
Pie XII 1956 - DISCOURS AUX DIRIGEANTS DE LA CONFÉDÉRATION ITALIENNE DU COMMERCE
(17 février 1956) 1
Le vendredi 17 février, le Saint-Père a reçu un groupe d'aviateurs des Etats-Unis d'Amérique qui avaient généreusement contribué à secourir les populations d'Italie particulièrement éprouvées par les rigueurs de l'hiver.
Il leur a adressé en anglais des paroles de bienvenue et de remerciement dont voici la traduction :
Quelle mission enviable que celle qui vous a été assignée ces jours derniers, Messieurs, membres distingués des forces aériennes ! Messagers de cette charité prompte à porter secours, que le monde entier associe depuis longtemps à l'évocation de votre généreuse patrie si abondamment bénie par Dieu, vous vous êtes hâtés à venir en aide aux pauvres éprouvés isolés, pour les défendre contre les rigueurs cruelles d'un hiver presque sans précédent ; Nous vous remercions pour ce geste et pour le réconfort que vous avez apporté à Notre coeur paternel si profondément bouleversé par la détresse de Nos chers fils pris au dépourvu.
Que Dieu puisse vous récompenser et vous rendre l'aide que vous avez apportée par vos dons.
(19 février 1956) 1
Le Saint-Père a reçu le dimanche 19 février un groupe d'industriels autrichiens auxquels il a adressé en allemand les paroles dont nous donnons la traduction :
Nous vous souhaitons la bienvenue, Messieurs, et souhaitons le plus grand succès aux consultations que vous échangez avec les membres de l'industrie italienne. Nous exprimons ce voeu en pensant à ces deux pays, l'Autriche et l'Italie, actuellement aux prises avec des problèmes économiques difficiles à surmonter, et en faveur desquels nous espérons dans la plus large mesure l'aide de la Providence divine. Nous exprimons également ce souhait en considération de l'intégration européenne ; sa réalisation courageuse et réfléchie a toujours trouvé et trouvera en Nous un adepte convaincu.
Vous Nous permettrez, de plus, chers Messieurs, d'évoquer ce qui est pour Nous une des leçons des dix dernières années, de cet après-guerre hérissé de dangers, mais riche pourtant si étonnamment en promesses de salut et en espérance d'un ordre nouveau : à savoir que la direction des états ne progresse que si elle peut s'appuyer sur une collaboration intelligente de l'entreprise et du monde du travail, et s'en remettre à elle.
Que la bénédiction de Dieu vous accompagne, en gage de laquelle Nous vous donnons de tout coeur Notre Bénédiction apostolique.
(27 février 1956)1
A l'occasion d'une récente et importante ordination sacerdotale de vingt-cinq des leurs, les maîtres et élèves du Collège brésilien ont tenu, le 27 février, à rendre un hommage collectif au Saint-Père. Le Souverain Pontife leur a adressé un discours en portugais, dont nous donnons la traduction suivante :
C'est avec une vive joie paternelle que Nous voyons pour la première fois réuni au complet en Notre présence Notre Collège brésilien, si nombreux et si florissant.
Son très honoré recteur, se faisant l'interprète de vos sentiments, Nous a appris que, en l'occurrence du quatrième centenaire de la naissance aux cieux de saint Ignace de Loyola, vénéré par vous comme un des principaux protecteurs du Collège, vous désiriez Nous présenter personnellement vos hommages filiaux, dans l'intimité d'une audience spéciale. A cela s'ajoute encore l'occasion de l'ordination de vos vingt-cinq nouveaux prêtres, qui offrirent ces jours derniers au Seigneur les prémices de leur sacerdoce, et furent sans aucun doute memores Nostri in sacrifiais (1M 12,11). Vingt-cinq ! Le double du collège apostolique ; presque le triple de cette première « compagnie » enrôlée par saint Ignace sous l'étendard du Nom de Jésus, avec laquelle il ne se proposait rien moins que de reconquérir le monde à l'Eglise et au Christ. Ce n'est pas souvent qu'en un seul collège — et, pour le brésilien, c'est d'après ce que Nous savons, la première fois — l'on vit une phalange si nombreuse de nouveaux lévites monter ensemble à l'autel du Seigneur.
En ce beau concours de circonstances si particulières, qu'avons-Nous à vous dire, très chers fils ?
Cor Nostrum patet ad vos (2Co 6,11). Vous lisez en Notre coeur ; et sans que Nous ayons à vous le dire expressément, vous sentez bien quelle consolation Nous donne votre visite, tout imprégnée d'amour filial et de dévotion pour le Vicaire du Christ. Vous sentez, vous, et ils sentent aussi, vos nouveaux prêtres, combien Nous Nous réjouissons de leur bonheur, et avec quel coeur affectueux Nous implorons sur eux et sur leur futur apostolat les meilleures bénédictions du ciel. Vous sentez bien tous combien nous apprécions avec gratitude les prières que vous faites monter pour Nous vers le Seigneur ; car, si nous avons confiance en la prière et en les sacrifices de tous les fidèles, il est juste que nous apprécions de façon particulière celles de ceux que la voix du Très-Haut appela in sortem Domini et destina à prendre part de plus près à Nos soucis apostoliques et à travailler à la consolidation, la défense et la dilatation du règne de Dieu.
Le Saint-Père répète aux élèves du Collège brésilien les paroles que saint Ignace adressait jadis à ses séminaristes de Coimbre.
Et maintenant, profitant de l'occasion qui s'offre à Nous, Nous vous répéterons ce que saint Ignace de Loyola, il y a exactement quatre cent neuf ans, écrivait à ses séminaristes du séminaire de Coimbre, où se préparaient — ou bien allaient le faire — un Nobrega, un Anchiveta, un Ignace de Azevedo, et tant d'autres apôtres du Brésil2.
2 Cf. Monumenta ignatiana : S. Ignatii de Loyola Epistolx et Instructiones, t. I, pp. 495-510.
Ayant été informé de la grande ferveur qui animait cette jeunesse brillante le saint leur écrit pour stimuler ceux mêmes qui couraient sur la route de la vertu, afin que, s'il était possible, ils courent encore plus ; et il poursuit : « Car je puis vous dire avec certitude que vous devez tout à fait vous distinguer dans les lettres et dans toutes les vertus, si vous tenez à correspondre à l'attente de tant de gens ; étant donné les grâces que Dieu vous a faites, ceux-ci espèrent à bon droit de vous des fruits tout à fait extraordinaires. Voyez bien quelle est votre vocation
et vous comprendrez que, ce qui chez les autres serait déjà beaucoup, ne serait chez vous que très peu de choses 3. »
Et c'est votre cas, chers séminaristes du Collège brésilien.
17 leur rappelle que le privilège d'avoir été envoyés étudier à Rome leur impose d'acquérir : science, piété et zèle.
Choisis parmi les meilleurs de vos séminaires respectifs ; envoyés à Rome pour recevoir ou compléter votre formation dans le centre vital de l'Eglise ; pour boire à la source cristalline et limpide de la science sacrée, telle qu'elle jaillit de la roche inébranlable de la vérité ; pour cultiver les vertus sacerdotales, en ces lieux où les ruines elles-mêmes vous exhortent aux actions héroïques qui font les saints et couronnent les martyrs : grande est donc, en ce qui vous concerne, l'attente de tous ; attente de vos supérieurs, qui vous ont choisis ; attente de vos évêques, qui vous ont envoyés ; du clergé et des fidèles de votre grande patrie, à qui vous devez d'ici peu prêter votre collaboration et servir de modèles et de guides : là-bas, en raison de l'immensité du champ et de la rareté des ouvriers, on exigera de chacun de vous qu'il travaille pour dix ou plus.
Tout cela veut dire combien vous avez besoin de vous signaler, saint Ignace disait de « vous distinguer », d'atteindre même aux limites du possible pour ce qui est du savoir et de la vertu.
3 Ibid., p. 497.
Aujourd'hui, le champ du savoir s'est accru démesurément ; et le prêtre, celui surtout qui est destiné à représenter la science de l'Eglise, doit posséder une vaste culture scientifique, philosophique et théologique. Culture vaste ; mais plus encore, profonde et solide. Esprit ouvert au progrès ; mais jugement bien formé et sûr, pour savoir distinguer l'or de l'oripeau, le progrès authentique du faux progrès, sans compromettre en rien les principes et la saine doctrine de l'Eglise. Aujourd'hui, en tous les domaines, il n'est pas rare que l'on n'ait que peu de précision dans les idées ; et ceci, non seulement chez ceux qui sont du dehors (Mc 4,11), mais encore chez ceux-mêmes qui désirent servir mieux la vérité. Vous donc, formés à Rome, vous devez être de ceux qui, comme le phare, montrent la route sûre qu'il faut suivre, et indiquent le chemin tortueux, les bas-fonds et précipices dont il faut se garder. Pour tout cela, il est évident qu'il ne suffit pas d'une science acquise à la hâte, et en peu de jours ; il faut nécessairement un savoir bien médité, approfondi et assimilé ; dans ce but, tout le temps de formation, exploité consciencieusement, n'est pas de trop.
Vertu, ensuite. Sicut misit me Pater, et ego mitto vos (Jn 20,21), disait le Maître divin à ses disciples, lesquels, à peine terminée leur formation, étaient envoyés par Lui de par le monde, non seulement pour enseigner, mais encore pour sanctifier, pour se sacrifier comme il se sacrifiait Lui-même.
Cela suppose, chez le candidat à l'apostolat, une vertu bien enracinée dans l'âme, et assez solide pour n'être pas même dépaysée par le changement de climat lorsqu'elle sera transplantée de la serre chaude du séminaire dans le champ de son activité future.
C'est pour cela, et pour cela surtout que tout le temps de formation, consciencieusement exploité, est peu de chose. Celui, par exemple, qui n'a pas entrepris, dès l'intimité du séminaire, d'être pour le moins homme d'oraison ou qui ne savait pas exploiter les petits sacrifices exigés par l'accomplissement exact du règlement et des devoirs quotidiens, comment saura-t-il par la suite être homme d'oraison et homme de sacrifice — souvent héroïque — au beau milieu des distractions forcées et du labeur absorbant de son ministère apostolique.
¦ Le Saint-Père termine en les exhortant à être très dociles à leurs dévoués supérieurs.
Chers fils et excellents séminaristes ! Nous savons bien que vos très dévoués supérieurs ne se lassent point de vous inculquer cette doctrine en suivant les magnifiques développements qu'en donne saint Ignace dans la lettre à laquelle nous avons fait allusion. Faites bon accueil, de tout coeur et avec un désir sincère d'en tirer profit, à leurs efforts d'éducateurs ; car de cela surtout dépend que se développent, ou non, les fruits désirés. Il suffit de rappeler le collège apostolique. N'est-il pas vrai que c'est la même éducation qui, parce qu'elle fut bien assimilée, forma la pierre fondamentale et les colonnes de l'Eglise d'une part ; et qui, parce qu'elle ne fut pas, ou mal accueillie, déforma celui que les évangélistes nomment avec tristesse celui qui fuit unus de duodecim (Mt 26,14).
Pour conclure, Nous vous répéterons encore avec saint Ignace : Videte igitur vocationem vestram, d'abord pour vous réjouir et rendre sans cesse grâces au Seigneur pour un tel bienfait ; et puis, pour lui demander des faveurs spéciales, afin de bien correspondre à cette vocation, mettant de votre côté tout votre coeur et toute votre conscience, qui certes vous sont bien nécessaires. Pour l'amour de Jésus, oubliez votre passé, comme saint Paul, et mettez-vous en route avec toutes vos forces, pour acquérir ce qui vous fait défaut en matière de science et de vertu, afin d'atteindre le but 4, en réalisant, autant que possible, l'idéal d'un digne ministre du sanctuaire, homme de science authentique et de sainteté exemplaire.
Invoquant sur vous et sur tout le Collège brésilien les meilleures grâces du ciel, Nous vous donnons de tout Notre coeur, à vous et à tous ceux qui vous sont chers, la Bénédiction apostolique.
ibid., pp. 498 et 501.
(ier mars 1956) 1
Le jeudi 1» mars, le Saint-Père a reçu en audience les membres de la Fédération internationale des traducteurs, à l'occasion de leur second congrès à Rome. Il leur a adressé, en français, les paroles suivantes :
Nous vous accueillons avec plaisir, Messieurs, qui vous êtes réunis à Rome pour le deuxième congrès de la Fédération internationale des traducteurs. C'est la première fois que Nous avons l'occasion de vous recevoir depuis la fondation de votre groupement, et Nous voudrions vous dire combien Nous apprécions le travail que vous accomplissez et les buts que vous poursuivez.
La profession de traducteur ne s'exerce pas, comme tant d'autres, dans un cadre bien défini ; d'aucuns la pratiquent en indépendants, souvent en marge d'occupations plus importantes ; d'autres en font leur fonction propre au service de sociétés, d'institutions, de bureaux privés ou publics. Alors que certains se spécialisent dans la traduction orale comme interprètes auprès de tribunaux ou d'assemblées internationales, beaucoup travaillent pour l'édition ; mais, ici encore, l'oeuvre littéraire pose des exigences d'une tout autre nature que le livre scientifique. Cette variété, et surtout celle des conditions d'emploi des traducteurs, ne facilitait pas la constitution d'associations professionnelles, bien nécessaires cependant à l'heure où chacun se préoccupe de trouver au sein de tels groupements le moyen efficace de défendre ses intérêts économiques, l'appui de la collaboration et le soutien de l'amitié. Il Nous est agréable de voir que la fondation de la Fédération internationale des traducteurs a stimulé la formation d'associations nationales ; vous réunissez déjà bon nombre de celles qui existent en Europe et votre action commence à s'étendre sur d'autres continents.
Dans le monde moderne où les relations culturelles s'intensifient le traducteur joue un rôle de médiateur entre des cultures souvent très diverses.
Une des caractéristiques de l'époque présente est d'intensifier les relations culturelles non seulement entre les nations voisines, mais aussi entre celles qui, durant des siècles, ont suivi dans leur développement des routes toutes différentes. Chez d'aucunes, l'expansion vigoureuse d'une technique utilitaire a mis en péril les valeurs spirituelles, tandis qu'ailleurs on attend avidement de pouvoir mettre en oeuvre les découvertes récentes, qui donneraient une impulsion nouvelle à l'économie encore rudimentaire ou insuffisamment développée. L'enrichissement mutuel est possible, et déjà s'instaurent, malgré des obstacles inévitables, des échanges toujours plus vastes et plus fréquents. Or, le traducteur joue dans ce processus un rôle de premier plan. Il assume l'office délicat de médiateur entre des cultures souvent très diverses ; il se doit de les pénétrer en extension et en profondeur, d'assimiler assez complètement leur histoire et leur esprit pour oser passer de l'une à l'autre sans danger de trahir leur génie propre.
Une bonne traduction n'est pas une simple équivalence de mots : elle doit rendre fidèlement l'idée et les nuances de la pensée.
Vous savez par expérience que la traduction ne consiste pas simplement à établir une équivalence entre deux systèmes logiques de mots et de phrases. Elle ne peut non plus se contenter de rendre l'idée d'un texte sans tenir compte des nuances et des allusions de l'original, de l'écho affectif qu'il suscitait dans ses premiers lecteurs. Il s'agit de trouver entre ces éléments l'équilibre exact, qui révèle pleinement la pensée de l'auteur, tout en respectant, dans la mesure du possible, son allure propre et les qualités esthétiques de l'expression. Sans doute se heur-tera-t-on aux divergences de sensibilité entre des peuples, qui ont évolué chacun à sa manière et possèdent chacun sa vision du monde. Mais c'est ici qu'on attend du traducteur beaucoup
d'intelligence et de compréhension, car s'il est injuste de déformer l'original sous prétexte de le rendre plus accessible, il ne faut point non plus rebuter le lecteur, mais lui préparer la tâche, l'inviter à un effort qu'on lui rend attrayant. Dans la mesure où le choix de l'ouvrage à traduire vous est laissé, il implique de votre part une prise de position ; bien loin de vous être indifférent, le sujet et la manière dont vous le traitez manifestent vos affinités intellectuelles et morales ; le traducteur prend nécessairement le parti de l'auteur et lui donne son admiration et son affection : sinon comment réussirait-il à deviner ses dispositions intimes, d'où l'oeuvre est jaillie et qui doivent lui en livrer la clef ? C'est pourquoi il importe de mesurer vos responsabilités et vous élever au-dessus de considérations purement utilitaires.
La traduction des ouvrages scientifiques se présente sous un jour particulier. Il est aisé de voir que le développement de la science entraîne l'enrichissement du vocabulaire, dont elle se sert. Ce vocabulaire tire ses éléments d'un milieu culturel déterminé, pour lequel il sera adapté. Mais si l'on passe dans un groupe linguistique différent, les mots nouvellement créés ne peuvent bien souvent s'y intégrer tels qu'ils sont, à moins d'y figurer comme des intrus, d'un abord et d'un maniement difficiles ; une adaptation s'impose donc, pour laquelle est requis l'accord des spécialistes intéressés à l'usage des nouveaux vocables. Votre Fédération internationale pourra certainement accomplir un travail très profitable dans le domaine de l'unification de la terminologie scientifique et technique, et c'est pour répondre à ce besoin que vous avez inscrit ce thème au programme de votre congrès.
Un bon traducteur doit être capable de rejoindre à sa source l'inspiration qui a présidé à l'élaboration d'une oeuvre.
En même temps qu'elle met en évidence la fonction du traducteur, qu'elle s'efforce d'améliorer son statut social et économique et de mettre à sa disposition des instruments de travail plus parfaits, votre Fédération l'aide aussi, Nous en sommes persuadé, à prendre une vue plus nette de ses devoirs vis-à-vis du monde moderne. Une traduction parfaite, si elle témoigne d'une connaissance approfondie des langues en cause, suppose aussi une docilité d'esprit et de coeur capable de rejoindre à sa source l'inspiration, qui a présidé à l'élaboration d'une oeuvre. Qui s'astreint à une telle discipline, progresse indubitablement dans la connaissance et l'estime des formes variées de la civilisation ; il discerne la complexité des aspirations et des idéals de l'homme, mais il doit les juger et désirer promouvoir les idées et les impulsions généreuses susceptibles de contribuer à l'édification d'une société stable et harmonieuse.
L'Eglise, modèle et idéal des traducteurs dans la traduction des livres saints.
L'Eglise catholique le sait bien, elle qui veut présenter son message de salut à toutes les races et à toutes les cultures. A travers les siècles, malgré l'évolution des langues vivantes et les passages successifs du milieu hébraïque au milieu grec, puis au monde latin et aux langues modernes, elle a dû conserver intact le contenu de sa doctrine et le rendre intelligible aux hommes de tous les temps. La traduction des livres saints implique une exigence suprême de fidélité et d'exactitude dans l'interprétation de la parole de Dieu. Elle peut servir de modèle et d'idéal à tous ceux qui se donnent pour tâche de traduire des textes profanes ; mais puissent-ils aussi se proposer, comme la fin la plus noble de leur travail, ce règne de la vérité, de l'amour et de la paix, où toutes les formes du bien trouveront en Dieu même leur fin et leur épanouissement.
En invoquant sur vous-mêmes, sur vos groupements et vos familles les faveurs du ciel, Nous vous en donnons pour gage Notre Bénédiction apostolique.
(4 mars 1956) 1
Les chefs de mission du Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège, accompagnés de leurs collaborateurs, ont confirmé, le dimanche 4 mars, au cours de l'audience solennelle qui leur a été accordée, les sentiments de profonde dévotion et les voeux fervents des nations qu'Us représentent, envers Sa Sainteté Pie XII à l'occasion de ses heureux anniversaires. 2
S. E. le comte Wladimir d'Ormesson, ambassadeur de France et vice-doyen du Corps Diplomatique, a lu, également au nom de ses collègues, une fervente et éloquente adresse d'hommage. Le Souverain Pontife a bien voulu répondre par le discours suivant en français :
1 D'après le texte français de l'Osservatore Romano, du 6 mars' 1956.
2 S. E. Mgr Dominique Tardini, pro-secrétaire d'Etat, assistait à l'audience avec les hauts prélats de la Secrétairerie d'Etat LL. EE. Mgr Antoine Samorè, Mgr Charles' Grano, Mgr Angelo Dell'Acqua, etc. Etaient présents LL. EE. les ambassadeurs de Pologne, France, Espagne, Salvador, Autriche, Italie, Equateur, Belgique, Portugal, Venezuela, Iran, Uruguay, Allemagne, Paraguay, Brésil, Irlande, Pérou, Liban, Panama, Colombie, Argentine et République Dominicaine ; LL. EE. les ministres de Saint-Marin, Lithuanie, l'Ordre Militaire de Malte, Hollande, Nicaragua, Costa-Rica, Monaco, Syrie, Grande-Bretagne, Finlande, Chine, Inde, Egypte, Pakistan et Japon ; MM. les chargés d'affaires de Haïti, Cuba, Indonésie et Bolivie.
Les paroles si élevées et si cordiales, par lesquelles Votre Excellence a interprété les sentiments de ses illustres Collègues, constituent pour Nous un hommage particulièrement précieux. Il vient souligner une fois de plus l'attention respectueuse, que le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège a maintes fois manifestée envers Notre humble personne, et Nous accueil -
Ions avec plaisir cette occasion de lui en exprimer toute Notre reconnaissance.
Il vous a plu, Monsieur l'Ambassadeur, de rappeler Nos efforts en faveur de la paix. C'est en vérité l'une de Nos préoccupations les plus constantes, et depuis le jour même qui suivit Notre élection à la lourde charge du souverain pontificat, où Nous adressâmes un message radiophonique au monde entier, jusqu'à l'époque présente, Nous n'avons cessé d'élever vers le ciel Nos prières et d'employer tous les moyens dont Nous disposions pour exhorter les hommes de toutes tendances et de tous pays à rechercher sincèrement ce bien spirituel, après lequel soupirent les individus et les peuples.
Le Saint-Père rappelle brièvement ses nombreuses interventions en faveur de la paix.
La paix ! Qui dira sa valeur et ses bienfaits ? Puissions-Nous en avoir suscité à travers le monde un plus vif désir, si bien que les individus et les collectivités consentent désormais, pour la protéger, la conserver et la consolider, de plus profonds et plus intimes sacrifices. Combien Nous voudrions que les hommes et les nations la préfèrent aux satisfactions de l'amour-propre et de l'intérêt ! Combien Nous souhaitons que la pression de l'opinion mondiale fasse plier les résistances et les obstinations déraisonnables, impose partout la nécessité de résoudre à l'amiable les oppositions les plus accentuées, oblige à admettre les arbitrages et les compromis, grâce auxquels tant de maux irréparables pourraient être évités !
H met en garde l'humanité contre une confiance excessive dans la science et la technique : l'expérience a prouvé que malgré leurs progrès prodigieux, elles n'ont pas supprimé l'angoisse et les souffrances des peuples.
On entend souvent caractériser l'époque présente, non sans quelque pointe de complaisance, comme celle de la « seconde révolution technique », et cependant, malgré la perspective d'un avenir meilleur que cette expression semble comporter, il faut bien constater la permanence de l'angoisse, de l'insécurité politique et économique, tant chez les peuples les plus fortunés que dans les régions sous-développées. L'expérience amère du siècle passé suffirait à l'expliquer : les promesses d'un monde écono-
miquement et techniquement parfait n'avaient-elles pas cours alors comme maintenant ? N'ont-elles pas engendré de cruelles déceptions ? Les bouleversements sociaux, que l'application des sciences dans un esprit trop souvent matérialiste a entraînés, ruinèrent un ordre existant, sans le remplacer par une construction meilleure et plus solide.
L'Eglise maintient à leur juste place la science et la technique et donne la primauté à la fin surnaturelle de l'homme.
L'Eglise par contre n'a jamais perdu de vue les exigences véritables de l'être humain et se donne pour mission de préserver la stabilité véritable de son existence. Elle sait que la destinée temporelle de l'homme ne trouve sa sanction et son accomplissement que dans l'au-delà. Sans renier aucunement les acquisitions de la science et de la technique, elle les maintient à leur juste place et leur confère leur sens authentique : celui de servir l'homme sans compromettre l'équilibre de toutes les relations qui constituent la trame de sa vie : la famille, la propriété, la profession, la communauté, l'Etat.
Baser la sécurité et la stabilité de la vie humaine sur l'accroissement purement quantitatif des biens matériels, c'est oublier que l'homme est d'abord un esprit créé à l'image de Dieu, responsable de ses actes et de son destin, capable de se gouverner par lui-même et trouvant en cela sa plus haute dignité. On a raison de défendre cette liberté contre les contraintes extérieures, contre l'emprise de systèmes sociaux qui la paralysent et la rendent illusoire. Mais précisément celui qui mène cette lutte doit savoir que l'économie et la technique sont des forces utiles et même nécessaires, aussi longtemps qu'elles restent obéissantes aux exigences spirituelles supérieures ; elles deviennent dangereuses et nocives lorsqu'on leur accorde une prédominance indue et pour ainsi dire la dignité d'une fin en soi. Le rôle de l'Eglise consiste à faire respecter ici l'ordre des valeurs, et la subordination des facteurs de progrès matériels aux éléments proprement spirituels.
Le Saint-Père promet la stabilité intérieure aux Etats qui seront fidèles aux principes qu'il vient d'énumérer.
Les Etats, qui suivront une politique inspirée par ces principes, conserveront une solidité interne, contre laquelle le matérialisme militant viendra se briser. C'est en vain que celui-ci s'efforcera de faire miroiter à leurs yeux l'attrait d'une paix fallacieuse, qu'il prétendra en montrer le chemin dans l'établissement de relations économiques ou l'échange d'expériences techniques. Puissent les peuples, qui s'engagent sur cette voie, le faire avec une prudence et une réserve inspirées par le souci aigu d'un ordre spirituel à sauvegarder ! Puissent-ils toujours se souvenir qu'on les oriente dans une direction qui ne conduit pas et ne peut pas conduire par elle-même à une vraie paix ! Des formules, comme « unité nationale », ou « progrès social », ne doivent pas abuser ; pour le matérialisme militant, le temps de « paix » ne représente qu'une trêve, une trêve bien précaire, pendant laquelle il attend l'écroulement social et économique des autres peuples.
Voilà pourquoi Nous faisons appel à tous ceux qui veulent pour l'humanité la concorde et l'union. Ces âmes généreuses, Dieu aidant, se font chaque jour plus nombreuses et opposent victorieusement leur idéal de lumière et d'amour à l'erreur et au mal. Persuadées qu'on ne bâtit rien de solide sur le sable, elles s'appuient sur les vérités éternelles, que les négations les plus catégoriques ne sauraient ébranler. Car, ce que la raison humaine a longtemps cherché à tâtons, le Tout-Puissant dans sa bonté l'a manifesté aux hommes en la personne de son Fils bien-aimé : « C'est lui qui est notre paix » (Ep 2,14).
3 Après avoir donné la Bénédiction apostolique, le Souverain Pontife s'est entretenu avec les chefs de mission qui lui ont renouvelé, en leur nom et au nom de leurs gouvernements respectifs, leurs vives et respectueuses félicitations.
Sa Sainteté a ensuite reçu l'hommage d'un ensemble de publications de divers auteurs sur l'oeuvre en faveur de la paix qui lui a été présenté par les ambassadeurs de Pologne et de France, au nom de tout le Corps diplomatique. Chaque volume, publié dans la langue de la Mission diplomatique qui l'offrait, était artistiquement relié en cuir blanc avec l'écus-son de Sa Sainteté et l'inscription en lettres d'or : « Le Corps Diplomatique à Sa Sainteté Pie XII — z mars 1956. »
C'est en son nom, et pour la paix de toute l'humanité, que Nous vous remercions encore, Messieurs, de l'hommage que vous venez de Nous rendre, et que Nous implorons sur vous-mêmes et chacun des pays que vous représentez, la plus large effusion des faveurs divines. En gage de quoi Nous vous donnons de grand coeur Notre plus cordiale Bénédiction apostolique *.
(7 mars 1956) 1
Le Souverain Pontife a reçu le Comité organisateur de l'exposition d'Art liturgique allemand installée au Palais du Latran sous le patronage du Chancelier Adenauer et de la République Fédérale. La délégation était présidée par S. Em. le Cardinal Frings, archevêque de Cologne.
Voici la traduction de l'allocution prononcée en allemand par le Saint-Père en cette circonstance :
Nous vous présentons Nos salutations les meilleures, Emi-nence, Messieurs et très chers fils. Vous êtes venus à Nous à l'occasion de l'ouverture de l'exposition « Art liturgique en Allemagne de 1945 à 1955 » qui a lieu ce soir et que S. Exc. M. l'ambassadeur Jaenicke a préparée au nom du Gouvernement de la République fédérale allemande et sous la protection de M. le Chancelier Adenauer.
L'exposition veut être l'expression de ce que, outre la reconstruction économique de l'Allemagne, la décade en question a connu aussi un épanouissement spirituel et moral. D'aucuns qui ont déjà pu admirer cette exposition, en louent l'ordonnance et le goût. Ils Nous apprennent qu'il se présente là quelque chose d'authentique, un art religieux qui évoque et la vie intérieure et les réalités supérieures.
Nous avons volontiers donné Notre assentiment à cette exposition. Nous Nous réjouissons de ce que ce noble projet, si peu aisé à réaliser, ait pu aboutir, après avoir traversé toutes difficultés, à un heureux succès. Nous présentons à ce sujet
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à M. l'ambassadeur 2, et à tous ceux qui, sous sa direction ont collaboré à cette tâche, Nos voeux les meilleurs, et Nous exprimons au Gouvernement ainsi qu'à M. le Chancelier de la République fédérale Notre profonde gratitude pour ce témoignage de nobles sentiments à Notre égard.
Nous vous souhaitons, Messieurs et fils très chers, ainsi qu'à tous ceux qui visiteront votre exposition et en retireront les stimulantes suggestions dans l'ordre de l'histoire de l'art et de la religion, de tout coeur, les plus riches bénédictions de Dieu.
2 Se trouvait présent également l'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire S. E. Wolfgang Jaenicke.
(8 mars 1956)1
Le Centre français du patronat chrétien a tenu à Paris ses Assises nationales, les 14, 15, 16 et 17 mars. Elles avaient pour thème : « Les responsabilités actuelles des chrétiens chefs et dirigeants d'entreprise ». Nous reproduisons ci-dessous l'importante lettre adressée à cette occasion par Sa Sainteté Pie XII à M. Bernard Jousset, président du C.F.P.C.
Le Souverain Pontife a été récemment informé des Assises nationales que se propose de tenir ce mois-ci à Paris, le Centre français du patronat chrétien, et c'est bien volontiers qu'accédant à la filiale requête qui lui fut présentée, il me charge de vous transmettre ses encouragements et ses voeux.
Les responsabilités des chrétiens et dirigeants d'entreprise sont si graves et pressantes de nos jours, qu'elles méritaient d'être retenues comme thème d'étude de ces prochaines journées. Le Saint-Père apprécie votre choix et il ne doute pas que l'examen de vos responsabilités morales et professionnelles ne se fasse à la lumière des enseignements de l'Eglise et selon cet esprit de « service » qui, dans une société chrétienne, doit inspirer la conduite de quiconque détient l'autorité (Lc 22,26).
1 D'après le texte de la Documentation Catholique, t. LUI, col. 465 et suiv.
Vos responsabilités patronales portent d'abord, on ne saurait l'oublier, sur l'entreprise même que vous dirigez, pour en assurer, du point de vue technique, la bonne marche et l'essor
Pie XII 1956 - DISCOURS AUX DIRIGEANTS DE LA CONFÉDÉRATION ITALIENNE DU COMMERCE