans aucune oeuvre de la Loi, quel sens cela a-t-il d'observer la pureté des aliments à l'occasion du partage de la table? Les perspectives de Pierre et de Paul étaient probablement différentes: pour le premier ne pas perdre les juifs qui avaient adhéré à l'Evangile, pour le deuxième ne pas réduire la valeur salvifique de la mort du Christ pour tous les croyants.
Cela paraît étrange, mais en écrivant aux chrétiens de Rome, quelques années après (vers le milieu des années 50 ap. J.C.), Paul lui-même se trouvera face à une situation analogue et demandera aux forts de ne pas manger de nourriture impure pour ne pas perdre ou pour ne pas scandaliser les faibles: "C'est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, bref de ne rien faire qui fasse tomber ton frère" (Rm 14,21). L'incident d'Antioche se révéla donc une leçon aussi bien pour Pierre que pour Paul. Ce n'est que le dialogue sincère, ouvert à la vérité de l'Evangile, qui put orienter le chemin de l'Eglise: "En effet, le Royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14,17). C'est une leçon que nous devons apprendre nous aussi: avec les différents charismes confiés à Pierre et à Paul, laissons-nous guider par l'Esprit, en cherchant à vivre dans la liberté qui trouve son orientation dans la foi en Christ et se concrétise dans le service à nos frères. Ce qui est essentiel c'est d'être toujours plus conforme au Christ. C'est ainsi qu'on devient réellement libre, c'est ainsi que s'exprime en nous le noyau le plus profond de la Loi: l'amour pour Dieu et pour notre prochain. Prions le Seigneur pour qu'il nous enseigne à partager ses sentiments, pour apprendre de Lui la vraie liberté et l'amour évangélique qui embrasse tout être humain.
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Je salue tous les pèlerins francophones présents à cette audience, en particulier les participants au pèlerinage oecuménique Saint-Paul présidé par Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, ainsi que les pèlerins venus du Canada et de la Guadeloupe. Puisse la méditation des lettres de Paul faire aimer toujours davantage l’Église en son mystère. Bon pèlerinage à tous !
Audiences 2008 6