Discours 2007 64

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INAUGURATION DE LA PORTE DE BRONZE

À LA FIN DES TRAVAUX DE RESTAURATION

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Vendredi 12 octobre 2007




Vénérés Frères,
Mesdames et Messieurs,
Chers frères et soeurs!

Nous nous sommes donnés rendez-vous en ce lieu qui constitue l'entrée principale du Palais apostolique, pour bénir et inaugurer la Porte de Bronze entièrement restaurée après deux ans d'un travail patient et de qualité. Il s'agit d'une événement qui n'est pas d'une grande importance en soi, mais qui est significatif en raison de la fonction que cette Porte particulière exerce et des siècles d'histoire ecclésiale qu'elle a vus défiler. Je vous remercie donc de votre présence et j'adresse à chacun de vous mon salut cordial.

Cette Porte fut réalisée par Giovanni Battista Soria et Orazio Censore au cours du Pontificat de Paul V, qui, entre 1617 et 1619, voulut renouveler complètement la structure tout entière de la Porta Palatii. En 1663, après la colossale intervention architecturale due au génie de Gian Lorenzo Bernini, elle fut déplacée là où elle se trouve actuellement, c'est-à-dire sur le seuil entre la Colonnade de la Place Saint-Pierre et le Bras de Constantin. Usée par le temps, on pensa la restaurer à l'occasion du Grand Jubilé de l'An 2000, mais cette opération de rénovation radicale n'a été possible que quelques années plus tard. La Porte a ainsi été démontée et non seulement soigneusement rénovée dans sa beauté originelle, selon les méthodes et les techniques les plus modernes, mais également consolidée avec une âme d'acier. Elle a à présent repris sa place et sa fonction, sous la belle mosaïque représentant la Madone à l'Enfant entre les saints Pierre et Paul.

C'est précisément parce qu'elle marque l'accès à la Maison de celui que le Seigneur a appelé à guider le Peuple de Dieu tout entier comme Père et Pasteur, que cette Porte prend une valeur symbolique et spirituelle. Ceux qui viennent pour rencontrer le Successeur de Pierre la franchissent. Des pèlerins et des visiteurs qui se rendent dans les divers Bureaux du Palais apostolique la traversent. J'exprime de tout coeur le souhait que ceux qui entrent par la Porte de Bronze puissent se sentir, dès leur entrée, accueillis par le baiser du Pape. La Maison du Pape est ouverte à tous.

Mes sentiments d'appréciation et de reconnaissance vont à ceux qui ont rendu possible cette oeuvre de restauration urgente et radicale. Tout d'abord à ceux qui ont dirigé et réalisé les travaux dans leurs différentes phases: les Services techniques du Gouvernorat et les Laboratoires de restauration des Musées du Vatican, qui ont utilisé la compétence d'entreprises spécialisées pour les parties en bois et en métal. Il a été possible de faire face à cette intervention longue et exigeante grâce au généreux soutien financier de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre et du Credito Artigiano. C'est pourquoi j'exprime ma vive gratitude à ces deux Instituts, qui ont ainsi voulu renouveler une expression de fidélité au Souverain Pontife et d'attention aux biens artistiques du Saint-Siège. Mes remerciements les plus sincères s'étendent à ceux qui, de diverses manières, ont offert leur contribution.

J'assure à présent les responsables, les artisans et les bienfaiteurs, ainsi que chacun de vous ici présents, de mon souvenir dans la prière, alors qu'avec affection je donne à tous ma Bénédiction apostolique.
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VISITE À L'INSTITUT PONTIFICAL DE MUSIQUE SACRÉE

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


Via di Torre Rossa, Rome

Samedi 13 octobre 2007

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Chers professeurs et élèves de l'Institut pontifical de musique sacrée!

Le mémorable jour du 21 novembre 1985, mon bien-aimé Prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, rendit une visite à ces "aedes Sancti Hieronymi de Urbe" où, depuis sa fondation, en 1932, par le Pape Pie XI, une communauté choisie de moines bénédictins avait travaillé avec zèle à la révision de la Biblia Vulgata. C'était le moment où, par la volonté du Saint-Siège, l'Institut pontifical de musique sacrée s'était transféré ici, tout en conservant dans l'ancien siège du "Palazzo dell'Apollinare" l'historique Salle Grégoire XIII, la Salle Académique ou l'"Aula Magna" de l'Institut, qui est encore aujourd'hui, pour ainsi dire, le "sanctuaire" où se déroulent les académies solennelles et les concerts. Le grand orgue, offert au Pape Pie XI par Mme Justine Ward en 1932, a été à présent entièrement restauré avec la généreuse contribution du Gouvernement de la "Generalitat de Catalunya". Je suis heureux de saluer en cette occasion les représentants de ce Gouvernement ici présents.

Je suis venu avec joie au siège didactique de l'Institut pontifical de musique sacrée, totalement rénové. A travers cette visite sont inaugurés et bénis les imposants travaux de restauration effectués ces dernières années à l'initiative du Saint-Siège et avec la contribution significative de divers bienfaiteurs, parmi lesquels se distingue la "Fondazione Pro Musica e Arte Sacra", qui a pris en charge la restauration complète de la Bibliothèque. J'entends idéalement inaugurer et bénir aussi les travaux de restauration effectués dans la Salle académique où, sur la scène, à côté du grand orgue que nous avons mentionné, a été placé un magnifique piano, don de "Telecom Italia Mobile" au bien-aimé Pape Jean-Paul II pour "son" Institut de Musique sacrée.

Je souhaite à présent exprimer ma reconnaissance à Monsieur le Cardinal Zenon Grocholewski, Préfet de la Congrégation pour l'Education catholique et votre Grand Chancelier, pour l'expression courtoise de ses meilleurs voeux qu'en votre nom également, il a voulu m'adresser. Je confirme volontiers en cette circonstance mon estime et ma reconnaissance pour le travail que le Corps académique, étroitement uni à son Président, accomplit avec un sens des responsabilités et un remarquable professionnalisme. Mes salutations vont à toutes les personnes présentes: les membres des familles, avec leurs enfants, et les amis qui les accompagnent, les officiers, le personnel, les élèves et les résidents, ainsi que les représentants de la Consociato Internationalis Musicae Sacrae et de la Foederatio Internationalis Pueri Cantores.

Votre Institut pontifical se dirige à grands pas vers le centenaire de sa fondation qui est l'oeuvre du Pape Pie X, qui érigea en 1911, avec le Bref Expleverunt desiderii, l'"Ecole supérieure de Musique sacrée"; celle-ci, après les interventions successives de Benoît XV et Pie XI, devint ensuite, avec la Constitution apostolique Deus scientarum Dominus du même Pie XI, l'Institut pontifical de Musique sacrée, activement engagé aujourd'hui encore dans l'accomplissement de sa mission originelle au service de l'Eglise universelle. De nombreux étudiants venus ici de toutes les parties du monde pour se former dans les disciplines de la musique sacrée, deviennent à leur tour des formateurs dans leurs Eglises locales respectives. Et combien y en a-t-il eu sur une période de près d'un siècle! Je suis heureux d'adresser à présent un salut cordial à celui qui, par son exceptionnelle longévité, représente un peu la "mémoire historique" de l'Institut et incarne beaucoup d'autres personnes qui ont oeuvré ici: Mgr Domenico Bartolucci.

Il me tient à coeur, en ce siège, de rappeler ce que décida le Concile Vatican II en matière de musique sacrée: en s'inscrivant dans la ligne d'une tradition séculaire, le Concile affirme que celle-ci "a créé un trésor d'une valeur inestimable qui l'emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle" (Sacrosanctum Concilium SC 112). Combien la tradition biblique et patristique est riche pour souligner l'efficacité du chant et de la musique sacrée pour toucher les coeurs et les élever jusqu'à pénétrer, pour ainsi dire, dans l'intimité même de la vie de Dieu! Bien conscient de cela, Jean-Paul II observe que, aujourd'hui comme toujours, trois caractéristiques distinguent la musique sacrée liturgique: la "sainteté", l'"art vrai", l'"universalité", c'est-à-dire la possibilité d'être proposés à n'importe quel peuple et n'importe quelle assemblée (cf. Chirographe "Mû par le vif désir" du 22 novembre 2003). C'est précisément dans cette perspective que l'Autorité ecclésiastique doit s'engager à orienter avec sagesse le développement d'un genre musical aussi exigeant, sans en "congeler" le patrimoine, mais en tentant d'inscrire dans l'héritage du passé les nouveautés valables du présent, pour parvenir à une synthèse digne de la haute mission qui lui est réservée dans le service divin. Je suis certain que l'Institut pontifical de musique sacrée, en parfaite entente avec la Congrégation pour le Culte divin, ne manquera pas d'offrir sa contribution pour une "mise à jour", adaptée à notre époque, des précieuses traditions dont la musique sacrée est riche. Chers professeurs et élèves de cet Institut pontifical, je vous confie donc cette tâche exigeante mais passionnante, dans la conscience que celle-ci représente une valeur de grande importance pour la vie même de l'Eglise. En invoquant sur vous la protection maternelle de la Vierge du Magnificat et l'intercession de saint Grégoire le Grand et de sainte Cécile, je vous assure pour ma part un constant souvenir dans la prière. Tout en souhaitant que la nouvelle année académique qui va commencer soit emplie de grâces, je donne à tous de tout coeur une Bénédiction apostolique particulière.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE


DU CONGO EN VISITE "AD LIMINA APOSTOLORUM"


Vendredi 19 octobre 2007

Chers Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,


Je suis heureux de vous accueillir, vous qui avez reçu du Seigneur la charge d’être les pasteurs du peuple de Dieu qui est en République du Congo. Je souhaite que notre rencontre, expression de la communion avec le Successeur de Pierre, soit aussi source d’une communion toujours plus intense entre vous et entre vos Églises diocésaines, vous remplissant de confiance et vous encourageant à persévérer dans l’annonce de l’Évangile. Je remercie Mgr Louis Portella Mbuyu, Évêque de Kinkala et Président de votre Conférence épiscopale, de sa présentation de la vie de l’Église en République du Congo. À travers vous, je salue cordialement les prêtres, les diacres, les religieux, les religieuses, les catéchistes et les fidèles laïcs de vos diocèses, qui ont souvent manifesté leur attachement au Christ et leur solidarité avec leurs frères dans les moments difficiles de l’histoire récente de votre pays et je les invite à demeurer, avec tous les hommes de bonne volonté, d’infatigables artisans de justice et de paix.

Votre Conférence épiscopale ne cesse d’éveiller les consciences et d’affermir les volontés, apportant une contribution spécifique et concrète à l’établissement de la paix et de la réconciliation dans le pays. J’appelle donc les chrétiens et toute la population du pays à ouvrir des chemins de réconciliation, afin que les différences ethniques et sociales, vécues dans le respect et dans l’amour mutuels, deviennent une richesse commune et non un motif de division.

Vos rapports quinquennaux signalent l’urgence de développer un vrai dynamisme missionnaire dans vos Églises locales. L’Église ne peut pas se dérober à cette mission primordiale, qui l’invite à une exigence fondamentale de cohérence et d’harmonisation entre foi et normes éthiques. Pour évangéliser en vérité et en profondeur, il faut devenir des témoins toujours plus fidèles et plus crédibles du Christ. Cette responsabilité éminente vous incombe tout particulièrement. Demeurez des « hommes de Dieu », présents dans vos diocèses aux côtés de vos prêtres, préoccupés avant tout par l’annonce de l’Évangile, puisant dans votre intimité avec le Christ la force de tisser des liens toujours plus forts de fraternité et d’unité entre vous et avec tous. Cette exigence concerne aussi la Conférence épiscopale, appelée à être toujours davantage un lieu privilégié de communion, mais aussi de vie fraternelle et de travail concerté sur des projets communs. Des fruits nombreux jailliront de cette démarche.

Dans un réel souci missionnaire pour construire l’Église-Famille, votre action pastorale s’appuie sur les communautés ecclésiales vivantes. Lieux concrets d’annonce de l’Évangile et d’exercice de la charité, notamment envers les plus pauvres, elles mettent en oeuvre une pastorale de proximité et constituent aussi un puissant rempart contre les sectes. Je vous invite à porter un soin attentif à la formation chrétienne initiale et permanente des fidèles, pour qu’ils connaissent le mystère chrétien et qu’ils en vivent, s’appuyant sur la lecture de l’Écriture et la vie sacramentelle. Ainsi, ils découvriront la richesse de leur vocation baptismale et la valeur de leurs engagements chrétiens selon les principes éthiques, en vue d’une présence toujours plus active dans la société. Je remercie les personnes engagées dans la formation des laïcs, en particulier les catéchistes et leurs familles, précieux auxiliaires de l’évangélisation, souhaitant que soient mis à leur disposition des structures de formation appropriées pour mener à bien leur importante mission.

Portez à vos prêtres les encouragements du Pape. Il vous revient de les soutenir, les appelant à mener, dans une pleine communion avec vous et dans un réel esprit de service du Christ et de la communauté chrétienne, une existence toujours plus digne et plus sainte, fondée sur une vie spirituelle profonde et sur une maturité affective vécue dans le célibat par lequel ils offrent, avec la grâce de l’Esprit et par la libre réponse de leur volonté propre, la totalité de leur amour et de leur sollicitude à Jésus Christ et à l’Église (cf. Pastores dabo vobis PDV 44). En étant proches des prêtres, vous serez vous-mêmes des modèles de vie sacerdotale et vous les aiderez à prendre une conscience toujours plus vive de la fraternité sacramentelle dans laquelle l’ordination sacerdotale les a établis. J’appelle aussi les nombreux prêtres congolais qui résident à l’extérieur du pays à considérer avec gravité les besoins pastoraux de leurs diocèses et à faire les choix nécessaires pour répondre aux appels pressants de leurs Églises diocésaines.

Je me réjouis que vous ayez prévu de mener prochainement une réflexion approfondie sur le ministère sacerdotal, pour proposer aux prêtres et aux séminaristes une existence de prêtres diocésains, enracinée dans une vie spirituelle forte, qui corresponde à l’exigence de la configuration à Jésus Christ Tête et Serviteur de l’Église, et fondée sur un amour de la mission et sur une vie conforme aux engagements de l’Ordination. C’est par l’enseignement et par le comportement qu’il faut, comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, « exposer la foi de manière irréprochable ».

La baisse sensible du nombre de mariages canoniques est un véritable défi qui pèse sur la famille, dont on sait le caractère irremplaçable pour la stabilité de l’édifice social. La législation civile, la fragilisation de la structure familiale, mais aussi le poids de certaines pratiques traditionnelles, notamment le coût exorbitant de la dote, sont un frein réel à l’engagement des jeunes dans le mariage. Une réflexion pastorale de fond s’impose pour promouvoir la dignité du mariage chrétien, reflet et réalisation de l’amour du Christ pour son Église. Il est important d’aider les couples à acquérir la maturité humaine et spirituelle nécessaire pour assumer de manière responsable leur mission d’époux et de parents chrétiens, en leur rappelant que leur amour est unique, indissoluble et que le mariage contribue à la pleine réalisation de leur vocation humaine et chrétienne.

Puisse l’Église continuer à jouer son rôle prophétique au service de tous les habitants du pays, en particulier des plus pauvres et des sans-voix, révélant à chacun sa dignité et lui proposant l’amour de Dieu pleinement révélé en Jésus Christ ! L’amour «est la lumière – en réalité l’unique – qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir» (Deus caritas est ). Par l’intercession de la Vierge Sainte, Étoile de l’évangélisation, je vous accorde bien volontiers la Bénédiction apostolique, à vous-mêmes et à vos communautés diocésaines.
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DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

À LA DÉLÉGATION


DE LA "MENNONITE WORLD CONFERENCE"


Vendredi 19 octobre 2007

Chers amis,


"A vous, grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus Christ!" (2Co 1,2). Je suis heureux de vous accueillir à Rome, où Pierre et Paul rendirent témoignage du Christ en versant leur sang pour l'Evangile.

Dans l'esprit oecuménique des temps récents nous avons commencé à nouer des contacts entre nous après des siècles d'isolement. Je sais que les responsables de la "Mennonite World Conference" acceptèrent l'invitation de mon bien-aimé Prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, à se joindre à lui à Assise aussi bien en 1986 qu'en 2002, afin de prier pour la paix dans le monde à l'occasion d'un grand rassemblement des responsables des Eglises et des communautés ecclésiales, ainsi que des autres religions du monde. Et je suis heureux que des membres du Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens aient répondu à vos invitations à participer à vos assemblées mondiales en 1997 et en 2003.

Etant donné que c'est le Christ lui-même qui nous appelle à rechercher l'unité des chrétiens, il est donc tout à fait juste et opportun que les mennonites et les catholiques aient noué un dialogue en vue de comprendre les raisons du conflit qui est apparu entre eux au XVI siècle. Comprendre est le premier pas sur le chemin de la guérison. Je sais que le document issu de ce dialogue, publié en 2003 et qui est actuellement à l'étude dans plusieurs pays, a insisté de manière particulière sur la guérison des mémoires.

Les mennonites sont bien connus pour leur fort témoignage au service de la paix au nom de l'Evangile, et sur ce point, en dépit des siècles de division, le document sur le dialogue Called Together to be Peacemakers (Appelés à être ensemble des artisans de paix) a montré que nous partageons beaucoup de convictions communes. Nous insistons les uns et les autres sur le fait que notre travail au service de la paix est enraciné en Jésus Christ "qui est notre paix, lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un... faisant la paix et nous réconciliant avec Dieu, tous deux en un seul Corps (Ep 2,14-16)" (Document n. 174). Nous comprenons que "la réconciliation, la non violence et le travail au service de la paix appartiennent au coeur de l'Evangile (cf. Mt Mt 5,9 Rm 12,14-21 Ep 6,15)" (Document, n. 179). Notre recherche incessante de l'unité des disciples du Seigneur est de la plus haute importance. Notre témoignage continuera d'être affaibli aussi longtemps que le monde verra nos divisions. Par dessus tout, ce qui nous pousse à rechercher l'unité des chrétiens est la prière de notre Seigneur au Père: "Afin que tous soient un... afin que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn 17,21).

Je souhaite que votre visite constitue une étape supplémentaire vers la compréhension mutuelle et la réconciliation. Que la paix et la joie du Christ soient avec vous tous et avec les personnes qui vous sont chères.

RENCONTRE AVEC LES CHEFS DES DÉLÉGATIONS


QUI PARTICIPENT À LA RENCONTRE INTERNATIONALE POUR LA PAIX


SALUT DU PAPE BENOÎT XVI


Aula Magna du Séminaire à Capodimonte

Dimanche 21 octobre 2007




Sainteté, Béatitudes,
Eminentes Autorités,
Représentants des Eglises et des Communautés ecclésiales,
Chers responsables des grandes religions mondiales,

Je saisis volontiers cette occasion pour saluer les personnalités réunies ici à Naples pour le XXI Meeting sur le thème: "Pour un monde sans violence - Religions et cultures en dialogue". Ce que vous représentez exprime en un certain sens les différents mondes et patrimoines religieux de l'humanité, que l'Eglise catholique considère avec un respect sincère et une attention cordiale. Une parole de reconnaissance va à Monsieur le Cardinal Crescenzio Sepe et à l'archidiocèse de Naples qui accueille ce Meeting, ainsi qu'à la communauté de Sant'Egidio, qui travaille avec dévouement pour favoriser le dialogue entre les religions et les cultures dans l'"esprit d'Assise".

La rencontre d'aujourd'hui nous ramène en esprit en 1986, lorsque mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II invita sur la colline de saint François les hauts Représentants religieux à prier pour la paix, soulignant en cette circonstance le lien intrinsèque qui unit une authentique attitude religieuse avec une vive sensibilité pour ce bien fondamental de l'humanité. En 2002, après les événements dramatiques du 11 septembre de l'année précédente, Jean-Paul II convoqua à nouveau à Assise les chefs religieux, pour demander à Dieu que soit mis un terme aux graves menaces qui pesaient sur l'humanité, en particulier à cause du terrorisme.

Dans le respect des différences des diverses religions, nous sommes tous appelés à travailler pour la paix et à un engagement effectif pour promouvoir la réconciliation entre les peuples. Tel est l'authentique "esprit d'Assise", qui s'oppose à toute forme de violence et à l'abus de la religion comme prétexte à la violence. Face à un monde déchiré par les conflits, où l'on justifie parfois la violence au nom de Dieu, il est important de réaffirmer que jamais les religions ne peuvent devenir des véhicules de haine; jamais, en invoquant le nom de Dieu, on ne peut arriver à justifier le mal et la violence. Au contraire, les religions peuvent et doivent offrir de précieuses ressources pour construire une humanité pacifique, car elles parlent de paix au coeur de l'homme. L'Eglise catholique entend continuer à parcourir la voie du dialogue pour favoriser l'entente entre les différentes cultures, traditions et sagesses religieuses. Je souhaite vivement que cet esprit se diffuse, en particulier toujours davantage là où les tensions sont les plus fortes, là où la liberté et le respect pour l'autre sont niés et où des hommes et des femmes souffrent des conséquences de l'intolérance et de l'incompréhension.

Chers amis, que ces jours de travail et d'écoute dans la prière soient fructueux pour tous. J'adresse dans ce but ma prière au Dieu éternel, afin qu'il déverse sur chacun des participants au Meeting l'abondance de ses Bénédictions, de sa sagesse et de son amour. Puisse-t-il libérer le coeur des hommes de toute haine et de toute racine de violence et faire de nous tous des artisans de la civilisation de l'amour.
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VISITE PASTORALE

DU PAPE BENOÎT XVI

À NAPLES

ANGELUS

Place du Plébiscite, Naples

Dimanche 21 octobre 2007




Chers frères et soeurs,

Au terme de cette célébration solennelle, je désire vous renouveler à tous, chers amis de Naples, mon salut et mes remerciements pour l'accueil cordial que vous m'avez réservé, malgré les conditions quelque peu difficiles! Je voudrais adresser un salut particulier aux délégations venues de différentes parties du monde pour participer à la Rencontre internationale pour la Paix, promue par la Communauté de Sant'Egidio, sur le thème: "Pour un monde sans violence. Religions et cultures en dialogue". Puisse cette importante initiative culturelle et religieuse contribuer elle aussi à consolider la paix dans le monde.

Prions pour cela. Mais prions aussi aujourd'hui, et de façon particulière, pour les missionnaires. On célèbre en effet la Journée mondiale des Missions, qui a un thème très significatif: "Toutes les Eglises pour le monde entier". Chaque Eglise particulière est coresponsable de l'évangélisation de l'humanité tout entière et cette coopération entre les Eglises a été développée par le Pape Pie XII dans l'Encyclique "Fidei Donum", il y a 50 ans. Ne manquons pas d'apporter à ceux qui oeuvrent aux frontières de la mission notre soutien spirituel et matériel: prêtres, religieux, religieuses et laïcs, qui rencontrent souvent de graves difficultés dans leur travail, allant parfois même jusqu'à la persécution.

Confions ces intentions de prière à la Très Sainte Vierge Marie, que nous aimons invoquer, au mois d'octobre, sous le titre avec lequel elle est honorée dans le proche sanctuaire de Pompéi: Reine du Saint Rosaire. Nous lui confions en particulier les nombreux migrants venus ici en pèlerinage de Caserte. Que la Vierge protège aussi ceux qui, de différentes façons, s'engagent pour le bien commun et pour un ordre juste de la société, comme cela a été souligné lors de la 45 Semaine sociale des catholiques italiens, qui s'est précisément tenue ces jours-ci à Pistoia et à Pise, cent ans après la première Semaine sociale promue en particulier par Giuseppe Toniolo, illustre figure d'économiste chrétien. Nous avons devant nous de nombreux problèmes et défis. Cela requiert un profond engagement de la part de tous, en particulier des fidèles laïcs travaillant dans les domaines social et politique, pour assurer à chaque personne, et en particulier aux jeunes, les conditions indispensables pour exploiter leurs talents naturels et développer des choix de vie généreux au service de leurs familles et de toute la communauté, et nous voulons tous collaborer à cette tâche.

A présent, nous nous adressons à la Vierge avec la prière habituelle de l'Angelus.
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VISITE PASTORALE

DU PAPE BENOÎT XVI

À NAPLES

CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI


Place du Plébiscite, Naples

Dimanche 21 octobre 2007



Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
éminentes Autorités,
chers frères et soeurs!

C'est avec une grande joie que j'ai accepté l'invitation à rendre visite à la communauté chrétienne qui vit dans cette ville historique de Naples. C'est tout d'abord à votre Archevêque, le Cardinal Crescenzio Sepe, que va mon baiser fraternel et un remerciement particulier pour les paroles que, également en votre nom, il m'a adressées au début de cette célébration eucharistique solennelle. Je l'ai envoyé à votre communauté en connaissant son zèle apostolique, et je suis heureux de constater que vous l'appréciez pour ses qualités d'esprit et de coeur. Je salue avec affection les Evêques auxiliaires et le presbyterium diocésain, ainsi que les religieux et les religieuses et les autres personnes consacrées, les catéchistes et les laïcs, en particulier les jeunes activement engagés dans les diverses initiatives pastorales, apostoliques et sociales. Je salue les éminentes Autorités civiles et militaires qui nous honorent de leur présence, à commencer par le Président du Conseil des Ministres, par le Maire de Naples et par les Présidents de la Province et de la Région. A vous tous, réunis sur cette place devant la Basilique monumentale dédiée à saint François de Paule, dont on fête cette année le cinquième centenaire de la mort, j'adresse une pensée cordiale, que j'étends volontiers à ceux qui sont reliés à nous à travers la radio et la télévision, en particulier les communautés de clôture, les personnes âgées, les personnes hospitalisées, les détenus et ceux que je ne pourrai pas rencontrer au cours de mon bref séjour napolitain. En un mot, je salue toute la famille des croyants et tous les citoyens de Naples: je suis parmi vous, chers amis, pour partager avec vous la Parole et le Pain de la Vie, et le mauvais temps ne nous décourage pas, car Naples est toujours belle!

En méditant sur les lectures bibliques de ce dimanche et en réfléchissant à la réalité de Naples, je suis touché par le fait qu'aujourd'hui, la Parole de Dieu a pour thème principal la prière, et même la nécessité "de prier sans cesse" comme le dit l'Evangile (cf. Lc Lc 18,1). A première vue, cela pourrait paraître un message peu pertinent, peu incisif par rapport à une réalité sociale qui connaît tant de problèmes comme la vôtre. Mais en y réfléchissant, on comprend que cette Parole contient un message certainement à contre-courant, mais qui est toutefois destiné à illuminer en profondeur la conscience de votre Eglise et de votre ville. Je le résumerais ainsi: la force, qui en silence et sans bruit change le monde et le transforme en Royaume de Dieu, c'est la foi - et l'expression de la foi, c'est la prière. Lorsque la foi se remplit d'amour pour Dieu, reconnu comme Père juste et bon, la prière se fait persévérante, insistante, elle devient un gémissement de l'esprit, un cri de l'âme qui pénètre le coeur de Dieu. De cette façon, la prière devient la plus grande force de transformation du monde. Face à des réalités sociales difficiles et complexes, comme l'est certainement la vôtre, il faut renforcer l'espérance, qui se fonde sur la foi et s'exprime en une prière inlassable. C'est la prière qui garde allumée la flamme de la foi. Jésus demande, comme nous l'avons entendu à la fin de l'Evangile: "Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?" (Lc 18,8). C'est une question qui nous fait réfléchir. Quelle sera notre réponse à cette interrogation préoccupante? Aujourd'hui, nous voulons répéter ensemble avec un humble courage: Seigneur, ta venue parmi nous dans cette célébration dominicale nous trouve rassemblés avec la lampe de la foi allumée. Nous croyons et nous nous en remettons à toi! Fais grandir notre foi!

Les lectures bibliques que nous avons écoutées nous présentent certains modèles dont nous inspirer dans notre profession de foi, qui est toujours également une profession d'espérance, car la foi est espérance, elle ouvre la terre à la foi divine, à la force du bien. Ce sont les figures de la veuve que nous rencontrons dans la parabole évangélique et celle de Moïse dont nous parle le livre de l'Exode. La veuve de l'Evangile (cf. Lc Lc 18,1-8) fait penser aux "petits", aux derniers, mais également à tant de personnes simples et droites, qui souffrent des violences, qui se sentent impuissantes face à la permanence du malaise social et qui sont tentées de se décourager. Jésus répète à celles-ci: observez avec quelle ténacité cette pauvre veuve insiste et obtient à la fin l'attention d'un juge inique! Comment pourriez-vous penser que votre Père céleste, bon et fidèle, et puissant, qui ne désire que le bien de ses enfants, ne vous rende pas justice le moment venu? La foi nous assure que Dieu écoute notre prière et nous exauce au moment opportun, même si l'expérience quotidienne semble démentir cette certitude. En effet, devant certains faits divers ou les nombreuses difficultés quotidiennes de la vie, dont les journaux ne parlent même pas, s'élève spontanément de notre coeur la supplique de l'antique prophète: "Jusques à quand, Yahvé, appellerai-je au secours sans que tu écoutes, crierai-je vers toi: "A la violence!" sans que tu sauves?" (Ha 1,2). Il n'y a qu'une seule réponse à cette invocation angoissée: Dieu ne peut pas changer les choses sans notre conversion, et notre véritable conversion commence avec le "cri" de l'âme, qui implore le pardon et le salut. La prière chrétienne n'est donc pas l'expression du fatalisme et de l'inertie, elle est même le contraire d'une fuite de la réalité, d'un intimisme consolateur: elle est une force d'espérance, la plus haute expression de la foi dans la puissance de Dieu qui est Amour et qui ne nous abandonne pas. La prière que Jésus nous a enseignée, qui a atteint son sommet au Gethsémani, possède le caractère de la "compétition", c'est-à-dire de la lutte, car elle se range de manière décidée aux côtés du Seigneur pour combattre l'injustice et vaincre le mal par le bien; elle est l'arme des petits et des pauvres d'esprit, qui refusent tout type de violence. Ils répondent même à celle-ci par la non violence évangélique, en témoignant ainsi que la vérité de l'Amour est plus forte que la haine et que la mort.
Cela ressort également de la première Lecture; il s'agit du célèbre récit de la bataille entre les Israélites et les Amalécites (cf. Ex Ex 17,8-13). Ce qui détermina l'issue de ce dur conflit fut précisément la prière adressée avec foi au vrai Dieu. Alors que Josué et ses hommes affrontaient les adversaires sur le champ de bataille, Moïse était sur la cime de la colline avec les mains levées, dans la position de la personne en prière. Ces mains levées du grand condottiere garantirent la victoire d'Israël. Dieu était avec son peuple, il en voulait la victoire, mais son intervention était conditionnée par les mains levées de Moïse. Cela semble incroyable, mais c'est ainsi: Dieu a besoin des mains levées de son serviteur! Les bras levés de Moïse font penser à ceux de Jésus sur la croix: les bras ouverts et cloués avec lesquels le Rédempteur a vaincu la bataille décisive contre l'ennemi infernal. Sa lutte, ses mains levées vers le Père et ouvertes sur le monde demandent d'autres bras, d'autres coeurs qui continuent à s'offrir avec son même amour, jusqu'à la fin du monde. Je m'adresse particulièrement à vous, chers Pasteurs de l'Eglise qui est à Naples, en faisant miennes les paroles que saint Paul adressa à Timothée et que nous avons écoutées dans la deuxième Lecture: demeurez fermes dans ce que vous avez appris et dont vous êtes convaincus. Annoncez la parole, insistez en chaque occasion, à temps et à contretemps, admonestez, avertissez, exhortez avec une patience inlassable et le souci d'instruire (cf. 2Tm 3,14 2Tm 3,16 2Tm 4,2). Et comme Moïse sur la montagne, persévérez dans la prière pour et avec les fidèles confiés à vos soins pastoraux, pour qu'ensemble, vous puissiez affronter chaque jour le bon combat de l'Evangile.

Et à présent, intérieurement illuminés par la Parole de Dieu, regardons à nouveau la réalité de votre ville, où ne manquent pas des énergies saines, des personnes bonnes, culturellement préparées et possédant un grand sens de la famille. Cependant, pour de nombreuses personnes, il n'est pas simple de vivre: il y a tant de situations de pauvreté, de carence de logements, de chômage ou de sous-emploi, de manque de perspectives d'avenir. Il y a ensuite le triste phénomène de la violence. Il ne s'agit pas seulement du déplorable nombre de délits de la "camorra", mais également du fait que la violence tend malheureusement à devenir une mentalité courante, s'insinuant dans les plis de la vie sociale, dans les quartiers historiques du centre et dans les banlieues nouvelles et anonymes, avec le risque d'attirer en particulier la jeunesse, qui grandit dans des milieux dans lesquels prospère l'illégalité, le manque de transparence et l'art de s'arranger. Comme il est alors important d'intensifier les efforts pour établir une stratégie sérieuse de prévention, en s'appuyant sur l'école, sur le travail et sur une aide aux jeunes pour gérer leur temps libre. Une intervention est nécessaire, qui interpelle chacun dans la lutte contre toute forme de violence, à partir de la formation des consciences et en transformant les mentalités, les attitudes, les comportements de tous les jours. J'adresse cette invitation à chaque homme et femme de bonne volonté, alors que se tient ici à Naples la Rencontre entre les chefs religieux pour la paix, qui a pour thème: "Pour un monde sans violence - Religions et cultures en dialogue".

Chers frères et soeurs, le bien-aimé Pape Jean-Paul II visita Naples pour la première fois en 1979: c'était, comme aujourd'hui, le dimanche 21 octobre! La deuxième fois fut en novembre 1990: une visite qui promut la renaissance de l'espérance. La mission de l'Eglise est de toujours nourrir la foi et l'espérance du peuple chrétien. C'est ce qu'effectue également avec zèle apostolique votre Archevêque, qui a récemment écrit une Lettre pastorale au titre significatif: "Le sang et l'espérance". Oui, l'espérance véritable ne naît que du sang du Christ et de celui versé pour Lui. Il y a le sang qui est signe de mort; mais il y a le sang qui exprime l'amour et la vie: le sang de Jésus et des martyrs, comme celui de votre bien-aimé Patron saint Gennaro, qui est une source de vie nouvelle. Je voudrais conclure en faisant mienne une expression contenue dans la Lettre pastorale de votre Archevêque, qui affirme: "La semence de l'espérance est peut-être la plus petite, mais elle peut donner vie à un arbre florissant et porter de nombreux fruits". Cette semence existe à Naples et elle agit, malgré les problèmes et les difficultés. Prions le Seigneur afin qu'il fasse croître dans la communauté chrétienne une foi authentique et une solide espérance, capable de faire obstacle de manière efficace au découragement et à la violence. Naples a assurément besoin d'interventions politiques adaptées, mais avant encore d'un profond renouveau spirituel; elle a besoin de croyants qui placent leur pleine confiance en Dieu, et qui s'engagent avec son aide à diffuser dans la société les valeurs de l'Evangile. Nous demandons pour cela l'aide de Marie et de vos saints protecteurs, en particulier de saint Gennaro. Amen!



PAROLES DU PAPE BENOÎT XVI


AU TERME DE LA RENCONTRE AVEC LES CHEFS RELIGIEUX


Séminaire archiépiscopal de Capodimonte

Dimanche 21 octobre 2007

Avant de partir, je désire adresser une fois de plus un salut cordial à chacun de vous, avec qui j'ai eu la joie de partager ce moment convivial.


Je remercie à nouveau le Cardinal Crescenzio Sepe, Pasteur de cet archidiocèse, que le Seigneur m'a donné l'opportunité de visiter aujourd'hui, et, à travers lui, je renouvelle l'expression de ma sincère reconnaissance pour l'accueil qui m'a été réservé avec les manifestations de sympathie spontanées propres aux Napolitains. Je salue en outre les autres Cardinaux, les Evêques venus passer avec nous ce jour de fête, ainsi que toutes les personnes présentes.

Je ne peux manquer de remercier tous ceux qui ont préparé avec soin et servi de façon professionnelle ce repas amical. Merci de nous avoir offert ce repas apprécié et savoureux.

En prenant congé, je voudrais assurer chacun de mon souvenir dans la prière, tandis que j'invoque sur vous et sur les personnes qui vous sont chères les Bénédictions abondantes de Dieu. Merci à vous tous et tous mes voeux pour cette importante rencontre!

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


À LA COMMUNAUTÉ DES UNIVERSITÉS ECCLÉSIASTIQUES


DE ROME AU DÉBUT DE L'ANNÉE ACADÉMIQUE


Basilique Vaticane

Jeudi 25 octobre 2007






Messieurs les Cardinaux,
vénérés Frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et soeurs,

Je remercie le Seigneur qui m'accorde cette année également de rencontrer, au début d'une nouvelle année académique, les professeurs et les étudiants des Universités pontificales et ecclésiastiques présentes à Rome. Il s'agit d'une rencontre de prière - la célébration de la Messe, qui constitue le centre de toute notre vie chrétienne, vient de se conclure - et, dans le même temps, d'une occasion propice pour réfléchir sur le sens et sur la valeur de votre expérience d'étude ici, à Rome, au coeur de la chrétienté. A chacun de vous va mon salut affectueux, que j'adresse en premier lieu à Monsieur le Cardinal Zenon Grocholewski, Préfet de la Congrégation pour l'Education catholique, en le remerciant des aimables paroles qu'il m'a adressées en votre nom à tous. Je salue le Cardinal Dias, et également les autres prélats présents, les recteurs des Universités et les membres des Corps académiques respectifs, les responsables et les supérieurs des séminaires et collèges, ainsi que les étudiants qui proviennent pratiquement de toutes les parties du monde.

Le rendez-vous annuel qui voit réunie idéalement ici, dans la Basilique vaticane, toute la famille académique des Universités ecclésiastiques romaines, vous permet, chers amis, de mieux ressentir l'expérience singulière de communion et de fraternité que vous pouvez faire au cours de ces années: une expérience qui, pour être fructueuse, a besoin de la contribution de tous et de chacun. Vous avez participé ensemble à la Célébration eucharistique, et c'est également ensemble que vous passerez cette nouvelle année. Efforcez-vous de créer parmi vous un climat dans lequel l'engagement à l'étude et la coopération fraternelle soient pour vous un enrichissement commun en ce qui concerne non seulement l'aspect culturel, scientifique et doctrinal, mais également l'aspect humain et spirituel. Sachez profiter au maximum des opportunités qui vous sont offertes à cet égard à Rome, ville véritablement unique également de ce point de vue.

Rome est riche de mémoires historiques, de chefs-d'oeuvre d'art et de culture; elle est surtout riche de témoignages chrétiens éloquents. Au cours du temps, des Universités et des Facultés ecclésiastiques désormais pluriséculaires sont nées, où se sont formées des générations entières de prêtres et d'agents de la pastorale, parmi lesquels ne manquent pas de grands saints et illustres hommes d'Eglise. Vous vous inscrivez dans cette même lignée, en consacrant des années importantes de votre existence à l'approfondissement de diverses disciplines humaines et théologiques. Les finalités de telles Institutions de grand mérite - écrivait en 1979 le bien-aimé Jean-Paul II dans la Constitution apostolique Sapientia christiana - sont, entre autres, de "cultiver et promouvoir, grâce à la recherche scientifique, les disciplines qui leur sont propres, et avant tout approfondir la connaissance de la Révélation chrétienne et des disciplines qui lui sont connexes, dégager de façon systématique les vérités qu'elle contient, considérer à sa lumière les questions nouvelles qui surgissent au cours du temps, les présenter d'une manière adaptée aux hommes d'aujourd'hui dans les diverses cultures" (Titre I, art. 3 1). Il s'agit d'un engagement extrêmement urgent, à notre époque post-moderne, où l'on ressent le besoin d'une nouvelle évangélisation, qui a besoin de maîtres dans la foi et de messagers et de témoins de l'Evangile convenablement préparés.

En effet, le séjour à Rome peut et doit servir à vous préparer pour accomplir de la meilleure façon le devoir qui vous attend dans les divers domaines d'action apostolique. La mission évangélisatrice propre de l'Eglise exige, à notre époque nouvelle, non seulement que se diffuse partout le message évangélique, mais qu'il pénètre en profondeur dans les façons de penser, dans les critères de jugement et dans les comportements des personnes. En un mot, il faut que toute la culture de l'homme contemporain soit imprégnée par l'Evangile. La multiplicité des enseignements, qui sont proposés dans les Universités et dans les Centres d'étude que vous fréquentez, répondent à ce défi culturel et spirituel vaste et urgent. La possibilité d'étudier à Rome, siège du Successeur de Pierre et donc du ministère pétrinien, vous aide à renforcer le sens d'appartenance à l'Eglise et l'engagement de fidélité au Magistère universel du Pape. En outre, la présence dans les Institutions académiques et dans les collèges et séminaires de professeurs et d'élèves provenant de tous les continents vous offre une occasion supplémentaire de vous connaître et de faire l'expérience de la beauté unique de faire partie de l'unique grande famille de Dieu: sachez en profiter pleinement!

Chers frères et soeurs, il est toutefois indispensable que l'étude des sciences humaines et théologiques s'accompagne toujours d'une connaissance progressive, intime et profonde, du Christ. Cela implique qu'à l'intérêt nécessaire pour l'étude et la recherche, vous unissiez un désir sincère de sainteté. Que ces années de formation à Rome, outre un engagement intellectuel sérieux et assidu, soient donc également en premier lieu des années d'une intense prière, en harmonie constante avec le Maître divin, qui vous a choisis à son service. De même, que le contact avec la réalité religieuse et sociale de la ville vous soit utile pour un enrichissement spirituel et pastoral. Invoquons l'intercession de Marie, Mère docile et sage, afin qu'elle vous aide à être prêts en toute circonstance, et à reconnaître la voix du Seigneur, qui vous protège et vous accompagne, dans votre itinéraire de formation et à tout moment de votre vie. Je vous assure de mon souvenir dans la prière et, en vous souhaitant une année sereine et riche de fruits, j'accompagne ces voeux d'une Bénédiction apostolique particulière.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE


DU GABON EN VISITE "AD LIMINA APOSTOLORUM"


Vendredi 26 octobre 2007

Chers Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,


Je vous accueille avec joie, vous les Pasteurs de l’Église au Gabon, souhaitant que votre visite ad limina soit pour vous un temps fort de communion ecclésiale et de vie spirituelle. Vous affermissez ainsi votre mission apostolique, pour être toujours davantage des serviteurs et des guides du peuple qui vous est confié. Je remercie Mgr Timothée Modibo-Nzockena, Évêque de Franceville et Président de votre Conférence épiscopale, pour le tableau qu’il m’a dressé des aspects pastoraux. Dans votre ministère, avec les forces vives de vos diocèses, vous êtes appelés à développer une pastorale, diocésaine et nationale, de plus en plus organique. De même, il convient d’organiser de manière toujours plus appropriée votre Conférence épiscopale, dans vos rencontres et dans les structures à mettre en place pour vous assister. En partageant vos richesses pastorales et vos projets, vous pourrez donner à vos diocèses un dynamisme renouvelé. Plus sera grande la communion entre vous et entre tous les catholiques, plus sera forte et efficace l’évangélisation.

Les Gabonais se laissent parfois attirer par la société de consommation et de permissivité, étant de ce fait moins attentifs aux plus pauvres du pays. Je les encourage à faire grandir leur sens fraternel et leur solidarité. On constate également un certain relâchement dans la vie des chrétiens, pris par les séductions du monde. Je souhaite qu’ils aient toujours davantage une conduite exemplaire en ce qui concerne les valeurs spirituelles et morales.

Parmi les tâches urgentes de l’Église au Gabon, il convient avant tout de noter la transmission de la foi et l’approfondissement du mystère chrétien. Pour faire face aux sollicitations, les fidèles ont besoin d’avoir une formation approfondie qui leur donnera la possibilité de fonder leur vie chrétienne sur des principes clairs. Cela suppose que vous organisiez les structures de formation de manière à ce qu’elles soient réellement efficaces. N’ayez pas peur de préparer pour cette tâche des prêtres et des laïcs qui en ont les capacités. Ainsi, les communautés ecclésiales seront plus vivantes et les fidèles puiseront dans la liturgie, dans la prière personnelle, familiale et communautaire, des forces pour être, dans tous les domaines de la vie sociale, des témoins de la Bonne Nouvelle, des artisans de la réconciliation, de la justice et de la paix, dont notre monde a plus que jamais besoin.

En tant que successeurs des Apôtres, vous êtes pour tous vos diocésains comme des pères, appelés à porter une attention particulière à la jeunesse de votre pays. Que tous les chrétiens, et notamment les parents, se mobilisent pour inviter les jeunes à ouvrir leur coeur au Christ et à le suivre. Le Seigneur veut donner à chacun la grâce d’une vie belle et bonne, et l’espérance qui permet de trouver le sens véritable de l’existence, à travers les aléas de la vie quotidienne. Je souhaite que les jeunes n’aient pas peur d’être aussi les premiers évangélisateurs des compagnons de leur âge. C’est souvent grâce à l’amitié et au partage que ces derniers pourront découvrir la personne du Christ et s’y attacher.

Vous soulignez dans vos rapports que les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée sont encore peu nombreuses. C’est toujours une souffrance pour un pasteur que manquent des jeunes qui acceptent d’entendre l’appel du Seigneur. La présence d’un séminaire à Libreville doit être pour vous l’objet d’une attention toute particulière, car c’est l’avenir de l’évangélisation et de l’Église qui est en jeu ; cela ne manquera pas non plus d’être un stimulant pour que, dans chaque diocèse, la pastorale vocationnelle se développe et s’intensifie. Puissent les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi que les familles, se mobiliser par la prière, par l’accompagnement des plus jeunes, par le souci de la transmission de l’appel du Christ, pour que naissent et s’épanouissent les vocations dont votre pays a besoin. On ne peut pas non plus oublier le rôle de l’Enseignement catholique, où professeurs et éducateurs ont pour tâche l’éducation intégrale des jeunes, qui nécessite le témoignage et la transmission de la foi, ainsi qu’une attention aux vocations. Avec vous, je veux aussi rendre grâce pour tous les missionnaires, hommes et femmes, qui ont permis à votre pays de recevoir la semence de l’Évangile. Qu’ils soient remerciés de l’oeuvre qu’ils ont accomplie et qu’ils continuent d’accomplir avec fidélité, en collaboration avec les pasteurs gabonais.

Ma pensée affectueuse va aux prêtres, dont je salue la générosité dans le ministère. En développant sans cesse leur vie en intimité avec le Christ, ils auront une conscience plus vive de l’exigence de la fidélité aux engagements pris devant Dieu et devant l’Église, notamment pour l’obéissance et la chasteté dans le célibat. Ainsi, ils vivront toujours davantage leur ministère sacerdotal comme un service des fidèles. Qu’ils se rappellent aussi que, dans le ministère, ils font partie d’un presbytérium autour de l’Évêque. Dans la fraternité sacerdotale, confortés par vous qui êtes pour eux un père et un frère, ils trouveront un soutien spirituel; vous pourrez alors réaliser des projets pastoraux communs, qui donneront un nouvel élan à la mission. J’exhorte chaque prêtre à chercher d’abord le bien de l’Église et non des avantages personnels, en conformant sa vie et sa mission au geste du lavement des pieds (cf. Jn Jn 13,1-11). Cet amour vécu dans une perspective de service désintéressé fait naître une joie profonde.

Portez aux prêtres, à toutes les personnes qui collaborent à la vie pastorale, à tous les fidèles et à tous les Gabonais les salutations affectueuses du Pape. En vous confiant à l’intercession de la Vierge Marie, étoile de l’évangélisation, je vous accorde, ainsi qu’à tous vos diocésains, la Bénédiction apostolique.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


À S.E. M. FAUSTO CORDOVEZ CHIRIBOGA,


NOUVEL AMBASSADEUR DE L'ÉQUATEUR


PRÈS LE SAINT-SIÈGE


Samedi 27 octobre 2007


Monsieur l'Ambassadeur,

1. Je suis heureux de recevoir les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d'Equateur près le Saint-Siège. Alors que je vous souhaite une cordiale bienvenue à l'occasion de cet acte solennel, je désire exprimer une fois encore l'affection sincère que je nourris à l'égard de tous les fils et les filles de cette noble nation. Je vous remercie du salut respectueux que vous avez voulu me transmettre de la part du Président constitutionnel, M. Rafael Correa Delgado, ainsi que des expressions cordiales à l'égard de ce Siège apostolique et de ma personne, qui témoignent également des sentiments filiaux du peuple équatorien. Je vous demande donc de lui transmettre courtoisement ma sincère reconnaissance.

2. Au cours de ma visite en Equateur, en tant que Représentant du Pape Jean-Paul II en 1978, j'ai eu la joie de rencontrer un peuple pacifique, simple, accueillant, mais surtout très enraciné dans la foi chrétienne qui, comme vous l'avez souligné dans votre discours, a porté tant de fruits au cours de plusieurs générations. C'est pourquoi je désire évoquer la mémoire de sainte Marianita de Jesús, et de manière particulière celle d'une jeune laïque, la bienheureuse Narcisa de Jesús, tant aimée du peuple des fidèles, qui souhaitent qu'elle soit rapidement canonisée.

Dans leurs saints, les fidèles chrétiens découvrent le fruit mûr d'une foi qui a marqué leur histoire. Il s'agit d'un patrimoine transmis au cours des siècles, et qui, sous diverses expressions de dévotion populaire et d'art, en même temps que les valeurs morales, civiques et sociales, fait partie de leur identité en tant que nation.

3. L'humanité se trouve aujourd'hui face à de nouveaux contextes de liberté et d'espérance, souvent troublés par des situations politiques instables et par les conséquences de structures sociales faibles. En outre, l'interdépendance entre les Etats s'accroît toujours davantage. C'est pourquoi il est nécessaire et urgent de se consacrer à l'édification d'un ordre intérieur et international promouvant la coexistence pacifique, la coopération, le respect des droits de l'homme et la reconnaissance, en premier lieu, de la place centrale de la personne et de sa dignité inviolable.

Dans ce sens, et en pensant aux nombreux Equatoriens qui émigrent dans d'autres pays dans des conditions difficiles, à la recherche d'un avenir meilleur pour eux-mêmes et pour leurs familles, nous ne pouvons pas oublier que "l'amour - caritas - sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il n'y a aucun ordre juste de l'Etat qui puisse rendre superflu le service de l'amour. Celui qui veut s'affranchir de l'amour se prépare à s'affranchir de l'homme en tant qu'homme" (Deus Caritas est ). C'est donc la charité, en tant que don généreux de soi aux autres, qui a engendré et qui continue d'engendrer ce réseau d'oeuvres éducatives, d'assistance, de promotion et de développement, qui font honneur à l'Eglise et à la société équatorienne.

4. L'Eglise catholique, qui "de par sa mission et sa nature, n'est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social" (Gaudium et spes GS 42), offre à travers son ministère pastoral une contribution importante au bien commun du pays. Dans ce but, il est nécessaire de promouvoir et de renforcer le cadre de liberté que les textes constitutionnels et législatifs de l'Equateur lui ont reconnu. C'est pourquoi, il est également souhaitable que le nouvel ordre constitutionnel prenne en considération les garanties les plus larges pour la liberté religieuse des Equatoriens, de manière à ce que la nation puisse compter sur un cadre législatif également conforme au contexte et aux accords internationaux.

5. La liberté d'action de l'Eglise est non seulement un droit inaliénable, mais également la condition primordiale pour qu'elle puisse porter à terme sa mission au sein du peuple, notamment dans des circonstances difficiles. C'est pourquoi, "nous n'avons pas besoin d'un Etat qui régente et domine tout, mais au contraire d'un Etat qui reconnaisse généreusement et qui soutienne, dans la ligne du principe de subsidiarité, les initiatives qui naissent des différentes forces sociales" (Deus Caritas est ).

Cela ne peut d'ailleurs qu'être l'aspiration d'un gouvernement démocratique engagé à promouvoir une culture de respect et d'égalité face à la loi, ainsi qu'un exercice exemplaire de l'autorité, visant à servir le peuple tout entier. Pour tous ces motifs, le gouvernement équatorien a exprimé sa ferme volonté d'assister de manière prioritaire les plus démunis, en s'inspirant de la Doctrine sociale de l'Eglise.

Il est donc souhaitable que les citoyens puissent jouir de tous les droits, en observant les obligations correspondantes, obtenant ainsi de meilleures conditions de vie et un accès plus facile à un logement décent et au travail, à l'éducation et à la santé, dans le plein respect de la vie depuis sa conception jusqu'à son terme naturel.

6. Monsieur l'Ambassadeur, avant de conclure cette rencontre, je désire former mes meilleurs voeux pour le bon déroulement de votre haute mission, afin qu'elle contribue à renforcer les liens traditionnels de dialogue et de coopération entre l'Equateur et le Saint-Siège, en vous demandant de vous faire courtoisement l'interprète de mes sentiments auprès de votre gouvernement et des autres autorités nationales. Dans le même temps, je me souviens dans ma prière du bien-aimé peuple équatorien et j'implore d'abondantes bénédictions du Très-Haut sur l'Equateur, sur vous, sur votre noble famille et sur ses collaborateurs.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX MEMBRES DE CONGRÈS INTERNATIONAL


DES PHARMACIENS CATHOLIQUES


Salle du Consistoire

Lundi 29 octobre 2007




Monsieur le Président,
Chers Amis,

Je suis heureux de vous accueillir, vous les membres de Congrès international des Pharmaciens catholiques, à l’occasion de votre vingt-cinquième Congrès, qui a pour thème: «Les nouvelles frontières de l’acte pharmaceutique». Le développement actuel de l’arsenal médicamenteux et des possibilités thérapeutiques qui en découlent nécessite que les pharmaciens réfléchissent sur les fonctions de plus en plus larges qu’ils sont appelés à avoir, en particulier en tant qu’intermédiaires entre le médecin et le patient; ils ont un rôle éducatif auprès des patients pour un usage juste de la prise médicamenteuse et surtout pour faire connaître les implications éthiques de l’utilisation de certains médicaments. Dans ce domaine, il n’est pas possible d’anesthésier les consciences, par exemple sur les effets de molécules ayant pour but d’éviter la nidation d’un embryon ou d’abréger la vie d’une personne. Le pharmacien doit inviter chacun à un sursaut d’humanité, pour que tout être soit protégé depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, et que les médicaments remplissent véritablement leur rôle thérapeutique. D’autre part, nulle personne ne peut être utilisée, de manière inconsidérée, comme un objet, pour réaliser des expérimentations thérapeutiques; celles-là doivent se dérouler selon des protocoles respectant les normes éthiques fondamentales. Toute démarche de soin ou d’expérimentation doit avoir pour perspective un éventuel mieux-être de la personne, et non seulement la recherche d’avancées scientifiques. La poursuite d’un bien pour l’humanité ne peut se faire au détriment du bien des personnes traitées. Dans le domaine moral, votre Fédération est invitée à affronter la question de l’objection de conscience, qui est un droit qui doit être reconnu à votre profession, vous permettant de ne pas collaborer, directement ou indirectement, à la fourniture de produits ayant pour but des choix clairement immoraux, comme par exemple l’avortement et l’euthanasie.

Il convient aussi que les différentes structures pharmaceutiques, des laboratoires aux centres hospitaliers et aux officines, ainsi que l’ensemble de nos contemporains, avaient le souci de la solidarité dans le domaine thérapeutique, pour permettre un accès aux soins et aux médicaments de première nécessité de toutes les couches de la population et dans tous les pays, notamment pour les personnes les plus pauvres.

En tant que pharmaciens catholiques, puissiez-vous, sous la conduite de l’Esprit saint, puiser dans la vie de foi et dans l’enseignement de l’église les éléments qui vous guideront dans votre démarche professionnelle auprès des malades, qui ont besoin d’un soutien humain et moral pour vivre dans l’espérance et pour trouver des ressorts intérieurs qui les aideront au long des jours. Il vous revient aussi d’aider les jeunes qui rentrent dans les différentes professions pharmaceutiques à réfléchir sur les implications éthiques toujours plus délicates de leurs activités et de leurs décisions. Pour une telle démarche, il importe que se mobilisent et se rassemble l’ensemble des professionnels catholiques de la santé et les personnes de bonne volonté, pour approfondir leur formation non seulement sur le plan technique, mais aussi en ce qui concerne les questions de bioéthique, ainsi que pour proposer de telles formations à l’ensemble de la profession. L’être humain, parce qu’il est image de Dieu, doit toujours être au centre des recherches et des choix en matière biomédicale. De même, le principe naturel du devoir d’apporter des soins au malade est fondamental. Les sciences biomédicales sont au service de l’homme; si tel n’était pas le cas, elles n’auraient qu’un caractère froid et inhumain. Tout savoir scientifique dans le domaine de la santé et toute démarche thérapeutique sont au service de l’homme malade, considéré dans son être intégral, qui doit être un partenaire actif de ses soins et respecté dans son autonomie.

En vous confiant, ainsi que les malades que vous êtes amenés à soigner, à l’intercession de Notre-Dame et de saint Albert le Grand, je vous accorde, ainsi qu’à tous les membres de votre Fédération et à vos familles, la Bénédiction apostolique.

                                                         Novembre 2007

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX PARTICIPANTS


À LA RENCONTRE INTERNATIONALE "FAMILLES NOUVELLES"


DU MOUVEMENT DES FOCOLARI I


Salle Clémentine

Samedi 3 novembre 2007





Chers frères et soeurs!

Bienvenus et merci de votre visite. Vous venez des cinq continents et vous appartenez au Mouvement "Familles nouvelles", né il y a quarante ans dans le cadre du Mouvement des Focolari. Vous représentez donc une branche des Focolari, et vous formez aujourd'hui un réseau de 800.000 familles oeuvrant dans 182 pays, toutes engagées à faire de leur maison un "foyer" qui fasse rayonner dans le monde le témoignage d'une expérience familiale inspirée par l'Evangile. J'adresse à chacun de vous mes salutations les plus cordiales, que j'étends également à tous ceux qui ont voulu vous accompagner au cours de cette rencontre. Je salue de manière particulière vos responsables, qui se sont fait les interprètes des sentiments communs et qui m'ont présenté le style avec lequel oeuvre votre mouvement et les objectifs de celui-ci. Je remercie pour les salutations qui m'ont été transmises de la part de Chiara Lubich à laquelle j'adresse de tout coeur mes meilleurs voeux, en la remerciant afin qu'elle continue, avec sagesse et une ferme adhésion à l'Eglise, à guider la grande famille des Focolari.

Comme on vient de le rappeler, c'est précisément dans le cadre de cette vaste institution de grand mérite que vous vous placez, chers couples d'époux, au service du monde des familles à travers une action pastorale importante et toujours actuelle, orientée dans quatre directions: la spiritualité, l'éducation, la socialisation et la solidarité. En effet, votre travail d'évangélisation est silencieux et profond, et il vise à témoigner de la manière dont seule l'unité familiale, don de Dieu-Amour, peut faire de la famille un véritable nid d'amour, une maison accueillante pour la vie et une école de vertus et de valeurs chrétiennes pour les enfants. Face à un si grand nombre de défis sociaux et économiques, culturels et religieux que la société contemporaine doit affronter partout à travers le monde, votre oeuvre, véritablement providentielle, constitue un signe d'espérance et un encouragement pour les familles chrétiennes à être un "espace" privilégié où l'on proclame dans la vie de tous les jours et malgré toutes les difficultés la beauté de placer en son centre Jésus Christ et de suivre fidèlement son Evangile.

Le thème même de votre rencontre - "Une maison bâtie sur le roc. L'Evangile vécu, une réponse aux problèmes de la famille aujourd'hui" - souligne l'importance de cet itinéraire ascétique et pastoral. Le secret est précisément de vivre l'Evangile! C'est donc à juste titre que, au cours des travaux de l'assemblée de ces derniers jours, outre des interventions qui illustrent la situation où se trouve aujourd'hui la famille dans les différents contextes culturels, vous avez prévu d'approfondir la Parole de Dieu et l'écoute de témoignages qui montrent que l'Esprit Saint agit dans les coeurs et dans l'expérience familiale, même dans des situations complexes et difficiles. Pensons aux hésitations des fiancés face à des choix définitifs pour l'avenir, à la crise des couples, aux séparations et aux divorces, tout comme aux unions irrégulières, aux conditions des veuves, aux familles en difficulté, à l'accueil des mineurs abandonnés. Je souhaite de tout coeur que, également grâce à votre engagement, puissent être définies des stratégies pastorales visant à satisfaire les besoins croissants de la famille contemporaine et les multiples défis face auxquels elle se trouve, afin qu'elle ne manque pas à sa mission particulière dans l'Eglise et dans la société.

A cet égard, dans l'Exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici mon vénéré et bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II rappelait que l'Eglise estime que "le couple et la famille constituent le premier espace pour l'engagement social des fidèles laïcs" (n. 40). Pour réaliser sa vocation, la famille, consciente d'être la cellule primordiale de la société, ne doit pas oublier qu'elle peut puiser des forces à la grâce d'un sacrement, voulu par le Christ pour confirmer l'amour entre l'homme et la femme: un amour entendu comme don de soi, réciproque et profond. Comme l'observa également Jean-Paul II: "La famille reçoit la mission de garder, révéler et communiquer l'amour, reflet vivant et participation réelle de l'amour de Dieu pour l'humanité et de l'amour du Christ Seigneur pour l'Eglise son Epouse" (Familiaris consortio FC 17). Selon le projet divin, la famille est donc un lieu sacré et sanctifiant et l'Eglise, qui est proche d'elle depuis toujours, la soutient dans sa mission encore davantage aujourd'hui, car de très nombreuses menaces la frappent tant de l'intérieur que de l'extérieur. Pour ne pas céder au découragement, l'aide divine est nécessaire; c'est pourquoi il faut que chaque famille chrétienne regarde avec confiance en direction de la Sainte Famille, cette "Eglise domestique" originelle au sein de laquelle "par un mystérieux dessein de Dieu, le Fils de Dieu a vécu caché durant de longues années. Elle est donc le prototype et l'exemple de toutes les familles chrétiennes" (ibid., n. 86).

Chers frères et soeurs, l'humble et sainte Famille de Nazareth, icône et modèle de toute famille humaine, ne vous fera pas manquer son soutien céleste. Mais votre recours constant à la prière, à l'écoute de la Parole de Dieu et à une vie sacramentelle intense sont indispensables, ainsi qu'un effort constant pour vivre le commandement du Christ de l'amour et du pardon. L'amour ne recherche pas son propre intérêt, il ne tient pas compte du mal qui a été reçu, mais il met sa joie dans la vérité. L'amour "excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout" (cf. 1Co 13,5-7). Chers frères et soeurs, poursuivez votre chemin et soyez des témoins de cet Amour, qui vous rendra toujours plus "coeur" et "levain" du Mouvement Familles nouvelles tout entier. Je vous assure de mon souvenir dans la prière, pour chacun de vous, pour vos activités et pour tous ceux que vous rencontrez dans le cadre de votre apostolat et, avec affection, je donne à tous la Bénédiction apostolique.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX MEMBRES DE LA FÉDÉRATION


DES UNIVERSITAIRES CATHOLIQUES ITALIENS (F.U.C.I)


Salle Clémentine

Vendredi 9 novembre 2007

Chers jeunes amis de la FUCI,


J'apprécie tout particulièrement votre visite, que vous accomplissez au terme des célébrations du 110 anniversaire de la naissance de votre Association, la FUCI, la Fédération des universitaires catholiques italiens. J'adresse à chacun de vous mes salutations cordiales, en commençant par les présidents nationaux et par l'Assistant ecclésiastique central, et je les remercie des paroles qu'ils m'ont adressées en votre nom. Je salue Monseigneur Giuseppe Betori, Secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne, et Mgr Domenico Sigalini, Evêque de Palestrina et Assistant ecclésiastique général de l'Action catholique italienne, qui vous ont accompagnés à cette audience et qui témoignent par leur présence du fort enracinement de la FUCI dans l'Eglise qui est en Italie. Je salue les Assistants diocésains et les membres de la fondation FUCI. Je renouvelle à tous et à chacun la reconnaissance de l'Eglise pour le travail que votre association accomplit au sein du monde universitaire au service de l'Evangile.

La FUCI célèbre ses 110 ans: une occasion propice pour regarder le chemin parcouru et les perspectives futures. La sauvegarde de la mémoire historique représente une valeur précieuse parce que, si l'on considère la solidité et la consistance de ses propres racines, on est plus facilement poussé à poursuivre avec enthousiasme l'itinéraire engagé. En cette heureuse circonstance, je reprends volontiers les paroles que vous adressa il y a dix ans mon vénéré et bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II, à l'occasion de votre centenaire: "L'histoire de ces 100 ans - déclara-t-il - confirme que le parcours de la FUCI constitue un chapitre significatif dans la vie de l'Eglise en Italie, en particulier dans ce vaste et multiforme mouvement laïc dont l'Action catholique a été le pilier" (Insegnamenti de Jean-Paul II, XIX, 1 [1996], p. 1110).

Comment ne pas reconnaître que la FUCI a contribué à la formation d'entières générations de chrétiens exemplaires, qui ont su traduire dans leur vie et à travers leur vie l'Evangile, en s'engageant sur le plan culturel, civil, social et ecclésial? Je pense, en premier lieu, aux bienheureux Piergiorgio Frassati et Alberto Marvelli, qui appartiennent à votre génération; je me souviens de personnalités illustres comme Aldo Moro et Vittorio Bachelet, tous deux tués de façon barbare; et je ne peux pas non plus oublier mon vénéré prédécesseur Paul VI, qui fut un attentif et courageux Assistant ecclésiastique central de la FUCI dans les années difficiles du fascisme, ainsi que Mgr Emilio Guano et Mgr Franco Costa. Les dix dernières années ont été en outre caractérisées par le ferme engagement de la FUCI à redécouvrir sa dimension universitaire. Après de nombreux débats et des discussions animées, au milieu des années 90, a été engagée en Italie une réforme radicale du système académique, qui présente désormais une nouvelle physionomie, riche de perspectives prometteuses, avec toutefois des éléments qui suscitent une préoccupation légitime. Pour votre part, tant au cours de vos récents congrès que dans les pages de la revue Ricerca, vous vous êtes constamment préoccupés de la nouvelle configuration des études académiques, des modifications législatives relatives, du thème de la participation des étudiants et des manières dont les dynamiques globales de la communication influent sur la formation et sur la transmission du savoir.

C'est justement dans ce contexte que la FUCI peut exprimer pleinement encore aujourd'hui son charisme ancien et toujours actuel: à savoir le témoignage convaincu de l'"amitié possible" entre l'intelligence et la foi, qui implique l'effort incessant de conjuguer la maturation dans la foi avec la croissance dans l'étude et l'acquisition du savoir scientifique. Dans ce contexte prend une valeur particulière l'expression qui vous tient à coeur: "croire dans les études". En effet, pourquoi estimer que celui qui a la foi devrait renoncer à la libre recherche de la vérité, et que celui qui recherche de manière libre la vérité, devrait renoncer à la foi? Il est en revanche possible, précisément au cours des études universitaires et grâce à celles-ci, de connaître une authentique maturation humaine, scientifique et spirituelle. "Croire dans les études" veut dire reconnaître que les études et la recherche - en particulier pendant les années d'Université - possèdent une force intrinsèque d'élargissement des horizons de l'intelligence humaine, à condition que les études universitaires conservent un caractère exigeant, rigoureux, sérieux, méthodique et progressif. A ces conditions, elles représentent un avantage pour la formation globale de la personne humaine, comme le répétait souvent le bienheureux Giuseppe Tovini, observant qu'à travers les études, les jeunes ne deviendraient jamais pauvres, alors que sans études, ils ne seraient jamais devenus riches.

Les études représentent, dans le même temps, une opportunité providentielle pour avancer sur le chemin de la foi, parce que l'intelligence bien cultivée ouvre le coeur de l'homme à l'écoute de la voix de Dieu, en mettant en évidence l'importance du discernement et de l'humilité. C'est précisément à la valeur de l'humilité que je me référais lors du récent Agorà de Lorette, lorsque j'exhortais les jeunes italiens à ne pas suivre la route de l'orgueil, mais celle d'un sens réaliste de la vie ouvert à la dimension transcendante. Aujourd'hui, comme par le passé, celui qui veut être un disciple du Christ est appelé à aller à contre-courant, à ne pas se laisser attirer par les appels intéressés et insistants qui sont lancés depuis diverses chaires où sont valorisés des comportements inspirés par l'arrogance et la violence, l'abus de pouvoir et la conquête du succès par tous les moyens. On enregistre dans la société actuelle une course parfois frénétique visant à apparaître et à posséder au dépend malheureusement de l'être, et l'Eglise, maître en humanité, ne se lasse pas d'exhorter en particulier les nouvelles générations, auxquelles vous appartenez, à rester vigilantes et à ne pas craindre de choisir des voies "alternatives" que seul le Christ sait indiquer.

Oui, chers amis, Jésus appelle tous ses amis à orienter leur existence selon un mode de vie sobre et solidaire, à tisser des relations affectives sincères et gratuites avec les autres. En ce qui vous concerne, chers jeunes étudiants, il vous demande de vous engager honnêtement dans les études, en cultivant un sens mûr de la responsabilité et un intérêt partagé pour le bien commun. Les années de l'Université sont donc une école de témoignage évangélique convaincu et courageux. Et pour mener à bien cette mission, tentez de cultiver une amitié intime avec le divin Maître, en vous plaçant à l'école de Marie, Siège de la Sagesse. Je vous confie à son intercession maternelle et, tout en vous assurant de mon souvenir dans la prière, je donne de tout coeur à tous, avec affection, une Bénédiction apostolique particulière, que j'étends volontiers à vos familles et aux personnes qui vous sont chères.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX MEMBRES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU PORTUGAL


EN VISITE "AD LIMINA APOSTOLORUM"


Salle du Consistoire

Samedi 10 novembre 2007

Monsieur le Cardinal Patriarche,

Bien-aimés Evêques portugais!

J'éprouve une grande joie à vous recevoir aujourd'hui dans la Maison de Pierre, avec la force de Dieu, solide pilier de ce pont que vous êtes appelés à être et à créer entre l'humanité et son destin suprême, la Très Sainte Trinité. Huit ans après votre dernière visite "ad limina", vous trouvez le visage de Pierre différent, mais pas son coeur ni ses bras qui vous accueillent et vous confirment dans la force de Dieu qui nous soutient et nous rend frères dans le Christ Seigneur: "Que la grâce et la paix vous soient accordées en abondance" (1P 1,2). Avec ces paroles de bienvenue, je salue chacun de vous, en remerciant le Président de la Conférence épiscopale, Mgr Jorge Ortiga, pour le tableau qu'il a tracé de la vie et de la situation de vos diocèses et pour les pieux sentiments qu'il a exprimés au nom de tous et que je restitue avec une vive affection et avec l'assurance de mes prières pour vous et pour ceux qui sont confiés à votre sollicitude pastorale.

Bien-aimés Evêques du Portugal, vous avez franchi la Porte Sainte du Jubilé de l'An 2000 à la tête du pèlerinage de vos diocésains, en les invitant à entrer et à rester dans le Christ comme dans la Maison de leurs désirs les plus profonds et authentiques, c'est-à-dire la Maison de Dieu, et à mesurer jusqu'à quel point ces désirs étaient déjà devenus réalité, c'est-à-dire jusqu'où la vie et la personne de chacun incarnent le Verbe de Dieu, selon l'exemple de la parole de saint Paul, qui disait: "Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi" (Ga 2,20). Le signe concret de cette incarnation est de faire déborder pour les autres la vie du Christ qui jaillit en moi. Car "je ne peux avoir le Christ pour moi seul: je ne peux lui appartenir qu'en union avec tous ceux qui sont devenus ou qui deviendront les siens... Nous devenons "un seul corps", fondus ensemble dans une unique existence" (Deus caritas est ). Ce "corps" du Christ qui embrasse l'humanité de tous les temps et les lieux, c'est l'Eglise. Saint Ambroise a vu sa préfiguration dans cette "terre sainte" indiquée par Dieu à Moïse: "Retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte" (Ex 3,5); et c'est là, ensuite, qu'il lui fut ordonné: "Mais toi, tu te tiendras ici, auprès de moi" (Dt 5,30), un ordre que le saint Evêque de Milan rend actuel pour le fidèle en ces termes: "Tu restes avec moi (avec Dieu) si tu restes dans l'Eglise; reste là où je te suis apparu; là je suis avec toi. Là où se trouve l'Eglise, tu trouves le point de référence le plus stable pour ton esprit; là où je te suis apparu dans le buisson ardent, se trouve le fondement de ton âme. De fait, Je te suis apparu dans l'Eglise, comme par le passé dans le buisson ardent. Tu es le buisson; Je suis le feu; le feu dans le buisson, c'est Moi dans ta chair. C'est pourquoi Je suis le feu; pour t'illuminer, pour détruire tes épines, tes péchés et te montrer ma bienveillance" (Epistolae extra collectionem: Ep 14,41-42). Ces paroles traduisent bien la façon de vivre et l'appel laissés par Dieu aux pèlerins du Grand Jubilé.

En ce moment, je désire rendre grâce avec vous au Christ Seigneur pour la grande miséricorde dont il a fait preuve envers son Eglise en pèlerinage au Portugal pendant la période de l'Année Sainte et au cours des années suivantes, imprégnées par le même esprit jubilaire, qui vous a fait voir, sans crainte, les limites et les manquements qui vous ont laissés sans pain, et convaincus de devoir prendre le chemin du retour vers la Maison du Père, où le pain se trouve en abondance. De fait, on ressent le même climat que celui du Jubilé, qui se poursuit dans de nombreuses initiatives que vous avez entreprises au cours des dernières années: le recensement général de la pratique dominicale, la reprise du chemin synodal fait ou à faire, la convocation dans divers diocèses de la station eucharistique ou de la mission générale selon des modalités nouvelles ou anciennes, la réalisation au niveau national de la rencontre de mouvements et de communautés ecclésiales nouvelles et du congrès de la famille, la volonté de servir l'homme exprimée par l'Eglise et par l'Etat dans un nouveau Concordat, l'acclamation de la sainteté exemplaire dans la personne de nouveaux bienheureux... Au cours de ce long pèlerinage, la confession la plus fréquente sur les lèvres des chrétiens a été le manque de participation à la vie communautaire, en se proposant de trouver de nouvelles formes d'intégration dans la communauté. Le mot d'ordre a été, et continue d'être, d'édifier des chemins de communion. Il est nécessaire de changer le style d'organisation de la communauté ecclésiale portugaise et la mentalité de ses membres pour avoir une Eglise en harmonie avec le Concile Vatican II, dans laquelle soit bien définie la fonction du clergé et du laïcat, en tenant compte du fait que nous ne faisons qu'un, depuis que nous avons été baptisés et intégrés dans la famille des fils de Dieu, et que nous sommes tous coresponsables de la croissance de l'Eglise.

Mes bien-aimés frères, cette ecclésiologie de la communion sur le chemin ouvert par le Concile, par laquelle l'Eglise portugaise se sent particulièrement interpellée dans le sillage du Grand Jubilé, est la route sûre à suivre, sans perdre de vue d'éventuels écueils, comme l'horizontalisme à la source, la démocratisation dans l'attribution des ministères sacramentels, l'assimilation de l'Ordre conféré aux services naissants, le débat sur celui qui est le premier parmi les membres de la communauté (débat inutile dans la mesure où le Seigneur Jésus a déjà décidé qu'il s'agit du dernier). Avec tout cela, je ne veux pas dire que l'on ne doive pas débattre sur le juste ordonnancement au sein de l'Eglise et sur l'attribution des responsabilités: il y aura toujours des déséquilibres, qui exigent des corrections. De telles questions ne peuvent cependant pas nous distraire de la véritable mission de l'Eglise: celle-ci ne doit pas parler en premier lieu d'elle-même, mais de Dieu.

Les éléments essentiels du concept chrétien de "communion" se trouvent dans le texte de la première Lettre de saint Jean: "Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous" (1Jn 1,3). Le point de départ de la communion apparaît là avec évidence: c'est l'union de Dieu avec l'homme, qui est le Christ en personne; la rencontre avec le Christ crée la communion avec Lui et, en Lui, avec le Père dans l'Esprit Saint. Nous voyons ainsi - comme je l'ai écrit dans ma première Encyclique - que "à l'origine du fait d'être chrétien il n'y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation définitive" (Deus caritas est ).

Nous savons que la première rencontre peut revêtir une pluralité de formes, comme le démontrent les innombrables vies de saints (leur présentation fait partie de l'évangélisation, qui doit être accompagnée par des modèles de pensée et de conduite), mais l'initiation chrétienne de la personne passe, normalement, par l'Eglise: l'économie divine du salut a besoin de l'Eglise. En raison du nombre croissant de chrétiens non pratiquants dans vos diocèses, il vaut peut-être la peine de vérifier "l'efficacité des parcours actuels d'initiation, afin que, par l'action éducative de nos communautés, le chrétien soit aidé à mûrir toujours davantage, en parvenant à donner à sa vie une authentique assise eucharistique, de sorte qu'il soit en mesure de rendre raison de son espérance d'une manière adaptée à notre temps" (Exhortation post-synodale Sacramentum caritatis, n. 18).

Bien-aimés Evêques du Portugal, il y a quatre semaines vous vous êtes réunis dans le Sanctuaire de Fatima avec le Cardinal-Secrétaire d'Etat que j'ai envoyé là-bas comme mon Légat spécial à l'occasion de la clôture des célébrations pour le 90 anniversaire des Apparitions de Notre Dame. Il me plaît de penser à Fatima comme à une école de foi dont la Vierge Marie serait comme maîtresse; Elle a élevé là sa chaire pour enseigner aux petits Voyants, et ensuite à la multitude, les vérités éternelles et l'art de prier, de croire, d'aimer. Avec l'humble attitude des élèves qui ont besoin d'apprendre la leçon, confiez chaque jour à cette si éminente Maîtresse et Mère du Christ, chacun de vous et les prêtres qui sont vos proches collaborateurs dans la direction du troupeau, les personnes consacrées, hommes et femmes, qui anticipent le Ciel sur la terre, et les fidèles laïcs qui modèlent la terre à l'image du Ciel. En implorant sur tous, avec la protection de Nossa Senhora de Fátima, la lumière et la force de l'Esprit, je vous donne ma Bénédiction apostolique.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX MEMBRES DES CONFRATERNITÉS ITALIENNES


Place Saint-Pierre

Samedi 10 novembre 2007




Chers frères et soeurs!

Je suis heureux de vous accueillir et je vous salue tous, vous qui représentez idéalement le monde vaste et varié des Confraternités présentes dans chaque région et diocèse d'Italie. Je salue les prélats qui vous accompagnent et en particulier Mgr Armando Brambilla, Evêque auxiliaire de Rome et Délégué de la Conférence épiscopale italienne pour les Confraternités et les Associations, en le remerciant des paroles qu'il m'a adressées en votre nom. Je salue M. Francesco Antonetti, Président de la Confédération qui rassemble les Confraternités italiennes, ainsi que les membres des Conseils de direction et vos Assistants ecclésiastiques. Chers amis, vous êtes réunis sur la Place Saint-Pierre avec vos vêtements caractéristiques, qui rappellent d'antiques traditions chrétiennes bien enracinées dans le Peuple de Dieu. Je vous remercie de votre visite, qui veut être une manifestation cordiale de foi et, dans le même temps, un geste qui exprime un attachement filial au Successeur de Pierre.

Comment ne pas rappeler immédiatement l'importance et l'influence que les Confraternités ont exercées dans les communautés chrétiennes d'Italie dès les premiers siècles du dernier millénaire? Un grand nombre d'entre elles, créées par des personnes pleines de zèle, sont rapidement devenues des rassemblements de fidèles laïcs se consacrant à mettre en lumière divers traits de la religiosité populaire liés à la vie de Jésus Christ, en particulier sa passion, sa mort et sa résurrection; à la dévotion envers la Vierge Marie et les saints, en unissant presque toujours des oeuvres concrètes de miséricorde et de solidarité. Ainsi, dès les origines, vos Confraternités se sont distinguées par leurs formes typiques de piété populaire, auxquelles se joignaient de nombreuses initiatives charitables envers les pauvres, les malades et les personnes qui souffrent, en faisant participer à cette compétition d'aide généreuse de nombreux volontaires de tous les milieux sociaux. On comprend mieux cet esprit de charité fraternelle si l'on tient compte du fait que celles-ci commencèrent à apparaître au cours du moyen-âge, lorsque n'existaient pas encore des formes structurées d'assistance sociale et médicale pour les couches les plus pauvres des collectivités. Une telle situation s'est poursuivie pendant les siècles suivants jusqu'à, pourrions-nous dire, notre époque; alors que, malgré la croissance du bien-être économique, les zones de pauvreté n'ont cependant pas disparu. Et donc, aujourd'hui comme par le passé, il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de la solidarité.

Les Confraternités ne sont pas cependant de simples sociétés d'assistance mutuelle ou bien des associations philanthropiques, mais un ensemble de frères qui, souhaitant vivre l'Evangile avec la conscience d'être une partie vivante de l'Eglise, se proposent de mettre en pratique le commandement de l'amour, qui pousse à ouvrir son coeur aux autres, en particulier à ceux qui se trouvent en difficulté. L'amour évangélique - l'amour pour Dieu et pour les frères - est le signe distinctif et le programme de vie de chaque disciple du Christ comme de chaque communauté ecclésiale. Dans l'Ecriture Sainte, il est clair que l'amour de Dieu est étroitement lié à l'amour pour le prochain (cf. Mc Mc 12,29-31). "La charité - ai-je écrit dans l'Encyclique Deus caritas est - n'est pas pour l'Eglise une sorte d'activité d'assistance sociale qu'on pourrait aussi laisser à d'autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer" (n. 25). Pour communiquer aux frères la tendre providence du Père céleste, il est toutefois nécessaire de puiser à la source, qui est Dieu lui-même, grâce à des arrêts prolongés de prière, à l'écoute permanente de sa Parole et à une existence entièrement centrée sur le Seigneur et nourrie par les Sacrements, en particulier l'Eucharistie.

En cette saison de grands changements que nous traversons, l'Eglise qui est en Italie a également besoin de vous, chers amis, pour faire parvenir l'annonce de l'Evangile de la charité à tous, en parcourant des voies antiques et nouvelles. Enracinées sur le solide fondement de la foi dans le Christ, que vos Confraternités dignes d'éloge, avec la multiplicité singulière de leurs charismes et la vitalité ecclésiale qui les caractérise, continuent donc à diffuser le message du salut parmi le peuple, en oeuvrant sur les multiples frontières de la nouvelle évangélisation! Vous pourrez mener à bien votre importante mission si vous cultivez toujours un amour profond envers le Seigneur et une obéissance docile à vos pasteurs. A ces conditions, en conservant bien fermes les qualités, de l'"évangélicité" et de l'"ecclésialité", vos Confraternités continuerons à être des écoles populaires de foi vécue et des creusets de sainteté; elles pourront continuer à être dans la société "ferment" et "levain" évangélique et contribuer à susciter ce réveil spirituel que nous souhaitons tous.

Chers amis, le domaine dans lequel vous devez travailler est donc vaste et je vous encourage à multiplier les initiatives et les activités de chacune de vos Confraternités. Je vous demande surtout de soigner votre formation spirituelle et de tendre à la sainteté, suivant des exemples d'authentique perfection chrétienne, qui ne manquent pas dans l'histoire de vos Confraternités. Beaucoup de vos confrères, avec courage et une grande foi, se sont distingués, au cours des siècles, comme de sincères et généreux ouvriers de l'Evangile, parfois jusqu'au sacrifice de leur vie. Suivez leurs traces! Aujourd'hui, il est encore davantage nécessaire de cultiver un véritable élan ascétique et missionnaire pour affronter les nombreux défis de l'époque moderne. Que la Sainte Vierge vous protège et vous guide, et que vos saints Patrons vous assistent du Ciel! Avec ces sentiments, je forme pour vous ici présents et pour chaque Confraternité d'Italie le souhait d'un apostolat fécond et, alors que je vous assure de mon souvenir dans la prière, je vous bénis tous avec affection.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX SUPÉRIEURS GÉNÉRAUX DES


SOCIÉTÉS MISSIONNAIRES DE VIE APOSTOLIQUE


Salle du Consistoire

Vendredi 16 novembre 2007




Eminence,
Excellences,
Chers Pères,

C'est une joie particulière pour moi de vous saluer, vous qui êtes les Supérieurs généraux des Sociétés missionnaires de vie apostolique, à l'occasion de la Rencontre organisée par la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples. Votre assemblée, qui réunit les Supérieurs de quinze Sociétés missionnaires de droit pontifical et six de droit diocésain, rend un témoignage éloquent à la vitalité permanente de l'élan missionnaire dans l'Eglise et de l'esprit de communion qui unit vos membres et leurs multiples activités au Successeur de Pierre et à son ministère apostolique universel.

Votre rencontre est aussi un signe concret du rapport historique entre les diverses Sociétés missionnaires de vie apostolique et la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples. Ces jours-ci, vous avez cherché comment élaborer de nouvelles façons de consolider et de renforcer ce rapport privilégié. Comme l'a observé le Concile Vatican II, le mandat du Christ de prêcher l'Evangile à toute la création concerne avant tout et directement le Collège épiscopal, cum et sub Petro (cf. Ad gentes AGD 38). Au sein de l'unité hiérarchique du Corps du Christ, enrichie d'une variété de dons et de charismes répandus par l'Esprit, la communion avec les Successeurs des Apôtres demeure le critère et la garantie de la fécondité spirituelle de l'activité missionnaire. De fait, la communion de l'Eglise dans la foi, l'espérance et la charité, est en soi le signe et l'anticipation de cette unité et de cette paix qui forment le dessein de Dieu dans le Christ pour toute la famille humaine.

Ces dernières décennies, un signe prometteur du renouveau de la conscience missionnaire de l'Eglise a été le désir croissant de nombreux laïcs, hommes et femmes, mariés ou non, de coopérer généreusement à la missio ad gentes. Comme l'a souligné le Concile, l'oeuvre de l'évangélisation est une tâche fondamentale de tout le peuple de Dieu et tous les baptisés sont appelés à la "vive conscience de leur responsabilité pour l'oeuvre de l'évangélisation" (Cf. Ad gentes AGD 36). Bien que certaines Sociétés missionnaires aient eu une longue histoire d'étroite collaboration avec les laïcs, d'autres n'ont développé que récemment des formes d'association laïque pour leur apostolat. Etant donné l'ampleur et l'importance de la contribution apportée par ces associés au travail des diverses Sociétés, les formes spécifiques de leur collaboration devraient naturellement être gouvernées par des statuts spécifiques et des directives claires dans le respect de l'identité canonique propre à chaque institut.

Chers amis, notre rencontre d'aujourd'hui m'offre la belle opportunité de vous exprimer ma gratitude, ainsi qu'à tous les membres de vos Sociétés, passés et actuels, pour les efforts durables accomplis au service de la mission de l'Eglise. Aujourd'hui comme par le passé, les missionnaires continuent de quitter leur famille et leur maison, souvent au prix d'un grand sacrifice, dans le seul but de proclamer la Bonne Nouvelle du Christ et de le servir dans leurs frères et soeurs. Beaucoup, même à notre époque, ont héroïquement confirmé leur prédication en versant leur sang et ont contribué à l'implantation de l'Eglise dans des terres lointaines. Aujourd'hui, des circonstances difficiles ont conduit dans de nombreux cas à la diminution du nombre de jeunes attirés par les sociétés missionnaires, accompagnée d'un déclin de l'influence missionnaire. Malgré cela, comme l'a affirmé avec insistance le Pape Jean-Paul II, la mission ad gentes n'en est encore qu'à ses débuts et le Seigneur nous exhorte tous à nous engager généreusement à son service (cf. Redemptoris missio RMi 1). "La moisson est abondante" (Mt 9,37). Conscient des défis que vous devez affronter, je vous encourage à suivre fidèlement les traces de vos fondateurs et à raviver les charismes et le zèle apostolique que vous avez hérité d'eux, sûrs que le Christ continuera à agir avec vous et à confirmer votre prédication par des signes de sa présence et de sa force (cf. Mc Mc 16,20).

Avec une grande affection, je vous confie, ainsi que les membres et les associés de vos diverses Sociétés, à l'intercession aimante de Marie, Mère de l'Eglise. Je vous accorde volontiers à tous ma Bénédiction apostolique comme gage de sagesse, de force et de paix dans le Seigneur.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX PARTICIPANTS À LA XXII CONFÉRENCE INTERNATIONALE


SUR L'ASSISTANCE AUX PERSONNES ÂGÉES MALADES


ORGANISÉE PAR LE CONSEIL PONTIFICAL POUR


LA PASTORALE DES SERVICES DE LA SANTÉ


Salle Clémentine

Samedi 17 novembre 2007

Messieurs les Cardinaux,

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Mesdames et messieurs,
Chers frères et soeurs,

Je suis heureux de vous rencontrer à l'occasion de ce Congrès international organisé par le Conseil pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé. J'adresse à chacun une salutation cordiale, et en premier lieu au Cardinal Javier Lozano Barragán, avec mes sentiments de gratitude pour les aimables paroles qu'il m'a adressées au nom de tous. Je salue avec lui le Secrétaire et les autres membres du Conseil pontifical, les autorités présentes et ceux qui prennent part à cette rencontre pour réfléchir ensemble sur le thème du soin pastoral des personnes âgées malades. Il s'agit aujourd'hui d'un aspect central dans la pastorale du monde de la santé qui, grâce à l'augmentation de la moyenne d'âge, concerne une population toujours plus nombreuse, porteuse de besoins multiples, mais en même temps, de ressources humaines et spirituelles indéniables.

S'il est vrai que la vie humaine à chacune de ses étapes est digne du plus grand respect, sous certains aspects, elle l'est encore davantage lors qu'elle est marquée par la vieillesse et la maladie. La vieillesse constitue la dernière étape de notre pèlerinage terrestre, qui a des phases distinctes, chacune avec ses lumières et ses ombres. On se demande alors: l'existence d'un être humain qui en arrive à un état aussi précaire à cause de la vieillesse ou de la maladie a-t-elle encore un sens? Pourquoi, lorsque le défi de la maladie se fait aussi dramatique, continuer à défendre la vie, et ne pas plutôt accepter l'euthanasie comme une libération? Est-il possible de vivre la maladie comme une expérience humaine à assumer avec patience et courage?

Celui qui est appelé à accompagner les personnes âgées malades est appelé à affronter ces questions, spécialement lorsqu'il ne semble plus y avoir de possibilité de guérison. La mentalité d'aujourd'hui marquée par l'efficacité, tend souvent à marginaliser ces frères et soeurs souffrants comme s'ils étaient seulement un "poids" et un "problème" pour la société. Qui a le sens de la dignité humaine sait qu'ils doivent au contraire être respectés et soutenus alors qu'ils affrontent les difficultés liées à leur état. Il est même juste de recourir, lorsque cela est nécessaire, à l'utilisation de soins palliatifs, lesquels, même s'ils ne peuvent pas guérir, sont en mesure cependant de soulager les douleurs qui découlent de la maladie. Cependant, à côté des soins cliniques indispensables, il faut toujours montrer une capacité concrète à aimer parce que les malades ont besoin de compréhension, de réconfort, d'un encouragement et d'un accompagnement constant. Les personnes âgées, en particulier, doivent être aidées à parcourir de façon consciente et humaine la dernière phase de leur existence terrestre, pour se préparer sereinement à la mort, qui - nous, chrétiens, le savons -, est le passage dans les bras du Père céleste plein de tendresse et de miséricorde.

Je voudrais ajouter que cette sollicitude pastorale nécessaire envers les personnes âgées malades ne peut pas ne pas impliquer les familles. Il est en général opportun de faire ce qui est possible afin que ce soient les familles elles-mêmes qui les accueillent et qui s'en chargent avec une affection reconnaissante, pour que les personnes âgées malades puissent passer la dernière période de leur vie chez elles et se préparer à la mort dans un climat de chaleur familiale. Même lorsque l'hospitalisation dans un établissement médical devient nécessaire, il est important que soit conservé le lien entre le patient et ceux qui lui sont chers et avec son milieu. Dans les moments les plus difficiles, que le malade, soutenu par les soins pastoraux, soit encouragé à trouver la force d'affronter cette dure épreuve dans la prière et avec le réconfort des sacrements. Qu'il soit entouré de frères dans la foi, disposés à l'écouter et à partager ses sentiments. C'est là en réalité le véritable objectif du soin "pastoral" des personnes âgées spécialement lorsqu'elles sont malades, et plus encore si elles le sont gravement.

A différentes occasions, mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II, qui, notamment pendant sa maladie a offert un témoignage exemplaire de foi et de courage, a exhorté les scientifiques et les médecins à s'engager dans la recherche pour prévenir et soigner les maladies liées au vieillissement, sans jamais céder à la tentation de recourir à des pratiques abrégeant la vie âgée et malade, des pratiques qui se révéleraient être de fait des formes d'euthanasie. Que les scientifiques, les chercheurs, les médecins, les infirmiers, mais aussi les politiciens, les administrateurs et les agents pastoraux n'oublient pas que "la tentation de l'euthanasie apparaît comme l'un des symptômes les plus alarmants de la culture de la mort qui progresse surtout dans la société du bien être" (Evangelium vitae EV 64). La vie de l'homme est un don de Dieu, que nous sommes tous appelés à toujours protéger. Ce devoir concerne aussi les agents de santé, dont la mission spécifique est de se faire "ministres de la vie", dans toutes ses phases, particulièrement celles qui sont marquées par la fragilité liée au handicap. Il faut un engagement général pour que la vie humaine soit respectée non seulement dans les hôpitaux catholiques, mais dans tous les lieux de soins.

Pour les chrétiens, c'est la foi dans le Christ qui éclaire la maladie et la condition de la personne âgée malade, comme tout autre événement et toute phase de l'existence. En mourant sur la croix, Jésus a donné à la souffrance humaine une valeur et une signification transcendantes. Face à la souffrance et à la maladie, les croyants sont invités à ne pas perdre leur sérénité, parce que rien, pas même la mort, ne peut nous séparer de l'amour du Christ. En lui et avec lui, il est possible d'affronter et de surmonter toute épreuve physique et spirituelle, et, justement au moment de la plus grande faiblesse, de faire l'expérience des fruits de la rédemption. Le Seigneur ressuscité se manifeste dans ceux qui croient en lui, comme le Vivant, qui transforme l'existence en donnant aussi un sens salvifique à la maladie et à la mort.

Chers frères et soeurs, en invoquant sur chacun de vous et sur votre travail quotidien la protection maternelle de Marie, Salus infirmorum, et des saints qui ont passé leur vie au service des malades, je vous exhorte à travailler sans relâche à la diffusion de "l'évangile de la vie". Avec de tels sentiments, je vous accorde de tout coeur la Bénédiction apostolique, en l'étendant volontiers à ceux qui vous sont chers, à vos collaborateurs et particulièrement aux personnes âgées malades.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX MEMBRES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU KENYA


EN VISITE "AD LIMINA APOSTOLORUM"


Salle du Consistoire

Lundi 19 novembre 2007

Chers frères Evêques,


C'est avec une grande joie que je vous souhaite la bienvenue, Evêques du Kenya, à l'occasion de votre visite quinquennale sur les tombes des Apôtres Pierre et Paul; une visite qui sert à renforcer les liens d'amour et de communion fraternelle entre nous. Je remercie S.Exc. Mgr Njue des paroles courtoises qu'il m'a adressées en votre nom. Votre sollicitude réciproque, ainsi que pour les personnes qui sont confiées à vos soins, votre amour pour le Seigneur et votre dévotion à l'égard du Successeur de Pierre sont pour moi une source de joie profonde et d'action de grâces.

Chaque Evêque a la responsabilité particulière de créer l'unité de son troupeau, en se rappelant de la prière du Seigneur: "Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi" (Jn 17,21). Unie dans l'unique foi, partageant le même Baptême et croyant dans l'unique Seigneur (cf. Ep Ep 4,5) l'Eglise est une dans le monde entier et, dans le même temps, elle est caractérisée par une riche diversité de traditions et d'expressions culturelles. En Afrique, la couleur et la vivacité avec laquelle les fidèles manifestent leurs sentiments religieux ont ajouté une nouvelle dimension à la riche trame de la culture chrétienne dans le monde et, dans le même temps, le profond attachement de votre peuple aux valeurs traditionnelles associées à la vie familiale peut contribuer à exprimer la foi commune qui se trouve au centre du mystère de l'unité ecclésiale (cf. Ecclesia in Africa, n. 63). Le Christ lui-même est la source et la garantie de notre unité, car il a vaincu toutes les forme de division grâce à sa mort sur la Croix et il nous a réconciliés avec Dieu dans l'unique corps (cf. Ep Ep 2,14). Chers frères, je vous remercie car vous prêchez l'amour du Christ et vous exhortez votre peuple à la tolérance, au respect et à l'amour pour ses frères, pour ses soeurs et pour toutes les personnes. De cette façon, vous exercez le ministère prophétique que le Seigneur a confié à l'Eglise, et en particulier aux Successeurs des Apôtres (cf. Pastores gregis, n. 26).

En effet, ce sont les Evêques qui, en tant que ministres et signes de communion dans le Christ, sont appelés les premiers à rendre manifeste l'unité de son Eglise. La nature collégiale du ministère épiscopal remonte aux Douze apôtres, réunis par le Christ et chargés par lui de proclamer l'Evangile et de faire des disciples de toutes les nations. Les membres du collège épiscopal continuent cette mission de manière telle que "celui qui les écoute écoute le Christ" (Lumen gentium LG 20). Je vous exhorte à poursuivre votre coopération fraternelle dans l'esprit de la communauté des disciples du Christ, unis dans votre amour et dans l'Evangile que vous proclamez. Bien que chacun de vous doive apporter une contribution individuelle à la voix collégiale commune de l'Eglise dans votre pays, il est important d'assurer que cette variété de perspective serve toujours à enrichir l'unité du Corps du Christ, précisément comme l'unité des Douze était approfondie et renforcée par les dons différents des apôtres eux-mêmes. Votre engagement à la coopération sur les questions de nature ecclésiale et sociale sera fécond pour la vie de l'Eglise qui est au Kenya et pour l'efficacité de votre ministère épiscopal.

Dans chaque diocèse, la vivacité et l'harmonie du presbyterium constituent un signe clair de la vitalité de l'Eglise locale. Des structures de consultation et de participation sont nécessaires, mais elles peuvent ne pas être efficaces si un juste esprit est absent.

En tant qu'Evêques, nous devons constamment nous efforcer de créer un sens de communauté chez nos prêtres, unis dans l'amour du Christ et dans leur ministère sacramentel. Aujourd'hui, la vie des prêtres peut être difficile. Ils peuvent se sentir isolés ou seuls et écrasés par leurs responsabilités pastorales. Nous devons, en premier lieu, être proches d'eux et les encourager à rester solidement enracinés dans la prière, car seul celui qui est nourri est, à son tour, en mesure de nourrir les autres. Qu'ils se désaltèrent abondamment aux sources de l'Ecriture Sainte et à la célébration quotidienne et respectueuse de la Très Sainte Eucharistie! Qu'ils se consacrent avec générosité à la prière de la Liturgie des Heures, une prière "en communion avec les orants de tous les siècles, une prière en communion avec Jésus Christ" (Discours aux prêtres et aux diacres permanents de Bavière, 14 septembre 2006)! En priant de cette manière, ils incluent les autres et ils représentent ceux qui peuvent ne pas avoir le temps, les énergies ou la capacité de prier. De cette façon, la force de la prière, la présence de Jésus Christ, renouvelle leur sacerdoce et se répand dans le monde (ibid.). Aidez vos prêtres à être davantage solidaires entre eux, avec leur peuple et avec vous, en tant que vos collaborateurs consacrés! Le dialogue et la proximité respectueuse entre Evêques et prêtres n'édifient pas seulement l'Eglise locale, mais également la communauté tout entière. En effet, l'unité visible entre les responsables peut constituer un antidote puissant contre la division au sein de la plus vaste famille du peuple de Dieu.

Les éléments fondamentaux d'unité d'une communauté sont l'institution du mariage et la vie familiale, que les populations africaines apprécient de manière particulière. L'amour pieux des couples mariés chrétiens est une bénédiction pour votre pays, dans la mesure où il exprime de manière sacramentelle l'alliance indissoluble entre le Christ et son Eglise. Ce trésor précieux doit être conservé à tout prix. Trop souvent les maux qui troublent certains secteurs de la société africaine, comme la promiscuité, la polygamie et la diffusion des maladies sexuellement transmissibles, peuvent être directement liés à des notions confuses de mariage et de vie familiale. C'est pour cette raison qu'il est important d'assister les parents dans la façon d'enseigner aux enfants comment vivre chrétiennement le mariage, conçu comme une union indissoluble entre un homme et une femme, essentiellement égaux dans leur humanité (cf. Ecclesia in Africa, n. 82) et ouverts à la naissance d'une vie nouvelle.

Bien que cette idée de famille chrétienne trouve un vaste écho en Afrique, un motif de grande préoccupation est dû au fait que la culture séculière mondialisée exerce une influence toujours plus grande sur les communautés locales, en conséquence de campagnes lancées par des agences qui promeuvent l'interruption de grossesse.

Cette destruction directe de vies humaines innocentes ne peut être justifiée en aucun cas, aussi difficiles que soient les circonstances qui conduisent à franchir un pas aussi grave. Lorsque vous prêchez l'Evangile de la vie, rappelez à votre peuple que le droit à la vie de chaque être humain innocent, né ou à naître, est absolu et valable pour toutes les personnes sans aucune exception. Cette égalité "est la base de tous les rapports sociaux authentiques qui, pour être vraiment tels, ne peuvent pas ne pas être fondés sur la vérité et la justice" (Evangelium vitae EV 57). La communauté catholique doit offrir un soutien aux femmes qui trouvent des difficultés à accepter un enfant, en particulier lorsqu'elles sont loin de leurs familles et de leurs amis. La communauté devrait également être ouverte à l'accueil de ceux qui se repentent d'avoir participé au grave péché de l'avortement et devrait les conduire avec charité pastorale à accepter la grâce du pardon, la nécessité de la pénitence et la joie de pouvoir entrer encore une fois dans la vie nouvelle du Christ.

L'Eglise qui est au Kenya est connue pour la contribution précieuse qu'elle apporte à travers ses institutions pédagogiques, transmettant à des générations de jeunes de sains principes éthiques et les préparant à l'engagement pour un dialogue pacifique et respectueux avec les membres d'autres groupes sociaux ou religieux. A une époque où la mentalité sécularisée et relativiste s'affirme toujours davantage à travers des instruments uniques de communication sociale, il est plus que jamais fondamental que vous continuiez à promouvoir la qualité et l'identité catholique de vos écoles, de vos universités et des séminaires. Prenez les mesures nécessaires pour affirmer et définir leur statut institutionnel. La société tire un grand bénéfice de catholiques instruits qui connaissent et mettent en pratique la doctrine sociale de l'Eglise. Aujourd'hui, on a particulièrement besoin de professionnels bien formés et de personnes intègres dans le domaine de la médecine, dont les progrès technologiques continuent à soulever de graves questions morales. De même, le dialogue oecuménique et interreligieux présente d'importants défis qui ne peuvent être affrontés de manière appropriée que grâce à une saine catéchèse fondée sur les principes de la doctrine catholique, telle qu'elle est exposée dans le Catéchisme de l'Eglise catholique. Je sais que vous continuerez à veiller sur la qualité et sur le contenu de l'enseignement qui est offert aux jeunes dans les Instituts catholiques, de manière à ce que la lumière de la vérité du Christ puisse resplendir de façon toujours plus lumineuse sur la terre et sur le peuple du Kenya.

Mes chers frères Evêques, alors que vous conduisez votre peuple à cette unité pour laquelle le Christ a prié, faites-le avec un amour ardent et une ferme autorité, avec une patience inlassable et le souci d'instruire (cf. 2Tm 4,2).

Je vous prie de transmettre mes salutations affectueuses et mon encouragement dans la prière à votre peuple bien-aimé et à tous ceux qui oeuvrent au service de l'Eglise, à travers la prière ou dans les paroisses et dans les postes de mission, dans le monde de l'éducation, des activités humanitaires et de l'assistance médicale. Je donne de tout coeur ma Bénédiction apostolique à chacun de vous et à ceux qui sont confiés à votre sollicitude pastorale.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX PARTICIPANTS À LA 34 SESSION


DE LA CONFÉRENCE GÉNÉRALE


DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES


POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE (FAO)


Salle Clémentine

Jeudi 22 novembre 2007


Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir au Vatican alors que vous vous réunissez pour la 34 conférence de l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture. Notre rencontre d'aujourd'hui appartient à une tradition qui remonte à l'époque où votre Organisation établit son siège à Rome. Je suis heureux d'avoir une nouvelle occasion d'exprimer mon appréciation pour votre oeuvre visant à éliminer le fléau de la faim dans le monde.

Comme vous le savez, le Saint-Siège a toujours nourri un profond intérêt envers tout effort accompli pour libérer la famille humaine de la famine et de la malnutrition, conscient que, pour résoudre ces problèmes, il faut nécessairement un extraordinaire dévouement et une formation technique hautement spécialisée, mais surtout un esprit authentique de coopération qui unisse tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté.

Ce noble objectif requiert une reconnaissance stable de la dignité intrinsèque de la personne humaine à toutes les étapes de la vie. Toutes les formes de discrimination et, en particulier, celles qui entravent le développement agricole, doivent être réfutées car elles constituent une violation du droit fondamental de chaque personne à être "libérée de la faim". Ces convictions sont, de fait, requises par la nature même de votre action en faveur du bien commun de l'humanité, comme l'exprime de façon éloquente votre devise, fiat panis, des mots qui sont aussi au centre de l'Evangile que l'Eglise est appelée à annoncer.

Les données recueillies grâce à votre recherche et l'ampleur de vos programmes pour soutenir l'effort mondial en vue de développer les ressources naturelles du monde révèlent clairement un des paradoxes les plus inquiétants de notre temps: l'irréfrénable diffusion de la pauvreté dans un monde qui connaît une prospérité sans précédent, non seulement dans le domaine économique, mais aussi dans les secteurs de la science et de la technologie qui se développent si rapidement.

Les obstacles le long du chemin qui conduit vers le dépassement de cette situation tragique peuvent parfois être décourageants. Conflits armés, épidémies, conditions atmosphériques et environnementales hostiles, exode massif et forcé de populations: tous ces obstacles devraient constituer une motivation pour redoubler les efforts afin que toute personne reçoivent son pain quotidien. Pour sa part, l'Eglise est convaincue que l'exigence de solutions techniques plus efficaces dans un monde en mutation et en expansion constantes requiert des programmes clairvoyants qui incarnent des valeurs durables et enracinées dans la dignité inaliénable et dans les droits de la personne humaine.

La FAO continue de jouer un rôle essentiel pour soulager la faim dans le monde, en rappelant à la communauté internationale le besoin urgent de mettre constamment à jour des méthodes et d'élaborer des stratégies pour affronter les défis actuels. J'exprime ma satisfaction pour les efforts généreux accomplis à ce propos par tous ceux qui sont associés à votre Organisation. Le Saint-Siège a suivi attentivement les activités de la FAO au cours des 60 dernières années et il a confiance dans le fait qu'aux résultats significatifs déjà obtenus viendront s'en ajouter d'autres. La FAO a été l'une des premières Organisations internationales avec laquelle le Saint-Siège a instauré des relations diplomatiques régulières. Le 23 novembre 1948, au cours de la IV Session de votre Conférence, le Saint-Siège a obtenu le statut unique d'"Observateur permanent" qui lui garantit le droit de participer aux activités des diverses sections et agences affiliées à la FAO, conformément à la mission morale et religieuse de l'Eglise.

L'effort conjoint de la communauté internationale pour éliminer la malnutrition et pour promouvoir un développement authentique exige nécessairement des structures limpides de gestion et de supervision et une évaluation réaliste des ressources nécessaires pour affronter une vaste gamme de situations différentes. Cela requiert la contribution de chaque membre de la société, c'est-à-dire des individus, des organisations de volontariat, des organisations financières et des gouvernements locaux et nationaux, toujours avec l'égard dû aux principes éthiques et moraux qui sont le patrimoine commun de tous et la base de toute la vie sociale. La Communauté internationale doit toujours se prévaloir de ce trésor de valeurs communes, car on ne peut poursuivre un développement authentique et durable que dans un esprit de coopération et une volonté de partage des ressources techniques et professionnelles.

En effet, aujourd'hui plus que jamais, la famille humaine a besoin de trouver des instruments et des stratégies capables de surmonter les conflits engendrés par les différences sociales, les rivalités ethniques et par l'importante disparité entre les niveaux de développement économique. L'humanité est assoiffée de paix authentique et durable, une paix qui ne peut naître que si les individus, les groupes à chaque niveau et les responsables gouvernementaux cultivent des comportements de ferme responsabilité et enracinés dans les principes fondamentaux de la justice. Il est donc essentiel que les sociétés consacrent leurs énergies à former d'authentiques artisans de paix: c'est une tâche qui revient en particulier à des organisations comme la vôtre, qui ne peuvent que reconnaître comme fondement d'une justice authentique la destination universelle des biens de la création.

La religion, en tant que puissante force spirituelle de guérison des blessures des conflits et des divisions, a une contribution spécifique à apporter à cet égard, en particulier en formant les esprits et les coeurs selon l'idée de la personne humaine.

Mesdames et Messieurs, le progrès technique, aussi important soit-il, n'est pas tout. Ce progrès doit s'inscrire dans le contexte plus large du bien intégral de la personne humaine. Il doit toujours se nourrir du patrimoine commun des valeurs qui peuvent inspirer des initiatives concrètes visant à une répartition plus équitable des biens spirituels et matériels. Comme je l'ai écrit dans mon Encyclique Deus caritas est: "Celui qui peut aider, reconnaît que c'est justement de cette manière qu'il est aidé lui-aussi. Le fait de pouvoir aider n'est ni son mérite ni un titre d'orgueil" (n. 35). Ce principe trouve une application particulière dans le monde de l'agriculture où l'oeuvre de ceux qui sont souvent considérés comme les membres les plus humbles de la société doit être reconnue et appréciée.

L'activité extraordinaire de la FAO pour le développement et la sécurité alimentaire fait clairement ressortir la relation entre la diffusion de la pauvreté et la négation des droits fondamentaux de l'homme, à commencer par le droit fondamental à une alimentation juste. La paix, la prospérité et le respect des droits de l'homme sont inséparables. Le moment est venu de garantir, pour le bien de la paix, qu'aucun homme, ni femme, ni enfant n'ait jamais faim!

Chers amis, en renouvelant mon estime pour votre oeuvre, je vous assure de mes prières pour que Dieu Tout-Puissant éclaire et guide vos réflexions et que l'activité de la FAO satisfasse toujours plus pleinement le désir ardent de solidarité, de justice et de paix de la famille humaine.

BENOÎT XVI


ANGELUS


Parvis de la Basilique Vaticane

Solennité du Christ Roi de l'univers

Dimanche 25 novembre 2007




Mardi prochain, à Annapolis, aux Etats-Unis, Israéliens et Palestiniens, avec l'aide de la Communauté internationale, entendent relancer le processus de négociations pour trouver une solution juste et définitive au conflit qui depuis soixante ans ensanglante la Terre Sainte, et qui a provoqué tant de larmes et de souffrances au sein de ces deux peuples. Je vous demande de vous unir à la Journée de prière d'aujourd'hui lancée par la Conférence épiscopale des Etats-Unis d'Amérique pour implorer de l'Esprit de Dieu la paix pour cette région qui nous est si chère, et les dons de la sagesse et du courage pour tous les acteurs de cette rencontre importante.

A l'issue de la célébration solennelle de ce jour, je souhaite adresser une salutation cordiale à toutes les personnes présentes, y compris toutes celles qui sont restées à l'extérieur de la Basilique. Je suis particulièrement reconnaissant aux fidèles venus de loin pour accompagner les nouveaux Cardinaux et participer à cet événement, qui manifeste de manière unique l'unité et l'universalité de l'Eglise catholique. Je renouvelle ma pensée déférente aux autorités civiles.

Je salue cordialement les pèlerins francophones, particulièrement les personnes venues accompagner les nouveaux Cardinaux qui, en ce jour où nous célébrons le Christ Roi de l'univers, ont reçu une responsabilité plus grande au service de l'Eglise. Avec eux, demandons au Christ d'établir son règne sur le monde et de fortifier notre espérance.

Nous nous préparons maintenant à réciter, comme d'habitude, la prière de l'Angelus. Dans des occasions comme celle-ci, nous ressentons encore plus vivement la présence spirituelle de la Très Sainte Vierge Marie. Comme au Cénacle de Jérusalem, Elle est aujourd'hui au milieu de nous et nous accompagne dans cette étape du chemin ecclésial. Nous voulons confier à la Vierge les nouveaux membres du Collège cardinalice afin qu'elle obtienne pour chacun d'eux, comme pour tous les ministres de l'Eglise, de toujours imiter le Christ dans le service généreux de Dieu et de son Peuple, pour participer à sa royauté glorieuse.

CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE AVEC LES NOUVEAUX CARDINAUX


ET REMISE DE L'ANNEAU CARDINALICE


HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI


Basilique Vaticane

Solennité du Christ Roi de l'univers

Dimanche 25 novembre 2007






Messieurs les Cardinaux,
vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Mesdames et messieurs,
chers frères et soeurs!

Cette année la solennité du Christ Roi de l'univers, couronnement de l'année liturgique, est enrichie par l'accueil dans le Collège cardinalice de 23 nouveaux membres que j'ai invités, selon la tradition, à concélébrer l'Eucharistie avec moi. A chacun d'eux j'adresse mes salutations cordiales, les étendant avec une affection fraternelle à tous les Cardinaux présents. Par ailleurs, je suis heureux de saluer les délégations venues de différents pays et le Corps diplomatique près le Saint-Siège, les nombreux Evêques et prêtres, les religieux et les religieuses, et tous les fidèles, en particulier ceux qui proviennent des diocèses confiés à la direction pastorale de certains des nouveaux Cardinaux.

La fête liturgique du Christ Roi offre à notre célébration un fond très significatif, défini et illuminé par les lectures bibliques. Nous nous trouvons comme face à une fresque imposante composée de trois grandes scènes: au centre, la Crucifixion, selon le récit de l'évangéliste Luc; avec d'un côté, l'onction royale de David par les anciens d'Israël; de l'autre, l'hymne christologique par laquelle saint Paul introduit la Lettre aux Colossiens. La figure du Christ domine l'ensemble, l'unique Seigneur devant lequel nous sommes tous frères. Toute la hiérarchie de l'Eglise, chaque charisme et ministère, tout et tous, nous sommes au service de sa grandeur.

Nous devons partir de l'événement central: la Croix. Le Christ manifeste ici sa royauté singulière. Sur le Calvaire, deux attitudes opposées sont confrontées. Plusieurs personnages au pied de la croix, ainsi que l'un des deux larrons, s'adressent avec mépris au Crucifié: Si tu es le Christ, le Roi Messie - disent-ils -, sauve-toi toi-même et descends de la potence. Jésus, en revanche, révèle sa gloire en demeurant là, sur la Croix, comme Agneau immolé. D'une manière inattendue, l'autre larron se range de son côté et confesse implicitement la royauté du juste innocent et implore: "Souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume" (Lc 23,42). Saint Cyrille d'Alexandrie commente: "Tu le vois crucifié et tu l'appelles roi. Tu crois que celui qui supporte les railleries et la souffrance parviendra à la gloire divine" (Commentaire de Luc, homélie 153). Selon l'évangéliste Jean, la gloire divine est déjà présente, bien que cachée et défigurée par la la croix. Mais dans le langage de Luc aussi le futur est anticipé dans le présent quand Jésus promet au bon larron: "Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis" (Lc 23,43). Saint Ambroise observe: "Celui-là priait pour que le Seigneur se rappelât de lui, une fois entré dans son Royaume, mais le Seigneur lui répondit: en vérité, en vérité je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. La vie consiste à demeurer avec le Christ, car là où est le Christ, là est le Royaume" (Démonstration de l'Evangile selon Lc 10,121). L'accusation: "Celui-là est le roi des Juifs", inscrite sur un écriteau cloué au-dessus de la tête de Jésus, devient ainsi la proclamation de la vérité. Saint Ambroise fait encore remarquer: "A juste titre l'inscription se trouve au-dessus de la croix, car bien que le Seigneur fût en croix, toutefois il resplendissait du haut de la croix avec une majesté royale" (ibid., 10, 113).

Dans les quatre Evangiles, la scène de la crucifixion constitue le moment de la vérité, lorsque le "voile du temple" se déchire et qu'apparaît le Saint des Saints. En Jésus crucifié advient la plus haute révélation possible de Dieu en ce monde, car Dieu est amour et la mort sur la croix de Jésus est le plus grand acte d'amour de toute l'histoire. Or, sur l'anneau cardinalice, que je remettrai d'ici peu aux nouveaux membres du sacré Collège, la crucifixion est précisément représentée. Ceci, chers Frères nouveaux Cardinaux, sera toujours pour vous une invitation à vous souvenir de quel Roi vous êtes les serviteurs, sur quel trône il a été élevé et de la façon dont il a été fidèle jusqu'à la fin pour vaincre le péché et la mort par la force de la miséricorde divine. Notre mère l'Eglise, épouse du Christ, vous donne ce signe en mémoire de son Epoux, qui l'a aimée et qui s'est livré lui-même pour elle (cf. Ep Ep 5,25). Ainsi, en portant l'anneau cardinalice, vous êtes constamment invités à vous souvenir de donner votre vie pour l'Eglise.

Si nous tournons maintenant notre regard vers la scène de l'onction royale de David, présentée par la première lecture, nous sommes frappés par un aspect important de la royauté, à savoir sa dimension "corporative". Les anciens d'Israël vont à Hébron, scellent un pacte d'alliance avec David, en déclarant se considérer unis à lui et ne vouloir former qu'un avec lui. Si nous rapportons cette figure au Christ, il me semble que cette même profession d'alliance se prête très bien à être faite par vous précisément, chers Frères Cardinaux. Vous aussi, qui formez le "sénat" de l'Eglise, vous pouvez dire à Jésus: "Nous sommes de tes os et de ta chair" (2S 5,1). Nous T'appartenons et nous ne voulons former qu'un avec Toi. Tu es le berger du Peuple de Dieu, Tu es le chef de l'Eglise (cf. 2S 5,2). Au cours de cette célébration eucharistique solennelle, nous voulons renouveler notre pacte avec Toi, notre amitié, car ce n'est que dans cette relation intime et profonde avec Toi, Jésus notre Roi et Seigneur, que la dignité qui nous a été conférée et la responsabilité qu'elle comporte prennent leur sens et leur valeur.

Il nous reste maintenant à admirer la troisième partie du "triptyque" devant lequel nous place la Parole de Dieu: l'hymne christologique de la Lettre aux Colossiens. Avant tout, faisons nôtre le sentiment de joie et de gratitude d'où elle jaillit, pour le fait que le royaume du Christ, le "sort des saints dans la lumière", n'est pas quelque chose de simplement entrevu de loin, mais la réalité dont nous sommes appelés à faire partie, dans laquelle nous avons été "transférés" grâce à l'oeuvre rédemptrice du Fils de Dieu (cf. Col Col 1,12-14). Cette action de grâce ouvre l'esprit de saint Paul à la contemplation du Christ et de son mystère dans ses deux dimensions principales: la création de toutes les choses et leur réconciliation. Pour le premier aspect, la grandeur du Christ consiste dans le fait que "c'est en lui qu'ont été créées toutes choses... et pour lui.... et tout subsiste en lui" (Col 1,16). La seconde dimension est centrée sur le mystère pascal: par la mort du Fils sur la croix, Dieu s'est réconcilié toute créature, il a fait la paix entre le ciel et la terre; en le ressuscitant d'entre les morts, il en a fait la prémice de la nouvelle création, "plénitude" de toute réalité et "tête du corps" mystique qu'est l'Eglise (cf. Col Col 1,18-20). Nous sommes à nouveau devant la croix, événement central du mystère du Christ. Dans la vision paulinienne, la croix est encadrée à l'intérieur de l'ensemble de l'économie du salut, où la royauté de Jésus se déploie dans toute son ampleur cosmique.

Ce texte de l'Apôtre exprime une synthèse de vérité et de foi si puissante que nous ne pouvons pas ne pas être profondément admiratifs. L'Eglise est dépositaire du mystère du Christ: elle l'est en toute humilité et sans ombre d'orgueil ou d'arrogance, car il s'agit du don le plus élevé qu'elle a reçu sans aucun mérite et qu'elle est appelée à offrir gratuitement à l'humanité de chaque époque, comme horizon de sens et de salut. Ce n'est pas une philosophie, ce n'est pas une gnose, bien qu'elle comprenne aussi la sagesse et la connaissance. C'est le mystère du Christ; c'est le Christ lui-même, le Logos incarné, mort et ressuscité, constitué Roi de l'univers. Comment ne pas éprouver un élan d'enthousiasme rempli de gratitude pour avoir été admis à contempler la splendeur de cette révélation? Comment ne pas ressentir en même temps la joie et la responsabilité de servir ce Roi, de témoigner de sa grandeur par la vie et par la parole? Tel est, de façon particulière, notre devoir, vénérés Frères Cardinaux: annoncer au monde la vérité du Christ, espérance pour chaque homme et pour la famille humaine tout entière. Dans le sillage du Concile oecuménique Vatican II, mes vénérés prédécesseurs, les Serviteurs de Dieu Paul VI, Jean-Paul I et Jean-Paul II, ont été d'authentiques hérauts de la royauté du Christ dans le monde contemporain. C'est pour moi un motif de consolation de toujours pouvoir compter sur vous, aussi bien collégialement qu'individuellement, pour mener à bien moi aussi cette tâche fondamentale du ministère pétrinien.

En conclusion, étroitement lié à cette mission, se trouve un aspect que je voudrais aborder et confier à votre prière: la paix entre tous les disciples du Christ, comme signe de la paix que Jésus est venu instaurer dans le monde. Nous avons écouté dans l'hymne christologique la grande nouvelle: il a plu à Dieu de "réconcilier" l'univers par la croix du Christ (cf. Col Col 1,20)! Eh bien, l'Eglise est cette portion d'humanité où se manifeste déjà la royauté du Christ, dont la paix est la manifestation privilégiée. C'est la Jérusalem nouvelle, encore imparfaite car pèlerine dans l'histoire, mais en mesure d'anticiper, en quelque sorte, la Jérusalem céleste. Ici, nous pouvons enfin nous référer au texte du Psaume responsorial, le Psaume 121: il fait partie de ce qu'on appelle les "chants des ascensions" et c'est l'hymne de joie des pèlerins qui, montant vers la cité sainte et qui arrivés à ses portes, lui adressent le salut de paix: shalom! Selon une étymologie populaire, Jérusalem était interprétée comme la "cité de la paix", cette paix que le Messie, fils de David, aurait instauré dans la plénitude des temps. En Jérusalem, nous reconnaissons la figure de l'Eglise, sacrement du Christ et de son Royaume.

Chers Frères Cardinaux, ce Psaume exprime bien le chant d'amour ardent pour l'Eglise que vous portez assurément dans votre coeur. Vous avez consacré votre vie au service de l'Eglise et vous êtes désormais appelés à assumer en elle une tâche d'une plus haute responsabilité. Les paroles du Psaume trouvent en vous une pleine adhésion: "Appelez la paix sur Jérusalem" (v. 6). Que la prière pour la paix et l'unité constitue votre première et principale mission, afin que l'Eglise soit "ferme et compacte" (v. 3), signe et instrument d'unité pour tout le genre humain (cf. Lumen gentium LG 1). Je place, plus encore, nous plaçons tous ensemble votre mission sous la protection vigilante de la Mère de l'Eglise, la Très Sainte Vierge Marie. C'est à Elle, unie à son Fils sur le Calvaire et élevée comme Reine à sa droite dans la gloire, que nous confions les nouveaux Cardinaux, le Collège cardinalice et la communauté catholique tout entière qui s'efforce de semer dans les sillons de l'histoire le Royaume du Christ, Seigneur de la vie et Prince de la paix.

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI


Basilique Vaticane

Samedi 24 novembre 2007




Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et soeurs!

Dans cette Basilique vaticane, coeur du monde chrétien, se renouvelle aujourd'hui un événement ecclésial significatif et solennel: le Consistoire ordinaire public pour la création de 23 nouveaux Cardinaux, avec l'imposition de la barrette et l'assignation du titre. C'est un événement qui suscite à chaque fois une émotion particulière, et pas seulement chez ceux qui, à travers ces rites, sont admis à faire partie du Collège cardinalice, mais dans toute l'Eglise, heureuse de ce signe éloquent de l'unité catholique. Dans sa structure, la cérémonie elle-même met en évidence la valeur de la tâche que les nouveaux Cardinaux sont appelés à accomplir en collaborant étroitement avec le Successeur de Pierre, et elle invite le peuple de Dieu à prier afin que, dans leur service, ces frères restent toujours fidèles au Christ, jusqu'au sacrifice de la vie si nécessaire, et qu'ils se laissent guider uniquement par son Evangile. Nous nous rassemblons donc avec foi autour d'eux et nous élevons avant tout vers le Seigneur notre prière d'action de grâce.

Chers frères, dans ce climat de joie et d'intense spiritualité, je salue avec affection chacun de vous, qui à partir d'aujourd'hui êtes membres du Collège cardinalice, choisis pour être, selon une antique institution, les plus proches conseillers et collaborateurs du Successeur de Pierre dans la direction de l'Eglise. Je salue et je remercie Mgr Leonardo Sandri, qui m'a adressé en votre nom des paroles courtoises et respectueuses, soulignant dans le même temps la signification et l'importance du moment ecclésial que nous vivons. Je désire, en outre, adresser une juste pensée au regretté Mgr Ignacy Jez, que le Dieu de toute grâce a rappelé à lui juste avant sa nomination, pour lui offrir une toute autre couronne: celle de la gloire éternelle dans le Christ. Mon salut cordial s'adresse ensuite aux Cardinaux présents et également à ceux qui n'ont pas pu être physiquement avec nous, mais qui sont unis à nous en esprit. La célébration du Consistoire est toujours une occasion providentielle pour offrir urbi et orbi, à la ville de Rome et au monde entier, le témoignage de cette singulière unité qui rassemble les Cardinaux autour du pape, Evêque de Rome. En une circonstance aussi solennelle, j'ai également à coeur d'adresser un salut respectueux et déférent aux Représentations gouvernementales et aux personnalités venues ici de toutes les parties du monde, ainsi qu'aux familles, aux amis, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et aux fidèles de chaque Eglise locale dont proviennent les nouveaux Cardinaux. Enfin, je salue tous ceux qui se sont rassemblés ici pour les entourer et leur exprimer leur estime et leur affection avec une joie chaleureuse.

Chers frères, la célébration d'aujourd'hui vous insère de plein droit dans la vénérable Eglise de Rome, dont le Successeur de Pierre est le Pasteur. Dans le Collège des Cardinaux revit ainsi l'antique presbyterium de l'Evêque de Rome, dont les membres, alors qu'ils exerçaient des fonctions pastorales et liturgiques dans les différentes églises, ne lui faisaient pas manquer leur précieuse collaboration en ce qui concerne l'accomplissement des devoirs liés à son ministère apostolique universel. Les temps ont changé et la grande famille des disciples du Christ est aujourd'hui présente sur chaque continent jusqu'aux lieux les plus reculés de la terre, elle parle pratiquement toute les langues du monde et des peuples de chaque culture lui appartiennent. La diversité des membres du Collège cardinalice, que ce soit en raison de leur origine géographique ou culturelle, met en relief cette croissance providentielle et souligne dans le même temps les exigences pastorales différentes auxquelles le Pape doit répondre. L'universalité, la catholicité de l'Eglise se reflète donc bien dans la composition du Collège des Cardinaux: un grand nombre d'entre eux sont pasteurs de communautés diocésaines, d'autres sont au service direct du Siège apostolique, et d'autres encore ont rendu des services méritoires dans des domaines pastoraux spécifiques.

Chers et vénérés frères qui venez d'être créés Cardinaux, chacun de vous représente donc une partie du Corps mystique articulé du Christ, qui est l'Eglise présente en chaque lieu. Je sais combien de fatigue et de sacrifice comporte aujourd'hui le soin des âmes, mais je connais la générosité qui soutient votre activité apostolique quotidienne. C'est pourquoi, en la circonstance que nous vivons, j'ai à coeur de vous réaffirmer ma sincère appréciation pour le service que vous avez fidèlement prêté au cours de tant d'années de travail dans les différents milieux du ministère ecclésial, un service qu'à présent, avec l'élévation au cardinalat, vous êtes appelés à accomplir avec une plus grande responsabilité encore, en étroite communion avec l'Evêque de Rome. Je pense à présent avec affection aux communautés confiées à vos soins et, de manière particulière, à celles qui sont le plus éprouvées par la souffrance, par les défis et les difficultés de toutes sortes. Parmi celles-ci, comment ne pas tourner le regard avec appréhension et affection, en ce moment de joie, vers les chères communautés qui se trouvent en Irak? Ces frères et soeurs dans la foi font l'expérience dans leur chair des conséquences dramatiques d'un conflit persistant et elles vivent à présent dans une situation politique plus que jamais fragile et délicate. En appelant à faire partie du Collège des Cardinaux le Patriarche de l'Eglise chaldéenne, j'ai voulu exprimer de manière concrète ma proximité spirituelle et mon affection pour ces populations. Chers et vénérés frères, nous voulons ensemble réaffirmer la solidarité de l'Eglise tout entière envers les chrétiens de cette terre bien-aimée et inviter à invoquer de Dieu miséricordieux, pour tous les peuples concernés, l'avènement de la réconciliation souhaitée et de la paix.

Nous venons d'entendre la Parole de Dieu qui nous aide à mieux comprendre le moment solennel que nous vivons. Dans le passage évangélique, Jésus vient de rappeler pour la troisième fois le sort qui l'attend à Jérusalem, mais l'arrivisme des disciples l'emporte sur la peur qui les avait assaillis l'espace d'un instant. Après la confession de Pierre à Césarée et la discussion le long de la route sur lequel d'entre eux était le plus grand, l'ambition pousse les fils de Zébédée à revendiquer pour eux-mêmes les meilleures places dans le royaume messianique, à la fin des temps. Dans la course aux privilèges, tous les deux savent ce qu'ils veulent, ainsi que les dix autres, malgré leur "vertueuse" indignation. Mais en réalité ils ne savent pas ce qu'ils demandent. C'est Jésus qui le leur fait comprendre, en parlant en des termes bien différents du "ministère" qui les attend. Il corrige la conception édulcorée du mérite qu'ils ont, selon laquelle l'homme peut acquérir des droits à l'égard de Dieu.

Chers et vénérés frères, l'évangéliste Marc nous rappelle que chaque véritable disciple du Christ ne peut aspirer qu'à une seule chose: partager sa passion, sans revendiquer aucune récompense. Le chrétien est appelé à assumer la condition de "serviteur" en suivant les traces de Jésus, c'est-à-dire en donnant sa vie pour les autres de manière gratuite et désintéressée. Ce n'est pas la recherche du pouvoir et du succès, mais l'humble don de soi pour le bien de l'Eglise qui doit caractériser chacun de nos gestes et chacune de nos paroles. En effet, la véritable grandeur chrétienne ne consiste pas à dominer, mais à servir. Jésus répète aujourd'hui à chacun de nous qu'Il "n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour une multitude" (Mc 10,45). Voilà l'idéal qui doit orienter votre service. Chers frères, en entrant dans le Collège des Cardinaux, le Seigneur vous demande le service de l'amour et il vous le confie: amour pour Dieu, amour pour son Eglise, amour pour nos frères dans le plus grand et inconditionnel dévouement usque ad sanguinis effusionem, comme le récite la formule pour l'imposition de la barrette et comme le montre la couleur rouge des vêtements que vous portez.

Soyez les apôtres de Dieu qui est Amour et les témoins de l'espérance évangélique: c'est ce que le peuple chrétien attend de vous. La cérémonie d'aujourd'hui souligne la grande responsabilité qui, à cet égard, pèse sur chacun de vous, vénérés et chers frères, et qui trouve confirmation dans les paroles de l'apôtre Pierre que nous venons d'entendre: "Sanctifiez dans vos coeurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (1P 3,15). Une telle responsabilité n'exempte pas des risques mais, rappelle encore saint Pierre, "mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si telle était la volonté de Dieu, qu'en faisant le mal" (1P 3,17). Le Christ vous demande de confesser devant les hommes sa vérité, d'embrasser et de partager sa cause; et d'accomplir tout cela "avec douceur et respect, en possession d'une bonne conscience" (1P 3,15-16), c'est-à-dire avec cette humilité intérieure qui est le fruit de la coopération avec la grâce de Dieu.

Chers frères et soeurs, demain, dans cette même basilique, j'aurai la joie de célébrer l'Eucharistie, en la solennité du Christ Roi de l'univers, avec les nouveaux Cardinaux, et je leur remettrai l'anneau. Il s'agira d'une occasion plus que jamais importante et opportune pour réaffirmer notre unité dans le Christ et pour renouveler notre volonté commune de le servir avec une totale générosité. Accompagnez-les par votre prière, afin qu'ils répondent au don reçu avec un dévouement total et constant. Nous nous adressons à présent avec confiance à Marie, Reine des Apôtres. Que sa présence spirituelle, aujourd'hui, en ce cénacle singulier, soit le gage pour les nouveaux Cardinaux et pour nous tous de la constante effusion de l'Esprit Saint qui guide l'Eglise dans son chemin à travers l'histoire. Amen!



PAROLES DU PAPE BENOÎT XVI


AU TERME DU CONSISTOIRE


Parvis de la Basilique Vaticane

Samedi 24 novembre 2007




Chers frères et soeurs,

bienvenus ici, sur cette place. Je vous remercie de votre présence. Nous avons craint la pluie, c'est pourquoi la célébration a eu lieu dans la Basilique. Vous êtes ici courageusement présents et vous avez prié avec nous. Je vous remercie de votre présence priante, de votre participation à ce moment important de l'Eglise catholique. Les nouveaux Cardinaux reflètent l'universalité de l'Eglise, sa catholicité: l'Eglise parle dans toutes les langues, étreint tous les peuples, toutes les cultures. Tous ensemble, nous sommes la famille de Dieu. Et, comme famille, nous sommes réunis ici et nous prions le Seigneur de bénir ces nouveaux Cardinaux qui sont au service de vous tous. Nous prions aussi la Vierge de nous accompagner pas à pas.

Je vous souhaite à tous un bon dimanche et un bon retour. Merci de votre présence. Au revoir et bonne journée!

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX NOUVEAUX CARDINAUX ACCOMPAGNÉS


DE LEURS FAMILLES ET DE LEURS AMIS


Aula Paul VI

Lundi 26 novembre 2007






Messieurs les Cardinaux,
Chers frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers amis!

Cette rencontre prolonge le climat de prière et de communion, que nous avons vécu en ces jours de fête pour la création de 23 nouveaux Cardinaux. Le Consistoire et la célébration eucharistique d'hier, solennité du Christ Roi, nous ont offert une occasion singulière pour vivre l'expérience de la catholicité de l'Eglise, bien représentée par la provenance variée des membres du Collège cardinalice, rassemblés en étroite communion autour du Successeur de Pierre. Je suis donc heureux d'adresser encore une fois mon salut cordial à ces nouveaux Cardinaux et, avec eux, je vous salue tous, familles et amis, venus pour les entourer à un moment aussi important de leur existence.

C'est tout d'abord vous que je salue, chers Cardinaux italiens. Je vous salue, Monsieur le Cardinal Giovanni Lajolo, Président de la Commission pontificale et du Gouvernorat de l'Etat de la Cité du Vatican; je vous salue, Monsieur le Cardinal Angelo Comastri, Archiprêtre de la Basilique vaticane, mon Vicaire général pour la Cité du Vatican et Président de la Fabrique de Saint-Pierre; je vous salue, Monsieur le Cardinal Raffaele Farina, Archiviste et Bibliothécaire de la Sainte Eglise romaine; je vous salue, Monsieur le Cardinal Angelo Bagnasco, Archevêque métropolitain de Gênes et Président de la Conférence épiscopale italienne; je vous salue, Monsieur le Cardinal Giovanni Coppa, ancien Nonce apostolique en République tchèque; je vous salue, Monsieur le Cardinal Angelo Betti, ancien Recteur de l'Université pontificale du Latran. Vénérés et chers frères, de nombreuses personnes qui vous sont chères, proches de vous à divers titres, se trouvent à vos côtés en cette circonstance à la foi solennelle et familiale. J'exhorte chacune d'elles à ne jamais vous faire manquer leur amitié, leur estime et leur prière, en vous aidant ainsi à continuer à servir fidèlement l'Eglise et à rendre, dans les diverses tâches et ministères que la Providence vous confie, un témoignage toujours plus généreux d'amour pour le Christ.

Je suis heureux de saluer les nouveaux membres du Collège des Cardinaux. L'Archevêque de Paris, le Cardinal André Vingt-Trois; l'Archevêque de Dakar, le Cardinal Théodore-Adrien Sarr, ainsi que leurs proches et leurs diocésains qui ont souhaité les accompagner en cette heureuse circonstance. Que les cérémonies que nous avons eu l'occasion de vivre au cours des deux journées précédentes affermissent votre foi et votre amour du Christ et de l'Eglise. Je vous invite aussi à soutenir vos pasteurs et à les accompagner de votre prière, pour qu'ils guident toujours avec soin le peuple qui leur est confié. N'oublions pas non plus de demander au Christ que des jeunes acceptent de s'engager dans la voie du sacerdoce.

J'adresse un salut cordial aux prélats anglophones que j'ai eu la joie d'élever à la dignité cardinalice lors du Consistoire de samedi dernier. Le Cardinal John Patrick Foley, Grand Maître des Chevaliers de l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem; le Cardinal Séan Baptist Brady, Archevêque d'Armagh (Irlande); le Cardinal Oswald Gracias, Archevêque de Bombay (Inde), le Cardinal Daniel DiNardo, Archevêque de Gavelston-Houston (Etats-Unis d'Amérique); le Cardinal John Njue, Archevêque de Nairobi (Kenya); le Cardinal Emmanuel III Delly, Patriarche de Babylone des Chaldéens. En outre, je suis heureux d'avoir l'opportunité de souhaiter la bienvenue à leurs familles et à leurs amis, ainsi qu'à tous les fidèles qui les ont accompagnés à Rome. Le Collège des Cardinaux, dont l'origine est liée à l'antique clergé de l'Eglise romaine, est chargé d'élire le Successeur de Pierre et de le conseiller dans les questions les plus importantes. Que ce soit dans les fonctions de la Curie ou dans leur ministère dans les Eglises locales du monde entier, les Cardinaux sont appelés à partager de manière particulière la sollicitude du Pape pour l'Eglise universelle. La couleur vive de leur vêtement est traditionnellement considérée comme un signe de leur engagement à défendre le troupeau du Christ, jusqu'à l'offrande de leur propre sang. Alors que les Cardinaux acceptent le poids de cette charge, je suis certain qu'ils seront soutenus par vos prières constantes et par votre coopération dans les efforts pour édifier le Corps du Christ dans l'unité, la sainteté et la paix.

J'adresse un salut cordial au Cardinal Paul Josef Cordes, à sa famille, à ses amis et à ses invités provenant d'Allemagne, ainsi qu'aux fidèles de son archidiocèse de Paderborn, dont il a été également l'Evêque auxiliaire. Avec vous, je remercie notre nouveau Cardinal pour le service précieux qu'il accomplit depuis de nombreuses années en tant que Président du Conseil pontifical "Cor unum" pour le Successeur de Pierre. Continuez à l'accompagner de vos prières et soutenez-le dans sa tâche importante de sollicitude concrète pour le service plein d'amour du Pape à l'égard des pauvres et des indigents. Que le Seigneur accorde à chacun de vous sa grâce!

Je salue cordialement les nouveaux Cardinaux de langue espagnole, accompagnés de leurs familles et de nombreux évêques, prêtres, religieux et laïcs venus d'Argentine, d'Espagne et du Mexique. L'Argentine exulte de joie pour le Cardinal Leonardo Sandri qui, après son service auprès du Saint-Siège comme Substitut de la Secrétairerie d'Etat, préside à présent la Congrégation pour les Eglises orientales, et également pour le Cardinal Esteban Karlic, Archevêque émérite de Paraná, qui pendant tant d'années a servi avec sollicitude et abnégation cette communauté ecclésiale. L'Eglise qui est en Espagne se réjouit pour le Cardinal Agustín García-Gasco Vicente, Archevêque de Valence, une ville que j'ai visitée l'année dernière à l'occasion de la Journée mondiale de la Famille, pour le Cardinal Lluís Martínez Sistach, Archevêque de Barcelone, qui a précédemment exercé un ministère fécond à Tortosa et à Tarragone, et également pour le Cardinal Urbano Navarrete, ancien Recteur de l'Université pontificale grégorienne, qui a consacré sa vie à l'étude et à l'enseignement du droit canonique. L'Eglise qui est en pèlerinage au Mexique se réjouit pour le Cardinal Francisco Robles Ortega, Archevêque de Monterrey, dont le dévouement pastoral constant s'est manifesté également à Toluca. Nous tournons notre pensée vers la Vierge Marie, pour laquelle vos peuples éprouvent une grande dévotion, en lui demandant d'intercéder auprès de son divin Fils pour ces Cardinaux, afin qu'il rende fécond leur service de l'Eglise.

Je salue le Cardinal Odilo Pedro Scherer, les Evêques qui ont voulu l'accompagner, ainsi que sa famille, ses amis et ses invités. Je profite de cette occasion pour rappeler mon voyage pastoral de cette année à São Paulo et pour renouveler mes remerciements pour l'accueil qui m'a été réservé dans votre archidiocèse. Je forme des voeux afin que cette élévation au cardinalat contribue à approfondir votre amour pour l'Eglise et à renforcer la foi de vos fidèles en Jésus Christ notre Sauveur et Seigneur!

Je salue le Cardinal Stanislaw Rylko et ses hôtes. Je le remercie de tout ce qu'il accomplit en faveur de la participation des laïcs à la vie de l'Eglise et je lui souhaite d'abondantes grâces. Je vous recommande tous à l'amour de Dieu et je vous bénis de tout coeur.

Vénérés et chers nouveaux Cardinaux, je vous renouvelle pour finir mon salut fraternel et, alors que je vous assure de ma prière, je vous demande de m'accompagner toujours de votre expérience humaine et pastorale tant appréciée. Je compte beaucoup sur votre soutien précieux, afin de pouvoir exercer au mieux mon ministère au service de tout le peuple de Dieu. J'ai besoin de ce soutien. Et vous, chers frères et soeurs qui les entourez avec affection, je vous remercie encore une fois de votre participation aux divers rites et moments du Consistoire. Continuez à prier pour eux et également pour moi, afin que la communion des pasteurs avec le Pape soit toujours solide, de manière à offrir au monde entier le témoignage d'une Eglise fidèle au Christ et prête à aller, avec un courage prophétique, à la rencontre des exigences spirituelles des hommes de notre temps. En repartant dans vos divers diocèses apportez à tous, je vous le demande, mon salut et l'assurance de mon souvenir constant auprès du Seigneur. Chers nouveaux Cardinaux, j'invoque sur vous et sur vous tous qui êtes ici présents, la protection de la Mère céleste de Dieu et des saints Apôtres Pierre et Paul. Avec ces sentiments, je vous donne de tout coeur ma Bénédiction.

                                                        Décembre 2007




DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX PARTICIPANTS AU FORUM DES ORGANISATIONS


NON GOUVERNEMENTALES D'INSPIRATION CATHOLIQUE


Salle Clémentine

Samedi 1er décembre 2007




Excellences,
Chers représentants du Saint-Siège auprès des Organisations internationales,
Chers amis,

Je suis heureux de souhaiter la bienvenue à vous tous qui êtes venus à Rome pour réfléchir ensemble sur la contribution que les Organisations non gouvernementales (ONG) d'inspiration catholique peuvent offrir, en étroite collaboration avec le Saint-Siège, à la résolution des nombreuses problématiques et aux nombreux défis qu'affronte l'activité multiple des Nations unies et des autres Organisations internationales et régionales. J'adresse à chacun de vous mes salutations cordiales. Je remercie en particulier le Substitut de la Secrétairerie d'Etat qui s'est fait l'interprète courtois de vos sentiments communs, en m'exposant en même temps les objectifs de votre forum. En outre, je salue le jeune représentant des Organisations non gouvernementales ici présent.

Aux travaux de cette importante réunion prennent part des représentants de réalités nées dans les années où l'action du laïcat catholique au niveau mondial commençait à germer pour la première fois, ainsi que des membres d'autres associations créées plus récemment, de pair avec l'actuel processus d'intégration mondiale. D'autres encore se consacrent principalement à l'action d'advocacy, tandis que certains s'occupent de la gestion concrète de projets de coopération au développement. Certaines de vos Organisations se situent dans l'Eglise comme des Associations publiques et privées de fidèles ou participent au charisme de différents Instituts de vie consacrée; d'autres n'ont qu'une reconnaissance juridique d'ordre civil et comptent aussi parmi leurs membres des non-catholiques et des non-chrétiens. Cependant, vous avez tous en commun l'unique passion qui inspire constamment l'action du Saint-Siège auprès des diverses instances internationales. C'est précisément pour cela que l'on a voulu organiser la rencontre de ces jours-ci: pour vous exprimer la gratitude et l'appréciation pour ce que vous faites déjà, en collaborant activement avec les Représentants pontificaux auprès des Organisations internationales. En même temps, il s'agit de rendre encore plus étroite, et donc plus efficace cette action commune au service du bien intégral de la personne humaine et de l'humanité.

Du reste, il ne faut pas oublier qu'il est possible de réaliser cette unité d'objectifs à travers des rôles et des modalités différents. De fait, alors que la diplomatie multilatérale du Saint-Siège doit, principalement, affirmer les grands principes fondamentaux de la vie internationale, car la contribution spécifique de la hiérarchie de l'Eglise est "la formation éthique, afin que les exigences de la justice deviennent compréhensibles et politiquement réalisables" (Deus caritas est ), d'autre part, "le devoir immédiat d'agir pour un ordre juste dans la société est au contraire le propre des fidèles laïcs - dans le cas de la vie internationale, des diplomates chrétiens et des membres des ONG - qui sont appelés à participer personnellement à la vie publique... [à] configurer de manière droite la vie sociale, en en respectant la légitime autonomie et en coopérant avec les autres citoyens, selon les compétences de chacun et sous leur propre responsabilité" (ibid., n. 29).

La coopération internationale entre les gouvernements, née dès la fin du XIX siècle et qui n'a cessé de se développer davantage au siècle dernier, malgré les tragiques interruptions des deux guerres mondiales, a contribué d'une manière significative à la création d'un ordre international plus juste. A cet égard, nous pouvons observer avec satisfaction les résultats obtenus, qui constituent la reconnaissance universelle de la primauté juridique et politique des droits de l'homme, l'établissement d'objectifs communs pour la pleine jouissance des droits économiques et sociaux par tous les habitants de la terre, la promotion de la recherche d'un système économique mondial juste et, enfin, la sauvegarde de l'environnement et la promotion du dialogue interculturel.

Toutefois, le débat international apparaît souvent caractérisé par une logique relativiste qui semble considérer, comme seule garantie d'une coexistence pacifique entre les peuples, la négation de la vérité sur l'homme et sur sa dignité, ainsi que de la possibilité d'un agir éthique fondé sur la reconnaissance de la loi morale naturelle. Une conception du droit et de la politique où le consensus entre les Etats, obtenu parfois en fonction d'intérêts peu nobles ou manipulés par des pressions idéologiques, semblerait être la seule et unique source des normes internationales, en vient ainsi, de fait, à s'imposer. Les fruits amers de cette logique relativiste dans la vie internationale sont hélas évidents: il suffit de penser, par exemple, à la tentative de considérer comme droits de l'homme les conséquences de certains styles de vie égoïstes, ou encore au manque d'intérêt envers les besoins économiques et sociaux des peuples les plus faibles, ou au mépris à l'égard du droit humanitaire et à une défense sélective des droits de l'homme. Je souhaite que l'étude et la confrontation de ces journées permettent de définir des moyens efficaces et concrets pour faciliter l'accueil au niveau international des enseignements de la doctrine sociale de l'Eglise. En ce sens, je vous encourage à opposer au relativisme la grande créativité de la vérité quant à la dignité innée de l'homme et des droits qui en découlent. Une telle créativité permettra d'apporter une réponse plus appropriée aux multiples défis présents dans le débat international contemporain et, surtout, permettra de promouvoir des initiatives concrètes qui doivent être vécues dans un esprit de communion et de liberté.

Il faut un esprit de solidarité qui conduise à promouvoir ensemble ces principes éthiques non "négociables" de par leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale. Une solidarité imprégnée d'un sens fort d'amour fraternel qui conduise à apprécier les initiatives des autres, à les faciliter et à y collaborer. En vertu de cet esprit, on ne manquera pas, à chaque fois que cela s'avérera utile ou nécessaire, d'établir une coordination entre les diverses ONG et avec les Représentants du Saint-Siège, toujours dans le respect de la diversité de nature, des fins institutionnelles et des méthodes d'action. D'autre part, un authentique esprit de liberté, vécu dans la solidarité, poussera l'initiative des membres des ONG à s'étendre dans une vaste pluralité d'orientations et de solutions quant aux questions temporelles que Dieu a laissées au jugement libre et responsable de chacun. De fait, s'ils sont vécus dans la solidarité, le pluralisme légitime et la diversité non seulement ne deviennent pas un motif de division et de concurrence, mais ils sont les conditions d'une plus grande efficacité. L'action des Organisations que vous représentez sera donc vraiment féconde si elle reste fidèle au Magistère de l'Eglise, ancrée dans la communion avec ses pasteurs et, surtout, avec le Successeur de Pierre, et si elle affronte avec une ouverture prudente les défis du temps présent.

Chers amis, je vous renouvelle mes remerciements pour votre présence aujourd'hui et pour vos efforts en vue de promouvoir la cause de la justice et de la paix au sein de la famille humaine. Tout en vous assurant de mon souvenir spécial dans la prière, j'invoque sur vous et sur les Organisations que vous représentez la protection maternelle de Marie, Regina Mundi. Je vous donne avec affection ma Bénédiction apostolique, à vous, à vos familles et à tous les membres de vos Associations.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX ÉVÊQUES DE LA CORÉE ET


AU PRÉFET APOSTOLIQUE D'OULAN-BATOR (MONGOLIE)


EN VISITE "AD LIMINA APOSTOLORUM"


Lundi 3 décembre 2007

Chers frères Evêques,


"Dieu est amour: celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui" (1Jn 4,16). En vous saluant fraternellement, je vous souhaite la bienvenue, Evêques de Corée et Préfet apostolique d'Oulan-Bator, et je remercie le R.P. John Chang Yik, Président de la Conférence épiscopale, pour les sentiments cordiaux qu'il a exprimés en votre nom. En retour, je lui présente les miens avec affection et je vous assure, ainsi que ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux, de mes prières et de ma sollicitude. En tant que Serviteurs de l'Evangile, vous êtes venus rendre visite à Pierre (cf. Ga 1,18) et renforcer les liens de collégialité qui expriment l'unité de l'Eglise dans la diversité et qui sauvegardent la tradition transmise par les Apôtres (cf. Pastores gregis, n. 57).

L'Eglise qui est dans vos pays a accompli d'importants progrès depuis l'arrivée des missionnaires dans la région, il y a plus de quatre cents ans, et depuis leur retour en Mongolie, il y a quinze ans à peine. Ce développement est dû en grande partie au témoignage exceptionnel des martyrs coréens et d'autres pays asiatiques, qui sont restés solidement fidèles au Christ et à son Eglise. La durée de leur témoignage exprime de manière éloquente le concept fondamental de communion, qui unifie et vivifie la vie ecclésiale dans toutes ses dimensions.

Les nombreuses exhortations de l'évangéliste Jean à poursuivre dans l'amour et dans la vérité du Christ, évoquent l'image d'une demeure certaine et sûre. Dieu nous aime le premier et, poussés vers le don de l'eau vive, nous devons "boire toujours à nouveau à la source première et originaire qui est Jésus Christ, du coeur transpercé duquel jaillit l'amour de Dieu" (Deus caritas est ). Toutefois, saint Jean a également exhorté ses communautés à demeurer dans cet amour, car certains membres s'étaient déjà laissés capturer par les distractions qui conduisent à la faiblesse intérieure et à un détachement possible de la communion des croyants.

Cet appel à demeurer dans l'amour du Christ revêt une signification particulière également pour vous aujourd'hui. Vos compte-rendus attestent de l'attrait exercé par le matérialisme et des effets négatifs d'une mentalité sécularisée. Lorsque des hommes et des femmes sont entraînés loin de la demeure du Seigneur, ils errent inévitablement dans une région sauvage d'isolement individuel et de fragmentation sociale, car "en réalité ce n'est que dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l'homme trouve sa véritable lumière" (Gaudium et spes GS 22).

Chers frères, de ce point de vue, il est évident que pour être des pasteurs d'espérance efficaces vous devez vous prodiguer pour que le lien de communion qui unit le Christ à tous les baptisés soit protégés et vécu comme le centre du mystère de l'Eglise (cf. Ecclesia in Asia, n. 24). En ne détournant jamais le regard du Seigneur, les fidèles doivent répéter à nouveau le cri des martyrs de la foi: "Et nous, nous avons reconnu et nous avons cru que l'amour de Dieu est parmi nous" (1Jn 4,16). Cette foi est soutenue et nourrie par une rencontre permanente avec Jésus Christ, qui parvient au milieu des hommes et des femmes à travers l'Eglise: signe et sacrement de communion avec Dieu et d'unité entre toutes les personnes (cf. Lumen gentium LG 1). L'accès à ce mystère de communion avec Dieu est bien sûr le Baptême. Ce sacrement d'initiation, loin d'être un rituel social ou de bienvenue dans une communauté particulière, est l'initiative de Dieu (cf. Rite du baptême, n. 99). Ceux qui renaissent à travers l'eau de la vie nouvelle franchissent la porte de l'Eglise universelle et sont insérés dans le dynamisme de la vie de foi. En effet, la profonde importance de ce sacrement souligne votre préoccupation croissante pour le fait que beaucoup des nombreux adultes qui entrent au sein de l'Eglise dans votre région chaque année ne réussissent pas à honorer cet engagement à la "pleine participation aux célébrations liturgiques qui est... un droit et un devoir en vertu... du baptême" (Sacrosanctum concilium SC 14). Je vous encourage à vous assurer, en particulier à travers une joyeuse mystagogie, que la "flamme de la foi" soit conservée "vivante dans les coeurs" (cf. Rite du Baptême, n. 100) des nouveaux baptisés.

Comme saint Paul l'enseigne avec éloquence (cf. 1Co 10,16-17), le mot communion se réfère également au centre eucharistique de l'Eglise. L'Eucharistie enracine notre idée de l'Eglise dans la rencontre intime entre Jésus et l'humanité et révèle la source de l'unité ecclésiale: l'acte du Christ de se donner à nous, fait de nous son corps. La commémoration de la mort et de la résurrection du Christ dans l'Eucharistie est "la plus haute manifestation sacramentelle de la communion dans l'Eglise" (Ecclesia de Eucharistia, n. 38), là où les Eglises locales permettent que l'on soit accueillis par les bras ouverts du Seigneur et que l'on soit fortifiés dans l'unité de l'unique Corps (cf. Sacramentum caritatis, n. 15).

Vos programmes visant à souligner l'importance de la Messe dominicale devraient être transmis à travers une catéchèse sur l'Eucharistie saine et stimulante. Cela favorisera une compréhension renouvelée du dynamisme authentique de la vie chrétienne parmi vos fidèles. Je m'unis à vous pour exhorter le laïcat, et en particulier les jeunes de votre région, à explorer la profondeur et l'ampleur de notre communion eucharistique. Réunis chaque dimanche dans la Maison du Seigneur, nous sommes consumés par l'amour et par la vérité du Christ et dotés de la force d'apporter l'espérance au monde.

Chers frères, les hommes et femmes consacrés sont reconnus à juste titre comme "des témoins et des artisans du "projet de communion" qui est au sommet de l'histoire de l'homme selon Dieu" (Vita consecrata VC 46). Je vous prie d'assurer les religieux, hommes et femmes, de vos territoires de mon appréciation pour la contribution prophétique qu'ils apportent à la vie ecclésiale dans vos pays. Je suis certain que, fidèles à leur nature essentielle et aux charismes respectifs, ils rendront un témoignage courageux du "don de soi par amour du Seigneur Jésus et, en lui, de chaque membre de la famille humaine" (ibid., n. 3).

Quant à vous, je vous encourage à faire en sorte que les religieux soient écoutés et soutenus dans leurs efforts visant à contribuer à la tâche commune de diffuser le Royaume de Dieu. L'un des plus beaux aspects de l'histoire de l'Eglise est certainement l'aspect relatif à ses écoles de spiritualité. En organisant et en partageant ces trésors vivants avec les laïcs, les religieux feront beaucoup pour promouvoir une vie ecclésiale active dans vos juridictions. Ils contribueront à effacer l'idée que la communion n'est qu'une simple uniformité, en témoignant de la vitalité de l'Esprit Saint qui anime l'Eglise à chaque génération.

Je désire conclure en répétant brièvement combien la promotion du mariage et de la vie familiale dans votre région est importante. Vos efforts dans ce domaine sont au centre de l'évangélisation de la culture et contribuent beaucoup au bien-être de la société dans son ensemble. Cet apostolat vital, auquel participent déjà de nombreux prêtres et religieux, appartient justement aussi aux laïcs. La complexité croissante des questions relatives à la famille, y compris les progrès de la science biomédicale que j'ai récemment évoqués avec l'Ambassadeur de Corée près le Saint-Siège, soulève la question d'offrir une formation appropriée à ceux qui sont engagés dans ce domaine. A ce propos, je désire attirer votre attention sur la contribution précieuse de l'Institut pour les études sur le mariage et la famille, qui est maintenant présent dans de nombreuses parties du monde.

Enfin, chers frères, je vous demande de transmettre à votre peuple ma gratitude particulière pour sa générosité envers l'Eglise universelle. Le nombre croissant de missionnaires et les contributions offertes par les laïcs sont le signe éloquent de leur esprit de générosité. Je suis également conscient des gestes concrets de réconciliation accomplis pour le bien-être de ceux qui vivent en Corée du Nord. J'encourage ces initiatives et j'invoque la sollicitude providentielle de Dieu Tout-puissant sur tous les Coréens du Nord.

Au cours des siècles, l'Asie a donné à l'Eglise et au monde une foule de héros de la foi qui sont commémorés dans la grande hymne de louange: "Te martyrum candidatus laudat exercitus". Qu'ils puissent être des témoins éternels de la vérité et de l'amour que tous les chrétiens sont appelés à proclamer. Avec une affection fraternelle je vous confie à l'intercession de Marie, modèle de tous les disciples, et je donne de tout coeur ma Bénédiction apostolique, à vous et aux prêtres, aux religieux et aux fidèles laïcs de vos diocèses et de votre préfecture.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


À UNE DÉLÉGATION DE L'ALLIANCE BAPTISTE MONDIALE


Salle des Papes

Jeudi 6 décembre 2007


Chers amis,

Je vous souhaite cordialement la bienvenue, chers membres de la Commission internationale conjointe organisée par l'Alliance baptiste mondiale et le Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens. Je suis heureux que vous ayez choisi comme lieu de votre rencontre la ville de Rome, où les Apôtres Pierre et Paul proclamèrent l'Evangile et couronnèrent leur témoignage au Seigneur ressuscité en versant leur propre sang. Je forme le souhait que vos entretiens portent des fruits abondants pour le progrès du dialogue et le renforcement de la compréhension et de la coopération entre les catholiques et les baptistes.

Le thème que vous avez choisi pour cette phase de contacts - La Parole de Dieu dans la Vie de l'Eglise: Ecriture, Tradition et Koinonia- offre un contexte favorable à l'examen de sujets aussi controversés d'un point de vue historique que la relation entre l'Ecriture et la Tradition, la compréhension du Baptême et des sacrements, la place de Marie dans la communion de l'Eglise et la nature de la supervision et du primat dans la structure ministérielle de l'Eglise. Si notre souhait de réconciliation et de plus grande fraternité entre baptistes et catholiques doit être exaucé, des sujets comme ceux-ci ont besoin d'être affrontés ensemble, dans un esprit d'ouverture, de respect mutuel et de fidélité à la vérité libératrice et au pouvoir de salut de l'Evangile de Jésus Christ.

En tant que croyants dans le Christ, nous le reconnaissons comme l'unique médiateur entre Dieu et l'humanité (1Tm 2,5), notre Sauveur, notre Rédempteur, Il est la pierre d'angle (Ep 2,21 1P 2,4-8); et la tête du corps qui est l'Eglise (Col 1,18). En ce temps de l'Avent nous attendons sa venue dans l'espérance et la prière. Aujourd'hui, plus que jamais, le monde a besoin de notre témoignage commun au Christ et à l'espérance qu'apporte l'Evangile. L'obéissance à la volonté du Seigneur devrait constamment nous pousser à rechercher cette unité exprimée d'une manière si émouvante dans la prière sacerdotale: "Que tous soient un... afin que le monde croie" (Jn 17,21). Car l'absence d'unité entre les chrétiens "s'oppose ouvertement à la volonté du Christ, elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes: la prédication de l'Evangile à toute créature" (Unitatis Redintegratio UR 1).

Chers amis, je vous présente mes meilleurs voeux et l'assurance de mes prières pour l'oeuvre importante que vous avez entreprise. Sur vos entretiens, sur chacun de vous et sur les personnes qui vous sont chères, j'invoque volontiers les dons de l'Esprit Saint de sagesse, de compréhension, de force et de paix.

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI


AUX MEMBRES DE L'INSTITUT PONTIFICAL ORIENTAL


POUR LE 90 ANNIVERSAIRE DE SA FONDATION


Salle Clémentine

Jeudi 6 décembre 2007

Messieurs les Cardinaux,

vénérés frères dans l'Episcopat et dans le sacerdoce,
chers frères et soeurs!

C'est pour moi un motif de grande joie de vous accueillir à l'occasion du 90 anniversaire de l'Institut pontifical oriental, voulu par le Pape qui l'a fondé, mon vénéré Prédécesseur Benoît XV. Les temps de ce Pape furent des temps de guerre, alors qu'il oeuvra tant pour la paix! Et pour assurer la paix, il lança divers appels, et élabora également, en l'année 1917 où fut fondé votre Institut, un plan de paix concret, un plan détaillé qui, malheureusement, n'eut pas de suite. Toutefois pour assurer la paix au sein de l'Eglise, il créa en quelques mois trois monuments d'une valeur incomparable: la Congrégation pour l'Eglise orientale, plus tard rebaptisée "pour les Eglises orientales"; l'Institut pontifical oriental pour l'étude des aspects théologiques, liturgiques, juridiques et culturels, qui composent le savoir de l'Orient chrétien; et le Codex Iuris Canonici.

Merci de votre visite, chers amis! Je vous salue tous avec affection. Je salue en premier lieu Monsieur le Cardinal Leonardo Sandri, Préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, que je remercie pour les sentiments qu'il a exprimés au nom de tous; je salue Monsieur le Cardinal Spidlík, les Prélats présents, le Père Kolvenbach, Préposé général de la Compagnie de Jésus, les étudiants et tous ceux qui appartiennent à la communauté de l'Institut pontifical oriental. J'étends ma pensée affectueuse à tous ceux qui, aux cours de ces quatre-vingt-dix années, ont apporté leur contribution pour permettre à votre Institut de répondre toujours mieux aux attentes de l'Eglise et du monde.

Le Pape Benoît XV, auquel je me sens tout particulièrement lié, créa donc, à distance de cinq mois et demi l'une de l'autre, la Congrégation pour les Eglises orientales, le 1 mai, et l'Institut oriental, le 15 octobre. Les Eglises orientales catholiques en tirèrent bénéfice, jouissant d'un régime plus adapté à leurs traditions, sous le regard des Pontifes romains qui n'ont jamais cessé de manifester leur attention avec des gestes de soutien concret, comme par exemple l'invitation pour un grand nombre d'étudiants orientaux à venir ici à Rome pour développer leur connaissance de l'Eglise universelle. Des périodes difficiles ont parfois mis à dure épreuve ces communautés ecclésiales qui, même physiquement éloignées de Rome, sont toujours restées proches à travers leur fidélité au Siège de Pierre. Leur progrès et leur fermeté dans les difficultés auraient toutefois été impensables sans le soutien constant qu'elles ont pu trouver dans cet oasis de paix et d'étude qu'est l'Institut pontifical oriental, point de rencontre de nombreux chercheurs, professeurs, écrivains et éditeurs, parmi les plus grands spécialistes de l'Orient chrétien. Une mention spéciale doit être faite de ce joyau qu'est la Bibliothèque de cet Institut, fondée par mon Prédécesseur Pie XI, ancien Bibliothécaire de l'Ambrosienne et grand mécène du fonds historique de la Bibliothèque de l'Institut pontifical oriental. C'est une bibliothèque renommée à juste titre dans le monde entier, et parmi les meilleures au sujet de l'Orient chrétien. Je compte au nombre de mes engagements de la développer davantage encore, en signe de l'intérêt de l'Eglise de Rome pour la connaissance de l'Orient chrétien et comme moyen en vue d'éliminer d'éventuels préjugés qui pourraient nuire à la coexistence cordiale et harmonieuse entre chrétiens. En effet, je suis convaincu que le soutien apporté à l'étude revêt également une valeur oecuménique très efficace, car puiser au patrimoine de sagesse de l'Orient chrétien nous enrichit tous.

A cet égard, l'Institut pontifical oriental constitue un exemple insigne de ce que la sagesse chrétienne peut offrir à ceux qui désirent aussi bien acquérir une connaissance toujours plus précise des Eglises orientales, qu'approfondir cette orientation de la vie selon l'Esprit, qui représente un thème sur lequel l'Orient chrétien peut se vanter à raison de posséder une très riche tradition. Ce sont de précieux trésors non seulement pour les chercheurs, mais aussi pour tous les membres de l'Eglise. Aujourd'hui, grâce aux diverses éditions disponibles des Pères orientaux, ce ne sont plus des trésors "sous clé". Les déchiffrer et les interpréter de manière autorisée, élaborer des synthèses dogmatiques sur le Dieu trinitaire, sur Jésus Christ et sur l'Eglise, sur la Grâce et sur les Sacrements, réfléchir sur la vie éternelle, à laquelle nous pouvons déjà goûter par anticipation dans les célébrations liturgiques: telle est la tâche de ceux qui étudient à l'Institut pontifical oriental.

Chers professeurs, je vous exprime, en particulier, ma vive gratitude pour tout le bien que vous accomplissez, en consacrant un temps précieux à vos étudiants. Je remercie avec affection la Compagnie de Jésus, à la compétence académique et au zèle apostolique de laquelle est confié l'Institut pontifical oriental depuis 85 ans désormais. Je vous souhaite de tout coeur tous les biens, chers étudiants venus à Rome pour partager avec tant d'autres venus de toutes les parties du monde le contact direct avec le centre de l'Eglise universelle. Et ma gratitude ne peut pas négliger un maillon extrêmement important; je fais allusion à tous ceux qui, même en ne se consacrant pas directement au travail scientifique, apportent une grande contribution: ce sont les amis qui soutiennent l'Institut pontifical oriental à travers leur solidarité; les bienfaiteurs, auxquels nous devons une grande partie du progrès matériel de cette institution; le personnel, sans lequel son fonctionnement quotidien ne pourrait pas être assuré. Je vous remercie tous du plus profond du coeur et, en gage de la divine récompense, je vous donne avec affection ma Bénédiction apostolique.
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Discours 2007 64