NOTRE SACERDOCE
Tome 1 – 2° partie
LETTRE A L’EVEQUE
DE BERGAME SUR LA QUESTION SOCIALE
ENCYCLIQUE
« SPIRITUS PARACLITUS » A L’OCCASION DU QUINZIÈME CENTENAIRE DE LA
MORT DE SAINT JEROME
ALLOCUTION
CONSISTORIALE : LE CELIBAT ECCLESIASTIQUE
LETTRE A
L’EPISCOPAT DE POLOGNE SUR L’ATTITUDE DU CLERGE EN MATIERE POLITIQUE
LETTRE A
L’EPISCOPAT DE TCHECOSLOVAQUIE SUR
L’ORGANISATION DES SEMINAIRES
LETTRE APOSTOLIQUE
« OFFICIORUM OMNIUM » SUR LE RECRUTEMENT ET LA FORMATION DU CLERGE
LETTRE APOSTOLIQUE « UNIGENITUS DEI FILIUS » SUR LES ETUDES DES
RELIGIEUX
ENCYCLIQUE
« RERUM ECCLESIÆ » SUR LE
DÉVELOPPEMENT DES MISSIONS
ENCYCLIQUE
« MISERENTISSIMUS REDEMPTOR »
ENCYCLIQUE
« MENS NOSTRA » SUR LES EXERCICES SPIRITUELS
LETTRE A
L’EPISCOPAT ARGENTIN SUR L’ACTION CATHOLIQUE
ENCYCLIQUE « QUADRAGESIMO ANNO » SUR LA RESTAURATION DE L’ORDRE
SOCIAL
DECRET DE LA S. C.
DU CONCILE SUR L’ENSEIGNEMENT DU CATECHISME
ENCYCLIQUE « AD CATHOLICI SACERDOTII
FASTIGIUM » SUR LE SACERDOCE CATHOLIQUE
NATURE ET GRANDEUR DU SACERDOCE CATHOLIQUE
DISCOURS A L’UNION
MISSIONNAIRE DU CLERGE
ENCYCLIQUE
« MIT BRENNENDER SORGE » SUR LA
SITUATION DE L’EGLISE CATHOLIQUE EN ALLEMAGNE
ENCYCLIQUE
« DIVINI REDEMPTORIS » SUR LE COMMUNISME ATHEE
LETTRE APOSTOLIQUE
A L’EPISCOPAT DES PHILIPPINES
Lors de troubles sociaux, qui avaient éclaté à
Bergame, l’action sociale menée par certains catholiques et quelques prêtres
fut jugée trop aventureuse par l’autorité ecclésiastique. Le Pape en prit
occasion pour rappeler la doctrine de l’Église en matière sociale et
l’Encyclique Rerum
Novarum. Au terme de cette Lettre (1), il donne aux prêtres les
consignes suivantes :
Ce n’est par la force parle désordre que se
défend la cause de la vérité et de la justice ; ce sont là des armes qui,
en définitive, blessent gravement, et tout les premiers, ceux-là mêmes qui y
recourent. Contre ces ennemis funestes de la foi catholique et de la société
civile, les prêtres, et avant tout les curés, ont le devoir de réaliser l’union
parfaite des esprits, en se groupant derrière vous, Vénérable Frère, pour leur
barrer la route.
Qu’aucun membre du clergé s’imagine que
pareille action est étrangère au ministère sacerdotal sous prétexte qu’elle
conduit sur le terrain économique il suffit que sur ce terrain le salut des
âmes soit en péril. Aussi voulons-Nous que les prêtres considèrent comme un de
leurs devoirs de se consacrer le plus possible à la science et au mouvement
sociaux, par l’étude, l’assistance ou l’action, et de collaborer par tous les
moyens avec ceux qui, sur ce terrain, exercent une saine influence en vue du
bien général. En outre, il leur appartient d’éclairer leurs ouailles avec soin
sur les devoirs de la vie chrétienne, de les prémunir contre les propagandes
socialistes, de les aider à améliorer leur sort, sans jamais perdre de vue
l’esprit qui a dicté la prière ardente de l’Église : « Puissions-nous
user, comme en passant, des biens temporels, de manière à ne point perdre les biens
éternels ! » (2)
1. Lettre Soliti Nos,
AAS 12, (1920), p. 109-112. Trad. du latin dans Actes Benoît XV, BP., T.
II, p. 125-131.
2. Benoît XV, 14 juin 1920
(AAS 12 (1920), p. 290). Cf. Motu Proprio Bonum Sane, du 25 juillet 1920
(Ibid., p. 313) ; Lettre du Cardinal Gasparri, Secrétaire d’État, 24 juillet
1919 au cardinal Luçon ; l’immortelle Encyclique Rerum Novarum de Léon
XIII. (DC II, (1919), p. 274)
Le Pape saisit l’occasion de ce centenaire pour exhorter tous les fils de Église, et principalement les clercs, à la lecture attentive et à la méditation assidue des Saintes Écritures. Après une rapide esquisse de la vie et des travaux du saint, l’Encyclique comporte une partie didactique sur la doctrine de saint Jérôme en Écriture Sainte, et une partie pratique sur les leçons à tirer, pour les prêtres surtout, des exemples de ce Docteur de l’Église (1).
Les esprits une fois armés de piété et
d’humilité, Jérôme les convie à l’étude de la Bible.
Et tout d’abord il recommande inlassablement à
tous la lecture quotidienne de la Parole divine : « Affranchissons notre
corps du péché, et notre âme s’ouvrira à la sagesse ; cultivons notre
intelligence par la lecture des Livres Saints, que notre âme y trouve sa
nourriture de chaque jour (2) ». Dans son Commentaire de l’Épître aux
Éphésiens, il écrit : « Nous devons donc avec toute notre ardeur lire
les Écritures et méditer jour et nuit la loi du Seigneur ; nous pourrons
ainsi, tels des changeurs exercés, distinguer les pièces bonnes des fausses
(3) ».
Mais ce devoir d’étudier le texte sacré, que
Jérôme inculque à tous les fidèles, il l’impose tout particulièrement à ceux
qui « se sont chargés du joug du Christ » et qui ont la céleste
vocation de prêcher la Parole de Dieu.
Voici l’exhortation que, dans la personne du
moine Rusticus, il adresse à tous les clercs : « Tant que tu es en
ta patrie, fais-toi de ta cellule comme un paradis, cueille les fruits variés
des Écritures, fais tes délices de ces Saints Livres et jouis de leur
intimité... Aie toujours la Bible en main et sous les yeux, apprends mot à mot
le Psautier, que ta prière soit incessante, ton cœur constamment en éveil et
fermé aux vaines pensées » (4). Au prêtre Népotien, il donne cet avis
: « Relis fréquemment les divines Écritures, et même que le Saint
Livre ne quitte jamais tes mains. Apprends là ce que tu as à enseigner.
Acquiers une pensée pleinement conforme à la doctrine, afin d’être en état
d’exhorter selon la sainte doctrine et de réfuter ceux qui la
contredisent » (5).
Après avoir rappelé à saint Paulin les
préceptes donnés par saint Paul à ses disciples Timothée et Tite sur la science
des Écritures, il ajoute : « La sainteté jointe à l’ignorance ne
profite qu’à elle-même ; autant, par le témoignage d’une vie vertueuse,
elle édifie l’Église du Christ, autant elle lui nuit si elle est incapable de
repousser les attaques de ses contradicteurs. Le prophète Malachie, ou plutôt
le Seigneur Lui-même, par la bouche de Malachie, disait : Va consulter
les prêtres sur la loi (6), C’est donc le devoir du prêtre de renseigner
sur la loi ceux qui l’interrogent. Nous lisons encore dans le
Deutéronome : Demande-le à ton père et il te l’indiquera, à tes
prêtres, et ils te le diront (7)… Daniel, à la fin de sa très sainte
vision, dit que les justes brilleront comme les étoiles, et les intelligents —
c’est-à-dire les savants — comme le firmament (8). Vois-tu quelle distance
sépare la sainteté sans la science et la science doublée de sainteté ? La
première nous rend pareils aux étoiles, la seconde au ciel même » (9).
En une autre circonstance, dans une lettre à
Marcella, il raille ironiquement chez d’autres clercs « leur vertueuse
ignorance » : « Celle-ci leur tient lieu de sainteté, et ils
se déclarent les disciples des pêcheurs, comme s’ils faisaient consister leur
sainteté à ne rien savoir (10) ». Mais ces ignorants ne sont pas seuls,
remarque-t-il, à pécher par ignorance des Écritures ; c’est aussi le cas
de clercs instruits, et saint Jérôme d’employer les termes les plus sévères pour
recommander aux prêtres le commerce assidu des Livres Saints.
Ces enseignements du très saint exégète, vous
devez mettre tous vos soins, Vénérables Frères, à les graver plus profondément
dans l’esprit de vos clercs et de vos prêtres ; l’un de vos premiers
devoirs n’est-il pas de ramener avec soin leur attention sur ce qu’exige d’eux
la mission divine qui leur est échue, s’ils ne veulent pas s’en montrer
indignes ? Car les lèvres du prêtre seront les gardiennes de la science, et
c’est de sa bouche qu’on demandera l’enseignement, parce qu’il est l’ange du
Seigneur des armées (11). Qu’ils sachent donc qu’ils ne doivent ni négliger
l’étude des Écritures ni s’y livrer dans un esprit différent de celui que Léon
XIII a expressément imposé dans l’Encyclique Providentissimus Deus (12).
Ce qu’il faut chercher avant tout dans
l’Écriture, c’est la nourriture qui alimentera notre vie spirituelle et la fera
progresser dans les voies de la perfection ; c’est dans ce dessein que
saint Jérôme s’accoutuma à méditer jour et nuit la loi du Seigneur et à se
nourrir, dans les Saintes Écritures, du pain descendu du ciel et de la manne
céleste qui renferme en elle toutes les délices (13) Comment notre âme se
passerait-elle de cet aliment ? Et comment le prêtre pourra-t-il montrer aux
autres la voie du salut, s’il néglige de s’en instruire lui-même par la
méditation de l’Écriture ? Et de quel droit, dans le ministère sacré, se
flatterait-il d’être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans
les ténèbres, le docteur des ignorants, le maître des enfants, possédant en la
loi la règle de la science et de la vérité (14), s’il se refuse à scruter
cette science de la loi et s’il ferme son âme à la lumière d’En-Haut ? Que de
ministres sacrés, hélas ! qui, pour avoir négligé la lecture de la Bible,
périssent eux-mêmes de faim et laissent périr un trop grand nombre d’autres
âmes selon ce qui est écrit : Les petits enfants demandent du pain et
nul ne leur en donne (15). Toute la terre est désolée, parce que
personne ne médite en son cœur (16).
En second lieu, il faut, selon les besoins,
puiser dans les Écritures des arguments qui éclairent, confirment et défendent
les dogmes de la foi. C’est ce qu’a merveilleusement fait saint Jérôme dans ses
combats contre les hérétiques de son temps pour les confondre, combien acérées
et fortes furent les armes qu’il puisa dans les textes de l’Écriture ! Toutes
ses œuvres en témoignent. Si les exégètes actuels imitent son exemple, ils
obtiendront sans nul doute pour résultat — « nécessaire et infiniment
désirable », disait Notre Prédécesseur dans son Encyclique Providentissimus
Deus — que « l’utilisation de l’Écriture influera sur toute la science
théologique et en sera pour ainsi dire l’âme ».
Enfin, l’Écriture servira principalement à
sanctifier et féconder le ministère de la Parole divine. Et ici, il Nous est
particulièrement doux de pouvoir confirmer par le témoignage du grand Docteur
les directives que Nous avons Nous-même données sur la prédication sacrée dans
Notre Encyclique Humani Generis (17). Et de fait, si l’illustre
commentateur conseille si vivement et si souvent aux prêtres la lecture
assidue des Saints Livres, c’est surtout afin qu’ils s’acquittent dignement de
leur ministère d’enseignement et de prédication. Leur parole, en effet,
perdrait toute influence et toute autorité comme toute efficacité pour la
formation des âmes si elle ne s’inspirait pas de l’Écriture Sainte, ni ne lui
empruntait sa force et sa vigueur. « La lecture des Saints Livres sera,
comme le condiment de la parole du prêtre (18) ». Car « chaque parole
de la Sainte Écritures est comme une trompette qui fait résonner aux oreilles
des croyants sa grande voix menaçante (19) » ; et « rien n’est
aussi frappant qu’un exemple emprunté aux Saintes écritures (20) ».
Quant aux enseignements du saint Docteur sur
les règles à observer dans l’emploi de la Bible, et qui s’adressent tout
d’abord, il est vrai, aux exégètes, les prêtres ne doivent point les perdre de
vue dans la prédication de la Parole divine.
Il nous prévient d’abord que nous devons, par
un examen très attentif des paroles mêmes de l’Écriture, nous assurer, sans
doute possible, de ce qu’a écrit l’auteur sacré. Nul n’ignore, en effet, que
Jérôme avait accoutumé, en cas de besoin, de recourir au texte original, de
comparer entre elles les différentes interprétations, de peser la valeur des
mots et, s’il découvrait une erreur, d’en rechercher l’origine, de manière à
écarter de la lecture toute hésitation. Ensuite, enseigne notre Docteur, il
faut rechercher le sens et l’idée qui se cachent sous les mots car « pour
discuter de l’Écriture Sainte, c’est moins le mot que le sens qui importe
(21) ».
… C’est d’abord à découvrir le sens littéral ou
historique que s’appliquera notre esprit : « Je donne toujours aux
lecteurs prudents le conseil de ne point accepter des interprétations
superstitieuses et qui isolent des tronçons du texte suivant le caprice de
l’imagination, mais bien d’examiner ce qui précède, ce qui accompagne et ce qui
suit, et d’établir un lien pour tout le passage en question (22) ».
Le sens littéral ou historique établi avec
certitude, saint Jérôme recherche des sens moins obvies et plus profonds en vue
de nourrir son esprit d’un aliment plus choisi. Il demande, en effet, à propos
du livre des Proverbes, et conseille à maintes reprises pour d’autres livres de
l’Écriture, de ne point s’en tenir au seul sens littéral, « mais de
creuser plus profond pour y trouver le sens divin, de même que l’on cherche
l’or au sein de la terre, le noyau sous l’écorce, le fruit qui se cache sous la
peau hérissée de la châtaigne (23) ». Aussi disait-il en indiquant à saint
Paulin « le sentier à suivre dans l’étude des Saintes Écritures » :
« Encore que chaque passage des livres divins ait une écorce vive et
chatoyante, la moelle en est plus douce encore. Qui veut goûter l’amande brise
l'écorce (24) ».
Saint Jérôme fait cependant observer que
lorsqu’il s’agit de découvrir ce sens caché, il convient d’user d’une certaine
discrétion, « de peur que le désir des richesses du sens spirituel ne nous
donne l’apparence de dédaigner la pauvreté du sens historique (25) ».
Aussi ce qu’il reproche à beaucoup d’interprétations mystiques d’auteurs
anciens, c’est surtout de négliger complètement de s’appuyer sur le sens
littéral : « Il ne faut pas que toutes les promesses qu’ont
chantées, au sens littéral, les lèvres des saints prophètes soient réduites à
n’être plus que des formules vides et les termes matériels d’une simple figure
de rhétorique ; elles doivent, au contraire, reposer sur un terrain ferme,
et ce n’est qu’établies sur les fondations de l’histoire qu’elles pourront
s’élever jusqu’au faîte du sens mystique (26) ». Il observe sagement, à ce
propos, qu’il ne faut point s’écarter de la méthode du Christ et des apôtres
: bien que l’Ancien Testament ne soit à leurs yeux que comme la
préparation l’ombre de l’Alliance Nouvelle, et que, par suite, ils en
interprètent au sens figuré (27) un grand nombre de passages, ils n’e ramènent
point pour cela tout l’ensemble à des figures. A l’appui de sa thèse, saint
Jérôme invoque souvent l’exemple de sait Paul : « En exposant les
figures mystiques d’Adam et d’Ève l’Apôtre ne niait pas pour autant qu’ils
eussent été créés ; bien au contraire, il basait l’interprétation
spirituelle sur le fondement de l’histoire et écrivait : C’est pourquoi
l’homme quittera... (28) ».
Les commentateurs des Saintes Lettres et les
prédicateurs de la Parole de Dieu gagneront à suivre l’exemple du Christ des
apôtres, à ne pas négliger, conformément aux directives d Léon XIII, « les
transpositions allégoriques ou telles autre analogues que les Pères ont faites
de certains passages, si surtout elles découlent du sens littéral et sont
confirmées par l’autorité d’un grand nombre de Pères » ; enfin,
prenant pour base le sens littéral, ils s’élèveront avec mesure et discrétion
jusqu’à des interprétations plus hautes. Ils saisiront avec saint Jérôme la
vérité profonde du mot de l’Apôtre : « Toute Écriture est divinement
inspirée et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour former à
la justice (29) », et le trésor inépuisable des Écritures leur
fournira un large appoint de faits et d’idées leur permettant d’orienter avec
force et onction vers la sainteté la vie et la conduite des fidèles.
Quant au mode d’exposition et d’expression, puisque c’est la fidélité que l’on cherche dans les dispensateurs des mystères de Dieu, Jérôme pose en principe qu’il faut s’en tenir avant tout à « l’exactitude de l’interprétation » et que « le devoir du commentateur est d’exposer non des idées personnelles, mais bien celles de l’auteur qu’il commente (30) » ; d’ailleurs, ajoute-t-il, « l’orateur sacré est exposé au grave danger de faire un jour ou l’autre, par une interprétation défectueuse, de l’Évangile du Christ l’évangile de l’homme (31) ».
En second lieu, « dans l’explication des
Saintes l'Écritures, ce n’est point le style recherché et orné de fleurs de
rhétorique qui est de mise, mais la valeur scientifique et la simplicité de la
vérité (33) ». En se conformant à cette règle pour la rédaction de ses
ouvrages, déclare-t-il dans les Commentaires, il avait en vue non « de
faire applaudir mais de faire comprendre dans leur vrai sens les excellentes
paroles des autres (34) » ; l’explication de la parole divine
réclame, dit-il, un langage qui « ne sente point la recherche, mais découvre
l’idée objective, dissèque le sens, éclaire les passages obscurs et ne
s’embarrasse point de la floraison touffue des effets de langage ».
… Si les jeunes prêtres mettent vraiment à
profit ces et ces préceptes, si leurs aînés dans le sacerdoce ne les perdent
jamais de vue, leur saint ministère, Nous en avons confiance, ne laissera pas
d’être très profitable aux fidèles.
1. AAS 12 (1920), p. 385-422.
Trad. du latin dans Actes Benoît XV, BP., T. II, p. 169-228.
2. In Tit., 3, 9.
3. In Ephes., 4, 31.
4. Ep. 125, 7, 3 ; 11, 1.
5. Ep. 52, 7, 1.
6. Malachie, 2, 7.
7. Deutéronome, 32, 7.
8. Cf. Daniel, 12, 3.
9. Ep. 53, 3 et sq.
10. Ep. 27, 1, 2.
11. Malachie, 2,7.
12. Encyclique sur l’Écriture
Sainte, du 18 novembre 1893 (ASS 26. p. 269.-292).
13. Cf. Tract, de Ps. 147.
14. Romains, 2, 19-20.
15. Lamentations de Jérémie,
4, 4.
16. Jérémie, 12, 2.
17. Cf. ci-dessus, n° 259 et
suivants.
18. Ep. 52, 8, 1.
19. In Amos, 3, 3 et sq.
20. In Zach. 9, 15 et sq.
21. Ep. 29, 1, 3.
22. In Matth. 25, 13.
23. In Eccl. 12, 9 et Sq.
24. Ep. 58, 9, 1.
25. In Eccl. 2, 24 et sq.
26. In Amos, 9, 6.
27. En latin, typice.
28. In Is., 6, 1-7.
29. 2 Timothée, 3, 16.
30. Ep. 49, al. 48, 17, 7 .
31. In Gal. 1, 11, et sq.
32. In Amos, Praef. in 1, 3.
33. In Gal. Praef. in 1, 3.
34. Ep. 36, 14, 2 ; cf.
Ep. 140, 1, 2.
Au lendemain de la guerre, un groupe de prêtres
tchécoslovaques, réunis en « Association générale du clergé
tchèque », dite Iednota,
tentèrent de provoquer un schisme. Le Pape évoque en Consistoire les mesures
prises à leur sujet par l’autorité ecclésiastique et la résistance que les
rebelles continuent de lui opposer (1).
Certains mêmes osèrent assurer que le Siège apostolique était disposé à adoucir la rigueur de la loi du célibat des clercs, en relevant de cette obligation ceux qui avaient abandonné l’état ecclésiastique. Il n’est point nécessaire, pensons-Nous, de Nous attarder à montrer jusqu’à quel point cette assertion est fausse. C’est un fait avéré l’Église latine doit sa florissante vitalité en même temps qu’un des meilleurs éléments de sa force et de sa gloire au célibat ecclésiastique, et à ce titre il importe souverainement d’en sauvegarder l’intégrité.
Cette nécessité, au reste, ne s’est jamais
peut-être autant fait sentir qu’à notre triste époque, où, grâce à la diffusion
si générale des puissantes séductions du vice, la bride est partout lâchée à la
frénésie indomptée des passions ; où les hommes ne semblent plus avoir
d’autre idéal que de se permettre toutes les audaces et d’épuiser les
jouissances fugitives de cette vie. Le prêtre catholique, appelé à servir de
modèle aux autres dans la répression des mouvements déréglés du cœur, veillera
donc à éviter le moindre faux pas dans l’accomplissement d’un si grave
devoir ; il continuera à donner sans cesse à tous l’encouragement de son
exemple et n’oubliera jamais le conseil du pape saint Sirice : « dès
le jour de notre ordination, vouons à la tempérance et à la pureté et notre
cœur et notre corps »
C’est pourquoi, Vénérables Frères, Nous
renouvelons ici solennellement et formellement la déclaration que Nous avons
déjà faite à plusieurs reprises loin d’abroger la loi sacrée et très salutaire
du célibat ecclésiastique, jamais le Saint-Siège n’en tempérera la rigueur par
une partielle atténuation.
De même, comme Nous l’avons dit déjà dans Notre
lettre à l’Archevêque de Prague (2), Nous déclarons à jamais impossible que le
Saint-Siège approuve les innovations démocratiques dont quelques-uns réclament
avec instance l’introduction dans la discipline de l’Église.
1. AAS 12, (1920), p. 585-588.
Trad. du latin dans Actes Benoît XV, BP., T. 3, p. 39-44.
2. Lettre du 29 janvier 1920
(AAS 12 (1920), p. 57).
Cette Lettre fut adressée à
l’épiscopat polonais à la suite de son assemblée générale, tenue aux premiers
temps de la renaissance du pays. L’intérêt de cette page n’est pas seulement
dans l’évocation qu’elle suggère de la situation actuelle de la Pologne. Avec
la Lettre à l’épiscopat belge qui y est citée, cette Lettre est l’un des
quelques documents par lesquels Benoît XV, au milieu de l’effervescence des
lendemains de la guerre, définit l’attitude du clergé en matière politique (1).
Vos efforts personnels, Chers Fils et
Vénérables Frères, ainsi que ceux de votre clergé, peuvent grandement contribuer
à ce résultat (de la résurrection de la nation polonaise à la vie politique), à
condition toutefois que cette action sache avec prudence se contenir dans les
limites, assez amples d’ailleurs, du ministère sacré.
La manière dont doivent se comporter en matière
politique les clercs et surtout les évêques, Nous l’avons exposée dans Notre
Lettre du 10 février dernier, aux évêques de Belgique (2), qu’on peut résumer
ainsi : le gouvernement de l’Etat est la fonction et la charge propres de
l’autorité légitime qui préside à ses destinées ; de leur côté, les chefs
de la hiérarchie ecclésiastique doivent toujours se souvenir de cette parole de
saint Paul aux Hébreux : Tout Pontife pris parmi les hommes est établi
pour les hommes en ce qui concerne leurs rapports avec Dieu (3).
Ainsi chacun des deux pouvoirs voit-il son
champ d’action clairement défini. Le pouvoir civil polonais doit, dans
l’intérêt même de la République, faciliter au clergé l’accomplissement de son
ministère, et il commettrait un abus coupable d’autorité en mettant obstacle à
l’exercice des fonctions sacrées, ou en prétendant régler lui-même les rapports
des citoyens avec Dieu. De même, les évêques et les autres membres du clergé
polonais, tout en gardant comme citoyens la libre faculté d’user de leurs
droits civils, doivent, en tant que ministres du Christ et dispensateurs des
mystères de Dieu (4), ne pas s’engager dans le affaires
politiques ; ils donneront à tous, par la parole et par les actes, un
exemple d’obéissance aux lois de l’État et au gouvernement civil, mais ils
s’appliqueront avant tout à former à la religion et à la vie morale les esprits
de leurs concitoyens (5)... Enfin, tenant compte de l’obligation grave et
sacrée qui incombe à tous au titre du sacrement de l’Ordre, il faut qu’ils
s’efforcent de se témoigner entre frères dans le sacerdoce les marques d’une
mutuelle charité, malgré leurs divergences en matière politique ou leur
diversité d’origine et de rite (6).
1. AAS 13 (1921), p. 424-426.
Trad. du latin dans Actes Benoît XV, BP., T.3, p. 100-104.
2. Lettre Cum Semper
adressée à l’épiscopat de Belgique, le 10 février 1921, à l’occasion des
divisions provoquées à l’intérieur du pays par la « question
flamande ». AAS 13, (1921), p. 128.
3. Hébreux, 5, 1.
4. 1 Corinthiens, 4, 1.
5. Cf. DC 8 (1922), c.
707-708) ; cf. une lettre du cardinal Préfet de la S. C. des Religieux, en date
du 10 février 1924 (DC 23 (1930), c. 379) ; la Lettre Paterna Sane de
Pie XI à l’épiscopat mexicain, du 2 février 1926 (AAS 18 (1926), p. 178. DC 23
(1930) c. 328).
6. Le Pape fait ici allusion
aux divers peuples de rites différents, réunis dans la Pologne reconstituée
après la guerre.
Cette page, qui sert de prélude aux
instructions du Pape sur la réorganisation des Séminaires de Tchécoslovaquie (1), résume en quelques phrases
les principaux titres qui qualifient le prêtre et qui fondent son obligation à
la perfection chrétienne (2).
Vous n’ignorez pas, Vénérables Frères, à quel
point le prêtre, qui doit enseigner aux autres la doctrine du Christ, a besoin
d’en avoir lui-même une connaissance claire et approfondie c’est cette
connaissance qui fait de lui la lumière du monde et lui permet de
s’acquitter en vrai et saint prêtre de la mission que l’Eglise lui a confiée,
d’enseigner la vérité au peuple chrétien.
Mais il n’est pas seulement le maître
qui enseigne, il est aussi le médecin des âmes. « Or, si sa vie est
pleine de passions, de quel droit ira-t-il soigner les blessés, lui qui porte
une blessure en plein visage (3) ? »
Chargé au surplus de paître le troupeau des
fidèles, il doit se montrer un bon pasteur : « On l’appelle un
autre Christ, disait Notre Prédécesseur Pie X, non seulement parce qu’il
participe aux pouvoirs de Jésus-Christ, mais aussi parce qu’il doit imiter ses
œuvres et par là reproduire en lui-même son image (4) ».
Voilà pourquoi les lettres et documents du
Saint-Siège sur le clergé disent souvent que le prêtre, ambassadeur,
ministre du Christ, dispensateur des mystères de Dieu, ne peut être à la
hauteur d’une tâche aussi sainte que s’il possède la science des choses de Dieu
et s’il a cette piété vive et profonde qui fera vraiment de lui un homme de
Dieu. Il est en effet nécessaire qu’il possède à la fois la vérité et la vertu
au point de n’avoir en lui ni erreur ni vice : « S’il se laisse
entraîner d’un côté ou de l’autre, par une vie peu exemplaire ou par
incompétence doctrinale, le voilà en grave danger, lui et ceux dont il est
responsable (5) ».
1. Cf. en particulier
l’Instruction de la S. C. des Séminaires, et Universités à l’épiscopat
d’Italie, du 26 avril 1920, et la Lettre de la même Congrégation à l’épiscopat
d’Allemagne, du 9 octobre 1921. (EC n. 1080 et 1117).Cf. aussi Lettre
Encyclique Quod multum à l’épiscopat de Hongrie, du 22 août 1886. (ASS 19, p. 104).
2. AAS 13. (1921), p. 554-559.
3. S. Grégoire le Grand, Regulat
Past., 1, 9. Migne PL. 77, 22.
4. Encyclique E Supremi
Apostolatus, cf. ci-dessus n° 24.
5. S. Grégoire de Naziance. Oratio
apolog. de fuga sua, 34. Migne, PG. 35, 441.
Écrite « au seuil du Souverain
Pontificat », cette Lettre (1) révèle le graves préoccupations du Chef de l’Église devant la
crise du recrutement sacerdotal qui, au lendemain de la guerre, sévissait en
plusieurs pays. Le Pape y rappelle également certains principes généraux
concernant la formation des clercs. Moins de deux ans plus tard, il complétera
ces enseignements et les étendra au clergé régulier (2) ; entre
temps la Lettre Encyclique Studiorum Ducem lui aura donné une nouvelle
occasion d’insister sur ce même sujet (3). C’est dire l’importance que
Pie XI, la suite de ses Prédécesseurs, attache à la formation intellectuelle
des prêtres (4).
De tous les devoirs sacrés qui incombent au
Souverain Pontife, il n’en est pas de plus important, ni dont le champ soit
plus vaste, que celui de consacrer ses soins et ses efforts à assurer à
l’Église ; pour l’accomplissement de sa divine mission, un nombre
suffisant de bons prêtres.
De cette œuvre, en effet, dépendent l’honneur,
l’action et la vie même de l’Église ; et elle intéresse au plus haut point
le salut du genre humain, car les immenses bienfaits procurés au monde par
Jésus-Christ, notre Rédempteur, ne sont transmis aux hommes que par les ministres
du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu (5).
Et comme le sort du clergé et celui de l’Église
sont, disions-Nous, très étroitement solidaires, on ne saurait mettre tout
d’abord en doute qu’à chaque époque Dieu destine au sacerdoce un nombre
d’hommes suffisant sinon, Dieu, à un moment donné, ferait défaut à son Église
sur un point essentiel, ce qui est proprement impensable.
Néanmoins, ici comme en tout ce qui intéresse
le salut commun des âmes, intervient cette loi de la divine Providence selon
laquelle nous ne pouvons être exaucés que grâce à d’abondantes prières
communes. N’est-ce pas le sens de cette parole bien connue : La moisson
est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le Maître de la
moisson d’y envoyer des ouvriers (6).
Tous les fidèles fervents ont accoutumé, à
l’exemple de l’Église, de satisfaire à ce devoir. Néanmoins, pour que
s’accroisse le nombre des vocations, Nous recommandons d’abord l’observation de
cette règle du Code de Droit canonique : « Les prêtres, plus
spécialement les curés, s’emploieront avec un soin tout particulier à éloigner
des tentations du monde les enfants qui présentent des signes de vocation
sacerdotale ; ils les formeront à la piété, leur enseigneront les premiers
éléments des lettres et développeront en eux le germe de l’appel divin
(7) ». Quand ils jugeront le moment venu, les prêtres se préoccuperont de
confier leurs élèves à un Séminaire pour y être formés ; et ainsi
s’achèvera régulièrement l’œuvre qu’ils auront eux-mêmes commencée. Si
l’indigence des jeunes gens fait obstacle à leur admission et que les curés ne
puissent eux-mêmes se charger des dépenses, ceux-ci solliciteront le concours
d’âmes charitables, en faisant valoir à la fois la sainteté et l’exceptionnelle
utilité d’une telle œuvre.
Et ici Nous ne pouvons mieux faire que
d’inviter tous ceux qui ont l’amour de l’Église à favoriser et développer de
toutes leurs forces l’œuvre des Vocations Sacerdotales, providentiellement
fondée pour aider d’une façon suivie, dans leur famille, au presbytère et au
Séminaire, les enfants qui présentent des espérances fondées de vocation.
Le Pape aborde alors trois points particuliers de la formation des clercs. Le premier est la connaissance du latin :
L’Eglise, qui assemble en son sein toutes les
nations, qui est destinée à vivre jusqu’à la consommation des siècles et qui
exclut totalement de son gouvernement les simples fidèles, a besoin, de par sa
nature même, d’une langue qui soit universelle, immuable et distincte des
langues vulgaires. Le latin remplit ces conditions, et c’est pourquoi la
Providence a voulu qu’il servît d’instrument merveilleux à l’Église enseignante
et qu’il offrît aux fidèles cultivés de tous pays un lien puissant
d’unité ; il leur permet de fructueux échanges d’idées et, avantage
autrement précieux, il les met à même de connaître plus à fond tout ce qui
intéresse leur mère l’Église et de demeurer plus étroitement unis à son Chef.
Pour ces deux raisons — Nous Nous bornerons à
celles-là — il est évident que, plus que tout autre, le clergé doit être ami
fervent du latin... Si, déjà, chez un laïque quelque peu lettré, l’ignorance de
la langue latine, qu’on peut qualifier à bon droit de langue catholique,
dénote une certaine tiédeur dans son amour de l’Église, à combien plus forte
raison convient-il à tous les clercs, sans exception, d’en avoir la
connaissance et la maîtrise ! Il leur appartient de veiller avec d’autant plus
de fidélité sur les lettres latines qu’ils les savent plus vivement attaquées
par les adversaires de la doctrine catholique qui, au XVI° siècle, brisèrent en
Europe l’unité de la foi. C’est pourquoi — et cette prescription figure
expressément dans le Droit (8) — Nous demandons que dans les classes où se
forment ceux qui sont l’espoir du sacerdoce, on enseigne le latin avec grand
soin.
Ainsi n’aura-t-on plus ce spectacle, hélas!
trop fréquent, de clercs et de prêtres qui, faute de s’être suffisamment
appliqués à l’étude du latin, délaissent le riche arsenal que sont les œuvres
des Pères et des Docteurs de l’Église — où l’on trouve un exposé limpide et une
victorieuse défense des dogmes de la foi, — pour demander la doctrine dont ils
ont besoin à des auteurs modernes, qui d’ordinaire laissent à désirer pour le
style et l’art de la démonstration et, plus encore, pour l’exacte
interprétation des dogmes. Rappelons-nous les conseils de Paul à
Timothée : Conserve le souvenir fidèle des saines paroles que tu as
entendues (9)… Garde le dépôt, en évitant les vaines disputes des impies
et les oppositions de la fausse science quelques-uns s’étant attachés ont erré
loin de la foi (10). Ces avertissements, plus que jamais, s’appliquent à
notre époque, où trop de personnes ont accoutumé de colporter partout une foule
d’erreurs séduisantes, dissimulées sous le nom et les apparences de la science.
Or pourrait-on découvrir et confondre ces erreurs, sans garder fidèlement le
sens des dogmes de la foi et la force des formules dans lesquelles ils ont été
solennellement proclamés, bref sans posséder la langue même dont se sert
l’Eglise ? (11)
Le second point abordé par le Pape est
l’enseignement de la philosophie et de la théologie dans les cours de
Séminaire, selon la méthode scolastique et la doctrine de saint Thomas (12).
Troisième point concernant les études des
clercs celui qui a la responsabilité de leur direction ne négligera pas les
prescriptions du Droit canonique touchant la théologie pastorale (13) ;
il devra même faire une large place à cette science d’un intérêt très immédiat
pour le salut des âmes. Après avoir rappelé la sainteté qu’il faut apporter au
maniement des choses saintes, il enseignera les moyens d’en tirer des résultats
toujours plus fructueux pour les âmes.
Et, à ce sujet, il tiendra très attentivement
compte des nécessités contemporaines. Le cours des événements a introduit dans
les mœurs du peuple chrétien bien des habitudes inconnues de nos pères :
le prêtre doit être aujourd’hui parfaitement au courant de ces innovations,
pour puiser dans la force du Christ des remèdes nouveaux aux maux nouveaux et
faire pénétrer dans toutes les fibres de la société l’influence salutaire de la
religion.
1. AAS 14, (1922), p. 449-458.
Trad. du latin dans DC 8 (1922), c. 262-268.
2. Lettre apostolique Unigenitus
Dei Filius, du 19 mars 1924. Cf. ci-dessous n. 371 et suivants.
3. Cf. ci-dessous n. 362 et
suivants.
4. La Documentation
catholique (T. 12 (1924), c. 990 et sq.) donne une liste intéressante des
principaux actes des derniers Papes concernant les études et la défense de la
doctrine.
5. 1 Co 4, 2.
6. Mt 9, 37-38.
7. CIC, can. 1353.
8. CIC can. 1364 § 2
9. 2 Tim 1, 13.
10. 1 Tim 6, 20-22.
11. Unigenitus Dei Filius,
du 29 mars 1924, sur la formation intellectuelle du clergé régulier. (AAS, 16 (2924), p. 242).
12. Encyclique Studiorum
Ducem. Cf. ci-dessous n. 362 et suivants.
13. CIC can. 1365 § 3.
Cette Encyclique propose à nouveau, et surtout
aux prêtres et aux séminaristes, l’exemple de saint Thomas d’Aquin, mettant
successivement en relief les vertus du Saint et l’enseignement du Docteur. Le
Document Pontifical confirme et réitère dans ses conclusions les
recommandations du Magistère romain en faveur du Docteur angélique. Les
extraits suivants, choisis en fonction des perspectives propres du volume,
montrent en saint Thomas le modèle de toute vie sacerdotale appliquée à l’étude
(1).
Le guide à suivre dans les hautes disciplines
ecclésiastiques, Nous l’avons assigné aux jeunes clercs par une récente Lettre
Apostolique (2) qui confirmait les prescriptions du Droit canonique :
c’est saint Thomas d’Aquin.
Il existe, en effet, une merveilleuse parenté
entre la science digne de ce nom et cette compagne de toutes les vertus qu’est
la piété. Dieu est la Vérité et la Bonté, et c’est pourquoi la recherche de la
gloire de Dieu par le salut des âmes, — qui est l’œuvre principale et propre de
l’Église, — exige des ministres sacrés plus qu’une bonne formation
intellectuelle ; il leur, faut posséder en abondance les vertus de leur
état.
Cette union de la doctrine et de la piété, de
la science et de la vertu, de la vérité et de la charité, nous la trouvons
réalisée à un degré tout à fait exceptionnel chez le Docteur angélique, et
c’est bien à juste titre qu’on lui a donné comme attribut le soleil, puisqu’en
même temps qu’il diffuse dans les esprits la lumière de la science, il pénètre
les cœurs des chauds rayons de la vertu (3).
Ainsi Dieu, source de la sainteté et de la
sagesse, semble avoir voulu montrer en saint Thomas comment celles-ci se
complètent l’une l’autre ; la pratique des vertus prépare à la
contemplation de la vérité et, à son tour, la méditation approfondie de la
vérité donne à la vertu son éclat et sa perfection. De fait, une vie pure et la
soumission des passions par la vertu donnent une grande liberté à l’âme et lui
permettent un essor plus aisé vers les choses célestes, une pénétration plus
intime des secrets divins, suivant la remarque de Thomas lui-même :
« D’abord la vie, ensuite la doctrine ; car c’est la vie qui mène à
la science de la vérité (4) » ; pareillement, une étude assidue des
vérités surnaturelles est un vigoureux stimulant à la vie parfaite ; et
elle n’est ni égoïste ni stérile, mais au contraire puissamment efficace, la
science de ces sublimes réalités, dont la beauté captive et absorbe l’homme
tout entier.
Voilà donc, Vénérables Frères, un premier
aperçu des leçons que l’on peut tirer de ce centenaire.
... Lorsqu’en effet, par la parole ou par la
plume, il traite des choses divines, saint Thomas est pour les théologiens un
illustre modèle de l’union très étroite qui doit régner entre les sentiments de
l’âme et la vie d’étude. On ne dit pas d’un homme qu’il connaît à fond tel pays
lointain pour cela seul qu’il en connaît une description, même détaillée, mais
bien s’il y a vécu un certain temps ; de même nul n’acquiert une
connaissance profonde de Dieu par la seule recherche intellectuelle, s’il ne
vit également dans l’union la plus intime avec Lui. Or, toute la théologie de
saint Thomas vise à nous faire vivre dans l’intimité de Dieu. Enfant, au
Mont-Cassin, il demande sans relâche : « Qu’est-ce que Dieu ? (5) » ;
écrivain, qu’il traite de la création du monde, de l’homme, des lois, des
vertus, des sacrements, il rapporte tout à Dieu, auteur du salut éternel.
Aussi, quand il examine les causes de la
stérilité intellectuelle — curiosité, désir effréné de savoir, lenteur d’esprit,
peur de l’effort et inconstance — il ne trouve a leur opposer qu’un remède
: une grande ardeur au travail, qui puise sa sève dans une piété fervente
et qui est comme l’épanouissement de la vie spirituelle.
Le triple flambeau qui oriente les études
sacrées — droite raison, foi infuse et dons du Saint-Esprit qui perfectionnent
l’intelligence — ne brilla jamais avec plus d’éclat que chez saint
Thomas ; après avoir, dans une question particulièrement difficile,
laborieusement déployé les ressources de son esprit, il demandait la solution à
Dieu avec la plus profonde humilité.
... Dès lors, il n’est pas étonnant que, vers
la fin de sa vie, il se soit élevé à un tel degré de contemplation que tous ses
écrits lui paraissaient n’avoir pas plus de poids qu’un fétu de paille, et
qu’il se déclarait incapable de dicter encore quoi que ce fût ; il n’avait
plus de regard que pour les choses éternelles, il n’aspirait plus qu’à voir
Dieu. Tel est bien, en effet, d’après saint Thomas, le fruit qu’avant tout
autre on doit retirer des études sacrées : un grand amour de Dieu et un
vif désir des choses éternelles (6).
... Si l’on veut se mettre en garde contre les
erreurs qui sont la source de tous les malheurs de notre époque, il faut rester
plus que jamais fidèle à la doctrine de saint Thomas. Dans tous les domaines,
Thomas réfute péremptoirement les théories inventées par les modernistes.
... Aussi, comme il a été dit autrefois aux
Égyptiens lors d’une extrême disette : Allez à Joseph (7), ce
Joseph qui devait leur fournir le blé nécessaire à nourrir leur corps ; de
même, à tous ceux, sans exception, qui sont aujourd’hui en quête de la vérité,
Nous disons : Allez à Thomas, allez lui demander l’aliment de la saine
doctrine, dont il est si riche et qui nourrit les âmes pour la vie éternelle.
Pour Nous, Nous ordonnons que les prescriptions
de Nos Prédécesseurs, en particulier de Léon XIII (8) et de Pie X (9), comme
également les directives que Nous donnions l’année dernière (10), soient
méditées avec soin et scrupuleusement observées par tous ceux qui occupent,
dans les écoles ecclésiastiques, les chaires les plus importantes (11). Qu’ils
s’en persuadent bien, ils ne s’acquitteront de leur charge et ne répondront à
Notre attente que si, après s’être faits les disciples fervents du saint
Docteur, par une étude assidue et approfondie de ses ouvrages, ils communiquent
à leurs élèves leur ardent amour pour ce Docteur en leur commentant ses écrits
et les rendant capables d’allumer cette même flamme chez les autres.
Entre les amis fervents de saint Thomas — comme
doivent l’être tous les fils de l’Église qui se livrent aux études supérieures
— Nous désirons que s’établisse une noble émulation, respectueuse d’une juste
liberté et propice au progrès de la science ; mais Nous condamnons tout
esprit de dénigrement il ne profite en rien à la vérité et n’aboutit qu’à
relâcher les liens de la charité. Que chacun s’en tienne donc fidèlement à
cette prescription du Droit canonique : « Dans l’étude de la
philosophie rationnelle et de la théologie comme dans l’enseignement de ces
sciences aux élèves, les professeurs suivront en tous points la méthode, la
doctrine et les principes du Docteur angélique, et ils se feront un devoir de
conscience de s’y tenir » ; tous observeront cette règle avec une
fidélité telle qu’ils puissent en toute vérité appeler saint Thomas leur
maître.
On évitera pourtant d’exiger des uns et des
autres plus que ne réclame de tous l’Église, leur mère et éducatrice ; et
sur les points où les auteurs les plus autorisés des écoles catholiques se
partagent ordinairement en avis contraires, chacun sera laissé libre de suivre
l’option qui lui paraît vraisemblable.
1. AAS 15 (1923), p. 309-326.
Trad. du latin dans SVS, p. 1118-1135.
2. Officiorum omnium.
Cf. ci-dessus n. 353 et suivants.
3. Cf. Bréviaire dominicain,
Hymne des Vêpres de la fête de saint Thomas (7 mars).
4. S. Thomas, Commentaire sur
S. Matthieu, c. 5.
5. Cf. G. de Tocco, Vita S. Thomae, c. 4.
6. Cf. G. de Tocco, Op. cit. c. 30.
7. Genèse, 41, 55.
8. Cf. Lettre Encyclique Aeterni
Patris, du 4 août 1879, (ASS 12, p. 97-115).
9. Cf. Motu Proprio Doctoris
Angelici, du 29 juin 1914, (AAS 6 (1914), p. 336-341).
10. Lettre Apostolique Officiorum
omnium, cf. ci-dessus n° 353 et suivants.
11. AAS 15 (1923), p. 313.
Cette Lettre, adressée aux Supérieurs Généraux
des Ordres et des Congrégations de Religieux, renouvelle, en plusieurs points,
les instructions de la Lettre Apostolique Officiorum Omnium, sur les études du clergé
séculier (1), et les applique aux religieux revêtus du sacerdoce ou s’y
préparant. Sans vouloir considérer ici le cas particulier des religieux, on
peut toutefois relever dans cette Lettre quelques pages qui concernent le
sacerdoce en général, tant séculier que régulier c’est l’objet des extraits
suivants (2).
La présente Lettre a pour but principal
d’exhorter les religieux déjà revêtus du sacerdoce, ou qui doivent y être
admis, à l’étude assidue des sciences sacrées s’ils n’y deviennent point des
maîtres, ils seront incapables de remplir d’une façon parfaite tous les devoirs
de leur vocation.
La mission, sinon unique, du moins primordiale,
de ceux qui se sont consacrés à Dieu n’est-elle pas de Le prier, de contempler
et méditer les choses divines ? Et cette tâche si importante, comment s’en
acquitteront-ils s’ils ne possèdent point de notre foi une connaissance
profonde et étendue ?
Voilà ce que Nous voudrions d’abord recommander
à l’attention de ceux qui, dans les cloîtres, s’adonnent à la contemplation.
C’est une erreur de croire qu’avec des études théologiques négligées avant
l’ordination ou abandonnées ensuite, on est capable, ainsi dépourvu de cette
connaissance de Dieu et des mystères de la foi que donnent les sciences
sacrées, de se tenir aisément sur les sommets de la perfection et d’être élevé
à l’union intérieure avec Dieu.
Quant aux autres religieux, — qu’ils
enseignent, qu’ils prêchent, qu’ils s’asseyent au tribunal de la pénitence pour
réconcilier les pécheurs, qu’ils soient envoyés dans les missions ou qu’ils
vivent avec le peuple en contact journalier, — l’exercice de ces divers
ministères n’aura-t-il pas d’autant plus de force et d’efficacité que plus
large et plus brillante sera leur culture ? Acquérir la science des choses
divines, l’entretenir abondante et profonde, tel est le devoir du prêtre ;
le Saint-Esprit l’a proclamé par la bouche du prophète : Les lèvres du
prêtre sont les gardiennes de la science (3). De quel droit se
présenterait-il sans une solide doctrine, celui qui est le délégué du Dieu
des sciences (4), le ministre et le docteur de la nouvelle alliance, le sel
de la terre... la lumière du monde (5), celui donc de qui le peuple chrétien
attend les paroles de salut ?
Qu’ils tremblent donc pour eux-mêmes, ceux qui
abordent le ministère sacré sans compétence ni formation ; car le Seigneur
ne laissera pas impunie leur ignorance, Lui qui a proféré cette terrible
menacé : Parce que tu as rejeté la science, Je te rejetterai et tu ne
seras pas mon prêtre (6).
Si jamais dans le passé il fut nécessaire à un
prêtre d’être instruit, cette nécessité est bien plus pressante à notre
époque ; de nos jours, en effet, la science est si indispensable et si
étroitement mêlée à la vie courante que chacun prétend agir au nom de la
science ; les ignorants eux-mêmes l’affirment, étant en général d’autant
plus prétentieux qu’ils sont moins compétents, Il nous faut donc déployer tous
nos efforts pour adjoindre à notre foi toutes les connaissances qui lui peuvent
servir d’escorte et d’appui ; en réunissant leurs clartés, on fera briller
aux yeux de tous la beauté de la vérité révélée et l’on dissipera sans peine
les objections insidieuses qu’une prétendue science accumule contre nos dogmes.
Notre foi, suivant la très heureuse formule de
Tertullien, n’a qu’un seul désir : « Ne pas être condamnée par qui ne
la connaît pas (7) ». Que l’on se souvienne aussi de ces paroles de saint
Jérôme : « La sainteté jointe à l’ignorance ne profite qu’à
elle-même ; autant, par le témoignage d’une vie vertueuse, elle édifie
l’Église du Christ, autant elle lui nuit quand elle est incapable de repousser
les attaques de ses contradicteurs... C’est la fonction du prêtre de répondre
sur la foi quand on l’interroge (8) ». il appartient au prêtre, séculier
ou régulier, non seulement de répandre la doctrine catholique, mais aussi de la
mettre à la portée des esprits et d’en prendre la défense. Elle renferme en
elle-même tous les arguments propres à convaincre et à réfuter les
adversaires ; plus encore, pour peu qu’elle soit exposée avec clarté, elle
ne peut pas ne pas attirer à elle les esprits libres de préjugés. C’est ce qui
n’avait pas échappé aux docteurs du moyen âge : sous la direction de
Thomas d’Aquin et de Bonaventure, ils travaillèrent de toutes leurs forces à
acquérir une très vaste culture théologique puis à la communiquer autour d’eux.
Au surplus, l’application de l’esprit, de ses
ressources et de ses forces, que les membres de vos Instituts apporteront à ces
études, les mettra à même de puiser plus abondamment aux sources de la vie
religieuse, comme de soutenir avec éclat la dignité de leur éminente condition.
Quiconque, en effet, s’adonne aux sciences sacrées entreprend une tâche qui
exige un sérieux labeur, des efforts et des sacrifices, une tâche qui répugne à
la paresse et à l’oisiveté, mère et maîtresse d’une multitude de maux
(9). Mais la concentration intellectuelle nécessaire aux études nous accoutume
à ne rien décider précipitamment, à ne rien accomplir sans réflexion ;
plus encore, elle nous permet de refréner bien plus facilement des passions qui
entraînent vite au pire et précipitent dans l’abîme des vices quiconque néglige
de les dominer à temps. Saint Jérôme écrit à ce sujet : « Aimez la
science des écritures, et vous n’aimerez pas les vices de la chair (10)… La
connaissance des l'écritures enfante les vierges (11) ».
Un autre motif pour les religieux de s’adonner
à ces études est la conscience du devoir auquel l’astreint sa vocation, qui est
de chercher la perfection.
Personne ne peut accomplir d’efforts efficaces
vers la perfection ni être sûr de l’atteindre, s’il ne pratique la vie
intérieure ; or, où trouvera-t-on, pour nourrir et développer cette vie,
des aliments plus abondants que dans les sciences sacrées ? En effet, la
contemplation habituelle et quotidienne de ces dons merveilleux de la nature et
de la grâce, répandus par le Dieu tout-puissant avec tant de largesse dans
l’univers et dans chacune des créatures humaines, donne un caractère religieux
Pour que les jeunes religieux ne travaillent
pas en vain dans ce champ immense des sciences humaines et divines, ils devront
avant tout entretenir en eux l’esprit de foi ; s’ils le laissaient
s’affaiblir, ils ne pourraient plus — comme si leur regard s’était voilé —
pénétrer les vérités surnaturelles. Il n’est pas d’une moindre importance pour
eux d’étudier avec une intention droite : « Il en est qui veulent
savoir — remarque saint Bernard — uniquement pour savoir, et c’est une honteuse
curiosité ;… il en est de même qui veulent savoir afin de vendre leur
science pour de l’argent, pour des honneurs, et c’est un honteux profit ;
mais il en est qui veulent savoir pour édifier le prochain, et c’est de la
charité ; il en est enfin qui veulent savoir pour s’édifier eux-mêmes, et
c’est de la prudence (12) ». Dans leurs études, vos jeunes gens se
proposeront donc uniquement de plaire à Dieu et de retirer de leurs travaux,
pour eux-mêmes et pour le prochain, la plus grande somme possible de profit
spirituel.
La science sans la vertu présente plus
d’inconvénients et de périls que de véritable utilité. D’ordinaire, en effet,
ceux qui sont orgueilleux de leur science perdent la foi et se précipitent en
aveugles dans la mort spirituelle. Les jeunes devront faire des efforts
soutenus pour que la vertu d’humilité, nécessaire à tous, mais plus
particulièrement aux étudiants, les pénètre jusqu’à la moelle ; ils se
souviendront que Dieu seul est souverainement sage par soi-même ; les
connaissances que l’homme peut acquérir, si considérables soient-elles, ne sont
rien en comparaison de tout ce qu’il ignore. Écoutez les belles paroles de
saint Augustin : « La science nous enorgueillit, dit l’Apôtre. Eh
quoi ! Allez-vous être obligés de fuir la science et de choisir l’ignorance
pour éviter l’orgueil? Alors, pourquoi vous adressé-je la parole, si
l’ignorance vaut mieux que la science ?... Aimez la science, mais préférez la
charité. La science enorgueillit si elle est seule. Mais comme la charité
édifie, elle ne permet pas à la science de nous enorgueillir. Aussi, là où la
science enorgueillit, c’est que la charité n’édifie point ; là où la
charité accomplit son œuvre d’édification, elle affermit la science ».
Si donc vos étudiants imprègnent leurs travaux
de l’esprit de charité et de piété, source et fondement des autres vertus,
comme d’un aromate qui écarte le péril de corruption, ils seront eux-mêmes,
sans aucun doute, en raison des richesses de leur doctrine, plus agréables à
Dieu et plus utiles à l’Église.
1. Cf. ci-dessus n. 353 et
suivants.
2. AAS 16 (1924), p. 133-148.
Trad. du latin dans DC. XI (1924), C. 963-975.
3. Malachie, 2, 7.
4. 1 Rois, 2, 3.
5. Matthieu. 5, 13-14.
6. Osée, 4, 6.
7. Apol. 1.
8. Epist., 53 ad Paulin.
9. Ecclésiastique, 33, 28.
10. Epist., 125 (al. 4) ad Rust.
11. Comm. in Zach. 1, 2, c. 10.
12. In Cant., Sermo 36, 3. Migne, PL. 183,
968.
Les prêtres français ne sauraient oublier les grands exemples de sainteté sacerdotale laissés par tant de leurs devanciers. Par la voix de Pie XI, l'Église les invite à prendre deux nouveaux saints de France pour guides et modèles de leur vie sacerdotale (1).
Nous n'avons pas ici — le sujet, d'ailleurs, est trop connu — à dépeindre longuement leurs exemples de vertus et le cours de leur vie. Mais il Nous semble voir se dresser devant Nos yeux la frêle silhouette de Jean-Marie Vianney : cette tête aux longs cheveux blancs qui lui font comme une éclatante couronne ; ce mince visage creusé par les jeûnes, mais sut lequel se reflétaient si bien l'innocence et la sainteté d'un cœur très humble et très doux, ce visage dont le seul aspect suffisait à ramener les foules a de salutaires pensées.
Et qui donc — si enfoncé fût-il dans le péché — qui donc sut résister à ses exhortations et à ses larmes ? Et ses instructions du soir — bien que prononcées la plupart du temps d'une voix éteinte — à qui donc n'ont-elles pas inspiré 1er repentir et l'amour du Christ ? Assurément, voilà bien où éclate d'une façon merveilleuse l'action de l'Esprit-Saint (2) ; car Il est le seul qui puisse d'un homme dépourvu de science et sans culture, faire le plus expert des pêcheurs d'hommes.
C'est un champ à coup sûr beaucoup plus large qui s'offrit au zèle ardent de Jean Eudes. Sa voix retentit par toute la France, voix très éloquente d'un héraut des vérités éternelles ; et innombrables sont les proies qu'il sut arracher à l'antique ennemi du genre humain pour les rendre au divin Rédempteur.
... C'est assez dire Notre vif désir de voir le clergé arrêter ses regards sur les deux nouveaux saints et en imiter les exemples. L'un est particulièrement proposé en modèle aux curés, fût-ce même des plus humbles hameaux : ils apprendront près de lui avec quel zèle de la gloire divine, avec quel esprit de prière et l'aide de quelles vertus ils doivent porter la charge des âmes (3). L'autre sera le modèle des prédicateurs et des missionnaires : ils comprendront à son école que leur éloquence ne doit pas être celle qui chante aux oreilles, mais celle qui gagne les cœurs au Christ. A l'exemple; de l'un et de l'autre, tous se souviendront que, dans les labeurs de leur apostolat, il ne doit y avoir de repos pour eux qu'après leur départ d'ici-bas, dans le très doux baiser du Christ, Prince des Pasteurs.
1. AAS XVII (1915),
p. 223-225. Trad. du latin dans DC 14 (1925). c. 970-975.
2. Cette canonisation eut lieu en la fête de la
Pentecôte. Le début de l'Homélie célébrait l'inépuisable fécondité des dons du
Saint-Esprit.
3. Peu après la Béatification du curé d'Ars, S. Pie X l'avait
proclamé Patron des curés de France. (Cf. ci-dessus n° 33 a). En
1929, Pie XI étendit à tous les curés de l'univers la protection
du nouveau saint : « Nous accordons cette faveur, est-il dit dans le Bref,
afin qu'elle demeure à l'avenir comme un perpétuel mémorial de Notre jubilé
sacerdotal... et afin de promouvoir le bien spirituel des curés de tout
l'univers ». (Bref du 23 avril 1929. — Cf. DC 21. (1929), c. 1325).
Pie XI poursuit, par cette Encyclique (1),
l’œuvre entreprise par Benoît XV qui, dans la Lettre Apostolique Maximum Illud, avait tracé la
voie, dit-il, « avec tant de sagesse et d’élévation qu’on ne saurait le
dépasser ». L’Encyclique comprend deux parties. Dans la première, le Pape
s’adresse au clergé et aux fidèles des terres d’ancienne chrétienté et il
demande à chacun de ses fils d’avoir l’esprit missionnaire et de faire
son devoir missionnaire ; dans la seconde, il se tourne vers les
pays de mission pour donner à l’apostolat missionnaire une impulsion
décisive, concernant en particulier le clergé indigène. Les passages suivants
sont empruntés à la première partie de l’Encyclique (2).
L'Eglise, en effet, a pour unique mission d’amener
tous les hommes à participer au salut de la Rédemption en étendant le royaume
du Christ à la terre entière. Quel que soit donc, par la volonté de Dieu, le
représentant en ce monde de Jésus, Prince des pasteurs, il ne doit pas se
borner à défendre et à conserver le troupeau dont le Seigneur lui a confié la
direction ; il manquerait au principal de ses devoirs s’il ne s’efforçait,
par tous les moyens en son pouvoir, de gagner au Christ ceux qui vivent loin de
Lui, d’incorporer à l’Église ceux qui Lui sont étrangers.
… En vérité, tant que la Providence divine Nous
conservera un souffle de vie, cette partie de Notre charge apostolique sera
pour Nous un objet d’anxieuses et continuelles préoccupations ; que de
fois, à la pensée des païens qui sont au nombre d’un milliard, Notre esprit
ne trouve plus de repos (3) ; Nous croyons Nous-même entendre cette
voix cinglante : Crie, ne t’arrête point, fais retentir ta voix comme
une trompette (4).
Vivre dans le bercail du Christ sans avoir
aucun souci de ceux qui errent misérablement au dehors serait si contraire à la
charité que nous devons avoir envers Dieu et envers tous les hommes, qu’il est
inutile d’en faire une longue démonstration.
L’amour de Dieu, qui s’impose à nous comme un
devoir, demande en effet que, dans la mesure de nos forces, nous augmentions le
nombre de ceux qui Le connaissent et L’adorent en esprit et en Vérité
(5) ; mais, plus encore, que nous soumettions à l’empire de notre très
aimant Rédempteur le plus grand nombre d’hommes possible, afin que l’utilité
de son Sang (6) s’accroisse de jour en jour et que nous Lui plaisions de
plus en plus, car rien ne peut Lui être plus agréable que de voir les hommes
se sauver et parvenir à la connaissance de la vérité (7).
Le Christ a proclamé que ses disciples auraient
pour trait particulièrement distinctif de s’aimer les uns les autres (8) ;
or, pouvons-nous témoigner à notre prochain une charité plus grande et plus
remarquable qu’en l’arrachant aux ténèbres de la superstition et en
l’instruisant de la véritable foi du Christ ? Ce mode de charité surpasse les
autres œuvres et manifestations de la charité autant que l’esprit l’emporte sur
la matière, le ciel sur la terre, l’éternité sur le temps. S’acquitter, dans la
mesure de ses moyens, d’une pareille œuvre de charité, c’est prouver qu’on
estime à Sa juste valeur le don de la foi ; transmettre ce don, le plus
précieux de tous, et tous les biens qui l’accompagnent, aux infortunés païens,
c’est encore témoigner de sa reconnaissance envers la bonté divine (9).
A ce devoir aucun fidèle ne peut se dérober,
Que dire alors des membres du clergé qui, par le fait d’un choix admirable et
d’une grâce étonnante, participent au sacerdoce et à l’apostolat du Christ
Notre Seigneur ?
Que dire de vous-mêmes, Vénérables Frères,
élevés à la plénitude du sacerdoce et vous trouvant, de par la volonté divine,
chacun dans votre diocèse, à la tête du clergé et du peuple chrétiens ? Ce
n’est pas seulement à Pierre, dont Nous occupons la chaire, mais à tous les
Apôtres auxquels vous succédez, que Jésus-Christ, comme nous le lisons, a donné
ce commandement : Allez par le monde entier prêcher l’Évangile à toute
créature (10). D’où il suit que le soin de propager la foi Nous incombe,
mais que vous Nous devez, sans aucun doute, votre collaboration et votre
assistance, dans la mesure que permet l’accomplissement de vos propres devoirs.
Ainsi donc, Vénérables Frères, qu’il ne vous en coûte pas de suivre fidèlement
Nos paternelles exhortations, car en une matière de si grande importance, nous
devrons un jour à Dieu un compte rigoureux.
Et tout d’abord, par la parole et par la plume,
travaillez à introduire dans votre peuple et à développer progressivement
l’habitude de prier le Maître de la moisson pour qu’Il envoie des ouvriers
dans sa moisson (11), et aussi d’invoquer pour les infidèles les secours de
la lumière et de la grâce célestes. Nous avons dit l’habitude, c’est-à-dire un
usage durable et ininterrompu ; de toute évidence, ces prières habituelles
seront beaucoup plus puissantes sur le cœur de Dieu que des prières prescrites
une fois ou de temps en temps Les missionnaires auront beau se dépenser pour
amener les païens à la religion catholique, répandre leur sueur et même leur
sang ; ils auront beau faire appel à tout leur savoir, à toute leur
habileté, à tous les moyens humains Si la grâce de Dieu ne touche les cœurs des
infidèles pour les ouvrir et les attirer vers Lui, les hérauts de l’Evangile
n’obtiendront rien, tous leurs efforts n’aboutiront qu’au néant.
Mais la faculté de prier étant le partage de
tous, il est naturellement au pouvoir de tous de donner aux missions ce
secours et en quelque sorte cet aliment.
… Et cependant, d’immenses espaces ne sont pas
encore ouverts à la civilisation chrétienne ; des populations innombrables
restent privées jusqu’ici des bienfaits de la Rédemption ; les
missionnaires, à cause de leur insuffisance numérique, se débattent au milieu
des difficultés et se heurtent aux obstacles, Il faut donc que les évêques et
tous les catholiques, dans un effort unanime, travaillent à augmenter et
multiplier l’effectif des missionnaires.
Et si, dans votre diocèse, des jeunes gens, des
clercs, des prêtres semblent attirés par Dieu vers cet apostolat sublime, loin
de leur faire obstacle en quelque manière, encouragez de votre bienveillance et
de votre autorité leurs dispositions et leur zèle. Sans doute, vous pouvez
rechercher en toute impartialité si l’esprit qui les pousse vient de Dieu
(12) ; mais si vous jugez que cette vocation excellente a pris son origine
en Dieu et s’est développée sous son influence, ne vous laissez arrêter ni par
le petit nombre de vos clercs ni par les nécessités de votre diocèse ;
qu’aucune considération ne vous décourage ni ne vous détourne de donner votre
consentement. Car vos fidèles ont, pour ainsi dire, à portée de la main les
instruments de la grâce ; ils se trouvent bien moins éloignés du salut que
les païens, ceux surtout qui sont encore plongés dans une sauvage barbarie.
Supportant de bon cœur, à l’occasion, la perte d’un de vos clercs, vous en
ferez le sacrifice par amour pour le Christ et les âmes. Mais est-ce vraiment
une perte ? A l’adjoint, au collaborateur que vous perdez, le divin Fondateur
de l'Eg1ise suppléera certainement en répandant une plus abondante effusion de
grâces sur votre diocèse ou en suscitant pour le saint ministère de nouvelles
vocations.
Mais afin de pouvoir développer cette action en
faveur des missions tout en vaquant à vos autres devoirs pastoraux, établissez
auprès de vous l’Union Missionnaire du Clergé ; si elle existe déjà, que
vos conseils autorisés, vos exhortations la rendent chaque jour plus active.
Cette Union a été, providentiellement fondée, voici huit ans, par Notre
Prédécesseur immédiat, qui l’a enrichie de nombreuses indulgences et l’a placée
sous la juridiction de la S. Congrégation de la Propagande. Nous-même qui, en
ces dernières années, l’avons vue se répandre dans un très grand nombre de
diocèses catholiques, l’avons honorée de la bienveillance pontificale.
Tous les prêtres qui en font partie — et les
élèves des grands séminaires qui y sont affiliés dans des conditions propres à
leur situation — ont pour objectif de solliciter, de préférence au cours de la
sainte messe, le don de la foi pour l’innombrable multitude des païens, et
d’encourager les fidèles à la même prière ; en toute occasion et en tout
lieu, ces prêtres enseignent au peuple les moyens de promouvoir l’apostolat
auprès des infidèles ; ils organisent des réunions périodiques pour
travailler en commun et efficacement à cette œuvre ; ils diffusent sur ce
sujet des brochures de propagande ; s’ils découvrent chez des jeunes
d’heureux signes de vocation missionnaire, ils s’emploient à leur faciliter les
moyens de recevoir une instruction et une éducation convenables ; dans les
limites de leurs diocèses, ils secondent de toutes manières l’œuvre de la
Propagation de la Foi et ses deux œuvres auxiliaires (13).
… Il faut souhaiter qu’il n’y ait plus un seul
clerc en qui ne brûle cette flamme de la charité pour l’apostolat missionnaire.
1. AAS 18 (1926), p. 65-85.
Trad. du latin dans DC 15 (1926), C. 1411-1426.
2. AAS 18 (1926), p. 303-307.
3. 2 Corinthiens, 7, 5.
4. Isaïe, 58, 1.
5. Jean, 4, 24.
6. Psaume 29, 10.
7. 1 Timothée, 2, 4.
8. Cf. Jean 13, 35 ; 15,
12.
9. Cf. ci-dessous n. 553.
10. Marc,16, 5.
11. Matthieu, 9, 38.
12. 1 Jean, 4, 1.
13. Cf. Motu Proprio Decessor Noster, du 24 juin 1929,
établissant la coordination des trois œuvres pontificales. (AAS 21 (1929), p.
342-345).
L’encyclique rappelle aux chrétiens le devoir —
trop méconnu et pourtant si nécessaire de nos jours — de l’expiation et de la
réparation pour les péchés du monde. La page citée ici précise ce que doit être
notre participation au Sacrifice du Christ. Elle s’adresse très
particulièrement aux prêtres, ministres du Sacrifice eucharistique (1) .
La surabondante Rédemption du Christ nous a
fait remise de toutes nos fautes (2). Cependant, par une admirable disposition
de la Sagesse divine, nous devons compléter dans notre chair ce qui manque aux
souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Église (3). Aussi bien, aux
louanges et aux réparations « dont le Christ s’est acquitté envers Dieu au
nom des pécheurs », pouvons-nous, et même devons-nous, ajouter encore nos
louanges et nos expiations. Mais nous ne devons lamais l’oublier, toute la
vertu d’expiation découle uniquement du sacrifice sanglant du Christ, qui se
renouvelle sans interruption d’une manière non sanglante sur nos autels, car
« c’est toujours une seule et même victime, c’est le même qui S’offre
maintenant par le ministère du prêtre et qui S’offrit jadis sur la croix ;
seule la manière d’offrir diffère (4) ».
C’est pour cette raison qu’au très saint
Sacrifice eucharistique les ministres et le reste des fidèles doivent joindre
leur propre immolation, de manière à s’offrir eux aussi comme des hosties
vivantes, saintes, agréables à Dieu (5). Bien plus, saint Cyprien ne craint
pas d’affirmer que « le sacrifice du Seigneur n’est pas célébré avec la
sainteté requise si notre propre oblation et notre propre sacrifice ne correspondent
pas à sa Passion (6) ». Pour cette raison encore, l’Apôtre nous exhorte à porter
dans notre corps la mort de Jésus (7), à nous ensevelir avec Jésus et nous
greffer sur Lui par la ressemblance de sa mort (8), — non seulement en
crucifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises (9), en fuyant la
corruption de la concupiscence qui règne dans le monde (10), mais encore en
manifestant la vie de Jésus dans nos corps (11) — enfin à offrir, unis à
son éternel sacerdoce, des dons et des sacrifices pour nos péchés (12).
A ce sacerdoce mystérieux et à cette mission de
satisfaire et de sacrifier ne participent pas seulement les ministres choisis
par notre Pontife, le Christ Jésus, pour l’oblation immaculée qui se doit faire
en son Nom divin depuis l’Orient jusqu’à l’Occident (13), mais encore le peuple
chrétien tout entier, appelé à bon droit par le Prince des Apôtres race
élue, sacerdoce royal (14) ; car tant pour eux-mêmes que pour le genre
humain tout entier, les fidèles doivent concourir à cette oblation pour les
péchés (15), à peu près de la même manière que tout prêtre et pontife choisi
parmi les hommes est établi pour les hommes en ce qui concerne les choses de
dieu (16).
Plus notre oblation et notre sacrifice
ressembleront au sacrifice du Christ, — autrement dit plus parfaite sera
l’immolation de notre amour-propre et de nos convoitises, plus la crucifixion
de notre chair se rapprochera de cette crucifixion mystique dont parle l’Apôtre,
— et plus abondants seront les fruits de propitiation et d’expiation que nous
recueillerons pour nous et pour les autres. Car entre les fidèles et le Christ
il existe une admirable relation, semblable à celle qui relie la tête aux
divers membres du corps ; et de même, par cette mystérieuse communion des
saints que professe notre foi catholique, les hommes et les peuples sont unis
non seulement entre eux, mais encore avec Celui-là même qui est la tête, le
Christ. C’est de Lui que tout le corps, coordonné et uni par le lien des
membres qui se prêtent un mutuel secours et dont chacun opère selon sa mesure
d’activité, grandit et se perfectionne dans la charité (17).
C’est la prière qu’avant de mourir le Christ Jésus, médiateur entre Dieu et les
hommes, adressait Lui-même à son Père : Que Je sois en eux, et
Vous en Moi, afin qu’ils soient parfaitement un (18).
1. AAS 20 (1928), p. 165-178.
Trad. du latin dans SVS, p. 8o-85.
2. Cf. Colossiens, 2, 13.
3. Cf. Colossiens, 1, 24.
4. Concile de Trente, sess.
22, c. 2.
5. Romains, 12, 1.
6. S. Cyprien, Epist. 43, Cv.
3, 2, p. 708, 8-11. Migne, PL. 4. 381.
7. 2 Corinthiens, 4, 10.
8. Cf. Romains, 4, 4-5.
9. Cf. Galates, 5, 24.
10. 2 Pierre, 1, 4.
11. 2 Corinthiens, 4, 10.
12. Hébreux, 5. 1.
13. Cf .Malachie 1,11.
14. 1 Pierre, 2, 9.
15. Cf. Hébreux , 5, 2.
16. Hébreux, 5, 1
17. Ephésiens, 4, 15-16.
18. Jean, 17, 23.
Pie XI eut souvent l’occasion de s’adresser à des auditoires de séminaristes et de leur prodiguer ses conseils (1). Ceux-ci se résument d’ailleurs en peu de points, répondant aux préoccupations majeures du Pontife on les trouve pour ainsi dire ramassés en quelques pages dans l’allocution que Pie XI prononça, en la circonstance plus solennelle de son Jubilé sacerdotal, devant un auditoire plus important que de coutume (2). Ce texte, publié d’après l’Osservatore Romano, a conservé toute la spontanéité du style oral. On se souviendra toutefois, en le lisant que chacune des consignes données ici par le Pape fut déjà, et sera encore dans la suite du Pontificat, l’objet des mêmes instantes recommandations (3).
Voici la première consigne une consigne de piété, de cette piété qui avant tout est perfection, de cette reine de toutes les vertus, pour ainsi dire, qu’est la vertu de religion. Qu’une telle piété vous rende parfaits dans vos rapports avec Dieu même, qu’elle vous établisse vis-à-vis de Lui dans une attitude vraiment filiale. On appelle filiale la piété que l’on nourrit envers son père et sa mère voilà précisément ce qui convient avec Dieu ; il faut le traiter comme un Père, un Père infiniment grand, infiniment bon, et agir avec une confiance pleine d’un immense respect et d’une tendresse sans limite. Soyez pieux envers Dieu avant tout, et que votre piété vous fasse désirer d’être toujours plus et toujours mieux de vrais prêtres dans la sainte Eglise de Dieu ; non pas des fonctionnaires, ni des employés, mais des fils, de vrais fils pleins d’affection, de dévouement et de tendresse envers leur Père.
Et puis, vous avez aussi une Mère vers laquelle il faut faire monter le parfum et l’ardeur de votre piété; c’est cette antique, vénérable, magnifique Mère romaine, cette Mère de toutes les églises, la sainte Eglise de Rome (4). D’une telle Mère, vous devez être les fils toujours dévoués, toujours prêts à répondre à tout appel. des fils qui toujours soient pour son cœur une gloire et un réconfort. Saint Pierre dit : Si toutefois vous goûtez combien doux est le Seigneur (5). Les séminaristes, eux aussi, ont vu, goûté, admiré combien elle est belle, cette Mère sainte, dans ses basiliques, dans ses catacombes, dans ses monuments, dans son atmosphère de foi, de sainteté, de martyre, de divinité quiconque a vu et goûté tout cela ne peut pas ne pas nourrir envers cette Mère bénie les élans de la plus tendre piété.
Enfin, auprès de cette Mère, il y a un Père, ce Père que vous êtes venus visiter à l’heure où sonnent pour lui les heures les plus solennelles de sa vie, afin de partager les joies et les actions de grâces de son Jubilé sacerdotal. Ce Père, il est le Vicaire de Jésus-Christ. Et vous devez toujours l’entourer d’une piété filiale qui vous dispose à son égard, non seulement à une exacte obéissance, mais plus encore à une obéissance pleine de cœur, désireuse d’étudier la pensée paternelle pour la comprendre toujours mieux et l’exécuter avec une fidélité toujours plus parfaite et affectueuse (6).
En un mot, une triple consigne de piété envers Dieu, envers l’Église romaine et envers le Pape qu’elle soit toujours le trésor inestimable du cœur sacerdotal.
Consigne de piété, mais aussi consigne de science. Élèves du sanctuaire, vous qui vous acheminez vers les sommets du sacerdoce, comment ne vous souviendriez-vous pas de cette parole si redoutable : Parce que tu as rejeté la science, je te rejetterai et tu ne seras pas mon prêtre (7) L’amour de la science y est inculqué avec toute la force imaginable ; on dirait, bien plus, on doit dire, que cette parole fut écrite pour tous les prêtres. Il faut aimer la science, parce qu’aimer la science, c’est aimer la vérité, c’est aimer le rayon qui vient tout droit du Cœur de Dieu : Dieu est vérité... je suis la vérité (8) Il s’agit surtout ici de la science du sacerdoce, qui vous rende capables de le comprendre et d’en remplir les fonctions. Le prêtre est établi pour les choses qui regardent Dieu (9). Il s’agit donc avant tout de la science des choses de Dieu, de la science de Dieu et de ce qui concourt davantage au profit et au salut des âmes; science qui seule peut faire les vrais sauveurs des âmes, les « coopérateurs »du Christ dans la rédemption du monde (10).
Consigne de science : de science divine d’abord, mais aussi de toutes les sciences, de toutes les précieuses nourritures qui, à quelque titre que ce soit, peuvent vous être offertes : Ne laisse échapper aucune parcelle du don précieux (11). On verra ensuite comment tout orienter à l’utilité des âmes. Que de fois il suffit au salut d’une âme d’un peu de ce prestige que confère nécessairement un peu de culture, ou de ce qu’on est convenu d’appeler la science ! Que de fois quelque compétence dans les sciences profanes peut concourir de façon admirable à l’honneur de la science sacrée et à son bénéfice ... Recueillez les trésors de science que vous pouvez, tous les trésors, même au prix de sacrifices. Vous verrez plus tard en mille circonstances de la vie, quand vous serez vraiment dans l’apostolat, vous verrez combien tout peut admirablement servir non des buts de vaine gloire humaine ou de vanité, mais les fins du ministère divin et du salut des âmes.
Consigne de piété, consigne de science ; mais aussi une consigne qui unit la science et la piété. Dès maintenant votre piété doit être par-dessus tout, en tout et toujours, une piété éminemment eucharistique. Comment ne le serait-elle pas ? Appelés à être les anges de l’autel et du tabernacle, à vous nourrir et à nourrir les autres de la Chair et du Sang du divin Agneau, serviteurs du tabernacle, que serait votre vie si elle n’était eucharistique ? Et comment le sera-t-elle, si dès maintenant vous ne faites pas de la sainte Eucharistie le principal objet de votre piété ? Pour pouvoir comprendre tous les trésors d’immense bonté, toutes les douceurs réunies dans le divin Sacrement, vous devez dès maintenant faire de celui-ci l’objet de votre méditation, et proprement de votre étude, de votre science théologique. Alors, votre piété sera vraiment eucharistique, si eucharistique est aussi votre science. Un grand théologien disait (12) : « J’aime la théologie où abonde l’ascétique ; j’aime l’ascétique où abonde la théologie » ; mais théologie et ascétique dans lesquelles le thème principal, la lumière qui illumine tout, soit le divin Sacrement de l’Eucharistie (13)
Et maintenant voici une autre consigne, qui s’impose à un titre particulier : une consigne de pureté. Elle convient à qui doit continuellement se nourrir de la Chair de l’Agneau qui se repaît parmi les lis (14). Pureté divine dont l’Eglise — comme nous le proclamons chaque jour dans nos prières et nos chants — s’ étonne qu’elle n’ait pas eu horreur même de l’ineffable pureté de la Vierge Marie : Non horruisti Virginis uterum (15). Que dirons-nous alors de notre pureté ? Quelle pureté sera assez grande, pour ceux qui sont destinés à être ministres de la divine Eucharistie ? Consigne de pureté ; qu’elle soit angélique comme est angélique et plus qu’angélique le ministère auquel vous êtes appelés par Dieu Consigne de pureté : elle est en effet nécessaire non seulement pour la piété mais aussi pour la science, vu qu’il est écrit : La sagesse n’entre pas dans une âme qui médite le mal et elle n’habite pas dans un corps esclave du péché (16). La science est un reflet de la très pure lumière divine, elle est un parfum qui ne peut se conserver dans la boue. Consigne de pureté : pureté intellectuelle, pureté d’esprit, pureté de cœur, pureté de toute la vie, de toutes les oeuvres, de toute l’existence, comme il convient à qui se tient non seulement sous le regard de Dieu, mais proche du Cœur de Dieu.
Oui, consigne de pureté et, pour finir, consigne d’humilité. Tout nous invite à cette vertu fondamentale, cette base, comme on l’appelle, de tout l’édifice spirituel (17). Si nous ne sommes pas de tout petits enfants vis-à-vis de notre Père divin, si, dans un moment de folie, nous nous croyons autre chose qu’un rien devant Lui, comment aurons-nous place dans sa maison ? Humilité d’esprit et humilité de cœur, même au service de la science, parce que ce n’est pas nous qui mesurons la vérité, mais c’est la vente qui nous mesure tous inexorablement. C’est la première disposition pour pouvoir correspondre aux exigences et aux conditions de la vérité. Malheur à l’esprit arrogant, il ne pourra trouver grâce devant la vérité et il tombera dans les ténèbres ou dans la fange, ou dans les deux ensemble (18).
Consigne d’humilité également
pour une raison de nécessité tirée du ministère et des fonctions auxquels vous
êtes appelés dans la sainte Eglise de Dieu. Appelés, en effet, à être
coopérateurs des évêques, et du Christ Lui-même, dans la rédemption des âmes,
vous ne pourrez absolument pas l’être sans l’humilité du cœur et de l’esprit
qui fait de chacun de vous des instruments dociles, généreux et dévoués, entre
les mains de vos pasteurs. Seule l’humilité fera trouver les voies de
l’obéissance et de la discipline; de cette obéissance si nécessaire qu’on
dirait que le divin Maître n’eut rien d’autre à enseigner. La majeure partie de
la vie-de Jésus sur la terre est renfermée en ces mots : Il leur était
soumis (19) ; oui, soumis, obéissant, comme s’Il devait enseigner cela
avant tout et par-dessus tout. Sans l’humilité, il n’est pas possible de
trouver les voies de cette obéissance, grâce à laquelle les prêtres, dans leur
action, regardent non aux conditions et à l’humilité du travail, mais aussi aux
espérances des biens infinis.
1.
On peut consulter sur ce point : EC. N° 1434 à 1510 : « Pii Pp XI
fel. regn. Sermones ». — Voir aussi : Le Saint-Siège et le Séminaire
français de Rome. Lettre et Allocutions Pontificales, p. 107 et suivantes.
2.
Texte original italien dans EC., N° 1465-1469. Cf. OR. du 27 juillet 1929.
3.
Cf. EC., N° 1434 et 1442.
4.
En des termes semblables, le Pape exhortait le 16 juin 1928 les élèves du
Séminaire français à faire honneur à leur « grande, vieille mais toujours
jeune Mère l’Église romaine ». (Le Saint-siège et le Séminaire français,
p. 222).
5.
1 Pierre, 2, 3.
6.
Cf. Allocution du 25 mars 1927. OR. du 27 mars 1927.
7.
Osée, 4, 6.
8.
1 Jean, 5, 6 ; Jean, 14, 6.
9.
Hébreux , 5 , 1.
10.
Cf. 1 Corinthiens, 3, 9 et 4, 1 ; Ephésiens, 3, 7.
11.
Ecclésiastique, 14, 24.
12.
Cardinal Franzelin.
13.
Cf. Allocution du 10 juillet 1923 aux étudiants du Séminaire romain (EC., N°
1441).
14.
Cantique. 2, 16.
15.
Te Deum.
16.
Sagesse, 1, 4.
17.
Cf. S. Augustin, Sermo 69, 1, 2. Migne. PL. 38, 441.
A l’exemple de Pie X qui, lors de son Jubilé
sacerdotal, adressa au clergé catholique l’Exhortation Haerent animo, Pie XI veut
instamment recommander aux prêtres et aux fidèles, à l’occasion du
Cinquantenaire de son ordination, la pratique des exercices spirituels, qu’il
désire vivement, dit-il, voir se répandre de jour en jour dans le clergé
séculier et régulier. L’Encyclique est adressée à tous les fidèles, et non aux
seuls prêtres ; mais il est indéniable que, dans la pensée pontificale,
ceux-ci doivent en être les premiers bénéficiaires (1).
Les exercices spirituels nous obligent à un
effort pour contrôler attentivement nos pensées, paroles et actions, et
descendre ainsi en quelque sorte au fond de nous-mêmes. Or, cet effort est un
excellent entraînement pour nos facultés. Dans ce remarquable champ d’exercices
pour l’esprit, l’intelligence s’habitue à mûrir les questions et à les peser
avec Justesse, la volonté s’affermit, les passions subissent la contrainte et
la maîtrise de la raison, les actions humaines, par une profonde réflexion, se
conforment de fait à un idéal clairement conçu, l’âme retrouve aussi sa
noblesse et sa dignité premières, comme le déclare saint Grégoire, Pape, en une
élégante comparaison de son Pastoral : « Comme l’eau, l’esprit
humain, endigué, s’élève vers le ciel, parce qu’il recherche le lieu d’où il
descend ; mais abandonné, il se perd, parce qu’il se répand inutilement
dans les bas fonds (2) ».
Les exercices spirituels ont donc une
extraordinaire efficacité pour perfectionner les faculté naturelles de l’homme,
mais aussi et surtout pour former l’homme surnaturel et chrétien. A notre
époque, où le véritable esprit du Christ et les idées surnaturelles qui sont le
tout de notre sainte religion, rencontrent tant de contradictions et
d’obstacles, alors que partout règne le naturalisme qui affaiblit la fermeté de
la foi et éteint les flammes de la charité chrétienne, il importe au plus haut
point que l’homme se soustraie à la fascination de la frivolité qui
obscurcit le bien (3), et qu’il se cache dans une bienheureuse retraite.
Là, sous la conduite du Maître céleste, il se
fera une juste idée du prix de la vie humaine, qui réside uniquement dans le
service de Dieu ; il prendra en horreur le péché et ses hontes ; il
concevra une salutaire crainte de Dieu ; il verra clairement, comme si un
voile tombait de devant ses yeux, la vanité des choses terrestres ; touché
par les avertissements de Celui qui est la voie, la vérité et la vie
(4), il se dépouillera du vieil homme (5), il se renoncera lui-même et, par
l’humilité, l’obéissance, la mortification volontaire, il revêtira le Christ
(6) et tendra à devenir homme parfait, atteignant la mesure de la
stature parfaite du Christ (7), dont parle l’Apôtre ; il fera enfin
tous ses efforts pour en arriver à pouvoir répéter lui aussi avec le même
Apôtre : Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui
vit en moi (8). Graduellement, l’âme s’élève jusqu’à la perfection complète
et s’unit intimement à Dieu, soutenue par la grâce divine, qu’elle demande en
plus grande abondance, durant ces jours, dans la ferveur de ses prières et la
fréquentation plus assidue des saints mystères.
Cette plénitude de vie chrétienne qu’apportent,
comme on le voit, les exercices spirituels, produit, en dehors de la paix
intérieure de l’âme, un autre fruit naturel, qui constitue un immense et
magnifique bienfait pour la société : le zèle pour le salut des âmes ou,
selon l’expression ordinaire, l’esprit apostolique.
C’est un effet propre de la charité d’embraser
l’âme juste, dans laquelle Dieu réside par la grâce, d’un zèle merveilleux pour
faire participer les autres à la connaissance et à l’amour du Bien infini
qu’elle a atteint et qu’elle possède. Or, en notre siècle, dont les besoins
spirituels sont si pressants, alors que les régions lointaines des Missions déjà
toutes blanches pour la moisson (9) réclament de plus en plus instamment
les apôtres dont le concours leur est nécessaire ; alors que nos propres
contrées exigent un corps d’élite de prêtres séculiers et réguliers qui soient
de dignes dispensateurs des mystères de Dieu ; alors que les foules
immenses ont besoin de laïques convaincus qui, étroitement unis à l’apostolat hiérarchique,
assistent le clergé de leur actif dévouement en se donnant aux multiples
travaux de l’Action Catholique ; en un tel temps, Vénérables Frères, Nous
fiant aux enseignements de l’histoire, Nous considérons et glorifions les
maisons d’exercices spirituels comme des cénacles suscités par Dieu. Là, tous
les grands cœurs, soutenus par la grâce divine, illuminés des vérités
éternelles et entraînés par les exemples du Christ, découvrent clairement le
prix des âmes, s’enflamment du désir de les aider, — en quelque état de vie où,
après un sérieux examen, ils croient devoir servir Dieu, — et apprennent aussi
à connaître les ardeurs, les activités, les travaux et les exploits de
l’apostolat chrétien.
Du reste, Notre Seigneur a souvent employé
cette méthode dans la formation des hérauts de l’Évangile. Le divin Maître
Lui-même, à qui il ne suffisait pas d’avoir passé de longues années dans la
retraite de Nazareth, voulut, avant de briller dans sa pleine lumière devant
les foules et de les instruire par sa parole de la doctrine céleste, vivre
durant quarante jours entiers dans les solitudes du désert. Bien plus, au cours
même de ses labeurs évangéliques, Il avait coutume d’inviter également les
Apôtres au silence ami de la retraite : Venez à l’écart dans un lieu
désert, et reposez-vous un peu (10) , et, ayant quitté pour le- ciel cette
terre de misère, Il voulut perfectionner ces mêmes Apôtres et disciples dans le
Cénacle de Jérusalem où, durant six jours, ils persévérèrent unanimement
dans la prière (11) et se rendirent ainsi dignes de recevoir l’Esprit-Saint
: mémorable retraite qui, la première, abrita les exercices spirituels
d’où l’Église sortit riche d’une vigueur et d’une force inaltérables, et où, en
présence et sous le patronage puissant de la Vierge Marie, Mère de Dieu, se
formèrent avec les Apôtres ceux qu’on peut justement appeler les précurseurs de
l’Action Catholique.
Nous exhortons vivement les prêtres du clergé
séculier à se montrer fidèles à l’accomplissement des exercices spirituels, au
moins dans la modeste mesure où le Code de Droit canonique le leur prescrit
(12) ; qu’ils les entreprennent et les poursuivent avec l’ardent désir de
leur perfection, afin d’obtenir cette abondance d’esprit surnaturel qui leur
est souverainement nécessaire pour veiller au bien spirituel du troupeau commis
à leur garde et pour gagner au Christ un riche butin spirituel (13). C’est la
voie qu’ont suivie tous les prêtres brûlants de zèle pour le salut des âmes et
qui ont brillamment conduit clergé et fidèles dans les voies de la
sainteté ; tel, pour citer un exemple récent, le vénérable Joseph Cafasso,
à qui Nous avons décerné Nous-même les honneurs des bienheureux. Ce saint
prêtre eut à cœur d’assister régulièrement aux exercices spirituels pour s’y
exciter davantage, lui-même et les autres ministres du Christ, à la sainteté et
connaître la volonté divine ; c’est à l’issue d’une de ces retraites que,
éclairé d’une lumière d’En-Haut, il indiqua nettement à un jeune prêtre, dont
il était le confesseur, la voie à suivre, voie qui devait mener celui-ci aux
cimes de la sainteté : Nous avons nommé Jean Bosco, dont le nom seul
surpasse tout éloge.
… Que les prêtres de l’un et l’autre clergé ne
considèrent pas comme perdu pour le ministère apostolique le temps passé aux
exercices spirituels. Qu’ils écoutent saint Bernard, qui n’hésitait pas à
écrire au Souverain Pontife, le bienheureux Eugène III, dont il avait été le
maître : « Si tu veux être tout à tous, à l’exemple de Celui qui
s’est fait tout à tous, je loue ta bonté ; mais pourvu qu’elle soit
universelle ! Comment sera-t-elle universelle, si tu t’en exclus? Tu es un
homme, toi aussi ; pour que ta bonté soit donc entière et universelle, que
le sein qui reçoit tout le monde te reçoive aussi ; sinon, à quoi te
servira-t-il de gagner tout le monde, en te perdant toi-même ? Aussi, puisque
tous te possèdent, sois toi-même l’un de ceux qui te possèdent. Veille, je ne
dis pas toujours, mais je dis souvent ou du moins de temps en temps, à te
rendre à toi-même (14) ».
Il Nous reste, Vénérables Frères, pour
sauvegarder le fruit des exercices spirituels que Nous avons vivement loués et
pour en réveiller le souvenir salutaire, à recommander chaudement une pieuse
habitude, qu’on pourrait appeler un bref renouvellement des exercices
spirituels : la retraite mensuelle, ou du moins trimestrielle.
« Nous sommes heureux, dirons-Nous avec Pie X, de constater que cet usage
a été introduit en plusieurs endroits (15) », et qu’il est en faveur
surtout dans les communautés religieuses et chez les prêtres fervents du clergé
séculier.
1. AAS 21 (1929), p. 689-706.
Trad. du latin dans SVS, p. 611-629.
2. S. Grégoire le Grand, Regula past. 3 ad 15. Migne, PL. 78, 73.
3. Sagesse. 4, 12.
4. Jean, 14, 6.
5. Cf. Ephésiens, 4, 22.
6. Cf. Romains, 13, 14.
7. Ephésiens, 4, 13.
8. Galates, 2, 20.
9. Jean, 4, 35.
10. Marc, 6, 31.
11.Actes, 1, 14.
12. CIC, can. 126.
13. Cf. Constitution
Apostolique Summorum Pontificum, du 25 juillet 1922 (AAS 14 (1922), p.
420) et Lettre Apostolique Meditantibus Nobis du 3 décembre 1922 à la
Compagnie de Jésus à l’occasion du troisième centenaire de la canonisation de
saint Ignace et de saint François Xavier (Ibid., p. 627). — Cf. Actes Pie XI,
BP., T I, p. 224.
14. S. Bernard, De
Consideratione, 1, c. 5. Migne, PL. 182, 734.
15. Haerent Animo, cf.
ci-dessus n°186.
Pie XI a traité maintes fois, dans ses Lettres
et Discours, de l’Action Catholique. Il a souligné en particulier la nécessité
pour le prêtre d’y avoir recours comme à un remède providentiel aux limites de
son apostolat (1) ;
il a insisté aussi — et c’est le thème du présent passage — sur le rôle capital
qui incombe à l’aumônier d’Action Catholique (2).
En ce qui concerne le clergé, il faut bien se
rendre compte que, quand il s’agit d’une cause aussi sacrée, l’Action
Catholique, tout en étant de sa nature l’œuvre des laïques, ne pourra ni
débuter, ni prospérer, ni porter ses fruits, sans l’activité assidue et
diligente des prêtres.
Ces prêtres doivent guider (3) les laïques afin
que l’action de ceux-ci ne dévie pas du droit sentier qu’ils doivent suivre et
qu’elle respecte toujours fidèlement les règles et directives données par la
hiérarchie. En outre, c’est le ministère propre du prêtre de former à la vie
chrétienne les membres de l’Action Catholique, ceux surtout qui doivent en être
les dirigeants, puisque seuls les hommes que le sacerdoce a constitués ministres
du Christ et dispensateurs des mystères divins (4) possèdent, avec le
mandat reçu de Dieu, les ressources correspondant à son exercice.
Personne en effet ne peut devenir apôtre s’il
ne possède d’abord les vertus du chrétien, étant évident que les hommes ne
peuvent imprégner leurs semblables de l’esprit chrétien s’ils ne l’ont pas
eux-mêmes, selon l’adage : Nemo dat quod non habet. Cette formation
chrétienne des âmes, qui doit être au premier chef l’œuvre de l’activité
sacerdotale, est une condition tellement nécessaire que, si elle vient à
manquer, l’apostolat ne pourra ni être fructueux, ni même subsister.
Nous savons bien quelle activité et quel
dévouement exige du clergé la réalisation de cette œuvre, entreprise avec tant
d’ardeur. Mais le prêtre ne se consacre-t-il pas à une vie pleine de
difficultés et de souffrances ?
Ces difficultés et ces souffrances au surplus
portent d’ordinaire des fruits abondants. Les prêtres, en effet, trouveront
dans les membres de l’Action Catholique des collaborateurs fidèles et diligents
qui seconderont puissamment leurs efforts là où ils ne peuvent pénétrer eux-mêmes.
De plus, de nombreux jeunes gens faisant partie des cadres de l’Action
Catholique se sentiront appelés au service du Seigneur, comme on l’a déjà
expérimenté ailleurs. Ainsi verra-t-on s’accroître le nombre des membres de
votre clergé, malheureusement insuffisant en plusieurs diocèses.
Nous n’ignorons pas, Vénérables Frères, avec
quelle sollicitude pastorale vous veillez à ce que vos prêtres se rendent
chaque jour plus aptes à remplir la tâche que leur impose l’Action Catholique
(5).
1. Lettre du 14 février 1934.
AAS 34 (1942), p. 247. Trad. dans DC 31,(1934), c. (1458).
2. AAS 34 (1942), p. 242-246.
Trad. du latin dans DC 38, (1932), c. 393-397 (sous la date erronée du 4
février 1932).
3. En latin : moderari.
4. 1 Corinthiens, 4, 1.
5. Cf. AAS 34 (1942), p.250. Trad. dans DC 31, (1934), c. 1459-1460
Nul ne saurait douter, à la suite des
enseignements répétés des derniers Pontifes Romains, de l’obligation qui
incombe aux prêtres de connaître la doctrine sociale de l’Eglise et, plus
encore, de participer à l’esprit social dont l’Eglise désire animer tous
ses fils. Comme Léon XIII (1), Pie XI achève son Encyclique sociale par
un appel aux prêtres, à ceux surtout que leur ministère destine à une action sociale plus précise (2).
A cette crise si douloureuse des âmes qui, tant
qu’elle subsistera, frappera de stérilité tout effort de régénération sociale,
il n’est de remède efficace que dans un franc et sincère retour à la doctrine
de l’Evangile, aux préceptes de Celui qui a les paroles de la vie éternelle
(3), ces paroles qui demeurent quand bien même le ciel et la terre viendraient
à périr (4).
… C’est donc de ce nouveau rayonnement de
l’esprit évangélique sur le monde, — esprit de modération chrétienne et
d’universelle charité, — que sortiront, Nous en avons la ferme confiance, la
restauration pleinement chrétienne de la société, objet de tant de désirs, et « la
paix du Christ dans le règne du Christ » : restauration et paix
auxquelles, dès le début de Notre Pontificat, Nous avons fermement résolu de
consacrer tous Nos soins et Notre sollicitude pastorale (5). Et vous,
Vénérables Frères, qui gouvernez avec Nous (6), par la volonté de l’Esprit-Saint,
l’Eglise de Dieu, vous collaborez à cette œuvre primordiale, la plus
nécessaire de l’heure présente, avec une ardeur et un zèle dignes de toutes
louanges. Recevez donc des éloges bien mérités, ainsi que tous ces vaillants
auxiliaires, prêtres et laïques, que Nous voyons avec joie prendre chaque jour
leur part de cette grande tâche.
… Les circonstances, Vénérables Frères, nous
tracent donc clairement la voie dans laquelle nous devons nous engager. Comme à
d’autres époques de l’histoire de l’Eglise, nous affrontons un monde retombé
en grande partie dans le paganisme. Pour ramener au Christ ces diverses classes
d’hommes qui L’ont renié, il faut avant tout recruter et former dans leur sein
même des auxiliaires de l’Eglise, qui comprennent leur mentalité, leurs
aspirations, qui sachent parler à leurs cœurs dans un esprit de fraternelle
charité. Les premiers apôtres, les apôtres immédiats des ouvriers, seront des
ouvriers, les apôtres du monde industriel et commerçant seront des industriels
et des commerçants.
Ces apôtres laïques du monde ouvrier ou
patronal, c’est avant tout à vous, Vénérables Frères, et à votre clergé qu’il
revient de les rechercher avec soin, de les choisir avec prudence, de les
former, de les instruire. Une tâche délicate s’impose dès lors aux prêtres.
Que tous ceux qui grandissent pour le service
de l’Eglise préparent par une sérieuse étude des principes qui régissent la
question sociale. Mais ceux que vous désignerez plus particulièrement pour ce
ministère (7) devront posséder un sens très délicat de la justice, savoir
s’opposer avec une constante fermeté aux revendications exagérées et aux
injustices, d’où qu’elles viennent, se distinguer par leur sage modération
éloignée de tout excès ; qu’ils soient, par-dessus tout, intimement
pénétrés de la charité du Christ, qui seul peut soumettre, avec force et
suavité, les volontés et les cœurs aux lois de la justice et de l’équité. C’est
dans cette voie, qui plus d’une fois déjà a conduit au succès, qu’il faut, n’en
doutons pas, nous engager courageusement (8).
Quant à Nos chers fils qui sont choisis pour
une si grande tâche, Nous les exhortons vivement dans le Seigneur à se donner
tout entiers à la formation des hommes qui leur sont confiés, mettant en œuvre
pour remplir cette tâche éminemment sacerdotale et apostolique toutes les
ressources d’une formation chrétienne : éducation de la jeunesse,
associations chrétiennes, cercles d’études selon les enseignements de la foi.
Surtout, qu’ils apprécient et qu’ils emploient pour le bien de leurs disciples
ce précieux instrument de rénovation individuelle et sociale que sont, Nous
l’avons dit déjà dans Notre Encyclique Mens nostra (9), les exercices
spirituels. Ces exercices, Nous les avons, se forment, au feu de l’amour du
Cœur de Jésus, non seulement d’excellents chrétiens, mais déclarés très utiles pour
tous les laïques, pour les ouvriers eux-mêmes, et Nous les avons, à ce titre,
vivement recommandés. Dans cette école de l’esprit de vrais apôtres de tous les
milieux de vie. De là, ils sortiront, comme jadis les Apôtres du Cénacle, forts
dans leur foi, constants devant toutes les persécutions, uniquement soucieux de
travailler à répandre le règne du Christ.
1. L’Encyclique Rerum
Novarum s’achevait en effet par cet appel aux prêtres : « Qu’ils
ne cessent d’inculquer aux hommes de toutes les classes les règles évangéliques
de la vie chrétienne ; qu’ils travaillent de tout leur pouvoir au salut du
peuple ». (ASS 23, p. 670).
2. AAS 23 (1931), p. 177-228. Trad. française de
la Typographie vaticane, empruntée à CH., p. 357-413.
3. Cf. Jean, 6, 68.
4. Cf. Matthieu, 24, 35
5. Cf. Pie XI, Encyclique Ubi
arcano, 23 décembre 1922, (AAS 14 (1922), p. 673-700).
6. Cf. Actes, 20, 28.
7. AAS 21 (1929), p. 503,
texte français officiel.
8. Dans sa Lettre au
Patriarche de Lisbonne, Pie XI écrira, deux ans plus tard, le 10 novembre
1933 : « Au clergé, Nous répétons d’une façon particulière l’invitation
que lui a déjà adressée l’Encyclique Quadragesimo anno ». AAS 26
(1934), p. 631. Trad. DC 31 (1954), c. 945).
9. Cf. ci-dessus n° 411 et
suivants.
Des le début de son Pontificat, Pie XI créa à
la S. Congrégation du Concile un Office spécial du Catéchisme, destiné à
promouvoir l’enseignement de la doctrine chrétienne (1). Le présent Décret (2),
revêtu de l’autorité pontificale, répond précisément à ce but. Il rappelle en
particulier l’importance capitale de l’enseignement catéchistique et la place
majeure que doit tenir cet enseignement dans toute vie sacerdotale.
En premier lieu, que les évêques, conformément
à leur droit et en raison de la très grave mission qui leur incombe, ne se
limitent point au travail diligent dont ils ont fait preuve jusqu’ici dans
l’œuvre de la catéchèse, mais qu’ils mettent tous leurs efforts et toute leur
industrie à la développer. En conséquence, « qu’ils veillent… à ce que les
fidèles, surtout les enfants et les sujets peu instruits, reçoivent les
bienfaits de la doctrine chrétienne et que, dans les écoles et collèges, on
donne un enseignement conforme aux principes de la religion catholique
(3) ».
Comme d’autre part, « les Ordinaires ont
charge de régler tout ce qui concerne l’enseignement de la doctrine chrétienne
dans leurs diocèses (4) », chaque Ordinaire doit étudier devant le
Seigneur les lacunes à combler, les prescriptions à formuler en faveur de cette
œuvre sainte entre toutes et souverainement nécessaire, les moyens qui lui
permettront d’obtenir et de réaliser plus facilement ce qu’il se propose. Il
sévira au besoin contre les négligents ou les récalcitrants, par les peines
canoniques prévues (5).
En revanche, il témoignera sa satisfaction à
ceux qui font preuve de diligence, manifestant clairement, dans l’attribution
des paroisses et autres bénéfices ecclésiastiques, tout le prix qu’il attache
au zèle et à l’application dans l’œuvre du catéchisme.
En second lieu, les curés et les autres
pasteurs d’âmes auront constamment présent à l’esprit que l’enseignement du
catéchisme est le fondement de toute vie chrétienne, et que toutes leurs
pensées, tous leurs efforts, tous leurs travaux doivent avoir pour but de le
donner convenablement (6). Ils observeront donc intégralement les prescriptions
des canons 1330, 1331, 1332 (7), se faisant, sur ce point particulièrement,
tout à tous pour les gagner tous au Christ et se montrer eux-mêmes ministres
fidèles et dispensateurs des mystères de Dieu (8) ; ils rechercheront
notamment avec soin ceux qui ne peuvent s’assimiler que le lait d’une
instruction sommaire et ceux qui ont besoin de connaissances plus
solides ; à chacun ils fourniront l’aliment doctrinal capable de fortifier
son esprit, en sorte que le chrétien adulte non seulement n’ignore pas sa religion,
et ne l’observe point par pure tradition familiale, mais bien plutôt qu’il la
connaisse et la comprenne d’une façon fructueuse pour lui-même et pour autrui.
Dans ce très saint ministère, « que les
curés fassent appel à la collaboration des clercs habitant sur le territoire de
la paroisse ou même, s’il est nécessaire, à des laïques pratiquants, ceux
surtout qui sont inscrits dans la Confrérie de la doctrine chrétienne ou
dans telle autre association similaire de la paroisse (9) Que tous, invités ou
requis, prêtent volontiers, et même d’un cœur sincèrement joyeux, leur concours
à cette œuvre, car Dieu aime celui qui donne avec joie (10) ».
Une œuvre aussi salutaire, aussi agréable à
Dieu, aussi nécessaire au bien des âmes ne doit pas non plus — aux termes du
canon 1334 (11) — être privée de l’aide des religieux, toutes les fois qu’ils y
sont requis par l’Ordinaire local. Que les religieux se réjouissent d’être
ainsi convoqués, qu’ils souhaitent même de l’être, afin que dans cette part du
champ du Seigneur, où la moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux,
ils puissent, eux aussi, bien mériter du salut des âmes.
1. Motu Proprio Orbem
catholicum, du 29 juin 1923. — (AAS 15 (1923). p.327).
2. Décret Provido sane consilio. (AAS 27 (1935), p.
145-152. Trad. du latin dans DC 33 (1935), C. 1299-1307).
3. CIC, can. 336 § 2.
4. CIC, can. 1336.
5. Cf. Ibid., can. 1333
§ 2 ; can. 2182 ; can. 1330-1332.
6. Lettre Ad regnum Jesu
Christi, du 8 septembre 1926. AAS 18. (1926), p. 453), et Lettre Quod
Catholicis du 28 août 1929. AAS 22. (1930), p. 146.
7. Canon 1330.
8. 1 Corinthiens, 4, 1.
9. CIC, can. 1331, § 1.
10. 2 Corinthiens, 9, 7.
11. Cf. CIC, can. 1334.
Dans son Allocution au Sacré Collège du 24 décembre 1935 (1) Pie XI expliqua lui-même ce qui l'avait déterminé à adresser cette Encyclique au monde catholique : la raison profonde en est sa préoccupation constante pour le sacerdoce et la sanctification des prêtres ; mais le Jubilé de la Rédemption — qui fut aussi, dit-il celui de l'institution du sacerdoce — rendait à la fois plus pressant et plus opportun un enseignement magistral sur ce grave sujet. L'Encyclique restera dans l'Eglise comme un mémorial de ce Jubilé extraordinaire (2). S'il fallait convaincre les prêtres de l'importance de ce Document, il suffirait de citer cette attestation de Pie XI, écrite moins d'un mois avant sa mort : Nous estimons que le plus important de nos enseignements est l'Encyclique Ad catholici sacerdotii, où Nous exposons Notre pensée sur la très haute dignité du sacerdoce, et Nous avons ordonné que cette Encyclique soit lue et commentée non seulement aux séminaristes, mais encore à tous les prêtres (3).
Depuis que, par un mystérieux dessein de la Divine Providence, Nous Nous sommes vu élevé à ce sommet suprême du sacerdoce catholique, Nous n'avons jamais cessé de consacrer Nos soins les plus empressés et les plus affectueux, parmi les innombrables fils que Dieu Nous a donnés, à ceux qui, revêtus du caractère sacerdotal, ont la mission d'être le sel de la terre et la lumière du monde (4), et d'une manière encore plus spéciale à ceux qui sont élevés à l'ombre du sanctuaire et se préparent à cette grande mission.
Déjà dans les premiers mois de Notre Pontificat, avant même d'adresser Notre parole solennelle à tout l'univers catholique (5), Nous Nous sommes empressé, par la Lettre Apostolique Officiorum Omnium, du, 1° août 1922, adressée à Notre très Cher Fils le Cardinal Préfet de la S. Congrégation des Séminaires et des Universités (6), de donner les directives dont doit s'inspirer la formation sacerdotale des séminaristes.
Et toutes les fois que la sollicitude pastorale Nous pousse à considérer d'une façon plus particulière les intérêts et les besoins de l'Eglise, Notre attention, avant toute autre chose, se porte vers les prêtres et les clercs, qui sont, vous le savez, l'objet de Nos soins vigilants.
De Notre sollicitude pour le clergé, vous trouverez le probant témoignage dans les nombreux Séminaires que Nous avons érigés, là où ils manquaient, ou qu'à grands frais Nous avons dotés d'édifices nouveaux et imposants, et mieux pourvus de moyens propres à leur permettre d'atteindre plus dignement le but qu'ils poursuivent.
Si en outre, à l'occasion de Notre Jubilé sacerdotal, Nous avons consenti à ce que l'on fêtât solennellement cet heureux anniversaire, et si, avec une paternelle complaisance, Nous avons agréé les manifestations d'affection filiale qui Nous venaient de toutes les parties du monde, ce fut parce que, plus que comme un hommage à Notre personne, Nous considérions cette célébration comme une juste exaltation de la dignité et du caractère sacerdotaux.
Et, pareillement, la réforme des études dans les Facultés ecclésiastiques, que Nous avons décrétée par la Constitution Apostolique Deus scientiarum Dominus du 24 mai 1931, fut voulue par Nous dans le but principal d'accroître toujours davantage la culture et la science des prêtres (7).
Mais le sujet est d'une importance si grande qu'il Nous semble opportun de le traiter plus expressément dans cette Encyclique, afin d'offrir non seulement à ceux qui déjà possèdent le don inestimable de la foi, mais encore à tous ceux qui avec droiture et sincérité de cœur recherchent la vérité, l'occasion de connaître la sublimité du sacerdoce catholique et sa mission providentiellement bienfaisante pour le monde. Nous souhaitons surtout que ceux qui y sont appelés par une inspiration d'En-Haut méditent avec soin ces enseignements.
Sujet particulièrement opportun à la fin de cette année qui, à Lourdes, aux purs rayons de l'Immaculée, et dans la ferveur du Triduum eucharistique ininterrompu, a vu le sacerdoce catholique de toute langue et de tout rite, auréolé d'une lumière divine dans la splendide clôture du Jubilé de la Rédemption étendu de la Ville de Rome à l'univers catholique (8) ; cette Rédemption, Nos prêtres chers et vénérés n'en sont-ils pas les ministres, jamais plus actifs et méritants qu'en cette Année Sainte extraordinaire, commémorative également du dix-neuvième centenaire de l'institution du Sacerdoce, ainsi que Nous le disions, dans la Constitution Apostolique Quod nuper (9).
Comme au surplus, cette Encyclique se relie harmonieusement aux précédentes, par lesquelles Nous avons voulu projeter la lumière de la doctrine catholique sur les plus graves problèmes de la vie moderne, Nous avons conscience de parfaire ici et de couronner ces enseignements solennels.
En effet, le prêtre est, par vocation et par commandement divin, l'apôtre principal et le promoteur infatigable de l'éducation chrétienne de la jeunesse (10) ; le prêtre, au nom de Dieu, bénit le mariage chrétien et en défend la sainteté et l'indissolubilité contre les attentats et les déviations suggérés par la cupidité et la sensualité (11) ; le prêtre apporte la plus heureuse contribution à la solution ou, du moins, à l'atténuation des conflits sociaux (12), en prêchant la fraternité chrétienne, en rappelant à tous les devoirs mutuels de la justice et de la charité évangélique, en montrant aux riches et aux pauvres les biens véritables auxquels il faut aspirer de toutes ses forces, et en s'efforçant ainsi de pacifier les esprits aigris par le malaise moral et économique ; le prêtre enfin est le héraut le plus efficace de cette croisade d'expiation et de pénitence à laquelle Nous avons invité tous les gens de bien pour réparer les blasphèmes, les turpitudes et les crimes qui déshonorent l'humanité à l'heure présente (13), une heure qui, comme peu d'autres dans l'histoire, a grandement besoin de la miséricorde de Dieu et de ses pardons.
Et les ennemis de l'Eglise savent bien l'importance vitale du sacerdoce : c'est contre lui — comme Nous l'avons déjà déploré pour Notre cher Mexique (14) — qu'ils dirigent d'abord leurs coups, afin de le rayer de la société et de se frayer ainsi la voie vers la destruction totale de la vie catholique ; ce but, s'ils le désirent avec acharnement, ils ne l'obtiendront sûrement jamais.
Le genre humain a toujours éprouvé le besoin d'avoir des prêtres, c'est-à-dire des hommes officiellement chargés d'être des médiateurs (15) entre Dieu et les hommes, et dont toute la vie ait pour tâche ces relations avec la divinité éternelle, des hommes choisis, pour offrir à Dieu des prières officielles et des sacrifices au nom de la société ; celle-ci a, en effet, comme telle, l'obligation de rendre à Dieu un culte public et social, de reconnaître en Lui le suprême Seigneur et le premier principe, de tendre à Lui comme à sa fin dernière, de Le remercier sans cesse et de se Le rendre propice. En fait, chez tous les peuples dont nous connaissons les usages, lorsque du moins ils ne sont pas contraints d'agir contre les lois les plus sacrées de la nature humaine, on trouve des prêtres, quoique souvent au service de fausses divinités ; partout où l'on professe une religion, partout où se dressent des autels, il y a également un sacerdoce entouré de marques spéciales d'honneur et de vénération.
Mais, à la splendeur de la révélation divine, le prêtre se montre revêtu d'une dignité bien supérieure, déjà préfigurée en quelque manière par Melchisédech (16), prêtre et roi, dont l'apôtre Paul appliquait la figure à la personne et au sacerdoce de Jésus-Christ Lui-même (17). Le prêtre, suivant la magnifique définition de saint Paul, est un homme choisi parmi les hommes, mais établi pour les hommes dans les choses qui regardent Dieu (18) : sa fonction n'a pas pour objet les choses humaines et transitoires, quelque estimables qu'elles apparaissent, mais les choses divines et éternelles ; on peut, par ignorance, se moquer de ces choses, et les mépriser ; on peut aussi y faire obstacle avec une malice et une fureur diaboliques — comme une triste expérience l'a souvent prouvé et le prouve encore aujourd'hui — mais ; elles n'en occupent pas moins toujours la première place dans les aspirations individuelles et sociales d'une humanité qui se sent irrésistiblement faite pour Dieu, au point de devoir avouer qu'elle ne peut se reposer qu'en Lui.
Dans l'Ancien Testament, le sacerdoce, institué par une disposition positive que promulgua Moïse, sous l'inspiration de Dieu, s'est vu assigner des devoirs, des fonctions et des rites déterminés. Il semble que Dieu dans sa sollicitude ait voulu imprimer dans l'esprit encore primitif du peuple hébreu une grande idée centrale, qui répandît sa lumière sur les événements de l'histoire, les lois, les dignités, les institutions : l'idée que le sacrifice et avec lui le sacerdoce étaient faits avant tout pour devenir — dans la commune attente messianique — cause et source d'espérance, de gloire, de force et de libération. Le temple de Salomon, admirable de richesse et de splendeur, et encore plus admirable dans son ordonnance et dans ses rites, ne fut pas seulement élevé pour être le tabernacle de la divine majesté sur la terre ; il était aussi une attestation publique de la grandeur de ce sacrifice et de ce sacerdoce qui, bien qu'ombres et symboles, renfermaient toutefois un mystère assez grand pour faire s'incliner Alexandre le Grand vainqueur devant la figure hiératique du Grand-Prêtre (19) ; et Dieu Lui-même faisait sentir sa colère au roi impie Balthasar qui, dans une orgie, avait profané les vases sacrés du temple (20).
Et cependant ce sacerdoce ancien tirait uniquement sa majesté et sa gloire du fait qu'il était une préfiguration du sacerdoce du Nouveau et éternel Testament donné par Jésus-Christ et confirmé par le Sang de celui qui est vrai Dieu et vrai homme !
L'Apôtre des Gentils résume en termes lapidaires tout ce qu'on peut dire au sujet de la grandeur, de la dignité et des devoirs du sacerdoce chrétien, en écrivant : Que les hommes nous regardent comme des ministres du Christ et des dispensateurs des mystères divins (21).
Le prêtre est ministre de Jésus-Christ ; donc instrument entre les mains du divin Rédempteur pour la continuation, à travers les âges, de son œuvre admirable, qui renouvelle l'humanité entière avec une divine efficacité et l'élève à une vie plus haute. Bien plus, le prêtre, comme on a justement coutume de le dire, est vraiment « un autre Christ », parce qu'il représente en quelque manière la personne de Jésus-Christ : Comme le Père M'a envoyé, Moi aussi je vous envoie (22) ; comme le fit son Maître par la voix des anges, il chante lui aussi : Gloire à Dieu au plus haut des deux et exhorte à la paix les hommes de bonne volonté (23).
Ainsi que l'enseigne le Concile de Trente (24), Jésus-Christ pendant la dernière Cène institua le sacrifice et le sacerdoce de la Nouvelle Alliance : « Bien qu'à la veille de S'offrir Lui-même à Dieu son Père par sa mort sur l'autel de la Croix pour y opérer la rédemption éternelle, cependant parce que son sacerdoce ne devait pas s'éteindre par sa mort (25), Notre Dieu et Seigneur voulut, à la dernière Cène, la nuit même où Il était livré (26), laisser à son Epouse bien-aimée, l'Eglise, un sacrifice visible — conforme à la nature humaine — qui serait la représentation de ce sacrifice sanglant qu'il allait accomplir sur la croix ; Il voulut que le souvenir en demeurât jusqu'à la fin des siècles (27) et que sa vertu fût appliquée en rémission des péchés que nous commettons tous les jours ; et, Se déclarant prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech (28), Il offrit à Dieu le Père son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin et, sous les symboles de ces mêmes espèces, Il les présenta, pour qu'ils les prissent, aux Apôtres qu'il constituait alors prêtres du Nouveau Testament ; et Il leur commanda en ces termes, à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, de les offrir : Faites ceci en mémoire de Moi (29) ».
Depuis lors, les Apôtres et leurs successeurs dans le sacerdoce commencèrent à élever vers le ciel cette oblation pure prédite par Malachie (30), grâce à laquelle le Nom de Dieu est grand parmi les nations et qui, offerte désormais dans toutes les parties du monde et à chaque heure du jour et de la nuit, continuera à l'être d'une façon permanente jusqu'à la fin des temps.
C'est là un vrai sacrifice de la divine Victime, et non un pur symbole ; il a une réelle efficacité pour la réconciliation du genre humain avec la divine Majesté offensée par le péché : « car le Seigneur apaisé par cette oblation accorde la grâce et le don de la pénitence, et pardonne les péchés et les crimes, si grands soient-ils (31) ». Le même Concile nous en donne la raison en ces termes : « La Victime est la même : Celui qui maintenant offre par le ministère des prêtres, est Celui qui S'offrit alors sur la Croix ; seule la manière d'offrir diffère (32) ».
De là apparaît lumineuse l'ineffable grandeur du sacerdoce catholique, qui a pouvoir sur le Corps même de Jésus-Christ, le rend présent sur nos autels et, au nom du divin Rédempteur, offre à l'éternelle Majesté de Dieu, une hostie infiniment agréable. « Chose admirable ! s'écrie à juste titre saint Jean Chrysostome, admirable et vraiment stupéfiante ! (33) »
Outre ce pouvoir qu'il exerce sur le Corps réel du Christ, le prêtre a reçu la plus haute et la plus large autorité sur son Corps Mystique qui est l'Eglise. Nous n'avons pas besoin, Vénérables Frères, de Nous étendre sur cette belle doctrine du Corps Mystique de Jésus-Christ, si chère à saint Paul ; elle nous montre la divine personne du Verbe Incarné et tous ceux qu'il unit à Lui comme des frères et en qui se répand la vie surnaturelle qui dérive de Lui, formant ensemble un seul corps dont le Christ est la tête. Or, le prêtre est constitué dispensateur des mystères divins (34), en faveur des membres du Corps Mystique de Jésus-Christ, du fait qu'il est le ministre de presque tous les sacrements, ces canaux par lesquels la grâce du Rédempteur se répand dans toute l'humanité.
Le chrétien, à toutes les heures graves de sa vie mortelle, trouve à ses côtés le prêtre pour lui communiquer bu accroître en lui — en raison du pouvoir qu'il a reçu de Dieu — cette même grâce, qui est le principe surnaturel de la vie divine.
A peine l'homme est-il né, le prêtre le purifie dans les eaux du Baptême et le fait renaître à une vie plus noble et plus précieuse, la vie surnaturelle, qui fait de lui un fils de Dieu et de l'Église ; pour le fortifier et le préparer à combattre généreusement dans les luttes spirituelles, un prêtre, revêtu d'une dignité spéciale, le fait soldat du Christ par la Confirmation ; dès que l'enfant est capable de discerner et de goûter le pain des Anges descendu du ciel, le prêtre le lui donne en nourriture vivante et vivifiante. S'il est tombé, le prêtre, par la Pénitence, le relève et le raffermit au nom de Dieu et par son autorité ; si Dieu l'appelle à former une famille et à collaborer avec Lui à la transmission de la vie humaine dans le monde pour augmenter le nombre des chrétiens sur la terre et celui des élus dans le ciel, le prêtre est là, témoin légitime de l'Eglise, pour bénir son mariage et ses chastes amours. Quand enfin le chrétien, parvenu au seuil de l'éternité, a besoin de force et de courage avant de se présenter au tribunal du divin Juge, le prêtre s'incline sur les membres douloureux du moribond, il le purifie de nouveau et le fortifie par l'Extrême-Onction. Après avoir ainsi accompagné le chrétien à travers le pèlerinage terrestre jusqu'aux portes de l'éternité, le prêtre accompagne son corps à la sépulture avec les prières rituelles de l'espérance immortelle ; il n'abandonne d'ailleurs pas les fidèles dans leur éternité, mais leur assure le suffrage de ses prières, si jamais ils ont encore besoin d'être purifiés et soulagés. Ainsi, du berceau à la tombe, ou plutôt jusqu'au bonheur du ciel, le prêtre est sans cesse auprès des fidèles, guide sur le chemin, ministre de réconfort et de salut, dispensateur des grâces divines.
Mais parmi tous ces pouvoirs du prêtre au bénéfice du Corps Mystique du Christ, il en est un pour lequel Nous ne pouvons Nous contenter de la simple allusion faite tout à l'heure : c'est le pouvoir « que Dieu n'a donné ni aux Anges ni aux Archanges », comme dit saint Jean Chrysostome (35), c'est-à-dire le pouvoir de remettre les péchés : Ceux à qui vous aurez remis les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (36). Pouvoir formidable, tellement propre à Dieu, que l'orgueil humain lui-même ne pouvait admettre qu'il pût être communiqué à l'homme : Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? (37). Et le voyant exercé par un homme, revêtu de la dignité sacerdotale, il y a vraiment lieu de se demander, non par scandale pharisaïque, mais sous l'effet d'un respectueux étonnement : Quel est cet homme qui remet même les péchés ? (38).
Mais précisément l'Homme-Dieu, qui avait et a le pouvoir sur terre de remettre les péchés (39), voulut le transmettre à ses prêtres pour prévenir, dans la libéralité de sa divine miséricorde, ce besoin de purification qui tourmente toute conscience humaine. Quel réconfort pour l'homme coupable, brisé par le remords et le repentir, d'entendre la parole du prêtre qui, au nom de Dieu, lui dit : « Je t'absous de tes péchés ! » Et l'entendre de la bouche de quelqu'un qui, à son tour, aura besoin pour lui-même de la solliciter d'un autre prêtre, non seulement n'avilit pas le don miséricordieux, mais le fait apparaître plus grand encore, faisant mieux entrevoir, au delà de la main de l'homme, celle même de Dieu qui opère la merveille. C'est pourquoi — pour Nous servir des paroles d'un illustre écrivain qui traite des choses sacrées avec une compétence rare chez un laïque — « quand un prêtre, frémissant intérieurement à la pensée de son indignité et de la hauteur de ses fonctions, a posé sur notre tête ses mains consacrées ; quand, humilié de se trouver le dispensateur du Sang de l'Alliance, étonné chaque fois de proférer des paroles qui donnent la vie, pécheur il a absous un pécheur, nous-mêmes, nous relevant d'à ses pieds, nous sentons que nous n'avons pas commis une bassesse... Nous avons été aux pieds d'un homme qui représentait Jésus-Christ… nous y avons été pour acquérir la qualité d'hommes libres et d'enfants de Dieu (40) ».
Ces pouvoirs, conférés au prêtre par un sacrement spécial, ne sont pas en lui transitoires et passagers, mais stables et perpétuels, puisqu'ils ont leur principe dans un caractère indélébile imprimé en son âme, par lequel il est devenu prêtre pour l'éternité (41), à la ressemblance de Celui au sacerdoce duquel il participe. Ce caractère, même dans les plus déplorables aberrations où il peut tomber par suite de l'humaine fragilité, le prêtre ne pourra jamais l'effacer de son âme.
Mais, avec ce caractère et ces pouvoirs sublimes dont Nous avons parlé, le prêtre reçoit aussi par le sacrement de l'Ordre une grâce nouvelle et spéciale, avec des secours particuliers ; ainsi soutenu — à condition toutefois que sa coopération libre et personnelle seconde fidèlement l'action divinement puissante de la grâce elle-même — le prêtre pourra dignement et sans faiblesse s'acquitter des obligations difficiles de son ministère et porter les plus lourdes responsabilités, qui faisaient tant trembler même les plus forts athlètes du sacerdoce chrétien, comme Jean Chrysostome, Ambroise, Grégoire le Grand, Charles Borromée et tant d'autres.
Mais le prêtre catholique est encore ministre du Christ et dispensateur des mystères divins (42) par ce ministère du verbe (43) qui est un droit inaliénable, en même temps qu'un devoir imprescriptible imposé par le Rédempteur Lui-même : Allez donc, enseignez toutes les nations... leur enseignant à garder tout ce que Je vous ai ordonné (44). L'Eglise de Jésus-Christ, dépositaire et gardienne infaillible de la divine révélation, répand en tous lieux par le ministère de ses prêtres les trésors des vérités célestes, prêchant Celui qui est la vraie lumière illuminant tout homme venant en ce monde (45) ; elle jette avec une divine profusion cette semence, petite et méprisée au regard profane du monde, mais qui, comme le grain de sénevé (46), a en elle la vertu de pousser des racines solides et profondes dans les âmes sincères et altérées de vérité et les rend capables de résister, comme des arbres vigoureux, même aux plus fortes tempêtes.
Au milieu de toutes les aberrations de la pensée humaine ivre d'une fausse liberté qui l'exempte de toute loi et de tout frein, au milieu de la corruption effroyable de la malice humaine, se dresse comme un phare lumineux, l'Eglise de Dieu. Elle condamne toute déviation à droite ou à gauche de la vérité ; elle indique à tous et à chacun la voie droite à suivre; et malheur à nous si ce phare, Nous ne disons pas venait à s'éteindre, ce qui est impossible grâce aux promesses infaillibles sur lesquelles il est fondé, mais venait à être gêné dans son large et bienfaisant rayonnement ! Nous voyons déjà de nos yeux où en est arrivé le monde pour avoir rejeté orgueilleusement la révélation divine et avoir suivi, fût-ce même sous le titre spécieux de science, de fausses théories philosophiques et morales ! Et si sur la pente de l'erreur et du vice on n'est pas encore tombé plus bas, on le doit à la doctrine de la vérité chrétienne largement répandue dans le monde.
Or, l'Eglise exerce son « ministère du verbe » par le moyen des prêtres, répartis dans les divers degrés de la hiérarchie. Elle envoie sur toutes les plages du monde ces hérauts infatigables dé la vérité qui seule peut propager et conserver vivante la vraie civilisation. La parole du prêtre est versée dans tous les cœurs et elle y porte lumière et réconfort. La parole du prêtre, même au milieu du tourbillon des passions, s'élève sereine ; elle exhorte à la vertu, annonce sans crainte la vérité : cette vérité qui éclaire et résout les plus graves problèmes de la vie humaine ; cette vertu qu'aucun malheur, pas même la mort, ne peut enlever, que la mort plutôt assure et rend immortelle.
Si l'on considère une à une les vérités que le prêtre doit plus souvent inculquer pour être fidèle aux devoirs de son ministère, et si nous en pesons la force intime, on comprend combien est grande et combien bienfaisante pour l'élévation morale, la pacification et la tranquillité des peuples, l'influence du prêtre. En particulier, il rappelle aux grands et aux petits le caractère éphémère de la vie présente, la caducité des biens terrestres, la valeur des biens spirituels pour l'âme immortelle, la sévérité des arrêts du Souverain Juge, qui, d'un regard incorruptible et infaillible, scrute tous les cœurs et rendra à chacun selon ses œuvres (47). Rien de plus approprié que ces enseignements et autres semblables pour tempérer cette avidité fébrile de jouissance, cette cupidité effrénée des biens temporels, qui dégradent aujourd'hui tant d'âmes et poussent les diverses classes de la société à se combattre en ennemies, au lieu de s'aider par une collaboration mutuelle. Au milieu de tant d'égoïsmes qui se heurtent, de tant de haines qui s'enflamment, parmi tant de sombres projets de vengeance, rien de plus opportun ni de plus efficace que de proclamer hautement le commandement nouveau (48) de Jésus-Christ, le précepte de la charité universelle, qui ne connaît ni barrières ni frontières de nations ou de peuples, n'excepte pas même l'ennemi.
Une expérience glorieuse, vieille déjà de vingt siècles, démontre toute l'efficacité salutaire de l'enseignement sacerdotal, qui, comme un fidèle écho de cette parole de Dieu, vivante, ... efficace, et plus pénétrante qu'un glaive à deux tranchants, atteint lui aussi jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit (49), suscite partout l'héroïsme, et provoque à l'action les cœurs les plus généreux. Tous les bienfaits que la civilisation chrétienne a apportés au monde sont dus, du moins à leur origine, à la parole et à l'action du sacerdoce catholique. Et un tel passé suffirait par lui-même à donner confiance en l'avenir, si nous n'avions par ailleurs une parole plus ferme (50) dans les promesses infaillibles du Christ.
L'œuvre missionnaire aussi, qui manifeste d'une manière si lumineuse la puissance d'expansion dont est douée l'Eglise par vertu divine, est surtout conduite et menée à bien par le: prêtre qui, pionnier de la foi et de la charité, étend et dilate, au prix d'innombrables sacrifices, le Royaume de Dieu sur la terre.
Le prêtre, enfin, continuant encore en cela la mission du Christ qui passait la nuit entière à prier Dieu (51) et vit toujours pour intercéder en notre faveur (52), a la charge d'être l'intercesseur public de l'humanité auprès de Dieu : il a mandat d'offrir à Dieu au nom de l'Église, non seulement le sacrifice véritable de l'autel, mais aussi le sacrifice de louange (53), avec la prière publique et officielle. Par des psaumes, des prières et des cantiques empruntés en grande partie aux livres inspirés, il paie à Dieu plusieurs fois par jour le tribut d'adoration qui Lui est dû et il accomplit le devoir nécessaire d'impétration pour l'humanité, aujourd'hui plus que jamais éprouvée et qui a besoin des secours de Dieu. Qui peut dire combien de: châtiments la prière sacerdotale éloigne de l'humanité prévaricatrice et que de bienfaits elle lui procure et lui obtient ? (54)
Si la prière, même privée, a des promesses divines aussi magnifiques et aussi solennelles que celles que Jésus-Christ lui a faites (55), combien plus puissante sera la prière qu'on a l'obligation de dire au nom de l'Eglise, l'Epouse bien-aimée du Rédempteur ? Et le chrétien, même si trop souvent il oublie Dieu dans la prospérité, conserve d'instinct au fond de l'âme la confiance en la toute-puissance de la prière ; il y recourt dans toutes les circonstances de sa vie et, aux heures de péril public ou privé, sollicite la prière du prêtre. C'est à elle que demandent un réconfort les malheureux de toute sorte ; c'est à elle que l'on s'adresse pour implorer l'aide divine au milieu des vicissitudes de cet exil terrestre. Vraiment, « le prêtre est placé entre Dieu et la nature humaine : nous communiquant les biens qui viennent de Lui, Lui portant nos prières, apaisant le Seigneur irrité (56) ».
Du reste, comme Nous l'indiquions dès le début, les ennemis mêmes de l'Eglise montrent à leur façon qu'ils sentent toute la dignité et l'importance du sacerdoce catholique, quand ils dirigent contre lui les premiers coups et les plus durs, sachant parfaitement combien est intime le lien qui unit l'Eglise et ses prêtres. Les adversaires les plus acharnés du sacerdoce catholique aujourd'hui sont les ennemis mêmes de Dieu : voilà un titre d'honneur qui rend le sacerdoce plus digne de respect et de vénération.
Sublime est donc, Vénérables Frères, la dignité du sacerdoce, et les faiblesses de quelques indignes, si déplorables et douloureuses qu'elles soient, ne peuvent obscurcir la splendeur d'une si haute dignité ; pareillement, ces faiblesses d'un petit nombre ne peuvent faire oublier les mérites de tant de prêtres remarquables par leur vertu, leur savoir, leurs œuvres et leur martyre. D'autant plus que l'indignité de l'homme ne rend pas invalides les actes de son ministère : l'indignité du ministre en effet, si manifeste soit-elle, ne saurait porter préjudice à la force des sacrements qui tirent leur efficacité du Sang du Christ et non de la sainteté des prêtres. Ces moyens de salut, dit-on en langage scolastique, produisent leur effet ex opere operato.
Il est pourtant évident qu'une telle dignité exige par elle-même de celui qui en est revêtu une élévation de pensée, une pureté de cœur, une intégrité de vie qui répondent à la sublimité et à la sainteté de la fonction sacerdotale. Celle-ci, comme Nous l'avons dit, fait du prêtre un médiateur entre Dieu et l'homme, aux nom et place de Celui qui est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus fait homme (57). Le prêtre doit donc s'approcher autant qu'il est possible de la perfection de Celui qu'il représente et se rendre chaque jour plus agréable à Dieu par la sainteté de sa vie et de ses œuvres ; car, plus que le parfum de l'encens, plus que l'éclat des temples, Dieu aime la vertu et s'y complaît. « Ceux qui sont médiateurs entre Dieu et le peuple, dit saint Thomas, doivent briller devant Dieu par leur bonne conscience et devant les hommes par leur bonne renommée (58) ». D'autre part, si celui qui accomplit les fonctions sacrées mène une vie coupable, il les profane et devient sacrilège : « Celui qui n'est pas saint ne doit pas toucher ce qui est saint (59) ».
C'est pourquoi déjà sous l'Ancienne Loi, Dieu commandait à ses prêtres et à ses lévites : Qu'ils soient saints, parce que Moi, le Seigneur qui les sanctifie, Je suis saint (60). Et le sage roi Salomon, dans le cantique pour la dédicace du temple, demandait précisément à Dieu pour les fils d'Aaron : Que tes prêtres se revêtent de la justice, et que tes saints soient dans la joie (61). Or, Vénérables Frères, « si une telle justice, une telle sainteté, et une telle allégresse — dirons-Nous avec saint Robert Bellarmin — étaient demandées à ces prêtres qui sacrifiaient des brebis et des bœufs et louaient Dieu pour des bienfaits temporels, qu'est-il exigé, je vous le demande, de prêtres qui sacrifient l'Agneau divin et rendent grâce pour des bienfaits éternels ? (62) ». « La dignité des prélats est grande, assurément, s'écrie saint Laurent Justinien, mais leur charge est plus grande encore ; placés à un rang si élevé aux yeux des hommes, il faut aussi qu'ils s'élèvent au sommet de la vertu aux yeux de Celui qui voit tout ; autrement, ce n'est pas pour leur mérite, mais pour leur condamnation qu'ils sont au-dessus des autres (63) ».
Toutes les raisons que Nous avons évoquées plus haut, pour démontrer la dignité du sacerdoce catholique, Nous reviennent à l'esprit et Nous pressent d'exhorter les prêtres à satisfaire au devoir qui leur incombe d'une parfaite sainteté de vie. En effet, enseigne le Docteur angélique, « pour s'acquitter dignement des fonctions sacerdotales, il ne suffit pas d'une vertu quelconque, mais il faut une vertu excellente, afin que ceux qui reçoivent les ordres et sont par là même placés au-dessus des fidèles par le rang, leur soient aussi supérieurs par le mérite de leur sainteté (64) ».
De fait, le sacrifice eucharistique, dans lequel s'immole la Victime innocente qui enlève les péchés du monde, exige d'une façon particulière que le prêtre, par une vie sainte et droite, se rende le moins indigne possible du Dieu à qui, tous les jours, il offre cette hostie adorable, le Verbe de Dieu, incarné par amour pour nous. « Reconnaissez ce que vous faites, imitez ce que vous accomplissez (65) », dit l’Eglise par la bouche de l'évêque aux diacres qui vont être ordonnés prêtres.
En outre, le prêtre dispense la grâce de Dieu, dont les sacrements sont comme les canaux ; mais il répugnerait par trop que ce dispensateur fût lui-même privé de cette grâce si précieuse, ou même qu'il en eût une piètre estime et s'en montrât gardien négligent.
Il doit enseigner la Vérité, de la foi ; or, la vérité religieuse ne s'enseigne jamais de façon digne et fructueuse si la vertu ne préside pas elle-même en maîtresse à un tel enseignement : « Les paroles émeuvent, les exemples entraînent », dit l'adage. Il doit annoncer la loi évangélique, mais pour obtenir que les autres l'embrassent, rien de plus efficace ni de plus décisif, avec la grâce de Dieu, que de voir ce héraut de la vérité observer lui-même avec soin, par la sainteté de sa vie, ce qu'il enseigne au peuple chrétien. Et saint Grégoire le Grand en donne la raison : « La voix qui pénètre le plus facilement dans le cœur des auditeurs est celle que la vie du prédicateur confirme, car son exemple aide à accomplir ce que sa parole prescrit (66) ». Aussi la Sainte Ecriture dit précisément du divin Rédempteur qu'il commença par faire et enseigner (67), et si les foules L'acclamaient, ce n'est pas tant parce que personne n’avait jamais parlé comme cet homme (68), mais bien plutôt parce qu'Il faisait bien toute chose (69).
Au contraire, ceux qui « disent et ne font pas » se rendent semblables aux scribes et aux pharisiens que blâmait le divin Rédempteur — sans compromettre toutefois l'autorité de la Parole divine qu'ils prêchaient légitimement — quand Il disait au peuple qui L'écoutait : Les Scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse ; faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas comme ils font (70). Un prédicateur qui ne s'efforcerait pas de confirmer par l'exemple de sa vie la vérité qu'il annonce détruirait d'une main ce qu'il bâtirait de l'autre. En revanche, Dieu bénit largement les fatigues des hérauts de l'Evangile qui s'appliquent d'abord de tout cœur à leur propre sanctification. Ceux-ci voient s'épanouir abondamment les fleurs et les fruits de leur apostolat, et, au jour de la moisson, ils viendront avec joie portant les gerbes de leur récolte (71).
Il faut bien voir le très grave péril auquel s'expose le prêtre qui, entraîné par un faux zèle, négligerait sa propre sanctification, pour se plonger avec trop d'ardeur dans les œuvres extérieures du ministère, si bonnes soient-elles. En agissant ainsi, non seulement il compromettrait son propre salut éternel, comme l'Apôtre des Gentils le redoutait pour lui-même : Je châtie mon corps et je le tiens en servitude, disait-il, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé (72) ; mais il s'exposerait aussi à perdre sinon la grâce divine, du moins cette inspiration de l'Esprit-Saint qui donne à l'apostolat une force et une efficacité merveilleuses.
Du reste, s'il est dit à tous les chrétiens : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait (73), combien plus les prêtres doivent-ils considérer ces paroles du divin Maître comme leur étant surtout adressées, à eux qui, par spéciale vocation, sont appelés à Le suivre de plus près ! C'est pourquoi l'Eglise inculque sévèrement à tous les clercs ce très grave devoir qu'elle a inscrit dans le Code : « Les clercs doivent mener une vie intérieure et extérieure plus sainte que celle des laïques et leur servir d'exemple par la vertu et la rectitude de leurs actions (74) ». Et, comme le prêtre fait fonction d'ambassadeur au nom du Christ (75), il doit vivre de manière à pouvoir faire siennes les, paroles de l'Apôtre : Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ (76). Qu'il vive donc comme un autre Christ, qui illuminait et illumine encore le monde par l'éclat de ses vertus.
Mais si toutes les vertus chrétiennes doivent fleurir dans une âme sacerdotale, il y en a cependant certaines qui conviennent au prêtre de façon plus particulière et lui sont comme propres.
La première de toutes est la piété, selon l'exhortation de l'Apôtre à son cher Timothée : Exerce-toi à la piété (77). De fait, si les relations d'amitié du prêtre avec Dieu sont si intimes, si fréquentes et si délicates, elles doivent être accompagnées et comme embaumées du parfum de la piété ; si la piété est utile à tout (78), elle est utile par-dessus tout au bon exercice du ministère sacerdotal. Sans la piété, les actions les plus saintes, les rites les plus augustes, seront exécutés par routine. Il leur manquera en effet, sans nul doute, l'esprit, l'inspiration, la vie. Aussi bien, la piété dont Nous parlons, Vénérables Frères, n'est-elle pas cette piété inconstante et superficielle qui plaît, mais ne nourrit pas ; qui flatte, mais ne sanctifie pas. Il s'agit bien plutôt de cette piété solide, qui n'est pas soumise aux fluctuations incessantes du sentiment, mais s'appuie si bien sur les principes de la doctrine la plus sûre et sur de fermes Convictions, que celui qui la possède est capable de résister aux assauts de la tentation.
Si sa piété doit en premier lieu avoir pour objet le Père qui est dans les cieux, qu'elle ne se porte pas moins vers la Mère de Dieu ; le prêtre, en effet, doit aimer la Vierge avec plus de délicatesse et plus d'ardeur que le simple fidèle, car les liens qui unissent le prêtre à Jésus-Christ sont plus étroits, comme plus profondes aussi les relations entre Marie et le divin Rédempteur.
Intimement unie à la piété, l'autre perle brillante du sacerdoce catholique est la chasteté : à sa parfaite observance les clercs de l'Église latine qui:ont reçu:les Ordres majeurs sont tenus en vertu d'une obligation si grave que, s'ils la transgressaient, ils se rendraient coupables jusqu'au sacrilège (79).
Si une même loi ne lie pas dans toute sa rigueur les clercs de l'Eglise Orientale, chez eux aussi pourtant le célibat catholique est en honneur : dans certains cas, spécialement pour les plus hauts degrés de la hiérarchie, il est une condition nécessaire et obligatoire.
La seule lumière de la raison fait percevoir un lien indubitable entre cette vertu et le ministère sacerdotal : puisque Dieu est esprit (80), il convient que celui qui se consacre à son service « se dépouille de son corps » en quelque manière. Déjà les anciens Romains avaient entrevu cette convenance. Une de leurs plus anciennes lois qui prescrit de « s'approcher chastement des dieux », est citée par leur plus grand orateur avec ce commentaire : « La loi ordonne qu'on s'approche des dieux chastement, c'est-à-dire avec une chasteté de l'âme, en qui tout réside ; cela n'exclut pas la chasteté du corps ; mais il faut comprendre que, l'âme étant supérieure au corps, pour garder la pureté du corps, celle de l'âme doit être gardée bien mieux encore (81) ».
Sous l'Ancienne loi, Moïse commanda au nom de Dieu à Aaron et à ses fils de ne pas sortir du Tabernacle, et donc d'observer la continence, pendant les sept jours que durait leur consécration (82).
Mais, au sacerdoce chrétien, si supérieur à l'ancien, convenait en vérité une pureté beaucoup plus grande. De fait, la première trace écrite de la loi du célibat ecclésiastique — ce qui suppose évidemment une coutume plus ancienne — se rencontre dans un canon du Concile d'Elvire (83), au début du IV° siècle, alors que la persécution sévissait encore. Il ne fait d'ailleurs que rendre obligatoire une certaine exigence qui ressort, pourrions-Nous dire, de l'Évangile et de la prédication apostolique.
La haute estime que le divin Maître — cette « fleur d'une Vierge Mère », comme chante la liturgie (84) — à témoigné pour le don de chasteté, en l'exaltant au-dessus des forces ordinaires de l'homme (85) ; sa volonté d'être élevé dès l'enfance à Nazareth dans la famille virginale de Marie et de Joseph ; sa prédilection pour les âmes pures, comme les deux Jean, le Baptiste et l'Évangéliste ; la parole enfin du grand apôtre Paul, fidèle interprète de la loi évangélique et des pensées du Christ, prêchant le prix inestimable de la virginité, surtout dans le but d'un service de Dieu plus assidu : Celui qui est sans épouse, dit-il, se préoccupe des choses du Seigneur et cherche comment plaire à Dieu (86) ; tout cela, Vénérables Frères, ne pouvait pas ne pas faire éprouver aux prêtres de la Nouvelle Alliance l'attrait céleste de cette vertu de choix, leur faire désirer d'être du nombre de ceux à qui il a été donné de comprendre cette parole (87), et leur faire adopter spontanément cette observance, qui sera dans la suite sanctionnée par une loi très grave dans toute l'Eglise latine. Dès la fin du IV° siècle, le III° Concile de Carthage prescrit que « ce que les Apôtres ont enseigné et ce que nos Prédécesseurs ont observé, nous aussi, nous y soyons fidèles (88) ».
Il ne manque pas de témoignages d'illustres Père d'Orient qui exaltent l'excellence du célibat ecclésiastique et montrent qu'à cette époque il y avait, là où la discipline était plus sévère, accord entre l'Eglise latine et l'Eglise orientale. A la fin du IV° siècle, saint Epiphane, pour citer quelques exemples illustres, atteste que la loi du célibat s'étendait déjà aux sous-diacres : « (L'Eglise) n'admet pas au diaconat, à la prêtrise, à l'épiscopat, au sous-diaconat, celui qui, est encore dans les liens du mariage et s'occupe de ses enfants, n'eût-il été marié qu'une fois (89) ; elle n'accepte que celui qui a renoncé à la vie conjugale où est veuf ; et cela se voit principalement là où l'on observe avec soin les canons de l'Église (90) ». Mais le plus éloquent en cette matière, c'est le saint diacre d'Edesse, le Docteur en l'Eglise universelle, Ephrem le Syrien, « appelé à juste titre la cithare de l'Esprit-Saint (91) ». Il s'adresse dans un de ses chants à son ami l’évêque Abraham : « Tu es digne de ton nom, Abraham, lui dit-il, parce que tu es devenu le père de nombreux enfants. Mais parce que tu n'as pas d'épouse comme Abraham avait Sarah, ton épouse à toi, c'est ton troupeau. Elève ses fils dans ta vérité ; qu'ils deviennent pour toi fils de l'Esprit et fils de la promesse afin qu'ils deviennent héritiers dans le Paradis. O beau fruit de la chasteté en qui le sacerdoce s'est complu…, l'huile sainte a coulé et Il t'a oint, Il t'a imposé les mains et Il t'a choisi, l'Eglise t'a discerné et t'aime (92) ». Et ailleurs : « Il ne suffit pas au prêtre et à sa dignité de se purifier l'âme, de se purifier la langue, les mains et tout le corps, quand il offre le Corps vivant [du Christ], mais c'est en tout temps qu'il doit être pur, parce qu'il est établi comme médiateur entre Dieu et le genre humain. Louange à Celui qui rendit purs ses ministres (93) ». Et saint Jean Chrysostome affirme que « pour cette raison, celui qui exerce le sacerdoce doit être aussi pur que s'il se trouvait dans les deux au milieu des Puissances (94) ».
Du reste, là sublimité même, ou pour employer l'expression de saint Epiphane, « l'honneur et la dignité incroyables (95) » du sacerdoce chrétien, que Nous avons déjà brièvement exposée, démontre la souveraine convenance du célibat ecclésiastique et de la loi qui l'impose aux ministres de l'autel : celui qui accomplit une fonction dépassant d'une certaine manière celle des purs esprits qui se tiennent devant le Seigneur (96), n'est-il pas juste qu'il soit obligé de vivre autant que possible comme un pur esprit ? Celui qui doit être tout entier aux affaires du Seigneur (97), n'est-il pas juste qu'il soit détaché des choses terrestres et que sa vie soit toujours dans les cieux (98) ? Celui qui doit être continuellement préoccupé du salut éternel des hommes et continuer pour sa part l'œuvre du Rédempteur, n'est-il pas juste qu'il se libère des préoccupations d'une famille personnelle, qui absorberaient une grande partie de son activité ?
Et, en vérité, c'est un spectacle plein de grandeur et digne d'admiration, quelque fréquent qu'il soit dans l'Eglise catholique, que celui des jeunes clercs qui, avant de recevoir l'ordre sacré du sous-diaconat, c'est-à-dire avant de se consacrer entièrement au service et au culte de Dieu, renoncent librement aux joies et aux satisfactions qu'ils pourraient légitimement se permettre dans un autre état de vie ! Nous disons bien « librement », car s'il est vrai qu'après l'ordination ils ne seront plus libres de contracter mariage, à l'ordination toutefois ils se présentent sans y être contraints par aucune loi ni par personne, mais spontanément et de leur propre mouvement (99).
Tout ce que Nous avons dit pour recommander le célibat ecclésiastique, il n'est pas dans Notre volonté qu'on l'interprète comme, un blâme et une remontrance à l'égard de la discipline, différente, légitimement admise dans l'Église orientale (100). Notre seule intention est d'exalter cette vérité, que Nous considérons comme la gloire la plus pure du sacerdoce catholique et la meilleure réponse aux désirs du Cœur de Jésus et à ses desseins sur les âmes sacerdotales.
Non moins que par la chasteté, le prêtre catholique doit se faire remarquer par son désintéressement. Au milieu d'un monde corrompu où tout se vend et tout s'achète, qu'il passe exempt de tout égoïsme, méprisant toute basse cupidité ; qu'il se donne à la recherche des âmes, non de l'argent, de la gloire de Dieu, non de la sienne ; Qu'il ne soit ni le mercenaire qui travaille pour un salaire, ni le fonctionnaire qui, tout en étant consciencieux dans son emploi, pense aussi à sa carrière et à son avancement ; qu'il soit plutôt le bon soldat du Christ qui ne s'embarrasse pas des affaires du monde pour plaire à Celui auquel il s'est consacré (101), le ministre de Dieu et le père des âmes ; et qu'il sache que son travail et ses soucis, ne peuvent trouver âne juste compensation dans les trésors et les honneurs de la terre. Il ne lui est pas interdit de recevoir ce qui est convenable pour son entretien, selon cette parole de l'Apôtre : Ceux qui servent à l'autel participent à l'autel ; ... le Seigneur Lui-même a prescrit à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l'Evangile (102) ; mais « appelé à l'héritage du Seigneur », comme l'indique son nom même de clerc (103), qu'il n'attende aucune autre récompense que celle que Jésus promettait à ses apôtres : Votre récompense est grande dans les cieux (104).
Malheur au prêtre si, oublieux des divines promesses, il commençait à se montrer avide d'un gain honteux (105) et se perdait dans la foule de ces mondains sur qui l'Eglise gémit avec l’Apôtre : Tous en effet cherchent leurs intérêts personnels, et non ceux de Jésus-Christ (106). En pareil cas, outre qu'il faillirait à sa mission, le prêtre ne recueillerait que le mépris de son peuple ; celui-ci constaterait vite, en effet, la déplorable contradiction qui existe entre sa conduite et la doctrine évangélique qu'il doit prêcher et qui, est si clairement exprimée par le divin Maître : N'amassez pas pour vous des, trésors sur la terre, ou les vers et la rouille les consument, ou les voleurs percent les murs et dérobent. Amassez-vous plutôt des trésors dans les cieux (107). Si l'on pense que Judas, l'un des Apôtres du Christ — « l'un des douze », notent avec tristesse les évangélistes — fut conduit à l'abîme précisément par l'avarice, on comprend facilement que ce même esprit de lucre ait pu causer tant de dommages à l'Eglise à travers les siècles. L'avarice, qui est appelée par le Saint-Esprit la racine de tous les maux (108), peut entraîner un homme à n'importe quelle faute ; et même s'il ne va pas si loin, le prêtre marqué d'un tel vice, fait, consciemment ou non, cause commune avec les ennemis de Dieu et de l'Eglise et seconde leurs desseins iniques.
Au contraire, un désintéressement sincère concilie au prêtre tous les cœurs ; d'autant plus que ce détachement des biens matériels, entretenu par la force intime de la foi chrétienne, est toujours accompagné de cette compassion pour toutes les misères, qui fait du prêtre un vrai père des pauvres ; se souvenant de ces paroles de Jésus-Christ : Tout ce que vous aurez fait au plus petit de mes frères, c'est à Moi-même que vous l'aurez fait (109), un tel prêtre voit dans les pauvres le Rédempteur Lui-même et il les aime d'un amour de prédilection.
Libéré ainsi des principaux liens qui pourraient le tenir attaché au monde — liens de la famille, liens de l'égoïsme — le prêtre sera davantage enflammé de ce feu céleste de l'amour, l'amour des âmes s'entend, qui jaillit de l'intime du Cœur de Jésus-Christ et ne cherche qu'à se communiquer aux cœurs apostoliques et à embraser toute la terre (110). Ce zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes — ainsi qu'il est dit de Jésus dans l'Écriture (111) — doit enflammer et pour ainsi dire consumer le prêtre, et le porter dans l'oubli de lui-même et de ses intérêts, à se consacrer tout entier à sa sublime mission, cherchant sans cesse les moyens les plus efficaces de la remplir toujours plus largement et toujours mieux.
Comment un prêtre peut-il méditer l'Évangile, entendre la plainte du bon Pasteur : J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail et celles-là aussi, il faut que Je les amène (112), voir les champs déjà blanchis pour la moisson (113), sans s'offrir au Maître de la moisson comme un ouvrier infatigable, et s'enflammer du désir de ramener sur le droit chemin les brebis égarées ? Comment un prêtre peut-il voir tant de foules errer comme des brebis sans pasteur (114) — non seulement dans les pays de missions, mais aussi hélas ! dans des pays d'antique chrétienté — sans participer profondément à cette vive compassion que le divin Cœur de Jésus-Christ ressentit, tant de fois (115) ? Nous parlons d'un prêtre qui a conscience de posséder les paroles de la vie éternelle (116) et de tenir en ses mains les moyens de régénération et de salut. Mais, Dieu en soit loué, cette flamme du zèle apostolique est l'un des plus brillants rayons qui resplendissent au front du sacerdoce catholique, et c'est pour Notre cœur paternel un grand réconfort de voir Nos Vénérables Frères et Nos très chers fils, les évêques et les prêtres, assemblés en un corps d'élite, toujours prêts, pour répondre à l'appel du Chef de l'Église, à courir au bout du monde pour y livrer les pacifiques combats de la vérité contre l'erreur, de la lumière contre les ténèbres, du règne de Dieu contre le règne de Satan.
Mais du fait même que le prêtre catholique est un soldat fort et résolu, il doit posséder l'esprit de discipline ou mieux, pour parler chrétien, l'amour de l'obéissance. Grâce à celle-ci, les différents degrés de la hiérarchie sont harmonieusement unis entre eux et « une admirable variété préside à la vie et au gouvernement de la Sainte Église, tandis qu'en son sein les uns sont consacrés évêques, les autres prêtres, ...et que cette multitude de membres de dignité inégale constitue l'unique Corps du Christ (117) ». Cette obéissance, les prêtres l'ont promise à leur évêque, à l'aube de leur sacerdoce ; cette obéissance, les évêques, au jour de leur consécration, l'ont eux aussi jurée au Chef suprême visible de la catholicité, au successeur de Pierre, au Vicaire de Jésus-Christ.
Que l'obéissance lie donc toujours plus fortement les différents membres de la sainte hiérarchie entre eux, qu'elle les lie toujours plus fortement au Souverain Pontife, rendant ainsi l'Église militante vraiment terrible aux ennemis de Dieu comme une armée rangée en. Bataille (118). Que l'obéissance tempère le zèle peut-être trop ardent des uns, et qu'elle stimule la faiblesse et l'inertie des autres ; qu'elle assigne à chacun son poste et ses attributions, et que chacun s'y dévoue sans opposer à l'autorité légitime des résistances qui ne feraient qu'entraver l'œuvre magnifique de l'Église ; que chacun voie dans les mesures prises par ses Supérieurs l'ordre même de Jésus-Christ, Lui qui est de la religion catholique l'unique Fondateur et Chef auquel tous obéissent, Lui qui s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et jusqu’à la mort de la Croix (119).
De fait, le divin et suprême Pontife a voulu que son obéissance très parfaite au Père Éternel nous fut manifestée, d'une manière particulière, et c'est pourquoi nombreux sont, chez les prophètes et les évangélistes, les témoignages de cette entière soumission : En entrant dans le monde, Il a dit : Vous n'avez voulu ni sacrifice, ni ablation, mais vous M'avez formé un corps... Alors, J'ai dit : Me voici ; comme il est écrit de Moi en tête du livre, Je viens, ô Dieu, pour faire Votre volonté (120). Ma nourriture est défaire la volonté de Celui qui M'a envoyé (121). Et même sur la croix, Il ne voulut pas remettre son âme entre les mains du Père, sans avoir solennellement déclaré que tout était accompli de ce que les Saintes Écritures avaient prédit de Lui ; tout, c'est-à-dire la mission qui Lui avait été confiée par le Père, jusqu'à ce mystérieux « Sitio » qu'Il prononça précisément pour que l'Écriture fût accomplie (122). Il voulut sans nul doute montrer par là que même le zèle le plus ardent doit être toujours profondément soumis à la volonté du Père, toujours conforme à la volonté de ceux qui tiennent pour nous la place du Père et nous font connaître ses volontés, les Supérieurs hiérarchiques légitimes.
Mais la figure du prêtre catholique, que Nous voulons mettre en lumière au regard du monde entier, serait incomplète si Nous omettions de faire mention d'une autre qualité sacerdotale que l'Église exige de lui : la science.
Le prêtre catholique est constitué maître en Israël (123), par la mission, qu'il a reçue du Christ Jésus, d'enseigner la vérité : Enseignez toutes les nations (124). Il doit transmettre la doctrine du salut et, selon que nous en avertit l'Apôtre des Gentils, il en est redevable aux savants et aux ignorants (125). Mais comment pourrait-il la communiquer aux autres, s'il ne la possède pas lui-même : Les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science, et c'est de sa bouche qu'on demande l'enseignement, dit le Saint-Esprit dans Malachie (126) ; et personne ne pourrait, pour recommander la science sacerdotale, prononcer parole plus grave que celle que prononça la Sagesse divine elle-même par la bouche d'Osée : Parce que tu as rejeté la science, Je te rejetterai et tu ne seras pas mon prêtre (127). Le prêtre doit posséder pleinement la doctrine de la foi et de la morale catholique ; il doit savoir la proposer, et rendre raison des dogmes, des lois, du culte de l'Église dont il est le ministre ; il doit, par la vertu et l'éclat de sa parole, dissiper l'ignorance, qui, malgré les progrès de la science profane, enténèbre en matière de religion l'esprit de tant de nos contemporains. Jamais n'a été si opportun qu'aujourd'hui l'avertissement de Tertullien : « Le seul désir de la vérité parfois est de ne pas être condamnée sans être entendue (128) ». C'est le devoir du prêtre de délivrer les intelligences des préjugés et des erreurs accumulés par la haine des adversaires : aux hommes de ce siècle, si avides de vérité, il la montrera avec une sereine franchise ; aux esprits encore indécis ou travaillés par le doute, il inspirera courage et confiance, les guidant avec assurance vers le port de la foi catholique, à laquelle son enseignement leur aura permis d'adhérer fermement ; enfin aux assauts de l'erreur opiniâtre et obstinée, il opposera une résistance énergique et un courage à la fois calme et ferme.
Il est donc nécessaire, Vénérables Frères, que le prêtre, même au milieu des occupations et des soucis de son ministère, reprenne et approfondisse, selon ses moyens, ses études théologiques, et qu'il ajoute au bagage de connaissances emporté du Séminaire une maîtrise toujours plus grande des sciences sacrées, qui le rende de plus en plus apte à la prédication et à la direction des âmes (129).
En outre, pour l'honneur de sa fonction et afin de gagner, comme il convient, la confiance et l'estime du peuple, si utiles pour l'efficacité de son ministère pastoral, le prêtre doit posséder l'ensemble des connaissances profanes qui constituent le patrimoine des hommes cultivés de son temps : c'est dire qu'il sera sainement ouvert aux progrès et aux besoins modernes, à l'exemple de l'Église catholique, qui embrasse tous les temps et tous les milieux, encourage toutes les saines initiatives, et favorise sans crainte les progrès, même les plus hardis, d'une science authentique.
En tous temps d'ailleurs, le clergé, s'est distingué dans tous les domaines du savoir humain ; autrefois même, il fut à l'avant-garde de celui-ci, au point que clerc devînt synonyme de savant. Et après avoir conservé et sauvé les trésors de la culture antique qui, sans elle et ses monastères, se seraient presque entièrement perdus, l'Église a montré au surplus, en la personne de ses plus illustres docteurs, comment toutes les connaissances humaines peuvent servir à illustrer et à défendre la foi catholique. De cette vérité, Nous avons Nous-même récemment donné au monde un lumineux exemple, en couronnant du nimbe des Saints et de l'auréole des Docteurs, le Maître illustre de l'éminent Thomas d'Aquin, cet Albert le Teutonique, que ses contemporains honoraient déjà du nom de Grand et de Docteur universel (130).
Aujourd'hui évidemment, on ne peut demander que le clergé tienne pareillement la tête dans tous les domaines du savoir : le patrimoine scientifique de l'humanité est devenu chose tellement vaste, qu'aucun homme ne peut le posséder entièrement, encore moins devenir compétent en chacune de ses innombrables branches. Il faut toutefois prudemment encourager ceux des membres du clergé qui, par leurs goûts et leurs dons spéciaux, se sentent appelés à cultiver telle science, ou tel art, qui ne messied pas à leur condition ecclésiastique ; ces études, si on les maintient dans les limites nécessaires et sous la direction de l'Église, tournent en effet à l'honneur de cette même Église et à la gloire de son divin Chef Jésus-Christ. Et par ailleurs, les autres clercs ne se contenteront pas de ce qui suffisait peut-être en d'autres temps ; ils s'efforceront d'acquérir une culture générale plus vaste et plus complète, qui réponde au niveau plus élevé et à l'extension plus large des connaissances modernes, comparées, — du moins sous l'angle des découvertes scientifiques — à celles des siècles passés.
Que si parfois le Seigneur qui se joue dans le Monde (131) a voulu élever à la dignité sacerdotale et opérer des merveilles de bien par l'entremise d'hommes presque entièrement dépourvus de ce patrimoine de connaissances dont Nous parlons, ce fut sans doute pour nous apprendre à estimer plus la sainteté que la science, à nous appuyer davantage sur les secours divins que sur les ressources humaines ; en d'autres termes, c'est parce que le monde a besoin de temps à autre de s'entendre répéter et de méditer cette vérité salutaire : Ce qui est fou aux yeux du monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages... pour qu'aucune chair ne se glorifie devant Lui (132). Mais, de même que dans la nature les miracles suspendent pour un moment l'effet des lois physiques sans les supprimer, ainsi l'existence de ces hommes, vrais miracles-vivants, en qui la sainteté suppléa en quelque sorte à tout, est loin de diminuer, au contraire, la vérité et la nécessité de ce que Nous venons de dire.
Cette nécessité, pour les prêtres, de briller par l'éclat de leur vertu et de leur science, et d'être cette bonne odeur du Christ (133) partout répandue, est aujourd'hui d'autant plus opportune que l'Action Catholique — ce mouvement si réconfortant qui entraîne les cœurs vers les plus hauts sommets de la perfection — met les laïques en contact plus fréquent et en collaboration plus intime avec le prêtre, en qui ils doivent trouver un maître de doctrine, un exemple de vie chrétienne et de zèle apostolique (134).
De la dignité si éminente du sacerdoce et des qualités si relevées qu'il réclame, dérive, Vénérables Frères, l'inéluctable nécessité de donner aux séminaristes une formation proportionnée.
Consciente de cette nécessité, l'Église n’a peut-être jamais, au cours des siècles, témoigné pour aucune autre œuvre une aussi tendre sollicitude, une aussi maternelle préoccupation que pour la formation de ses prêtres. Elle n'ignore pas que si la moralité des populations et leur profession de la foi catholique dépend de l'action du clergé, celle-ci tire sa force de la formation donnée aux prêtres ; c'est d'eux aussi que l’Esprit-Saint déclare : La voie suivie dans son adolescence, à l'heure de sa vieillesse il ne s'en écartera pas (135). Aussi l'Église, inspirée de Dieu, a-t-elle voulu que partout fussent érigés des Séminaires pour y former avec un soin tout particulier les aspirants au sacerdoce.
Le Séminaire doit donc étire comme la pupille de vos yeux, Vénérables Frères qui partagez avec Nous le redoutable fardeau du gouvernement de l'Église. Qu'il soit l'objet principal de vos soins. Veillez surtout au choix des Supérieurs, des maîtres et tout particulièrement du directeur spirituel auquel incombe une part si délicate et si importante dans la formation de l'âme sacerdotale. Donnez à vos Séminaires les prêtres les meilleurs ; ne craignez pas de les dérober même à des charges apparemment plus importantes mais qui, en réalité, ne peuvent être comparées à cette œuvre capitale et irremplaçable. Faites-les au besoin venir d'ailleurs, de partout où vous trouverez des prêtres vraiment aptes à cette tâche. Choisissez-les tels que, par l'exemple encore plus que par la parole, ils enseignent les vertus sacerdotales ; qu'ils instruisent leurs élèves, de façon à leur donner un esprit solide, viril, apostolique. Que, par eux, fleurissent dans le Séminaire la piété, la pureté, la discipline, l'étude ; qu'ils prémunissent avec soin les jeunes gens non seulement contre les tentations présentes, mais aussi contre les périls autrement graves qui les assailliront plus tard, et auxquels ils devront faire face pour le salut de tous (136).
Et pour que les futurs prêtres puissent avoir cette science qu'exigent, comme Nous le disions, les temps présents, il est l'une suprême importance qu'après une solide formation classique ils soient initiés et entraînés à la philosophie scolastique « selon la méthode, la doctrine et les principes du Docteur angélique (137) ». Cette philosophie de tous les temps, philosophia perennis, comme l'appelle Léon XIII, Notre Prédécesseur d'immortelle mémoire, leur est nécessaire pour approfondir les principales vérités chrétiennes bien plus, elle les prémunit contre les erreurs modernes, quelles qu'elles soient, et elle donnera à leur esprit une pénétration qui leur permettra de discerner la vérité bien mieux que ceux qui ignorent cette philosophie, si vaste que soit par ailleurs leur érudition.
Si, comme c'est le cas en certaines régions, l'exiguïté des diocèses, la douloureuse pénurie des vocations ou le manque de ressources et d'hommes capables ne permettent pas à chaque évêque de bien équiper son propre Séminaire — selon les règles du droit canonique (138) et les autres prescriptions de l'Église — il est alors souverainement opportun que les évêques de la région unissent leurs forces, en un fraternel concours, et les concentrent sur un Séminaire commun répondant pleinement à sa haute destination.
Les grands avantages qui en résulteront, compenseront amplement les sacrifices supportés ; et s'il coûte parfois au cœur de l'évêque de voir les séminaristes s'éloigner momentanément du pasteur qui aurait aimé communiquée lui-même à ses futurs collaborateurs l'esprit apostolique qui l'anime, s'il lui en coûte de les voir s'éloigner aussi du sol qui sera un jour leur champ d'apostolat, tout cela sera largement compensé le jour où l'évêque les verra revenir mieux formés et plus riches de ce patrimoine spirituel dont ils feront bénéficier ceux qui les entourent pour le plus grand profit du diocèse. Voilà pourquoi Nous n'avons négligé aucune occasion d'encourager, de promouvoir pareilles initiatives ; souvent même Nous les avons suggérées et recommandées. Quant à Nous, chacun sait que Nous n'avons reculé devant aucun souci ni aucun frais pour construire, agrandir ou aménager quelques-uns de ces Séminaires régionaux, là où Nous l'avons jugé nécessaire ; Dieu aidant, Nous continuerons, dans l'avenir, à consacrer tout Notre zèle à une œuvre que Nous rangeons parmi les plus utiles à l'Église.
Pourtant, tout ce magnifique effort pour l'éducation des futurs prêtres servirait de peu sans une soigneuse sélection de ceux mêmes pour qui sont faits les Séminaires. A cette sélection ont à concourir, chacun pour sa part, tous ceux qui sont préposés à la formation du clergé : Supérieurs, directeurs spirituels, confesseurs. Selon le mode et dans les limites qui conviennent à leurs charges, ils doivent avec dévouement cultiver et fortifier les vocations sacerdotales inspirées de Dieu ; mais avec le même zèle, ils doivent écarter à temps des saints Ordres les jeunes gens qu'ils voient dépourvus des qualités nécessaires et qu'ils prévoient inaptes à remplir dignement le ministère sacerdotal. Et bien qu'il soit de beaucoup préférable de procéder tout de suite à l'élimination, car tout retard en ces sortes d'affaires est source tout à la fois d'erreurs et de détriments, néanmoins, si l'on a tardé pour quelque motif que ce soit, il faut corriger l'erreur commise, dès qu'on s'en aperçoit, sans s'arrêter à aucune considération humaine. Que ceux qui ont le devoir de prendre ces décisions ne se laissent pas émouvoir par des sentiments de fausse miséricorde : Ce serait un crime, non seulement envers d'Église à qui on livrerait uin ministre incapable ou indignei mais également envers le jeune homme lui-même, dont la fausse orientation compromettrait gravement le salut éternel et serait une occasion de chute pour lui-même autant que pour autrui (139).
Il ne sera pas difficile au Supérieur de Séminaire vigilant et expérimenté qui suit individuellement et avec sollicitude les jeunes gens confiés à ses soins, qui observe avec attention leurs aptitudes et leurs tendances, il ne lui sera certes pas difficile de discerner quels sont ceux qui ont une vraie vocation sacerdotale. Cette disposition (140) aux fonctions sacrées, vous le savez bien, Vénérables Frères, est prouvée, moins par un appel intérieur de la conscience ou par un attrait sensible — qui peuvent parfois manquer — que par l'intention droite de l'aspirant au sacerdoce, jointe à cet ensemble de qualités du corps et de l'esprit qui le rendent propre à cet état (141). Quiconque aspire au sacerdoce uniquement pour le motif de se consacrer au service de Dieu et au salut des âmes, et en même temps possède, ou du moins s'efforce d'acquérir, une solide piété, une chasteté éprouvée, une science suffisante au sens où Nous l'avons exposée plus haut, est manifestement appelé par, Dieu à l'état sacerdotal.
Celui-là, au contraire, qui, poussé peut-être par des parents mal inspirés, voudrait embrasser cet état dans la perspective de bénéficier de profits et d'avantages temporels — ainsi qu'il arrivait plus fréquemment jadis — celui qui est habituellement réfractaire à la dépendance et à la discipline, peu enclin à la piété, peu studieux et peu zélé pour les âmes ; celui surtout qui est porté à la sensualité et qu'une expérience prolongée montre incapable de la vaincre ; celui qui a si peu de disposition pour les études que l'on prévoit qu'il n'en pourra suivre, de façon satisfaisante, le cours normal : tous ceux-là ne sont pas faits pour le sacerdoce. Ne pas les écarter à temps du Séminaire, c'est leur rendre plus difficile le départ dans la suite, c'est même peut-être les engager dans les liens de cette très lourde charge sans vocation ni esprit sacerdotal (142).
Que les Supérieurs de Séminaires, que les directeurs spirituels et les confesseurs songent à la grave responsabilité qu'ils assument devant Dieu, devant l'Église, devant les jeunes gens eux-mêmes si, pour leur part, ils ne font pas tout le possible pour empêcher de telles erreurs.
Si Nous disons que les confesseurs et les directeurs spirituels pourraient eux aussi dans leurs fonctions encourir ce risque, ce n'est pas qu'ils puissent en aucune façon agir au for externe ; ce leur est au contraire interdit du fait de leur ministère religieux et souvent même par l'inviolable secret sacramentel ; ils peuvent cependant exercer une influence profonde sur l'esprit de chacun des élèves et les guider avec une paternelle fermeté, chacun suivant les exigences de son bien spirituel. Dans le cas notamment où les Supérieurs n'agiraient point ou se montreraient trop faibles, ils doivent, en vertu de leur charge, et sans aucune considération humaine, faire aux incapables comme aux indignes un devoir de conscience de quitter le Séminaire tandis qu'il en est encore temps : pour trancher ces cas, ils s'en tiendront à la solution la plus sûre, qui est également ici la plus avantageuse aux élèves, puisqu'elle les détourne d'une voie qui les pourrait conduire à leur perte éternelle.
Si parfois le, devoir de conscience n'apparaît pas assez clairement, qu'ils usent du moins de l'autorité qu'ils tiennent de leur charge et de leur affection paternelle envers leurs élèves pour amener à se retirer spontanément ceux en qui ils ne constateraient pas les dispositions requises. Que les confesseurs gravent en leur esprit ces avertissements de saint Alphonse de Liguori : « La plupart du temps, plus le confesseur usera (dans les cas de cette sorte) de rigueur envers ses pénitents, plus il contribuerai leur salut ; au contraire, plus il se montrera indulgent, plus il sera effectivement cruel. Saint Thomas de Villeneuve traitait les confesseurs trop doux d'hommes à la pitié cruelle, impie pios. Une telle charité est contraire à la charité (143) ».
Mais ce danger, c'est évidemment surtout l'évêque qui l'encourt, car, selon la loi rigoureuse de l'Église, « il ne doit conférer les ordres sacrés à aucun sujet sans avoir la certitude morale, fondée sur des raisons positives, de son aptitude canonique ; faute de quoi non seulement il se rend coupable d'un péché très grave, mais il s'expose en outre à encourir sa part de responsabilité dans les péchés d'autrui (144) ». Ce canon n'est d'ailleurs que l'écho fidèle du conseil de l'Apôtre à Timothée : N'impose précipitamment les mains à personne pour n’avoir point part aux péchés d'autrui (145).
« Or, commente Notre Prédécesseur saint Léon le Grand, qu'est-ce donc qu'imposer hâtivement les mains, sinon conférer la dignité sacerdotale à des candidats non éprouvés, sans attendre la maturité de l'âge, l'épreuve du temps, le mérite de l'obéissance, l'expérience de la discipline ? Et que veut dire : participer aux péchés d'autrui, sinon que le consécrateur devient semblable à celui qui ne méritait pas d'être ordonné (146) ? » En effet, dit saint Jean Chrysostome s'adressant à l'évêque : « Tu paieras la peine de ses péchés passés, et futurs, toi qui l'as constitué en dignité (147) ».
Dures paroles, Vénérables Frères, mais plus redoutable encore la responsabilité qu'elles soulignent, et qui, faisait dire au grand évêque de Milan, saint Charles Borromée : « En cette matière, une légère négligence peut me charger d'une lourde faute (148) ». Tenez-vous en donc au conseil de saint Jean Chrysostome cité plus haut : « Ce n'est pas après une première, une seconde, une troisième épreuve, mais après une réflexion prolongée, après un minutieux examen que tu imposeras les mains (149) ». Et ceci s'applique avant tout à la sainteté de vie du candidat au sacerdoce : « Il ne suffit pas, dit le saint Évêque et Docteur Alphonse-Marie de Liguori, que l'évêque ne trouve rien de mal chez l'ordinand ; il doit être certain de sa vertu positive (150) ». Ne craignez donc pas de paraître trop sévères si, usant de votre droit, vous exigez préalablement ces preuves positives, et si, en cas de doute, vous remettez à plus tard l'ordination. Comme l'enseigne si bien saint Grégoire le Grand : « Il est vrai que l'on coupe dans la forêt les bois destinés aux constructions ; mais on ne les charge pas, encore verts, du poids des édifices ; il faut qu'une longue attente leur ait permis de sécher et de devenir aptes à cet usage ; si l'on ne prend pas cette précaution, bien vite ils cèdent sous la charge (151) » ; à cette comparaison semblent faire écho les claires paroles du Docteur angélique : « Les ordres sacrés présupposent la sainteté ;…le fardeau des ordres repose ainsi sur des murailles que la sainteté a déjà débarrassées de l'humidité des vices (152) ».
Du reste, si chacun, pour sa part, observe parfaitement les prescriptions canoniques, si l'on s'en tient aux règles que Nous avons fait promulguer, il y a quelques années, sur ce sujet par la S. Congrégation des Sacrements (153), on épargnera bien des larmes à l'Eglise catholique, et aux fidèles bien des scandales causés par la vie de certains prêtres.
Et, Nous adressant ici aux Supérieurs Généraux des Ordres religieux, Nous voulons les avertir fermement que, s'ils ont des jeunes clercs à préparer au sacerdoce, ils ne doivent pas seulement observer les règles que Nous avons édictées pour eux (154), non moins que pour le clergé séculier ; mais plus encore ils regarderont comme s'adressant également à eux-mêmes, tout ce que Nous avons recommandé jusqu'ici à propos de la formation du clergé ; ce sont en effet les Supérieurs religieux qui présentent leurs sujets à l'ordination et l'évêque s'en rapporte d'ordinaire à leur jugement.
Que ni les évêques ni les Supérieurs religieux ne se laissent détourner de cette nécessaire sévérité par la crainte que le nombre des prêtres du diocèse ou de l'Institut n'en vienne à décroître. Saint Thomas d'Aquin s'est déjà posé la question et voici comme il y répond avec sa clarté et sa sagesse coutumières : « Dieu n'abandonne jamais son Église au point qu'on n'y trouve plus les hommes capables de suffire aux besoins du peuple, pourvu qu'on fasse avancer ceux qui en sont dignes et qu'on exclue les autres (155) ». Du reste, comme le remarque justement cet illustre Docteur, rapportant presque mot pour, mot les graves paroles du IV° Concile œcuménique du Latran (156) : « Si l'on ne pouvait plus trouver autant de prêtres qu'il y en a maintenant, mieux vaudrait avoir un petit nombre de bons prêtres que beaucoup de mauvais (157) ». Importante vérité, qui correspond tout à fait à ce que Nous disions Nous-même à un groupe imposant d'évêques d'Italie, lors du pèlerinage international des Séminaristes organisé l'année de Notre jubilé sacerdotal. Nous disions qu'un seul prêtre bien formé à ses très saintes fonctions vaut mieux que beaucoup de prêtres peu ou point préparés. Sur ces derniers, l'Église ne peut guère compter en effet, supposé même qu'ils ne lui soient pas un sujet de larmes (158). Quel compte terrible, Vénérables Frères, n'aurons-nous pas à rendre au Prince des Pasteurs (159), à l'Évêque suprême des âmes (160), si nous avons confié nos peuples à des chefs incapables et à des maîtres ignorants !
Si fermement qu'il faille tenir ce principe que le nombre ne doit pas être pour lui-même la préoccupation primordiale de qui collabore à la formation du clergé, tous, cependant, doivent s'efforcer d'envoyer à la vigne du Seigneur un nombre toujours plus grand d'ouvriers capables et courageux, d'autant plus quelles besoins spirituels de la société vont toujours croissant.
Et parmi les moyens de parvenir à un tel but, Nous recommandons, comme le plus efficace et à la portée de tous, la prière persévérante, selon le précepte de Jésus-Christ Lui-même : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans son champ (161). Quelle prière pourrait être plus agréable au Cœur sacré du Rédempteur ? Quelle prière peut espérer d'être exaucée plus vite et plus pleinement que celle-là, qui est si conforme aux ardents désirs de ce Cœur divin ? Alors, demandez et l'on vous donnera (162) ; dans vos prière, demandez au Seigneur de susciter à son Église de bons et saints prêtres : Il ne laissera pas sans réponse vos supplications, Lui qui a toujours donné au cours des siècles de tels prêtres à l'Église et qui, même aux époques moins propices apparemment à l'éclosion de vocations sacerdotales, les lui prodiguait en plus grande abondance. Il suffit pour s'en convaincre de citer, entre autres, les gloires de l'un et l'autre clergé au XIX° siècle. Parmi ces saints, brillent, comme des étoiles de première grandeur, ces trois vrais géants de la sainteté, si divers pourtant dans leur héroïsme, que Nous avons eu la joie d'honorer de l'auréole des Saints : saint Jean-Marie Vianney, saint Joseph-Benoît Cottolengo et saint Jean Bosco.
Il ne faut toutefois négliger aucun des moyens humains de cultiver avec le plus grand soin le germe de la vocation que Dieu dépose dans les cœurs généreux de tant de jeunes gens ; c'est pourquoi Nous louons, Nous bénissons et Nous recommandons de tout Notre cœur ces œuvres et ces initiatives suggérées par l'Esprit-Saint, qui visent surtout à conserver, à promouvoir, à seconder les vocations sacerdotales. « Pensons-y tant que nous voudrons, affirmait saint Vincent de Paul, cet homme brûlant de charité, nous ne trouverons pas que nous puissions contribuer à rien de plus grand qu'à faire de bons prêtres (163) ». De fait, rien n'est plus agréable à Dieu, plus honorable à l'Église, plus profitable aux âmes, que le don de saints prêtres. Si donc celui qui offre un verre d'eau au plus petit des disciples du Christ ne perdra pas sa récompense (164), quelle ne sera pas la récompense de celui qui met pour ainsi dire dans les mains pures d'un jeune clerc le calice sacré empourpré du Sang du Rédempteur, et qui l'aide à élever vers le ciel ce calice, gage de paix et de prospérité pour l'humanité ?
C'est ici que Notre pensée reconnaissante se porte vers cette Action Catholique que Nous avons constamment voulue, promue et défendue (165). En tant qu'elle est la participation du laïcat à l'apostolat hiérarchique de l'Église, il est impossible qu'elle ne porte pas à ce problème capital un intérêt très particulier. De fait, Nous la voyons avec grande satisfaction exceller dans cette branche de l'activité chrétienne comme elle le fait en toutes les autres ; et la plus belle récompense de son dévouement est précisément de voir cette admirable floraison de vocations sacerdotales et religieuses au sein de ses organisations de jeunesse. L'Action Catholique prouve par là qu'elle est véritablement un terrain fécond qui contient la semence de toute espèce de vertus, ou mieux encore un jardin bien gardé et bien cultivé où les fleurs les plus belles et les plus délicates peuvent s'épanouir sans danger. Que les militants apprécient l'honneur qui en rejaillit sur l'Action Catholique ; qu'ils se persuadent tous que la collaboration au recrutement du clergé séculier et régulier est pour eux la meilleure façon de participer à cette dignité du sacerdoce royal, dont le Prince des apôtres salue tout le peuple des rachetés (166).
Mais le premier jardin, et le mieux adapté, où doivent comme spontanément germer et éclore les fleurs du sanctuaire, c'est sans aucun doute la famille vraiment et profondément chrétienne. En fait, la plupart des évêques et des prêtres dont l’Église proclame la louange (167) doivent l'origine de leur vocation et de leur sainteté aux exemples d'un père rempli de foi et de vertu virile, d'une mère chaste et pieuse, d'une famille dont les membres pratiquaient parfaitement la charité envers Dieu et le prochain.
Les exceptions à cette règle courante de la Providence sont rares et ne font que confirmer la règle. Quand, dans une famille, les parents demandent à Dieu, comme Tobie et Sara, une nombreuse postérité où soit béni le Nom de Dieu dans les siècles des siècles (168) et qu'ils la reçoivent avec gratitude comme un don du ciel et un dépôt précieux ; quand ils s'efforcent d'inculquer à leurs enfants dès les premières années la crainte de Dieu, une tendre dévotion à Jésus-Eucharistie, l'amour de la Vierge Immaculée, le respect enfin envers les lieux et les personnes sacrés ; quand, de leur côté, les enfants voient dans leurs parents des modèles d'honnêteté, de travail et de piété ; quand ils les voient s'aimer saintement dans le Seigneur, s'approcher souvent des sacrements, obéir non seulement à la loi ecclésiastique de l'abstinence et du jeûne, mais en outre à l'esprit chrétien de la mortification volontaire ; quand ils voient toute la famille réunie faire la prière en commun ; quand ils voient leurs parents compatir à la misère et venir en aide aux pauvres selon leurs moyens ; alors, il est bien difficile que, tandis que tous les enfants s'efforceront de suivre les exemples des parents, il n'y en ait pas un au moins parmi eux qui n'entende au fond du cœur l'appel du divin Maître : Viens, suis-Moi (169), et Je te ferai pêcheur d'hommes (170). Bienheureux les parents qui, sans même avoir cette grandeur d'âme — plus commune autrefois qu'aujourd'hui — qui les ferait demander à Dieu pour leurs enfants la faveur de ces divins appels, cependant, loin de s'opposer à la vocation sacerdotale de leurs fils, y voient pour eux-mêmes un insigne honneur et pour leur famille un gage de la: prédilection divine.
Il faut reconnaître pourtant que, même dans des familles qui se disent catholiques — surtout, dans les classes sociales les plus élevées et les plus cultivées — on trouve des parents qui voient avec regret leurs enfants se consacrer à Dieu ; bien plus, ils ne craignent pas de combattre l'appel divin par toutes sortes d'arguments qui sapent la vocation de leurs enfants tant aimés, et même compromettent leur foi et leur salut éternel. Ces déplorables exemples ont pour résultat que les hautes classes ne donnent que très peu de leurs fils au clergé : ceci n'est pas plus à leur honneur que l'ancien abus de contraindre les enfants à l'état ecclésiastique sans vocation ni aptitude (171). Il est vrai que la dissipation de la vie moderne, les innombrables corruptions qui, surtout dans les grandes villes, assaillent la jeunesse, l'enseignement scolaire également dans bien des pays, constituent autant de causes qui expliquent en grande partie le refus opposé à l'appel du Christ, dans les familles aisées et cultivées ; on ne peut toutefois nier que cette situation témoigne aussi jusqu'à quel point la foi catholique s’est émoussée dans ces familles elles-mêmes. Et, de fait, si les parents chrétiens regardaient les choses à la lumière de ta foi, quelle dignité plus haute pourraient-ils désirer pour leurs enfants, quelle fonction plus excellente, que celle, disions-Nous, qui est digne de la vénération des hommes et des anges ? Une longue et douloureuse expérience nous enseigne du reste qu'une vocation trahie (et le mot n'est pas trop sévère) est la source de larmes non seulement pour les enfants, mais pour leurs aveugles parents qui les en ont détournés. Dieu veuille que ces larmes ne soient pas tellement tardives qu'elles doivent être éternelles.
Et maintenant, c'est à vous, chers fils, que Nous adressons directement Notre parole paternelle, à vous tous, prêtres de l'un et l'autre clergé, répandus dans tout l'univers. Vous qui êtes Notre gloire et Notre joie (172), qui supportez avec tant de générosité le poids du jour et de la chaleur (173), et Nous aidez si efficacement, Nous et Nos Frères dans l'épiscopat, à paître le troupeau du Christ, Nous vous témoignons Notre reconnaissance pour tant de labeurs assumés avec zèle, et Nous vous adressons, dans les besoins de l'heure présente, Nos vifs encouragements. Plus la situation actuelle semble, en effet, s'aggraver, et plus rigoureusement elle exige de vous, qui êtes le sel de la terre et la lumière du monde (174), une âme intrépide et un courage prêt à tout pour le salut des hommes.
Mais, pour que votre action soit, par la grâce de Dieu, aussi fructueuse qu'on est en droit de l'espérer, il faut que vous vous surpassiez par la sainteté de votre vie. C'est là la plus importante des qualités du prêtre catholique : sans elle, les autres dons comptent peu ; avec elle, même si ces dons ne sont pas exceptionnels, on peut accomplir des merveilles ; ce fut le cas, pour ne citer que deux exemples, de saint Joseph de Cupertino et, plus récemment, de l'humble curé d'Ars, Jean-Marie Vianney, que Nous avons donné à tous les pasteurs d'âmes comme modèle et céleste Patron (175). Aussi vous dirons-Nous avec l'Apôtre des Gentils : Considèrez votre vocation (176) ; il est impossible que cette méditation attentive ne vous fasse pas estimer toujours davantage cette grâce, qui vous fut conférée avec l'ordination sacerdotale, et ne vous stimule pas à vous montrer dans la vie dignes de la vocation à laquelle vous avez été appelés (177).
A atteindre cet idéal vous aidera beaucoup la pratique que Notre Prédécesseur de sainte mémoire, Pie X, dans sa fervente Exhortation au clergé catholique — que vous devez relire souvent — met en tête des moyens propres à conserver et augmenter la grâce sacerdotale (178) ; et cette pratique, Nous avons Nous-même à plusieurs reprises, et surtout dans Notre Encyclique Mens Nostra (179), cherché à en inculquer l'importance à tous Nos fils, mais plus spécialement aux prêtres : Nous voulons parler des exercices spirituels.
A l'heure où, s'achevait Nôtre Jubilé sacerdotal, Nous n'avons pas cru pouvoir laisser à Nos fils un meilleur et plus salutaire souvenir qu'en les invitant, par cette même Encyclique, à puiser l'eau vive jaillissant pour la vie éternelle (180) à cette source intarissable que Dieu a fait surgir providentiellement dans son Église. Et à vous, aujourd'hui, fils bien-aimés, à vous qui Nous êtes d'autant plus chers que vous travaillez plus directement avec Nous au progrès du Règne du Christ sur la terre, Nous croyons devoir renouveler cette pressante invitation, pour que vous ne cessiez pas de marcher dans les voies de la sainteté. Selon Nos instructions, et le mieux qu'il vous sera possible, retirez-vous de temps en temps du monde pour vous adonner à l'oraison ; et cela non seulement dans la mesure strictement prescrite par les lois de l'Église (181), mais plus souvent et plus longuement encore, si vous le pouvez ; vous vous réserverez aussi chaque mois une journée pour la consacrer à une prière plus fervente et à un plus grand recueillement (182), selon l'usage constant des prêtres les plus zélés (183).
De ces retraites, l'heureux résultat sera même parfois de faire revivre la grâce de Dieu (184) chez celui qui est venu au « service du Seigneur (185) » non pour répondre à un appel du Christ, mais sous l'influence de considérations humaines. Puisque désormais, il est, lui aussi, indissolublement lié à Dieu et à l'Église, il ne lui reste plus qu'à suivre le conseil de saint Bernard : « Fais en sorte que ta conduite soit bonne, ton zèle fervent et ton ministère saint : si la sainteté de vie n'a pas précédé, que du moins elle suive (186) » La grâce de Dieu, et précisément celle qui est propre au sacrement de l'Ordre, ne manquera pas — s'il le veut vraiment — de l'aider à corriger ce qui fut peut-être imparfait en ses débuts, non moins qu'à remplir désormais tous les devoirs de sa charge.
Tous enfin vous sortirez de ce temps de recueillement et de prières plus brûlants d'amour de Dieu, davantage animés de zèle pour le salut des âmes, mieux armés, contre les séductions du monde. Plus que jamais, tout cela est nécessaire aux prêtres ; en ces temps où, à côté d'un douloureux affaiblissement de la foi et d'un relâchement des mœurs, on observe chez les peuples un puissant réveil religieux, on sent un souffle de l'Esprit-Saint se répandre sur le monde pour le sanctifier et le renouveler de sa force créatrice (187). Remplis vous-mêmes de l’Esprit-Saint, vous porterez la flamme de l'amour divin, tel un incendie irrésistible, dans notre monde si troublé, vous le pénétrerez d'esprit chrétien, et vous le conduirez à son salut, car en dehors du Christ ; qui est le vrai Sauveur du monde (188), il n'y a plus aucun espoir de salut.
Et avant de terminer, c'est vers vous, jeunes clercs, qui vous destinez au sacerdoce, que se tourne avec affection Notre pensée ; du fond du cœur, Nous vous recommandons de vous préparer avec tout le soin possible à la mission à laquelle vous vous destinez. Vous êtes l'espoir de l'Église catholique et des peuples. C'est de vous qu'ils attendent le salut éternel, dont le principe est cette connaissance active et vivifiante de Dieu et de Jésus-Christ, qui est la vie éternelle de l'homme (189). Cherchez donc surtout, actuellement, par la piété, la pureté, l'humilité, l'obéissance, la discipline, l'étude, à devenu des prêtres vraiment selon le Cœur du Christ. Persuadez-vous que le soin avec lequel vous travaillerez à vous former, si grand et diligent soit-il, ne sera jamais excessif, puisque de cette formation dépend en grande partie la fécondité de votre future activité apostolique. Aussi, avec toute l'ardeur possible, appliquez-vous à briller dès maintenant de l'éclat des vertus que l'Église exigera de vous au jour de votre ordination : « Qu'une sagesse céleste, vous dira-t-elle, des mœurs honnêtes, une pratique quotidienne de la vertu soient votre recommandation » afin que « le parfum de votre vie charme l'Église du Christ, et que, par votre prédication et votre exemple, vous édifiiez la maison, c'est-à-dire la famille de Dieu (190) ».
Ainsi seulement, vous pourrez continuer, pour l'édification des peuples, les glorieuses traditions du sacerdoce catholique, et, par votre active contribution, faire que resplendisse au plus tôt le jour si désiré où l'humanité goûtera pleinement les bienfaits de « la Paix du Christ dans le Règne du Christ ».
Et maintenant, Nous voulons vous donner, à vous, Vénérables Frères dans l'épiscopat, et, par vous, à tous Nos fils de l'un et l'autre clergé, un témoignage public de Notre bienveillance et de Notre reconnaissance pour votre actif dévouement qui a rendu si fructueuse pour les âmes cette Année Sainte de la Rédemption. Nous voulons également, par un acte durable, perpétuer le souvenir et la gloire de ce sacerdoce auquel tous les prêtres de Dieu ne cessent de participer : aussi, avons-Nous jugé opportun, après avis de la S. Congrégation des Rites, d'instituer une messe votive propre « du suprême et éternel sacerdoce de Jésus-Christ », que nous publions en même temps que la présente Encyclique ; elle pourra se célébrer le jeudi, selon les prescriptions liturgiques.
Il ne Nous reste, Vénérables Frères, qu'à accorder à tous Nos fils la paternelle Bénédiction Apostolique qu'ils attendent et désirent du Père commun. Qu'elle soit, en même temps qu'un témoignage de gratitude pour les bienfaits accordés par la Bonté divine au cours de ce Jubilé de la Rédemption, un gage de Nos vœux pour la nouvelle année.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, au jour du 56e anniversaire de Notre ordination sacerdotale, 20 décembre 1935, en la quatorzième année de Notre Pontificat.
1.
Cf. OR. du 25 décembre 1935.
2. AAS 28 (l936), p. 6-53.
3.
Lettre Apostolique du 18 janvier 1939.
(Cf. ci-dessous n° 573).
4.
Matthieu, 5, 13-14.
5.
Encyclique Ubi arcano, du 23 décembre 1922. (AAS 14 (1922), p. 673-700).
6.
Cf. ci-dessus n° 353 et suivants
7.
AAS 23
(1951), p. 241 et suivantes.
8.
Cf. ci-dessous T. 2, n° 1, l'Heure Sainte
sacerdotale prononcée en cette circonstance par le Cardinal Pacelli, Légat du
Pape.
9.
AAS 25
(1933), p. 5-10.
10.
Encyclique Divini illius Magistri, 31 décembre 1929. (AAS 22 (1930), p. 49-86).
11.
Encyclique Casti connubii, 31 décembre 1930. (AAS 22 (1930), p. 539-592).
12.
Encyclique Quadragesimo anno, 15 mai 1931. Cf. ci-dessus n° 425.
13.
Encyclique Caritate Christi, 3 mai 1932. Cf. ci-dessous n° 468 a.
14.
Encyclique Acerba animi, 29 septembre 1932. (AAS 24 (1932), p. 321-332).
15.
En latin : conciliatores.
16.
Cf. Genèse, 14, 18.
17.
Cf. Hébreux, 5, 10 ; 6, 19 ; 7, 1, 10, 11,
15.
18.
Hébreux, 5, 1.
19.
Jos. Flav., Antiquit., L. 11, c. 8, 5 (Ed.
Teubner, 3, 61, § 331).
20.
Cf. Daniel, 5, 1-30.
21.
1 Corinthiens, 4, 1.
22.
Jean, 20,
22.
23.
Luc, 2,
14.
24.
Concile de Trente, sess. 22, c. 1.
25.
Cf. Hébreux, 7, 24.
26.
Cf. 1 Corinthiens, 11, 23.
27.
Cf. Ibid., 11, 24 et sq.
28.
Cf. Psaume 109, 4.
29.
Luc, 22,
19.
30.
Makchie, 1, 2.
31.
Concile de Trente, sess. 22, c. 2.
32.
Ibid.
33.
S. Jean Chrysostome, De Sacerdotio, L. 3. Migne, PG. 48, 642.
34.
1 Corinthiens, 4, 1.
35.
S. Jean Chrysostome, De sacerdotio, L. 3, 5. Migne, PG. 48, 642.
36.
Jean, 20,
23.
37.
Marc, 2,
7.
38.
Luc, 7,
49.
39.
Luc, 5,
24.
40.
A. Manzoni, Observations sur la morale catholique, chap. 18.
41.
Psaume 109, 4.
42.
Cf. 1 Corinthiens, 4, 1.
43.
Actes, 6,
4.
44.
Matthieu, 28, 19-20.
45.
Jean, 1,
9.
46.
Cf. Matthieu, 13, 31-32.
47.
Matthieu, 16, 27.
48.
Jean, 13,
34.
49.
Hébreux, 4, 12.
50.
2 Pierre, 1, 19.
51.
Luc, 6,
12.
52.
Hébreux, 7, 25.
53.
Psaume 49, 14.
54.
Cf. Encyclique Caritate Christi compulsi, du 3 mai 1932, (AAS 24 (1932), p. 177-194. Texte français dans SVS p.
589-607).
55.
Cf. Matthieu, 7, 7-11 ; Marc, 11, 24 ; Luc, 11, 9-13.
56.
S. Jean Chrysostome, Homil. 5 in Isaiam. Migne, PG. 56, 131.
57.
1 Timothée, 2, 5.
58.
S. Thomas d'Aquin, Summ. Theol. Supplem., q. 36, a. 1, ad 2°.
59.
Decret., dist. 88, can. 6.
60.
Lévitique, 21, 8.
61.
Psaume 1310, 9.
62.
S. Robert Bellarmin, Explanatio in Psalmos, Ps. 131, 9.
63.
S. Laurent Justinien, De instit. et régim. Praelat., c. 2 (Ed. Veneta, 1606, fol. 380-381).
64.
S. Thomas d'Aquin, Summ. Theol. Supplem, q. 35, a, 1, ad 3°.
65.
Pontifical romain, de l'ordination des prêtres.
66.
S. Grégoire le Grand, Epist., t. 1, ep. 25. Migne, PL. 77, 470.
67.
Actes, 1,
1.
68.
Jean, 7,
46.
69.
Marc, 7,
37.
70.
Matthieu, 23, 3.
71.
Psaume 125. 6.
72.
1 Corinthiens, 9, 27.
73.
Matthieu, 5, 48.
74.
CIC, can. 124.
75.
Cf. 2 Corinthiens, 5, 20.
76.
1 Corinthiens, 11, 1.
77.
1 Timothée, 4, 8.
78.
1 Timothée, 4, 8.
79.
CIC, can. 132 § 1.
80.
Jean, 4,
24.
81.
Cicéron, De legibus, L. 2, a 8.
82.
Cf. Lévitique, 8, 33-35.
83.
Concile d'Elvire, can. 33.
84.
Cf. Bréviaire romain, Hymne des Laudes pour la fête du Saint Nom de
Jésus.
85.
Cf. Matthieu, 19, 11.
86.
1 Corinthiens, 7, 32.
87.
Cf. Matthieu, 19, 11.
88.
Concile de Carthage, 3, can. 3.
89.
En latin : Tametsi unius sit uxoris vir. — Cf. saint Paul : 1 Timothée, 3, 2 ; 3, 12 ; 5, 9.
90.
S. Epiphane, Advers. haeres. Panar. 59, 4. Migne, PG. 41, 1024.
91.
Bréviaire romain, 18 juin, lect. 6.
92.
S. Ephrem, Carmina Nisibaena, carm. 19 (Ed.
Bickel, p. 112).
93.
Ibid., carm. 18.
94.
S. Jean Chrysostome, De sacerdotio, L. 3, c. 4. Migne, PG. 48, 642.
95.
S. Epiphane, Advers. hœres. Panar. 59, 4. Migne, PG. 41, 1024.
96.
Tobie, 12,
15.
97.
Luc, 2,
49 ; 1 Corinthiens, 7, 32.
98.
Cf. Philippiens, 3, 20.
99.
Cf. CIC, can. 971 : « II est interdit de quelque façon ou pour quelque
motif que ce soit de contraindre quelqu'un à. l'état clérical ou d'en détourner
quelqu'un qui y est apte ».
100.
Cf. Encyclique Rerum Orientalium, du 8 septembre 1928, AAS 20 (1928), p. 277-288). Cf. la Lettre circulaire Quod
catholicis de la S.C. des Séminaires et Universités, en date du 28 août
1929, pour l'application de cette Encyclique (AAS 22 (1930), p. 146-148).
101.
2 Timothée, 2, 4.
102.
1 Corinthiens, 9, 13-14.
103.
Dans l'audience qu'il accordait le 30 décembre 1924 aux élèves du Séminaire
romain, le Pape développait, avec un accent tout personnel, cette même idée,
empruntée à l'étymologie du mot « clerc » (du grec : kléros, sort,
héritage tiré au sort) : « Il est grand le nom que vous portez, ce nom de clerc
: Clericus, in sortem Domini vocatus. Héritage divin, portion choisie de
l'immense famille de Dieu, portion appelée à un sort spécial, à un héritage
particulier. Mes enfants, souvenez-vous toujours au moins de ce seul nom, et il
vous sera un stimulant continu et un grand encouragement à répondre, à la
bonté, à la délicatesse, à la tendresse de ce Dieu qui vous a appelés à un tel
sort !... Et quand vous avancerez en âge, vous constaterez toujours, plus
l'excellence de cet acte de la prédilection divine depuis ce premier jour de
votre prime jeunesse... Oh, oui ! quand vous serez bien avancés dans
la vie, vous verrez de quelle lumière resplendit la grâce que Dieu vous
fait ; et c'est pourquoi Nous vous répétons ces mots du Seigneur : Si
scires donum Dei, « si vous saviez le don de Dieu ! » (Jean, 4, 10). (EC, n° 1450).
104.
Matthieu, 5, 12.
105.
Tite, 1,
7.
106.
Philippiens, 2, 21.
107.
Matthieu, 6, 19-20.
108.
1 Timothée, 6, 10.
109.
Matthieu, 25, 40.
110.
Cf. Luc, 12, 49.
111.
Cf. Psaume 68, 10 ; Jean, 2, 17.
112.
Jean, 10,
16.
113.
Jean, 4,
35.
114.
Matthieu, 9, 36.
115.
Cf. Matthieu, 9, 36 ; 14, 14 ; 15, 32. Marc, 6, 34 ; 8, 2, etc.
116.
Jean, 6,
68.
117.
Pontifical romain, de l'ordination des prêtres.
118.
Cantique, 6, 3, 9.
119.
Philippiens, 2, 8.
120.
Hébreux, 10, 5-7.
121.
Jean, 4,
34.
122.
Jean, 19,
28.
123.
Jean, 3,
10.
124.
Matthieu, 28, 19.
125.
Romains, 1, 4.
126.
Malachie, 2, 7.
127.
Osée, 4,
6.— On sait que cette parole de
l'Écriture est l'une de celles que Pie XI citait le plus volontiers, quand il s'adressait à un
auditoire de prêtres ou de séminaristes.
128.
Tertullien, Apolog., c. 1.
129.
CIC, Can. 129. — cf. ci-dessus n° 228.
130.
Pie XII
donnera même S. Albert le Grand pour
Patron à tous ceux qui s'adonnent aux sciences de la nature. A cette occasion,
il adressera au Maître Général de l'Ordre des Frères Prêcheurs (le Rme Père
Gillet) une Lettre qui constitue un éloquent commentaire de ce passage de
l'Encyclique : « Albert le Grand semble monter de la recherche et de la
connaissance des forces de la nature jusqu'aux sommets de la sagesse
philosophique et jusqu'aux cimes de la connaissance surnaturelle. Ce qu'il
cherche avant tout, c'est d'emprunter aux très riches : arsenaux des sciences
physiques des armes pour défendre la vérité catholique ». Si, comme Thomas
d'Aquin, comme Albert le Grand, les savants apprennent à mettre au service de
la vérité divine toute la science qu'ils ont acquise, alors, sans aucun doute,
ils sauront par expérience que l'éclat de la divine lumière qui pénètre l'âme,
loin d'offusquer la lumière de la raison humaine, élargit et augmente plutôt la
connaissance elle-même : non seulement l'intelligence ne perd rien de sa dignité,
mais elle gagne considérablement en noblesse, pénétration et force ». (Lettre Quando
quidem, du 7 mars 1942. AAS 34, (1942), p. 97. — Cf. Actes Pie XII, BP., T. 4, p. 54-57.
131.
Proverbes, 8, 31.
132.
1 Corinthiens, 1, 27,
29.
133.
3 Corinthiens, 2, 15.
134.
Commentant sa propre Encyclique, Pie XI dira
le 10, janvier 1936 aux élèves du Séminaire français : « Nous voulons
profiter de l'occasion que l'allusion à l'Encyclique Nous offre, pour vous dire
tout entière la pensée qui y est déjà exprimée, et fut l'objet d'une grande
réflexion de Notre part ... concernant les rapports entre le sacerdoce et
l'Action Catholique. Celle-ci a cette heureuse conséquence d'établir un contact
plus fréquent, plus étroit, entre les prêtres et les membres qui la
constituent, jeunes gens, hommes, femmes ; rapprochement personnel, pourrait-on
dire, puisque l'Action Catholique par définition est la collaboration du laïcat
à l'apostolat hiérarchique. Mais ce contact a pour conséquence... d'obliger
davantage le prêtre à faire de toute sa vie, de tout son être, de toute sa
conduite, une véritable édification, une édification vivante. Vous avez déjà
saisi l'importance de cette pensée. Cette considération produira un bien
inestimable si elle reste toujours devant les yeux, dans le cœur et dans
l'esprit de chaque prêtre, surtout de ceux qui sont appelés par la Providence à
être aumôniers d'Action Catholique ». (OR. du 11 janvier 1936).
135.
Proverbes, 22, 6.
136.
1 Corinthiens, 9, 22.
137.
CIC, can, 1366 § 1.
138.
Ibid., can. 1352-1371.
139.
Cf. OR. Du 12 juin 1938. Trad. de. l'italien dans DC 39 (1938), c. 771).
140.
En latin, produis inclinatio.
141.
Cf. ci-dessus n° 212.
142.
On peut se reporter ici à la Lettre de la S. C. des Séminaires, du 25 juillet
1928, aux évêques d'Italie, qui traite des règles du discernement des vocations
et insiste sur la sévérité requise. (EC, n° 1257-1265).
143.
S. Alphonse de Liguori, Op. asc. vol. 3 (Ed.
Marietti, 1847, p. 122).
144.
CIC, can. 973. § 3.
145.
1 Timothée, 5, 22.
146.
S. Léon le Grand, Ep. 12. Migne, PL. 54, 647.
147.
S. Jean Chrysostome, Hom. 16 in Tim. Migne, PG. 62, 587.
148.
S. Charles Borromée, Homil. ad ordinandos, 1° juin 1577. Homiliae, éd. bibl. Ambros. Mediolani,
1747, T. 4, p. 270.
149.
S. Jean Chrysostome, Homil. 16 in Tim. Migne, PG. 62, 587.
150.
S, Alphonse de Liguori, Theol. Mor. de Sacram. Ordin. n° 803.
151.
S. Grégoire le Grand, Epist. 106. Migne, PL. 70, 1031.
152.
S. Thomas d'Aquin, Summ. Theol., 2a 2ae. q. 189, a. ad 3°.
153.
Instruction ad locorum ordinarios de scrutinio alumnorum peragendo antequam
ad ordines promoveantur, 27 décembre 1930.
(AAS 23 (1931), p. 120-127).
154. Instruction ad
supremos Religiosorum Moderatores de formatione clericali, etc., 1°
décembre 1931. AAS 24 (1932), p. 74-81.
155.
S. Thomas d'Aquin, Summ. Theol., Supplém., q. 36, a. 4, ad 1°.
156.
Concile du Latran, année 1215, can. 22.
157.
S. Thomas d'Aquin, loc. cit.
158.
Le Pape fait ici allusion à l'audience accordée le 25 juillet 1929 à plus de
soixante-dix évêques d'Italie. (OR. du 28-30 juillet 1929).
159.
Cf. 1.
Pierre, 5, 4.
160.
Cf. 1 Pierre, 2, 25.
161.
Matthieu, 9, 37-38.
162.
Matthieu, 7, 7.
163.
P. Renaudin, Saint Vincent de Paul. Editions
Publiroc, Marseille, 1929, p. 123.
164.
Matthieu, 10, 42.
165.
Cf. Lettre Encyclique Firmissimam Constantiam à l'épiscopat mexicain, du
28 mars 1937. — AAS 29 (1937), p.
191. Trad. du latin dans DC 37 (1937),
c. 988).
166.
1 Pierre, 2, 9.
167.
Ecclésiastique, 44, 15.
168.
Tobie, 8, 5.
169.
Matthieu, 19, 21.
170.
Matthieu, 4, 19.
171.
CIC, can. 971. — Cf. ci-dessus n° 493 a.
172.
1 Thessaloniciens, 2, 26.
173.
Matthieu, 20, 12.
174.
Matthieu, 5, 13-14.
175.
Cf. ci-dessus n° 385 a.
176.
1 Corinthiens, 1, 26.
177.
Ephésiens, 4, 1.
178.
Cf. ci-dessus n° 185.
179.
Cf. ci-dessus n° 411.
180.
Jean, 4,
14.
181.
Cf. CIC, can. 126, prescrivant les exercices spirituels aux prêtres
séculiers au moins tous les trois ans (cf. ci-dessus n° 225) ; can. 595 § 1 et
1367 § 4, prescrivant ces mêmes exercices chaque année aux religieux et aux
séminaristes ; can. 1001, les prescrivant enfin avant chacune des Ordinations
des clercs.
182.
Cf. ci-dessus n° 186 et 420.
183.
Cf. OR. du 26 février 1936.
184.
2 Timothée, 1, 6.
185.
In sortem Domini.
186.
S. Bernard, Epist. 27, ad. Ardutionem, Migne, PL. 182, 131.
187.
Cf. Psaume 103, 30.
188.
Jean, 4,
42.
189.
Cf. Jean, 17, 3.
190.
Pontifical romain, de l'ordination des prêtres.
A l’occasion du second Congrès international de
l’Union
Missionnaire du Clergé, tenu à Rome en novembre 1936, le Saint Père adressa
à tous les prêtres présents une fervente exhortation, les incitant à vivifier
leur sacerdoce par l’esprit missionnaire, à l’exemple du sacerdoce môme de
Jésus-Christ. Ce Discours, prononcé en italien, fut rapporté en forme indirecte
par l’Osservatore Romano. La traduction suivante a conservé au texte
pontifical la spontanéité du style oral (1).
C’est à juste titre que la gratitude doit être
Notre premier mot : un tel sentiment naît en effet spontanément au
spectacle de l’immense activité des Missions. Mais il s’impose avant tout pour
l’immense, l’incomparable bienfait que tous les fidèles ont reçu et reçoivent
de Dieu avec le don de la foi. Cette foi, elle éclaire et console tous les
hommes, elle promet et maintient tout ; sans cette foi, nous ne sommes que
des aveugles enveloppés d’impénétrables ténèbres et ne voyons que ce que la
créature visible, matérielle, nous révèle ; cette foi, elle nous initie
aux mystères intimes de la vie divine elle-même et aux œuvres qui jaillissent
de cette intimité pour le salut du monde... C’est sur ce don de la foi, sur
lequel s’enracine la vie divine, que se greffe la vie humaine. C’est en cette
foi que reposent toutes nos espérances et la certitude des récompenses
éternelles, couronnement de tout ; elle est vraiment le don qui devrait
nous faire dire ce que chaque fidèle a le droit et le devoir de proclamer
: Que rendrai-je au Seigneur pour toutes les faveurs dont Il m’a
comblé (2) ? »
Voici que pour ce don et pour tout ce qui s’y rattache, voici que s’offre à nous une façon de remercier le Seigneur qui soit adéquate, — ce mot peut paraître audacieux si l’on songe a la grandeur, à la valeur infinies de ce don, mais c’est pourtant le terme propre. — Cette façon, c’est tout ce que les membres de l’Union Missionnaire du Clergé cherchent à faire, en propageant et en perfectionnant dans le monde ce sentiment de reconnaissance. Eh, oui ! ils agissent bien, très bien, les prêtres, les curés surtout, quand ils font entendre aux âmes qui les écoutent le grand, le capital devoir de la reconnaissance, en même temps qu’ils signalent le grand bonheur de pouvoir s’en acquitter d’une manière convenable, pour la foi reçue, car ils nous mettent tous en mesure de dire à Dieu avec une confiance filiale : Pour la foi que Vous nous avez donnée, nous Vous donnons, nous Vous procurons la foi de nos frères. Don divin pour don divin (3).
Telle est, vraiment, la grande justification,
et pour ainsi dire, la glorification du travail accompli dans l’Union
Missionnaire du Clergé. Foi pour foi ; il n’y a pas de don qui égale la
foi, sinon la foi elle-même qui cherche une âme, une vie humaine.
Mais tout cela est la gratitude commune ;
les derniers des fidèles, tout comme les premiers et les plus élevés en
dignité, peuvent prononcer ce mot de gratitude si éloquent, en retour du don de
la foi. Que dire de tant d’âmes qui, jusque dans les rangs des fidèles,
possèdent, par un précieux concours de circonstances, ce don de la foi d’une
façon plus splendide et plus bienfaisante ? Que dire de nous, prêtres, surtout
quand nous possédons la plénitude du sacerdoce ? Quelle sera notre gratitude en
considérant que la foi nous a été communiquée dans une mesure ai spéciale et
splendide ? La foi est en effet en nous, non seulement avec la lumière qui
éclaire les toutes de ce monde et nous réconforte tous au long de notre pèlerinage
terrestre ; elle est en nous, non seulement avec les trésors communs de la
vie surnaturelle, avec toutes les richesses, les magnificences, les pouvoirs du
sacerdoce ; mais elle va jusqu’à faire de nous, de chacun de nous, une
source de lumière, de charité, de grâce, jusqu’à faire de nous ce que Dieu
Lui-même fait d’une âme en vertu de la foi qui l’anime. Vraiment, notre
reconnaissance doit être bien plus marquée, bien plus vive. Notre vie, notre
ministère quotidien peuvent être comparés à l’activité même de Dieu :
être pour chaque âme une source abondante et magnifique d’un si grand don.
D’autant plus grand doit être alors notre devoir de reconnaissance.
Ces chers fils, avec leur Congrès, ont lu dans
la pensée et dans le cœur de Dieu ; ils ont consacré à cette tâche si
haute une grande partie de leurs énergies et de leurs activités sacerdotales,
prêts à multiplier au profit des âmes, dans la mesure la plus large et la plus
profonde, le don de la foi. Quel puissant réconfort de penser que nous pouvons nous
flatter d’offrir à Dieu un tel hommage de reconnaissance qu’il ne peut rien
nous refuser, même si nous, cri réalité, nous ne pouvons répondre d’une façon
adéquate à l’immense et souverain don de la foi.
Voici une autre réflexion : c’est une pensée
sacerdotale, inhérente à la nature même du sacerdoce. Ce n’est pas seulement à
manifester la reconnaissance sacerdotale que s’applique l’œuvre de l’Union
Missionnaire du Clergé ; elle s’attache encore à l’essence même de notre
sacerdoce. Pourquoi ?
… Notre sacerdoce est notre gloire
incomparable ; notre sacerdoce n’est autre que la continuation, le
prolongement — par identité de substance, d’activité et d’efficacité — du
sacerdoce même du Christ, de Notre Seigneur, notre Roi et Prêtre suprême. Ainsi
L’invoquons-nous ; ainsi a-t-Il le droit d’être invoqué : Prêtre
suprême ! Prêtre et Victime en même temps ! Il fallait un tel Prêtre pour une
telle Victime et pour apporter une réparation infinie et complète à la divine
justice. Lui seul, Notre Seigneur, pouvait l’être. Mais nous voici, nous, les
continuateurs de Jésus-Christ. Notre sacerdoce n’est pas en marge du sien, mais
il est précisément une continuation du sien.
… On voit par là qu’il n’est pas exagéré, mais
qu’il est sûrement exact de dire que le sacerdoce du Christ est un sacerdoce
essentiellement missionnaire. Cette vérité n’est pas seulement rappelée dans
ces mots appliqués au Sauveur envoyé par le Père ; mais toutes les
fois aussi que le Seigneur parie de se mission : Comme mon Père M’a
envoyé, Moi aussi Je vous envoie (4), la mission des Apôtres est rapportée
à cette mission divine elle-même, dont elle dérive : Moi aussi, Je vous
envoie. Voilà donc Jésus, le premier missionnaire ; voilà donc que
réellement le sacerdoce du Christ, le sacerdoce apostolique, l’apostolat
épiscopal dans son sens primitif, dans son indéfectible vitalité, voilà donc
que tout cela ne forme qu’un seul sacerdoce essentiellement missionnaire. Cette
notion, dans sa simplicité même, est d’une sublime grandeur. Notre Seigneur
n’est pas venu faire autre chose que ce que font les missionnaires dans les
Missions : porter partout les trésors de la Rédemption, le précieux don
de la charité, les richesses de la vie sacerdotale.
… Si donc le zèle missionnaire avec la conscience bien pratique de ses propres devoirs, si cette bienfaisante activité fait défaut à notre sacerdoce, il lui manquera quelque chose d’essentiel. D’où la nécessité absolue de l’existence d’une telle conviction effective. Les chers prêtres présents à l’audience sont invités paternellement par Sa Sainteté à tirer eux-mêmes les conséquences logiques de cette vérité, ainsi que leur piété sacerdotale les met à même de le faire.
… Vienne le jour — souhaite Sa Sainteté — où
aucun curé n’oubliera jamais de rappeler à ses fidèles l’immense dette de
reconnaissance contractée envers le Seigneur, et dont on ne peut autrement
s’acquitter dignement [que par le zèle en faveur des Missions] ; bien
plus, où tous les prêtres du monde entier — spectacle magnifique,
incomparable ! — s’adonneront à ce très bel apostolat.
… Et, à ce propos, le Saint Père a remarqué que
peu nombreux sont les diocèses — et cela lui a causé quelque peine où le nombre
de prêtres inscrits à l’Union Missionnaire du Clergé atteint ou dépasse la
moitié des effectifs du clergé. Le Saint Père se demande.., pourquoi la moitié
seulement ou moins de la moitié, et non pas vraiment tous ?... Oui, tous les
prêtres de Dieu, de l’Eglise, puisque tous ont reçu, non seulement comme les
fidèles le don de la foi, mais aussi le don du sacerdoce avec toutes les
richesses splendides, indicibles et inégalables que le sacerdoce nous révèle
chaque jour.
1. OR. du 15 novembre 1936. Trad.
de l’italien dans DC 36 (1936) C.1092-1097.
2. Psaume 115, 12
3. Cf. ci-dessus n° 389.
4. Jean, 20, 21.
On se souvient des épreuves que traversait
l’Eglise en Allemagne quand parut cette Encyclique. Les extraits suivants
concernent plus spécialement les obligations spirituelles du clergé, quand
l’Eglise et son divin message se heurtent à l’incompréhension des hommes, et
mérite à leur opposition. A cet égard, ces page n’ont, hélas ! rien perdu de
leur actualité (1).
La divine mission de l’Eglise qui, agissant
parmi les hommes, est obligée d’agir par les hommes, peut être douloureusement
obscurcie par ce qui s’y mêle d’humain, de trop humain, et s’y développe comme
une ivraie toujours renaissante au milieu du froment du royaume de Dieu. Qui
connaît la parole du Sauveur sur le scandale sait bien quel jugement l’Eglise —
et avec elle chacun de ses fils — doit porter sur ce qui fut et demeure un
péché. Mais, en regard de ces condamnables désaccords entre la foi et la vie,
entre les paroles et les actes, entre la conduite extérieure et les sentiments
intérieurs chez des individus, si nombreux soient-ils, oublier ou passer
volontairement sous silence la somme énorme de vertus authentiques, d’esprit de
sacrifice ; d’amour fraternel, d’héroïques élans vers la sainteté, c’est
faire preuve d’un aveuglement et d’une injustice déplorables. S’il apparaît
ensuite que la mesure sévère dont on use vis-à-vis de l’Eglise abhorrée, on
oublie de l’appliquer à d’autres communautés plus proches de soi par le
sentiment ou par l’intérêt, alors l’appel à un sens de la pureté soi-disant
blessé et offensé fait penser à ceux qu’une paille dans l’œil de leur frère,
selon le mot incisif du Sauveur, empêche de voir la poutre qui est dans le
leur (2).
Cependant, bien que soit loin d’être pure
l’intention de ces hommes qui se font une vocation, parfois même un vil métier,
de scruter ce qu’il y a d’humain dans l’Eglise, et bien que les pouvoirs
sacerdotaux communiqués par Dieu ne dépendent pas de la valeur humaine du prêtre
ni de son élévation morale, il n’en demeure pas moins vrai qu’à aucune époque
de l’histoire, aucun individu, dans aucune communauté, ne peut se libérer du
devoir d’examiner loyalement sa conscience, de se purifier impitoyablement, de
se renouveler énergiquement en lui-même, dans son esprit et dans ses actes.
Dans Notre Encyclique sur le sacerdoce (3),
Nous avons attiré l’attention avec une insistance pressante sur le devoir sacré
pour tous les fils de l’Eglise, et surtout pour tous ceux qui participent. à
l’état sacerdotal et religieux. et à l’apostolat laïque, de mettre en harmonie
leur foi et leur conduite, comme l’exige la loi de Dieu et le réclame l’Eglise
avec une énergie inlassable. Et aujourd’hui encore, Nous répétons avec une
profonde gravité il ne suffit pas de faire partie de l’Eglise du Christ ;
il faut encore être un membre vivant de cette Eglise, en esprit et en vérité.
Et ne le sont que ceux qui se maintiennent en état de grâce et vivent
continuellement en présence de Dieu, dans l’innocence ou dans une sincère et
effective pénitence.
Alors que l’Apôtre des nations, le vase
d’élection (4), réduisait son corps en esclavage sous la verge de la
mortification, afin de n’être pas lui-même réprouvé après avoir prêché aux
autres (5), peut-il y avoir, pour ceux à qui sont confiés la mise en valeur et
l’accroissement du Royaume de Dieu, une autre méthode de travail que celle qui
unit le plus intimement leur apostolat et leur propre sanctification ?
Ainsi seulement l’on peut montrer à l’humanité
d’aujourd’hui, et en premier lieu aux contradicteurs de l’Eglise, que le sel
de la terre (6), que le levain du christianisme ne s’est pas affadi, mais
qu’il est apte et tout prêt à porter aux hommes d’aujourd’hui, prisonniers du
doute et de l’erreur, plongés dans l’indifférence et l’abandon, las de croire
et éloignés de Dieu, le renouvellement et le rajeunissement spirituel dont ils
ont un besoin plus pressant que jamais, — qu’ils en conviennent ou non.
Une chrétienté ayant repris conscience
d’elle-même dans tous ses membres, rejetant tout partage, tout compromis avec
l’esprit du monde, prenant au sérieux les commandements de Dieu et de l’Eglise,
demeurant dans l’amour de Dieu et l’efficace amour du prochain, pourra et devra
être un modèle et un guide, pour le monde malade à mort, mais qui aspire à être
soutenu et orienté, si l’on ne veut pas qu’une indicible catastrophe, un
écroulement dépassant toute imagination ne fonde sur lui.
… Nous adressons une parole spéciale de
félicitations, d’encouragement, d’exhortation aux prêtres d’Allemagne ;
dans un temps difficile et des conjonctures délicates, il leur incombe, sous la
dépendance des évêques, d’indiquer au troupeau du Christ le droit chemin, par
la parole et par l’exemple, par le dévouement quotidien, par une apostolique
patience. Ne vous lassez pas, bien-aimés fils, qui participez avec Nous aux
saints mystères, d’exercer, à la suite du Souverain Prêtre éternel,
Jésus-Christ, la charité et la sollicitude du bon Samaritain. Que votre
conduite de chaque jour demeure sans tache devant Dieu dans la poursuite
incessante de votre sanctification, dans une miséricordieuse charité à l’égard
de tous ceux qui vous sont confiés, en particulier de ceux qui sont exposés,
faibles et chancelants. Soyez les guides des fidèles, les soutiens de ceux qui
trébuchent, les docteurs de ceux qui doutent, les consolateurs des affligés,
les aides et les conseillers désintéressés de tous (7). Les épreuves et les
souffrances que votre peuple a traversées dans la période d’après-guerre n’ont
point passé sur son âme sans la marquer profondément. Elles ont laissé derrière
elles des angoisses et des amertumes qui ne peuvent guérir que lentement et
dont on ne pourra triompher vraiment que dans un esprit de charité effective et
désintéressée. Cette charité, arme indispensable de l’apôtre, surtout dans le
monde d’aujourd’hui, bouleversé et égaré par la haine, Nous vous la souhaitons
et Nous l’implorons du Seigneur dans, une mesure débordante. Cette apostolique
charité vous fera, sinon oublier, du moins pardonner, beaucoup d’amertumes
imméritées et aujourd’hui plus nombreuses que jamais sur votre chemin de
pasteurs d’âmes et de prêtres (8).
Cette charité intelligente et compatissante
envers les égarés, envers ceux-là mêmes qui vous outragent, ne signifie
nullement et ne peut nullement signifier un renoncement, quel qu’il soit, a la
proclamation, à la revendication, à la défense courageuse de la vérité et à sa
franche application à la réalité qui vous environne. Le premier don de l’amour
du prêtre à son entourage, celui qui s’impose le plus évidemment, c’est celui
qui consiste à servir la vérité, toute la vérité, à dévoiler et réfuter
l’erreur sous quelque forme, sous quelque masque ou déguisement qu’elle se
présente.. Une défaillance sur ce point ne serait pas seulement une trahison
envers Dieu et envers votre sainte vocation, ce serait aussi une faute contre
le bien véritable de votre peuple et de votre patrie. Vers tous ceux qui ont
gardé vis-à-vis de leurs évêques la fidélité promise au jour de leur
ordination, vers tours ceux qui, en exerçant conformément à leur devoir leur
tâche de pasteurs, ont eu et ont encore à supporter la souffrance et la
persécution, vers tous vont — et pour certains jusque dans leur cellule de
prison, dans leur camp de concentration — la reconnaissance et l’approbation du
Père de la chrétienté.
1. AAS 29 (1937), p. 145-167.
Trad. de l’allemand dans SVS, p.522-545.
2. Matthieu, 7, 3.
3. Cf. ci-dessus n. 438 et
suivants.
4. Actes, 9, 15.
5. Cf. 1 Corinthiens, 9, 27.
6. Matthieu, 5, 13.
7. Cf. OR. du 14 janvier 1938.
Trad. de l’italien dans DC 39 (1938), c. 134-135.
8. Le Pape ne fait que
renouveler ici l’enseignement si ferme donné par Benoît XV dans l’Encyclique Pacem
Dei munus, du 23 mai 1920. Cf. AAS 12 (1920), p. 214. Trad. dans SVS, p.
579.
Le présent appel de Pie XI, fidèle écho de
celui que lançait déjà Léon XIII au début du siècle, a déjà suscité parmi les
prêtres bien des vocations apostoliques et sociales. Il mérite toujours de
retentir profondément dans toute conscience sacerdotale éveillée aux problèmes
de l’heure (1).
Nous rappelons aux prêtres l’exhortation si
souvent répétée de Notre Prédécesseur Léon XIII, d’aller à l’ouvrier (2). Cette
exhortation, Nous la faisons Nôtre et la complétons : « Allez à
l’ouvrier, spécialement à l’ouvrier pauvre, et en général allez aux
pauvres », suivant en cela les enseignements de Jésus et de son Eglise.
Les pauvres, en effet, sont les plus exposés aux menées des fauteurs de
troubles qui exploitent leur condition misérable pour allumer en eux l’envie
contre les riches et les exciter à s’emparer de vive force de ce qui leur
semble injustement refusé par la fortune. Et si le prêtre ne va pas vers les
ouvriers pour les mettre en garde contre les préjugés et les fausses doctrines,
ou pour les en détromper, ils deviendront une proie facile pour les apôtres du
communisme.
Nous reconnaissons qu’un grand effort a été
fait dans ce sens, surtout depuis les Encycliques Rerum Novarum et Quadragesimo
anno, et c’est avec une joie paternelle que Nous saluons le zèle de tant
d’évêques et de prêtres, qui inventent, qui essaient (toujours avec les
précautions voulues) de nouvelles méthodes d’apostolat mieux adaptées aux
exigences modernes.
Mais tout cela est encore trop peu pour les
besoins de l’heure présente. Quand la patrie est en danger, tout ce qui n’est
pas strictement indispensable ou directement ordonné à la pressante nécessité
de la défense commune passe au second plan. Ainsi, dans le cas présent, toute
autre œuvre, si belle, si bonne soit-elle, doit céder la place devant la
nécessité vitale de sauver les bases mêmes de la foi et de la civilisation chrétienne.
Que les prêtres donc, dans les paroisses, sans préjudice bien entendu de ce que
réclame le soin ordinaire des fidèles, que les prêtres réservent la plus grande
et la meilleure partie de leurs forces et de leur activité pour regagner les
masses ouvrières au Christ et à l’Église et pour faire pénétrer l’esprit
chrétien dans les milieux qui y sont le plus étrangers. Ils trouveront dans
les masses populaires une correspondance, une abondance de fruits inattendue,
qui les récompenseront du pénible labeur des premiers défrichements. C’est ce
que Nous avons vu et ce que Nous voyons à Rome et en bien d’autres grandes
villes où, sitôt bâties de nouvelles églises dans les quartiers périphériques,
on voit se constituer des communautés paroissiales pleines d’élan et
s’accomplir de vrais miracles de conversion parmi des foules qui n’étaient
hostiles à la religion que faute de la bien connaître.
Mais le plus efficace moyen d’apostolat auprès
des pauvres et des humbles est l’exemple du prêtre, l’exemple de toutes les
vertus sacerdotales, telles que Nous les avons décrites dans Notre Encyclique Ad
catholici sacerdotii (3) ; dans le cas présent, ce qu’il faut surtout,
c’est un exemple lumineux de vie humble, pauvre, désintéressée, copie fidèle de
la vie du divin Maître, qui pouvait proclamer avec une franchise divine : Les
renards ont leurs tanières, et les oiseaux du ciel ont leurs nids, mais le Fils
de l’homme n’a pas où reposer sa tête (4) Un prêtre qui est vraiment,
évangéliquement, pauvre et désintéressé fait des miracles de bien au milieu du
peuple tel un Vincent de Paul, un curé d’Ars, un Cottolengo, un Don Bosco et
tant d’autres. Au contraire, un prêtre avare et intéressé, comme Nous l’avons
rappelé dans l’Encyclique citée plus haut, même s’il ne se jette pas, comme
Judas, dans l’abîme de la trahison, sera pour le moins un airain sonore
et une cymbale retentissante (5) inutiles, trop souvent même un obstacle
au bien plutôt qu’un instrument de grâce parmi le peuple. Et si le prêtre
séculier ou régulier a par office l’administration de biens temporels, qu’il se
souvienne que non seulement il doit scrupuleusement observer les prescriptions
de la charité et de la justice, mais encore se montrer, d’une façon toute
spéciale, un vrai père des pauvres (6).
1. AAS 29 (1937), p. 65-1o6.
Trad. du latin dans SVS, p,. 78-134. (OR du 15 octobre 1938).
2. Encyclique Fin dal
principio, du 8 décembre 1902, in fine. ASS 35, p. 263). Cf.
ci-dessus n. 106-107.
3. Cf. ci-dessus n° 471
et suivants.
4. Matthieu, 8, 20.
5. 1 Corinthiens, 13, 1.
6. Cf. ci-dessus n. 244, 244
a, 258.
Cette Lettre Apostolique est comme le testament
spirituel de Pie XI. Sur les questions essentielles de la formation
sacerdotale, de l’Action Catholique, de la vie sociale, le Pape y confirme avec
force ses enseignements antérieurs, et il en fait l’application à la situation
particulière de ces pays d’Extrême-Orient où les oppositions faites alors à
l’Église préoccupaient gravement le Souverain Pontife. Les passages suivants,
concernant la sainteté et le ministère du prêtre, ont une portée générale (1).
Il convient avant tout de souligner
l’importance primordiale, pour le bien spirituel d’une nation, de la
préparation de bons prêtres. Ceux-ci, en effet, par la volonté de Jésus-Christ,
doivent être le sel de la terre et la lumière du monde (2), parce qu’ils
sont les continuateurs de sa mission rédemptrice et sanctificatrice. Je suis
venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance (3), a dit le
divin Maître. Pour transmettre à tous les hommes, durant tous les siècles,
cette vie surnaturelle dont Il est l’auteur et la cause, Jésus-Christ a fondé
l’Eglise et a institué l’apostolat hiérarchique, en conférant à de simples
hommes évêques et prêtres — le sublime pouvoir de donner aux âmes la vie de la
grâce, selon son dessein de sauver l’homme par le moyen de l’homme.
C’est pourquoi Nous avons toujours considéré la
formation de prêtres capables comme la plus grave parmi les très graves
responsabilités qui Nous incombent, et Nous Nous sommes réservé la Préfecture
de la Congrégation des Séminaires et Universités, afin de pouvoir remplir de
plus près ce devoir capital qui est Nôtre, et que Nous partageons avec les
pasteurs des diocèses. Pour cette même raison, Nous estimons que le plus
important de Nos enseignements est l’Encyclique Ad catholici sacerdotii
(4) où Nous exposons Notre pensée sur la très haute dignité du sacerdoce, et
Nous avons ordonné qu’elle soit lue et commentée non seulement aux séminaristes
mais encore à tous les prêtres.
Nous savons — et Nous en ressentons une
profonde satisfaction — avec quel soin jaloux vous veillez à la préparation la
plus parfaite possible des jeunes clercs, vous appliquant également à ce que
les Séminaires, grands et petits, répondent toujours mieux aux graves
nécessités des temps actuels.
Préparation parfaite, disons-Nous, et formation
complète, comme il convient à tous ceux qui doivent être consacrés à des
ministères aussi sublimes ; et en vue de ceux-ci, sainteté et science,
fondements indispensables du zèle sacerdotal. Il ne suffit pas au prêtre d’une
bonté commune ; appelé à être un autre Christ, il doit édifier les fidèles
par la profondeur de sa vertu et par la perfection de sa vie. Et sa science ne
peut être superficielle ni médiocre ; elle doit être solide et vaste,
comme Dieu l’exige de son ministre et comme le peuple chrétien l’attend
justement du prêtre (5).
Nous croyons donc de Notre devoir d’insister à
nouveau pour que vous invitiez ceux à qui vous avez confié le soin des
vocations et la formation du clergé à réfléchir profondément sur les très
graves avertissements que Nous avons publiés dans l’Encyclique Ad catholici
Sacerdotii. Sur ce point, Nous vous exhortons également à garder présentes
à l’esprit les paroles sévères du Docteur angélique : « Dieu
n’abandonne jamais son Église au point qu’on n’y trouve plus les hommes
capables de suffire aux besoins du peuple, pourvu qu’on fasse avancer ceux qui
en sont dignes et qu’on exclue les autres. Si l’on ne pouvait plus trouver
autant de prêtres qu’il y en a maintenant, mieux vaudrait avoir un petit nombre
de bons prêtres que beaucoup de mauvais (6) ».
Et Nous voulons que Notre rappel paternel ne
soit pas limité au choix attentif des candidats aux ordres sacrés ; il
s’étend également à la rigoureuse discipline à observer dans la vie du
Séminaire et dans la vie sacerdotale elle-même. En ces temps surtout de
mollesse et d’excessive liberté, une juste sévérité est absolument requise pour
la préparation et pour la sauvegarde d’une vie pure et apostolique.
… Notre expérience, déjà longue, Nous a
enseigné que, dans tous les pays, le sort de l’Action Catholique est entre les
mains du clergé. Ce dernier, par conséquent, doit connaître la théorie comme la
pratique de cette forme nouvelle de l’apostolat, qui est une partie du saint
ministère. Connaissant votre paternelle sollicitude pour le salut des âmes,
Nous sommes certain que vous agirez en sorte que tous vos prêtres reçoivent
cette préparation : les jeunes clercs, au Séminaire, durant le cours de
théologie pastorale, dont l’Action Catholique doit être actuellement partie
intégrante comme le sont les formes classiques d’apostolat ; les prêtres
qui se trouvent déjà engagés dans le ministère, grâce à des retraites et des
sessions spéciales d’études, ou tout autre procédé que votre zèle vous
suggérera (7).
Ainsi formés, les prêtres — et Nous le souhaitons
également des religieux — devront se consacrer à ce travail difficile de la
préparation spirituelle et pratique des laïques à l’Action Catholique. Travail
hautement méritoire, qui requiert de continuelles et dures fatigues ; mais
celles-ci seront largement compensées par le zèle avec lequel ces nouveaux
collaborateurs donneront aux ministres de Dieu leur concours généreux et fidèle
pour la conquête et pour le progrès spirituel des âmes.
Nous ne Nous arrêtons pas à expliquer en détail
la nature, l’excellence et la nécessité de l’Action Catholique :
nombreux, en effet, sont les documents du Siège Apostolique qui en ont traité
expressément. Nous voulons pourtant insister sur le point essentiel suivant,
qui doit constituer comme une règle inébranlable de l’Action Catholique :
celle-ci, par sa nature même, doit se développer, dans chaque diocèse, sous la
dépendance directe de l’évêque. De fait, elle est une participation des laïques
à l’apostolat hiérarchique : le droit et le devoir de l’établir, de
l’organiser, de la diriger, dans son propre diocèse, appartient à l’évêque, de
façon néanmoins à faciliter la coordination nationale. Et c’est sur ce point
précis que Nous voulons attirer votre attention, parce que, dans chaque
diocèse, l’Action Catholique sera vigoureuse ou débile, féconde ou stérile,
selon ce que voudront l’évêque et son clergé.
En outre, pour obtenir que l’Action Catholique
soit en pratique efficace, on ne recommandera jamais assez à ses associations
de vivre, non seulement en parfaite harmonie les unes avec les autres, mais
aussi en pleine coordination, dans l’unité de but et de direction. Des
associations paroissiales d’Action Catholique aux organismes diocésains ;
de ceux-ci aux centres directeurs nationaux, tout doit être étroitement lié,
comme les membres d’un seul corps. C’est pourquoi des organisations centrales
sont nécessaires comme organes de coordination ; elles ont comme tâche de
guider et d’orienter l’activité des associations dans toute la nation, de
suggérer des initiatives, de faire des propositions aux centres diocésains,
avec, bien entendu, le droit de regard et le consentement des évêques
respectifs (8).
1. Lettre Apostolique Con
singular complacencia. (AAS 34 (1942), p. 252-264. Trad. dans DC 40 (1939),
C. 421-431).
2. Matthieu, 5, 13-14.
3. Jean, 10, 10.
4. Cf. CI-dessus, n° 437.
5. Lettre Peculiari quadam
à l’épiscopat de Lituanie, 24 juin 1928, AAS 20, (1928), p. 255. Trad. du latin
dans DC 20 (1928), C. 773).
6. S. Thomas d’Aquin, Summ.
Theol. Supplem. q. 36, a, 4, 1.
7. Cf. Lettre Quamvis Nostra à l’épiscopat du Brésil, du 27
octobre 1935 (AAS 38 (1936), p. 1936).
8. (Ibid., p. 161).