
Ambroise virginité 1030
1030 Mais vous, vierges bienheureuses, qui ignorez de tels ornements, ou plutôt tortures, vous dont la beauté consiste dans une sainte réserve répandue sur un visage modeste, dans une vraie chasteté, vous ne recherchez pas les regards humains, vous ne calculez pas vos mérites d'après le jugement erroné d'autrui. Sans aucun doute vous aussi vous luttez pour la beauté, mais pour celle que procure la ligne de la vertu, non celle du corps, celle que ni l'âge ne peut faner, ni la mort détruire, ni la maladie ravager. C'est Dieu seul que vous appelez comme juge de votre beauté, lui qui même dans des corps moins beaux aime la beauté supérieure des âmes. Vous ne connaissez pas le poids de la grossesse ni les douleurs de l'enfantement, et pourtant plus considérable est la postérité d'une âme sainte qui a pour enfants tous les hommes ; sa descendance est nombreuse, mais la perte des siens lui est inconnue ; elle ignore les deuils, mais elle connaît des héritiers.
1031 De même la Sainte Église qui immaculée nous a conçus, féconde nous a enfantés, est vierge par sa chasteté, mère en sa descendance. Nous sommes enfantés par une vierge qu'a rendue féconde non pas l'homme, mais l'Esprit14. Elle nous enfante sans douleur en son corps, mais dans la joie des anges. Vierge, elle nous nourrit non d'un lait matériel, mais de celui avec lequel l'Apôtre nourrit l'enfance d'un peuple encore en croissance (1Co 3,2). Quelle épouse a plus d'enfants que la sainte Église, vierge en ses mystères, mère en les peuples qui sont à elle ? Sa fécondité, l'Écriture même en témoigne : « Car les enfants de la délaissée, est-il dit, sont plus nombreux que ceux de celle qui a un mari » (Is 54,1 Ga 4,27). Notre mère n'a pas de mari mais elle a un époux, car l'Église, soit qu'on la considère dans tous les peuples, soit en chaque âme individuelle, contracte un mariage spirituel avec le Verbe de Dieu comme avec son époux, sans la moindre atteinte à sa pureté, exempte de tout contact, spirituellement féconde.
1032 Vous avez entendu, parents, quelles vertus vous devez apprendre à vos filles, quelles règles de conduite vous devez leur inculquer, afin d'avoir des enfants dont les mérites puissent racheter vos propres fautes. Une vierge est un don de Dieu, un bienfait pour ses parents, un sacerdoce de chasteté. Une vierge est l'offrande de sa mère, car son sacrifice quotidien apaise la colère de Dieu. Une vierge est l'enfant inséparable de ses parents, qui ne les importune pas pour une dot, ne les abandonne pas en quittant la maison13, ne leur cause pas de la peine par sa mauvaise conduite.
1033 Mais tel désire avoir des petits-fils, le nom d'aïeul ; il renonce à ses enfants en voulant en avoir d'autres ; il commence à être privé de ceux dont il est assuré, tandis qu'il en espère d'incertains ; il donne ses propres richesses, et on demande davantage ; si la dot n'est pas versée, on la réclame ; s'il vit longtemps, il est à charge. Ce n'est pas là acquérir un gendre, mais l'acheter : il vendra aux parents le droit de regarder leur fille. Sa mère l'a-t-elle donc portée tant de mois dans son sein pour qu'elle passe au pouvoir d'un autre ? A-t-elle donc accepté la responsabilité de sa fille pour la voir si tôt enlevée à ses parents ?
1034 On me dira : « Vous déconseillez donc le mariage » ? Au contraire, je l'encourage et je condamne ceux qui ont coutume de le déconseiller16, puisque je fais souvent allusion aux mariages de Sara, de Rébecca, de Rachel17, et des autres femmes de l'Ancien Testament, en les proposant comme modèles de toutes les vertus. Condamner le mariage, c'est condamner les enfants, condamner l'ensemble du genre humain. Comment, en effet, un âge pourrait-il succéder à un autre et subsister pour des siècles, si l'attrait du mariage ne suscitait pas le désir d'engendrer des enfants ? Comment peut-on prêcher qu'Isaac innocent, victime offerte par la piété de son père (Gn 22,1-19), s'approcha de l'autel de Dieu, ou qu'Israël, encore revêtu d'un corps mortel, vit Dieu, et donna à son peuple son nom sacré (Gn 32,27-30), si l'on condamne leur origine ? Ces hommes sacrilèges ont du moins pour eux un point digne d'être reconnu par les sages : en condamnant le mariage, ils avouent qu'ils n'auraient pas dû naître !
1035 Je ne déconseille donc pas le mariage, mais j'énumère les bienfaits de la sainte virginité. Celle-ci, sans doute, est le sort du petit nombre, l'autre de tout l'ensemble. Il ne saurait y avoir de virginité si elle n'a de qui naître. Je compare un bien avec un bien pour mettre en lumière le meilleur. Et ce n'est nullement ma propre pensée que j'expose, mais je répète celle que l'Esprit-Saint proféra par le Prophète : « Mieux vaut la stérilité avec la vertu » (Sg 4,1) d'après les Septante).
1036 En premier lieu, si les fiancées désirent par dessus tout être fières de la beauté de leur époux, elles doivent nécessairement se reconnaître inférieures en cela aux vierges saintes, auxquelles seules il est donné de dire : « Tu es le plus beau des enfants des hommes ; la grâce est répandue sur tes lèvres » (Ps 44,3). Quel est cet époux ? Il n'est pas assujetti à de basses flatteries, il ne se fait pas gloire de richesses périssables : c'est celui « dont le trône est éternel, dont les filles de rois forment la cour, à la droite duquel se tient la reine, vêtue d'une robe tissée d'or, ornée de toute variété de vertus » (Ps 44,7 44,10). « Écoute donc, ma fille, et prête l'oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père, car le roi s'est épris de ta beauté ; c'est lui-même qui est ton Dieu » (Ps 44,11-12).
1037 Et considère tout ce qu'au témoignage des Écritures l'Esprit-Saint t'a donné : royauté, or, beauté. Royauté, soit parce que tu es l'épouse du Roi éternel, soit parce que, l'âme invincible, tu ne succombes pas captive des désirs de la chair, mais les domines en reine. Or, de même que cette matière a plus de prix une fois passée au feu, de même la beauté corporelle d'une vierge consacrée par l'Esprit de Dieu en reçoit un plus grand éclat. Quant à la beauté, qui peut en concevoir une plus grande que la beauté de celle qui est aimée par son Roi, approuvée par son Juge, vouée à son Seigneur, consacrée à son Dieu, toujours épouse, toujours vierge, si bien que son amour ne connaît pas de fin, ni sa pureté de dommage.
1038 Voilà assurément, voilà la véritable beauté, celle à qui rien ne manque, qui seule a le droit d'entendre du Seigneur ces paroles : « Tu es toute belle, mon amie, en toi il n'y a pas de tache ! Viens à moi du Liban, mon épouse, viens à moi du Liban, tu passeras et repasseras, depuis la source de la foi, des sommets du Sanir et de l'Hermon, des tanières des lions, des montagnes des léopards » (Ct 4,7-8). Par ces traits se trouve décrite la beauté parfaite et irrépréhensible d'une âme virginale consacrée à Dieu à son autel, qui parmi les assauts et les embûches des fauves spirituels, sans fléchissement dans sa conduite, appliquée aux mystères divins, a gagné son Bien-aimé, lui dont le sein est rempli de joie, car c'est un vin qui réjouit le coeur de l'homme (Ps 103,15).
1039 « Le parfum de tes vêtements », est-il dit, « est plus suave que tous les aromates » ; et, plus bas, « le parfum de tes vêtements rappelle celui du Liban » (Ct 4,11). Vois, ô vierge, le progrès que tu dois nous offrir ici : ton premier parfum, qui dépasse tous les aromates, ayant servi pour la sépulture du Seigneur, fait sentir qu'en toi les inclinations charnelles ont été frappées de mort, morts les plaisirs du corps. Ton second parfum, comme celui du Liban, émanant de la fleur de ta chasteté virginale, exhale la pureté sans tache du corps du Seigneur.
1040 Que tes oeuvres donc composent un rayon de miel : la virginité, en effet, mérite d'être comparée aux abeilles : comme elles, diligente, pure, chaste (Ct 4,11). L'abeille se nourrit de rosée18, ne se livre pas à l'accouplement", compose son miel. La vierge aussi a sa rosée : la parole de Dieu, car les paroles de Dieu descendent comme la rosée (Dt 32,2). Sa pureté, c'est l'intégrité de sa nature. Son enfantement, c'est le fruit de ses lèvres, exempt d'aigreur, plein de douceur. Le travail est en commun, le produit en commun20.
1041 Combien voudrais-je, ma fille, que tu imites cette petite abeille qui se nourrit de fleurs, qui recueille ses petits et forme son miel avec sa bouche ! Imite-la, ma fille. Que tes paroles ne s'enveloppent d'aucune fourberie, qu'elles ne dissimulent aucune fraude, mais qu'elles soient franches et pleines de gravité.
1042 Que tes mérites, enfantés par tes lèvres, t'assurent une postérité sans fin. Et ne les amasse pas pour toi seule, mais pour d'autres, —Sais-tu quand on te redemandera ton âme ? (Lc 12,18-21) — tu risquerais de laisser derrière toi des greniers regorgeant de blé qui ne serviront ni pour l'entretien de ta propre vie, ni pour augmenter tes mérites, et d'être enlevée là où tu ne pourras emporter ton trésor. Enrichis-toi donc, mais pour les pauvres, afin que, partageant ta nature, ils partagent aussi tes biens.
1043 Je te montre aussi une fleur à cueillir : Celui qui a dit : « Je suis la fleur des champs et le lis des vallées, comme un lis au milieu des épines » (Ct 2,1-2). Preuve évidente que la vertu est investie par les halliers du mal, si bien que seul récolte du fruit celui qui approche avec précaution.
1044 Prends donc des ailes, ô vierge, mais les ailes de l'esprit, pour survoler les vices, si tu veux parvenir jusqu'au Christ, lui « qui demeure dans les cieux et abaisse ses regards vers la terre » (Ps 112,5-6). Sa beauté ressemble au cèdre du Liban (Ct 5,15) dont la frondaison se perd dans les nues, dont les racines plongent en terre. Son origine est céleste ; dans la suite sa vie sur terre a porté des fruits voisins du ciel. Cherche avec grand soin une si belle fleur : qui sait si tu ne la trouveras pas dans le vallon de ton coeur ; car c'est dans les lieux cachés qu'elle a coutume de répandre son parfum.
1045 Il aime à éclore dans ces jardins où Suzanne le trouva en s'y promenant, prête à mourir, plutôt que de souffrir atteinte à sa pureté (Da 13). Quels sont ces jardins, lui-même nous l'explique lorsqu'il dit : « Tu es un jardin fermé, ma soeur, mon épouse, tu es un jardin fermé, une fontaine scellée » (Ct 4,12) : dans ces jardins-là l'eau d'une source limpide reflète avec éclat l'image de Dieu, image scellée21 pour que les bêtes spirituelles ne viennent pas s'y vautrer et la souiller de fange. Aussi cette pureté est-elle enclose de toutes parts d'un mur spirituel, pour ne pas être exposée au rapt. Comme un jardin inaccessible aux voleurs, elle répand la senteur de la vigne, l'odeur de l'olivier, le parfum de la rosé ; dans la vigne c'est la religion, dans l'olivier la paix, dans la rosé la pudeur de la sainte virginité qui fleurissent. C'est le parfum qui émanait du patriarche Jacob quand il lui fut donné d'entendre ces paroles : « Voici que l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ fertile » (Gn 27,27). Bien que le champ du saint patriarche fût rempli de fruits de toutes espèces, ces fruits cependant il ne les produisait qu'au prix d'un intense labeur. Ici il s'agit de fleurs.
1046 A l'oeuvre donc, ô vierge, et si tu veux que ton jardin exhale de pareils parfums, ferme-le avec les préceptes des prophètes : « Mets une garde à ta bouche et une porte bien gardée à tes lèvres » (Ps 140,3), afin de pouvoir dire, toi aussi : « Tel un pommier entre les arbres de la forêt, tel est mon frère entre les fils des hommes. A son ombre, le désirant, je me suis assise, et son fruit est doux à mon palais » (Ct 2,3). «J'ai trouvé celui qu'aime mon âme, je le tiens et je ne lâcherai pas » (Ct 3,4). « Que mon frère descende dans son jardin, qu'il goûte les fruits de ses pommiers » (Ct 5,7). « Viens, mon frère, sortons dans les champs » (Ct 7,11). « Place moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras » (Ct 8,6). « Mon bien-aimé est éclatant de blancheur et vermeil » (Ct 5,10). Car il convient, ô vierge, que tu connaisses à fond ton bien-aimé, et qu'en lui tu reconnaisses sa divinité sans commencement et le mystère de son Incarnation. Il est à bon droit éclatant de blancheur, car il est la splendeur du Père (He 1,3), il est vermeil en tant que fils d'une vierge. En lui brille et resplendit l'éclat de ses deux natures. Souviens-toi cependant que la gloire de sa divinité précède les mystères de son humanité, car il n'a pas tiré son origine d'une vierge, mais celui qui existait déjà est descendu dans une vierge.
1047 C'est lui qui fut méprisé par les soldats, blessé d'une lance pour nous guérir par le sang précieux de cette blessure (Jn 19,33-34). Il te dira sans doute — car il est doux et humble de coeur (Mt 11,25), aimable est son aspect — : « Lève-toi Aquilon, accours, Auster, souffle sur mon jardin, qu'il distille mes aromates » (Ct 4,16), car de tous les points du monde s'est répandu le parfum de la sainte virginité qui s'exhale des membres d'une vierge aimée du Seigneur. « Tu es belle, ma parente, comme la bonne renommée, belle comme Jérusalem » (Ct 6,3). Ce n'est donc pas la beauté d'un corps périssable, que flétrira la maladie ou la vieillesse, qui constitue la parure des vierges, mais la renommée de leurs bonnes oeuvres, que nulle vicissitude ne peut atteindre, qui jamais ne périra.
1048 Et comme ce n'est pas aux hommes qu'il convient désormais de te comparer, mais aux anges dont tu mènes la vie sur terre, reçois cet ordre du Seigneur et accomplis-le : « Place-moi, dit-il, comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras » (Ct 8,6), afin qu'apparaissent avec plus d'éclat les marques de ta sagesse, les témoignage de tes oeuvres, dans lesquelles doit resplendir le Christ, image de Dieu (He 1,3), lui qui, égal en tout à son Père par nature, a porté l'empreinte parfaite de la divinité reçue de Lui. Ce qui fait dire à l'apôtre Paul que nous avons été marqués du sceau de l'Esprit (Ep 1,13), parce que nous possédons l'image du Père dans le Fils (2Co 4,4), et le sceau du Fils dans l'Esprit (Ep 1,13). Marqués ainsi du sceau de la Trinité, veillons avec soin à ce que ni la légèreté de nos moeurs, ni la moindre adultération ne brisent le sceau imprimé sur nos coeurs.
1049 Loin des vierges sacrées une telle crainte, elles que l'Église a dès l'abord pourvues de si puissants secours ! Pleine de sollicitude pour la croissance de ses frêles rejetons, elle voit gonfler ses seins, semblable à un mur garni de tours (Ct 8,10), jusqu'à ce que, l'ennemi ayant levé le siège, elle ait assuré la paix à une jeunesse devenue robuste grâce à sa puissante protection maternelle. D'où cette parole du Prophète : « Que la paix règne dans ton enceinte, la prospérité dans tes tours » (Ps 121,7).
1050 Alors le Seigneur de la paix en personne, ayant serré fortement dans ses bras la vigne qui lui fut confiée, et voyant ses rameaux pousser leurs bourgeons, mesure d'un regard prévoyant les vents aux fruits naissants. Il en témoigne lui-même : « Ma vigne, dit-il, est toujours sous mes yeux : il y a mille pour Salomon, deux cents pour les gardiens de la récolte » (Ct 8,12).
1051 Et plus haut il dit : « Soixante guerriers l'entourent, le glaive à la main, tous rompus aux combats » (Ct 3,7-8). Ici nous avons mille deux cents : le nombre s'est accru avec l'accroissement des fruits, car plus on est saint plus on est protégé. Ainsi le prophète Elisée a montré qu'il était assisté d'une armée d'anges (2R 6,14-18), et Josué, fils de Nun, vit auprès de lui le chef de la milice céleste (Jos 5,13-16). Ils sont donc bien capables de veiller sur nos fruits, ceux qui peuvent même combattre pour nous. Mais vous, ô vierges sacrées, vous êtes entourées d'une garnison de choix, vous qui gardez le lit sacré du Seigneur dans une pureté inviolable. Il n'est pas surprenant que les anges combattent pour vous, qui menez le combat d'une vie angélique. La chasteté des vierges -obtient leur aide, s'élevant à leur vie.
1052 Mais pourquoi m'étendre davantage sur la louange de la chasteté ? C'est la chasteté qui a fait les anges eux-mêmes : est ange celui qui l'a gardée, diable celui qui l'a perdue. C'est de là que l'état religieux a pris son nom : est vierge celle qui est liée comme épouse à Dieu, prostituée celle qui se fait des dieux (Jr 2,20). Et que dire de la résurrection, dont vous possédez déjà le bienfait ? « Lors de la résurrection, est-il dit, ils ne prendront ni femmes ni maris, mais ils seront comme les anges du ciel » (Lc 20,35 Mt 22,30). Ce qui pour nous est une promesse existe déjà pour vous, ce qui pour nous est objet de désir, vous en jouissez déjà22. Vous êtes de ce monde, mais vous n'êtes pas en ce monde (Jn 17,6). Il a été donné au monde de vous avoir, mais non de vous garder23.
1053 Quelle merveille ! Des anges par leur manque de mesure sont tombés du ciel au siècle, tandis que les vierges, grâce à leur chasteté, sont passées de ce siècle au ciel. Heureuses vierges, que les sollicitations déréglées de la chair ne troublent pas, que le torrent bourbeux de la volupté n'entraîne pas. Une sage modération dans le manger et le boire leur apprend à ignorer les vices, puisqu'elle apprend à ignorer la racine des vices. Cette occasion de péché a souvent pris au piège les justes eux-mêmes. C'est ainsi que le peuple de Dieu, après s'être assis pour boire, a renié Dieu (Ex 22,6-8) ; que Lot, sans le savoir, fut l'objet de l'inceste de ses filles (Gn 19,30). Les fils de Noé, en lui tournant le dos, couvrirent la nudité de leur père : ce qu'un fils impudent regarda, la pudeur d'un autre en eut honte et la cacha par respect, sachant qu'il aurait été en faute s'il eût regardé lui-aussi (Gn 9,21-23). Combien grande est la force du vin puisqu'il dépouille celui que les eaux même du déluge n'ont pas dépouillé !
1054 Pourquoi m'y arrêter davantage ? Quel bonheur est le vôtre de n'être sollicitée par aucune convoitise ! Le pauvre vous demande ce que vous avez, mais ne requiert pas ce que vous ne possédez pas. Le fruit de votre travail est un trésor pour le pauvre, et n'eussiez-vous que deux oboles (Lc 21,2-4), c'est votre contribution, votre largesse. Apprends donc, ma soeur, tout ce qui t'est épargné ; car ce que tu dois éviter, je n'ai pas à te l'enseigner, ni toi à l'apprendre : la pratique parfaite de la vertu n'a pas besoin d'enseignement, elle est elle-même une prédication. Tu vois celle qui se pare pour plaire à autrui s'avancer semblable aux litières portées en cortège24, attirant sur elle les yeux et les regards de tous, d'autant plus laide qu'elle cherche davantage à séduire : elle déplaît au public plus vite qu'elle ne plaît à son époux. Mais chez toi le plus beau est le dédain pour toute recherche de beauté : ne pas te parer est justement ta parure.
1055 Regarde ces oreilles percées de trous, prends pitié à la vue de ces poids qui font courber la tête23. La différence des métaux n'allège pas le supplice. Ici c'est un collier qui enserre le cou, là une chaîne qui entoure le pied. Il importe peu que le corps ploie sous l'or ou le fer : dans les deux cas la tête se courbe, la démarche s'appesantit. Le prix n'y fait rien : il reste que vous, mesdames, craignez de perdre votre instrument de supplice. Qu'importe que ce soit le jugement d'autrui ou le vôtre qui vous condamne ? En cela vous êtes plus à plaindre que les condamnés par jugement : eux souhaitent être déliés, vous être enchaînées !
1056 Quel sort misérable que d'être, pour se marier, mise à prix à la façon d'un esclave sur le marché, achetée par celui qui met la surenchère. La vente des esclaves est pourtant plus supportable, car il leur arrive de choisir leurs maîtres. Si la vierge choisit le sien, on lui en fait reproche ; si elle ne choisit pas, c'est un affront. Même si elle est belle et avenante, elle souhaite et elle craint tout à la fois d'être vue. Elle le souhaite, pour qu'on verse pour elle une plus grande somme ; elle craint de déplaire en se montrant. Que d'espoirs trompés ! Quand se présentent les prétendants, que d'appréhensions dans la crainte d'être trompée par un pauvre, prise en dégoût par un riche, bafouée par un bellâtre, méprisée par un noble.
1057 On me dira : Tu nous chantes chaque jour les louanges des vierges, — mais que faire, puisque chaque jour je répète la même chanson sans le moindre résultat ? Mais ce n'est pas ma faute. Des vierges viennent de Plaisance, de Bologne, de la Mauritanie pour se faire consacrer ici, pour y recevoir le voile. Vous êtes témoins d'un fait extraordinaire : c'est ici que je parle et c'est là-bas que je persuade. S'il en est ainsi, parlons là-bas pour vous convaincre ici !
1058 Comment se fait-il que celles qui ne m'entendent pas suivent mon enseignement, et celles qui m'entendent ne le suivent pas ? J'ai connu beaucoup de vierges qui ont voulu m'écouter, mais qui ont été empêchées de quitter la maison par leurs mères, et, ce qui est pire encore, par des veuves : c'est à elles que je m'adresse maintenant : Si vos filles désiraient épouser un homme, la loi leur permettrait de choisir qui elles voudraient. Celle donc qui a le droit de choisir un homme, ne lui est-il pas permis de choisir Dieu ?
1059 Considérez combien est aimable le fruit de la chasteté qui s'est implanté même dans le coeur des barbares. Des vierges chassées des régions les plus éloignées de la Mauritanie, et même d'au-delà, désirent se faire consacrer ici, et tandis que toutes leurs familles sont dans les fers26, la chasteté ignore la captivité. Elle se voue au royaume éternel, déplorant l'opprobre de l'esclavage.
1060 Et que dire des vierges de Bologne, cette milice féconde de la pudeur, qui, renonçant aux plaisirs du monde, demeurent dans le temple sacré de la virginité ? Étrangères à tout commerce avec l'homme, mais fécondes par la grâce de leur virginité, leur nombre atteint la vingtaine et obtient le fruit du centuple. Elles ont quitté le foyer paternel pour veiller sous les tentes du Christ, infatigable milice de la chasteté. Tantôt elles se livrent au chant des hymnes, tantôt elles travaillent pour assurer leur subsistance, et subvenir aussi de leurs mains aux besoins des pauvres.
1061 Si elles flairent une proie, une vierge à prendre dans leurs filets — car elles s'entendent entre toutes à dépister et pourchasser la chasteté — les pas pressés de leur sollicitude poursuivent jusqu'en son gîte la proie qui se cache ; ou bien si quelqu'une se montre en un libre vol, on les voit toutes déployer leurs plumes, battre des ailes, applaudir à l'envi, entourer la voyageuse du chaste choeur de la pureté jusqu'à ce que, charmée de cette blanche compagnie, oubliant la maison de son père (Ps 44,11), elle parvienne au rivage de la pureté, à la poursuite de la chasteté.
1062 Ce serait donc un bien si les soins des parents attisaient chez la vierge la flamme de la pureté ; mais il y a plus de gloire à ce que le feu de leur jeunesse se porte spontanément, sans être alimenté par les parents, vers le foyer de la chasteté. Tes parents te refuseront une dot, mais ton Époux est riche, son trésor te suffit sans te mettre en peine de recueillir l'héritage paternel. Comme une pauvreté chaste est préférable à une dot coûteuse !
1063 Mais cependant, avez-vous jamais ouï dire que quelqu'une ait été privée de son héritage légitime pour avoir voulu rester vierge ? Les parents font opposition ; mais ils souhaitent être vaincus. Ils résistent d'abord, parce qu'ils ont peur d'acquiescer. Ils se fâchent souvent, pour t'apprendre à surmonter leur indignation ; ils menacent de te déshériter pour voir si tu es capable d'affronter sans crainte les disgrâces de ce monde. Ils te comblent de caresses, pour voir si le charme de ces mille gentillesses ne pourra pas te fléchir. C'est ton exercice, vierge, que cette contrainte : voilà tes premières luttes, ménagées par les désirs angoissés des parents. Triomphe d'abord, ô vierge, de l'affection de tes parents. Si tu triomphes des tiens, tu triompheras du monde.
1064 Mais enfin, admettons que vous ayez à perdre votre patrimoine ; est-ce que le royaume des cieux qui vous attend ne compense pas la perte de richesses caduques et périssables ? Si pourtant nous ajoutons foi aux paroles divines, « nul ne quittera maison, parents, frères, femme ou enfants pour le royaume de Dieu qui ne reçoive cent fois autant dès ici-bas, et dans le siècle à venir la vie éternelle » (Lc 17,29) s.. Mets ta confiance en Dieu. Tu confies de l'argent à un homme : prête au Christ. Gardien fidèle du dépôt de ton espoir, il te rend le talent de ta foi avec amples intérêts (Mt 25,14-27). La vérité ne trompe pas, la puissance ne déçoit pas, la justice ne circonvient pas. Et si vous ne croyez pas à sa parole, croyez du moins à des exemples.
1065 Je me souviens d'une jeune fille, autrefois bien connue du siècle, maintenant mieux connue encore de Dieu, qui, pressée de se marier par ses parents et ses proches, se réfugia auprès de l'autel sacré ; où en effet une vierge pourrait-elle se réfugier avec plus d'à-propos que là où s'offre le sacrifice virginal ? Mais sa détermination ne s'en tint pas là. Elle se tenait à l'autel de Dieu, offrande de pureté, chaste victime, tantôt plaçant sur sa tête la main du prêtre pour solliciter sa prière sur elle, tantôt incapable de supporter un délai justifié, le haut de la tête posé sous l'autel, elle dit : « Qui mieux que l'autel m'imposera le voile27, lui qui sanctifie les voiles eux-mêmes ? Un tel voile nuptial sied mieux que tout autre : c'est sur lui que chaque jour est consacré le Christ, notre chef à tous. Et vous tous, mes proches, que faites-vous ? Pourquoi me presser encore de songer au mariage ? Il y a longtemps que le mien est prévu. Vous me proposez un époux ? J'en ai trouvé un meilleur. Accumulez toutes les richesses possibles, vantez la noblesse, proclamez la puissance, moi je possède celui à qui nul ne se peut comparer : sa richesse, c'est le monde ; sa puissance, II est souverain ; sa grandeur, c'est le ciel. Si vous avez le pareil, je ne rejette pas votre choix. Si vous n'en trouvez pas, vous ne travaillez pas pour moi, mais vous me faites tort.
1066 Tous gardaient le silence ; soudain l'un d'eux : « Si ton père, dit-il, était vivant, souffrirait-il que tu ne sois pas mariée ? » Mais elle, chez qui le sens religieux l'emportait, la piété filiale était mieux entendue : « Et s'il est mort, c'est peut-être justement pour qu'il ne mît pas d'obstacle ». La réponse au sujet du père se trouva prophétie pour l'autre, comme le fit voir sa mort prématurée. Redoutant le même sort pour eux-mêmes, les autres en vinrent à favoriser ce qu'ils cherchaient à contrarier : si bien que la virginité ne lui fit pas perdre les biens auxquels elle avait droit mais lui procura le bienfait de la chasteté.
Vous avez là, ô vierges, la récompense de votre donation. Parents, prenez garde à cet exemple d'opposition.
2001 1. Dans le livre précédent nous avons cherché — sans pourtant y réussir — à montrer l'excellence du don de la virginité, espérant que par elle-même la grâce de ce don céleste attirerait notre lectrice. Dans ce deuxième livre il convient de faire l'éducation d'une vierge, de l'instruire par l'enseignement de préceptes appropriés.
2002 2. Mais nous sommes peu capables d'exhorter, peu en mesure d'enseigner, car celui qui enseigne doit l'emporter sur celui qui est enseigné. Cependant, pour ne point paraître abandonner la tâche entreprise, ni trop présumer de nous, nous avons pensé l'instruire par des exemples plutôt que par des préceptes ; car on profite mieux de l'exemple, jugeant aisé ce qui s'est déjà fait, avantageux ce que l'expérience a éprouvé, religieux devoir ce que la vertu pratiquée par nos ancêtres nous a transmis comme un legs, un héritage.
2003 3. Si on nous accuse de présomption, qu'on s'en prenne plutôt à notre zèle : les vierges l'ont demandé, je n'ai pas cru pouvoir le refuser. J'ai préféré m'exposer à la confusion que ne pas acquiescer au vouloir de celles dont notre Dieu lui-même consent à exaucer favorablement les désirs.
2004 4. Mais on ne peut même pas nous taxer de présomption, car, ayant déjà de quoi s'instruire, elles ont recours à mon affection plus qu'à mon enseignement ; et mon zèle est excusable, car, ayant l'autorité d'un martyr28 pour régler leur conduite, je n'ai pas jugé superflu qu'elles utilisent la caresse de ma parole comme appât pour leur genre de vie. Il est facile d'enseigner à celui qui réprime les vices avec son tempérament austère ; pour nous, qui sommes incapables d'enseigner, gagnons les coeurs.
2005 5. Et comme plusieurs absentes souhaitaient profiter de notre parole, j'ai composé ce livre, pour que, possédant ce présent qui leur fait parvenir ma voix, elles ne croient pas à l'absence de celui qu'elles auront avec elles. Mais poursuivons notre propos.
2006 6. Ayez donc sous les yeux, comme une peinture et portrait de la virginité, la vie de Marie : en elle resplendit, comme en un miroir, l'image de la chasteté, la figure de la vertu. C'est là qu'il convient de prendre modèle pour votre vie ; là, comme dans un original, sont formulées les leçons du bien vivre ; là vous est montré ce qu'il faut redresser, fuir, observer.
2007 7. Ce qui enflamme à apprendre, c'est d'abord la noblesse du maître. Y a-t-il plus noble que la Mère de Dieu ? Y a-t-il objet plus splendide que celle qui fut choisie par la Splendeur29 ? Y a-t-il plus chaste que celle qui engendra un corps sans atteinte à son propre corps ? De ses autres vertus que dire ? Vierge, elle l'était non seulement en son corps, mais encore en son âme, incapable de fausser la droiture de ses pensées par quelque détour trompeur. Humble de coeur, sobre de paroles, d'un jugement sage, peu adonnée à parler, assidue à la lecture, elle mettait son espérance non en des richesses précaires, mais dans la prière des pauvres (Si 21,5-6) ; appliquée au travail, modeste en ses discours, prenant Dieu et non l'homme pour juge de sa conscience, ne blessant personne en paroles, voulant du bien à tous. Elle se levait en présence de ses aînés, n'enviait pas ses égaux, fuyait la vaine gloire, suivait la raison, aimait la vertu. A-t-elle jamais méprisé le pauvre, raillé l'infirme, évité le nécessiteux ? Elle avait coutume de n'aborder les réunions d'hommes que si la miséricorde n'en avait pas honte, si la retenue ne les faisait pas éviter. Rien de dur dans son regard, rien de déplacé en ses paroles, rien de messéant en ses actes ; rien d'efféminé dans ses gestes, de négligé dans sa démarche, de hardi dans son ton de voix, si bien que l'aspect même de son corps était le reflet de son âme, l'image de sa droiture. Une maison bien tenue doit se reconnaître dès le vestibule et manifester dès l'abord que l'intérieur ne cache rien de ténébreux ; de même notre âme n'étant pas gênée par les cloisons du corps, telle la lumière d'une lampe placée à l'intérieur, brille au dehors (Mt 5,14-16).
2008 8. Dois-je détailler la frugalité de sa nourriture, la multiplicité de ses bons offices, celle-ci dépassant les forces naturelles, celle-là les trahissant presque ? D'une part point d'instants inoccupés, de l'autre des jeûnes redoublés. Si elle se décidait à prendre quelque nourriture, c'était en général la plus commune, de quoi éviter la mort sans se procurer le plaisir. Le sommeil n'était pas cherché avant d'être nécessaire et, alors même que son corps se reposait, son esprit veillait (Ct 5,2) : souvent dans ses rêves il repasse ses lectures, poursuit ce que le sommeil a interrompu, accomplit ce qu'il a décidé, prévoit ce qu'il fera.
2009 9. Elle ne quittait la maison que pour se rendre au Temple, et encore accompagnée de ses parents ou de ses proches. Laborieuse à l'intérieur de sa maison, elle était accompagnée en ses sorties, n'ayant cependant pas meilleure garde qu'elle-même ; digne en sa démarche et en son attitude, on aurait dit qu'elle semblait moins faire des pas que progresser en vertu. Qu'une vierge ait d'autres gardiens de son corps, mais qu'elle soit elle-même gardienne de sa conduite. Elle aura en abondance près de qui s'instruire, si elle fait elle-même son éducation en prenant les vertus pour maîtresses ; car alors tout ce qu'elle fera sera une règle de conduite. C'est ainsi que Marie s'appliquait à toutes les vertus comme à autant de maîtresses, et elle en accomplissait tous les devoirs comme une maîtresse plutôt que comme une disciple.
2010 10. Telle l'évangéliste nous l'a montrée, telle l'ange la trouva (Lc 1,28), telle le Saint-Esprit l'a choisie. Mais pourquoi m'arrêter aux détails, à l'amour que ses parents avaient pour elle, aux éloges des étrangers, dès lors qu'elle fut digne de donner naissance au Fils de Dieu ? A son entrée l'ange la trouva à la maison, en sa retraite, sans compagnie, pour que personne ne pût interrompre son recueillement, la distraire par du bruit. Elle ne désirait pas même la société des femmes, ayant la compagnie de ses bonnes pensées. Il lui semblait même être d'autant moins seule qu'elle était seule30 : comment seule, ayant avec elle tant de livres, tant d'archanges, tant de prophètes ?
2011 11. Aussi bien Gabriel la trouva là où il avait l'habitude de la visiter (Lc 1,26-38), et Marie eut peur de l'ange, troublée par son apparence humaine, mais elle le reconnut en entendant son nom. Ainsi déconcertée par un homme, elle ne fut pas déconcertée avec un ange ; reconnaissez son oreille religieusement attentive, la retenue de ses regards. Saluée elle se tut, interpellée elle répondit ; troublée au premier abord, elle promit ensuite son service.
2012 12. Quel fut son pieux dévouement à ses proches, la divine Écriture nous l'indique (Lc 1,39-56). Elle devint d'autant plus humble qu'elle se vit choisie par Dieu, et partit aussitôt par les montagnes, chez sa cousine : non pour fortifier sa foi par un précédent, puisqu'elle avait déjà cru à la prophétie : « Bienheureuse es-tu toi qui as cru », lui a-t-on dit (Lc 1,45). Et elle demeura auprès d'elle trois mois. Un si grand espace de temps ne fut pas consacré à fonder sa foi, mais à rendre service. Et ceci après que l'enfant, tressaillant dans le sein de sa mère, eut salué la Mère du Seigneur, sa dévotion devançant sa naissance.
2013 13. Lorsqu'ensuite il y eut tant de prodiges : une stérile qui enfantait, une vierge qui concevait, un muet qui parlait, l'adoration du mage, l'attente de Siméon, le message de l'étoile, Marie qui s'était troublée à l'entrée de l'ange, calme en présence du miracle, « gardait toutes ces paroles en son coeur » (Lc 2,19). Bien qu'elle fût la Mère du Seigneur, elle désirait néanmoins apprendre les commandements du Seigneur. Elle avait engendré Dieu ; elle désirait pourtant connaître Dieu.
2014 14. Pourquoi allait-elle aussi tous les ans à Jérusalem au jour solennel de la Pâque (Lc 2,41), et pourquoi y allait-elle avec Joseph ? Partout chez cette vierge on trouve la pudeur faisant cortège à toutes ses autres vertus. Cette vertu doit être inséparable de la virginité, car sans elle la virginité n'existe pas. C'est pourquoi Marie ne se rendait même pas au Temple sans le gardien de sa pureté.
2015 15. Elle nous offre le portrait de la virginité. Telle fut Marie que sa vie est, à elle seule, une règle pour tous. Si donc cette maîtresse ne déplaît pas, adoptons sa conduite ; quiconque aspire à sa récompense doit imiter son exemple. De combien de vertus l'image resplendit en cette unique vierge ! Pudeur qui se cache, foi qui s'affirme31, service dévoué. Elle est vierge en sa demeure, compagne pour aider (Lc 1,39) s., mère au Temple (Lc 2,48).
2016 16. Combien de vierges la verront venir à leur rencontre ! Combien de vierges elle embrassera et amènera au Seigneur : « Celle-ci, dira-t-elle, a été fidèle au lit, à la chambre nuptiale de mon Fils par une pureté immaculée ». Comme le Seigneur lui-même les recommandera à son Père en répétant ses paroles : « Père saint, voici celles que j'ai gardées pour toi (Jn 17,11), celles sur lesquelles le Fils de l'homme a incliné et reposé sa tête (Lc 9,58) ; je te demande que là où je suis elles soient aussi avec moi (Jn 17,24). Et cette grâce, elles ne doivent pas la posséder pour elles seules, car elles n'ont pas vécu pour elles seules : que celle-ci obtienne le rachat de ses parents, celle-ci de ses frères. Père juste, le monde ne m'a pas connu (Jn 17,25), mais celles-ci m'ont connu et n'ont pas voulu connaître le monde ».
2017 17. Quel cortège ! Quelle joie chez les anges applaudissant l'entrée au ciel de celle qui mena sur terre une vie céleste. Alors Marie, prenant en main le tambourin, entraînera les choeurs de vierges louant le Seigneur qui leur a fait traverser la mer du siècle. Alors chacune dans l'exultation s'exclamera : « Je monterai à l'autel de mon Dieu, du Dieu qui remplit d'allégresse ma jeunesse » (Ps 42,4). « J'immole à Dieu un sacrifice de louange, et je rends au Très-Haut ce que j'ai voué » (Ps 49,14).
2018 18. Et je ne doute pas que des autels vous soient préparés, car je n'hésite pas à dire que vos âmes sont les autels de Dieu, sur lesquels chaque jour le Christ est offert en sacrifice pour le rachat de son Corps. Car si le corps d'une vierge est le temple de Dieu (1Co 3,16), qu'en est-il de son âme sur laquelle la main du Prêtre éternel attise les cendres de ses membres pour que s'en exhale le parfum d'un feu divin ? Heureuses vierges, qui répandez autour de vous une grâce si immortelle, de même que les jardins sont embaumés par les fleurs, les temples par la piété, les autels par le prêtre !
Ambroise virginité 1030