
Pie XII 1956 - LETTRE A L'OCCASION DU CENTENAIRE DE LA FONDATION DES PRÊTRES DU TRÈS SAINT SACREMENT
(11 avril 1956) 1
Le Saint-Père a accordé, dans la Basilique Vaticane, le mercredi 11 avril, une grande audience générale, à laquelle ont pris part plusieurs milliers de participants au Xe congrès national italien des cultivateurs directs (propriétaires exploitants et fermiers), tenu à Rome. Il leur a adressé un important discours dont nous publions la traduction :
Nous vous sommes reconnaissant, chers fils et filles de la Confédération des cultivateurs directs, d'être venus Nous apporter avec les effluves du nouveau printemps qui s'empare de vos belles et luxuriantes campagnes — après les épreuves d'un si dur hiver — le réconfort de votre dévotion filiale.
Nous accueillons volontiers de nouveau, pour le Xe congrès actuel, le désir qui Nous a été exprimé de sceller par Notre exhortation et Notre bénédiction vos voeux et vos résolutions, persuadé comme Nous le sommes des hauts mérites de votre catégorie, de son importance croissante au sein de la société, à laquelle vous apportez une contribution incomparable en biens économiques et moraux.
Fort opportunément, depuis environ une dizaine d'années, la Confédération multiplie ses initiatives pour assurer aux cultivateurs la reconnaissance de leurs justes droits, mais aussi pour promouvoir parmi eux l'observation des devoirs, dérivant les uns les autres des principes sociaux chrétiens. En effet, celui qui examine les buts que se propose votre association constate aisément combien ses dirigeants entendent s'inspirer de ces principes et respecter les valeurs humaines et sociales, que l'Eglise défend et soutient dans le monde du travail.
Le Saint-Père met en garde les cultivateurs contre les fausses propagandes.
Tout cela est pour Nous un motif de réconfort et vous donne, d'autre part, l'assurance d'avancer sur la bonne voie, qui n'est pas toujours reconnue ni suivie par tous. Aux cultivateurs, comme à tous les travailleurs continuent à parvenir, de divers côtés, des suggestions et des programmes de toutes sortes, de nature à mettre la confusion dans leurs idées, si bien qu'ils ne savent souvent pas distinguer le juste de l'injuste, le droit de la convoitise, la liberté de l'esclavage, en un mot leur bien réel de la ruine commune. De quelle manière pourrez-vous vous soustraire à de telles embûches et reconnaître le vrai du faux ?
Les cultivateurs reconnaîtront si on les trompe en comparant les programmes qu'on leur propose avec les enseignements de l'Eglise.
Il n'y a qu'un seul moyen : vérifiez si ces programmes sont en accord ou en opposition avec les principes de la doctrine sociale chrétienne. Celle-ci est, en effet, la solide pierre de touche, qui mérite l'entière confiance du travailleur honnête, car elle est le résultat de la plus large vision de la réalité ; elle est fondée sur l'ordre éternel établi par Dieu et manifesté par la nature ; elle est propre à sauvegarder la dignité de la personne, comme principe et terme des rapports entre les hommes ; elle ne se plie pas à des intérêts unilatéraux de classe ; elle respecte la juste hiérarchie des valeurs ; elle ne sacrifie pas un bien pour un autre, mais tend à les harmoniser tous dans la justice et dans l'amour.
En affirmant donc les droits, en exposant les nécessités et en perfectionnant les programmes de votre catégorie, cherchez à ne pas vous éloigner de l'esprit de cette doctrine, par laquelle vous pourrez apprendre quels sont les devoirs, mais aussi les droits dans une société bien ordonnée.
Le Saint-Père énumère les justes réformes et avantages que les cultivateurs sont en droit d'attendre des pouvoirs publics mais en tenant compte des possibilités de l'Etat.
Ce n'est pas à Nous de définir les dispositions particulières que la société doit adopter pour satisfaire à l'obligation de venir en aide à la catégorie rurale ; néanmoins, il Nous semble que les buts poursuivis par votre Confédération coïncident avec les devoirs de la société envers vous. Ces devoirs sont ceux, par exemple, de diffuser la propriété agricole et son développement productif ; de mettre les agriculteurs non propriétaires dans des conditions de salaires, de contrats et de revenu de nature à favoriser leur stabilité sur les fonds cultivés par eux et de faciliter l'accession à la pleine propriété (en restant toujours attentif aux exigences de la productivité, aux droits des propriétaires et à leurs investissements) ; de les encourager par une aide concrète à améliorer les cultures et le patrimoine zootechnique, de manière que leur revenu comme la prospérité nationale en tirent avantage ; de promouvoir en outre en leur faveur les formes d'assistance et d'assurances, communes aux autres travailleurs (mais administrées selon les conditions spéciales de l'agriculteur) ; de faciliter la préparation technique, spécialement des jeunes, selon les méthodes rationnelles et modernes continuellement en progrès ; et, enfin, de s'employer afin que soit éliminée cette différence criante entre le revenu agricole et le revenu industriel, qui cause l'abandon des campagnes, avec tant de dommage pour l'économie dans un pays comme le vôtre, basé en grande partie sur la production agricole. A ces tâches de la société en votre faveur, on doit ajouter celles qui dérivent des conditions particulières de vos campagnes, encore insuffisamment pourvues, ça et là, d'habitations, de routes, d'écoles, d'aqueducs, d'énergie électrique, de dispensaires.
Or, s'il vous est permis de réclamer à la communauté nationale la réalisation de ces mesures et d'autres semblables, vous ne devez pas oublier votre devoir de ne pas les exiger sans tenir compte des possibilités réelles de la nation ou avec l'impatience de ceux qui considèrent l'Etat comme un simple serviteur des individus et des classes sociales. Tout cela vous est enseigné par l'esprit de la doctrine sociale chrétienne, que vous avez prise comme norme de votre association et à laquelle vos dirigeants entendent se conformer en assurant l'amélioration de votre situation.
Il leur rappelle que les intérêts matériels doivent passer après les préoccupations d'ordre moral et leur donne trois directives précises :
Mais dans l'attente que vos voeux et vos résolutions, exprimés au cours du présent congrès, se transforment le plus tôt possible en réalité, il vous appartient d'entreprendre ou de continuer la tâche personnelle de vous cultiver vous-mêmes, comme travailleurs, comme membres de la société, comme fils de Dieu. Aussi désirons-Nous vous dire quelques brèves paroles sur chacun de ces trois devoirs.
I. Cultivez-vous comme travailleurs
On a l'habitude de dire couramment que la « nature fait tout » dans les champs. Cela est vrai quand on attribue au merveilleux pouvoir de la nature ce prodige de germination, de croissance, de maturation, qu'aucune force et aucune science humaine ne peuvent reproduire et remplacer. Mais la nature attend d'être guidée par l'intelligence et par la main de l'homme, pour exercer son pouvoir presque illimité en faveur des hommes. L'oeuvre de l'agriculteur est par conséquent une forme de collaboration pour ainsi dire directe à l'oeuvre de Dieu et elle honore grandement celui qui l'accomplit. Or la nature est d'autant plus prête à répondre généreusement aux fatigues humaines que la collaboration est plus intelligente, assidue et vigilante. Vous savez que les sciences modernes ont ouvert et découvrent encore de nouvelles voies pour renforcer la collaboration de l'homme avec la nature, dans le but d'employer plus sagement ses ressources. Il faut donc connaître, étudier et adopter les méthodes que les sciences suggèrent. Cela comporte l'abandon de systèmes empiriques et rudimentaires, qui constituent non seulement un gaspillage d'énergies humaines, mais le renoncement à d'importants résultats, d'autant plus précieux que la terre, spécialement dans votre pays, se révèle plus mal appropriée au nombre de ses habitants. L'agriculteur d'aujourd'hui ne peut se contenter de méthodes dites patriarcales ; mais il doit acquérir la connaissance technique de sa profession, en se laissant guider avec confiance par ceux qui reconnaissent dans l'agriculture une science et un art.
Les jeunes, surtout, doivent être stimulés à acquérir une culture professionnelle moderne, en leur en fournissant le temps et les moyens. Vous serez aidés en cela par votre Confédération, qui a déjà pris des dispositions prévoyantes pour préparer convenablement la jeunesse rurale aux responsabilités techniques, économiques et sociales et en faire d'excellents chefs d'entreprise.
II. Cultivez-vous comme membre de la société
La vie, au fond assez isolée, des agriculteurs pourrait vous induire à vous considérer vous-mêmes comme étrangers à l'oeuvre de la nation, et peut-être même en condition d'infériorité par rapport aux autres citoyens. Rien n'est plus erroné. La classe agricole, spécialement en Italie, a été et demeure la base de la vie de la nation, soit par l'importante contribution économique qu'elle lui apporte, soit par la santé, la vigueur et la moralité dont elle est riche. Les familles rurales italiennes, qui ont toujours donné, jusqu'à ce jour, à la nation, non moins qu'à l'Eglise, d'innombrables saints et d'insignes savants, artistes, hommes de gouvernement, dévoués à la patrie, démontrent qu'elles sont encore la bonne sève du grand arbre. Continuez dans cette splendi-de tradition, persuadés par ailleurs que votre contribution ordinaire à la vie sociale consiste à améliorer le rendement de votre travail, à veiller à ne pas vous laisser séduire par les forces de désagrégation désireuses de vous attirer dans leur orbite, et à vous employer activement, au moyen d'une action vigoureuse, afin que la communauté, aussi bien au centre qu'à la périphérie, soit guidée et dirigée par des hommes d'une honnêteté à toute épreuve.
Le Saint-Père s'adresse aux jeunes gens pour les exhorter à ne pas céder à la tentation d'abandonner les campagnes pour chercher une vie plus facile à la ville.
Là aussi, Nous désirons ajouter une parole particulière pour les jeunes si souvent tentés d'abandonner les campagnes par le rêve trompeur d'une vie aisée à la ville. L'écho qui vous parvient, chers jeunes gens, des grandes cités, par la presse, la radio, la télévision et le cinéma, se prête à fausser chez vous la réalité. La vie décrite à la lumière de l'art et du divertissement est bien différente de la vie quotidienne de chaque jour. De toute façon, la loi de la compensation se manifeste également lorsque l'on compare les avantages de la ville à ceux de la campagne. Les magnifiques gains de la cité sont décimés par les occasions faciles de dépense; les divertissements spectaculaires ne valent pas la sérénité des heures passées dans la paix familiale ; l'abondance des commodités ne valent pas non plus le sacrifice de l'indépendance, de la santé, de la sécurité du lendemain, prérogatives de la vie rurale.
Toutes les louanges que la vie des champs a recueillies toujours et partout ne sont pas sans fondement. Du reste, c'est à votre sagesse qu'il appartiendra de choisir, mais si vous deviez vous résoudre à changer de travail, gardez-vous de vous baser sur de brillantes et vaines apparences.
III. Enfin, cultivez-vous religieusement
Généralement, on dit que l'agriculteur est plus près de Dieu parce qu'il assiste, pour ainsi dire heure par heure, aux prodiges de sa Providence. Toutefois, il peut arriver que le travail assidu, les difficultés, les distances elles-mêmes empêchent que la semence religieuse enfermée dans son coeur germe et mûrisse en fruits d'instruction, de pratiques religieuses et, même, — car c'est possible, — d'authentique sainteté. Pour sa part, l'Eglise n'a jamais négligé cette portion choisie du troupeau du Christ, en envoyant des prêtres zélés s'établir au milieu d'elle pour s'occuper de ses nécessités spirituelles. Contrairement aux débuts du christianisme, la population agricole est ainsi restée jusqu'à ce jour comme détentrice de la pure tradition chrétienne. Mais à présent, les nouvelles conditions de la vie rurale ont suscité de nombreux et graves problèmes de caractère spirituel et matériel, dont la solution doit être prise à coeur, aussi bien par le prêtre que par l'agriculteur et par la communauté civile elle-même.
Quel doit être en cela votre devoir fondamental ? Maintenez-vous dans le contact le plus étroit avec le prêtre. Dieu s'est rendu visible dans son Fils Unique, qui, à son tour, continue « à habiter parmi nous » dans le sacerdoce éternel de l'Eglise. Le prêtre est la voie vers le Christ, il est le trésorier des moyens de sanctification, il est l'authentique héraut de son Evangile. Dociles à ses enseignements, à ses conseils et exhortations, vous trouverez en lui la nourriture spirituelle pour l'âme affamée de vérité et de grâce, et, dans les épreuves quotidiennes, le père et le frère soucieux de votre vrai bien. Réduisez donc les distances qui vous séparent de lui ; brisez, au besoin, la glace de la froideur pour lier avec lui des rapports affectueux, chassez les soupçons, le plus souvent répandus par artifice. Si vous vous montrez dignes de son ministère sacré, il ne manquera pas de resplendir à vos yeux comme l'image du bon pasteur décrit par le Christ. En un mot, Nous voudrions que vous le vénériez, que vous l'écoutiez, que vous lui obéissiez avec les mêmes sentiments filiaux qui brûlent en ce moment dans vos coeurs en regardant Notre humble personne. De la sorte, Notre coeur ne tremblera plus de la crainte que le loup rapace, toujours aux aguets, réussisse à faire des ravages dans vos âmes qui Nous sont si chères et pour lesquelles le Rédempteur divin a versé son sang.
Le Saint-Père termine en invitant ses auditeurs à retourner dans leurs villages avec le désir d'y continuer généreusement leur mission de travailleurs, de citoyens et de chrétiens.
Vous retournerez, chers fils, aux fertiles campagnes et aux riantes collines, qui portent les traces de vos fatigues, pour continuer votre mission de travailleurs, de citoyens et de chrétiens. Que Dieu vous accompagne et qu'il reste toujours auprès de vous, à la maison et dans les champs, durant le travail et le repos ; sa loi couronnant vos pensées et son amour au fond de votre coeur. Et chaque fois que le son mélodieux d'une cloche, en accord avec le bruissement du vent, avec le murmure des eaux, avec le gazouillement des oiseaux, se répandra, comme une voix qui appelle à des pensées du ciel et promet les bénédictions divines sur les sillons et les moissons, arrosés de votre sueur, élevez l'esprit vers Dieu en une fervente prière d'action de grâces et de propitiation.
Avec la confiance que Nos sollicitudes et Nos voeux, chers fils cultivateurs, se réalisent en vous et par vous, que Notre paternelle Bénédiction apostolique, présage des faveurs divines, descende et se répande, comme l'arôme des champs mûrs, sur vous tous et sur chacun de vous.
(12 avril 1956) 1
Le Saint-Père a adressé au Révérend Père François Mead, C, M., Recteur de l'Université de Niagara, la lettre suivante à l'occasion du premier centenaire de ce centre d'études.
C'est avec joie que Nous venons d'apprendre que l'Université de Niagara s'apprête à célébrer le premier centenaire de sa fondation ; aussi Notre pensée se porte-t-elle vers vous, cher fils, vers les autres directeurs et professeurs, vers les élèves de cette grande institution dans un mouvement d'affection paternelle.
Nous connaissons bien les débuts de cette maison d'enseignement, son heureux développement et ses gloires actuelles qui vous valent les justes éloges de vos citoyens et des étrangers : Nous pensons qu'il faut attribuer à une grâce et une faveur spéciales de Dieu ce fait que, pour le plus grand bien de l'Eglise et de votre cité, la bonne semence des fruits de salut a pu pousser pendant ce temps. On rappellera à juste titre, au cours des solennités et manifestations prévues et l'on honorera comme il convient le souvenir de Jean Lync, de la Société de Saint Vincent de Paul ; cet homme de grand bon sens, actif et ingénieux, sut mettre en oeuvre, avec prévoyance et lucidité, tout ce qu'il fallait pour fonder, dans la ville de Niagara, un séminaire consacré à la Vierge Mère de Dieu, Reine des anges. On ajouta plus tard à ce bâtiment, d'autres constructions destinées à l'enseignement des différentes disciplines ; le tout forme un ensemble imposant qui montre magnifiquement et à l'évidence que le talent des hommes est capable avec l'appui de la grâce de Dieu, de parachever ce qui a été commencé.
Instruits dans la foi catholique, formés avec soin, à une doctrine sûre et à des moeurs intègres, beaucoup de vos anciens ont quitté la vie cachée pour se lancer dans la vie publique et militante ; les uns ont été élevés à la dignité sacerdotale ou épiscopale ; d'autres occupent des hautes fonctions dans là cité ; tous se sont fait remarquer par les dons de leur esprit et par leur conduite exemplaire.
Devant le spectacle de cette génération d'hommes courageux, Nous souhaitons qu'une telle gloire, encore en plein essor, ne se ternisse point, mais qu'elle s'étende au contraire amplement, pour le plus grand profit de l'Eglise et du pays. Etant donné la grande affection que Nous avons pour votre peuple, Nous désirons vivement que soit atteint le but envisagé ; et Nous souhaitons, dans cette intention, que l'on confie à des hommes capables les entreprises les plus importantes et les charges les plus lourdes. Qu'y a-t-il, en effet, de plus salutaire et de plus souhaitable pour sauvegarder et faire progresser la culture humaine d'un pays, que ces études doctrinales et scientifiques poursuivies à la lumière de la vraie religion, qu'un respect souverain de la sagesse de l'Eglise, qu'une conscience et une volonté droites, étroitement attachées à la loi divine, et jointes à une véritable compétence professionnelle ?
Au moment où s'ouvre le second siècle de cette grande institution sagement dirigée et orientée, par les excellents religieux de la Congrégation de la Mission de Saint Vincent de Paul, vers de fructueux développements, Nous désirons vivement que par la légitime et solennelle érection réservée au Siège apostolique par le Canon CIS 1376 du code de D. C, elle atteigne ainsi son plein état d'achèvement.
Nous faisons monter des prières suppliantes vers la très Sainte Mère de Dieu Reine des anges et des hommes, pour qu'il vous soit donné de voir la réalisation des voeux que Nous formulons pour le bien de cette jeunesse qui vous est si chère. Nous vous remercions de tout coeur de la guirlande de fleurs mystiques que, poussés par la piété filiale, ces jeunes gens ont tressée récemment pour Nous, et Nous demandons pour eux le secours de Dieu afin qu'ils réalisent ce que Nous espérons et attendons d'eux. Fort de cette confiance, Nous accordons de tout coeur, à vous cher Fils, à tous les maîtres et élèves de l'Université de Niagara, à ceux qui rivalisent spontanément de générosité pour subvenir à ses besoins, ainsi qu'à tous ceux qui avec vous célébreront ce solennel centenaire, la Bénédiction apostolique.
(12 avril 1956) 1
Le jeudi 12 avril, le Saint-Père a reçu, dans la salle du Consistoire, l'hommage des dirigeants et du personnel de YAutomobile-Club de Rome. Le groupe avait à sa tête le président, M. Canaletti Caudenti. Le Pape a prononcé un discours dont voici la traduction :
C'est avec un vif plaisir que Nous vous souhaitons la bienvenue, chers fils, membres de l'Automobile-Club de Rome. L'affectueux hommage que vous avez voulu Nous rendre touche profondément Notre coeur et Nous vous remercions tous, dirigeants et employés, Conseil de direction, arbitres de la route, pionniers et champions du volant.
L'automobile est certainement un des symboles les plus expressifs de l'époque moderne, de son désir de commodité, de rapidité, de progrès technique. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans ses engins : leur puissance et leur souplesse toujours croissante, les raffinements mécaniques dont ils sont dotés, l'élégance de leur ligne. Sans doute l'automobile vous apparaîtra souvent moins comme un moyen de transport que comme un merveilleux objet de divertissement, qui exige beaucoup d'habileté et de sûreté, la maîtrise de soi-même et la résistance physique. Vous aimez sentir en votre pouvoir et dominer à votre aise les forces qu'il contient dans ses flancs ; vous vous flattez de vaincre facilement ses résistances, ses caprices, parfois ses obstinations, et d'avoir ainsi l'occasion de prouver votre maîtrise du volant, votre expérience de la route et vos connaissances mécaniques.
Mais vous n'oubliez pas et c'est là le mérite particulier des membres d'un Automobile-Club comme le vôtre, de respecter les usagers de la route, d'observer la courtoisie et la loyauté envers les autres conducteurs et les piétons et de leur montrer votre caractère serviable. Faites-vous un honneur de savoir dominer une impatience souvent bien naturelle, en sacrifiant parfois un peu de votre amour-propre pour faire triompher cette gentillesse qui est un signe de vraie charité. Ainsi vous pourrez non seulement éviter des accidents regrettables, mais vous contribuerez à faire de l'automobile un instrument encore plus utile pour vous-mêmes et pour les autres et capable de vous procurer un plaisir de meilleur aloi.
Que la divine Providence daigne vous avoir sous sa protection et vous combler de ses grâces, en gage desquelles Nous vous donnons de tout coeur Notre Bénédiction apostolique.
(13 avril 1956) 1
Le Saint-Père a reçu en audience les dirigeants et une délégation du personnel de la Société italienne pour les adductions d'eau, à l'occasion du septante-cinquième anniversaire de cette administration.
Il leur a adressé un discours dont nous donnons la traduction ci-dessous :
Nous avons accueilli volontiers, chers fils, votre désir d'être reçus par Nous et Nous vous exprimons de bon coeur Nos félicitations pour la célébration du septante-cinquième anniversaire de votre institut. Durant cette période, la société pour adductions d'eau — ancienne administration romaine — sans faire grand bruit, sous la direction de personnes particulièrement connues et avec la collaboration d'un personnel expérimenté et fidèle, a mené à bonne fin divers ouvrages, qui d'une part font honneur à la technique italienne et de l'autre ont assuré le pain et la sérénité à tant de familles de travailleurs.
Le Saint-Père rend hommage aux dirigeants et au personnel de cette société qui, par leurs qualités et leur compétence, ont surmonté de nombreux obstacles dans les périodes difficiles du passé.
Née dans le but de fournir de l'eau « pour usages civils, agricoles et industriels », votre société se développa rapidement, en se souciant d'apporter des modifications à la rédaction initiale de ses statuts jusqu'au texte approuvé par l'assemblée du
13 juin 1955 : aujourd'hui la société pour adductions d'eau s'occupe non seulement de travaux hydrauliques proprement dits, mais aussi de toutes opérations industrielles, commerciales et financières, mobilières ou immobilières. La condition actuelle de l'administration pourra faire penser que tout s'est toujours déroulé tranquillement ; il n'en est pas ainsi, car votre ciel n'a pas toujours été serein et certains épisodes de votre vie vous ont apporté des soucis et des inquiétudes. Mais la capacité des dirigeants, l'esprit de sacrifice du personnel et, en général, l'action prévoyante de ceux qui avaient à coeur le sort de la société contribuèrent à surmonter tous les obstacles. Aujourd'hui, la société italienne pour adductions d'eau constitue, avec celles qui lui sont associées, un efficace instrument de travail. En lisant votre histoire, Nous avons été frappé par l'opportunité et la hardiesse avec lesquelles vous avez accompli la première grande oeuvre, en réalisant l'ancien projet concernant la construction d'un canal destiné à pourvoir à l'irrigation de vastes zones arides de la province de Milan, qui doit à l'eau une grande partie de sa fortune. En moins de dix ans fut accomplie une oeuvre comprenant quatre-vingts kilomètres de canal principal, cent septante-cinq de canaux secondaires et plus de mille de canaux de troisième catégorie. Depuis lors d'autres grands canaux et des installations hydro-électriques, des aqueducs, des travaux de bonification et des ouvrages publics, des conduites de gaz et de pétrole ont été réalisés à un rythme sans cesse croissant. Pour cet immense travail, Nous vous exprimons Nos féli-licitations paternelles.
Le Saint-Père affirme que l'entreprise privée doit avoir sa place dans la société et il condamne la tendance à vouloir tout confier à l'Etat.
1. — Ce travail indique là, encore une fois, tout ce que peut, dans le domaine de la production, l'entreprise privée bien comprise et convenablement libre. Elle contribue à accroître la richesse commune et, en outre, à alléger la fatigue de l'homme, à élever le rendement du travail, à diminuer les coûts de production, à accélérer la formation de l'épargne. Pour cela, l'Eglise n'a pas cessé et ne cessera pas de réagir contre les tentatives qui sont faites dans certains pays pour attribuer à l'Etat des pouvoirs et des fonctions qui ne lui appartiennent pas. L'Eglise, avec son Fondateur, donne à César tout ce qui est à César ; mais elle ne pourrait lui donner davantage, sans trahir sa mission et le mandat qui lui a été confié par le Christ. Pour cela, de même qu'elle n'hésite pas et qu'elle élève la voix là où le pouvoir civil tente de s'attribuer le monopole de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse, pareillement elle s'oppose, en ce qui concerne les principes moraux, à quiconque voudrait une ingérence excessive de l'Etat dans la question économique. Là où cette ingérence ne serait pas freinée, le problème social ne pourrait être réglé convenablement ; là où l'on en est arrivé en fait à la complète « planification », on a atteint certains buts, mais au prix d'innombrables ruines, provoquées par une hâte insensée et destructive : en frappant les justes libertés individuelles, en troublant la sérénité du travail, en violant le caractère sacré de la famille, en dénaturant l'amour de la patrie, en détruisant le très précieux patrimoine religieux.
Nous souhaitons donc que les hommes responsables ne cèdent pas à la tentation facile de consentir à l'ingérence excessive de l'Etat, qui léserait, découragerait et étoufferait la libre action de ceux qui, tout en travaillant pour leurs propres intérêts, concourent au bien des individus et aux richesses de la patrie.
Il reconnaît toutefois que l'Etat a le droit d'intervenir pour assurer une plus juste répartition des biens de production.
2. — Mais Nous devons ajouter ici une autre parole et avec la même franchise pastorale.
Il arrive parfois que l'on entende des plaintes compréhensibles mais non justifiées au sujet de certaines interventions de l'Etat, visant non pas à empêcher le mouvement de la production, mais à régler une distribution plus juste du bien-être que produit l'industrie humaine. Ces interventions ne peuvent être tout simplement déclarées illégitimes. Si l'on repousse la « planification » qui détruit toute entreprise individuelle, il n'est pas dit que l'on puisse accepter le régime de la liberté absolue dans les activités économiques ; en effet la négligence et même le mépris à l'égard de quelques règles indispensables dictées par la fraternité humaine et chrétienne et aujourd'hui plus urgentes que jamais, seraient trop faciles. Cela ne doit pas se produire parmi vous, chers fils.
Le Saint-Père rappelle que les chrétiens doivent travailler à l'édification d'un monde meilleur par de nouvelles structures sociales,
La société pour adductions d'eau est née et continue à prospérer sous la direction et avec le concours d'hommes, qui n'hésitent pas à faire courageusement profession de leur foi et qui pratiquent un christianisme authentique et agissant. Le président et le directeur général, qui veillent avec tant de sagesse et de talent au sort de votre Administration, ont exprimé — et Nous l'avons lu avec une satisfaction paternelle — leur « confiance que le Seigneur voudra accorder un avenir serein et prospère en travaux féconds ». Cela signifie que vous attendez de Dieu les moyens pour la conservation de votre vie et de votre activité ; une aimable pensée mariale n'a pas manqué non plus, car vous avez décidé que dans les principaux ouvrages exécutés par la Société une reproduction en bronze de Notre-Dame de l'Immaculée Conception serait installée, comme pour signifier que la Sainte Vierge est la protectrice céleste de toutes vos entreprises. Mais votre foi et votre vie chrétienne doivent être également les inspiratrices effectives de toute votre activité sociale.
Dans ce domaine, il faut des exemples clairs et indicateurs, si l'on veut coopérer à l'édification d'un monde fondé sur la doctrine de Jésus-Christ. Méditez donc ce que Nos Prédécesseurs et Nous-même avons dit sur l'élévation du travailleur, sur sa dignité de membre de la famille humaine, sur la mystérieuse, mais réelle participation qu'il a — comme tous les hommes — à la vie du Christ mystique. Méditez-le et, autant que possible, réalisez-le.
Les principes sont désormais connus ; malheureusement, les applications intelligentes, hardies, même si elles sont pénétrées d'un équilibre chrétien réaliste, restent encore rares. Ce n'est certainement pas une chose simple et, par conséquent, il ne faut pas s'attendre à des réformes de structure improvisées ; mais tout ce que vous ferez dans ce sens sera particulièrement béni par Nous, car peu de choses sont autant demandées aujourd'hui au chrétien que d'établir une nouvelle structure sociale sur les ruines des anciens édifices construits par ceux qui ne tenaient pas compte de la religion ou qui niaient l'Eglise, Jésus-Christ et même Dieu.
Etudiez, chers fils, ce qu'il est possible de faire. N'épargnez pas les fatigues et les efforts pour donner à votre administration romaine une physionomie vraiment chrétienne. Ne vous contentez pas de croire en Jésus ou même de pratiquer le christianisme dans votre vie privée ; soyez des chrétiens dans la vie même de l'administration, en vivant l'Evangile dans les rapports qui doivent exister entre employeurs et employés ; tous fils de Dieu, également sujets de l'entreprise jusque dans la différence nécessaire et utile des fonctions exercées.
Comme dernière recommandation, le Saint-Père demande à ses auditeurs de travailler avec la pensée d'être utiles non seulement à eux-mêmes, mais à tous leurs frères.
3. — En attendant — et c'est là Notre dernière pensée exposée brièvement — vous continuerez votre travail dans le but d'être utiles non seulement à vous-mêmes mais aussi à tant de vos frères ; vous travaillerez dans une pureté d'intention et dans une humble modestie : telle « soeur eau », pour laquelle le saint d'Assise voulait que fût « loué » le Seigneur. Chefs d'entreprise et travailleurs chrétiens doivent regarder — comme une fin particulièrement déterminante — le service de Dieu et le service de leurs frères. L'effort sera facilité, comme de juste, par l'attente d'une rémunération convenable, qui serve à votre existence et à celle de vos enfants, mais vous ne devez pas oublier que le travail fait pour Dieu et parce que voulu par Dieu devient une prière précieuse et continue, ainsi qu'un chant de louange envers Lui qui s'en trouve hautement glorifié.
Chers fils ! Jésus veut revenir dans le monde : les hommes « fatigués et oppressés » le cherchent sans le savoir. Il veut revenir dans les palais et dans les taudis, dans les rues et dans les mines, dans les parlements et dans les usines. Faites qu'il vienne et qu'il vive également parmi vous. Offrez-vous à Lui, acceptez-le comme maître incontesté de vos coeurs et de vos familles, surtout, faites-en le roi et le Seigneur de votre Société, si bien que tout soit inspiré par la foi, que tous soient soutenus par l'espérance et vivifiés par l'amour.
Pie XII 1956 - LETTRE A L'OCCASION DU CENTENAIRE DE LA FONDATION DES PRÊTRES DU TRÈS SAINT SACREMENT