Audiences 1970 12

RENONCEMENT ET SACRIFICE INSEPARABLES DE L'ESPRIT CHRETIEN





Chers fils et filles,



Un des aspects les moins compris, nous pourrions même dire les moins sympathiques, de la vie chrétienne, pour nous, hommes de ce temps, est le renoncement. Nous sommes tellement stimulés par la variété, la qualité, la facilité des con­quêtes acquises aujourd'hui pour les commodités de la vie, pour la richesse de ses expériences, pour sa plénitude et son bonheur, qu'il nous semble absurde de renoncer à quelque chose, spéciale­ment si ce renoncement est dans le domaine de la formation, de l'éducation, de la culture, du bien-être de l'homme. Nous me­surons souvent notre insertion dans le temps et dans le monde par notre Capacité d'expérimenter, de connaître, de posséder ce que le temps et le monde nous offrent. A cet étalage extérieur correspond une avidité intérieure de tout voir et de tout avoir, de vouloir goûter à tout. Le progrès qui nous entoure trouve l'homme prêt à en profiter, parce que mûr, libre, convaincu que la vie est ainsi faite : sa perfection, son idéal est à la grandeur du rapport entre les biens de la civilisation et l'esprit humain. Même si ce rapport se limite pratiquement aux possibilités concrètes, qu'elles soient économiques ou sociales, chacun de nous est porté à concevoir sa propre existence en termes de succès, de richesse, de commodités, de plaisir. On veut jouir de la vie, même si on se propose un programme digne et honnête ; en jouir, au moins dans les limites du possible et de la décence, mais le plus possible. La limiter, jamais.

Mentalité erronée





Il nous semble que telle est la mentalité répandue aujourd'hui : mentalité humaniste, hédoniste. Elle pénètre aussi, et parfois avec des clefs authentiques, dans la conception chrétienne de la vie contemporaine. Le christianisme ne serait-il pas — dit-on — la meilleure forme d'existence ? Ne tend-il pas à résoudre tous les problèmes qui rendent injustes et malheureuses les condi­tions de vie ? Ne veut-il pas consoler toute souffrance et apaiser toute peine ? Et aujourd'hui ne nous éduque-t-il pas à regarder avec sympathie les choses de ce monde que la science et la techni­que comme l'organisation publique ont rendues si fécondes, si prodigues de dons très utiles, très beaux, très intéressants ? Le chrétien lui aussi s'installe volontiers sur le moelleux coussin des facilités offertes par la civilisation.

Nous ne nous arrêterons pas à une analyse critique de cette mentalité, condamnable quand elle devient prédominante et exclusive. Nous savons tous combien une telle mentalité, au lieu de grandir l'homme, le rapetisse. Elle restreint sa vision, de pré­férence, aux choses extérieures, au règne des sens, aux instincts, à l'idéal bourgeois et jouisseur, au coeur étroit et égoïste. Sans ajouter qu'elle ne rend pas l'homme heureux, mais plus insatisfait et tourné ou vers l'illusion ou vers le pessimisme. Ce sont les penseurs, les écrivains, les artistes qui nous le disent aujourd'hui. Nous le savions sans peut-être trop y avoir réfléchi; Jésus nous avait avertis : « La vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens » (Lc 12,15).

Nécessité du choix





13 On ne peut pas tout avoir et jouir de tout. Un choix s'impose. « Le royaume des cieux, dit encore le Seigneur, est semblable à un négociant en quête de perles fines ; en a-t-il trouvé une de grand prix, il s'en va vendre tout ce qu'il possède, et achète cette perle » (Mt 13,45-46). Cette idée du choix, qui inclut celle du renoncement, apparaît en d'autres endroits de l'Evangile: «Per­sonne ne peut servir deux maîtres... » (Mt 6,24) ; « entrez par la porte étroite car large et spacieux est le chemin qui mène à la Perdition... » (Mt 7,13). Ce problème du choix domine l'orientation de la vie chrétienne, dès le début, c'est-à-dire dès le bap­tême, qui pour être administré demande comme condition quel­ques renoncements capitaux : vous les rappelez-vous ? Renonces-tu à Satan ? à ses oeuvres, à ses pompes ? etc.

Il faut se rappeler que tout n'est pas bon. C'est simple et clair, mais ensuite la distinction entre ce qui est bien et ce qui est mal est, dans le déroulement de la vie, une chose très difficile, surtout quand on ne veut pas admettre un critère moral sûr, un magistère suprême, qui a reçu de Dieu la science de l'homme et de ses fins, et quand on fait de l'indifférence morale un principe pédagogique. Oui, il faut que le disciple, — et nous sommes disciples à l'école de la vie — connaisse le tableau des possibi­lités offertes par le temps et le milieu dans lequel il se trouve ; mais il doit en même temps savoir juger et savoir choisir. Saint Paul le dit : « omnia... probate ; quod bonum est tenete », « vérifiez tout, ce qui est bon retenez-le » (1Th 5,21). Du reste, c'est ce que l'on fait pour la santé physique, choisissant la bonne nour­riture, les médicaments salutaires, le bon air, etc. Et c'est ce que fait le soldat, l'athlète : il juge et choisit ce qui convient à ses forces ; le sportif nous donne l'exemple. C'est encore saint Paul qui enseigne : « ... tout athlète se prive de tout... » (1Co 9,25). Il faut s'imposer des renoncements, accepter une discipline, choisir une règle, pour être forts, pour être fidèles, pour être chrétiens.

La croix marque notre vie. Nous devons comprendre que l'abnégation chrétienne nous prive bien sur de beaucoup de choses, met des limites à notre expérience des choses dangereuses et nocives, impose une austère vigilance dans la pensée et les moeurs ; mais fait de nous des personnes vraiment libres et vi­vantes, et transforme en vertu notre faiblesse (cf. 2Co 6,9 2Co 12,10).

Un style chrétien authentique





Le renoncement chrétien n'est ni arbitraire ni pesant ; ce n'est pas une discipline ascétique et monastique dépassée ; c'est un style authentique de vie chrétienne : primo, parce qu'il comporte une classification hiérarchisée de ses biens ; secundo, parce qu'il stimule au choix de la meilleure part (Lc 10,42) ; tertio, parce qu'il instaure cette mystérieuse économie de l'expiation qui nous fait participer à la rédemption du Christ. Une parole qui, dans le langage courant, se rapporte au renoncement nous le rappelle : le mot « sacrifice ». En soi, ce mot nous renvoie à un acte mysté­rieux et suprême de la religion. Mais aujourd'hui dans le signe de cette croix qui mortifie et vivifie, en même temps il veut indiquer justement un acte généreux et courageux, un renoncement joyeux et volontaire, accompli avec une très haute intention de bien et d'amour. Sacrifice : parole forte. Depuis les premiers « petits sacrifices » de l'enfant qui veut être vraiment bon, le sacrifice s'étend à tous les âges et dans des mesures très diverses, pour nous détacher de nombreux désirs « sots et funestes » (1Tm 6,9), et nous rendre aptes à donner à notre existence terrestre la signi­fication et la valeur d'une « oblation vive et sainte, agréable à Dieu » (Rm 12,1).

Que notre Bénédiction Apostolique réconforte vos âmes.






18 mars



LOI NATURELLE ET LOI POSITIVE





Chers fils et filles,



Une réflexion sur la conception morale de l'homme, qui nous est suggérée par le Concile, nous porte à une double obser­vation, bien connue, mais qu'il est nécessaire aujourd'hui plus que jamais de revoir et de clarifier; il s'agit de l'existence de la loi naturelle et de l'existence d'une loi morale chrétienne origi­nale. Il est clair que la loi de l'agir, la loi morale, dérive de l'être humain ; de l'être dépend le devoir être. Mais, qui est l'homme ? Qui est le chrétien ? Il faut au moins avoir une notion instinctive, intuitive, de la nature de l'homme pour savoir comment il doit agir ; il faut avoir une conception, au moins générale, de l'homme devenu chrétien, pour savoir comment il doit se comporter en chrétien.

Ce sont des paroles élémentaires, mais qui se rattachent à des questions très difficiles et complexes, auxquelles nous ne pouvons maintenant donner de solutions proportionnées et adé­quates. Nous y faisons allusion, afin que l'on sache que les ques­tions morales suscitées par le Concile et non seulement par lui, mais encore plus par le tumulte des opinions et des expériences modernes, méritent, de la part de celui qui veut être vrai homme et vrai chrétien, un nouvel examen et une conscience lucide et forte.

La loi naturelle





14 Posons seulement quelques questions : est-ce qu'il existe vrai­ment une loi naturelle ? La demande semble naïve, car très faci­lement la réponse paraît naturelle. Mais elle n'est pas naïve, eu égard aux objections venues de toutes parts aujourd'hui sur l'existence d'une loi naturelle, et en partie on comprend pourquoi. Si la conception de l'homme est confuse et altérée, il y a aussi confusion et altération dans sa vie, son agir, sa moralité. Mais pour nous qui croyons pouvoir répondre par la réflexion illuminée de quelque rayon de sagesse chrétienne à l'antique maxime « con­nais-toi toi-même », le sens immanent de la conscience et encore plus la clarté de la raison nous disent que nous sommes sujets d'une loi, qui est à la fois droit et devoir, qui naît de notre être, de notre nature, loi non écrite, mais vécue, « non scripta, sed nata lex » (Cicéron). Cette loi St Paul la reconnaît également aux païens, qui sont en dehors de la lumière de la révélation divine, quand il déclare qu'ils sont la loi pour eux-mêmes : « ipsi sibi sunt lex » (Rm 2,14). Du reste, personne mieux que nous, en cette époque réformatrice et « contestatrice » ne remarque conti­nuellement que la force secrète de l'inquiétude morale naît, bien souvent, de l'appel, contestant un droit légal en vigueur, vers un droit supérieur, plus humain, non encore codifié, mais puissant et surgissant de la découverte intérieure (bien ou mal déchiffrée) d'une loi qui demande à s'exprimer et à s'affirmer, la loi naturelle. Nous sommes encore sensibles au conflit classique, formidable, de la tragédie grecque, reflété dans le coeur fragile, mais si hu­main, d'Antigone, qui se dresse devant la puissance inique et tyrannique de Créon. Nous sommes plus que jamais partisans de la personnalité et de la dignité humaines, et pourquoi cela ? Parce que nous reconnaissons dans l'homme un être qui réclame un « devoir être » à cause d'un principe exigeant, que nous appelons loi naturelle.

La loi de la grâce





Une deuxième question : cette loi naturelle est-elle suffisante pour guider la vie sociale de l'homme ? Elle n'est pas suffisante, surtout quand elle ne devient pas loi exprimée, dans une certaine mesure codifiée, sociale. Elle a besoin d'être formulée, d'être connue et reconnue, sanctionnée par une autorité légitime. C'est pour cela qu'existent les législateurs, qui doivent être justement les interprètes d'un droit naturel (vrai ou supposé) et le traduire en règles de droit. Mais pour nous, éduqués par la doctrine di­vine sur le destin surnaturel de l'homme, sur les tristes conséquences qu'il a héritées du péché originel, sur la régénération que nous ayons obtenue par le Christ, et par Lui accordée pour intégrer en plénitude notre vie dans la sienne, la loi naturelle ne suffit pas ; il faut aussi la loi de la grâce, qui a son économie propre, son « royaume », auquel normalement l'Eglise nous in­troduit et pour lequel elle nous éduque. Le Christ nous est né­cessaire. Vivre selon Sa parole et Son esprit est notre salut.

Rapport des deux lois





A ce moment surgit une autre question : quel rapport ont entre elles ces deux lois, celle de la nature et celle de la grâce ? S'ignorent-elles l'une l'autre ? Sont-elles en opposition ? Ou bien s'intègrent-elles l'une dans l'autre ? Trop de choses seraient à dire sur ce sujet ! Retenons comme bonne une première réponse qui résulte de nombreuses pages des documents conciliaires: la conception chrétienne de la vie reconnaît, comme valables et obligatoires, les lois naturelles et aussi les lois civiles, qui sont fondées sur les premières et donc que nous déclarons justes. Contentons-nous d'une citation : « Pourtant, un grand nombre de nos contemporains semblent redouter un lien trop étroit entre l'activité concrète et la religion : ils y voient un danger pour l'autonomie des hommes, des sociétés et des sciences. Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l'homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d'autonomie est plei­nement légitime : non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur. C'est en vertu même de la création que toutes choses sont établies selon leur consistance, leur vérité et leur excellence propres ; avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques. L'homme doit respecter tout cela et reconnaître les méthodes particulières à chacune des sciences et des techniques » (Gaudium et spes, GS 36). D'où une deuxième réponse : la loi propre de l'homme, c'est-à-dire la loi naturelle, et la loi propre au chrétien, c'est-à-dire la vie de foi et de charité, la vie de la grâce, peuvent et doivent s'intégrer, dans la pratique et dans la croissance propre aux vertus chrétiennes, pour donner à l'homme sa perfection (cf. schuller, La théologie morale peut-elle se passer du droit naturel ? NRT mai 1966 ; fuchs, Teologia e vita morale alla luce del Vaticano II, 1968). Ici deux autres questions. Le chrétien ne devrait-il pas se distinguer dans l'application des vertus natu­relles fondamentales, comme par exemple la sincérité et la justice ? Bien sûr qu'il le doit ! Nous devrions espérer même que l'éduca­tion chrétienne soit toujours plus imprégnée de la conscience et de la pratique de ces vertus naturelles que sont justement le respect de la vérité dans les paroles et la conduite, et la fidélité à la justice, spécialement dans les rapports sociaux (cf. Gaudium et spes, GS 30). Il en est de même des autres vertus naturelles, que la tradition classe comme vertus cardinales (cf. S. ambroise, De officiis 1, 27). Et nous sommes heureux de rencontrer chez les jeunes d'aujourd'hui un désir fort et fier de ces principes moraux fondamentaux qui confèrent à la vie son authentique et exacte valeur humaine. Et nous devons encore observer comment cet effort de réalisation de l'homme vrai peut trouver dans les exi­gences de l'Evangile, spécialement en celles relatives à l'austérité personnelle et aux rapports humains, un puissant stimulant, une vocation surhumaine. C'est là un des phénomènes les plus beaux de la jeune génération, une des espérances d'un monde meilleur.

Evolution nécessaire dans la rigueur des principes





Et l'autre question, la dernière pour cette fois, pose la requête du dynamisme de la loi morale, naturelle et chrétienne, c'est-à-dire la possibilité de son progrès continuel. Oui, le progrès moral est toujours possible, toujours nécessaire même, mais à condition que les principes restent fermes, comme les règles fondamentales. L'application de la loi morale est toujours per­fectible. L'homme est toujours « in fieri », en devenir, soit pour devenir homme dans le sens évolutif de sa définition, soit pour devenir parfait selon l'Evangile, c'est-à-dire saint. La véri­table histoire de l'homme est celle de son éducation, de son éman­cipation, comme le dit Tommaseo, de sa libération, comme le dit souvent, avec ambiguïté, le monde d'aujourd'hui. Il reste à voir quelle est la libération qui confère à l'homme sa plénitude. Et ce qu'on dit de chaque personne, nous pouvons le dire de la société humaine, de la civilisation, elle doit être continuellement sur le chemin du développement moral, c'est-à-dire humain et chrétien, ce qui veut dire culturel, social, économique, etc. Cela signifie finalement que le moteur de notre existence est le devoir, qui pour nous chrétiens prend un nom encore plus inti­me, l'amour ; comme disait Jésus : « Tu aimeras Dieu de tout ton coeur, et ton prochain comme toi-même ; voilà toute la loi » (Mt 22,37-40).






25 mars



LE PECHE SOURCE DES MAUX DU MONDE ACTUEL





Chers fils et filles,



C'est aujourd'hui le mercredi saint : il nous semble impossible de parler d'autre chose, en ce prélude du drame pascal, que de notre attitude, comme hommes et comme chrétiens, en face du mystère que ce drame contient, signifie et renouvelle: le mystère de notre salut. Mystère divin et humain ; mystère pro­fond jusque dans les insondables raisons de la justice et de la bonté divine ; mystère du Christ « qui ne connaissait pas le péché, que (Dieu) a fait péché pour nous, afin qu'en Lui nous devenions justice de Dieu » (2Co 5,21) ; mystère dans lequel la douleur, qui semble une ennemie inutile de notre existence, est transformée en valeur précieuse de notre rachat, mystère de la mort victorieuse et défaite par le triomphe d'une forme de vie nouvelle et supé­rieure. Dans ce mystère se trouve le noeud dans lequel se lient et se délient toutes les questions sur le destin de l'homme, que nous le sachions ou non, que nous le croyions ou non ; nous y sommes tous impliqués.

Nécessité du salut pour tous





15 Une affirmation fondamentale s'impose ici : nous avons tous besoin de salut (cf. Lumen Gentium, LG 53 1Tm 2,4) ; en naissant nous sommes plongés dans cette aventure inévitable ; l'oublier est aveuglement ; la refuser est perdition. Nous devons nous sauver.

Et voici une autre conclusion logique : nous devons avoir cons­cience de ce besoin ; c'est-à-dire, que nous devons avoir cons­cience du mal, du mal en nous, du mal qui est dans le monde. Ce n'est pas un pessimisme désespéré, c'est du réalisme ; et pour nous, croyant dans le salut qui nous vient du Christ Sauveur, c'est le diagnostic sincère et salutaire qui précède le retour de la santé. Nous ferons bien d'éclairer nos idées sur cet aspect de la vérité humaine ; nos idées souffrent des désordres d'une double confusion, celle qui est engendrée par un optimisme ingénu, à priori, auquel nous a habitués le naturalisme moderne ; et celle d'un pessimisme angoissé, dont le triste maître est un certain existentialisme qui dévoile impitoyablement la misère radicale de l'expérience humaine, sans pouvoir y porter d'autres réconforts que ceux d'un fatalisme résigné ou d'un hédonisme artificiel.

Que ferons-nous pour entrer dans le rayon de lumière du salut chrétien ? Nous accepterons la lumière. Celle-ci, en projetant le regard divin sur nous, nous révèle notre ruine multiforme ; elle nous donne — nous le disions auparavant — une conscience première et salutaire du mal. Notre bien commence par la con­naissance de notre mal. Celui-ci est, malheureusement, comme la marée envahissante : « une vague passa sur ma tête ; j'ai dit : je suis perdu ! » c'est la voix de Jérémie que nous entendrons gémir dans les lamentations qui font vibrer les offices de la Semaine sainte d'incomparables émotions ; il serait heureux que leurs frémissements de vérité désolée viennent frapper nos âmes ces jours-ci.

Retrouver le sens du péché





Mais nous allons condenser en deux points cette science du mal, qui nous prépare à participer au mystère du salut pascal. Le premier point nous regarde tous personnellement, c'est celui du mal suprême, le péché ; lui aussi a une histoire extraordinaire. Elle nous transperce tous dans l'hérédité malheureuse du fameux péché originel, cause première de la mort et des déséquilibres psychiques et moraux qui troublent notre vie morale (cf. Rm Rm 5). Le baptême nous a sauvés de ce malheur fatal, mais ne nous a pas complètement guéris de ses conséquences, d'où dérivent tous les autres maux dont nous sommes coupables ; ce sont nos péchés, actuels, ennemis eux aussi mortels de notre vraie vie, qui est l'union avec Dieu, source unique et première de la vie. C'est un discours difficile mais inévitable. Nous autres modernes nous sommes en train de perdre le sens du péché. Pie XII, notre vénéré prédécesseur, déclara que « probablement le plus grand péché du monde d'aujourd'hui est que les hommes ont commencé de perdre le sens du péché » (Disc. VIII, p. 288). Et cela s'explique. En perdant le sens de Dieu et la perception de notre rapport avec Lui, rapport toujours nécessaire (la loi morale) dans le domaine de notre agir et donc dans celui de notre comporte­ment responsable en dépendance de Lui, on perd aussi le sens du péché : l'homme pense en être libéré, mais en réalité il s'est libéré de la boussole qui dirige son propre avenir conscient et vital : il demeure seul et sans principes absolus pour distinguer le bien du mal et pour donner au devoir sa valeur transcendante ; sans Dieu, tout peut être permis (cf. Dostoïevski). Mais un sens obscur et inépuisable d'indignité et d'incapacité se glisse dans l'esprit de celui qui agit sans plus faire référence à Dieu, et cela devrait suffire pour ne pas dédaigner, même pour accueillir, avec une joie ineffable la rencontre avec le Christ, qui donne en même temps la conscience du péché et celle de sa miséricordieuse et victorieuse réparation.

Nous sommes dans le christianisme le plus authentique, nous sommes dans la première phase de la célébration de la Pâque : la pénitence, le repentir, la douloureuse mais bénéfique sincérité avec soi-même, avec Dieu, la confession sacramentelle ; nous sommes, avec l'enfant prodigue à la porte de la maison familiale : « Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis pas digne d'être appelé ton fils » (Lc 25, 19, 21). Voilà une science du mal qui ouvre la porte de la reconquête du bien. Que de choses il y aurait à dire, mais vous les savez déjà !

Lucidité sur les maux et les besoins du monde





Second point de cette sagesse douloureuse : la connaissance, et avec elle le regret et, dans la mesure du possible, la réparation des maux qui sont dans le monde. Qui pourrait jamais en faire la liste ? Qui pourrait en mesurer l'extension ? Qui peut se dire innocent ? « Nous savons, écrit l'apôtre St Jean, que le monde entier est au pouvoir du mauvais » (1Jn 5,19). Nous ne devons pas être ignorants, non plus, de ce mal aux mille faces. Comme nous ne pouvons être d'accord avec ceux qui dénoncent fièrement seulement les maux qui existent en dehors de leurs personnes et de leur responsabilité, et oublient le « mea culpa » pour leurs propres péchés et leur propre coresponsabilité (aujourd'hui cette attitude est si fréquente), ainsi nous ne pouvons approuver ceux qui restreignent leur sensibilité morale au domaine de leur conscience personnelle et se désintéressent des maux, des douleurs, des besoins, dont souffre la société, même si ces éléments négatifs sont du domaine temporel plutôt que religieux. La Pâque nous oblige à regarder aussi cette scène de l'humanité. Ces maux qui ont neutralisé la vie terrestre du Christ : l'impiété, l'hypocrisie, l'injustice, la méchanceté, la délinquance, la cruauté, la lâcheté, la faiblesse humaine, sont encore là; et comme ils furent mis en évidence dans la Passion du Christ crucifié, ils doivent et peu­vent recevoir un élan de repentir, de rédemption, de renaissance du mystère pascal.

Et le seul regard que nous sommes obligés de porter sur les désordres et les souffrances qui font partie du panorama histo­rique et social à cette heure de la vie moderne, nous remplit d'une douleur immense qui devient ensuite amour immense pour nos frères et confiance immense dans les charismes rédempteurs de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus.

Comment demeurer insensible à ce qui se passe aujourd'hui dans le monde ? Ces causes de douleur sont si nombreuses que nous renonçons à en faire la liste ordonnée et complète. Disons seulement que nous sommes frappés en particulier par les conflits armés qui, dans le Proche et l'Extrême Orient, au lieu de se calmer, deviennent toujours plus âpres et se prolongent ; nous sommes impressionnés par les armements toujours plus puissants, phénomènes irrationnels et présages décevants pour l'avenir; ils constituent une très grande partie du commerce entre les grandes puissances industrielles et les nations plus faibles qui auraient besoin d'une tout autre aide; l'intransigeance raciste et les injustes discriminations ethniques et sociales nous semblent d'ignobles restes du passé ; et nous ne croyons pas que des idéaux de liber­té et de justice suffisent à justifier la violence, la vengeance, les représailles, les actes de terrorisme et les guérillas, souvent tournées contre l'autorité légitime, ou infligées à des populations désarmées ; nous ne pouvons que déplorer et souhaiter que, pour l'honneur même de Pays qui nous sont chers, les faits démentent ces cas de torture policière qu'on leur attribue, dont on a tant parlé et pour lesquels nous-mêmes, non sans espoir, sommes intervenus. Nous souffrons de manière aiguë de la contrebande intolérable et clandestine, mais malheureusement si organisée, de la drogue, toxique non moins pour la santé physique que pour la santé morale et psychique, répandue surtout parmi la jeunesse. Il nous semble dégradant pour toute société civile que l'on séquestre des personnes pour en faire l'objet de représailles, de rançon, de vengeance ; nous avons toujours sur le coeur les conditions d'insuffisance économique et sociale des pays en voie de développement et de bien des couches sociales ; et nous souf­frons toujours, même si nous devons le supporter en silence, du manque de liberté religieuse qui, malgré la proclamation de tant de principes, ne trouve pas, dans certaines régions le droit d'exister, et parfois même pas un minimum pour pouvoir profes­ser la foi chrétienne. Ce sont ces maux qui sont d'autant moins en accord avec le mystère pascal qu'ils sont rendus criminels et déplorables par un acte volontaire. Ce triste « tour d'horizon » devrait aussi embrasser l'immense domaine des douleurs suppor­tées par une grande partie de l'humanité : nous voudrions envoyer aux malades, aux pauvres, aux prisonniers, aux orphelins, aux veuves, ... à ceux qui souffrent et pleurent, ce réconfort que la Croix offre à la douleur humaine : une utilité rédemptrice, une revalorisation.

Mais arrêtons-nous ici : et, l'esprit conscient de nos maux moraux, physiques et matériels, allons vers la « spes unica », la croix du Christ, trophée non plus de mort, mais de résurrection : que celle-ci soit la Pâque, avec notre Bénédiction Apostolique.

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Aux pèlerins de langue française





Parmi les très nombreux groupes qui se pressent à cette au­dience, Nous sommes heureux de saluer tout particulièrement le millier d'étudiants qui participent à la troisième rencontre universitaire européenne, organisée par l'Institut pour la coopé­ration universitaire. Ensemble, vous réfléchissez au problème si important de « la démocratisation de l'Université en Europe : sé­lection scolaire et sélection sociale ». C'est là une question fort importante, pour vous tout d'abord, bien sûr, mais aussi pour l'ave­nir de l'Europe. De tout coeur, chers jeunes, nous vous encoura­geons dans vos recherches, et nous vous félicitons de cette ren­contre.

Nous sommes sûr que ce séjour de travail à Rome pendant la Semaine Sainte vous sera fort profitable. Vous découvrez ici les racines d'une civilisation dont nous sommes les fils, vous vous émerveillez devant des trésors d'art et d'histoire, vous découvrez aussi que la même foi anime les croyants d'aujourd'hui, la même foi que celle des apôtres Pierre et Paul, aussi pleine de promesses qu'hier, aussi riche de dévouement et de générosité, aussi enthousiaste. Chers fils, que cette Pâque romaine vous aide à mieux découvrir, à mieux aimer le Christ, toujours jeune, toujours présent, toujours agissant au fond des coeurs.

C'est Lui qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser enliser dans les médiocrités de la vie qui sont trop souvent le partage des adultes, le courage de vous engager dans des actions patientes et continues pour améliorer la société, la rendre plus humaine, plus fraternelle. Dans cette oeuvre diffi­cile, mais si exaltante, nous vous encourageons de tout coeur, pour qu'à travers les inévitables tâtonnements, se construise un monde plus évangélique, se bâtisse une cité fraternelle, accueil­lante à tous, et fondée sur l'amour du Christ, source, pour tous, de vie, de lumière, de paix, de joie.

Parmi ces jeunes européens, nous avons un plaisir particu­lier à saluer les Français de Strasbourg, conduits par l'abbé Ramp. Chers fils, vous êtes venus à Rome témoigner de votre attachement au Pape et de votre fidélité à l'Eglise : merci de cette affection, nous avons la même pour vous et pour vos professeurs. Dans les tensions qui secouent aujourd'hui et affrontent profes­seurs et étudiants, quelle joie de vous voir tous ici, fraternelle­ment unis, dans une même recherche des beautés de l'art romain, dans un même amour du successeur de Pierre, dans une même volonté ardente de vivre à plein votre vie de baptisés, de mem­bres du peuple de Dieu, en un mot, de catholiques. Demain, rentrés à Strasbourg, vous pourrez témoigner de cette vitalité de l'Eglise, de cette jeunesse de la foi que vous avez rencontrées ici, dans cette ville où tous les catholiques du monde entier se sentent vraiment chez eux, comme les membres d'une même famille. Oui, soyez pleinement, généreusement catholiques, enra­cinés dans la foi des apôtres, débordants d'espérance, et animés de cette charité qui demeure toujours la marque des vrais chré­tiens.

Un mot enfin pour le pèlerinage à Rome du Vicariat aux Armées françaises : chers fils, à Rome, puis à Assise, que ces journées de la Semaine Sainte soient pour vous riches de grâces de foi, et source d'un renouveau de vie chrétienne et de témoi­gnage apostolique dans l'accomplissement du devoir quotidien. A vous, à vos épouses, à vos familles, de grand coeur, notre pa­ternelle Bénédiction Apostolique.






1° avril



REALITE DU MYSTERE PASCAL





Chers fils et filles,



Tous ceux qui sont aujourd'hui ici, tous nous sommes encore remplis du souvenir, de l'émotion et de la grâce — que Dieu le veuille — de la célébration du mystère pascal.

Mystère pascal : voilà une expression théologique moderne et heureuse, dont le Concile s'est souvent servi pour résumer l'oeuvre de la rédemption accomplie par le Seigneur moyennant son sa­crifice et sa résurrection, moyennant la diffusion de sa grâce et moyennant la distribution de cette grâce aux âmes par la voie des sacrements. La célébration liturgique rappelle et renouvelle le prodige de cette économie rédemptrice, spécialement dans la Sainte Messe (cf. Sacrosanctum Concilium, SC 5). Mystère pascal : c'est une expression très dense de signification, qui devra ali­menter en nous le concept synthétique des événements, des enseignements, des grâces et des devoirs, qui se réfèrent à l'his­toire de notre salut et à l'actualité constante qu'elle conserve pour chacun de nous.

Nous ferons bien d'accorder la plus grande attention à ce qui se réfère au Christ dans le mystère pascal ; c'est le thème central biblique, théologique, spirituel de notre foi ; nous l'avons médité pendant la Semaine Sainte dans cette vision captivante de la figure divine et humaine de Jésus, comme Saint Paul, qui ne voulait rien savoir d'autre que le Christ crucifié (cf. 1Co 2,2) ; ou comme Saint Ignace d'Antioche : « C'est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; c'est Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous » (Ad Rom. 6, 1) ; ou comme Saint Fran­çois à l'Averne ; ou comme le peuple fidèle dans la Via Crucis, ou dans la Liturgie de la nuit sainte ; toujours dans une recher­che et une dévotion qui fixent sur Lui, Jésus-Christ, toute l'at­tention.

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Le plan rédempteur





Mais le mystère pascal requiert de nous une attention plus complète : nous ne pouvons considérer le drame personnel de Jésus comme s'il ne concernait que lui et était étranger aux hom­mes, à nous. Car le mystère pascal n'est pas un événement isolé, mais un événement lié à notre destin, à notre salut. L'ampleur de cette vision qui décèle dans la vie, la mort et la résurrection du Christ l'oeuvre de la rédemption, nous oblige à voir aussitôt l'économie, c'est-à-dire le dessein agissant de son universalité et spécialement de son application à chaque homme. Cette pensée offre une trame à notre spiritualité après la célébration de la fête de Pâques ; est-ce la fête du Christ ressuscité, ou est-ce aussi notre fête, à nous, mortels ? Est-ce la sienne ou est-ce aussi la nôtre ? La réflexion devient plus profonde quant à la compréhension du plan de la rédemption, et plus joyeuse si nous pouvons vraiment l'étendre non seulement à la passion et à la mort du Seigneur, mais aussi à sa bienheureuse résurrection. Que la résurrection soit le complément nécessaire du mystère pascal, saint Paul nous le dit dans ses multiples enseignements qu'une phrase incisive résume : « Le Christ a été immolé à cause de nos fautes et est ressuscité en vue de notre justification » (
Rm 4,25). Un commentateur connu dit : « La résurrection de Jésus n'est pas un luxe surnaturel offert à l'admiration des élus, ni une simple récompense accordée à ses mérites, ni seulement un soutien de notre foi et un gage de notre espérance; elle est un complément essentiel et une partie intégrante de la rédemption elle-même » (PRAT, La théol. de Saint Paul, II, 256).

Relation entre le Christ et nous





Le mystère pascal du Seigneur étant ainsi rétabli dans son intégrité, un grand principe théologique s'insère dans le cadre de notre foi, principe auquel nous devrons attribuer la plus grande attention et la plus grande admiration ; c'est celui de la commu­nion, celui de la solidarité, celui de l'extension, celui qui constitue justement la rédemption, c'est-à-dire le principe qui re­connaît la représentation, la récapitulation de toute l'humanité du Christ, de telle manière que nous pouvons devenir partici­pants de ce qui s'est accompli en lui. Son sort peut devenir le nôtre ; sa passion, la nôtre ; sa résurrection, la nôtre.

Dans ce plan de salut du genre humain, tout réside dans la relation vitale que nous pouvons établir entre Lui et nous. Cette relation se fait-elle toute seule ? Survient-elle collectivement ou personnellement ? Dieu peut donner à sa miséricorde une telle ampleur que celle-ci transcende le dessein de salut que lui-même a établi; mais pour nous ce dessein nous indique que la relation salvatrice avec le Christ exige la réponse de notre liberté, de notre foi, de notre amour, exige quelques conditions qui rendent possibles les causalités salvatrices du Christ. Cet aspect du mystère pascal nous montre que notre salut survient en phases successives, qui forment l'histoire de notre rédemption person­nelle ; elles forment notre vie chrétienne.

Notre vie chrétienne, nous le savons, commence par le bap­tême, le sacrement de l'initiation, de la renaissance ; le sacrement qui reproduit mystiquement dans tout croyant (la foi personnelle, c'est-à-dire la foi de l'Eglise qui présente le néophyte, pré­cède le baptême), la mort et la résurrection du Seigneur. « Ignorez-vous — écrit encore Saint Paul — que, baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6,3-4 Col 2,12).

Penser et sentir avec le Christ





Et voici la seconde phase de notre régénération chrétienne, qui est liée au déroulement de notre existence dans le temps : la vie nouvelle, la vie dans le Christ, la vie dans la grâce, c'est-à-dire dans l'Esprit Saint répandu par le Christ en nous (cf. Jn Jn 14,26 Jn 15,26 Jn 16,7), la bonne, la sainte vie chrétienne. Pou­vons-nous dire : la nôtre ? vivons-nous nous, comme nous disons dans le canon de la Messe, Per Ipsum, et cum Ipso, et in Ipso, c'est-à-dire pour Lui, et avec Lui, et en Lui ? Nous rendons-nous compte de la nouveauté, de l'originalité, du sérieux de la vie chrétienne ? de l'exigence de son authenticité mystique et mo­rale ? Nous rendons-nous compte vraiment que « faire la Pâque », avoir participé au mystère pascal requiert de nous une fidélité, une cohérence, un perfectionnement de notre manière de penser, de sentir, de vivre ? Vivons-nous notre baptême ? Vivons-nous la communion du Christ que nous avons reçu dans l'Eucharistie pascale ? Vivons-nous et vivrons-nous notre Pâque ? Nous avons souvent dilué et vidé de son sens notre appellation de chrétien jusqu'à lui enlever sa force et son engagement.

Cette adhésion effective au mystère pascal, au fond, est le problème le plus sérieux et le plus ample de notre existence actuel­le ; elle se confond avec les événements, les problèmes, les expé­riences de notre existence naturelle, et lui inculque, après la Pâque, un sentiment d'espérance et de joie.

Ce sentiment est un don, un charisme, dont le chrétien ne devrait jamais être privé (cf. Rm Rm 8,24 2Co 7,4) ; il est le pré­lude de la dernière phase du mystère pascal, c'est-à-dire de notre salut plénier, l'immersion complète de notre humble vie dans cette infinité de Dieu, dans l'au-delà.

Ce n'est pas un rêve, ce n'est pas un mythe, ce n'est pas de l'idéalisme spirituel. C'est la vérité, la réalité du mystère pascal. Souvenez-vous-en : avec notre Bénédiction Apostolique.






8 avril




Audiences 1970 12