Catena Aurea 13031

vv. 31-38

13031 Jn 10,31-38

S. Aug. (Traité 48). Les Juifs ne purent supporter ces paroles: «Mon Père et moi nous sommes un», et obéissant à leur dureté habituelle, ils coururent chercher des pierres pour les lui jeter: «Alors les Juifs prirent des pierres pour le lapider». - S. Hil. (de la Trin., 7) Maintenant que le Seigneur est assis au plus haut des cieux, les hérétiques refusent encore d'obéir à ses paroles par le même sentiment d'incrédulité, et le poursuivent de leur haine sacrilège; ils lancent contre lui leurs impiétés comme autant de pierres, et s'ils le pouvaient, ils le renverseraient de son trône pour l'attacher de nouveau à la croix.

Théophyl. Mais le Sauveur voulant leur prouver que leur fureur contre lui n'a aucune raison d'être, leur rappelle les prodiges qu'il avait opérés: «J'ai fait devant vous beaucoup d'oeuvres excellentes», etc. - Alcuin. C'est-à-dire, les guérisons des infirmes, l'éclat de ma doctrine et de mes miracles, dont mon Père était le principe comme je vous l'ai déclaré, parce que j'ai toujours cherché sa gloire, pour laquelle donc de ces oeuvres me lapidez-vous? Ils sont forcés de reconnaître la multitude des bienfaits dont Jésus-Christ les a comblés, mais ils relèvent comme un blasphème ce qu'il a dit, qu'il était égal à son Père: «Les Juifs lui répondirent: Ce n'est pas pour aucune bonne oeuvre que nous vous lapidons, mais à cause de votre blasphème», etc. - S. Aug. C'est la réponse qu'ils font à cette parole du Sauveur: «Mon Père et moi nous ne sommes qu'un». Voici donc que les Juifs ont compris ce que n'ont pas compris les Ariens, car la colère des Juifs vint de ce qu'ils comprirent bien qu'il ne pouvait dire: Mon Père et moi nous ne sommes qu'un, qu'autant qu'il y avait égalité parfaite entre son Père et lui. - S. Hil. (de la Trin., 7) Le Juif dit: «Alors que vous êtes un homme»; l'Arien: «Alors que vous êtes une créature», et tous deux poursuivent: «Vous vous faites Dieu». Les ariens, en effet, en font un Dieu d'une nature nouvelle et toute particulière, un Dieu d'un nouveau genre, ou plutôt un Dieu qui n'en est pas un, puisqu'ils prétendent qu'il n'est point Fils de Dieu par naissance, qu'il n'est point Dieu en vérité, et qu'il est tout simplement une créature plus excellente que les autres.

S. Chrys. (hom. 61). Notre-Seigneur, loin de détruire l'opinion où étaient les Juifs, qu'il se disait égal à Dieu, cherche au contraire à la confirmer: «Jésus leur repartit: N'est-il pas écrit dans votre loi», etc. - S. Aug. C'est-à-dire, dans la loi qui vous a été donnée: «Je l'ai dit: Vous êtes des dieux». Ce sont les paroles que Dieu adresse aux hommes dans les psaumes par son prophète. Le Sauveur comprend quelquefois sous le nom de loi, toutes les Écritures; en d'autres endroits il la distingue des écrits prophétiques: «A ces deux commandements se rattachent toute la loi et les prophètes» (Mt 22,40). Quelquefois il divise les Écritures en trois parties: «Il fallait que tout ce qui a été prédit de moi, dans la loi, dans les prophètes et dans les psaumes, fût accompli» (Lc 24,26-27). Ici il comprend les psaumes sous le nom de loi, et voici son raisonnement: Si l'Ecriture appelle dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et que l'Ecriture ne puisse être démentie, comment dites-vous à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde: Vous blasphémez, parce que j'ai dit: Je suis le Fils de Dieu ?

S. Hil. (de la Trin., 7) Le Sauveur, avant de démontrer que son Père et lui n'avaient qu'une seule et même nature, commence par repousser l'accusation aussi ridicule qu'outrageante que les Juifs dirigeaient contre lui, qu'il se faisait Dieu lorsqu'il était homme, car puisque ce nom était donné à de saints personnages, et que la parole de Dieu appuyait de son autorité irréfragable l'attribution faite de ce nom à de simples mortels, ce n'est donc point un crime pour lui de se faire Dieu, quand il n'aurait été qu'un homme, puisque la loi elle-même appelle Dieu ceux qui ne sont que des hommes. Et si les autres hommes peuvent prendre ce nom sans aucune usurpation sacrilège, à plus forte raison celui que le Père a sanctifié peut-il sans usurpation prendre ce nom et se dire le Fils de Dieu, puisqu'il surpasse tous les autres par la sanctification qu'il a reçue comme Fils, d'après ces paroles de saint Paul: «Qu'il était prédestiné Fils de Dieu en puissance, selon l'esprit de sanctification», (Rm 1,4) car toute cette réponse du Sauveur a trait à son humanité, et tend à établir que le Fils de Dieu est aussi le Fils de l'homme.

S. Aug. Ou bien encore, le Père l'a sanctifié, c'est-à-dire, lui a donné d'être saint en l'engendrant, parce qu'il l'a engendré dans la plénitude de la sainteté. Or, si la parole de Dieu, adressée aux hommes, leur a donné le nom de dieux, comment le Verbe de Dieu ne serait-il pas Dieu lui-même? Et si les hommes, en participant au Verbe de Dieu, deviennent eux-mêmes des dieux, comment le Verbe qui fait entrer en participation de lui-même, ne serait-il pas Dieu? - Théophyl. Ou bien, il l'a sanctifié, c'est-à-dire, il a ordonné qu'il serait offert en sacrifice pour le monde, ce qui prouve qu'il n'est pas Dieu comme les autres hommes, car sauver le monde est une oeuvre toute divine et bien au-dessus d'un homme déifié par la grâce.

S. Chrys. (hom. 61). Ou bien encore, Notre-Seigneur s'exprime d'abord en termes plus humbles de lui-même, pour faire recevoir plus facilement ses paroles, et s'élever ensuite à de plus hautes considérations: «Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez point». Il prouve ainsi qu'il n'est en rien inférieur à son Père: et comme il était impossible de voir sa nature divine, il prouve que la ressemblance est l'identité des oeuvres, la parfaite égalité de puissance. - S. Hil. (de la Trin., 7) Comment trouver place ici à une simple adoption, à un nom concédé par indulgence, pour nier qu'il soit le Fils de Dieu par nature, alors que les oeuvres de la puissance du Père prouvent évidemment qu'il est le Fils de Dieu? La créature ne peut prétendre ni à l'égalité ni à la ressemblance avec Dieu, et aucune nature créée ne peut lui être comparée en puissance. Or, le Fils déclare qu'il accomplit non pas ses oeuvres, mais les oeuvres de son Père, pour ne pas détruire par l'éclat de ses oeuvres la vérité de sa naissance. Et comme le mystère de son incarnation, dans le sein de Marie, découvrait surtout en lui le Fils de l'homme et non le Fils de Dieu, il appuie notre foi sur ses oeuvres: «Mais si je les fais, quand bien même vous ne voudriez pas me croire, croyez aux oeuvres». Pourquoi, en effet, le mystère de sa naissance humaine, de son humanité, nous empêcherait-il d'admettre sa naissance divine, puisque c'est sous le voile de l'humanité que la nature divine accomplit toutes ses oeuvres? Mais quelle est la vérité qu'il veut faire ressortir des oeuvres du Père qu'il accomplit? «Afin que vous connaissiez et que vous croyiez que mon Père est en moi, et moi dans mon Père», c'est-à-dire que je suis le Fils de Dieu, ou en d'autres termes, que mon Père et moi ne sommes qu'un (Jn 10,30). - S. Aug. (Traité 48 sur S. Jean). Le Fils de Dieu ne dit pas: Mon Père est en moi et moi en lui, dans le sens que les hommes le peuvent dire; car si nos pensées sont bonnes, nous sommes en Dieu, et si notre vie est sainte, Dieu est en nous. Lorsque nous participons à sa grâce et que nous recevons sa lumière, nous sommes en lui, et lui en nous. Mais pour le Fils unique de Dieu, il est dans le Père, et le Père est en lui, comme un égal est dans celui qui lui est égal.


vv. 39-42

13039 Jn 10,39-42

Bède. Nous voyons par le récit de l'Évangéliste que les Juifs persévèrent avec opiniâtreté dans leur égarement: «Les Juifs cherchaient donc à le prendre». - S. Aug. (Traité 48) Ils cherchent à le prendre, non par la foi ou par l'intelligence, mais pour satisfaire leur haine contre lui en le mettant à mort. Vous le prenez pour l'avoir en votre possession, ils veulent le prendre pour se défaire de lui: «Et il s'échappa de leurs mains». Ils ne purent se saisir de lui, parce qu'ils n'avaient pas les mains de la foi, et il ne fut pas difficile au Verbe de délivrer son corps de ces mains de chair. - S. Chrys. (hom. 61). Lorsque le Sauveur a enseigné aux Juifs quelque grande vérité, il se dérobe presque aussitôt pour apaiser leur fureur par son absence, comme il le fait encore ici: «Et il s'en alla de nouveau au-delà du Jourdain». Pourquoi l'Évangéliste fait-il mention du lieu où il se retire? c'est pour rappeler le souvenir des actions et des paroles de Jean-Baptiste, aussi bien que de ses témoignages multipliés. - Bède. Il dit: «Où Jean était d'abord», c'est-à-dire dès ses premières années. Pendant le séjour que Jésus y fit, l'Évangéliste nous raconte qu'un grand nombre de personnes vinrent le trouver: «Et un grand nombre de personnes vinrent à lui, et ils disaient: Jean n'a fait aucun miracle». - S. Aug. C'est-à-dire qu'il n'a fait aucun miracle public, il n'a ni chassé les démons, ni rendu la vue aux aveugles, ni ressuscité les morts.

S. Chrys. Voyez la force de leurs raisonnements: «Jean, disent-ils, n'a fait aucun miracle. Jésus, au contraire, en a fait de nombreux, ce qui établit sa supériorité et sa prééminence. Cependant il ne faut pas croire pour cela que parce que Jean n'a fait aucun miracle, son témoignage soit sans autorité, aussi ajoutent-ils: «Tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai». Si Jean n'a fait aucun miracle, tous les témoignages qu'il a rendus à Jésus sont véritables. Donc si l'on devait ajouter foi aux témoignages de Jean, à plus forte raison doit-on croire à celui qui, à l'autorité de ce témoignage, joint encore l'autorité des miracles. C'est ce qui eut lieu en effet: «Et beaucoup crurent en lui». - S. Aug. Voici qu'ils s'emparent de Jésus-Christ, alors qu'il demeure au milieu d'eux, non pas comme les Juifs qui voulaient se saisir de lui, lorsqu'il s'échappait de leurs mains. Servons-nous donc aussi de la lampe pour arriver au jour, puisque Jean était la lampe, et qu'il rendait témoignage au jour.

Théophyl. Il est à remarquer que le Seigneur aimait à conduire le peuple dans des lieux solitaires, et qu'il les arrachait à la société des méchants pour leur faire produire des fruits de vertu. C'est ainsi qu'il avait conduit le peuple hébreu dans le désert pour lui donner la loi ancienne. Dans le sens mystique, Notre-Seigneur s'éloigne de Jérusalem, c'est-à-dire du peuple juif, et se dirige vers les lieux où les fontaines abondent, c'est-à-dire vers l'Eglise des nations qui a la fontaine du baptême, par laquelle un grand nombre parviennent jusqu'à Jésus-Christ en traversant le Jourdain.


CHAPITRE XI



vv. 1-5

13101 Jn 11,1-5

Bède. L'Évangéliste venait de dire que le Seigneur était allé au-delà du Jourdain, et que c'est alors que Lazare tomba malade: «Or, il y avait un homme malade, nommé Lazare, de Béthanie». De là vient que dans quelques exemplaires la conjonction copulative se trouve placée en tête de ce récit, de manière à le rattacher à ce qui précède. Le mot Lazare signifie qui a été secouru; car de tous les morts que Jésus a ressuscites, Lazare est celui qui a reçu le secours le plus signale, puisque non seulement Il était mort, mais dans le tombeau depuis quatre jours, lorsqu'il fut ressuscité. - S. Aug. (Traité 49, sur S. Jean). La résurrection de Lazare est un des plus éclatants miracles qu'ait opéré Noire-Seigneur. Mais si nous considérons l'auteur de ce miracle, notre joie doit être plus grande que notre étonnement. Celui qui a ressuscité un homme, est celui-là même qui a créé l'homme; car, créer l'homme est un acte, de puissance plus grande que de le ressusciter. Or, Lazare était malade à Béthanie, bourg où demeuraient Marthe et Marie, sa soeur, selon la remarque de l'Évangéliste. Ce bourg était proche de Jérusalem. - Alcuin. Et, comme il y avait plusieurs hommes du nom de Marie, pour nous faire éviter toute erreur, l'Évangéliste caractérise celle, dont il s'agit par une action très connue: «Marie était celle qui oignit de parfum le. Seigneur», etc.

S. Chrys. (hom. 62 sur S. Jean). Ce qu'il faut savoir tout d'abord, c'est, que ce ne fut pas cette femme de mauvaise vie dont il est parlé dans saint Luc. La soeur de Lazare était une femme vertueuse et empressée à recevoir le Sauveur. - S. Aug. (de l'accord des Evang., 2, 79). Ou bien encore, en s'exprimant de la sorte, saint Jean rend témoignage au récit de saint Luc, qui raconte, que ce fait se passa dans la maison d'un pharisien appelé Simon. Marie avait donc déjà répandu des parfums sur la tête de Jésus; elle renouvela cette action à Béthanie, comme le racontent les trois autres évangélistes, à l'exclusion de saint Luc, qui n'en parle point, parce que ce fait était étranger à son récit.

S. Aug. (Serm. 52, sur les par. du Seig). Lazare était donc atteint d'une langueur mortelle, et le feu dévorant de la fièvre consumait de jour en jour le corps de cet infortuné. Ses deux soeurs lui prodiguaient leurs soins, et, pleines de compassion pour leur jeune frère souffrant, elles restaient constamment près de son lit. Aussi les voyons-nous agir aussitôt dans son intérêt, «Ses soeurs donc envoyèrent dire à Jésus: Seigneur, voilà que celui que vous aimez est malade». - S. Aug. (Traité 49). Elles ne lui disent pas: Venez, et guérissez-le; elles n'osent lui dire: Commandez là où vous êtes, et la guérison aura lieu ici; elles se contentent de lui dire: «Voilà que celui que vous aimez est malade», c'est-à-dire, il suffit que vous en soyez averti, car vous n'abandonnez jamais celui que vous aimez.

S. Chrys. (hom. 62). Elles veulent, par ce message, réveiller la compassion pour son ami dans le coeur de Jésus; car elles agissaient encore avec lui comme avec un homme. Elles ne vinrent point trouver le Sauveur comme le Centurion et l'officier du roi; mais elles envoient vers lui, parce que la grande intimité qu'elles avaient avec Jésus-Christ leur inspirait une vive confiance dans sa bonté, et que d'ailleurs leur tristesse les retenait chez elles. - Théophyl. Ajoutons qu'il ne convient pas à des femmes de sortir trop facilement de leur maison. Mais quelle foi et quelle, confiance dans cette courte prière: «Voilà que celui que vous aimez est malade !» Elles reconnaissent dans le Seigneur une si grande puissance, qu'il leur paraît surprenant que la maladie ait pu atteindre un homme qui lui était si cher. «Ce qu'entendant Jésus, il leur dit: Cette maladie n'est pas pour la mort». - S. Aug. (Traité 49). La mort elle-même de Lazare n'était pas pour la mort, mais plutôt pour donner lieu à un grand miracle qui fit croire les hommes en Jésus-Christ et leur fit éviter la véritable mort. C'est pour cela qu'il ajoute: «Mais elle est pour la gloire de Dieu». C'est ainsi qu'il prouve indirectement qu'il est Dieu, contre les hérétiques, qui prétendent que le Fils de Dieu n'est pas Dieu. Notre-Seigneur explique, du reste, ces paroles: «Elle est pour la gloire de Dieu», en ajoutant: «Afin que le Fils de Dieu en soit glorifié», c'est-à-dire par cette infirmité. - S. Chrys. (hom. 62). La particule ut, afin, n'exprime pas ici la cause, mais ce qui arriva en effet, c'est-à-dire que l'infirmité eut une autre cause, et que Jésus la fit servir à la gloire de Dieu.

«Or, Jésus aimait Marthe, Marie, sa soeur, et Lazare». - S. Aug. Lazare était malade, ses soeurs dans la tristesse, et tous étaient aimés de Jésus. Ils étaient donc pleins d'espérance, parce qu'ils étaient aimés de celui qui est le consolateur des affligés et le salut des infirmes. - S. Chrys. (hom. 62). L'Évangéliste veut encore nous apprendre, par cette réflexion, à ne point nous attrister lorsque nous voyons des hommes de bien, des amis de Dieu éprouvés par la maladie et la souffrance.


vv. 6-10

13106 Jn 11,6-10

Alcuin. - Notre-Seigneur ayant appris la maladie de Lazare, diffère de le guérir et attend quatre jours entiers, afin d'avoir l'occasion d'opérer un plus grand miracle en le ressuscitant. «Ayant donc appris qu'il était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était». - S. Chrys. Il attend que Lazare ait rendu le dernier soupir, qu'il soit enseveli, qu'il exhale déjà une odeur infecte, afin que personne ne puisse dire: Il n'était pas encore mort lorsqu'il a paru le ressusciter; ce n'était qu'une léthargie, et non une mort véritable.

«Après cela, il dit à ses disciples: Retournons en Judée». - S. Aug. (Traité 49). Dans la Judée, où il avait failli être lapidé, et d'où il était parti comme un homme qui veut se dérober au danger; mais en revenant, il semble oublier sa faiblesse, pour ne faire paraître que sa puissance. - S. Chrys. (hom. 62). Nulle part ailleurs on ne le voit prévenir ses disciples du lieu où il doit aller; il le fait ici, parce qu'ils redoutaient grandement ce voyage, et qu'il veut leur épargner un trop vif sentiment de terreur ! «Ses disciples lui dirent: Maître, tout à l'heure les Juifs voulaient vous lapider, et vous retournez là ?» Ils craignaient tout à la fois pour lui et pour eux, car ils n'étaient pas encore affermis dans la foi.

S. Aug. Les hommes voulurent donc donner un conseil à Dieu, les disciples à leur Maître; aussi les en reprend-il immédiatement: «N'y a-t-il pas douze heures au jour ?» C'est pour signifier qu'il est lui-même le jour, qu'il a choisi douze disciples. En parlant ainsi, il avait en vue, non point Judas, mais son successeur; car, après la chute de Judas, Matthias lui succéda, et la perfection du nombre douze demeura dans son intégrité. Les heures sont éclairées par la lumière du jour, et c'est par la prédication des heures que le monde est amené à croire à celui qui est le jour. Suivez-moi donc, si vous ne voulez pas vous heurter, car: «Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point», etc. - S. Chrys. (hom. 62). C'est-à-dire, celui qui a la conscience pure de tout crime, n'aura rien à craindre d'aucune embûche; mais celui qui fait le mal, en souffrira la peine. Ne craignons donc point, car nous n'avons rien fait qui mérite la mort. Ou bien encore, celui que marche à la lumière extérieure de ce monde, est en pleine sécurité; à plus forte raison celui qui marche avec moi, à la condition qu'il ne s'écartera jamais de moi.

Théophyl. Il en est qui par le jour entendent le temps qui a précédé sa passion, et par la nuit, sa passion elle-même: Il leur dit donc: «Pendant qu'il est jour», c'est-à-dire avant que le temps de ma passion soit proche, vous n'avez rien à craindre, les Juifs ne vous persécuteront point. Mais lorsque la nuit sera venue, c'est-à-dire ma passion, alors vous serez comme plongés dans une nuit de tribulations.


vv. 11-16

13111 Jn 11,11-16

S. Chrys. (hom. 62 sur S. Jean). A ce premier encouragement donné aux Apôtres, le Sauveur en ajoute un second, en leur apprenant que ce n'est pas à Jérusalem, mais à Béthanie, qu'ils doivent se rendre: «Il leur parla ainsi, et ensuite il leur dit: Notre ami Lazare dort, mais je vais le tirer de son sommeil», c'est-à-dire je ne retourne pas en Judée pour avoir de nouvelles discussions avec les Juifs, j'y vais pour réveiller notre ami. Il dit: «Notre ami», pour leur faire comprendre la nécessité de son voyage. - S. Aug. Rien de plus exact que cette expression: «Lazare dort». Aux yeux des hommes qui ne pouvaient pas le ressusciter Lazare était mort, mais pour le Seigneur il n'était qu'un homme endormi, car il pouvait plus facilement faire sortir un mort du tombeau, que vous ne pouvez réveiller un homme endormi. Il dit donc de Lazare qu'il dort, au point de vue de sa puissance, c'est dans ce sens que l'Apôtre lui-même a dit: «Nous ne voulons pas, mes frères, que vous ignoriez ce que vous devez savoir touchant ceux qui dorment. (1Th 4,12). Il appelle la mort des chrétiens un sommeil, parce qu'il annonçait leur résurrection. Mais de même qu'il y a une différence entre ceux que nous voyons tous les jours dormir et s'éveiller, et que les mêmes images ne se présentent pas à eux dans le sommeil, les uns ont des songes agréables, les autres en ont d'affreux; ainsi chacun s'endort du sommeil de la mort, et se réveille avec une cause de jugement qui lui est propre.

S. Chrys. (hom. 62). Ses disciples voulurent de nouveau s'opposer à son retour dans la Judée: «Ses disciples lui dirent: S'il dort, il guérira», car le sommeil est pour les malades un signe de guérison. Ils semblent donc lui dire: S'il dort, il est inutile que vous alliez le réveiller de son sommeil. - S. Aug. (Traité 49). La réponse des disciples est conforme au sens qu'ils ont donné aux paroles du Sauveur: «Jésus, dit l'Évangéliste, voulait parler de la mort de Lazare, mais ils pensaient qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil». - S. Chrys. (hom. 62). Mais, dira-t-on, comment les disciples ne comprirent-ils pas que Lazare était mort, lorsque Jésus leur dit: «Je vais le réveiller de son sommeil ?» N'était-il pas ridicule de faire un voyage de plusieurs stades pour le réveiller simplement de son sommeil? Nous répondrons que les disciples virent dans cette manière de parler un langage figuré qui était très-ordinaire au Sauveur. - S. Aug. Il ne tarde pas du reste à expliquer ce qu'il y avait d'obscur dans cette expression: «Alors Jésus leur dit clairement: Lazare est mort». - S. Chrys. (hom. 62). Il n'ajoute pas ici: Je vais le ressusciter, car il ne voulait point proclamer par ses paroles ce que ses oeuvres devaient suffisamment établir; et il nous apprend ainsi tout à la fois à fuir la vaine gloire, et à ne pas nous contenter de faire de simples promesses.

«Et je me réjouis à cause de vous, de ce que je n'étais pas là». - S. Aug. (Traité 49). On lui avait annoncé la maladie et non la mort de Lazare; mais que pouvait ignorer celui qui l'avait créé, et entre les mains duquel son âme était retournée au sortir de son corps? «Il leur dit donc: Je me réjouis à cause de vous de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez». Ce devait être déjà pour eux un premier sentiment d'étonnement d'entendre le Seigneur leur annoncer une chose qu'il n'avait ni vue, ni entendue, la mort de Lazare. Nous devons ici nous rappeler que la foi des Apôtres eux-mêmes s'appuyait encore sur les miracles, non pour commencer d'être, mais pour se développer. Ces paroles: «Afin que vous croyiez», signifient donc: Afin que votre foi devienne plus ferme et plus robuste.

Théophyl. Voici une autre explication: «Je me réjouis à cause de vous», car mon absence, lors de la mort de Lazare, doit être pour vous un nouveau motif de foi. En effet, si j'eusse été présent, je l'aurais guéri de sa maladie, ce qui n'eût donné qu'une faible idée de ma puissance. Mais comme sa mort est arrivée en mon absence, votre foi en moi n'en deviendra que plus forte, lorsque vous verrez que je puis ressusciter un mort qui tombe déjà en pourriture.

S. Chrys. (hom. 62). Tous les disciples avaient une grande crainte des Juifs, mais par-dessus tout Thomas: «Sur quoi Thomas, qui est appelé Didyme, dit aux autres disciples: Allons et mourons avec lui». Il était le plus faible de tous et celui qui avait le moins de foi, mais il devint par la suite le plus fort et le plus indomptable, parcourant seul le monde entier, et se trouvant tous les jours au milieu de peuples qui voulaient le mettre à mort. - Bède. On peut encore dire que les disciples, instruits par les paroles qui précèdent, n'osèrent plus contredire leur divin Maître; mais Thomas entre tous exhorte les autres disciples à suivre leur Maître et à mourir avec lui. Il donne en cela une grande preuve de courage; car il parle ainsi comme un homme qui était disposé à faire ce qu'il conseille aux autres, et qui, comme plus tard Pierre, oubliait sa propre fragilité.


vv. 17-27

13117 Jn 11,17-27

Alcuin. Le dessein de Notre-Seigneur en retardant son départ, était de laisser passer quatre jours et de rendre plus glorieuse la résurrection de Lazare: «Jésus vint donc et il le trouva mis dans le sépulcre depuis quatre jours». - S. Chrys. (hom. 62). Le Sauveur était encore resté deux jours dans le même endroit, et l'envoyé était arrivé deux jours auparavant, le jour même de la mort de Lazare, c'est donc le quatrième jour que Notre-Seigneur vint à Béthanie.

S. Aug. On peut expliquer ces quatre jours de plusieurs manières différentes, car une même chose peut avoir diverses significations. Le péché que l'homme reçoit avec la transmission de la vie est un premier jour de mort; la transgression de la loi naturelle est un second jour de mort; le troisième c'est le mépris de la loi écrite, que Dieu a donnée par Moïse, et la violation de la loi de l'Évangile est le quatrième jour de mort. Or, le Seigneur ne dédaigne pas de venir pour ressusciter de semblables morts. - Alcuin. Ou bien encore, le premier péché qui a existé, c'est l'enflure du coeur; le second, le consentement; le troisième, l'acte; le quatrième, l'habitude.

«Or, Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ», c'est-à-dire à deux mille. L'Évangéliste fait cette remarque pour montrer qu'il était très-naturel qu'un grand nombre de Juifs fussent venus de Jérusalem: «Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler de la mort de leur frère»; Mais comment les Juifs purent-ils venir consoler les amies de Jésus, après avoir décidé que celui qui le reconnaîtrait pour le Christ, serait chassé de la synagogue? Ils vinrent les consoler ou à cause des convenances dues au malheur, ou par égard pour la condition élevée des deux soeurs de Lazare. Ou bien encore, ceux qui vinrent n'étaient pas de ceux qui s'étaient déclarés contre Jésus; car un grand nombre d'entre eux croyaient en lui. Or, l'Évangéliste fait mention de cette circonstance, comme preuve que Lazare était véritablement mort.

Bède. Notre-Seigneur n'était pas encore entré dans le bourg de Béthanie, et c'est au-dehors du bourg que Marthe vient au-devant de lui: «Marthe ayant donc appris que Jésus venait, alla au-devant de lui». - S. Chrys. Elle n'a point pris sa soeur avec elle pour aller au-devant de Jésus-Christ, elle veut lui parler en particulier, l'informer de ce qui est arrivé, et ce n'est qu'après que Jésus lui a donné bon espoir qu'elle retourne appeler Marie. - Théophyl. Elle ne fait pas connaître d'abord son dessein à sa soeur, parce qu'elle veut le laisser ignorer à ceux qui étaient présents. Si, en effet, Marie eut appris que Jésus approchait, elle eût été à sa rencontre, et les Juifs qui étaient venus l'auraient accompagné. Or, Marthe ne voulait pas leur faire connaître l'arrivée de Jésus.

«Marthe dit donc à Jésus: Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort». - S. Chrys. (hom. 62). Elle croyait en Jésus-Christ, mais sa foi n'était pas encore ce qu'elle devait être; elle ne savait pas encore qu'il était Dieu, voilà pourquoi elle lui disait: «Si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort». - Théophyl. Elle paraît douter que Jésus tout absent qu'il était, eût pu, s'il l'eût voulu empêcher son frère de mourir. - S. Chrys. Elle ne savait pas encore non plus que Jésus agirait ici en vertu de sa propre puissance, comme nous le voyons dans ce qu'elle dit au Sauveur: «Cependant, maintenant encore, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera», elle regarde ici Jésus comme un homme vertueux et aimé de Dieu. - S. Aug. (Traité 49). Elle ne lui dit pas: Je vous prie de ressusciter mon frère; car comment pouvait-elle savoir qu'il serait utile à son frère de ressusciter? Elle se contente de dire au Sauveur: «Je sais que vous pouvez le faire, si vous le voulez, mais ce n'est pas à moi, c'est à vous seul qu'il appartient de juger, s'il est utile de le faire». - S. Chrys. Notre-Seigneur lui enseigne alors la vérité qu'elle ne savait point: «Jésus lui répondit: Votre frère ressuscitera». Il ne lui dit pas: Je demanderai à Dieu qu'il ressuscite. Il ne dit pas non plus: Je n'ai pas besoin de secours, je fais tout de moi-même, ce qui eût paru surprenant à cette femme; il prend un moyeu terme et lui dit: «Votre frère ressuscitera». - S. Aug. Il y avait cependant quelque ambiguïté dans cette expression: «Il ressuscitera», puisque Jésus ne disait pas: Il va ressusciter actuellement. Aussi Marthe lui dit: «Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour», je suis certaine de cette résurrection, mais je ne le suis pas de celle qui aurait lieu immédiatement.

S. Chrys. (hom. 62). Marthe avait souvent entendu Jésus-Christ parler de la résurrection; il lui fait donc connaître ici clairement sa puissance: «Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie». Il loi prouve ainsi qu'il n'a point besoin d'un secours étranger, car si ce secours lui était nécessaire, comment serait-il la résurrection? S'il est lui-même la vie, il n'est limité par aucun espace, il existe partout, et partent aussi il peut faire sentir sa vertu bienfaisante. - Alcuin. Je sois la résurrection, par la même raison que je suis la vie, et celui qui un jour doit ressusciter votre frère avec tous les autres hommes, peut aussi bien le ressusciter dès aujourd'hui. - S. Chrys. Marthe lui a dit: «Tout ce que vous demanderez, Dieu vous le donnera»; et Jésus lui répond: «Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra», il lui apprend ainsi qu'il est le dispensateur de tous les biens, et que c'est à lui qu'il faut les demander, et il élève en même temps son intelligence à de plus hautes pensées, car il ne se proposait pas seulement de ressusciter Lazare, mais de rendre tous ceux qui étaient présents témoins de sa résurrection. - S. Aug. Voici donc l'explication des paroles du Sauveur: «Celui qui croit en moi, fût-il mort (dans son corps), vivra (dans son âme), jusqu'au jour où son corps ressuscitera pour ne plus mourir, car la vie de l'âme c'est la foi». Il ajoute: «Et quiconque vit (de la vie du corps) et croit en moi (quand bien même il viendrait à perdre pour un temps cette vie du corps), il ne mourra point pour toujours. - Alcuin. A cause de la vie de l'esprit et de l'immortalité de la résurrection. Le Seigneur, pour qui rien n'est caché, savait que Marthe croyait ces vérités, mais il voulait qu'elle fit extérieurement la profession de foi qui sauve. Il lui demande donc: «Croyez-vous cela ?» Elle lui répondit: «Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde». - S. Chrys. (hom. 62). Marthe ne me parait pas avoir compris entièrement ce que Jésus lui avait dit; elle comprit qu'il s'agissait d'un grand mystère, mais elle ne savait encore ce que c'était; aussi ne ré-pond-elle pas directement à la question que lui fait le Sauveur. - S. Aug. Ou bien encore: en croyant que vous êtes le Fils de Dieu, je crois que vous êtes la vie, car celui qui croit en vous, vivra alors même qui perdra la vie du corps.


vv. 28-32

13128 Jn 11,28-32

S. Chrys. (hom. 63). Les paroles de Jésus-Christ eurent la puissance de mettre fin à la douleur de Marthe, car la pieuse affection qu'elle avait pour le divin Maître ne lui permettait pas de se livrer à l'affliction que lui causait la mort de son frère: «Lorsqu'elle eut parlé ainsi, elle s'en alla et appela à voix basse Marie, sa soeur». - S. Aug. (Traité 49). L'Évangéliste dit qu'elle l'appela en silence, c'est-à-dire, à voix basse, car comment dire qu'elle a fait tout en silence, puisqu'elle lui dit: «Le Maître est là, il vous appelle ?» - S. Chrys. (hom. 63). Elle appelle sa soeur en secret, car si les Juifs eussent appris l'arrivée de Jésus, ils se seraient retirés et n'eussent pas été témoins du miracle.

S. Aug. Il est à remarquer que l'Évangéliste ne dit ni le lieu, ni le moment où le Seigneur appela Marie, ni de quelle manière; pour abréger son récit, il ne nous fait connaître cette circonstance que par les paroles de Marthe. - Théophyl. Peut-être aussi Marthe regarda-t-elle la présence seule de Jésus-Christ comme un appel, et semble-t-elle dire à sa soeur: Vous seriez inexcusable si, le Seigneur étant là, vous n'alliez pas à sa rencontre.

S. Chrys. (hom. 63). Un cercle d'amis entouraient Marie, plongée dans la douleur et dans les larmes. Cependant elle n'attend pas que le Maître vienne la trouver, elle n'est retenue ni par les bienséances de sa condition, ni par son profond chagrin, elle se lève aussitôt pour aller à sa rencontre: «Ce que celle-ci ayant entendu, elle se leva aussitôt et vint à lui». - S. Aug. Nous voyons par-là que Marthe n'eût pas eu besoin de prévenir sa soeur, si Marie eût connu l'arrivée de Jésus.

«Car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg». - S. Chrys. Notre-Seigneur approchait lentement, il ne voulait point paraître se jeter au-devant du miracle, mais il attendait qu'on vînt l'en prier, c'est ce que l'Évangéliste semble vouloir indiquer en termes couverts, lorsqu'il dit que Marie se leva aussitôt, ou bien il veut nous apprendre qu'elle vint à sa rencontre pour prévenir son arrivée. Or elle vint, non pas seule, mais accompagnée de tous les Juifs qui étaient avec elle: «Cependant les Juifs, qui étaient dans la maison avec Marie, et la consolaient, la suivirent», etc. - S. Aug. L'Évangéliste a pris soin de mentionner cette circonstance, pour nous apprendre la raison pour laquelle il y avait tant de monde, lorsque Lazare fut ressuscité; c'était pour qu'un plus grand nombre fussent témoins d'un aussi grand miracle que la résurrection d'un mort de quatre jours.

«Lorsque Marie fut arrivée au lieu où était Jésus, le voyant, elle se jeta à ses pieds». - S. Chrys. (hom. 63). Marie était plus ardente que sa soeur, elle n'est arrêtée ni par la multitude, ni par les préjugés que les Juifs avaient contre Jésus-Christ, ni par la présence de plusieurs de ses ennemis personnels, la vue du Sauveur lui fait mépriser toutes les considérations humaines, et elle n'est préoccupée que d'une seule pensée, l'honneur de son divin Maître. - Théophyl. Cependant elle ne parait pas avoir de lui une idée encore assez relevée, en lui disant: «Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne fût pas mort». - Alcuin. Tant que vous êtes demeuré avec nous, aucune maladie, aucune infirmité n'ont osé apparaître chez celles qui avaient pour hôte et pour habitant la vie elle-même. - S. Aug. (serm. 52 sur les paroles du Seigneur). Quel pacte déloyal ! Lazare, votre ami, meurt pendant que vous êtes encore sur cette terre, et si vous laissez mourir votre ami de la sorte, à quoi doit s'attendre votre ennemi? C'est peu que les cieux ne vous obéissent point, voici que les enfers vous ont enlevé celui que vous aimez. - Bède. Marie parle moins à Jésus que n'avait fait sa soeur, car par un effet ordinaire de la douleur et des larmes, elle ne put épancher les sentiments dont son coeur était plein.



Catena Aurea 13031