Audiences 1977
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Audiences 1977
Eglise et documents, vol. X – Libreria editrice Vaticana
Ce volume des Enseignements du Pape porte sur sa couverture l’image de Saint Paul. Ce choix a une intention claire. Le premier geste symbolique que fit le Cardinal Jean-Baptiste Montini, après avoir été élu Souverain Pontife, le 21 juin 1963, fut de choisir le nom de Paul. Geste prophétique qui contenait déjà en lui tout un programme, réalisé au cours de ses quinze ans de pontificat, avec un don généreux et permanent au service de la parole, selon l’exemple inégalable de l’Apôtre des Gentils, avec son même style et ses mêmes élans. Centrer sur le Christ toute la prédication, « annonçant à temps et à contre temps l’Evangile du Seigneur — ce sont les paroles mêmes du Pape aux Evêques — sans se laisser abattre par aucune difficulté et sans céder devant aucun obstacle, dans la sainte et constante réalisation du ministère pastoral ».
En 1977, pour ses quatre-vingt ans, le Saint Père a voulu mettre cet aspect en relief avec un accent particulier. Dans les jours qui ont précédé et suivi le 26 septembre — date de son quatre-vingtième anniversaire — le Pape a parlé fréquemment de Saint Paul, du style paulinien qu’il faut donner à la tâche de l’évangélisation. Il a choisi lui-même l’image reproduite sur notre couverture pour l’offrir en guise de souvenir symbolique, avec une signature autographe : « Die... octogesimo nativitatis meae ».
Le volume que nous présentons « Enseignement de Paul VI, 1977 » est le X° de la série. Il trouve son appui dans l’Edition hebdomadaire en langue française de l’Osservatore Romano qui apporte aux Eglises, chaque semaine, régulièrement, depuis Rome, la parole du Pape. Et il apparaît fort utile de réunir, chaque année, dans un seul volume, les « catéchèses du mercredi » qui constituent le dialogue hebdomadaire du Saint Père avec les fidèles et les pèlerins, son enseignement systématique au Peuple de Dieu, les messages, homélies et autres discours qui, par leur contenu doctrinal, et, en raison des fêtes ou circonstances spéciales où ils ont été prononcés, méritent une attention particulière.
Pour l’année 1977, parmi ces discours, figure une série de grande importance comme source d’orientations doctrinales et pastorales précises pour le renouveau de l’Eglise à la lumière du Concile. Nous voulons parler des allocutions adressées par le Pape Paul VI aux groupes d’évêques de pays les plus divers pour la visite « ad limina Apostolorum Petri et Pauli ». Du sommet lumineux de ses quatre-vingt ans, Paul VI, avec son incomparable expérience ecclésiale, se trouve dans la meilleure disposition prophétique pour réaliser la mission spécifique que lui a confiée le Seigneur en instituant l’Eglise : « Confirme tes frères ». (Lc 22,32) C’est la tâche que le Saint Père accomplit dans ses dialogues avec les évêques et dans tous les autres documents par lesquels Il oriente la marche de l’Eglise vers le « troisième millénaire du christianisme », selon l’expression utilisée par le Pape lui-même, à la fin de l’Exhortation Apostolique « Evangelii Nuntiandi ».
Ce livre est donc composé de deux parties.
La première comprend les catéchèses hebdomadaires. C’est en référence précise à ces allocutions du mercredi que l’Assemblée Synodale de 1977 a pu qualifier le Pape Paul VI, le « grand catéchiste de l’Eglise Universelle ».
2 Dans la deuxième partie, on trouve, dans l’ordre chronologique, les messages, homélies, allocutions aux évêques et autres discours : toute l’activité magistérielle du Pasteur de l’Eglise universelle.
Un index analytique des matières et une table générale terminent ce volume et en facilitent l’utilisation et la consultation.
Cité du Vatican, 1er janvier 1978
5 janvier
Chers Fils et Filles,
La pensée du Noël récemment célébré occupe encore nos esprits, constituant un double stimulant social. Le premier est relatif au fait de la naissance de Jésus à Bethléem et donc au cadre de la crèche qui ne cesse d’absorber notre esprit avec le charme de sa pastorale simplicité et de son angélique poésie ; le second est relatif à l’efficacité pédagogique de la révélation du Christ par la manière miséreuse dont il s’est présenté à l’humanité, incontestablement dans une intention de modèle, d’exemple.
En d’autres termes, si nous voulons comprendre la signification essentielle du grand événement qu’est la venue du Christ dans le monde, la venue du Fils même de Dieu qui, restant tel, assume en même temps une nature humaine, pour se faire dans le même temps Fils de l’homme, nous ne pouvons manquer de rester stupéfaits devant cette pauvreté que le Christ a assumée en venant dans le monde.
Noël est une incomparable leçon de pauvreté. C’est ainsi que Dieu s’est fait homme. La perception de cet aspect du mystère de l’Incarnation nous pénètre non seulement par les circonstances dans lesquelles un tel mystère s’est historiquement et pratiquement célébré à Bethléem, mais aussi parce qu’il ne s’agit pas d’un simple épisode aussitôt fondu dans un cadre historique correspondant mieux à l’exceptionnelle dignité du Dieu-Homme entré dans la scène de l’humanité. C’est le style, la forme voulue et cohérente, choisis par le Christ pour vivre parmi nous, mieux, pour accomplir sa mission de salut : l’Enfant-Jésus de la crèche allait mourir sur le Calvaire, dans la douleur et l’humiliation de la Croix. La pauvreté de l’Incarnation sera consumée dans la Rédemption et tout le message évangélique, qui s’étend de la naissance à la mort du Christ est une annonce, une apologie de la pauvreté, choix proverbial que le Christ a fait pour se manifester au monde.
Pauvreté du Seigneur ! Le grand obstacle à son acceptation par une humanité qui s’attendait à bien autre chose de la venue spectaculaire et victorieuse du Messie ; et, en même temps, voilà le grand secret de l’attrait du Christ apparu dans l’humanité.
Lisons, un peu au hasard, des pages du Nouveau Testament, quelques textes qui imposent le thème de la pauvreté évangélique comme sujet essentiel du fait chrétien. Qui ne se souvient de la voix vibrante de la première béatitude « bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient » (Mt 5,3) ? Alors, ce Jésus de Bethléem et de Nazareth, il est le prophète des pauvres ? Il est celui qui a révélé leur dignité, leur priorité, leur bonheur ? Ce n’est pas démagogie ; c’est la réhabilitation dans l’excellence terrestre et dans l’espérance ultra-terrestre des déshérités des biens de la terre.
Puis, vous souvenez-vous de cette page célèbre de Saint Paul sur la pauvreté totale et volontaire « Epître aux Philippiens » (2, 5-8). Il écrit : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! ». Et, Saint Paul encore, écrivant aux Corinthiens pour les inciter à assister leurs frères de Jérusalem : « Vous connaissez la libéralité de Notre Seigneur Jésus-Christ, comment de riche il s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2Co 8,9).
3 Impossible de tout dire sur cet immense aspect du christianisme. Qu’il nous suffise de le soumettre à l’admiration de ceux qui, célébrant Noël, se sont rendus compte de l’exaltation de la pauvreté humaine qui découle de cette fête.
Mais il est tout aussi impossible de passer sous silence l’importance et l’intérêt des enseignements qui, surtout après le Concile, nous sont, non pas seulement proposés, mais même imposés, au sujet de la pauvreté, l’aspect que le Christ a assumé pour habiter parmi nous (cf. L’Eglise de Vatican II, II° volume, PP 339-372 pp. 339-372 ; J. Dupont, L’Eglise et la pauvreté).
Nous pouvons tenter de faire un classement de la doctrine du Christ sur quelque chose que tout le monde sait.
Voici le premier point, celui qui se réfère au critère théologique de l’Evangile sur la pauvreté. Pourquoi la pauvreté ? Pour donner à Dieu, au royaume de Dieu, la première place dans l’ordre des valeurs qui sont l’objet des aspirations humaines. Jésus a dit : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice » (Mt 6,33) ; et il l’a dit en comparaison avec tous les autres biens temporels, même nécessaires et légitimes, qui généralement attirent les désirs de l’homme. La pauvreté du Christ rend possible ce détachement concernant les choses terrestres pour hisser le rapport avec Dieu au faîte des aspirations humaines.
Second point : le critère ascétique : la pauvreté comme dégagement des liens des intérêts temporels pour dédier nos facultés à la soumission à l’Evangile, à l’accomplissement des devoirs de la vie chrétienne. Que Saint François nous enseigne !
Et troisième point, le critère bénéfique : « Donnez et il vous sera donné » (Lc 6,38 Lc 11,41). Ceci est également bien connu : « la pauvreté, la privation de quelque fraction de notre avoir doit se transformer en pain pour nos frères. C’est la source sociale, qui jaillit de la pauvreté et qui sait valoriser le travail, l’épargne, la richesse et le généreux renoncement au relatif afin de maintenir la charité, de soutenir l’amour entre les hommes, l’assistance fraternelle. Cette leçon de pauvreté est aujourd’hui d’actualité ! Que chacun l’écoute donc d’un coeur capable d’aimer, en méditant une parole dont Saint Paul nous dit qu’elle nous vient des lèvres mêmes du Christ : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,25).
Avec notre Bénédiction Apostolique.
12 janvier
Chers Fils et Filles,
La présence à cette audience d’un groupe de membres des « Communautés néo-catéchuménales », remarquable par le nombre et la dignité des participants, nous donne l’occasion d’attirer l’attention de nos visiteurs et de tous ceux qui ont l’occasion d’entendre ces paroles familières, sur deux événements de l’Eglise catholique ; c’est-à-dire sur le Synode de l’Episcopat de 1974 qui eut pour thème « l’évangélisation » de notre temps et qui fournit la matière à notre Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi du 8 décembre 1975 ; et, second événement, le prochain Synode de l’Episcopat qui, s’il plaît à Dieu, sera célébré au cours du prochain automne, à partir du 30 septembre et aura pour thème « la catéchèse » qui se relie évidemment au thème du Synode précédent. Ceci démontre combien reste vigilante et agissante dans l’Eglise la conscience de sa mission fondamentale qui est de diffuser le message évangélique conformément à l’ultime commandement du Christ au terme de sa présence visible sur la Terre : « Allez et enseignez à toutes les nations » (Mt 28,19) ; et cela démontre également comme elle s’engage tout entière, ministres et fidèles, dans l’annonce de l’Evangile, aujourd’hui plus que jamais nécessaire tant à cause des difficultés que le monde moderne oppose à la diffusion de cette annonce qu’en vertu des possibilités que ce monde lui offre en même temps.
Nous nous trouvons donc dans une phase apostolique, missionnaire, didactique plus accentuée que jamais dans la vie de l’Eglise, nous devons tous y être engagés : l’édification du Corps mystique du Christ sur la terre, qui est notre Eglise présente, est le devoir de tout croyant (cf. Lumen Gentium, LG 33).
4 Dans cette perspective, il est évident qu’il faille souhaiter une recrudescence d’efforts pour réaliser cet immense et urgent programme : évangéliser, catéchiser ; et l’on assiste à la floraison d’oeuvres et de moyens destinés à permettre la meilleure diffusion possible du message évangélique. Nous observons comment ce phénomène multiforme dans la Sainte Eglise ne concerne pas seulement l’aspect scolaire, didactique, de son activité, mais plutôt celui, plus ample, pédagogique, vital, dans lequel l’enseignement des vérités religieuses est parallèle, ou mieux est uni à la profession de la vie, dont l’enseignement est norme et principe. Nous noterons en deuxième lieu comment ce devoir n’assume pas, chez celui qui l’accomplit et de même chez celui qui en est favorisé, le caractère d’un poids lourd et difficile, même s’il en est réellement ainsi, mais plutôt celui d’un honneur, d’une chance, d’une vocation qui ennoblit et exalte : son accomplissement possède en soi-même une compensation aux fatigues qu’il comporte ; il rend heureux ses témoins, leur donne la sécurité, les fait participer d’avance aux biens de ce royaume de Dieu qu’ils annoncent.
Puis nous dirons que ceux qui, d’un coeur simple et généreux se mettent au service de l’évangélisation sont l’objet, grâce certes à un secret mais immanquable charisme de l’Esprit, d’une métamorphose psychologique et morale caractéristique, celle qui transforme les difficultés en stimulants, les dangers en attraits, et même les défaites en titre de mérite et par conséquent de paix sereine.
Et maintenant nous pouvons comprendre également le témoignage que nous offrent nos visiteurs d’aujourd’hui : il tourne autour du pivot de la vie chrétienne qu’est le baptême, le sacrement de la régénération chrétienne qui doit redevenir ce qu’il était dans les consciences et dans les coutumes des premières générations du christianisme La praxis et la norme de l’Eglise ont introduit la sainte habitude de conférer le baptême au nouveau-né, laissant le rite baptismal concentrer la préparation qui, jadis, quand la société était encore profondément païenne, précédait le baptême et était dite « catéchuménat ». Mais dans le cadre social d’aujourd’hui, il est nécessaire, après le baptême d’intégrer dans cette méthode, une instruction, une initiation au style de vie propre du chrétien, c’est-à-dire une assistance religieuse, un entraînement pratique à la fidélité chrétienne, une insertion effective dans la communauté des croyants qu’est l’Eglise.
Et voilà que renaît le nom du « catéchuménat » qui certes ne tend pas à invalider ou diminuer l’importance de la discipline baptismale en vigueur, mais qui veut l’appliquer avec une méthode d’évangélisation graduelle et intensive qui rappelle et renouvelle d’une certaine façon le catéchuménat d’autres temps.
Celui qui a été baptisé a besoin de comprendre, de méditer, d’apprécier, de seconder l’inestimable bonheur d’avoir reçu ce sacrement. Et nous sommes heureux de voir qu’aujourd’hui ce besoin est compris par les structures ecclésiastiques institutionnelles et fondamentales des Paroisses. S’annonce ainsi une catéchèse qui remplace celle que le Baptême n’a pas eue ; la « pastorale des adultes », comme on dit aujourd’hui, se dessine, prépare de nouveaux programmes et de nouvelles méthodes ; puis de nouveaux ministères subsidiaires soutiennent l’assistance plus exigeante du Prêtre et du Diacre dans l’enseignement et dans la participation à la liturgie ; de nouvelles formes de charité, de culture et de solidarité sociale accroissent la vitalité de la communauté chrétienne et, face au monde, en assurent la défense, l’apologie, l’attirance.
Avec notre Bénédiction Apostolique.
19 janvier
Vénérables Frères et très chers Fils,
Notre rencontre aujourd’hui tombe opportunément dans la semaine vouée à la prière et à la méditation pour l’unité des chrétiens. Ces jours ci, c’est comme un choeur immense qui, de la part des fidèles d’à peu près toutes les confessions chrétiennes, s’élève vers l’unique Père de tous par le seul Seigneur Jésus dans le lien du même Esprit. C’est en effet dans la prière que l’unité trouve son inspiration la plus profonde et sa juste orientation, puis encore la force et la raison d’espérer. L’unité est une caractéristique de l’Eglise du Christ, elle fait partie de son mystère. Aussi, comme l’Eglise elle-même, l’unité est-elle également un don de Dieu et une marque de sa miséricorde. Elle implique en effet la purification du coeur, la conversion de l’esprit, le pardon des péchés, la sainteté de la vie : toutes choses que Dieu seul peut donner à ses fils s’ils recourent à Lui d’un coeur contrit et humble et avec l’intention sincère de reprendre la route sur Ses voies.
Aussi est-ce un motif de joie de voir que la prière pour l’unité prend une extension toujours plus grande parmi tous les chrétiens. En nombre sans cesse croissant, Catholiques, Orthodoxes et Protestants, tous baptisés au nom de la Sainte Trinité, s’unissent dans cette Semaine pour demander la réalisation de l’unité parmi eux. C’est déjà depuis une dizaine d’années en effet, qu’il a été convenu de prier sur un même thème, choisi d’un commun accord chaque année. Cela indique de toute évidence que l’on reprend conscience de l’importance que revêt l’unité pour la vie de l’Eglise et pour sa mission dans le monde. Ainsi, deviennent de plus en plus manifestes les liens profonds qui unissent encore entre eux tous les chrétiens. Et ceci exprime également la volonté commune d’obéir tous ensemble au Seigneur qui veut que son Eglise, une et unique soit pleinement et harmonieusement unie « dans la profession d’une seule foi, la célébration commune du culte divin, la concorde fraternelle de la famille de Dieu » (Conc. Oecum. Vatican II, Unitatis Redintegratio UR 2). Mais nos supplications à Dieu ne peuvent et ne doivent pas se limiter à une seule et rapide Semaine annuelle. C’est pendant toute l’année, d’ailleurs, que dans les différentes Eglises, on prie incessamment pour l’unité des chrétiens. Il importe de le faire chaque jour, car le problème de la division est tellement grave qu’il porte atteinte à l’oeuvre même du Christ, « la division est pour le monde un objet de scandale et fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Evangile à toute créature » (ibid. n. 1). Cette Semaine reste cependant le point fort et le moment le plus dense de signification. Elle engendre en effet une communion des esprits qui donne un avant-goût du jour où tous les chrétiens, pleinement unis, glorifieront, d’une seule voix et d’un seul coeur, le nom de Dieu, lui rendront un témoignage concordant et fidèle face au monde (cf. Ph Ph 2,15). A ce choeur d’invocations ne peut manquer de s’unir tout spécialement notre voix de Pasteur universel (cf. Jn Jn 21,15-17), chargé, même s’il n’en est pas digne, de « confirmer les frères » (Lc 22,32). C’est pourquoi notre voix se fait présage et invitation à tous les fidèles de l’Eglise Catholique à s’unir unanimement et du fond du coeur, à faire corps tous ensemble devant le Seigneur afin qu’il écoute la voix pressante de ses fidèles qui, en pleine concorde, lui demandent lumière et force pour faire Sa volonté et marcher ensemble « épaule contre épaule » (Sg 3,9), sur Ses voies.
La thème proposé cette année à la réflexion et à la prière de tous et de chacun est extrait de Saint Paul : « l’espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5). Il est des plus importants pour éviter qu’on s’abandonne à la déception, qu’on ne s’appuie sur des habitudes acquises et qu’on ne s’arrête à mi-chemin. L’espérance est l’âme de la cause oecuménique. Elle est l’étoile qui guide nos pas vers le lieu où le Seigneur se trouve à coup sûr. A ceux qui, dès la première heure se sont engagés dans la recherche de l’unité et qui constatent, peut-être avec une certaine tristesse, que l’unité recherchée n’est pas encore réalisée. Saint Paul rappelle que « l’espérance ne déçoit jamais » et qu’il faut persévérer. A ceux qui désormais s’intéressent à cette oeuvre un peu par habitude, mais passivement, Saint Paul rappelle que « l’espérance ne déçoit jamais » et qu’il est nécessaire de continuer à se tendre vers le futur et à poursuivre sa démarche vers le but final (cf. Ph Ph 3,13). A ceux qui éprouvent la tentation de se satisfaire des résultats déjà acquis dans les relations entre chrétiens, et qui courent donc le risque de s’arrêter à un stade de coexistence pacifique sans aller nécessairement jusqu’à la pleine unité, Saint Paul rappelle que l’oeuvre doit être réalisée à fond, jusqu’à ce que soit conquis finalement le but que le Seigneur lui-même a fixé et qui est celui « d’être consacrés dans la vérité » (Jn 17,19) et « parfaits dans l’unité » (ibid. 17, 23). A celui qui, au dernier moment, hésite et se demande si cela vaut la peine de s’insérer lui aussi dans le mouvement, Saint Paul fait remarquer de nouveau, avec une ardente conviction que « l’espérance ne déçoit jamais » et que, unis au Seigneur, nous pouvons vaincre toutes les résistances et surmonter toutes les difficultés.
5 En fait, notre espérance se fonde en Dieu et sur son plan de salut Dieu est tout-puissant et fidèle: il réalise toujours sa promesse. Sa Parole est certitude d’oeuvres merveilleuses. Comme le chante le Psalmiste : « le Seigneur est ma force, mon rocher, mon libérateur, ma forteresse, mon bouclier, ma corne de salut, ma citadelle » (Ps 17,2-3 cf. Ps 17,2 Ps 17,27-31 etc. ). C’est pourquoi nous n’avons pas la prétention de nous baser sur notre action et sur nos aspirations mais « nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Rm 5,2) comme nous l’enseigne également l’Apôtre. Cette parole est une certitude : Dieu fera finalement resplendir sa gloire et à tous il communiquera sa sainteté. Il sera « tout en tous » (1Co 15,28) et marquera de son sceau le triomphe définitif remporté sur toute expression du « mystère d’iniquité » (2Th 2,7), notamment les déchirements réciproques, les violences, les vexations, les divisions, les jalousies et toute forme de haine. C’est la suprême espérance du chrétien qui sait qu’elle ne le décevra pas, ayant en lui-même la présence agissante de l’Esprit Saint qui nous a été donné (cf. Rm Rm 5,5). En effet l’effusion de l’Esprit Saint dans nos coeurs opère chez le chrétien une transformation certaine, même si elle est lente et contrariée, tendant à la formation de l’homme nouveau « jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Christ, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge qui réalise l’unité du Christ » (Ep 4,13).
C’est précisément dans cette perspective que se place la recherche de l’unité des chrétiens : croissance de la foi, maturité dans le Christ, tension vers la pleine communion en Dieu. En tant que baptisés, tous les chrétiens individuellement « ayant reçu leur justification de la foi, sont en paix avec Dieu par le Seigneur Jésus-Christ » (Rm 5,1) ; mais ils sont également appelés à tirer les conséquences ecclésiales des exigences du baptême commun, pour que le Christ devienne aussi « notre paix » réciproque et oecuménique (Ep 2,14). Le Concile Vatican II l’a indiqué très clairement en ces termes vigoureux : « Le baptême est donc le lien sacramentel d’unité existant entre ceux qui ont été régénérés par lui. Cependant, le baptême, de soi, n’est que le commencement et le point de départ, car il tend intégralement à l’acquisition de la plénitude de la vie du Christ. Il est donc destiné à la totale profession de foi, à la totale intégration dans l’économie du salut, telle que le Christ l’a voulue et enfin, à la totale intégration dans la communion eucharistique » (Unitatis redintegratio, UR 22). Il y a donc encore un chemin de foi à parcourir pour finir par se retrouver à l’unité eucharistique, que nous ne pouvons pas réaliser aujourd’hui parce qu’il manque encore cette pleine unité dans la foi. Mais une fois de plus, notre stimulant est l’espérance Les difficultés objectives elles-mêmes ne doivent pas nous empêcher d’aller de l’avant. Au contraire, nous devons tirer un avantage spirituel de ces obstacles eux-mêmes car, comme Saint Paul l’explique encore, « la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance » (Rm 5,4).
Notre espérance est également fondée et soutenue par les résultats positifs que la recherche de l’unité entre les chrétiens a déjà réalisés. En effet un climat nouveau a été instauré et l’esprit d’authentique fraternité se fait toujours plus solide et fécond. Nous en faisons nous-même l’expérience dans nos rencontres personnelles toujours plus fréquentes avec un grand nombre de vénérés Frères qui nous honorent de leur visite ici à Rome, tout comme nous en avons eu des preuves au cours de nos pèlerinages à Jérusalem, à Istanbul et à Genève. Nous, nous remercions le Seigneur qui a permis que nous nous fassions l’instrument de ces rencontres entre chrétiens de diverses dénominations, pouvant ainsi contribuer à cette mystérieuse opération de l’Esprit Saint qui donne sa vitalité à l’Eglise de notre temps. Du reste nous ne considérons pas le Siège de Pierre autrement que comme une forme particulière de service pour l’unité de l’Eglise. Notons aussi que la recherche de l’unité conduit à une rencontre croissante sur le plan doctrinal et que des convergences positives prennent corps de plus en plus, même sur des questions qui ont jadis fortement opposé les chrétiens, telles par exemple la question fondamentale de l’Eucharistie et celle du Ministère et de l’autorité dans l’Eglise. Les dialogues entre l’Eglise catholique et les autres Eglises et Communautés ecclésiales, soutenus par la prière, poursuivent leur délicate mission, ce qui nous l’espérons, aboutira à la pleine clarification de toutes les questions de foi controversées et un accord complet dans la vérité tout entière. Pour ceci également, il nous faut prier intensément.
Nous voulons conclure en affirmant une fois de plus que la recherche de l’unité n’est pas la tâche réservée seulement à des groupes spéciaux, tels que notre Secrétariat pour l’unité des chrétiens : tous ceux qui ont reçu le baptême partagent cette responsabilité, et, en particulier tous les catholiques. « Le souci de réaliser l’union concerne l’Eglise tout entière, fidèles autant que pasteurs, et touche chacun selon ses possibilités, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les recherches théologiques et historiques » (Unitatis redintegratio, UR 5). En effet, la concorde dans la recherche ne peut manquer de conduire également à une concorde dans le résultat final. Et c’est cela que nous souhaitons tous, au nom du Seigneur.
Nous entendons confirmer ces voeux avec notre plus cordiale Bénédiction Apostolique pour qu’elle ravive les intentions oecuméniques de tous et les rende toujours plus féconds avec la grâce de Dieu.
26 janvier
Chers Fils et Filles,
La brève, mais émouvante rencontre avec une assemblée si nombreuse, si variée, si représentative que nous offre cette Audience hebdomadaire suscite dans notre âme une effusion de sentiments que nous ne parvenons jamais à exprimer de manière adéquate. Vous êtes, en effet, si nombreux, si divers, si forts que notre parole risque d’en être plus étouffée que favorisée. Pourtant nous aimerions que notre voix soit forte, digne de rester dans votre mémoire. Vous venez chez le Pape et vous attendez de lui une parole, avec sa bénédiction, un peu comme pour pouvoir, un instant, lire une pensée dans son esprit, et, par la suite, vous la rappeler : « c’est ainsi que nous l’a dit le Pape ». De ce dialogue momentané, un écho se prolonge en vous qui va provoquer quelque réflexion personnelle que nous souhaitons consolante et bénéfique. L’audience est en effet une sorte de dialogue, d’interview qui offre à celui qui y assiste l’occasion d’apprendre quelque chose sur la pensée du Pape, sur l’Eglise. C’est pourquoi, dans une telle rencontre, nous sommes toujours heureux, « trépidant » même, et nous nous sentons forcé de choisir, parmi les multiples choses que nous voudrions vous confier, celle qui, à ce moment-là, nous semble la plus importante.
Eh bien, oui ; cette fois encore nous voulons limiter l’ouverture de notre coeur à l’impression qui, aujourd’hui, y domine et nous est suggérée par les circonstances de notre époque. Elle coïncide avec une exhortation que répète plusieurs fois l’Evangile de Jésus, notre Maître et notre Sauveur : « Que votre coeur cesse de se troubler » (Jn 14,1). Une parole qui vient souvent sur les lèvres du Christ (cf. Jn Jn 4,27 Lc 12,32 Lc 23,36 etc. ). Rassurantes et merveilleuses paroles que nous ferions bien de conserver dans
notre âme pour y recourir avec confiance. Ce sont des paroles qu nous avertissent en même temps de la situation peu tranquille, peu heureuse dans laquelle nous nous trouvons. Si le Seigneur nous recommande de ne pas craindre, c’est là signe que nous sommes en danger. Et, tout en accordant une grande attention à Sa réconfortante exhortation, nous ne faisons pas tort à sa parole en constatant que nous nous trouvons dans une condition qui n’est ni propice, ni facile. Il en est ainsi, et, humainement parlant, nous ne nous trouvons pas dans une période de normalité, de tranquillité, de facilité : nous parlons de nous, les chrétiens.
Nous devons ouvrir les yeux. Nous vivons des temps difficiles. Jésus répand en nous le courage. Il veut que nous fassions crédit à son assistance et à son art divin de faire tourner toutes choses; à notre avantage spirituel et supérieur, même celles dont nous nous rendons compte qu’elles nous sont contraires et douloureuses. N’avons-nous pas appris de la voix de l’Apôtre que « avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien » (Rm 8,28) ? Ce Jésus-là donc, Jésus le Maître est aussi celui qui nous prévient de nombreuses et nombreuses fois qu’il faut veiller (cf. Mt Mt 24,42 Mt 26,38 Mc 13,37 LE 21,26 Le 21, 26 ; etc. ) qui veut que nous soyons attentifs aux signes des temps (cf. Mt Mt 16,4), qui nous annonce que la peine est pour ainsi dire naturelle dans la profession chrétienne (cf. Jn Jn 16, 20, 22) et, c’est encore l’Apôtre qui le dit, qu’il nous exhorte à nous abriter sous l’armure de Dieu pour être capables de résister au mal (cf. Ep Ep 6,11-13) ... La vie chrétienne est une milice (cf. Jb Jb 7,1). La condition de celui qui a pris le Christ pour modèle, pour guide et pour Rédempteur ne peut être ni peureuse, ni commode, ni certaine (cf. Jn Jn 19,37).
6 Eh bien, s’il en est ainsi, la force est aujourd’hui notre vocation. Les temps sont difficiles. Nous devons être préparés à les vivre dans un généreux esprit de témoignage de foi, d’énergie morale, au-delà de tout calcul d’égoïsme, de peur, de lâcheté, d’opportunisme. Nous devons les vivre avec notre personnalité d’hommes vrais, devenus « super-hommes » par notre baptême, en citoyens temporels loyaux et sincères, qui ont conscience d’être simultanément citoyens de ce royaume de Dieu que nous appelons l’Eglise, la nôtre, une « société de l’esprit » (cf. Ph Ph 2,1) : une sainte, catholique et apostolique. Nous devons les vivre en chrétiens animés par les principes fondamentaux de l’histoire et du progrès, basés sur la conception religieuse de sacrifice et d’amour, que nous savons être remplie de vraie et inépuisable fécondité d’esprit et non pas sur les conceptions philosophiques et sociales qui s’y opposent.
Courage donc, chers Fils et Frères, venus à ce paternel colloque ; courage !
Avec notre Bénédiction Apostolique.
2 février
L’audience du mercredi 2 février a revêtu cette fois-ci le caractère particulier que lui donnait sa conjonction avec la fête liturgique de la Présentation de Jésus au Temple. C’est l’occasion pour le Pape de bénir les cierges que lui présentent le cardinal Archiprêtre de St-Pierre, Paulo Marella, les délégués du Chapitre, le Cardinal Préfet des Religieux et Instituts Séculiers Edouard Pironio, les représentants des Congrégations Religieuses et Instituts séculiers, les délégués des universités, collèges et séminaires. La cérémonie a donc commencé par une liturgie de la parole, rappelant l’événement que l’Eglise célèbre et sa signification. Le Pape devait d’ailleurs s’y référer dans son allocution.
Un très nombreux public assistait à cette célébration et à cette audience qui ont eu lieu en la Basilique Saint-Pierre. Voici la traduction du discours prononcé par le Souverain Pontife en italien :
Chers Fils et Filles,
A la fête que nous célébrons aujourd’hui et qui termine la période de Noël, on attribue différents noms et différentes significations : Purification de Marie, en relation avec le rite de la Loi ancienne (cf. Ex Ex 13, 2, 12, 15 ; Nb 8,17 Lv 2, 6, Lv 8) ; Présentation de Jésus avec le vieux Siméon et la prophétesse Anne, plus qu’octogénaire, c’est-à-dire la rencontre de l’Ancien Testament avec le Nouveau qui a débuté avec la naissance de Jésus (Lc 2, ibid) ; Chandeleur, un nom qui lui vient de la procession qui, à la fin du IV° siècle se faisait à Jérusalem et nous est rappelée dans le célèbre écrit d’Etérie la pèlerine sur les liturgies locales (cf. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 519) ; et, à la même époque, à Rome, mais avec une autre signification, pénitentielle et purificatrice (cf. P.L. 96, 277 ; Polycarps Rado, Enchir. Litur., II, 1139) ; à Milan, avec la letania qui, de l’église S. Maria Beltrade, accompagnait la procession entourant un portatorium avec l’image de la Vierge portant l’Enfant-Jésus dans les bras (cf. M. Righetti, Manuale di St. Lit. II, 87). C’est donc une magnifique collection de rites variés et dévots, qui dans la liturgie actuelle, que nous pouvons considérer comme authentique et centrale par rapport aux autres, trouve finalement son point focal, fixe, dans l’oblation biblique de Jésus à Dieu, Père et maître de la vie humaine, dans l’expression messianique qui se situe au centre de l’histoire de l’humanité et du difficile destin du salut comme « signe en butte à la contradiction » (Lc 2,34).
Bossuet nous l’explique : « Nous savons que le premier acte de Jésus entrant dans le monde fut de se donner à Dieu et de se mettre à la place de toutes les victimes, de n’importe quel genre, pour accomplir Sa volonté quelle qu’elle soit » (Elévations sur les Mystères, Oeuvres, II, 336). Dans cet épisode évangélique se trouve la profession fondamentale : la philosophie de la vie commence ainsi : l’homme ne s’appartient pas ; il est une créature ; il naît libre mais dans le cadre d’un dessein divin qui engage son destin et son devoir radical (cf. Ep Ep 1,3 et ss.). Parole bien connue de celui qui a découvert la clé de la vocation humaine qui est celle du Christ même : « Voici, je viens (...) pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 7, 9 ; cf. Ps Ps 39,8 Is 53,7). D’où vient que la relation tout entière entre l’homme et Dieu se noue en une série ascendante de mouvements qui se font prière, dialogue, amour, oblation ; qui se font sacrifice également, mais destinés à déboucher dans l’océan de la vie et de la béatitude.
Cet engagement initial, cette offrande de nous-mêmes que nous faisons à la volonté de Dieu, mérite que nous méditions à fond cette fête toute particulière de notre foi en Dieu et dans le Christ, notre Maître et notre Sauveur. Nous sommes le Peuple de Dieu ; et comme transportés par une coutume historique dont nous ne pourrons jamais assez reconnaître et bénir la fortune gratuite, nous sommes parvenus à la rencontre avec le monde religieux, avec le royaume de la foi et de la lumière. Avons-nous compris notre destin merveilleux ? Avons-nous répondu à la dignité de cette élévation communautaire qui incorpore notre microscopique existence à celle universelle du Christ total qui s’appelle Son Corps mystique, l’Eglise ? Nous sommes-nous rendus compte du fait que dans cette communion démesurée, qui nous fait tout-un dans le Christ, notre minuscule vie, loin de perdre sa personnalité, l’acquiert et la magnifie ? Notre ego prend-il des proportions incalculables et se prévaut de cette transfigurante « société de l’esprit » (Ph 2,1) pour parvenir à cette plénitude que nous cherchons vainement dans la possession du royaume de la terre, de la nature, de la pensée elle-même, et, que peut-être inconsciemment, nous désirons profondément: la possession infinie du Dieu vivant.
S’offrir au Christ c’est le recevoir. Evoquer le Christ, c’est conquérir le Dieu Infini.
Audiences 1977