
Audiences 1970 63
63 Que devons-nous faire, nous qui sommes en dehors, des observateurs, des hommes de notre époque ? Déplorer, invectiver, nous laisser envahir par le scepticisme et le pessimisme, perdre la confiance dans les nommes et dans notre temps ?
Non. Pour suggérer quelque chose, en ce lieu et en ce moment, nous exhortons simplement à retourner à la pensée de Noël. Essayons, avant tout, de conserver la paix intérieure de l'esprit, non seulement par un effort psychologique de domination en nous-mêmes des réactions négatives que les maux qui nous entourent provoquent dans nos âmes, mais par un acte religieux de confiance, positive et agissante, dans l'économie de grâce et de bonté que la Nativité du Christ a instaurée sur la terre et que la fête que nous venons de célébrer rend encore aujourd'hui actuelle et béatifiante.
Ainsi faisant, — et pourquoi n'en serions-nous pas capables par la foi et la prière ? — nous retrouvons une liberté personnelle de jugement. C'est très important : maintenant que la magie invisible, mais si puissante de la marée de l'opinion publique, alimentée et manoeuvrée par les moyens de communication sociale, essaye de nous renverser et de nous dominer (qu'elle soit sorcière, fée ou ange), nous devons défendre notre conscience innée illuminée par des principes logiques et moraux supérieurs. Alors surgit dans notre esprit un sens primitif du bien, de la justice, de l'humanité ; et cela peut être encore un précieux avantage, qui jaillit d'une situation confuse et désordonnée, comme celle qui, à certains moments, nous entoure et nous opprime. Le désir des valeurs humaines authentiques naît alors en nous, ou renaît, plus fort et plus développé ; le désir d'une humanité idéale offre une halte à notre critique ; un sens de communion, qui nous réunit, que nous le voulions ou non, aux événements de notre temps, purifie et exalte en nous le sens de la solidarité, et nous impose le poids et le stimulant de la coresponsabilité, avec le besoin de nous distinguer de ce que nous déplorons et de renforcer des propos nouveaux d'action positive, d'engagement personnel, de don courageux à la cause que nous croyons bonne. On s'aperçoit ainsi que chacun de nous doit sortir d'un état d'inertie morale, et encore plus de n'importe quelle forme, active ou passive, d'abandon aux forces négatives de l'agir et de la vie communautaires ; une nouvelle charge de la dynamique active, du devoir, se renforce en nous, et la demande naît alors : quelle cause servir ?
C'est ainsi que notre psychologie d'observateurs, d'abord indolents et parasites de la scène du monde, ou bien tentés de fuir de sa réalité pour nous réfugier dans un égoïsme plus dangereux ou plus rêveur, ensuite réveillés par une volonté, un appel de combat idéal, cette psychologie nous fait faire un pas en avant, nous fait nous poser une question, qui peut être pour beaucoup une découverte peu honorable, si elle reste sans réponse : sait-on pour quelle raison combattre ? a-t-on des idées ? des principes ? pour quelles valeurs agir et combattre ? A-t-on clairement en tête une idée nette de ce qui vaut la peine, pour qui s'engager et jouer sa vie ? Y a-t-il quelque chose de plus précieux que la vie même ? Cette idée, non seulement donnerait sa signification et une dimension normale à la vie personnelle, mais pourrait faire agir en dehors de nous pour soulever moralement le monde, c'est-à-dire en vue de notre salut commun. Nous découvrons alors que non seulement le monde, mais aussi nous, avons en premier lieu besoin d'idées, vraies, fortes, neuves, élevées, d'idées qui rendent l'homme plus grand.
Où allons-nous ? Des idées bonnes et grandes, humaines et dignes sont nombreuses à notre époque, mais elles sont souvent gênées et dévorées par d'autres idées opposées aux premières, et à la fin nous sommes dans la plus entière confusion. Ainsi, une fois entrés dans le débat des idées valables pour le salut du monde, nous sommes par la force des choses, combien heureuse et fortunée, en fait par l'expérience, l'attrait, la vérité, revenus au seuil de la crèche, au Christ, humble et petit, qui possède le secret de notre salut. Ne concluons pas la réflexion sur les événements actuels de notre histoire sans nous le rappeler, la tête inclinée et le coeur ouvert, sans nous souvenir de Lui.
Avec notre Bénédiction Apostolique.
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