L’inculturation de l’Évangile est au cœur de la nouvelle évangélisation

Allocution au Conseil international pour la catéchèse

Jean-Paul II a reçu le 26 septembre, à Castelgandolfo, les participants à la VIII e session du Conseil international pour la catéchèse. Après l’adresse d’hommage de Mgr Crescenzio Sepe, secrétaire de la Congrégation pour le Clergé, il s’est adressé en ces termes aux membres du Conseil, qui proviennent de 27 pays des 5 continents (*) :

VÉNÉRÉS FRÈRES DANS L’ÉPISCOPAT,

CHERS PRÊTRES, CHERS FRÈRES ET SŒURS !

1. Je suis heureux de pouvoir vous accueillir aujourd’hui, au terme de votre Conseil. J’ai une affectueuse pensée pour votre président, le cardinal José Sanchez, à qui je souhaite un prompt rétablissement de la maladie qui l’a frappé. Je remercie le secrétaire de la Congrégation, Mgr Crescenzio Sepe, pour les sentiments qu’il a exprimés en votre nom à tous. Enfin, je salue chacun d’entre vous, qui avez participé à cette rencontre en y apportant la contribution de votre expérience.

2. Notre esprit garde constamment le souvenir du commandement du Seigneur : " Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé " (Mt 28, 19-20).

Dans ce commandement missionnaire, tel que nous le rapporte Matthieu, nous pouvons trouver certains critères aptes à clarifier le concept, aujourd’hui très actuel, d’inculturation de la foi.

Tout d’abord, l’Évangile, c’est-à-dire le mystère du salut confié par le Christ à l’Église, doit être prêché aux hommes de toute culture. Les nations qui se tournent vers le Christ et adhèrent à lui dans la foi sont " baptisées ", c’est-à-dire confirmées dans leur identité la plus vraie et, en même temps, imprégnées de l’inspiration vivifiante de la foi, de sorte que le don de la grâce, gardé dans des cœurs humbles et dociles, devient progressivement une pratique de vie personnelle, familiale et sociale ; il se fait culture chrétienne.

À ce processus – qui n’est jamais simple, et au contraire parfois tourmenté (cf. Mc 8, 34 et s.) –, le Seigneur Jésus assure le soutien et le réconfort de sa présence quotidienne par le don incessant de son Esprit. Rappeler le caractère missionnaire inné de l’Église, cela veut dire essentiellement témoigner que la tâche de l’inculturation, en tant que diffusion intégrale de l’Évangile et sa traduction dans la pensée et la vie, continue encore aujourd’hui et constitue le cœur, le moyen et le but de la " Nouvelle Évangélisation ". Pour accomplir une tâche aussi grande, la promesse de Jésus nous est toujours donnée : " Je suis avec vous ", là où la parole et les signes de l’Évangile rencontrent l’homme d’aujourd’hui, l’homme de tout âge, de toute condition, de toute culture. " Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ."

3. Très opportunément, donc, le Conseil international pour la catéchèse a choisi et pris pour thème de sa huitième session : " L’inculturation de la foi et le langage de la catéchèse ".

Comme je viens de le dire, vous êtes conscients de la complexité du problème mais, avec les difficultés, vous avez aussi mis en évidence l’effort renouvelé des fidèles et des communautés pour que l’Évangile du salut, grâce à la catéchèse, soit annoncé et accueilli pour ce qu’il est : le pain de vie, assimilable par toutes les cultures.

À vous tous, donc, vont mes remerciements : aux supérieurs et aux " officiers " de la Congrégation pour le Clergé, aux membres du Comité international pour la catéchèse : évêques, prêtres, religieux et laïcs, et à tous ceux qui ont collaboré au bon déroulement de cette session.

4. Dans mon exhortation apostolique Catechesi tradendæ, en résumant les enseignements du Magistère sur l’inculturation du message chrétien, j’ai écrit : " De la catéchèse comme de l’évangélisation en général, nous pouvons dire qu’elle est appelée à porter la force de l’Évangile au cœur de la culture et des cultures. Pour cela, la catéchèse cherchera à connaître ces cultures et leurs composantes essentielles ; elle en apprendra les expressions les plus significatives ; elle en respectera les valeurs et les richesses propres. C’est de cette manière qu’elle pourra proposer à ces cultures la connaissance du mystère caché (cf. Rm 16, 25 ; Ep 3, 5) et les aider à faire surgir de leur propre tradition vivante des expressions originales de vie, de célébration et de pensée chrétiennes " (n. 53).

Si donc, parmi les tâches de la catéchèse, il y a celle de jouer le rôle de médiateur pour l’inculturation de la foi, il s’ensuit qu’une condition indispensable pour que la semence de la Parole de Dieu germe et mûrisse sur un bon terrain vient de la manière de semer et des capacités du semeur, donc du service de la catéchèse et du catéchiste.

Jésus, le Verbe de Dieu qui, par l’action du Saint-Esprit, s’est fait chair pour notre salut, continue, grâce à la puissance de ce même Esprit, à parler dans l’Eglise et par elle le langage de la réconciliation et de la paix.

Comme l’enseigne l’expérience de la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-3) et comme Pierre le proclame dans son discours (cf. Ac 2, 14-41), le catéchiste, lui aussi, ne devra jamais oublier que, dans l’inculturation de la foi, le mystère de l’incarnation du Verbe, le mystère de la mort et de la résurrection du Christ sont à l’œuvre. Cette certitude précède et est à la base de tout processus humain et légitime d’interprétation, d’explication et d’adaptation.

En effet, que vaudrait l’emploi de la communication, même le plus savant et le plus pédagogique – que la science et la technique nous offrent aujourd’hui – s’il n’y avait pas à transmettre l’Évangile de la mort et de la résurrection du Christ ?

Seul celui qui porte en lui, au plus profond de lui-même, la vérité du Christ au point d’en être " le prisonnier " comme l’Apôtre (cf. Ga 1, 10), peut se faire " culture en Christ " ou, comme le disait encore saint Paul, " faire que toute intelligence se soumette à l’obéissance du Christ " (2 Co 10, 5).

5. Par ailleurs, bien des siècles d’histoire missionnaire, depuis la première rencontre de l’Évangile avec les Gentils, témoignent que le processus d’insertion de l’Église dans les cultures des peuples demande beaucoup de temps.

À cet égard, il me plaît de rappeler ici l’évangélisation de l’Amérique, dont nous célébrons cette année même le cinquième centenaire. Dans quelques jours, les évêques latino-américains célébreront à Saint-Domingue leur quatrième Assemblée plénière. Ma participation à un anniversaire si important veut, non seulement confirmer dans la foi mes frères dans l’épiscopat, catéchètes par excellence de ce continent, mais aussi encourager tous les catéchistes, prêtres, religieux et laïcs, dans la nouvelle évangélisation des cultures latino-américaines. Et cela dans une prudente continuité avec la première évangélisation qui, " malgré des déficiences et le péché toujours présent " (Document de Puebla, n. 445), a su marquer profondément la culture de ces peuples bien-aimés. Je suis certain que d’autres aspects du processus d’inculturation, que j’ai eu l’occasion de traiter dans mon encyclique missionnaire Redemptoris missio, trouveront une pleine résonance en vous qui êtes appelés à diffuser l’expérience d’une infatigable catéchèse au niveau mondial. Et je suis aussi certain que vous, experts en catéchèse, vous saurez mettre en évidence la vaste gamme de services que le nouveau Catéchisme de l’Église catholique est capable de rendre à l’inculturation qui, pour être efficace, se doit d’être véritable. La Congrégation pour le Clergé voudra bien s’efforcer par tous les moyens de favoriser l’accueil et le bon usage de ce texte important, de sorte que les Églises particulières et les Conférences épiscopales puissent préparer, en référence à ce document historique, des catéchismes diocésains et nationaux comme instruments pour la diffusion de l’Évangile et l’indispensable médiation culturelle.

6. Un mot, enfin, pour les catéchistes et les ouvriers pastoraux, protagonistes de tout service de la Parole. L’ardent apôtre Paul dit un jour de lui-même : " Libre à l’égard de tous, je me suis fait juif avec les juifs…, sujet de la Loi avec les sujets de la Loi…, un sans-loi avec les sans-loi…, faible avec les faibles… Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns " (1 Co 9, 19-23).

Il est le témoin prophétique et exemplaire qui, plus que tout autre, porta l’Évangile aux peuples des diverses nations et cultures, les ouvrant à la force transformante et régénératrice du message chrétien. L’Église a un immense besoin de catéchistes qui aient le cœur et l’intelligence de Paul. L’Esprit qui poussa l’Apôtre des Gentils sur le difficile terrain de la première évangélisation ne manque certes pas de susciter, à notre époque aussi, des serviteurs zélés de la Parole, capables d’œuvrer au service de la diffusion de l’Évangile dans la vaste et exigeante mission de la " Nouvelle Évangélisation ".

Pour cette tâche missionnaire, il faut une sérieuse et profonde préparation. En ce qui concerne justement la catéchèse, on constate parfois chez l’homme contemporain des attitudes d’éloignement plus que de rapprochement, d’indifférence plus que de participation, de méfiance plus que d’accueil du salut évangélique. Ce sont des moments difficiles mais non moins féconds pour la mission de l’Église, auxquels ne peuvent répondre ni la peur, ni la résignation, mais le courage renouvelé de la foi qui s’applique avec détermination et constance – avec " parrhèsia ", pour employer le langage du Nouveau Testament –, et qui trouve des sentiers inédits, ouverts par l’Esprit Saint même là où, apparemment, semblent régner l’hostilité et le rejet.

7. " N’ayez pas peur ", nous redit Jésus, modèle incomparable du catéchiste dans son ministère de premier évangélisateur. Jamais il ne chancela devant les difficultés et il voulut que les siens le suivent sans peur ni hésitation : " Eh bien ! je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux " (Mt 8, 11).

Que cette grande prophétie de Jésus soit la source de notre courage et de notre consolation ! Avec ce souhait, j’accorde affectueusement ma bénédiction apostolique à chacun d’entre vous et à tous ceux qui partagent avec vous le difficile travail de l’évangélisation

(*) Texte italien dans l’Osservatore Romano du 27 septembre.

Traduction, titre et sous-titres de la DC. 922059