
Audiences 2009 24
24 Chers Frères et Soeurs,
Considérons aujourd’hui les Lettres Pastorales de saint Paul. Elles étaient adressées à des Pasteurs de l'Église: deux à Timothée et une à Tite, ses proches collaborateurs qu’il a aimés comme des fils très chers et à qui il a confié des missions importantes et délicates. Ces lettres évoquent une situation ecclésiale différente de celle qu’a connue directement Paul: de nouveaux contextes culturels et des doctrines erronées surgissent. L’auteur des Lettres les affronte en rappelant qu’il faut faire une lecture intelligente des Écritures et se référer sans cesse au «dépôt» transmis par les générations précédentes. Écriture et Tradition sont le «fondement solide posé par Dieu» (2Tm 2,19). Il faut donc être «attaché à la parole sûre et conforme à la doctrine» (Tt 1,9). À la base de tout il y a la foi dans la révélation historique de la bonté de Dieu.
La communauté chrétienne se présente comme enracinée sur les points essentiels de la foi qui ici est synonyme de «vérité». Elle est ouverte à l’universel et elle prie pour tous les hommes afin qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité. Dans ces Lettres apparaît pour la première fois le triple ministère d’évêque, de prêtre et de diacre. L'Église est comme une maison familiale, la «maison de Dieu», dont l’épiscope est le père. Prions saint Paul pour que nous puissions toujours plus être perçus comme membres de la «famille de Dieu».
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Je salue avec affection les pèlerins de la paroisse Sainte-Croix et les jeunes de l’externat «Saint-Joseph» d’Ollioules. Je vous souhaite d’être pleinement concitoyens des saints et familiers de Dieu. Avec ma Bénédiction apostolique!
25 Chers frères et soeurs,
La série de nos catéchèses sur la figure de saint Paul est arrivée à sa conclusion: nous souhaitons parler aujourd'hui de la fin de sa vie terrestre. L'antique tradition chrétienne témoigne de manière unanime que la mort de Paul eut lieu suite au martyre subi ici à Rome. Les écrits du nouveau Testament ne nous racontent pas cet épisode. Les Actes des Apôtres achèvent leur récit en évoquant l'emprisonnement de l'Apôtre, qui pouvait toutefois recevoir tous ceux qui venaient le voir (cf. Ac 28, 30-31). C'est uniquement dans la deuxième Lettre à Timothée que nous trouvons ces paroles prémonitoires: "Quant à moi je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu" (2Tm 4,6 cf. Ph Ph 2,17). On a ici recours à deux images, l'image cultuelle du sacrifice, qu'il avait déjà utilisée dans la première Lettre aux Philippiens en interprétant le martyre comme une partie du sacrifice du Christ, et l'image marine de jeter les amarres: deux images qui ensemble, font discrètement allusion à l'événement de la mort, et d'une mort dans le sang.
Le premier témoignage explicite sur la fin de saint Paul nous vient du milieu des années 90 du Ier siècle, c'est-à-dire un peu plus de trois décennies après sa mort effective. Il s'agit précisément de la Lettre que l'Eglise de Rome, avec son évêque Clément I, écrivit à l'Eglise de Corinthe. Dans ce texte épistolaire, l'on est invité à garder devant les yeux l'exemple des apôtres, et, immédiatement après avoir mentionné le martyre de Pierre, on lit ceci: "A cause de la jalousie et de la discorde, Paul fut obligé de nous montrer comment l'on obtient le prix de la patience. Arrêté sept fois, exilé, lapidé, il fut le héraut du Christ en Orient et en Occident, et en raison de sa foi, il s'acquit une gloire pure. Après avoir prêché la justice au monde entier, et après être parvenu à l'extrémité de l'Occident, il subit le martyre devant les gouvernants; c'est ainsi qu'il quitta ce monde et qu'il parvint au lieu saint, devenu ainsi le plus grand modèle de patience" (1 Clem 5, 2). La patience dont il parle est l'expression de sa communion à la passion du Christ, de la générosité et de la constance avec laquelle il a accepté le long chemin de souffrance, afin de pouvoir dire: "Je porte dans mon corps les marques de Jésus" (Ga 6,17). Nous avons entendu dans le texte de saint Clément que Paul serait arrivé jusqu'à "l'extrémité de l'occident". L'on se demande s'il s'agit d'une allusion à un voyage en Espagne, que saint Paul aurait fait. Il n'existe pas de certitudes sur ce point, mais il est vrai que saint Paul dans sa Lettre aux Romains exprime son intention d'aller en Espagne (cf. Rm Rm 15,24).
Ce qui est en revanche très intéressant dans la lettre de Clément, c'est la succession des deux noms de Pierre et de Paul, même s'ils seront intervertis dans le témoignage d'Eusèbe de Césarée du iv siècle, qui en parlant de l'Empereur Néron écrivait: "Pendant son règne, Paul fut décapité précisément à Rome et Pierre y fut crucifié. Le récit est confirmé par le nom de Pierre et de Paul, qui est encore aujourd'hui conservé sur leurs sépulcres dans cette ville" (Hist. eccl. Qo 2, 25, 5). Eusèbe poursuit ensuite en rapportant la déclaration précédente d'un prêtre romain du nom de Gaius, remontant aux débuts du ii siècle: "Je peux te montrer les trophées des apôtres: si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l'Eglise" (ibid., 2, 25, 6-7). Les "trophées" sont les monuments sépulcraux, et il s'agit des sépultures elles-mêmes de Pierre et de Paul qu'aujourd'hui encore, deux mille ans après, nous vénérons nous aussi dans les mêmes lieux: que ce soit ici au Vatican en ce qui concerne Pierre, ou dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs sur la Via Ostiense en ce qui concerne l'Apôtre des nations.
Il est intéressant de noter que les deux grands apôtres sont mentionnés ensemble. Même si aucune source antique ne parle d'un éventuel ministère commun à Rome, la conscience chrétienne qui suivra sur la base de leur sépulture à tous deux dans la capitale de l'empire, les associera également comme fondateurs de l'Eglise de Rome. C'est en effet ce que l'on lit chez Irénée de Lyon, vers la fin du ii siècle, à propos de la succession apostolique dans les diverses Eglises: "Comme il serait trop long d'énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons la très grande et très antique Eglise connue de tous, l'Eglise fondée et établie à Rome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul" (Adv. haer. 3, 3, 2).
Laissons cependant à présent de côté la figure de Pierre et concentrons-nous sur celle de Paul. Son martyre est raconté pour la première fois par les Actes de Paul, écrits vers la fin du II siècle. Ceux-ci rapportent que Néron le condamna à mort par décollation, et que celle-ci fut exécutée immédiatement après (cf. 9, 5). La date de la mort varie déjà dans les sources antiques, qui la situent entre la persécution lancée par Néron lui-même après l'incendie de Rome, qui eut lieu en juillet de l'an 64, et la dernière année de son règne, c'est-à-dire 68 (cf. Jérôme, De viris ill., 5, 8). Le calcul dépend beaucoup de la chronologie de l'arrivée de Paul à Rome, un débat dans lequel nous ne pouvons pas entrer ici. Des traditions successives précisèrent deux autres éléments. L'un, le plus légendaire, est que le martyre eut lieu aux Acquae Salviae, sur la via Laurentina, et que sa tête rebondit trois fois, ce qui à chaque fois suscita l'écoulement d'un flot d'eau, c'est la raison pour laquelle le lieu porte le nom, aujourd'hui encore, de "Tre fontane", Trois fontaines ( Pierre et Paul du Pseudo Marcel, du v siècle). L'autre, en harmonie avec l'antique témoignage, déjà mentionné, du prêtre Gaius, est que sa sépulture eut lieu non seulement "en dehors de la ville... au deuxième mille sur la via Ostiense", mais plus précisément "dans le domaine de Lucina", qui était une femme chrétienne (Passion de Paul du Pseudo Abdia, du vi siècle). C'est là que, au IV siècle, l'empereur Constantin érigea une première église, ensuite largement agrandie entre le IV et le V siècle par les empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius. Après l'incendie de 1800, fut ici érigée l'actuelle basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.
Quoi qu'il en soit, la figure de saint Paul a un rayonnement qui va bien au-delà de sa vie terrestre et de sa mort; en effet, il a laissé un extraordinaire héritage spirituel. Lui aussi, comme un véritable disciple de Jésus, devint un signe de contradiction. Alors que parmi ceux qu'on appelait les "ébionites" - un courant judéo-chrétien - il était considéré comme apostat par la loi mosaïque, dans le livre des Actes des Apôtres apparaît une grande vénération envers l'apôtre Paul. Je voudrais à présent faire abstraction de la littérature apocryphe, comme les Actes de Paul et Tecla et un recueil de lettres apocryphes entre l'Apôtre Paul et le philosophe Sénèque. Il est surtout important de constater que, très vite, les Lettres de saint Paul entrent dans la liturgie, où la structure prophète-apôtre-Evangile est déterminante pour la forme de la liturgie de la Parole. Ainsi, grâce à cette "présence" dans la liturgie de l'Eglise, la pensée de l'Apôtre devient dès le début une nourriture spirituelle pour les fidèles de tous les temps.
Il est évident que les Pères de l'Eglise et ensuite tous les théologiens se sont nourris des Lettres de saint Paul et de sa spiritualité. Il est ainsi resté au cours des siècles, jusqu'à aujourd'hui, le véritable maître et apôtre des nations. Le premier commentaire patristique qui nous soit parvenu sur un écrit du Nouveau Testament est celui du grand théologien d'Alexandrie, Origène, qui commente la Lettre de Paul aux Romains. Ce commentaire n'est malheureusement conservé qu'en partie. Saint Jean Chrysostome, en plus des commentaires de ses Lettres, a écrit sur lui sept Panégyriques mémorables. Saint Augustin lui devra le pas décisif de sa propre conversion, et il fera référence à Paul tout au long de sa vie. De ce dialogue permanent avec l'Apôtre dérive sa grande théologie catholique et également la théologie protestante de tous les temps. Saint Thomas d'Aquin nous a laissé un beau commentaire aux Lettres pauliniennes, qui représente le fruit le plus mûr de l'exégèse médiévale. Un véritable tournant eut lieu au xvi siècle avec la Réforme protestante. Le moment décisif de la vie de Luther fut ce que l'on appelle "Turmerlebnis", (1517) au cours duquel il trouva en un instant une nouvelle interprétation de la doctrine paulinienne de la justification. Une interprétation qui le libéra des scrupules et des angoisses de sa vie précédente et lui donna une nouvelle confiance radicale dans la bonté de Dieu qui pardonne tout sans condition. A partir de ce moment, Luther identifia le droit judéo-chrétien, condamné par l'Apôtre, avec l'ordre de la vie de l'Eglise catholique. Et l'Eglise lui apparut donc comme l'expression de l'esclavage de la loi, à laquelle il opposa la liberté de l'Evangile. Le Concile de Trente, de 1545 à 1563, interpréta de manière profonde la question de la justification et trouva en continuité avec toute la tradition catholique la synthèse entre la loi et l'Evangile, conformément au message de l'Ecriture Sainte lue dans sa totalité et son unité.
Le XIX siècle, recueillant le meilleur héritage du siècle des Lumières, connut un renouveau du paulinisme, en particulier sur le plan du travail scientifique développé par l'interprétation historique et critique de l'Ecriture Sainte. Nous laisserons de côté le fait qu'à ce siècle-là également, comme ensuite au xx siècle, apparut un véritable dénigrement de saint Paul. Je pense en particulier à Nietzsche, qui dénigrait la théologie de l'humilité de saint Paul, en opposant à celle-ci sa théologie de l'homme fort et puissant. Mais laissons tout cela de côté, et examinons le courant essentiel de la nouvelle interprétation scientifique de l'Ecriture Sainte et du nouveau paulinisme de ce siècle. On a souligné ici en particulier comme central dans la pensée paulinienne le concept de liberté: dans celui-ci a été identifié le coeur de la pensée paulinienne, comme par ailleurs l'avait déjà pressenti Luther. Or le concept de liberté était toutefois réinterprété dans le contexte du libéralisme moderne. De plus, on souligne fortement la différence entre l'annonce de saint Paul et l'annonce de Jésus. Et saint Paul apparaît presque comme un nouveau fondateur du christianisme. Il est vrai que chez saint Paul, le caractère central du Royaume de Dieu, déterminant pour l'annonce de Jésus, est transformé dans le caractère central de la christologie, dont le point déterminant est le mystère pascal. Et du mystère pascal découlent les Sacrements du Baptême et de l'Eucharistie, comme présence permanente de ce mystère, à partir duquel croît le Corps du Christ et se construit l'Eglise. Mais, je dirais, sans entrer à présent dans les détails, que c'est précisément dans le nouveau caractère central de la christologie et du mystère pascal que se réalise le Royaume de Dieu, l'annonce authentique de Jésus devenant concrète, présente et active. Nous avons vu dans les catéchèses précédentes que cette nouveauté paulinienne est précisément la fidélité la plus profonde à l'annonce de Jésus. Dans le progrès de l'exégèse, en particulier au cours des deux cents dernières années, croissent également les convergences entre exégèse catholique et exégèse protestante, réalisant ainsi un consensus remarquable précisément sur le point qui fut à l'origine du plus grand désaccord historique. Il s'agit donc d'une grande espérance pour la cause de l'oecuménisme, si centrale pour le Concile Vatican ii.
Enfin, je voudrais brièvement évoquer une fois de plus les divers mouvements religieux, apparus à l'époque moderne au sein de l'Eglise catholique, et qui se réfèrent au nom de saint Paul. C'est ce qui a eu lieu au xvi siècle avec la "Congrégation de saint Paul", dite des barnabites, au xix siècle avec les missionnaires de saint Paul, ou Paulistes, et au XX siècle avec la "Famille paulinienne" sous de multiples formes, fondée par le bienheureux Giacomo Alberione, pour ne pas parler de l'Institut séculier de la "Compagnie de saint Paul". En résumé, demeure lumineuse devant nous la figure d'un apôtre et d'un penseur chrétien extrêmement fécond et profond, dont chacun peut tirer profit de l'étude. Dans l'un de ses panégyriques, saint Jean Chrysostome fit une comparaison originale entre Paul et Noé, en s'exprimant ainsi: Paul "n'assembla pas des planches pour fabriquer une arche; au contraire, au lieu d'unir des planches de bois, il composa des lettres et ainsi arracha aux flots non pas deux, trois ou cinq membres de sa famille, mais tout l'oekoumène qui était sur le point de périr" (Paneg. 1, 5). C'est précisément cela que peut encore et toujours faire l'apôtre Paul. Puiser chez lui, tant dans son exemple apostolique que dans sa doctrine, sera donc un encouragement, sinon une garantie, pour la consolidation de l'identité chrétienne de chacun de nous et le rajeunissement de l'Eglise tout entière.
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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue particulièrement le groupe des Ukrainiens de Belgique, les séminaristes de Liège, Tournai et Malines-Bruxelles, ainsi que les responsables et les lecteurs de la Documentation catholique venus à Rome célébrer le quatre-vingt dixième anniversaire de la revue. Que l’exemple de saint Paul soit pour vous tous un stimulant pour votre amour de l’Église et pour votre fidélité envers son enseignement. Que Dieu vous bénisse!
Appel à la paix au Sri Lanka
La situation au Sri Lanka continue à être une source de préoccupation. Les nouvelles de la cruauté du conflit et du nombre croissant des victimes innocentes, me poussent à lancer un appel fervent aux combattants afin qu'ils respectent le droit humanitaire et la liberté de mouvement de la population. Qu'ils fassent le possible pour garantir l'assistance aux blessés et la sécurité des civils et qu'ils leur permettent de répondre à leurs nécessités alimentaires et médicales urgentes.
Que la Sainte Vierge de Madhu, très vénérée par les catholiques mais aussi par les fidèles d'autres religions, fasse que soit proche le jour de la paix et de la réconciliation dans ce pays bien-aimé.
1 Chers frères et soeurs,
Après vingt catéchèses consacrées à l'Apôtre Paul, je voudrais reprendre aujourd'hui la présentation des grands Ecrivains de l'Eglise d'Orient et d'Occident de l'époque médiévale. Et je propose la figure de Jean, dit Climaque, translittération latine du terme grec klímakos, qui signifie de l'échelle (klímax). Il s'agit du titre de son oeuvre principale, dans laquelle il décrit l'ascension de la vie humaine vers Dieu. Il naquit vers 575. Sa vie se déroula donc pendant les années où Byzance, capitale de l'empire romain d'Orient, connut la plus grande crise de son histoire. A l'improviste, le cadre géographique de l'empire se transforma et le torrent des invasions barbares fit s'effondrer toutes ses structures. Seule tint bon la structure de l'Eglise, qui continua pendant ces temps difficiles à exercer son action missionnaire, humaine et socio-culturelle, en particulier à travers le réseau des monastères, dans lesquels oeuvraient de grandes personnalités religieuses, comme celle, précisément, de Jean Climaque.
Jean vécut et raconta ses expériences spirituelles dans les montagnes du Sinaï, où Moïse rencontra Dieu et Elie en entendit la voix. On conserve des informations le concernant dans une brève Vita (pg 88, 596-608), écrite par le moine Daniel de Raito: à seize ans, Jean, devenu moine sur le mont Sinaï, y devint le disciple de l'abbé Martirio, un "ancien"; c'est-à-dire un "sage". Vers vingt ans, il choisit de vivre en ermite dans une grotte au pied de la montagne, dans un lieu appelé Tola, à huit kilomètres du monastère de Sainte-Catherine. Mais la solitude ne l'empêcha pas de rencontrer des personnes souhaitant avoir une direction spirituelle, ainsi que de se rendre en visite dans plusieurs monastères à Alexandrie. En effet, sa retraite d'ermite, loin d'être une fuite du monde et de la réalité humaine, déboucha sur un amour ardent pour les autres (Vita 5) et pour Dieu (Vita 7). Après quarante ans de vie érémitique vécue dans l'amour pour Dieu et pour son prochain, des années pendant lesquelles il pleura, il pria, il lutta contre les démons, il fut nommé higoumène du grand monastère du mont Sinaï et revint ainsi à la vie cénobitique, dans un monastère. Mais, quelques années avant sa mort, nostalgique de sa vie d'ermite, il laissa à son frère, moine dans le même monastère, la conduite de la communauté. Il mourut après 650. La vie de Jean se développe entre deux montagnes, le Sinaï et le Thabor, et on peut vraiment dire que de lui rayonna la lumière vue par Moïse sur le Sinaï et contemplée par les trois apôtres sur le Thabor.
Il devint célèbre, comme je l'ai déjà dit, pour l'oeuvre intitulée l'Echelle (klímax), qualifiée en Occident comme Echelle du paradis (pg 88, 632-1164). Composée sur la requête insistante du proche higoumène du monastère de Raito au Sinaï, l'Echelle est un traité complet de vie spirituelle, où Jean décrit le chemin du moine depuis le renoncement au monde jusqu'à la perfection de l'amour. C'est un chemin qui - selon ce livre - se développe à travers trente marches, chacune d'elle étant liée à la suivante. Le chemin peut être synthétisé en trois phases successives: la première s'exprime dans la rupture avec le monde dans le but de retourner à l'état de l'enfance évangélique. L'essentiel n'est donc pas la rupture, mais le lien avec ce que Jésus a dit, c'est-à-dire revenir à la véritable enfance dans un sens spirituel, devenir comme les enfants. Jean commente: "Une bonne fondation est celle qui est formée par trois bases et par trois colonnes: innocence, jeûne et chasteté. Que tous les nouveau-nés en Christ (cf. 1Co 3,1) commencent par ces choses, en prenant exemple de ceux qui sont nouveau-nés physiquement" (1, 20; 636). Le détachement volontaire des personnes et des lieux chers permet à l'âme d'entrer en communion plus profonde avec Dieu. Ce renoncement débouche sur l'obéissance, qui est une voie vers l'humilité à travers les humiliations - qui ne manqueront jamais - de la part des frères. Jean commente: "Bienheureux celui qui a mortifié sa propre volonté jusqu'à la fin et qui a confié le soin de sa propre personne à son maître dans le Seigneur: en effet, il sera placé à la droite du Crucifié!" (4, 37; 704).
La deuxième phase du chemin est constituée par le combat spirituel contre les passions. Chaque marche de l'échelle est liée à une passion principale, qui est définie et diagnostiquée, avec l'indication de la thérapie et avec la proposition de la vertu correspondante. L'ensemble de ces marches constitue sans aucun doute le plus important traité de stratégie spirituelle que nous possédons. La lutte contre les passions revêt cependant un caractère positif - elle ne reste pas une chose négative - grâce à l'image du "feu" de l'Esprit Saint: "Que tous ceux qui entreprennent cette belle lutte (cf. 1Tm 6,12), dure et ardue [...], sachent qu'ils sont venus se jeter dans un feu, si vraiment ils désirent que le feu immatériel habite en eux" (1, 18; 636). Le feu de l'Esprit Saint qui est feu de l'amour et de la vérité. Seule la force de l'Esprit Saint assure la victoire. Mais selon Jean Climaque, il est important de prendre conscience que les passions ne sont pas mauvaises en soi; elles le deviennent en raison du mauvais usage qu'en fait la liberté de l'homme. Si elles sont purifiées, les passions ouvrent à l'homme la voie vers Dieu avec des énergies unifiées par l'ascèse et par la grâce et, "si celles-ci ont reçu du Créateur un ordre et un début..., la limite de la vertu est sans fin" (26/2, 37; 1068).
La dernière phase du chemin est la perfection chrétienne, qui se développe dans les dernières sept marches de l'Echelle. Il s'agit des stades les plus élevés de la vie spirituelle, dont peuvent faire l'expérience les "ésicastes", les solitaires, ceux qui sont arrivés au calme et à la paix intérieure; mais ce sont des stades accessibles également aux cénobites les plus fervents. Des trois premiers - simplicité, humilité et discernement - Jean, dans le sillage des Pères du désert, considère le dernier le plus important, c'est-à-dire la capacité de discerner. Chaque comportement doit être soumis au discernement; en effet, tout dépend des motivations profondes, qu'il faut évaluer. On entre ici dans le vif de la personne et il s'agit de réveiller chez l'ermite, chez le chrétien, la sensibilité spirituelle et le "sens du coeur", dons de Dieu: "Comme guide et règle en toute chose, après Dieu, nous devons suivre notre conscience" (26/1,5;1013). C'est de cette manière que l'on atteint la tranquillité de l'âme, l'esichía, grâce à laquelle l'âme peut se pencher sur l'abîme des mystères divins.
L'état de calme, de paix intérieure, prépare l'"ésicaste" à la prière, qui chez Jean, est double: la "prière corporelle" et la "prière du coeur". La première est propre à celui qui doit s'aider de gestes du corps: tendre les mains, émettre des gémissements, se frapper la poitrine, etc. (15, 26; 900); la deuxième est spontanée, car elle est l'effet du réveil de la sensibilité spirituelle, don de Dieu à ceux qui se consacrent à la prière corporelle. Chez Jean, elle prend le nom de "prière de Jésus" (Iesoû euché), et est constituée par l'invocation du seul nom de Jésus, une invocation continue comme la respiration: "Que la mémoire de Jésus ne fasse qu'une seule chose avec ta respiration, et alors, tu connaîtras l'utilité de l'esichía", de la paix intérieure (27/2, 26; 1112). A la fin, la prière devient très simple, simplement le nom "Jésus" qui ne fait qu'un avec notre respiration.
Le dernier degré de l'échelle (30), teinté de "la sobre ivresse de l'Esprit", est consacré à la suprême "trinité des vertus": la foi, l'espérance et surtout la charité. De la charité, Jean parle également comme éros (amour humain), figure de l'union matrimoniale de l'âme avec Dieu. Et il choisit encore l'image du feu pour exprimer l'ardeur, la lumière, la purification de l'amour pour Dieu. La force de l'amour humain peut être redirigée vers Dieu, de même que sur l'olivier sauvage peut être greffé l'olivier franc (cf. Rm Rm 11,24) (15, 66; 893). Jean est convaincu qu'une intense expérience de cet éros fait progresser l'âme beaucoup plus que le dur combat contre les passions, car sa puissance est grande. Ainsi prévaut le positivisme sur notre chemin. Mais la charité est considérée également en relation étroite avec l'espérance: "La force de la charité est l'espérance: grâce à elle, nous attendons la récompense de la charité... L'espérance est la porte de la charité... L'absence d'espérance anéantit la charité: c'est à elle que sont liés nos efforts, c'est par elle que sont soutenus nos labeurs, et c'est grâce à elle que nous sommes entourés par la miséricorde de Dieu" (30, 16; 1157). La conclusion de l'Echelle contient la synthèse de l'oeuvre avec des paroles que l'auteur fait prononcer à Dieu lui-même: "Que cette échelle t'enseigne la disposition spirituelle des vertus. Je me tiens au sommet de cette échelle, comme le dit mon grand initié (saint Paul): Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d'entre elles, c'est la charité (1Co 13,13)!" (30, 18; 1160).
A ce point, une dernière question s'impose: l'Echelle, oeuvre écrite par un moine ermite qui a vécu il y a mille quatre cents ans, peut-elle encore nous dire quelque chose aujourd'hui? L'itinéraire existentiel d'un homme qui a toujours vécu sur le mont Sinaï à une époque si lointaine peut-il être d'une quelconque actualité pour nous? Dans un premier temps, il semblerait que la réponse doive être "non", car Jean Climaque est trop loin de nous. Mais, si nous observons d'un peu plus près, nous voyons que cette vie monastique n'est qu'un grand symbole de la vie baptismale, de la vie de chrétien. Elle montre, pour ainsi dire, en lettres capitales ce que nous écrivons jour près jour en lettres minuscules. Il s'agit d'un symbole prophétique qui révèle ce qu'est la vie du baptisé, en communion avec le Christ, avec sa mort et sa résurrection. Pour moi, il est particulièrement important que le sommet de l'"échelle", que les derniers degrés soient dans le même temps les vertus fondamentales, initiales, et les plus simples: la foi, l'espérance et la charité. Il ne s'agit pas de vertus uniquement accessibles à des champions de la morale, mais des dons de Dieu à tous les baptisés: en elles croît également notre vie. Le début est également la fin, le point de départ est également le point d'arrivée: tout le chemin va vers une réalisation toujours plus radicale de la foi, de l'espérance et de la charité. Dans ces vertus, est présente toute la montée. La foi est fondamentale, car cette vertu implique que je renonce à mon arrogance, à ma pensée; à la prétention de juger seul, sans m'appuyer sur les autres. Ce chemin vers l'humilité, vers l'enfance spirituelle, est nécessaire: il faut surmonter l'attitude d'arrogance qui fait dire: j'en sais plus, à mon époque du xxi siècle, que ce que pouvaient savoir les hommes de l'époque passée. Il faut en revanche s'en remettre uniquement à l'Ecriture Sainte, à la Parole du Seigneur, contempler avec humilité l'horizon de la foi, pour entrer ainsi dans l'étendue immense du monde universel, du monde de Dieu. De cette façon notre âme croît, la sensibilité du coeur vers Dieu croît. Jean Climaque dit à juste titre que seule l'espérance nous rend capables de vivre la charité. L'espérance dans laquelle nous transcendons les choses de tous les jours, nous n'attendons pas le succès de nos jours terrestres, mais nous attendons à la fin la révélation de Dieu lui-même. Ce n'est que dans cet élargissement de notre âme, dans cette auto-transcendance que notre vie devient grande et que nous pouvons supporter les peines et les déceptions de chaque jour, que nous pouvons être bons avec les autres sans attendre de récompense. Ce n'est que si Dieu existe, cette grande espérance à laquelle je tends que je peux, chaque jour, accomplir les petits pas de ma vie et apprendre ainsi la charité. Dans la charité se cache le mystère de la prière, de la connaissance personnelle de Jésus: une prière simple, qui tend uniquement à toucher le coeur du Maître divin. Et ainsi, on ouvre son coeur, on apprend de Lui la même bonté, le même amour. Utilisons donc cette "montée" de la foi, de l'espérance et de la charité; nous parviendrons ainsi à la vraie vie.
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Je suis heureux de saluer les pèlerins francophones, notamment la délégation des consuls honoraires, accompagnée par Son Éminence le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon, la Communauté de l’Arche « l’Olivier » de Rennes qui fête cette année ses vingt ans d’existence, ainsi que tous les jeunes, en particulier ceux des collèges La Rochefoucauld et Fénelon Sainte-Marie de Paris. Bon pèlerinage à tous !
2 Chers frères et soeurs,
Le saint que nous évoquons aujourd'hui s'appelle Bède et naquit dans le Nord-Est de l'Angleterre, plus exactement dans le Northumberland, en 672/673. Il raconte lui-même que ses parents, à l'âge de sept ans, le confièrent à l'abbé du proche monastère bénédictin, afin qu'il l'instruise: "Depuis lors - rappelle-t-il -, j'ai toujours vécu dans ce monastère, me consacrant intensément à l'étude de l'Ecriture et, alors que j'observais la discipline de la Règle et l'engagement quotidien de chanter à l'église, il me fut toujours doux d'apprendre, d'enseigner ou d'écrire" (Historia eccl. Anglorum, v, 24). De fait, Bède devint l'une des plus éminentes figures d'érudit du haut Moyen-Age, pouvant utiliser les nombreux manuscrits précieux que ses abbés, revenant de leurs fréquents voyages sur le continent et à Rome, lui portaient. L'enseignement et la réputation de ses écrits lui valurent de nombreuses amitiés avec les principales personnalités de son époque, qui l'encouragèrent à poursuivre son travail, dont ils étaient nombreux à tirer bénéfice. Etant tombé malade, il ne cessa pas de travailler, conservant toujours une joie intérieure qui s'exprimait dans la prière et dans le chant. Il concluait son oeuvre la plus importante, la Historia ecclesiastica gentis Anglorum, par cette invocation: "Je te prie, ô bon Jésus, qui avec bienveillance m'a permis de puiser aux douces paroles de ta sagesse, accorde-moi, dans ta bonté, de parvenir un jour à toi, source de toute sagesse, et de me trouver toujours face à ton visage". La mort le saisit le 26 mai 735: c'était le jour de l'Ascension.
Les Saintes Ecritures sont la source constante de la réflexion théologique de Bède. Après une étude critique approfondie du texte (une copie du monumental Codex Amiatinus de la Vulgate, sur lequel Bède travailla, nous est parvenue), il commente la Bible, en la lisant dans une optique christologique, c'est-à-dire qu'il réunit deux choses: d'une part, il écoute ce que dit exactement le texte, il veut réellement écouter, comprendre le texte lui-même; de l'autre, il est convaincu que la clef pour comprendre l'Ecriture Sainte comme unique Parole de Dieu est le Christ et avec le Christ, dans sa lumière, on comprend l'Ancien et le Nouveau Testament comme "une" Ecriture Sainte. Les événements de l'Ancien et du Nouveau Testament vont de pair, ils sont un chemin vers le Christ, bien qu'ils soient exprimés à travers des signes et des institutions différentes (c'est ce qu'il appelle la concordia sacramentorum). Par exemple, la tente de l'alliance que Moïse dressa dans le désert et le premier et le deuxième temple de Jérusalem sont des images de l'Eglise, nouveau temple édifié sur le Christ et sur les Apôtres avec des pierres vivantes, cimentées par la charité de l'Esprit. Et de même qu'à la construction de l'antique temple contribuèrent également des populations païennes, mettant à disposition des matériaux précieux et l'expérience technique de leurs maîtres d'oeuvre, à l'édification de l'Eglise contribuent les apôtres et les maîtres provenant non seulement des antiques souches juive, grecque et latine, mais également des nouveaux peuples, parmi lesquels Bède se plaît à citer les celtes irlandais et les Anglo-saxons. Saint Bède voit croître l'universalité de l'Eglise qui ne se restreint pas à une culture déterminée, mais se compose de toutes les cultures du monde qui doivent s'ouvrir au Christ et trouver en Lui leur point d'arrivée.
L'histoire de l'Eglise est un autre thème cher à Bède. Après s'être intéressé à l'époque décrite dans les Actes des Apôtres, il reparcourt l'histoire des Pères et des Conciles, convaincu que l'oeuvre de l'Esprit Saint continue dans l'histoire. Dans la Chronica Maiora, Bède trace une chronologie qui deviendra la base du Calendrier universel "ab incarnatione Domini". Déjà à l'époque, on calculait le temps depuis la fondation de la ville de Rome. Bède, voyant que le véritable point de référence, le centre de l'histoire est la naissance du Christ, nous a donné ce calendrier qui lit l'histoire en partant de l'Incarnation du Seigneur. Il enregistre les six premiers Conciles oecuméniques et leurs développements, présentant fidèlement la doctrine christologique, mariologique et sotériologique, et dénonçant les hérésies monophysite et monothélite, iconoclaste et néo-pélagienne. Enfin, il rédige avec beaucoup de rigueur documentaire et d'attention littéraire l'Histoire ecclésiastiques des peuples Angles, pour laquelle il est reconnu comme le "père de l'historiographie anglaise". Les traits caractéristiques de l'Eglise que Bède aime souligner sont: a) la catholicité, comme fidélité à la tradition et en même temps ouverture aux développements historiques, et comme recherche de l'unité dans la multiplicité, dans la diversité de l'histoire et des cultures, selon les directives que le Pape Grégoire le Grand avait données à l'Apôtre de l'Angleterre, Augustin de Canterbury; b) l'apostolicité et la romanité: à cet égard, il considère comme d'une importance primordiale de convaincre toutes les Eglises celtiques et des Pictes à célébrer de manière unitaire la Pâque selon le calendrier romain. Le Calcul qu'il élabora scientifiquement pour établir la date exacte de la célébration pascale, et donc tout le cycle de l'année liturgique, est devenu le texte de référence pour toute l'Eglise catholique.
Bède fut également un éminent maître de théologie liturgique. Dans les homélies sur les Evangiles du dimanche et des fêtes, il accomplit une véritable mystagogie, en éduquant les fidèles à célébrer joyeusement les mystères de la foi et à les reproduire de façon cohérente dans la vie, dans l'attente de leur pleine manifestation au retour du Christ, lorsque, avec nos corps glorifiés, nous serons admis en procession d'offrande à l'éternelle liturgie de Dieu au ciel. En suivant le "réalisme" des catéchèses de Cyrille, d'Ambroise et d'Augustin, Bède enseigne que les sacrements de l'initiation chrétienne constituent chaque fidèle "non seulement chrétien, mais Christ". En effet, chaque fois qu'une âme fidèle accueille et conserve avec amour la Parole de Dieu, à l'image de Marie, elle conçoit et engendre à nouveau le Christ. Et chaque fois qu'un groupe de néophytes reçoit les sacrements de Pâques, l'Eglise s'"auto-engendre" ou, à travers une expression encore plus hardie, l'Eglise devient "Mère de Dieu" en participant à la génération de ses fils, par l'oeuvre de l'Esprit Saint.
Grâce à sa façon de faire de la théologie en mêlant la Bible, la liturgie et l'histoire, Bède transmet un message actuel pour les divers "états de vie": a) aux experts (doctores ac doctrices), il rappelle deux devoirs essentiels: sonder les merveilles de la Parole de Dieu pour les présenter sous une forme attrayante aux fidèles; exposer les vérités dogmatiques en évitant les complications hérétiques et en s'en tenant à la "simplicité catholique", avec l'attitude des petits et des humbles auxquels Dieu se complaît de révéler les mystères du royaume; b) les pasteurs, pour leur part, doivent donner la priorité à la prédication, non seulement à travers le langage verbal ou hagiographique, mais en valorisant également les icônes, les processions et les pèlerinages. Bède leur recommande l'utilisation de la langue vulgaire, comme il le fait lui-même, en expliquant en dialecte du Northumberland le "Notre Père", le "Credo" et en poursuivant jusqu'au dernier jour de sa vie le commentaire en langue vulgaire de l'Evangile de Jean; c) aux personnes consacrées qui se consacrent à l'Office divin, en vivant dans la joie de la communion fraternelle et en progressant dans la vie spirituelle à travers l'ascèse et la contemplation, Bède recommande de soigner l'apostolat - personne ne reçoit l'Evangile que pour soi, mais doit l'écouter comme un don également pour les autres - soit en collaborant avec les évêques dans des activités pastorales de divers types en faveur des jeunes communautés chrétiennes, soit en étant disponibles à la mission évangélisatrice auprès des païens, hors de leur pays, comme "peregrini pro amore Dei".
En se plaçant dans cette perspective, dans le commentaire du Cantique des Cantiques, Bède présente la synagogue et l'Eglise comme des collaboratrices dans la diffusion de la Parole de Dieu. Le Christ Epoux veut une Eglise industrieuse, "le teint hâlé par les efforts de l'évangélisation" - il y a ici une claire évocation de la parole du Cantique des Cantiques (1, 5) où l'épouse dit: "Nigra sum sed formosa" (je suis noire, et pourtant belle) -, occupée à défricher d'autres champs ou vignes et à établir parmi les nouvelles populations "non pas une cabane provisoire, mais une demeure stable", c'est-à-dire à insérer l'Evangile dans le tissu social et dans les institutions culturelles. Dans cette perspective, le saint docteur exhorte les fidèles laïcs à être assidus à l'instruction religieuse, en imitant les "insatiables foules évangéliques, qui ne laissaient pas même le temps aux apôtres de manger un morceau de nourriture". Il leur enseigne comment prier continuellement, "en reproduisant dans la vie ce qu'ils célèbrent dans la liturgie", en offrant toutes les actions comme sacrifice spirituel en union avec le Christ. Aux parents, il explique que même dans leur petit milieu familial, ils peuvent exercer "la charge sacerdotale de pasteurs et de guides", en formant de façon chrétienne leurs enfants et affirme connaître de nombreux fidèles (hommes et femmes, mariés ou célibataires), "capables d'une conduite irrépréhensible, qui, s'ils sont suivis de façon adéquate, pourraient s'approcher chaque jour de la communion eucharistique" (Epist. ad Ecgberctum, ed. Plummer, p. 419).
La renommée de sainteté et de sagesse dont, déjà au cours de sa vie, Bède jouit, lui valut le titre de "vénérable". C'est ainsi également que l'appelle le Pape Serge i, lorsqu'en 701, il écrit à son abbé en lui demandant qu'il le fasse venir pour un certain temps à Rome afin de le consulter sur des questions d'intérêt universel. Après sa mort, ses écrits furent diffusés largement dans sa patrie et sur le continent européen. Le grand missionnaire d'Allemagne, l'Evêque saint Boniface (+ 754), demanda plusieurs fois à l'archevêque de York et à l'abbé de Wearmouth de faire transcrire certaines de ses oeuvres et de les lui envoyer de sorte que lui-même et ses compagnons puissent aussi bénéficier de la lumière spirituelle qui en émanait. Un siècle plus tard, Notkero Galbulo, abbé de Saint-Gall (+ 912), prenant acte de l'extraordinaire influence de Bède, le compara à un nouveau soleil que Dieu avait fait lever non de l'orient, mais de l'occident pour illuminer le monde. Hormis l'emphase rhétorique, il est de fait que, à travers ses oeuvres, Bède contribua de façon efficace à la construction d'une Europe chrétienne, dans laquelle les diverses populations et cultures se sont amalgamées, lui conférant une physionomie unitaire, inspirée par la foi chrétienne. Prions afin qu'aujourd'hui également, se trouvent des personnalités de la stature de Bède pour maintenir uni tout le continent; prions afin que nous soyons tous prêts à redécouvrir nos racines communes, pour être les bâtisseurs d'une Europe profondément humaine et authentiquement chrétienne.
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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les groupes du diocèse de Créteil, avec leur Évêque Mgr Michel Santier, les prêtres du diocèse de Grenoble-Vienne, avec Mgr Guy de Kérimel, les nombreux jeunes des lycées et des aumôneries ainsi que les groupes provenant de diverses paroisses. À l’exemple de Bède le Vénérable, prenez le temps de scruter les merveilles de la Parole de Dieu, pour en faire votre nourriture. Que Dieu vous bénisse!
Audiences 2009 24