Audiences 1977 29

A QUOI SERT L’ÉGLISE ?





Chers Fils et Filles, A quoi sert l’Eglise ?



Cette fois-ci encore, nous allons parler de l’Eglise considérée dans son action. Et, de nouveau, il y a, pour nous éclairer, les paroles fondamentales qu’au moment de prendre congé de la scène visible de la terre, le Christ a laissées à ses Apôtres comme statut et programme : « Allez... enseignez... » a-t-il ordonné, et Il a ajouté : « baptisez... » (Mt 28,20). La fonction des Apôtres devient ainsi sacramentelle. Chose importante. L’activité de l’Eglise en devient « visible et divine » ; mais cet aspect ne plaît pas toujours aux critiques puritains de la religion qui voudraient qu’elle soit uniquement intérieure, spirituelle, sans ministère autorisé et qualifié, sans signes sensibles, et, tout spécialement, si ces signes sont tenus pour avoir des effets sacrés, nécessaires et surnaturels. En défense de la vérité religieuse chrétienne, nous rappellerons cette prodigieuse parole constitutionnelle du Seigneur : « allez et instruisez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père et du Fils et de l’Esprit Saint... » (ibid.). C’est ainsi qu’est né le christianisme et c’est ainsi qu’aujourd’hui encore s’affirme et se manifeste l’Eglise qui a conscience d’être investie de son plus manifeste pouvoir, le pouvoir religieux précisément, opérant par mandat divin, lorsqu’elle, l’Eglise, qui prend part ministériellement au sacerdoce du Christ, agit en tant qu’instrument actif, certes, mais dont l’efficacité émane du Dieu vivant et non d’elle-même. Et ce que nous disons du baptême s’applique, avec les distinctions et la prudence nécessaires aux autres Sacrements : « Recevez l’Esprit Saint, dit Jésus Ressuscité. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez ils leur seront retenus » (Jn 20,23).

Et que dirons-nous du Sacrement dont le mystère est, ces jours-ci, au Congrès Eucharistique National de Pescara, honoré avec une attention plus que jamais réaliste et extatique ? Dans l’Eucharistie les éléments sacramentels sensibles, le pain et le vin, sont réduits à de simples signes, privés de leur substance lorsque ceux-ci cèdent leur réalité à celle, vraie et réelle mais ineffable, du Christ lui-même, rendue présente comme aliment sacrificatoire par la mémoire et par la vie surnaturelle des siens (cf. St Thomas III, 73, 5).

Nous ne voulons pas, ici, aller plus loin. Qu’il nous suffise en ce moment de rappeler à notre conscience religieuse cet aspect substantiel de notre religion, c’est-à-dire sa vitalité sacramentelle. Elle n’est pas une magie illusoire et trompeuse. Elle se réclame d’une Parole divine comme source indispensable ; le Christ seul est l’Auteur de ce prodige inépuisable, la participation vitale à sa divinité. Elle exige de nous une adhésion humaine particulièrement qualifiée par la foi et la rectitude morale, consciente et actuelle (cf. 1Co 11,28). Elle exige un ministère, elle exige un rite précis. Elle associe notre vie temporelle, fragile et passagère, à la vie du Christ-Homme, Dieu, et prépare notre parfaite et future existence dans la révélation eschatologique de l’éternité. Elle ne déprécie pas, elle n’avilit pas notre expérience temporelle qui, plutôt, est déjà intégrée dans sa radicale insuffisance. Elle est affranchie de l’inexorable voracité du temps qui engendre et consume sa créature. Et elle se fait propédeutique, préparant l’ascension vers l’éternel séjour du ciel.

N’ayons pas l’illusion de croire, très chers Fils, que nous pouvons construire notre vie sans l’aide de la vraie religion, celle qui nous est ouverte par l’Eglise ; et ne pensons pas qu’il suffit d’avoir une idée générale de la religion, qu’il suffit de lui accorder une quelconque adhésion. Elle est la vérité irremplaçable pour notre existence et c’est uniquement l’Eglise qui nous en offre aujourd’hui la garantie, demain la plénitude.

30 Et nous devons graver dans nos âmes ce message du Christ : « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11,23).

Qu’il en soit ainsi !

Avec notre bénédiction apostolique.






21 septembre



AIMER ET SERVIR LE CHRIST-DIEU DANS L’HOMME QUI SOUFFRE





Chers Fils et Filles,



Ces derniers mercredis, dans notre bref discours durant les Audiences Générales qui nous réunissent comme celle d’aujourd’hui, nous nous sommes attaché à une question que nous entendons répéter par un bon nombre d’hommes représentant la mentalité anti-religieuse ou tout simplement areligieuse de notre époque : à quoi sert l’Eglise ? Là société moderne ne peut-elle se suffire à elle-même ? Malheureusement, même si elle est étayée par l’admirable progrès humanitaire contemporain, cette mentalité est superficielle, empirique. Elle en est souvent réduite à juger la vie humaine selon des critères utilitaires que le matérialisme cultive comme une découverte, comme un progrès, comme un humanisme libérateur. Elle répète, en termes philosophiques, des formules totalement négatives, non seulement contre l’Eglise constituée, mais aussi contre tout spiritualisme non lucratif ou ne satisfaisant pas à quelque profit économique ou scientifique. A quoi sert l’Eglise quand le monde profane est en mesure de répondre à tout besoin, même purement somptuaire ? L’Eglise organise la religion ; mais aujourd’hui, la religion, à quoi sert-elle ? On ne veut plus admettre, serait-ce même l’hypothèse de la vérité comme base de la religion, et par conséquent comme un titre à son existence, et encore moins à son efficience dans une société moderne qui se croit capable de se suffire, à elle-même, affranchie des vaines pensées théologiques et spirituelles.

Pour l’instant, nous ne prétendons pas le moins du monde donner une réponse appropriée à des objections aussi radicales et, en apparence tout au moins, aussi formidables. Il ne serait pas impossible de faire l’apologie de la religion et de l’Eglise en commençant par où débute ce grand document autobiographique sur la réalité de notre existence que sont les Confessions de Saint; Augustin. Dans le premier chapitre de cette oeuvre, l’auteur, adressant directement à Dieu un discours passionné et réaliste, affirme : « Tu nous as fait par rapport à Toi ; et notre coeur est inquiet jusqu’au moment où il reposera en Toi ». Du reste, la discussion sur un thème aussi fondamental est si étendue et si vive (même s’il y a quelques signes de résipiscence théorique ou du moins de tempérance pratique), que nous renvoyons les curieux à une étude plus approfondie (voir par exemple celle de Cornelio Fabro, Introduzione all’ateismo, Studium 1964 ; Mgr Veuillot, etc. — L’Athéisme..., Cerf, 1963). Qu’il suffise ici de descendre au niveau le plus simple de la question concernant l’utilité pratique et sociale de l’Eglise ; un niveau toutefois d’une immense étendue comme l’est le champ où l’Eglise opère avec ses actions de charité humaine.

Oui, l’Eglise établit son utilité par son obéissance à l’Evangile. Il est donc superflu de sortir une documentation, attendu que l’Eglise est encore activement présente partout dans notre société. L’Eglise démontre son intelligence des besoins comme nul autre organisme social n’a pu le faire, même si la civilisation dispose aujourd’hui de développements merveilleux. Une intelligence qui prévient : comme elles sont nombreuses les institutions bienfaisantes qui ont jailli du coeur de l’Eglise quand la société ne pensait pas encore à porter secours ! L’Eglise a la faculté de percevoir la douleur de l’homme, dans toute condition, à toute époque, dans tout pays, partout où elle est autorisée à exercer sa mission humanitaire. Demandez à ceux qui connaissent cette sociologie de la charité, jusqu’où peut arriver cet Evangile vivant, et quel prodige de dévouement, de patience de sacrifices elle a suscité.

Il n’existe pas de misère humaine qui n’ait eu dans l’Eglise son propre Institut qui lui a consacré des vies entières, de religieux et religieuses spécialement, avec une indicible patience, avec un silencieux amour. Et encore aujourd’hui, des témoignages évangéliques comme, pour ne citer que quelques-uns des plus connus, ceux d’un Père Damien, lépreux avec les lépreux à Molokai, d’une Mère Thérèse vivant au milieu des pauvres innombrables à Calcutta, ou des Petits Frères et Petites Soeurs de Charles de Foucauld, désormais disséminés dans le monde entier, et tant et tant de Filles, de Soeurs, de Servantes de la Charité d’innombrables Familles religieuses, engagées dans tant d’initiatives bénéfiques, disent avec l’héroïsme de leur immolation ce que l’Eglise fait dans le monde. Ces témoignages évangéliques, elles le portent aussi, dans les villes et les quartiers périphériques, avec une admirable persévérance, les phalanges de Dames, de Compagnies, de Conférences et de groupes dérivés de Saint Vincent de Paul, de laïcs et de jeunes également. A l’enseigne de ce nom ou de celui d’autres Saints ou Saintes, et d’innombrables bons chrétiens de partout dans le monde, elles vont à la recherche du Pauvre, où qu’il se trouve, le regard avide de découvrir la transparence évangélique révélatrice du visage humilié de Jésus : « Chaque fois que vous aurez accompli un acte de charité à l’égard de l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à Moi que vous l’aurez fait », à Moi, Jésus qui vous parle (cf. Mt Mt 25,35-45). Qui est ce Moi qui se montre dans le visage souffrant de l’homme quelconque pour se faire l’objet d’un amour supérieur inextinguible ? C’est le Christ qui inspire, soutient, transfigure, sanctifie, dans sa partie la plus absorbante et expressive, le programme de son Eglise ; parce que tel est son programme tel est son génie : aimer et servir le Christ —Dieu dans l’homme qui souffre.

La leçon est toujours présente et éloquente sous ses mille formes. Elle est pour nous tous. Pensons-y.

Avec notre Bénédiction Apostolique.






28 septembre



PLUS QUE JAMAIS, LE CHRIST EST VIVANT





31 Chers Fils et Filles,



Nous parlerons aujourd’hui dans cette grande salle, nous l’avons fait construire pour accueillir les visiteurs qui, de toutes parts, affluent au Siège de Pierre, désireux de se rencontrer avec son humble et vivant successeur qui poursuit la mission confiée au premier des Apôtres, celle d’être « le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité de la foi et de la communion » (Lumen Gentium,
LG 18). Mais nous ne parlerons que de la monumentale et seule figure, celle de Jésus ressuscité, vivant et bénissant, qui domine cette salle et que nous inaugurons aujourd’hui, une oeuvre du sculpteur Pericle Fazzini : elle dit quel témoignage a été confié au ministère apostolique : que ce Jésus qui a été crucifié, est constitué Seigneur et Christ (Ac 2,36), témoignage que le successeur de Pierre veut proclamer ici, avec certitude et avec humilité de foi.

Oui, nous voulons confier à cette image notre voix, simple et limpide dans l’énoncé des paroles et de l’image qui veulent l’exprimer, mais presque étouffée par leur exubérante signification réelle (cf. St Thomas II-II, I, 2 ad 2). Jésus est la voie, la vérité et la vie (Jn 14,6). Jésus est la lumière du monde (Jn 8,12 Jn 9,5). Jésus est le pain de la vie (Jn 6,48). Jésus est le Bon Pasteur (Jn 10,11-14). Jésus est le Fils de l’homme (Mt 16,13 Mt 25,31 Mt 26,24), il est le Fils de Marie (Mt 13,55), il est le Fils de Dieu (Mt 14,33 Mt 26,64 Jn 9,35 etc. ) ; Jésus est l’alpha et l’oméga (Ap 22,13).

Nous voulons attester, devant vous, Frères et Fils, et devant tous ceux qui, dans le monde sont revêtus de la gloire et de l’espérance du nom de chrétien, qu’encore aujourd’hui le Christ est dans l’histoire du monde qu’il y est aujourd’hui plus que jamais ; dans la pénombre du doute et de l’incertitude, non pas dans l’interprétation futile d’un rationalisme myope et orgueilleux qui le restreint à la mesure des phénomènes compréhensibles, et, tout au plus, singuliers, échappant aux proportions ordinaires de l’intelligibilité naturelle. Mais vivant et réel dans la débordante dimension de son Etre divin, que seule la foi admet exultante, planant dans le mystère qu’il a Lui-même proclamé et documenté (cf. Jn Jn 10,38).

Le Christ est présent. Le temps ne le contient pas, ne le consume pas. L’histoire évolue et peut modifier fortement la face du monde. Mais sa présence l’illumine, en révélant, comme dues à Lui-même, les sages beautés et imprégnant les abîmes d’une miséricorde réparatrice que Lui seul peut répandre. Il est la joie de la terre (cf. Jn Jn 3,29) ; Il est le médecin de toute infirmité humaine (Jn 8,7). Il se personnifie dans tout homme qui souffre ; aussi longtemps qu’il y aura la douleur sur la terre, il en fera sa propre image pour susciter l’énergie de la compassion et de l’amour généreux (Mt 25,40). Aussi Jésus est-il présent, toujours et partout.

Et chacun peut le percevoir par soi-même. Car, tout comme il est vrai que par le dessein salvifique qui s’accomplit en Lui (Ep 1-2) Jésus Christ est le centre de l’humanité, le « Fils de l’homme » par excellence, il est vrai, tout autant, qu’il est le Maître le Frère, le Pasteur, l’Ami de chacun des siens le Sauveur de chacune des personnes humaines qui ont le bonheur d’être associées à Lui comme cellules du Corps mystique dont il est le Chef. Il est permis à chacun de l’appeler par son nom, non comme un personnage étranger et lointain, inaccessible, mais comme le « Tu » du suprême et seul amour, comme l’Epoux de son propre bonheur (cf. Mt Mt 9,15 Ap 22,17), qui est mystérieusement proche bien plus que ne peuvent se l’imaginer ceux qui le cherchent, ainsi qu’il a été dit : « console-toi ; tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais déjà trouvé » (Pascal, Le mystère de Jésus ; St Augustin, Confessions X ; c. 18). Et que cette présence transcendante et immanente du Christ soit représentée ici, est une chose très belle ; à notre avis elle est significative, elle est instructive, car cette salle, pareille à une salle d’attente dans une gare de départ, à une école des vérités, pour élémentaires ou sublimes qu’elles soient, « vérités vraies » en tous cas, nécessaires à la vie, cette salle donc est toute proche, comme une annexe, de la tombe de Saint Pierre, le « pêcheur d’hommes » (Mt 4,19), le premier Pasteur mandaté par le Bon Pasteur Jésus Christ (Jn 21,15 Jn 10,11) ; l’Apôtre à qui ont été confiées « les clés du Royaume des Cieux » (Mt 16,19).

A se le rappeler ; avec notre Bénédiction Apostolique.






5 octobre



L’IMPORTANCE PRIMORDIALE DE LA CATÉCHÈSE





Chers Fils et Filles,



Le Synode des Evêques, vous le savez, est actuellement réuni à Rome, dans la Cité du Vatican : il dure à peu près un mois : tout le mois d’octobre. Mais qu’est-ce que ce Synode ? c’est une institution nouvelle, issue du Concile Vatican II. Il s’agit d’une réunion d’Evêques choisis par les Conférences Episcopales locales et représentant l’épiscopat du monde entier, destinés à collaborer avec le Pape à la direction de toute l’Eglise, au moyen d’informations et de conseils. Au Synode, actuellement rassemblé trois ans après le précédent, ont été convoqués 204 membres, à peu près tous présents ; aux Evêques élus par les Conférences Episcopales nationales se sont joints les Patriarches des Eglises Orientales, quelques Religieux et les Cardinaux-Préfets des Dicastères de la Curie Romaine. Une assemblée vraiment représentative, avec son Secrétaire général et quelques auxiliaires et experts.

Et de quoi s’occupe le Synode ? Il s’occupe de thèmes généraux — normalement un à la fois — qui intéressent la vie de l’Eglise. Aussi un Synode a-t-il une importance extraordinaire. Et cette fois chacun connaît le thème choisi d’avance pour permettre de l’étudier non seulement au niveau doctrinal, mais surtout concrètement, dans ses rapports avec l’expérience et avec les problèmes de la vie vécue de l’Église et de la société qui lui est contemporaine. Le thème est la catéchèse, spécialement pour l’enfance et la jeunesse, sans oublier toutefois que l’âge adulte a besoin lui aussi d’une catéchèse à son niveau.

32 A ceux qui considèrent l’Eglise dans ses larges et complexes proportions doctrinales et sociales, cela peut sembler un thème trop particulier, un thème qui restreint la vision d’ensemble des problèmes religieux, historiques, moraux dans lesquels est impliquée la vie de l’Eglise. Mais il n’en est pas ainsi : il s’agit, certes, d’un problème spécifique, la catéchèse, mais c’est là un problème fondamental, un problème « séminal », et toute la vitalité, toute l’efficience de l’Eglise elle-même dépendent de sa solution. Avant tout parce que la religion de Jésus Christ est fondée sur la Foi, c’est-à-dire sur la Parole de Dieu, aussi bien dans sa phase d’énonciation, dans son magistère que dans sa divulgation, dans sa pédagogie, dans sa phase d’acceptation ; pour ne pas dire, ce qui importe le plus, dans son contenu, doctrinal, théologique ou moral.

Rappelons-nous l’origine et la nature du christianisme qu’on a l’habitude de couvrir à juste titre d’une parole traditionnelle, mais toujours auguste et mystérieuse : Evangile. Jésus, de qui dérive toute notre religion est la « Parole » qui s’est faite homme ; le Verbe divin qui s’est fait chair, qui est venu dans le monde pour annoncer le « royaume de Dieu » (cf. Mt
Mt 4,17). Jésus est le Maître de l’humanité (Mt 23,8). Le dessein de son oeuvre est fondé sur l’écoute, l’acceptation, l’application de sa parole. Si le destin de l’homme dépend de cette rencontre avec le Christ par voie d’enseignement énoncé — c’est la part du Christ — et d’enseignement reçu comme norme de vie, c’est-à-dire l’obéissance à la Foi — c’est l’autre part — on peut entrevoir l’importance primordiale que revêt le contact de l’homme avec la catéchèse.

Mais qu’est-ce que la catéchèse ? C’est précisément l’enseignement fondamental des vérités religieuses, celles que Jésus nous a enseignées par sa prédication, par son exemple, par son Evangile et que nous transmet l’Eglise responsable par son « Education à la Foi » (St Augustin, De Doctrina christiana, Prologus ; P.L. 3, 15 et ss.).

Et l’on peut se rendre compte alors du grand besoin qu’il y a de catéchèse pour tous et toujours et comprendre les exigences didactiques que la Vérité soit exprimée avec une scrupuleuse exactitude, avec la vivacité que son contenu même inspire et recrée et avec l’étude, c’est-à-dire l’amour, de celui qui se sachant et se sentant disciple ne craint pas de reprendre à la base la doctrine qui n’est jamais assez enseignée et jamais assez étudiée.

Et l’on constate aussi à quel point l’intérêt porté à la catéchèse est actuel au cours d’une phase de développement de la pensée humaine qui se berce de l’illusion d’engendrer par elle-même si elle en garde l’estime et le goût, une émotion spirituelle et religieuse subjective ; ou bien, comme il arrive trop souvent aujourd’hui, de pouvoir faire abstraction de la Vérité qui sauve, c’est-à-dire de l’Evangile, et de pouvoir suppléer au manque de la lumière du Christ par la folie de la permissivité.

Retournons tous à la catéchèse, c’est-à-dire à l’école du Divin Maître soit pour faire écho, en humbles apôtres, à sa voix sanctifiante, soit pour nous laisser pénétrer, d’abord, et nous enivrer ensuite, de la Vérité qui assure la vie.

Avec notre bénédiction apostolique.






12 octobre



LE JUSTE VIVRA DE FOI





Chers Fils et Filles,



La rencontre que cette audience nous procure, à vous et à nous, a une grande importance. Elle peut être un de ces moments qui restent, non seulement inoubliables, mais aussi décisifs. Pour nous, c’est clair. Nous avons été choisi par le Seigneur Jésus pour faire le Pêcheur ; c’est Lui qui, dans l’Evangile, l’a dit à Pierre dont nous sommes l’humble mais authentique successeur. « Suivez-moi — a dit le Christ aux premiers Apôtres — je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt 4,19). C’est toujours avec humble anxiété, avec ardente prière que nous venons à cette Audience, une angoissante demande dans le coeur ; voilà que nous rencontrons tant de personnes et nous ne savons rien de la plupart d’entre elles ; tant d’âmes ! aurons-nous la grâce, le bonheur d’en « pêcher » une ? ; c’est-à-dire de lui inspirer une vraie méditation intérieure, de l’engager sur la voie de l’authenticité religieuse, de la fidélité chrétienne ? Et cela peut être aussi clair pour vous. Que signifie assister à une Audience du Pape ? Cela peut signifier de nombreuses choses ; pour celui qui a de la sensibilité spirituelle et l’intelligence de ses propres destinées, ce n’est pas seulement la curiosité d’une scène exceptionnelle ou seulement le geste extérieur de piété religieuse qui peut donner de l’intérêt et de l’importance à un moment comme celui-ci. Et nous pensons que pour chacune des personnes présentes ceci est un moment de rencontre, certes, mais non seulement avec notre modeste personne : elle est bien une formidable rencontre avec Celui que nous avons la mission de représenter, Jésus-Christ. Et plus peut-être qu’une rencontre, ceci est pour chacun des assistants une confrontation. Une confrontation avec le Seigneur. Avec ce Seigneur devant Qui toute personne est transparente (cf. Jn Jn 1,47). Ici, chacun se trouve comme devant un miroir ; le miroir, devenu extrêmement limpide, est la conscience, éclairée par les yeux du Christ. Si la rencontre était sensible (elle ne l’est pas mais, spirituellement, elle est réelle) quel état d’âme jaillirait dans la conscience de celui qui se sent observé, percé par le regard du Christ ? (cf. Jn Jn 2,24-25 Lc 6,5, 22, Lc 60 etc. ).

Il n’est peut-être pas téméraire de supposer que la conscience de beaucoup de gens, scrutée par un oeil si pénétrant, se remplirait d’une certaine confusion, aujourd’hui si commune dans la mentalité religieuse de nombreuses personnes. La demande que chacune d’elles, ainsi interrogées, se répéterait à soi-même, serait celle d’un doute stagnant et incurable : « mais alors le Christ est-il, ou n’est-il pas la vérité ? » (cf. Jn Jn 14,5 Jn 14,8-11 Jn 18,37). Moi, je crois ou je ne crois pas ? Et ici se présente une des situations spirituelles les plus répandues parmi les contemporains en ce qui concerne la question religieuse. C’est celle de l’incertitude, de l’attentisme, du doute systématique. Ces attitudes apparaissent comme la position la plus prudente, et donc la plus sage, pour la raison humaine, aussi avide de certitude scientifique, c’est-à-dire naturelle, que méfiante à l’égard des vérités qui lui sont prodiguées par la foi. Même si le témoignage qui soutient la foi est le témoignage du Christ ? Oui, malheureusement ! Même si l’adhésion à ce témoignage constitue une raison de salut ? (Mc 16,16). Oui, Malheureusement !

33 Et alors, c’est à ce point que nous attendons les hommes d’aujourd’hui, les chrétiens nouveaux. Il faut recommencer depuis la base qui soutient l’édifice religieux : la foi, l’adhésion à la Parole du Maître, une foi simple, ferme, immédiatement consolidée par le don de la certitude divine. Rappelons-nous la parole fondamentale de Saint Paul : « Le juste vivra de foi » (Rm 1,16-17).

Qu’il en soit ainsi pour nous tous !

Avec notre bénédiction apostolique.






19 octobre



SOYEZ FORTS DANS LA FOI





Salut à vous tous, très chers Frères et Fils dans le Christ !



Cette audience, comme toutes celles de ce genre, nous rend heureux ; nous voudrions vous communiquer ce sentiment de bonheur spirituel que nous procure cette rencontre : « Le Christ est avec nous ! » (Mt 18,20). Nous vous remercions pour cette visite si nombreuse, si significative ! A vous, la grâce et la paix du Christ, en abondance ! Nous nous demandons ce que nous poumons vous offrir en échangé du don de votre présence ; ou mieux, nous le demandons au Christ lui-même, Lui qui nous a chargé de Le représenter et de qui nous recevons tout, en vue de cette difficile mission qu’il nous a confiée.

Eh bien, nous voulons avant tout obéir à la Parole que le Christ a dite à Saint Pierre et que nous avons reçue en héritage : « Toi, dit le Seigneur à Pierre, confirme tes frères » (Lc 22,32). C’est précisément cela, notre tâche : confirmer nos frères; et nous voudrions que la plénitude, la force, la joie de cette confirmation vous soit prodiguée par le Christ dans cette rencontre, par la vertu de notre ministère.

Cette confirmation concerne évidemment votre foi, une foi que vous professez en ce moment même par cette visite à l’humble successeur de Pierre, c’est-à-dire au Pape. Oui, Fils et Frères, nous voudrions que la grâce particulière de ce moment unique soit pour vous, et pour tous ceux que rattachent à vous des liens naturels ou spirituels, un sentiment de sécurité au sujet de votre foi catholique et chrétienne. Vous savez tous combien la certitude de la foi est aujourd’hui troublée dans le coeur de beaucoup d’hommes, tout spécialement à cause d’un manque de connaissance de la vraie religion; ou encore à cause du doute qui pénètre l’esprit de l’homme moderne au contact de la culture naturelle et scientifique qui nous donne de magnifiques preuves de ses progrès dans tous les domaines du savoir mais engendre facilement l’opinion que notre esprit, en étudiant et en cherchant, se suffit à lui-même, sans ce supplément de science que seule la Foi peut nous donner.

Et la Foi, c’est-à-dire notre adhésion à la parole de Dieu telle qu’elle nous est enseignée par l’Eglise, n’est pas un supplément superflu pour la vie de l’homme : elle est un supplément nécessaire pour connaître la vérité au sujet de Dieu, au sujet de nos rapports avec Lui, au sujet de notre destin transcendant, au sujet de nos relations avec nos frères, c’est-à-dire avec tous les hommes ; en somme au sujet de notre manière de penser et de vivre. Le véritable sens du monde et de la vie nous est dévoilé par la Foi, c’est-à-dire par la religion, pas simplement par cette religion instinctive, sentimentale et subjective, née peut-être de quelque expérience spirituelle personnelle ; ce sens ne nous est pas dévoilé par le pluralisme divers et incertain de nos pensées et de nos sentiments particuliers ; ou encore par un opportunisme insignifiant ; et moins encore par une facile insouciance à l’égard du monde religieux comme si celui-ci n’était qu’une vaine et inutile divagation. Notre Unique et véritable Weltanschauung (vision du monde) doit dépendre de notre Foi qui n’est certes pas contraire à la science et à la pensée naturelle, à qui elle donne plutôt impulsion et vigueur.

C’est pourquoi, pour vous souvenir de cette Audience, nous vous répétons les paroles qu’a écrites Saint Pierre : « Soyez forts dans la foi » (1P 5,9) !

Avec notre bénédiction apostolique.






26 octobre



LE SYNODE, SIGNE D’UNITÉ DE L’EGLISE





34 Chers Fils et Filles,



Au moment où il est presque arrivé à son terme, nous vous dirons quelques mots du Synode des Evêques, réuni à Rome durant ce mois d’octobre. Tout le monde sait de quoi il s’agit. Il s’agit d’une réunion d’Evêques, provenant, peut-on dire du monde entier ; ou mieux, de toute Région où l’Eglise Catholique est constituée ; environ 200 participants, si l’on compte les représentants des Familles religieuses, et des Chefs des Dicastères Romains. Que le monde moderne s’exprime dans des organismes internationaux, quasi universels et organiques, est un fait de civilisation qui fait honneur à notre époque et fait espérer un sort toujours meilleur de l’humanité. Mais nous ne pouvons ignorer qu’il existe un organisme, analogue mais original, antérieur dans le temps, supérieur dans les objectifs et spirituellement incomparable, qui s’occupe, lui aussi, de réunir le genre humain, de lui inspirer un sens de fraternité fondée sur une Identité de principes, d’intérêts et de sentiments, qui transforme la multiplicité de ses membres en une communion de personnes qui, tout en conservant ou, mieux, en développant leur propre personnalité, se rendent compte et se réjouissent d’être une unique société, un seul corps.

Cet organisme, nous le savons tous, s’appelle Eglise, ce qui signifie assemblée, et se qualifie d’universel, c’est-à-dire ouvert à tous les hommes, considérés soit individuellement, soit collectivement, c’est-à-dire une Eglise Catholique. Dans cette toute particulière association d’êtres humains, un aspect ou, plutôt, un fait essentiel et profond est manifeste : c’est l’unité. Nous répétons avec respect et avec joie cette note ou, pour mieux dire, cette propriété, parce qu’elle nous indique le secret de ce phénomène humain, elle nous avertit que celui-ci cache et, en même temps, manifeste un mystère, une présence transcendante, une activité divine impondérable mais absolument certaine : l’unité de l’Eglise est un effet de l’Esprit Saint, âme du corps mystique du Christ.

Relisez, très chers Frères, le récit de la Pentecôte au second chapitre des Actes des Apôtres. La nouveauté du fait prodigieux est attestée par l’explosion, si l’on peut dire, de la parole inspirée, résonnant dans la multiple diversité des langues propres à tous ceux qui eurent le bonheur d’assister à cette première « épiphanie de l’Eglise » (cf. J. Hamer L’Eglise est une communion, p. 221). Relisez ce qu’écrivait Saint Paul qui recommandait aux Ephésiens de « conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix ». Et il ajoute : « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu, et Père de tous (...) Chacun de nous a cependant reçu sa part de la grâce divine selon que le Christ a mesuré ses dons... » (
Ep 4,3-7).

Ce sont là des paroles qui résolvent dans la parfaite unité de la doctrine le grand et difficile effort oecuménique et autorisent un certain pluralisme extrinsèque des formes d’expression de la même foi, fleurissant d’une souche identique et convergeant vers une identique unité d’amour et de vie.

Nous voudrions que vous puissiez tous recueillir comme une vision de beauté spirituelle, comme un sanctifiant concert d’harmonie comme un fortifiant engagement de fidélité, votre rencontre à Dieu avec le Synode des Evêques qui se conclut près de la Tombe de l’Apôtre Pierre, et que cette rencontre vous fasse ressentir que vous aussi vous participez à la Foi, à l’Espérance à la Charité que l’Esprit répand dans sa sainte Eglise.

Avec notre bénédiction apostolique.






2 novembre



LE MYSTÈRE DE LA MORT ET L’ESPERANCE DE LA RÉSURRECTION





Chers Fils et Filles,



Dans cette journée consacrée à la mémoire des fidèles défunts, la religion investit notre existence d’une manière telle qu’elle nous conduit à consacrer au thème liturgique notre bref sermon de l’audience hebdomadaire. Et tout aussitôt, nous nous sentons tous comme écrasés par la double pensée qui envahit nos âmes, les remplissant, dans une mesure surhumaine, de crainte et d’espérance. La double pensée est celle de la mort et celle des morts.

Quant au premier aspect de ce thème, celui de la mort, nous nous souvenons de l’avoir déjà médité dans sa tragique réalité lorsque, au début du Carême, l’Eglise nous avertit, comme pour nous réveiller de notre habituelle insouciance : « Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». La gravité de l’annonce se référant à la vie présente, sur laquelle pèse l’inexorable sort de la destruction. Aujourd’hui, par contre, le message défie l’avenir et cherche à percer le mystère de l’au-delà. Et ce mystère assume un aspect effrayant, mais aussi absolument rassurant : c’est le mystère de la résurrection des morts, placé à l’épilogue de l’aventure humaine, presque comme un victorieux défi à la dissolution de l’existence humaine. Notre foi, avec une force incomparable, avec une autorité qui n’admet aucun doute, avec un regard prophétique qui voit engagée dans la palingénésie finale, la toute-puissante et re-créatrice vertu divine, nous donne l’assurance de la résurrection des morts. Relisez, ô fidèles, le chapitre XV de la célèbre Première Epître de Saint Paul aux Corinthiens. Vous sentirez alors frémir en vous-mêmes la force de la parole divine : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts... Et de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ... Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts; on sème de la corruption ; on sème de l’ignominie, il ressuscite de la gloire ; on sème de la faiblesse, il ressuscite de la force ; on sème un corps physique, il ressuscite un corps spirituel... Et de même que nous avons revêtu l’image du terrestre, il nous faut revêtir aussi l’image du céleste » (1Co 15, passim). « L’espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5). C’est cette espérance surhumaine dont nous ne pouvons même pas imaginer la réalité, qui doit éclairer notre vie présente, prosaïque, souffrante, faible : « O mort ! où est ta victoire ? » (1Co 15,55).


Audiences 1977 29