
Pie XII 1956 - DISCOURS AU PREMIER CONGRÈS ITALIEN DE LA PETITE INDUSTRIE
(20 janvier 1.936) 1
A l'occasion du millénaire de la conversion de la princesse Olga, le Souverain Pontife a adressé aux évêques de rite byzantin une lettre en latin dont nous donnons la traduction suivante :
Nous avons appris combien vous désiriez voir tous les sujets confiés à vos soins de pasteurs célébrer dignement et d'un commun accord le millième anniversaire du jour où la très noble princesse Olga, l'âme entièrement libérée des vaines superstitions païennes, fut éclairée de la lumière du Christ et purifiée dans les eaux du baptême. Vous avez eu vraiment, en cela, une initiative excellente et Nous ne doutons pas qu'elle porte des fruits. Cet heureux événement marque, en effet, l'origine de l'histoire chrétienne de ce peuple illustre ; celui-ci compte, dans les annales de l'Eglise, tant de hauts faits ; il a bien souvent rayonné de l'éclat de la sainteté. De très graves difficultés de tous ordres entravèrent l'actif dévouement apostolique qui embrasait l'âme de sainte Olga, la gênèrent et l'empêchèrent de mener à bonne fin le projet qu'elle avait formé avec tant d'espérance. D'une part, en effet, il n'était pas facile, en raison des chemins très souvent coupés, de se procurer des missionnaires qui fussent prêts à faire face aux difficultés, à parcourir des régions aussi éloignées les unes des autres et, fortifiés par la grâce divine, à amener, par leur travail, un peuple immense à se soumettre aux préceptes de la doctrine du Christ ; d'autre part, il n'était pas facile d'arracher cette nation, forte et généreuse, mais si peu civilisée encore, aux institutions et aux coutumes de ses ancêtres, ni de la convaincre d'embrasser une religion nouvelle.
Mais la noble et sainte femme, s'appuyant plutôt sur le secours divin que sur l'aide des hommes, s'efforçait d'obtenir par ses prières instantes et suppliantes, ce que ni la persuasion ni l'exhortation n'étaient capables d'obtenir. Son petit-fils, saint Wladimir le Grand, poussé par le même amour de Jésus-Christ et la même sainteté que son aïeule, n'épargna aucune fatigue, aucune dépense, pour purifier par la lumière de l'Evangile le peuple qui lui était confié ; pour faire honorer dans son royaume la croix du divin Rédempteur, et pour permettre à tous, dans la mesure de leurs forces, de se conformer à sa doctrine.
Le prince Wladimir, ainsi que Nous l'avons écrit dans l'encyclique Orientales omnes 2, avait emprunté à l'Eglise orientale ses rites liturgiques et ses fonctions sacrées ; conscient de son devoir, non seulement il resta dans l'unité de l'Eglise catholique, mais il eut grand soin d'entretenir entre le Siège apostolique et sa nation des relations de mutuelle amitié.
Que les très saints princes Olga et Wladimir soient un exemple pour vous et les vôtres, surtout cette année, où vous fêtez le dixième centenaire de l'entrée de votre nation dans le sein de l'Eglise catholique. La célébration d'un anniversaire comme celui-ci fera revivre très nettement, aux yeux de ceux qui sont confiés à vos soins, cette terre bien-aimée, ses villes célèbres, ses places-fortes, ses citadelles, ses villages d'où eux-mêmes ou leurs pères sont originaires ; une fois de plus, tous se rendront compte, à l'évidence, que ce n'est pas seulement la patrie terrestre « qui doit nous être plus chère que nous-mêmes » 3, mais avant tout la patrie céleste où nous demeurerons éternellement ; ils auront présents à l'esprit ces édifices sacrés et ces temples, aujourd'hui, hélas, peut-être profanés, dans lesquels autrefois nombre d'entre eux ont fait monter vers Dieu de très douces prières et ont reçu de lui en retour des consolations célestes plus appréciables que toutes les autres. Qu'ils se souviennent des gloires, des vertus chrétiennes de leurs ancêtres ; qu'ils se rappellent aussi que leurs évêques et leurs prêtres, pardonnant aux ennemis de l'Eglise selon l'esprit du Christ, ont été dépouillés de leur charge et de leur autorité, et que condamnés à mort, ou emprisonnés, ils ont finalement été envoyés en exil.
A. A. S., 38, 1946, p. 35.
Cicerón, De finibus bonorum et malorum, 3, 10.
Mais si, dans votre pays, le présent est sombre et l'avenir incertain et chargé d'angoisse, que vos esprits ne soient pas abattus ; unissez-vous, au contraire, à tous les fils que vous avez dans le Christ ; aidés par la puissance de Celui dont l'éternelle lumière éclaire les intelligences des hommes et dont la grâce toute-puissante met en mouvement les volontés libres, efforcez-vous, par la prière, de faire prévaloir, en tous les hommes, les sentiments de justice, d'équité et de charité, pour qu'enfin le Dieu très miséricordieux ait pitié de son peuple et qu'il ne livre pas son héritage à l'opprobre (Jl 2,17). Que tous ceux qui dans cette nation gardent la foi catholique soient « pour Dieu la bonne odeur du Christ. . . parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui se perdent » (2Co 2,15) ; que tous soient « soucieux de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. Il n'y a qu'un seul corps et un seul esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance » (Ep 4,3-4). Que ceux qui ont été confiés à votre zèle pastoral ne se contentent donc pas de s'efforcer à rester fermes et inébranlables dans leur foi, mais qu'ils aient aussi à coeur de ramener ceux qu'ils pourront à l'unique troupeau de l'Eglise catholique que le bienheureux Pierre, chef des Apôtres, et ses successeurs ont été chargés par le Christ Seigneur lui-même de paître (Jn 21,15-17). Pour cela, il ne leur suffira pas de prier Dieu et de le supplier, mais ils devront encore donner l'exemple de la charité, de la pénitence et de toutes les vertus.
Nous pensons, vénérables Frères, qu'au temps de sainte Olga et de saint Wladimir, le Dieu très sage, dans un dessein secret de son esprit, a confié une mission à ce noble pays : celle d'appeler les peuples orientaux à la foi chrétienne et à l'unité de l'Eglise. Une telle mission vous incombe encore aujourd'hui, bien que, dans les circonstances actuelles, elle semble entravée injustement par des difficultés de toutes sortes. Les voix étouffées de ceux dont les chaînes, les mauvais traitements, les souffrances annoncent et proclament si fortement et si noblement, dans ce pays et dans d'autres, le Christ crucifié, montent directement vers Dieu : elles implorent pour l'Eglise la liberté, et pour leurs bourreaux, le pardon. Ayez donc confiance ; Dieu ne vous abandonnera pas ; s'il se fait attendre parfois, c'est pour éprouver la foi, la fermeté, la constance de ses sujets : l'or est de plus en plus brillant à mesure que le feu le débarrasse et le purifie de ses scories. Dieu est bon, clément et juste ;
Il voit vos larmes et entend vos prières suppliantes. Nous vous disons donc : confiance ! Nous qui, comme Nos prédécesseurs, avons toujours témoigné aux communautés orientales une affectueuse bienveillance, Nous unissons nos ardentes prières aux vôtres, et, en union avec vous Nous les faisons monter instantes vers le trône de Dieu, afin que tout ce peuple très cher revienne au plus tôt, Dieu aidant, à l'unité catholique ; car, dans ce pays, beaucoup d'âmes se sont malheureusement éloignées du bercail de l'unique troupeau, bien plus en raison des circonstances que par mauvaise volonté. Aussi, Nous qui sommes le successeur du prince des Apôtres et le Vicaire de Jésus-Christ « ne tenant compte d'aucune considération humaine, mais poussé par la charité divine et le zèle pour le salut de tous » 4, Nous leur ouvrons à tous les bras et Nous les attendons impatiemment avec un grand amour.
De cet heureux retour, non dans une demeure étrangère, mais dans la maison commune du Père, le souvenir, vivant parmi vous, du serviteur de Dieu, André Szeptycki, archevêque de Lwow, sera le gage et l'invitation : il supporta autant de fatigues que de souffrances pour ramener à l'unique bercail ses frères dissidents, et comme Nous l'avons déjà écrit : « il ne désirait rien plus ardemment, pour témoigner de sa profonde vénération envers le Siège apostolique et en vue du bien de son peuple pour le salut duquel, depuis longtemps déjà il dépensait ses forces et son activité, que de supporter même le martyre, avec l'aide de la grâce divine, s'il en était besoin » 5.
* Léon XIII, Lettre apostolique Proeclara gratulationis, 20 juin 1894 ; A. L., t. XIV, p. 201.
5 Encyclique Orientales omnes, A. A. S., 38, 1946, p. 57.
Tous ces intercesseurs que vous avez auprès de Dieu, tous ces patrons célestes de votre nation, priez-les ardemment pour que prennent fin tous ces maux si graves qui Nous atteignent cruellement tout autant que vous, et pour que des jours meilleurs et plus heureux se lèvent pour l'Eglise catholique et ce peuple très cher. Fort de cet espoir, et confiant absolument en Dieu, à vous tous, vénérables Frères, au troupeau confié à chacun de vous, à tous ceux qui, dans ce pays, conservent fermement dans leur âme, l'unité de la foi catholique, ou qui tendent vers elle en gémissant, Nous accordons, avec une affectueuse charité dans le Seigneur, comme gage des consolations célestes et des dons éternels, et comme témoignage de l'amour de Notre coeur, la Bénédiction apostolique.
(21 janvier 1956)1
Le 21 janvier, prenait fin un cours de huit jours d'exercices spirituels, prêché en Espagne au moyen de la radio, par des Pères de la Compagnie de Jésus. A cette occasion, le Souverain Pontife adressa aux retraitants un radiomessage en espagnol, dont voici la traduction :
Très chers fils — espagnols de toutes conditions et spécialement habitants des campagnes — qui, grâce à une initiative providentielle, achevez de faire les saints exercices pour mieux participer au quatrième centenaire de leur grand auteur, saint Ignace de Loyola.
Ce n'est certes pas la première fois que Nous prononçons quelques paroles pour clore une série d'exercices. Cependant, il est évident que des occasions comme celle-ci Nous ont été rarement offertes, c'est-à-dire toute une nation, à peu près au complet qui, à genoux, les âmes purifiées, les plus hauts sentiments bien vifs dans le coeur, les résolutions toutes récentes, fermes dans la volonté et les yeux illuminés par une sorte de foi renouvelée, Nous demande une bénédiction qui soit une lumière et une force sur le meilleur chemin que tous désirent prendre.
Oui, très chers fils, en louant avant tout votre filiale réponse aux désirs que Nous avons exprimés dans la lettre par laquelle Nous avons été heureux d'ouvrir cette année centenaire (31 juil-
* D'après le texte espagnol de Discorsi e radiomessaggi, 17, traduction française de rOssertJafore Romano, du 3 février 1956.
let 1955), Nous vous bénissons avec toute l'effusion de notre affection paternelle, d'autant plus profonde et sincère que votre cas Nous paraît plus particulier.
En effet, on ne pourrait guère faire une utilisation plus intelligente d'un organe de diffusion aussi puissant que la radio. Les exercices spirituels, ce grand moyen de purification, rénovation et sanctification, pourraient sembler, en raison même des conditions qu'ils réclament2, à peu près impossibles, surtout pour vous, les bons et patients laboureurs, à qui ils s'adressaient spécialement dans le cas présent. Comment abandonner si longtemps vos labours ; comment vous rendre aux localités où ils ont généralement lieu ; comment obtenir aussi autant de directeurs qu'il serait nécessaire pour atteindre au moins vos principaux villages, vos bourgs les plus centraux ? Et voici que les ondes, pour lesquelles il n'y a rien d'impénétrable, résolvent tout ; et vous, après avoir terminé votre labeur, rangé vos outils dans un coin et rentré vos troupeaux, vous vous êtes réunis, à l'église ou là où cela a été possible, pour écouter la parole qui vous rappelait les vérités éternelles, qui vous proposait l'exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vous incitait à être sans cesse meilleurs, en conformant votre vie à ce que Dieu réclame de chacun.
Et Nous sommes bien sûr que vous l'aurez fait, parce que Nous connaissons et admirons les solides vertus de ceux qui, en contact direct avec la terre, sous l'inclémence du gel et du soleil, dans l'austérité nécessaire de celui qui sait bien ce que vaut un morceau de pain parce qu'il lui a coûté auparavant sa sueur, conservent généralement mieux certaines qualités qui leur permettent de pénétrer plus profondément les vérités des exercices, d'en tirer plus rigoureusement les conséquences finales et de les appliquer avec une plus grande force dans leur propre vie. N'est-il pas vrai, très chers fils, que vous avez parfaitement compris la dépendance fondamentale qu'il y a entre Dieu, d'une part, et, de l'autre, « l'homme... et les autres choses sur la surface de la terre » 3, noyau essentiel du « Principe et Fondement » ; vous qui savez ce que c'est que de vivre à la merci du ciel et les yeux fixés sur les futures récoltes ? N'est-il pas certain que vous avez désiré cette pureté d'âme, fruit de la
Exercices spirituels. Annotations, n. 1-20. Ibid., n. 23.
première semaine *, vous qui avez l'habitude de lire dans la limpidité des horizons le beau temps pour vos labours ? Qui mieux que vos esprits nobles et droits pourra entendre cet « Appel du Roi temporel » 5, qui stimule votre loyauté et votre noblesse pour vous lancer vers les plus hautes conquêtes de l'esprit ? Qui sera plus sensible que vos coeurs pour éprouver cette « douleur avec le Christ douloureux » 6, qui doit vous encourager à souffrir la mortification que la vie chrétienne exige nécessairement ? Qui sera mieux préparé pour naturellement « se réjouir, et jouir... de tant de gloire et joie » dans la certitude qu'elle sera aussi, un jour, la récompense de vos peines ? Et, enfin, s'il y a des yeux capables de voir tout le bien que l'amour infini de Dieu a répandu dans toute la créations, lorsqu'il est présent et se reflète en eux, ce seront les yeux de ceux qui, loin de certaines fumées et de certaines brumes, dans la paix infinie de la montagne, dans la majesté des champs sans fin, dans les joyeuses aurores comme dans les mélancoliques couchants, sentent leur Dieu si présent qu'ils se mettent à genoux pour le saluer, tandis que la douce brise leur apporte de l'humble clocher du village le doux tintement de l'angélus.
Bravo, très chers fils ! Le meilleur fruit des exercices doit toujours être la réforme de la vie ; la meilleure réforme de la vie consistera toujours à se tenir à l'écart du mal et à pratiquer le bien (Ps 36,27), ce à quoi vous incite continuellement le Saint-Esprit ; le plus grand bien que vous puissiez faire aura comme base la stricte observation de vos devoirs religieux et moraux les plus élémentaires, et il tendra toujours vers ce but suprême qui consiste à « chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de (notre) vie »
Nous avons appris avec une grande satisfaction que non moins de 18.000 paroisses rurales, plus ou moins de tout le territoire national, ont pris part à ces exercices ; Nous savons également que tous les très chers participants Nous écoutent en ce moment et attendent Notre Bénédiction.
Ibid., n. 63.
Ibid., n. gi.
Ibid., n. 203.
Ibid., n. 235.
Ibid., n. 235.
Ibid., n. 1
A tous donc, à ceux qui Nous écoutent dans quelque riante vallée du versant pyrénéen, comme à ceux qui Nous entendent dans les étendues infimes des hauts plateaux, ou à ceux qui suivent Nos paroles depuis le beau littoral méditerranéen, les verts jardins du levant ou les plaines fertiles d'Andalousie ou d'Estramadure, à tous va Notre plus large Bénédiction, que Nous désirons étendre à tous ceux qui ont consacré leurs efforts à la préparation et à la réalisation d'une organisation si complète, aux postes d'émission qui ont si généreusement et aimablement prêté leur collaboration indispensable et à toute la très chère Espagne, que Nous plaçons avec confiance, une fois de plus, sous le puissant patronage de son grand fils, Ignace de Loyola, afin que de son coeur ardent il l'embrase de ce feu divin dont il désira tant voir toute la terre se consumer.
(26 janvier 1956) 1
Le jeudi 26 janvier, le Souverain Pontife a reçu en audience les membres de la section féminine du Comité international pour l'unité et l'universalité de la culture. Il leur adressa, en français, ce discours :
Il Nous est agréable d'accueillir le groupe d'élite que constitue la section féminine du Comité international pour l'unité et l'universalité de la culture. C'est une initiative fort louable que de vouloir associer à vos devoirs de représentation l'étude des problèmes de la culture, de la morale, de la jeunesse, de l'éducation, que votre position et vos relations vous permettent d'aborder sous des points de vue variés et du plus grand intérêt. L'organisation de réunions régulières d'information et de discussion sur ces questions, que l'évolution accélérée de la civilisation contemporaine renouvelle sans cesse, vous mettra à même d'enrichir votre expérience personnelle, d'y faire participer autrui et d'exercer ainsi une influence plus marquée dans les milieux avec lesquels vous entrez en rapports.
Nul doute que le désir d'affirmer et de défendre les valeurs spirituelles, de développer et d'approfondir la connaissance et la compréhension réciproque des différentes nations, ne vous amène à découvrir des ressources insoupçonnées, mais aussi des souffrances et des misères, près desquelles vous risquiez de passer sans leur accorder toute l'attention qu'elles méritent. De là naîtront, Nous en sommes sûr, de fructueuses activités au service du monde féminin, un apostolat discret, mais très efficace pour préparer un monde plus fraternel et plus humain. Aussi voulons-Nous encourager les débuts de votre Comité. Nous le sentons plein de générosité et de vues élevées, convaincu des devoirs de charité, que vous impose la situation privilégiée qui est la vôtre dans la société nationale et internationale. Qu'il Nous soit permis d'évoquer ici les paroles mêmes du divin Maître : « On n'allume pas un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu'il éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Matth. V, 15). Tout moyen naturel de rayonnement social crée une obligation morale : vous en avez pris conscience et vous avez raison de faire face à vos responsabilités.
C'est un signe consolant, en cet âge de triomphe pour la science, qui étend au-delà de toute limite prévisible la puissance de l'activité humaine, que de voir se former des groupes d'étude comme le vôtre, orientés non vers une expansion des conquêtes techniques, mais vers un approfondissement intérieur, une recherche nullement utilitaire, mais désintéressée et bienfaisante. Et sans doute convenait-il spécialement à un comité féminin de se tourner résolument dans cette direction. La vocation naturelle de la femme, épouse et mère, gardienne du foyer et de son intimité, l'invite à réfléchir sur tout ce qui concerne la destinée des personnes, leur vie profonde, leurs aspirations fondamentales, qui restent sous-jacentes à toute attitude concrète, à toute décision pratique, et commandent leurs comportements. C'est en ce domaine que la femme agit avec le plus d'efficacité et de bonheur, et c'est par là d'abord qu'elle doit tenter d'influencer de manière durable le développement d'une personne, d'une famille, et de tout un milieu culturel.
Dangers de la civilisation matérialiste.
Or on assiste maintenant au drame d'une civilisation qui, non contente de vouloir s'emparer du contrôle absolu des forces de la nature, transpose cette ambition au monde humain, dans lequel elle pénètre tantôt insidieusement et sans bruit, tantôt par la violence : elle prétend enfermer l'homme lui-même dans un déterminisme sans faille, anéantir toute vraie liberté, enserrer les intelligences et les coeurs dans une servitude impitoyable. S'il est indispensable pour conjurer le péril de mettre en alerte toutes les forces vives de la société, qui peut se ren-
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dre compte mieux que vous des ravages déjà causés dans les âmes et apporter les remèdes les plus appropriés à la nature même du mal, c'est-à-dire un renouveau d'énergies morales et spirituelles ?
Mais il est essentiel à cette fin, que vous n'ayez point vous-mêmes perdu le contact avec les sources de vérité et de force, que vous ayez préservé votre âme de toute insensibilité, de tout durcissement ou aveuglement, fruit de l'égoïsme individuel ou collectif. Le souci d'information large, qui vous inspire, exige aussi que vous opériez, en présence des faits rencontrés, un discernement nécessaire du bien et du mal. Où trouverez-vous la règle, qui vous permettra de juger avec sécurité, de redresser les idées fausses, d'apporter les correctifs indispensables et de donner les vraies solutions aux problèmes infiniment délicats qui touchent au rôle de la femme, à l'éducation, à ses fonctions de mère et d'éducatrice, à l'action qu'elle exerce au foyer et dans son milieu ? Nous croyons que seul un Maître divin, un Esprit vivant et générateur de vie, de lumière et de ferveur, peut être votre guide. Mais II ne se manifeste qu'à ceux, dont l'esprit reste ouvert dans l'humble attente, la docilité empressée, la promptitude à répondre à ses inspirations.
Et comment ne pas évoquer ici la douce image de la Vierge Marie ? Si elle mérita de donner au monde le Sauveur, n'est-ce pas parce qu'elle fut toujours, depuis le premier instant de son existence, — et en particulier à l'heure de son consentement explicite aux desseins de Dieu sur elle, — remplie de l'Esprit-Saint, accueillant sans hésiter les intentions divines à son égard et y répondant sans réserve ? Que la Mère de Dieu daigne vous attirer et vous diriger par son exemple ! Qu'elle guide vos efforts si nobles pour restaurer, chez les hommes d'aujourd'hui, la pleine intégrité morale et religieuse, le sens des vraies valeurs et la volonté de les respecter et de les promouvoir.
Nous appelons sur votre programme, sur les animatrices de votre comité, sur vos personnes, vos familles et tous ceux et celles qui vous sont chers, une large effusion de la grâce divine, en gage de laquelle Nous vous accordons paternellement et de grand coeur Notre Bénédiction apostolique.
(29 janvier 1956) 1
Le 29 janvier, ont eu lieu les cérémonies du « jumelage » des villes de Paris et de Rome à Notre-Dame de Paris. Après la messe, Son Em. le cardinal Feltin, qui présidait la cérémonie, en présence de Son Exc. Mgr Marella, nonce apostolique et de Son Exc. Mgr Brot, auxiliaire de Paris, a lu le message suivant, adressé à cette occasion par Sa Sainteté Pie XII :
Nous apprenons avec une paternelle satisfaction le nouveau lien d'amitié qui se noue aujourd'hui entre les illustres cités de Rome et de Paris, et Nous Nous plaisons, en cette heureuse circonstance, à évoquer les siècles d'histoire qui virent si souvent les deux métropoles unies dans un même effort pour promouvoir la civilisation chrétienne.
Nous formons le voeu que cet acte symbolique d'une fraternité plus étroite entre des villes illustrées l'une et l'autre par de si grands noms, favorise dans l'avenir des échanges culturels et artistiques dignes de leur noble passé, qu'il développe de fructueux contacts entre deux peuples héritiers d'une même tradition et qui portent à l'heure actuelle une commune responsabilité dans la défense de leur patrimoine et au service de la paix entre les hommes.
Invoquant sur cette initiative et les nobles intentions qui y président une large effusion de grâces, Nous accordons de grand coeur aux personnalités et à tous les fidèles réunis pour cette occasion à Notre-Dame de Paris, Notre paternelle Bénédiction apostolique.
(ier février 1956) 1
Au cours de l'audience générale du mercredi 1er février, le Saint-Père adressa aux membres du quatrième congrès italien de l'Association des sinistrés et victimes de guerre une allocution dont nous publions la traduction ci-dessous :
Avec une satisfaction renouvelée, Nous voyons réunis aujourd'hui dans la Maison du Père les membres du Comité directeur national de l'Association des sinistrés et victimes de guerre, qui vinrent ici, il y a deux ans, pour Nous exprimer leur dévotion et entendre de Nous les paroles d'encouragement et de réconfort.
Soyez donc encore une fois les bienvenus, chers fils, qui ne cessez d'accomplir avec constance et confiance votre mission pour une cause de charité si chrétienne. En effet, votre zèle ne s'est pas endormi pendant ce long laps de temps ; et votre quatrième congrès, qui vous a réunis à Rome pour faire une nouvelle pression sur la « diligente compréhension humaine », est une preuve de votre activité et vous désigne à la gratitude de vos assistés, voire de toute la nation, qui a à coeur que l'on s'occupe convenablement des milliers d'infortunés de tout genre, victimes de la guerre.
1 D'après le texte italien de Discorsi e radiomessaggi, 17, traduction française de VOsservatore Romano, du 10 février 1956.
Leurs conditions individuelles, familiales, sociales, créent des difficultés et des peines, faciles à imaginer, chez ceux qui, à cause des événements, ont vu le cours pacifique de leur vie, et de celle des êtres qui leur sont chers, troublé et peut-être détruit, contraints comme ils le sont aux plus pénibles adaptations et, sans cesse, à de nouveaux sacrifices et renoncements.
Conscients d'un état de chose si regrettable et si fréquent, vous demeurez zélés et vigilants au poste de travail où vous ont conduits le devoir, le coeur et la Providence ; et de toutes vos forces, vous vous appliquez à abréger les délais, à éclairer les responsables, à donner à tous et à chacun la contribution de votre assistance et de toutes vos énergies.
La tâche que vous accomplissez, chers fils, dans une intention pure et orientée vers Dieu, n'est autre que l'exercice même de cette fraternité chrétienne, par laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu que les siens ne fussent qu'une seule famille, voire un seul corps uni et solide, une seule unité, liée dans l'amour, et où les intérêts des uns fussent les intérêts des autres, les besoins des uns eussent un écho effectif dans le coeur des autres, les larmes comme les joies des uns fussent les larmes et les joies des autres.
L'activité à laquelle vous vous livrez dans la question de plus en plus urgente des indemnisations des dommages de guerre fait partie de cet esprit d'amour qui exclut chez le chrétien toute forme d'égoïsme et l'incite à donner aux autres le secours qu'il aimerait recevoir lui-même, et encore plus à s'identifier avec les maux d'autrui. C'est avec cette haute et si noble conscience que l'Apôtre, soucieux de tous les frères qu'il avait évangélisés, de leurs besoins spirituels et corporels, affirmait avec émotion : Quis infirmatur, et ego non infirmor ? « Qui est malade, sans que je le sois moi aussi ? » (Il Cor. XI, 29). Il avait senti, il vivait, comme devrait vivre tout chrétien, le grand enseignement que nous donna le divin Maître dans la fameuse parabole du bon Samaritain, qui sacrifia ses aises pour porter secours au frère dépouillé et abandonné demi-mort (Lc 10,30 et s.).
Vous devez apporter votre aide, quel que puisse être le résultat de votre bonne action ; de quelque façon que la récompensent les hommes et même — ce qui n'est pas rare — si elle devait être bientôt oubliée.
Mais votre oeuvre, chers fils — bien qu'elle soit longue et difficile — vous fait dès à présent sentir la joie d'un événement, qui ramènera dans tant de foyers la sécurité de la vie, chez tant de vos frères la tranquillité dans le travail et l'empressement à observer les devoirs de leur état.
Nous vous remercions de l'occasion que vous Nous offrez de renouveler le souhait que toutes les victimes de guerre puis-
sent voir le plus tôt possible satisfaits leurs justes espoirs et leurs légitimes désirs.
Avec ce voeu, Nous prions le Seigneur d'assister vos entreprises, de permettre aux responsables de remplir de la meilleure manière les devoirs qui leur incombent, et de prodiguer à tous — assistants et assistés — l'abondance de ses grâces.
Que vous tous, chers fils, et tous les sinistrés de la guerre, voient un présage des faveurs divines et un gage de Notre bienveillance paternelle, dans la Bénédiction apostolique que Nous donnons de tout coeur à eux, ainsi qu'à vos personnes, à vos familles et à tout ce que vous avez de plus cher dans la vie.
(2 février 1956)1
A l'occasion du septième centenaire de la lettre apostolique par laquelle le pape Alexandre IV établit l'étroite union des religieux ermites de Saint-Augustin, Sa Sainteté Pie XII a adressé au prieur général de l'Ordre, une lettre en latin dont voici la traduction :
Avec une sollicitude empressée de dévotion filiale, qu'il Nous est très agréable de reconnaître, vous avez voulu Nous faire savoir que vous vous préparez, avec vos confrères religieux, à célébrer le septième centenaire de l'année où Notre prédécesseur Alexandre IV, par la lettre apostolique Licet Ecclesise, établit l'étroite union des religieux ermites de Saint-Augustin.
Il convient certainement de rappeler, avec une juste gratitude envers Dieu et avec une pieuse joie, un tel événement qui a apporté à votre institut religieux et à l'Eglise universelle une si large moisson de fruits salutaires.
En effet, ce pontife romain si vigilant disposa, par une très sage décision, que des hommes qui, en groupes épars et isolés et de diverses façons, vénéraient saint Augustin comme maître de leur vie solitaire consacrée à la contemplation, formassent une phalange compacte et unique, laquelle, unie au Siège de Pierre par un respect et un amour profond, cultivât les vertus évangéliques et se livrât aux oeuvres apostoliques selon les très saints préceptes du docteur d'Hippone. Dieu fut bénignement propice à ce nouvel Ordre de Cénobites, qui est à bon droit l'héritier de la famille religieuse fondée par saint Augustin lui-même, car il se développa et s'accrut heureusement et, plus d'une fois, se montra l'émule des antiques splendeurs, en assurant une illustre et sainte succession.
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Etant donné la bienveillance que Nous éprouvons pour vous, Nous désirons ardemment que, pour accroître la gloire de Jésus-Christ, qui aime et donne l'unité, votre Compagnie religieuse se fortifie de plus en plus sur de solides bases et s'abandonne jamais languissamment aux gestes généreux de la charité avisée. C'est précisément à cela que votre Père et législateur exhorte ses chers fils : « La charité . . . forme la compagnie, la compagnie comporte l'unité, l'unité conserve la charité, la charité parvient à la gloire. » 2
Inspirés par son esprit et par son influence, employez-vous à démontrer, avec une diligence prête à n'importe quelle lutte, même difficile, votre amour envers l'Eglise, en venant au secours du monde bouleversé, qui, assombri et menacé par les ténèbres et les rivalités, a besoin de la si riche et si douce éloquence de cet amour.
Il vous est donc facile de comprendre que cela a été pour Nous une heureuse chose d'apprendre qu'il est dans vos intentions de réunir ceux qui étudient saint Augustin pour une semaine dans le but d'approfondir davantage sa doctrine spirituelle. Que l'aide de la grâce céleste conduise à un résultat prospère et heureux tous ces desseins dignes d'éloge.
Nous le souhaitons de tout coeur, en même temps que Nous donnons, avec affection, à vous, cher fils, et à vos confrères religieux ainsi qu'à tous ceux qui participeront à ces réunions, la Bénédiction apostolique.
S. Augustin, In Ps. XXX, Enarr. II, Serai. II, I.
Pie XII 1956 - DISCOURS AU PREMIER CONGRÈS ITALIEN DE LA PETITE INDUSTRIE