Homélie de saint Augustin (+ 430)
Homélies sur les psaumes, Ps 58, 1, 7 ; CCL 39, 733-734.Il y a des hommes forts <> qui mettent leur confiance dans leur propre justice. Cette sorte de force a empêché les Juifs de passer par le trou de l’aiguille. Ils prétendaient, en effet, être justes par eux-mêmes, et, se considérant comme des gens bien portants, ils ont refusé le remède et ont mis à mort le médecin lui-même. Aussi bien, ce ne sont pas ces hommes forts que le Seigneur est venu appeler, mais les faibles, puisqu’il a dit : Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin mais les malades. <> Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs, en vue du repentir (Mt 9,12-13).
Ils étaient forts, ceux qui récriminaient contre les disciples du Christ parce que leur Maître fréquentait les faibles et mangeait avec eux. Pourquoi donc, leur disaient-ils, votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs (Mt 9,11) ?
Ah ! vous, les forts, qui n’avez pas besoin de médecin ! Votre force ne vient pas de la santé mais de la folie. <> Dieu nous garde d’imiter ces hommes forts ! Car on peut craindre de tout homme qu’il ne veuille les imiter. Mais le Maître de l’humilité, qui a partagé notre faiblesse et nous a rendus participants de sa divinité, est descendu du ciel pour nous montrer le chemin et être lui-même notre chemin. Surtout il a bien voulu nous laisser l’exemple de son humilité. Voilà pourquoi il n’a pas dédaigné d’être baptisé par son serviteur, afin de nous apprendre à confesser nos péchés, à nous humilier pour devenir forts et à faire nôtre cette parole de l’Apôtre : Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort (2 Co 12,10). <>
Quant à ceux qui se sont flattés d’être forts, qui ont, en d’autres termes, prétendu être justes par leur propre vertu, ils ont buté contre la pierre d’achoppement (Rm 9,32). Ils ont pris l’Agneau pour un bouc ; et parce qu’ils l’ont mis à mort comme un bouc, ils n’ont pas mérité d’être rachetés par l’Agneau.
Ce sont donc ces hommes forts qui se pont jetés sur le Christ en se vantant de leur justice. Ecoutez ce que disaient ces hommes forts ! Des gens de Jérusalem chargèrent un jour des gardes d’aller arrêter le Christ. Or, ceux-ci n’osèrent se saisir de lui. <> A ceux qui leur demandaient pourquoi ils n’avaient pas pu l’arrêter, les gardes répliquèrent : Jamais un homme n’a parlé comme cet homme. Alors ces hommes forts déclarèrent : Parmi les pharisiens et les scribes y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? Il n’y a que ce peuple qui ne sait rien de la Loi
(Jn 7,45-49).
Ils s’étaient mis au-dessus de la foule des faibles qui accourait vers le médecin. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient forts. Et, ce qui est plus grave, ils ont aussi, en faisant usage de leur force, attiré à eux toute cette foule. Puis ils ont tué le médecin de tous les hommes. Mais lui, dans sa mort, a préparé pour tous les malades un remède avec son sang.
Sermon du bienheureux Guerric d’Igny, abbé
Le Créateur éternel et invisible du monde, se disposant à sauver le genre humain qui se traînait au long des âges soumis aux dures lois de la mort, aux derniers temps a daigné se faire homme, de manière merveilleuse et par une naissance plus admirable encore, pour racheter dans sa clémence, ceux que dans sa justice il avait condamnés. Afin de montrer la profondeur de son amour pour nous, il ne s’est pas fait seulement homme, mais pauvre et humble homme, afin que, s’approchant de nous en sa pauvreté, il nous donne d’avoir part à ses richesses. Il s’est fait si pauvre pour nous qu’il n’a pas de lieu où reposer la tête selon ce qu’il dit ailleurs : "Les renards ont leur tanière et les oiseaux du ciel leur nid, le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer la tête." <>
C’est pourquoi il acceptait d’aller aux repas auxquels on l’invitait, non par goût immodéré des repas, mais pour y enseigner le salut et y susciter la foi. Il se rendait volontiers aux fêtes des hommes auxquelles on l’invitait pour remplir les convives de lumière par ses miracles. Là, les serviteurs qui étaient occupés à l’intérieur de la maison, et n~ avaient pas la liberté d’aller auprès de lui, entendaient à cette occasion la parole de salut et en connaissaient l’auteur. Il ne méprisait, en effet, aucune condition, aucune n’était indigne de son amour parce "qu’il a pitié de tous et il n’a de haine pour aucune de ses oeuvres et s’occupe avec soin de chacune d’elles". <>
Pour accomplir son oeuvre de salut, le Seigneur entra donc dans la maison de l’un des notables pharisiens un jour de sabbat. Les scribes et les pharisiens l’observaient pour pouvoir le reprendre, afin que, s’il guérissait l’hydropique, ils puissent l’accuser de violer la Loi et, s’il ne le guérissait pas, ils l’accusent d’impiété ou de faiblesse. Et il leur dit : "Lequel d’entre vous si son âne ou son boeuf tombe dans un puits le jour du sabbat ne se hâte de l’en tirer ?" Si vous faites cela, non par souci de l’animal, mais par avarice, pourquoi ne guérirais-je pas moi, un jour de sabbat, un homme créé à l’image de Dieu ? Et ils ne purent pas lui répondre. Par la lumière très pure de la vérité, ils voient s’évanouir toutes les ténèbres de leur mensonge.
v. 9 : III, 44, ARTICLE 3 : Les miracles accomplis par le Christ sur les hommes
Objections : 1. Chez l’homme, l’âme est supérieure au corps. Or le Christ a fait beaucoup de miracles en faveur des corps, mais on ne lit jamais qu’il ait fait des miracles en faveur des âmes. Car, s’il a converti certains incrédules à la foi, cela n’a jamais été par miracle, mais par des exhortations et la présentation de miracles extérieurs ; de même on ne lit pas qu’il ait donné la sagesse à des fous.
En sens contraire, on lit (Mc 7,37) " Il a bien fait toutes choses : il a rendu l’ouïe aux sourds, et la parole aux muets. "
Réponse : Les moyens ordonnés à une fin doivent lui être proportionnés. Or, si le Christ était venu dans le monde et enseignait, c’était pour sauver les hommes, selon ce texte de S. Jean (Jn 3,17) : " Car le Fils de l’homme n’est pas venu dans le monde pour le juger, mais afin que par lui le monde soit sauvé. " Et c’est pourquoi il était bon que le Christ guérisse miraculeusement certains hommes en particulier, afin de montrer qu’il est le Sauveur universel et spirituels.
Solutions : 1. Les moyens ordonnés à la fin se distinguent de celle-ci. Or les miracles du Christ étaient ordonnés, comme à leur fin, au salut de la partie rationnelle, qui consiste en l’illumination de celle-ci par la sagesse, et en sa purification. Le premier de ces deux effets deux effets présuppose le second, car il est écrit (Sg 1,4) : " La sagesse n’entrera pas dans une âme malfaisante et n’habitera pas un corps esclave du péché. " Or justifier les hommes ne convenait qu’à ceux qui le veulent ; autrement on serait allé contre la notion de justice, qui implique la rectitude de la volonté et aussi contre la notion de nature humaine, qui doit être amenée au bien par son libre arbitre et non par la contrainte. Donc le Christ, par sa vertu divine, a justifié les hommes intérieurement, mais non malgré eux. Et cela n’est pas un miracle, mais c’est le but auquel sont ordonnés les miracles.
Semblablement aussi, par la vertu divine, le Christ a infusé la sagesse à des hommes simples qu’étaient ses disciples, car il leur a dit (Lc 21,15) : " Moi, je vous donnerai une parole et une sagesse que tous vos adversaires ne pourront ni supporter ni contredire. " L’illumination intérieure de cette sagesse n’est pas comptée parmi les miracles visibles, sinon par son effet extérieur, c’est-à-dire en tant qu’on voyait ces hommes, connus pour être ignorants et sans culture, parler avec tant de sagesse et de fermeté. Aussi dit-on dans les Actes (Ac 4,13) : " Les juifs, voyant la constance de Pierre et de Jean, et sachant que ces hommes étaient des ignorants de condition modeste, étaient dans l’étonnement. " Et cependant, ces effets spirituels, bien qu’ils se distinguent des miracles visibles, sont des témoignages à l’appui de l’enseignement et de la puissance du Christ selon l’épître aux Hébreux (He 2,4) : le salut annoncé, " Dieu l’atteste par des signes, des prodiges, des miracles de toutes sortes, ainsi que par des communications d’Esprit Saint qu’il distribue à son gré ".
Cependant, le Christ a fait quelques miracles concernant les âmes des hommes, surtout en agissant sur leurs puissances inférieures. Ainsi S. Jérôme sur ce texte (Mt 9,9) : " Il se leva et le suivit ", explique-t-il : " L’éclat et la majesté de la divinité cachée qui resplendissait même sur son visage humain avaient le pouvoir d’attirer à lui dès le premier regard. " Et sur le texte (Mt 21,12) : " Il chassait tous ceux qui vendaient et achetaient... " S. Jérôme encore nous dit : " De tous les miracles du Seigneur, celui-ci me paraît le plus étonnant : qu’un homme, alors méprisable, ait pu à coups de fouet chasser une telle multitude. C’est que ses yeux jetaient une flamme céleste et que la majesté divine brillait sur son visage. " Et Origène dit aussi : " C’est là un plus grand miracle que de changer l’eau en vin, parce que là subsiste une matière inanimée, alors qu’ici il domine les esprits de milliers d’hommes. " Et sur le texte de S. Jean (Jn 18,6) : " Ils reculèrent et tombèrent sur le sol ", S. Augustin écrit : " Un seul mot, sans aucune arme, a frappé, repoussé et renversé une troupe à la haine féroce et aux armes terribles, car Dieu était caché dans la chair. " Et sur ce texte : " Jésus, passant au milieu d’eux, allait son chemin " (Lc 4,30), S. Jean Chrysostome exprime la même idée : " Passer au milieu d’ennemis menaçants sans se laisser prendre, montrait l’éminence de sa divinité. " Et sur cette notation (Jn 8,59) : " Jésus se cacha et sortit du Temple ", S. Augustin dit : " Il ne se cacha pas dans un recoin du Temple comme apeuré, derrière un mur ou une colonne, mais par la puissance divine il se rendit invisible à ses ennemis et sortit en passant au milieu d’eux. "
De tout cela il ressort que le Christ, quand il le voulut, changea les âmes des hommes, non seulement en les justifiant et en y infusant la sagesse, ce qui est le but même des miracles, mais aussi en agissant extérieurement par un attrait, une terreur ou une stupéfaction, qui relèvent du miracle.
v. 10 : II, II, 25, ARTICLE 6 : Les pécheurs doivent-ils être aimés de charité ?
Objections : 5. " C’est le propre des amis de vivre ensemble ", selon Aristote. Or on ne doit pas vivre avec des pécheurs : " Sortez donc du milieu de ces gens-là ", dit S. Paul (2Co 6,17). On ne doit donc pas aimer les pécheurs de charité.
En sens contraire, S. Augustin, remarque que, lorsqu’il est prescrit : " Tu aimeras ton prochain ", le mot prochain " désigne manifestement tous les hommes ". Mais les pécheurs ne cessent pas d’être des hommes, car le péché ne détruit pas la nature. Donc les pécheurs doivent être aimés de charité.
Réponse : Dans les pécheurs on peut considérer deux choses : la nature et la faute. Par leur nature, qu’ils tiennent de Dieu, ils sont capables de la béatitude, sur la communication de laquelle est fondée la charité, nous l’avons dit. Et c’est pourquoi, selon leur nature, il faut les aimer de charité. Mais leur faute est contraire à Dieu, et elle est un obstacle à la béatitude. Aussi, selon leur faute qui les oppose à Dieu, ils méritent d’être haïs, quels qu’ils soient, fussent-ils père, mère ou proches, comme on le voit en S. Luc (Lc 14,26). Car nous devons haïr les pécheurs en tant qu’il sont tels, et les aimer en tant qu’ils sont des hommes capables de la béatitude. C’est là véritablement les aimer de charité, à cause de Dieu.
Solutions : 5. Les faibles doivent éviter de vivre avec les pécheurs, à cause du danger qu’ils courent d’être pervertis par eux. Au contraire, il faut louer les parfaits, dont il n’y a point à redouter la perversion, d’entretenir des relations avec les pécheurs afin de les convertir. C’est ainsi que le Seigneur mangeait et buvait avec les pécheurs, comme on le voit en S. Matthieu (Mt 9,10). Cependant, tous doivent éviter de fréquenter les pécheurs en s’associant à leurs péchés ; c’est ainsi qu’il est dit (2Co 6,17) : " Sortez du milieu de ces gens-là, et ne touchez rien d’impur " en consentant au péché.
v. 10 : III, 40, ARTICLE 1 : Le Christ devait-il mener la vie solitaire, ou bien vivre parmi les hommes ?
En sens contraire, il y a le texte de Baruch (Ba 3,38) : " Après cela Dieu se fit voir sur la terre et vécut parmi les hommes. "
Réponse : Le genre de vie du Christ devait s’accorder avec la fin de l’Incarnation, selon laquelle il est venu dans le monde.
1 Il est venu d’abord pour manifester la vérité, comme il l’a dit lui-même (Jn 18,37) : " je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. " C’est pourquoi il ne devait pas se cacher en menant la vie solitaire, mais se montrer en public en prêchant ouvertement. A ceux qui voulaient le retenir il a dit (Lc 4,42) : " Il faut aussi que j’aille annoncer le règne de Dieu aux autres cités, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. "
2 Il est venu pour délivrer les hommes de leurs péchés : " Le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs " (1Tm 1,15). Et c’est pourquoi, dit S. Jean Chrysostome " le Christ aurait pu en demeurant au même endroit attirer à lui tous les auditeurs de sa prédication, mais il ne l’a pas fait ; il nous a donné l’exemple pour que nous allions à la recherche de ceux qui se perdent, comme le pasteur cherche la brebis perdue et le médecin vient auprès du malade ".
3 Il est venu afin que " par lui nous ayons accès à Dieu " (Rm 5,2). Et ainsi convenait-il que, vivant familièrement avec les hommes, il inspire à tous la confiance d’aller vers lui. On lit en S. Matthieu (Mt 9,10) " Il arriva, comme il était à table dans la maison, que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent s’attabler avec lui et ses disciples. " Ce que S. Jérôme commente ainsi : " Ils avaient vu un publicain converti de ses péchés à une vie meilleure, admis à la pénitence. Aussi eux-mêmes ne désespéraient-ils pas de leur salut. "
vv. 10-11 : Ste Thérèse, Manuscrit C, folio 6
Je suppose que je suis née dans un pays environné d’un épais brouillard, jamais je n’ai contemplé le riant aspect de la nature, inondée, transfigurée par le brillant soleil ; dès mon enfance il est vrai, j’entends parler de ces merveilles, je sais que le pays où je suis n’est pas ma patrie, qu’il en est un autre vers lequel je dois sans cesse aspirer. He 11,13-16 Ce n’est pas une histoire inventée par un habitant du triste pays où je suis, c’est une réalité certaine car le Roi de la patrie au brillant soleil est venu vivre trente-trois ans dans le pays des ténèbres ; Jn 1,5 ; Jn 1,9-10 hélas ! les ténèbres n’ont point compris que ce Divin Roi était la lumière du monde... Mais Seigneur, votre enfant l’a comprise votre divine lumière, elle vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur Ps 127,2 et ne veut point se lever de cette table remplie d’amertume où mangent les pauvres pécheurs avant le jour que vous avez marqué... Mais aussi ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères : Ayez pitié de nous Seigneur, car nous sommes de pauvres pécheurs !... Mt 9,10-11 ; Lc 18,13 Oh ! Seigneur, renvoyez-nous justifiés... Que tous ceux qui ne sont point éclairés du lumineux flambeau de la Foi le voient luire enfin... ô Jésus, s’il faut que la table souillée par eux soit purifiée par une âme qui vous aime, je veux bien y manger seule le pain de l’épreuve jusqu’à ce qu’il vous plaise de m’introduire dans votre lumineux royaume. la seule grâce que je vous demande c’est de ne jamais vous offenser !... Ma Mère bien-aimée, ce que je vous écris n’a pas de suite ; ma petite histoire qui ressemblait à un conte de fée s’est tout à coup changée en prière, je ne sais pas quel intérêt vous pourrez trouver à lire toutes ces pensées confuses et mal exprimées, enfin ma Mère, je n’écris pas pour faire une oeuvre littéraire mais par obéissance, si je vous ennuie, du moins vous verrez que votre enfant a fait preuve de bonne volonté. Je vais donc sans me décourager continuer ma petite comparaison, au point où je l’avais laissée. Je disais que la certitude d’aller un jour loin du pays triste et ténébreux m’avait été donnée dès mon enfance ; non seulement je croyais d’après ce que j’entendais dire aux personnes plus savantes que moi, mais encore je sentais au fond de mon coeur des aspirations vers une région plus belle. De même que le génie de Christophe Colomb lui fit pressentir qu’il existait un nouveau monde, alors que personne n’y avait songé, ainsi je sentais qu’une autre terre me servirait un jour de demeure stable. He 13,14 Mais tout à coup les brouillards qui m’environnent deviennent plus épais, ils pénètrent dans mon âme et l’enveloppent de telle sorte qu’il ne m’est plus possible de retrouver en elle l’image si douce de ma Patrie, tout a disparu ! Lorsque je veux reposer mon coeur fatigué des ténèbres qui l’entourent, par le souvenir du pays lumineux vers lequel j’aspire, mon tourment redouble ; il me semble que les ténèbres, empruntant la voix des pécheurs, me disent en se moquant de moi : " Tu rêves la lumière, une patrie embaumée des plus suaves parfums, tu rêves la possession éternelle du Créateur de toutes ces merveilles, tu crois sortir un jour des brouillards qui t’environnent ! Avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant. "
v. 12 : 581 * "Jésus-Christ a souffert sous Ponce-Pilate, Il a été crucifié, Il est mort, Il a été enseveli" - Jésus et Israël - I. Jésus et la Loi
577 Jésus a fait une mise en garde solennelle au début du Sermon sur la Montagne où il a présenté la Loi donnée par Dieu au Sinaï lors de la Première Alliance à la lumière de la grâce de la Nouvelle Alliance :
N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. Celui donc qui violera l’un de ces moindres préceptes, sera tenu pour moindre dans le Royaume des cieux ; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume de cieux " (Mt 5,17-19).
578 Jésus, le Messie d’Israël, le plus grand donc dans le Royaume des cieux, se devait d’accomplir la Loi en l’exécutant dans son intégralité jusque dans ses moindres préceptes selon ses propres paroles. Il est même le seul à avoir pu le faire parfaitement (cf. Jn 8,46). Les Juifs, de leur propre aveu, n’ont jamais pu accomplir la Loi dans son intégralité sans en violer le moindre précepte (cf. Jn 7,19 ; Ac 13,38-41 ; Ac 15,10). C’est pourquoi à chaque fête annuelle de l’Expiation, les enfants d’Israël demandent à Dieu pardon pour leurs transgressions de la Loi. En effet, la Loi constitue un tout et, comme le rappelle S. Jacques, " aurait-on observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul point, c’est du tout que l’on devient justiciable " (Jc 2,10 cf. Ga 3,10 ; Ga 5,3).
579 Ce principe de l’intégralité de l’observance de la Loi, non seulement dans sa lettre mais dans son esprit, était cher aux Pharisiens. En le dégageant pour Israël, ils ont conduit beaucoup de Juifs du temps de Jésus à un zèle religieux extrême (cf. Rm 10,2). Celui-ci, s’il ne voulait pas se résoudre en une casuistique " hypocrite " (cf. Mt 15,3-7 ; Lc 11,39-54), ne pouvait que préparer le Peuple à cette intervention de Dieu inouïe que sera l’exécution parfaite de la Loi par le seul Juste à la place de tous les pécheurs (cf. Is 53,11 ; He 9,15).
580 L’accomplissement parfait de la Loi ne pouvait être l’oeuvre que du divin Législateur né sujet de la Loi en la personne du Fils (cf. Ga 4,4). En Jésus, la Loi n’apparaît plus gravée sur des tables de pierre mais " au fond du coeur " (Jr 31,33) du Serviteur qui, parce qu’il " apporte fidèlement le droit " (Is 42,3) est devenu " l’Alliance du peuple " (Is 42,6). Jésus accomplit la Loi jusqu’à prendre sur lui " la malédiction de la Loi " (Ga 3,13) encourue par ceux qui ne " pratiquent pas tous les préceptes de la Loi " (Ga 3,10) car " la mort du Christ a eu lieu pour racheter les transgressions de la Première Alliance " (He 9,15).
581 Jésus est apparu aux yeux des Juifs et de leurs chefs spirituels comme un " rabbi " (cf. Jn 11,38 ; Jn 3,2 ; Mt 22,23-24 ; Mt 22,34-36). Il a souvent argumenté dans le cadre de l’interprétation rabbinique de la Loi (cf. Mt 12,5 ; Mt 9,12 ; Mc 2,23-27 ; Lc 6,6-9 ; Jn 7,22-23). Mais en même temps, Jésus ne pouvait que heurter les docteurs de la Loi car il ne se contentait pas de proposer son interprétation parmi les leurs, " il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et non pas comme les scribes " (Mt 7,28-29). En lui, c’est la même Parole de Dieu qui avait retenti au Sinaï pour donner à Moïse la Loi écrite qui se fait entendre de nouveau sur la Montagne des Béatitudes (cf. Mt 5,1). Elle n’abolit pas la Loi mais l’accomplit en fournissant de manière divine son interprétation ultime : " Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres... moi je vous dis " (Mt 5,33-34). Avec cette même autorité divine, il désavoue certaines " traditions humaines " (Mc 7,8) des Pharisiens qui " annulent la Parole de Dieu " (Mc 7,13).
582 Allant plus loin, Jésus accomplit la Loi sur la pureté des aliments, si importante dans la vie quotidienne juive, en dévoilant son sens " pédagogique " (cf. Ga 3,24) par une interprétation divine : " Rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller... - ainsi il déclarait purs tous les aliments -... Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du coeur des hommes que sortent les desseins pervers " (Mc 7,18-21). En délivrant avec autorité divine l’interprétation définitive de la Loi, Jésus s’est trouvé affronté à certains docteurs de la Loi qui ne recevaient pas son interprétation de la Loi garantie pourtant par les signes divins qui l’accompagnaient (cf. Jn 5,36 ; Jn 10,25 ; Jn 10,37-38 ; Jn 12,37). Ceci vaut particulièrement pour la question du sabbat : Jésus rappelle, souvent avec des arguments rabbiniques (cf. Mc 2,25-27 ; Jn 7,22-24), que le repos du sabbat n’est pas troublé par le service de Dieu (cf. Mt 12,5 ; Nb 28,9) ou du prochain (cf. Lc 13,15-16 ; Lc 14,3-4) qu’accomplissent ses guérisons.
v. 12 : III, 1, ARTICLE 5 : Aurait-il convenu que Dieu s’incarne dès le commencement du monde ?
En sens contraire, S. Paul écrit (Ga 4,4) : " Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme. " Et la Glose nous dit que " la plénitude des temps désigne le temps fixé par Dieu pour envoyer son Fils ". Or Dieu a tout fixé dans sa sagesse. C’est donc au temps le plus opportun qu’il s’est incarné. Et ainsi ne convenait-il pas qu’il se soit incarné au commencement du monde.
Réponse : Puisque l’oeuvre de l’Incarnation est ordonnée de façon primordiale à la restauration de la nature humaine par l’abolition du péché, il est évident que l’Incarnation de Dieu dès le commencement du genre humain, avant le péché, n’aurait pas eu de motif, car on ne donne de remède qu’à celui qui est déjà malade, selon cette parole du Seigneur (Mt 9,12) : " Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. "
Mais il ne convenait pas non plus que Dieu s’incarne aussitôt après le péché.
1 A cause de la condition du péché de l’homme, fruit de l’orgueil : il fallait que l’homme soit libéré après s’être humilié pour reconnaître son besoin d’un libérateur. C’est pourquoi, sur cette parole (Ga 3,19). " La loi a été établie par le ministère des anges et l’intervention d’un médiateur ", la Glose explique : " C’est par une haute prudence qu’après la chute de l’homme, le Fils de Dieu n’a pas été envoyé aussitôt. En effet, Dieu a d’abord laissé l’homme à son libre arbitre, afin de lui faire connaître ainsi les forces de sa nature. Puis, à cause de son incapacité, l’homme reçut la loi.
Ensuite sa maladie s’aggrava, non par la faute de la loi, mais par celle de sa nature viciée ; ainsi, connaissant sa faiblesse, il appellerait le médecin et rechercherait le secours de la grâce. "
2 La progression dans le bien fait passer de l’imparfait au parfait, selon S. Paul (1Co 15,46) : " Ce n’est pas l’être spirituel qui paraît d’abord, c’est l’être naturel ; le spirituel ne vient qu’ensuite. Le premier homme, qui vient de la terre, est terrestre, le second homme, qui vient du ciel, est céleste. "
3 Ce délai convenait à la dignité du Verbe incarné car, à propos du texte des Galates. " Quand vint la plénitude des temps ", la Glose explique : " Plus le juge à venir était éminent, plus devait être longue la suite des hérauts qui l’annonçaient. "
4 Il ne fallait pas que la ferveur de la foi s’attiédisse au cours d’une trop longue durée. Car il est écrit (Mt 24,12) : " La charité de beaucoup se refroidira ", et (Lc 18,8) : " Quand le Fils de l’homme viendra, croyez-vous qu’il trouvera encore la foi sur la terre ? "
v. 12 : III, 61, ARTICLE 2 : Les sacrements étaient-ils nécessaires dans l’état qui a précédé le péché ?
En sens contraire, la médecine n’est nécessaire qu’au malade : " Les gens bien portants n’ont pas besoin du médecin " (Mt 9,12). Mais les sacrements sont des médecines spirituelles qu’on emploie contre les blessures du péché.
Réponse : Dans l’état d’innocence qui précéda le péché originel les sacrements ne furent pas nécessaires. On peut en donner comme raison le bon ordre qui régnait dans cet état ou le supérieur dominait l’inférieur et ne dépendait de lui en aucune façon ; car, de même que l’âme rationnelle était soumise à Dieu, les puissances inférieures étaient soumises à l’âme rationnelle, et le corps à l’âme. Il eût été contraire à cet ordre que l’âme fût perfectionnée soit quant à la science, soit quant à la grâce, par un moyen corporel tel que les sacrements. C’est pourquoi, dans l’état d’innocence, l’homme n’avait pas besoin de sacrements, non seulement en tant qu’ils sont ordonnés à guérir le péché, mais aussi en tant qu’ils sont ordonnés à la perfection de l’âme.
v. 12 : III, 68, ARTICLE 4 : Faut-il baptiser les pécheurs ?
Objections : 2. Le Seigneur dit (Mt 9,12) : " Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. " Les malades, ce sont les pécheurs. Et comme le remède que donne ce médecin spirituel, le Christ, c’est le baptême, il semble qu’il faut donner aux pécheurs le sacrement de baptême.
En sens contraire, S. Augustin dit : " Celui qui t’a créé sans toi ne te justifiera pas sans toi. " Mais le pécheur, qui n’a pas la volonté bien disposée, ne coopère pas à l’oeuvre de Dieu. Donc lui donner le baptême ne servirait pas à sa justification.
Réponse : On peut être pécheur de deux façons. D’abord à cause de la souillure d’une faute passée. A ceux qui sont pécheurs en ce sens il faut conférer le baptême, qui a été institué précisément pour nous purifier de la souillure du péché, comme dit S. Paul (Ep 5,2) : " La purifiant, - l’Église dans le bain d’eau avec la parole de vie. "
Mais on peut aussi être pécheur par la volonté de pécher et le propos de demeurer dans le péché. A ceux qui sont pécheurs en ce sens il ne faut pas conférer le baptême. D’abord parce que le baptême nous incorpore au Christ (Ga 3,27) : " Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. " Or, aussi longtemps qu’on a la volonté de pécher, on ne peut être uni au Christ (2Co 6,14) : " Qu’y a-t-il de commun entre la justice et l’iniquité ? " Aussi S. Augustin dit-il que " nul homme, en possession du libre arbitre, ne peut commencer une vie nouvelle sans se repentir de l’ancienne ". - Ensuite, parce qu’il ne doit y avoir rien d’inutile dans les oeuvres du Christ et de l’Église. Or est inutile ce qui n’atteint pas la fin à laquelle il est destiné. Et personne ne peut avoir la volonté de pécher et en même temps être purifié du péché, ce qui est le but du baptême : ce serait contradictoire. - Enfin, parce qu’il ne doit y avoir aucune fausseté dans les signes sacramentels. Or un signe est faux quand la chose signifiée n’y correspond pas. Mais quand un homme se présente à l’ablution baptismale, cela signifie qu’il se dispose à la purification intérieure. Or ce n’est pas le cas pour celui qui a le propos de demeurer dans son péché. Il est donc clair qu’à des pécheurs de cette sorte on ne doit pas administrer le baptême.
Solutions : 2. Le médecin des âmes, le Christ, agit de deux façons. D’abord, à l’intérieur et par lui-même, et c’est ainsi qu’il prépare la volonté de l’homme à vouloir le bien et détester le mal. D’autre part, il agit par ses ministres, en employant extérieurement les sacrements, et ainsi il agit en achevant à l’extérieur ce qu’il a commencé à l’intérieur.
Aussi le baptême ne doit-il être administré qu’à celui qui présente quelque signe de conversion intérieure, de même qu’on ne donne de médicaments corporels qu’au malade en qui apparaît quelque signe de vie.
v. 12 : III, 80, ARTICLE 4 : Le pécheur commet-il un péché en mangeant sacramentellement le corps du Christ ?
Objections : 2. Ce sacrement est, comme les autres, un remède spirituel. Mais on administre un remède aux malades pour les sauver ; le Seigneur dit en S. Matthieu (Mt 9,12) : " Ce ne sont pas les bien portants mais les mal portants qui ont besoin de médecin. " Or, les malades ou les mal portants, dans le domaine spirituel, ce sont les pécheurs. Donc ceux-ci peuvent manger ce sacrement sans pécher.
En sens contraire, S. Paul dit (1Co 11,29) " Celui qui mange et qui boit indignement mange et boit son propre jugement ", c’est-à-dire sa condamnation. Et la Glose précise ce passage : " Il mange et boit indignement, celui qui est dans le péché, ou qui traite le sacrement avec irrévérence. " Donc celui qui est dans le péché mortel, s’il reçoit ce sacrement, acquiert sa condamnation, en commettant un nouveau péché mortel.
Réponse : Dans ce sacrement comme dans les autres, ce qui est sacrement est signe de ce qui est la réalité du sacrement. Or celle-ci est double, nous l’avons vu. L’une est signifiée et contenue, c’est le Christ lui-même. L’autre est signifiée et non contenue, c’est le corps mystique du Christ, c’est-à-dire la société des saints. Quiconque mange ce sacrement signifie donc par là même qu’il est uni au Christ et incorporé à ses membres. C’est là le fait de la foi formée, qui ne coexiste jamais avec le péché mortel. Il est évident, par conséquent, que quiconque mange ce sacrement avec un péché mortel commet une fausseté dans ce sacrement. Il encourt donc le sacrilège, comme violant le sacrement. Et c’est pour cela qu’il commet un nouveau péché mortel.
Solutions : 2. N’importe quel remède ne convient pas ; cela dépend de l’état du malade. Le fortifiant qu’on donne à un malade dont la fièvre est tombée ferait du mal à un fiévreux. C’est ainsi que le baptême et la pénitence sont comme des remèdes destinés à purifier de la fièvre du péché, tandis que ce sacrement est un fortifiant, réservé à ceux qui sont délivrés du péché.
v. 12 : Prière de Ste Thérèse n 7 - Prière a Jésus au tabernacle
Jésus +
16 juillet 1895.
O Dieu caché dans la prison du tabernacle ! c’est avec bonheur que je reviens près de vous chaque soir, afin de vous remercier des grâces que vous m’avez accordées et d’implorer mon pardon pour les fautes que j’ai commises pendant la journée qui vient de s’écouler comme un songe.... (Is 45,15 ; Ps 89,5)
O Jésus ! que je serais heureuse si j’avais été bien fidèle, mais hélas ! souvent le soir je suis triste car je sens que j’aurais pu mieux répondre à vos grâces... Si j’étais plus unie à Vous, plus charitable avec mes soeurs, plus humble et plus mortifiée, j’aurais moins de peine à m’entretenir avec vous dans l’oraison. Cependant, ô mon Dieu ! bien loin de me décourager par la vue de mes misères, je viens à vous avec confiance, me souvenant que : "Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades." (Mt 9,12) Je vous supplie donc de me guérir, de me pardonner, et moi je me souviendrai, Seigneur, "que l’âme à laquelle vous avez remis davantage, doit aussi vous aimer plus que les autres !..." (Lc 7,42-43) Je vous offre tous les battements de mon coeur comme autant d’actes d’amour et de réparation et je les unis à vos mérites infinis. Je vous supplie, ô mon Divin Epoux, d’être vous-même le Réparateur de mon âme, d’agir en moi sans tenir compte de mes résistances, enfin je ne veux plus avoir d’autre volonté que la vôtre ; et demain, avec le secours de votre grâce, je recommencerai une nouvelle vie dont chaque instant sera un acte d’amour et de renoncement.
Après être ainsi venue chaque soir au pied de votre Autel, j’arriverai enfin au dernier soir de ma vie, alors commencera pour moi le jour sans couchant de l’éternité où je me reposerai sur votre Divin Coeur des luttes de l’exil !......
Ainsi soit-il.
v. 13 : 589 * id. III. Jésus et la foi d’Israël au Dieu unique et Sauveur
587 Si la Loi et le Temple de Jérusalem ont pu être occasion de " contradiction " (cf. Lc 2,34) de la part de Jésus pour les autorités religieuses d’Israël, c’est son rôle dans la rédemption des péchés, oeuvre divine par excellence, qui a été pour elles la véritable pierre d’achoppement (cf. Lc 20,17-18 ; Ps 118,22).
588 Jésus a scandalisé les Pharisiens en mangeant avec les publicains et les pécheurs (cf. Lc 5,30) aussi familièrement qu’avec eux-mêmes (cf. Lc 7,36 ; Lc 11,37 ; Lc 14,1). Contre ceux d’entre eux " qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres " (Lc 18,9 cf. Jn 7,49 ; Jn 9,34), Jésus a affirmé : " Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir " (Lc 5,32). Il est allé plus loin en proclamant face aux Pharisiens que, le péché étant universel (cf. Jn 8,33-36), ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de salut s’aveuglent sur eux-mêmes (cf. Jn 9,40-41).
589 Jésus a surtout scandalisé parce qu’il a identifié sa conduite miséricordieuse envers les pécheurs avec l’attitude de Dieu lui-même à leur égard (cf. Mt 9,13 ; Os 6,6). Il est allé jusqu’à laisser entendre qu’en partageant la table des pécheurs (cf. Lc 15,1-2), il les admettait au banquet messianique (cf. Lc 15,23-32). Mais c’est tout particulièrement en pardonnant les péchés que Jésus a mis les autorités religieuses d’Israël devant un dilemme. Car, comme celles-ci le disent justement dans leur effroi, " Dieu seul peut pardonner les péchés " (Mc 2,7). En pardonnant les péchés, ou bien Jésus blasphème car c’est un homme qui se fait l’égal de Dieu (cf. Jn 5,18 ; Jn 10,33), ou bien il dit vrai et sa personne rend présent et révèle le Nom de Dieu (cf. Jn 17,6 ; Jn 17,26).
590 Seule l’identité divine de la personne de Jésus peut justifier une exigence aussi absolue que celle-ci : " Celui qui n’est pas avec moi est contre moi " (Mt 12,30) ; de même quand il dit qu’il y a en lui " plus que Jonas,... plus que Salomon " (Mt 12,41-42), " plus que le Temple " (Mt 12,6) ; quand il rappelle à son sujet que David a appelé le Messie son Seigneur (cf. Mt 12,36 ; Mt 12,37), quand il affirme : " Avant qu’Abraham fut, Je Suis " (Jn 8,58) ; et même : " Le Père et moi nous sommes un " (Jn 10,30).
591 Jésus a demandé aux autorités religieuses de Jérusalem de croire en lui à cause des oeuvres de son Père qu’il accomplit (cf. Jn 10,36-38). Mais un tel acte de foi devait passer par une mystérieuse mort à soi-même pour une nouvelle " naissance d’en haut " (Jn 3,7) dans l’attirance de la grâce divine (cf. Jn 6,44). Une telle exigence de conversion face à un accomplissement si surprenant des promesses (cf. Is 53,1) permet de comprendre la tragique méprise du sanhédrin estimant que Jésus méritait la mort comme blasphémateur (cf. Mc 3,6 ; Mt 26,64-66). Ses membres agissaient ainsi à la fois par " ignorance " (cf. Lc 23,34 ; Ac 3,17-18) et par " l’endurcissement " (Mc 3,5 ; Rm 11,25) de " l’incrédulité " (Rm 11,20).
v. 13 : "C’est à lui seul que tu rendras un culte" - Le sacrifice
2099 Il est juste d’offrir à Dieu des sacrifices en signe d’adoration et de reconnaissance, de supplication et de communion : " Est un véritable sacrifice toute action opérée pour adhérer à Dieu dans la sainte communion et pouvoir être bienheureux " (S. Augustin, civ. 10,6).
2100 Pour être véridique, le sacrifice extérieur doit être l’expression du sacrifice spirituel : " Mon sacrifice, c’est un esprit brisé... " (Ps 51,19). Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont souvent dénoncé les sacrifices faits sans participation intérieure (cf. Am 5,21-25) ou sans lien avec l’amour du prochain (cf. Is 1,10-20). Jésus rappelle la parole du prophète Osée : " C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice " (Mt 9,13 ; Mt 12,7 cf. Os 6,6). Le seul sacrifice parfait est celui que le Christ a offert sur la croix en totale offrande à l’amour du Père et pour notre salut (cf. He 9,13-14). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un sacrifice à Dieu.
v. 13 : Interprétation biblique - 2. Rapports entre Ancien Testament et Nouveau Testament
41 Les rapports intertextuels prennent une densité extrême dans les écrits du Nouveau Testament, tout pétris d’allusions à l’Ancien Testament et de citations explicites. Les auteurs du Nouveau Testament reconnaissent à l’Ancien Testament valeur de révélation divine. Ils proclament que cette révélation a trouvé son accomplissement dans la vie, l’enseignement et surtout la mort et la résurrection de Jésus, source de pardon et de vie éternelle. " Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures et a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures et il est apparu " (1Co 15,3-5) : tel est le noyau central de la prédication apostolique (1Co 15,11).
Comme toujours, entre les Écritures et les événements qui les accomplissent, les rapports ne sont pas de simple correspondance matérielle, mais d’illumination réciproque et de progrès dialectique : on constate à la fois que les Écritures révèlent le sens des événements et que les événements révèlent le sens des Écritures, c’est-à-dire qu’ils obligent à renoncer à certains aspects de l’interprétation reçue, pour adopter une interprétation nouvelle.
Dès le temps de son ministère public, Jésus avait pris une position personnelle originale, différente de l’interprétation reçue à son époque, qui était celle " des scribes et des pharisiens " (Mt 5,20). Nombreux en sont les témoignages : les antithèses du Sermon sur la montagne (Mt 5,21-48), la liberté souveraine de Jésus dans l’observance du sabbat (Mc 2,27-28 et par.), sa façon de relativiser les préceptes de pureté rituelle (Mc 7,1-23 et par.), son exigence radicale, au contraire, en d’autres domaines (Mt 10,2-12 et par. ; Mt 10,17-20 et par.) et surtout son attitude d’accueil envers " les publicains et les pécheurs " (Mc 2,15-17 et par.). Ce n’était pas de sa part caprice de contestataire, mais, au contraire, fidélité plus profonde à la volonté de Dieu exprimée dans l’Écriture (cf. Mt 5,17 ; Mt 9,13 ; Mc 7,8-13 et par. ; Mc 10,5-9 et par.).
La mort et la résurrection de Jésus ont poussé à l’extrême l’évolution commencée, en provoquant, sur certains points, une rupture complète, en même temps qu’une ouverture inattendue. La mort du Messie, " roi des Juifs " (Mc 15,26 et par.), a provoqué une transformation de l’interprétation terrestre des psaumes royaux et des oracles messianiques. Sa résurrection et sa glorification céleste comme Fils de Dieu ont donné à ces mêmes textes une plénitude de sens inconcevable auparavant. Des expressions qui semblaient hyperboliques doivent désormais être prises à la lettre. Elles apparaissent comme préparées par Dieu pour exprimer la gloire du Christ Jésus, car Jésus est vraiment " Seigneur " (Ps 110,1) au sens le plus fort du terme (Ac 2,36 ; Ph 2,10-11 ; He 1,10-12) ; il est le Fils de Dieu (Ps 2,7 ; Mc 14,62 ; Rm 1,3-4), Dieu avec Dieu (Ps 45,7 ; He 1,8 ; Jn 1,1 ; Jn 20,28) ; " son règne n’aura pas de fin " (Lc 1,32-33 ; 1Ch 17,11-14 ; Ps 45,7 ; He 1,8) et il est en même temps " prêtre pour l’éternité " (Ps 110,4 ; He 5,6-10 ; He 7,23-24).
C’est à la lumière des événements de Pâques que les auteurs du Nouveau Testament ont relu l’Ancien Testament. L’Esprit Saint envoyé par le Christ glorifié (cf. Jn 15,26 ; Jn 16,7) leur en a fait découvrir le sens spirituel. Ils ont été ainsi conduits à affirmer plus que jamais la valeur prophétique de l’Ancien Testament, mais aussi à relativiser fortement sa valeur d’institution salvifique. Ce second point de vue, qui apparaît déjà dans les Évangiles (Mt 11,11-13 ; Mt 12,41-42 ; Jn 4,12-14 ; Jn 5,37 ; Jn 6,32), éclate avec vigueur dans certaines lettres pauliniennes ainsi que dans l’épître aux Hébreux. Paul et l’auteur de l’épître aux Hébreux démontrent que la Torah, en tant que révélation, annonce elle-même sa propre fin comme système législatif (cf. Ga 2,15-5,1 ; Rm 3,20-21 ; Rm 6,14 ; He 7,11-19 ; He 10,8-9). Il s’ensuit que les païens qui adhèrent à la foi au Christ n’ont pas à être soumis à tous les préceptes de la législation biblique, désormais réduite, dans son ensemble, au statut d’institution légale d’un peuple particulier. Mais ils ont à se nourrir de l’Ancien Testament comme Parole de Dieu, qui leur permet de mieux découvrir toutes les dimensions du mystère pascal dont ils vivent (cf. Lc 24,25-27 ; Lc 24,44-45 ; Rm 1,1-2).
À l’intérieur de la Bible chrétienne, les rapports entre Nouveau Testament et Ancien Testament ne manquent donc pas de complexité. Quand il s’agit de l’utilisation de textes particuliers, les auteurs du Nouveau Testament ont naturellement recours aux connaissances et aux procédés d’interprétation de leur époque. Exiger d’eux qu’ils se soient conformés aux méthodes scientifiques modernes serait un anachronisme. L’exégète doit bien plutôt acquérir la connaissance des procédés anciens, pour pouvoir interpréter correctement l’usage qui en est fait. Il est vrai, d’autre part, qu’il n’a pas à accorder une valeur absolue à ce qui est connaissance humaine limitée.
Il convient enfin d’ajouter qu’à l’intérieur du Nouveau Testament, comme déjà à l’intérieur de l’Ancien Testament, on observe la juxtaposition de perspectives différentes et parfois en tension les unes avec les autres, par exemple sur la situation de Jésus (Jn 8,29 ; Jn 16,32 ; Mc 15,34) ou sur la valeur de la Loi mosaïque (Mt 5,17-19 ; Rm 6,14) ou sur la nécessité des oeuvres pour être justifié (Jc 2,24 ; Rm 3,28 ; Ep 2,8-9). Une des caractéristiques de la Bible est précisément l’absence d’esprit de système et la présence, au contraire, de tensions dynamisantes. La Bible a accueilli plusieurs façons d’interpréter les mêmes événements ou de penser les mêmes problèmes. Elle invite ainsi à refuser le simplisme et l’étroitesse d’esprit.
v. 13 : Ste Thérèse Manuscrit A Folio 39
Ah ! que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !... Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre ; aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire, sans être vu de personne. Certainement, ce fils objet de sa prévoyante tendresse, ne SACHANT pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui... mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs. " Mt 9,13 Il veut que je l’aime parce qu’il m’a remis, non pas beaucoup, mais TOUT. Lc 7,47 Il n’a pas attendu que je l’aime beaucoup comme Sainte Madeleine, mais il a voulu que JE SACHE comment il m’avait aimée d’un amour d’ineffable prévoyance, afin que maintenant je l’aime à la folie... J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante, ah ! que je voudrais faire mentir cette parole !... Je m’aperçois être bien loin de mon sujet aussi je me hâte d’y rentrer. L’année qui suivit ma première Communion se passa presque tout entière sans épreuves intérieures pour mon âme, ce fut pendant ma retraite de seconde Communion que je me vis assaillie par la terrible maladie des scrupules... Il faut avoir passé par ce martyre pour le bien comprendre : dire ce que j’ai souffert pendant un an et demi, me serait impossible... Toutes mes pensées et mes actions les plus simples devenaient pour moi un sujet de trouble ; je n’avais de repos qu’en les disant à Marie, ce qui me coûtait beaucoup, car je me croyais obligée de lui dire les pensées extravagantes que j’avais d’elle même. Aussitôt que mon fardeau était déposé, je goûtais un instant de paix, mais cette paix passait comme un éclair et bientôt mon martyre recommençait. Quelle patience n’a-t-il pas fallu à ma chère Marie, pour m’écouter sans jamais témoigner d’ennui... A peine étais-je revenue de l’abbaye qu’elle se mettait à me friser pour le lendemain (car tous les jours pour faire plaisir à Papa la petite reine avait les cheveux frisés, au grand étonnement de ses compagnes et surtout des maîtresses qui ne voyaient pas d’enfants si choyées de leurs parents), pendant la séance je ne cessais de pleurer en racontant tous mes scrupules. A la fin de l’année Céline ayant fini ses études revint à la maison et la pauvre Thérèse obligée de rentrer seule, ne tarda pas à tomber malade, le seul charme qui la retenait en pension, c’était de vivre avec son inséparable Céline, sans elle jamais sa " petite fille " ne put y rester... Je sortis donc de l’abbaye à l’âge de treize ans, et continuai mon éducation en prenant plusieurs leçons par semaine chez " Madame Papinau ".
v. 13 : Ste. Thérèse de l’E. Jésus - A soeur Marie du Sacré-Cœur (Manuscrit B folio 5)
Jésus, jusqu’à présent, je comprends ton amour pour le petit oiseau, puisqu’il ne s’éloigne pas de toi... mais je le sais et tu le sais aussi, souvent, l’imparfaite petite créature, tout en restant à sa place (c’est à dire sous les rayons du Soleil), se laisse un peu distraire de son unique occupation, elle prend une petite graine à droite et à gauche, court après un petit ver... puis rencontrant une petite flaque d’eau, elle MOUILLE ses plumes à peine formées, elle voit une fleur qui lui plaît, alors son petit esprit s’occupe de cette fleur... enfin ne pouvant planer comme les aigles, le pauvre petit oiseau s’occupe encore des bagatelles de la terre. Cependant après tous ses méfaits, au lieu d’aller se cacher dans un coin pour pleurer sa misère et mourir de repentir, le petit oiseau se tourne vers son Bien-Aimé Soleil, il présente à ses rayons bienfaisants ses petites ailes mouillées, il gémit comme l’hirondelle et dans son doux chant il confie, il raconte en détail ses infidélités, pensant dans son téméraire abandon acquérir ainsi plus d’empire, attirer plus pleinement l’amour de CELUI qui n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs... Si l’ASTRE ADORE demeure sourd aux gazouillements plaintifs de sa petite créature, s’il reste voilé... eh bien ! la petite créature reste MOUILLEE, elle accepte d’être transie de froid et se réjouit encore de cette souffrance qu’elle a cependant méritée... O Jésus ! que ton PETIT OISEAU est heureux d’être FAIBLE et PETIT, que deviendrait-il s’il était grand ?... Jamais il n’aurait l’audace de paraître en ta présence, de SOMMEILLER devant toi...
v. 13 : Ste Thérèse Récréations pieuses
L’ANGE DE LA SAINTE FACE
Divin Enfant, écoute aussi ma prière.... Je vois dans l’avenir un grand nombre d’âmes qui te seront consacrées, qui, par des liens ineffables, deviendront tes épouses bien-aimées..... Mais ces anges de la terre habiteront un corps mortel et parfois leurs sublimes élans vers toi se ralentiront ; souvent la blancheur de leurs robes sera ternie par la poussière d’ici-bas. Jésus, je vois aussi des âmes plus nombreuses encore qui s’éloigneront de toi ; comme l’enfant prodigue elles iront chercher le bonheur bien loin de leur Père !... Lc 15,13 Au lieu de rester en paix sous ta houlette, ô Divin Pasteur, Lc 15,4 ces pauvres brebis s’égareront dans les épines... Mais l’épreuve les rapprochera de toi, elles se souviendront que le Fils de Dieu n’est pas venu appeler les justes mais les pécheurs, Mt 9,13 et que la joie est plus grande au Ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence... Lc 15,7 Comme Madeleine, après t’avoir beaucoup offensé elles t’aimeront beaucoup... Lc 7,47 Lorsque ces âmes rechercheront ton visage, Ps 27,8 dès qu’elles viendront se cacher dans le secret de ta Face divine Ps 31,21 en invoquant ton nom béni, Ac 2,21 daigne, ô Jésus ! par un seul de tes regards les rendre plus brillantes que les étoiles des Cieux !....
v. 13 : Veritatis splendor 118 Marie, Mère de Miséricorde
Au terme de ces considérations, c’est à Marie, Mère de Dieu et Mère de Miséricorde, que nous confions nos personnes, les épreuves et les joies de notre existence, la vie morale des croyants et des hommes de bonne volonté, ainsi que les recherches des moralistes.
Marie est Mère de Miséricorde parce que Jésus Christ, son Fils, est envoyé par le Père pour être la révélation de la Miséricorde de Dieu Jn 3,16-18. Il est venu non pour condamner, mais pour pardonner, pour faire usage de la miséricorde Mt 9,13. Et la plus grande miséricorde, c’est, pour lui, d’être au milieu de nous et de nous adresser son appel à venir à Lui et à Le reconnaître, en union avec Pierre, comme " le Fils du Dieu vivant " Mt 16,16. Il n’est aucun péché de l’homme qui puisse annuler la Miséricorde de Dieu, l’empêcher d’exercer toute sa puissance victorieuse aussitôt que nous y avons recours. Au contraire, la faute elle-même fait resplendir encore davantage l’amour du Père qui, pour racheter l’esclave, a sacrifié son Fils (181) : sa miséricorde envers nous, c’est la Rédemption. Cette miséricorde atteint sa plénitude par le don de l’Esprit, qui engendre la vie nouvelle et l’appelle. Si nombreux et si grands que soient les obstacles semés par la faiblesse et le péché de l’homme, l’Esprit, qui renouvelle la face de la terre Ps 104,30, rend possible le miracle du parfait accomplissement du bien. Un tel renouvellement, qui donne la capacité de faire ce qui est bon, noble, beau, agréable à Dieu et conforme à sa volonté, est en quelque sorte l’épanouissement du don de miséricorde, qui délivre de l’esclavage du mal et donne la force de ne plus pécher. Par le don de la vie nouvelle, Jésus nous rend participants de son amour et nous conduit au Père dans l’Esprit.
(181) " O inaestimabilis dilectio caritatis : ut servum redimeres, Filium tradidisti ! " : Missale Romanum, In Resurrectione Domini, Praeconium paschale.