Homélies 1977

La première que nous pourrions qualifier de « convergence » regarde le fait que la scène évangélique soumise à notre attention est un repas, la dernière Cène de Jésus avec ses Disciples, une cène rituelle, la cène de l’agneau pascal, hébraïque, anticipée mais identique à celle que le jour suivant, vendredi, le milieu saducéen et sacerdotal célébrera (cf. G. Ricciotti, Vie de Jésus-Christ, nn. 75 et 536, et ss.). Qui ne sait l’importance historique et rituelle qu’avait dans la coutume du peuple hébreu la consommation de cette cène, où l’agneau était symbole de la libération du joug de l’Egypte? Jésus avait été acclamé par Jean Baptiste : « l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29 et 36 ; cf. Jr Jr 11,19 et Is 53,7). Eh bien ! Jésus, victime, la seule vraiment libératrice de l’esclavage du péché, succède à l’image qui l’avait représenté au cours de l’Ancien Testament et inaugure le Nouveau Testament.

Il établit ainsi un rapport religieux plus parfait, immensément plus intime et agissant avec tous ceux qui auront la grâce de croire en Lui et d’être associés à la vie même du Christ (cf. 1P 1,19). L’ère nouvelle, la nôtre, celle de la Rédemption est ainsi ouverte au genre humain à la suite du Christ.

La seconde réflexion concerne le point central du repas d’adieu. Ici l’Amour domine, on dirait qu’il déborde les paroles du Seigneur, de l’action : « ...après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Vous avez certainement tous présents dans vos âmes et le geste de suprême humilité accompli par le Seigneur lavant les pieds de ses apôtres, malgré le refus de Pierre, et, surtout, l’institution de l’Eucharistie par laquelle, violant pour ainsi dire les inexorables lois physiques, par sa toute puissance amoureuse, Jésus se rend présent sous les apparences du pain et du vin pour se faire aliment sacrificiel et vital pour ses conviés... ! Nous sommes prêts à crier : impossible ! impossible ! si ce n’était Jésus Lui-même qui, avec une affirmation invincible, nous dit : « Je suis le pain de la vie... Qui mange de ce pain vivra éternellement ». Les disciples, encore incrédules, commentent ces paroles, et se disent que ce langage est dur. Et Jésus insiste : « Ceci vous scandalise ? Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie ! » (Jn 6, 58, 63). Dans la Cène, Il rend universelle et éternelle la possibilité du prodige eucharistique par l’institution simultanée d’un autre Sacrement, celui de l’Ordre sacerdotal, transmettant sa puissance divine aux disciples bouleversés : « Faites ceci en mémoire de Moi » (Lc 22,19 1Co 11,24).

Mais une troisième réflexion s’impose : pendant la Cène les figures parlent encore : le pain devient Corps tout en conservant les apparences du pain ; le vin devient Sang, mais en le regardant on voit qu’il garde les apparences du vin ; c’est-à-dire qu’ici la mort du Christ s’accomplit sans effusion de sang tout en étant encore présente. La Croix est cachée, mais l’offrande qui sera consommée sur la Croix est déjà là : l’Eucharistie est sacrifice ! (cf. De La Taille, Mysterium Fidei, ch. III, PP 33 et ss. ; St Thomas d’Aquin, S. Theol, III, 48 ; P. Nau, Le Mystère du Corps et du Sang du Seigneur).

Ainsi le Sacrifice de l’Autel et Celui de la Croix sont la même réalité mystérieuse : l’un reflète réellement dans l’autre le drame de la Croix (cf. St Augustin dans Ps 21,27 PL Ps 36,178).

Ici nos possibilités spéculatives semblent s’arrêter. La tête s’incline et adore, l’esprit vacille devant des Réalités qui dépassent notre capacité de les mesurer et de les contenir. Les paroles du pauvre père de l’épileptique de l’Evangile du Seigneur viennent sur nos lèvres : « Seigneur je crois, mais viens au secours de mon incrédulité » (Mc 9,24). Mais le coeur poursuit, comme le nôtre ici, ce soir, et s’écrie avec Saint Pierre après le discours du Christ sur l’Eucharistie-sacrifice : « Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,48).






8 avril





Vendredi Saint

LE CHRIST M’A AIMÉ ET S’EST LIVRÉ POUR MOI





Allocution de Paul VI à l’issue du Chemin de Croix au Colisée



Frères,



Nous sommes troublé ! On ne peut pas suivre le Chemin de la Croix sans que se répercute dans notre esprit le drame douloureux du supplice extraordinairement infamant infligé au Seigneur Jésus ; la cruauté de la peine et l’injustice de la condamnation nous émeuvent profondément. « Il n’a rien fait de mal » (Lc 23,41). Même le centurion qui avait commandé le peloton d’exécution devait reconnaître : « C’était vin homme juste » (ibid. 47). Et de même pour tous ceux qui étaient présents à ce cruel spectacle.

Et nous, Frères ? Nous aussi, si nous avons suivi le triste chemin, si ,nous avons perçu le caractère sacrificiel et donc universel de la mort subie par Jésus-Christ, nous nous sentons impliqués dans sa mise à mort, nous sommes complices ! Mais c’est précisément au moment où notre compassion se retourne contre nous-mêmes comme une accusation inévitable de la mort de cette victime innocente que notre remords se transforme en espérance, se change en reconnaissance et en pleurs de joie. Lui, Jésus, le Fils de l’homme, Lui, le Fils de Dieu, il a été crucifié par nos péchés, il nous faut pleurer; il a été crucifié pour nos péchés, réjouissons-nous. Nous venons de rappeler la tragédie rédemptrice de l’Agneau qui a donné sa vie pour nous, pour chacun d’entre nous. Le mystère s’ouvre, avec les paroles de Saint Paul : « Lui, le Christ, m’a aimé, et s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2,20), et monte alors à nos lèvres le cri de ces paroles : « Seigneur, je vous donne tout » (Pascal, Bossuet).

Et les autres ? Nous pensons à la multitude humaine bien plus innombrable que celle qui est maintenant devant nous, à la multitude de la société, du monde.

Lui parviendra-t-il au moins l’écho de cette grande histoire de douleur et d’amour qu’est le Chemin de Croix ? De douleur, qui est fille ou du moins de la même famille que la violation de l’ordre, de cette violation plus grande qu’est le péché ; d’amour, de cette sorte d’amour, disons-le, tel qu’il n’y en a pas de plus grand, sinon dans le sacrifice de celui qui donne sa propre vie pour celui qu’il aime, et comme il se manifeste dans l’Evangile de la Croix (Jn 15,13). Eh bien, auditeurs lointains et pourtant si proches pour notre esprit, sachez que maintenant vous êtes aussi présents ici, dans notre affection, dans notre estime, dans notre prière pour vous !

Quant à vous, hommes de pensée, où trouverez-vous une lumière plus grande que dans cette sagesse de la Croix, victorieuse grâce au mystère qui enveloppe la vie humaine ? Et vous, qui avez le pouvoir, où trouverez-vous la force de rendre votre travail efficace, sinon dans les perspectives d’un amour généreux ? Et vous, les travailleurs, que le souci de votre pain quotidien met souvent en lutte systématique contre la société, qui vous donnera le pain de la vie, de la liberté et de la justice, sinon Celui qui peut dire sans manquer à sa promesse : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et je referai vos forces » (Mt 11,29) ?

Oh ! comme nous voudrions qu’en cet instant où la Croix du Christ se fait lumineuse, il répande par son sang divin sa divine certitude de bonté, d’espérance et de béatitude ! Oh ! qu’il le puisse, dans un rayonnement sans limite, avec notre Bénédiction Apostolique !


8 mai



PLACE À L’AMOUR ! HALTE AUX VIOLENCES !



Le 8 mai, le Saint-Père a présidé au rite de la béatification d’une religieuse espagnole, fondatrice des Soeurs de Notre-Dame de la Consolation : Mère Maria Rosa Molas y Vallvé, morte en odeur de sainteté en 1876. Une importante délégation officielle représentant le Roi d’Espagne et son gouvernement a assisté à la cérémonie. Etaient présents également de très nombreux pèlerins venus d’Espagne et entre autres le choeur de la paroisse de Reus, où la nouvelle Bienheureuse vit le jour, passa sa jeunesse et fit sa première expérience de religieuse.

Le rite de la béatification s’est déroulé, au cours d’une messe solennelle que Paul VI a concélébrée avec le Cardinal Enrique y Tarancon, Archevêque de Madrid, les Archevêques et Evêques de Tarragona, de Caracas, de Ciudad-Eolivar, de Tortosa, de Segorbe-Castellon, de Guaxupe et de Nouna-Dedougon (Haute Volta). Au cours de la concélébration le Saint-Père a prononcé en espagnol une homélie dont voici la traduction :



Vénérables Frères et chers Fils,



L’Eglise, qui cette semaine encore répète le cri joyeux de l’Alléluia devant le Christ ressuscité, le Christ présent dans l’espérance ecclésiale, le Christ qui revit son éternelle efficacité mystérieuse dans tant d’âmes généreuses, retrouve une irrépressible exultation dans l’événement, que nous célébrons aujourd’hui et qui, s’il n’est pas rare, a cependant des résonances toujours émouvantes, toujours vibrantes, toujours pleines de contenus nouveaux.

Dans le cadre liturgique de la fête d’aujourd’hui, nos yeux découvrent une nouvelle fleur de vertu, un rayon de lumière qui vient embellir le jardin déjà si lumineux de l’Epouse du Christ. Il s’agit, comme vous le savez, d’une religieuse espagnole, aujourd’hui gloire de l’Eglise universelle : la nouvelle Bienheureuse Maria Rosa Molas y Vallvé, fondatrice des Soeurs de Notre-Dame de la Consolation.

Nous ne nous arrêterons pas à rappeler l’histoire bien connue de la vie de la nouvelle Bienheureuse qui depuis Reus où elle vit le jour dans une modeste famille, accomplît une admirable démarche, uniquement poussée par son amour pour le Christ et pour son prochain, remplissant avec une étonnante vitalité spirituelle une existence qu’elle conclut humblement, il y a exactement un siècle, à l’âge de 61 ans.

Une vie simple, cachée, élevée aujourd’hui au triomphe. Pourquoi ? Pensons-y un moment.

Toute vie passée dans une oblation héroïque est un mystère de l’amour de Dieu, accepté dans la plus intime correspondance personnelle à cet amour. C’est un poème évangélique entrelacé de sublimes échanges. Aussi, si nous voulons détecter les facettes saillantes de là vie de Maria Rosa Molas, nous aurons à nous approcher avec respect de la source inépuisable de l’Evangile (cf. Mt Mt 25,31 et ss.) là où le pauvre, le nécessiteux, l’affamé, l’abandonné, celui qui souffre, est proclamé digne des soins prioritaires, de la sollicitude la plus tendre, du geste exquis d’un coeur qui non seulement soulage, mais qui partage les souffrances et lutte pour en supprimer les causes. Et qui est capable, ainsi de prendre part à la souffrance pour une raison fondamentale : parce que là est le Christ souffrant, devenu présence vivante, et qu’il exige de chacun une foi créatrice capable de faire naître la confiance là où elle ne trouve plus d’espace humain.

Cherchons-nous le charisme propre, le message personnel, le génie particulier de Maria Rosa Molas ? C’est ici que nous le trouvons. En un moment historique difficile, sur le plan local comme sur le plan national, caractérisé par des luttes, des factions multiples ; un moment où le désespoir, envahissant tant de vies d’enfants, de jeunes sans instruction et sans avenir, de vieillards sans assistance, elle sut aller vers les nécessiteux, se faisant charité vivante, se faisant amour qui s’oublie soi-même, se faisant tout pour tous, afin de suivre l’exemple du Christ, d’être artisan d’espérance et d’élévation sociale. Non pas seulement pour donner quelque chose, mais pour se donner elle-même par amour, et pouvoir — comme Marie, son modèle d’élection — faire le don précieux d’un engagement total dans l’aide miséricordieuse et consolatrice, à ceux qui la demandaient et à ceux qui, sans le savoir, en avaient besoin. C’est ainsi que Maria Rosa fit la charité ; c’est ainsi qu’elle devint Maître en humanité.

Dans la lente démarche de l’humanité vers un progrès humain si généralement ambitionné, nous constatons aujourd’hui que des Institutions nationales et internationales, des associations d’inspiration et de types divers, et même des personnes de provenance variée proclament de manière solennelle ou dans des documents publics leur volonté de créer une société nouvelle et un homme nouveau, plus digne. Plaise à Dieu que cela signifie que les espoirs les plus nobles, enfouis dans les replis les plus intimes du coeur humain, commencent à trouver leur complète expression ! Une réalité poursuivie avec obstination, capable d’ouvrir les âmes à la joie d’un avenir meilleur pour l’humanité que l’Eglise ne cesse de proclamer, de désirer et d’encourager.

Toutefois, malheureusement, nous constatons que, souvent, un humanisme bien intentionné, mais sans racines profondes, sans la garantie d’une motivation consistante et supérieure qui découvre au fond de l’être humain la dignité incommensurable de l’image divine et la présence du Christ qui exalte, libère, et unit l’homme, en reste à un humanisme débile, incomplet, ambigu, purement formel quand il n’est pas faussé.

S’il est juste de reconnaître que cet objectif inéluctable de défendre, promouvoir et cultiver la « sacralité » de la vie humaine, patronnée et encouragée sans cesse par le christianisme, a trouvé un écho dans des domaines aussi pressants que la santé, l’hygiène, l’assistance sociale et d’autres, il n’est pas moins certain que le respect de la vie humaine est également menacé, sinon outragé et blessé du fait de la dégradation et des déviations effrayantes qui, dans pas mal de sociétés, constituent de sérieux motifs pour s’alarmer.

Nous pensons au phénomène de la violence criminelle qui atteint aujourd’hui des dimensions et des formes réellement préoccupantes; nous pensons au fléau de plus en plus répandu de la drogue, propagé pour des intérêts qui ne tiennent aucun compte des tragédies qu’elle crée chez tant de personnes sans expérience et dans tant de familles ; nous rappellerons encore la course aux armements capables de détruire l’humanité et qui paralysent des ressources énormes qui devraient servir à un harmonieux progrès humain. Et n’oublions ni la coupable et volontaire violation de la vie causée par la légalisation de l’avortement, ni les douloureuses situations de grande misère qui sont une triste réalité dans de nombreux pays du monde, comme en Afrique, en Asie... Et, ajouté à tout cela, comme un coup de fouet pour la conscience sensible du juste, nous constatons un lamentable commerce d’armes, instruments de mort, de destructions, d’horreurs, d’offense à l’homme et au Créateur de la vie. Tristes sentiers dans lesquels s’est engagée une partie de l’humanité désorientée !

Relevons, pour finir, le sentiment d’insécurité que créent les fréquents séquestres de personnes (28 cas depuis le début de l’année, dont une dizaine non encore résolus !). Devant de tels événements qui répandent crainte et tristesse dans les âmes, notre coeur de Pasteur universel se sent et se veut particulièrement sollicité. Même d’Amérique Centrale nous est parvenue une pétition confiante, nous priant de dire un mot en faveur de la libération du Ministre des Relations Extérieures d’El Salvador, séquestré il y a quelques semaines. Oui, en ce jour de l’exaltation d’une âme, engagée en tout et pour tout à alléger les peines des frères qui souffrent, nous élevons du plus profond de l’âme un appel vibrant — que nous déposons comme supplication aux pieds de la nouvelle Bienheureuse — pour que cessent une fois pour toutes de telles tragédies humaines.

Face à ce sombre tableau qui confond nos esprits et oppresse nos coeurs, l’Eglise ne cesse de dresser un flambeau que le christianisme maintient levé depuis des siècles. Un flambeau qu’aujourd’hui nous montre, avec un caractère et une vaillance admirables, une humble religieuse qui fit du respect, de l’amour généralisé, de la préoccupation pour les femmes, de la charité sans limites, de l’idéal de la consolation du prochain, un programme, un geste aujourd’hui plus que jamais valable pour que l’être humain soit véritablement tel sans trahir sa condition. Sublime leçon, une de plus, d’un coeur dominé par l’humilité et la force. Un être qui a vécu le défi humanisant de la civilisation de l’amour. Cette civilisation, qui espère faire de nouveaux adeptes, toujours plus nombreux, est peut-être sans défense, mais elle est invincible.

Que la nouvelle Bienheureuse soit notre guide ; qu’elle intercède pour nous auprès de Dieu pour que les Soeurs de Notre-Dame de la Consolation et le monde religieux en général, les âmes de bonne volonté qui croient encore aux ressources créatrices du coeur humain, les dirigeants des pays, et particulièrement de son pays natal, l’Espagne, — dignement représentée ici par ses Autorités — sachent recueillir son message d’amour effectif, d’espérance chrétienne, de dévouement à la création d’un monde plus humain et plus fraternel. Un monde conscient du fait que plus on donne avec noblesse et élévation de vues, plus on reçoit.

Le Saint-Père a poursuivi son allocution en langue italienne :



La Fille de la noble nation espagnole que nous avons déclarée Bienheureuse, nous suggère d’adresser aussi la parole aux fidèles de langue italienne qui participent nombreux à la cérémonie. Elle nous le, suggère non seulement parce que l’Institut des Soeurs de Notre-Dame de la Consolation est également présent et très actif à Rome, mais encore et surtout parce que l’ardeur charitable dont la Fondatrice, Mère Maria Rosa Molas a donné un lumineux exemple par sa vie, a dépassé de très loin les frontières de sa terre d’origine.

C’est précisément cette vertu, qui était la grande caractéristique de la nouvelle Bienheureuse que nous voulons célébrer et exalter : puisée dans la prière et dans l’union filiale avec Dieu, cette vertu s’exprimait dans la plus vive sollicitude pour les pauvres, les malades, les nécessiteux, dans une disponibilité sans limite qui faisait de cette Femme un authentique « instrument de miséricorde et de consolation ». C’est un idéal que nous proposons non seulement à ses filles spirituelles, mais à tous ceux qui veulent être fidèles au Christ et à son Evangile.






12 juin



LE SACREMENT DE L’AMOUR QUI TRANSFORME NOTRE VIE



Homélie du Pape en la Fête-Dieu



Vénérables Frères et très chers Fils !



Nous célébrons aujourd’hui à Rome la fête du « Corpus Domini » — (la Fête-Dieu), non plus le jour traditionnel, le jeudi suivant le dimanche dédié à la Très-Sainte Trinité, mais bien le dimanche suivant cette dernière fête. Ce déplacement, rendu nécessaire pour harmoniser le calendrier liturgique au calendrier civil ne signifie d’aucune manière la moindre diminution du culte à la Très-Sainte Eucharistie. Au contraire cette mesure tend plutôt à raffermir ce culte, à le rendre plus accessible, à en permettre une meilleure participation à tout le Peuple fidèle. A vous, Pasteurs de l’Eglise de Dieu, à vous Prêtres, ministres de ce grand sacrifice et sacrement, à vous Religieux et Religieuses qui professez une dévotion toute particulière à l’égard de l’Eucharistie, et à vous tous, Catholiques invités toujours au mystérieux et très saint banquet eucharistique, nous adressons la plus vive recommandation de renouveler l’éternel engagement de célébrer avec une conviction inaltérée, ou plutôt accrue, cette très belle fête, due souverainement au Christ qui, venant à notre rencontre avec une telle prodigalité d’amour et de grâce, est vraiment, ineffablement, pour chacun de nous comme pour toute la communauté catholique le Pain de vie pour notre pèlerinage dans le temps vers l’éternelle possession de Dieu.

Vénérables Frères et très chers Fils !

Ecoutez cette année encore quelques mots sur le « Corpus Domini », dans une attitude de prière ! Le premier objectif de cette célébration est pédagogique, c’est-à-dire éducatif ; celui de nous rendre attentifs, exultants, conscients de la réalité du mystère eucharistique. L’homme est un être qui s’habitue aux choses extraordinaires et souvent il réduit l’impression exceptionnelle d’un moment donné à une expression ordinaire, conventionnelle et superficielle. L’homme s’habitue ; et même il finit par trouver normales les réalités qui dépassent sa faculté d’entendement. Il les considère comme contenues dans un espace purement verbal qui les qualifie, sans leur attribuer ni reconnaître l’exubérante richesse de signification intérieure qui leur est propre. Cela se passe souvent ainsi pour cet ineffable sacrement de l’Eucharistie qui n’offre plus à notre connaissance sensible que les images apparentes, les espèces du pain et du vin, alors que ces espèces qui, sur l’autel contiennent les éléments d’un sacrifice, cachent la chair et le sang d’une victime immolée, du Christ crucifié, Corps uni à son propre sang, à son âme, et à la divinité du Verbe. Oui, c’est cela le « mystère de Foi » présent dans l’Eucharistie (cf. Concile de Trente, Décr. De Euch., ch. 3). Ceci constitue le premier effort spirituel auquel nous invite et nous oblige ce Sacrement, un effort de connaissance non soutenu par une expérience sensible — qui va bien au-delà des apparences (si éloquentes cependant, mais d’une signification autre que matérielle et ordinaire, (cf. Jn Jn 6,63), mais un effort de foi, d’adhésion donc à une Parole qui domine les choses créées, une Parole, un Verbe divin présent.

Pour accéder au Sacrement de l’Amour il faut franchir le seuil de la Foi (cf. St Thomas III, 73, 3 ad 3). Mystère de la Foi ! Et comme nous sommes entrés dans le camp de la Foi qui nous invite à lire dans les signes sacramentels l’ineffable Réalité qu’ils localisent et représentent, le Christ sacrifié et se faisant nourriture spirituelle pour nous, une question, en même temps timide et audacieuse, se forme dans notre âme ébahie : pourquoi as-tu voulu, ô Seigneur, assumer cette apparence ? pourquoi viens-tu à nous ainsi caché et ainsi dévoilé ? Retenons un instant notre souffle et écoutons. Oui, une parole de Jésus est pour ainsi dire prononcée par le don eucharistique mis devant nous; écoutons-la de nouveau dans l’Evangile ; Jésus dit encore et toujours : « Venez à moi, vous tous qui peinez et portez un fardeau accablant, et je vous soulagerai » (Mt 11,18). Jésus est donc dans une attitude d’invitation, de connaissance et de compassion pour nous, et même d’offre, de promesse, d’amitié, de bonté, de remède à nos maux, de consolateur, et plus encore d’aliment, de pain, de source d’énergie et de vie. « Je suis le pain de vie » (Jn 6,48), suggère le Seigneur dans son éloquent silence.

Jésus, pain ! Jésus, aliment ? Mais où veut-il en venir, le Seigneur ? N’est-ce pas trop, déjà, qu’il soit venu dans le monde pour nous ? ou mieux qu’il se soit rendu accessible au point de multiplier sa présence sacramentelle pour chaque autel, pour chaque table, où, son autre présence représentative et opérante, celle du Prêtre, rend possible la multiplication sans fin de ce prodige ? (cf. De la Taille, Mysterium Fidei, Eluc. 36, et ss.).

Les aspects de cette doctrine se dilatent et se multiplient au fur et à mesure qu’on y réfléchit, au point de confondre notre esprit si l’intention du Seigneur ne nous avait pas été éclairée par la célèbre parole de l’Apôtre Paul à qui cette Basilique est dédiée, une parole devenue extrêmement courante dans notre langage religieux. Et quelle est cette divine et suprême intention, et quelle est cette parole qui nous l’éclairé ? Cette parole, ce terme c’est « communion », en grec koinonia, une expression verbale qui nous monte toujours aux lèvres quand nous voulons indiquer que nous nous approchons de ce sacrement : « communier, faire la communion » signifie s’approcher de la Sainte Table, recevoir l’Eucharistie, recevoir Jésus dans le sacrement qui, dans sa profonde réalité, consiste en l’unité du Corps mystique du Seigneur (cf. St Thomas III, 73, 3). En utilisant un langage humain, nous donnons plutôt au terme « communion » un sens bien à nous, subjectif comme si cet acte était exprimé de manière adéquate par le geste de nous approcher de l’Eucharistie, tandis que nous faisons moins attention à l’initiative du Christ qui nous donne la possibilité de le recevoir, Lui, qui s’offre à nous en instituant et en renouvelant cet admirable sacrement avec les saintes paroles : « Prenez et mangez ; Ceci est mon corps donné en sacrifice pour vous... Ceci est le calice de mon sang versé pour vous... ». Ici se trouve révélée l’intention extrême de Jésus à l’égard des hommes appelés à sa religion, intention finalement déclarée : l’amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13 et ss. ; cf Pr Pr 8,31).

Sommes-nous dignes ? non, certainement — sommes-nous capables de pénétrer au coeur de cette « exaltation » religieuse ? Combien d’hommes ne sont pas capables de la comprendre; et combien, même s’ils en entrevoient le secret, ne savent pas l’accepter ? Ici l’amour envers Dieu, le grand, le suprême de Dieu. Nous sommes aimés avant même que nous soyons disposés à aimer ; Il nous a aimés le premier (1Jn 4,10-19) et, tant de fois, nous nous sommes soustraits à son amour, nous qu’il a créés, faits pour Lui ; nous avons refusé de nous rencontrer avec Lui (cf. la parabole de l’invitation au banquet, Mt 22,1-10 Lc 14,15-24), peut-être par une lâche et secrète crainte d’être conquis à un Amour qui changerait notre vie... L’Eucharistie est l’invitation la plus directe, la plus forte à l’amitié, à la compagnie du Christ. Et de plus, l’Eucharistie est l’aliment qui nous donne l’énergie et la joie pour y répondre. L’Eucharistie place ainsi le problème de notre vie sur un suprême jeu d’Amour, de choix, de fidélité; et, si nous l’acceptions, de religieux ce jeu se fait social, suivant les paroles révélatrices de l’Apôtre Paul que nous répéterons comme conclusion et souvenir de cette célébration. L’Amour reçu de Jésus dans l’Eucharistie est une communion avec Lui et, pour cela même, il se transforme et se manifeste dans notre communion avec les frères, effectifs ou possibles, que tous les hommes sont pour nous. Nourris du corps réel et sacramentel du Christ, nous devenons toujours Plus intimement le Corps mystique du Christ : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas une communion au sang de Jésus-Christ ? Et le pain que nous rompons, n’est-il pas une communion au corps de Jésus-Christ ? Parce qu’il y a un seul pain, nous ne sommes qu’un corps, malgré notre grand nombre, attendu que nous recevons tous notre part de ce pain unique » (1Co 10,16-17).

Répétons avec Saint Augustin : « O Sacrement de piété ! O signe d’unité ! O lien de charité ! Qui veut vivre, a de quoi vivre » (Tr 26, 19 ; PL. 35, 1615). Qu’il en soit ainsi pour nous, Frères et Fils bien-aimés !






19 juin



TÉMOIN AUTHENTIQUE DE L’AMOUR DE DIEU POUR L’EGLISE ET POUR LES HOMMES



L’homélie du Pape à la canonisation de Jean Népomucène Neumann



Salut à vous, Frères, Fils et Filles des Etats-Unis d’Amérique ! Au nom du Seigneur nous vous souhaitons la bienvenue.



L’Eglise Catholique toute entière vous accueille ici avec joie, près de la Tombe de l’Apôtre Pierre. Unie à vous, toute l’Eglise élève un hymne triomphal vers Saint Jean Népomucène qui accède aujourd’hui à l’honneur de ceux qui vivent dans la gloire du Christ.

Pour les autres pèlerins, nous allons, en quelques brèves paroles, exposer certains détails de sa vie que vous, vous connaissez déjà.

Nous rendons gloire au Seigneur qui nous accorde la joie de pouvoir déclarer Saint l’Evêque de Philadelphie aux Etats-Unis d’Amérique, Jean Népomucène Neumann à qui nous avons déjà reconnu le titre de Bienheureux le 13 octobre 1963. Honneur à l’Eglise Catholique des Etats-Unis qui inscrit dans la phalange des Saints son premier exemplaire. Rappelons quelques données biographiques. Jean Népomucène Neumann était un immigré originaire de Bohême, né à Prochatitz le 28 mars 1811 ; il fut éduqué au séminaire de Budéjovice qui appartenait à l’époque à l’Empire Austro-Hongrois, puis à Prague où il perfectionna ses études de théologie. Son ordination sacerdotale ayant été différée à cause du nombre très élevé des séminaristes appelés à la prêtrise, le jeune Neumann se rendit à Strasbourg, s’associant à un projet de mission pour l’Amérique ; il passa quelque temps à Paris, puis au Havre où il s’embarqua, seul et pauvre, à destination de New York. Là, l’Evêque du lieu, Mgr Dubois, l’ordonna prêtre le 25 juin 1836. Il fut envoyé dans la région des chutes du Niagara, à Williamsville, puis à North Buse, exerçant pendant ces quatre années, son dévoué ministère pastoral parmi les bûcherons. Un désir de perfection et de vie communautaire l’incita à entrer chez les Rédemptoristes originaires de la Péninsule italique, et il consacra de préférence ses soins pastoraux aux immigrés de langue allemande, d’abord à Baltimore où il prononça ses voeux, puis à Pittsburgh où il fut appelé à diriger la Maison que les Rédemptoristes y avaient ouverte. Pendant 3 années Pittsburgh fut le centre de sa vaste activité. Revenu à Baltimore, il y exerça le ministère paroissial en l’église St-Alphonse, étant ainsi le premier curé rédemptoriste d’Amérique ; toujours le premier au travail et au sacrifice, toujours le dernier au repos, il se montra inlassablement un modèle de régulière observance religieuse.

En 1852 il dut accepter sa nomination au siège épiscopal de Philadelphie. Ces nouvelles responsabilités redoublèrent son zèle pastoral. Surmontant des difficultés de tous genres il réussit à fonder une centaine d’écoles catholiques, poursuivant inlassablement ses visites pastorales et ses contacts avec les populations pauvres et laborieuses. Il fonda à Philadelphie la première paroisse italienne dédiée à la Sainte florentine Marie-Madeleine de Pazzi, et entreprit la construction de la monumentale église Catholique. En 1854 il vint à Rome pour la publication du dogme de l’Immaculée Conception puis alla visiter son pays natal. Il rédigea différentes oeuvres, parmi lesquelles un célèbre catéchisme, réédité de nombreuses fois. Il mourut, emporté, par un mal soudain qui le frappa dans la rue ; il n’avait pas 49 ans ; sa dépouille repose en l’église Saint-Pierre de Philadelphie. Et, à présent, il vit dans la communion des Saints, dans la gloire du Christ.

Aujourd’hui, nous nous demandons : quelle est la signification de cet événement extraordinaire, la signification d’une canonisation ? C’est la célébration de la sainteté ! Et qu’est-ce que la sainteté ? c’est une perfection humaine, un amour humain élevé à son plus haut niveau dans le Christ en Dieu.

A l’époque de Jean Neumann, l’Amérique représentait de nouvelles valeurs, de nouvelles espérances. L’Evêque Neumann considéra celles-ci par rapport à l’ultime, à la suprême possession à laquelle est destinée l’humanité. Avec Saint Paul il pourrait témoigner que « tout est à vous ; mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (1Co 3,23). Et avec Saint Augustin il comprit que « notre coeur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose dans le Seigneur » (Confessions, 1, 1).

Son amour pour les gens était authentiquement de l’amour fraternel. C’était réellement de la charité : charité pastorale et missionnaire. Comme Jésus le Bon Pasteur, il donna sa vie pour ses brebis, pour le troupeau du Christ: afin de pourvoir à leurs besoins, pour les guider vers le salut. Et aujourd’hui nous proclamons solennellement avec Jean l’Evangéliste : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (15, 13).

Le zèle pastoral de Jean Neumann se manifestait de nombreuses manières. Par un service fidèle et persévérant, il mena à son total accomplissement la générosité de son acte initial de dévouement missionnaire. Il aida les enfants à satisfaire leur besoin de vérité, leur besoin de doctrine chrétienne, le besoin de l’enseignement du Christ dans leur vie. Il réalisa ceci par l’instruction catéchistique et par la promotion, avec une énergie inépuisable, du système scolaire catholique aux Etats-Unis. Et nous aimons rappeler les paroles de notre ancien Délégué Apostolique à Washington, le regretté Cardinal Amleto Cicognani : « Vous Américains, dit-il, vous possédez deux grands trésors. L’Ecole catholique et la Confraternité de la Doctrine chrétienne. Protégez-les comme la pupille de vos yeux » (cf. Lettre du 2 juin 1963).

Et comment pourrait-on s’empêcher d’admirer l’amoureux intérêt que Jean Neumann portait au Peuple de Dieu dans son ministère sacerdotal d’abord, puis dans ses visites pastorales comme Evêque ? Il aimait profondément le Sacrement de la Réconciliation : et comme un vrai fils de Saint Alphonse il apportait le pardon et la force salvatrice du Rédempteur dans la vie d’innombrables fils et filles de l’Eglise : il se tenait tout proche des malades; avec les pauvres, il se trouvait comme chez lui ; il était un ami pour les pécheurs. Et aujourd’hui, il est l’honneur des immigrés ; et du point de vue des Béatitudes, il est le symbole du succès chrétien.

Jean Neumann était à l’image du Christ. Il expérimenta au plus profond de son être le besoin de proclamer par la parole et par l’exemple la sagesse et la puissance de Dieu et de prêcher le Christ crucifié. Il trouva dans la Passion du Seigneur la force et l’inspiration pour son ministère : Passio Christi conforta me !

Le Sacrifice Eucharistique était le centre de sa vie et constituait pour lui ce que le Concile Vatican II appellerait plus tard : « la source et le sommet de toute évangélisation » (Presbyterorum Ordinis PO 5). Avec grande efficacité, grâce à la « Dévotion des quarante heures » il aida ses paroisses à devenir d’authentiques communautés de foi et de service.

Mais pour accomplir sa tâche, il lui fallait aimer. Aimer signifie donner, aimer signifie le sacrifice. Et dans son sacrifice, le service de l’Evêque Neumann trouvait sa plénitude. Il conduisit son peuple le long des sentiers de la sainteté. Dans sa génération, il était un effectif témoin de l’amour de Dieu pour l’Eglise et pour le monde.

Nombreux sont ceux qui ont vécu et vivent encore le divin commandement de l’amour généreux. L’amour implique encore et toujours le don de soi-même à autrui, car l’Amour est descendu jusqu’à l’humanité, et de l’humanité l’amour remonte à sa source divine ! Comme ils sont nombreux, les hommes et les femmes qui font de ce plan de Dieu le programme de leur existence ! Et notre prière s’élève pour le clergé, les religieux et les laïcs catholiques d’Amérique qui, fidèles à l’Evangile vivent conformément à ce plan de sacrifice et de service. Saint Jean Neumann est, à cet égard, un authentique modèle pour nous. Il n’est pas suffisant d’acquérir les bonnes choses de cette terre, car elles peuvent être dangereuses si elles empêchent que notre amour remonte vers sa source et atteigne son but. Rappelons-nous toujours que le premier et le plus grand des commandements est celui-ci : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu » (Mt 22,36).

Humanisme vrai dans le christianisme. Le vrai christianisme — répétons-le — est sacrifice de soi-même pour autrui, pour le Christ, pour Dieu. Ceci se voit par des signes ; cela se manifeste par des actes. Le christianisme est sensible à la souffrance, à l’oppression, à l’affliction du prochain, à la pauvreté, aux nécessités humaines, la première de celles-ci étant la vérité.

La cérémonie d’aujourd’hui est donc la célébration de la sainteté. Elle est, en même temps, une prophétique anticipation — pour l’Eglise, pour les Etats-Unis, pour le monde — d’un renouvellement de l’amour : amour pour Dieu, amour pour le prochain.

Et dans cette charité vitale, poursuivons ensemble, chers Fils et Filles, pour édifier tous ensemble une véritable civilisation de l’amour.

Saint Jean Neumann, par le vivant pouvoir de votre exemple et par l’intercession de vos prières, aidez-nous aujourd’hui et pour toute l’éternité.

Nous adressons maintenant des souhaits tout particulièrement cordiaux, de bienvenue à cette cérémonie mémorable, aux fidèles ici présents qui nous viennent du pays natal du nouveau Saint, Jean Népomucène Neumann.

Son leitmotiv Passio Christi conforta me — la Passion du Christ me donne la force — nous révèle le secret de sa vie et la source inépuisable de la vigueur avec laquelle il a réalisé des oeuvres si fécondes et sanctifiantes.

Puisse le Saint missionnaire et évêque Jean Népomucène Neumann être également pour vous, ses compatriotes, un puissant protecteur dans l’épreuve et le besoin et un guide sûr vers la patrie éternelle.








29 juin




Homélies 1977