
Discours 2009 56
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Bethléem
Mercredi 13 mai 2009
Chers Amis,
Je vous salue affectueusement au nom de Notre Seigneur Jésus Christ « qui est mort, … ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous » (cf. Rm 8,34). Puisse votre foi en sa Résurrection et en sa promesse d’une vie nouvelle par le Baptême combler vos coeurs de joie en ce temps pascal !
Je vous suis reconnaissant de l’accueil chaleureux qui m’a été donné en votre nom par le Père Michael Scheiger, Président de la Kinderhilfe Association, par M. Renesto Langensand qui achève son mandat de Président du Conseil d’Administration du Caritas Baby Hospital, et par Mère Erika Nobs, Supérieure de la communauté locale des Soeurs franciscaines élisabéthaines de Padoue. Je salue cordialement également Mgr Robert Zollitsch et Mgr Kurt Koch, qui représentent respectivement les Conférences épiscopales allemande et suisse, qui ont permis le développement du Caritas baby Hospital par leur généreuse contribution financière.
Je rends grâce à Dieu de l’opportunité qui m’est donnée de dire aux administrateurs, aux médecins, aux infirmières et au personnel du Caritas Baby Hospital combien j’estime les précieux services qu’ils ont offerts – et continuent d’offrir – depuis plus de 50 ans aux enfants de la région de Bethléem et de toute la Palestine. Le Père Ernst Schnydrig fonda cet établissement car il était convaincu que les enfants innocents méritaient un abri sûr qui les protège de tout ce qui peut les blesser en des temps et en des lieux de conflit. Grâce au dévouement du Children’s Relief Bethlehem, cette institution est restée une oasis tranquille pour les plus vulnérables, et elle a indiqué, comme un phare d’espérance, que l’amour peut prévaloir sur la haine et la paix sur la violence.
À ces jeunes patients et aux membres de leurs familles qui bénéficient de vos soins, je souhaite simplement dire : « Le Pape est avec vous ! ». Aujourd’hui, il est en personne avec vous, mais il accompagne chacun de vous spirituellement, et chaque jour, dans ses pensées et dans ses prières, demandant au Très-Haut de veiller sur vous dans sa tendresse.
Le Père Schnydrig décrit ce lieu comme « un des plus petits ponts construits pour la paix ». Etant passé de 40 lits à 80 lits d’enfants, et répondant, chaque année, aux nécessités de milliers d’enfants, ce pont n’est plus si petit à présent ! Il rassemble des personnes de différentes origines, langues et religions, au nom du Règne de Dieu, du Royaume de Paix (cf. Rm 14,17). Je vous encourage chaleureusement à persévérer dans votre mission, faisant preuve de charité à l’égard de tous les malades, des pauvres et des faibles.
En cette fête de Notre-Dame de Fatima, je voudrais terminer en invoquant l’intercession de Marie, tandis que j’accorde ma Bénédiction Apostolique aux enfants et à vous tous. Prions :
Marie, Santé des malades, Refuge des pécheurs, Mère du Rédempteur : nous nous unissons aux nombreuses générations qui vous ont appelée « Bénie ». Écoutez vos enfants qui invoquent votre nom. Vous avez promis aux trois enfants de Fatima qu’« à la fin, mon Coeur Immaculé triomphera ». Qu’il en soit ainsi ! Que l’amour triomphe de la haine, la solidarité de la division, et la paix de toute forme de violence ! Que votre amour pour votre Fils nous apprenne à aimer Dieu de tout notre coeur, de toutes nos forces et de toute notre âme ! Que le Très-Haut nous montre sa miséricorde, nous fortifie par sa puissance, et nous comble de tout bien (cf. Lc 1,46-56) ! Nous demandons à votre Fils Jésus de bénir ces enfants et tous les enfants du monde qui souffrent. Qu’ils obtiennent la santé du corps, la force de l’esprit et la paix de l’âme ! Mais, avant tout, qu’ils sachent qu’ils sont aimés d’un amour qui ne connaît pas de bornes ni de limites : l’amour du Christ qui dépasse tout entendement (cf. Ep 3,19). Amen.
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Bethléem
Mercredi 13 mai 2009
Monsieur le Président,
Chers amis,
Cet après-midi, ma visite au Camp de réfugiés Aïda me donne l’opportunité d’exprimer ma solidarité à l’ensemble des Palestiniens qui n’ont pas de maison et qui attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon durable dans une patrie qui soit à eux. Merci à vous, Monsieur le Président, pour votre aimable accueil. Je vous remercie aussi, Monsieur Abu Zayd, ainsi que toutes les personnes qui ont pris la parole. À tous les personnels de l’Office de Secours et de Travaux des Nations Unies pour les Réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient qui prennent soin des réfugiés, j’exprime la reconnaissance d’une multitude d’hommes et de femmes à travers le monde pour le travail qui est fait ici et dans les autres camps de la région.
J’adresse un salut particulier aux élèves et aux professeurs des écoles. Par votre engagement dans l’éducation, vous exprimez une espérance pour l’avenir. À tous les jeunes présents ici, je dis : renouvelez vos efforts pour vous préparer au temps où, dans les années à venir, vous serez en charge des affaires du Peuple palestinien. Les parents ont ici un rôle très important, et à toutes les familles présentes dans ce camp, je dis : ayez à coeur d’encourager vos enfants dans leurs études et de cultiver leurs talents, de telle sorte que ne manque pas le personnel qualifié pour occuper les fonctions dirigeantes dans la Communauté palestinienne dans l’avenir. Je sais que beaucoup de vos familles sont séparées – à cause de l’emprisonnement de membres de la famille, ou des restrictions dans la liberté de déplacement – et que beaucoup d’entre vous ont connu le deuil pendant les hostilités. Mon coeur va vers tous ceux qui ont ainsi souffert. Soyez assurés que tous les réfugiés palestiniens à travers le monde, spécialement ceux qui ont perdu leurs maisons et des êtres chers durant le récent conflit à Gaza, sont présents dans mes prières.
Je souhaite saluer le bon travail réalisé par nombres d’organismes de l’Église en faveur des réfugiés ici et dans les autres parties des Territoires Palestiniens. La Mission pontificale pour la Palestine, fondée il y a soixante ans pour coordonner l’assistance catholique humanitaire aux réfugiés, poursuit son travail toujours indispensable aux côtés d’autres organisations semblables. Dans ce camp, la présence des Soeurs franciscaines missionnaires du Coeur immaculée de Marie nous invite à faire mémoire de la figure charismatique de saint François, ce grand apôtre de la paix et de la réconciliation. En effet, je veux exprimer ma reconnaissance particulière pour la contribution exceptionnelle apportée par les différents membres de la famille franciscaine dans l’attention aux populations de cette région, se faisant des « instruments de paix », selon l’expression du saint d’Assise retenue par la postérité.
Instruments de paix. Combien les gens de ce camp, de ces Territoires, et de la région tout entière attendent la paix ! En ces jours, ce long désir prend un relief particulier quand vous vous souvenez des événements de mai 1948 et des années de conflit, non encore résolu, qui suivirent ces événements. Vous vivez maintenant dans des conditions précaires et difficiles, avec des possibilités limitées de trouver un emploi. Il est compréhensible que vous vous sentiez souvent frustrés. Vos aspirations légitimes à un logement stable, à un État palestinien indépendant, demeurent non satisfaites. Au contraire, vous vous trouvez piégés, comme beaucoup d’autres en cette région et à travers le monde sont piégés, dans une spirale de violence, d’attaque et de contre-attaque, de vengeance et de destruction continuelle. Le monde entier soupire pour que cette spirale soit brisée et pour que par la paix soit mis fin à ces combats qui ne cessent pas de durer.
Dominant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semble avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits. Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix ! Comme nous prions constamment pour la fin des hostilités qui sont à l’origine de ce mur !
De part et d’autres du mur, un grand courage est nécessaire pour dépasser la peur et la défiance, pour résister au désir de se venger des pertes ou des torts subis. Il faut de la magnanimité pour rechercher la réconciliation après des années d’affrontement. Pourtant l’histoire a montré que la paix ne peut advenir que lorsque les parties en conflit sont désireuses d’aller au-delà de leurs griefs et de travailler ensemble pour des buts communs, prenant chacune au sérieux les inquiétudes et les peurs de l’autre et s’efforçant de créer une atmosphère de confiance. Il faut de la bonne volonté pour prendre des initiatives imaginatives et audacieuses en vue de la réconciliation : si chaque partie insiste en priorité sur les concessions que doit faire l’autre, le résultat ne peut être qu’une impasse.
L’aide humanitaire, comme celle qui est fournie dans ce camp, a un rôle essentiel à jouer, mais la solution à long terme à un conflit tel que celui-ci ne peut être que politique. Personne n’attend que les Palestiniens et les Israéliens y parviennent seuls. Le soutien de la communauté internationale est vital, et c’est pourquoi, je lance un nouvel appel à toutes les parties concernées pour jouer de leur influence en faveur d’une solution juste et durable, respectant les requêtes légitimes de toutes les parties et reconnaissant leur droit de vivre dans la paix et la dignité, en accord avec la loi internationale. En même temps, toutefois, les efforts diplomatiques ne pourront aboutir heureusement que si les Palestiniens et les Israéliens ont la volonté de rompre avec le cycle des agressions. Je me rappelle ces autres mots magnifiques attribués à saint François : « Là où il y a la haine, que je mette l’amour, là où il y a l’injure, que je mette le pardon… là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière, là où il y a la tristesse, la joie ».
À vous tous, je renouvelle mon appel à vous engager profondément pour cultiver la paix et la non-violence, suivant l’exemple de saint François et des autres grands artisans de paix. La paix doit commencer à la maison, dans la famille, dans le coeur. Je continue de prier pour que toutes les parties du conflit qui se déroule sur ces terres aient le courage et l’imagination nécessaires pour emprunter le difficile mais indispensable chemin de la réconciliation. Puisse la paix fleurir à nouveau sur ces terres ! Puisse Dieu bénir son peuple avec la paix !
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Cours du Palais présidentiel - Bethléem
Mercredi 13 mai 2009
Monsieur le Président,
Chers Amis,
Je vous remercie pour la grande délicatesse dont vous m’avez entouré durant cette journée que j’ai passée en votre compagnie, ici dans les Territoires Palestiniens. Je sais gré au Président Mahmoud Abbas pour son hospitalité et pour ses paroles courtoises. Il était émouvant pour moi également d’écouter les témoignages des résidents qui nous ont parlé de leurs conditions de vie, ici, en Cisjordanie et à Gaza. Je vous assure tous que je vous garde dans mon coeur et que j’attends ardemment de voir se réaliser la paix et la réconciliation dans ces terres tourmentées.
Ce fut vraiment un jour mémorable. Depuis mon arrivée à Bethléem, ce matin, j’ai eu la joie de célébrer la Messe avec une multitude de fidèles dans le lieu même où Jésus-Christ, lumière des Nations et espérance du monde, est né. J’ai pu constater les soins donnés aux nouveaux nés du Caritas Baby Hospital. Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui, comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons. Près du Camp et surplombant une partie de Bethléem, j’ai vu également le mur qui fait intrusion dans vos territoires, séparant des voisins et divisant des familles.
Bien qu’il soit facile d’édifier des murs, nous savons tous, qu’ils ne subsistent pas toujours. Ils peuvent être abattus. Il est d’abord nécessaire d’ôter les murs construits autour de nos coeurs, les barrières érigées contre nos voisins. C’est pourquoi, dans ce mot de congé, je désire relancer un appel à l’ouverture et à la générosité d’esprit pour mettre fin à l’intolérance et à l’exclusion. Peu importe combien un conflit peut paraître insoluble et profondément ancré, il y a toujours des raisons d’espérer qu’il puisse être résolu, et que les efforts patients et persévérants de ceux qui travaillent pour la paix et la réconciliation, porteront des fruits en fin de compte. Mon souhait sincère pour vous, peuple de Palestine, est que cela arrivera bientôt pour vous permettre de jouir de la paix, de la liberté et de la stabilité dont vous avez été privés depuis si longtemps.
Soyez assurés que je vais continuer à utiliser toutes les opportunités pour encourager ceux qui sont engagés dans les négociations de paix à travailler ensemble pour une solution juste qui respecte les aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens. Comme un pas important dans cette direction, le Saint-Siège cherche à établir rapidement, conjointement avec l’Autorité Palestinienne, la Commission bilatérale permanente de travail qui fut envisagée par l’Accord de base, signé au Vatican le 15 février 2000 (cf. Basic Agreement between the Holy See and the Palestine Liberation Organization, art. 9).
Monsieur le Président, chers amis, je vous remercie une nouvelle fois et je vous recommande tous à la protection du Tout-Puissant. Puisse Dieu regarder avec amour chacun d’entre vous, vos familles et ceux qui vous sont chers. Puisse-t-Il bénir par la paix le peuple Palestinien !
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Mont du Précipice - Nazareth
Jeudi 14 mai 2009
Chers Frères et Soeurs,
« Que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ ressuscité à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps ! » (Col 3,15). Avec ce souhait de l’Apôtre Paul, je vous salue tous avec affection dans le Seigneur ! Je me réjouis de venir ici à Nazareth, lieu béni par le mystère de l’Annonciation, lieu qui fut le témoin des années cachées du Christ grandissant en sagesse, en âge et en grâce (cf. Lc 2,52). Je remercie Mgr Elias Chacour de ses cordiales paroles de bienvenue et je vous donne à tous le baiser de paix, à vous mes Frères Évêques, aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, et à vous tous les fidèles de Galilée qui, dans la diversité de vos rites et de vos traditions, exprimez l’universalité de l'Église du Christ. Je désire remercier de manière particulière tous ceux qui ont apporté leur collaboration à la préparation de cette célébration, et particulièrement ceux qui ont oeuvré au projet de ce nouveau théâtre et à sa construction, nous offrant un magnifique panorama sur la ville.
Nous voici rassemblés ici, dans la ville où vécurent Jésus, Marie et Joseph, pour marquer la clôture de l’Année de la Famille qui a été célébrée par l'Église en Terre Sainte. En signe d’espérance pour l’avenir, je vais bénir la première pierre du Centre international pour la Famille qui doit être construit à Nazareth. Prions pour que ce Centre promeuve une vie familiale solide dans cette région, qu’il offre partout un soutien et une assistance aux familles, et qu’il les encourage dans leur mission irremplaçable dans la société.
Cette étape de mon pèlerinage, j’en suis sûr, va faire converger l’attention de toute l'Église vers cette ville de Nazareth. Chacun de nous, comme le Pape Paul VI l’avait dit ici, a besoin de revenir à Nazareth, de contempler d’un regard toujours nouveau le silence et l’amour de la Sainte Famille, modèle de toute famille chrétienne. Ici, devant l’exemple de Marie, Joseph et Jésus, nous sommes conduits à apprécier toujours plus pleinement le caractère sacré de la famille, qui, selon le plan de Dieu, est fondée sur la fidélité d’un homme et d’une femme unis pour toute la vie dans l’alliance du mariage et ouverts au don, par Dieu, d’une vie nouvelle. Les hommes et les femmes de notre temps ont un tel besoin de redécouvrir et de faire leur cette vérité fondamentale, qui est à la base de la société ! Et combien est important le témoignage de couples mariés pour la formation de consciences droites et l’édification d’une civilisation de l’amour !
Dans la première lecture de ce jour, tirée du Livre de Ben Sirac (Si 3,3-7 Si 3,14-17), la Parole de Dieu présente la famille comme la première école de sagesse, une école qui apprend à ses membres à pratiquer les vertus conduisant à un bonheur authentique et à des réalisations durables. Selon le plan de Dieu pour la famille, l’amour du mari et de sa femme porte ses fruits dans l’éclosion d’une nouvelle vie, et trouve son expression quotidienne dans les efforts pleins d’amour des parents pour assurer à leurs enfants une formation humaine et spirituelle intégrale. Dans la famille chaque personne, qu’il s’agisse du plus petit des enfants ou du parent le plus âgé, est appréciée pour elle-même et n’est pas considérée simplement en fonction d’autres buts. Nous commençons ici à percevoir quelque chose du rôle essentiel de la famille comme première pierre d’une société accueillante et bien organisée. Et nous pouvons prendre aussi la mesure, à l’intérieur d’une communauté plus large, des devoirs de l’État en vue de soutenir la famille et ses droits propres, afin aussi de faire en sorte que toutes les familles puissent vivre et s’épanouir dans des conditions dignes.
L’Apôtre saint Paul, en écrivant aux Colossiens, prend instinctivement l’exemple de la famille quand il veut montrer les vertus qui permettent d’édifier « le seul corps » qu’est l'Église. Parce que nous sommes choisis par Dieu, nous ses fidèles et bien-aimés, nous sommes appelés à vivre en harmonie et en paix les uns avec les autres, à nous supporter les uns les autres et par-dessus tout à pardonner, ayant l’amour qui fait l’unité dans la perfection (cf. Col 3,12-14). Tout comme dans l’alliance du mariage, l’amour de l’homme et de la femme est élevé par la grâce au point d’avoir part à l’amour du Christ pour son Église et d’en être une expression (cf. Ep 5,32), de la même manière la famille, enracinée dans cet amour, est appelée à être « une Église domestique », un lieu de foi, de prière et de souci affectueux pour le bien véritable et durable de chacun de ses membres.
Tandis que nous réfléchissons sur ces réalités dans cette ville, la cité de l’Annonciation, nos pensées se tournent naturellement vers Marie, la « pleine de grâce », la Mère de la Sainte Famille et notre Mère. Nazareth nous remet en mémoire le besoin que nous avons de reconnaître et de respecter ces dons de Dieu que sont la dignité et le rôle propre des femmes ainsi que leurs charismes et talents particuliers. Que ce soit comme mères de famille, ou bien par leur présence au travail ou dans les institutions de la société ou encore à travers une vocation particulière à suivre le Seigneur par les conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance, les femmes ont un rôle indispensable pour créer cette « écologie humaine » (cf. Centesimus Annus CA 39) dont notre monde et cette terre ont un si grand besoin : c’est un environnement où les enfants apprennent à aimer et à accueillir les autres, à être honnêtes et respectueux envers tous, à pratiquer les vertus de miséricorde et de pardon.
Ici nous pensons aussi à saint Joseph, l’homme juste que Dieu a voulu placer à la garde de sa maison. A travers l’exemple fort et paternel de Joseph, Jésus a appris les vertus d’une piété vigoureuse, la fidélité à la parole donnée, la droiture et le dur labeur. Dans le charpentier de Nazareth, il découvrait comment l’autorité placée au service de l’amour est infiniment plus féconde que le pouvoir qui cherche à dominer. Notre monde a tant besoin d’être guidé par l’exemple, la force paisible d’hommes comme Joseph !
Enfin, en contemplant la Sainte Famille de Nazareth, nous nous tournons vers l’Enfant Jésus qui, dans la maison de Marie et Joseph, grandit en sagesse et en intelligence jusqu’au jour où il commença son ministère public. C’est le lieu maintenant de vous faire part, à vous les jeunes qui êtes ici, d’une simple pensée. Le Deuxième Concile du Vatican nous enseigne que les enfants ont un rôle particulier à jouer pour aider leurs parents à croître en sainteté (cf. Gaudium et Spes GS 48). Je vous encourage à réfléchir sur cela, et à laisser l’exemple de Jésus vous guider, pas seulement en montrant du respect à vos parents, mais aussi en les aidant à découvrir plus pleinement l’amour qui donne à nos vies leur sens le plus profond. Dans la Sainte Famille de Nazareth, c’était Jésus qui enseignait à Marie et à Joseph quelque chose de la grandeur de l’amour de Dieu, son Père céleste, source première de tout amour, Père dont toute famille au ciel et sur terre tire son nom (cf. Ep 3,14-15).
Chers amis, dans la Prière d’ouverture de la Messe d’aujourd’hui, nous avons demandé au Père de « nous aider à vivre comme la Sainte Famille, unis dans le respect et l’amour ». Réaffirmons ensemble, ici, notre engagement à être ferment de respect et d’amour dans le monde qui nous entoure. Ce « Mont du Précipice » nous rappelle, comme il l’a fait pour des générations de pèlerins avant nous, que le message du Seigneur était parfois source de contradiction et de conflit pour ses auditeurs. Et ces dernières années, Nazareth a malheureusement connu des tensions, dont le monde entier a eu l’écho, et qui ont blessé les relations entre les communautés chrétiennes et musulmanes. J’invite les personnes de bonne volonté de ces deux communautés à remédier aux dommages qui ont été causés et, dans la fidélité à notre foi commune au Dieu Unique, Père de la famille humaine, je leur demande de travailler à construire des ponts et de trouver les moyens de vivre paisiblement ensemble. Que chacun rejette le pouvoir destructeur de la haine et des préjugés, qui porte la mort dans l’âme des personnes avant de tuer les corps !
Permettez-moi de conclure avec un mot de gratitude et de félicitations à tous ceux qui s’efforcent de porter l’amour de Dieu aux enfants de cette ville, et d’éduquer les nouvelles générations sur les chemins de la paix. Je remercie de manière particulière les efforts des Églises particulières qui, notamment à travers leurs écoles et leurs institutions de charité, cherchent à briser les murs et à offrir un terrain favorable pour les rencontres, le dialogue, la réconciliation et la solidarité. J’encourage le dévouement des prêtres, des religieux et des religieuses, des catéchistes et des enseignants, avec les parents et tous ceux qui se soucient du bien de nos enfants, les invitant à témoigner avec persévérance de l’Évangile, à garder confiance dans le triomphe de la bonté et de la vérité, et à croire que Dieu donnera la croissance à toute initiative qui tend à l’extension du Royaume de sainteté, de solidarité, de justice et de paix. Dans le même temps, je veux souligner avec gratitude la solidarité dont tant de nos frères et soeurs à travers le monde font preuve à l’égard des fidèles de Terre sainte en soutenant les programmes et les actions remarquables du Catholic Near East Welfare Association.
« Que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1,38). Que Notre-Dame de l’Annonciation, qui a courageusement ouvert son coeur au plan mystérieux de Dieu et est devenue la Mère de tous les croyants, nous guide et nous assiste par son intercession ! Puisse-t-elle obtenir, pour nous et pour nos familles, la grâce d’ouvrir l’oreille au message du Seigneur qui a le pouvoir d’élargir nos coeurs (cf. Ac 20,32), afin de nous inspirer les décisions courageuses à prendre et de guider nos pas sur les chemins de la paix !
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Chers amis,
Je remercie Monseigneur Giacinto-Boulos Marcuzzo pour ses paroles de bienvenue et vous-mêmes pour le chaleureux accueil que vous me réservez. Je salue cordialement les chefs des différentes communautés ici présents, Chrétiens, Musulmans, Juifs, Druzes et les membres d’autres religions.
C’est pour moi une bénédiction que de pouvoir visiter cette ville vénérée par les Chrétiens comme le lieu où l’Ange vint annoncer à la Vierge Marie qu’elle concevrait par la puissance de l’Esprit Saint. Ici aussi, Joseph, son fiancé, vit dans un songe l’Ange qui lui dit de donner à l’enfant le nom de « Jésus ». Après les événements merveilleux qui ont accompagné sa naissance, l’enfant fut emmené ici par Joseph et Marie et c’est là qu’il « grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui » (cf. Lc 2,40).
La conviction que le monde est un don de Dieu, et que Dieu est entré dans les tours et détours de l’histoire humaine, est la perspective à partir de laquelle les Chrétiens envisagent la création et la considèrent comme ayant une raison et un but. Loin d’être le résultat d’un destin aveugle, le monde a été voulu par Dieu et révèle sa splendeur glorieuse.
Au coeur de toutes les traditions religieuses se trouve la conviction que la paix elle-même est un don de Dieu, même si elle ne peut pas être atteinte sans les efforts de l’homme. La paix durable a sa source dans la reconnaissance que le monde, en dernière analyse, ne nous appartient pas, mais qu’il est plutôt l’horizon à l’intérieur duquel nous sommes invités à participer à l’amour de Dieu et à lui apporter notre coopération pour guider le monde et l’histoire sous son inspiration. Nous ne pouvons pas agir avec le monde selon notre bon plaisir ; mais, plutôt, nous sommes appelés à rendre nos choix conformes aux lois subtiles mais néanmoins perceptibles inscrites par le Créateur dans l’univers et à mettre nos actions en accord avec la bonté divine qui imprègne tout le monde créé.
La Galilée est une terre connue pour sa diversité religieuse et ethnique, c’est la terre d’un peuple qui connaît bien les efforts requis pour vivre dans une harmonieuse coexistence. Nos différentes traditions religieuses ont chacune un puissant potentiel pour promouvoir une culture de paix, en particulier par l’enseignement et la prédication des valeurs spirituelles les plus profondes de notre commune humanité. En formant le coeur des jeunes, nous formons l’avenir de l’humanité elle-même. Les Chrétiens s’unissent volontiers aux Juifs, aux Musulmans, aux Druzes et aux membres d’autres religions dans le désir de protéger les enfants contre le fanatisme et la violence, tout en les préparant à être les bâtisseurs d’un monde meilleur.
Mes chers amis, je sais que vous accueillez avec joie et avec un souhait de paix les nombreux pèlerins qui parcourent la Galilée. Je vous encourage à continuer à mettre en pratique des comportements de respect mutuel alors que vous oeuvrez pour apaiser les tensions concernant des lieux de culte, assurant ainsi un environnement serein pour la prière et la réflexion, ici même et dans toute la Galilée. Représentant différentes traditions religieuses, vous partagez le désir de contribuer au mieux-être de la société, rendant ainsi témoignage aux valeurs spirituelles et religieuses qui sont un soutien pour la vie publique. Je peux vous assurer de l’engagement de l'Église catholique à s’unir à vous dans cette noble entreprise. Avec les hommes et les femmes de bonne volonté, elle cherchera à faire en sorte que la lumière de la vérité, de la paix et de la bonté continue à briller depuis la Galilée, conduisant ainsi les peuples de toute la planète à rechercher tout ce qui peut favoriser l’unité de la famille humaine. Que Dieu vous bénisse tous !
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Chers Frères et Soeurs dans le Christ,
C’est avec une profonde et joyeuse gratitude que j’accomplis cette visite au Patriarcat Grec Orthodoxe de Jérusalem ; c’est un moment que j’attendais depuis longtemps. Je remercie le Patriarche, Sa Béatitude Theophilos III, pour ses aimables et fraternelles paroles d’accueil, auxquelles je réponds chaleureusement. J’exprime aussi à vous tous ma sincère reconnaissance pour l’occasion qui m’est donnée de rencontrer une nouvelle fois les nombreux responsables d’Églises et de communautés ecclésiales qui sont présents.
Ce matin, j’ai en mémoire les rencontres historiques qui ont eu lieu ici à Jérusalem entre mon prédécesseur le Pape Paul VI et le Patriarche oecuménique Athénagoras Ier, ainsi qu’entre le Pape Jean-Paul II et Sa Béatitude le Patriarche Diodoros. Ces rencontres, y compris la mienne aujourd’hui, ont une grande portée symbolique. Elles rappellent que la lumière de l’Orient (cf. Is 60,1 Ap 21,10) a illuminé le monde entier au moment précis où l’« astre » nous a visité (Lc 1,78) ; elles nous rappellent également que c’est à partir d’ici que l’Évangile a été enseigné à toutes les nations.
En nous tenant en ce lieu sacré, à côté de l’Église du Saint-Sépulcre, qui marque le lieu où notre Seigneur crucifié se releva d’entre les morts pour toute l’humanité, et proche du Cénacle, où le jour de la Pentecôte « ils se trouvaient réunis tous ensemble » (Ac 2,1), qui pourrait ne pas se sentir poussé à déployer la meilleure bonne volonté, la plus grande érudition et le plus ferme désir spirituel en faveur du devoir oecuménique ? Je prie pour que notre rencontre d’aujourd’hui donne un nouvel élan aux travaux de la Commission internationale conjointe pour le Dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et les Églises orthodoxes, s’ajoutant aux fruits récents du document de Ravenne et d’autres initiatives conjointes.
Ce fut une joie particulière pour nos Églises que la participation du Patriarche OEcuménique de Constantinople, Sa Sainteté Bartholoméos Ier, au récent Synode des Évêques consacré au thème de La parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. L’accueil chaleureux qu’il a reçu et son intervention touchante furent des expressions sincères de la joie spirituelle profonde qui jaillit de l’étendue de la communion déjà existante entre nos Églises. Une telle expérience oecuménique porte clairement témoignage du lien entre l’unité de l’Église et sa mission. En étendant ses bras sur la Croix, Jésus a révélé l’amplitude de son désir d’attirer tous les hommes à lui, les unissant à lui pour qu’ils ne fassent plus qu’un (cf. Jn 12,32). Répandant son Esprit sur nous, il a dévoilé son pouvoir de nous rendre capables de participer à sa mission de réconciliation (cf. Jn 19,30 Jn 20,22-23). Dans ce souffle, à travers la rédemption qui unie, tient notre mission ! C’est alors une petite merveille, lorsque, dans notre désir brûlant de porter le Christ aux autres, de faire connaître son message de réconciliation (cf. 2Co 5,19), nous éprouvons la honte de nos divisions. Cependant, envoyés par le Christ dans le monde (cf. Jn 20,21), fortifiés par la puissance d’unité qu’est le Saint Esprit (ibid. v. Jn 20,22), proclamant la réconciliation qui conduit chacun à croire que Jésus est le Fils de Dieu (ibid. v. Jn 20,31), nous trouverons l’énergie pour redoubler nos efforts pour parfaire notre communion, pour la rendre totale, pour porter un témoignage commun à l’amour du Père qui envoie son Fils afin que le monde puisse connaître son amour pour nous (cf. Jn 17,23).
Il y a près de deux mille ans, dans ces mêmes rues, un groupe de grecs fit cette demande à Philippe : « Nous voudrions voir Jésus » (Jn 12,22). C’est une demande qui nous est faite aujourd’hui, ici à Jérusalem, en Terre Sainte, dans cette région et partout dans le monde. Comment allons-nous répondre ? Notre réponse est-elle entendue ? Saint Paul nous alerte sur notre grave responsabilité de répondre, sur notre mission d’enseigner et sur celle de prêcher. Il dit : « La foi naît de ce qu’on entend ; et ce qu’on entend, c’est l’annonce de la parole du Christ » (Rm 10,17). Il est donc impératif que les responsables chrétiens et leurs communautés rendent un témoignage vibrant de ce que notre foi proclame : la Parole éternelle, qui est entrée dans le temps et l’espace de cette terre, Jésus de Nazareth, qui a marché dans ces rues, par ses enseignements et ses actions appelle les hommes de toutes les époques à entrer dans sa vie de vérité et d’amour.
Chers amis, alors que je vous encourage à annoncer joyeusement le Christ ressuscité, je souhaite aussi saluer le travail accompli à cette fin par les Chefs des Communautés chrétiennes, qui se rencontrent régulièrement dans cette ville. Il me semble que le plus grand service que les chrétiens de Jérusalem puissent offrir à leurs concitoyens est l’éducation d’une future génération de chrétiens bien formés et engagés, sérieux dans leur désir de contribuer généreusement à la vie civique et religieuse de cette ville unique et sainte. La priorité fondamentale de tout responsable chrétien est de nourrir la foi des personnes et des familles confiées à sa sollicitude pastorale. Ce souci pastoral commun assurera que vos rencontres régulières sont marquées par la sagesse et la charité fraternelle nécessaires pour vous soutenir les uns les autres et pour partager à la fois les joies et les difficultés particulières qui marquent la vie de votre peuple. Je prie afin que les aspirations des chrétiens de Jérusalem soient comprises comme concordantes avec les aspirations de tous ses habitants quelles que soient leurs religions : l’exercice de la liberté religieuse, la coexistence pacifique et - pour les jeunes en particulier - un accès ouvert à l’enseignement et à l’emploi, la possibilité de trouver des logements convenables, en particulier pour les familles, et l’opportunité de bénéficier et de contribuer à la stabilité économique.
Béatitude, je vous remercie encore une fois pour la délicatesse de l’invitation que vous m’avez faite ainsi qu’à tous vos autres hôtes. Sur chacun de vous et sur les communautés que vous représentez, j’invoque une abondance de grâces divines de force et de sagesse ! Puissiez-vous être tous fortifiés par l’espérance du Christ qui ne déçoit pas !
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Discours 2009 56