3e dimanche de Pâques A - Lc 24, 13-35

Homélies

Homélie de saint Augustin (+ 430)

Sermon 234. 1-2 ; éd. des Mauristes 5. 987-988.

Ces jours-ci on lit la résurrection du Seigneur selon chacun des quatre évangiles. Car il est nécessaire de les lire tous, parce que chacun n’a pas tout dit. Mais ce que l’un a omis, un autre l’a dit, et d’une certaine façon, tous ont laissé de la place aux autres, si bien qu’ils étaient tous nécessaires.

L’évangéliste Marc a dit brièvement ce que Luc a développé avec plus de détails au sujet des deux hommes, qui n’appartenaient pas aux Douze, mais qui étaient pourtant des disciples : tandis qu’ils faisaient route, le Seigneur leur apparut et les accompagna. Marc dit seulement, en effet, qu’il apparut à deux voyageurs, tandis que l’évangéliste Luc nous rapporte ce qu’il leur a demandé, ce qu’il leur a répondu, jusqu’où il les a accompagnés, et comment ils le reconnurent quand il partagea le pain. Luc a dit tout cela, nous l’avons entendu.

Quelle est donc, mes frères, la question qui nous intéresse ici ? Nous sommes encouragés à croire que le Seigneur est ressuscité. Nous le croyions déjà quand nous avons entendu lire l’Évangile, et nous sommes entrés aujourd’hui dans cette église en y croyant. Pourtant, je ne sais comment cela se fait, mais on entend avec joie ce qui rafraîchit notre souvenir. Cela vient de ce que notre cœur se réjouit quand nous découvrons que nous valons mieux que ces hommes, eux qui marchaient sur la route et à qui le Seigneur apparut.

Car nous croyons ce qu’ils ne croyaient pas encore. Ils avaient perdu l’espérance, et là où ils doutaient, nous-mêmes n’avons aucun doute. Ils avaient perdu l’espérance au Seigneur crucifié ; on le voit à leurs paroles. Quand Jésus leur demande : De quoi causiez-vous donc, tout en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes ?, ils répondent : Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem, à ignorer les événements de ces jours-ci. Quels événements ? répliqua Jésus. Lui qui sait tout, il les questionne lui-même, parce qu’il désire être dans leur cœur. Ils reprennent : Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et par ses paroles... Et comment les chefs des prêtres l’ont crucifié... Et voilà le troisième jour que cela est arrivé... Alors que nous espérions...

Vous espériez, et maintenant vous n’espérez plus ? C’est ainsi que vous êtes ses disciples ? Le malfaiteur crucifié avec Jésus vous a surpassés ! Vous avez oublié celui qui vous instruisait, tandis que le bandit a reconnu son compagnon de supplice : Seigneur, souviens-toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton règne (Lc 23,42). Oui, parce que c’est lui qui devait racheter Israël. Cette croix était une école où le maître instruisait le bandit. Le bois où Jésus était cloué devint la chaire de son enseignement. Celui qui vous a rejoints, puisse-t-il vous rendre l’espérance ! Et c’est ce qui est arrivé.

Rappelez-vous cependant, frères très chers, comment le Seigneur Jésus, alors que les yeux de ses disciples étaient empêchés de le reconnaître, voulut être reconnu au partage du pain. Les fidèles comprennent ce que je veux dire : eux aussi reconnaissent le Christ au partage du pain, mais de celui qui, recevant la bénédiction du Christ, devient le corps du Christ.

 

 

Sermon de saint Grégoire le Grand, pape

Frères très chers, deux disciples faisaient route ensemble. Ils ne croyaient pas dans le Seigneur, mais ils parlaient de lui quand, soudain, ils le rencontrèrent sous un aspect qu’ils ne purent reconnaître. Le Seigneur rendit sensible à leurs yeux de chair la contradiction qui frappait intérieurement les yeux de leur cœur. Les disciples étaient partagés en effet entre l’amour et le doute ; le Seigneur paraît auprès d’eux, mais ne se laisse pas reconnaître. Ils parlaient de lui : il vient à leur rencontre. Ils doutaient de lui, il leur cache ses véritables traits. Il leur parle et leur reproche l’endurcissement de leur cœur, puis leur dévoile dans l’Ecriture les mystères qui le concernaient. Mais, comme il n’était qu’un étranger à leur cœur sans foi, il feignit de poursuivre sa route... Louons les disciples d’avoir su alors donner leur amitié à ce pèlerin, eux qui ne pouvaient encore en lui aimer Dieu.

* *

Les disciples apprêtent donc la table, ils lui donnent à manger, et ce Dieu qu’ils n’ont pas reconnu dans la méditation des saints livres, voici qu’ils le découvrent dans la fraction du pain. Ils ne furent pas éclairés en écoutant les commandements de Dieu, ils le furent en les accomplissant : " Ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont justes aux yeux de Dieu, mais ceux qui la pratiquent qui sont justifiés. " Voulez-vous comprendre les paroles que vous avez écoutées ? Hâtez-vous de mettre en pratique ce que vous avez pu déjà en comprendre. Le Seigneur ne s’est pas laissé connaître en parlant, il s’est découvert en mangeant.

* *

Aimez donc l’hospitalité, frères très chers, aimez les œuvres de l’amitié. C’est d’elles que Paul nous dit : " Persévérez dans l’amour fraternel, ne négligez pas l’hospitalité, c’est grâce à elle, sans le savoir, que certains ont hébergé des anges. " C’est d’elles que Pierre nous dit : " Pratiquez sans murmurer l’hospitalité entre vous. " C’est d’elles que la Vérité en personne vous dit : " J’étais étranger et vous m’avez accueilli. " Frères, à vos tables, accueillez le Christ afin que lui-même vous accueille à ses festins d’éternité. Donnez l’hospitalité à Jésus-Christ, l’étranger, afin qu’il ne vous regarde pas comme des étrangers, mais vous reçoive en son Royaume comme ses frères, par sa grâce, lui qui vit et règne, car il est Dieu, dans les siècles des siècles.

 

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Commentaires des versets particuliers par le Magistère ou des docteurs de l’Eglise

 

vv. 13- 49 : CEC 1094 L'Esprit Saint prépare à accueillir le Christ

1093 L'Esprit Saint accomplit dans l'Economie sacramentelle les figures de l'Ancienne Alliance. Puisque l'Eglise du Christ était "admirablement préparée dans l'histoire du peuple d'Israël et dans l'Ancienne Alliance" (LG 2), la Liturgie de l'Eglise garde comme une partie intégrante et irremplaçable, en les faisant siens, des éléments du culte de l'Ancienne Alliance:

- principalement la lecture de l'Ancien Testament;

- la prière des Psaumes;

- et surtout la mémoire des événements sauveurs et des réalités significatives qui ont trouvé leur accomplissement dans le mystère du Christ (la Promesse et l'Alliance, l'Exode et la Pâque, le Royaume et le Temple, l'Exil et le Retour).

1094 C'est sur cette harmonie des deux Testaments (cf. DV 14-16) que s'articule la catéchèse pascale du Seigneur (cf. Lc 24,13-49), puis celle des Apôtres et des Pères de l'Eglise. Cette catéchèse dévoile ce qui demeurait caché sous la lettre de l'Ancien Testament: le mystère du Christ. Elle est appelée "typologique" parce qu'elle révèle la nouveauté du Christ à partir des "figures" (types) qui l'annonçaient dans les faits, les paroles, et les symboles de la première Alliance. Par cette relecture dans l'Esprit de Vérité à partir du Christ, les figures sont dévoilés (cf. 2Co 3,14-16). Ainsi, le déluge et l'arche de Noé préfiguraient le salut par le Baptême (cf. 1P 3,21), la Nuée et la traversée de la Mer Rouge également, et l'eau du rocher était la figure des dons spirituels du Christ (cf. 1Co 10,1-6); la manne au désert préfigurait l'Eucharistie, "le vrai Pain du Ciel" (Jn 6,48).

1095 C'est pourquoi l'Eglise, spécialement lors des temps de l'Avent, du Carême et surtout dans la nuit de Pâques, relit et revit tous ces grands événements de l'histoire du salut dans l'"aujourd'hui" de sa Liturgie. Mais cela exige aussi que la catéchèse aide les fidèles à s'ouvrir à cette intelligence "spirituelle" de l'Economie du salut, telle que la Liturgie de l'Eglise la manifeste et nous la fait vivre.

vv. 13- 35 : CEC 1329 II Comment est appelé ce sacrement?

1328 La richesse inépuisable de ce sacrement s'exprime dans les différents noms qu'on lui donne. Chacun de ces noms en évoque certains aspects. On l'appelle:

Eucharistie parce qu'il est action de grâces à Dieu. Les mots "eucharistein" (Lc 22,19; 1Co 11,24) et "eulogein" (Mt 26,26; Mc 14,22) rappellent les bénédictions juives qui proclament - surtout pendant le repas - les oeuvres de Dieu: la création, la rédemption et la sanctification.

1329 Repas du Seigneur (cf. 1Co 11,20) parce qu'il s'agit de la Cène que le Seigneur a pris avec ses disciples la veille de sa passion et de l'anticipation du repas des noces de l'Agneau (cf. Ap 19,9) dans la Jérusalem céleste.

Fraction du Pain parce que ce rite, propre au repas juif, a été utilisé par Jésus lorsqu'il bénissait et distribuait le pain en maître de table (cf. Mt 14,19; Mt 15,36; Mc 8,6; Mc 8,19), surtout lors de la dernière Cène (cf. Mt 26,26; 1Co 11,24). C'est à ce geste que les disciples le reconnaîtront après sa résurrection (cf. Lc 24,13-35), et c'est de cette expression que les premiers chrétiens désigneront leurs assemblées eucharistiques (cf. Ac 2,42; Ac 2,46; Ac 20,7; Ac 20,11). Ils signifient par là que tous ceux qui mangent à l'unique pain rompu, le Christ, entrent en communion avec Lui et ne forment plus qu'un seul corps en Lui (cf. 1Co 10,16-17).

Assemblée eucharistique ("synaxis") parce que l'Eucharistie est célébrée en l'assemblée des fidèles, expression visible de l'Eglise (cf. 1Co 11,17-34).

1330 Mémorial de la passion et de la résurrection du Seigneur.

Saint Sacrifice, parce qu'il actualise l'unique sacrifice du Christ Sauveur et qu'il inclut l'offrande de l'Eglise; ou encore saint sacrifice de la messe, "sacrifice de louange" (He 13,15 cf. Ps 116,13; Ps 116,17), sacrifice spirituel (cf. 1P 2,5), sacrifice pur (cf. Ml 1,11) et saint, puisqu'il achève et dépasse tous les sacrifices de l'Ancienne Alliance.

Sainte et divine Liturgie, parce que toute la liturgie de l'Eglise trouve son centre et son expression la plus dense dans la célébration de ce sacrement; c'est dans le même sens qu'on l'appelle aussi célébration des Saints Mystères. On parle aussi du Très Saint Sacrement parce qu'il est le sacrement des sacrements. On désigne de ce nom les espèces eucharistiques gardées dans le tabernacle.

1331 Communion, parce que c'est par ce sacrement que nous nous unissons au Christ qui nous rend participants de son Corps et de son Sang pour former un seul corps (cf. 1Co 10,16-17); on l'appelle encore les choses saintes ("ta hagia; sancta") (Const. App. 8,13, 12 Didaché 9,5 10,6) - c'est le sens premier de la "communion des saints" dont parle le Symbole des Apôtres -, pain des anges, pain du ciel, médicament d'immortalité (S. Ignace d'Antioche, Ep 20,2), viatique ...

1332 Sainte Messe parce que la liturgie dans laquelle s'est accompli le mystère du salut, se termine par l'envoi des fidèles ("missio") afin qu'ils accomplissent la volonté de Dieu dans leur vie quotidienne.

vv. 13-35 : CEC 1347 La messe de tous les siècles

1345 Dès le deuxième siècle, nous avons le témoignage de S. Justin le Martyr sur les grandes lignes du déroulement de la célébration eucharistique. Elles sont restées les mêmes jusqu'à nos jours pour toutes les grandes familles liturgiques. Voici ce qu'il écrit, vers 155, pour expliquer à l'empereur païen Antonin le Pieux (138-161) ce que font les chrétiens:

(..) Le jour qu'on appelle jour du soleil, a lieu le rassemblement en un même endroit de tous ceux qui habitent la ville ou la campagne.

On lit les mémoires des Apôtres et les écrits des Prophètes, autant que le temps le permet.

Quand le lecteur a fini, celui qui préside prend la parole pour inciter et exhorter à l'imitation de ces belles choses.

Ensuite, nous nous levons tous ensemble et nous faisons des prières(..) pour nous-mêmes ... et pour tous les autres, où qu'ils soient, afin que nous soyons trouvés justes par notre vie et nos actions et fidèles aux commandements, pour obtenir ainsi le salut éternel.

Quand les prières sont terminées, nous nous donnons un baiser les uns aux autres.

Ensuite, on apporte à celui qui préside les frères du pain et une coupe d'eau et de vin mélangés.

Il les prend et fait monter louange et gloire vers le Père de l'univers, par le nom du Fils et du Saint-Esprit et il rend grâce (en grec: eucharistian) longuement de ce que nous avons été jugés dignes de ces dons.

Quand il a terminé les prières et les actions de grâce, tout le peuple présent pousse une acclamation en disant: Amen.

Lorsque celui qui préside a fait l'action de grâce et que le peuple a répondu, ceux que chez nous on appelle diacres distribuent à tous ceux qui sont présents du pain, du vin et de l'eau "eucharistiés" et ils en apportent aux absents (S. Justin, apol. 1,65 (le texte entre crochets est du chapitre 67)).

1346 La liturgie de l'Eucharistie se déroule selon une structure fondamentale qui s'est conservée à travers les siècles jusqu'à nous. Elle se déploie en deux grands moments qui forment une unité foncière:

- le rassemblement, la liturgie de la Parole, avec les lectures, l'homélie et la prière universelle;

- la liturgie eucharistique, avec la présentation du pain et du vin, l'action de grâce consécratoire et la communion.

Liturgie de la Parole et liturgie eucharistique constituent ensemble "un seul et même acte du culte" (SC 56); en effet, la table dressée pour nous dans l'Eucharistie est à la fois celle de la Parole de Dieu et celle du Corps du Seigneur (cf. DV 21).

1347 N'est-ce pas là le mouvement même du repas pascal de Jésus ressuscité avec ses disciples: chemin faisant, il leur expliquait les Ecritures, puis, se mettant à table avec eux, "il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna" (cf. Lc 24,13-35)?

vv. 15.30 : CEC 645 L'état de l'humanité ressuscitée du Christ

645 Jésus ressuscité établit avec ses disciples des rapports directs, à travers le toucher (cf. Lc 24,39; Jn 20,27) et le partage du repas (cf. Lc 24,30; Lc 24,41-43; Jn 21,9; Jn 21,13-15). Il les invite par là à reconnaître qu'il n'est pas un esprit (cf. Lc 24,39) mais surtout à constater que le corps ressuscité avec lequel il se présente à eux est le même qui a été martyrisé et crucifié puisqu'il porte encore les traces de sa passion (cf. Lc 24,40; Jn 20,20; Jn 20,27). Ce corps authentique et réel possède pourtant en même temps les propriétés nouvelles d'un corps glorieux: il n'est plus situé dans l'espace et le temps, mais peut se rendre présent à sa guise où et quand il veut (cf. Mt 28,9; Mt 28,16-17; Lc 24,15; Lc 24,36; Jn 20,14; Jn 20,19; Jn 20,26; Jn 21,4) car son humanité ne peut plus être retenue sur terre et n'appartient plus qu'au domaine divin du Père (cf. Jn 20,17). Pour cette raison aussi Jésus ressuscité est souverainement libre d'apparaître comme il veut: sous l'apparence d'un jardinier (cf. Jn 20,14-15) ou "sous d'autres traits" (Mc 16,12) que ceux qui étaient familiers aux disciples, et cela pour susciter leur foi (cf. Jn 20,14; Jn 20,16; Jn 21,4; Jn 21,7).

646 La Résurrection du Christ ne fut pas un retour à la vie terrestre, comme ce fut le cas pour les résurrections qu'il avait accomplies avant Pâques: la fille de Jaïre, le jeune de Naïm, Lazare. Ces faits étaient des événements miraculeux, mais les personnes miraculées retrouvaient, par le pouvoir de Jésus, une vie terrestre "ordinaire". A un certain moment, ils mourront de nouveau. La Résurrection du Christ est essentiellement différente. Dans son corps ressuscité, il passe de l'état de mort à une autre vie au-delà du temps et de l'espace. Le corps de Jésus est, dans la Résurrection, rempli de la puissance du Saint-Esprit; il participe à la vie divine dans l'état de sa gloire, si bien que S. Paul peut dire du Christ qu'il est "l'homme céleste" (cf. 1Co 15,35-50).

vv. 15. 31 : CEC 659 Article 6 "Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant"

659 "Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s'assit à la droite de Dieu" (Mc 16,19). Le Corps du Christ a été glorifiée dès l'instant de sa Résurrection comme le prouvent les propriétés nouvelles et surnaturelles dont jouit désormais son corps en permanence (cf. Lc 24,31; Jn 20,19; Jn 20,26). Mais pendant les quarante jours où il va manger et boire familièrement avec ses disciples (cf. Ac 10,41) et les instruire sur le Royaume (cf. Ac 1,3), sa gloire reste encore voilée sous les traits d'une humanité ordinaire (cf. Mc 16,12; Lc 24,15; Jn 20,14-15; Jn 21,4). La dernière apparition de Jésus se termine par l'entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée (cf. Ac 1,9 cf. aussi Lc 9,34-35; Ex 13,22) et par le ciel (cf. Lc 24,51) où il siège désormais à la droite de Dieu (cf. Mc 16,19; Ac 2,33; Ac 7,56 cf. aussi Ps 110,1). Ce n'est que de manière tout à fait exceptionnelle et unique qu'il se montrera à Paul "comme à l'avorton" (1Co 15,8) en une dernière apparition qui le constitue apôtre (cf. 1Co 9,1; Ga 1,16).

660 Le caractère voilé de la gloire du Ressuscité pendant ce temps transparaît dans sa parole mystérieuse à Marie-Madeleine: "Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu" (Jn 20,17). Ceci indique une différence de manifestation entre la gloire du Christ ressuscité et celle du Christ exalté à la droite du Père. L'événement à la fois historique et transcendant de l'Ascension marque la transition de l'une à l'autre.

661 Cette dernière étape demeure étroitement unie à la première, c'est-à-dire à la descente du ciel réalisée dans l'Incarnation. Seul celui qui est "sorti du Père" peut "retourner au Père": le Christ (cf. Jn 16,28). "Personne n'est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l'Homme qui est descendu des cieux" (Jn 3,13 cf. Ep 4,8-10). Laissée à ses forces naturelles, l'humanité n'a pas accès à la "Maison du Père" (Jn 14,2), à la vie et à la félicité de Dieu. Le Christ seul a pu ouvrir cet accès à l'homme, "de sorte que nous, ses membres, nous ayons l'espérance de le rejoindre là où Lui, notre Tête et notre Principe, nous a précédés" (MR, Préface de l'Ascension)

662 "Moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi" (Jn 12,32). L'élévation sur la Croix signifie et annonce l'élévation de l'Ascension au ciel. Elle en est le début. Jésus-Christ, l'unique Prêtre de l'Alliance nouvelle et éternelle, n'est pas "entré dans un sanctuaire fait de mains d'hommes ... mais dans le ciel, afin de paraître maintenant à la face de Dieu en notre faveur" (He 7,24). Au ciel le Christ exerce en permanence son sacerdoce, "étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s'avancent vers Dieu" (He 9,25). Comme "grand prêtre des biens à venir" (He 9,11), il est le centre et l'acteur principal de la liturgie qui honore le Père dans les cieux (cf. Ap 4,6-11).

v. 16. 21 : III, 44 ARTICLE 4 : Convenait-il que le Christ apparaisse à ses disciples sous un autre visage?

Objections: 2. Pour apparaître sous un autre visage que le sien, il faut que des prodiges captivent les yeux des spectateurs. Or, des prodiges, opérés par magie, ne conviennent pas au Christ, d'après S. Paul (2Co 10,25) : " Qu'y a-t-il de commun entre le Christ et Bélial ? "

En sens contraire , il est écrit (Mc 16,12) " Ensuite, le Christ apparut sous un autre aspect à deux de ses disciples qui s'en allaient à la campagne. "

Réponse : On vient de le dire la manifestation de la résurrection du Christ revêt le mode de la révélation des réalités divines. Or, les réalités divines sont connues des hommes suivant la diversité de leurs dispositions. Car ceux qui ont l'esprit bien disposé perçoivent ces réalités dans leur vérité ; mais ceux qui ont des dispositions contraires les perçoivent avec un mélange de doute ou d'erreur ; en effet, " livré à ses seules forces, l'homme ne perçoit pas les réalités divines ", dit S. Paul (1Co 2,14) . C'est pourquoi, après la résurrection, le Christ apparut sous son propre visage à ceux qui étaient disposés à croire ; mais à ceux qui n'avaient qu'une foi tiède il apparut sous un autre ; aussi disaient-ils (Lc 24,21) : " Nous espérions que c'était lui qui rachèterait Israël. " Selon S. Grégoire " il s'est montré corporellement tel qu'il était dans leur esprit ; dans leur coeur, en effet, il était encore comme un étranger loin de la foi, aussi feignit-il d'aller plus loin ", comme s'il était vraiment un voyageur.

Solutions: 2. Au témoignage encore de S. Augustin, " le Seigneur pouvait transformer sa chair de manière à lui donner un visage différent de de celui qu'on avait coutume de lui voir ; c'est ainsi qu'avant sa passion il s'était transfiguré sur la montagne, au point que sa face brillait comme le soleil. Mais ce ne fut pas le cas ici. Ce n'est pas en effet sans raison que nous pouvons attribuer à Satan le fait que leurs yeux n'ont pas reconnu Jésus". Aussi S. Luc écrit-il (Lc 24,16) : " Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. "

vv. 17. 34 : CEC 643 Les apparitions du Ressuscité

641 Marie de Magdala et les saintes femmes, qui venaient achever d'embaumer le corps de Jésus (cf. Mc 16,1; Lc 24,1) enseveli à la hâte à cause de l'arrivée du Sabbat le soir du Vendredi Saint (cf. Jn 19,31; Jn 19,42), ont été les premières à rencontrer le Ressuscité (cf. Mt 28,9-10; Jn 20,11-18). Ainsi les femmes furent-elles les premières messagères de la Résurrection du Christ pour les Apôtres eux-mêmes (Lc 24,9-10). C'est à eux que Jésus apparaît ensuite, d'abord à Pierre, puis aux Douze (cf. 1Co 15,5). Pierre, appelé à confirmer la foi de ses frères (cf. Lc 22,31-32), voit donc le Ressuscité avant eux et c'est sur son témoignage que la communauté s'écrie: "C'est bien vrai! Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon" (Lc 24,34; Lc 24,36).

642 Tout ce qui est arrivé dans ces journées pascales engage chacun des Apôtres - et Pierre tout particulièrement - dans la construction de l'ère nouvelle qui a débuté au matin de Pâques. Comme témoins du Ressuscité ils demeurent les pierres de fondation de son Eglise. La foi de la première communauté des croyants est fondée sur le témoignage d'hommes concrets, connus des chrétiens et, pour la plupart, vivant encore parmi eux. Ces "témoins de la Résurrection du Christ" (cf. Ac 1,22) sont avant tout Pierre et les Douze, mais pas seulement eux: Paul parle clairement de plus de cinq cents personnes auxquelles Jésus est apparu en une seule fois, en plus de Jacques et de tous les apôtres (cf. 1Co 15,4-8).

643 Devant ces témoignages il est impossible d'interpréter la Résurrection du Christ en-dehors de l'ordre physique, et de ne pas la reconnaître comme un fait historique. Il résulte des faits que la foi des disciples a été soumise à l'épreuve radicale de la passion et de la mort en croix de leur maître annoncée par celui-ci à l'avance (cf. Lc 22,31-32). La secousse provoquée par la passion fut si grande que les disciples (tout au moins certains d'entre eux) ne crurent pas aussitôt à la nouvelle de la résurrection. Loin de nous montrer une communauté saisie par une exaltation mystique, les Evangiles nous présentent les disciples abattus ("le visage sombre": Lc 24,17) et effrayés (cf. Jn 20,19). C'est pourquoi ils n'ont pas cru les saintes femmes de retour du tombeau et "leurs propos leur ont semblé du radotage" (Lc 24,11 cf. Mc 16,11; Mc 16,13). Quand Jésus se manifeste aux onze au soir de Pâques, "il leur reproche leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l'avaient vu ressuscité" (Mc 16,14).

644 Même mis devant la réalité de Jésus ressuscité, les disciples doutent encore (cf. Lc 24,38), tellement la chose leur paraît impossible: ils croient voir un esprit (cf. Lc 24,39). "Dans leur joie ils ne croient pas encore et demeurent saisis d'étonnement" (Lc 24,41). Thomas connaîtra la même épreuve du doute (cf. Jn 20,24-27) et, lors de la dernière apparition en Galilée rapportée par Matthieu, "certains cependant doutèrent" (Mt 28,17). C'est pourquoi l'hypothèse selon laquelle la résurrection aurait été un "produit" de la foi (ou de la crédulité) des apôtres est sans consistance. Bien au contraire, leur foi dans la Résurrection est née - sous l'action de la grâce divine - de l'expérience directe de la réalité de Jésus ressuscité.

 

v. 17 : Constitution Sacrosanctum Concilium 6

L'oeuvre du salut continué par l'Eglise se réalise dans la liturgie

C'est pourquoi, de même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses apôtres, remplis de l'Esprit-Saint, non seulement pour que, prêchant l'Evangile à toute créature(14), ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan(15) ainsi que de la mort, et nous a transférés dans le royaume de son Père, mais aussi afin qu'ils exercent cette oeuvre de salut qu'ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. C'est ainsi que par le baptême les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ : morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui(16) ; ils reçoivent l'esprit d'adoption des fils "dans lequel nous crions : Abba, Père" Rm 8,15 , et ils deviennent ainsi ces vrais adorateurs que cherche le Père(17). Semblablement, chaque fois qu'ils mangent la Cène du Seigneur, ils annoncent sa mort jusqu'à ce qu'il vienne(18). C'est pourquoi le jour même de la Pentecôte où l'Eglise apparut au monde, "ceux qui accueillirent la parole" de Pierre "furent baptisés". "Et ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle dans la fraction du pain et aux prières ... louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple" Ac 2,41-47 . Jamais, dans la suite, l'Eglise n'omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant "dans toutes les Ecritures ce qui le concernait" Lc 24,17 , en célébrant l'Eucharistie dans laquelle "sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort"(19) et en rendant en même temps grâces "à Dieu pour son don ineffable" 2Co 9,15 dans le Christ Jésus "pour la louange de sa gloire" Ep 1,12 par la vertu de l'Esprit-Saint.

(14) Cf. Mc 16,15 . (15) Cf. Ac 26,18 . (16) Cf. Rm 6,4; Ep 2,6; Col 3,1; 2Tm 2,11 . (17) Cf. Jn 4,23 . (18) Cf. 1Co 11,26 . (19) Conc. Trente, sess.13, 11 Oct. 1551, dec. De ss. Euchraris. c. 5 : Conc. Trente, Diariorum Actorum, Epistolarum, Tractatuum nova collectio, ed. Soc. Goerresiana, t. VII. Actorum pars IV, Friburgi Brisgaviae 1961, p. 202.

 

v. 19 : Pastores dabo vobis 14

Au service de ce sacerdoce universel de la Nouvelle Alliance, Jésus a appelé à lui, au cours de sa mission terrestre, plusieurs de ses disciples; avec l'autorité d'une mission spécifique, il appelle et institue les Douze "pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher, avec pouvoir de chasser les démons" (Mc 3,14-15).

Ainsi, déjà durant son ministère public (cf. Mt 16,18) et ensuite, en plénitude, après sa mort et sa résurrection (cf. Mt 28,16-20; Jn 20-21) , Jésus confère à Pierre et aux Douze des pouvoirs tout à fait particuliers vis-à-vis de la communauté future et pour l'évangélisation de tous les peuples. Après les avoir appelés à le suivre, il les garde auprès de lui et il vit avec eux, leur communiquant par l'exemple et par la parole son message de salut; enfin, il les envoie à tous les hommes. Pour l'accomplissement de cette mission, Jésus confère aux Apôtres, avec la force de l'effusion pascale de l'Esprit Saint, la même autorité messianique qu'il a reçue du Père, qui lui a été conférée, et qui a été manifestée en plénitude par la Résurrection: "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,18-20).

Jésus établit ainsi une stricte relation entre le ministère confié aux Apôtres et sa propre mission: "Qui vous accueille m'accueille, et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé" (Mt 10,40) ; "Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m'a envoyé" (Lc 10,16). Bien plus, dans le quatrième Evangile, à la lumière de l'événement pascal de la mort et de la résurrection, Jésus affirme avec beaucoup de force et de clarté: "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie" (Jn 20,21 cf. Jn 13,20; Jn 17,18). De même que Jésus a une mission qui lui vient directement de Dieu et qui rend présente l'autorité même de Dieu (cf. Mt 7,29; Mt 21,23; Mc 1,27; Mc 11,28; Lc 20,2; Lc 24,19) , de même les Apôtres ont une mission qui vient de Jésus. Comme "le Fils ne peut rien faire de lui-même" (Jn 5,19) , de sorte que sa doctrine n'est pas sa propre doctrine, mais la doctrine de Celui qui l'a envoyé (cf. Jn 7,16) , de même Jésus dit aux Apôtres: "Hors de moi vous ne pouvez rien faire" (Jn 15,5) : leur mission n'est pas leur propre mission, mais la mission même de Jésus. Son accomplissement est possible non à partir des forces humaines, mais seulement avec le "don" du Christ et de son Esprit, avec la grâce sacramentelle: "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20,22-23). Ainsi, ce n'est pas en vertu de quelque mérite particulier, mais seulement en vertu d'une participation gratuite à la grâce du Christ, que les Apôtres poursuivent dans l'histoire, jusqu'à la fin des temps, la mission de salut du Christ lui-même en faveur des hommes.

Le signe et le présupposé de l'authenticité et de la fécondité de cette mission est l'unité des Apôtres avec Jésus et, en lui, entre eux et avec le Père, comme en témoigne la prière sacerdotale du Seigneur, synthèse de sa mission (cf. Jn 17,20-23).

vv. 21. 25 : Montée du Carmel l. II, 19

OÙ IL EST TRAITÉ ET PROUVÉ QU'ENCORE QUE LES VISIONS OU LES PAROLES QUI VIENNENT DE LA PART DE DIEU SOIENT VÉRITABLES EN SOI, ON S'Y PEUT BIEN TROMPER. - ON LE PROUVE PAR LES AUTORITÉS DE LA DIVINE ÉCRITURE

1 Nous avons dit que les visions et les paroles de Dieu, quoiqu'elles soient toujours véritables et certaines en soi, ne le sont pas toujours par rapport à nous, et ceci pour deux raisons. L'une vient de notre défectueuse manière de les entendre ; l'autre, de leurs causes qui parfois sont variables.

Pour le premier, il est clair qu'elles ne sont ni n'arrivent pas toujours comme elles sonnent à notre manière d'entendre. La cause de cela est parce que, Dieu étant immense et profond, il a de coutume, en ses prophéties, paroles et révélations, d'avoir d'autres voies, des conceptions et des intelligences fort différentes du propos et du mode auxquels communément nous les pouvons entendre - étant en elles d'autant plus véritables et certaines qu'il nous semblera que non. Cela se voit très souvent en l'Écriture Sainte où, pour beaucoup d'anciens, beaucoup de prophéties et paroles de Dieu ne se réalisaient pas comme ils espéraient les prenant à leur mode, d'une autre manière, au pied de la lettre. Ce qui paraîtra clairement en ces autorités.

2 En la Genèse, Dieu dit à Abraham, après qu'il l'eut conduit en la terre des Cananéens : Je te donnerai cette terre (Gn 15,7). Et comme il lui répétait cela souvent, Abraham étant déjà fort vieux, et qu'il ne la lui donnait point, Dieu le lui disant encore une fois Abraham répondit : Seigneur, où et par quel signe pourrai-je apprendre que je la dois posséder ? (Gn 15,8). Alors Dieu lui révéla que ce ne serait pas lui qui la posséderait en personne, mais sa postérité, après quatre cents ans. Alors Abraham entendit enfin la promesse, qui était très véritable en soi : parce que Dieu la donnant à ses enfants pour l'amour de lui, c'était la donner à lui-même. Ainsi Abraham était déçu en la manière d'entendre ; et s'il eût opéré alors selon qu'il entendait la prophétie, il eût pu se tromper beaucoup, vu qu'elle n'était pas pour ce temps-là ; et ceux qui l'eussent vu mourir sans l'avoir, ayant ouï que Dieu la lui donnerait, fussent demeurés confus et eussent cru qu'elle eût été fausse.

3 Comme il arriva aussi à Jacob, son petit-fils, lorsque son fils Joseph l'attira en Égypte, à cause de la famine de Canaan. Car, étant sur le chemin, Dieu lui apparut et lui dit : Ne crains point, Jacob, et descends en Égypte : j'y descendrai avec toi, et quand tu en sortiras, je t'en tirerai, te conduisant (Gn 46,3-4). Ce qui néanmoins n'advint pas comme on le prendrait à notre manière d'entendre : parce que nous savons que le saint vieillard Jacob mourut en Égypte et n'en sortit pas en vie. Et c'était que cela se devait accomplir en sa postérité qui n'en sortit que longtemps après, Lui-même leur servant de conducteur par le chemin. Où l'on voit clairement que, qui eût su cette promesse de Dieu à Jacob, pouvait croire assurément qu'étant entré vivant et en personne en Égypte par l'ordre et la faveur divine, il en devait aussi sortir plein de vie et en personne en la même forme et manière, puisque Dieu lui avait promis la sortie et sa protection et ainsi on se fût trompé et étonné, le voyant mourir en Égypte et que la chose ne s'accomplissait comme on espérait. De sorte que le dire de Dieu étant très véritable en soi, on s'y peut beaucoup abuser.

4 Nous lisons aussi dans les Juges (cf. Jg 20,11-48) que toutes les tribus d'Israël s'étant assemblées pour combattre celle de Benjamin et pour punir un forfait auquel ils avaient consenti, parce que Dieu leur désigna un chef de guerre, ils s'assurèrent tellement de la victoire, qu'ayant été vaincus, avec perte de vingt-deux mille des leurs, ils demeurèrent fort étonnés et pleurèrent devant Dieu jusqu'à la nuit, ignorant le sujet de leur déroute, eux qui avaient cru comprendre que la victoire ne leur pouvait manquer. Et s'enquérant de Dieu s'ils retourneraient au combat ou non, il leur répondit d'y aller et de batailler contre eux. Tenant cette seconde fois la victoire pour certaine, ils sortirent avec grande audace et ils furent déconfits encore une fois, avec perte de dix-huit mille hommes. Dont ils furent si éperdus qu'ils ne savaient plus que faire, voyant que, Dieu leur commandant de combattre, ils demeuraient toujours vaincus, surtout qu'ils surpassaient leurs ennemis et en nombre et en force - n'y ayant que vingt-cinq mille six cents soldats en la tribu de Benjamin, et eux étant quatre cent mille. Ils s'abusaient ainsi en leur manière d'entendre, car le dire de Dieu n'était pas trompeur: il n'avait pas dit qu'ils vaincraient, mais qu'ils combattissent ; et, en ces déroutes, Dieu les voulut châtier d'une certaine négligence et présomption, et les humilier par ce moyen. Mais quand il leur répondit à la dernière fois qu'ils vaincraient, ils furent victorieux - quoiqu'ils vainquirent avec bien de la ruse et beaucoup de travail.

5 De cette sorte et de plusieurs autres, il arrive que les âmes se trompent en les paroles et révélations qui sont de la part de Dieu, en prenant l'intelligence à la lettre et à l'écorce. Car (comme j'ai donné à entendre) la principale intention de Dieu en ces choses est de dire et de donner l'esprit qui est enclos en de telles paroles, lequel est difficile à entendre. Et il est bien plus ample que la lettre et fort extraordinaire et hors des limites de la lettre. De façon que celui qui s'attachera à la lettre ou à la parole, ou à la forme, ou à la figure appréhensible de la vision ne pourra si bien faire qu'il n'erre beaucoup et qu'après il ne se trouve court et confus, pour s'être conduit en elles selon le sens et n'avoir donné lieu à l'esprit en nudité du sens. La lettre tue, dit saint Paul, mais l'esprit vivifie (2Co 3,6). C'est pourquoi il faut renoncer à la lettre - qui en ce cas est le sens et demeurer à l'obscurité en la foi - qui est l'esprit - que le sens ne peut comprendre.

6 C'est pour cela que les paroles et les prophéties des prophètes, pour beaucoup des enfants d'Israël ne se réalisaient pas comme ils espéraient, parce qu'ils les prenaient trop à la lettre et par suite, ils les méprisaient et n'y ajoutaient point foi : au point qu'il y avait entre eux un quolibet public tenu quasi comme proverbe, se moquant des prophètes. Ce dont Isaïe se plaint, le disant et rapportant ainsi : À qui Dieu enseignera-t-il la science ? À qui fera-t-il entendre la prophétie et sa parole ? À ceux-là seulement qui sont déjà sevrés et qui ont quitté le tétin. Car tous disent (cela s'entend des prophéties) : promets et promets encore ; attends et attends derechef ; un peu là et un peu là : parce qu'il parlera à ce peuple en la parole de ses lèvres et en un autre langage (Is 28,9-11). Où Isaïe donne clairement à entendre qu'ils se moquaient des prophéties et disaient par risée ce proverbe : Attends et attends derechef, nous enseignant qu'elles ne s'accomplissaient jamais parce qu'ils s'attachaient à la lettre - qui est le lait des enfants - et au sens - qui sont les mamelles - qui contredisent à la grandeur de la science de l'esprit. Pour ce sujet il dit : À qui enseignera-t-il la sagesse de ses prophètes ? Et à qui fera-t-il entendre sa doctrine, sinon ceux qui sont séparés du lait - de la lettre - et des mamelles - de leurs sens ? C'est pourquoi ils ne les entendent pas, sinon selon ce lait de l'écorce et de la lettre et ces tétins de leurs sens, puisqu'ils disent : Promets et repromets ; attends et attends derechef, etc. Parce que Dieu leur doit parler en la doctrine de sa bouche et non pas en la leur, et en une autre langue que celle dont ils se servent.

7 Et partant, il ne faut pas prendre garde à notre sens ni à notre langue, sachant que celle de Dieu est autre, selon l'esprit - très différent de notre manière d'entendre et fort difficile. Il l'est tellement que Jérémie lui- même, quoiqu'il fût prophète de Dieu, voyant la signification des paroles de Dieu si éloignée du sens commun des hommes, semble aussi s'y méprendre et vouloir soutenir le peuple : Hélas, dit-il, Seigneur Dieu ! n'avez- vous point par hasard trompé ce peuple et Jérusalem, disant : la paix viendra sur vous, et voici que le couteau est parvenu jusqu'à l'âme ? (Jr 4,10). Et c'était que la paix que Dieu leur promettait de faire était entre lui et l'homme par le moyen du Messie qu'il leur devait envoyer, et eux l'entendaient de la paix temporelle. C'est pourquoi, lorsqu'il leur survenait des guerres et des travaux, il leur semblait que Dieu les trompait, voyant arriver tout le contraire de ce qu'ils espéraient. Et ainsi ils disaient, comme dit aussi Jérémie : Nous avons espéré la paix, et il n'y a aucun bien de paix (Jr 8,15). Et de cette façon, ils ne pouvaient manquer d'être trompés, se gouvernant seulement par le sens littéral. Car qui ne sera confus et abusé ; s'attachant à la lettre de cette prophétie de David touchant le Christ, en tout le psaume 71, et notamment où il dit qu'Il dominera d'une mer à l'autre et du fleuve jusqu'au bout de la terre (Ps 71,8) en ce qu'il dit qu'Il délivrera le pauvre de la main du puissant et le pauvre qui n'avait aucun secours (Ps 71,12) : le voyant si abaissé en sa naissance, si pauvre en sa vie et si misérable en sa mort, de sorte que non seulement il ne domina pas temporellement la terre durant sa vie, mais il s'assujettit à de petites gens, jusqu'à ce qu'il mourût sous le pouvoir de Ponce Pilate ? Et que non seulement il ne délivra pas temporellement ses pauvres disciples de la main des puissants, mais les laissa tuer et persécuter pour son nom ?

8 Et c'était que ces prophéties se devaient entendre spirituellement du Christ, lesquelles étaient très véritables en ce sens-là. Car le Christ n'était pas seulement le Seigneur de toute la terre, mais aussi du ciel, puisqu'il était Dieu : et les pauvres de sa suite ne devaient pas être seulement rachetés et délivrés des mains du démon- qui était le puissant contre lequel ils n'avaient aucune aide - mais aussi il les devait faire héritiers du royaume des cieux.

Ainsi Dieu parlait selon le principal du Christ et de ses sectateurs - à savoir du royaume éternel et de la liberté éternelle ; et eux l'entendaient, à leur mode, du moins principal qui était la seigneurie et la liberté temporelles, dont Dieu fait peu de cas et qui devant lui n'est ni royaume ni liberté. D'où vient que s'aveuglant par la bassesse de la lettre et n'entendant l'esprit et la vérité qui y était, ils ôtèrent la vie à leur Dieu et Seigneur, selon ce que dit ainsi saint Paul : Les habitants et les princes de Jérusalem, ne sachant quel il était, et n'entendant les prophéties qu'on lit chaque jour de sabbat, le jugeant, le firent mourir (Ac 13,27).

9 Cette difficulté d'entendre la parole de Dieu comme il fallait vint à tel terme, que ses disciples mêmes, qui avaient conversé avec lui, y étaient trompés. Témoins ces deux qui, après sa mort, s'en allaient au château d'Emmaüs, tristes et sans espérance, disant : Nous espérions qu'il délivrerait Israël (Lc 24,21), entendant aussi que la rédemption et la domination devait être temporelle : auxquels le Christ notre Rédempteur apparut et les reprit de folie, de lourdeur et de dureté de coeur croire les choses que les prophètes avaient prédites (Lc 24,25). Et même lorsqu'il monta au ciel, il y avait encore quelques-uns si grossiers qu'ils lui demandèrent si en ce temps-là il rachèterait Israël (Ac 1,6).

Le Saint Esprit fait dire beaucoup de choses en autre sens que les hommes ne l'entendent, comme on le voit en ce qu'il fit dire à Caïphe du Christ qu'il fallait qu'un homme mourût pour conserver la nation (Jn 11,50) - ce qu'il ne dit pas de soi-même, et lui le dit et l'entendit d'une façon et pour une fin, et le Saint Esprit d'une autre.

10 On le voit par là : encore que les paroles et les révélations soient de Dieu, il ne s'y faut pas assurer, parce qu'on peut beaucoup et très facilement se tromper en notre manière de les entendre. Car elles sont toutes un abîme et profondeur d'esprit, et les vouloir restreindre à ce que nous en entendons et que notre sens en peut appréhender, ce n'est pas plus que vouloir enserrer l'air en la main et quelque atome qui s'y rencontre. Car l'air s'évanouit et la main demeure vide.

11 C'est pourquoi le maître spirituel doit tâcher que l'esprit de son disciple ne s'empresse à faire état de toutes les appréhensions surnaturelles qui ne sont que des atomes d'esprit, avec lesquels seuls il demeurera à la fin, sans plus aucun esprit. Mais, le séparant de toutes visions et de toutes paroles, qu'il lui impose de savoir demeurer en liberté et obscurité de foi, où l'on reçoit la liberté et l'abondance d'esprit, et par conséquent la sagesse et intelligence propre des paroles de Dieu. Car il est impossible que l'homme, s'il n'est spirituel, puisse juger des choses divines ni les entendre raisonnablement - et alors qu'il les juge selon le sens il n'est pas spirituel. Et ainsi, encore qu'elles viennent couvertes de ce sens, il ne les entend pas, ce que dit bien saint Paul : L'homme animal ne conçoit pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu, car elles lui sont folie, et ne les peut entendre parce qu'elles sont spirituelles (1Co 2,14-15). Mais le spirituel juge de toutes choses. L'on entend ici par l'homme animal celui qui ne se guide que par le sens ; et par le spirituel, celui qui ne s'y attache et ne se conduit par lui. C'est donc une témérité d'oser traiter avec Dieu, et donner licence de le faire, par la voie d'appréhension surnaturelle au sens.

12 Pour mieux entendre ceci, mettons quelques exemples. Posez le cas qu'un saint soit fort affligé à cause que ses ennemis le persécutent et que Dieu lui réponde : Cette prophétie peut être très véritable, encore que ses ennemis viennent à prévaloir et qu'il meure de leurs mains. Partant, celui qui l'entendra temporellement sera trompé : parce que Dieu a pu parler de la vraie et principale liberté et victoire - qui est le salut, par lequel l'âme est délivrée et victorieuse de tous ses ennemis, beaucoup plus véritablement et hautement que si elle en était délivrée ici-bas. Partant, cette prophétie était beaucoup plus vraie et plus ample que l'homme n'eût pu vraie et plus ample que l'homme n'eût pu comprendre, s'il l'eût entendue pour le temps de cette vie ; car les paroles de Dieu comprennent et visent toujours le sens plus principal et plus utile ; et l'homme les peut entendre à sa manière et à son propos - selon le sens moins principal - et ainsi demeurer abusé. Comme nous voyons en cette prophétie que David a prononcée du Christ dans le psaume 2, disant : Vous gouvernerez les nations avec une verge de fer, et les briserez comme un pot de terre (Ps 2,9). Où Dieu parle de la principale et parfaite seigneurie, qui est l'éternelle - laquelle s'est accomplie ; et non de la moins principale, qui était la temporelle - laquelle n'a point été accomplie durant toute la vie temporelle du Christ.

13 Posons un autre exemple. Une âme souhaite grandement le martyre. Il arrivera que Dieu lui réponde : , et la console intérieurement, et lui donne une grande confiance qu'elle le sera - et néanmoins elle ne mourra pas martyre, quoique la promesse soit vraie. Or, comment ne s'est-elle accomplie de cette manière ? C'est qu'elle s'accomplira et pourra s'accomplir selon le principal et l'essentiel : lui donnant l'amour et la récompense du martyre essentiellement. Et en ce faisant, il accomplira en effet le souhait de l'âme et ce qu'il lui a promis. Parce que le principal de son désir était non ce genre de mort, mais de faire à Dieu ce service de martyre et d'exercer l'amour pour lui comme martyre. Parce que cette manière de mourir ne vaut rien de soi sans cet amour : lequel amour et exercice et récompense de martyre il lui donne très parfaitement par d'autres moyens. De façon qu'encore qu'elle ne meure martyre, elle demeure néanmoins satisfaite d'avoir obtenu ce qu'elle désirait. Car quand ces souhaits naissent d'un vif amour, et autres semblables, encore que cela n'arrive comme ils se l'imaginent et l'entendent, ils s'accomplissent toutefois d'une autre manière plus avantageuse et plus à l'honneur de Dieu qu'ils n'eussent su demander. D'où vient que David dit : Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres (Ps 9,17). Et la Sagesse divine dans les Proverbes dit : Le désir des justes leur sera donné Pr 10,24). Nous voyons donc que beaucoup de saints ont souhaité beaucoup de choses en particulier pour Dieu, qui ne leur ont pas été octroyées en cette vie, mais il est de foi que leur désir étant juste et véritable, il s'est accompli parfaitement en l'autre. Ce qu'étant véritable en cette sorte, la promesse de Dieu était aussi véritable en cette vie, lorsqu'il les assura d'accomplir leurs désirs, bien que cela ne soit pas en la manière qu'ils pensaient.

14 En cette façon et en plusieurs autres, les paroles et les visions de Dieu peuvent être véritables et certaines, et nous ne laissons pas de nous y tromper, faute de les savoir entendre hautement et principalement et selon les intentions et les sens que Dieu y cache. C'est donc le plus certain et le plus assuré de faire que les âmes fuient prudemment ces choses surnaturelles, les accoutumant (comme nous avons dit) à la pureté d'esprit en foi obscure, qui est le moyen de l'union.

v. 21 : CEC 439 II Christ

436 Christ vient de la traduction grecque du terme hébreu "Messie" qui veut dire "oint". Il ne devient le nom propre de Jésus que parce que celui-ci accomplit parfaitement la mission divine qu'il signifie. En effet en Israël étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C'était le cas des rois (cf. 1S 9,16; 1S 10,1; 1S 16,1; 1S 16,12-13; 1R 1,39), des prêtres (cf. Ex 29,7; Lv 8,12) et, en de rares cas, des prophètes (cf. 1R 19,16). Ce devait être par excellence le cas du Messie que Dieu enverrait pour instaurer définitivement son Royaume (cf. Ps 2,2; Ac 4,26-27). Le Messie devait être oint par l'Esprit du Seigneur (cf. Is 11,2) à la fois comme roi et prêtre (cf. Za 4,14; Za 6,13) mais aussi comme prophète (cf. Is 61,1; Lc 4,16-21). Jésus a accompli l'espérance messianique d'Israël dans sa triple fonction de prêtre, de prophète et de roi

437 L'ange a annoncé aux bergers la naissance de Jésus comme celle du Messie promis à Israël: "Aujourd'hui, dans la ville de David vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur" (Lc 2,11). Dès l'origine il est "celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde" (Jn 10,36), conçu comme "saint" (Lc 1,35) dans le sein virginal de Marie. Joseph a été appelé par Dieu à "prendre chez lui Marie son épouse" enceinte de "ce qui a été engendré en elle par l'Esprit Saint" (Mt 1,21) afin que Jésus "que l'on appelle Christ" naisse de l'épouse de Joseph dans la descendance messianique de David (Mt 1,16 cf. Rm 1,3; 2Tm 2,8; Ap 22,16).

438 La consécration messianique de Jésus manifeste sa mission divine. "C'est d'ailleurs ce qu'indique son nom lui-même, car dans le nom de Christ est sous-entendu Celui qui a oint, Celui qui a été oint et l'Onction même dont il a été oint: Celui qui a oint, c'est le Père, Celui qui a été oint, c'est le Fils, et il l'a été dans l'Esprit qui est l'Onction" (S. Irénée, hær. 3,18, 3). Sa consécration messianique éternelle s'est révélée dans le temps de sa vie terrestre lors de son baptême par Jean quand "Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance" (Ac 10,38) "pour qu'il fût manifesté à Israël" (Jn 1,31) comme son Messie. Ses oeuvres et ses paroles le feront connaître comme "le saint de Dieu" (Mc 1,24; Jn 6,69; Ac 3,14).

439 De nombreux juifs et même certains païens qui partagaient leur espérance ont reconnu en Jésus les traits fondamentaux du "fils de David" messianique promis par Dieu à Israël (cf. Mt 2,2; Mt 9,27; Mt 12,23; Mt 15,22; Mt 20,30; Mt 21,9; Mt 21,15). Jésus a accepté le titre de Messie auquel il avait droit (cf. Jn 4,25-26; Jn 11,27), mais non sans réserve parce que celui-ci était compris par une partie de ses contemporains selon une conception trop humaine (cf. Mt 22,41-46), essentiellement politique (cf. Jn 6,15; Lc 24,21).

440 Jésus a accueilli la profession de foi de Pierre qui le reconnaissait comme le Messie en annonçant la passion prochaine du Fils de l'Homme (cf. Mt 16,16-23). Il a dévoilé le contenu authentique de sa royauté messianique à la fois dans l'identité transcendante du Fils de l'Homme "qui est descendu du ciel" (Jn 3,13 cf. Jn 6,62; Da 7,13) et dans sa mission rédemptrice comme Serviteur souffrant: "Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Mt 20,28 cf. Is 53,10-12). C'est pourquoi le vrai sens de sa royauté n'est manifesté que du haut de la Croix (cf. Jn 19,19-22; Lc 23,39-43). C'est seulement après sa Résurrection que sa royauté messianique pourra être proclamée par Pierre devant le peuple de Dieu: "Que toute la maison d'Israël le sache avec certitude: Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié" (Ac 2,36).

vv. 22-23 : CEC 640 Le tombeau vide

640 "Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts? Il n'est pas ici, mais il est ressuscité" (Lc 24,5-6). Dans le cadre des événements de Pâques, le premier élément que l'on rencontre est le sépulcre vide. Il n'est pas en soi une preuve directe. L'absence du corps du Christ dans le tombeau pourrait s'expliquer autrement (cf. Jn 20,13; Mt 28,11-15). Malgré cela, le sépulcre vide a constitué pour tous un signe essentiel. Sa découverte par les disciples a été le premier pas vers la reconnaissance du fait de la Résurrection. C'est le cas des saintes femmes d'abord (cf. Lc 24,3; Lc 24,22-23), puis de Pierre (cf. Lc 24,12). "Le disciple que Jésus aimait" (Jn 20,2) affirme qu'en entrant dans le tombeau vide et en découvrant "les linges gisant" (Jn 20,6) "il vit et il crut" (Jn 20,8). Cela suppose qu'il ait constaté dans l'état du sépulcre vide (cf. Jn 20,5-7) que l'absence du corps de Jésus n'a pas pu être une oeuvre humaine et que Jésus n'était pas simplement revenu à une vie terrestre comme cela avait été le cas de Lazare (cf. Jn 11,44).

v. 25 : Montée du Carmel l. III, ch. 33

DES DOMMAGES QUI PEUVENT ARRIVER À L'ÂME DE METTRE LA JOIE DE LA VOLONTÉ EN CETTE SORTE DE BIENS

1 Il me semble que l'âme peut tomber en trois principaux dommages de mettre sa joie en les biens surnaturels, c'est à savoir de tromper et d'être trompée, recevoir du détriment en l'âme touchant la foi, et tomber en vaine gloire ou quelque autre vanité.

2 Quant au premier, il est aisé de tromper les autres et soi- même, se réjouissant en cette sorte d'oeuvres. La raison est que, pour connaître en ces oeuvres les vraies d'avec les fausses, comment et en quel temps il les faut pratiquer, il y faut bien aviser, et il est besoin d'une grande lumière de Dieu : et la joie et l'estime de ces oeuvres empêchent fort l'un et l'autre. Et ceci pour deux raisons : l'une, à cause que la joie émousse et obscurcit le jugement ; l'autre, parce qu'avec la joie de cette oeuvre, non seulement l'homme souhaite qu'elle soit faite plus promptement, mais encore il est davantage poussé à ce qu'elle se fasse hors de temps. Et posé le cas que les vertus et oeuvres qu'on pratique soient vraies, néanmoins ces deux défauts suffisent pour s'y tromper souvent : ou ne les entendant pas comme il faut, ou n'en profitant pas et ne s'en servant comme et quand il est plus à propos. Car, encore qu'à la vérité, quand Dieu départit ces dons et grâces, il leur donne la lumière et l'instinct comment et quand il les faut exercer, néanmoins, à cause de la propriété et imperfection qu'ils y peuvent avoir, ils peuvent beaucoup faillir, n'en usant pas avec la perfection que Dieu désire, comme et quand il veut. Ainsi que nous lisons que voulait faire Balaam, lorsqu'il voulut entreprendre d'aller maudire le peuple d'Israël contre la volonté de Dieu (cf. Nb 22,20-22). Dont Dieu fut tellement irrité qu'il le voulait tuer (Nb 22,33). Et saint Jacques et saint Jean voulaient faire descendre le feu du ciel sur les Samaritains, à cause qu'ils refusaient de loger Notre Sauveur, et il les reprit de cela (cf. Lc 9,54-55).

3 Où l'on voit clairement comment ceux-là étaient portés à ces oeuvres, par quelque passion d'imperfection enveloppée en la joie et l'estime qui les concernent, quand il n'était pas convenable. Parce que, cessant semblable imperfection, ils se meuvent et déterminent seulement à opérer ces vertus quand et comme Dieu les pousse à cela - et jusqu'alors il ne convient pas. C'est pourquoi Dieu se plaignait par Jérémie de certains prophètes, disant : Je n'envoyais pas les prophètes, et ils couraient ; je ne leur parlais pas, et ils prophétisaient (Jr 23,21). Et ailleurs : Ils ont trompé mon peuple par leur mensonge et leurs miracles, sans que je leur eusse rien commandé et sans que je les eusse envoyés (Jr 23,32). Il dit encore en ce lieu, parlant d'eux, qu'ils voyaient la vision de leur coeur et qu'ils la disaient (Jr 23,26) - ce qui ne fût pas ainsi arrivé s'ils n'eussent eu cette abominable propriété en ces oeuvres.

4 D'où nous apprenons par ces autorités que le dommage de cette joie n'aboutit pas seulement à user iniquement et méchamment de ces grâces que Dieu donne - comme fit Balaam et ceux dont Il parle ici, qui faisaient des miracles par lesquels ils trompaient le peuple - mais encore jusqu'à s'en servir sans que Dieu les leur eût données - comme ceux-ci qui prophétisaient leurs fantaisies et publiaient les visions qu'ils composaient, ou celles que le démon leur représentait. Car le démon qui les voit affectionnés à ces choses, leur donne un beau champ et une ample matière, s'entremettant là en maintes manières ; et avec cela, ils déploient les voiles et s'étendent en ces oeuvres prodigieuses avec une hardiesse effrontée.

5 Ils n'en demeurent pas là. Mais la joie et la convoitise de ces oeuvres les portent à de tels termes que, s'ils n'avaient auparavant qu'un pacte occulte avec le démon (car beaucoup d'entre eux opèrent ces choses par cette convention secrète), ils osent bien faire avec lui un pacte exprès et manifeste, se rendant par accord disciples du démon et ses partisans. De là viennent les sorciers, enchanteurs, magiciens, devins et charmeurs. La joie de ces oeuvres vient à un tel excès de mal, que non seulement ils veulent acheter par argent les dons et les grâces divines pour servir le démon, comme voulait faire Simon le Magicien (cf. Ac 8,19), mais aussi ils tâchent d'avoir les choses sacrées, et même - ce qui ne se peut dire sans frémir - les choses divines, comme on a déjà vu que le redoutable Corps de Notre Seigneur Jésus- Christ a été usurpé pour l'usage de leurs méchancetés et abominations. Dieu veuille montrer et étendre ici sa grande miséricorde !

6 Et chacun sait combien ces gens-là sont pernicieux à eux-mêmes et préjudiciables à la chrétienté. Où il faut noter que tous ces magiciens et devins qui étaient parmi les enfants d'Israël - que Saül extermina - s'étaient jetés en ces abominations et illusions pour vouloir imiter les vrais prophètes de Dieu (cf. 1S 28,3).

7 Celui donc qui aura la grâce et le don surnaturel, en doit séquestrer la convoitise et la joie de l'exercice, et n'avoir nul souci de le mettre en oeuvre ; car Dieu, qui l'en favorise surnaturellement pour l'utilité de son Église ou de ses membres, le poussera surnaturellement aussi à l'exercer comme et quand il devra le faire (cf. Mt 10,19). Car, puisqu'Il défendait à ses fidèles de se soucier de ce qu'ils annonceraient, ou comme ils le diraient, parce que c'était une affaire surnaturelle de foi, Il voudra aussi (attendu que la chose n'est pas moins importante) que l'homme attende que Dieu soit l'ouvrier mouvant le coeur, puisque toute vertu se doit opérer en sa vertu. C'est pourquoi les disciples, en les Actes des Apôtres, encore qu'Il leur eût infus ces grâces et ces dons, firent oraison à Dieu, le priant qu'il lui plût d'étendre sa main à faire des signes et des guérisons par eux, pour introduire la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ dans les coeurs (cf. Ac 4,29-30).

8 Le second dommage peut naître de ce premier, à savoir, un détriment de foi. Ce qui peut arriver en deux manières.

L'une, à l'égard des autres ; parce que, entreprenant de faire des merveilles ou des vertus hors de temps et sans nécessité, outre que c'est tenter Dieu - ce qui est un grand péché - peut-être que cela ne réussira pas et pourra engendrer dans les coeurs un moindre crédit et un mépris de la foi ; car, bien que cela réussisse quelquefois - Dieu le permettant pour d'autres sujets et respects, comme il arriva à la sorcière de Saul (s'il est vrai que ce fut Samuel qui lui apparut ; cf. Ac 1; Ac 28,12) - cela ne réussira pas toujours ; et quand bien même cela réussirait, ils ne laissent pas de faillir et de se rendre coupables, à cause qu'ils usent de ces grâces quand il n'est pas convenable.

En l'autre manière il peut recevoir du détriment en soi-même touchant le mérite de la foi ; parce qu'en faisant grand état de ces miracles, il s'éloigne beaucoup de l'habitude substantielle de la foi, qui est une habitude obscure ; d'où vient que là où il y a plus de signes et de témoignages, il y a moins de mérite à croire. C'est pourquoi saint Grégoire dit que la foi est sans mérite, quand la raison humaine l'expérimente (cf. Hom. 26 in Evang., PL 76,1197). Et ainsi Dieu n'opère jamais ces merveilles que quand elles sont nécessaires purement pour croire. D'où vient que Notre Seigneur, afin que ses disciples, ayant l'expérience de sa résurrection, n'en perdissent le mérite, fit beaucoup de choses avant que de se montrer à eux, pour qu'ils le crussent sans le voir. Car il montra premièrement à Marie- Madeleine le sépulcre vide et après il fit que les anges lui annonçassent - parce que la foi vient de l'ouïe, dit saint Paul (Rm 10,17) - et que, l'oyant, elle le crût avant que de le voir (cf. Lc 24,4-8). Et encore, quand elle le vit, ce fut en forme d'un homme ordinaire, pour achever de l'instruire, par la chaleur de sa présence, en la créance qui lui manquait (cf. Jn 20,11-18). Quant aux disciples, il envoya premièrement les femmes leur annoncer, et ensuite ils vinrent voir le sépulcre (cf. Lc 24,9-12; Jn 20,1-10). Et pour les pèlerins d'Emmaüs, il commença à toucher leur coeur en foi avant qu'il se donnât à voir, marchant avec eux déguisé (cf. Lc 24,25). Et enfin, il les reprit tous, après, de n'avoir cru ceux qui leur avaient rapporté sa résurrection (cf. Mc 16,14). Et saint Thomas aussi, de ce qu'il avait voulu toucher ses plaies, lui disant : Bienheureux sont ceux qui n'ont vu et qui ont cru (Jn 20,29).

9 D'où l'on voit que Dieu n'est pas tant ami de faire des miracles, et, comme on dit, quand il les fait, c'est qu'il ne peut plus faire autrement. C'est pourquoi il reprenait les Pharisiens qui ne croyaient qu'à force de prodiges : Si vous ne voyez, dit-il, des prodiges et des signes, vous ne croyez pas (Jn 4,48). Ceux-là donc qui se réjouissent volontiers en ces oeuvres surnaturelles perdent beaucoup touchant la foi.

10 Le troisième dommage est que communément, par la joie de ces oeuvres, ils tombent en vaine gloire ou en quelque vanité. Parce que la joie même de ces merveilles (comme nous avons dit), n'étant pas purement en Dieu et pour Dieu, est vanité ; comme il paraît en ce que Notre Seigneur reprit ses disciples qui se réjouissaient de ce que les démons leur étaient assujettis (cf. Lc 10,20) - de quoi il ne les eût point blâmés, si cette joie n'eût été vaine.

v. 25 : CEC 112 - III L'Esprit Saint, interprète de l'Ecriture

109 Dans l'Ecriture Sainte, Dieu parle à l'homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l'Ecriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles (cf. DV 12).

110 Pour découvrir l'intention des auteurs sacrés, il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des "genres littéraires" en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. "Car c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d'autres genres d'expression" (DV 12).

111 Mais puisque l'Ecriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l'interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l'Ecriture demeurerait lettre morte: "La Sainte Ecriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger" (DV 12).

Le Concile Vatican II indique trois critères pour une interprétation de l'Ecriture conforme à l'Esprit qui l'a inspirée (cf. DV 12):

112 1. Porter une grande attention "au contenu et à l'unité de toute l'Ecriture". En effet,aussi différents que soient les livres qui la composent, l'Ecriture est une en raison de l'unité du dessein de Dieu, dont le Christ Jésus est le centre et le coeur, ouvert depuis sa Pâque (cf. Lc 24,25-27; Lc 24,44-46).

Le coeur (cf. Ps 22,15) du Christ désigne la sainte Ecriture qui fait connaître le coeur du Christ. Ce coeur était fermé avant la Passion car l'Ecriture était obscure. Mais l'Ecriture a été ouverte après la Passion, car ceux qui désormais en ont l'intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées (S. Thomas d'A., Psal. 21, 11).

113 2. Lire l'Ecriture dans "la Tradition vivante de toute l'Eglise". Selon un adage des Pères, "sacra Scriptura principalius est in corde Ecclesiæ quam in materialibus instrumentis scripta". En effet, l'Eglise porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c'est l'Esprit Saint qui lui donne l'interprétation spirituelle de l'Ecriture ("... secundum spiritualem sensum quem Spiritus donat Ecclesiæ": Origène, hom. in Lev. 5,5).

114 3. Etre attentif "à l'analogie de la foi" (cf. Rm 12,6). Par "analogie de la foi" nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.

v. 25 : CEC 601 : "Mort pour nos péchés selon les Ecritures"

601 Ce dessein divin de salut par la mise à mort du "Serviteur, le Juste" (Is 53,11 cf. Ac 3,14) avait été annoncé par avance dans l'Ecriture comme un mystère de rédemption universelle, c'est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l'esclavage du péché (cf. Is 53,11-12; Jn 8,34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu'il dit avoir "reçue" (1Co 15,3) que "le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures" (ibidem; cf. aussi Ac 3,18; Ac 7,52; Ac 13,29; Ac 26,22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53,7-8 et Ac 8,32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20,28). Après sa Résurrection, il a donné cette interprétation des Ecritures aux disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24,25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24,44-45).

v. 25 : Interprétation biblique 41 - 2. Rapports entre Ancien Testament et Nouveau Testament

41 Les rapports intertextuels prennent une densité extrême dans les écrits du Nouveau Testament, tout pétris d'allusions à l'Ancien Testament et de citations explicites. Les auteurs du Nouveau Testament reconnaissent à l'Ancien Testament valeur de révélation divine. Ils proclament que cette révélation a trouvé son accomplissement dans la vie, l'enseignement et surtout la mort et la résurrection de Jésus, source de pardon et de vie éternelle. " Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures et a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures et il est apparu " (1Co 15,3-5) : tel est le noyau central de la prédication apostolique (1Co 15,11).

Comme toujours, entre les Écritures et les événements qui les accomplissent, les rapports ne sont pas de simple correspondance matérielle, mais d'illumination réciproque et de progrès dialectique : on constate à la fois que les Écritures révèlent le sens des événements et que les événements révèlent le sens des Écritures, c'est-à-dire qu'ils obligent à renoncer à certains aspects de l'interprétation reçue, pour adopter une interprétation nouvelle.

Dès le temps de son ministère public, Jésus avait pris une position personnelle originale, différente de l'interprétation reçue à son époque, qui était celle " des scribes et des pharisiens " (Mt 5,20). Nombreux en sont les témoignages : les antithèses du Sermon sur la montagne (Mt 5,21-48), la liberté souveraine de Jésus dans l'observance du sabbat (Mc 2,27-28 et par.), sa façon de relativiser les préceptes de pureté rituelle (Mc 7,1-23 et par.), son exigence radicale, au contraire, en d'autres domaines (Mt 10,2-12 et par. ; Mt 10,17-20 et par.) et surtout son attitude d'accueil envers " les publicains et les pécheurs " (Mc 2,15-17 et par.). Ce n'était pas de sa part caprice de contestataire, mais, au contraire, fidélité plus profonde à la volonté de Dieu exprimée dans l'Écriture (cf. Mt 5,17; Mt 9,13; Mc 7,8-13 et par. ; Mc 10,5-9 et par.).

La mort et la résurrection de Jésus ont poussé à l'extrême l'évolution commencée, en provoquant, sur certains points, une rupture complète, en même temps qu'une ouverture inattendue. La mort du Messie, " roi des Juifs " (Mc 15,26 et par.), a provoqué une transformation de l'interprétation terrestre des psaumes royaux et des oracles messianiques. Sa résurrection et sa glorification céleste comme Fils de Dieu ont donné à ces mêmes textes une plénitude de sens inconcevable auparavant. Des expressions qui semblaient hyperboliques doivent désormais être prises à la lettre. Elles apparaissent comme préparées par Dieu pour exprimer la gloire du Christ Jésus, car Jésus est vraiment " Seigneur " (Ps 110,1) au sens le plus fort du terme (Ac 2,36; Ph 2,10-11; He 1,10-12) ; il est le Fils de Dieu (Ps 2,7; Mc 14,62; Rm 1,3-4), Dieu avec Dieu (Ps 45,7; He 1,8; Jn 1,1; Jn 20,28) ; " son règne n'aura pas de fin " (Lc 1,32-33; 1Ch 17,11-14; Ps 45,7; He 1,8) et il est en même temps " prêtre pour l'éternité " (Ps 110,4; He 5,6-10; He 7,23-24).

C'est à la lumière des événements de Pâques que les auteurs du Nouveau Testament ont relu l'Ancien Testament. L'Esprit Saint envoyé par le Christ glorifié (cf. Jn 15,26; Jn 16,7) leur en a fait découvrir le sens spirituel. Ils ont été ainsi conduits à affirmer plus affirmer plus que jamais la valeur prophétique de l'Ancien Testament, mais aussi à relativiser fortement sa valeur d'institution salvifique. Ce second point de vue, qui apparaît déjà dans les Évangiles (Mt 11,11-13; Mt 12,41-42; Jn 4,12-14; Jn 5,37; Jn 6,32), éclate avec vigueur dans certaines lettres pauliniennes ainsi que dans l'épître aux Hébreux. Paul et l'auteur de l'épître aux Hébreux démontrent que la Torah, en tant que révélation, annonce elle-même sa propre fin comme système législatif (cf. Ga 2,15-5,1; Rm 3,20-21; Rm 6,14; He 7,11-19; He 10,8-9). Il s'ensuit que les païens qui adhèrent à la foi au Christ n'ont pas à être soumis à tous les préceptes de la législation biblique, désormais réduite, dans son ensemble, au statut d'institution légale d'un peuple particulier. Mais ils ont à se nourrir de l'Ancien Testament comme Parole de Dieu, qui leur permet de mieux découvrir toutes les dimensions du mystère pascal dont ils vivent (cf. Lc 24,25-27; Lc 24,44-45; Rm 1,1-2).

À l'intérieur de la Bible chrétienne, les rapports entre Nouveau Testament et Ancien Testament ne manquent donc pas de complexité. Quand il s'agit de l'utilisation de textes particuliers, les auteurs du Nouveau Testament ont naturellement recours aux connaissances et aux procédés d'interprétation de leur époque. Exiger d'eux qu'ils se soient conformés aux méthodes scientifiques modernes serait un anachronisme. L'exégète doit bien plutôt acquérir la connaissance des procédés anciens, pour pouvoir interpréter correctement l'usage qui en est fait. Il est vrai, d'autre part, qu'il n'a pas à accorder une valeur absolue à ce qui est connaissance humaine limitée.

Il convient enfin d'ajouter qu'à l'intérieur du Nouveau Testament, comme déjà à l'intérieur de l'Ancien Testament, on observe la juxtaposition de perspectives différentes et parfois en tension les unes avec les autres, par exemple sur la situation de Jésus (Jn 8,29; Jn 16,32; Mc 15,34) ou sur la valeur de la Loi mosaïque (Mt 5,17-19; Rm 6,14) ou sur la nécessité des oeuvres pour être justifié (Jc 2,24; Rm 3,28; Ep 2,8-9). Une des caractéristiques de la Bible est précisément l'absence d'esprit de système et la présence, au contraire, de tensions dynamisantes. La Bible a accueilli plusieurs façons d'interpréter les mêmes événements ou de penser les mêmes problèmes. Elle invite ainsi à refuser le simplisme et l'étroitesse d'esprit.

v. 25 : S.Th II, II, 72 ARTICLE 2 : L'injure est-elle toujours péché mortel?

Objections: 2. Les hommes parfaits ne commettent pas de péché mortel, et cependant il leur arrive de railler ou de proférer des outrages. S. Paul dit bien (Ga 3,1) " O Galates insensés! " Et le Seigneur lui-même (Lc 24,25) : " O hommes sans intelligence et dont le coeur est lent à croire ! " Donc l'insulte ou l'injure n'est pas péché mortel.

En sens contraire , seul le péché mortel mérite la peine éternelle de l'enfer. Or l'insulte ou l'injure mérite cette peine ; selon cette parole en S. Matthieu (Mt 5,28) : " Celui qui dira à son frère : "Fou !" mérite d'être jeté dans la géhenne de feu. " Donc l'insulte ou l'injure est péché mortel.

Réponse : Nous venons de dire que les paroles considérées comme des sons ne portent pas préjudice à autrui, mais seulement en tant qu'elles comportent une signification, puisque celle-ci provient du sentiment intérieur. Aussi dans les péchés de paroles, il faut surtout examiner les sentiments de celui qui parle. Donc, vu que l'insulte ou l'injure comportent par définition un déshonneur, si celui qui les prononce a bien l'intention de porter atteinte par ses paroles à l'honneur d'autrui, c'est très proprement et de soi, faire une insulte ou une injure. C'est un péché mortel qui n'est pas moins grave que le vol ou la rapine, car l'homme n'a pas moins d'attachement à son honneur qu'à ses possessions matérielles. En revanche, si quelqu'un profère envers autrui des paroles d'insulte ou d'injure sans intention de le déshonorer, mais pour le corriger ou pour un motif semblable, il ne prononce pas une insulte ou une injure formellement et absolument, mais seulement par accident et matériellement, en ce sens que ce qu'il dit pourrait être une insulte ou une injure. Dans ce cas il peut y avoir péché véniel, comme il peut n'y avoir pas de péché du tout. En cela cependant la discrétion est nécessaire : il faut n'employer ce langage qu'avec mesure. Car si l'on en usait sans discernement, l'insulte pourrait avoir assez de force pour ruiner l'honneur de celui qu'elle vise. On pourrait ainsi aller jusqu'à commettre un péché mortel, même si l'on n'avait pas l'intention de déshonorer son prochain. De même, celui qui blesse gravement un autre qu'il a frappé en jouant imprudemment, n'est pas exempt de péché.

Solutions: 2. De même qu'il est permis de frapper quelqu'un ou de le mettre à l'amende pour le former, ainsi, pour le même motif, on a le droit d'adresser une parole insultante à celui que l'on doit corriger. C'est ainsi que le Seigneur appela les disciples " hommes sans intelligence ", et l'Apôtre traita les Galates d'insensés. Cependant, comme le remarque S. Augustin : " Ces reproches ne doivent être faits que rarement et lorsqu'ils deviennent absolument nécessaires, non dans l'intention de nous imposer nous-mêmes, mais pour l'honneur de Dieu. "

v. 25 : III, 55 ARTICLE 5 : Le Christ devait-il manifester la réalité de sa résurrection par des preuves?

En sens contraire , il est écrit (Ac 1,3) : " Le Christ apparut à ses disciples durant quarante jours, leur donnant beaucoup de preuves et leur parlant du royaume de Dieu. "

Réponse : Il y a deux sortes de preuves : tout d'abord n'importe quelle " raison qui fait foi en matière douteuse " ; puis le signe sensible qui est donné pour manifester une vérité, et c'est ainsi qu'Aristote emploie parfois dans ses livres le mot de preuve. Si l'on entend le mot de preuve dans le premier sens, le Christ n'a pas démontré à ses disciples sa résurrection par des preuves. Car une telle argumentation aurait dû procéder de certains principes ; si ces principes n'avaient pas été connus des disciples, ils ne leur auraient rien manifesté ; de l'inconnu, en effet, on ne peut rien tirer de connu ; mais si ces principes leur étaient connus, c'est qu'ils ne dépassaient pas la vertu humaine et, en ce cas, ils n'avaient aucune efficacité pour établir la foi en la résurrection, car la résurrection dépasse la raison humaine. Or, il est nécessaire, dit Aristote que les principes soient toujours du même genre que la conclusion. - En revanche, le Christ a prouvé sa résurrection aux disciples par l'autorité de la Sainte Écriture qui, elle, est le fondement de la foi, lorsqu'il a dit, d'après S. Luc (Lc 24,44) " Il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes. "

Si l'on entend le mot de preuve dans le second sens, on peut dire que le Christ a manifesté sa résurrection par des preuves, car il a montré par des signes évidents qu'il était vraiment ressuscité. Aussi le grec, là ou nous avons : " beaucoup de preuves ", porte le mot tekmèrion, qui veut dire " signe manifeste pour prouver ".

Ces signes de la résurrection, le Christ les a montrés à ses disciples pour deux motifs : 1 Parce que leur coeur n'était pas disposé à accepter facilement la foi en la résurrection ; aussi leur dit-il lui-même (Lc 24,25) : "O insensés et lents à croire ! " Et encore (Mc 16,14) : " Il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de coeur. " - 2 Afin qu'à la suite de ces signes leur témoignage soit rendu plus efficace, selon cette parole de S. Jean (1Jn 1,1) : " Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons touché, voilà ce dont nous sommes témoins. "

vv. 25-44 : III, 55 ARTICLE 6 : Les preuves apportées par le Christ ont-elles suffisamment manifesté la réalité de sa résurrection?

Objections: 2. Le Christ a eu une résurrection glorieuse, c'est-à-dire qu'il a possédé une nature humaine en même temps que la gloire. Or, le Christ a manifesté à ses disciples certains signes qui semblent contraires à la nature humaine, comme de "disparaître à leurs yeux " (Lc 24,31) , ou d'entrer auprès d'eux "les portes closes" (Jn 20,19; Jn 20,26) . D'autre part, certaines actions semblent contraires à la gloire, comme de manger et de boire (Lc 24,43; Ac 1,4; Ac 10,41) , et de porter les cicatrices de ses blessures (Jn 20,20; Jn 20,27) . Il semble donc que ces signes n'aient pas été suffisants ni appropriés pour éveiller la foi en sa résurrection.

En sens contraire , le Christ qui est la Sagesse de Dieu " a tout disposé d'une façon suave " et harmonieuse (Sg 8,1) .

Réponse : Le Christ a manifesté sa résurrection d'une double manière: par des témoignages et par des preuves ou signes. Et chacune de ces manifestations a été suffisante en son genre.

En effet, pour prouver sa résurrection à ses disciples le Christ a usé de deux sortes de témoignages, dont aucun ne peut être rejeté. Le premier est le témoignage des anges qui ont annoncé aux femmes la résurrection, ce qu'on voit chez tous les évangélistes. - L'autre est le témoignage des Écritures que lui-même a proposées pour prouver sa résurrection (Lc 24,25-44)

Les preuves aussi furent suffisantes pour établir que sa résurrection était réelle, et glorieuse. Qu'elle soit réelle, il le montra, en ce qui concerne son corps, sous trois aspects. Il montre, en effet : 1 que c'était un corps réel et résistant, et non pas un corps imaginaire ou éthéré comme l'air. C'est pourquoi il donna son corps à toucher en disant : " Touchez et voyez ; un esprit n'a ni chair, ni os, comme vous voyez que j'en ai " ; - 2 que c'était un corps humain ; le Christ présenta à ses disciples son visage véritable, qu'ils pouvaient voir de leurs yeux ; - 3 que c'était aussi le même corps individuel qu'il avait auparavant ; car il leur fit constater les cicatrices de ses blessures ; aussi leur dit-il (Lc 24,38) : " Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi. "

Que sa résurrection soit réelle, il le montra d'autre part, en ce qui concerne l'âme qu'il a de nouveau unie à son corps, par des actions de chacune des trois vies ; 1 la vie végétative, en mangeant et en buvant avec ses disciples (Lc 24,30; Lc 24,43) ; - 2 la vie sensitive, en répondant aux questions de ses disciples et en saluant ceux qui étaient présents ; - 3 la vie intellectuelle, en conversant avec les disciples et en expliquant les Écritures.

Et, pour que rien ne manque à cette manifestation, il révéla aussi qu'il possédait la nature divine, en faisant un miracle, celui de la pêche, et plus tard en montant au ciel sous leurs yeux ; car il est dit (Jn 3,13) : " Personne ne monte au ciel si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. "

Quant à la gloire de sa résurrection, le Christ la montra à ses disciples en entrant auprès d'eux, "portes closes" ; d'après S. Grégoire, "le Seigneur offrit à toucher la chair qu'il avait introduite, portes closes, afin de prouver qu'après la résurrection son corps avait une autre gloire, tout en gardant la même nature ". De même, c'était une propriété de la gloire " de disparaître subitement à leurs yeux " (Lc 24,31) . Il montrait par là qu'il avait le pouvoir d'être vu ou non ; ce qui est, on l'a dit, l'une des prérogatives du corps glorieux.

vv. 26. 27 : CEC 555 Un avant-goût du Royaume: La Transfiguration

554 A partir du jour où Pierre a confessé que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Maître "commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, y souffrir ... être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter" (Mt 16,21): Pierre refuse cette annonce (cf. Mt 16,22-23), les autres ne la comprennent pas davantage (cf. Mt 17,23; Lc 9,45). C'est dans ce contexte que se situe l'épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17,1-8 par. 2P 1,16-18), sur une haute montagne, devant trois témoins choisis par lui: Pierre, Jacques et Jean. Le visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière, Moïse et Elie apparaissent, lui "parlant de son départ qu'il allait accomplir à Jérusalem" (Lc 9,31). Une nuée les couvre et une voix du ciel dit: "Celui-ci est mon Fils, mon Elu; écoutez-le" (Lc 9,35).

555 Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession de Pierre. Il montre aussi que, pour "entrer dans sa gloire" (Lc 24,26), il doit passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu la gloire de Dieu sur la Montagne; la Loi et les prophètes avaient annoncé les souffrances du Messie (cf. Lc 24,27). La Passion de Jésus est bien la volonté du Père: le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is 42,1). La nuée indique la présence de l'Esprit Saint: "Tota Trinitas apparuit: Pater in voce; Filius in homine, Spiritus in nube clara" (S. Thomas d'A., III 45,4, ad 2):

Tu T'es transfiguré sur la montagne, et, autant qu'ils en étaient capables, Tes disciples ont contemplé Ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu'ils Te verraient crucifié, ils comprennent que Ta Passion était volontaire et qu'ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).

556 Au seuil de la vie publique: le Baptême; au seuil de la Pâque: la Transfiguration. Par le Baptême de Jésus "declaratum fuit mysterium primæ regenerationis": notre Baptême; la Transfiguration "est sacramentum secundæ regenerationis": notre propre résurrection (S. Thomas d'A., III 45,4 , ad 2). Dès maintenant nous participons à la Résurrection du Seigneur par l'Esprit Saint qui agit dans les sacrements du Corps du Christ. La Transfiguration nous donne un avant-goût de la glorieuse venue du Christ "qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire" (Ph 3,21). Mais elle nous rappelle aussi qu'"il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu" (Ac 14,22):

Cela Pierre ne l'avait pas encore compris quand il désirait vivre avec le Christ sur la montagne (cf. Lc 9,33). Il t'a réservé cela, Pierre, pour après la mort. Mais maintenant il dit lui-même: Descend pour peiner sur la terre, pour servir sur la terre, pour être méprisé, crucifié sur la terre. La Vie descend pour se faire tuer; le Pain descend pour avoir faim; la Voie descend, pour se fatiguer en chemin; la Source descend, pour avoir soif; et tu refuses de peiner? (S. Augustin, serm. 78,6).

vv. 26-27 : CEC 572 Article 4 "Jésus-Christ a souffert sous Ponce-Pilate, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli"

571 Le Mystère pascal de la Croix et de la Résurrection du Christ est au coeur de la bonne nouvelle que les Apôtres, et l'Eglise à leur suite, doivent annoncer au monde. Le dessein sauveur de Dieu s'est accompli "une fois pour toutes" (He 9,26) par la mort rédemptrice de son Fils Jésus-Christ.

572 L'Eglise reste fidèle à "l'interprétation de toutes les Ecritures" donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque: "Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?" (Lc 24,26-27; Lc 24,44-45). Les souffrances de Jésus ont pris leur forme historique concrète du fait qu'il a été "rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes" (Mc 8,31) qui l'ont "livré aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix" (Mt 20,19).

573 La foi peut donc essayer de scruter les circonstances de la mort de Jésus, transmises fidèlement par les Evangiles (cf. DV 19) et éclairées par d'autres sources historiques, pour mieux comprendre le sens de la Rédemption.

vv. 26-27 : III Sens et portée salvifique de la Résurrection

651 "Si le Christ n'est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et vaine aussi notre foi" (1Co 15,14). La Résurrection constitue avant tout la confirmation de tout ce que le Christ lui-même a fait et enseigné. Toutes les vérités, même les plus inaccessibles à l'esprit humain, trouvent leur justification si en ressuscitant le Christ a donné la preuve définitive qu'il avait promise, de son autorité divine.

652 La Résurrection du Christ est accomplissement des promesses de l'Ancien Testament (cf. Lc 24,26-27; Lc 24,44-48) et de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28,6; Mc 16,7; Lc 24,6-7). L'expression "selon les Ecritures" (cf. 1Co 15,3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la Résurrection du Christ accomplit ces prédictions.

653 La vérité de la divinité de Jésus est confirmée par sa Résurrection. Il avait dit: "Quand vous aurez élevé le Fils de l'Homme, alors vous saurez que Je Suis" (Jn 8,28). La Résurrection du Crucifié démontra qu'il était vraiment "Je Suis", le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. S. Paul a pu déclarer aux Juifs: "La promesse faite à nos pères, Dieu l'a accomplie en notre faveur ...; il a ressuscité Jésus, ainsi qu'il était écrit au Psaume premier: Tu es mon Fils, moi-même aujourd'hui je t'ai engendré" (Ac 13,32; Ac 13,34 cf. Ps 2,7). La Résurrection du Christ est étroitement liée au Mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu. Elle en est l'accomplissement selon le dessein éternel de Dieu.

654 Il y a un double aspect dans le Mystère pascal: par sa mort il nous libère du péché, par sa Résurrection il nous ouvre l'accès à une nouvelle vie. Celle-ci est d'abord la justification qui nous remet dans la grâce de Dieu (cf. Rm 4,25) "afin que, comme le Christ est ressuscité des morts, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle" (Rm 6,4). Elle consiste en la victoire sur la mort du péché et dans la nouvelle participation à la grâce (cf. Ep 2,4-5; 1P 1,3). Elle accomplit l'adoption filiale car les hommes deviennent frères du Christ, comme Jésus lui-même appelle ses disciples après sa Résurrection: "Allez annoncer à mes frères" (Mt 28,10; Jn 20,17). Frères non par nature, mais par don de la grâce, parce que cette filiation adoptive procure une participation réelle à la vie du Fils unique, qui s'est pleinement révélée dans sa Résurrection.

655 Enfin, la Résurrection du Christ - et le Christ ressuscité lui-même - est principe et source de notre résurrection future: "Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis ..., de même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ" (1Co 15,20-22). Dans l'attente de cet accomplissement, le Christ ressuscité vit dans le coeur de ses fidèles. En Lui les chrétiens "goûtent aux forces du monde à venir" (He 6,5) et leur vie est entraînée par le Christ au sein de la vie divine (cf. Col 3,1-3) "afin qu'ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressucité pour eux" (2Co 5,15).

v. 26 : Dans le Royaume et l'Exil

709 La Loi, signe de la Promesse et de l'Alliance, aurait dû régir le coeur et les institutions du Peuple issu de la foi d'Abraham. "Si vous écoutez ma voix et gardez mon Alliance, je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, pour une nation sainte" (Ex 19,5-6 cf. 1P 2,9). Mais, après David, Israël succombe à la tentation de devenir un royaume comme les autres nations. Or le Royaume, objet de la promesse faite à David (cf. 2S 7; Ps 88; Lc 1,32-33) sera l'oeuvre de l'Esprit Saint; il appartiendra aux pauvres selon l'Esprit.

710 L'oubli de la Loi et l'infidélité à l'Alliance aboutissent à la mort: c'est l'Exil, apparemment échec des Promesses, en fait fidélité mystérieuse du Dieu sauveur et début d'une restauration promise, mais selon l'Esprit. Il fallait que le Peuple de Dieu souffrît cette purification (cf. Lc 24,26); l'Exil porte déjà l'ombre de la Croix dans le Dessein de Dieu, et le Reste des pauvres qui en revient est l'une des figures les plus transparentes de l'Eglise.

v. 26 : III, 34 ARTICLE 4 : Le Christ a-t-il pleinement joui de la vision béatifique au premier instant de sa conception?

Objections: 2. Le Seigneur a dit (Lc 24,26) : " Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire ? " Mais la gloire appartient à l'état de compréhenseur. Donc le Christ n'a pas été dans cet état dès le premier instant de sa conception.

En sens contraire , il y a le Psaume (Ps 65,5) qui dit : " Bienheureux, celui que tu as choisi et assumé. " Ce que la Glose a appliqué à la nature humaine du Christ, qui a été assumée par le Verbe de Dieu dans l'unité de sa personne. Mais c'est au premier instant de sa conception que la nature humaine a été assumée ainsi. Donc en ce même instant le Christ en tant qu'homme a été bienheureux, c'est-à-dire compréhenseur.

Réponse : Comme le montraient les considérations précédentes', il ne convenait pas que le Christ, dans sa conception, reçoive la grâce à l'état habituel sans en exercer l'acte. Or il a reçu la grâce sans mesure, comme nous l'avons établi plus haut. Or la grâce du voyageur, puisqu'elle n'égale pas celle du compréhenseur, a une mesure moindre. Il est donc évident que le Christ, au premier instant de sa conception, a reçu non seulement autant de grâce que les compréhenseurs, mais même une grâce supérieure à celle de tous les bienheureux. Et puisque cette grâce n'a pas existé sans s'exercer en acte, il s'ensuit qu'il a eu en acte la vision bienheureuse : il a vu Dieu dans son essence plus clairement que n'ont pu le faire les autres créatures.

Solutions: 1. Nous l'avons dit précédemment le Christ n'a pas mérité la gloire de son âme, selon laquelle il est appelé compréhenseur, mais la gloire de son corps, à laquelle il est parvenu par sa passion.

2. Cela répond aussi à la deuxième objection.

v. 26 : III, 45 ARTICLE 1 : Convenait-il que le Christ soit transfiguré?

En sens contraire , on lit dans l'évangile (Mt 17,2) : " Jésus fut transfiguré " devant trois de ses disciples.

Réponse : Le Seigneur, après avoir annoncé sa passion à ses disciples les avait engagés à suivre sa passion. Or, pour que quelqu'un marche avec assurance sur une route, il faut qu'il connaisse plus ou moins par avance le but du voyage, de même que l'archer ne lance pas bien la flèche s'il n'a pas vu la cible qu'il faut viser. C'est ainsi que Thomas disait (Jn 14,5) : " Seigneur, nous ne savons pas ou tu vas : comment pourrions-nous connaître le chemin ? " Et cela est particulièrement nécessaire quand la voie est difficile et escarpée, le trajet pénible, et la fin joyeuse. Or le Christ par sa passion est parvenu à obtenir la gloire non seulement de l'âme, gloire qu'il avait depuis le premier instant de sa conception, mais aussi du corps, comme il l'a dit (Lc 24,26) : " Il fallait que le Christ souffrit cela et entrât ainsi dans sa gloire. " C'est à elle qu'il conduit ceux qui suivent les traces de sa passion, selon la parole de S. Paul -. " Il nous faut traverser bien des épreuves pour entrer dans le Royaume des cieux " (Ac 14,21) . Et c'est pourquoi il convenait qu'il montre à ses disciples sa gloire lumineuse, qui est sa transfiguration, à laquelle il configurera les siens, selon l'épître aux Philippiens (Ph 3,24) " Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. " Si bien que Bède déclare : " Il a pourvu dans sa bonté à ce que ses disciples, ayant goûté peu de temps la contemplation de la joie définitive, soient capables de supporter plus courageusement l'adversité. "

v. 26 : III, 46 ARTICLE 1 : Était-il nécessaire que le Christ souffrît pour délivrer les hommes?

En sens contraire , il y a cette parole de S. Jean (Jn 3,16) : " De même que Moïse à élevé le serpent dans le déserts il faut que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. " Ce qui s'entend de l'élévation du Christ en croix. Il apparaît donc que le Christ devait souffrir.

Réponse : Selon l'enseignement d'Aristote, " nécessaire " se dit en plusieurs sens.

I. Au sens de ce qui, par sa nature, ne peut pas être autrement. En ce sens, il est évident que la souffrance du Christ n'était pas nécessaire, ni de la part de Dieu, ni de la part de l'homme.

II. Au sens ou quelque chose est nécessaire du fait d'une cause extérieure. Si c'est une cause extérieure ou motrice, elle produit une nécessité de contrainte, par exemple si quelqu'un ne peut marcher à cause de la violence de celui qui le retient. Mais si la cause extérieure qui introduit la nécessité est une cause finale, l'acte sera dit nécessaire en raison de la fin, par exemple dans le cas ou une fin ne peut être aucunement réalisée, ou ne peut l'être de façon appropriée, si telle autre fin n'est pas présupposée.

Donc la souffrance du Christ n'a pas été nécessaire d'une nécessité de contrainte, ni de la part de Dieu qui a décidé cette souffrance, ni de la part du Christ qui a souffert volontairement. Mais elle a été nécessaire en raison de la fin, ce qu'on peut comprendre à trois points de vue.

1 Par rapport à nous, qui avons été délivrés par la passion, selon la parole de S. Jean (Jn 3,15) : " Il faut que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. "

2 Par rapport au Christ lui-même : par l'abaissement de sa passion, il a mérité la gloire de l'exaltation, comme il le dit en S. Luc (Lc 24,26) : " Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ? "

3 Par rapport à Dieu : il fallait accomplir ce qu'il avait décidé touchant la passion du Christ prophétisée dans l'Écriture et préfigurée dans l'ancienne loi : " Le Fils de l'homme s'en va selon ce qui a été décidé ", dit-il en S. Luc (Lc 22,22) ; et encore (Lc 24,44; Lc 24,46) : " C'est là ce que je vous disais étant encore avec vous : il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. . . Car il était écrit que le Christ devait souffrir, et ressusciter d'entre les morts le troisième jour. "

v. 26 : LT 186 A Léonie.

11 avril 1896

J.M.J.T.

Ma chère Léonie,

Ta toute petite soeur ne peut s'empêcher de venir aussi te dire combien elle t'aime et pense à toi, surtout en ce jour de ta fête. Je n'ai rien à t'offrir, pas même une image, mais je me trompe, je t'offrirai demain la divine Réalité, Jésus-Hostie, TON EPOUX Col 2,17 et le mien... Chère petite soeur, qu'il nous est doux de pouvoir toutes les cinq nommer Jésus " Notre Bien-Aimé " mais que sera-ce lorsque nous le verrons au Ciel et que partout, nous le suivrons, chantant le même cantique, qu'il n'est permis qu'aux vierges de redire !... Ap 14,3-4 (v) Alors nous comprendrons le prix de la souffrance et de l'épreuve, comme Jésus, nous redirons : " Il était véritablement nécessaire que la souffrance nous éprouvât et nous fit parvenir à la gloire. " Lc 24,26

Ma petite soeur chérie, je ne puis te dire tout ce que mon coeur renferme de pensées profondes qui se rapportent à toi ; la seule chose que je veux te répéter est celle-ci :" Je t'aime mille fois plus tendrement que ne s'aiment des soeurs ordinaires, puisque je puis t'aimer avec le Coeur de notre Céleste Epoux. "

C'est en Lui que nous vivons de la même vie et que pour l'éternité je resterai

Ta toute petite soeur

Thérèse de l'Enfant Jésus

rel. carm. ind.

v. 26 : LT 244 A l'abbè Bellière.

J.M.J.T.

9 Juin 1897

Mon cher petit Frère, j'ai reçu votre lettre ce matin, 2 et je profite d'un moment où l'infirmière est absente pour vous écrire un dernier petit mot d'adieu, quand vous le recevrez j'aurai quitté l'exil... Pour jamais votre petite soeur sera unie son Jésus, c'est alors qu'elle pourra vous obtenir des grâces et voler avec vous dans les missions lointaines.

O mon cher petit frère, que je suis heureuse de mourir !... oui je suis heureuse, non pas parce que je serai délivrée des souffrances d'ici-bas (la souffrance, au contraire, est la seule chose qui me paraît désirable en la vallée des larmes); mais parce que je sens bien que telle est la volonté du Bon Dieu. Ps 84,7

Notre bonne Mère voudrait me retenir sur la terre; en ce moment on dit pour moi une neuvaine de messes à N.D. des Victoires, 3 elle m'a déjà guérie dans mon enfance 4 mais je crois que le miracle qu'elle fera ne sera autre que de consoler la Mère qui m'aime si tendrement.

Cher petit Frère, au moment de paraître devant le bon Dieu, je comprends plus que jamais qu'il n'y a qu'une chose nécessaire, c'est de travailler uniquement pour Lui et de ne rien dire pour soi ni pour les autres.

Jésus veut posséder complètement votre coeur, il veut que vous soyez un grand saint.

Pour cela il vous faudra beaucoup souffrir, Lc 24,26 mais aussi quelle joie inondera votre âme quand vous serez arrivé au moment heureux de votre entrée dans l'éternelle Vie !.

. Mon frère, tous vos amis du Ciel, je vais aller bientôt leur offrir votre amour, les prier de vous protéger. Je voudras vous dires mon cher petit Frère, mille choses que je comprends étant à la porte de l'éternité, mais je ne meurs pas, j'entre dans la vie et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des Cieux...

A Dieu, petit Frère, priez pour votre petite soeur qui vous dit : A bientôt, au revoir au Ciel !...

Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face

rel. carm. ind.

 

v. 26 : Manuscrit A Folio 62 Verso.

Céline voyait avec calme ma petite nacelle aborder au rivage du Carmel, elle se résignait à rester aussi longtemps que le Bon Dieu voudrait sur la mer orageuse du monde, sûre d'aborder à son tour sur la rive, objet de nos désirs...) Le Dimanche 20 Novembre 273 après nous être habillées suivant le cérémonial du Vatican (c'est-à-dite en noir, avec une mantille de dentelle pour coiffure) et nous être décorées d'une large médaille de Léon XIII, suspendue à un ruban bleu et blanc, nous avons fait notre entrée au Vatican dans la chapelle du Souverain Pontife. A huit heures notre émotion fut profonde en le voyant entrer pour célébrer la Ste Messe... Après avoir béni les nombreux pèlerins réunis autour de lui, il gravit les degrés du St Autel et nous montra, par sa piété digne du Vicaire de Jésus, qu'il était véritablement "Le Saint Père." Mon coeur battait bien fort et mes prières étaient bien ardentes pendant que Jésus descendait entre les mains de son Pontife; cependant j'étais remplie de confiance, l'Evangile de ce jour renfermait ces ravissantes paroles: "Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à mon Père de vous donner son royaume." NHA 618 Lc 12,32 Non je ne craignais pas, j'espérais que le royaume du Carmel m'appartiendrait bientôt, Je ne pensais pas alors à ces autres paroles de Jésus: "Je vous prépare mon royaume comme mon Père me l'a préparé." NHA 619 Lc 22,29 C'est-à-dire je vous réserve des croix et des épreuves, c'est ainsi que vous serez digne de posséder ce royaume après lequel vous soupirez; puisqu'il a été nécessaire que le Christ souffrît et qu'il entrât par là dans sa gloire, NHA 620 si vous désirez avoir place à ses côtés, buvez le calice qu'il a bu Lui-même! NHA 621 Ce calice, il me fut présenté par le Saint-Père et mes larmes se mêlèrent à l'amer breuvage qui m'était offert. Lc 24,26; Mt 20,21-23 Après la messe d'action de grâces qui suivit celle de Sa Sainteté, l'audience commença. Léon XIII était assis sur un grand fauteuil, Il était vêtu simplement d'une soutane blanche, d'un camail de même couleur et n'avait sur la tête qu'une petite calotte. Autour de lui se tenaient des cardinaux, archevêques et évêques mais je ne les ai vus qu'en général, étant occupée du Saint-Père; nous passions devant lui en procession, chaque pèlerin s'agenouillait à son tour, baisait le pied et la main de Léon XIII, recevait sa bénédiction et deux gardes-nobles le touchaient par cérémonie, lui indiquant par là de se lever (au pèlerin, car je m'explique si mal qu'on pourrait croire que c'était au Pape). Avant de pénétrer dans l'appartement pontifical j'étais bien résolue à parler, mais je sentis mon courage faiblir en voyant à la droite du St Père "Monsieur Révérony..." presque au même instant on nous dit de sa part qu'il défendait de parler à Léon XIII, 274 l'audience se prolongeant trop longtemps... Je me tournai vers ma Céline chérie, afin de savoir son avis: "Parle!" me dit-elle. 275 Un instant après j'étais aux pieds du Saint-Père; ayant baisé sa mule, il me présentait la main, mais au lieu de la baiser, je joignis les miennes et levant vers son visage mes yeux baignés de larmes, je m'écriai: "Très Saint-Père, j'ai une grande grâce à vous demander!..." Alors le Souverain Pontife 276 baissa la tête vers moi, de manière que ma figure touchait presque la sienne, et je vis ses yeux noirs et profonds se fixer sur moi et sembler me pénétrer jusqu'au fond de l'âme. "Très Saint-Père, lui dis-je, en l'honneur de votre jubilé, permettez-moi d'entrer au Carmel à quinze ans!..."

v. 26 : décret Presbyterorum Ordinis 12

Les prêtres sont ministres du Christ Tête pour construire et édifier son Corps tout entier, l'Eglise, comme coopérateurs de l'Ordre épiscopal : c'est à ce titre que le sacrement de l'Ordre les configure au Christ Prêtre. Certes par la consécration baptismale, ils ont déjà reçu, comme tous les chrétiens, le signe et le don d'une vocation et d'une grâce qui comportent pour eux la possibilité et l'exigence de tendre, malgré la faiblesse humaine(1) à la perfection dont parle le Seigneur : " Vous donc, vous serez parfaits, comme votre Père céleste est parfait " (Mt 5,48). Mais cette perfection, les prêtres sont tenus de l'acquérir à un titre particulier : en recevant l'Ordre, ils ont été consacrés à Dieu d'une manière nouvelle pour être les instruments vivants du Christ Prêtre éternel, habilités à poursuivre au long du temps l'action admirable par laquelle, dans sa puissance souveraine, il a restauré la communauté humaine tout entière(2). Dès lors qu'il tient à sa manière la place du Christ en personne, tout prêtre est, de ce fait, doté d'une grâce particulière ; cette grâce le rend plus capable de tendre, par le service des hommes qui lui sont confiés et du peuple de Dieu tout entier, vers la perfection de celui qu'il représente ; c'est encore au moyen de cette grâce que sa faiblesse d'homme charnel se trouve guérie par la sainteté de celui qui est devenu pour nous le Grand Prêtre " Saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs " He 7,26 .

(1) cf. 2Co 12,9 (2) cf. Pie XI Encycl. Ad catholici sacerdotii AAS 28(1936) p10

Le Christ que le Père a sanctifié (c'est-à-dire consacré) et envoyé dans le monde"(3) est donné pour nous, afin de racheter et de purifier de tout péché un peuple qui lui appartienne, un peuple ardent à faire le bien " Tt 2,14 , et ainsi, en passant par la souffrance, il est entré dans sa gloire(4). De même, les prêtres, consacrés par l'onction du Saint-Esprit et envoyés par le Christ, font mourir en eux les oeuvres du cors et se donnent tout entiers au service des hommes : telle est la sainteté dont le Christ leur fait don et par laquelle ils approchent de l'Homme parfait(5).

(3) cf. Jn 10,36 (4) cf. Lc 24,26 (5) cf. Ph 4,13

Ainsi donc, c'est en exerçant le ministère d'Esprit et de justice(6) qu'ils s'enracinent dans la vie spirituelle, pourvu qu'ils soient accueillants à l'Esprit du Christ qui leur donne la vie et les conduit. Ce qui ordonne leur vie à la perfection, ce sont leurs actes liturgiques de chaque jour, c'est leur ministère tout entier, exercé en communion avec l'évêque et les prêtres. Par ailleurs, la sainteté des prêtres est d'un apport essentiel pour rendre fructueux le ministère qu'ils accomplissent ; la grâce de Dieu, certes, peut accomplir l'oeuvre du salut même par des ministres indignes mais, à l'ordinaire, Dieu préfère manifester ses hauts faits par des hommes accueillants à l'impulsion et à la conduite du Saint-Esprit, par des hommes que leur intime union avec le Christ et la sainteté de leur vie habilitent à dire avec l'Apôtre : " Si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi " Ga 2,20 .

(6) cf. 2Co 12,9

v. 27 : Article 3 Dans le temps de l'Eglise

2623 Le jour de la Pentecôte, l'Esprit de la Promesse a été répandu sur les disciples, "assemblés en un même lieu" (Ac 2,1), l'attendant "tous d'un même coeur, assidus à la prière" (Ac 1,14). L'Esprit qui enseigne l'Eglise et lui rappelle tout ce que Jésus a dit (cf. Jn 14,26), va aussi la former à la vie de prière.

2624 Dans la première communauté de Jérusalem, les croyants "se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières" (Ac 2,42). La séquence est typique de la prière de l'Eglise: fondée sur la foi apostolique et authentifiée par la charité, elle est nourrie dans l'Eucharistie.

2625 Ces prières sont d'abord celles que les fidèles écoutent et lisent dans les Ecritures, mais ils les actualisent, celles des Psaumes en particulier, à partir de leur accomplissement dans le Christ (cf. Lc 24,27; Lc 24,44). L'Esprit Saint, qui rappelle ainsi le Christ à son Eglise orante, la conduit aussi vers la Vérité tout entière et suscite des formulations nouvelles qui exprimeront l'insondable Mystère du Christ à l'oeuvre dans la vie, les sacrements et la mission de son Eglise. Ces formulations se développeront dans les grandes traditions liturgiques et spirituelles. Les formes de la prière, telles que les révèlent les Ecritures apostoliques canoniques, resteront normatives de la prière chrétienne.

v. 27 : Constitution dogmatique Dei Verbum 16 L'unité des deux Testaments

16 Inspirateur et auteur des livres de l'un et l'autre Testa ment, Dieu les a en effet sagement disposés de telle sorte que le Nouveau soit caché dans l'Ancien et que, dans le Nouveau, l'Ancien soit dévoilé (2). Car, encore que le Christ ait fondé dans son sang la Nouvelle Alliance (cf. Lc 22,20; 1Co 11,25), néanmoins les livres de l'Ancien Testament, intégralement repris dans le message évangélique (3) atteignent et montrent leur complète signification dans le Nouveau Testament (cf. Mt 5,17; Lc 24,27; Rm 16,25-26; 2Co 3,14-16), auquel ils apportent en retour lumière et explication.

Notes:

(2) St Augustin, Quaest, in Hept. 2,73 ; PL 34, 623.

(3) St Irénée, adv.Haer.III 21 3 :: PG 7 95O (= 25,1: Harvey 2,p.115). St Cyrille Hieros, catéch.4, 35: PG 33 497.Théodore Mops, in Soph; 1,4-6: PG 66, 452 D - 453 A.

v. 27 : Constitution Sacrosanctum Concilium 9 La liturgie n'est pas l'unique activité de l'Eglise

La liturgie ne remplit pas toute l'activité de l'Eglise ; car, avant que les hommes puissent accéder à la liturgie, il est nécessaire qu'ils soient appelés à la foi et à la conversion : "Comment l'invoqueront-ils s'ils ne croient pas en lui ? Comment croiront-ils en lui s'ils ne l'entendent pas ? Comment entendront-ils sans prédicateur ? Et comment prêchera-t-on sans être envoyé ?" Rm 14-15 .

C'est pourquoi l'Eglise annonce aux non- croyants la proclamation du salut, pour que tous les hommes connaissent le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ, et pour qu'ils changent de conduite en faisant pénitence(24). Quant aux croyants, elle doit toujours leur prêcher la foi et la pénitence ; elle doit en outre les disposer aux sacrements, leur enseigner à observer tout ce que le Christ a prescrit(25), et les engager à toutes les oeuvres de charité, de piété et d'apostolat pour manifester par ces oeuvres que, si les chrétiens ne sont pas de ce monde, ils sont pourtant la lumière du monde, et ils rendent gloire au Père devant les hommes.

(24) Cf. Jn 17,3; Lc 24,27; Ac 2,38 . (25) cf. Mt 28,20 .

v. 28 : II, II, 111 ARTICLE 1 : La simulation est-elle toujours un péché?

Objections: 1. Il semble que non. On lit en effet dans S. Luc (Lc 24,28) que le Seigneur " fit semblant d'aller plus loin ". S. Ambroise dans son livre sur les Patriarches nous dit qu'Abraham " parlait de façon captieuse à ses serviteurs lorsqu'il leur disait (Gn 22,5) : "Moi et l'enfant nous irons jusque-là bas, nous adorerons et nous reviendrons vers vous" ". Mais " faire semblant " et " parler de façon captieuse " relèvent de la simulation. Or on ne peut attribuer un péché au Christ et à Abraham. Donc la simulation n'est pas toujours un péché.

En sens contraire , sur le passage d'Isaïe (Is 16,14) " Dans trois ans... " la Glose explique : " Si l'on compare deux maux, c'est un moindre mai de pécher ouvertement que de simuler la sainteté. " Mais pécher ouvertement est toujours un péché. Donc la simulation est toujours un péché.

Réponse : Nous l'avons dit, la vertu de vérité fait que l'on se montre à l'extérieur, par des signes visibles, tel qu'on est. Or les signes extérieurs ne sont pas seulement des paroles, mais aussi des actes. De même qu'il est contraire à la vertu de vérité de parler contre sa pensée, ce qui est mentir; de même on s'oppose à la vérité en se montrant, par des signes qui sont des actes ou des choses, contrairement à ce qu'on est au fond, et c'est là ce qu'on appelle proprement la simulation. Aussi est-elle à proprement parler un mensonge constitué par ces signes extérieurs que sont les actions. Peu importe qu'on mente en paroles ou par tout autre fait, nous l'avons dit. Aussi, puisque tout mensonge est un péché, nous l'avons vu aussi, il s'ensuit que toute simulation est un péché.

Solutions: 1. Comme dit S. Augustin : " Ce que nous figurons par nos actions n'est pas toujours mensonge. Il y a mensonge quand ce que nous figurons ne signifie rien; mais quand cela aboutit à une signification, c'est une figure de la vérité. " Et il ajoute l'exemple des locutions figurées, dans lesquelles une chose est représentée sans que nous l'affirmions être telle en réalité. Mais nous la proposons comme la figure d'autre chose que nous voulons affirmer. C'est ainsi que notre Seigneur " fit semblant d'aller plus loin ", parce qu'il donna à sa démarche l'allure de quelqu'un qui veut aller plus loin, pour signifier de façon figurée qu'il était loin de la foi des deux disciples, d'après S. Grégoire ; ou bien, d'après S. Augustin, parce que, lui qui allait partir loin en montant au ciel, il était comme retenu sur terre par leur hospitalité.

Abraham aussi a parlé en figure. Aussi S. Ambroise dit-il de lui: " Il prophétisa ce qu'il ignorait. Car il se disposait à revenir lui-même, après avoir immolé son fils; mais par sa bouche le Seigneur annonça ce qu'il préparait. " Donc, ni jésus ni Abraham n'ont usé de simulation

v. 29 : PN 31

J.M.JT.

Le Cantique de soeur Marie de la Trinité et de la Ste Face

Composé par sa petite Sr Th. de l'Enf. J.

Dans ton amour, t'exilant sur la terre

Divin Jésus, tu t'immolas pour moi !

Mon Bien-Aimé, prends ma vie tout entière

Je veux souffrir, je veux mourir pour toi...

Refrain N 1

Seigneur, tu nous l'as dit Toi-Même:

" L'on ne peut rien faire de plus (Jn 15,13)

Que de mourir pour ceux qu'on aime "

Et mon Amour suprême,

C'est toi, Jésus !...

 

Il se fait tard, déjà le jour décline (Lc 24,29)

Viens me guider, Seigneur, dans le chemin.

Avec ta croix, je gravis la colline, (Mt 27,32-35)

Reste avec moi, Céleste Pèlerin...

Refrain N 2

Ta voix trouve écho dans mon Ame

Je veux te ressembler, Seigneur.

La souffrance, je la réclame

Ta parole de flamme ...

 

v. 30 : Le Jour du Seigneur

1166 "L'Eglise célèbre le Mystère pascal, en vertu d'une tradition apostolique qui remonte au jour même de la Résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le Jour du Seigneur, ou dimanche" (SC 106). Le jour de la Résurrection du Christ est à la fois le "premier jour de la semaine", mémorial du premier jour de la création, et le "huitième jour" où le Christ, après son "repos" du grand Sabbat, inaugure le Jour "que fait le Seigneur", le "jour qui ne connaît pas de soir" (Liturgie byzantine). Le "repas du Seigneur" est son centre, car c'est ici que toute la communauté des fidèles rencontre le Seigneur ressuscité qui les invite à son banquet (cf. Jn 21,12; Lc 24,30):

Le jour du Seigneur, le jour de la Résurrection, le jour des chrétiens, est notre jour. C'est pour cela qu'il est appelé jour du Seigneur: car c'est ce jour là que le Seigneur est monté victorieux auprès du Père. Si les païens l'appellent jour du soleil, nous aussi, nous le confessons volontiers: car aujourd'hui s'est levé la lumière du monde, aujourd'hui est apparu le soleil de justice dont les rayons apportent le salut (S. Jérôme, pasch.).

1167 Le dimanche est le jour par excellence de l'Assemblée liturgique, où les fidèles se rassemblent "pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l'Eucharistie, ils fassent mémoire de la Passion, de la Résurrection et de la Gloire du Seigneur Jésus, en rendant grâces à Dieu qui les a régénérés pour une vivante espérance par la Résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts" (SC 106):

Quand nous méditons, ô Christ, les merveilles qui furent accomplis en ce jour du dimanche de ta sainte Résurrection, nous disons: Béni est le jour du dimanche, car c'est en lui que fut le commencement de la création... le salut du monde... le renouvellement du genre humain... C'est en lui que le ciel et la terre se sont réjouis et que l'univers entier fut rempli de lumière. Béni est le jour du dimanche, car c'est en lui que furent ouvertes les portes du paradis pour qu'Adam et tous les bannis y entrent sans crainte (Fanqîth, Office syriaque d'Antioche, Vol. 6, Ia partie de l'été, p. 193 b).

v. 31 : III, 54 ARTICLE 1 : Après la résurrection, le Christ a-t-il eu un corps véritable?

Objections: 2. Un corps véritable ne peut disparaître à la vue de ceux qui le regardent, sauf s'il se corrompt. Or, d'après S. Luc (Lc 24,31) , " le corps du Christ a disparu aux yeux des disciples " qui le regardaient.

En sens contraire , d'après S. Luc (Lc 24,37) , lorsque le Christ apparut aux disciples, ceux-ci " furent troublés et effrayés, car ils croyaient voir un esprit ", comme s'il n'avait pas un corps véritable, mais imaginaire. Pour écarter cette erreur, le Christ lui-même ajoute ensuite ; " Touchez et voyez ; car un esprit n'a ni chair, ni os, comme vous voyez que j'en ai. " Le Christ n'a donc pas eu un corps imaginaire, mais un corps véritable.

Réponse : Selon S. Jean Damascène, " ne se relève que ce qui est tombé ". Or, le corps du Christ est tombé par la mort, parce que son âme qui était la perfection formelle du corps, en a été séparée. Il a donc fallu pour que la résurrection du Christ soit véritable, que le même corps soit de nouveau uni à la même âme. Et parce que la réalité de la nature du corps vient de sa forme, il s'ensuit que le corps du Christ, après la résurrection, a été un corps véritable et a eu la même nature que précédemment. Si le corps du Christ avait été imaginaire, sa résurrection n'aurait été qu'apparente et non pas réelle.

Solutions: 2. On l'a dit précédemment le Christ est ressuscité à la vie immortelle de la gloire. Or, telle est la condition du corps glorieux qu'il soit " spirituel " comme l'écrit S. Paul (1Co 15,44) c'est-à-dire soumis à l'esprit. Pour que le corps soit entièrement soumis à l'esprit, il est requis que toute action du corps soit soumise à la volonté de l'esprit. D'après le Philosophe la vision s'explique par l'action de l'objet visible sur la vue. C'est pourquoi quiconque a un corps glorifié possède en son pouvoir d'être vu ou de ne pas être vu, à son gré. Ce pouvoir, le Christ l'a eu non seulement par sa condition de corps glorieux, mais aussi en vertu de sa divinité ; par cette divinité il peut se faire que même les corps non glorieux échappent miraculeusement aux regards ; ce fut le privilège de S. Barthélemy qui pouvait miraculeusement, à son gré, être vu ou non. " Donc, si le Christ disparut aux yeux des disciples, ce ne fut pas parce que son corps fut détruit ou dissous en des éléments invisibles, mais parce qu'il cessa, par la volonté du Christ, d'être vu, soit qu'il restât présent, soit même qu'il se fût éloigné rapidement grâce à l'agilité, propriété du corps glorieux.

v. 32 : IB 3. Rôle des divers membres de l'Église dans l'interprétation

46 En tant que données à l'Église, les Écritures sont le trésor commun du corps complet des croyants : " La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l'Église. En s'attachant à lui, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l'enseignement des apôtres " (DV 10; DV 21). Il est vrai que la familiarité avec le texte des Écritures a été, parmi les fidèles, plus remarquable à certaines époques de l'histoire de l'Église qu'à d'autres. Mais les Écritures ont occupé une position de premier plan à tous les moments importants de renouveau dans la vie de l'Église, depuis le mouvement monastique des premiers siècles jusqu'à l'époque récente du Deuxième Concile du Vatican. Ce même Concile enseigne que tous les baptisés, lorsqu'ils prennent part, dans la foi au Christ, à la célébration de l'Eucharistie, reconnaissent la présence du Christ aussi dans sa parole, " car c'est lui-même qui parle lorsque les Saintes Écritures sont lues à l'église " (SC 7). À cette écoute de la parole ils apportent " le sens de la foi (sensus fidei) qui caractérise le Peuple (de Dieu) tout entier (_). Grâce à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l'Esprit de vérité, le Peuple de Dieu, sous la conduite du magistère sacré, qu'il suit fidèlement, reçoit, non pas une parole humaine, mais vraiment la Parole de Dieu (cf. 1Th 2,13). Il s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3), il l'approfondit correctement et l'applique à sa vie de manière plus complète " (LG 12).

Ainsi donc tous les membres de l'Église ont un rôle dans l'interprétation des Écritures. Dans l'exercice de leur ministère pastoral, les évêques, en tant que successeurs des apôtres, sont les premiers témoins et garants de la tradition vivante dans laquelle les Écritures sont interprétées à chaque époque. " Éclairés par l'Esprit de vérité, ils ont à garder fidèlement la Parole de Dieu, à l'expliquer et à la répandre par leur prédication " (DV 9; LG 25). En tant que collaborateurs des évêques, les prêtres ont comme premier devoir la proclamation de la Parole (PO 4). Ils sont dotés d'un charisme particulier pour l'interprétation de l'Écriture lorsque, transmettant, non leurs idées personnelles, mais la Parole de Dieu, ils appliquent la vérité éternelle de l'évangile aux circonstances concrètes de la vie (ibid.). Il appartient aux prêtres et aux diacres, surtout lorsqu'ils administrent les sacrements, de mettre en lumière l'unité que Parole et Sacrement forment dans le ministère de l'Église.

En tant que présidents de la communauté eucharistique et éducateurs de la foi, les ministres de la Parole ont pour tâche principale, non pas simplement de donner un enseignement, mais d'aider les fidèles à entendre et discerner ce que la Parole de Dieu leur dit au coeur lorsqu'ils écoutent et méditent les Écritures. C'est ainsi que l'ensemble de l'Église locale, selon le modèle d'Israël, peuple de Dieu (Ex 19,5-6), devient une communauté qui sait que Dieu lui parle (cf. Jn 6,45) et qui s'empresse de l'écouter avec foi, amour et docilité envers la Parole (Dt 6,4-6). De telles communautés, qui écoutent vraiment, deviennent dans leur milieu, à condition de rester toujours unies dans la foi et l'amour avec l'ensemble de l'Église, de vigoureux foyers d'évangélisation et de dialogue, ainsi que des agents de transformation sociale (Evangelii nuntiandi, 57-58 ; CDF, Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 69-70).

L'Esprit est aussi donné, bien sûr, aux chrétiens indivi duellement, de sorte que leurs coeurs puissent devenir " brûlants en eux " (cf. Lc 24,32), lorsqu'ils prient et font une étude priante des Écritures dans le contexte de leur vie personnelle. C'est pourquoi le Concile Vatican II a demandé avec insistance que l'accès aux Écritures soit facilité de toutes les façons possibles (DV 22; DV 25). Ce genre de lecture, il faut le noter, n'est jamais complètement privé, car le croyant lit et interprète toujours l'Écriture dans la foi de l'Église et il apporte ensuite à la communauté le fruit de sa lecture, pour enrichir la foi commune.

Toute la tradition biblique, et, d'une manière plus notable, l'enseignement de Jésus dans les évangiles indiquent comme auditeurs privilégiés de la Parole de Dieu ceux que le monde considère comme gens d'humble condition. Jésus a reconnu que des choses cachées aux savants et aux sages ont été révélées aux simples (Mt 11,25; Lc 10,21) et que le Royaume de Dieu appartient à ceux qui ressemblent aux enfants (Mc 10,14 et par.).

Dans la même ligne, Jésus a proclamé : " Heureux, vous les pauvres, parce que le Royaume de Dieu est à vous " (Lc 6,20; Mt 5,3). Parmi les signes des temps messianiques se trouve la proclamation de la bonne nouvelle aux pauvres (Lc 4,18; Lc 7,22; Mt 11,5 ; cf. CDF,Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 47-48). Ceux qui, dans leur impuissance et leur privation de ressources humaines, se trouvent poussés à placer leur unique espoir en Dieu et sa justice ont une capacité d'écouter et d'interpréter la Parole de Dieu, qui doit être prise en compte par l'ensemble de l'Église et demande aussi une réponse au niveau social.

Reconnaissant la diversité des dons et des fonctions que l'Esprit met au service de la communauté, en particulier le don d'enseigner (1Co 12,28-30; Rm 12,6-7; Ep 4,11-16), l'Église accorde son estime à ceux qui manifestent une capacité particulière de contribuer à la construction du Corps du Christ par leur compétence dans l'interprétation de l'Écriture (Divino afflante Spiritu, 46-48, EB 564-565 ; DV 23 ; PCB, Instruction sur l'historicité des Évangiles, Introd.). Bien que leurs travaux n'aient pas toujours obtenu les encouragements qu'on leur donne maintenant, les exégètes qui mettent leur savoir au service de l'Église se trouvent situés dans une riche tradition qui s'étend depuis les premiers siècles, avec Origène et Jérôme, jusqu'aux temps plus récents, avec le P. Lagrange et d'autres, et se prolonge jusqu'à nos jours. En particulier, la recherche du sens littéral de l'Écriture, sur lequel on insiste tant désormais, requiert les efforts conjugués de ceux qui ont des compétences en matière de langues anciennes, d'histoire et de culture, de critique textuelle et d'analyse des formes littéraires, et qui savent utiliser les méthodes de la critique scientifique. En plus de cette attention au texte dans son contexte historique originel, l'Église compte sur des exégètes animés par le même Esprit qui a inspiré l'Écriture, pour assurer qu'" un aussi grand nombre que pos sible de serviteurs de la Parole de Dieu soient en mesure de procurer effectivement au peuple de Dieu l'aliment des Écritures " (Divino afflante Spiritu, 24 ; 53-55 ; EB 551, 567 ; DV 23 ; Paul VI, Sedula Cura (1971)). Un sujet de satisfaction est fourni à notre époque par le nombre croissant de femmes exégètes, qui apportent plus d'une fois, dans l'interprétation de l'Écriture, des vues pénétrantes nouvelles et remettent en lumière des aspects qui étaient tombés dans l'oubli.

Si les Écritures, comme on l'a rappelé ci-dessus, sont le bien de l'Église entière et font partie de " l'héritage de la foi ", que tous, pasteurs et fidèles, " conservent, professent et mettent en pratique d'un commun effort ", il reste vrai cependant que " la charge d'interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, transmise par l'Écriture ou par la Tradition, a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église, dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ " (DV 10). Ainsi donc, en dernier recours, c'est le Magistère qui a la charge de garantir l'authenticité d'interprétation et d'indiquer, le cas échéant, que telle ou telle interprétation particulière est incompatible avec l'authentique évangile. Il s'acquitte de cette charge à l'intérieur de la koinônia du Corps, exprimant officiellement la foi de l'Église pour servir l'Église ; il consulte à cet effet des théologiens, des exégètes et d'autres experts, dont il reconnaît la légitime liberté et avec qui il reste lié par une relation réciproque dans le but commun de " garder le peuple de Dieu dans la vérité qui rend libre " (CDF, Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien, 21).

v. 34 : "Les clefs du Royaume"

551 Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission (cf. Mc 3,13-19); il leur donne part à son autorité "et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et guérir" (Lc 9,2). Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car celui-ci dirige par eux l'Eglise:

Je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi; vous mangerez et boirez à la table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze tribus d'Israël (Lc 22,29-30).

552 Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3,16; Mc 9,2; Lc 24,34; 1Co 15,5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Notre Seigneur lui avait alors déclaré: "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle" (Mt 16,18). Le Christ, "Pierre vivante" (1P 2,4), assure à son Eglise bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l'Eglise. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d'y affermir ses frères (cf. Lc 22,32).

553 Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique: "Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié" (Mt 16,19). Le "pouvoir des clefs" désigne l'autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l'Eglise. Jésus, "le Bon Pasteur" (Jn 10,11) a confirmé cette charge après sa Résurrection: "Pais mes brebis" (Jn 21,15-17). Le pouvoir de "lier et délier" signifie l'autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l'Eglise. Jésus a confié cette autorité à l'Eglise par le ministère des apôtres (cf. Mt 18,18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume.

v. 35 : Château intérieur VII CHAPITRE II

Suite du même sujet. De subtiles comparaisons aident à comprendre la déférence qu'il y a entre l'union spirituelle et le mariage spirituel.

1 Venons-en donc à parler du mariage spirituel et divin, bien que cette haute faveur ne doive pas atteindre à sa perfection de notre vivant, puisque nous perdrions cet immense bienfait si nous nous écartions de Dieu. La première fois que Sa Majesté accorde cette faveur par une vision imaginaire, Elle veut montrer à l'âme sa très Sainte Humanité pour qu'elle en ait la pleine connaissance et n'ignore rien du don souverain qu'elle reçoit. A d'autres personnes, le Seigneur pourra se présenter sous une autre forme ; à celle dont nous parlons, alors qu'elle venait de communier, il apparut, dans la splendeur, la beauté, la majesté qu'on lui vit après sa résurrection ; Il lui dit qu'il était temps qu'elle s'occupe de ses affaires à lui, qu'il s'occuperait des siennes, et d'autres paroles plus sensibles que communicables (Relations, chap. 35).

2 Il n'y avait là, semblera-t-il, rien de nouveau, puisque le Seigneur s'était déjà manifesté à cette âme de cette manière. Ce fut toutefois si différent qu'elle en fut bien affolée et effrayée ; d'abord, parce que cette vision fut fort intense, ensuite, à cause des paroles que le Seigneur lui dit, enfin, parce qu'il se manifesta à l'intérieur de son âme, ce qui ne s'était jamais produit, sauf dans la vision précédente. Comprenez-le, la différence est immense entre toutes les visions précédentes et celles de cette Demeure ; entre les fiançailles spirituelles et le mariage spirituel il y a la même différence qu'entre l'état de deux fiancés et celui de ceux qui ne pourront désormais se séparer.

3 J'ai déjà dit que malgré ces comparaisons dont j'use à défaut d'en trouver de meilleures, il faut entendre qu'ici il n'est pas plus question du corps que si l'âme ne l'habitait point, et qu'elle ne soit qu'esprit ; son rôle est encore bien moindre dans le mariage spirituel ; cette union secrète s'accomplit au centre le plus profond de l'âme où doit se tenir Dieu lui-même, et, ce me semble, il n'a pas besoin de porte pour y entrer. Je dis qu'il n'a pas besoin de porte, parce que tout ce qui a été dit jusqu'ici semble se réaliser au moyen des sens et des puissances et il doit en être ainsi de cette apparition de l'Humanité du Seigneur ; mais l'union dans le mariage spirituel est bien différente. Le Seigneur apparaît en ce centre de l'âme non pas dans une vision imaginaire, mais intellectuelle, plus subtile toutefois que les précédentes : il apparut ainsi aux Apôtres, sans entrer par la porte, quand il leur dit : " Pax vobis " (Lc 24,35). Ce que Dieu communique alors à l'âme en un instant est un si grand mystère, une faveur si haute, la délectation de l'âme est si immense, que je ne sais à quoi la comparer ; je puis seulement dire que le Seigneur veut lui manifester à ce moment la gloire du ciel avec plus d'élévation que par toutes les visions ou plaisirs spirituels. D'après ce qu'on comprend, et on ne saurait dire plus, l'âme, c'est-à-dire l'esprit de cette âme, ne fait plus qu'une avec Dieu ; Sa Majesté, qui Elle aussi est esprit, pour montrer son amour pour nous, veut faire concevoir à certaines personnes jusqu'où va cet amour, pour que nous louions sa grandeur ; Dieu a tenu à s'unir à la créature si intimement que comme ceux qui ne peuvent désormais se séparer, il ne veut pas se séparer d'elle.

4 Il en est autrement des fiançailles spirituelles, car souvent les fiancés se séparent, et l'union également est différente ; car bien que l'union soit la jonction de deux choses en une, elles peuvent, enfin, se séparer, et chacune d'elles se retrouver seule ; ainsi, à l'ordinaire, cette faveur du Seigneur passe vite, l'âme ensuite est privée de cette compagnie, c'est-à-dire qu'elle ne la perçoit plus. Dans cette autre faveur du Seigneur, non : l'âme demeure en ce centre avec son Dieu. On peut comparer l'union à deux cierges de cire qui s'uniraient si étroitement que leurs lumières ne feraient qu'une, ou que la mèche, et la lumière, et la cire, ne sont qu'une même chose ; on peut toutefois séparer les cierges l'un de l'autre, et il reste deux cierges, comme on peut séparer la mèche de la cire. Ici encore, il en est comme de l'eau du ciel qui tombe dans une rivière ou dans une fontaine, tout se confond en une eau unique, jamais on ne pourra séparer ni trier l'eau de la rivière de l'eau tombée du ciel ; de même, si un petit ruisseau se jette dans la mer, il n'y aura nul moyen de l'en séparer ; et dans une pièce percée de deux fenêtres par où pénètre une vive clarté, les deux clartés, divisées à l'arrivée, se fondent en une seule.

5 C'est peut-être ce que dit saint Paul à propos de ce sublime mariage, supposant que Sa Majesté se rapproche de l'âme par l'union : " Celui qui s'unit au Seigneur ne fait qu'un esprit avec Lui " (Jn 6,17). Il dit aussi : " Mihi vivere Christus est, mori lucrum " (Ph 1,21) ; il me semble que l'âme peut dire la même chose ici, car c'est là que le petit papillon dont nous avons parlé meurt dans une immense joie, puisque sa vie est déjà le Christ.

6 On discerne mieux cette faveur, le temps aidant, par ses effets, car on comprend clairement que c'est Dieu qui donne vie à notre âme par de secrètes aspirations souvent si vives qu'on ne peut aucunement en douter ; l'âme les perçoit clairement, mais elles sont inexprimables ; ce sentiment est si fort qu'il se traduit parfois en paroles caressantes qu'elle ne peut contenir : " Ô vie de ma vie et substance qui me sustente ! " et autres choses de ce genre. Car de ce sein divin, où Dieu semble continuellement nourrir l'âme, jaillissent des rayons de lait qui fortifient tous les habitants du château ; il apparaît que le Seigneur veut qu'ils jouissent un peu de tout ce dont jouit l'âme, de ce fleuve opulent où la petite fontaine s'est perdue, il jaillit parfois un jet de cette eau pour soutenir ceux qui doivent pour le corporel servir ces deux époux. Et comme une personne inattentive sentirait qu'on la baigne soudain dans cette eau et ne pourrait manquer de le sentir, ainsi, et même avec plus de certitude, on perçoit les opérations dont je parle. Car de même qu'un jet d'eau ne pourrait jaillir de rien, comme je l'ai dit, on comprend clairement qu'il y a à l'intérieur quelqu'un qui lance ces flèches et donne vie à cette vie, un soleil d'où provient une grande lumière qui se projette de l'intérieur sur les puissances. L'âme, comme je l'ai dit, ne bouge pas de ce centre, et ne perd point la paix ; car celui qui l'a donnée aux Apôtres (Jn 20,19) quand ils étaient réunis peut la lui donner, à elle aussi.

7 Il me vient à l'idée que cette salutation du Seigneur devait signifier beaucoup plus qu'elle n'en a l'air, ainsi que ce qu'il a dit à la glorieuse Madeleine : " Va en paix " (Lc 7,50), car les paroles du Seigneur ont en nous valeur d'actes, elles devaient donc agir dans ces âmes déjà bien disposées, éloigner de l'âme tout ce qui est corporel afin que, pur esprit, elle puisse s'unir par cette union céleste à l'esprit incréé ; et il est très vrai que lorsque nous nous vidons de toute créature, que nous nous en détachons pour l'amour de Dieu, ce même Dieu doit nous emplir de Lui. Ainsi, un jour où Jésus-Christ Notre-Seigneur priait pour ses Apôtres, je ne sais où on le dit, il demanda que tous soient un avec le Père et avec Lu, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans le Père et le Père en Lui (Jn 17,21). Je ne sais s'il peut exister un plus grand amour que celui-là ! Et ne manquons point d'y pénétrer tous, puisque Sa Majesté a dit: e ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux-là aussi, qui, grâce à leur parole, croiront en moi (Jn 17,20) et Elle dit aussi : Je suis en eux (Jn 17,23).

8 Ô Dieu secourable, que ces paroles sont vraies, et comme l'âme qui le voit par elle-même dans cette oraison les comprend ! Et comme nous les comprendrions toutes, si nous n'y faisions pas obstacle par notre faute, puisque les paroles de Jésus-Christ notre Roi et Seigneur ne peuvent manquer de s'accomplir ! Mais nous commettons l'erreur de ne pas nous y disposer en nous écartant de tout ce qui peut faire obstacle à cette lumière, nous ne nous voyons donc pas dans ce miroir que nous contemplons, et où notre image est gravée.

9 Pour revenir à ce que nous disions : lorsque le Seigneur a introduit l'âme dans Sa demeure, qui est le centre de l'âme elle-même, de même que le ciel empyrée où se tient Notre-Seigneur ne se meut pas, dit-on, comme les autres, dès que cette âme y pénètre, tout mouvement cesse en elle ; ni les puissances, ni l'imagination, ne peuvent lui porter tort ni lui enlever la paix. J'ai l'air de vouloir dire que lorsque l'âme a obtenu de Dieu cette faveur elle est assurée de son salut et de ne pas retomber, mais je ne dis rien de tel : chaque fois que je parlerai de cette sécurité apparente de l'âme, il s'entend qu'il en est ainsi tant que la Divine Majesté la tient par la main, pour que l'âme ne l'offense point. J'ai du moins la certitude que cette âme, bien qu'elle ait vécu dans cet état, et cela pendant des années, ne s'estime pas en sûreté ; elle craint au contraire bien plus que naguère d'offenser Dieu moindrement, elle a le vif désir de Le servir, comme on le verra plus loin, elle vit dans la peine et la confusion, sachant le peu qu'elle est capable de faire, alors qu'elle lui a tant d'obligation ; ça n'est pas une petite croix, mais une fort sérieuse mortification ; toutefois, plus cette âme se mortifie, plus grandes sont ses délices. Lorsque Dieu lui ôte la santé et les forces dont elle a besoin pour faire pénitence, c'est là sa vraie mortification ; j'ai déjà dit ailleurs le chagrin que cela cause, mais il est bien plus grand ici, et tout doit venir à l'âme du sol où elle plante ses racines ; car de même que l'arbre qui est proche d'une eau courante est le plus frais, celui qui produit plus de fruits, peut-on s'étonner des désirs qu'éprouve cette âme dont l'esprit véritable ne fait qu'un avec l'eau céleste dont nous avons parlé ?

10 Pour en revenir, donc, à ce que je disais, il ne faut pas croire que les puissances, et les sens, et les passions, jouissent toujours de cette paix ; l'âme, oui. Dans les autres Demeures, il est des combats, des moments d'épreuves et de fatigue, mais à l'ordinaire cela ne lui ôte ni sa paix, ni sa place. Ce centre de notre âme, ou cet esprit, est chose si difficile à décrire, il est même si difficile d'y croire, que je crains, mes soeurs, que faute d'avoir su m'exprimer vous ne soyez tentées de ne pas me croire ; car il est difficile de dire qu'il y a là des épreuves et des peines, mais que l'âme reste en paix. Je vais faire une ou deux comparaisons : plaise à Dieu qu'elles m'aident à expliquer quelque chose, mais si je n'y réussissais pas, je sais que je dis la vérité.

11 Le Roi est dans son Palais, la guerre et bien des choses pénibles sévissent dans son royaume, mais il n'en reste pas moins à sa place ; de même, ici ; bien qu'il y ait un grand tumulte, beaucoup de bêtes venimeuses, dans les autres Demeures, et que tout cela fasse grand bruit, rien ne pénètre dans cette Demeure-là, et ne force l'âme à en sortir ; les choses qu'elle entend, qui toutefois lui font un peu de peine, ne parviennent pas à l'agiter et à lui ôter la paix ; les passions, déjà vaincues, ont peur de pénétrer dans cette Demeure, car elles en sortent plus asservies. Le corps tout entier nous fait mal, mais si la tête est saine, nous n'aurons pas mal à la tête du fait que nous avons mal au corps. Je ris toute seule de ces comparaisons dont je ne suis pas satisfaite, mais je n'en trouve pas d'autres ; Pensez ce que vous voudrez : tout ce que j'ai dit est la vérité.

v. 35 : Lettre aux familles 18

Chères familles, vous aussi vous devez être courageuses, toujours prêtes à rendre témoignage de cette espérance qui est en vous (cf. 1P 3,15), parce qu'elle est enracinée dans votre coeur par le bon Pasteur, au moyen de l'Évangile. Vous devez être prêtes à suivre le Christ vers les pâturages qui donnent la vie et que lui-même a préparés par le mystère pascal de sa mort et de sa résurrection.

N'ayez pas peur des risques ! Les forces divines sont beaucoup plus puissantes que vos difficultés! L'efficacité du sacrement de la Réconciliation, appelé à juste titre par les Pères de l'Église " second Baptême ", est immensément plus grande que le mal agissant dans le monde. L'énergie divine du sacrement de la Confirmation, qui fait s'épanouir la grâce du Baptême, a beaucoup plus d'impact que la corruption présente dans le monde. Incomparablement plus grande est surtout la puissance de l'Eucharistie.

L'Eucharistie est un sacrement vraiment admirable. Dans ce sacrement, c'est lui-même que le Christ nous a laissé comme nourriture et comme boisson, comme source de puissance salvifique. C'est lui-même qu'il nous a laissé afin que nous ayons la vie, que nous l'ayons en surabondance (cf. Jn 10,10) la vie qui est en lui et qu'il nous a communiquée par le don de son Esprit, en ressuscitant le troisième jour après sa mort. Elle est pour nous, en effet, la vie qui vient de lui. Elle est pour vous, chers époux, parents et familles ! N'a-t-il pas institué l'Eucharistie dans un contexte familial, au cours de la dernière Cène ? Quand vous vous rencontrez pour les repas et que vous êtes unis entre vous, le Christ est proche de vous. Et, plus encore, il est l'Emmanuel, Dieu avec nous, lorsque vous vous approchez de la Table eucharistique. Il peut se faire que, comme à Emmaüs, on ne le reconnaisse que dans la " fraction du pain " (cf. Lc 24,35). Il arrive aussi qu'il se tienne à la porte et qu'il frappe, attendant que la porte lui soit ouverte pour pouvoir entrer et prendre son repas avec nous (cf. Ap 3,20). Sa dernière Cène et les paroles prononcées alors gardent toute la puissance et toute la sagesse du sacrifice de la Croix. Il n'existe pas d'autre puissance ni d'autre sagesse par lesquelles nous puissions être sauvés et par lesquelles nous puissions contribuer à sauver les autres. Il n'y a pas d'autre puissance ni d'autre sagesse par lesquelles, vous parents, vous puissiez éduquer vos enfants et aussi vous-mêmes. La puissance éducative de l'Eucharistie s'est confirmée à travers les générations et les siècles.

Le bon Pasteur est partout avec nous. De même qu'il était à Cana de Galilée, Époux parmi ces époux qui se donnaient l'un à l'autre pour toute leur vie, de même le bon Pasteur est aujourd'hui avec vous comme raison d'espérer, force des coeurs, source d'un enthousiasme toujours nouveau et signe de la victoire de la " civilisation de l'amour. " Jésus, le bon Pasteur, nous répète : N'ayez pas peur. Je suis avec vous. " Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde " (Mt 28,20). D'où vient une telle force ? D'où vient la certitude que tu es avec nous, même s'ils t'ont tué, ô Fils de Dieu, et que tu es mort comme tout autre être humain ? D'où vient cette certitude ? L'évangéliste dit : " Il les aima jusqu'à la fin " (Jn 13,1). Toi donc, Tu nous aimes, Toi qui es le Premier et le Dernier, le Vivant ; Toi qui étais mort et qui maintenant vis pour toujours (cf. Ap 1,17-18).