Audiences 2010 17

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Mercredi 15 décembre 2010 - Sainte Véronique Giuliani

Chers frères et soeurs,

Je voudrais présenter aujourd'hui une mystique qui n'est pas de l'époque médiévale; il s'agit de sainte Véronique Giuliani, une moniale clarisse capucine. La raison en est que le 27 décembre prochain nous fêterons le 350ème anniversaire de sa naissance. Città di Castello (Italie), le lieu où elle vécut la majeure partie de sa vie et où elle mourut, tout comme Mercatello — son village natal — et le diocèse d'Urbin, vivent avec joie cet événement.

Véronique naît donc le 27 décembre 1660 à Mercatello, dans la vallée du Metauro, de Francesco Giuliani et Benedetta Mancini; elle est la dernière de sept soeurs, dont trois autres embrasseront la vie monastique; elle reçoit le nom d'Ursule. A l'âge de sept ans, elle perd sa mère, et son père part s'installer à Piacenza comme surintendant des douanes du duché de Parme. Dans cette ville, Ursule sent grandir en elle le désir de consacrer sa vie au Christ. L'appel se fait de plus en plus pressant, si bien qu'à 17 ans, elle entre dans la stricte clôture du monastère des clarisses capucines de Città di Castello, où elle demeurera toute sa vie. Elle y reçoit le nom de Véronique, qui signifie «image véritable » et, en effet, elle devient l'image véritable du Christ crucifié. Un an plus tard elle prononce sa profession religieuse solennelle: pour elle commence le chemin de configuration au Christ à travers beaucoup de pénitences, de grandes souffrances et plusieurs expériences mystiques liées à la Passion de Jésus: le couronnement d'épines, le mariage mystique, la blessure au coeur et les stigmates. En 1716, à 56 ans, elle devient abbesse du monastère et sera reconfirmée dans ce rôle jusqu'à sa mort, en 1727, après une terrible agonie de 33 jours, qui culmine dans une joie profonde, si bien que ses dernières paroles furent: «J'ai trouvé l'Amour, l'Amour s'est laissé voir! C'est la cause de ma souffrance. Dites-le à toutes, dites-le à toutes!» (Summarium Beatificationis, 115-120). Le 9 juillet, elle quitte sa demeure terrestre pour la rencontre avec Dieu. Elle a 67 ans, cinquante desquels passés dans le monastère de Città di Castello. Elle est proclamée sainte le 26 mai 1839 par le Pape Grégoire XVI.

Véronique Giuliani a beaucoup écrit: des lettres, des textes autobiographiques, des poésies. La source principale pour reconstruire sa pensée est toutefois son Journal, commencé en 1693: vingt-deux mille pages manuscrites, qui couvrent une période de trente-quatre ans de vie de clôture. L'écriture coule avec spontanéité et régularité, on n'y trouve pas de ratures ou de corrections, ni de signes de ponctuation ou de division en chapitres ou parties selon un dessein préalable. Véronique ne voulait pas composer une oeuvre littéraire: elle fut obligée par le Père Girolamo Bastianelli, religieux de Saint-Philippe, en accord avec l'évêque diocésain Antonio Eustachi, de mettre ses expériences par écrit.

Sainte Véronique a une spiritualité fortement christologique et sponsale: c'est l'expérience d'être aimée par le Christ, Epoux fidèle et sincère, et de vouloir y répondre avec un amour toujours plus intense et passionné. En elle, tout est interprété dans une perspective d'amour, et cela lui donne une profonde sérénité. Toute chose est vécue en union avec le Christ, par amour pour lui et avec la joie de pouvoir Lui démontrer tout l'amour dont est capable une créature.

Le Christ auquel Véronique est profondément uni est le Christ souffrant de la passion, la mort et la résurrection; c'est Jésus dans l'acte de s'offrir au Père pour nous sauver. De cette expérience dérive aussi l'amour intense et souffrant pour l'Eglise, sous la double forme de la prière et de l'offrande. La sainte vit dans cette optique: elle prie, elle souffre, elle cherche la «pauvreté sainte», comme une «expropriation», une perte de soi (cf. ibid., III, 523), pour être précisément comme le Christ qui a tout donné de lui-même.

A chaque page de ses écrits, Véronique recommande quelqu'un au Seigneur, dans des prières d'intercession et par l'offrande d'elle-même dans toute souffrance. Son coeur s'ouvre à tous «les besoins de la Sainte Eglise», en vivant avec anxiété le désir de salut de «tout l'univers et du monde» (ibid., III-IV, passim). Véronique s’écrie: «O hommes et femmes pécheurs... tous et toutes venez au coeur de Jésus; venez au bain de son précieux sang... Il vous attend les bras ouverts pour vous embrasser » (ibid., II, 16-17). Animée d'une ardente charité, elle apporte à ses soeurs du monastère attention, compréhension, pardon; elle offre ses prières et ses sacrifices pour le Pape, son évêque, les prêtres, et pour toutes les personnes dans le besoin, y compris les âmes du purgatoire. Elle résume sa mission contemplative par ces mots: «Nous ne pouvons pas aller prêcher par le monde et convertir les âmes, mais nous sommes obligées de prier sans cesse pour toutes les âmes qui offensent Dieu... en particulier par nos souffrances, c'est-à-dire par un principe de vie crucifiée» (ibid., IV, 877). Notre sainte conçoit cette mission comme «être au milieu» entre les hommes et Dieu, entre les pécheurs et le Christ crucifié.

Véronique vit en profondeur la participation à l'amour souffrant de Jésus, certaine que «souffrir avec joie» est la «clé de l'amour» (cf. ibid., I, 299.417; III, 330.303.871; IV, 192). Elle souligne que Jésus souffre pour les péchés des hommes, mais aussi pour les souffrances que ses fidèles serviteurs allaient devoir supporter au cours des siècles, au temps de l'Eglise, précisément pour leur foi solide et cohérente. Elle écrit: «Son Père éternel lui fit voir et entendre à ce moment-là toutes les souffrances que devaient endurer ses élus, les âmes qui lui étaient le plus chères, celles qui profiteraient de Son Sang et de toutes ses souffrances» (ibid., II, 170). Comme le dit de lui-même l'apôtre Paul: «Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Eglise» (Col 1,24). Véronique en arrive à demander à Jésus d'être crucifié avec Lui: «En un instant — écrit-elle —, je vis sortir de ses très saintes plaies cinq rayons resplendissants; et tous vinrent vers moi. Et je voyais ces rayons devenir comme de petites flammes. Dans quatre d'entre elles, il y avait les clous; et dans l'une il y avait la lance, comme d'or, toute enflammée: et elle me transperça le coeur, de part en part... et les clous traversèrent mes mains et mes pieds. Je ressentis une grande douleur; mais, dans la douleur elle-même, je me voyais, je me sentais toute transformée en Dieu» (Journal, I, 897).

La sainte est convaincue qu'elle participe déjà au Royaume de Dieu, mais dans le même temps elle invoque tous les saints de la patrie bienheureuse pour qu'ils viennent à son aide sur le chemin terrestre de sa donation, dans l'attente de la béatitude éternelle; telle est l'aspiration constante de sa vie (cf. ibid. II, 909; v. 246). Par rapport à la prédication de l'époque, souvent axée sur le «salut de l'âme» en termes individuels, Véronique fait preuve d'un profond sens de «solidarité», de communion avec tous ses frères et soeurs en marche vers le Ciel, et elle vit, elle prie et elle souffre pour tous. En revanche, les choses qui ne sont pas ultimes, terrestres, bien qu'appréciées au sens franciscain comme un don du Créateur, apparaissent toujours relatives, entièrement subordonnées au «goût» de Dieu et sous le signe d'une pauvreté radicale. Dans la communio sanctorum, elle éclaircit son don ecclésial, ainsi que la relation entre l'Eglise en pèlerinage et l'Eglise céleste. «Tous les saints — écrit-elle — sont là-haut grâce aux mérites et à la passion de Jésus; mais ils ont coopéré à tout ce qu'a fait notre Seigneur, si bien que leur vie a été entièrement ordonnée, réglée par ses oeuvres elles-mêmes» (ibid., III, 203).

Dans les écrits de Véronique, nous trouvons de nombreuses citations bibliques, parfois de manière indirecte, mais toujours ponctuelle: elle fait preuve d'une familiarité avec le Texte sacré, dont se nourrit son expérience spirituelle. Il faut en outre noter que les moments forts de l'expérience mystique de Véronique ne sont jamais séparés des événements salvifiques célébrés dans la liturgie, où trouvent une place particulière la proclamation et l'écoute de la Parole de Dieu. Les Saintes Ecritures illuminent, purifient, confirment donc l'expérience de Véronique, la rendant ecclésiale. D'autre part, cependant, c'est précisément son expérience, ancrée dans les Saintes Ecritures avec une intensité sans égale, qui conduit à une lecture plus approfondie et «spirituelle» du Texte sacré luimême, entre dans la profondeur cachée du texte. Non seulement elle s'exprime avec les paroles des Saintes Ecritures, mais réellement, elle vit aussi de ces paroles, elles se font vie en elle.

Par exemple, notre sainte cite souvent l'expression de l'apôtre Paul: «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?» (Rm 8, 31, cf. Journal, 1, 714 ; II, 116.1021; III, 48). En elle, l'assimilation de ce texte paulinien, cette grande confiance et cette joie profonde, devient un fait accompli dans sa personne elle-même: «Mon âme — écrit-elle — a été liée par la volonté divine et je me suis vraiment établie et arrêtée pour toujours dans la volonté de Dieu. Il me semblait que je n'aurais plus jamais à me séparer de cette volonté de Dieu et je revins en moi avec ces paroles précises: rien ne pourra me séparer de la volonté de Dieu, ni les angoisses, ni les peines, ni les tourments, ni le mépris, ni les tentations, ni les créatures, ni les démons, ni l'obscurité, et pas même la mort, car, dans la vie et dans la mort, je veux entièrement, et en tout, la volonté de Dieu» (Journal, IV, 272). Ainsi avons-nous, nous aussi, la certitude que la mort n'a pas le dernier mot, nous sommes enracinés dans la volonté de Dieu et ainsi réellement dans la vie, à jamais.

Véronique se révèle, en particulier, un témoin courageux de la beauté et de la puissance de l'Amour divin, qui l'attire, l'envahit, l'embrase. C'est l'amour crucifié qui s'est imprimé dans sa chair, comme dans celle de saint François d'Assise, avec les stigmates de Jésus. «Mon épouse — me murmure le Christ crucifié — les pénitences que tu accomplis pour ceux que j'ai en disgrâce me sont chères... Ensuite, détachant un bras de la croix, il me fit signe de m'approcher de son côté... Et je me retrouvais entre les bras du Crucifié. Je ne peux pas raconter ce que j'éprouvais à ce moment: j'aurais voulu être toujours dans son très saint côté» (ibid., I, 37). Il s'agit également de son chemin spirituel, de sa vie intérieure: être dans les bras du crucifié et être aimé dans l'amour du Christ pour les autres. Avec la Vierge Marie également, Véronique vit une relation de profonde intimité, témoignée par les paroles qu'elle entend un jour la Vierge lui adresser et qu'elle rapporte dans son Journal: «Je te fis reposer en mon sein, tu connus l'union avec mon âme, et par celle-ci tu fus, comme en vol, conduite devant Dieu» (IV, 901).

Sainte Véronique Giuliani nous invite à faire croître, dans notre vie chrétienne, l'union avec le Seigneur dans notre proximité avec les autres, en nous abandonnant à sa volonté avec une confiance complète et totale, et l'union avec l'Eglise, Epouse du Christ; elle nous invite à participer à l'amour souffrant de Jésus Crucifié pour le salut de tous les pécheurs; elle nous invite à garder le regard fixé vers le Paradis, but de notre chemin terrestre où nous vivrons avec un grand nombre de nos frères et soeurs la joie de la pleine communion avec Dieu; elle nous invite à nous nourrir quotidiennement de la Parole de Dieu pour réchauffer notre coeur et orienter notre vie. Les dernières paroles de la sainte peuvent être considérées comme la synthèse de son expérience mystique passionnée: «J'ai trouvé l'Amour, l'Amour s'est laissé voir!». Merci.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les lycéens de Toulon. Avec sainte Véronique, puissiez-vous dire de votre rencontre avec le Christ: «J'ai trouvé l'Amour, l'Amour s'est laissé voir»! A tous je souhaite une bonne préparation aux fêtes de Noël.




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Mercredi 29 décembre 2010 - Catherine de Bologne

Chers frères et soeurs,

Dans une récente catéchèse j’ai parlé de sainte Catherine de Sienne. Je voudrais aujourd’hui vous présenter une autre sainte, moins connue, qui porte le même nom: sainte Catherine de Bologne, femme d’une vaste culture, mais très humble; généreuse dans le sacrifice, mais pleine de joie dans l’accueil de la croix avec le Christ.

Elle naquit à Bologne le 8 septembre 1413, première née de Benvenuta Mammolino et de Giovanni de’ Vigri, patricien de Ferrare riche et cultivé, docteur en droit et lecteur public à Padoue, où il exerçait l’activité diplomatique au service de Niccolò III d’Este, marquis de Ferrare. Les informations sur l’enfance et la jeunesse de Catherine sont peu nombreuses et pas entièrement certaines. Lorsqu’elle était enfant, elle vivait à Bologne chez ses grands-parents; c’est là qu’elle est élevée par sa famille, en particulier par sa mère, une femme de grande foi. Elle se transfèra avec elle à Ferrare lorsqu’elle avait environ dix ans et entra à la cour de Niccolò III d’Este comme demoiselle d’honneur de Marguerite, la fille naturelle de Niccolò. Le marquis était alors en train de transformer Ferrare en une ville splendide, faisant appel à des artistes et des lettrés de divers pays. Il promouvait la culture et, bien qu’il conduisait une vie privée qui n’était pas exemplaire, il s’occupait beaucoup du bien spirituel, de la conduite morale et de l’éducation de ses sujets.

A Ferrare, Catherine ne souffre pas des aspects négatifs que comportait souvent la vie de cours; elle jouit de l’amitié de Marguerite et en devient la confidente; elle enrichit sa culture: elle étudie la musique, la peinture, la danse; elle apprend l’art de la poésie, à écrire des compositions littéraires, à jouer de la viole; elle devient experte dans l’art de la miniature et de la copie; elle perfectionne l’étude du latin. Dans sa future vie monastique, elle valorisera beaucoup le patrimoine culturel et artistique acquis au cours de ces années. Elle apprend avec facilité, avec passion et avec ténacité; elle montre une grande prudence, une modestie, une grâce et une gentillesse singulières dans son comportement. Mais un aspect la distingue de manière absolument évidente: son esprit constamment tourné vers les choses du Ciel. En 1427, à quatorze ans seulement, également à la suite de plusieurs événements familiaux, Catherine décide de quitter la cour, pour s’unir à un groupe de jeunes femmes provenant de familles nobles qui vivaient en communauté, se consacrant à Dieu. Sa mère, avec foi, accepte, bien qu’elle ait eu d’autres projets pour elle.

Nous ne connaissons pas le chemin spirituel de Catherine avant ce choix. En parlant à la troisième personne, elle affirme qu’elle est entrée au service de Dieu «illuminée par la grâce divine [...] avec une conscience droite et une grande ferveur», attentive nuit et jour à la sainte prière, s’appliquant à conquérir toutes les vertus qu’elle voyait chez les autres, «non par envie, mais pour plaire davantage à Dieu en qui elle avait placé tout son amour» (Le sette armi spirituali, [Les sept armes spirituelles], VII, 8, Bologne 1998, p. 12). Ses progrès spirituels au cours de cette phase de sa vie sont importants, mais les épreuves, les souffrances intérieures, en particulier les tentations du démons sont également grandes et terribles. Elle traverse une profonde crise spirituelle qui la conduit au bord du désespoir (cf. ibid., VII, p. 12-29). Elle vit dans la nuit de l’esprit, également frappée par la tentation de l’incrédulité envers l’Eucharistie. Après tant de souffrance, le Seigneur la console: dans une vision, il lui donne la claire connaissance de la présence eucharistique réelle, une connaissance si lumineuse que Catherine ne réussit pas à l’exprimer à travers les mots (cf. ibid., VIII, 2P 42-46). Pendant la même période, une épreuve douloureuse s’abat sur la communauté: des tensions naissent entre celles qui veulent suivre la spiritualité augustine et celles qui sont plus orientées vers la spiritualité franciscaine.

Entre 1429 et 1430, la responsable du groupe, Lucia Mascheroni, décide de fonder un monastère augustin. En revanche, Catherine, avec d’autres, décide de se lier à la règle de sainte Claire d’Assise. C’est un don de la providence, car la communauté habite dans les environs de l’église du Saint-Esprit, rattachée au couvent des frères mineurs, qui ont adhéré au mouvement de l’Observance. Catherine et ses compagnes peuvent ainsi participer régulièrement aux célébrations liturgiques et recevoir une assistance spirituelle adaptée. Elles ont également la joie d’écouter les prédications de saint Bernardin de Sienne (cf. ibid., VII, 62, p. 26). Catherine rapporte que, en 1429, — trois ans après sa conversion — elle va se confesser chez l’un des frères mineurs qu’elle estimait, qu’elle effectue une bonne confession et qu’elle prie intensément le Seigneur de lui accorder le pardon de tous les péchés et de la peine qui leur est liée. Dieu lui révèle en vision qu’il lui a tout pardonné. C’est une expérience très forte de la miséricorde divine, qui la marque pour toujours, lui donnant un nouvel élan pour répondre avec générosité à l’immense amour de Dieu (cf. ibid., IX, 2P 46-48).

En 1431, elle a une vision du jugement dernier. La scène terrifiante des damnées la pousse à intensifier les prières et les pénitences pour le salut des pécheurs. Le démon continue à l’assaillir et elle se confie de manière toujours plus totale au Seigneur et à la Vierge Marie (cf. ibid., X, 3, p. 53- 54). Dans ses écrits, Catherine nous laisse quelques notes essentielles sur ce mystérieux combat, dont elle sort victorieuse avec la grâce de Dieu. Elle le fait pour instruire ses consoeurs et ceux qui veulent s’acheminer sur la voie de la perfection: elle veut mettre en garde contre les tentations du démon, qui se cache souvent sous des apparences trompeuses, pour ensuite insinuer des doutes sur la foi, des incertitudes sur la vocation, la sensualité.

Dans le traité autobiographique et didactique, Les sept armes spirituelles, Catherine offre, à cet égard, des enseignements de grande sagesse et de profond discernement. Elle parle à la troisième personne, en rapportant les grâces exceptionnelles que le Seigneur lui donne, et à la première personne lorsqu’elle confesse ses propres péchés. De ses écrits transparaît la pureté de sa foi en Dieu, sa profonde humilité, sa simplicité de coeur, son ardeur missionnaire, sa passion pour le salut des âmes. Elle identifie sept armes dans la lutte contre le mal, contre le diable: 1. faire preuve de soin et d’attention en accomplissant toujours le bien; 2. croire que seuls nous ne pourrons jamais faire quelque chose de vraiment bon; 3. avoir confiance en Dieu et, par amour pour lui, ne jamais craindre la bataille contre le mal, que ce soit dans le monde, ou en nous-mêmes; 4. méditer souvent les événements et les paroles de la vie de Jésus, surtout sa passion et sa mort; 5. se rappeler que nous devons mourir; 6. garder à l’esprit la mémoire des biens du paradis; 7. connaître les Saintes Ecritures, en les portant toujours dans son coeur pour qu’elles orientent toutes les pensées et toutes les actions. Un beau programme de vie spirituelle pour chacun de nous, aujourd’hui également!

Au couvent, Catherine, bien qu’elle soit habituée à la cour de Ferrare, exerce la tâche de lavandière, de couturière, de boulangère, et elle est responsable du soin des animaux. Elle accomplit tout, même les travaux les plus humbles, avec amour et une prompte obéissance, offrant à ses consoeurs un témoignage lumineux. En effet, elle voit dans la désobéissance cet orgueil spirituel qui détruit tout autre vertu. Par obéissance, elle accepte la charge de maîtresse des novices, bien qu’elle se considère incapable d’exercer cette fonction, et Dieu continue à la soutenir par sa présence et ses dons: c’est en effet une maîtresse sage et appréciée.

On lui confie ensuite le service du parloir. Il lui coûte beaucoup d’interrompre souvent sa prière pour répondre aux personnes qui se présentent à la grille du monastère, mais cette fois aussi le Seigneur ne manque pas de lui rendre visite et d’être proche d’elle. Avec elle, le monastère est toujours plus un lieu de prière, d’offrande, de silence, de labeur et de joie. A la mort de l’abbesse, les supérieurs pensent immédiatement à elle, mais Catherine les pousse à s’adresser aux clarisses de Mantoue, plus instruites dans les constitutions et dans les règles religieuses. Mais quelques années plus tard, en 1456, on demande à son monastère de créer une nouvelle fondation à Bologne. Catherine préférerait terminer ses jours à Ferrare, mais le Seigneur lui apparaît et l’exhorte à accomplir la volonté de Dieu en allant à Bologne comme abbesse. Elle se prépare à sa nouvelle fonction par des jeûnes, des disciplines et des pénitences. Elle se rend à Bologne avec dix-huit consoeurs. En tant que supérieure, elle est la première dans la prière et dans le service; elle vit dans une profonde humilité et pauvreté. Au terme des trois années en tant qu’abbesse, elle est contente d’être remplacée, mais après un an elle doit reprendre ses fonctions, car la nouvelle élue est devenue aveugle. Bien que souffrante et tourmentée par de graves maux, elle accomplit son service avec générosité et dévouement.

Pendant encore un an elle exhorte ses consoeurs à la vie évangélique, à la patience et à la constance dans les épreuves, à l’amour fraternel, à l’union avec l’Epoux divin, Jésus, pour préparer ainsi sa propre dot pour les noces éternelles. Une dot que Catherine voit dans le fait de savoir partager les souffrances du Christ, en affrontant, avec sérénité, les difficultés, les angoisses, le mépris, les incompréhensions (cf. Les sept armes spirituelles, X, 20, p. 57- 58). Au début de 1463, ses maux s’aggravent; elle réunit ses consoeurs une dernière fois dans le chapitre, pour leur annoncer sa mort et leur recommander l’observance de la règle. Vers la fin de février, elle est saisie par de fortes souffrances qui ne la quitteront plus, mais c’est elle qui réconforte ses consoeurs dans la douleur, les assurant de son aide également du Ciel. Après avoir reçu les derniers sacrements, elle remet à son confesseur ses écrits Les sept armes spirituelles et entre en agonie; son visage devient beau et lumineux; elle regarde encore avec amour celles qui l’entourent et elle expire doucement, en prononçant trois fois le nom de Jésus: nous sommes le 9 mars 1463 (cf. I. Bembo, Specchio di illuminazione. Vita di S. Caterina à Bologna, Florence 2001, chap. III). Catherine sera canonisée par le Pape Clément XI le 22 mai 1712. La ville de Bologne conserve son corps intact dans la chapelle du Corpus Domini.

Chers amis, sainte Catherine de Bologne, à travers ses paroles et sa vie, constitue une puissante invitation à nous laisser toujours guider par Dieu, à accomplir quotidiennement sa volonté, même si souvent elle ne correspond pas à nos projets, à avoir confiance dans sa providence qui ne nous laisse jamais seuls. A travers les nombreux siècles et dans cette perspective, sainte Catherine nous parle. Elle est, toutefois, très moderne et parle à notre vie. Comme nous, elle souffre de la tentation, elle souffre des tentations de l’incrédulité, de la sensualité, d’un combat difficile, spirituel. Elle se sent abandonnée par Dieu, elle se trouve dans l’obscurité de la foi. Mais dans toutes ces situations, elle tient toujours la main du Seigneur, elle ne le lâche pas, elle ne l’abandonne pas. Et marchant main dans la main avec le Seigneur, elle marche sur la juste voie et trouve la voie de la lumière. Ainsi elle nous dit: courage, même dans la nuit de la foi, même malgré les nombreux doutes que l’on peut rencontrer, ne lâche pas la main du Seigneur, marche main dans sa main, crois dans la bonté de Dieu; voilà ce que signifie aller sur la juste voie! Et je voudrais souligner un autre aspect, celui de sa grande humilité: c’est une personne qui ne veut pas être quelqu’un ou quelque chose; elle ne veut pas apparaître; elle ne veut pas gouverner. Elle veut servir, faire la volonté de Dieu, être au service des autres. C’est précisément pour cela que Catherine était crédible dans son autorité, parce que l’on pouvait voir que pour elle, l’autorité était précisément de servir les autres. Demandons à Dieu, par l’intercession de notre sainte, le don de réaliser le projet qu’Il a pour nous, avec courage et générosité, pour que Lui seul soit le roc inébranlable sur lequel notre vie est édifiée.
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Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement ceux venus d’Etampes et du Chesnay. Comme sainte Catherine de Bologne, cherchez vous aussi à réaliser avec courage et générosité le projet que Dieu a sur vous, parce que lui seul est le rocher inébranlable sur lequel édifier votre vie. Bonne année nouvelle à tous!






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