
Bernard, Sermons divers - NEUVIÈME SERMON. Sur ces paroles de l'Apôtre: «Ce qu'il y a d'invisible en Dieu, etc., et sur celles-ci du Psalmiste: «J'écouterai le Seigneur, mon Dieu, me dire au dedans de moi, etc.»
(Rm 1,20)
(Ps 84,8)
1. L'Apôtre nous assure que «ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde par la connaissance que ses créatures nous en donnent (Rm 1,20).» Le monde sensible est une sorte de, livre ouvert à tous les yeux, et attaché par une sorte de chaîne, selon l'usage, et tous ceux qui le veulent peuvent y lire la sagesse de Dieu. Mais un jour viendra où le ciel se fermera comme un livre, parce que personne n'aura plus besoin d'y lire, attendu que «Tous les hommes seront alors instruits de Dieu lui-même (Jn 6,45),» et alors de même que la créature du ciel, celle de la terre verra Dieu non plus en énigme, et dans un miroir; mais face à face et contemplera sans voile sa sagesse en soi-même. Mais, en attendant, l'âme de l'homme a besoin de la créature comme d'un véhicule qui la porte jusqu'à la connaissance du créateur. Pour les anges, au contraire, qui sont dans un état plus heureux et plus parfait, c'est dans le Créateur qu'ils connaissent les créatures. Il me semble que c'est à cet état excellent que se vit ravie, au moins pendant quelque temps, cette âme bienheureuse (a) qui vit l'univers entier réuni sous un seul rayon de soleil; c'est à ce miracle que notre saint père le pape Grégoire a fait allusion dans le livre de ses dialogues, en disant: «Quand on voit le Créateur, toute créature semble bien petite (S. Greg. lib. 2, dial. cap. 35).» Heureuses donc les âmes qui se rassasient de la fine fleur du froment, et qui n'ont point besoin de sucer le miel qui s'écoule du flanc des rochers, ni de manger l'huile qu'on recueille dans les endroits pierreux (Dt 33,13); et qui ne recherchent point les choses invisibles de Dieu en les regardant par les choses visibles, comme par des fentes et des crevasses, mais qui les contemplent sans voile telles qu'elles sont en elles-mêmes. Mais comme je vous l'ai déjà dit, c'est l'heureux partage des anges, non point le lot de la fragilité humaine.
2. Cherchons donc, par les choses créées, à comprendre les choses invisibles de Dieu. Si l'âme les comprend par la vue des autres créatures, elle les verra bien mieux et les comprendra bien davantage en considérant la créature qui a été faite à l'image du Créateur, je veux dire, en se considérant elle-même, car de toutes les créatures qui sont
a Il s'agit ici de saint Benoît, que saint Bernard croit avoir eu le bonheur de contempler Dieu face à face, pendant quelques courts instants, sans le secours» du char des créatures,» et par conséquent en lui-même, et dans sa lumière divine, selon l'expression de saint Grégoire. Toutefois, saint Bernard dit dans son sermon trente et unième, sur le Cantique des cantiques, n. 2, que «ni sage, ni saint, ni prophète ne peuvent, ou plutôt n'ont pu le voir tel qu'il est, darse leur corps mortel.»
sous la voûte du ciel, il n'y en a pas de plus rapprochée de Dieu que l'âme de l'homme, et c'est avec raison que le Prophète a dit. «Bien heureux l'homme qui attend de vous, ô mon Dieu, le secours dont il a besoin, et qui médite dans son coeur des moyens de s'élever jusqu'à vous.» Un peu plus loin, il ajoute: «On s'avancera de vertu en vertu, et. on verra le Dieu des dieux dans la céleste Sion (Ps 83,6).» Aussi vous exhortons-nous sans cesse, mes frères, à vous engager dans les voies de votre coeur, et à posséder votre âme dans vos mains, afin de pouvoir entendre le langage que le Seigneur Dieu vous tient, «car ce sera un langage de paix (Ps 84,9).» Mais à qui parle-t-il de paix? «c'est évidemment à son peuple et à ses saints.» Or, quel est son peuple, et qui sont ses saints? Ceux qui rentrent dans leur coeur. Aussi le Psalmiste poursuit-il: «il tiendra ce langage aussi à cent. qui rentrent dans leur coeur.»
3. Pour moi, je trouve qu'il est question dans ces paroles de trois sortes d'hommes, les seuls à qui Dieu fasse entendre un langage de paix, de même qu'un autre prophète n'a prévu que tais hommes qui doivent être sauvés, savoir: Noé, Daniel et Job (Ez 14,14). L'ordre dans lequel ils sont cités D'est point régulier, je le veux bien, mais à eux trois ils expriment les trois ordres qui se rencontrent parmi les hommes, l'ordre des continents, celui des prélats, et celui des gens mariés. Encore faut-il, pour ce qui est des continents, qu'ils se détournent des désirs de la chair vers ceux du coeur, c'est-à-dire vers les désirs de l'Esprit. Voilà ce qui a fait appeler Daniel «un homme de désirs (Da 10,11),» par l'ange qui la, adressa la parole; quant aux prélats, il faut qu'ils aient à coeur d'être utiles, bien plutôt que d'être les premiers, attendu que ce qu'il leur faut par-dessus tout c'est la sainteté; voilà pourquoi le Psalmiste les appelle tout particulièrement «saints (Ps 84,9).» Les gens mariés doivent de leur côté ne point transgresser les commandements de Dieu pour mériter d'être appelés le peuple du Seigneur, les brebis de son bercail.
4. Je vais plus loin, chez nous-mêmes, car c'est nous qui nous touchons de plus près. Ou distingue ordinairement aussi trois ordres; ainsi le peuple, parmi nous, ce sont les frères que leurs emplois appliquent aux soins extérieurs, aux choses qu'on pourrait appeler populaires. Ceux qui rentrent en eux-mêmes, ce sont les religieux claustraux, que nul emploi ne réclame au dehors, et qui, libres de leur temps, et peuvent voir combien le Seigneur est doux: les uns et les autres sont comme les deux pignons de l'édifice sur lequel le Seigneur fait entendre un langage de paix, attendu qu'ils tendent tous deux au même but, bien que par une voie différente. Le psaltérion accompagné de la guitare est fort agréable, et les sons de l'une ne sont pas moins beaux que ceux de l'autre, quoique ceux de la guitare soient graves et ceux du psaltérion aigus. Toutefois , il n'en est pas moins vrai que la part dont Marie a fait choix est la meilleure, bien qu'il puisse arriver que l'humble genre de vie de Marthe ne soit pas d'un moindre mérite que celle de sa soeur aux yeux de Dieu. Marie est louée de son choix afin de nous apprendre que, pour ce qui nous concerne, c'est celui-là que nous devons faire aussi, mais si on nous impose la part de Marthe, il faut l'accepter avec patience.
5. Les paroles suivantes: «il parlera de paix sur les saints,» concernent les prélats qui doivent réunir les deux genres de vie, de Marthe et de Marie. C'est à eux qu'il appartient de veiller et de travailler à réunir entre elles les deux murailles de l'édifice religieux, qui ont chacune leur direction, attendu qu'ils sont établis pour être les vicaires de Jésus-Christ qui est la pierre angulaire. On ne peut nier que leur part soit plus dangereuse que les deux autres. Toutefois s'ils administrent bien ce leur sera un degré de plus vers le bien, et ils recevront une abondance et une mesure de paix plus grande et plus complète, en sorte qu'on pourra dire d'eux, avec raison: «Le Seigneur parle de paix sur les saints (Is 61,6).» Y a-t-il un doute dans vos âmes sur ceux que le Prophète veut désigner par ce mot, ses saints? S'il en est ainsi, écoutez encore Isaïe, il vous dira: «c'est vous, ministres de notre Dieu qui serez appelés les saints du Seigneur.» Je m'étais proposé de vous montrer par un exemple comment, par la considération d'elle-même, l'âme de l'homme peut s'élever à l'intelligence des choses de l'esprit, mais je suis contraint de remettre ce développement à un autre jour et à un autre sermon.
1. Notre négligence, mes chers frères, est bien grande (a) et bien inexcusable; en effet, nous nous abandonnons aux pensées oiseuses, et nous perdons le temps, quand nous n'aurions ni à nous élever dans les unes, ni à passer les mers pour trouver de bonnes et salutaires pensées. Car, comme dit Moïse, la parole de Dieu est tout près de nous, elle se trouve dans notre bouche et dans notre coeur (Dt 30,14); nous pouvons trouver eu nous-mêmes une mine inépuisable, une vraie pépinière de bonnes et utiles pensées. D'ailleurs, si notre âme est si peu instruite et si négligente qu'elle se trouve hors d'état de scruter son intérieur, elle peut du moins porter ses yeux sur les actes extérieurs et visibles, et là, pour peu qu'elle regarde avec attention, elle trouvera la sagesse. En effet., considère, ô mon âme, car il est écrit, «donnez au sage une occasion, et il deviendra plus sage encore (Pr 9,9),» considère, dis-je, ô mon âme, tout ce que tu fais pour ton corps, et tu verras que c'est toi qui lui donnes la vie et la force sensitive. Quant à la vie, tu la lui donnes égale dans tout sort être: en effet, l'oeil ne vit pas d'une vie différente de celle du doigt, mais pour la force sensitive,
a Ce passage est reproduit parmi les sentences de saint Bernard au livre VII,2, des Fleurs de ce Père, chapitre X.
il n'en est pas de même. Et toi, ô mon âme, fais en sorte que ton âme à toi, que ton âme, dis je, qui n'est autre que lieu, te prodigue les mômes biens. On ne saurait dire que l'âme est vivante quand elle ne connaît pas la vérité, au fond elle est véritablement morte; de même que celle qui n'l plus la charité en soi, est privée de toute force sensitive. Ainsi, la vie de l'âme c'est la vérité, et sa force sensitive, la charité. Il ne faut pas s'étonner s'il arrive parfois que l'âme des impies ait la connaissance de la vérité, bien qu'elle manque de charité, car on voit quelquefois le corps avoir encore la vie, tout en étant privé de la sensibilité, comme les arbres et les autres êtres semblables qui sont doués de la force vitale, mais non point de la force animale, d'une âme, en un mot. Oui, il en est de môme de l'âme des méchants, qui ont la connaissance de la vérité, par leur raison naturelle, et se trouvent parfois aidés de la grâce, mais ne reçoivent point d'elle la vie. Mais dans ceux qui ont reçu de l'âme spirituelle la connaissance de la vérité et la charité, non pas par un moyen extérieur quelconque, mais par leur âme à elles, si je puis parler ainsi, par cette âme avec laquelle elles ne font plus qu'un seul et même esprit, lorsqu'elles adhèrent à elle, dans ceux-là, dis-je, se trouve la connaissance indivise de la vérité, selon ce que j'ai dit de la vie du corps, car elle embrasse à la fois dans sa connaissance les moindres comme les plus grandes choses.
2. Quant à l'amour, si on y regarde de près, il se peut qu'on en trouve autant de sortes ou de variétés qu'il y a de sens. En effet, il y a l'amour pieux, qui se rapporte à nos parents; l'amour agréable, que nous ressentons pour nos amis; l'amour juste, que nous devons à tous les hommes; l'amour violent, pour nos ennemis, et l'amour saint et dévot pour Dieu. En étudiant chacun de ces amours avec attention, on trouve que s'ils out tous quelque chose de commun, ils ont en même temps des points où ils diffèrent complètement entre eux. Ainsi, si vous avez quelque goût et quelque plaisir à ces sortes de considérations, il vous semblera peut-être qu'on peut trouver un certain rapport entre le premier de, ces amours, je veux parler de notre amour pour nos parents, et le sens du toucher qui ne perçoit que les objets les plus proches de nous, ceux qui touchent à notre corps; cet amour, en effet, ne se rapporte qu'à ceux qui nous touchent de prés par la chair. Cette comparaison ne perd rien de sa force de ce que le sens du toucher est le seul qui soit répandu par tout le corps, car cet amour est si naturel aussi à toute chair, que tous les êtres vivants, les brutes mêmes, aiment leurs petits et en sont aimés. L'amour de nos amis a une grande analogie avec le goût à cause de sa douceur; le goût, en effet, est le sens qui importe le plus à la vie de l'homme, aussi ne vois-je point comment on peut dire que c'est vivre que de ne pas aimer, dans cette vie commune, ceux au milieu de qui on la passe. Pour ce qui est de l'amour des hommes eu général, il a quelque rapport avec le sens de l'odorat, en ce que ce sens perçoit les choses placées à une certaine distance, et que, s'il n'est pas sans quelque jouissance corporelle, elle est, pourtant d'autant plus délicate, qu'elle est plus répandue. Quant à l'ouïe, c'est un sens qui perçoit les choses plus éloignées encore que celles qui frappent l'odorat. Or, parmi les hommes, il n'en est pas de plus loin les uns des autres que celui qui n'aime point ne l'est de celui qui l'aime. D'ailleurs, s'il se rencontre quelque jouissance corporelle dans les autres sens, et s'il semble qu'elles se rapportent plus particulièrement à la chair, l'ouïe est presque tout entière étrangère à la chair, et parait n'avoir de rapport qu'avec ce genre de jouissance, qui consiste tout entière dans l'obéissance; or, il est de toute évidence que cette vertu se rapporte à l'ouïe, puisque pour toutes les autres jouissances, nous avons vu quelles ont la chair pour occasion.
3. La vue est celui de nos sens qui a le plus de ressemblance avec l'amour de Dieu, car il l'emporte sur tous les autres et il est d'une nature unique, il est d'une plus grande sensibilité et perçoit les objets de plus loin. L'odorat et l'ouïe semblent aussi percevoir les choses éloignées, mais on croit qu'ils ne les perçoivent qu'en attirant à eux l'air qui les leur rend sensibles; or, il n'en est pas ainsi de fa vue, elle semble plutôt se faire au dehors et aller elle-même à la rencontre des objets éloignés. Ainsi en est-il dans nos affections. On peut dire, en quelque sorte, que nous attirons à nous le prochain quand nous l'aimons comme nous-mêmes; nous attirons également ainsi nos ennemis, quand nous les aimons pour qu'ils soient comme nous, c'est-à-dire pour qu'ils deviennent nos amis; mais pour ce qui est de Dieu, si nous l'aimons, comme il le mérite, de toutes nos forces, de toute notre âme et de tout notre coeur, c'est plutôt nous qui allons à lui et qui nous hâtons de toutes nos forces vers ce Dieu qui est placé au-dessus de nous d'une manière ineffable.
4. Il est manifeste que, de nos sens corporels, la vue est celui qui l'emporte sur tous , et que l'ouïe se place avant les trois autres quant à l'odorat, s'il ne vient pas avant le goût et le toucher, au point de vue de l'utilité, au moins leur est-il supérieur en élévation, de même que le goût semble avoir le pas sur le toucher; c'est, d'ailleurs, ce que nous montre la disposition même de nos membres. Ainsi, les yeux sont placés au haut de la tète, les oreilles et le nez sont évidemment plus bas; il en est de môme du nez par rapport aux oreilles et du palais par rapport au nez; enfin, les mains et le reste du corps, où le tact est répandu, se trouvent placés au dessous du palais, cela est manifeste. Or, c'est de la même manière que nous pourrons, dans les sens de l'âme, remarquer que les uns sont plus dignes que les autres, et, comme cette remarque vous est facile à faire, je passe les détails pour abréger. Je laisse aussi à votre application le soin de vous faire remarquer, que de même que les membres du corps s'affaissent dès que l'âme cesse de les animer, ainsi les affections dont j'ai parlé plus haut, et que j'ai présentées comme les membres de l'âme, ne peuvent que s'affaisser aussi, si l'âme de notre âme, qui est Dieu, cesse de les animer, c'est à dire, ou bien nous n'aimerons pas de tout notre coeur ce que nous devons aimer de la sorte, ou bien nous ne l'aimerons point de la manière et dans la mesure où nous le devons. En effet, il y en a qui aiment leurs parents d'une manière charnelle, et ne louent le Seigneur que lorsqu'il leur fait du bien. Mais un pareil amour ne mérite pas le nom d'amour, ou bien, si c'est encore de l'amour, c'est un amour caduc, un amour qui tombe à terre.
1. Vous savez, mes frères, car vous tenez fermement la vérité catholique, vous savez, dis-je, que le Père céleste adopte ceux qui renoncent à Satan en recevant le baptême, et les fait passer de la puissance des ténèbres dans le royaume du Fils de sa gloire. C'est ce qu'il faut entendre par cette robe première que le père de famille, les entrailles émues, ordonne à ses serviteurs d'apporter en toute hâte, sans attendre un mot de prière de la bouche de son fils, un désir de son coeur, et en prévenant même son intelligence de l'abondance de ses bénédictions. En effet, tous tant que nous sommes qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été revêtus de Jésus-Christ (Ga 3,27). Un autre témoin, non moins fidèle que celui qui s'exprimait ainsi, nous a dit en nous parlant de lui: «Il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu à tous ceux qui l'ont reçu (Jn 1,12).» Or, ce pouvoir n'est pas mi vain et faible pouvoir, nous avons, en effet, la certitude que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les vertus, ni ce qu'il y a au plus haut des cieux ou au plus profond des abîmes, ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu qui est fondé en Jésus-Christ (Rm 8,38-39). Remarquez combien de choses l'Apôtre énumère, car ce sont ses propres paroles que je viens de vous faire entendre, sans toutefois nous compter nous-mêmes parmi ces choses. Telle est, en effet, la liberté que le Christ nous a donnée, en nous délivrant de notre esclavage, c'est qu'il n'y a point de créature qui puisse nous séparer de Dieu, et nous faire violence. Il n'y a que nous qui puissions nous éloigner de lui, tentés par notre propre concupiscence et entraînés par notre propre volonté (Jc 1,14), après elle, il n'en est pas d'autre a craindre pour nous. Aussi tant que nous n'avons point atteint fige où nous pouvons faire usage de notre liberté, et agir selon notre libre arbitre, quiconque a reçu la seconde naissance du baptême ne saurait être, par aucun moyen possible, séparé de la charité de Dieu, il est, eu attendant cet âge, en pleine sécurité sous la protection du Seigneur son Dieu et son avocat; il n'a rien à craindre de qui que ce soit. Mais quand arrivent les années de l'âge de discrétion, il entre en possession de lui-même et il n'a pas plus à redouter les autres créatures qu'auparavant; il n'a à se tenir en garde que contre sa propre volonté, contre cette volonté qui dort dans son sein. Le péché est peut-être à la porte de son coeur, mais la concupiscence est sous sa main (Gn 4,7), il est maître, s'il le veut, de ne pas lui ouvrir la porte de son coeur et de lui refuser son consentement.
2. En effet, ce ne fut ni un ours, ni un lion, mais un serpent, c'est-à-dire le plus rusé, non le plus fort des animaux, qui a trompé nos premiers parents; ce n'est pas l'homme qui a fait tomber la femme mais la femme qui a fait tomber l'homme. Oui, c'est le serpent qui t'a trompée, ô Ève, trompée, dis-je, non point contrainte ou poussée. C'est la femme qui t'a donné du fruit de l'arbre, ô Adam, mais en te l'offrant elle ne t'a point forcé de l'accepter; si tu as cédé à sa voix plutôt qu'à celle de Dieu, ce n'est point qu'elle t'ait fait violence, c'est que tu l'as bien voulu. Mais si dans son inexpérience, il n'a su se tenir sur ses gardes, pour nous, instruits par son exemple, veillons du moins sur nous. Que dis-je? puisque nous avons eu nous aussi le malheur de succomber de même à la tentation, recherchons désormais un remède à de si grands maux. Est-ce que le fort armé qu'un plus fort que lui surprend et garrotte, a recours à la violence pour réoccuper son ancienne maison? Nullement; mais il la trouve vide et imprudemment ouverte devant lui, aussi ne fond-il pas sur elle avec sept esprits plus forts, mais il y entre tout simplement avec, sept esprits plus méchants que lui, et s'y établit sans recourir à la violence. Qui lui ouvre la porte, sinon notre propre volonté? Il n'en est pas d'autre qui nous replace sous l'empire des puissances des ténèbres et qui nous soumet de nouveau à celui de la mort.
3. Venez, Seigneur Jésus, oui, revenez maintenant, ô bon Jésus, et chassez une seconde fois celui que nous avons eu la folie de faire rentrer chez nous, et si vous nous délivrez encore une fois nous redeviendrons libres. Nous avons renouvelé notre première alliance, nous avons péché contre vous, Seigneur, et nous nous sommes de nouveau asservis aux oeuvres de Satan, nous avons replacé de nous-mêmes notre cou sous le joug de l'iniquité, et nous nous sommes recondamnés à une malheureuse servitude. Voilà pourquoi, mes frères, nous devons nous faire rebaptiser , renouveler une seconde fois alliance avec Dieu , et faire une seconde profession. Ce n'est plus assez maintenant de renoncer à Satan et à ses oeuvres, il nous faut de plus renoncer au monde et à notre volonté propre; si l'un nous a réduits, l'autre (a) nous a induits dans le mal. Dans le premier baptême, alors que notre volonté propre ne notes avait point encore fait de mal, il suffisait que nous renonçassions à Satan, dont l'envie seule a fait entrer le péché dans le monde et la mort avec le péché par un seul homme, d'où ils sont ensuite passés dans tous les hommes. Mais depuis que nous avons fait une expérience décisive des charmes d'un monde trompeur, et de l'infidélité de notre volonté propre dans ce que j'appellerai, avec raison, et dans un sens parfaitement sage, le second baptême (b) de notre conversion,
a Quelques manuscrits présentent ici une variante; nous avons préféré la leçon du manuscrit des Célestins de Paris.
b Beaucoup d'anciens auteurs ont comparé la profession religieuse à un second baptême, et lui en ont même donné le nom. Saint Bernard l'appelle ainsi dans le trente-septième de ses sermons divers, n. 3, et dans son traité du précepte et de ta dispense. Voir la lettre de saint Jérôme à Paula, sur la mort de Blésilla où ce Père dit «qu'elle s'est lavée dans les eaux du second baptême de sa profession, s'il est permis de parler ainsi.»
nous devons avoir à coeur, non pas seulement de refaire notre première alliance, mais encore de la rendre plus forte en renonçant à nos propres affections. Attachons-nous donc, mes frères bien-aimés, à nous garder purs de toute souillure de ce monde, car c'est là devant Dieu la seule religion pure et immaculée (Jc 1,27). Tenons-nous en garde contre notre volonté propre, comme on se garde d'une vipère très-mauvaise et très-redoutable, elle seule en effet peut désormais damner notre âme.
1. «Mon fils, souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez point (Ibid).» Rappelez-vous votre commencement, songez à votre milieu et souvenez-vous de votre fin dernière; l'un vous couvrira de confusion, l'autre vous remplira de douleur, et la troisième, de crainte. Pensez à votre origine et ressentez-en de la honte; songez où vous êtes et gémissez-en; rappelez-vous où vous allez et tremblez. Prenez garde de demeurer sur ce point dans l'ignorance si vous ne voulez entendre retentir coutre vous les menaces que l'Époux fait entendre en ces termes: «Si vous ne vous connaissez point, ô vous qui êtes la plus belle des femmes, sortez de chez vous, suivez les traces de la troupe de vos compagnes (Ct 1,7).» Et d'abord, ô homme, quand tu étais en honneur, tu ne l'as pas compris, voilà pourquoi tu as été assimilé aux animaux sans raison, et leur es devenu semblable (Ps 40,8 Ps 40,13 Ps 40,21). Et si les rudes traitements n'ont point fini par ouvrir les oreilles de ton intelligence, tu iras te placer à la suite des troupeaux de bêtes, pour être exposé à tous les maux parmi elles qui n'en ressentent aucun. Reconnais donc ton origine, et rougis en voyant que par là tu ressembles aux bêtes, rappelle-toi ta fin et tremble de t'en aller aussi à la suite. des troupeaux de bêtes. Oui rougis, je le répète, en voyant que, de compagnon des anges, tu es devenu celui des bêtes de somme, non-seulement pour les besoins du corps mais même pour les sentiments du coeur. Tu partages en effet, avec elles, la nourriture que tu tires de la terre, pour avoir pris en dégoût la nourriture des anges, le pain même du ciel. C'est que, et c'est ce qu'il y a de pire, si tu as conservé un corps qui est droit, ton âme qui l'habite est courbée, si bien que, en même temps que le corps a retenu quelque ressemblance de ton âme, ton âme a perdu sa ressemblance avec Dieu pour prendre celle de la bête.
2. N'es-tu pas honteux, ô homme, de marcher la tète haute et d'avoir le coeur bas? D'être droit de corps et de ramper à terre par l'âme? Qu'est-ce autre chose, en effet, sinon ramper sur la terre que d'avoir du goût pour la chair, de désirer les choses de la chair, de rechercher les choses de la chair? Et pourtant comme tu as été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, en perdant. sa ressemblance pour prendre celle de la bête, tu as conservé son image. Si donc quand tu étais élevé en honneur, tu n'as pas compris que tu n'étais que limon, maintenant que tu t'es enfoncé dans ton limon, lie vas pas oublier que tu es toujours l'image de Dieu, et rougis de l'avoir recouverte d'une ressemblance étrangère. Rappelle-toi, ô homme, ta noblesse et rougis de ton excessif abaissement. N'ignore pas ta beauté pour rougir d'autant plus de tes souillures. C'est là ce que Salomon appelle une confusion qui honore (Qo 4,25),» c'est la confusion qu'on ressent d être déchu d'un si haut degré de gloire. Jadis tu étais couronné de gloire et d'honneur, établi sur toutes les oeuvres des mains du Seigneur, et placé dans le paradis terrestre pour en faire ta demeure: tu étais le concitoyen des anges et le domestique du Seigneur de Sabaoth, c'est de cette élévation que tu t'es toi-même jeté dans les ténèbres intérieures, d'où tu dois un jour être précipité dans les ténèbres extérieures et palpables si tu n'y prends garde. C'est toi, dis-je, qui t'es dépouillé toi-même de la gloire, des enfants, de Dieu, et qui t'es exilé de cette douce et heureuse patrie, de ce jardin du. volupté.
3. Voilà donc ton origine; veux-tu savoir, ô homme, où tu te trouves maintenant? Eh bien, tu te trouves dans un lieu d'affliction, car ta vie s'est approchée de l'enfer (Ps 87,4). Que voyons-nous, en effet, ici-bas, si ce n'est le travail, la douleur et l'affliction de l'esprit? Mais pour toi, les choses en sont venues à ce point que tu es comme un enfant qui, ayant reçu la vie, et s'étant trouvé nourri dans un cachot, n'aurait jamais vu la lumière du jour, il ne comprendrait rien a la tristesse et aux angoisses de sa mère. Celle-ci sait bien pourquoi elle est triste, comme elle a connu le bonheur et les maux qu'elle souffre d'autant plus pesants, et le souvenir de la paix des jours passés est, pour elle, rempli d'une amertume extrême. Pour toi, au contraire, le comble de la misère ne te semble qu'un petit mal, et au prix des lourdes entraves auxquelles tu es accoutumé, de moindres anneaux te semblent nu repos. Tu as envie de manger, parce que la faim te presse; manger et souffrir de la, faim sont un travail, une peine, mais parce que la faim est plus pénible que l'action de manger, fil ne trouves pas que manger soit une peine; mais une fois la faim apaisée, ne te semble-t-il pas beaucoup plus pénible de continuer de manger que de souffrir de la faim? Il en est ainsi de toutes choses sous le soleil; il n'y a rien en elles de vraiment agréable, et on veut constamment passer en ce qui les concerne, d'une chose à l'autre, en sorte qu'il n'y a que le passage d'une chose à l'autre qui les relève un peu; c'est absolument comme si on passait du feu dans l'eau et de l'eau dans le feu, dans l'impossibilité de supporter constamment ni l'un ni l'autre. Il n'y a que le commencement d'une fatigue qui nous repose d'une autre fatigue. Personne, dans ce siècle malheureux, ne saurait avoir ce qu'il désire, ainsi le juste ne peut être rassasié de justice; ni les voluptueux, de voluptés; ni le curieux, de choses curieuses; ni l'ambitieux de vaine gloire. Voilà précisément la source de vos chagrins, si vous n'en êtes pas encore venus à être insensibles; voilà d'où viennent vos douleurs, c'est que vous vous trouvez en exil, vous êtes arrêtés dans un désert, vous marchez dans les ténèbres et par des sentiers glissants, et vous ne mangez qu'un pain arrosé de votre sueur. Est-ce que votre oeil n'est pas inondé de larmes amères toutes les fois qu'il considère ces choses, et ne pleure-t-il pas avec le Prophète qui s'écriait: «Que je suis malheureux! mon exil est si long (Ps 119,5)?»
4. Vous connaissez votre origine, vous venez de voir votre milieu, quelles sont vos fins dernières? Ces fins dont il est dit: souvenez-vous en et vous ne pècherez jamais. Ce sont!a mort, le jugement et l'enfer. Quoi de plus horrible que la mort? Je plus terrible que le jugement? Quant à l'enfer, il ne se peut rien concevoir de plus intolérable. O homme, si lu avais perdu la honte qui sied à une noble créature, si tu étais devenu insensible aux coups de l'affliction que ressentent même les êtres simplement charnels, du moins ne sois pas inaccessible à la crainte que connaissent même les bêtes de somme. Chargeons l'âne et fatiguons-le par de nombreux travaux, il s'en met, peu en peine, parce qu'un âne est un âne. Mais si vous voulez le pousser dans le feu ou le précipiter dans un trou, il résiste tant qu'il peut, parce qu'il aime la vie et craint la mort. Ne vous semble-t-il pas juste que celui qui est devenu plus insensible que les bêtes de somme, soit forcé de ne venir qu'après elles, et que dans les supplices il occupe un rang plus bas qu'elles? Crains donc, ô homme, car, à la mort, tu te verras dépouillé de tous les biens du corps, en même temps que se rompra, dans un amer divorce, le doux lien qui rattachait ton âme à ton corps. Tremble , dis-je, car tu paraîtras alors an jugement redoutable de Celui entre les mains de qui il est horrible de tomber (). Il t'examinera de cet oeil auquel rien n'échappe et s'il découvre l'iniquité dans ton âme, tu seras à jamais privé de toute gloire et de tout repos, et séparé du nombre des bienheureux. Sois dans l'appréhension des tourments immenses, éternels de l'enfer auxquels tu seras exposé dans la société de Satan et de ses anges, au sein d'un feu qui ne s'éteindra jamais, et qui a été préparé pour eux. Voilà la crainte qui est le commencement de la sagesse (Ps 10,10), ce qu'on ne peut pas dire de la honte et de la douleur, attendu que ni l'une ni l'autre n'ouvre aussi bien l'âme à la sagesse, et n'a la même efficacité. C'est ce qui faisait dire au Sage: Souvenez-vous, non pas de votre commencement, non pas même de votre milieu, mais «de vos fins dernières et vous ne pécherez jamais.» L'esprit de crainte est plus fort et plus énergique que le sentiment de la honte ou de la douleur pour résister au péché; la honte disparaît derrière le nombre, et la douleur s'adoucit par la moindre consolation que le monde peut lui procurer, mais la crainte ne connaît point de consolation. A la mort, vous n'emporterez avec vous, ni peu, ni beaucoup de biens de ce monde; au jugement, vous ne pourrez ni tromper le juge, ni lui résister, et dans l'enfer, vous n'aurez aucune consolation, il n'y aura pour vous qu'un éternel, malheur à moi! que hurlements, que pleurs et que grincements de dents.
1. De même qu'il y a des péchés très-petits, qu'il en est de médiocres, et qu'il y en a de grands, ainsi en est-il de la miséricorde; il en est une petite, une médiocre et une grande. Tout grand pécheur a besoin d'une grande miséricorde, afin que la grâce surabonde là où le péché a abondé. Je donne le nom de petite miséricorde au répit que Dieu nous laisse en ne nous punissant pas aussitôt que nous avons péché, et en attendant que nous fassions pénitence; elle est petite, non point en soi, mais par comparaison avec les autres; car, en soi, cette attente du Seigneur est une miséricorde non-seulementgrande, mais très-grande. Il n'a pas attendu ainsi, que l'ange pécheur fit pénitence, il l'a précipité à l'instant même du haut des cieux, et l'homme même, il n'a pas différé pour un autre temps de le punir de sa faute, il l'a chassé du par idis terrestre. Mais à présent il attend, il ferme les yeux, il patiente dix ans, vingt ans, jusqu'à la vieillesse, à la décrépitude. Si, d'un autre côté, nous considérons le nombre et la gravité des fautes que nous commettons tous les jours, les regarderons-nous comme de petites fautes parce que, jusqu'à présent, elles ont échappé au péril de la damnation? Il ne faut donc point s'étonner si le Prophète nous dit que ses pieds ont failli lui manquer, et s'il est presque tombé tant il s'est senti indigné à la vue de la paix des pécheurs (Ps 72,2), si les pécheurs mêmes s'écrient: «Comment se peut-il que Dieu connaisse ce qui se passe sur la terre? Le Très-Haut a-t-il véritablement la connaissance de toutes ces choses (Ps 62,11)?» Mais c'est la grâce de la croix du Christ et sa vertu. «Vive moi, dit le Seigneur, je ne veux point la mort de l'impie, mais je veux qu'il se convertisse et qu'il vive (Ez 33,11).» Si je ne me trompe, ce langage est celui de Jésus-Christ ressuscitant; c'est comme s'il avait dit: Que le Juif le veuille ou ne veuille pas, je vis et je ne veux pas la mort du pécheur, moi surtout qui suis mort pour les pécheurs; je veux que ma mort porte ses fruits, et que, par elle, la rédemption soit abondante.
2. J'ai dit que la miséricorde du Seigneur qui tarde à nous frapper, et est prêt à nous pardonner était petite, non en soi, mais en comparaison avec les autres miséricordes, car si elle est seule, non-seulement elle ne suffit point à nous sauver, mais même elle aggrave les motifs de notre condamnation, puisqu'elle peut dire au pécheur: «Voilà ce que tu as fait, et je me suis tû (Ps 49,21).» Entendons donc l'Apôtre tonner à son habitude d'un ton terrible, et nous dire: «Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté (de la bonté de Dieu) et de sa longanimité? Ne savez-vous pas que cette bonté même vous invite à la pénitence? Mais vous, de votre côté, par votre dureté et par l'impénitence de votre coeur, vous vous amassez un trésor de colère, pour le jour de la colère (Rm 2,4-5).» Oui, vous vous amassez, dit l'Apôtre, des trésors de colère au lieu des trésors de miséricorde que vous méprisez, et vous rendez cette miséricorde inutile pour vous. Mais comment cela? «Par votre endurcissement, répond l'Apôtre, et par l'impénitence de votre coeur.» Qui pourra broyer cette dureté, si ce n'est Celui qui, dans sa passion, a brisé les pierres mêmes? Qui donnera un coeur pénitent, sinon celui de qui vient tout don excellent?
3. Or, c'est ce que j'appelle la miséricorde médiocre, elle l'emporte sur la première puisqu'elle est cause qu'elle ne demeure point infructueuse, et qu'elle ne se tourne pas en damnation mortelle. En effet, elle donne la pénitence sans quoi l'attente du Seigneur, non-seulementne sert à rien, mais même nuit beaucoup. Peut-être la première suffit-elle pour les petits péchés, attendu que, pour effacer les fautes dont nous ne pouvons être complètement exempts tant que nous portons ce corps de péché, il suffit, au salut, dé la pénitence de chaque jour. Mais pour les fautes plus graves, et qui vont au mortel, la pénitence ne suffit plus, il en faut de plus la cessation absolue. Il est bien difficile, impossible même, sans la grâce de Dieu, de rejeter de dessus son cou le joug du péché, une fois qu'il y est posé, car quiconque fait le péché, est esclave du péché et ne peut plus être délivré de la servitude que par la main du fort armé.
4. Or, c'est là précisément la grande miséricorde, celle qui, est la plus nécessaire aux pécheurs, et dont parlait celui qui s'écriait: «Ayez pitié de moi selon votre grande miséricorde, ô mon Dieu, et selon la multitude de vos pitiés, etc. (Ps 50,1).» J'ai déjà parlé des quatre filles de la grande miséricorde; ce sont le sentiment d'amertume, l'éloignement de l'occasion du péché, la force de résister et la pureté d'intention. Il arrive parfois que Dieu, dans sa bonté, envoie à celui qui est tombé dans les liens du péché certaines amertumes qui s'emparent de son âme et en chassent les pernicieuses délices du péché. D'autres fois, il fait disparaître l'occasion même du péché, et ne permet pas que notre faiblesse soit mise à l'épreuve. Qui plus est, parfois aussi il nous donne la force de résister, c'est-à-dire de nous conduire en hommes de coeur dans la tentation, et de ne point y donner notre consentement. D'autres fois, enfin, et c'est la perfection même, car c'est l'extirpation entière de la tentation, il guérit notre affection, en sorte que, non-seulement nous ne consentons point à la tentation, mais que nous ne ressentons même plus ses atteintes.
Bernard, Sermons divers - NEUVIÈME SERMON. Sur ces paroles de l'Apôtre: «Ce qu'il y a d'invisible en Dieu, etc., et sur celles-ci du Psalmiste: «J'écouterai le Seigneur, mon Dieu, me dire au dedans de moi, etc.»