
Pie XII 1940 - ENCYCLIQUE « SAECULO EXEUNTE » AUX ÉVÊQUES DU PORTUGAL
(14 juin 1940) 1
Voici la lettre apostolique que Pie XII adressa à l'épiscopat de Californie à l'occasion de la célébration du premier centenaire de l'institution de la hiérarchie ecclésiastique dans leur Etat :
Nous avons appris avec satisfaction qu'à l'occasion du centenaire de l'établissement de la hiérarchie ecclésiastique en Californie, vous avez résolu de célébrer cet heureux événement par des fêtes solennelles. Ce projet, à coup sûr excellent puisqu'il tend à rappeler à la mémoire et à la reconnaissance tant de bienfaits accordés par la divine Providence à votre peuple dans le cours de ce temps, Nous paraît tout à fait conforme à la piété filiale envers Dieu et digne de Notre louange et de Notre recommandation. Quel efficace développement a pris la première administration hiérarchique de l'Eglise dans cette longue série d'années ! Au début, en effet, ne fut fondé qu'un seul diocèse ; et maintenant sur le même territoire fleurissent sept diocèses, dont deux ont été élevés à la dignité de sièges métropolitains.
De cinq mille, le nombre des catholiques s'est élevé à près d'un million deux cent mille. La première vaillante poignée de prêtres, missionnaires de l'ordre des Frères Mineurs, est devenue une légion de mille six cents prêtres. Nombreux sont à l'heure actuelle les grands séminaires, les noviciats, les collèges, les écoles et les instituts de charité qui dirigent sans cesse leurs ressources et leurs forces pour le bien et le progrès de la société. On peut vraiment dire que, sur le territoire du premier diocèse de Californie, le grain de sénevé, selon la parabole du Seigneur, est devenu un arbre immense.
C'est pourquoi, Vénérables Frères, pénétrés d'une douce joie d'un si heureux événement, Nous vous félicitons grandement et Nous tenons à donner à la célébration de ce centenaire plus d'ampleur par Notre autorité et Notre participation.
Assuré que ne vous manquera pas à l'avenir le zèle pour des oeuvres plus grandes encore, Nous présentons de ferventes prières à Dieu qui multiplicabit semen vestrum et augebit incrementa frugum Iustitiae vestrae, « vous fournira la semence à vous aussi, et en abondance, et fera croître les fruits de votre justice » (u Cor., 9, 10).
Avec Nos souhaits fervents et Nos voeux paternels, en présage des grâces célestes et en témoignage de Notre particulière bienveillance, Nous vous accordons en toute charité dans le Seigneur, Vénérables Frères, à vous ainsi qu'au clergé et aux fidèles confiés à votre vigilance, la Bénédiction apostolique.
(19 juin 1940) 1
Reprenant le thème de son discours du 5 juin, le Saint-Père, s'adressant de nouveau ce jour aux jeunes époux et aux pèlerins réunis avec eux, souligne l'espérance que représente dans les angoisses actuelles une vraie et profonde dévotion au Sacré-Coeur.
Il y a quarante ans, à une heure difficile pour la société chrétienne, et moins angoissante que la nôtre cependant, Notre glorieux prédécesseur Léon XIII rappelait dans son encyclique Annum sacrum l'apparition de la croix à un jeune empereur en signe de la prochaine victoire, alors que le joug des Césars opprimait l'Eglise du Christ. « Aujourd'hui, ajoutait Léon XIII 2, apparaît à nos regards un autre symbole, présage des plus heureux : c'est le Coeur Sacré de Jésus, surmonté de la croix et resplendissant au milieu des hommes d'un incomparable éclat. C'est en lui que nous devons mettre toutes nos espérances ; c'est à lui que nous devons demander le salut des hommes et de lui qu'il nous faut l'espérer. »
Cette invitation, jeunes époux, Nous tenons, en ce mois du Sacré-Coeur, à vous l'adresser au milieu des troubles actuels, à vous qui avez besoin, plus que d'autres, de regarder l'avenir avec confiance.
Dieu, qui a créé l'homme par amour et pour en être aimé, n'a pas seulement fait appel à son intelligence et à sa volonté : il a pris lui-même, pour toucher les coeurs, un coeur de chair. Et comme c'est dans la pleine donation mutuelle que l'amour de deux coeurs trouve son expression la plus forte, Jésus daigne proposer à l'homme un échange de coeurs ; il a donné le sien sur le Calvaire, il le donne chaque jour des milliers de fois sur l'autel ; il demande en retour
2 Leonis XIII Acta, 19, pp. 78 - 79.
le coeur de l'homme : « Mon fils, donne-moi ton coeur » (Pr 23,26). Cet appel universel s'adresse spécialement à la famille, car le divin Coeur lui promet, à elle, des faveurs toutes particulières.
La famille dans le plan de Dieu.
Chef-d'oeuvre du Créateur, l'homme est fait à l'image de Dieu (Gn 1,26-27). Or, dans la famille, cette image acquiert, pour ainsi dire, une ressemblance spéciale avec le divin modèle. Comme l'essentielle unité de la nature divine existe en trois personnes distinctes, consubstantiales et coéternelles, ainsi, l'unité morale de la famille humaine se réalise dans la trinité du père, de la mère et des enfants. La fidélité conjugale et l'indissolubilité du mariage chrétien constituent le principe d'une unité qui peut sembler importune à la partie inférieure de l'homme, mais qui est conforme à sa nature spirituelle. D'autre part, l'ordre donné au premier couple humain : « Croissez et multipliez-vous » (Gn 1,22), fait de la fécondité une loi ; il assure à la famille la perpétuité à travers les siècles et met en elle comme un reflet d'éternité.
C'est à la famille que furent promises et accordées les grandes bénédictions de l'Ancien Testament. Noé ne fut point seul à être sauvé du déluge : il entra dans l'arche « avec son fils, son épouse et les épouses de ses fils » (Gn 7,7), pour en sortir sain et sauf avec eux (Gn 8,18). Dieu alors le bénit, lui et sa descendance, à laquelle il ordonna de croître et de se multiplier jusqu'à remplir la terre (Gn 9,1). Les promesses solennelles de Dieu à Abraham, saint Paul (Gal., ni, 16) relève qu'elles ne s'adressaient pas au seul patriarche, mais qu'elles s'étendaient à toute sa descendance, laquelle était destinée à posséder la terre promise et à se multiplier infiniment (Gen., xv et xvii). Lorsque Sodome fut détruite à cause de ses iniquités, et précisément pour ses délits contre la famille, le fidèle Lot, averti par les anges, fut épargné avec ses filles et ses gendres (Gn 19,12-14). Héritier des promesses et des prédilections du Très-Haut, David chanta la miséricorde de Dieu qui se répandrait sur sa race (Ps 17,51) de génération en génération (Ps., lxxxix, 1). Car, si Dieu le prit, petit berger conduisant son troupeau, s'il lui donna un grand nom et le libéra de ses ennemis, c'était pour lui annoncer qu'il « lui ferait une maison », c'est-à-dire une famille, et qu'il aurait pour elle les soins d'un père : « Lorsque tes jours seront accomplis et que tu dormiras avec tes pères, je te susciterai une postérité » (n Rois, 7, 8-12).
Pareillement, la Loi Nouvelle assure des grâces nouvelles à la famille. Le sacrement fait du mariage un moyen de sanctification pour les époux et une source inépuisable d'assistance surnaturelle. Il fait de l'union des époux le symbole de celle du Christ et de l'Eglise ; par lui, les époux deviennent les collaborateurs du Père dans l'oeuvre de la création, du Fils dans l'oeuvre de la Rédemption, du Saint-Esprit dans son oeuvre d'illumination et d'éducation. N'est-ce point là de la part de Dieu une véritable prédilection, un amour de son Coeur, comme le chantait le psalmiste à la vue des pensées du divin Coeur au cours des générations humaines ? Cogitationes cordis eius in generatione et generationem (Ps 32,11).
Le Sacré-Coeur et la famille.
Mais il y a plus. Aux familles chrétiennes le Sacré-Coeur promet et donne davantage. Il a voulu, avant tout, leur offrir un modèle pour ainsi dire plus tangible et plus imitable que la sublime et inaccessible Trinité. Jésus, qui, « auteur et consommateur de la foi », renonça aux joies humaines et, « au lieu de la joie qu'il avait devant lui, endura une croix dont il méprisa' l'infamie» (He 12,2), Jésus n'en goûta pas moins les douceurs du foyer domestique à Nazareth. Nazareth est l'idéal de la famille : l'autorité sereine et sans âpreté s'y allie à l'obéissance souriante et sans hésitation ; l'intégrité s'y joint à la fécondité, le travail à la prière, la bonne volonté de l'homme à la bienveillance de Dieu. Tel est l'encourageant exemple que Jésus propose aux familles chrétiennes.
Mais à vous, chefs de famille des siècles nouveaux, son Coeur réserve des bénédictions encore plus explicites. Ce divin Coeur s'est engagé à assister et à protéger dans leurs nécessités les familles qui se consacraient à Lui. Hélas ! que de soucis, parfois bien durs, pèsent aujourd'hui sur les familles, et combien d'autres les menacent ! Personne, peut-être, ne peut se dire aujourd'hui sans malheur et sans préoccupation pour l'avenir ; et dans la famille le péril de chacun devient la sollicitude de tous et le péril de tous augmente l'anxiété de chaque membre.
C'est donc, maintenant plus que jamais, le moment pour les familles chrétiennes de se tourner vers le Sacré-Coeur et de lui consacrer tout ce qui leur est cher. Confiez-lui le jeune foyer que vous venez de fonder et qui ne désire que s'accroître dans le calme, au milieu des agitations du monde extérieur. Confiez-lui la maison paternelle que vous avez dû peut-être abandonner, quittant des parents âgés, privés désormais de votre appui. Confiez-lui votre patrie, dont la terre fécondée par la sueur et peut-être par le sang de vos ancêtres, vous demande de la servir avec générosité. Avec Nous confiez-lui la sainte Eglise, qui a des promesses de vie éternelle et ne succombera point aux assauts de l'enfer, mais qui pleure comme Rachel sur beaucoup de ses fils qui ne sont plus (Jr 31,15), sur tant d'églises détruites, sur tant de prêtres entravés dans l'exercice de leur ministère, sur de pauvres âmes sans nombre, brebis errant parmi les ruines de leur bercail anéanti ou dans les regrets de l'exil, tandis que la ruse et la séduction s'unissent pour les éloigner de leur véritabe Pasteur.
Confiez enfin l'humanité entière au Sacré-Coeur, cette humanité divisée, déchirée, ensanglantée. Des milliers d'hommes oublient leur baptême et parfois même la loi naturelle que le doigt du Créateur a gravée au fond de chaque conscience. Puissent-ils en retrouver le souvenir avec un sentiment de douloureuse confusion et, après leurs prévarications, rentrer dans leur propre coeur : Mementote istud et confundamini : redite, praevaricatores, ad cor ! (Is 46,8). Puissent-ils, dans ce retour à leur passé et à celui de leurs pères, se souvenir qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'il est sans égal : Recordamini prioris saeculi quoniam ego sum Deus... nec est similis mei (ib., ix). Mais qu'ils se souviennent surtout, en contemplant l'image du Sacré-Coeur, que ce Dieu sans égal s'est fait égal aux hommes ; qu'il a un coeur semblable au leur et blessé d'amour pour eux ; que ce Coeur, vivant au tabernacle, est prêt à recevoir leur repentir et leurs supplications, toujours ouvert pour répandre sur eux, avec l'effusion de son sang, l'abondance de ses grâces, seules capables de guérir toutes les misères, de sécher toutes les larmes, de réparer toutes les ruines.
(20 juin 1940) 1
S. Exc. Mgr Drago, évêque de Tarquinia et Civitavecchia, président du Comité permanent italien des Congrès eucharistiques, ayant présenté au Saint-Père le rapport annuel des congrès eucharistiques qui ont été célébrés en Italie durant l'année 1939, a reçu la réponse suivante de S. Em. le cardinal Maglione, secrétaire d'Etat :
L'hommage du rapport sur le mouvement eucharistique en Italie en 1939 a apporté au Saint-Père un motif de doux réconfort et c'est pourquoi, par mon entremise, il exprime à Votre Excellence Révé-rendissime et à ses collaborateurs ses très vifs remerciements.
Rien ne tient plus à cceur à l'auguste pontife que la renaissance d'une sincère et solide piété chrétienne, qui ait pour aliment et pour centre la très sainte Eucharistie. La ferveur de ce culte est l'indice certain de la délicatesse du sentiment religieux dans le peuple, comme elle est aussi une garantie indubitable de foi solide et pure, fortifiée contre tout piège de l'erreur et féconde en oeuvres qui rendent témoignage à la vérité souveraine.
Le rapport présenté montre clairement que la dévotion fervente au Pain vivant descendu du ciel, qui donne allégresse et force au coeur des hommes, s'intensifie et se répand par toute l'Italie. Que la grâce de Dieu excite et mette toujours plus en oeuvre ce courant spirituel qui permet de concevoir de sereines espérances en un avenir toujours plus prospère pour la religion catholique dans ce noble pays plus favorisé que tout autre des dons de la Providence divine.
Sa Sainteté profite de cette circonstance opportune pour confirmer les suggestions que, durant la récente audience qu'elle vous a accordée, elle a déjà eu l'occasion de vous exprimer en raison de la période exceptionnelle que nous sommes en train de traverser.
Sa Sainteté croit en effet qu'il est bon de rappeler aux évêques qui, quoi qu'il en soit, ont l'intention de célébrer des congrès et des réunions eucharistiques, l'opportunité de contenir dans des limites convenables la partie extérieure de ces manifestations et de restreindre tout apparat superflu et dispendieux pour prendre soin par contre, avec la plus grande diligence, de l'aspect intérieur.
Que l'on réussisse à organiser de solennelles manifestations de culte par lesquelles se renouvellent les consciences et s'exprime et se vivifie la foi, rendue active par la charité ; mais que l'on ait soin d'ajouter aussi la note de propitiation et de pénitence pour obtenir de Dieu la cessation des maux actuels et le retour à des temps heureux et tranquilles.
Et formant les meilleurs voeux de vigoureuse vertu et de vraie joie, le Père commun des fidèles accorde la Bénédiction apostolique à Votre Excellence et à tous ceux qui, phalange sacrée, en Italie, consacrent leurs énergies et leurs soins à l'accroissement de la piété eucharistique.
(26 juin 1940) 1
L'audience générale de ce jour réunissait de nombreux jeunes couples et, parmi d'autres pèlerins, 250 enfants de la paroisse Saint-Michel Archange di Pietralata de Rome.
Parlant tout d'abord aux jeunes époux, le Saint-Père leur rappela que seul l'Evangile est source de la paix domestique :
Nous pourrions aujourd'hui, chers jeunes époux, proposer à votre contemplation la gracieuse image que l'Eglise offrait avant-hier à la piété de ses fidèles : un enfant, Jean-Baptiste, fruit miraculeux d'une union restée longtemps stérile, et dont la naissance s'accompagna de prodiges tels que les amis de la famille et les voisins se demandaient avec stupéfaction : « Que sera donc cet enfant ? » (Lc 1,66).
Nous pourrions aussi Nous agenouiller avec vous au tombeau des Princes des apôtres, dont l'Eglise célébrera dans trois jours la fête solennelle, et réveiller pour vous l'écho des sages leçons que saint Pierre dans sa première lettre (in, 1-7) et saint Paul dans son épître aux Ephésiens (v, 22-33) donnaient aux fidèles de leur temps.
Mais parmi les agitations de notre époque, l'avenir de votre jeune foyer vous cause peut-être des soucis, et Nous préférons vous adresser quelques paroles d'encouragement, comme naguère à d'autres jeunes époux. Nous préférons vous dire : « Chers fils et filles, tournez-vous vers le Sacré-Coeur de Jésus, consacrez-vous pleinement à lui et vous vivrez dans la sérénité de la confiance. »
1 D'après le texte italien de Discorsi e Radiomessaggi, t. II, p. 155 ; cf. la traduction française des Discours aux jeunes époux, t. I, p. 114.
Il n'y a pas de doute que si l'on veut trouver une solution durable à la crise actuelle, il faudra rebâtir la société sur des fondements moins fragiles, c'est-à-dire plus conformes à la source première de toute vraie civilisation, la morale du Christ. Il est non moins certain que pour y parvenir il faudra avant tout rechristianiser les familles, dont beaucoup ont oublié la mise en pratique de l'Evangile, la charité qu'elle exige et la paix qu'elle apporte.
La famille, principe de la société.
La famille est le principe de la société. De même que le corps humain se compose de cellules vivantes qui ne sont pas simplement juxtaposées, mais constituent par leur relations intimes et permanentes un tout organique, ainsi la société est formée, non point d'un conglomérat d'individus qui apparaissent un instant pour disparaître ensuite, mais de la communauté économique et de la solidarité morale des familles, qui, transmettant de génération en génération le précieux héritage du même idéal, de la même civilisation et de la même foi religieuse, assurent ainsi la cohésion et la continuité des liens sociaux. Saint Augustin le notait il y a quinze siècles, lorsqu'il écrivait que la famille doit être l'élément initial et pour ainsi dire une cellule (particula) de la cité. Et comme toute partie est ordonnée à la fin et à l'intégrité du tout, il en déduisait que la paix domestique entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent tourne à la concorde des citoyens 2. Ceux-là le savent bien, qui, pour chasser Dieu de la société et la jeter dans le désordre, s'efforcent d'ôter à la famille le respect et le souvenir même des lois de Dieu, exaltant le divorce et l'union libre, mettant des entraves à la tâche providentielle des parents envers leurs enfants, inspirant aux époux la peur des fatigues matérielles et des responsabilités morales qu'entraîne le poids glorieux d'une nombreuse famille. C'est contre de tels périls que Nous désirons vous prémunir en vous recommandant de vous consacrer au Cceur de Jésus.
Ce qui a manqué, ce qui manque au monde pour vivre dans la paix, c'est l'esprit de renoncement évangélique ; et cet esprit manque parce que l'affaiblissement de l'esprit de foi développe l'égoïsme, ruine de la félicité commune. De la foi jaillissent : la crainte de Dieu et la piété, qui rendent les hommes pacifiques ;
2 De Civitate Dei, 1. 10 c. 16.
l'amour du travail, qui conduit à l'accroissement des richesses même matérielles ; l'équité, qui en règle et assure la juste répartition ; la charité, assidue à réparer les inévitables brèches que les passions humaines ouvrent dans le principe de la justice.
La dévotion au Sacré-Coeur incite à l'esprit de sacrifice.
Toutes ces vertus supposent l'esprit de sacrifice que l'Evangile impose aux chrétiens : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à soi-même » (Mt 16,24). Dans les relations sociales et internationales, la cupidité des individus et des nations ne pourra jamais s'accorder avec le bien-être de tous. « D'où viennent les guerres et les luttes parmi vous ? demande l'apôtre saint Jacques (Jc 4,1). N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? »
Pour retrouver la paix, les hommes doivent donc réapprendre ce que leur prêchent depuis de longs siècles le Christ et son Eglise : le sacrifice des aspirations et des désirs incompatibles avec les droits d'autrui ou avec l'intérêt commun. Voilà où conduit la voie douce et sûre de la dévotion au Sacré-Coeur.
Tout d'abord, l'image du Coeur divin entouré de flammes, couronné d'épines et ouvert par la lance, rappelle jusqu'où Jésus a aimé les hommes et s'est sacrifié pour eux, c'est-à-dire, selon sa propre expression, « jusqu'à s'épuiser et se consumer ». En outre, la plainte du Sauveur touchant les infidélités et les ingratitudes des hommes imprime à cette dévotion un caractère essentiel de dévotion expiatrice. Double aspect merveilleusement mis en relief par Notre grand prédécesseur Pie XI dans son encyclique Miserentissimus Redemptor et dans la collecte de la messe du Sacré-Coeur, où il est dit qu'il faut joindre à l'hommage de notre piété, devotum pietatis nostrae obsequium, une digne satisfaction pour nos fautes, dignae satisfactionis officium. Ce double élément donne à la dévotion au Sacré-Coeur une particulière puissance à rétablir l'ordre lésé, donc à préparer et à promouvoir le retour de la paix. La grande oeuvre du Christ, ou, pour parler comme saint Paul (2Co 5,19), l'oeuvre que Dieu accomplissait en lui, était de réconcilier le monde avec le Père, Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi, et le sang dont le Coeur de Jésus crucifié versa les dernières gouttes, est le sceau de la nouvelle alliance (1Co 11,25) qui renoue entre Dieu et l'homme les liens d'amour qu'avait rompus le péché originel.
Faites donc de ce Coeur le Roi de votre foyer, et vous y établirez du même coup la paix. Et cela d'autant plus qu'il a renouvelé et spécifié les bénédictions de son Père céleste aux familles, par la promesse de faire régner la paix dans celles qui se consacreraient à lui.
Si seulement tous les hommes entendaient cette invitation et ces promesses ! Deux de Nos prédécesseurs, Léon XIII et Pie XI, Pères communs de la chrétienté et guides inspirés du genre humain sur cette terre, ont bien consacré solennellement le genre humain au Coeur de Jésus ; mais que d'âmes ignorent encore, que d'âmes méprisent la source de grâce qui leur a été ouverte et qui leur reste d'un accès si facile ! Ah ! ne soyez point du nombre de ces insensés ou de ces négligents qui refusent au Roi d'amour la porte de leur foyer, de leur cité, de leur nation, et qui retardent ainsi le jour où le monde retrouvera la paix et la vraie félicité ! Fermeriez-vous votre fenêtre, si venait s'y présenter à vous, comme à Noé dans l'arche, la colombe avec le rameau d'olivier ? Or, ce que promet et apporte le Sacré-Coeur, c'est plus qu'un symbole : c'est la réalité même de la paix. Jésus ne vous demande que le don sincère de votre coeur : voilà la vraie consécration. Ayez le courage de la faire, et vous saurez par expérience que Dieu ne se laisse jamais vaincre en générosité.
Quelles que soient, aujourd'hui ou demain, les difficultés qui vous entourent, vous n'éprouverez plus ces peurs et ces tristesses qui mènent au découragement. Se décourager, c'est manquer de coeur ; or, à la place d'un faible coeur humain, vous aurez un coeur conforme à celui de Dieu même. Vous verrez alors se réaliser pour votre famille et votre patrie, pour la chrétienté, pour l'humanité entière, la promesse du Seigneur au prophète Jérémie : « Je leur donnerai un coeur pour me connaître... ; ils seront mon peuple et je serai leur Dieu, car ils reviendront à moi de tout leur coeur » (Jr 24,7).
Le Saint-Père s'adressa ensuite aux enfants de la paroisse de Saint-Michel Archange in Pietralata :
Et maintenant, Nous voulons souhaiter la bienvenue à vous, chers enfants de la paroisse de Saint-Michel Archange in Pietralata. Il Nous semble déjà vous connaître, parce que, alors que les bonnes oeuvres des justes, selon la parole de l'Esprit-Saint, les suivent devant le trône de Dieu, opera enim illorum sequuntur illos (Ap 14,13). les vôtres au contraire vous ont précédés devant son Vicaire, sous la forme d'une obole filiale et d'une gracieuse cueillette où Nous avons
pu relever avec émotion les consolantes sommes des communions reçues, des messes entendues, des bouquets ou des sacrifices offerts par vos âmes durant le mois de mai en réponse à Notre appel. Nous avons déjà fait parvenir par écrit à votre aimé et zélé curé-économe l'expression de Notre gratitude paternelle. Nous n'ajouterons donc qu'une parole, à savoir que le meilleur ornement de votre beau « trésor spirituel », plus que la page initiale délicatement enluminée, c'est le volume lui-même avec les longues listes de noms et prénoms, avec à chaque jour du mois des feuilles distinctes portant vos signatures. Un tel soin, s'il révèle l'attentive et vigilante sollicitude de votre excellent curé, montre aussi que vous ne vous êtes pas comportés en enfants, mais que vous avez agi comme des hommes, comme des soldats qui, à tout appel de leur chef, répondent : Présent ! Ou mieux encore, comme les étoiles du firmament qui, à l'appel de Dieu, répondent avec joie : Nous voici ! (Ba 3,35). Cette application courageuse et tenace dans l'accomplissement du devoir quotidien s'appelle assiduité ; conservez-la pendant toute votre vie au service de Dieu, parce que c'est à la persévérance, comme vous le savez bien, qu'est promise la récompense éternelle (Mt 10,22).
Mais en outre, pour revenir au Sacré-Coeur, dont vous venez d'entendre rappeler les ineffables bienfaits, l'assiduité est pour vous un gage de ses spéciales bénédictions. Nous lisons en effet dans 1'« Ecclésiastique » (vi, 37) : « Sois assidu dans la méditation deï commandements de Dieu, et II te donnera un coeur. » (In mandatis illius maxime assiduus esto, et ipse dabit tibi cor).
Chers enfants, que Notre-Seigneur qui aime tant les petits enfants daigne vous donner un coeur pur et fort, sur le modèle de son propre Coeur ; et, vous, de votre côté, loyalement et totalement, donnez-Lui le vôtre !
(29 juin 1940) 1
Au moment douloureux de la défaite de la France par l'Allemagne, les cardinaux, archevêques et évêques de France ont écrit au Saint-Père qui a répondu par la lettre suivante, les assurant de sa paternelle affection :
L'expression de dévouement filial que vous Nous faites parvenir au lendemain du désastre sans précédent qui vient de s'abattre sur votre patrie et la prière que vous Nous adressez pour avoir de Nous une parole de réconfort, répondent à Notre vif désir de Nous trouver en ce moment au milieu de vous, très chers fils et Vénérables Frères, pour vous dire l'écho profond éveillé dans Notre coeur de Père par la calamité qui plonge la France dans le deuil. Certes, ce sentiment de toute paternelle affection qui Nous a permis de partager si souvent, de loin comme de près, la joie de vos fêtes religieuses, ne Nous permet pas de rester à l'écart au jour de votre malheur, tandis que les larmes coulent à travers la France aussi abondantes que le sang généreux dont sa vaillante jeunesse lui a fait, au cours de cette guerre, un si noble sacrifice.
Nous voici donc avec vous, pasteurs, prêtres, fidèles, ému de votre sort, mais consolé en même temps de retrouver en vous aux jours de l'épreuve, dans toute sa dignité, l'âme catholique de cette France que la prospérité a pu égarer parfois hors de ses plus nobles traditions, mais que le malheur n'a jamais abattue et a si souvent rapprochée de Dieu pour la rendre plus vigoureuse et consciente à sa grande mission spirituelle et chrétienne. C'est précisément vers cette mission, qui est son plus beau titre de gloire, que Nous voulons vous inviter à élever vos yeux, ainsi que vos meilleures espérances, pour vous rendre plus parfaitement compte qu'en une heure si triste de votre histoire votre rôle providentiel reste dans toute sa valeur.
Oui, les malheurs mêmes par lesquels Dieu visite aujourd'hui votre peuple seront, Nous n'en doutons pas, dans les adorables desseins de sa Providence, la condition propice d'un plus sûr travail spirituel pour le relèvement de la nation tout entière et pour son plus riche rendement dans la société chrétienne.
N'est-ce pas là la vraie grandeur d'un peuple, aussi bien que de tout homme ayant conscience de sa dignité et de la valeur de la vie ? N'est-ce pas dans la douleur qu'il nous est donné à tous de mieux ouvrir les yeux à la vérité éternelle et de retrouver les chemins de la sagesse pour notre véritable félicité ?
Or, nous n'ignorons pas de quelles ressources spirituelles la France dispose pour entrer dans cette voie et se ressaisir dans son âme, pour faire de son malheur le levier d'une nouvelle ascension spirituelle, qui sera pour elle le gage d'un solide et durable bonheur.
Ces ressources sont si nombreuses et si puissantes qu'elles n'attendront pas — Nous en sommes sûr — la conclusion de la paix pour se mettre en oeuvre et donner au monde le spectacle d'un grand peuple, digne de ses traditions séculaires, qui trouve dans sa foi et dans sa charité inlassable la force de faire face à l'adversité et de reprendre sa marche sur le chemin de l'honneur et de la justice chrétienne.
Aussi aimons-Nous à croire que vous tous, chers pasteurs et prêtres de Jésus-Christ, après avoir tout donné à la patrie dans les horreurs de la guerre, vous vous empresserez maintenant de vous rendre à vos postes et, dans la reprise laborieuse de la vie du pays, vous ferez un devoir de vous pencher, comme le bon Samaritain de l'Evangile, sur vos ouailles blessées pour soigner leurs plaies et soulager leurs maux par les moyens sans nombre dont la charité dans votre pays a toujours eu le secret.
C'est dans cette douce confiance que Nous Nous adressons, chers fils et Vénérables Frères, à vos âmes d'évêques et de pères pour porter à la grande famille française, aujourd'hui plus que jamais serrée autour de ses pasteurs, Notre parole de réconfort dans la lumière de ce Dieu qui n'humilie jamais ses enfants si ce n'est pour les redresser dans sa justice et les rendre dignes de lui.
Tandis que Notre coeur s'ouvre à la plus grande pitié pour tous ces chers fils de France et que Nous les embrassons paternellement en Jésus-Christ, Nous envoyons à tous, pasteurs, prêtres et fidèles, comme gage de Notre toute spéciale bienveillance, la Bénédiction apostolique.
(3 juillet 1940) 1
Le prix infini du Sang de Jésus.
La piété des fidèles consacre le mois de juillet au Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en l'honneur duquel l'Eglise célèbre une solennelle fête liturgique le premier jour de ce mois. C'est de ce sujet, cher à toute âme chrétienne, que Nous désirons brièvement vous entretenir. Puisse, à une heure de luttes cruelles où coulent des fleuves de sang humain, puisse la contemplation des merveilles du Sang divin, source inépuisable de réconciliation et de paix répandue par pur amour, remplir vos âmes de réconfort et d'espérance.
Vous n'ignorez certes pas le prix infini du Sang rédempteur ; vous savez que certaines églises ou chapelles se vantent d'en conserver quelques restes ou traces, comme celles qu'on vénère à la Scala Santa. Vous savez surtout qu'au tabernacle, sous les apparences de l'hostie, est la réalité même de ce Sang, présent avec le corps, l'âme et la divinité du Sauveur. Vous avez plus d'une fois, en adorant cet auguste sacrement, répété avec la sainte liturgie : Pange, lingua, gloriosi corporis mysterium sanguinisque pretiosi, « Chante, ô ma langue, le mystère du glorieux Corps et du Précieux Sang. » Et nombre d'entre vous, Nous voulons le croire, ont célébré avant-hier par une pieuse communion la fête du Précieux Sang. Saint Pierre emploie cette expression dans son épître aux chrétiens de son temps : « Sachez que vous avez été affranchis de la vaine manière de vivre que vous teniez de vos pères, non par des choses périssables, de l'argent ou de l'or, mais par un Sang Précieux, celui de l'agneau sans défaut et sans tache, le Sang du Christ » (1P 1,18-19).
1 D'après le texte italien de Discorsi e Radiomessaggi, t. II, p. 163 ; cf. la traduction française des Discours aux jeunes époux, t. I, p. 119.
Cette même expression est en usage dans les prières de l'Eglise, témoin ce verset du Te Deum qu'on récite à genoux : Te ergo quaesumus, tuis famulis subveni, quos pretioso sanguine redemisti, « Daignez, Seigneur, venir en aide à vos serviteurs, que vous avez rachetés par votre Précieux Sang. »
Il est naturel que chacun estime son propre sang comme un bien de haute valeur ; il transporte, en effet, aux différents tissus la nourriture et l'oxygène, tandis que ses corpuscules blancs défendent l'organisme contre l'invasion des bactéries. Partant, un des premiers soins des parents est de transmettre à leurs enfants un sang non altéré ni appauvri par les maladies internes, des contaminations externes ou une dégénération progressive.
Lorsque vous appelez vos enfants les héritiers de votre sang, vous devez songer à quelque élément plus élevé que la seule génération physique : vous êtes, et vos enfants doivent être, les rejetons d'une race de saints, selon la parole de Tobie à sa jeune épouse : Filii Sanctorum sumus, « Nous sommes enfants des saints » (Tb 8,5), c'est-à-dire des hommes sanctifiés et participants de la nature divine moyennant la grâce. En vertu du baptême qui lui a appliqué les mérites du Sang divin, le chrétien est fils de Dieu, un de « ceux qui, selon saint Jean (i, 12-13), croient en son nom et qui ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu ». Lorsque, par conséquent, dans un pays de baptisés, on parle de transmettre le sang des pères aux fils, qui devront vivre et mourir non point comme des animaux sans raison, mais en hommes et en chrétiens, il ne faut pas restreindre le sens de ce mot à une idée purement biologique et matérielle, mais l'étendre à ce qui est comme le liquide nourricier de la vie intellectuelle et spirituelle : le patrimoine de foi, de vertu et d'honneur que les parents transmettront à leurs enfants, est mille fois plus précieux que le sang, si riche soit-il, qu'ils répandent en leurs veines.
Les membres des familles nobles vantent leur sang illustre, et cet insigne honneur, fondé sur le mérite des aïeux, comporte dans leurs héritiers autre chose que de seuls avantages physiques. Mais tous ceux qui ont reçu la grâce du baptême peuvent se dire « princes du sang », non d'un sang simplement royal, mais d'un sang divin. Inspirez donc, chers jeunes époux, aux enfants que Dieu vous donnera, une telle estime de cette noblesse surnaturelle, qu'ils soient prêts à tout souffrir plutôt que de perdre un trésor si précieux.
Les bienfaits du Précieux Sang.
Songez, pour l'apprécier mieux encore, aux bienfaits du Précieux Sang. Vous connaissez l'histoire de la première Pâque de l'Ancien Testament ; quand le Seigneur envoya son ange frapper les premiers-nés des Egyptiens, il ordonna aux enfants d'Israël d'immoler un agneau sans tache et de marquer de son sang les portes de leurs maisons. A la vue de ce signe, l'ange passerait outre et épargnerait les fils du peuple élu (Ex., xn). Toute la tradition, dès les Apôtres et les Pères, voit dans cet agneau la figure du Christ immolé sur la croix afin que les hommes, marqués de son Sang rédempteur, soient sauvés de la mort éternelle.
Si pur que fût l'agneau pascal de l'Ancien Testament, Dieu n'en acceptait l'hommage que comme un rite provisoire. Tout autre est le sang humain par sa fonction et sa valeur symbolique. Versé par un criminel, il crie vengeance devant Dieu, comme celui d'Abel (Gn 4,10). Versé par amour pour le prochain, il constitue le plus grand acte possible de charité (Jn 15,13), celui que le Christ a accompli pour nous. C'est précisément parce que les victimes animales étaient impuissantes à ôter les péchés du monde, que le Verbe s'est incarné pour s'offrir au Père en holocauste d'adoration et d'expiation (He 10) ; dans la plénitude de sa liberté (Is 53,7 ; Jn 10,17-18) il a donné sa vie et versé son sang pour la rédemption de l'humanité pécheresse.
Cette effusion rédemptrice commença huit jours après la naissance de Jésus, dans le rite sacré de la circoncision ; elle se continua plus tard durant les heures douloureuses de sa Passion, dans l'angoisse de l'agonie de Gethsemani, sous les coups de la flagellation, lors du couronnement d'épines au prétoire ; elle se consomma au Calvaire, où son Coeur fut transpercé afin de demeurer toujours ouvert pour nous. Le sang que Jésus répandait ainsi en sacrifice et qui faisait de lui « le Médiateur de la nouvelle alliance », suivant le mot de saint Paul, « parlait mieux qu'Abel » (He 12,24) : parce que son cri de miséricorde et de rémission est celui d'un Homme-Dieu, la voix du pardon couvre celle du délit.
La dévotion au Précieux Sang.
Renouvelez donc en vos coeurs, chers fils et filles, la salutaire dévotion au Précieux Sang ; ineffaçable est le signe que le baptême a imprimé en vous. Dans la nature même, le sang versé semble se coller aux mains du criminel, comme le délit et le remords s'attachent à sa conscience. La poésie et l'art dramatique ont tiré de cette persistance si tenace des effets impressionnants. En vain Pilate lava, devant le peuple, les mains qui avaient signé la condamnation à mort du Juste (Mt 27,24) : jusqu'à la fin des siècles, l'empreinte du Sang divin restera attachée, ineffaçable, à sa mémoire : Passus sub Pontio Pilato, « il a souffert sous Ponce Pilate ». Il dépend de vous, époux chrétiens, de donner au Sang du Christ en vos âmes et en celles de vos enfants une voix de pardon, ou une voix de vengeance. Conservée toujours vive et dans l'éclat de sa première fraîcheur, l'empreinte du Sang divin ne parle que de rédemption et de miséricorde ; obscurcie et souillée par la fange du péché, elle se change en flétrissure de condamnation. Même alors, pourtant, il vous reste un refuge : auriez-vous commis d'innombrables fautes, vous pouvez toujours, par un repentir sincère, laver de nouveau la robe de votre baptême dans le Sang de l'Agneau (Ap 1,5), qui ne cesse de couler pour vous dans les sacrements de pénitence et d'Eucharistie. Ainsi, pieusement conservé, ou reconquis avec un humble courage, ce signe sera votre protection quand passera sur vous et votre postérité l'Ange exécuteur de la Justice divine.
En outre, dès maintenant et pour votre vie entière, vous pouvez faire votre cri d'amour de ce qui fut un cri de haine de la part des Juifs : Sanguis eius super nos et super filios nostros — « Que son Sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (Mt 27,25) — « Seigneur Jésus, direz-vous, faites qu'il retombe en grâces de rédemption sur nous, sur tous ceux qui nous sont chers et en particulier sur ceux qui seront, s'il vous plaît, les héritiers de notre sang ! »
Pie XII 1940 - ENCYCLIQUE « SAECULO EXEUNTE » AUX ÉVÊQUES DU PORTUGAL