Homélies St Jean-Paul II 789


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II

BEATIFICATION

Dimanche, 9 Avril 2000
1. "Seigneur, nous voulons voir Jésus" (Jn 12,21).

Telle est la requête adressée à Philippe par plusieurs Grecs, montés à Jérusalem à l'occasion de la Pâque. Leur désir de rencontrer Jésus et d'en écouter la parole suscite une réponse solennelle: "Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme" (Jn 12,23). Quelle est cette "heure" à laquelle Jésus fait allusion? Le contexte l'éclaircit: c'est l'"heure" mystérieuse et solennelle de sa mort et de sa résurrection.

Voir Jésus! Comme ce groupe de Grecs, d'innombrables hommes et femmes au cours des siècles ont désiré connaître le Seigneur. Ils l'ont vu avec les yeux de la foi. Ils l'ont reconnu comme Messie, crucifié et ressuscité. Ils se sont laissés conquérir par lui et sont devenus ses disciples fidèles. Ce sont les saints et les bienheureux que l'Eglise indique comme modèles à imiter et exemples à suivre.

Dans le contexte des célébrations de l'Année Sainte, j'ai aujourd'hui la joie d'élever à la gloire des autels plusieurs nouveaux bienheureux. Il s'agit de cinq confesseurs de la foi qui ont annoncé le Christ à travers la parole et qui l'ont témoigné à travers le service incessant à leurs frères. Il s'agit de Mariano de Jésus Euse Hoyos, prêtre diocésain et curé; de Franz Xaver Seelos, prêtre profès de la Congrégation du Très Saint Rédempteur; de Anna Rosa Gattorno, veuve, fondatrice de l'Institut des Filles de Sainte-Anne; de Marie Elisabeth Hesselblad, fondatrice de l'Ordre des Soeurs du Très Saint Sauveur et de Mariam Thresia Chiramel Mankidiyan, fondatrice de la Congrégation de la Sainte Famille en Inde.
[en espagnol]

790 2. "Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur" (Jn 12,26), nous a dit Jésus dans l'Evangile que nous venons d'entendre. Le Père Mariano de Jésus Euse Hoyos, Colombien, que j'élève aujourd'hui à la gloire des autels, fut un disciple fidèle de Jésus-Christ en exerçant avec abnégation son ministère sacerdotal. A partir de son expérience intime de rencontre avec le Seigneur, le Père Marianito, comme on l'appelle familièrement dans son pays, s'engagea inlassablement dans l'évangélisation des enfants et des adultes, en particulier des paysans. Il ne s'épargna aucun sacrifice ni aucune souffrance, oeuvrant pendant presque cinquante dans une modeste paroisse d'Angostura, à Antioquia, à la gloire de Dieu et au bien des âmes qui lui furent confiées.

Que son lumineux témoignage de charité, de compréhension, de service, de solidarité et de pardon soit un exemple en Colombie et également une aide appréciable pour continuer à travailler à la paix et à la réconciliation totale dans ce pays bien-aimé. Si la date du 9 avril d'il y a cinquante-deux ans marqua le début de violences et de conflits, qui, hélas, durent encore, puisse ce jour de l'année du grand Jubilé marquer le commencement d'une étape au cours de laquelle tous les Colombiens construiront ensemble une nouvelle Colombie, fondée sur la paix, la justice sociale, le respect de tous les droits humains et l'amour fraternel entre les enfants d'une même patrie.
[en anglais]

"Rends-moi la joie de ton salut, assure en moi un esprit magnanime. Aux pécheurs j'enseignerai tes voies, à toi se rendront les égarés" (Ps 51,14-15). Fidèle à l'esprit et au charisme de la Congrégation des Rédemptoristes auquel il appartenait, Père Franz Xaver Seelos méditait souvent sur ces paroles du Psalmiste. Soutenu par la grâce de Dieu et par une intense vie de prière, le Père Seelos quitta sa Bavière natale et s'engagea généreusement et joyeusement dans l'apostolat missionnaire parmi les communautés de migrants aux Etats-Unis.

Dans les divers lieux où il travailla, le Père Franz Xaver apporta son enthousiasme, son esprit de sacrifice et son zèle apostolique. Aux personnes abandonnées et laissées-pour-compte, il prêcha le message de Jésus-Christ, "la source du salut éternel" (He 5,9), et au cours des heures passées au confessionnal, il convainquit de nombreuses personnes de retourner à Dieu. Aujourd'hui, le bienheureux Franz Xaver Seelos invite les membres de l'Eglise à approfondir leur union avec le Christ dans les Sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie. A travers son intercession, puissent tous ceux qui travaillent dans la vigne de Dieu pour le salut de son peuple, être encouragés et renforcés dans leur tâche.
[en italien]

4. "Et moi, une fois élevé de terre, - Jésus a-t-il promis dans l'Evangile - j'attirerai tous les hommes à moi" (Jn 12,32). En effet, ce sera du haut de la Croix que Jésus révélera au monde l'amour infini de Dieu pour l'humanité qui a besoin de salut. Attirée irrésistiblement par cet amour, Anna Rosa Gattorno transforma sa vie en une immolation permanente pour la conversion des pécheurs et la sanctification de tous les hommes. Etre le "porte-parole" de Jésus, pour faire parvenir partout le message de l'amour qui sauve: voilà l'aspiration la plus profonde de son coeur!

Entièrement dévouée à la Providence et animée par un élan courageux de charité, la bienheureuse Anna Rosa Gattorno eut une unique intention, celle de servir Jésus dans les membres douloureux et blessés de son prochain, avec sensibilité et attention maternelle envers chaque souffrance humaine.

Le témoignage de charité singulier laissé par la nouvelle bienheureuse, constitue encore aujourd'hui un encouragement stimulant pour ceux qui sont engagés dans l'Eglise à apporter, de façon plus spécifique, l'annonce de l'amour de Dieu qui guérit les blessures de chaque coeur et qui offre à tous la plénitude de la vie immortelle.
[en anglais]

5. "Et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi" (Jn 12,32). La promesse de Jésus est merveilleusement remplie dans la vie de Marie Elisabeth Hesselblad. Comme sa compatriote, sainte Brigitte, elle acquit également une profonde compréhension de la sagesse de la Croix à travers la prière et dans les événements de sa vie. Son expérience, très précoce, de pauvreté, son contact avec les malades qui l'impressionnaient par leur sérénité et leur confiance en l'aide de Dieu, et sa persévérance, en dépit des nombreux obstacles, pour fonder l'Ordre du Très Saint Sauveur de Sainte-Brigitte, lui enseigna que la Croix est au centre de la vie humaine, et est la révélation ultime de l'amour de notre Père céleste. En méditant constamment sur la Parole de Dieu, soeur Elisabeth fut confirmée dans sa résolution d'oeuvrer et de prier pour que tous les chrétiens ne soient qu'un (cf. Jn 17,21).

791 Elle fut convaincue qu'en écoutant la voix du Christ crucifié, ils se réuniraient en un seul troupeau sous un seul pasteur (cf. Jn 10,16), et dès le début, sa fondation, caractérisée par sa spiritualité eucharistique et mariale, s'engagea pour la cause de l'unité chrétienne à travers la prière et le témoignage évangélique. A travers l'intercession de la bienheureuse Marie Elisabeth Hesselblad, pionnière de l'oecuménisme, puisse Dieu bénir et porter à maturation les efforts de l'Eglise pour édifier une communion toujours plus profonde et encourager une coopération toujours plus efficace entre tous les disciples du Christ: ut unum sint.

6. "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit" (Jn 12,24). Depuis l'enfance, Mariam Thresia Mankidiyan savait instinctivement que l'amour de Dieu pour elle exigeait une profonde purification personnelle. En s'engageant dans une vie de prière et de pénitence, la volonté de soeur Mariam Thresia d'embrasser la Croix du Christ lui permit de demeurer fidèle face aux fréquentes incompréhensions et aux dures épreuves spirituelles.

Le discernement patient de sa vocation la conduisit finalement à fonder la Congrégation de la Sainte Famille, qui continue de puiser son inspiration de son esprit contemplatif et de son amour des pauvres.

Convaincue que "Dieu donnera la vie éternelle à ceux qui convertissent les pécheurs et les mettent sur le droit chemin" (Lettre 4 à son Père spirituel), soeur Mariam se consacra à cette tâche à travers ses visites et ses conseils ainsi que ses prières et sa pratique pénitentielle. A travers l'intercession de la bienheureuse Mariam Thresia, puissent tous les hommes et les femmes consacrées être renforcés dans leur vocation de prier pour les pécheurs et d'attirer les autres au Christ à travers leurs paroles et leur exemple.
[en italien]

7. "Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple" (Jr 31,33). Dieu est notre unique Seigneur et nous sommes son peuple. Ce pacte d'amour indissoluble entre Dieu et l'humanité s'est réalisé pleinement dans le sacrifice pascal du Christ. C'est en Lui que, bien qu'appartenant à des terres et des cultures différentes, nous devenons un unique peuple, une seule Eglise, un même édifice spirituel, dont les saints sont les pierres lumineuses et solides.

Nous rendons grâce au Seigneur pour le splendide témoignage de ces nouveaux bienheureux. Nous nous tournons vers eux, en particulier en ce temps de Carême, pour en tirer un encouragement dans la préparation aux prochaines célébrations pascales.

Que Marie, Reine des Confesseurs, nous aide à suivre son divin Fils, comme l'ont fait les nouveaux bienheureux. Et vous, Mariano de Jésus Euse Hoyos, Franz Xaver Seelos, Anna Rosa Gattorno, Marie Elisabeth Hesselblad, et Mariam Thresa Chiramel Mankidiyan, intercédez pour nous, afin que, en participant intimement à la Passion rédemptrice du Christ, nous puissions vivre la fécondité de la semence qui meurt et être accueillis comme sa moisson dans le Royaume des cieux.

Amen!

16 avril 2000, Dimanche des Rameaux


1. "Benedictus, qui venit in nomine Domini... Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!" (Mt 21,9 cf. Ps Ps 117 [118], Ps 26).

792 Porté par ces paroles, l'écho de l'enthousiasme avec lequel les habitants de Jérusalem accueillèrent Jésus pour la fête de Pâques parvient jusqu'à nous. Nous les entendons chaque fois qu'au cours de la Messe, nous chantons le "Sanctus". Après avoir dit: "Pleni sunt coeli et terra gloria tua", nous ajoutons: "Benedictus, qui venit in nomine Domini. Hosanna in Excelsis".

Dans cet hymne, dont la première partie est tirée du prophète Isaïe (cf. Is
Is 6,3), on exalte Dieu "trois fois saint". Dans la seconde partie, on poursuit ensuite en exprimant la joie reconnaissante de l'assemblée face à l'accomplissement des promesses messianiques: "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux".

La pensée se tourne naturellement vers le peuple de l'Alliance qui, pendant des siècles et des générations, a vécu dans l'attente du Messie. Certaines personnes pensèrent que Jean Baptiste était celui en qui s'accomplissaient les promesses. Cependant, comme nous le savons, le Précurseur répondit par une claire négation à la question de son éventuelle identité messianique, renvoyant à Jésus ceux qui l'interrogeaient.

La conviction que les temps messianiques étaient désormais arrivés s'accrut au sein du peuple, tout d'abord en raison du témoignage du Baptiste, puis grâce aux paroles et aux signes accomplis par Jésus et, de façon particulière, à cause de la résurrection de Lazare, qui eut lieu quelques jours avant l'entrée à Jérusalem, dont parle l'Evangile, d'aujourd'hui. Voilà pourquoi, lorsque Jésus arrive en ville, monté sur un ânon, la foule l'accueille avec une explosion de joie: "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux" (Mt 21,9).

2. Les rites du Dimanche des Rameaux reflètent la joie du peuple en attente du Messie, mais, dans le même temps, ils se caractérisent comme liturgie "de passion" au sens plein. En effet, ils nous ouvrent la perspective du drame désormais imminent, que nous venons de revivre dans le récit de l'évangéliste Marc. Les autres lectures nous introduisent également dans le mystère de la passion et de la mort du Seigneur. Les paroles du prophète Isaïe, en qui certaines personnes aiment voir une sorte d'évangéliste de l'Ancienne Alliance, nous présentent l'image d'un condamné flagellé et giflé (cf. Is Is 50,6). Le refrain du Psaume responsorial, "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné", nous fait contempler l'agonie de Jésus sur la Croix (cf. Mc Mc 15,34).

Mais c'est l'Apôtre Paul qui, dans la seconde lecture, nous introduit dans une analyse plus approfondie du mystère pascal: Jésus, "de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave; il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une Croix!" (Ph 2,6-8). Dans l'austère liturgie du Vendredi Saint, nous écouterons à nouveau ces paroles, qui continuent ainsi: "Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père" (ibid., 2, 9-11).

L'abaissement et l'exaltation: voilà la clef pour comprendre le mystère pascal; voilà la clef pour pénétrer dans l'admirable économie de Dieu, qui s'accomplit dans les événements de la Pâque.

3. Pourquoi de nombreux jeunes sont-ils présents à cette solennelle liturgie, comme chaque année? En effet, depuis plusieurs années, le Dimanche des Rameaux est devenue la fête annuelle des jeunes. C'est d'ici que, en 1984, année de la Jeunesse et, dans un certain sens, année jubilaire des jeunes, démarra le pèlerinage des Journées mondiales de la Jeunesse qui, passant de Buenos Aires, à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Czestochowa, à Denver, à Manille et à Paris, reviendra à Rome, au mois d'août prochain, pour la Journée mondiale de la Jeunesse de l'Année Sainte 2000.

Pourquoi, donc, tant de jeunes se donnent-ils rendez-vous pour le Dimanche des Rameaux ici, à Rome, et dans chaque diocèse? Certes, les raisons et les circonstances qui peuvent expliquer ce fait sont nombreuses. Mais il semble cependant que la motivation la plus profonde, qui est à la base de toutes les autres, puisse être trouvée dans ce que la liturgie d'aujourd'hui nous révèle: le mystérieux dessein de salut du Père céleste, qui se réalise dans l'abaissement et dans l'exaltation de son Fils unique, Jésus-Christ. C'est là que se trouve la réponse aux interrogations et aux inquiétudes de fond de chaque homme et de chaque femme et, en particulier, des jeunes.

"Pour nous le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une Croix! Aussi Dieu l'a-t-il exalté". Comme ces paroles sont proches de notre existence! Chers jeunes, vous commencez à faire l'expérience du caractère dramatique de la vie. Et vous vous interrogez sur le sens de l'existence, sur votre rapport avec vous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. A votre coeur assoiffé de vérité et de paix, à vos nombreux problèmes et interrogations, parfois pleins d'angoisse, le Christ, Serviteur souffrant et humilié, abaissé jusqu'à la mort sur la Croix et exalté dans la gloire à la droite du Père, s'offre lui-même comme unique réponse valable. De fait, il n'existe pas d'autre réponse aussi simple, complète et convaincante.

4. Très chers jeunes, merci de votre participation à cette solennelle liturgie. Le Christ, lors de son entrée à Jérusalem, commence le chemin d'amour et de douleur de la Croix. Tournez-vous vers Lui avec un élan de foi renouvelé. Suivez-le! Il ne promet pas un bonheur illusoire; au contraire, afin que vous puissiez atteindre l'authentique maturité humaine et spirituelle, il vous invite à suivre son exemple exigeant, en faisant vôtres ses choix exigeants.

793 Que Marie, la fidèle disciple du Seigneur, vous accompagne sur cet itinéraire de conversion et d'intimité progressive avec son divin Fils qui, comme le rappelle le thème de la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse, "s'est fait chair et a habité parmi nous" (Jn 1,14). Jésus s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, il a pris sur lui nos fautes, pour que nous soyons rachetés par son sang versé sur la Croix. Oui, pour nous le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort. A la mort sur la Croix.

"Gloire et louange à Toi, ô Christ!".



20 avril 2000, Messe chrismale EN LA BASILIQUE VATICANE




1. A celui qui "a fait de nous une royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père: à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles" (Ap 1,5-6).

Nous écoutons ces paroles du Livre de l'Apocalypse au cours de la solennelle Messe chrismale d'aujourd'hui, qui précède le Triduum pascal sacré. Avant de célébrer les mystères centraux de l'Eglise, chaque communauté diocésaine se recueille ce matin autour de son Pasteur pour la bénédiction des saintes Huiles, instruments du salut dans les divers Sacrements: Baptême, Communion, Ordination, Onction des malades. Ces signes de la grâce divine tirent leur efficacité du mystère pascal, de la mort et de la résurrection du Christ. Voilà pourquoi l'Eglise situe ce rite au seuil du Triduum sacré, le jour où, à travers un acte sacerdotal suprême, le Fils de Dieu fait homme s'est offert au Père, en rachat pour l'humanité tout entière.


2. "Il a fait de nous une royauté de Prêtres". Il faut comprendre cette expression à deux niveaux. Le premier, comme le rappelle également le Concile Vatican II, en référence à tous les baptisés, qui "sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels" (Lumen gentium LG 10). Chaque chrétien est prêtre. Il s'agit ici du sacerdoce dit "commun", qui engage les baptisés à vivre le sacrifice envers Dieu dans la participation à l'Eucharistie et aux sacrements, dans le témoignage d'une vie sainte, dans l'abnégation et dans la charité active (cf. ibid.).

A un autre niveau, l'affirmation selon laquelle Dieu "a fait de nous une royauté de prêtres" se réfère aux prêtres ordonnés comme ministres, c'est-à-dire appelés à former et à édifier le peuple sacerdotal et à offrir en son nom un sacrifice eucharistique à Dieu dans la personne du Christ (cf. ibid). La Messe "chrismale" fait ainsi solennellement mémoire de l'unique Sacerdoce du Christ et exprime la vocation sacerdotale de l'Eglise, en particulier de l'Evêque et des prêtres unis à lui. C'est ce que nous rappelera dans peu de temps la Préface: "C'est lui, le Christ qui donne à tout le peuple racheté le sacerdoce royal; c'est lui qui choisit, dans son amour pour ses frères, ceux qui, recevant l'imposition des mains, auront part à son ministère de salut".


3. "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction [...] Il m'a envoyé..." (Lc 4,18).

Chers prêtres, ces paroles nous concernent de façon directe. Nous sommes appelés à travers l'ordination sacerdotale à partager la même mission que le Christ, et nous renouvelons ensemble aujourd'hui les engagements sacerdotaux communs. Avec une vive émotion, nous faisons mémoire du don reçu par le Christ, qui nous a appelés à participer de façon particulière à son Sacerdoce.
A travers la bénédiction des Huiles et, en particulier, du saint Chrême, nous voulons rendre grâce pour l'onc-tion sacramentelle, devenue notre part d'héritage (cf. Ps Ps 15,5). Il s'agit d'un signe de force intérieure, que l'Esprit Saint accorde à tout homme appelé par Dieu à accomplir des devoirs particuliers au service de son Royaume.

"Ave Sanctum oleum: oleum catechumenorum, oleum infirmorum, oleum ad sanctum crisma". Tandis que nous rendons grâce au nom de ceux qui recevront ces signes sacrés, nous prions dans le même temps afin que la puissance surnaturelle, qui agit à travers eux, ne cesse d'opérer également dans notre vie. Que l'Esprit Saint, posé sur chacun d'entre nous, trouve en chaque personne la juste disponibilité pour accomplir la mission pour laquelle nous avons été "oints" le jour de notre Ordination.


794 4. "Gloire à toi, ô Christ, roi de gloire éternelle". Tu es venu parmi nous pour proclamer une année de grâce du Seigneur (cf. Lc 4,19).

Comme je l'ai rappelé dans la Lettre adressée aux Prêtres pour la célébration d'aujourd'hui, le Sacerdoce du Christ est intrinsèquement lié au mystère de l'Incarnation, dont nous célébrons le bimillénaire en cette Année jubilaire. "Il est inscrit dans son identité de Fils incarné, d'homme-Dieu" (n. 7). Voilà pourquoi cette suggestive liturgie du Jeudi saint constitue, d'une certaine façon, une célébration jubilaire presque connaturelle pour nous, même si le Jubilé des Prêtres en cette Année sainte est prévu le 18 mai prochain.

L'existence terrestre du Christ, son "passage" dans l'histoire, depuis qu'il a été conçu dans le sein de la Vierge Marie jusqu'à ce qu'il soit monté à la droite du Père, constitue un unique événement sacerdotal et sacrificiel. Et il est entièrement placé sous l'"onction" de l'Esprit Saint (cf. Lc 1,35 Lc 3,22).

Aujourd'hui, nous rencontrons de façon particulière le Christ, Prêtre suprême et éternel, et nous franchissons spirituellement cette Porte sainte, qui ouvre tout homme à la plénitude de l'amour salvifique. De même que le Christ a été docile à l'action de l'Esprit dans la condition d'homme et de serviteur obéissant, ainsi, le baptisé et, de façon particulière, le ministre ordonné, doivent se sentir engagés à réaliser leur consécration sacerdotale dans le service humble et fidèle à Dieu et aux frères.

C'est avec ces sentiments que nous commençons le Triduum pascal, point culminant de l'Année liturgique et du grand Jubilé. Disposons-nous à accomplir l'intense pèlerinage pascal sur les traces de Jésus qui souffre, meurt et ressuscite. Soutenus par la foi de Marie, nous suivons le Christ prêtre et victime, qui "nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une Royauté de prêtres, pour son Dieu et Père" (Ap 1,5-6).

Suivons-le et proclamons ensemble: "Gloire à toi, ô Christ, roi de la gloire éternelle".
Toi, Christ, tu es le même hier, aujourd'hui et à jamais. Amen!



20 avril 2000, Messe «in Coena Domini»


1. "J'ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir" (Lc 22,15).

Le Christ fait connaître, à travers ces paroles, la signification prophétique de la Cène pascale, qu'il s'apprête à célébrer avec les disciples dans le Cénacle de Jérusalem.

Avec la première lecture, tirée du Livre de l'Exode, la Liturgie a mis en lumière la façon dont la Pâque de Jésus s'inscrivait dans le cadre de celle de l'Ancienne Alliance. A travers elle, les Israélites faisaient mémoire du repas consommé par leurs pères, au moment de l'exode d'Egypte, de la libération de l'esclavage. Le texte sacré prescrivait qu'un peu du sang de l'agneau devait être répandu sur les deux montants et le linteau des portes des maisons. Et il expliquait également la façon dont l'agneau devait être mangé, c'est-à-dire: "[vos] reins ceints, [vos] sandales aux pieds et [votre] bâton en main [...] en toute hâte [...] Cette nuit-là je parcourrai l'Egypte et je frapperai tous les premiers-nés [...] Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous vous tenez. En voyant ce signe, je passerai outre et vous échapperez au fléau destructeur" (Ex 12,11-13).

795 Le sang de l'agneau obtint aux fils et aux filles d'Israël la libération de l'esclavage d'Egypte, sous la conduite de Moïse. Le souvenir d'un événement aussi extraordinaire devint une occasion de fête pour le peuple, reconnaissant au Seigneur pour la liberté recouvrée, don divin et engagement humain toujours actuel: "Ce jour-là, vous en ferez mémoire et vous le fêterez comme une fête pour Yahvé" (ibid., 12, 14). C'est la Pâque du Seigneur! La Pâque de l'Ancienne Alliance!


2. "J'ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir" (
Lc 22,15). Dans le Cénacle, le Christ, obéissant aux prescriptions de l'Ancienne Alliance, consomme le repas pascal avec les Apôtres, mais emplit ce rite d'un nouveau contenu. Nous avons entendu comment saint Paul en parle dans la deuxième lecture, tirée de la première Epître aux Corinthiens. Dans ce texte, considéré comme la plus ancienne description de la Cène du Seigneur, on rappelle que Jésus, "la nuit où il était livré, prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit: "Ceci est mon corps, qui est pour vous; faites ceci en mémoire de moi". De même, après le repas, il prit la coupe, en disant: "Cette coupe est la nouvelle Alliance de mon sang; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi". Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (cf. 1Co 11,23-26).

Il s'agit de paroles solennelles dans lesquelles est placée pour les siècles la mémoire de l'institution de l'Eucharistie. Chaque année, en ce jour, nous les rappelons en retournant en esprit au Cénacle. Avec une émotion particulière, je les revis ce soir, parce que je conserve dans les yeux et dans le coeur les images du Cénacle, où j'ai eu la joie de célébrer l'Eucharistie, à l'occasion de mon récent pèlerinage jubilaire en Terre Sainte. L'émotion devient encore plus forte, car cette année est l'année du Jubilé bimillénaire de l'Incarnation. Dans cette perspective, la célébration que nous vivons acquiert une profondeur particulière. Au Cénacle, en effet, Jésus apporta un nouveau contenu aux anciennes traditions et anticipa les événements du jour suivant, lorsque son Corps, corps immaculé de l'Agneau de Dieu, allait être sacrifié et son Sang versé pour la rédemption du monde. L'Incarnation avait eu lieu en vue précisément de cet événement, en vue de la Pâque du Christ, de la Pâque de la Nouvelle Alliance!


3. Chaque fois [...] que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (1Co 11,26). L'Apôtre nous exhorte à faire constamment mémoire de ce mystère. Dans le même temps, il nous invite à vivre chaque jour notre mission de témoins et d'annonciateurs de l'amour du Crucifié, dans l'attente de son glorieux retour.

Mais comment faire mémoire de cet événement salvifique? Comment vivre dans l'attente que le Christ revienne? Avant d'instituer le Sacrement de son Corps et de son Sang, le Christ, courbé et à genoux, dans l'attitude de l'esclave, lave les pieds des disciples au Cénacle. Nous le revoyons tandis qu'il accomplit cet acte, qui dans la culture hébraïque est propre aux serviteurs et aux personnes les plus humbles de la famille. Tout d'abord, Pierre se refuse, mais le Maître le convainc, et lui aussi se laisse enfin laver les pieds avec les autres disciples. Immédiatement après, cependant, ayant revêtu ses habits et de nouveau assis à table, Jésus explique le sens de son geste: "Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres" (Jn 13,12-14). Ce sont des paroles qui, liant le mystère eucharistique au service de l'amour, peuvent être considérées comme préparatoires à l'institution du Sacerdoce ministériel.

Avec l'institution de l'Eucharistie, Jésus communique aux Apôtres la participation ministérielle à son sacerdoce, le sacerdoce de l'Alliance nouvelle et éternelle, en vertu de laquelle Lui, et Lui seul, est toujours et partout instrument et ministre de l'Eucharistie. Les Apôtres sont faits, à leur tour, ministres de ce mystère suprême de la foi, destiné à se perpétuer jusqu'à la fin du monde. Dans le même temps, ils deviennent serviteurs de tous ceux qui prendront part à un si grand don et mystère.

L'Eucharistie, le Sacrement suprême de l'Eglise, est unie au sacerdoce ministériel né lui aussi au Cénacle, comme don du grand amour de celui qui "sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin" (Jn 13,1).

L'Eucharistie, le sacerdoce et le nouveau commandement de l'amour! Tel est le mémorial vivant que nous contemplons dans le Jeudi saint.

"Faites ceci en mémoire de moi": telle est la Pâque de l'Eglise! Notre Pâque!



22 avril 2000, Veillée Pascale

1. "Je vous donne une garde; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez" (Mt 27,65).

796 Le tombeau de Jésus est fermé et scellé. À la demande des grands prêtres et des pharisiens, des soldats furent placés pour le garder, afin que personne ne puisse voler son corps (cf. Mt Mt 27,62-64). Tel est l'événement qui est le point de départ de la liturgie de la Veillée pascale. Ceux qui avaient voulu la mort de Jésus, le considérant comme un "imposteur" (Mt 27,63), veillaient à côté du sépulcre. Leur désir était qu'il soit, avec son message, enseveli pour toujours. Non loin de là veillait Marie, et avec elle les Apôtres et quelques femmes. Ils conservaient gravée dans leur coeur l'image bouleversante des événements qui venaient de se dérouler.

2. En cette nuit, l'Église veille dans toutes les parties de la terre et elle revit les étapes fondamentales de l'histoire du salut. La liturgie solennelle que nous célébrons est une expression de cette "veille" qui, d'une certaine façon, rappelle celle de Dieu, dont parle le livre de l'Exode : "Ce fut une nuit de veille pour le Seigneur, quand il fit sortir d'Égypte les fils d'Israël; ce doit être [...], de génération en génération, une nuit de veille en l'honneur du Seigneur" (Ex 12,42). Dans son amour prévoyant et fidèle, qui surpasse le temps et l'espace, Dieu veille sur le monde. Ainsi chante le psalmiste : "Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d'Israël / Le Seigneur est ton gardien [...]. Le Seigneur te gardera [...] maintenant et à jamais" (Ps 120 [121], 4-5. 8).

Le passage entre le deuxième et le troisième millénaire, que nous sommes en train de vivre, est conservé lui aussi dans le mystère du Père. Il "est toujours à l'oeuvre" (Jn 5,17) pour le salut du monde et, par son Fils fait homme, il conduit son peuple de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie. Toute l'"oeuvre" du grand Jubilé de l'An 2000 est, pour ainsi dire, inscrite dans cette nuit de Veille, qui porte à son achèvement celle de la Nativité du Seigneur. Bethléem et le Calvaire rappellent le même mystère d'amour de Dieu, qui "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle" (Jn 3,16).

3. Dans sa veille, en cette Nuit sainte, l'Église se penche sur les textes de l'Écriture qui retracent le projet divin de la Genèse à l'Évangile et qui, grâce aussi aux rites liturgiques du feu et de l'eau, confèrent à cette célébration singulière une dimension cosmique. Tout l'univers créé est appelé à veiller, en cette nuit, auprès du sépulcre du Christ. L'histoire du salut défile devant nos yeux, de la création à la Rédemption, de l'exode à l'Alliance sur le Sinaï, de l'ancienne à la nouvelle et éternelle Alliance. En cette Nuit sainte, le projet éternel de Dieu, qui investit l'histoire de l'homme et du cosmos, atteint son achèvement.

4. Dans la Veillée pascale, mère de toutes les veillées, tout homme peut reconnaître sa propre histoire de salut, qui a son fondement dans la renaissance dans le Christ par le Baptême. Telle est, de façon particulière, votre expérience, chers frères et soeurs qui allez recevoir les sacrements de l'initiation chrétienne : le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. Vous venez de plusieurs pays du monde : le Japon, la Chine, le Cameroun, l'Albanie et l'Italie. La diversité de vos pays d'origine met en évidence l'universalité du salut apporté par le Christ. D'ici peu, chers amis, vous serez intimement introduits dans le mystère d'amour de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Puisse votre existence devenir un chant de louange à la très Sainte Trinité et un témoignage d'amour qui ne connaît pas de frontières !

5. "Ecce lignum Crucis, in quo salus mundi pependit : venite adoremus !" C'est ce que l'Église a chanté hier en montrant le bois de la Croix "auquel a été suspendu le Christ Sauveur du monde".

"Il a été crucifié, est mort, a été enseveli", récitons-nous dans le Credo. Le sépulcre ! Voici l'endroit où on l'avait déposé (cf. Mc Mc 16,6). Spirituellement, la Communauté ecclésiale des différentes parties de la terre est là présente. Nous y sommes nous aussi avec les trois femmes qui se rendent au sépulcre avant l'aube, pour embaumer le corps sans vie de Jésus (cf. Mc Mc 16,1-2). Leur empressement est notre empressement. Avec elles nous découvrons que la grosse pierre tombale a été roulée et que le corps n'est plus là. "Il n'est pas ici", annonce l'ange, en montrant le sépulcre vide et les bandelettes funéraires par terre. La mort n'a plus aucun pouvoir sur Lui (cf. Rm 6,9). Le Christ est ressuscité ! C'est ce qu'au terme de cette nuit de Pâques, l'Église annonce, elle qui hier avait proclamé la mort du Christ sur la Croix. C'est une annonce de vérité et de vie.

"Surrexit Dominus de sepulchro, qui pro nobis pependit in ligno. Alleluia !".

Le Seigneur, qui pour nous fut suspendu à la croix, s'est levé du tombeau.

Oui, le Christ est vraiment ressuscité et nous en sommes témoins!

Nous le crions au monde, pour que la joie qui est la nôtre atteigne beaucoup d'autres coeurs, allumant en eux la lumière de l'espérance qui ne déçoit pas.

Le Christ est ressuscité, alleluia !




Homélies St Jean-Paul II 789