
Discours 2006 52
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Cathédrale de Munich
Dimanche 10 septembre 2006
Chers enfants de la Première Communion!
Chers parents et éducateurs!
Chers frères et soeurs!
La lecture que nous venons d'entendre est un passage du dernier livre des écrits du Nouveau Testament, que l'on appelle l'Apocalypse. Il est permis au voyant de jeter un regard vers le haut, dans le ciel, et vers l'avant, vers l'avenir. Mais, précisément ainsi, il parle également de la terre et du présent, de notre vie. En effet, au cours de notre vie, nous sommes tous en chemin, progressant vers l'avenir. Et nous voulons trouver la bonne voie: découvrir la vie véritable, non pas finir dans une voie sans issue ou dans le désert. Nous ne voulons pas avoir à dire, à la fin: j'ai pris la mauvaise route, ma vie est un échec, elle s'est mal passée. Nous voulons nous réjouir de la vie; nous voulons, comme l'a dit une fois Jésus, "avoir la vie en abondance".
Mais écoutons à présent le voyant de l'Apocalypse. Que nous a-t-il dit dans ce passage qui vient de nous être lu? Il nous parle d'un monde réconcilié. D'un monde dans lequel les hommes "de toutes nations, races, peuples et langues" (7, 9), sont réunis dans la joie. Alors, nous nous demandons: "Comment cela peut-il se produire? Quelle est la route qui y conduit?". Et bien, la première chose, la plus importante, est: ces personnes vivent avec Dieu; Il a étendu "sur eux sa tente" (7, 15), dit notre Lecture. Et nous nous demandons encore: "Quelle est cette "tente de Dieu"? Où se trouve-t-elle? Comment pouvons-nous y arriver?". Le voyant fait peut-être allusion au premier chapitre de l'Evangile de Jean, où l'on lit: "Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (1, 14). Dieu n'est pas loin de nous, dans un lieu très éloigné de l'univers, où personne ne peut arriver. Il a placé sa tente parmi nous: en Jésus, il est devenu l'un de nous, de chair et de sang, comme nous. Telle est sa tente. Et lors de l'Ascension, il n'est pas allé dans un lieu éloigné de nous. Sa tente, Lui-même avec son Corps, reste parmi nous comme l'un de nous. Nous pouvons le tutoyer et parler avec Lui. Il nous écoute et, si nous sommes attentifs, nous entendons également qu'Il nous répond.
Je répète: en Jésus c'est Dieu qui "place sa tente" parmi nous. Mais je répète également: Où cela se passe-t-il précisément? Notre Lecture apporte deux réponses à cette question. Elle dit à propos des hommes réconciliés qu'"ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau" (7, 14). Cela retentit de façon très étrange pour nous. Dans le langage codé du voyant, cela constitue une allusion au Baptême. La parole à propos du "sang de l'Agneau" fait allusion à l'amour de Jésus qu'Il a conservé jusqu'à sa mort sanglante. Cet amour divin et en même temps humain est le bain dans lequel Il nous plonge dans le Baptême - le bain dans lequel il nous lave, nous rendant propres au point d'être dignes de Dieu, de pouvoir vivre en sa compagnie. Cependant, l'acte du Baptême n'est qu'un début. En marchant avec Jésus, dans la foi et dans la vie avec Lui, son amour nous touche pour nous purifier et nous rendre lumineux. Nous avons entendu que, dans le bain de l'amour, les vêtements sont devenus blancs. Dans l'esprit du monde antique, le blanc était la couleur de la lumière. Les vêtements blancs signifient que, dans la foi, nous devenons lumière, nous effaçons les ténèbres, le mensonge, la fausseté, le mal en général, nous devenons des personnes claires, dignes de Dieu. L'habit baptismal, ainsi que celui de la Première communion que vous portez, veulent nous le rappeler et nous dire: grâce à la coexistence avec Jésus et avec la communauté des croyants, avec l'Eglise, deviens toi aussi une personne lumineuse, une personne de vérité et de bonté - une personne de laquelle transparaît la splendeur du bien, de la bonté de Dieu lui-même.
La deuxième réponse à la question "où trouvons-nous Jésus?", nous est à nouveau donnée par le voyant dans son langage codé. Il dit que l'Agneau guide la multitude de personnes de chaque culture et nation aux sources d'eau vive. Sans eau, il n'y a pas de vie. Les personnes dont la patrie côtoyait le désert le savaient bien. Ainsi, l'eau de la source est devenue pour elles le symbole de la vie par excellence. L'Agneau, c'est-à-dire Jésus, guide les hommes aux sources de la vie. L'Ecriture Sainte, à travers laquelle Dieu nous parle et nous dit comment vivre de manière juste, fait partie de ces sources. Mais ces sources possèdent davantage encore: en vérité, la source authentique est Jésus lui-même, en qui Dieu se donne à nous. Et il accomplit cela en particulier dans la sainte Communion, dans laquelle nous pouvons, pour ainsi dire, boire directement à la source de la vie: Il vient à nous et s'unit à chacun de nous. Nous pouvons le constater: à travers l'Eucharistie, le Sacrement de la Communion, se forme une communauté qui dépasse toutes les frontières et embrasse toutes les langues - nous le voyons ici: des Evêques de toutes les langues et de toutes les parties du monde sont présents - à travers la communion se forme l'Eglise universelle, dans laquelle Dieu parle et vit avec nous. C'est de cette façon que nous devons recevoir la Communion: comme une rencontre avec Jésus, avec Dieu lui-même, qui nous guide aux sources de la vie véritable.
Chers parents! Je voudrais vous inviter vivement à aider vos enfants à croire, vous inviter à les accompagner dans leur chemin vers la Première Communion, un chemin qui se poursuit ensuite, à les accompagner sur leur chemin vers Jésus et avec Jésus. Je vous en prie, allez avec vos enfants à l'église pour participer à la célébration eucharistique du dimanche! Vous verrez que cela n'est pas du temps perdu; c'est en revanche ce qui conserve la famille véritablement unie, en lui donnant son centre. Le dimanche devient plus beau, toute la semaine devient plus belle si vous participez ensemble à la liturgie dominicale. Et, s'il vous plaît, priez aussi ensemble à la maison: à table et avant d'aller vous coucher. La prière nous conduit non seulement vers Dieu, mais également l'un vers l'autre. C'est une force de paix et de joie. La vie en famille devient plus joyeuse et acquiert un souffle plus ample, si Dieu y est présent et que l'on ressent sa proximité dans la prière.
Chers professeurs de religion et chers éducateurs! Je vous prie de tout coeur de conserver vivante à l'école la recherche de Dieu, de ce Dieu qui en Jésus Christ s'est rendu visible à nous. Je sais que dans notre monde pluraliste, il est difficile d'établir un discours sur la foi à l'école. Mais il n'est absolument pas suffisant que les enfants et les jeunes n'acquièrent à l'école que des connaissances et des capacités techniques, et non les critères qui donnent aux connaissances et aux capacités une orientation et un sens. Stimulez les élèves pour qu'ils posent des questions non seulement sur telle ou telle chose - ce qui est également positif -, mais qu'ils interrogent en particulier pour savoir "d'où" et "vers où" va notre vie. Aidez-les à se rendre compte que toutes les réponses qui ne parviennent pas jusqu'à Dieu sont trop courtes.
Chers pasteurs d'âmes et vous tous qui exercez des activités d'assistance dans la paroisse, je vous demande de faire tout votre possible pour faire de la paroisse une patrie intérieure pour les hommes - une grande famille, dans laquelle nous vivons en même temps l'expérience de la famille encore plus grande qu'est l'Eglise universelle, en apprenant à travers la liturgie, la catéchèse et toutes les manifestations de la vie paroissiale à marcher ensemble sur le chemin de la vie véritable.
Les trois lieux de la formation - famille, école et paroisse - vont de pair et nous aident à trouver la route vers les sources de la vie; en vérité, chers enfants, chers parents, chers éducateurs, nous tous désirons "la vie en abondance".
Amen.
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Esplanade de la "Neue Messe", Munich
Dimanche 10 septembre 2006
Chers frères et soeurs!
Avant de conclure par la bénédiction solennelle notre Célébration eucharistique, nous voulons nous recueillir pour la récitation de l'Angelus. En réfléchissant sur les lectures de la Messe, nous nous sommes rendu compte combien il est nécessaire - pour la vie des personnes comme pour la coexistence sereine et pacifique de tous - de considérer Dieu comme le centre de notre vie personnelle. L'exemple par excellence d'une telle attitude est Marie, la Mère du Seigneur. Au cours de toute sa vie terrestre, elle a été la Femme de l'écoute, la Vierge au coeur ouvert à Dieu et aux hommes. Cela, les fidèles l'ont compris dès les premiers siècles du christianisme, et c'est pourquoi, dans tous leurs besoins et difficultés, ils se sont adressés avec confiance à Elle, invoquant son aide et son intercession auprès de Dieu.
C'est ce dont témoignent, ici, sur notre terre bavaroise, les centaines d'églises et de sanctuaires qui lui sont consacrés. Ce sont des lieux vers lesquels, toute l'année, confluent d'innombrables pèlerins pour se confier à l'amour maternel et bienveillant de Marie. Ici à Munich, au centre de la ville, s'élève la Mariensaüle, devant laquelle, il y a précisément 390 ans, la Bavière fut confiée solennellement à la protection de la Mère de Dieu et où, hier, j'ai imploré à nouveau la bénédiction de la Patrona Bavariae pour la ville et le pays.
Et comment ne pas penser de façon particulière au sanctuaire d'Altötting, où je me rendrai demain en pèlerinage? Là, j'aurai la joie d'inaugurer la nouvelle Chapelle de l'Adoration qui, précisément en ce lieu, est un signe éloquent du rôle de Marie: Elle est et demeure la servante du Seigneur qui ne se met pas au centre, mais veut nous guider vers Dieu, veut nous enseigner un style de vie dans lequel Dieu est reconnu comme centre de la réalité et de notre vie personnelle elle-même. C'est à Elle que nous adressons à présent la prière de l'Angelus.
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Esplanade de la "Neue Messe", Munich
Dimanche 10 septembre 2006
Chers frères et saeurs!
Avant tout, je voudrais, une fois de plus, vous saluer tous avec affection: je suis heureux, et je l'ai déjà dit, de pouvoir me trouver à nouveau parmi vous et de célébrer la Messe avec vous. Je suis heureux de pouvoir visiter une fois de plus les lieux qui me sont familiers, qui ont eu une influence déterminante sur ma vie, formant ma pensée et mes sentiments: les lieux dans lesquels j'ai appris à croire et à vivre. C'est l'occasion pour moi de remercier tous ceux - vivants et morts - qui m'ont guidé et m'ont accompagné. Je rends grâce à Dieu pour cette belle patrie et pour les personnes qui l'ont faite devenir ma patrie.
Nous venons d'écouter les trois lectures bibliques que la liturgie de l'Eglise a choisies pour ce dimanche. Toutes trois développent un double thème, qui, au fond, demeure un thème unique, et en accentue - selon les circonstances - tel ou tel aspect. Les trois lectures parlent de Dieu comme centre de la réalité et comme centre de notre vie personnelle. "Voici votre Dieu!" crie le prophète Isaïe dans la première lecture (35, 4). La Lettre de Jacques et le passage évangélique disent à leur façon la même chose. Ils veulent nous guider vers Dieu, nous conduisant ainsi sur le droit chemin de la vie. Mais le thème de "Dieu" est lié au thème social: notre responsabilité réciproque, notre responsabilité pour la suprématie de la justice et de l'amour dans le monde. Cela est exprimé de façon dramatique dans la seconde lecture, dans laquelle Jacques, un proche parent de Jésus, nous parle. Il s'adresse à une communauté dans laquelle commence à apparaître l'orgueil, car dans celle-ci se trouvent également des personnes aisées et distinguées, tandis que l'on court le danger que l'attention au droit des pauvres disparaisse. Dans ses paroles, Jacques laisse entrevoir l'image de Jésus, de ce Dieu qui se fit homme et, tout en étant d'origine davidique, c'est-à-dire royale, devint un homme simple parmi les hommes simples; il ne siégea pas sur un trône, mais à la fin, mourut dans la pauvreté extrême de la Croix. L'amour du prochain, qui est en premier lieu sollicitude pour la justice, est la pierre de touche de la foi et de l'amour de Dieu. Jacques l'appelle "la loi royale" (cf. 2, 8) laissant entrevoir la parole préférée de Jésus: la royauté de Dieu, la domination de Dieu. Cela n'indique pas un royaume quelconque qui arrivera un jour ou l'autre, mais cela signifie que Dieu doit devenir à présent la force déterminante de notre vie et de nos actions. C'est ce que nous demandons lorsque nous prions: "Que ton Règne vienne". Nous ne demandons pas quelque chose d'éloigné, dont nous-mêmes ne voulons pas même, au fond, faire l'expérience. Nous prions au contraire pour que la volonté de Dieu détermine à présent notre volonté et qu'ainsi, Dieu règne dans le monde; nous prions donc afin que la justice et l'amour deviennent des forces décisives dans l'ordre du monde. Une telle prière s'adresse naturellement en premier lieu à Dieu, mais ébranle également notre coeur lui-même. Au fond, le voulons-nous vraiment? Sommes-nous en train d'orienter notre vie dans cette direction? Jacques appelle la "loi royale", la loi de la royauté de Dieu, également "loi de la liberté": si tous pensent et vivent selon Dieu, alors, nous devenons tous égaux, nous devenons libres et ainsi naît la véritable fraternité. Isaïe, dans la première lecture, en parlant de Dieu - "Voici votre Dieu!" - parle dans le même temps du salut pour les personnes qui souffrent, et Jacques, en parlant de l'ordre social comme expression indispensable de notre foi, parle logiquement également de Dieu, dont nous sommes les fils.
Mais nous devons à présent tourner notre attention vers l'Evangile qui rapporte la guérison d'un sourd-muet par Jésus. Là aussi, nous rencontrons à nouveau les deux aspects de l'unique thème. Jésus se consacre aux personnes qui souffrent, à celles qui sont exclues de la société. Il les guérit, et, leur ouvrant ainsi la possibilité de vivre et de décider ensemble, il les introduit dans l'égalité et la fraternité. Cela nous concerne évidemment tous: Jésus nous indique à tous la direction de nos actions, la façon dont nous devons agir. Tout cela, cependant, revêt également une autre dimension, que les Pères de l'Eglise ont mise en lumière de façon particulière, et qui nous concerne également aujourd'hui de façon spéciale. Les Pères parlent des hommes et pour les hommes de leur temps. Mais ce qu'ils disent nous concerne d'une façon nouvelle, également nous, hommes modernes. Il n'existe pas seulement la surdité physique, qui isole l'homme en grande partie de la vie sociale. Il existe également un affaiblissement de la capacité auditive à l'égard de Dieu, dont nous souffrons particulièrement à notre époque. Tout simplement, nous n'arrivons plus à l'entendre - trop de fréquences différentes parasitent nos oreilles. Ce que l'on dit de Lui nous semble préscientifique, et ne semble plus adapté à notre temps. Avec l'affaiblissement de la capacité auditive ou même la surdité à l'égard de Dieu, nous perdons naturellement également notre capacité de parler avec Lui ou à Lui. De cette façon, toutefois, nous perdons une perception décisive. Nos sens intérieurs courent le danger de s'éteindre. Avec la disparition de cette perception, l'étendue de notre rapport avec la réalité en général est également limitée de façon drastique et dangereuse. L'horizon de notre vie se réduit de façon préoccupante.
L'Evangile nous raconte que Jésus posa les doigts dans les oreilles du sourd-muet, il mit un peu de sa salive sur la langue du malade, et dit: "Effatà" - "Ouvre-toi!". L'évangéliste a conservé pour nous la parole araméenne originale que Jésus prononça alors, nous ramenant ainsi directement à ce moment. Ce qui y est raconté est une chose unique, et toutefois, n'appartient pas à un passé lointain: Jésus réalise la même chose de façon nouvelle et répétée aujourd'hui aussi. Dans notre Baptême, Il a réalisé sur nous ce geste du toucher et a dit: "Effatà" - "Ouvre-toi!" pour nous rendre capables d'entendre Dieu et pour nous redonner ainsi la possibilité de Lui parler. Mais cet événement, le Sacrement du Baptême, ne possède rien de magique. Le Baptême ouvre un chemin. Il nous introduit dans la communauté de ceux qui sont capables d'écouter et de parler; il nous introduit dans la communion avec Jésus lui-même qui, lui seul, a vu Dieu et a donc pu parler de Lui (cf. Jn Jn 1,18): à travers la foi, Jésus veut partager avec nous sa vision de Dieu, son écoute du Père et son dialogue avec Lui. Le chemin du baptisé doit devenir un processus de développement progressif, dans lequel nous mûrissons dans la vie de communion avec Dieu, parvenant ainsi également à avoir un regard différent sur l'homme et sur la création.
L'Evangile nous invite à nous rendre compte qu'il existe en nous une insuffisance de notre capacité de perception - une carence qu'au début, nous ne ressentons pas comme telle, car tout le reste s'impose précisément par son urgence et sa justesse; car apparemment, tout procède normalement, même si nous n'avons plus d'oreilles ni d'yeux pour Dieu et que nous vivons sans Lui. Mais est-il vrai que tout procède simplement, lorsque Dieu est absent de notre vie et de notre monde? Avant de poser d'autres questions, je voudrais vous faire part de quelques-unes de mes expériences au cours de mes rencontres avec les Evêques du monde entier. L'Eglise catholique en Allemagne fait preuve de grandeur dans ses activités sociales, et sa disponibilité à aider partout où cela apparaît nécessaire. Au cours de leur visite "ad limina", les Evêques, et ces derniers temps ceux d'Afrique, me parlent toujours à nouveau avec gratitude de la générosité des catholiques allemands, et me chargent de me faire l'interprète de leur gratitude - c'est ce que je voudrais faire à présent publiquement. Même les Evêques des Pays baltes, venus avant les vacances, m'ont parlé de la façon dont les catholiques allemands les ont aidés de façon grandiose dans la reconstruction de leurs églises gravement détériorées à cause des décennies de domination communiste. Parfois, toutefois, certains Evêques africains me disent: "Si je présente en Allemagne des projets sociaux, je trouve immédiatement les portes ouvertes. Mais si je viens avec un projet d'évangélisation, je me heurte plutôt à des réserves". Il existe à l'évidence chez certains l'idée que les projets sociaux doivent être promus avec la plus grande urgence, tandis que les affaires qui concernent Dieu ou même la foi catholique, sont des choses plutôt particulières et moins prioritaires. Toutefois, l'expérience de ces Evêques est précisément que l'évangélisation doit avoir la priorité, que le Dieu de Jésus Christ doit être connu, cru et aimé, doit convertir les coeurs, afin que les affaires sociales puissent elles aussi progresser pour que commence la réconciliation, afin que - par exemple - le SIDA puisse être combattu en affrontant véritablement ses causes profondes et en soignant les malades avec toute l'attention et l'amour qui leur sont dus. Le fait social et l'Evangile sont tout simplement indissociables. Là où nous n'apportons aux hommes que des connaissances, le savoir-faire, des capacités techniques et des instruments, nous apportons trop peu. Alors apparaissent très tôt les mécanismes de la violence, et la capacité de détruire et de tuer devient prédominante, elle devient une capacité d'atteindre le pouvoir - un pouvoir qui, un jour ou l'autre, devrait apporter le droit, mais qui n'en sera jamais capable. De cette façon, nous nous éloignons toujours plus de la réconciliation, de l'engagement commun pour la justice et l'amour. Les critères, selon lesquels la technique entre au service du droit et de l'amour disparaissent alors; mais c'est précisément de ces critères que tout dépend: des critères qui ne sont pas seulement des théories, mais qui illuminent le coeur, conduisant ainsi la raison et l'action sur le droit chemin.
Les populations d'Afrique et d'Asie admirent certes les prestations technologiques de l'Occident, ainsi que notre science, mais elles sont effrayées face à cette conception de la raison qui exclut totalement Dieu de la vision de l'homme, en considérant qu'il s'agit de la forme la plus sublime de la raison, qu'il faut enseigner également à leurs cultures. La véritable menace pour leur identité n'est pas selon eux la foi chrétienne, mais le mépris de Dieu et le cynisme qui considère la dérision du sacré comme un droit de la liberté et élève l'utilité au rang de critère suprême pour les futures victoires de la recherche. Chers amis, ce cynisme n'est pas le type de tolérance et d'ouverture culturelle que les peuples attendent et que nous désirons tous! La tolérance dont nous avons un besoin urgent comprend la crainte de Dieu - le respect de ce qui est sacré pour l'autre. Mais ce respect pour ce que les autres considèrent comme sacré présuppose que nous aussi apprenions à nouveau la crainte de Dieu. Ce sens du respect ne peut être régénéré dans le monde occidental que si croît à nouveau la foi en Dieu, si Dieu est à nouveau présent pour nous et en nous.
Nous n'imposons notre foi à personne. Un tel genre de prosélytisme est contraire au christianisme. La foi ne peut se développer que dans la liberté. Mais c'est à la liberté des hommes, à laquelle nous faisons appel de s'ouvrir à Dieu, de le chercher, de lui prêter attention. Nous tous ici réunis demandons au Seigneur de tout notre coeur de prononcer à nouveau son "Effatà!", de guérir la faiblesse de notre ouïe pour Dieu, pour son action et pour sa parole, et de nous rendre capables de voir et d'écouter. Nous lui demandons de nous aider à retrouver la parole de la prière, à laquelle nous invite la Liturgie et dont il nous a enseigné la formule essentielle dans le Notre Père.
Le monde a besoin de Dieu. Nous avons besoin de Dieu. De quel Dieu avons-nous besoin? Dans la première lecture, le prophète s'adresse à un peuple opprimé en disant: "La vengeance de Dieu viendra" (Is 35,4). Nous pouvons facilement deviner comment les personnes s'imaginaient cette vengeance. Mais le prophète lui-même révèle ensuite ce en quoi elle consiste: dans la bonté de Dieu qui guérit. Et nous trouvons l'explication définitive de la parole du prophète dans Celui qui est mort pour nous sur la Croix: en Jésus, le Fils de Dieu incarné qui nous regarde avec tant d'insistance. Sa "vengeance" est la Croix: le "Non" à la violence, "l'amour jusqu'au bout". Tel est le Dieu dont nous avons besoin. Nous ne manquons pas de respect à l'égard des autres religions et cultures, nous n'offensons pas le profond respect pour leur foi, si nous confessons à haute voix et sans détours le Dieu qui a opposé sa souffrance à la violence; qui, face au mal et à son pouvoir, élève sa miséricorde comme limite et dépassement. C'est à Lui que nous adressons notre supplique, afin qu'Il soit parmi nous et qu'il nous aide à être ses témoins crédibles. Amen!
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Salle des Suisses, Palais pontifical de Castelgandolfo
Vendredi 15 septembre 2006
Eminences,
Excellences,
Chers collaborateurs et collaboratrices,
Je ne peux pas terminer cette rencontre sans ajouter encore une fois une parole qui, en cet instant, me vient du coeur. C'est un moment, dans un certain sens, de tristesse; mais c'est surtout un moment de profonde gratitude. Eminence, vous avez travaillé avec de nombreux Papes, puis avec moi, en tant que Secrétaire d'Etat, avec le dévouement, la compétence, la volonté de servir dont j'ai déjà parlé. En m'associant à votre discours, je voudrais étendre ces remerciements à tous les collaborateurs et collaboratrices, et aux Représentations pontificales dans le monde. Je comprends toujours mieux que seul ce grand réseau de collaboration rend possible de répondre au mandat du Seigneur: "Confirma fratres tuos in fide". Ce n'est qu'en vertu de l'union de toutes ces compétences, ce n'est qu'en vertu de l'humilité d'un engagement appliqué et très compétent de nombreuses personnes, que peut naître à la fin cette "confirmation des frères", dans laquelle le Pape obéit au Seigneur. Il peut accomplir de manière appropriée sa mission grâce à cette vaste collaboration.
Ce n'est que ces dernières années, en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, que j'ai toujours mieux compris combien de compétences, combien de dévouement, combien d'humilité et combien de volonté de servir réellement le Seigneur dans son Eglise sont ici présents. Ce travail de Curie est, en réalité, un travail pastoral dans un sens éminent, parce qu'il aide réellement à guider le peuple de Dieu sur les verts pâturages - comme le dit le Psaume - où la Parole de Dieu est présente et nous nourrit pour toute notre vie.
Eminence, j'ai réfléchi ces dernières semaines sur quel signe de ma gratitude j'aurais pu vous donner en ce moment. J'ai eu la joie que vous m'accompagniez au cours de mon Voyage en Bavière. Nous avons visité des Sièges épiscopaux importants - Munich, Ratisbonne et l'ancien Siège de Freising - et nous avons visité notre Sanctuaire national, pour ainsi dire, Altötting, qui est appelé depuis des siècles le "coeur" de la Bavière. Il est le véritable "coeur" de ce pays, car là, en trouvant la Mère, nous trouvons le Seigneur. Là, dans toutes les vicissitudes de l'histoire, ainsi que dans toutes les difficultés du présent, nous retrouvons à nouveau, en même temps que la protection de la Mère, la joie de la foi. Là se renouvelle notre peuple.
Monsieur le Cardinal, vous avez été témoin du fait que l'Evêque de Passau m'a remis en éternel souvenir une copie du tableau du XV siècle de la Vierge, qui attire toujours à nouveau les pèlerins qui désirent partager l'amour de notre Mère à tous. J'ai pu obtenir une copie fidèle - il existe des copies moins précieuses - de la Vierge d'Altötting. Et je pense que cette Vierge d'Altötting pourrait être non seulement le signe de mon éternelle reconnaissance, mais également le signe de notre dialogue dans la prière. Que la Vierge soit toujours à vos côtés, qu'Elle vous protège toujours, qu'Elle vous guide. Telle est l'expression de ma sincère gratitude.
Palais pontifical de Castelgandolfo
Samedi 16 septembre 2006
Monsieur l'Ambassadeur,
L'acte cordial et solennel de la présentation des Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Slovénie près le Siège apostolique, rappelle les relations millénaires entre le Successeur de Pierre et le bien-aimé peuple que vous représentez ici. Soyez le bienvenu, Monsieur l'Ambassadeur. Je suis certain que les sentiments que vous évoquez à travers les paroles que vous m'avez adressées reflètent les convictions intimes de vos compatriotes à l'égard du Pape. Je prends acte avec une sincère satisfaction de ces sentiments authentiques, en exprimant aux Autorités qui vous accréditent, et en particulier au Président de la République S.E. M. Janez Drnovsek, ma reconnaissance et mon appréciation. La République de Slovénie, dans sa liberté originelle, cultive un dialogue fécond et constructif avec les instances ecclésiales présentes sur le territoire, en reconnaissant leur contribution décisive à la vie de la nation. Cela confirme le fait que les traditions catholiques, qui caractérisent depuis toujours le peuple slovène, constituent un trésor précieux auquel puiser pour exprimer l'identité elle-même la plus profonde et véritable de cette noble terre.
C'est dans ce cadre que se sont développées de façon féconde les relations cordiales entre les Slovènes et le Siège de Pierre: celles-ci sont exprimées aujourd'hui encore par les bonnes relations bilatérales que vous avez voulu à juste titre évoquer. Depuis les premiers siècles du christianisme, la force de l'Evangile a oeuvré en terre slovène, comme le révèle la présence de saints comme saint Victorin et saint Maximilien, dont le témoignage a contribué à l'affirmation de la foi chrétienne parmi les peuples qui, au VII siècle, se sont installés dans l'actuelle Slovénie. Comment ne pas penser également à la figure d'un Evêque comme le bienheureux Anton Martin Slomsek qui, à une époque plus récente, a encouragé le réveil national en accomplissant une oeuvre précieuse en tant que formateur du peuple slovène? Le christianisme et l'identité nationale sont étroitement liés. Il est donc naturel qu'il existe une profonde estime entre l'Evêque de Rome et le noble peuple qui trouve ici en Vous son représentant et sa voix.
Le fruit de ce dialogue intense et constructif, qui n'a pas été interrompu par les tristes événements du siècle qui vient de s'écouler, est l'Accord entre la République de Slovénie et le Saint-Siège sur des questions juridiques, en date du 14 décembre 2001. Il s'agit d'une entente importante, dont l'application fidèle ne pourra que renforcer les relations réciproques et la collaboration pour la promotion de la personne et du bien commun (cf. art. 1), dans le respect de la laïcité légitime de l'Etat. Toutefois, comme vous l'avez souligné à juste titre, il existe des questions encore ouvertes, qui attendent d'être affrontées et de trouver une solution opportune. Connaissant l'estime et l'affection des Slovènes pour le Pape, je suis certain que leurs représentants au niveau politique sauront interpréter leurs traditions, leur sensibilité, leur culture. En effet, le peuple slovène a le droit d'affirmer et de faire valoir l'âme chrétienne, qui en a façonné l'identité et l'a inscrit dans le contexte de l'Europe, dont les racines les plus profondes tirent leur force de la semence évangélique qui oeuvre sur le continent depuis presque deux millénaires.
Le devoir auquel doivent faire face les responsables actuels est d'identifier les méthodes opportunes pour transmettre aux nouvelles générations la connaissance et l'appréciation des valeurs du passé, en les rendant capables d'apporter, dans le millénaire qui vient de commencer, le riche patrimoine dont ils ont hérité. Celles-ci doivent donc être en mesure de parvenir à la connaissance concrète et spécifique des fondements culturels, éthiques et religieux sur lesquels la nation s'est édifiée au cours des siècles. Ce serait en effet une stratégie véritablement aveugle que de ne pas favoriser l'ouverture des jeunes à la connaissance des racines historiques dont s'écoule la sève nécessaire pour assurer à la nation de nouvelles saisons riches de fruits. Dans ce sens, la question de leur instruction, notamment en ce qui concerne les valeurs religieuses partagées par la majorité de la population, ne doit pas être éludée, si l'on ne veut pas risquer d'égarer progressivement les caractéristiques les plus spécifiques de la physionomie nationale. Ce qui est en jeu est le respect de la liberté même des citoyens, sur laquelle la République de Slovénie veille avec attention et que le Siège apostolique désire également promouvoir dans l'esprit de l'Accord susmentionné. Il en est de même, par ailleurs, de l'expérience d'autres peuples du continent, en particulier des peuples slaves qui, conscients de l'importance du christianisme pour leur identité sociale et de la contribution précieuse que l'Eglise peut offrir dans ce sens, ne se sont pas exemptés du devoir d'assurer, notamment au niveau législatif, que le riche patrimoine éthique et religieux continue de porter des fruits aux jeunes générations.
Puisse le dialogue instauré dans ce domaine entre les Autorités civiles et religieuses en Slovénie conduire - c'est le souhait que j'exprime volontiers en cette circonstance - à l'entente juste et sincère dont nous avons tant besoin! Cela ne manquera pas de bénéficier aux personnes auxquelles, bien que dans une perspective différente, l'Etat et l'Eglise se sentent engagés à rendre un service nécessaire. Je peux assurer que l'Eglise catholique ne manquera pas de collaborer avec l'Etat de façon sincère et cordiale sans exiger aucun privilège pour elle, mais en soumettant des propositions qui, selon son jugement, peuvent contribuer au progrès commun de la nation.
Tandis que je souhaite que les relations cordiales entre la Slovénie et le Saint-Siège continuent de se développer sur les solides bases qui les ont guidées jusqu'à présent, je confirme mon estime et mon soutien personnel, ainsi que ceux de mes collaborateurs de la Curie Romaine, dans l'accomplissement de la haute mission qui vous a été confiée, et j'accompagne ces sentiments de l'invocation d'abondantes Bénédictions divines sur vous et sur les personnes qui vous sont chères.
Salle des Suisses du Palais pontifical de Castelgandolfo
Samedi 16 septembre 2006
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Mesdames, messieurs!
J'adresse à tous mon salut cordial. La rencontre avec des savants et des experts tels que vous, qui vous consacrez à la recherche visant au traitement de maladies qui frappent gravement l'humanité, est pour moi un motif de réconfort particulier. Je suis reconnaissant aux organisateurs qui ont promu ce Congrès sur un thème qui a acquis ces dernières années une importance croissante. Le thème spécifique du Symposium est formulé de façon adaptée à travers une interrogation ouverte à l'espérance: "Les cellules souches: quel avenir pour la thérapie?". Je remercie le Président de l'Académie pontificale pour la Vie, Mgr Elio Sgreccia, pour les paroles aimables qu'il m'a adressées également au nom de la Fédération internationale des Associations des Médecins catholiques (FIAMC), association qui a coopéré à l'organisation du Congrès et qui est représentée ici par le Président sortant, le Prof. Gianluigi Gigli, et par le Président élu, le Prof. Simon de Castellvi.
Lorsque la science s'applique à soulager la souffrance et lorsque, sur ce chemin, elle découvre de nouvelles ressources, elle se révèle doublement riche en humanité: en vertu de l'effort de l'intelligence investie dans la recherche et en vertu du bénéfice espéré pour tous ceux qui sont frappés par la maladie. Les personnes qui fournissent les moyens financiers et qui encouragent les structures d'études nécessaires participent elles aussi au mérite de ce progrès sur la voie de la civilisation. Je voudrais répéter en cette circonstance ce que j'ai eu l'occasion d'affirmer au cours d'une récente audience: "Le progrès ne peut être authentique que s'il rend service à la personne humaine et si la personne humaine elle-même grandit, non seulement au niveau de son potentiel technique, mais aussi de sa capacité morale" (Entretien du Saint-Père avec des journalistes, 5 août 2006). A cet égard, la recherche sur les cellules souches somatiques mérite une approbation et un encouragement lorsqu'elle conjugue de façon heureuse à la fois le savoir scientifique, la technologie la plus avancée dans le domaine biologique et l'éthique qui postule le respect de l'être humain à tous les stades de son existence. Les perspectives ouvertes par ce nouveau chapitre de la recherche sont en elles-mêmes fascinantes, car elles laissent entrevoir la possibilité de soigner des maladies qui comportent la dégénérescence des tissus, avec les risques conséquents d'invalidité et de mort pour ceux qui en sont atteints.
Comment ne pas ressentir le devoir de louer tous ceux qui s'appliquent à cette recherche et tous ceux qui en soutiennent l'organisation et les coûts. Je voudrais en particulier exhorter les structures scientifiques dont l'inspiration et l'organisation sont liées à l'Eglise catholique à accroître ce style de recherche et à établir les contacts les plus étroits entre eux et avec tous ceux qui poursuivent de façon adéquate l'objectif de soulager la souffrance humaine. Qu'il me soit également permis de souligner, face aux accusations fréquentes et injustes d'insensibilité adressées à l'Eglise, le soutien constant que celle-ci a apporté, au cours de son histoire bimillénaire, à la recherche visant au traitement des maladies et au bien de l'humanité. Si elle a fait preuve de résistance - et elle le fait encore - celle-ci concernait et concerne les formes de recherche qui prévoient la suppression programmée d'êtres humains déjà existants, même s'ils ne sont pas encore nés. Dans ces cas, la recherche, quels que soient les résultats d'utilité thérapeutique, ne se place pas véritablement au service de l'humanité. Elle passe en effet par la suppression de vies humaines qui ont une égale dignité par rapport aux autres personnes humaines et aux chercheurs eux-mêmes. L'histoire elle-même a condamné par le passé et condamnera à l'avenir un tel type de science, non seulement parce qu'elle est privée de la lumière de Dieu, mais également parce qu'elle est privée d'humanité. Je voudrais répéter ici ce que j'écrivais il y a quelques temps: "Il existe un obstacle que nous ne pouvons pas éviter: personne ne peut disposer de la vie humaine. Il faut établir une limite infranchissable à ce que nous pouvons faire et expérimenter. L'homme n'est pas un objet dont nous pouvons disposer, mais chaque personne représente la présence de Dieu dans le monde" (Joseph Ratzinger, Dieu et le monde).
Face à la suppression directe de l'être humain, il ne peut y avoir ni compromis ni tergiversation; on ne peut concevoir qu'une société puisse combattre de façon efficace le crime, lorsqu'elle-même légalise le délit dans le domaine de la vie à naître. A l'occasion de récents Congrès de l'Académie pontificale pour la Vie, j'ai eu l'occasion de répéter l'enseignement de l'Eglise, adressé à tous les hommes de bonne volonté, en ce qui concerne la valeur humaine de l'enfant venant d'être conçu, même lorsqu'il est considéré avant son implantation dans l'utérus. Le fait que, au cours de ce Congrès, vous ayez exprimé l'engagement et l'espérance de poursuivre de nouveaux résultats thérapeutiques en utilisant les cellules du corps adulte sans avoir recours à la suppression d'êtres humains venant d'être conçus, et le fait que les résultats récompensent vos travaux, constituent une confirmation de la validité de l'invitation constante de l'Eglise au respect total de l'être humain dès sa conception. Le bien de l'homme doit être recherché non seulement dans les finalités universellement valables, mais également dans les méthodes utilisées pour les atteindre: la juste fin ne peut jamais justifier des moyens intrinsèquement illicites. Il ne s'agit pas seulement d'une question de critère adapté pour l'emploi des ressources économiques limitées, mais également, et surtout, de respect pour les droits fondamentaux de l'homme dans le domaine même de la recherche scientifique.
Je souhaite que Dieu, qui agit pour le bien de tous, accorde à votre effort, qu'Il soutient assurément, la joie de la découverte de la vérité, la sagesse dans la considération et dans le respect de chaque être humain, et le succès dans la recherche de remèdes efficaces à la souffrance humaine. En gage de ce voeu, je vous donne de tout coeur, ainsi qu'à vos collaborateurs, aux membres de vos familles, et aux patients qui bénéficieront des ressources de votre talent et du fruit de votre travail, une Bénédiction affectueuse, que j'accompagne de l'assurance d'un souvenir particulier dans la prière.
Castelgandolfo
Lundi 18 septembre 2006
Eminence,
Chers amis,
Je suis heureux de saluer ici une fois de plus publiquement, le nouveau Secrétaire d'Etat, ainsi que toute sa famille. Nous nous sommes connus lorsque Son Eminence était Consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il m'a beaucoup aidé dans certains entretiens difficiles que nous avons eus en 1988.
Lorsque, par la suite, le cher Mgr Bovone est passé à la Congrégation pour les Causes des Saints, il fut nécessaire de chercher un nouveau Secrétaire pour la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Et je n'ai pas eu besoin de réfléchir longtemps, car les souvenirs de ce travail commun étaient si vivants que j'ai compris que le Seigneur m'avait déjà indiqué le successeur. De très belles années de collaboration à la Doctrine de la Foi ont suivi. Saint Eusèbe de Vercelli a toujours été présent, je ne sais pas si aujourd'hui également, sa présence continue à préserver la foi. Nous avons fait ce que nous avons pu. J'ai eu la possibilité de voir Vercelli et de connaître ce bel archidiocèse. A cette époque, en arrivant à la Congrégation, le Cardinal Bertone avait "perdu" la pourpre qu'il avait eue à Vercelli. Puis, en allant à Gênes, il a retrouvé la pourpre et a eu également l'occasion de voir les beautés de Gênes.
Ensuite est arrivé le moment pour certains Cardinaux de la Curie nés en 1927 de présenter leurs démissions. Ainsi, je me suis à nouveau rappelé des années de travail en commun, et le Seigneur m'a accordé la grâce du "oui" de Son Eminence.
Avec courage, nous commençons ensemble notre chemin. Je suis heureux de voir qu'il est soutenu par une famille forte. Mes meilleurs voeux à vous tous!
Castelgandolfo
Vendredi 18 september 2006
Excellence!
Monsieur l'Ambassadeur,
C'est avec joie que je vous accueille à l'occasion de la présentation des Lettres qui vous accréditent en tant qu'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d'Autriche près le Saint-Siège. Je suis extrêmement reconnaissant pour les paroles cordiales que vous m'avez adressées et pour les salutations que vous me transmettez de la part du Président, M. Heinz Fisher.
Je transmets pour ma part au chef de l'Etat, au gouvernement fédéral et au peuple autrichien mes meilleurs voeux, à travers lesquels j'exprime l'espérance et la certitude qu'au cours de votre mandat, les relations traditionnellement positives, aujourd'hui encore, entre l'Autriche et le Saint-Siège, pourront être poursuivies et renforcées.
En effet, les liens entre l'Autriche et le Saint-Siège sont anciens et fructueux. Cette union est plus qu'un fait historique. Elle est fondée avant tout sur le fait que la majorité de la population autrichienne appartient à l'Eglise catholique. Cela donne déjà lieu à des orientations, à des options et à des intérêts communs, en particulier en ce qui concerne l'être humain, sa liberté, sa dignité et son avenir, dans le temps et dans la société. L'Etat et l'Eglise sont tous deux préoccupés, à différents niveaux, par le bien-être des êtres humains. Cela est au bénéfice des personnes lorsque, dans la politique autrichienne - dans les petites et les grandes villes, dans les circonscriptions et les régions, au Parlement et en particulier dans le gouvernement - celles-ci se laissent guider par une "vision du monde" dans laquelle les valeurs transmises par la foi chrétienne sont déterminantes.
C'est pourquoi, ceux qui, comme dans la Révélation judéo-chrétienne, placent l'homme créé par Dieu au centre de la création et de l'histoire, orientent leur action sociale et politique vers le bien authentique des êtres humains, dont les intérêts et la dignité ne peuvent jamais être subordonnés aux paramètres de "ce qui est faisable", de l'utilité ou de la productivité. Toute politique humaine authentique découle toujours du fait que la plus grande richesse d'une nation est constituée par ses habitants.
L'Europe et, en particulier, la poursuite du développement du processus de l'Union européenne, représentent des "intérêts communs" que partagent le Saint-Siège et l'Autriche.
Sans doute comme nulle part ailleurs dans le monde, l'histoire et la culture de l'Europe ont été formées par le christianisme. Cela s'applique également à la région dans laquelle vivent 457 millions d'habitants, provenant de 25 pays membres de l'Union européenne, dont la majorité se déclare de foi chrétienne. L'espace régional et national, la patrie la plus proche et la plus éloignée, auquel, en règle générale, la majorité des personnes puise les éléments les plus importants de son identité culturelle, devient toujours plus une patrie commune européenne. La mobilité qui franchit les frontières et les moyens de communication sociale y contribuent de façon importante. En tant que berceau de l'histoire et de la culture du continent européen au cours des siècles, l'Eglise catholique accueille en grande partie avec satisfaction ce développement. Là où les hommes et les peuples se considèrent membres de la même famille, les possibilités de paix, de solidarité, d'échange et d'enrichissement réciproque augmentent.
La société moderne des frontières ouvertes se laisse définir toujours moins en termes de nationalité. Pour cette raison, ainsi que de leur profonde conscience historique, les Autrichiens, semblables à des parents de leurs voisins, se sentent à juste titre européens, citoyens et citoyennes de l'Europe unie qui prend toujours plus forme. L'Autriche est un pays qui voyage en Europe. Sa riche histoire d'ancien pays composé de plusieurs peuples l'a prédestinée à un engagement européen convaincu dans le cadre de directives politiques et institutionnelles et au-delà de celles-ci. Enfin, l'effort apporté au soin et à l'approfondissement des relations de bon voisinage et à la collaboration confiante de tous les membres pour la paix et le bien des peuples de la région du Danube est une constante de la politique extérieure autrichienne. Ces principes et ces expériences ont également inspiré la présidence autrichienne du Conseil de l'Union européenne dans la première moitié de l'année 2006, que l'on a voulu interpréter comme "service à l'Europe" et qui a été centrée sur la mission d'instaurer la confiance entre les Etats-membres de l'Union européenne.
Monsieur l'Ambassadeur, la voie de l'intégration européenne, le succès de l'édification d'une grande maison européenne, sous le toit de laquelle les peuples du continent forgent leur propre avenir dans la paix, le respect et l'échange réciproque, repose essentiellement sur la confiance que les citoyens placent dans un tel projet. Dans les débats sur le processus d'élargissement de l'Union européenne, d'une part, et sur la Constitution européenne, d'autre part, émergent de nouvelles questions d'importance fondamentale. En définitive, il s'agit toujours de la question de l'identité et des bases spirituelles sur lesquelles s'appuie la communauté des peuples et des Etats européens. Ni une union économique, plus ou moins valable, ni un règlement bureaucratique réglementant la coexistence ne pourront jamais satisfaire pleinement les attentes des personnes pour l'Europe. Les racines les plus profondes d'une "réciprocité" européenne solide et exempte de toute crise se trouvent plutôt dans les convictions et les valeurs communes de l'histoire et de la tradition chrétienne et humaniste du continent. Sans une authentique communauté de valeurs, il n'est pas possible d'édifier une communauté de droit fiable, ce qui est en revanche ce que les personnes attendent. Aujourd'hui, en Europe, l'Autriche est l'un des plus petits pays. Toutefois, elle peut offrir une importante contribution afin qu'en Europe, soient toujours et en toute circonstance respectés les droits et la dignité inviolable de l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et le rôle de la famille en tant que cellule fondamentale de la société; une contribution afin que l'Europe, dans le nécessaire processus d'autodétermination, tourne son regard vers Dieu, Créateur de toute la vie, dans lequel se rencontrent la justice et l'amour.
Votre accréditation, Monsieur l'Ambassadeur, est également pour moi l'occasion de répéter une fois de plus avec satisfaction que dans votre cher pays subsiste une coopération féconde et bénéfique entre l'Etat et l'Eglise pour le bien de tous les habitants. Nous avons parlé des divers domaines de cette coopération lors de précédentes occasions. Je désire mentionner ici uniquement le développement des écoles supérieures en accord avec l'Eglise et souligner l'engagement de l'Etat, fondé sur le Concordat, pour l'enseignement de la religion catholique qui, en Autriche, fait partie des matières obligatoires. Face au nombre croissant d'étudiants qui n'appartiennent à aucune confession religieuse, l'Etat a le devoir de faire connaître également à ces enfants et à ces jeunes les bases de la pensée occidentale et de la "civilisation de l'amour" marquée par l'esprit chrétien.
Monsieur l'Ambassadeur, l'Autriche est célèbre pour sa grande ouverture à la mission universelle du Successeur de Pierre au service de la diffusion de l'Evangile de l'espérance et de la foi libératrice en Jésus Christ, Seigneur et Sauveur de l'humanité, qui désire apporter à tous les peuples réconciliation, justice et paix. Je vous dis également que le monde entier est reconnaissant pour l'aide que les catholiques autrichiens et d'innombrables personnes de bonne volonté offrent dans leur patrie pour les projets sociaux, humanitaires et missionnaires. Au cours de votre activité diplomatique, vous vous êtes déjà familiarisé avec la mission du Saint-Siège. J'ai l'assurance que votre nouvelle mission à Rome vous apportera joie et pleine satisfaction. A travers l'intercession de la Mère de Dieu de Marienzell, de saint Charles d'Autriche et de tous les patrons de votre pays, je vous donne de tout coeur, Monsieur l'Ambassadeur, ainsi qu'aux membres de l'Ambassade de la République d'Autriche près le Saint-Siège et à votre chère famille, ma Bénédiction apostolique.
Salle des Suisses, Castelgandolfo
Jeudi 21 septembre 2006
Chers frères dans l'épiscopat!
J'adresse mon salut cordial à chacun de vous. Je l'adresse en particulier à Monsieur le Cardinal Giovanni Battista Re, qui s'est fait l'interprète de vos sentiments, et je l'étends avec affection à ceux qui ont organisé et coordonné votre rencontre. Au cours de ces journées, vous avez écouté le témoignage de plusieurs chefs de dicastères de la Curie romaine et d'Evêques, qui vous ont aidés à réfléchir sur certains aspects du ministère épiscopal de grande importance pour notre temps. Aujourd'hui, c'est le Pape qui vous accueille avec joie et il est heureux de partager avec vous les sentiments et les attentes que vous vivez au cours de ces premiers mois de votre ministère épiscopal. Vous avez certainement déjà fait l'expérience de la façon dont Jésus, le Bon Pasteur, agit dans les âmes à travers sa grâce. "Ma grâce te suffit" (2Co 12,9), s'entendit répondre l'Apôtre Paul lorsqu'il demanda au Seigneur de lui épargner les souffrances. Que cette même conscience nourrisse toujours votre foi, vous incite à rechercher des voies pour toucher le coeur de chacun avec ce sain optimisme que vous devez toujours faire rayonner autour de vous.
Dans l'Encyclique Deus caritas est, j'ai observé que les Evêques ont pour première responsabilité d'édifier l'Eglise comme famille de Dieu et comme lieu d'aide réciproque et de disponibilité (cf. n. 32). Pour pouvoir accomplir cette mission, vous avez reçu, avec la consécration épiscopale, trois charges particulières: le munus docendi, le munus sanctificandi et le munus regendi, qui, dans leur ensemble, constituent le munus pascendi. En particulier, la finalité du munus regendi est la croissance dans la communion ecclésiale, c'est-à-dire l'édification d'une communauté unie dans l'écoute de l'enseignement des apôtres, dans la fraction du pain, dans les prières et dans l'union fraternelle (cf. Ac Ac 2,42). Etroitement lié aux tâches d'enseigner et de sanctifier, celle de gouverner - le munus regendi - constitue pour l'Evêque un authentique acte d'amour envers Dieu et envers son prochain, qui s'exprime dans la charité pastorale. C'est ce qu'a indiqué avec autorité le Concile Vatican II dans la Constitution Lumen gentium, en proposant comme modèle aux Evêques le Christ, Bon Pasteur, venu non pour être servi, mais pour servir (cf. n. 27). Dans ce sillon, la Lettre apostolique post-synodale Pastores gregis invite l'Evêque à s'inspirer constamment de l'icône évangélique du lavement des pieds (cf. n. 42). Seul le Christ, qui est l'amour incarné de Dieu (cf. Deus caritas est ), peut nous indiquer avec autorité comment aimer et servir l'Eglise.
Chers frères, sur l'exemple du Christ, que chacun de vous, dans le soin quotidien du troupeau, se fasse "tout à tous" (cf. 1Co 9,22), en proposant la vérité de la foi, en célébrant les sacrements de notre sanctification et en témoignant de la charité du Seigneur. Accueillez avec une âme ouverte ceux qui frappent à votre porte: conseillez-les, réconfortez-les et soutenez-les sur le chemin de Dieu, en cherchant à conduire chacun à cette unité dans la foi et dans l'amour dont vous devez être dans vos diocèses, par la volonté du Seigneur, le principe visible et le fondement (cf. Lumen gentium LG 23). Faites preuve de cette sollicitude en premier lieu à l'égard des prêtres. Agissez toujours avec eux comme des pères et des grands frères qui savent écouter, accueillir, réconforter et, lorsque cela est nécessaire, aussi corriger; recherchez leur collaboration et soyez proches d'eux, en particulier dans les moments significatifs de leur ministère et de leur vie. Cherchez ensuite à faire preuve d'une même sollicitude à l'égard des jeunes qui se préparent à la vie sacerdotale et religieuse.
En vertu de la charge de gouverner (cf. Lumen gentium LG 27), l'Evêque est en outre appelé à juger et à organiser la vie du Peuple de Dieu confié à ses soins pastoraux à travers des lois, des orientations et des suggestions, selon ce qui est prévu par la discipline universelle de l'Eglise. Ce droit et devoir de l'Evêque est plus que jamais important, afin que la Communauté diocésaine soit unie en son sein et avance en profonde communion de foi, d'amour et de discipline avec l'Evêque de Rome et avec toute l'Eglise. Chers frères dans l'épiscopat, je vous exhorte donc à être des gardiens attentifs de cette communion ecclésiale et à la promouvoir et la défendre en veillant constamment sur le troupeau dont vous avez été constitués les Pasteurs. Il s'agit d'un acte d'amour qui demande discernement, courage apostolique et bonté patiente en cherchant à convaincre et à faire participer, afin que vos orientations soient accueillies de bon gré et exécutées avec conviction et promptitude. En obéissant docilement à l'Evêque, chaque fidèle contribue de manière responsable à l'édification de l'Eglise. Cela sera possible si, conscients de votre mission et de vos responsabilités, vous savez nourrir en chacun d'eux le sens d'appartenance à l'Eglise et la joie de la communion fraternelle, en faisant appel aux institutions prévues à cet effet par la discipline ecclésiale. Construire la communion ecclésiale doit constituer votre engagement quotidien.
La Lettre apostolique Pastores gregis et le Directoire pour le ministère pastoral des Evêques insistent en indiquant à chaque pasteur que son autorité objective doit être illustrée par sa vie, qui doit faire autorité. La sérénité dans les relations, la délicatesse dans le comportement et la simplicité de vie sont des qualités qui enrichissent sans aucun doute la personnalité humaine de l'Evêque. Dans la "Règle pastorale", saint Grégoire le Grand écrit que "le gouvernement des âmes est l'art des arts" (n. 1). Un art qui exige la croissance constante des vertus, parmi lesquelles je désire rappeler celle de la prudence, définie par saint Bernard comme mère de la force. La prudence vous rendra patients avec vous-mêmes et avec les autres, courageux et fermes dans les décisions, miséricordieux et justes, uniquement soucieux de votre salut et de celui de vos frères "avec crainte et tremblement" (Ph 2,12). Le don total de vous-mêmes, qu'exige le soin du troupeau du Seigneur, a besoin du soutien d'une intense vie spirituelle, nourrie par une prière personnelle et communautaire assidue. Un contact constant avec Dieu devra donc caractériser vos journées et accompagner chacune de vos activités. Vivre en union intime avec le Christ vous aidera à atteindre cet équilibre nécessaire entre le recueillement intérieur et l'effort nécessaire demandé par les multiples activités de la vie, en évitant de tomber dans un activisme exagéré. Le jour de votre consécration épiscopale, vous avez fait la promesse de prier sans jamais vous lasser pour votre peuple. Chers frères, restez toujours fidèles à cet engagement qui vous rendra capables d'exercer de manière irrépréhensible votre ministère pastoral. A travers la prière, les portes de votre coeur s'ouvrent au projet de Dieu, qui est un projet d'amour auquel Il vous a appelés en vous unissant plus intimement au Christ à travers la grâce de l'épiscopat. En le suivant, Lui le Pasteur et l'Evêque de vos âmes (1P 2,25), vous serez incités à tendre sans vous lasser vers la sainteté, qui est le but fondamental de l'existence de chaque chrétien.
Chers frères, en vous remerciant de votre visite appréciée, je désire vous assurer de mon souvenir quotidien au Seigneur pour votre service ecclésial, que je confie à la Vierge Mater Ecclesiae. J'invoque sa protection sur vous, sur vos diocèses et sur votre ministère. Avec ces sentiments, je vous donne, ainsi qu'à ceux qui vous sont chers, ma Bénédiction apostolique spéciale.
Salle des Suisses, Castelgandolfo
Vendredi 22 septembre 2006
Messieurs les Cardinaux,
vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et soeurs!
J'ai aujourd'hui la joie de vous rencontrer pour la première fois, chers membres et consulteurs du Conseil pontifical pour les Laïcs, réunis pour votre Assemblée plénière. Votre Conseil pontifical a la particularité de compter parmi ses membres et consulteurs, à côté des Cardinaux, des Evêques, des prêtres et des religieux, une majorité de fidèles laïcs, provenant de divers continents et pays, et des expériences apostoliques les plus diverses. Je vous salue tous avec affection et je vous remercie pour le service que vous prêtez à la Chaire de Pierre et à l'Eglise présente partout dans le monde. Mes salutations s'adressent en particulier au Président, Mgr Stanislaw Rylko, que je remercie de ses paroles cordiales et dévouées, au Secrétaire, Mgr Josef Clemens, ainsi qu'à tous ceux qui oeuvrent quotidiennement dans votre Dicastère.
Au cours des années de mon service au sein de la Curie romaine, j'avais déjà pu me rendre compte de l'importance croissante acquise par le Conseil pontifical pour les Laïcs dans l'Eglise; une importance que je constate plus encore depuis que le Seigneur m'a appelé à succéder au Serviteur de Dieu Jean-Paul II dans la conduite de tout le peuple chrétien, parce qu'il m'est donné de voir plus directement le travail que vous accomplissez. J'ai eu l'occasion, en effet, de présider deux rencontres d'une indubitable importance ecclésiale organisées par votre dicastère: la Journée mondiale de la Jeunesse, qui s'est tenue à Cologne au mois d'août de l'année dernière, et la Rencontre qui s'est déroulée Place Saint-Pierre, lors de la Veillée de Pentecôte de cette année, en présence de plus de cent Mouvements ecclésiaux et Communautés nouvelles. Je pense ensuite au premier Congrès latino-américain des Mouvements ecclésiaux et des Communautés nouvelles, que votre Conseil pontifical a organisé en collaboration avec le CELAM, à Bogota, du 9 au 12 mars 2006, en vue de la V Conférence générale de l'Episcopat latino-américain.
Après avoir examiné, lors de la précédente Assemblée plénière, la nature théologique et pastorale de la communauté paroissiale, vous affrontez à présent la question d'un point de vue pratique, en recherchant des éléments utiles pour favoriser un authentique renouveau paroissial. En effet, le thème de votre rencontre est: "La paroisse retrouvée. Parcours de renouveau". Effectivement, l'aspect théologique et pastoral et l'aspect pratique ne peuvent être dissociés, si l'on veut accéder au mystère de communion dont la paroisse est appelée à être toujours davantage le signe et l'instrument de mise en oeuvre. L'évangéliste Luc, dans les Actes des Apôtres, indique les critères essentiels pour une juste compréhension de la nature de la communauté chrétienne, et donc ensuite également de toute paroisse, lorsqu'il décrit la première communauté de Jérusalem, assidue à l'écoute de l'enseignement des Apôtres, à l'union fraternelle, à la "fraction du pain et aux prières", une communauté accueillante et solidaire au point de mettre tout en commun (cf. 2, 42; 4, 32-35).
La paroisse peut revivre cette expérience et croître dans l'entente et dans la cohésion fraternelle si elle prie sans cesse et si elle demeure à l'écoute de la Parole de Dieu, et surtout si elle participe avec foi à la célébration de l'Eucharistie présidée par le curé. Le bien-aimé Jean-Paul II écrivait à ce propos dans sa dernière Encyclique Ecclesia de Eucharistia: "La paroisse est une communauté de baptisés qui expriment et consolident leur identité surtout à travers la célébration du Sacrifice eucharistique" (n. 32). Le renouveau souhaité de la paroisse ne peut pas, par conséquent, naître uniquement d'initiatives pastorales, même si elles sont utiles et opportunes, ni encore moins de programmes élaborés de façon uniquement théorique. En s'inspirant du modèle apostolique, comme il apparaît dans les Actes des Apôtres, la paroisse "se retrouve" elle-même dans la rencontre avec le Christ, en particulier dans l'Eucharistie. Nourrie du pain eucharistique, elle croît dans la communion catholique, elle avance en pleine fidélité au Magistère et elle est toujours attentive à accueillir et à discerner les divers charismes que le Seigneur suscite dans le Peuple de Dieu. C'est de l'union constante avec le Christ que la paroisse tire sa vigueur pour s'engager ensuite sans trêve au service de ses frères, en particulier les plus pauvres, pour lesquels elle représente de fait la première référence.
Chers frères et soeurs, tout en vous exprimant ma très vive estime pour l'activité d'animation et de service que vous accomplissez, je souhaite de tout coeur que les travaux de l'Assemblée plénière contribuent à rendre les fidèles laïcs toujours plus conscients de leur mission dans l'Eglise, en particulier au sein de la communauté paroissiale, qui est une "famille" de familles chrétiennes. Je vous assure dans ce but de mon souvenir constant dans la prière et, tout en invoquant sur chacun de vous la protection maternelle de Marie, je vous donne volontiers à tous ma Bénédiction, ainsi qu'aux membres de vos familles et aux communautés auxquelles vous appartenez.
Palais pontifical de Castelgandolfo
Samedi 23 septembre 2006
Chers Frères dans l’Épiscopat,
En ces jours où vous accomplissez votre Visite ad limina, je suis heureux de vous accueillir, vous que le Seigneur a choisis pour guider le peuple de Dieu au Tchad. Votre pèlerinage à Rome vous conduit sur les pas des Apôtres Pierre et Paul, et vous permet de rencontrer le Successeur de Pierre et ses collaborateurs pour affermir votre communion avec l’Église universelle. Je souhaite que ces jours soient pour vous l’occasion de fortifier votre ardeur apostolique, afin que vos communautés en reçoivent un nouvel élan pour être une lumière qui éclaire et qui mène vers Celui qui apporte le salut. Je remercie votre Président, Mgr Jean-Claude Bouchard, Évêque de Pala, pour sa présentation des réalités ecclésiales dans votre pays. En rentrant dans vos diocèses, apportez aux prêtres, aux consacrés, aux catéchistes et à tous les fidèles, mon salut affectueux et l’assurance de ma proximité spirituelle ainsi que mes encouragements pour leur vie chrétienne!
Chers Frères dans l’Épiscopat, à l’image du Christ, Bon Pasteur, vous êtes envoyés pour être missionnaires de la Bonne Nouvelle. Continuez à remplir cette charge dans la confiance et avec courage! La sainteté de votre vie fera de vous des signes authentiques de l’amour de Dieu. Par la proclamation de l’Évangile, guidez vos communautés à la rencontre du Seigneur et aidez-les à témoigner de leur espérance, en contribuant à l’établissement d’une société plus juste, fondée sur la réconciliation et sur l’unité entre tous! La participation régulière des fidèles aux sacrements, notamment l’Eucharistie, leur donnera la force de se mettre à la suite du Christ; ils éprouveront alors le besoin de partager avec leurs frères la joie de leur rencontre avec le Seigneur. Dans le prolongement du premier Congrès eucharistique national que vos diocèses ont célébré à Moundou au début de cette année, tous auront à coeur d’approfondir leur connaissance de ce grand sacrement, afin de le faire fructifier dans leur vie. Par ailleurs, une solide formation religieuse, fondée sur de fortes convictions spirituelles, permettra aux fidèles de mener une existence conforme aux engagements de leur Baptême et de témoigner des valeurs chrétiennes dans la société.
Je voudrais saluer avec une affection particulière vos prêtres et les encourager dans leur mission difficile mais exaltante d’annoncer l’Évangile et de servir le peuple de Dieu. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, «être prêtres, cela signifie devenir l’ami de Jésus Christ, et cela toujours davantage, avec toute notre existence» (Messe chrismale, 13 avril 2006). Dès leur formation, les prêtres seront donc incités à s’engager toujours plus intimement dans l’amitié que le Seigneur ne cesse de leur proposer. Pour assurer une telle formation dans les meilleures conditions, je vous invite à veiller attentivement sur vos séminaires, stimulant les formateurs dans leur tâche de discernement des vocations. L’amitié avec le Christ exige une recherche constante et joyeuse de communion de pensée, de volonté et d’action avec Lui, dans une obéissance humble et fidèle. Cette communion pourra se réaliser dans la mesure où le prêtre sera un authentique homme de prière. Chers Frères dans l’Épiscopat, prenez soin de la vie spirituelle de vos prêtres, les encourageant à demeurer fidèles à une règle de vie sacerdotale qui les aidera à conformer leur existence à l’appel reçu du Seigneur. Manifestez-leur votre proximité fraternelle dans leur ministère; au temps de l’épreuve et de l’incertitude, soyez celui qui réconforte et qui corrige si c’est nécessaire, les invitant à demeurer les yeux fixés sur Jésus.
Parmi les défis pastoraux à relever, se trouve l’urgence de proclamer la vérité intégrale sur le mariage et sur la famille. Il est en effet primordial de montrer que l’institution du mariage contribue au véritable développement des personnes et de la société, et permet d’assurer la dignité, l’égalité et la véritable liberté de l’homme et de la femme, ainsi que la croissance humaine et spirituelle des enfants. «Créés l’un et l’autre à la ressemblance de Dieu, l’homme et la femme, quoique différents, sont essentiellement égaux du point de vue de l’humanité» (Ecclesia in Africa, n. 82). Une sérieuse formation des jeunes favorisera un renouveau de la pastorale familiale et contribuera à lever les difficultés d’ordre social, culturel ou économique qui, pour de nombreux fidèles, sont des obstacles au mariage chrétien. Tout en préservant les valeurs essentielles de la famille africaine, puissent les jeunes de votre pays accueillir dans leur vie la beauté et la grandeur du mariage chrétien qui, dans son unicité, suppose un amour indissoluble et fidèle des époux.
L’action caritative, manifestation de l’amour du prochain, enraciné dans l’amour de Dieu, tient une grande place dans la pastorale de vos diocèses. «L’amour est le service que l’Église réalise pour aller constamment au-devant des souffrances et des besoins, même matériels, des hommes" (Deus caritas est ). Ma reconnaissance va à toutes les personnes, particulièrement aux religieuses, qui, dans vos diocèses, exercent une activité caritative au service du développement, de l’éducation et de la santé, ainsi que de l’accueil des réfugiés. En favorisant une authentique solidarité avec les personnes dans le besoin, sans aucune distinction d’origine, qu’elles n’oublient pas la spécificité ecclésiale de leurs activités et qu’elles renforcent leur conscience d’être des témoins crédibles du Christ auprès de leurs frères et de leurs soeurs.
La consolidation de la fraternité entre les différentes communautés qui composent la nation est un objectif qui exige l’engagement de tous, afin de mettre le pays à l’abri de confrontations qui ne pourraient qu’entraîner de nouvelles violences. La reconnaissance de la dignité de chacun, de l’identité de chaque groupe humain et religieux, et de sa liberté à pratiquer sa religion, fait partie des valeurs communes de paix et de justice qui doivent être promues par tous et dans lesquelles les responsables de la société civile ont un rôle important à jouer.
Je me réjouis de savoir que dans votre pays les relations entre chrétiens et musulmans sont généralement bonnes, grâce notamment à la recherche d’une meilleure connaissance mutuelle. Je vous encourage donc à poursuivre les collaborations dans un esprit de dialogue sincère et de respect réciproque, afin d’aider chacun à mener une vie conforme à la dignité reçue de Dieu, avec le souci d’une authentique solidarité et d’un développement harmonieux de la société.
Chers Frères dans l’Épiscopat, je confie votre pays à la protection maternelle de Notre-Dame, Reine de l’Afrique. Qu’elle intercède auprès de son Fils pour obtenir la paix et la justice sur ce continent si éprouvé. À vous tous, j’accorde de grand coeur la Bénédiction apostolique, ainsi qu’aux prêtres, aux religieux, aux religieuses, aux catéchistes et à tous les fidèles de vos diocèses.
Salle des Suisse, Castelgandolfo
Samedi 23 septembre 2006
Monsieur le Cardinal,
Chers frères dans l'épiscopat,
Je suis heureux de pouvoir vous rencontrer à l'occasion du séminaire de mise à jour organisé par la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, et j'adresse à chacun de vous la plus cordiale bienvenue. Je salue tout d'abord Monsieur le Cardinal Ivan Dias, Préfet du dicastère missionnaire depuis quelques mois à peine, et je le remercie pour les aimables paroles qu'il m'a adressées en votre nom également. Je salue ensuite et je remercie tous ceux qui ont prêté leur collaboration au succès de ce cours de formation. J'étends ma pensée affectueuse à vos communautés diocésaines, jeunes et pleines d'enthousiasme, dans lesquelles l'évangélisation montre des signes prometteurs de développement, même dans un contexte parfois dur et difficile. Ces journées de coexistence fraternelle vous seront assurément utiles pour la mission pastorale à leur service, qui vous a été confiée depuis peu par le Seigneur.
Vous êtes appelés à être des Pasteurs parmi des populations qui, pour la plupart, ne connaissent pas encore Jésus Christ. Comme premiers responsables de l'annonce évangélique, vous devez donc faire des efforts importants afin que soit donnée à tous la possibilité de l'accueillir. Vous ressentez toujours plus l'exigence d'inculturer l'Evangile, d'évangéliser les cultures et d'alimenter un dialogue sincère et ouvert avec tous, afin qu'ensemble, l'on édifie une humanité plus fraternelle et solidaire. Ce n'est que poussés par l'amour du Christ qu'il est possible de mener à bien cet effort apostolique, qui exige l'ardeur intrépide de ceux qui, pour le Seigneur, ne craignent ni la persécution, ni la mort. Comment ne pas rappeler les nombreux prêtres, religieux, religieuses et laïcs, qui, au cours des siècles passés et à notre époque, ont scellé par le sang dans les territoires de mission leur fidélité au Christ et à l'Eglise? Ces derniers jours, au nombre de ces témoins héroïques de l'Evangile s'est ajouté le sacrifice de soeur Leonella Sgorbati, missionnaire de la Consolata, sauvagement assassinée à Mogadiscio, en Somalie. Ce martyrologe illustre, hier comme aujourd'hui, l'histoire de l'Eglise et, même dans la souffrance et dans l'appréhension, il maintient vivante dans notre âme la confiance dans une floraison glorieuse de foi chrétienne car, comme l'affirme Tertullien, "le sang des martyrs est semence de nouveaux chrétiens".
A vous, Pasteurs du troupeau de Dieu, est confié le mandat de préserver et de transmettre la foi dans le Christ, qui nous a été confiée dans la tradition vivante de l'Eglise et pour laquelle tant de personnes ont donné leur vie. Pour remplir ce devoir, il est essentiel que vous soyez les premiers un "exemple de bonne conduite: pureté de doctrine, dignité, enseignement sain, irréprochable" (Tt 2,7-8). "L'homme contemporain - a dit mon vénéré prédécesseur de vénérée mémoire, le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI - écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s'il écoute les Maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins" (Evangelii nuntiandi EN 41). Voilà pourquoi il est nécessaire que vous accordiez une importance primordiale dans votre ministère épiscopal à la prière et à la tension incessante vers la sainteté. Il est important que vous vous préoccupiez de la formation sérieuse des séminaristes et de la mise à jour permanente des prêtres et des catéchistes. Chers frères dans l'épiscopat, un autre service précieux qui vous est demandé est de conserver l'unité de la foi dans la diversité de ses expressions culturelles. Cela exige que vous soyez unis au troupeau, à l'exemple du Christ, Bon Pasteur, et que le troupeau marche toujours uni à vous. Comme sentinelles du Peuple de Dieu, évitez avec fermeté et courage les divisions, en particulier lorsqu'elles sont dues à des motivations ethniques et socio-culturelles. En effet, elles portent atteinte à l'unité de la foi et affaiblissent l'annonce et le témoignage de l'Evangile du Christ, qui est venu dans le monde pour faire de l'humanité tout entière un peuple saint et une seule famille où Dieu est le Père de tous.
C'est un motif de joie et de réconfort de constater que, dans un grand nombre de vos Eglises, on assiste à une floraison constante de vocations au sacerdoce et à la vie religieuse, don merveilleux de Dieu qu'il faut accueillir et promouvoir avec gratitude et zèle. Que votre préoccupation soit de doter les séminaires d'un nombre suffisant de formateurs, choisis et préparés avec soin, qui soient avant tout des exemples et des modèles pour les séminaristes. De plus, vous le savez bien, le séminaire est le coeur du diocèse et c'est précisément pour cela que l'Evêque le suit personnellement. C'est de la préparation des futurs prêtres et de tous les autres agents de la pastorale, en particulier des catéchistes, que dépend l'avenir de vos communautés et celui de l'Eglise universelle.
Vénérés et chers frères, enrichis par votre séjour de formation à Rome, dans quelques jours, vous retournerez dans vos diocèses. Je continuerai à me sentir spirituellement uni à vous et je vous demande d'assurer de mon affection et de ma proximité dans la prière également vos communautés, sur lesquelles j'invoque la protection maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, Etoile de l'évangélisation, et l'intercession de saint Pio de Pietrelcina, dont nous fêtons aujourd'hui la mémoire liturgique. Avec ces sentiments, je vous donne à tous ma Bénédiction apostolique, en l'étendant volontiers à tous ceux qui sont confiés à vos soins de Pasteurs, en particulier aux enfants, aux jeunes et aux personnes âgées, aux malades, aux pauvres et aux personnes qui souffrent.
Salle des Suisses, Castelgandolfo
Lundi 25 septembre 2006
Monsieur le Cardinal,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers amis musulmans,
Je suis heureux de vous accueillir pour cette rencontre que j’ai souhaitée afin de consolider les liens d’amitié et de solidarité entre le Saint-Siège et les communautés musulmanes du monde. Je remercie Monsieur le Cardinal Paul Poupard, Président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, pour les paroles qu’il vient de m’adresser, ainsi que vous tous qui avez répondu à mon invitation.
Les circonstances qui ont suscité notre rencontre sont bien connues. J’ai déjà eu l’occasion de m’y arrêter au cours de la semaine écoulée. Dans ce contexte particulier, je voudrais aujourd’hui redire toute l’estime et le profond respect que je porte aux croyants musulmans, rappelant les propos du Concile Vatican II qui sont pour l’Église catholique la Magna Charta du dialogue islamo-chrétien : «L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes et aux décrets duquel, même s’ils sont cachés, ils s’efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s’est soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers» (Déclaration Nostra aetate NAE 3). Me situant résolument dans cette perspective, dès le début de mon pontificat, j’ai eu l’occasion d’exprimer mon souhait de continuer d’établir des ponts d’amitié avec les adhérents de toutes les religions, manifestant particulièrement mon appréciation de la croissance du dialogue entre musulmans et chrétiens (cf. Discours aux représentants des Églises et Communautés chrétiennes, et aux autres traditions religieuses, 25 avril 2005). Comme je l’ai souligné à Cologne, l’an dernier, «le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut se réduire à un choix passager. Il est en effet une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir» (Discours aux représentants de Communautés musulmanes, 20 août 2005). Dans un monde marqué par le relativisme et excluant trop souvent la transcendance de l’universalité de la raison, nous avons impérativement besoin d’un dialogue authentique entre les religions et entre les cultures, capable de nous aider à surmonter ensemble toutes les tensions, dans un esprit de collaboration fructueuse. Poursuivant l’oeuvre entreprise par mon prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, je souhaite donc vivement que les relations confiantes qui se sont développées entre chrétiens et musulmans depuis de nombreuses années, non seulement se poursuivent, mais se développent dans un esprit de dialogue sincère et respectueux, fondé sur une connaissance réciproque toujours plus vraie qui, avec joie, reconnaît les valeurs religieuses que nous avons en commun et qui, avec loyauté, respecte les différences.
Le dialogue interreligieux et interculturel est une nécessité pour bâtir ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les hommes de bonne volonté. En ce domaine, nos contemporains attendent de nous un témoignage éloquent pour montrer à tous la valeur de la dimension religieuse de l’existence. Aussi, fidèles aux enseignements de leurs propres traditions religieuses, chrétiens et musulmans doivent-ils apprendre à travailler ensemble, comme cela arrive déjà en diverses expériences communes, pour se garder de toute forme d’intolérance et s’opposer à toute manifestation de violence; et nous, Autorités religieuses et Responsables politiques, nous devons les guider et les encourager en ce sens. En effet, «même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés sont nées entre chrétiens et musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à pratiquer sincèrement la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté» (Déclaration Nostra aetate NAE 3). Les leçons du passé doivent donc nous aider à rechercher des voies de réconciliation, afin de vivre dans le respect de l’identité et de la liberté de chacun, en vue d’une collaboration fructueuse au service de l’humanité tout entière. Comme le déclarait le Pape Jean-Paul II dans son discours mémorable aux jeunes, à Casablanca au Maroc, « le respect et le dialogue requièrent la réciprocité dans tous les domaines, surtout en ce qui concerne les libertés fondamentales et plus particulièrement la liberté religieuse. Ils favorisent la paix et l’entente entre les peuples» (n. 5).
Chers amis, je suis profondément convaincu que, dans la situation que connaît le monde aujourd’hui, il est impératif que chrétiens et musulmans s’engagent ensemble pour faire face aux nombreux défis qui se présentent à l’humanité, notamment pour ce qui concerne la défense et la promotion de la dignité de l’être humain ainsi que des droits qui en découlent. Alors que grandissent les menaces contre l’homme et contre la paix, en reconnaissant le caractère central de la personne, et, en travaillant avec persévérance pour que sa vie soit toujours respectée, chrétiens et musulmans manifestent leur obéissance au Créateur, qui veut que tous vivent dans la dignité qu’il leur a donnée.
Chers amis, je souhaite de tout coeur que Dieu miséricordieux guide nos pas sur les chemins d’une compréhension réciproque toujours plus vraie. Au moment où pour les musulmans commence la démarche spirituelle du mois de Ramadan, je leur adresse à tous mes voeux cordiaux, souhaitant que le Tout-Puissant leur accorde une vie sereine et paisible. Que le Dieu de la paix vous comble de l’abondance de ses Bénédictions, ainsi que les communautés que vous représentez!
Castelgandolfo
Jeudi 28 september 2006
Monsieur l'Ambassadeur!
Je profite volontiers de la présentation des Lettres qui vous accréditent aujourd'hui officiellement en tant qu'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale d'Allemagne près le Saint-Siège pour vous souhaiter la bienvenue et, en vous félicitant de votre nomination, pour vous transmettre mes meilleurs voeux pour votre nouvelle et importante mission. Je vous remercie également pour les aimables paroles que vous m'avez adressées au nom du Président fédéral, M. Horst Köhler, et du gouvernement fédéral allemand. Pour ma part, j'adresse mes salutations au chef de l'Etat, aux membres du gouvernement fédéral et à tout le peuple allemand. Qu'au cours des pochaines années, les bonnes relations entre la République fédérale d'Allemagne, ma patrie bien-aimée, et le Saint-Siège deviennent encore plus fructueuses pour le bien de l'homme!
Au cours de ces derniers jours, j'ai repensé avec gratitude à ma visite pastorale en Bavière qui a eu pour thème: "Celui qui croit n'est jamais seul!". J'ai voulu unir le souvenir de personnes et de lieux auxquels je me sens lié pour des raisons personnelles à des rencontres dans la communauté de foi. J'ai pu annoncer aux nombreuses personnes qui ont participé à la Messe le message de l'amour libérateur et salvifique de Dieu. A cette occasion, je désire remercier une fois de plus les Autorités publiques de l'Etat fédéral et du Land de la Bavière, ainsi que les innombrables volontaires pour le grand soutien apporté, à travers lequel ils ont contribué au bon déroulement de mon voyage apostolique. Les messages que j'ai reçus au cours des derniers jours de la part des participants aux Messes en Bavière et également des téléspectateurs de l'Allemagne et d'autres pays démontrent qu'une communion authentique a eu lieu au cours de ces journées. Je pense que tout cela revêt également une importance sociale: lorsque la société croît et que les personnes se renforcent dans le bien, grâce au message de la foi, la coexistence sociale en bénéficie et les citoyens renforcent leur disponibilité à assumer leur responsabilité pour le bien commun.
Monsieur l'Ambassadeur! La mission du Saint-Siège est universelle. L'attention et la sollicitude du Pape et de ses collaborateurs au sein de la Curie Romaine concernent, pour autant que possible, tous les hommes et tous les peuples. Naturellement, le Saint-Siège s'adresse avant tout aux chrétiens dans les divers pays de la terre, mais il attribue une profonde signification au bien de tous les hommes, indépendamment de leur culture, de leur langue et de leur appartenance religieuse. C'est pourquoi le Saint-Siège tente de collaborer avec tous les hommes de bonne volonté au service de la dignité, de l'intégrité et de la liberté de l'homme. Son salut tient au coeur de l'Eglise catholique. C'est pourquoi la personne, et les communautés auxquelles il appartient et dans lesquelles il vit, sont au centre des activités du Saint-Siège. Son action, également sur la scène internationale, démontre que l'Eglise est du côté de l'homme, ici en Europe et partout dans le monde. En effet, l'Eglise partage "les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent" (Gaudium et spes GS 1). Etant donné que, par sa foi, l'Eglise s'occupe de "sauver l'homme et édifier la société humaine", au centre de sa sollicitude pastorale se trouve l'homme "dans son unité et sa totalité, corps et âme, coeur et conscience, pensée et volonté" (cf. ibid. n. 3). Toutefois, l'Eglise ne s'impose pas. Elle n'oblige personne à accueillir le message de l'Evangile. En effet, la foi en Jésus Christ annoncée par l'Eglise ne peut exister que dans la liberté. C'est pourquoi la tolérance et l'ouverture culturelle doivent caractériser la rencontre avec l'autre. Mais la tolérance ne doit bien sûr jamais être confondue avec l'indifférence, car toute forme d'indifférence est radicalement contraire au profond intérêt chrétien pour l'homme et pour son salut. L'authentique tolérance présuppose également toujours le respect de l'autre, de l'homme, de la créature qui appartient à Dieu et dont Dieu a voulu l'existence. La tolérance dont notre monde a besoin, comme je l'ai également évoqué à Munich, "comprend la crainte de Dieu, le respect de ce qui est sacré pour l'autre. Mais ce respect pour ce que les autres considèrent comme sacré présuppose que nous aussi apprenions à nouveau la crainte de Dieu. Ce sens du respect ne peut être régénéré dans le monde occidental que si croît à nouveau la foi en Dieu" (Homélie, 10 septembre 2006 à Munich).
Monsieur l'Ambassadeur! Dans votre discours, vous avez souligné à juste titre les rapports excellents qui existent entre la République fédérale d'Allemagne et le Saint-Siège, ainsi que l'heureuse coopération de ces deux Etats dans certains domaines. Dans ces bonnes relations se reflète certainement également le rapport solide entre l'Etat et l'Eglise en Allemagne. Au cours d'occasions précédentes, nous avons indiqué à plusieurs reprises la bonne co-opération qui existe entre eux dans divers domaines pour le bien de l'homme dans notre patrie. Il est souhaitable que cette collaboration, qui a fait ses preuves entre l'Eglise et l'Etat en Allemagne, puisse se poursuivre et se développer également dans les conditions politiques changeantes au niveau européen.
Comme dans chaque nation, en Allemagne également, la relation entre l'Etat et l'Eglise est étroitement liée à la législation. C'est la raison pour laquelle le Saint-Siège suit avec un vif intérêt les développements et les tendances dans la Fédération et les Länder. Dans le cadre de cette intervention, je ne peux souligner que certains domaines jugés importants par l'Eglise catholique à qui, comme je l'ai déjà dit, tiennent à coeur avant tout l'homme et son salut. Je cite en premier lieu la Protection du mariage et de la famille, qui est reconnue par la Loi fondamentale, mais qui est menacée d'une part par le changement d'interprétation de l'union matrimoniale qui est présente dans l'opinion publique et, d'autre part, par de nouvelles formes prévues par le législateur, qui s'éloignent de celle de la famille naturelle. L'interruption de grossesse, qui est absolument injustifiable et qui coûte la vie, comme cela a toujours été le cas, à de nombreux enfants innocents, demeure une préoccupation douloureuse pour le Saint-Siège et pour toute l'Eglise. Sans doute le débat actuel des responsables politiques sur les interruptions de grossesse à un stade avancé peut renforcer la conscience du fait que le diagnostic d'handicap chez l'enfant ne peut être un motif pour avorter, car la vie avec un handicap est elle aussi voulue et appréciée par Dieu et parce que personne sur cette terre ne peut jamais avoir la certitude de vivre sans limites physiques ou spirituelles. C'est pourquoi l'Eglise ne se lassera jamais d'indiquer aux Institutions européennes spécialisées et aux nations les problèmes éthiques contenus dans le cadre de la recherche sur les cellules-souches embryonnaires et ce que l'on appelle les "nouvelles thérapies".
Monsieur l'Ambassadeur,
L'Allemagne a offert une nouvelle patrie et un abri aux réfugiés et à de nombreuses personnes qui, dans leur patrie d'origine, sont menacées de persécution pour des motifs tant politiques que religieux. Le réseau d'aide et de solidarité, qui comprend également des étrangers dans le besoin, représente en effet un ordre social humain. La capacité de ce réseau dépend de la contribution de tous. Il est donc souhaitable que le droit d'asile soit garanti selon l'intention du législateur, en conformité aux directives juridiques et selon le principe de justice. Il est nécessaire de tenir compte du fait que, pour de nombreux réfugiés, trouver refuge en Allemagne est une question vitale. A cet égard, le Saint-Siège demande aux Institutions spécialisées de l'Etat de ne pas renvoyer les chrétiens étrangers dont la vie et le bien-être sont menacés à cause de leur foi et de faciliter leur intégration en Allemagne.
L'Allemagne est à juste titre fière de sa grande tradition culturelle. La transmission de la culture aux générations successives représente l'un des devoirs importants de l'Etat. Toutefois, le savoir doit aller de pair avec les valeurs, afin que la formation soit authentique. Dans la majorité des Länder allemands, l'Etat partage ce grand défi avec l'Eglise, qui est présente dans les écoles à travers le cours de religion, en tant que matière appartenant au cursus scolaire. Dans de nombreux endroits, les étudiants qui n'appartiennent à aucune confession religieuse suivent une leçon d'éthique "neutre du point de vue religieux". Cette leçon d'éthique ne peut et ne doit en aucun cas être "neutre du point de vue des valeurs". Elle doit permettre aux étudiants de se familiariser avec la grande tradition de l'esprit occidental qui a façonné l'histoire et la culture de l'Europe et qui continue à les inspirer.
L'Eglise considère qu'il est important que cette leçon d'éthique soit donnée parallèlement à celle de la religion d'appartenance, sans toutefois la remplacer sous aucune forme.
Monsieur l'Ambassadeur,
L'Allemagne est un pays ouvert au monde. Notre patrie occupe aujourd'hui une place solide et reconnue dans la communauté des Etats et des peuples européens. En outre, l'Allemane, au-delà des questions d'intérêt national, n'oublie pas les questions de nombreux pays pauvres ailleurs dans le monde. Les oeuvres d'assistance ecclésiales internationales de l'Eglise catholique, qui sont présentes sur le sol allemand, peuvent compter sur la générosité authentique de la population. Dans de nombreuses questions relatives aux droits de l'homme, humanitaires et internationales, le Saint-Siège peut compter sur une collaboration fondée sur la confiance de la part du gouvernement fédéral allemand. Pour toutes ces raisons, l'Eglise et moi-même sommes sincèrement reconnaissants. Monsieur l'Ambassadeur, grâce à votre longue expérience diplomatique au service de la République fédérale d'Allemagne, vous pouvez faire en sorte que cette collaboration se renforce toujours plus et qu'elle soit placée au service de l'homme. J'implore de tout coeur sur Vous, sur votre famille et sur tous les membres de l'Ambassade, la protection constante de Dieu, ainsi que ses abondantes Bénédictions.
Palais Apostolique de Castelgandolfo
Vendredi 29 septembre 2006
Monsieur l'Ambassadeur,
En vous souhaitant la bienvenue au début de votre mission, je vous remercie des paroles courtoises que vous m'avez adressées et des sentiments de profonde estime que vous avez voulu manifester à l'égard du Saint-Siège. Je vous prie de transmettre à Monsieur le Président de la République que je réponds cordialement à ses salutations, en étendant ma pensée à tout le peuple albanais, chez qui même la longue et pénible dictature communiste, dont vous êtes sortis il y a quelques années, n'a pas réussi à effacer l'aspiration à la vérité et à la liberté, comme vous l'avez observé de façon opportune. Pour croître dans un climat d'authentique liberté, un cadre éthique et spirituel adéquat est nécessaire, fondé sur une conception de l'homme et du monde qui en reflète la nature et la vocation. L'Europe, avec son très riche patrimoine d'idées et d'institutions, a certainement représenté au cours de ces deux millénaires un laboratoire privilégié de civilisation, bien qu'au prix de nombreuses difficultés. Combien de guerres! Jusqu'à celles du siècle dernier, qui ont revêtu des proportions mondiales. L'Albanie aspire à s'intégrer également sur le plan institutionnel avec les nations européennes, se sentant déjà liée à elles pour des raisons non seulement géographiques, mais surtout historiques et culturelles. Je ne peux que souhaiter qu'une telle aspiration trouve une pleine et précieuse réalisation et qu'elle puisse offrir sa propre contribution spécifique au processus harmonieux d'unification de l'Europe.
Monsieur l'Ambassadeur, j'ai beaucoup apprécié le fait que vous ayez souligné, tant en référence au passé qu'au présent, combien ont été importantes la présence et l'oeuvre de l'Eglise catholique en Albanie, pour la promotion de la foi et des valeurs spirituelles, ainsi que pour le soutien de nombreuses situations de besoin. A cet égard, je voudrais rappeler Mère Teresa, proclamée bienheureuse en 2003 par mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II. A travers le témoignage d'une vie évangélique et le courage désarmant de ses gestes, de ses paroles et des ses écrits, cette fille élue de l'Albanie a annoncé à tous que Dieu est amour et qu'il aime tout homme, en particulier celui qui est pauvre et abandonné. En réalité, c'est précisément l'amour qui est la véritable force révolutionnaire qui transforme le monde et le fait avancer vers son accomplissement; c'est de cet amour que l'Eglise entend témoigner, à travers ses oeuvres d'éducation et d'assistance, ouvertes non seulement aux catholiques, mais à tous. Tel est le style qu'a enseigné Jésus Christ: le bien doit être fait pour lui-même et non pas à d'autres fins. En soulignant cet engagement de l'Eglise dans l'exercice de l'amour évangélique, je désire rappeler qu'une forme éminente de charité est l'activité politique vécue comme service à la polis, à la "chose publique", dans l'optique du bien commun. C'est ce service que se sentent appelés à accomplir les catholiques, en particulier les fidèles laïcs, dans le respect de l'autonomie légitime de la politique et en collaborant avec les autres citoyens en vue de l'édification d'une nation prospère, fraternelle et solidaire. L'Albanie doit affronter de nombreux défis en ce moment. Je voudrais citer, entre autres problèmes, celui de l'émigration d'un grand nombre de ses fils. Si, d'une part, il est nécessaire de combattre les causes d'un tel phénomène, il faut également créer les conditions afin que ceux qui le désirent puissent retourner dans leur patrie. Je suis heureux de rendre ici hommage aux Albanais qui, fidèles aux plus hautes valeurs de leur tradition, savent se faire apprécier en Italie, en Europe et dans d'autres pays du monde.
En ce qui concerne ensuite les relations officielles entre l'Eglise catholique et l'Etat, j'exprime mon appréciation pour la réglementation - à laquelle vous avez fait référence - approuvée afin de rendre effectif l'Accord de 2002 entre le Saint-Siège et la République d'Albanie, et je souhaite que des ententes opportunes suivent pour réglementer également les aspects économiques qui revêtent une grande importance. Le Saint-Siège veut de cette façon contribuer au processus de consolidation de l'état de droit en Albanie, ainsi que du cadre juridique nécessaire pour le réel exercice des droits des citoyens dans le domaine religieux. Cela favorisera également la coexistence entre les diverses confessions religieuses présentes dans le pays, qui ont su jusqu'à présent offrir un exemple de respect et de collaboration réciproques, qu'il faut conserver et promouvoir.
Monsieur l'Ambassadeur, je forme mes meilleurs voeux pour une mission sereine et utile, en vous assurant de la collaboration cordiale de tous ceux qui travaillent dans les divers Bureaux du Siège apostolique. J'ai à coeur de rappeler, au terme de ces réflexions, le souhait que le serviteur de Dieu Jean-Paul II adressa au bien-aimé peuple albanais au cours de la visite historique du 25 avril 1993, c'est-à-dire de "persévérer unis et fermes sur le chemin [...] qui conduit à la pleine liberté, dans le respect de tous, et en suivant les traces, à vous familières, de la coexistence pacifique, de la collaboration et de l'entente ouvertes entre toutes les composantes ethniques, culturelles et spirituelles" (Discours lors de la cérémonie de bienvenue, n. 3; Insegnamenti de Jean-Paul II, XVI, 1 [1993]). Sur ce chemin, l'Albanie pourra compter sur le soutien de l'Eglise catholique et, en particulier, du Saint-Siège. Je vous en assure, ainsi que de mon souvenir dans la prière, tandis que j'invoque les Bénédictions célestes sur vous et sur votre famille, sur le Président de la République et sur le peuple albanais tout entier.
Vendredi, 29 septembre 2006
Chers frères Evêques,
Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue, Evêques du Malawi, à l'occasion de votre visite "ad limina Apostolorum", et je vous remercie des paroles courtoises que Mgr Tarcisius Ziyaye, Président de la Conférence épiscopale, m'a adressées en votre nom. Votre visite manifeste les liens profonds de communion et d'affection qui lient vos Eglises locales d'Afrique orientale au Siège de Rome. Simon Pierre fut appelé à affermir ses frères (cf. Lc Lc 22,32) et à nourrir le troupeau du Seigneur (cf. Jn Jn 21,17), et vous aussi avez été constitués comme responsables et Pasteurs de votre peuple pour l'instruire, le sanctifier et le gouverner au nom du Seigneur. Alors que vous vous recueillez sur les tombes des Apôtres Pierre et Paul, je prie afin que, à travers leur intercession, vous soyez fortifiés et nourris pour votre ministère parmi les habitants du Malawi et que vous continuiez à proclamer sans crainte l'Evangile de Jésus Christ, qui est venu "pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante" (Jn 10,10).
La joie exubérante avec laquelle les peuples d'Afrique rendent grâce à Dieu dans les célébrations liturgiques est connue dans le monde entier et l'Eglise qui est au Malawi ne fait pas exception. Leur joyeuse célébration exprime la grande vitalité de vos communautés chrétiennes et reflète la prédominance des jeunes dans votre population. Continuez à les guider avec une authentique sollicitude paternelle vers une connaissance plus approfondie de leur Seigneur crucifié et ressuscité, en leur dispensant toujours une saine catéchèse dans la foi. Dans ce but, il est important que les enseignants et les catéchistes reçoivent une bonne préparation pour leur noble tâche car, comme vous le savez, ils jouent un rôle important en aidant l'Evêque dans sa responsabilité d'enseigner avec l'autorité du Christ. Ils devraient donc recevoir une bonne formation dans la foi et être en mesure de communiquer aussi bien les joies que les difficultés à suivre le Christ. Je souhaite que l'Université catholique du Malawi, qui vient d'être inaugurée, réussisse à offrir une contribution significative dans ce domaine et je vous encourage à faire tout votre possible pour lui fournir toutes les ressources dont elle a besoin et lui permettre de conserver un haut niveau d'enseignement, en fidélité au Magistère de l'Eglise.
Dans un monde dominé par des valeurs séculières et matérielles, il peut être difficile de conserver ce style de vie à contre-courant de la culture dominante et qui est tellement nécessaire au sacerdoce et à la vie religieuse. Le clergé de votre pays, comme du reste les fidèles qu'il assiste, se trouve parfois dans des situations de besoin, ne possédant pas les moyens nécessaires pour "assurer au clergé un niveau de vie suffisant et soutenir les oeuvres d'apostolat et de charité" (Presbyterorum ordinis PO 17). Je suis certain que vous ferez tout votre possible pour répondre aux nécessités légitimes de vos collaborateurs et, en même temps, que vous les mettrez en garde contre un intérêt excessif pour les biens matériels. Aidez votre clergé à ne pas tomber dans le piège de considérer le sacerdoce comme un instrument de promotion sociale, en lui rappelant que "l'unique, légitime ascension au ministère pastoral est la Croix" (cf. Homélie d'ordination, 7 mai 2006). Les responsables de la formation au séminaire doivent enseigner aux étudiants qu'un prêtre est appelé à vivre pour les autres et non pour lui-même, à l'image du Christ, qui est venu "non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude" (Mc 10,45). C'est surtout l'exemple d'un ministère véritablement centré sur le Christ de la part de l'Evêque qui peut inspirer ses prêtres. Mes chers frères Evêques, vivez comme des disciples authentiques du Christ et faites en sorte que votre "sequela" soit à la base de l'autorité que vous exercez. Je prie afin que, de cette façon, vous puissiez renforcer les liens de charité fraternelle au sein du presbyterium de chacune de vos Eglises locales.
Je constate avec joie que vous continuez à exercer votre tâche magistérielle en vous exprimant sur des questions d'ordre social. En effet, votre Lettre pastorale de Pentecôte, "Renouveler nos vies et la société avec le pouvoir de l'Esprit Saint", que vous avez publiée au début de cette année, attire l'attention sur plusieurs problèmes sociaux et moraux qui frappent ce pays. La sécurité alimentaire est menacée non seulement par la sécheresse, mais également par une gestion de l'agriculture inefficace et injuste. La diffusion du SIDA augmente en raison de l'incapacité à rester fidèles à un unique partenaire dans le mariage ou à pratiquer l'abstinence; les droits des femmes, des enfants et des enfants à naître sont violés de manière cynique par le trafic d'êtres humains, par la violence domestique et par ceux qui défendent l'avortement. Ne cessez jamais de proclamer la vérité, et insistez sur celle-ci "à temps et à contretemps" (2Tm 4,2) car "la vérité vous libérera" (Jn 8,32). Le Bon Pasteur, qui ne laisse jamais son troupeau sans gardien, veille sur ses brebis et les protège toujours. Suivant son exemple, continuez à guider votre peuple loin des dangers qui le menacent et conduisez-le vers des pâturages sûrs. Je prie afin que votre peuple suive vos conseils dans le but de renouveler le visage de la Terre (cf. Ps Ps 104,30) et que l'Esprit de Dieu puisse vraiment conserver l'unité de votre nation dans le lien de la paix (cf. Ep Ep 4,3).
En concluant mes réflexions d'aujourd'hui, je désire vous rappeler l'image des Apôtres réunis au Cénacle avec Marie, la Mère du Seigneur, priant pour la venue de l'Esprit Saint, la même scène que vous décrivez de manière magnifique dans le paragraphe de conclusion de votre dernière Lettre pastorale. Dans ce document, vous avez encouragé votre peuple à se réunir pour prier, en famille et au sein de petites communautés chrétiennes. Je sais que vous continuerez vous aussi à prier ensemble et en communion avec le clergé et le laïcat, pour les dons de l'Esprit à l'Eglise de votre pays. L'Esprit est une force "qui transforme le coeur de la Communauté ecclésiale, afin qu'elle soit, dans le monde, témoin de l'amour du Père, qui veut faire de l'humanité, dans son Fils, une unique famille" (Deus caritas est ). Je prie moi aussi afin que l'Esprit puisse se répandre en abondance sur vous tous et, alors que je vous confie, ainsi que votre clergé, les religieux et les laïcs, à l'intercession de Marie, Mère de l'Eglise, je vous donne de tout coeur ma Bénédiction apostolique, en gage de grâce et de force dans Notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.
Salle des Suisses, Castelgandolfo
Samedi 30 septembre 2006
Chers frères et soeurs,
Mon séjour dans la résidence estivale de Castelgandolfo est sur le point de se terminer et, avant de rentrer au Vatican, je souhaite remercier cordialement tous ceux qui ont, de différentes manières, contribué à rendre mon séjour fructueux et serein. C'est donc avec joie que je vous rencontre tous aujourd'hui et que je présente à chacun de vous mes salutations reconnaissantes. Je salue tout d'abord l'Evêque d'Albano, Mgr Marcello Semeraro, et je lui suis reconnaissant de la prévenance qu'il a toujours démontrée à mon égard. Je salue le curé de Castelgandolfo et la communauté paroissiale. J'adresse mes très chères salutations aux Jésuites de l'"Observatoire du Vatican" et aux communautés religieuses et laïques, masculines et féminines, présentes à Castelgandolfo. Ces derniers mois, j'ai ressenti leur proximité spirituelle et je les remercie de tout coeur, souhaitant à tous de répondre avec une générosité renouvelée à l'appel de Dieu, en mettant leurs énergies au service de l'Evangile.
Ma pensée respectueuse va ensuite à Monsieur le Maire, à l'Administration et au Conseil municipal. A travers lui, je désire étendre mes salutations à tous les habitants de Castelgandolfo, qui démontrent, chacun à leur manière, leur prévenance à mon égard et à l'égard de tous ceux qui passent avec moi les mois d'été à Castelgandolfo. La courtoisie et l'hospitalité des habitants de Castelgandolfo envers les nombreux pèlerins et visiteurs, qui viennent rendre visite au Pape, sont d'ailleurs bien connues, en particulier lors du rendez-vous dominical de l'Angelus.
J'exprime mon appréciation reconnaissante et j'adresse un salut affectueux au personnel médical et aux agents des divers services du Gouvernorat qui, certainement au prix de nombreux sacrifices, ont assuré leur présence et leurs services compétents. Je salue cordialement les officiers et les agents des Forces de l'Ordre italiennes qui, en collaborant avec efficacité avec la Gendarmerie vaticane et la Garde Suisse pontificale, ont pu m'assurer, ainsi qu'à mes collaborateurs, un séjour serein et sûr, ainsi que l'accès ordonné des visiteurs et des pèlerins au Palais apostolique. Et je ne peux oublier les officiers et les aviateurs du 31 escadron de l'Aéronautique militaire qui se chargent d'assurer mes déplacements en hélicoptère. A tous et à chacun vont mes remerciements les plus sincères, que je confirme par l'assurance de mon souvenir constant dans la prière pour chacun de vous, chers amis, pour les membres de vos familles et pour les personnes qui vous sont chères.
En ce jour, samedi, consacré à la Vierge, j'invoque sur chacun de vous sa protection maternelle, tandis que je vous remercie encore une fois de votre prière, en formant pour vous tous, pour votre travail et pour vos projets des voeux sincères. Avec ces souhaits, je vous donne de tout coeur la Bénédiction apostolique, en gage d'abondantes faveurs célestes, à vous et aux personnes qui vous sont chères.
Salle des Suisses, Castelgandolfo
Samedi 30 septembre 2006
Chers frères et soeurs,
Cette année également, mon séjour estival à Castel Gandolfo touche à son terme. Je rends grâce au Seigneur d'avoir pu passer ces quelques mois, de détente sereine, dans une localité si agréable de la région des "Castelli Romani". Ma gratitude s'étend à chacun de vous qui, d'une certaine manière, faites partie de la "famille" du Pape lorsqu'il réside à Castel Gandolfo. Jour après jour, j'ai eu la possibilité d'apprécier votre dévouement et votre générosité. De tout cela, je vous remercie, tandis que je vous salue tous avec affection. En premier lieu, je salue M. Saverio Petrillo, Directeur général des Villas pontificales, toujours attentif et prévenant. Je lui exprime également ma plus sincère gratitude pour les paroles courtoises qu'il a bien voulu m'adresser en votre nom. J'étends ensuite ma pensée reconnaissante à tous ceux qui prêtent leur collaboration, sous diverses formes, dans les Villas pontificales et je demande à Dieu de vous récompenser, chers amis, pour l'engagement et la fidélité avec lesquels vous accomplissez les tâches qui vous sont confiées. J'unis bien volontiers dans mon souvenir affectueux vos familles et vos proches.
Je vous assure pour ma part que je ne manquerai pas de prier pour chacun de vous et pour toutes vos intentions et je vous demande de vous souvenir de moi dans vos prières. Que le Seigneur, riche de bonté et de miséricorde, qui apporte toujours son aide à ceux qui placent en lui leur confiance, soit toujours votre ferme soutien. Que la Vierge Marie, qu'au mois d'octobre, nous invoquerons tout particulièrement à travers la récitation du saint Rosaire, veille sur vous avec une protection maternelle. Qu'elle vous accompagne, vous et vos familles, à chaque instant. Avec ces sentiments, je vous bénis avec affection, ainsi que les membres de vos familles et toutes les personnes qui vous sont chères.
Octobre 2006
Salle Paul VI
Samedi 7 octobre 2006
Chers pèlerins de Romagne,
Je suis heureux de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue. Je vous salue tous avec affection, à commencer par Mgr Giuseppe Verucchi, Archevêque de Ravenne-Cervia, que je remercie des paroles courtoises qu'il m'a adressées en votre nom. Avec lui, je salue les Evêques de Faenza-Modigliana, de Forlì-Bertinoro, d'Imola, de Cesana-Sarsina et de Rimini, ainsi que l'Archevêque émérite de Ravenne-Cervia, Mgr Luigi Amaducci. J'adresse un salut particulier et respectueux aux chers Cardinaux Ersilio Tonini et Pio Laghi, qui ont bien voulu s'unir à cette rencontre, qui constitue l'un des "moments forts" de votre pèlerinage sur les tombes des Apôtres. Ma pensée affectueuse va ensuite, au-delà de vous ici présents, à tous ceux qui, dans vos diocèses respectifs, sont unis à nous spirituellement, avec un souvenir particulier pour les enfants et les jeunes, pour les familles, pour les personnes seules et pour tous ceux qui vivent des moments difficiles. J'assure à chacun ma proximité spirituelle dans la prière.
Chers frères et soeurs, vous êtes venus particulièrement nombreux aujourd'hui pour commémorer avec gratitude la visite pastorale que mon Prédécesseur le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, accomplit au mois de mai, il y a vingt ans, dans votre terre bien-aimée. Vous vous êtes préparés à cette rencontre à travers un moment de prière significatif, guidés par la parole du vénéré Cardinal Tonini qui, dans l'après-midi, présidera la Concélébration eucharistique solennelle prévue dans la Basilique Saint-Pierre. J'ai constaté avec plaisir que, pour cette occasion providentielle, vous avez voulu reprendre en main les discours que le bien-aimé Jean-Paul II prononça au cours de son inoubliable pèlerinage apostolique en Romagne. Ses paroles sont restées imprimées dans votre coeur et votre mémoire. Se replonger dans son précieux enseignement constitue donc une opportunité singulière pour vos communautés diocésaines belles et vivantes; c'est un encouragement à la réflexion et à l'approfondissement de la communion affective et effective entre toutes les composantes des Eglises particulières respectives; c'est une invitation à marcher en étant unis à vos pasteurs et au Successeur de Pierre; c'est un encouragement pour les membres de vos diocèses à poursuivre, avec un élan renouvelé, la mission évangélisatrice commune, en témoignant de l'Evangile à notre époque.
Il n'est possible de mener à bien ce mandat missionnaire exigeant que grâce au soutien de Dieu et à la mise en valeur convaincue et courageuse du patrimoine spirituel que la population de Romagne a su sauvegarder et défendre au cours des siècles, ainsi que voulut le souligner Jean-Paul II, en reconnaissant en elle "une communauté humaine et chrétienne pleine de ferveur de l'action, consciente de son rôle dans la société en ce moment historique; une communauté de chrétiens qui, selon la tradition des catholiques romagnols, veut maintenir la solidité de la foi et le courage du témoignage social, l'adhésion à la communauté ecclésiale et la loyauté envers la société civile" (Rencontre avec les jeunes à l'hippodrome de Ravenne, n. 2; "Insegnamenti" de Jean-Paul II, 1986, vol. I, pp. 1386-1387). Que ces paroles de mon vénéré Prédécesseur soient pour vous un encouragement à ne pas vous laisser décourager par les difficultés que votre Région rencontre elle aussi à notre époque. En effet, à vingt années de distance de cet événement significatif, en Romagne, comme ailleurs, les défis et les problèmes ne manquent pas pour qui veut vivre sa foi de manière cohérente, en s'efforçant de la conjuguer avec les exigences de la vie quotidienne. Je pense aux crises qui menacent de nombreuses familles, au besoin croissant de vocations sacerdotales et religieuses face à la préoccupante diminution du nombre des prêtres et à leur vieillissement progressif; je pense aux nombreux pièges d'une société consumériste et sécularisée, qui tente de séduire un nombre toujours croissant de personnes, en les induisant à subir un progressif détachement des valeurs de la foi dans la vie familiale, civile et politique.
Il s'agit de défis qui doivent être affrontés sans perdre courage, en regardant avec confiance les nombreux motifs d'espérance qui, grâce à Dieu, ne manquent pas. De nombreuses personnes sont, par exemple, désireuses de donner un sens et une valeur solide à leur existence, des hommes et des femmes intéressés par une recherche religieuse forte et sincère. A cet égard, les paroles que Jean-Paul II adressa alors aux jeunes apparaissent d'une grande actualité - et je vous les répète aujourd'hui, chers frères et soeurs: "C'est maintenant le moment de vivre en plénitude la joie d'être chrétiens. Témoignez de cette joie devant le monde. Le Christ marche avec vous, Lui, le Ressuscité, sur qui la mort n'a plus de pouvoir parce qu'il l'a vaincue une fois pour toutes. Que le Christ éternellement jeune, soit votre appui et votre guide aujourd'hui, demain et pour toujours!" (Rencontre avec les jeunes à l'hippodrome de Ravenne, n. 9; "Insegnamenti", op. cit., p. 1391). Témoigner de la joie d'être chrétiens: que tel soit votre engagement à tous. A cette fin, poursuivez et même intensifiez la communion ecclésiale et jouez un rôle généreux dans la mission évangélisatrice que le Seigneur vous confie, en tirant profit des indications offertes par la mémorable visite d'il y a vingt ans et en étant confirmés également par la grâce du pèlerinage d'aujourd'hui.
Que la Bienheureuse Vierge Marie, que nous vénérons aujourd'hui sous le titre de Vierge du Rosaire, continue de vous accompagner et de vous guider sur votre itinéraire spirituel et pastoral. Quant à moi, je vous assure de mon souvenir dans le Seigneur et je vous bénis de tout coeur, ainsi que vos familles, vos communautés paroissiales et religieuses et toutes les personnes qui vous sont chères.
Palais "San Carlo"
Dimanche 8 octobre 2006
Monsieur le Président de la RAI,
Mesdames et Messieurs!
Nous venons de voir ensemble ce beau film, qui reparcourt les étapes les plus significatives de la vie de mon vénéré prédécesseur, le serviteur de Dieu Jean-Paul I. Je ressens le besoin profond de vous exprimer, avant tout à vous, Monsieur le Président, ainsi qu'au Conseil d'Administration et au Directeur général de la RAI, ma sincère gratitude pour m'avoir offert, ainsi qu'à mes collaborateurs, cette occasion appréciée. Je salue les responsables de la Società Leone Cinematografica, qui ont conçu et produit cet intéressant long métrage. J'adresse un salut et un remerciement particulier au réalisateur, Giorgio Capitani, ainsi qu'aux divers acteurs, avec une mention particulière pour Neri Marcoré, qui a interprété Albino Luciani.
Je vous salue également cordialement, vous tous qui avez répondu à l'invitation à prendre part à cette rencontre, au cours de laquelle nous avons pu revivre des moments suggestifs de la vie de l'Eglise du siècle dernier. Nous avons pu, en particulier, revoir la figure douce et modeste d'un Pape fort dans la foi, ferme dans les principes, mais toujours disponible à l'accueil et au sourire. Fidèle à la tradition et ouvert au renouveau, le serviteur de Dieu Albino Luciani, en tant que prêtre, qu'Evêque et que Pape, fut infatigable dans son activité pastorale, encourageant constamment le clergé et les laïcs à poursuivre dans les divers domaines de l'apostolat, l'idéal unique et commun de la sainteté. Maître de vérité et catéchiste passionné, il rappelait à tous les croyants, avec la simplicité fascinante qui était la sienne, l'engagement et la joie de l'évangélisation, en soulignant la beauté de l'amour chrétien, unique force en mesure de vaincre la violence et d'édifier une humanité plus fraternelle. Je voudrais enfin rappeler la dévotion qu'il avait pour la Vierge. Lorsqu'il était Patriarche de Venise, il écrivit: "Il est impossible de concevoir notre vie, la vie de l'Eglise sans le Rosaire, les fêtes mariales, les sanctuaires mariaux et les images de la Vierge". Il est beau d'accueillir son invitation et de trouver, comme il le fit, dans l'humble abandon à Marie, le secret d'une sérénité quotidienne et d'un engagement concret pour la paix dans le monde.
Encore une fois merci, chers amis, de votre présence. Je vous bénis tous avec affection, ainsi que les personnes qui vous sont chères.
Lundi 9 octobre 2006
Chers frères dans l'épiscopat,
"Il fallait bien festoyer et se réjouir [...] il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé" (Lc 15,32). Avec une affection fraternelle, je vous souhaite une cordiale bienvenue, Evêques de la Conférence catholique occidentale du Canada, et je remercie Mgr Wiesner pour les voeux qu'il m'a transmis en votre nom. J'y réponds volontiers en vous assurant, ainsi que tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux, de mes prières et de ma sollicitude. Votre rencontre avec le Successeur de Pierre conclut les visites ad limina Apostolorum de la Conférence épiscopale du Canada. En dépit du climat toujours plus séculier dans lequel vous exercez votre ministère, vos comptes-rendus comportent de nombreuses sources d'encouragement. En particulier, j'ai été heureux de constater le zèle et la générosité de vos prêtres, le dévouement généreux des religieux présents dans vos diocèses, ainsi que la disponibilité croissante parmi les laïcs à promouvoir leur témoignage de la vérité et de l'amour du Christ dans leurs maisons, leurs écoles, leurs lieux de travail et dans le domaine public.
La parabole du fils prodigue est l'un des passages les plus appréciés de l'Ecriture Sainte. Sa profonde illustration de la miséricorde de Dieu et l'important désir humain de conversion et de réconciliation, ainsi que la restauration des relations brisées, parlent aux hommes et aux femmes de tout âge. La tentation de l'homme d'exercer sa liberté en prenant de la distance par rapport à Dieu est fréquente. Or l'expérience du fils prodigue nous fait constater à la fois dans l'histoire et dans nos propres vies que, lorsque la liberté est recherchée en dehors de Dieu, le résultat est négatif: perte de la dignité personnelle, confusion morale et désintégration sociale. Cependant, l'amour passionné du Père pour l'humanité est vainqueur de l'orgueil humain. Prodigué gratuitement, c'est un amour qui pardonne et qui conduit les personnes à entrer plus profondément dans la communion de l'Eglise du Christ. Il offre vraiment pour tous les peuples l'unité en Dieu et, comme cela est parfaitement manifesté par le Christ sur la croix, il réconcilie justice et amour (cfr Deus caritas est ).
Et que dire du frère aîné? Ne représente-t-il pas, dans un certain sens, également, tous les hommes et toutes les femmes; peut-être en particulier ceux qui s'éloignent tristement de l'Eglise? Sa manière de rationaliser sa propre attitude et ses propres actions suscite une certaine sympathie, et pourtant, en dernière analyse, elle illustre son incapacité à comprendre l'amour inconditionnel. Incapable de penser au-delà des limites de la justice naturelle, il demeure pris au piège de l'envie et de l'orgueil détaché de Dieu, isolé des autres, et mal à l'aise avec lui-même.
Chers frères, tandis que vous réfléchissez sur les trois personnages de cette parabole - le Père dans son abondante miséricorde, le fils cadet dans sa joie d'être pardonné, et le fils aîné dans son isolement tragique - soyez confirmés dans votre désir d'affronter la perte du sens du péché, que vous avez évoqué dans vos comptes-rendus. Cette priorité pastorale reflète l'espérance ardente que les fidèles fassent l'expérience de l'amour infini de Dieu comme un appel à renforcer leur unité ecclésiale et à surmonter la division et la fragmentation qui, si souvent, blessent les familles et les communautés d'aujourd'hui. De ce point de vue, la responsabilité de l'Evêque d'indiquer la présence destructrice du péché est déjà envisagée comme un service d'espérance: elle renforce les croyants afin qu'ils évitent le mal et choisissent la perfection de l'amour et la plénitude de la vie chrétienne. Je désire donc louer votre promotion du sacrement de la Pénitence. Tandis que ce sacrement est souvent considéré avec indifférence, ce qu'il produit est précisément la plénitude de la guérison à laquelle nous aspirons. Une appréciation renouvelée de ce Sacrement confirmera que le temps passé au confessionnal sépare le mal du bien, fait renaître la vie après la mort et révèle à nouveau le visage miséricordieux du Père.
Comprendre le don de la réconciliation exige une réflexion attentive sur les moyens de susciter la conversion et le repentir dans le coeur de l'homme (cf. Reconciliatio et paenitentia RP 23). Tandis que les manifestations du péché abondent - l'avidité et la corruption, les rapports corrompus par la trahison et l'exploitation des personnes - la reconnaissance de la culpabilité individuelle a diminué. Derrière l'affaiblissement de la reconnaissance du péché, avec le besoin moins fréquent de demander le pardon qui en découle, se trouve en définitive l'affaiblissement de notre relation avec Dieu (cf. Discours lors des Vêpres oecuméniques, Ratisbonne, 12 septembre 2006).
Il n'est pas surprenant de constater que ce phénomène est particulièrement prononcé dans les sociétés marquées par une idéologie séculière post-illuministe. Là où Dieu est exclu de la sphère publique, le sens de l'offense contre Dieu - qui est le véritable sens du péché - disparaît, de même que lorsque la valeur absolue des normes morales est relativisée, les catégories du bien et du mal disparaissent avec la responsabilité individuelle. Pourtant, le besoin humain de reconnaître et d'affronter le péché ne disparaît jamais vraiment, quels que soient les efforts d'une personne, comme ici, le frère aîné, à rationaliser le contraire. Comme nous le dit saint Jean: "Si nous disons: "nous n'avons pas péché", nous nous abusons" (1Jn 1,8). Cela fait partie intégrante de la vérité sur la personne humaine. Lorsque le besoin de demander pardon et la disponibilité à pardonner sont oubliés, apparaît à leur place une culture inquiétante de blâme et de litiges. Mais ce phénomène horrible peut être éliminé. Suivre la lumière de la vérité réconfortante du Christ signifie dire avec le père: "Toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi" et nous devons nous réjouir "puisque ton frère [...] était perdu et il est retrouvé" (Lc 15 Lc 31-32).
La paix durable et l'harmonie tant recherchée par les personnes, les familles et les sociétés, sont à la base de votre préoccupation en vue de renforcer la réconciliation et la compréhension avec les nombreuses communautés qui composent les Premières Nations de votre région. Beaucoup a été fait. A cet égard, j'ai été heureux d'apprendre de vous le travail du Conseil aborigène catholique pour la Réconciliation et les objectifs de l'"Ameridian Fund". De telles initiatives suscitent l'espérance et témoignent de l'amour du Christ qui nous pousse (cf. 2Co 5,14). Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. Je vous encourage donc à répondre avec compassion et détermination aux causes qui sont à l'origine des difficultés liées aux besoins sociaux et spirituels des fidèles aborigènes. L'engagement à la vérité ouvre la voie à la réconciliation durable à travers le processus de guérison qui consiste à demander et à accorder le pardon - deux éléments indispensables pour la paix. De cette façon, notre mémoire est purifiée, nos coeurs sont rassérénés, et notre avenir est empli d'une espérance bien fondée sur la paix qui jaillit de la vérité.
Avec une affection fraternelle, je partage ces réflexions avec vous, et je vous assure de mes prières, tandis que vous vous efforcez de rendre la mission de sanctification et de réconciliation de l'Eglise toujours plus appréciée et reconnaissable dans vos communautés ecclésiales et civiles. Avec ces sentiments, je vous confie à Marie, la Mère de Jésus, et à l'intercession de la bienheureuse Kateri Tekakwitha. A vous et aux prêtres, aux diacres, aux religieux, et aux fidèles laïcs de vos diocèses, je donne avec joie ma Bénédiction apostolique.
Salle des Papes
Jeudi 12 octobre 2006
Chers amis,
Je me réjouis de recevoir au Vatican la délégation de l'"Anti-Defamation League". A de nombreuses occasions, vous avez rendu visite à mon prédécesseur le Pape Jean-Paul II, et je suis heureux de continuer à rencontrer des groupes représentant le peuple juif.
Dans notre monde d'aujourd'hui, les responsables religieux, politiques, universitaires et économiques sont gravement mis au défi de renforcer le dialogue entre les peuples et entre les cultures. Pour le faire de manière efficace, il nous faut approfondir notre compréhension réciproque et nous consacrer ensemble à édifier une société caractérisée par toujours plus de justice et de paix. Nous avons besoin de mieux nous connaître les uns les autres et, renforcés par cette découverte mutuelle, de construire des relations qui ne soient pas simplement de tolérance, mais de respect authentique. En effet, les juifs, les chrétiens et les musulmans partagent de nombreuses convictions communes, et il existe de nombreux domaines de l'engagement humanitaire et social où nous pouvons et nous devons coopérer.
La Déclaration du Concile Vatican II Nostra Aetate nous rappelle que les racines juives du christianisme nous obligent à surmonter les conflits du passé et à créer de nouveaux liens d'amitié et de collaboration. Elle affirme, en particulier, que l'Eglise déplore toute forme de haine et de persécution contre les juifs et toute marque d'antisémitisme en tout temps et de toute origine (cf. Nostra Aetate, NAE 4). Les quatres décennies qui se sont écoulées depuis cette Déclaration ont apporté de nombreuses avancées positives, et elles ont également témoigné de premiers pas, peut-être encore trop hésitants, vers un dialogue plus ouvert sur des thèmes religieux. C'est précisément à travers un tel niveau d'échange et de dialogue francs que nous trouverons les bases et la motivation pour une relation solide et profitable.
Puisse l'Eternel, Notre Père qui est aux cieux, bénir tous les efforts pour éliminer de notre monde tout usage impropre de la religion comme une excuse pour la haine et la violence. Qu'il vous bénisse tous, ainsi que vos familles et vos communautés.
Vendredi 14 octobre 2006
Mes chers frères dans le Christ,
Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue, Evêques de Zambie, au cours de cette rencontre fraternelle à l'occasion de votre visite "ad limina Apostolorum". Je remercie de manière particulière S.Exc. Mgr Telesphore George Mpundu qui a exprimé votre fidélité au Saint-Siège et à ma personne, en tant que Successeur de Pierre. Je vous suis reconnaissant pour vos voeux auxquels je réponds volontiers. Nos entretiens m'ont permis d'avoir une connaissance plus approfondie de l'Eglise catholique qui est dans votre pays: ses joies, ses difficultés et ses espérances. A travers vous, je salue le clergé, les religieux et les laïcs de Zambie. Récemment, en Allemagne, j'ai eu l'occasion d'affirmer: "En tant que personnes de prière, emplies de Sa lumière, nous atteignons les autres et, en les faisant participer à notre prière, nous les faisons entrer dans le rayon de la présence de Dieu, qui agira ensuite" (Cathédrale Saint-Corbinien, Freising, 14 septembre 2006). Je vous encourage donc à exhorter votre peuple à se consacrer à la prière et à la sainteté, en découvrant le trésor d'une vie fondée sur la foi dans le Christ. Que les membres de votre peuple invitent tous ceux qu'ils rencontrent à partager ce trésor!
La lumière de la sainteté qui resplendit dans ceux qui ont découvert ce trésor est allumée au moment du Baptême. Dans le Baptême, le Christ affranchit le croyant de la domination du péché, le libérant donc d'une existence emplie de peur et de superstition et l'invitant à une vie nouvelle. "Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu... Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur" (1Jn 3,2-3). En effet, le chrétien a placé sa confiance dans le Christ et il peut être toujours certain qu'Il écoute ses prières et répond à celles-ci. Alors que vous luttez pour préparer votre peuple à une vie de sainteté authentique, assurez-vous de l'instruire dans les valeurs et dans la pratique de la prière, en particulier de la prière liturgique, dans laquelle, de manière sublime, l'Eglise est unie au Christ, Prêtre Suprême, dans son intercession éternelle pour le salut du monde. En outre, l'Eglise catholique encourage les fidèles à pratiquer des formes populaires de piété. Enseignez donc toujours à votre peuple la valeur de l'intercession des saints, qui sont les grands amis de Jésus (cf. Jn Jn 12,20-22) et, en particulier, l'intercession spéciale de Marie, sa Mère, qui est toujours attentive à nos nécessités (cf. Jn Jn 2,1-11).
Mes chers frères Evêques, je suis certain que vous continuerez à consacrer votre vie avec un amour généreux au peuple de Dieu qui est en Zambie. Le Seigneur vous a choisis pour le garder et le guider sur la voie qui conduit à la sainteté. Faites-le avec sagesse, une ferme détermination et une affection paternelle. Saint Jérôme, dans son Commentaire à la Lettre de saint Paul à Tite affirme: "Que l'Evêque pratique l'abstinence à l'égard de tous les troubles qui peuvent agiter son âme: qu'il ne soit pas enclin à la colère, ni torturé par la peur" (cf. vv. 8-9, PL 26, 603b-42). Cela est particulièrement vrai dans vos relations avec vos frères prêtres qui, parfois, peuvent être déviés par les nombreuses tentations de la société contemporaine. En tant que Pasteurs et pères de vos collaborateurs dans la vigne, vous devez toujours leur communiquer la joie de servir le Seigneur avec un détachement approprié des choses de ce monde. Dites-leur qu'ils sont proches du coeur du Pape et présents dans ses prières quotidiennes. Avec vous, je les encourage à rester fermes dans la foi authentique et à aspirer à l'espérance vivante de la joyeuse possession de ce trésor éternel et incorruptible, gagné pour nous par Jésus Christ (cf. 1P 1,4).
Nous croyons que l'Eglise est sainte. Lorsque vous exhortez vos prêtres à conduire des vies saintes en accord avec leur vocation, quand vous prêchez l'amour généreux et la fidélité dans le mariage et quand vous invitez chacun à pratiquer les oeuvres de miséricorde, rappelez-leur les paroles du Seigneur: "Vous êtes la lumière du monde... De même, que votre lumière brille devant les hommes: alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux" (Mt 5,14-16). La sainteté est un don divin, qui se manifeste dans l'amour pour Dieu et dans l'amour pour le prochain. Chers frères, montrez à votre peuple la beauté du visage du Christ, en vivant une vie d'amour authentique. Montrez la compassion du Christ, en particulier à l'égard des pauvres, des réfugiés, des malades et de tous ceux qui souffrent. Dans le même temps, continuez à proclamer dans votre enseignement le besoin d'honnêteté, d'affection familiale, de discipline, et de fidélité, qui ont un impact décisif sur la santé et sur la stabilité de la société.
Cette visite à Rome est un signe visible de votre recherche personnelle de sainteté et de votre désir ardent d'être des hérauts de l'Evangile, en suivant l'exemple héroïque des Apôtres Pierre et Paul. Saint Matthieu exprime ainsi le mandat missionnaire de l'Eglise: "Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,18-20). Ce passage est source de grande espérance pour tous ceux qui consacrent leurs énergies au ministère apostolique. Ces paroles nous rappellent la présence active et constante du Christ vivant dans sa Sainte Eglise catholique. Je vous invite, ainsi que ceux qui coopèrent à votre ministère, à méditer sur ces paroles et à renouveler votre confiance dans le Seigneur. En rentrant chez vous, saluez affectueusement de ma part le peuple de votre pays! Que votre témoignage d'hommes emplis de l'espérance de la résurrection le conduise à apprécier toujours davantage les joies que le Seigneur nous a promises. Je donne de tout coeur à chacun de vous, et à tous ceux qui sont confiés à votre sollicitude pastorale, ma Bénédiction apostolique.
Place Saint-Pierre
Samedi 14 octobre 2006
Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et soeurs!
C'est avec une grande joie que je vous rencontre sur cette Place, qui en 1999 et en 2002 a vu les mémorables célébrations de béatification et de canonisation de Padre Pio da Pietrelcina. Vous êtes venus nombreux aujourd'hui, à l'occasion du 50 anniversaire de ce qui constitue une part importante et intégrante de son oeuvre: la "Casa Sollievo della Sofferenza" [Maison du soulagement de la souffrance]. Je vous accueille avec affection et j'adresse à chacun de vous mon salut cordial: à Monseigneur Umberto d'Ambrosio, que je remercie de ses paroles aimables, aux Frères capucins du Sanctuaire et de la Province, aux directeurs, aux médecins, aux infirmiers et au personnel de l'Hôpital, aux membres des Groupes de Prière, provenant de toutes les régions d'Italie et également d'autres pays, et aux pèlerins du diocèse de Manfredonia-Vieste-San Giovanni Rotondo. Tous ensemble, vous formez une grande famille spirituelle, parce que vous vous reconnaissez comme des fils de Padre Pio, un homme simple, un "pauvre Frère", comme il disait, à qui Dieu a confié le message éternel de son Amour crucifié pour toute l'humanité.
Vous êtes les premiers héritiers de son témoignage, chers Frères capucins qui avez en charge le sanctuaire de "Santa Maria delle Grazie" et la nouvelle grande église consacrée à saint Pio da Pietrelcina. Vous êtes les premiers animateurs de ces lieux de grâce, destination de millions de pèlerins chaque année. Encouragés et soutenus par l'exemple de Padre Pio et par son intercession, efforcez-vous d'être vous-mêmes ses imitateurs pour aider chacun à vivre une profonde expérience spirituelle centrée sur la contemplation du Christ crucifié, révélateur et médiateur de l'amour miséricordieux du Père céleste.
C'est du coeur de Padre Pio, ardent de charité, qu'a tiré son origine la "Casa Sollievo della Sofferenza", qui, à travers son nom, manifeste déjà l'idée inspiratrice dont elle est née et le programme qu'elle entend réaliser. Padre Pio voulut l'appeler "maison", pour que le malade, en particulier le pauvre, s'y sente à l'aise, accueilli dans un climat familial et que, dans cette maison, il puisse trouver "un soulagement" à sa souffrance. Un soulagement grâce à deux forces convergentes: la prière et la science. Telle était l'idée du Fondateur, qui doit toujours être gardée à l'esprit et reprise par tous ceux qui oeuvrent dans l'hôpital. La foi en Dieu et la recherche scientifique coopèrent dans le même but, qui peut être exprimé au mieux à travers les paroles de Jésus lui-même: "Pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10,10). Oui, Dieu est vie, et il veut que l'homme soit guéri de tous les maux du corps et de l'esprit. C'est pourquoi Jésus prit soin inlassablement des malades, préannonçant par leur guérison le Royaume de Dieu désormais proche. C'est pour la même raison que l'Eglise, grâce au charisme de nombreux saints et saintes, a prolongé et diffusé au cours des siècles ce ministère prophétique du Christ, à travers d'innombrables initiatives dans le domaine de la santé et du service aux personnes qui souffrent.
Si la dimension scientifique et technologique est propre à l'Hôpital, la prière s'étend en revanche à toute l'oeuvre de Padre Pio. C'est l'élément, pour ainsi dire, transversal: l'âme de toute initiative, la force spirituelle qui anime tout et oriente tout selon l'ordre de la charité qui, en dernière analyse, est Dieu lui-même. Dieu est amour. C'est pourquoi le binôme fondamental que je désire reproposer à votre attention est celui qui se trouve au centre de mon Encyclique: amour de Dieu et amour du prochain, prière et charité (cf. Deus caritas est ). Padre Pio a été avant tout un "homme de Dieu". Dès l'enfance, il s'est senti appelé par Lui et a répondu "de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces" (cf. Dt Dt 6,5). L'amour divin a ainsi pu prendre possession de son humble personne et en faire un instrument élu de ses desseins de salut. Loué soit Dieu qui, à chaque époque, choisit des âmes simples et généreuses pour accomplir de grandes choses (cf. Lc Lc 1,48-49)! Tout vient de Dieu dans l'Eglise, et sans Lui, rien ne peut exister. Les oeuvres de Padre Pio offrent un exemple extraordinaire de cette vérité: la "Casa Sollievo della Sofferenza" peut tout à fait être définie comme un "miracle". Qui pouvait humainement penser qu'à côté du petit couvent de san Giovanni Rotondo aurait surgi l'un des Hôpitaux les plus grands et les plus modernes du Sud de l'Italie? Qui, sinon l'homme de Dieu, qui regarde la réalité avec les yeux de la foi et avec une grande espérance, car il sait que rien n'est impossible à Dieu?
Voilà pourquoi la fête de la "Casa Sollievo della Sofferenza" est dans le même temps la fête des Groupes de Prière de Padre Pio, c'est-à-dire de cette partie de son oeuvre qui "frappe" sans cesse au coeur de Dieu, comme une armée d'intercesseurs et de réparateurs, pour obtenir les grâces nécessaires à l'Eglise et au monde. Chers amis des Groupes de Prière, votre origine remonte à l'année 1942, alors que la Deuxième Guerre mondiale bouleversait l'Italie, l'Europe et le monde. Le 17 février de cette année, mon vénéré Prédécesseur, le Pape Pie XII, lança un appel au peuple chrétien pour que de nombreuses personnes se réunissent en groupes afin de prier pour la paix. Padre Pio incita ses fils spirituels à répondre avec promptitude à l'appel du Vicaire du Christ. C'est ainsi que naquirent les Groupes de Prière, qui eurent précisément comme centre organisateur la "Casa Sollievo della Sofferenza", qui était encore en construction. Il s'agit d'une image qui reste un symbole éloquent: l'Oeuvre de Padre Pio comme un grand "chantier" animé par la prière et destiné à la charité concrète. Les Groupes de Prière se sont diffusés dans les paroisses, dans les couvents, dans les hôpitaux, et aujourd'hui ils sont plus de trois mille présents sur tous les continents. Vous en constituez une importante délégation, vous qui êtes ici aujourd'hui! Cette réponse originelle donnée à l'appel du Pape a marqué pour toujours le caractère de votre "réseau" spirituel: votre prière, comme l'énoncent les Statuts, est "avec l'Eglise, pour l'Eglise et dans l'Eglise" (Préambule), et doit toujours être vécue en pleine adhésion au Magistère, en pleine obéissance au Pape et aux Evêques, sous la direction du prêtre nommé par l'Evêque. Les Statuts prescrivent également un engagement essentiel des Groupes de Prière, c'est-à-dire la "charité effective et concrète pour soulager les personnes qui souffrent et les indigents, comme réalisation pratique de la charité envers Dieu" (ibid.). Voilà à nouveau le binôme prière et charité, Dieu et notre prochain. L'Evangile ne permet pas d'échappatoire: celui qui s'adresse au Dieu de Jésus Christ est poussé à servir ses frères, et vice-versa celui qui se consacre aux pauvres y découvre le mystérieux visage de Dieu.
Chers amis, le temps passe, et le moment est venu de conclure. Je désire vous faire part de mes remerciements sincères pour le soutien que vous m'apportez à travers votre prière. Que le Seigneur vous récompense! Dans le même temps, je demande pour la communauté de travail de la "Casa Sollievo della Sofferenza", la grâce spéciale d'être toujours fidèle à l'esprit et au projet de Padre Pio. Je confie cette prière à l'intercession céleste de Padre Pio et de la Vierge Marie. Avec ces sentiments, je donne de tout coeur à vous tous et à vos proches ma Bénédiction apostolique.
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Discours 2006 52