
Audiences 1978 11
Chers Fils et Filles,
Par la grâce du Seigneur, nous avons eu la joie spirituelle — un des moments les plus hauts de notre ministère — de déclarer « Bienheureuse » Marie Catherine Kasper qui fonda, au siècle dernier en Allemagne, une Congrégation religieuse féminine, celle des Pauvres Servantes de Jésus-Christ, aujourd’hui répandue dans le monde entier, où elle se dévoue au service du prochain dans de très nombreuses oeuvres de charité. Cette béatification a rappelé et fait connaître partout cette pieuse institution dont les mérites dans l’Eglise lui valent que nous y consacrions notre réflexion.
Nous pourrions considérer ce fait, inscrit désormais et pour toujours dans l’histoire religieuse du monde à côté d’autres fondations similaires qui, au cours du siècle dernier spécialement, et du nôtre, ont caractérisé la vie de l’Eglise : une floraison d’institutions évangéliquement et socialement merveilleuses au point de constituer un phénomène qui qualifie et renforce la présence de l’Eglise dans une société en pleine évolution, certainement pas dans la direction de la foi et des moeurs des siècles précédents. Pourtant, au XIX° siècle, une vitalité nouvelle anime le sens religieux chrétien et se manifeste particulièrement dans des oeuvres d’intérêt humain, inspirées principalement par le sentiment religieux catholique.
Cet aspect de la vive renaissance spirituelle du catholicisme se concrétise en initiatives particulières qui ont toutes à la racine et au coeur une figure humaine, très humaine, et celle-ci leur donne, résume, fixe, perpétue leur propre caractère religieux et social. La sainteté confère à chacune de ces figures une étonnante énergie, au point que l’Eglise renaît vraiment en beauté grâce à leurs mérites et même démontre aux yeux des profanes et des adversaires une vitalité extraordinaire, qu’aujourd’hui nous appelons volontiers charismatique. Quelle sainteté ? Une sainteté est toujours chose si unique et originale, même si elle s’exprime sous des formes semblables, que l’aspect terrestre et historique de l’Eglise ressemble à celui d’un jardin au printemps.
12 Et dans ce jardin — où la botanique, nous voulons dire l’hagiographie de l’Eglise, a beaucoup à faire, tant les fleurs les meilleures y sont nombreuses à classer, c’est-à-dire à distinguer et reconnaître ici et là, dans ce jardin, donc, nous admirons les Saints modernes qui réjouissent l’Eglise et lui révèlent à elle même la note permanente de sa propre sainteté, puisée aux sources d’une grâce divine inépuisable.
Réjouissons-nous dans le Seigneur ! et arrêtons-nous à contempler un instant la fleur proposée aujourd’hui à la vénération de l’Eglise. Marie Catherine Kasper est précisément une fleur de rare beauté qui mérite d’être admirée et imitée. Elle est née dans une terre austère mais avec une telle sociabilité amicale pour cette terre fortunée ! Elle est née du peuple, et cette condition favorise sa simplicité naturelle et engendre la force de cette Femme qui consacre sa propre existence au service de la population. Elle est née pauvre ; mais quels charismes de richesse évangélique ne sait-elle pas extraire de son expérience vécue de la pauvreté évangélique : l’humilité, le travail, la sensibilité sociale, l’esprit de service, le sens de l’obéissance et de l’ordre. Elle naît travailleuse et au labeur pour le pain, spécialement pour celui d’autrui, elle voue toute son énergie. Elle naît et grandit loin des milieux de la culture profane, mais que de sagesse, que d’intuitions de la réalité humaine, révélées, par l’existence qu’elle mène parmi les gens de son milieu et de son époque ! Elle naît Femme et la virginale pureté de ses moeurs, fait rayonner autour d’elle tant de bonté, tant de délicatesse, tant d’amour! Marie Catherine renaît chrétienne avec le saint baptême et avec l’éducation pieuse et populaire de sa profession d’humble, simple, commune, pourrait-on dire, fille de l’Eglise catholique. Ceci nous semble le point focal où se concentrent les rayons de ses vertus et d’où rayonne la splendeur de sa vigoureuse, calme, magistrale sainteté ; la coïncidence de l’amour voué au Christ et, dans le Christ, au mystère divin dont découle la première, la suprême, la gratuite vocation à l’Amour « qui, le premier, nous a aimés » (1Jn 4,10). Coïncidence, disons-nous, avec l’amour voué au prochain, à ce prochain, quel qu’il soit, qui a besoin d’être aimé, servi, soigné, pardonné. Coïncidence, cela ne signifie pas rapport exact entre l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain. Il serait plus exact de dire « dérivation » ; dans l’économie évangélique, l’amour pour le prochain dérive, doit dériver de l’amour envers Dieu. L’amour pour le prochain, l’amour social, pour être pur, pour être fort, pour être inextinguible, et donc saint et authentiquement chrétien, doit avoir sa source dans l’amour pour Dieu, dans l’amour religieux. Ceci est du catéchisme élémentaire mais fondamental : aimer Dieu pour aimer le prochain dans lequel, s’il est dans le besoin, s’il souffre, s’il est misérable, le Christ se personnifie: « mihi fecistis », c’est à moi-même que vous aurez fait le bien que vous faites à l’homme qui souffre, à l’homme dans le besoin (cf. Mt Mt 25,40). Marie Catherine est une Bienheureuse en qui s’est accomplie cette parole éternelle qui se réalise encore dans ses filles.
Gloire à Dieu, honneur à Marie Catherine, espérance à nous !
Avec notre bénédiction apostolique !
26 avril
Le moment est venu où nous devons nous rappeler, nous qui maîtres ou disciples, sommes les élèves du Christ, et non seulement nous rappeler mais aussi observer cette loi chrétienne fondamentale : La vie humaine est sacrée.
Que veut dire ce terme : sacrée ? Cela veut dire que la vie est soustraite au pouvoir de l’homme, et protégée par une puissance supérieure à celle de l’homme et défendue par la loi de Dieu. La vie humaine sur laquelle pour des raisons de parenté ou des motifs de supériorité sociale, l’homme exerce son autorité de mille manières, la vie humaine, donc, est soustraite, en tant que telle, à cette autorité même.
Remettons-nous à l’écoute de l’Evangile : « Vous avez appris ce qui a été dit aux ancêtres : "Tu ne tueras point, et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal". Eh bien ! Moi, je vous dis (ce Moi, c’est Jésus Christ lui-même) quiconque se fâche contre son frère, en répondra au tribunal ; mais s’il dit à son frère : Crétin ! il en répondra au Sanhédrin; et s’il lui dit : Renégat ! il en répondra dans la géhenne de feu » (Mt 5,21-22). Jésus ne condamne pas la loi antique, mais il la dit incomplète, et il promulgue la loi nouvelle, la loi évangélique, et il s’élève au niveau de la perfection ; au frère, il est dû un respect complet ; complet dans le sentiment intérieur qui engendre et exprime le respect ; et complet dans la protection extérieure due à la dignité du frère en tant que tel ; nous pouvons dire : en tant qu’homme-frère. C’est-à-dire : l’Evangile nous apprend à professer dans les sentiments et dans les actes, un tel respect à l’égard des hommes, nos semblables, nos frères, qu’un système social qui admet comme logique et normal la haine ou l’égoïsme de classe ne peut certainement pas revendiquer comme lui étant propre et personnel.
Quelle vision nous offre aujourd’hui la scène du monde ?
Nous ne serons pas radicalement pessimiste. Et même, nous reconnaîtrons — non pas pour apaiser les angoisses et la peur que certains graves phénomènes de la coexistence humaine suscitent facilement dans les âmes comme pour les décourager au sujet des efforts de civilisation déjà accomplis ou en voie d’accomplissement, mais bien pour rappeler l’attention de la civilisation sur son devoir de vigilance — nous reconnaîtrons, disons-nous, que la vie de l’homme sur la terre est de nouveau exposée à de grands dangers et même qu’elle est déjà attaquée par de nouvelles et agressives calamités ; toujours pour répéter: la vie de l’homme est sacrée !
Nous ne pouvons en parler ici qu’avec des accents brefs et incomplets.
13 Mais pourrions-nous négliger l’épisode, toujours en cours, du séquestre de la personne d’un homme de grande élévation morale, politique, académique et sociale comme Aldo Moro, sans craindre et trembler pour la stabilité de notre monde civil actuel ? Et puis, pouvons-nous assister en observateurs passifs à l’angoissante mésaventure pleine de menaces pour son intégrité personnelle ? Est-il possible que la vie innocente et éminente d’un homme d’Etat soit mise en jeu de manière ignoble comme nous le constatons aujourd’hui? Et dans un pays bon et civilisé comme l’Italie, est-ce possible qu’un piège dressé contre la vie puisse être tel qu’il élude tous les moyens de défense dont dispose l’Etat, aujourd’hui mis en oeuvre avec un si généreux héroïsme ? Quant à nous, nous souhaitons encore, au nom de Dieu que, dans l’intérêt même des agresseurs, l’issue de ce drame soit pacifique et rassurante.
Cet épisode est tristement symbolique d’une situation qui remplit l’âme d’amertume. Comment ne pas éprouver une vive douleur devant l’assassinat de tous ces gardiens de l’ordre, tués de manière barbare uniquement parce qu’ils remplissent avec fidélité les tâches que leur confie l’Etat, ou, ce qui revient au même, la volonté commune des citoyens désireux de tranquillité d’ordre et de paix ? Comment ne pas élever un blâme, d’autant plus ferme qu’il est sans armes, contre les attentats dont le but est d’étouffer dans le sang la voix des journalistes, des travailleurs, des avocats, industriels et autres ? Et que dire, en particulier, des séquestres de personnes pour extorquer des rançons, séquestres si nombreux et qui frappent même d’innocents enfants ?
Du fond du coeur, nous pensons paternellement à toutes les familles qui, partout dans le monde, pleurent ceux des leurs, victimes de la violence ou qui attendent, terriblement angoissés, la libération de ceux qui leur sont chers. Nous désirons leur exprimer, à elles toutes, notre réelle participation à leur affliction et leur dire combien nous restons à leurs côtés avec notre prière.
Dans cette liste, rapide mais dramatique, d’attentats contre la vie, nous ne saurions passer sous silence ceux qui sont perpétrés, hélas, sous le couvert de la légalité. Et nous pensons avant tout à l’avortement.
Commentaires superflus et commentaires réservés au sujet de la situation en cours développement (NDR : la discussion au Parlement italien du projet de loi sur l’avortement.) Mais l’âme est horrifiée à la seule pensée qu’un tel crime puisse obtenir, comme dans d’autres pays, non seulement une légalisation, mais même la protection des pouvoirs publics, sous prétexte d’égards dus aux femmes malheureuses qui risquent, par la suite, d’éprouver un incurable remords pour avoir accepté l’offense de tout ce que la femme possède de plus noble et ineffable dans l’ordre naturel : sa propre maternité ! Pauvres, innombrables vies humaines atteintes dans votre faiblesse, dans votre innocence ! Comment une société civilisée, et de plus chrétienne, peut-elle donc permettre, tout en restant impassible, sans larmes, un tel « massacre des innocents » ?
Et les attentats contre la vie ne sont pas seulement ceux-là ! Pensez à la drogue contre laquelle, heureusement, on constate un peu partout, une bienfaisante réaction !
Mais la vie humaine est aux prises avec tant d’autres ennemis qu’elle-même à créés ! Après les méthodes anticonceptionnelles, après l’introduction du divorce, on en arrive à parler d’euthanasie, tandis que la violence privée se multiplie et s’organise pour la vengeance ou pour le chantage, et que des lueurs de guerre tiennent encore des populations entières dans l’expérience sporadique et sous la menace permanente de la guerre ! Il suffirait des hypothétiques menaces de guerre atomique possible qui, pareilles à des éclairs, sillonnent les deux internationaux, pour mettre sur la défensive la conscience des Peuples ! oh oui ! la vie de l’homme est sacrée ! Et il faut absolument que ce dogme humain et chrétien soit réaffirmé avec force et avec joie dans le coeur de la jeune génération !
Nous le souhaitons, en donnant, comme toujours, notre bénédiction apostolique !
3 mai
Chers Fils et Filles,
Nous ne saurions dire, à première vue, pourquoi nous viennent à l’esprit les paroles de l’Evangile de Saint Matthieu où, dans le célèbre chapitre du discours du Christ sur la montagne, il est dit : « Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5,6). Et ces bienheureuses paroles se présentent à nous au moment de cette rencontre avec vous, très chers visiteurs, vraisemblablement parce que votre présence ravive en nous la conscience du malaise moral et social qui règne aujourd’hui dans le monde d’où vous venez ; et ici, devant nous, vos âmes tendues et confiantes nous dénoncent la faim et la soif qui les affligent, une faim et une soif propres à notre société, et qui proviennent des conditions, tant habituelles que contingentes, de la vie présente ; et ceci pour des raisons opposées qui concourent au même résultat : chez certains, l’inquiétude provoquée par le bien-être même dont ils jouissent mais dont, plutôt que d’en goûter la satisfaction, ils ressentent l’aiguillon de la non-suffisance ; ceci est pour eux la faim et la soif d’avoir encore plus. Quant à d’autres, cette inquiétude est provoquée, à plus forte raison, par l’insuffisance de ce qu’ils possèdent, ou par le caractère fragile de leur position dans l’instable et vacillant concert social ; insuffisance qui s’exprime dans la faim et dans la soif dont nous parle l’Evangile et que celui-ci, Paroles du Christ, qualifie de béatitude : « Heureux — nous le redisons — vous qui avez faim et soif de justice, car vous serez rassasiés » (Mt 5,6).
14 Que dirons-nous de ces paroles évangéliques ?
Avant tout que, sous une forme et dans une mesure diverse, elles reflètent une réalité essentielle et psychologique que nous pouvons dire commune, de tous donc, celle qui découle fondamentalement de la nature même de l’homme. L’homme, il faut le reconnaître, est un être incomplet qui, même lorsqu’il est satisfait, n’est jamais rassasié ; c’est un être ainsi fait qu’il est toujours tourmenté par une faim et une soif, par des désirs qui exigeraient une majeure satisfaction. L’homme est comme Joseph, le fils préféré de Jacob que celui-ci définit, selon la Bible, « le fils qui grandit, le rameau qui croît » (cf. Gn Gn 49,22). Cette tendance à désirer, à croître, à posséder a un sens positif si elle est réalisée selon la justice, c’est-à-dire selon un dessein divin inscrit dans la nature idéale de l’homme, celle que le Créateur a implicitement insérée dans la conception typique, c’est-à-dire bonne, de l’homme lui-même : rechercher ce dessein à titre de perfection marque la ligne de développement, c’est-à-dire la faim et la soif de justice, que Dieu a assignée aux destinées de l’homme : c’est la « justice » implicite que l’homme doit désirer et mener à un accomplissement explicite ; c’est la promesse évangélique qui se trouve au terme de cette béatitude. La faim et la soif de cette perfection seront, dans l’économie évangélique, finalement rassasiées ; et la faim et la soif d’une telle perfection constituent déjà une béatitude.
Et qu’est-ce que la justice que l’Evangile indique comme objet de la faim et de la soif de l’homme évangélique ? elle est ce qui doit être et qui, n’est pas encore parfaitement. Elle est ce que la science morale appelle le devoir, l’obligation morale, la loi à suivre, la volonté divine à accomplir ; elle est ce qui est désirable en vertu d’une intervention divine, par voie de logique rationnelle ou encore par voie d’inspiration charismatique. Et ce coefficient fondamental de la vie morale peut avoir, lui aussi, son application à la vie spirituelle et effective de l’homme : le devoir peut être le poids de l’âme et peut avoir son énergie. Le Christ tranche et proclame : Heureux ceux qui ont faim et soif (de cet engagement de la vie humaine, c’est-à-dire de l’accomplissement de leur propre devoir, jusqu’au sacrifice de soi, parce que cet accomplissement transformera en béatitude la fidélité au devoir accompli. Ici il y a l’Evangile avec sa promesse et, nous pouvons dire, avec la béatitude concomitante.
Déjà le seul fait de vouloir, ce que l’Evangile désigne par faim et par soif, possède la vertu miraculeuse (de réaliser, par anticipation, la béatitude, le contentement de la fidélité à la justice. Ceci est d’un grand réconfort pour nous. La paix de l’esprit peut nous être assurée déjà durant la phase préparatoire à l’accomplissement de notre devoir, la phase précisément du désir, de l’intention, de la bonne volonté. Et il arrive souvent que cette aspiration initiale à la justice modifie dans les âmes généreuses l’orientation générale des désirs insatisfaits qui rendent l’existence malheureuse, parce que ces désirs sont égoïstes, parce que ce ne sont pas des désirs selon la « justice » qui, dans l’Evangile, accompagne et réalise l’amour. C’est là uniquement que se trouve le secret de la béatitude, aujourd’hui, dans la vie présente et demain, dans la vie future, eschatologique et mystérieuse certes, mais garantie par la promesse infaillible du Christ.
Ainsi soit-il avec notre bénédiction apostolique.
10 mai
Chers Frères et Fils,
Nous sommes dans la période commémorative extrêmement importante qui sépare et fait communiquer deux événements capitaux pour l’histoire de la religion dans le monde ; d’une part l’Ascension, c’est-à-dire l’exode glorieux et mystérieux de Jésus-Christ qui, après sa Résurrection, a quitté la scène de cette vie terrestre, et d’autre part la Pentecôte qui, pour nous, chrétiens, est la venue du Saint-Esprit dans le groupe des disciples du Seigneur. Ceux-ci, dociles à l’ultime recommandation du Maître, se trouvaient réunis à Jérusalem pour attendre, à bref délai, un « Baptême de l’Esprit Saint ». Ils ne se rendaient pas clairement compte de ce qu’il serait, ce baptême, mais ils se rappelaient et, certainement, méditaient ce que Jésus leur avait dit : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre » (Ac 1,8).
Le Saint-Esprit! Il est le « don de Dieu » (cf. St Augustin de l’humanité. Il s’agit de la naissance de l’Eglise. Saint Augustin a dit : « Ce que l’âme est pour le corps de l’homme, l’Esprit Saint l’est pour le corps (mystique) du Christ qu’est l’Eglise » (PL 38, 1231). Il s’agit de l’infusion de l’Esprit de Dieu, de l’animation surnaturelle de l’humanité qu’accomplit l’Eglise, de la présence et de l’action du Paraclet promis, de la troisième personne de la Très Sainte Trinité, un seul Dieu, on le sait, en trois Personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Le Saint-Esprit ! Il est de « don de Dieu » (cf. St Augustin De Trinitate, V, 15 ; P.L. 38, 921). Il est l’amour de Dieu qui se communique et qui multiplie les signes de sa présence et de son action, les dons de l’Esprit Saint (cf. 11, 2), qui sont évoqués lorsqu’est conféré le sacrement de la Confirmation : sagesse et intelligence, conseil et force, science et piété, crainte de Dieu. Et Saint Paul écrira aux Galates : « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi, continence, chasteté » (Ga 5,22-23).
La vie du chrétien qui se trouve dans la « grâce de Dieu » est comme un jardin fleuri ! Nous devons toujours honorer l’Esprit Saint, en tâchant, précisément, d’être nous-mêmes le champ de sa floraison. Avec cette note relative à l’activité du Paraclet (comme le définit Saint ) dans l’âme chrétienne au moyen de l’action sacramentelle : « le Baptême donne l’Esprit Saint comme force sanctifiante, puissance intérieure qui anime le chrétien de l’Esprit du Christ et le fait vivre comme Lui. La Confirmation est la Pentecôte nouvelle de tout chrétien qui lui donne l’Esprit pour en faire un adulte ; et celui-ci ne vivra plus seulement pour lui-même, comme l’enfant, mais il aura dans l’Eglise une mission, la mission qu’a tout chrétien de travailler pour le Royaume de Dieu » (P. Benoît, Passion et Résurrection du Seigneur, éditions du Cerf, 1966, p. 368).
15 Il ne faut pas que pour nous la Pentecôte passe inaperçue ! « Spiritum nolite extinguere » (n’éteignez par l’Esprit : Th 5, 19) répéterons-nous avec Saint Paul, mais à tous nous recommanderons d’allumer ou de rallumer la flamme vive de la charité qui est, précisément, celle de l’Esprit Saint.
Avec notre bénédiction apostolique.
Avant de prononcer cette allocution, le Saint-Père a tenu à évoquer dans les termes suivants le drame qui vient d’endeuiller l’Italie :
Fils très chers, et vous tous, fidèles et visiteurs ici présents, Nous aurions l’impression de manquer de sincérité et de piété si, avant de vous adresser les quelques mots spirituels préparés pour cette audience, nous ne vous associons pas tous à la douleur que suscite en notre coeur la mort barbare infligée à Monsieur Aldo Moro et dont vous avez certainement tous eu connaissance, par la résonance qu’elle a eue dans l’opinion publique. Nous vous dirons seulement aujourd’hui que cet homicide est fort grave en lui-même, et aussi en raison des répercussions morales et sociales qu’il peut avoir. Nous voudrions que la réflexion sur cet événement ramène tous les esprits à des pensées très sérieuses et pratiques sur notre participation, qu’elle soit privée ou publique, à la vie sociale de notre temps : chacun doit se sentir non seulement participant, mais en partie responsable de son déroulement, en ce sens qu’il nous faut tous veiller à ce que notre mentalité et nos moeurs soient guidées par une solide conscience morale. Il faut que la rectitude des idées et des activités de tous soit plus présente et plus opérante en notre monde, afin que lui soit épargnée la dégénérescence dont l’injuste et tragique fin d’un homme d’Etat bon, serein, cultivé et pieux comme le fut Aldo Moro est un signe qui fait peur et fait rougir. Nous tenons pour cela à prier pour lui, pour sa famille et pour toute la société qui nous entoure et pour laquelle nous avons d’autant plus d’intérêt et de paternelle affection que plus sombre se présente son avenir. Priez, souffrez et aimez vous aussi!
17 mai
Il est nécessaire de penser, et plutôt même, de repenser. Nous nous trouvons à un moment historique dans lequel la situation de la société évolue, se transforme, se présente avec de nouveaux problèmes, de nouvelles difficultés, de nouvelles possibilités. La scène extérieure de la vie a de grands échos dans nos âmes. La tragédie du Président Moro et des hommes de son escorte nous a troublés profondément. Sa conclusion nous fait réfléchir tristement à cet événement comme à une crise dont l’épilogue n’a pas encore dénoué le problème qu’elle soulève ; toutefois de nouveaux aspects de ce drame funeste se présentent à nous comme indices de nouveautés meilleures.
Mais il y a tant de faits qui viennent troubler les espoirs d’un monde rêvé où règnent l’ordre, la justice, la paix : un monde infecté aujourd’hui par des lois inacceptables, plein de contradictions jamais aplanies, de questions que le progrès même fait surgir et exaspère... Un sentiment de pessimisme étouffe tant d’espérances sereines et ébranle notre confiance dans la bonté du genre humain. C’est là une réflexion douloureuse, et dangereuse aussi, car elle sape notre confiance en l’avenir d’un monde juste et heureux.
Voici : il faut que s’arrête ici notre glissement dans un possible pessimisme. Et cette opération de reconquête d’un optimisme voulu, nous la baserons sur quelques pensées fondamentales que nous devons tirer de notre conscience religieuse, sans négliger d’ailleurs celles que peuvent nous suggérer également notre raison et notre espérance.
La première pensée réconfortante, nous devons la chercher dans l’existence et la bonté de Dieu. Elle laisse à l’aventure humaine les sinistres développements provoqués par la capricieuse, instable, faillible liberté que l’économie du gouvernement supérieur du monde concède à cet être, minuscule mais terrible, qui s’appelle homme et qui, par défaut ou par malice (avec la complicité d’un autre être mystérieux et maléfique, le démon !) peut troubler le déroulement idéal et régulier de l’agir de l’homme lui-même. Mais ce désordre n’immobilise pas la main de Dieu qui peut intervenir et tirer un bien nouveau du mal causé par la méchanceté de sa créature. Et même, cette opération de rétablissement de l’ordre est un autre grand effet de la présence divine dans la scène humaine, une présence qui peut tirer des effets positifs de toute situation humaine. Rappelons-nous Saint-Paul qui nous assure que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28).
En ce qui nous concerne, la Providence a précisément l’art de nous faire trouver des trésors de salut dans l’expérience même de certains maux qui font souffrir notre existence. Et rappelons ici la parole immensément consolatrice, innovatrice du Christ lui-même : « Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5,5), et celle qui lui fait écho, une autre parole du divin Maître au sujet des tribulations de la période extrême de l’histoire : « Vous sauverez vos âmes par votre patience » (Lc 21,19).
Il y a dans la souffrance humaine une certitude qui devrait en consoler et la rendre supportable : c’est que la souffrance n’est pas inutile. Elle est liée à une récompense qui faisait dire à Saint François d’Assise, affligé lui aussi par ses stigmates : « Si grande est la joie qui m’attend, que toute peine m’est chère ». Parmi les grandes merveilles opérées par le christianisme il y a aussi celle d’avoir appris à souffrir avec patience, et à découvrir des trésors d’humanité et de grâce dans la douleur et dans la mésaventure (cf. François Coppée, La bonne souffrance, 1908).
16 C’est pourquoi notre méditation nous ramène à l’optimisme qui n’est pas seulement une thèse intellectuelle : il est aussi cette vision de la vie, ou mieux, cette expérience qui donne de la grandeur, et non un réconfort illusoire à celui qui vit le christianisme et sait trouver dans la croix la sagesse et l’énergie dont a besoin notre pauvre, mais héroïque, existence.
Avec notre bénédiction apostolique.
24 mai
L’audience générale de ce jour a revêtu un caractère tout particulier du fait qu’y sont présents les participants à l’Assemblée Générale, actuellement en cours, de la Conférence Episcopale Italienne.
Nous sommes très heureux et honoré d’accueillir, parmi nos visiteurs de cette audience générale hebdomadaire, le groupe tout entier des participants à l’Assemblée plénière de la Conférence de l’Episcopat italien, Cardinaux, Archevêques et Evêques ainsi que toutes les personnes qui y sont associées, sous la présidence de M. le Cardinal Antoine Poma, Archevêque de Bologne. A lui, ainsi qu’à tous ceux qui l’entourent, nous adressons un cordial et révérend salut. Nous leur exprimons également notre satisfaction pour la communion ecclésiale qui nous est ici officiellement et spirituellement représentée et qui nous offre une occasion propice pour l’admirer dans la plénitude numérique et morale de son assemblée, au moment de l’expression annuelle de son activité. Nous-même, nous avons la joie d’y participer non seulement comme Pasteur de l’Eglise Universelle mais aussi à titre spécifique, comme Evêque de l’Eglise de Rome.
Il nous semble que cette présence qui se détache sur la foule des visiteurs présents à cette audience générale, peut nous fournir le sujet de notre habituel discours, même si nous ne le traitons que très brièvement.
Avant tout en raison du fait, singulier et magnifique, que l’Assemblée de l’Episcopat italien illustre l’union canonique de l’Eglise en Italie. Nous nous souvenons encore de la très grande importance historique et morale que le Cardinal Giovanni Mercati, toujours regretté, et bien digne d’être rappelé, attribuait à une telle union canonique. Elle n’avait jamais existé auparavant et voici que maintenant elle résultait, presque à l’improviste, des vicissitudes de l’histoire civile de ce pays, mûrie dans son providentiel destin. C’est pour nous un devoir, et une consolation, de noter que la Conférence Episcopale Italienne a su, avant même d’avoir des Statuts officiels, édifier des structures heureuses et pleines de promesses, en particulier depuis le Concile Vatican II. C’est ainsi qu’elle dispose d’organes d’étude et de travail, distincts et qualifiés, munis de programmes pratiques et bien déterminés, permettant d’éviter tant d’initiatives dispendieuses et particulières pour le plus grand profit, notamment, de plans unitaires plus simples et plus étendus. A ceux qui ont dirigé et organisé le travail central de la Conférence Episcopale italienne nous devons de reconnaissants applaudissements et nous souhaitons qu’ils poursuivent, en progressant sans cesse, cette intense activité, organique et efficiente. Au talent patient et discipliné du Cardinal Poma et de ses collaborateurs, nous exprimons, de manière toute spéciale, au nom de tous, notre fraternelle reconnaissance.
Puis, le diagnostic des conditions religieuses du peuple italien, héritier d’une formation religieuse excellente, mais peut-être devenue désormais un peu trop routinière, a conduit à la révision des méthodes et des instruments de la religiosité populaire. Révision plutôt délicate et difficile et point terminée puisque, par exemple, nous attendons le « Liber pastoralis » qui figure dans les préliminaires de la Conférence et dans les expectatives du peuple chrétien. Le fait mérite toutefois éloges et attention. L’éducation religieuse, fidèle à la tradition, mais renouvelée dans l’esprit amoureux du don inestimable de la révélation et dans l’inépuisable capacité d’expression didactique, ouvre à l’Eglise la voie vers de nouveaux développements. Sur ce point également nous nous sentons tenus de remercier pour le travail accompli et de former des voeux pour ce qui reste à faire. Nous n’irons pas plus loin dans notre discours apologétique des devoirs qui incombent aux Pasteurs de l’Eglise italienne. Ils les connaissent : dans le domaine de l’instruction religieuse, premier devoir; dans le domaine de la pratique religieuse, spécialement dans la formation liturgique et donc dans ce chant sacré collectif; puis dans le domaine de l’aide à la promotion sociale ; dans le domaine de l’éducation catholique : les écoles, les oratoires, la formation des adultes, etc. ; la famille, particulièrement et, encore etc. !
Frères dans l’Episcopat ! Comme nous sommes heureux et confiant de vous savoir tous à l’écoute de la parole nouvelle, toujours nouvelle de l’Eglise, et de vous savoir tous engagés dans votre mission pastorale, avec un dévouement exemplaire ! Courage ! Que Dieu vous bénisse !
Et vous, fidèles, qui nous écoutez, ne sentez-vous pas que ces paroles sont également pour vous ?
Mais nous ne pouvons laisser passer une occasion comme celle-ci, sans mettre l’accent sur les difficultés toutes particulières que le ministère pastoral rencontre aujourd’hui.
17 Qui de vous ne se rend compte de la marée toujours montante de la négation religieuse ?
D’abord l’indifférence, puis la critique, puis l’aversion anticléricale et antireligieuse. Maintenant le pluralisme équivoque qui mine tout engagement spirituel et même moral. Où donc, est-il, le peuple chrétien, non seulement fidèle à l’observance de quelque précepte, mais nourri, mais vivant, mais heureux de croire, de prier de professer au Christ un amour fort et capable de porter sa croix avec Lui ?
Nous ne pouvons passer sous silence le devoir accru de la fidélité conjugale dans la famille, depuis qu’on a accordé au divorce la possibilité de s’attester impunément. De même, nous ne saurions oublier le devoir de tous, de nous Pasteur spécialement, de déplorer la législation permissive sur l’avortement ! Que de nouvelles affirmations morales devrons-nous faire sur l’intangibilité sacrée de la vie humaine dès le sein maternel ! et quelle discrète mais efficace sollicitude devrons-nous réserver à la mère en difficulté, tentée de supprimer l’être vivant, nouveau, sacré, palpitant dans son sein ! Problèmes d’aujourd’hui qui doivent d’autant plus accroître notre charité que plus grande est la possibilité offerte au crime contre une créature innocente et sans défense! Ce sont là des problèmes actuels qui s’ajoutent aux autres, innombrables, qui rendent graves, toujours plus graves le devoir pastoral, la responsabilité du Peuple de Dieu et de celui qui n’est pas officiellement le Peuple de Dieu, mais qui est cependant toujours le nôtre.
Mais encore, invoquant la Vierge et nos Saints, nous vous saluons et vous bénissons avec la parole du Christ : « Nolite timere : Ego sum » (Jn 6,20). Nous ne devons pas craindre ! Le Christ est avec nous !
Avec notre bénédiction apostolique.
En saluant les groupes de langue française au cours de l’audience générale, le Pape a évoqué par les paroles suivantes, la douloureuse situation du continent africain, durement éprouvé par la violence de ces derniers jours et a invité les fidèles à unir leur prière à la sienne afin que le Seigneur donne la paix au Zaïre et à toute l’Afrique.
Nous nous sentons obligé, devant la douloureuse gravité des faits qui ont frappé ces jours-ci la zone du Shaba (ex Katanga) au Zaïre, en Afrique, d’exprimer notre souffrance de voir tant de victimes civiles et innocentes, de toute race et de toute couleur, qui ont perdu tragiquement la vie.
Notre pensée et notre affection de Père vont à toutes ces populations éprouvées, et en particulier aux prêtres, missionnaires, religieuses, qui ont donné une preuve de courage, de zèle et de générosité en se dévouant sans trêve au service de leurs frères, dans la fidélité à leur mission d’annonciateurs de l’Evangile.
Nous vous demandons d’élever avec nous une fervente prière pour ces victimes et pour invoquer le réconfort et l’aide de Dieu pour tous ceux qui ont souffert violences, humiliations et privations de tout genre.
Veuille le Seigneur écouter notre supplication en donnant à cette région et à toute l’Afrique la paix qui est la condition première de toute vraie vie en société, du véritable progrès et du développement intégral de l’homme !
31 mai
Audiences 1978 11