Audiences 2010 4

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Salle Paul VI

Mercredi 15 septembre 2010 - Claire d’Assise

Chers frères et soeurs,

L’une des saintes les plus aimées est sans aucun doute sainte Claire d’Assise, qui vécut au XIIIe siècle, et qui fut contemporaine de saint François. Son témoignage nous montre combien l’Eglise tout entière possède une dette envers des femmes courageuses et riches de foi comme elle, capables d’apporter une impulsion décisive au renouveau de l’Eglise.

Qui était donc Claire d’Assise? Pour répondre à cette question, nous possédons des sources sûres: non seulement les anciennes biographies, comme celles de Thomas de Celano, mais également les Actes du procès de canonisation promu par le Pape quelques mois seulement après la mort de Claire et qui contiennent les témoignages de ceux qui vécurent à ses côtés pendant longtemps.

Née en 1193, Claire appartenait à une riche famille aristocratique. Elle renonça à la noblesse et à la richesse pour vivre dans l’humilité et la pauvreté, adoptant la forme de vie que François d’Assise proposait. Même si ses parents, comme cela arrivait alors, projetaient pour elle un mariage avec un personnage important, à 18 ans, Claire, à travers un geste audacieux inspiré par le profond désir de suivre le Christ et par son admiration pour François, quitta la maison paternelle et, en compagnie de son amie, Bona de Guelfuccio, rejoignit en secret les frères mineurs dans la petite église de la Portioncule. C’était le soir du dimanche des Rameaux de l’an 1211. Dans l’émotion générale, fut accompli un geste hautement symbolique: tandis que ses compagnons tenaient entre les mains des flambeaux allumés, François lui coupa les cheveux et Claire se vêtit d’un habit de pénitence en toile rêche. A partir de ce moment, elle devint l’épouse vierge du Christ, humble et pauvre, et se consacra entièrement à Lui. Comme Claire et ses compagnes, d’innombrables femmes au cours de l’histoire ont été fascinées par l’amour pour le Christ qui, dans la beauté de sa Personne divine, remplit leur coeur. Et l’Eglise tout entière, au moyen de la mystique vocation nuptiale des vierges consacrées, apparaît ce qu’elle sera pour toujours: l’Epouse belle et pure du Christ.

L’une des quatre lettres que Claire envoya à sainte Agnès de Prague, fille du roi de Bohême, qui voulut suivre ses traces, parle du Christ, son bien-aimé Epoux, avec des expressions nuptiales qui peuvent étonner, mais qui sont émouvantes: «Alors que vous le touchez, vous devenez plus pure, alors que vous le recevez, vous êtes vierge. Son pouvoir est plus fort, sa générosité plus grande, son apparence plus belle, son amour plus suave et son charme plus exquis. Il vous serre déjà dans ses bras, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses... lui qui a mis sur votre tête une couronne d'or arborant le signe de la sainteté» (Première Lettre: FF, 2862).

En particulier au début de son expérience religieuse, Claire trouva en François d’Assise non seulement un maître dont elle pouvait suivre les enseignements, mais également un ami fraternel. L’amitié entre ces deux saints constitue un très bel et important aspect. En effet, lorsque deux âmes pures et enflammées par le même amour pour le Christ se rencontrent, celles-ci tirent de leur amitié réciproque un encouragement très profond pour parcourir la voie de la perfection. L’amitié est l’un des sentiments humains les plus nobles et élevés que la Grâce divine purifie et transfigure. Comme saint François et sainte Claire, d’autres saints également ont vécu une profonde amitié sur leur chemin vers la perfection chrétienne, comme saint François de Sales et sainte Jeanne-Françoise de Chantal. Et précisément saint François de Sales écrit: «Il est beau de pouvoir aimer sur terre comme on aime au ciel, et d’apprendre à s’aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement dans l’autre. Je ne parle pas ici du simple amour de charité, car nous devons avoir celui-ci pour tous les hommes; je parle de l’amitié spirituelle, dans le cadre de laquelle, deux, trois ou plusieurs personnes s’échangent les dévotions, les affections spirituelles et deviennent réellement un seul esprit» (Introduction à la vie de dévotion, III, 19).

Après avoir passé une période de quelques mois auprès d’autres communautés monastiques, résistant aux pressions de sa famille qui au début, n’approuvait pas son choix, Claire s’établit avec ses premières compagnes dans l’église Saint-Damien où les frères mineurs avaient préparé un petit couvent pour elles. Elle vécut dans ce monastère pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort, survenue en 1253. Une description directe nous est parvenue de la façon dont vivaient ces femmes au cours de ces années, au début du mouvement franciscain. Il s’agit du compte-rendu admiratif d’un évêque flamand en visite en Italie, Jacques de Vitry, qui affirme avoir trouvé un grand nombre d’hommes et de femmes, de toute origine sociale, qui «ayant quitté toute chose pour le Christ, fuyaient le monde. Ils s’appelaient frères mineurs et soeurs mineures et sont tenus en grande estime par Monsieur le Pape et par les cardinaux... Les femmes... demeurent ensemble dans divers hospices non loin des villes. Elle ne reçoivent rien, mais vivent du travail de leurs mains. Et elles sont profondément attristées et troublées, car elles sont honorées plus qu’elles ne le voudraient, par les prêtres et les laïcs» (Lettre d’octobre 1216: FF, 2205.2207).

Jacques de Vitry avait saisi avec une grande perspicacité un trait caractéristique de la spiritualité franciscaine à laquelle Claire fut très sensible: la radicalité de la pauvreté associée à la confiance totale dans la Providence divine. C'est pour cette raison qu'elle agit avec une grande détermination, en obtenant du Pape Grégoire IX ou, probablement déjà du Pape Innocent III, celui que l’on appela le Privilegium Paupertatis (cf. FF, 3279). Sur la base de celui-ci, Claire et ses compagnes de Saint-Damien ne pouvaient posséder aucune propriété matérielle. Il s'agissait d'une exception véritablement extraordinaire par rapport au droit canonique en vigueur et les autorités ecclésiastiques de cette époque le concédèrent en appréciant les fruits de sainteté évangélique qu’elles reconnaissaient dans le mode de vie de Claire et de ses consoeurs. Cela montre que même au cours des siècles du Moyen âge, le rôle des femmes n'était pas secondaire, mais considérable. A cet égard, il est bon de rappeler que Claire a été la première femme dans l'histoire de l'Eglise à avoir rédigé une Règle écrite, soumise à l'approbation du Pape, pour que le charisme de François d'Assise fût conservé dans toutes les communautés féminines qui étaient fondées de plus en plus nombreuses déjà de son temps et qui désiraient s'inspirer de l'exemple de François et de Claire.

Dans le couvent de Saint-Damien, Claire pratiqua de manière héroïque les vertus qui devraient distinguer chaque chrétien: l'humilité, l'esprit de piété et de pénitence, la charité. Bien qu'étant la supérieure, elle voulait servir personnellement les soeurs malades, en s'imposant aussi des tâches très humbles: la charité en effet, surmonte toute résistance et celui qui aime accomplit tous les sacrifices avec joie. Sa foi dans la présence réelle de l'Eucharistie était si grande que, par deux fois, un fait prodigieux se réalisa. Par la seule ostension du Très Saint Sacrement, elle éloigna les soldats mercenaires sarrasins, qui étaient sur le point d'agresser le couvent de Saint-Damien et de dévaster la ville d'Assise.

Ces épisodes aussi, comme d'autres miracles, dont est conservée la mémoire, poussèrent le Pape Alexandre IV à la canoniser deux années seulement après sa mort, en 1255, traçant un éloge dans la Bulle de canonisation, où nous lisons: «Comme est vive la puissance de cette lumière et comme est forte la clarté de cette source lumineuse. Vraiment, cette lumière se tenait cachée dans la retraite de la vie de clôture et dehors rayonnaient des éclats lumineux; elle se recueillait dans un étroit monastère, et dehors elle se diffusait dans la grandeur du monde. Elle se protégeait à l'intérieur et elle se répandait à l'extérieur. Claire en effet, se cachait: mais sa vie était révélée à tous. Claire se taisait mais sa renommée criait» (FF, 3284). Et il en est véritablement ainsi, chers amis: ce sont les saints qui changent le monde en mieux, le transforment de manière durable, en insufflant les énergies que seul l'amour inspiré par l'Evangile peut susciter. Les saints sont les grands bienfaiteurs de l'humanité!

La spiritualité de sainte Claire, la synthèse de sa proposition de sainteté est recueillie dans la quatrième lettre à sainte Agnès de Prague. Sainte Claire a recours à une image très répandue au Moyen âge, d'ascendance patristique, le miroir. Et elle invite son amie de Prague à se refléter dans ce miroir de perfection de toute vertu qu'est le Seigneur lui-même. Elle écrit: «Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s'attacher jusqu'au fond de son coeur [au Christ], à celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d'admirer la beauté, dont l'amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d'en haut. Tout cela puisqu'il est la splendeur de la gloire éternelle, l'éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache.Ce miroir, contemple-le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n'arrête d'y contempler ton apparence afin que... tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient... En ce miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l'ineffable charité» (Quatrième lettre: FF, 2901-2903).

Reconnaissants à Dieu qui nous donne les saints qui parlent à notre coeur et nous offrent un exemple de vie chrétienne à imiter, je voudrais conclure avec les mêmes paroles de bénédiction que sainte Claire composa pour ses consoeurs et qu'aujourd'hui encore les Clarisses, qui jouent un précieux rôle dans l'Eglise par leur prière et leur oeuvre, conservent avec une grande dévotion. Ce sont des expressions où émerge toute la tendresse de sa maternité spirituelle: «Je vous bénis dans ma vie et après ma mort, comme je peux et plus que je le peux, avec toutes les bénédictions par lesquelles le Père des miséricordes pourrait bénir et bénira au ciel et sur la terre les fils et les filles, et avec lesquelles un père et une mère spirituelle pourraient bénir et béniront leurs fils et leurs filles spirituels. Amen» (FF, 2856).
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Je salue les francophones présents et plus particulièrement les participants au pèlerinage promu par la Conférence épiscopale de Guinée, et conduits par l’Evêque de N’Zérékoré, Mgr Guilavogui, et ceux du Diocèse de Nancy, en France, guidés par Mgr Papin. Je n’oublie pas les pèlerins de la Martinique, de Dijon et d’ailleurs. Puisse Dieu vous bénir! Bon séjour à Rome!

APPEL DU SAINT-PÈRE


Je suis avec préoccupation les événements qui se déroulent ces jours-ci dans les diverses régions de l'Asie du sud, notamment en Inde, au Pakistan et en Afghanistan. Je prie pour les victimes et je demande que le respect de la liberté religieuse et la logique de la réconciliation prévalent sur la haine et la violence.




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Place Saint-Pierre

Mercredi 22 septembre 2010 - Voyage Apostolique au Royaume-Uni

Chers frères et soeurs!

Je voudrais aujourd’hui m’arrêter pour parler du voyage apostolique au Royaume-Uni, que Dieu m’a donné d’accomplir ces jours derniers. Il s’est agi d’une visite officielle et, dans le même temps, d’un pèlerinage au coeur de l’histoire passée et présente d’un peuple riche de culture et de foi, comme l’est le peuple britannique. Il s’est agi d’un événement historique, qui a marqué une nouvelle phase importante dans l’histoire longue et complexe des relations entre ces populations et le Saint-Siège. Le but principal de la visite était celui de proclamer bienheureux le cardinal John Henry Newman, l’un des plus grands anglais de l’époque récente, éminent théologien et homme d’Eglise. En effet, la cérémonie de béatification a représenté le moment culminant du voyage apostolique, dont le thème s’inspirait de la devise du blason cardinalice du bienheureux Newman: «Le coeur parle au coeur». Et au cours des quatre très belles journées intenses passées dans cette noble terre, j’ai eu la grande joie de parler au coeur des habitants du Royaume-Uni, et ceux-ci ont parlé au mien, en particulier à travers leur présence et le témoignage de leur foi. J’ai pu en effet constater à quel point l’héritage chrétien est encore fort et toujours vivant dans chaque couche de la vie sociale. Le coeur des britanniques et leur existence sont ouverts à la réalité de Dieu et il existe de nombreuses expressions de religiosité que ma visite a encore davantage mises en évidence.

Dès le premier jour et tout au long de mon séjour au Royaume-Uni, j’ai reçu partout un accueil chaleureux de la part des autorités, des représentants des diverses institutions sociales, des représentants des diverses confessions religieuses et en particulier des personnes communes. Je pense de manière particulière aux fidèles de la communauté catholique et à ses pasteurs, qui, bien qu’étant en minorité dans le pays, sont largement appréciés et considérés, engagés dans l’annonce joyeuse de Jésus Christ, en faisant resplendir le Seigneur et en se faisant sa voix, en particulier parmi les derniers. Je renouvelle à tous l’expression de ma profonde gratitude, pour l’enthousiasme démontré et pour le zèle digne d’éloge avec lequel ils se sont prodigués pour la réussite de ma visite, dont je garderai à jamais le souvenir dans mon coeur.

Le premier rendez-vous a été à Edimbourg, avec Sa Majesté la reine Elisabeth II qui, avec son époux, le duc d’Edimbourg, m’ont accueilli avec une grande courtoisie au nom de tout le peuple britannique. Il s’est agi d’une rencontre très cordiale, caractérisée par le partage de plusieurs profondes préoccupations pour le bien-être des peuples du monde et pour le rôle des valeurs chrétiennes dans la société. Dans la capitale historique de l’Ecosse, j’ai pu admirer les beautés artistiques, témoignant d’une riche tradition et de profondes racines chrétiennes. J’ai fait référence à cela dans le discours à Sa Majesté et aux autorités présentes, en rappelant que le message chrétien est devenu une partie intégrante de la langue, de la pensée et de la culture des peuples de ces îles. J’ai également parlé du rôle que la Grande-Bretagne a joué et joue sur la scène internationale, en mentionnant l’importance des pas accomplis pour une pacification juste et durable en Irlande du Nord.

L’atmosphère de fête et de joie créée par les jeunes et les enfants a donné un caractère joyeux à l’étape d’Edimbourg. M’étant ensuite rendu à Glasgow, une ville embellie par des parcs merveilleux, j’ai présidé la première Messe du voyage précisément au Bellahouston Park. Cela a été un moment d’intense spiritualité, très important pour les catholiques du pays, également en considération du fait que ce jour était la fête liturgique de saint Ninian, premier évangélisateur de l’Ecosse. A cette assemblée liturgique réunie dans une prière attentive et fervente, rendue encore plus solennelle par les mélodies traditionnelles et des chants émouvants, j’ai rappelé l’importance de l’évangélisation de la culture, en particulier à notre époque où un relativisme envahissant menace d’assombrir la vérité immuable sur la nature de l’homme.

Au cours de la deuxième journée, j’ai commencé ma visite à Londres. Là, j’ai tout d’abord rencontré le monde de l’éducation catholique, qui revêt un rôle important dans le système d’instruction du pays. Dans une authentique atmosphère familiale, j’ai parlé aux éducateurs, rappelant l’importance de la foi dans la formation de citoyens mûrs et responsables. Aux nombreux adolescents et jeunes, qui m’ont accueilli avec sympathie et enthousiasme, j’ai proposé de ne pas poursuivre des objectifs limités, en se contentant de choix faciles, mais de viser à quelque chose de plus grand, c’est-à-dire la recherche du véritable bonheur, qui ne se trouve qu’en Dieu. Au cours du rendez-vous suivant avec les responsables des autres religions les plus représentées au Royaume-Uni, j’ai rappelé la nécessité inéluctable d’un dialogue sincère, qui a besoin du respect du principe de réciprocité pour être pleinement fructueux. Dans le même temps, j’ai souligné la recherche du sacré comme terrain commun à toutes les religions, sur lequel fortifier l’amitié, la confiance et la collaboration.

La visite fraternelle à l’archevêque de Canterbury a été l’occasion de réaffirmer l’engagement commun de témoigner du message chrétien qui lie catholiques et anglicans. L’un des moments les plus significatifs du voyage apostolique a suivi: la rencontre dans le grand salon du Parlement britannique avec les personnalités institutionnelles, politiques, diplomatiques, académiques, religieuses, des représentants du monde de la culture et des entreprises. Dans ce lieu aussi prestigieux, j’ai souligné que la religion, pour les législateurs, ne doit pas représenter un problème à résoudre, mais un facteur qui contribue de manière vitale au chemin historique et au débat public de la nation, en particulier en rappelant l’importance essentielle du fondement éthique pour effectuer les choix dans les différents secteurs de la vie sociale.

Dans ce même climat solennel, je me suis ensuite rendu à l’abbaye de Westminster: pour la première fois, un Successeur de Pierre est entré dans le lieu de culte symbole des très antiques racines chrétiennes du pays. La récitation de la prière des vêpres, avec les diverses communautés chrétiennes du Royaume-Uni, a représenté un moment important dans les relations entre la communauté catholique et la communion anglicane. Lorsque nous avons prié ensemble sur la tombe de saint Edouard le confesseur, alors que le choeur chantait: «Congregavit nos in unum Christi amor», nous avons tous loué Dieu, qui nous conduit sur la voie de la pleine unité.

Dans la matinée de samedi, le rendez-vous avec le premier ministre a ouvert ma série de rencontres avec les représentants les plus importants du monde politique britannique. Puis la célébration eucharistique dans la cathédrale de Westminster a suivi, consacrée au Très Précieux Sang de Notre Seigneur. Ce fut un moment extraordinaire de foi et de prière — qui a également souligné la riche et précieuse tradition de musique liturgique «romaine» et «anglaise» — à laquelle ont pris part les différentes composantes ecclésiales, spirituellement unies aux groupes de croyants de la longue histoire chrétienne de cette terre. Je suis vraiment heureux d’avoir rencontré un grand nombre de jeunes qui participaient à la Messe à l’extérieur de la cathédrale. A travers leur présence pleine d’enthousiasme et en même temps attentive et vivante, ils ont démontré vouloir être les acteurs d’une nouvelle saison de témoignage courageux, de solidarité effective, de généreux engagement au service de l’Evangile.

A la nonciature apostolique, j’ai rencontré plusieurs victimes d’abus sexuels de la part de membres du clergé et des religieux. Cela a été un moment d’intense émotion et de prière. Peu après, j’ai aussi rencontré un groupe de professionnels et de volontaires responsables de la protection des enfants et des jeunes dans les milieux ecclésiaux, un aspect particulièrement important et présent dans l’engagement pastoral de l’Eglise. Je les ai remerciés et encouragés à poursuivre leur travail, qui s’insère dans la longue tradition de l’Eglise d’attention au respect, à l’éducation et à la formation des nouvelles générations. Toujours à Londres, j’ai ensuite visité la maison de repos pour les personnes âgées gérées par les Petites Soeurs des pauvres, avec la précieuse collaboration de nombreuses infirmières et bénévoles. Cette structure d’accueil est le signe de la grande considération que l’Eglise a toujours eue pour les personnes âgées, ainsi que l’expression de l’engagement des catholiques britanniques pour le respect de la vie, sans tenir compte de l’âge ou des conditions.

Comme je le disais, le sommet de ma visite au Royaume-Uni a été la béatification du cardinal John Henry Newman, illustre fils de l’Angleterre. Elle a été précédée et préparée par une veillée spéciale de prière qui s’est déroulée samedi soir à Londres, à Hyde Park, dans une atmosphère de profond recueillement. A la multitude de fidèles, en particulier aux jeunes, j’ai voulu reproposer la figure lumineuse du cardinal Newman, intellectuel et croyant, dont le message spirituel peut être synthétisé dans le témoignage que la voie de la conscience n’est pas une fermeture à son propre «moi», mais est ouverture, conversion et obéissance à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Le rite de béatification a eu lieu à Birmingham, au cours de la célébration eucharistique solennelle dominicale, en présence d’une vaste foule provenant de toute la Grande-Bretagne et de l’Irlande, avec des représentants de nombreux autres pays. Cet événement touchant a encore davantage mis en lumière un intellectuel d’une grande envergure, un éminent écrivain et poète, un sage homme de Dieu, dont la pensée a illuminé de nombreuses consciences et exerce encore aujourd’hui une fascination extraordinaire. Que les croyants et les communautés ecclésiales du Royaume-Uni s’inspirent en particulier de lui, pour que de nos jours également, cette noble terre continue à produire des fruits abondants de vie évangélique.

La rencontre avec la Conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles et avec celle de l’Ecosse, a conclu une journée de grande fête et d’intense communion des coeurs pour la communauté catholique en Grande-Bretagne.

Chers frères et soeurs, au cours de ma visite au Royaume-Uni, j’ai voulu comme toujours soutenir en premier lieu la communauté catholique, en l’encourageant à travailler sans relâche pour défendre les vérités morales immuables qui, reprises, illuminées et confirmées par l’Evangile, se trouvent à la base d’une société vraiment humaine, juste et libre. J’ai voulu également parler au coeur de tous les habitants du Royaume-Uni, sans exclusion, de la réalité véritable de l’homme, de ses besoins les plus profonds, de son destin ultime. En m’adressant aux citoyens de ce pays, carrefour de la culture et de l’économie mondiale, j’ai gardé à l’esprit tout l’Occident, en dialoguant avec les raisons de cette civilisation et en communiquant l’éternelle nouveauté de l’Evangile, dont celle-ci est imprégnée. Ce voyage apostolique a confirmé en moi une profonde conviction: les antiques nations de l’Europe ont une âme chrétienne, qui ne forme qu’un avec le «génie» et l’histoire des peuples respectifs, et l’Eglise ne cesse de travailler pour maintenir sans cesse éveillée cette tradition spirituelle et culturelle. Le bienheureux John Henry Newman, dont la figure et les écrits conservent encore une actualité extraordinaire, mérite d’être connu de tous. Qu’il soutienne les intentions et les efforts des chrétiens pour «diffuser partout le parfum du Christ, afin que toute leur vie ne soit qu’un rayonnement de la sienne», comme il l’écrivait avec sagesse dans son ouvrage Faire rayonner le Christ.
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Je salue les pèlerins venus d’Alsace, de Langres, Paris et de Poitiers. En cette fête de la saint Maurice, je salue les membres présents des groupes de psychothérapie de Montreux, en Suisse. Puisse l’enseignement et l’exemple du bienheureux John Henry Newman nous inspirer ! Bon pèlerinage à tous !

APPEL DU SAINT-PÈRE


Au cours de cette semaine, se déroule à Vienne la séssion plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe dans son ensemble. Le thème de la phase actuelle d’étude est le rôle de l’Evêque de Rome dans la communion de l’Eglise universelle, avec une référence particulière au premier millénaire de l’histoire chrétienne. L’obéissance à la volonté du Seigneur Jésus, et la considération des grands défis qui se présentent aujourd’hui au christianisme, nous obligent à nous engager sérieusement dans la cause du rétablissement de la pleine communion entre les Eglises. J’exhorte chacun à prier intensément pour les travaux de la Commission et pour un développement permanent et une consolidation de la paix et de la concorde entre les baptisés, afin que nous puissions donner au monde un témoignage évangélique toujours plus authentique.




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Place Saint-Pierre

Mercredi 29 septembre 2010 - Sainte Mathilde de Hackeborn

Chers frères et soeurs,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de sainte Mathilde de Hackeborn, l’une des grandes figures du monastère de Helfta, ayant vécu au XIIIe siècle. Sa consoeur, sainte Gertrude la Grande, dans le vie livre de l’oeuvre Liber specialis gratiae (le livre de la grâce spéciale), dans lequel sont relatées les grâces spéciales que Dieu a données à sainte Mathilde, affirme: «Ce que nous avons écrit est bien peu au regard de ce que nous avons omis. Nous publions ces choses uniquement pour la gloire de Dieu et au bénéfice de notre prochain, car il nous semblerait injuste de garder le silence sur les si nombreuses grâces que Mathilde reçut de Dieu, moins pour elle-même, à notre avis, que pour nous et pour ceux qui viendront après nous» (Mathilde de Hackeborn, Liber specialis gratiae, VI, 1).

Cette oeuvre a été rédigée par sainte Gertrude et par une autre consoeur de Helfta et possède une histoire singulière. A l’âge de cinquante ans, Mathilde traversait une grave crise spirituelle unie à des souffrances physiques. C’est dans cette situation qu’elle confia à deux consoeurs amies les grâces spéciales à travers lesquelles Dieu l’avait guidée depuis son enfance, mais elle ne savait pas que celles-ci notaient tout. Lorsqu’elle l’apprit, elle en fut profondément angoissée et troublée. Toutefois, le Seigneur la rassura en lui faisant comprendre que ce qui était écrit l’était pour la gloire de Dieu et le bénéfice de son prochain (cf. ibid., II, 25, v. 20). Ainsi, cette oeuvre est la source principale à laquelle nous pouvons puiser les informations sur la vie et la spiritualité de notre sainte.

A travers elle, nous sommes introduits dans la famille du baron de Hackeborn, l’une des plus nobles, riches et puissantes de Thuringe, apparentée à l’empereur Frédéric II, et nous entrons dans le monastère de Helfta à l’époque la plus glorieuse de son histoire. Le baron avait déjà donné au monastère une fille, Gertrude de Hackeborn (1231/1232-1291/1292), dotée d’une forte personnalité, abbesse pendant quarante ans, capable de conférer une empreinte particulière à la spiritualité du monastère, le conduisant à une floraison extraordinaire comme centre de mystique et de culture, école de formation scientifique et théologique. Gertrude offrit aux moniales une instruction intellectuelle de haut niveau, qui leur permettait de cultiver une spiritualité fondée sur l’Ecriture Sainte, sur la liturgie sur la tradition patristique, sur la Règle et la spiritualité cistercienne, avec une prédilection particulière pour saint Bernard de Clairvaux et Guillaume de Saint-Thierry. Elle fut une véritable maîtresse, exemplaire en tout, dans la radicalité évangélique et dans le zèle apostolique. Dès son enfance, Mathilde accueillit et goûta le climat spirituel et culturel créé par sa soeur, en apportant ensuite sa marque personnelle.

Mathilde naquit en 1241 ou 1242 dans le château de Helfta; elle était la troisième fille du baron. A l’âge de sept ans, avec sa mère, elle rendit visite à sa soeur Gertrude dans le monastère de Rodersdorf. Elle fut si fascinée par ce milieu qu’elle désira ardemment en faire partie. Elle y entra comme écolière, et en 1258, devint religieuse dans le couvent, se transférant entre temps à Helfta, dans le domaine des Hackeborn. Elle se distinguait par son humilité, sa ferveur, son amabilité, la transparence et l’innocence de sa vie, la familiarité et l’intensité avec lesquelles elle vivait la relation avec Dieu, la Vierge et les saints. Dotée de qualités naturelles et spirituelles élevées, comme «la science, l’intelligence, la connaissance des lettres humaines, la voix d’une merveilleuse douceur: tout la rendait apte à être pour le monastère un véritable trésor sous tous les aspects» (ibid., préambule). Aussi, «le rossignol de Dieu» — comme elle était appelée — encore très jeune, devint directrice de l’école du monastère, directrice du choeur, et maître des novices, fonctions qu’elle accomplit avec talent et un zèle inlassable, non seulement au bénéfice des moniales, mais de quiconque désirait puiser à sa sagesse et sa bonté.

Illuminée par le don divin de la contemplation mystique, Mathilde composa de nombreuses prières. C’est une maîtresse de doctrine fidèle et de grande humilité, conseillère, consolatrice, guide dans le discernement: «Elle distribuait — lit-on — la doctrine avec une abondance telle que l’on n’avait jamais vue dans le monastère, et nous avons hélas! la grande crainte que l’on ne verra plus jamais rien de semblable. Les soeurs se réunissaient autour d’elle pour entendre la parole de Dieu, comme autour d’un prédicateur. Elle était le refuge et le réconfort de tous, et elle avait, par un don singulier de Dieu, la grâce de révéler librement les secrets du coeur de chacun. De nombreuses personnes, pas seulement dans le monastère, mais aussi des étrangers, des religieux et des laïcs, venus de loin, attestaient que cette sainte vierge les avait libérés de leur peine et qu’ils n’avaient jamais éprouvé autant de réconfort qu’auprès d’elle. En outre, elle composa et elle enseigna de nombreuses prières qui, si elles étaient réunies, dépasseraient le volume d’un psautier» (ibid., VI, 1).

En 1261, une petite fille de cinq ans du nom de Gertrude arrive au couvent: elle est confiée aux soins de Mathilde, qui a à peine vingt ans, qui l’éduque et la guide dans la vie spirituelle jusqu’à en faire non seulement une excellente disciple, mais sa confidente. En 1271 ou 1272, Mathilde de Megdeburg entre elle aussi au monastère. Le lieu accueille ainsi quatre grandes femmes — deux Gertrude et deux Mathilde —, gloire du monachisme germanique. Au cours de sa longue vie passée au monastère, Mathilde est frappée par d’incessantes et intenses souffrances auxquelles elle ajoute les très dures pénitences choisies pour la conversion des pécheurs. De cette manière, elle participe à la passion du Seigneur jusqu’à la fin de sa vie (cf. ibid., VI, 2). La prière et la contemplation sont l’humus vital de son existence: les révélations, ses enseignements, son service au prochain, son chemin dans la foi et dans l’amour ont ici leur racine et leur contexte. Dans le premier livre de l’oeuvre Liber specialis gratiae, les rédactrices recueillent les confidences de Mathilde effectuées lors des fêtes du Seigneur, des saints et, de manière particulière, de la Bienheureuse Vierge Marie. La capacité que cette sainte possède de vivre la liturgie dans ses différents éléments, même les plus simples, en la portant dans la vie quotidienne monastique, est impressionnante. Certaines images, expressions, actions sont parfois éloignées de notre sensibilité, mais, si l’on considère la vie monastique et sa tâche de maîtresse et de directrice de choeur, on saisit sa capacité particulière d’éducatrice et de formatrice, qui aide ses consoeurs à vivre intensément, en partant de la liturgie, chaque moment de la vie monastique.

Dans la prière liturgique, Mathilde accorde une importance particulière aux heures canoniques, à la célébration de la Messe, en particulier à la communion. Là, elle est souvent ravie en extase dans une profonde intimité avec le Seigneur dans son coeur très ardent et très doux, dans un dialogue merveilleux, où elle demande des lumières intérieures, alors qu’elle intercède de manière particulière pour sa communauté et ses consoeurs. Au centre, se trouvent les mystères du Christ vers lesquels la Vierge Marie renvoie constamment pour marcher sur la voie de la sainteté: «Si tu désires la véritable sainteté, reste près de mon Fils; Il est la sainteté même qui sanctifie toute chose» (ibid., I, 40). Dans son intimité avec Dieu est présent le monde entier, l’Eglise, les bienfaiteurs, les pécheurs. Pour elle, le ciel et la terre s’unissent.

Ses visions, ses enseignements, les épisodes de son existence sont décrits avec des expressions qui évoquent le langage liturgique et biblique. On saisit ainsi sa profonde connaissance des Saintes Ecritures, qui étaient son pain quotidien. Elle y a constamment recours, que ce soit pour mettre en valeur les textes bibliques lus pendant la liturgie, ou en y puisant des symboles, des termes, des paysages, des images, des personnages. Sa préférence va à l'Evangile: «Les paroles de l'Evangile étaient pour elle une nourriture merveilleuse et suscitaient dans son coeur des sentiments d'une telle douceur que souvent, prise par son enthousiasme, elle ne pouvait en terminer la lecture... La manière dont elle lisait ces mots étaient si fervente qu'elle suscitait chez tous la dévotion. De même, lorsqu'elle chantait dans le choeur, elle était tout absorbée en Dieu, transportée par une telle ardeur qu'elle manifestait parfois ses sentiments avec des gestes... D'autres fois, comme ravie en extase, elle n'entendait pas ceux qui l'appelaient ou la secouaient et elle avait beaucoup de difficultés à reprendre conscience des choses extérieures» (ibid., VI, 1). Dans l'une de ses visions, c'est Jésus lui-même qui lui recommande l'Evangile; en lui ouvrant la plaie de son coeur très doux, il lui dit: «Vois combien mon amour est grand: si tu veux bien le connaître, tu ne le trouveras nulle part ailleurs mieux exprimé que dans l'Evangile. Personne n'a jamais entendu exprimer des sentiments plus forts et plus tendres que ceux-ci: Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés (Jean XV, 9)» (ibid., I, 22).

Chers amis, la prière personnelle et liturgique, notamment la liturgie des Heures et la Messe sont à la racine de l'expérience spirituelle de sainte Mathilde de Hackeborn. En se laissant guider par les Saintes Ecritures et nourrir du Pain eucharistique. Elle a parcouru un chemin d'intime union avec le Seigneur, toujours dans la pleine fidélité à l'Eglise. Cela est également pour nous une puissante invitation à intensifier notre amitié avec le Seigneur, surtout à travers la prière quotidienne et la participation attentive, fidèle et active à la Messe. La liturgie est une grande école de spiritualité.

La disciple Gertrude décrit avec des expressions intenses les derniers moments de la vie de sainte Mathilde de Hackeborn, très difficiles, mais éclairés par la présence de la Bienheureuse Trinité, du Seigneur, de la Vierge Marie, de tous les saints, ainsi que de sa soeur de sang Gertrude. Lorsque arriva l'heure où le Seigneur voulut l'appeler à Lui, elle lui demanda de pouvoir encore vivre dans la souffrance pour le salut des âmes et Jésus se complut de cette marque d'amour supplémentaire.

Mathilde avait 58 ans. Elle parcourut la fin de sa route marquée par huit ans de graves maladies. Son oeuvre et sa renommée de sainteté se répandirent rapidement. Lorsque son heure vint, «le Dieu de Majesté... unique douceur de l'âme qui l'aime.., lui chanta: Venite vos, benedicti Patris mei... Venez, ô vous qui êtes bénis par mon Père, venez recevoir le royaume... et il l'associa à sa gloire» (ibid., VI, 8).

Sainte Mathilde de Hackeborn nous confie au Sacré Coeur de Jésus et à la Vierge. Elle invite à louer le Fils avec le Coeur de la Mère et à louer Marie avec le Coeur du Fils: «Je vous salue, ô Vierge très vénérée, dans cette douce rosée qui, du Coeur de la Très sainte Trinité, se répand en vous; je vous salue dans la gloire et dans la joie avec laquelle vous vous réjouissez à présent dans l'éternité, vous qui la première d'entre toutes les créatures de la terre et du ciel, fûtes élue avant même la création du monde! Amen» (ibid., I, 45).
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Je suis heureux d’accueillir ce matin les francophones présents, en particulier ceux venus d’Haïti. Je continue à porter les Haïtiens dans ma prière suppliant Dieu de soulager leur misère. Que votre pèlerinage à Rome, chers pèlerins, soit pour vous tous l’occasion d’approfondir votre relation personnelle avec le Christ. Que Dieu vous bénisse!

APPEL DU SAINT-PÈRE


Mes pensées vont à présent à la grave crise humanitaire qui a récemment frappé le Nord du Nigeria, où près de deux millions de personnes ont été contraintes de quitter leurs maisons à cause de violentes inondations. A toutes les personnes concernées, j'exprime ma proximité spirituelle et je les assure de mes prières.





                                                                                  Octobre 2010
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Audiences 2010 4