Homélies 1977

LE VERBE S’EST FAIT CHAIR



Homélie du Pape à la Messe de Minuit



Frères et Fils très chers !



Vous attendez de Nous une parole qui résonne déjà dans vos âmes; et le fait de l’entendre encore en cette nuit et en ce lieu en fait reconnaître la nouveauté éternelle, la force de vérité, la merveilleuse et béatifiante joie. Et nos lèvres répètent l’annonce de l’ange, qui brilla dans la nuit, à Bethléem, il y a 1977 ans, et qui, réconfortant les humbles bergers épouvantés qui veillaient dehors sur leurs troupeaux, annonça l’ineffable événement qui s’accomplit alors dans une étable voisine : « Je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple. Aujourd’hui, dans la cité de David (Bethléem), il vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2,10-11).

C’est ainsi ! C’est ainsi, Frères et Fils ! C’est ainsi et Nous voulons avec humilité et sans crainte faire parvenir notre cri à tous ceux qui « ont des oreilles pour entendre » (Mt 11,15). Un événement et une joie ; voici cette grande nouvelle qui est double !

Le fait : il semble presque insignifiant. Un enfant qui naît et dans quelles conditions humiliantes ! Nos enfants le savent bien, lorsqu’ils font leurs crèches, témoignages naïfs mais authentiques de la réalité évangélique. Mais la réalité évangélique laisse transparaître une réalité concomitante et ineffable : cet enfant apparaît comme vivant d’une filiation divine transcendante, « Filius Altissimi vocatibur » (Lc 1,32). Nous faisons nôtres les expressions enthousiastes de notre célèbre prédécesseur, saint Léon le Grand, lorsqu’il s’écrie : « Notre Sauveur, Frères bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous ! Il n’y a pas de place pour la tristesse lorsque c’est le jour de naissance de la vie qui, écartant la crainte de la mort, nous donne la joie de l’éternité promise » (Serm. I de Nativitate Dom.).

Ainsi pendant que le mystère suprême de la vie trinitaire du Dieu unique se révèle dans les trois personnes distinctes, le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, et tous les deux unis dans l’Esprit Saint, un autre mystère enveloppe d’une merveille inexprimable notre rapport religieux avec Dieu, en ouvrant le ciel à la vision de la gloire de la transcendance divine infinie, et dépassant dans un don d’incomparable amour toute distance : la proximité, le voisinage du Christ-Dieu fait homme nous montre qu’il est avec nous, qu’il est à notre recherche ». « Car la grâce de Dieu est apparue, apportant le salut à tous les hommes » (Tt 2,11 Tt 3,4).

Frères et vous, tous les hommes ! Qu’est-ce Noël, sinon cet événement historique, cosmique, profondément communautaire puisque adressé à tous, et pourtant incomparablement intime et personnel pour chacun de nous, puisque le Verbe éternel de Dieu, grâce auquel nous vivons déjà de notre existence naturelle (cf. Ac Ac 11,23-28), est venu à notre recherche ; lui, l’éternel, il s’est inséré dans le temps ; lui, l’infini, il s’est anéanti, « prenant la condition d’esclave et devenu semblable aux hommes, il est apparu comme un homme, et il s’est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2,6 ss.).

Nos oreilles sont hélas, habituées à un tel message, et nos coeurs sont sourds à un tel appel, un appel d’amour : « Dieu a tant aimé le monde... » (Jn 3,16) ; bien plus, soyons précis : chacun de nous peut dire avec saint Paul : « Il m’a aimé, et il a donné sa vie pour moi... » (Ga 2,20) !

Noël est cette venue du Verbe de Dieu fait homme parmi nous. Et chacun de nous peut dire : c’est pour moi ! Noël est ce prodige. Noël est cette merveille. Noël est cette joie. Et la parole de Pascal monte alors à nos lèvres : « Joie, Joie, Joie, pleurs de joie » !

Oh, que cette célébration nocturne de la naissance du Christ soit vraiment pour nous tous, soit pour l’Eglise entière, soit pour le monde, une révélation renouvelée du mystère ineffable de l’Incarnation, une source de bonheur incessant : Amen.









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