Bérulle, Pierre de

Discours de l'estat et des grandeurs de Jésus par l'union ineffable de la divinité avec l'humanité… [Document électronique] / par le P. Pierre de Bérulle,… ensemble le narré de ce qui s'est passé sur le sujet d'un papier de dévotion, icy inséré avec ses approbations…

Numérisation BnF de l'édition de Paris : INALF, 1961- (Frantext ; R334). Reprod. De l'éd. de Paris : A. Estienne, 1623

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Discours de l'estat et des grandeurs de Jésus par l'union ineffable de la divinité avec l'humanité... [Document électronique] / par le P. Pierre de Bérulle,... ensemble le narré de ce qui s'est passé sur le sujet d'un papier de dévotion, icy inséré avec ses approbations...

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PREMIER DISCOVRS .

 

DE L' EXCELLENCE ET SINGULARITE DU

 

SACRE MYSTERE DE L' INCARNATION .

Le verbe diuin, la splendeur, la puissance et la gloire du pere eternel, estant enuoyé au monde ; y a voulu establir vne academie saincte, vn estat de grace, vne assemblée diuine, conduitte et animée de son esprit,

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pour parler à la terre le langage du ciel ; pour enseigner aux hommes la science de salut ; et pour les éleuer à vne haute et sublime cognoissance de Dieu, en leur faisant cognoistre de la grandeur de son essence, de la pluralité de ses personnes, de la profondité de ses conseils, de la singularité de ses oeuures, ce que le sens humain ne leur en peut apprendre.

Or vn des premiers et principaux poincts qu' on nous enseigne en ceste eschole de sapience et de salut, establie et ouuerte au monde, est le sacré mystere de l' incarnation.

Mystere si éleué, qu' il surpasse la hautesse de toutes les pensées des hommes et des anges : mystere si excellent, qu' il contient et comprend Dieu et

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le monde ensemble dedans soy-mesme : mystere si profond, qu' il est caché de toute eternité dans la plus secrette pensée de l' ancien des jours, et dans le sein propre du pere eternel : d' vne maniere si haute et ineffable, que le grand apostre le nomme à bon droict en diuers lieux, le mystere caché de toute eternité en Diev, qui a creé toutes choses. Et toutesfois ce mystere si haut et excellent, si profond et caché, s' accomplit en la plenitude des temps au milieu de la terre, pour estre exposé à la veuë de la terre et du ciel, tant il est public : et il s' y accomplit pour estre l' obiect de la foy des peuples, l' ancre de leur esperance, la cause de leur salut, et l' accomplissement de la gloire de Dieu en l' vniuers. Car c' est par ce mystere que le ciel est ouuert, que

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la terre est sanctifiée, que Dieu est adoré ; et d' vne adoration nouuelle, d' vne adoration ineffable, d' vne adoration incogneuë à la terre et au ciel mesme auparauant : puis que le ciel auoit bien lors des esprits adorants et vn dieu adoré, mais n' auoit pas encores vn dieu adorant.

C' est par ce mystere que Dieu est en la terre abbaissant sa grandeur ; et couuert de nos foiblesses, reuestu de nostre mortalité, est operant luy-mesme au milieu de nous, comme vn d' entre nous, le salut du monde. C' est par ce mystere que la terre est vn ciel, et vn nouueau ciel, auquel Dieu habite d' vne maniere plus haute et plus auguste, plus saincte et plus diuine, qu' il n' habitoit auparauant dans le plus haut des cieux. C' est en la foy, en l' amour et en l' hommage de ce sacré

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mystere que Dieu establit par luy-mesme et non par ses anges et seruiteurs, vne religion en la terre, qui ne sera iamais changée ny ostée de la terre, et qu' il a reseruée aux derniers temps ; comme aussi ce mystere porte les derniers traits de sa puissance, de son amour, et de sa sapience eternelle. C' est en ce mystere que l' eglise doit estre sainctement et diuinement occupée, et la pieté des ames plus éleuées rauie d' estonnement et d' admiration, contemplant cét object : auquel on descouure, et on apperçoit en vne maniere ineffable, la majesté de la diuine essence, la distinction de ses personnes, la profondité de ses conseils, et l' eminence, la rareté, la singularité, que Dieu a voulu estre en cét vnique ouurage : c' est à dire, tout ce qui est grand,

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tout ce qui est sainct, tout ce qui est admirable, et comme vn abregé et vn sommaire de tout ce que les oracles de la foy nous reuelent et enseignent de Dieu et de ses oeuures.

Diuin mystere, qui est comme le centre de l' estre creé et increé, et l' vnique sujet auquel Dieu a voulu, et voulu pour iamais, comprendre et reduire au petit pied, le monde et soy mesme : c' est à dire, son infinité propre, et la grandeur de l' vniuers ensemble.

Qvelqves peuples signalez dans l' antiquité profane, celebrez dans les lettres sacrées, et honorez de la garde et tutelle du peuple de Dieu, et du fils vnique de Dieu mesme, en l' estat de sa minorité et de sa saincte enfance, lesquels en leurs actions et documents estoient pleins de figures enigmatiques et

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hieroglyphiques ; auoient accoustumé de representer la religion par vn certain animal qui n' a point de langue : pour monstrer que Dieu duquel la bonté, la grandeur et la majesté surpasse toute eloquence, ne doit point estre adoré auec la langue et les paroles, mais auec la pensée et l' entendement. Que si delaissants les pensées de ces prophanes, nous voulons rechercher les sentiments des ames sainctes et diuines, celle qui a esté si dignement consacrée aux loüanges de Dieu, et qui fournit et à la synagogue et à l' eglise des paroles sacrées pour loüer Dieu en tout temps, et en tout le monde, (ie veux dire le roy, le prophete, et le poëte sacré des Hebreux) chante diuinement, tibi silentivm laus Deus in Sion.

à toy le silence est loüange, ô

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grand Dieu en Sion. Car c' est ainsi que le proprieté de la langue hebraïque selon sainct Hierome rend ce verset de la version ordinaire, te decet hymnvs Deus in Sion : pour nous apprendre que l' hymne et la loüange qui conuient proprement à la grandeur de Dieu, est vne loüange non de paroles, mais d' vn profond silence.

Ce qui conuient ainsi à Dieu et à la religion, peut estre iustement appliqué à ce tres-haut, tres grand, tres-sacré mystere de l' incarnation : car en son estat et en son estenduë, il enclost Dieu mesme ; il establit en l' vniuers vne religion perpetuelle et vniuerselle tout ensemble ; il est la consommation des desseins et des conseils de Dieu sur les enfants des hommes ; et rend non seulement sur la terre, mais dedans le

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ciel mesme, vn culte et vn honneur admirable, et vn hommage eternel et singulier à la diuinité.

La grandeur doncques et la sublimité de ce tres-haut mystere deuroit estre adorée par vn sacré silence, et non prophanée par nos pensées et par nos paroles : et nous deurions imiter la modestie et retenuë des anges, qui se couurent et se voilent à la veuë d' vn si diuin object, et demeurent auec estonnement et admiration en voyant sa gloire. Car c' est du fils de Dieu, et du fils de Dieu faict homme, que ceste vision celebre des esprits angeliques, rapportée par le plus grand prophete ; est expliquée par vn des plus grands apostres, dans le sainct euangile. Nous donc à leur exemple et imitation, touchez d' vn si rare sujet, capable de rendre

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l' eloquence mesme muette, deurions auoir recours à l' eloquence des oeuures et des seruices, loüants, aimants, et adorants Iesus-Christ nostre seigneur, de toute nostre puissance, et le suppliants que tout le cours de nostre vie luy soit à jamais vne deuote et continuelle action de graces, et vn perpetuel tribut et hommage de seruitude.

Ce seroit mon desir de demeurer en ce silence, et c' a esté mon dessein iusques à present : mais vne iuste defense me le fait rompre, pour authoriser vn ouurage de pieté contre quelques esprits que la modestie et charité chrestienne ne me permet pas de nommer, pour ne pas interesser vne profession saincte par le defaut de quelques particuliers. Ils blasment ce qu' ils n' entendent pas, comme s' ils vouloient

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imiter ceux qui selon sainct Iude ; ce qu ils ignorent, ils le blasphement.

Ils parlent par des raisons qui ne sont pas de theologie, et par des interests qui ne regardent pas le crucifix. Ils s' emportent par des mouuements qui ne viennent pas du nouuel homme, et ne conuiennent pas à l' escole de la croix. Ils disent et font publiquement des choses que nulle loy ne peut authoriser, nulle raison ne peut defendre, nul pretexte ne peut excuser, nul artifice ne peut couurir, si ce n' est pas vn ingenieux silence. Ie ne veux point repartir à ces violences et à ces procedures : elles sont plus dignes de correction, que de discours ; de mespris, que de paroles ; et d' oubliance, que de souuenir en la memoire des hommes. Ie ne

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m' arreste pas à leurs factums, à leurs libelles, à leurs calomnies respanduës auec aussi peu de charité que de verité ; me tenant dans le silence, qui est la meilleure response, selon le dire d' vn ancien : et ie ne veux pas employer mon temps, mon esprit et ma plume à ceste sorte d' escrits et de réponses peu vtiles au public, peu seantes à ma profession, et peu aduantageuses à la cause. Au lieu doncques de replique et de repartie, apres dix ans de patience et de silence ; apres trois ans de tempestes et orages suscitez en France et en Italie, par des esprits nez à cét exercice ; apres plusieurs calomnies, et six libelles iniurieux et diffamatoires soigneusement espandus, et mesme aux prouinces estrangeres ; ie produis ce discours en euidence : et le produis, non pas pour parler de

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leurs personnes, de leurs desseins, de leur conduitte, mais pour parler de Iesvs, de son estat supréme, et de ses grandeurs admirables. De Iesvs qui a esté autresfois la pierre d' achoppement entre les iuifs, et qui a predit le deuoir estre mesme entre les chrestiens ; à son peuple, à son Israël, à ses enfants ; et qui sert encore de pierre d' achoppement en ceste cause à ceux qui ont voulu contredire à l' hommage et à la seruitude qui luy est renduë. Ie publie donc ce discours pour maintenir en son honneur, ce dessein de pieté par voye de pieté ; et arrester le cours de la violence, par la raison et par la douceur. C' est ceste occurrente necessité, ô Iesus mon seigneur, fils vnique de Dieu, fils vnique de Marie, qui m' y oblige ; et l' aduis

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encores de personnes, qui honorant vos grandeurs et vos mysteres veulent vous appartenir pour jamais par vn hommage particulier : desquels ie vous dois dire auec sainct Augustin : hi sunt servi tvi fratres mei quos filios tvos esse voluisti dominos meos, quibus iussisti vt seruiam si volo tecum de te viuere. Ce sont vos servitevrs, et en ceste qualité ils sont mes freres.

Vous auez voulu qu' ils fussent vos enfants, en ceste qualité ils sont mes maistres, et vous m' auez commandé de les seruir si ie veux viure de vous auec vous.

Pardonnez donc, ô souuerain seigneur des hommes et des anges, si par leur commandement, et par ceste rencontre ie romps mon dessein et mon silence ; et si i' ose parler de

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vous, vous qui estes la sapience adorable, la parole ineffable, la splendeur admirable du pere eternel, et son verbe diuin, par lequel il parle et à soy-mesme, et à ses creatures.

Ie ne dois pas en vn sujet qui regarde le fils de Dieu, la paix du ciel et de la terre, de Dieu et des hommes, mesler les paroles et cauillations de ces esprits contentieux.

Elles n' ont pas vn grand sens ny vn grand fondement, et la lumiere de ce discours suffit à mon aduis à dissiper ces ombres et ces nuages : s' il est besoin ie les reserueray à part, et apres ce discours. Car il parle de l' alliance du verbe eternel auec nostre humanité, et il ne doit ressentir que douceur et benignité, conformement à l' estat et à la nature de ce mystere, auquel est apparuë l' humanité, et la benignité de Dieu

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mesme, selon l' apostre. Ce n' est pas qu' il me fut bien difficile de leur respondre, et en peu de mots : mais comme aux sacrifices qui s' offroient sur la paix et concorde coniugale, les anciens ostoient le fiel des hosties : aussi en ce discours que i' offre à Dieu et au public, en l' honneur de la paix et de l' alliance qu' il a estably auec nous par le sacré mystere de l' incarnation ; ie veux oster le fiel et l' amertume de semblables contentions. Daignez receuoir, ô seigneur, ce present qui vous est offert d' vne main si indigne, et d' vn esprit si foible à publier vos grandeurs et vos loüanges : et à l' entrée de cét oeuure, permettez-moy de vous addresser les paroles du plus humble et plus sçauant, du plus sainct et plus prudent, du plus modeste et plus religieux

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docteur que la terre ayt porté, et que vous ayez encores donné à vostre eglise. Par ses paroles donc, éleuées, sainctes, et diuines, qu' il prononce à la fin de l' vn de ses oeuures ; ie vous diray au commencement de celui-cy : domine Deus meus, vna spes mea, exaudi me, ne fatigatus nolim te quaerere : quaeram faciem tuam semper ardenter. Tu da quaerendi vires, qui inuenire te fecisti, et magis magisque inueniendite, spem dedisti.

Coram te est firmitas et infirmitas mea ; illam serua, istam sana. Coram te est scientia, et ignorantia mea : vbi aperuisti, suscipe intrantem ; vbi clausisti, aperi pulsanti : meminerim tui, intelligam te, diligam te : auge in me ista donec me reformes in integrum.

Multa dicimus et non peruenimus, et consummatio sermonum vniuersa, tu es ipse. Cùm peruenerimus ad te, cessabunt

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multa illa quae dicimus ; et non peruenimus ; et manebis vnus omnia in omnibus, et sine fine dicemus vnum, laudantes te in vnum, et in te facti etiam nos in vnum. Domine Deus quaecumque dicam de tvo agnoscant et tvi : si qua de meo, et tv ignosce et tvi. ô mon Dieu, mon seigneur, mon vnique esperance, exaucez-moy, de peur que fatigué dedans les ennuis de ceste vie, ie refuse de vous chercher. Ie veux chercher vostre face, et la veux chercher tousiours ardemment.

Vous qui m' auez fait la grace de vous trouuer, et m' auez donné l' esperance de vous trouuer de plus en plus ; donnez-moy aussi des forces pour vous chercher. Deuant vos yeux est presente ma force et ma foiblesse : conseruez celle-la ; releuez celle-cy. Deuant vos

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yeux est presente ma cognoissance et mon ignorance : où vous m' auez ouuert la porte, receuez-moy en y entrant. Où il vous a pleu me la fermer, daignez l' ouurir à celuy qui y frappe. Que ie vous aye empraint en ma memoire : que ie vous cognoisse : que ie vous ayme : augmentez ces dons en moy iusqu' à ce que vous m' establissiez en ma forme parfaicte. Nous nous espandons en plusieurs paroles, mais sans atteindre au but où nous pretendons : et c' est vous, ô seigneur, qui estes le comble et l' accomplissement parfaict de tous nos discours. Lors que nous serons paruenus iusqu' à vous, cette multiplicité de pensées et de paroles inutiles s' escoulera ; et vous demeurerez en vnité seul tout en tous : et sans fin nous dirons tous

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vne mesme chose, vous loüants vnanimement en vnité, comme estants aussi recueillis et restablis en vous en vnité, et vnanimité parfaicte. ô seigneur mon Dieu, ce que ie diray de vous, l' ayant puisé de vous, que vous et les vostres l' approuuent. Et si en ces discours il y a quelque chose qui soit mien, et non pas vostre, que vous et les vostres l' excusent.

Diev vovlant apres vne eternité de sejour, d' occupation et d' operation en luy mesme, comme sortir au dehors par vne nouuelle maniere d' operation : c' est à dire, apres les emanations internes qui l' occupent heureusement et diuinement dans son essence, et dans son eternité, et qui constituent les personnes diuines en la trinité saincte ; voulant operer hors de soy,

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et faire des creatures capables de le cognoistre, seruir, et adorer ; il s' est resolu de faire le monde que nous voyons. Et pouuant tirer plusieurs mondes des thresors de sa puissance et de sa sapience, il a voulu n' en produire qu' vn, pour figurer l' vnité de son essence dans l' vnité de son ouurage. Aussi le mesme Dieu se contemplant soy-mesme, aimant son vnité, la voulu peindre encores plus viuement, et la consacrer plus sainctement dedans ce mesme monde. Et comme il auoit fait vn monde en son honneur ; dans ce mesme monde il a voulu choisir vn sujet, et auoir vn oeuure à soy, qui fust vnique et singulier, qui n' eust point son semblable, qui fust rare et surpassant tous les autres oeuures de ses mains, qui eust vn parfaict rapport à l' excellence de l' oeuure, par

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sa propre excellence ; et à son vnité, par son vnité propre. C' est le diuin mystere de l' incarnation, le supréme des oeuures de la diuinité ; le chef-d'oeuure de sa puissance, de sa bonté, et de sa sapience ; l' oeuure propre de Dieu, (ainsi l' appelle son prophete en ceste parole, domine opus tuum) oeuure incomprehensible, et qui comprend Dieu mesme ; oeuure et triomphe de l' amour increé, auquel l' amour triomphe heureusement de Dieu mesme : oeuure et mystere vnique et singulier au monde, que la sapience eternelle a accomply comme l' oeuure de ses oeuures, et le mystere de ses mysteres : lequel va benissant par sa presence, remplissant par sa grandeur, regissant par sa puissance, et sanctifiant par ses influences et le ciel et la terre. Nous voyons l' vnité de

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Dieu comme empreinte en l' vnité de ce mystere, et grauée en cét oeuure, comme dans vn diamant precieux.

Nous voyons que Dieu dans ce monde, où il y a plusieurs natures capables de sa grandeur, n' en choisit qu' vne ; et delaissant la nature angelique, fait choix de la nature humaine, pour l' vnir à soy.

Nous voyons que dans l' estenduë du genre humain, où il y a plusieurs sujets, il n' en choisit qu' vn, et qu' entre les enfants des hommes, il n' y a qu' vn fils de l' homme, qui soit fils de Dieu. Nous voyons qu' en Dieu mesme, où il y a en vnité d' essence pluralité de personnes ; il n' y a qu' vne personne qui se soit incarnée, bien que le pere et le sainct esprit soient également puissants à accomplir vne semblable communication de leur subsistence diuine.

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Et par ainsi ce n' est plus seulement l' vnité d' vn monde, comme auparauant en la creation ; mais c' est l' vnité mesme d' vne personne diuine et increée, qui honore en ce chef-d' oeuure de l' incarnation, l' vnité de Dieu. Parlons plus simplement, et donnons plus de clarté et plus d' estenduë à ceste pensée ; et disons que ce n' est plus l' vnité d' vn monde terrestre et elementaire, d' vn monde materiel et sensible ; mais c' est l' vnité d' vn nouuel oeuure et d' vn nouueau monde ; d' vn monde de grace, de gloire, et de grandeur ; d' vn monde tout celeste, tout glorieux, tout diuin ; d' vn monde qui égale, et qui enclost dans son pourpris Dieu mesme, comme faisant partie d' iceluy (s' il nous est permis d' ainsi parler) qui annonce, qui loüe, qui

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adore l' vnité de Dieu. Car Iesvs est vn monde, et vn grand monde selon la vraye theologie, et pour bien d' autres raisons que la philosophie n' a iamais eu pour nommer l' homme vn petit monde, comme il sera dit ailleurs. Et en Iesvs nous adorons l' vnité d' vne personne diuine, qui subsistante en deux natures differentes, est diuinement et ineffablement employée à annoncer, honorer, seruir l' vnité supréme de la diuine essence. ô supréme vnité que vous estes aimable, et admirable en la diuinité, et au plus diuin de ses oeuures ! Que vous estes adorable, puis que Dieu mesme employe à vostre honneur l' vnité de son verbe en deux natures associées, et l' employe pour iamais comme vous estes eternelle et pour vn iamais ! Que les mortels sont

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coulpables de vous considerer si peu, de vous conseruer si peu, et de vous violer si librement dans vos oeuures, ne considerant pas que Dieu est vnité, fait tout pour l' vnité, et fait tout aussi par l' vnité mesme ! Car c' est l' vnité de sa puissance, de son essence, de son intelligence, qui est le principe de tout ce qu' il opere hors de luy-mesme, et en toutes ses oeuures : et il tend à tirer tout à soy, et à son vnité saincte, par l' vnité de son esprit en la grace ; et par l' vnité de son verbe en l' incarnation ; employant ce mystere, et en iceluy l' vne des personnes diuines, pour honorer l' vnité de la diuine essence. ô vnité d'essence, adorable en la trinité saincte ! ô vnité de personne, adorable et aymable en l' incarnation ! Vnité d' essence

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diuine et de personne diuine en ces deux mysteres, singulierement adorable et aymable, et qui veut nous tirer à Dieu, et à son vnité ! Et des esprits audacieux, par de foibles raisons et par de fortes passions rompent si librement l' vnité des esprits en la foy par heresies, et l' vnité des coeurs en l' obeïssance par rebellions ! Mais laissons ces pensées pour rentrer en nos discours et en nos mysteres. Et disons que Dieu ayant estably dans l' vniuers trois ordres differents, l' ordre de la nature, de la grace, et de la gloire, en chacun desquels y a plusieurs sujets dont la terre et le ciel sont remplis auec vne varieté de creatures comme infinie, et auec vne admirable diuersité de choses ; il y a voulu former vn nouuel ordre, auquel il n' y eust qu' vn sviect

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qui fust seul sans exemple. Car si nous contemplons l' ordre de la natvre ; que d' estoilles au ciel, que de plantes en la terre, que d' oyseaux en l' air, que de poissons dans les eaux, que d' animaux dans les forests, que de millions d' hommes, que de milliers d' anges ? Et si nous passons à l' ordre de la grace, combien y a-t' il de justes ? Combien de prophetes et de patriarches ? Combien de martyrs et de confesseurs ? Combien de vierges : et combien d' ames qui seruent à Dieu, ou dans l' innocence, ou dans la penitence ? Et si nous nous éleuons iusques à l' estat de la gloire, combien de saincts y a-t' il, et combien differents ? Que de seraphins, que de cherubins, que de thrônes, que de vertus, et de dominations, que de puissances,

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et de principautez, et tant d' autres noms incogneus en ce siecle, et recogneus en l' autre ? Mais en l' ordre de l' vnion hypostatique, qui est le supréme entre les ordres, la lumiere de la foy nous apprend qu' il n' y a qu' vn seul sujet : et comme elle nous enseigne qu' il n' y a qu' vn Diev, elle nous enseigne aussi qu' il n' y a qu' vn homme-Diev, et vn Diev-homme. Car tout ainsi qu' il n' y a qu' vn fils vnique au sein du pere ; aussi Dieu a-t' il voulu qu' il n' y eust qu' vn fils de l' homme qui fust fils de Dieu ; et que ce fils de l' homme, né de la vierge Marie, fust vnique et singulier, non en son estre humain, mais en son estat diuin ; non en sa nature, mais en sa dignité ; et qu' il fust seul enclos dans cét ordre ineffable de l' vnion personnelle auec la diuinité, comme

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vnique sujet de cét ordre admirable : au lieu qu' il a voulu que chacun des ordres de la nature, de la grace, de la gloire, se partage et se communique à tant de sujets infinis en nombre. Iesvs donc entre seul dans cét ordre ineffable, et il n' y a aucun homme, ny aucun ange, qui doiue y estre associé. Et comme dans les ordres et hierarchies celestes, chaque ange remplit dignement et suffisamment son espece, sans qu' il s' y trouue aucun autre indiuidu : ainsi le fils vnique de la vierge, l' ange du grand conseil, remplit tout seul ce grand ordre, sans qu' aucun pour iamais y doiue estre appellé. En luy Dieu a voulu arrester le cours de ses oeuures, comme en son chef-d' oeuure.

En luy Dieu a voulu comprendre et terminer sa grandeur, sa puissance,

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sa bonté, et l' ineffable communication de soy-mesme : ne pouuant faire rien de plus grand, de plus sainct, de plus diuin que Iesvs, et ne voulant iamais rien faire de semblable.

Ainsi Iesvs est seul, dans la terre, dans le ciel, dans le temps, dans l' eternité ; seul, dy-je, possedant l' estre increé et infiny, entre plusieurs qui possedent la grace et la gloire. Iesvs est seul ayant la diuine essence pour vne de ses essences ; et la personne diuine pour sa propre personne. Iesvs est seul assis à la dextre du pere ; seul posé dans le thrône de la diuinité ; seul digne d' estre adoré de toutes creatures ; seul digne de posseder nos coeurs et nos esprits, nos sentiments et nos pensées, comme il possede seul l' essence et la personne diuine en vne maniere ineffable, propre et

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particuliere à luy, par le sacré mystere de l' incarnation.

 

SECOND DISCOVRS

 

EN FORME D' ELEUATION A DIEU SUR

 

LE MYSTERE DE L' INCARNATION .

Cevx qui contemplent vn rare et excellent objet, se trouuent heureusement surpris d' estonnement et d' admiration à la premiere veuë d' iceluy, auant mesmes qu' ils recognoissent par le menu les particularitez du suject qu' ils contemplent. Et cét estonnement qui semble imprimer vne foiblesse en l' ame, luy donne force et vigueur : car tirant des forces de ses foiblesses, elle s' éleue à vne plus

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grande lumiere, et à vne plus haute et parfaitte cognoissance. Le mesme nous arriue en la premiere veuë et pensée de l' excellence, rareté, et singularité de Iesus-Christ nostre seigneur, et du sacré mystere de l' incarnation : car estants viuement et sensiblement touchez de la grandeur de ce rare obiect, proposé au discours precedent ; nous croyons estre obligez de nous éleuer à Dieu, et de le loüer en son vnique ouurage, remettant par apres à considerer dauantage l' estat et les grandeurs de Iesvs ; et à penetrer les secrets et la profondité de ce tres-haut mystere. En quoy nous sommes semblables à celuy qui sortant d' vne cauerne et obscurité profonde, posé sur vne haute montaigne, verroit le soleil, ne l' ayant iamais veu auparauant, et le

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verroit en la serenité d' vn beau iour s' éleuant en nostre hemisphere, ornant et embellissant l' vniuers, et le viuifiant de ses rayons et de sa lumiere : car touché de l' aspect d' vn si bel object, sans doute il seroit surpris, et rauy en ceste veuë, et obligé d' honorer Dieu en ce sien oeuure, sans se donner loisir de mesurer la grandeur et les dimensions de ce grand astre, par les reigles et les principes de l' astronomie ; et sans s' arrester curieusement à rechercher et obseruer les proprietez de sa lumiere, l' efficace de son influence, les periodes de ses mouuements, et les autres perfections de ce grand corps celeste. Ainsi nous sortans hors de l' obscurité des choses terrestres, et venants à contempler le vray soleil du monde, le soleil de ce soleil

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qui nous esclaire, le soleil de iustice qui donne sa lumiere à tout homme venant au monde ; nous sommes comme surpris d' estonnement, et épris d' amour et d' admiration au premier esclat et à la premiere veuë de ceste splendeur ; et obligez d' interrompre nos discours, pour, à l' entrée de ceste oeuure, et dés la premiere pensée d' vn si digne sujet, nous éleuer à Dieu sur les grandeurs de son fils vnique, et sur l' estat de ce tres-sainct mystere. Eleuons-nous donc à la contemplation de Dieu faict homme, et approchons ce sanctuaire auec esprit d' humilité et de pieté, recherchants beaucoup plus d' entrer par reuerence et par amour en ses lumieres, que par lumiere en son amour : encore que nous desirions receuoir de luy l' vne et

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l' autre qualité et impression en la conduitte de nos mouuements et affections vers vn object et vn mystere d' amour et de lumiere tout ensemble.

Les Aegyptiens adoroient le soleil, et l' appelloient par excez, le fils visible du Dieu inuisible : mais Iesvs est le vray soleil qui nous regarde des rayons de sa lumiere, qui nous benit de son aspect, qui nous regit par ses mouuements ; soleil que nous deuons et tousiours regarder, et tousiours adorer.

Iesvs est vrayement le fils vnique de Dieu ; et ny le soleil, ny autre chose creée, soit au ciel, soit en la terre, ne luy tient compagnie en ceste qualité. Iesvs est le fils vnique, et le fils visible du pere inuisible comme nous dirons ailleurs. Disons maintenant qu' il

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est le soleil, non des Aegyptiens deçeus en leurs fables, mais des chrestiens instruits en l' échole de verité, et en la lumiere de ce soleil ; qui est le soleil du monde surnaturel, et vn soleil qui a voulu se peindre et se representer en celui-cy, qui n' est que son ombre et sa figure. Car le soleil est l' image de Dieu, le pere de la nature, le principe vniuersel de la vie : et Iesvs est la vraye et la viue image du pere eternel : il est son image, et en sa personne diuine, et encores en son humanité sacrée, comme vnie à la diuinité. Il est l' autheur du monde, le pere de la nature humaine, et par sa puissance en la produisant, et par son amour en la rachetant.

Il est la source de la grace, et le principe de la vraye vie, en la terre et au ciel, au temps et

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en l' eternité, dans les hommes et dans les anges, dans la grace et dans la gloire. Le soleil est formé au milieu des jours dediez à la creation du monde, et posé au milieu des creatures, les vnes plus hautes, et les autres plus basses pour les esclairer toutes : et Iesvs la splendeur du pere se fait voir au monde, et vient dans le monde de la grace, au milieu des temps, à l' issuë de la loy ancienne, et au commencement de la loy nouuelle, illuminant de la lumiere de sa grace et les peres qui l' ont precedé, et ceux qui l' ont suiuy ; les vns et les autres estants selon l' escriture, comme des astres luisans de la clarté de ce soleil, au milieu desquels il s' éleue et paroit au monde. Et comme la lumiere creée et subsistente dés le premier

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iour au monde, a esté vnie au corps du soleil le quatriéme iour, pour estre en luy et par luy vn corps et vn principe de lumiere en la terre et au ciel : ainsi la lumiere eternelle, lumiere non creée, mais increée, la lumiere subsistente de la diuinité est au quatriéme millenaire vnie et incorporée en l' humanité de Iesvs, pour faire en luy et par luy vn corps et vn principe de vie, de grace, de gloire, et de lumiere à toute eternité. L' vn des plus fameux astronomes de l' antiquité, fust si amoureux de l' obiect principal de sa science qui estoit le soleil, qu' il desiroit le pouuoir voir et contempler de pres, et estre bruslé et consommé en le regardant. Iesvs est l' obiect de la science de salut, et de la science des chrestiens :

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le docteur et apostre du monde publie hautement que sa science, c' est de sçauoir Iesvs.

Les chrestiens doncques ne seront-ils point touchez d' amour et de desir de voir et contempler cét object principal de leur creance, de leur science, et de leur religion ? N' auront-ils pas plus d' affection pour le soleil de leurs ames, que ce philosophe n' auoit pour le soleil de la terre ; soleil commun et exposé à la veuë et à l' vsage, et des hommes et des bestes ? Et ne seront-ils point ardents à s' approcher de pres de ce soleil de iustice, pour estre non consommez, mais embrasez d' vn feu d' amour et de charité en le regardant ? Vn excellent esprit de ce siecle a voulu maintenir que le soleil est au centre du monde, et non pas la terre ;

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qu' il est immobile, et que la terre proportionnément à sa figure ronde se meut au regard du soleil : par ceste position contraire satisfaisant à toutes les apparences qui obligent nos sens à croire que le soleil est en vn mouuement continuel à l' entour de la terre.

Ceste opinion nouuelle, peu suiuie en la science des astres, est vtile, et doit estre suiuie en la science de salut.

Car Iesvs est le soleil immobile en sa grandeur, et mouuant toutes choses. Iesvs est semblable à son pere, et estant assis à sa dextre, il est immobile comme luy, et donne mouuement à tout. Iesvs est le vray centre du monde, et le monde doit estre en vn mouuement continuel vers luy. Iesvs est le soleil de nos ames, duquel elles reçoiuent toutes les graces, les lumieres,

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et les influences. Et la terre de nos coeurs doit estre en mouuement continuel vers luy, pour receuoir en toutes ses puissances et parties, les aspects fauorables, et les benignes influences de ce grand astre. Exerçons doncques les mouuements et affections de nostre ame vers Iesvs ; et nous esleuons dans les loüanges de Dieu, sur le sujet de son fils vnique, et du mystere de son incarnation, par les pensées et les paroles suiuantes.

Trinité saincte, diuine et adorable en l' vnité de vostre essence, en la pluralité de vos personnes, en l' égalité de vos grandeurs, en l' origine de vos emanations eternelles, et en la ioüissance ineffable que vous auez de vous mesme, qui est la viue source des

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felicitez celestes ; ie vous loüe, et vous benits, ie vous adore, et vous rends graces de ce conseil tres-haut, et tres-profond ; conseil tres-secret, et tres-sacré ; conseil tout diuin, tout admirable, que vous auez tenu de toute eternité, d' vnir vn iour et pour iamais la nature humaine à vostre diuine essence ! ô pere eternel et tout puissant, qui de toute vostre puissance produisez en vous mesme, et non en vn sein estranger, vn fils vnique égal à vous : et le produisez tousiours, sans desister iamais de ceste production diuine, singuliere, et ineffable, qui est sans fin, et sans commencement, comme vostre propre essence ; ie vous ayme et adore comme pere eternel et tout puissant, et comme tousiours pere, et tousiours engendrant vostre

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fils, l' image viue, vnique, et eternelle de vos grandeurs ! Ie vous loüe, et vous benits, comme donnant ce mesme fils vnique à ceste humanité deriuée de la vierge ; et comme le donnant par amour infiny, d' vne donation si grande, si singuliere, et si absoluë, que nostre nature reçoit en elle mesme la personne de vostre fils vnique, pour sa propre personne et subsistence, et en luy vostre mesme essence ! ô verbe eternel, ie vous reuere, ie vous ayme et adore comme fils, et fils vnique de Dieu : comme emanant tousiours du pere eternel, sans dependance, sans indigence : comme ayant en vous la plenitude de l' estre increé : comme estant la vie, la sapience, la puissance du pere, et si ie l' ose

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dire, vn autre luy-mesme : et comme estant vn principe auec luy, et par luy, d' vne personne diuine en la trinité saincte ! ô fils de l' eternel, eternel comme luy, et égal à luy ! ô Dieu de Dieu, procedant du pere seul, qui est la viue source de la diuinité ! ô lumiere de lumiere, lumiere en vostre essence, et en vostre personne procedente comme lumiere et splendeur du pere ! ô vie, viue source de vie, apud te est fons vitae, comme s' écrie vostre prophete ! Vous estes au sein du pere comme en vostre repos, et le pere est en vous comme en celuy qui a sa vie et son essence, et qui est son verbe et sa cognoissance ! Vous estes vn auec le pere en vnité d' essence, et en vnité de principe ; et vous estes en luy et auec luy, viue source de vie et

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d' amour en la diuinité mesme : source de vie, diuine et increée, et d' amour eternel subsistant et personnel, égal à vous, et vn autre vous mesme ! Benist soyez-vous pour jamais, de ce qu' estant source de vie en la diuinité, vous l' auez voulu estre en nostre humanité : et qu' estant vn principe d' amour en la trinité saincte, vous auez voulu estre par vn nouueau mystere, vn nouueau principe d' vn celeste amour en la terre et au ciel : et qu' estant fils de Dieu dans l' eternité, vous auez voulu estre le fils de l' homme, en la plenitude des temps : et nonobstant les grandeurs de vostre naissance eternelle, vous abbaisser à prendre vne naissance temporelle, et vous aneantir vous mesme en vous vnissant par amour à la nature humaine,

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dans les entrailles de la vierge ! Amour aneantissant, et aneantissement d' amour, que ie reuere et adore, comme donnant existence et subsistence à vne nature humaine en la grandeur d' vne personne diuine, et comme ayant son origine dans l' excez d' vn amour increé et infiny ! ô sainct esprit, esprit du pere et du fils, procedant d' eux en vnité d' origine, et les liant tous deux en vnité d' amour et d' esprit : esprit et amour eternel subsistant personnellement en la diuinité, et terminant diuinement les emanations eternelles ; ie vous adore, et vous rends grace de ceste operation saincte et admirable, par laquelle vous auez accomply le sacré mystere de l' incarnation ! Vous estes dans l' eternité, le terme

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diuin des emanations diuines : et vous estes en la plenitude des temps, le principe d' vn nouuel estat (estat de l' vnion hypostatique) qui est la source et l' origine de toutes les operations sainctes, de toutes les emanations de grace que le ciel et la terre reuere ! Vous estes en la trinité saincte, le lien sacré des personnes diuines entre elles mesmes : et en l' incarnation vous liez vne personne diuine à vne nature humaine ! Là, vous estes receuant du verbe eternel dans le sein de son pere, sa propre essence en vostre emanation : et vous estes icy, donnant à ce mesme verbe vne essence nouuelle dans le sein de sa mere par vostre operation, en le reuestant de nostre humanité ! ô esprit sainct, vous estes esprit d' amour, et vous faittes aussi

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en la terre ceste operation d' amour, ceste vnion diuine, ceste alliance incomparable, qui ioint la terre au ciel, l' estre creé à l' estre increé, et Dieu à l' homme, d' vne liaison si estroitte, que nous auons vn Dieu-homme, et vn homme-Dieu pour iamais ! Benist soyez-vous à iamais en ceste saincte operation, qui accomplit l' incarnation du verbe et la deification supréme, de la nature humaine : laquelle demeurant humaine dedans l' estat mesme de ceste vnion diuine, reçoit la grace increée et infinie dans vn estre creé et finy, et semblable au nostre : et est comme vn nouueau et admirable buisson deuant la face de Dieu pour le salut du peuple, ainsi que le buisson d' Horeb deuant la face de Moyse. Buisson ardent et non

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consommé ; tousiours buisson, et tousiours ardent : tousiours buisson dans les espines de nostre humanité, et tousiours ardent dans la flamme de la diuinité.

ô hvmanité saincte, éleuë par le pere eternel, pour entrer seule entre toutes les creatures en l' estat de la filiation, non adoptiue, mais naturelle ; pour estre vnie pour iamais à son verbe, et associée à sa diuinité en vnité de personne ; pour estre saincte par la mesme saincteté, qui le rend sainct, et le rend sainct des saincts, bien qu' en vne autre maniere ; et pour estre la cause de toute la saincteté du ciel et de la terre ; ie vous loüe, ie vous ayme, et adore en l' vnion personnelle que vous auez auec la diuinité : en la vie nouuelle que vous auez, et

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que vous possedez en la source de vie : en l' intime et secrette communication des perfections diuines qui vous appartiennent en vne façon singuliere, sans aucun preiudice des conditions, et limitations de vostre estre creé, et comme à vne nature subsistente en la diuinité ! Ie vous louë en la dignité infinie, et en tous les pouuoirs et offices que vous receuez en ceste qualité : en la relation, appartenance, et appropriation que vous auez à la trinité saincte ; au pere, en la filiation du verbe humanisé procedant de luy ; au fils, en la subsistence que vous receuez de luy ; au sainct esprit, en l' operation par laquelle il vous produit, et vous vnit au verbe ! Et ie vous louë en fin en l' estat supréme, tout diuin, tout admirable, auquel vous estes

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entrée par ceste vnion hypostatique : et en toutes les suittes, appartenances, et appennages qui sont deus à cét estat diuin, selon l' ordre de la puissance, de la sapience, et de la bienueillance du pere eternel enuers vne nature qui luy est si proche, et qui a vne plus grande intimité auec luy qu' aucune autre nature, apres sa propre essence, puis qu' elle luy est intime et conioincte par la subsistence de son fils ! Vovs estes en cét estat et subsistence vn abysme de merueilles, vn monde de grandeurs, vn excez d' eminences, de raretez, de singularitez : vous estes le centre, le cercle, et la circonference de toutes les emanations de Dieu hors de soy-mesme ! Vous estes le chef-d' oeuure de Dieu, et l' oeuure

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auquel sortant hors de soy mesme, il épuise luy-mesme sa grandeur, sa puissance, sa bonté, et auquel il s' enclost luy-mesme pour faire comme partie de son ouurage, pour le releuer par dessus tous les oeuures de ses mains, et pour le dignifier et deifier par soy-mesme ! Vous estes le thrône de gloire et de grandeur, où la plenitude de la diuinité habite vniquement, diuinement, corporellement, ce dit le grand apostre, digne heraut de la gloire de ce tres-grand mystere ! En la trinité saincte le fils de Dieu est conioint à son pere, en vnité d' essence : et il est icy conioint à ceste humanité, en vnité de personne. Le mesme fils de Dieu en la diuinité, est conioint à son pere en vnité de principe, pour produire la troisiéme personne de

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la trinité : et il est icy conioint à ceste humanité, en vnité de personne, pour estre vn principe auec elle, et par elle de tout l' ordre de la grace, et de toute la saincteté de la terre et du ciel. L' estre et l' ordre de la nature est attribué au pere par son fils : l' estre et l' ordre de la grace et de la gloire, est attribué au fils par ceste humanité, et il l' opere et accomplit par elle, comme l' ayant éleuë et choisie pour estre vn instrument conioint à la diuinité.

La diuine essence est vne grace substantielle : et vous, ô humanité saincte, comme vnie au verbe ; vous estes vne autre sorte de grace substantielle, et subsistente personnellement en la saincteté diuine et increée ! Et comme les accidents et proprietez fluent de la substance, et ont leur estre et leur

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dependance en elle : ainsi les effects de la grace ont leur racine en vous, et leur subsistence en vous, ô humanité deifiée ; ô diuinité humanisée ! Tellement que cét homme-Dieu, ce verbe incarné, ce fils vnique du pere eternel au ciel, et de Marie en terre, est en l' ordre de la grace, ce qu' est la substance au regard des accidents, et ce qu' est le soleil au regard de la lumiere : et il a vne eminence, vne influence, vne puissance : vne eminence supréme, vne influence vniuerselle, vne puissance singuliere et absoluë sur tout l' estat de la grace, et sur tous les effects qui en procedent ! Et comme dans l' eternité par l' essence qu' il reçoit de son pere, il est principe du sainct esprit, esprit eternel et increé : aussi en la suitte des temps

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par l' essence qu' il reçoit de sa mere, c' est à dire par l' organe de nostre humanité ; il est vne nouuelle source, source viue et puissante de toute la saincteté creée ; de toutes les graces infuses ; de toutes les assistances diuines ; de toutes les operations sainctes de la terre et du ciel ; du temps et de l' eternité. ô excez ! ô abysme ! On ne peut conter les estoilles au ciel, les feuilles en la terre, les sablons en la mer, bien que ces choses ayent leur prix et leur nombre limité : mais qui pourra conter le nombre, et estimer le prix, la singularité de tous les effects de la grace ? De tous ses effects, dy-ie, dans le ciel, en tous les saincts ; dans la terre en tous les iustes ; et dans les pecheurs mesme, qui s' opposent à la grace

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qui leur est presentée ? Qui pourra dignement considerer ce que porte l' estenduë des siecles iusqu' à la fin du monde, et l' infinité de la durée d' vne eternité ? D' vne eternité, dy-ie, qui n' a point d' autre vie que la vie de la grace, et qui n' est que saincteté en tous ses vsages, et qui est toute remplie et occupée d' effects de grace et de gloire ? Or tous ces effects soit de Dieu enuers les hommes, ou des hommes enuers Dieu, vous regardent, ô Iesvs, et vous regarderont, pour iamais comme leur origine : et ont leur appuy, leur soustien, leur fondement en vous, comme en leur substance ! ô substance ! ô origine de grace ! Que cela dit chose grande en Iesvs, au regard de la grace ! Car comme l' ordre de la nature, et tout cét

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vniuers que nous voyons si diffus, et si estendu en diuersitez admirables, est partagé en deux estres differents, dont l' vn est substance, et l' autre est accident, qui comprennent toutes les varietez de ce monde : aussi l' ordre de la grace a ses accidents et sa substance : sa substance au fils de Dieu incarné, et ses accidents en ses saincts, et en ses seruiteurs. Mais auec cét aduantage que l' homme-Dieu est la substance vnique et singuliere de tout l' ordre de la grace, au lieu que l' ordre de nature est diuisé et diuersifié en plusieurs sortes de substance. Et ainsi l' ordre de la grace, comme plus excellent et plus approchant de la diuinité, est aussi plus approchant de l' vnité, qui est tant celebrée en la diuinité, et n' a qu' vne substance

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deifiée, comme il n' y a qu' vne essence et substance diuine. Et ce Iesvs en qui nous considerons vne substance rare, excellente et vnique en l' ordre de la grace, ne l' appuye pas seulement, comme la substance appuye tous les accidents qui la concernent : mais est encore vne substance originalle de tout l' ordre et estat de la grace. Car la grace en la terre et au ciel est fluente et emanente incessamment de Iesvs, comme les accidents fluent de leur substance ; et comme la lumiere en la terre et au ciel est procedente du soleil. Et pour nous éleuer à vn plus digne object, et plus diuin exemplaire ; ceste emanation de la grace est vne sorte de diuinité creée, de laquelle Dieu a dit, ego dixi dij estis : et est vne

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excellente imitation de ceste grande, noble, et premiere emanation du fils en la diuinité, qui regarde le pere comme son pere et son principe. Et par ainsi nous auons à recognoistre et à honorer deux emanations differentes en Iesvs, l' vne deriuée de l' autre : son emanation de son pere en sa propre personne : et l' emanation que la grace a tiré de Iesvs, par hommage et imitation de celle qu' il a luy-mesme de son pere. Et ceste emanation seconde nous descouure et manifeste vn estat admirable et perpetuel de Iesvs, estat tiré des plus grands secrets, et fondé aux plus hauts mysteres de la religion chrestienne, et qui doit seruir de regle et de conduitte à nostre pieté enuers luy. Car comme en la trinité saincte les personnes

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diuines ont relation et rapport à leur principe et origine, et elles ne subsistent qu' en ses proprietez et relations, et viuent heureusement en ce regard, en ce rapport, et en cét amour reciproque : ainsi en l' ordre de la grace, qui est vne imitation parfaitte, vn pourtrait au vif, et vne participation formelle de la diuinité ; toute la saincteté creée a vn rapport excellent au fils de Dieu, a vn regard singulier vers le verbe incarné, et a vie en Iesvs, comme celuy qui est, et se nomme la vie, et qui est son principe et son exemplaire. Et les esprits doüez de ceste saincteté, creée en regardants et adorants ainsi Iesvs, vont adorant et imitant en la saincteté diuine et increée, le regard et le rapport eternel

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du sainct esprit vers le pere et le fils, et du fils enuers le pere, comme à son origine. Afin que comme la saincteté increée est subsistente en relations mutuelles des personnes procedentes vers celles dont elles sont procedées : ainsi la saincteté creée aye sa subsistence en ce rapport, en ce regard, et en ceste relation singuliere vers Iesvs, et vers son humanité saincte, dont elle est deriuée : et qu' ainsi nous soyons contemplants Iesvs, aymants Iesvs, et viuants en Iesvs, car il est la vie, et il veut estre nostre vie, dés à present, et pour vne eternité.

ô hvmanité diuinement subsistente, diuinement viuante, diuinement operante ! Vous estes digne en ceste qualité diuine et infinie

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que vous auez, et vous estes infiniment, et infinies fois infiniment digne de regir tout ce qui est creé, et tout ce qui peut estre creé : et par vn pouuoir d' excellence, de commander à tout ce qui peut estre commandé. Car la nature mesme insensible, est sensible à vos commandements, comme nous le voyons aux tempestes, aux vents, aux orages et aux elements courrouçez qui vous ont obey, maiestate conditoris, selon les sainctes paroles d' vn grand sainct, et d' vn grand docteur de l' eglise, qui representent dignement l' hommage et la soumission que les choses mesme insensibles ont rendu à l' authorité puissante et à la majesté auguste du createur faitte visible et sensible en vous, ô humanité sacrée ! Vous estes digne d' acquerir et

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meriter tout ce qui peut estre acquis et merité ; de sanctifier tout ce qui peut estre sanctifié ; et d' abolir et effacer tout ce qui doit estre effacé et pardonné : car vous estes saincte par la saincteté mesme de la diuine essence.

Vous estes le milieu de l' estre creé et increé ; car vous auez comme l' vn, vne personne diuine ; et vous auez comme l' autre, vne nature finie et limitée. Vous estes l' obiect nouueau et singulier de Dieu et des hommes : car le pere eternel vous regarde comme vnie à son fils, le fils comme vnie à soy-mesme, et le sainct esprit comme vnie à celuy qui est son origine, et le principe de son emanation eternelle : et nous vous regardons tous comme l' espouse de nostre Dieu, comme

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l' arche de nostre alliance, comme le temple de nostre diuinité, comme la source de nostre salut.

En l' honneur donc de vos grandeurs, de vos pouuoirs, de vos benefices ; de vos grandeurs en vous mesme ; de vos pouuoirs sur tous ; et de vos benefices enuers nous : en l' honneur encor de tous les diuins obiects que nous auons contemplez, et de tous les mysteres qui ont vn rapport vers vous : en l' honneur de la trinité saincte ; du pere, du fils, et du sainct esprit, ordonnants et operants l' vnion ineffable de la nature humaine auec le verbe eternel.

Et en l' honneur de la tres-saincte vierge, en laquelle ceste vnion diuine a esté accomplie et consommée ; ie m' addresse et m' éleue

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à vous, ô Iesvs mon seigneur ! Et ie vous dis les paroles de l' vn de vos apostres en son extase ; et ie vous les veux dire en son esprit, et en son affection, dominus meus et deus meus : mon seigneur et mon Dieu. Et en ceste veuë et pensée de vos grandeurs, ie m' offre et me presente à vous en l' estat et en la qualité humble et heureuse de seruitude. Et ie propose et fais vne resolution constante, asseurée, et inuiolable, de seruitude perpetuelle à vous, ô Iesvs-Christ, mon seigneur et mon Dieu, ma vie et mon sauueur ! De seruitude, dy-je, à vous, et à vostre humanité sacrée et deifiée, et à vostre diuinité humanisée.

Car vostre humanité est deifiée, non seulement par l' infusion et deification de la grace, mais par

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vne bien plus noble infusion et impression : asçauoir, par l' infusion et impression du verbe mesme, communiquant sa propre personne à ceste humanité. Et reciproquement vostre diuinité est humanisée, c' est à dire, reuestuë de nostre humanité, comme d' vne substance nouuelle, qui luy est adiointe et adherente par le soustien et la communication qu' elle reçoit de l' existence et de la subsistence propre de la diuinité. ô grandeur ! ô bonté ! ô amour ! ô liaison ineffable de la diuinité auec l' humanité ! Ie lie donc mon estre à vous par le lien de seruitude perpetuelle, en l' honneur des liaisons sainctes et sacrées que vous voulez auoir auec nous en la terre et au ciel, en la vie de grace et de gloire. Et ie fais ceste liaison

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saincte de toute ma puissance, vous suppliant me donner plus de grace et de puissance pour me lier à vous, d' vne liaison plus grande, plus saincte, et plus estroitte.

Nostre estre est lié à vous, ô mon Dieu, par vostre grandeur, et par son indigence : c' est à dire, par la necessité qu' il a d' estre soustenu de vous, pour ne pas tomber au neant dont vostre main puissante l' a tiré. Nostre estre est encores lié à vous par vostre bonté, et par son impuissance ; ne pouuant operer aucun oeuure de salut, s' il n' est conioint à vous par la grace : liaison qui n' appartient qu' aux bons, et qui les separe de ceux qui sont malheureusement separez de vous mesmes. Mais outre ces deux liaisons, il vous a pleu en auoir vne troisiéme toute propre

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à vous seul, et qui ne conuient qu' à vous : liaison d' amour, et d' amour rare et singulier ; liaison saincte et sacrée, qui lie vostre personne à nostre nature ; liaison qui fait vn nouuel estre, vn nouuel estat, vn nouuel ordre ; liaison qui fait vn nouuel homme, et vn nouuel Adam. Vn nouuel homme, dy-je, c' est à dire, non vn homme juste tant seulement, ou vn homme sainct ; non vn homme angelique ou vn homme diuin ; mais vn homme-Dieu qui soustient, qui regit, qui rauit le ciel et la terre.

I' adore vostre estre, ô mon Dieu ! Comme appuy de tout estre en la liaison premiere, necessaire, et vniuerselle à tout estre creé, commune aux bons et aux mauuais. I' implore vostre bonté

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et misericorde, pour estre lié à vous pour iamais de la liaison seconde par les liens de vostre amour, par l' impression de vostre grace, par l' infusion de vostre esprit. Mais ie passe outre, et i' aspire à vous, ô mon seigneur Iesvs, et ie veus auoir part auec vous, et auoir part en vous à la nouuelle grace de vostre nouueau mystere de l' incarnation ! Et en l' honneur de l' vnion admirable de vostre humanité auec la diuinité mesme, ie veus m' vnir à vous, pour estre en vous, pour viure en vous, et pour fructifier en vous comme le sep en sa vigne ! ô mon seigneur Iesvs, faittes que ie viue et subsiste en vous, comme vous viuez et subsistez en vne personne diuine ! Soyez mon tout, et que ie face partie de vous

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en vostre corps mystique, comme vostre humanité est partie d' vn diuin composé subsistant en deux natures si differentes ! Faittes que ie sois os de vos os ; chair de vostre chair ; esprit de vostre esprit ; et que ie porte l' effect de vostre saincte priere au dernier de vos iours et allant à la croix ; où apres auoir prié pour vos apostres, vous priez instamment le pere eternel que nous soyons vn auec vous, comme vous estes vn auec luy ! Non pro eis autem rogo tantùm, sed et pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me. Vt omnes vnum sint, sicut tu pater in me, et ego in te, vt et ipsi in nobis vnum sint : vt credat mundus, quia tu me misisti. Et ego claritatem, quam tu dedisti mihi, dedi eis : vt sint vnum, sicut et nos vnum sumus : ego in eis et tu in me, vt sint

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consummati in vnum. Or ne prie-je point seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croiront en moy par leur parole. Afin que tous soient vn, ainsi que vous estes en moy, ô mon pere, et moy ie suis en vous, afin qu' eux aussi soient vn en nous : et que le monde croye que vous m' auez enuoyé.

Ie leur ay aussi donné la gloire laquelle vous m' auez donnée ; afin qu' ils soient vn, comme nous sommes vn : ie suis en eux, et vous en moy ; afin qu' ils soient consommez en vn. ô paroles sacrées du verbe eternel ! ô priere efficace du fils vnique de Dieu ! ô paroles d' vnité adorable du fils auec le pere ! ô priere d' vnion souhaittable du fils auec nous, et de nous auec luy ! ô vnité ! ô vnion ! Ie m' vnis donc

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auec vous en l' honneur de l' vnité que vous auez auec le pere et le sainct esprit : et ie m' vnis à vous en l' honneur de l' vnion ineffable que vous auez auec nostre nature par le mystere de l' incarnation.

à la verité ie me vois bien distant et éloigné de vous et de vostre humanité sacrée, en la dignité infinie qu' elle a par cette vnion diuine et personnelle ; mais aussi vostre humanité en son pur estat naturel, est éloignée de l' esprit de la diuinité qui la viuifie.

Comme donc cét esprit viuifiant et ce verbe eternel s' est approché d' elle en vous, ô Iesvs ! S' est vny à elle, s' est faict chair auec elle par vne dignation infinie ; daignez vous approcher de moy, vous vnir à moy, vous incorporer en moy, afin que ie sois, que ie viue, que

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j' opere en vous, que ie sois conduit et dirigé de vous, que ie sois possedé de vous : ainsi que l' esprit de vostre diuinité est animant, est dirigeant, est possedant singulierement cette ame et cette humanité que luy est personnellement vnie.

En ce diuin estat de Iesvs, ie reuere et adore la vie, l' aneantissement, et l' operation de la diuinité en cette humanité ; et la vie, l' éleuement, et la deification de cette humanité en la diuinité ! I' admire les actions humainement diuines et diuinement humaines, qui procedent de cette vie nouuelle et mutuelle de l' homme-Diev en sa double essence, l' vne eternelle, l' autre temporelle ; l' vne diuine, l' autre humaine ; et toutesfois si intimement, si sainctement, si diuinement

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iointes ensemble ! ô vie ! ô source de vie ! ô plenitude de vie ! ô Iesvs vous estes vie ! Et comme en Dieu tout est vie, aussi tout est vie en Iesvs : et nous voyons qu' en luy la mort mesme est vie ! Car et sa mort nous est vie, et nous donne la vie, et ne le priue pas de la vraye vie : puis que la mort ne separe ny son ame ny son corps de la diuinité qui est la vraye vie. En la naissance du monde, Dieu qui est vie a voulu comme vie faire vne ombre et vne image de soy-mesme ; et il a voulu former trois vies mouuantes sur la terre, lesquelles il a coniointes et reünies en Adam et en sa posterité ; la vie vegetante, la vie animale, et la vie humaine.

Mais au second Adam supposant ces trois vies comme en

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tous les hommes, il a estably et ordonné en terre trois autres sortes de vie, toutes nouuelles, toutes sainctes, toutes diuines, et toutes dignes d' vn nouuel homme et d' vn nouuel Adam. La vie divine par l' vnion de l' essence et de la personne diuine à la nature humaine : la vie voyagere et meritante le salut de l' vniuers, par l' vnion de l' ame au verbe eternel, et à vn corps deifié et passible tout ensemble : la vie glorievse par l' vnion de cette ame à la gloire de la diuine essence et des personnes diuines : trois vnions, et trois vies toutes celestes, toutes diuines, toutes incomprehensibles, toutes miraculeuses. Car la vie diuine est fondée au miracle des miracles, asçauoir au mystere de l' incarnation, qui surpasse et

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la puissance et l' intelligence de la nature creée, qui est le chef-d' oeuure de la diuinité, et la merueille des merueilles : au regard de laquelle tous les autres miracles ne sont que des ombres, ou des suittes, ou des preparatifs de ce premier miracle. Aussi nous voyons que Dieu ne fait pas seulement vn effort sur le neant comme en la creation, ou sur la poudre et la cendre comme en la resurrection ; mais ce qui passe toutes les pensées des hommes et des anges, il fait vn effort à soy-mesme, à sa propre personne et à sa grandevr, pour s' abbaisser à nostre petitesse, pour rehausser nostre bassesse ; et par ces deux mouuements differents, ioindre le tres-havt à la poussiere et à la fange, et faire vn homme-Diev sur la

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terre. Et comme en cette vie diuine Dieu a voulu conioindre deux natures ensemble si distantes : aussi en la vie du fils de Dieu viuant comme passible et mortel entre les hommes, il luy a pleu de ioindre deux estats et deux vies bien differentes ; dont l' vne est vie de gloire, et l' autre de labeur ; l' vne de felicité, l' autre de merite ; l' vne de joüissance, l' autre de souffrance ; l' vne de grandeur, l' autre d' abbaissement : deux vies liées ensemble en l' estat de la vie du fils de Dieu depuis sa naissance en la vierge iusques à sa mort : et liées inseparablement.

ô estat tres-singulier ! ô vie tres considerable ! ô estat qui portés vn effort du fils de Dieu sur soy, et sur sa propre vie ! Effort assidu et perpetuel par l' espace de trente quatre ans sans estre interrompu

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d' vn seul moment ! Effort non à l' estat de la nature, ou de la grace, mais de la gloire : de la gloire, dy-je, qui semble estre vn estat assez éleué, pour n' estre violé en ses droicts et priuileges ! Estat, effort, et miracle du fils de Dieu sur soy, qui ne conuient qu' à luy, qui est propre et singulier en luy ; qui n' est que pour luy entre tous les saincts, et non pas mesme pour sa tres-saincte mere ! Effort qui nous apprend et coniure de faire vn salutaire effort à l' estat de nostre vie defectueuse, miserable, et imparfaitte, pour honorer celuy qui pour nostre salut fait effort, et vn tel effort à l' estat puissant, heureux et admirable de sa gloire ! Or qui nous introduira en la contemplation de ces trois vies de Iesvs, l' vne diuine, l' autre voiagere,

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l' autre glorieuse ? Qui nous en ouurira les thresors et les secrets, les grandeurs et les mysteres ? Qui nous fera voir les effects de la diuinité, les vns operez, les autres suspendus pour vn temps en cette humanité ? Car le cours de la vie mortelle et voyagere du fils de Dieu, est partagé en deux sortes d' estats bien differents, et comme opposez l' vn à l' autre. L' vn, est vn estat d' infusion et de communication de plusieurs graces, effects, et qualitez singulieres, excellentes, et diuines, que l' humanité reçoit de la diuinité occulte et cachée en elle. L' autre, est vn estat de suspension et de priuation de plusieurs autres graces et effects, que cette mesme diuinité selon sa grandeur et sa liaison estroitte à cette humanité, deuoit operer en

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elle et par elle, et qui luy sont abondamment communiquez dedans le ciel ; lesquels neantmoins ont esté souuent retenus et suspendus iusques au temps de sa vie glorieuse et celeste, pour la dispensation de nostre salut. Car encores que Iesvs-Christ nostre seigneur eust la plenitude de la diuinité si intimement coniointe à sa nature humaine, il a toutesfois voulu porter sur la terre en son humilité, la priuation de plusieurs sortes de graces et d' effects singuliers de sa diuinité, qui estoient deus à son humanité dés son entrée en l' estat de l' vnion hypostatique, et qui luy sont rendus abondamment dans le ciel.

Et ce qui est admirable, paroissant aux yeux des hommes comme pecheur, il a voulu porter en la terre

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à la veuë des anges, cette priuation comme marque de la ressemblance de la chair du peché, et comme vn moyen d' expier en soy-mesme la priuation que les pecheurs portent de tant de graces qu' ils receuroient de Dieu, s' ils n' estoient en sa disgrace, et comme vn sujet rare et particulier d' honorer sur la terre par vn estat de priuation saincte et diuine, celuy que les pecheurs deshonorent en la terre et sous la terre par vne priuation maligne et miserable de la grace et de l' amour de Dieu. Ces deux estats sont tres-dignes de consideration singuliere dans le cours de la vie du fils de Dieu : et nous auons des indices suffisants de l' vn et de l' autre parsemez dans l' histoire de sa vie. Car c' est vn indice signalé de cét humble

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estat de priuation, que le moment de la transfiguration qui dura si peu, et qui deuoit durer tousiours ; et qui estoit non seulement vn éclat de la gloire de son ame, mais aussi vn éclat et vn témoignage de la diuinité tousiours viuante en cette ame et en ce corps, selon sainct Iean Damascene.

Et toutefois nous voyons son humanité saincte dépouillée de cét éclat et splendeur, rentrer aussi tost en son estat precedent : estat commun et ordinaire à son humilité ; mais bien extraordinaire à sa grandeur et à sa dignité. Semblablement c' est vn indice de cét autre estat d' abondance, que l' emanation de tant de merueilles rapportées en l' escriture, où nous voyons que durant l' espace de trois ans il

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luy a pleu imprimer les marques de sa grandeur et de sa puissance dedans le monde, sur la terre, sur les eaus, sur les choses animées et sur les inanimées, sur les orages et sur les tempestes, sur les hommes et sur les demons mesme, sur les ames, sur les corps, sur les viuants, sur les morts, et sur toutes sortes de malades, lesquels estoient tous guaris. Et de ses guarisons, les vnes estoient operées par sa simple parole, les autres par l' imposition de ses mains sainctes et puissantes, les autres par l' attouchement de sa chair sacrée et deïfiée, et quelques vnes mesme par le simple attouchement de sa robbe : et ce non seulement pour marque de son pouuoir sur les choses et animées et inanimées ; mais encores pour marque de la

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vertu residente en cette chair deïfiée, et emanante de cette chair precieuse, beaucoup plus efficace que tous les simples de la terre, et diuinement efficace pour la guarison de toutes sortes d' infirmitez.

En l' vne desquelles il a pleu au fils de Dieu (pour nous faire entrer en cognoissance des emanations sainctes et diuines qui sortoient de luy) de dire ces paroles dignes de grand poids : quis me tetigit ? Noui enim virtutem exisse ex me. Qui est-ce qui m' a touché ? Car ie scay qu' vne vertu est sortie de moy : et il a inspiré vn de ses euangelistes de dire le mesme sur vn autre sujet : virtus de illo exibat, et sanabat omnes. Vne vertu sortoit de luy, et les guarissoit tous.

Car cette humanité, comme elle est le sacré domicile de la diuinité

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qui contient toutes choses en eminence ; elle est aussi le reseruoir et le thresor de toutes sortes de graces, de vertus, de proprietez singulieres, dont peut emaner vn nombre infiny d' effects miraculeux, excellents et diuins, dans le ciel, dans la terre, dans les hommes et dans les anges, et sur tous les sujets où il luy plaira d' operer et d' employer sa puissance et sa vertu. Car comme les creatures sont emanées de Dieu, et Dieu produit continuellement des choses qui sortent hors de cette source viue de tout estre : aussi de l' homme-Diev doit emaner continuellement vn monde d' effects excellents de vie, de grace, de gloire, de splendeur, dignes de la diuinité, et dignes d' vne humanité subsistente en la

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diuinité, et viuante de la diuinité.

Le soleil n' a qu' vne ou deux emanations hors de soy-mesme qui nous soient cogneües, et il les a continuelles : car nous voyons comme il a incessamment emanation de lumiere et d' influence. Et ne voulons-nous pas que ce soleil du soleil, cette source viue de grace et de gloire, ce Iesvs homme-Dieu (qui a tout en soy-mesme, et contient tout ou en existence ou en eminence) ayt vne emanation continuelle de grace, de lumiere, de vie, de saincteté et d' amour, et de toutes autres sortes de qualitez et d' operations diuines et excellentes ? Et qu' il ayt cette emanation auec beaucoup plus de puissance, plus de continuité et plus d' actiuité, que n' a pas ce soleil que nous voyons qui n' est

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que son ombre et sa figure ? Iesvs donc est en vn estat de plenitude, d' infusion, et de communication, de graces et d' effects emanants de la diuinité en l' humanité, et decoulants de l' humanité deïfiée sur les creatures, comme d' vne plenitude de vie et de grace, à laquelle et les hommes et les anges participent, selon le témoignage de son bien-aimé disciple. Et cette infusion et abondance est deuë à Iesvs dés le moment de l' incarnation, et elle a esté en plusieurs rencontres diuinement suspenduë et arrestée pour vn certain temps par le conseil de Dieu. Et ainsi sa vie mortelle et voyagere est à bon droict distinguée en ces deux estats, l' vn de priuation, et l' autre de plenitude et d' infusion de plusieurs graces et effects, dont

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les vns ont esté puissamment suspendus, et les autres diuinement operez et communiquez à cette humanité. Ce qui merite bien vn discours à part, que nous reseruerons pour vne autre fois. Mais les vns et les autres en cette humanité qui en reçoit ou la communication ou la suspension, meritent vn honneur égal, lequel nous ne deuons pas obmettre en l' éleuation presente. Car aux sujets qui sont eminemment et diuinement grands et hauts, tout y est grand, tout y est haut, tout y est égal. En cette humanité donc, et l' operation et la suspension de ces effects diuins nous doit estre également precieuse et également venerable : ainsi que nous voyons en la diuinité que le produire et le non produire est également diuin

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et adorable dans les personnes de la trinité saincte. Or le ciel n' est pas orné de tant d' estoilles, ny la terre émaillée de tant de fleurs, comme cette humanité sacrée est embellie, parsemée, et diuersifiée d' vn nombre innombrable d' effects diuins et surnaturels, que la diuinité en témoignage de sa presence et de sa subsistence, ou operoit, ou suspendoit en elle continuellement. Il n' y a moment, il n' y a lieu, il n' y a circonstance, qui ne soit illustrée, ou de l' operation, ou de la suspension de quelque grace ou effect admirable que cette humanité deuoit porter en elle, ou operer hors d' elle pour marque d' vne splendeur si viue, d' vne grandeur si puissante, et d' vne majesté si auguste, également presente et permanente en

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tous ses estats differents. Concluons donc ce poinct, en admirant ce que nous ne pouuons pas exprimer en si peu de mots, ny entendre auec si peu de lumiere : et disons en nous éleuants à Dieu ; ô que d' effects, ou operez ou suspendus en cette humanité sacrée ! Et ô quels effects d' vne diuinité si presente, si puissante, si agissante en vne humanité renduë si digne et si capable des operations diuines ! Car elle en est renduë capable, non par la grace seulement, mais par vne essence et personne increée habitante en elle, vnie à elle, viuante et subsistente en elle personnellement.

Passons de la terre au ciel, et de sa vie humiliée à sa vie glorieuse.

Qui nous fera comprendre ce haut estat de gloire, que la sapience et

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bonté diuine a reserué à vne ame toute sienne, et à vne humanité éleuée au plus haut poinct d' honneur, et à la plus estroitte et intime alliance, où la puissance de Dieu puisse porter vne nature creée, c' est à dire, à l' vnion personnelle auec la diuinité ? ô rare ! ô singulier ! ô incomprehensible estat de la gloire de Iesvs, qui doit estre adoré, et ne peut estre penetré, et qui surpasse toute la gloire et des hommes et des anges ensemble, et la surpasse incomparablement ! Et iettants les yeux sur tout ce qui se passe en l' ame, au corps, et au coeur de Iesvs dans les diuers estats de ses trois vies differentes ; qui me fera cognoistre les particularitez de la vie et interieure et exterieure du fils de Dieu, et sur la terre et sur les cieux ? Quelle

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vie ! Quels contentements ! Quelles pensées ! Quels sentiments ! Quelles lumieres ! Quelles éleuations ! Quels abbaissements ! Quelles loüanges ! Quel hommage ! Quels remerciments ! Et quel amour d' vne ame tirée du neant, comblée de gloire, et en vn moment éleuée par dessus tout ce qui peut estre creé, et iointe à Dieu mesme personnellement ! ô vie ! ô puissance ! ô majesté sortante d' vne diuinité viuante et subsistente en cette nature creée ! ô splendeur de l' eternelle lumiere ! ô roy de gloire ! ô soleil de iustice ! Soleil qui faittes ombre aux lumieres du ciel, et qui auez obscurcy en la terre le soleil mesme au dernier de vos iours, illumina tenebras meas, daignez regarder mes tenebres, et faittes que ie vous aime et que ie

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vous cognoisse ! Que i' aye part au sort de vos lumieres ! Que i' admire et contemple vos grandeurs ! Que ie penetre vos mysteres ! Ie m' adresse à vous, ô sapience essentielle ! Et adorant vostre estre en l' vnité de Dieu, et en la subsistence du verbe auquel vous estes singulierement appropriée ; et adorant encores vos inuentions admirables en la conduitte et accomplissement de vos oeuures ; faittes-moy cette grace que ie penetre le secret admirable de ce chef de vos oeuures, et que i' annonce et declare l' inuention diuine par laquelle vous auez bien sçeu conioindre ce mesme verbe auec la nature humaine dans le sacré mystere de l' incarnation.

Le secret donc de ce nouueau mystere, le ressort de ce grand

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oeuure, oeuure des oeuures de Dieu, et le moyen singulier que la sapience diuine a trouué pour ioindre ainsi la terre auec le ciel comme en vn poinct et en vn centre ; l' inuisible auec le visible en vn mesme sujet ; et l' estre creé auec l' estre increé en vne mesme personne ; et ce sans mélange et sans confusion de deux estres et deux natures si distantes et si iointes toutes ensemble. Ce secret, dy-je, ce ressort et ce moyen incogneu aux intelligences celestes, et cette inuention diuine, est le denuëment que l' humanité de Iesvs a de sa subsistence propre et ordinaire, pour estre reuestuë d' vne subsistence estrangere et extraordinaire à cette nature diuisée et separée d' auec sa propre subsistence qu' elle auoit droict d' auoir ; et dont elle

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se trouue heureusement priuée au moment de sa production. Et comme en l' ente on diuise et on interesse le tronc qui doit porter le greffe, et le fruict de ce greffe choisy par le iardinier est vn fruict extraordinaire à l' arbre qui est enté : ainsi le pere eternel, comme le diuin agriculteur de l' euangile, a choisi en la terre vne plante sauuage (si nous la considerons en son origine et en sa nature) qui est l' humanité portant la ressemblance de la chair du peché : et en elle a separé la nature d' auec la personne qui luy eust esté propre et connaturelle, et qui deuoit naturellement fluer de son essence existente et actuée ; et il a substitué le greffe celeste, la subsistence diuine, la personne propre de son fils au lieu de la subsistence humaine qui a esté

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interditte en elle. Tellement que cette plante ainsi diuisée, et comme interessée en ce qui est si intime, si propre, si connaturel à son estre, porte des fruicts differents, et qui appartiennent non pas à elle, mais au greffe qui est enté en elle. Et cette nature ainsi dénuée et ainsi reuestuë, a desormais vn estre, et vn estre different non en son essence, mais en son existence et en sa subsistence.

Si bien que sa vie, ses mouuements et ses actions ne sont plus comme d' elle ny à elle en proprieté, mais sont à celuy qui la soustient diuinement. Car il y a cette difference à remarquer entre le greffe du iardinier, et le greffe diuin du pere eternel le iardinier celeste, qu' au lieu que le greffe est soustenu du tronc sauuage auquel il est enté ; icy le verbe comme vn

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greffe diuin enté en la nature humaine, comme en vne plante sauuage par la ressemblance du peché, est le soustien de ceste mesme nature. Et celuy qui de trois doigts soustient le monde, soustient cette humanité en vne maniere plus puissante et plus singuliere, se l' approprie, la sanctifie et la deïfie en sa personne. D' où il s' ensuit que la vie et les actions de cette nature humaine ne sont pas à elle ; non qu' elles ne soient procedentes d' elle comme de leur principe ; mais elles ne sont pas à elle en proprieté, ny en terme de logique, ny en terme de droict et de moralité. I' ay regret de m' estendre en ce sujet, et d' employer icy des paroles mieux seantes dans les theses et dans les escholes, que dans les chaires et dans les discours

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de la foy : mais le lecteur me le pardonnera s' il luy plaist, veu que la necessité m' y contrainct, pour obuier par maniere de precaution aux difficultez que forment quelques-vns, lesquels ie prierois volontiers ou de garder le silence par modestie, ou de vouloir prendre la peine de considerer attentiuement, et d' approfondir les veritez que la foy nous enseigne : afin qu' il apparoisse que nous auons tous vn mesme sentiment, accompagné de charité aux choses de la foy, comme nous le commande l' apostre. Car ils ne s' apperçoiuent pas que contestants cette verité, ils interessent le fonds du christianisme, qui a pour son thresor et pour son fonds les actions et les souffrances de cette humanité, non simplement comme

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humanité, mais comme humanité du verbe : c' est à dire, comme humanité qui appartient et en sa nature, et en ses actions, et en ses qualitez, à vn estre diuin, increé, infiny, qui releue l' essence, l' estat, et le merite de cette nature humaine jusques à vne existence et subsistence increée, jusques à vne condition et dignité diuine, et jusques à vn prix et valeur inestimable. Disons-leur donc que les actions de cette humanité ne peuuent pas estre iugées propres à cette humanité en terme de logique : car elles ne conuiennent pas à elle seule, comme requiert ce qui est estimé parfaittement propre selon les loix des logiciens, puis qu' elles conuiennent encore à vn suppost qui est estranger à cette humanité, si

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nous la considerons simplement dans l' estat et dans les bornes de la nature. Disons-leur derechef, qu' en terme de droict, soit commun et naturel, soit mesme diuin et surnaturel, les actions de cette humanité appartiennent proprement au verbe, et non pas à elle.

Car le verbe eternel comme personne substituée au droict de la nature humaine et personne diuine et increée, par vn pouuoir et amour infiny s' approprie cette humanité, l' vnit à soy, la rend sienne, repose et habite en elle comme en sa propre nature, la tire hors des limites d' vn vsage commun et naturel, l' oinct et la consacre de l' onction de sa diuinité, et prend droict et authorité sur elle et sur ses actions ; et generalement sur tout ce qui appartient à cette

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humanité. Car tout ce qui est en Iesvs-Christ est fondé en l' hypostase de sa diuinité : et le verbe eternel comme suppost et svppost divin de cette nature humaine, est le proprietaire de toutes ses actions et souffrances, les soustient, les releue et les deïfie en sa propre personne, en soustenant, releuant et deïfiant la substance de cette humanité, par le moyen de laquelle elles adherent à la diuinité, comme par vn lien commun d' inherence hypostatique.

Il est donc éuident que le verbe a en cette façon droict et authorité legitime d' vser et disposer de l' estat, de la vie, des actions et des souffrances de son humanité, comme de chose qui luy appartient, et qui est vrayement, sainctement et diuinement sienne, par

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la puissance admirable et par la possession singuliere qu' il a daigné prendre de cette nature, et de tout ce qui conuient à cette nature ainsi dénuée d' elle-mesme, et ainsi dignement reuestuë de luy mesme.

Car si vn esclaue apres auoir cedé ou perdu sa liberté, perd le droict et l' authorité que la naissance commune luy donne sur ses actions et sur l' vsage de sa propre vie ; et si ce droict est legitimement transferé de la personne de l' esclaue en la personne de celuy qui le tient en captiuité ; combien plus cette humanité sacrée est-elle destituée de ce droict et de ce pouuoir de disposer de soy-mesme et de ses actions, et ce droict se trouue estre legitimement transferé de la nature humaine en la personne diuine qui la soustient ? Car se voyant dépouillée de sa subsistence

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naturelle, pour estre hautement releuée en vne subsistence si eminente comme celle du verbe eternel ; non seulement elle luy cede volontiers sa franchise et sa liberté, comme l' heureuse esclaue de sa puissance, de sa grandeur, et de son amour : mais elle luy cede encores le droict naturel qu' elle a de subsister en soy-mesme, pour ne subsister qu' en sa personne diuine, et pour estre en sa puissance et possession non seulement morale, volontaire et passagere, comme est celle d' vn esclaue qui est en la main et au pouuoir de son maistre ; mais aussi personnelle, perpetuelle, et comme naturelle, s' il nous est permis d' ainsi parler. Or il est manifeste que le denuëment de la subsistence humaine dans la nature humaine, est vne priuation

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d' vne chose bien plus liée et plus inseparable, bien plus propre et plus intrinseque à la nature, que n' est pas la franchise et la liberté au regard de la personne qui entre en seruitude et esclauage. Car la nature ne peut estre separée de son estre personnel que par l' autheur mesme de la nature : au lieu que cette franchise et liberté se perd et se separe de la personne libre par mille accidents humains. L' estre personnel entre dans le ressort de la nature, en est le terme comme l' accomplissant et faisant en vne certaine maniere partie de la propre substance des choses : au lieu que la franchise et liberté n' est qu' vn simple accident, et qualité qui se passe et se perd sans l' interest du sujet, et n' entre que dans les conditions de l' estat, et non pas de la personne. Cette

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humanité donc qui est dénuée d' vne chose si grande et si intime à son essence comme est la subsistence, et selon le docteur angelique, de son existence ; est beaucoup plus en la puissance et possession du verbe eternel qui la reçoit et la soustient en son estre, que n' est pas l' esclaue en la puissance et en la possession de son maistre. Et si selon la loy, vn arbre transplanté d' vn lieu en vn autre, et y ayant pris racine, n' est plus au seigneur du premier fonds, mais appartient au maistre du second, dautant que par la nourriture prise en nouuelle terre, il deuient en quelque maniere vn autre arbre, encore que ce soit le mesme tige, la mesme substance et la mesme ame vegetante, et en son genre, et en son espece, et mesme en sa nature indiuiduelle, et comme

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tel, demeure chargé de mesmes fruicts et de mesmes feuillages ; combien plus dirons-nous le mesme de cette nature humaine, qui est vne plante celeste ; qui en son espece est vn arbre renuersé, ce dit Platon, et qui en cét indiuidu est encore proprement vn arbre renuersé en vn sens bien plus haut et éleué, incogneu à ce grand philosophe, et cogneu seulement des chrestiens ? Combien plus, dy-je, deuons-nous dire, que cette humanité tirée hors du fonds sterile de l' estre commun et ordinaire à sa nature specifique, et transplantée heureusement dans le fonds propre de l' estre diuin et personnel, pour subsister et viure à jamais en ce nouuel estre du verbe diuin ; n' est plus en la puissance et possession de la nature, qui est le

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fonds et l' estat dont elle est separée ; mais en la puissance et possession de la grace diuine et increée, qui est le fonds nouueau où elle est transferée par vnion personnelle à celuy qui est la grace essentielle et subsistente ; qui porte absolument le nom de grace, et dans les anciens, et dans les escritures mesme ; et qui est veritablement la grace substantielle et hypostatique, de laquelle sainct Paul selon tous les vieux commentateurs latins, et vne partie des exemplaires grecs, dit : la grace de Dieu a gousté la mort pour tous : c' est à dire, le fils de Dieu, qui est l' autheur, l' essence, et la source de la grace. Qve si vne chose prophane pour estre offerte à Dieu, ou bien consacrée par quelque ceremonie et action mysterieuse, ou dediée

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par la volonté des hommes à la celebration du seruice diuin, est soustraitte du droict des particuliers qui la possedoient legitimement : et si leur droict, bien que reel et legitime, demeure en suitte supprimé, mesme au iugement des nations les plus barbares qui ayent iamais esté au monde ; ne deuons-nous pas à plus forte raison attribuer cela mesme à cette humanité que le fils de Dieu donne et offre au pere eternel, comme l' échantillon, la delibation et les premices de nostre masse et de nostre nature ; et qu' il a choisie de toute eternité, pour estre consacrée mesme par la diuine essence, et employée par le vouloir de Dieu à vn si grand seruice, et à vn oeuure si sainct comme est celuy de l' expiation du monde, de la redemption

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du genre humain, et de la satisfaction à la iustice de Dieu ? Oeuure et seruice qui ne pouuoit appartenir qu' à vne nature ainsi saincte, ainsi sacrée, et ainsi éleuée jusqu' au thrône de la diuinité.

Certes cette nature ny en elle-mesme ny en ses actions, ne doit pas estre considerée selon la condition commune et ordinaire des autres natures de son espece ; mais selon sa condition et dignité nouuelle, par laquelle elle entre heureusement et sublimement dedans l' estre increé, selon lequel elle appartient singulierement par tant de droicts et de tiltres au verbe eternel, et par luy à la diuinité.

Delaissons donc ces esprits qui se plaisent ou à ignorer ou à obscurcir par leurs debats les veritez de Dieu, et nous éleuons en esprit

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humble et pacifique, qui sont les deux qualitez principales que s' attribuë nostre sauueur le suiet de nos discours ; pour contempler nuëment des choses si dignes et si veritables, puis qu' elles contiennent la verité mesme en sa propre personne : et considerons ; que le verbe eternel qui communique la subsistence à cette nature est fils de Dieu, est égal à Dieu, et est Dieu mesme : que cette nature humaine est essentiellement en estat de seruitude, et demeure inuiolable et perpetuelle en cét estat au regard de la diuinité par sa propre nature et condition : que le pere contemplant son fils reuestu de cette nature, l' appelle par son prophete à cette occasion son seruiteur, seruus meus es tu, ô Jsraël, quia in te gloriabor :

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que le fils de Dieu venant à espouser cette mesme nature, ne perd rien du droict precedent qu' il auoit sur elle en qualité de Dieu ; et prend en qualité d' espoux vn nouueau droict sur elle par cette alliance, dont elle est beaucoup plus à luy qu' à elle mesme : que l' vnité et l' intimité de cette alliance qui passe toutes les autres alliances, et arriue iusques à l' vnité de personne entre deux natures si differentes ; donne vne authorité nouuelle à la personne diuine sur la nature humaine : que l' excellence, la sublimité, la diuinité de cette personne, luy donne encores incomparablement plus de droict qu' il n' en conuient aux personnes humaines sur leurs natures propres : que l' estat sainct et sacré auquel cette nature entre

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par onction mesme de la diuinité, l' affecte et l' approprie totalement à la diuinité, comme nous ferons voir plus clairement et plus amplement au discours de la saincteté de Dieu en ce mystere : que tous ces droicts si hauts, si grands, si legitimes, si on y peut adiouster quelque chose par l' vsage de la volonté, sont encores si humblement, si franchement, si sainctement acceptez par cette humanité, qui veut bien estre dépoüillée du droict qu' elle auroit sur ses actions et sur soy-mesme, pour se delaisser toute par sa propre demission en la puissance du verbe eternel. Car elle accepte sans cesse tous les vouloirs de Dieu sur elle, et en particulier le dénuëment de sa subsistence humaine, dénuëment ordonné au secret

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conseil de Dieu par la puissance et sapience diuine, pour l' accomplissement de chose si haute, si grande et si incomprehensible sur cette humanité, et par cette humanité sur nous : c' est à dire, pour faire vn homme-Diev en la terre, pour donner vn sauueur au monde, et pour establir vn mystere eternel, mystere des mysteres, l' oeuure des oeuures de Dieu qui lie la personne diuine à la nature humaine. Or il est euident qu' en ce mystere la personne qui est substituée et diuinement communiquée à cette nature, est le fondement, le soustien et l' accomplissement de cét estre humain et naturel ; et influë dans toutes les actions propres de cette nature, en la maniere qu' il conuient aux supposts, et en la maniere encores qu' il

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conuient à vne personne diuine et increée. Et partant elle a vn droict sur cette nature et sur ses actions, qui ne doit pas estre reputé seulement moral, mais aussi comme naturel ; et non pas seulement naturel, mais aussi surnaturel, sainct et sacré ; et non simplement surnaturel, sainct et sacré, mais excedemment surnaturel, tres-sainct, tres-sacré et tres-diuin, comme estant fondé en l' authorité saincte, en l' authorité sacrée, en l' authorité diuine et absoluë, que cette personne diuine et increée a sur cette nature : c' est à dire, sur vne nature que le verbe eternel rend sa propre nature par vn moyen si haut, si grand, si diuin, qu' il est ineffable ; et adorable des hommes et des anges. Car il establit cette humanité en vne condition si eminente

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et éleuée, qu' estant vnie au verbe elle entre en domination sur toutes choses tant au ciel qu' en la terre, et reçoit mesme communication de l' independance que la personne du verbe a des autres personnes diuines, comme il sera dit au discours sixiéme. à plus forte raison pouuons-nous dire qu' elle est en vn estat si sublime, qu' elle ne releue plus des loix communes à la nature, puis que mesme en vne certaine maniere en sa subsistence, en sa deïfication et en l' independance qu' elle reçoit du verbe eternel, elle ne releue pas des autres personnes diuines, comme nous deduirons ailleurs, tant elle appartient vniquement et singulierement au verbe eternel. Que si elle luy appartient si proprement, mesme au regard

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des personnes diuines ; combien plus aura-t' elle d' appartenance au mesme verbe au regard d' elle-mesme et de ses actions ? Concluons donc, et remarquons : que par l' ordonnance de Dieu cette humanité est priuée de sa subsistence et personnalité propre ; et est doüée de celle du verbe eternel : que cette humanité accepte tres-volontiers cette perte et priuation, et fait cession tres-librement et de soy-mesme, et de ses actions propres au verbe eternel, et de tout ce qui prend origine d' elle : que dés le premier moment de sa creation elle a fait perte de sa subsistence, et qu' aussi dés ce premier moment elle a accepté tres volontiers le conseil de Dieu qui l' en a voulu priuer : que par cette perte et priuation elle perd aussi le

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droict et proprieté qu' elle auroit d' agir et subsister en elle-mesme ; et que ces actions ne peuuent pas en terme de droict luy estre adiugées en propre, n' estant plus la proprietaire de son estat et de ses actions : que tout ce droict est legitimement transferé au verbe eternel, qui entre en possession de l' estat, des actions et des souffrances de la nature humaine, pour en disposer selon son diuin vouloir ; comme aussi reciproquement cette nature entre heureusement au droict de l' estat, des grandeurs et des biens de la filiation diuine, par vn commerce et communication ineffable.

ô cession heureuse ! ô denuëment honorable ! ô inuestiture riche, royale et precieuse ! ô commerce diuin ! ô communication adorable ! ô conseil admirable de

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la sapience increée, qui priue l' humanité de Iesvs de sa personne humaine, pour luy donner la personne diuine ! ô priuation ! ô dénuëment, qui est tout ensemble, et le preparatif de la vie nouuelle de l' homme-Diev, et le modele de la vie nouuelle de l' homme iuste selon l' esprit ! Car comme le fils eternel de Dieu en sa nature humaine n' a point de personne humaine ; c' est à dire, n' a point de moy humain substantiellement et personnellement : aussi le fils adoptif de Dieu conduict par sa grace, n' en doit point auoir moralement et spirituellement.

I' honore doncques ce denuëment que l' humanité de Iesvs a de sa propre subsistence : et en suitte ; en l' honneur de ce

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mesme denuëment, et autant que vostre grandeur et ma condition le porte à vostre hommage et gloire ; ie renonce à toute la puissance, authorité et liberté, que i' ay de disposer de moy, de mon estre, de toutes ses conditions, circonstances et appartenances : ie m' en demets entierement entre les mains de Iesvs, de son ame diuine, et de son humanité oincte et sacrée par la diuinité mesme ; et m' en demets en l' honneur de cette mesme humanité, pour l' accomplissement de tous ses vouloirs et de tous ses pouuoirs sur moy. Ie passe outre ; et ie veus qu' il n' y ait plus de moy en moy ; et ie veus pouuoir dire selon sainct Paul, viuo ego, iam non ego, viuit vero` in me christus : ie vis moy, et non pas moy, mais Iesvs-Christ

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vit en moy : et selon la raison profonde de sainct Augustin, ie veus que l' esprit de Iesvs soit l' esprit de mon esprit et la vie de ma vie. Et comme le fils de Dieu par droict de subsistence est en possession de la nature humaine, qu' il a vnie à sa personne : ainsi ie veus que par le droict de puissance speciale et particuliere, Iesvs daigne entrer en possession de mon esprit, de mon estat et de ma vie ; et que ie ne sois plus qu' vne nuë capacité et vn pur vuide en moy-mesme, remply de luy, et non de moy pour jamais.

à cette intention ie vous fais, ô Iesvs mon seigneur, et à vostre humanité deïfiée, humanité vrayement vostre en sa deïfication, et vrayement mienne en son humiliation, en ses douleurs,

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en ses souffrances : à vous et à elle ie fais vne oblation et donation entiere, absoluë et irreuocable, de tout ce que ie suis par vous en l' estre et en l' ordre de nature et de grace ; de tout ce qui en depend, de toutes les actions naturelles, de toutes les actions indifferentes (s' il y en peut auoir quelqu' vne) et de toutes les actions bonnes et vertueuses que i' opereray iamais ; et ce autant que i' ay de pouuoir par nature et par grace d' en disposer. Et i' employe la totalité de ce mien pouuoir, à me rendre vostre, à me referer tout à vous, et à referer tout ce que ie puis ainsi referer à l' hommage, et à l' honneur de vostre humanité sacrée, laquelle ie prens et regarde desormais comme l' obiect auquel, apres Dieu, ie fais relation de mon

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ame, et de ma vie interieure et exterieure, et generalement de tout ce qui est mien.

Or en ce denuëment que nous venons de considerer, Iesvs entre en vne vie diuinement humaine, et humainement diuine par l' vnion intime de ses deux natures subsistentes en l' vnité de sa personne : et le fils vnique de Dieu, le verbe eternel, la splendeur, la puissance et la gloire du pere prend la forme de seruiteur, et la prend en deux manieres : l' vne, en prenant nostre nature humaine par le mystere de l' incarnation, et abbaissant en iceluy l' estre infiny et supréme de sa diuinité iusques au neant de nostre humanité : l' autre, en abbaissant cette mesme humanité par l' estat et le mystere d' vne vie laborieuse et voyagere

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sur la terre : abbaissant, dy-je, cette humanité sienne, ainsi vnie et éleuée dans le thrône et l' estat d' vne personne diuine, iusques à vn estat et forme de vie humble et seruante à ses creatures : et en fin, iusques à l' opprobre et au supplice cruel et seruile de la croix. Mysteres grands, qui detiennent et captiuent vostre grandeur et souueraineté, ô Iesvs, dans vn estat d' abbaissement et seruitude, par les liens sacrez d' obeïssance enuers le pere eternel, et d' amour enuers la nature humaine ! Mysteres grands, et qui exigent de moy par vn droict tres-puissant et tres-juste, que i' employe le neant que ie suis, à vous seruir et adorer en cét humble et nouuel estat ! En l' honneur donc de ce double estat et de cette double forme de seruiteur, auquel ie voy vostre incarnation

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diuine, vostre vie laborieuse et vostre humble croix reduire vostre grandeur supréme ; ie m' offre et me presente à vous, ie vous dédie et consacre ma vie de nature et de grace, et ie veus vous seruir non seulement par mes voeux et actions, mais aussi par vn estat et condition qui me refere et me donne vn raport singulier vers vous ; afin que comme vous estes toujours mien, ie sois toujours vostre, et qu' il y ait en moy vne qualité permanente qui vous rende vn honneur et hommage perpetuel.

Et vous voyant par vostre double abbaissement faict pour l' amour des hommes, doublement esclaue de nostre amour ; ie veus aussi estre l' esclaue de vostre grandeur, de vostre abbaissement et de vostre amour : et veus que ma vie et mes actions de nature et de grace vous appartiennent, comme vie et actions d' vn

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esclaue, vostre pour iamais. Ie me refere donc tout à vous, ô Iesvs, et à vostre humanité sacrée, par la plus humble et assuiettissante condition que ie cognoisse, qui est la condition et relation de seruitude, que ie recognois estre deuë à vostre humanité, tant pour la grandeur de l' estat auquel elle est éleuée par l' vnion hypostatique : comme encores pour l' excez et l' abbaissement volontaire auquel elle s' est renduë et aneantie pour mon salut et ma gloire, en sa vie, en sa croix, et en sa mort. à cette intention, à cette fin et à cét hommage, ie mets et establis presentement et pour iamais mon ame, mon estat et ma vie, en estat d' assuiettissement, et en relation de dependance et de seruitude au regard de vous et de vostre humanité

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ainsi deïfiée, et ainsi humiliée tout ensemble.

Grand et admirable Iesvs, ie vous ay contemplé et adoré en vos grandeurs ! Que ie vous contemple et adore aussi en l' estat de vostre abbaissement et seruitude ! Car vous estes fils et seruiteur tout ensemble, sans que l' estat de vostre filiation propre et naturelle soit interessé, ny interesse aussi cét estat et office de seruitude.

Et comme la nature diuine n' altere et n' interesse point en vous la nature humaine en sa propre essence, ains au contraire, en la conseruant, elle la releue et la rehausse iusques à vn estat et à vne dignité infinie : ainsi vostre naissance et grandeur eternelle releue et rend d' autant plus admirable et adorable l' estat d' abbaissement et

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de seruitude auquel il vous a pleu et au pere eternel de vous reduire, et de vous aneantir pour nostre salut. Vous estes donc, ô bon Iesvs, en la maison du pere eternel, fils et seruiteur tout ensemble : tousiours fils et tousiours seruiteur ; fils vnique et seruiteur vnique aussi ; seul fils propre, et par nature entre tous les enfants de Dieu, et seul seruiteur choisi et singulier entre tous les seruiteurs de Dieu ! Vous estes ce seruiteur de Dieu ! Vous estes ce seruiteur choisi dont le pere eternel parle en son prophete : ecce seruus meus suscipiam eum, electus meus complacuit sibi, in illo anima mea. Vous estes ce seruiteur choisi, auquel seul le pere prend son bon plaisir, et par luy en nous. Vous estes ce seruiteur choisi, qui seul seruez à Dieu d' vne sorte de seruice qui

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n' appartient qu' à vous ; le seruant à effacer les pechez de la terre ; à satisfaire à sa iustice ; à le reconcilier parfaictement à la nature humaine : ce qui surpasse la puissance de toute creature qui sera separée de la grace increée. Vous estes encores ce seruiteur choisi, qui seul seruez à Dieu comme il est digne d' estre serui, c' est à dire, d' vn seruice infiny ; et seul l' adorez d' vne adoration infinie, comme il est infiniment digne d' estre seruy et adoré : car auant vous cette majesté supréme ne pouuoit estre seruie et adorée ny des hommes ny des anges, de cette sorte de seruice, par lequel elle est aimée et adorée selon l' infinité de sa grandeur, selon la diuinité de son essence, et selon la majesté de ses personnes. De toute eternité il y auoit bien vn

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Dieu infiniment adorable : mais il n' y auoit pas encore vn adorateur infiny : il y auoit bien vn Dieu digne d' estre infiniment aimé et seruy ; mais il n' y auoit aucun homme ny seruiteur infiny propre à rendre vn seruice et vn amour infiny. Vous estes maintenant, ô Iesvs ! Cét adorateur, cét homme, ce seruiteur, infiny en puissance, en qualité, en dignité, pour satisfaire pleinement à ce deuoir, et pour rendre ce diuin hommage.

Vous estes cét homme aimant, adorant, et seruant la majesté supréme comme elle est digne d' estre aymée, seruie et honorée : et comme il y a vn Dieu digne d' estre adoré, seruy et aimé ; il y a aussi en vous, ô mon seigneur Iesvs, vn Dieu l' adorant, l' aymant et le seruant à toute eternité en la nature

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qui a esté vnie à vostre personne en la plenitude des temps.

ô grandeur de Iesvs, mesme en son estat d' abbaissement et de seruitude, d' estre seul digne de rendre vn parfaict hommage à la diuinité ! ô grandeur du mystere de l' incarnation, d' establir vn estat et vne dignité infinie dedans l' estre creé ! ô diuin vsage de ce diuin mystere et de cét humble estat de seruitude, puis que par son moyen nous auons desormais vn Dieu seruy et adoré sans aucune sorte de defectuosité en cette adoration, et vn Dieu adorant sans interest de sa diuinité ! Et nous auons sa majesté supréme, si dignement, si parfaictement et si diuinement seruie et adorée par vn suiet diuin et infiny en sa personne, et par vn seruice

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qui est si haut et si releué, qu' il est mesme adorable en luy par toute creature : et par ainsi tout est diuin, tout est infiny, tout est adorable en l' obiect, en l' estat et en l' vsage de ce tres haut et tres-diuin mystere. Ainsi donc vous estes, ô Iesvs, humble, grand et admirable ! Ainsi vous estes et le vassal et le souuerain tout ensemble ! Ainsi vous estes le fils et le seruiteur vnique du tres-haut ! Et ainsi vous estes Dieu et vous estes homme ! Et ces differentes natures, ces diuers estats et qualitez ne sont et ne subsistent qu' en vne mesme personne que i' adore, que i' ayme, et que ie veus recognoistre et seruir en toutes ses grandeurs, en tous ses offices, et en tous ses vouloirs. Faittes par vostre grace et puissance, faittes en vostre honneur,

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et en l' honneur de l' amour et seruice que vous rendez au pere eternel, et que vous daignez encores rendre aux hommes mesme ; que les hommes vous cognoissent, vous ayment et vous seruent, que les hommes contemplent vos grandeurs, que les hommes donnent et consacrent leur vie à vostre vie, que les hommes penetrent les merueilles et les secrets de vostre vie.

Vous estes vie, ô Iesvs, et vostre vie est double, comme vous auez double nature : car chacune de ces natures est viuante, et est sainctement et diuinement viuante ; et vostre vie est cachée doublement ; c' est à dire, elle est cachée en sa propre grandeur et sublimité, et en son admirable abbaissement et humilité. Vie cachée en la diuinité, vie cachée en l' humanité,

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vie cachée encores en l' humilité d' vne vie voyagere et souffrante sur la terre. Ie dis vie cachée en la diuinité : car cette vie est cachée au sein du pere, là elle est et habite en vne lumiere inaccessible ; et la grandeur de sa lumiere luy sert d' ombre et de voile, de tenebres et d' obscurité au regard de toute la nature creée, qui ne peut voir cette vie que par la lumiere de la gloire par laquelle seule nous voyons la diuinité viuante et subsistente en elle-mesme, et subsistente et viuante encores en cette humanité. Cette verité est si claire et si euidente, qu' il n' est besoin (en supposant la foy) que de sens commun pour l' entendre, et de la simple apprehension et intelligence des termes.

Et toutesfois c' est vn erreur à quelques vns de ce siecle, par des apparences

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telles, pour ne les qualifier pas plus clairement, que ie fais conscience d' y répondre, et ferois conscience de les ramenteuoir, si leur excés ne me contraignoit au moins de leur dire, que c' est la foiblesse des raisons qu' ils alleguent, et ma propre inclination qui m' éloigne de ces combats et repliques, et non pas que ie trouue aucune difficulté à les conuaincre de ce que ie ne veus pas nommer, pour les traitter auec plus de respect qu' eux-mesmes ne rendent aux prelats en cette cause, qui l' ont daigné autoriser publiquement par leurs écrits. Leur condition les oblige et les dispose à estre enfants de lumiere ; qu' ils ne se rendent pas amys des ombres et des tenebres, et insensiblement sectateurs contre leur propre dessein du prince des tenebres

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en ses qualitez principales, dont l' vne est enfermée en son nom, et l' autre remarquée en sainct Iean, qui le nomme l' accusateur de nos freres, et de ceux qui cerchent de porter l' impression, la marque et le charactere de Iesvs. Ils ne sont pas establis en qualité de iuges en l' eglise de Dieu pour regler les paroles dont il faut vser aux discours de la foy : et les libelles qu' ils publient, témoignent peu de modestie et de suffisance en leurs autheurs quels qui soient. S' ils n' entendent pas ces propositions de la theologie du verbe incarné, qu' ils ne les examinent pas, qu' ils ne les iugent pas, qu' ils ne les reprouuent pas, puis que cela passe ou leur cognoissance ou leur authorité.

Ce n' est pas vice de ne les pas entendre, mais c' est aueuglement et

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oubly de soy-mesme de le presumer, et d' entreprendre de les iuger sans lumiere, sans charge et sans authorité. Mais laissons ces esprits et leurs contentions ; prions pour eux, et rentrons dans la lumiere de ce discours et de ce sujet, et adorons Iesvs en sa vie cachée, dans sa propre grandeur, dans sa propre lumiere. C' est la vie de la diuinité en elle-mesme, et au sein du pere ; c' est la vie de la diuinité en son humanité ; c' est la subsistence de l' humanité en la diuinité, que nul sans doute ne peut voir qu' il ne voye Dieu ; et c' est encores la vie de son ame en sa gloire, vie cachée aux hommes et aux apostres viuants et conuersants auec Iesvs, vie cogneuë des anges, et des anges seuls, non en la lumiere de leur grace, mais en la lumiere

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de leur gloire. Et cette double vie, vie glorieuse, et vie diuine de Iesvs, est cachée encores en l' humilité de sa vie mortelle, et voyagere sur la terre. ô Iesvs, vous viuez en la gloire et en la diuinité : et cette gloire, et cette diuinité est cachée en l' humanité, en l' enfance, en la fuitte en Egypte, et en l' opprobre de la croix. Vous estes Dieu, et on voit en vous la nature et l' apparence d' homme, ce dit vostre apostre. Vous estes glorieux, et vous souffrez ! Vous estes vie, et vous mourez ! Vous estes roy, et roy de gloire, et vous fuyez ! Vous estes fils, et fils vnique de Dieu, et vous viuez l' espace de trente ans comme fils d' vn charpentier, comme vn charpentier et comme vn particulier ! ô vie humaine de Iesvs !

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Vie humble, vie impuissante, vie souffrante, vie mourante, vie morte en vne croix et en vn sepulchre ! Mais vie haute en son humiliation, vie puissante dans son impuissance, vie glorieuse dedans sa croix, vie subsistente dans la mort et dans le sepulchre ; et vie lors mesme adorée et des anges glorieux, et des demons souffrants, et souffrants mesme lors par cette vie cachée en la croix, en la mort et au sepulchre ; par cette vie enseuelie en la terre, et par la puissance de ce nouueau roy du ciel et du royaume des cieux annoncé en la terre, et lors mesme enseuely en la terre ! ô que de secrets, que de grandeurs, que de merueilles ! ô que de choses cachées à nos esprits, à nos lumieres ! à nos esprits qui portent

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et qui reçoiuent plus d' ombres que de lumieres ; et sont plus propres en la terre à adorer par reuerence, qu' à penetrer par suffisance ny l' essence ny les conseils de Dieu en ses oeuures, et au plus grand de ses oeuures, qui est Iesvs ! Eleuons-nous doncques à luy sur les poincts proposez, et luy disons en l' adorant : ô vie cachée en l' humanité ! ô vie cachée dans la sublimité ! ô vie humble ! ô vie grande ! ô vie humaine ! ô vie diuine ! ô vie increée ! ô vie incarnée ! ô vie souffrante ! ô vie glorieuse ! ô vie suiette ! ô vie dominante ! ô Iesvs viuant, puissant et commandant au ciel et en la terre, selon cette saincte parole sortie de vostre bouche sacrée à vostre entrée dans l' estat de vostre gloire et de vostre empire. Data

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est mihi omnis potestas in coelo et in terra : toute puissance m' est donnée au ciel et en la terre ! Que ie vous recognoisse, ô mon seigneur mon Dieu, que ie vous admire, que ie vous adore, que i' accepte tous vos pouuoirs sur moy, que i' embrasse tous vos vouloirs, et que ie vous dedie et consacre ce qui est dé-ja vostre par tant de tiltres, et ce que ie veus encores estre vostre par le nouueau tiltre de mon élection et de ma volonté ; et par l' oblation presente que ie vous fais, et que ie vous renouuelle ; en vertu de laquelle ie vous dédie et consacre ma vie et tous les moments de ma vie, en l' honneur des estats et moments de vostre vie ! Et ie veux qu' en vertu de l' intention presente, chaque moment de ma vie, et chaque

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action d' icelle vous appartienne, ô Iesvs mon seigneur ; et à vostre humanité sacrée, auec autant de droict et de puissance, comme si ie les vous offrois toutes en particulier.

ô Iesvs, ô fils vnique de Dieu, ô vie ! Et vraye vie, et avthevr de la vie : benit soyez-vous à iamais, et en vostre diuinité, et en vostre humanité, et en vostre subsistence, qui lie pour iamais cette humanité à vostre diuine essence, et qui rend cette humanité saincte de la plus grande saincteté qui puisse estre communiquée à aucune creature : c' est à dire, la rend saincte par la mesme saincteté que le pere donne à son fils, que le fils et le pere donnent au sainct esprit, qui est la saincteté de la diuine essence ! Car cette mesme essence, qui

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est communiquée par la generation et procession diuine au mystere de la trinité, est celle-la mesme qui est communiquée en la naissance de Iesvs au mystere de l' incarnation (bien qu' en vne maniere differente) et qui est communiquée pour sanctifier cette humanité d' vne saincteté si haute et si nouuelle, qu' elle fait Dieu homme, et l' homme Dieu, qu' elle fait Iesvs incapable de peché, source de toute saincteté, digne de reparer la vie des hommes, de donner la vie aux anges, d' appaiser Dieu courroucé, de luy satisfaire en rigueur de iustice, de l' honnorer d' vn amour, d' vn honneur et d' vn seruice infiny, digne de sa majesté, par l' infinie dignité de la personne qui luy rend cét hommage et seruice en sa nature humaine.

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ô diuinité ! ô saincteté ! ô humanité ! Que ie cognoisse, que ie penetre, que i' adore vos grandeurs ! Vous estes, ô humanité saincte, le temple sacré de la diuinité : temple premier en excellence, et vnique en singularité ! Temple auquel la diuinité repose plus sainctement, plus dignement, plus admirablement que dans l' ordre et l' estat mesme de la gloire : lequel tient son empire au ciel, comme l' ordre de la grace tient le sien en la terre. Ce poinct est indubitable ; et toutesfois il a seruy d' écueil à nos censeurs : mais i' en appelle à eux-mesmes, ou mieux instruicts, ou mieux disposez ; car il n' y a que l' extréme inaduertance ou l' extréme passion qui puisse s' opposer à cette verité si claire et si recogneuë de ceux qui penetrent

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sous le voile des simples paroles les grands mysteres de la foy. Car le verbe diuin et eternel repose en cette humanité comme en sa propre nature, et comme en vne nature qu' il rend sienne vniquement et singulierement par la communication de sa subsistence, et non pas seulement par l' infusion de quelque grace ou de quelque lumiere accidentelle : et ce mot de temple est approprié à Iesvs-Christ par Iesvs-Christ mesme, qui appelle son corps le temple que les Iuifs deuoient abbatre, et qu' il deuoit reedifier en trois iours. Vous estes, ô humanité saincte, celle-la seule entre toutes les creatures que le pere eternel choisist pour estre existente et subsistente en son verbe, et qu' il appelle entre toutes pour entrer

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par ce moyen en l' estat de sa filiation non adoptiue, mais propre et naturelle ; et pour porter et receuoir les communications intimes et secrettes des perfections diuines (autant que vostre estre creé le permet) en suitte de cét estat, de cette subsistence et de cette filiation diuine, qui vous est si liberalement communiquée. Ce qui veut dire vn monde d' excellences, de raretez, de singularitez ; lesquelles toutes, soit cogneües, soit incogneues ; soit reuelées, soit non reuelées ; soit publiées en la terre, soit reseruées à la lumiere du ciel ; ie reuere et honore comme ie dois, et comme vous le voulez, ô Iesvs mon seigneur ! Me donnant et m' abandonnant à la souueraineté supréme et incommunicable à l' estat des choses creées, laquelle

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vostre humanité possede par cét estat de filiation diuine : et me liurant au pouuoir excellent, absolu et particulier, que cét estat admirable et adorable luy donne sur toute chose creée. Ainsi ie me dédie et consacre tout à vous et à elle : et ie veus qu' elle ait vne puissance speciale sur mon ame et mon estat, sur ma vie et mes actions, comme sur vne chose qui luy appartient par vn droict nouueau et particulier, en vertu de l' élection presente que ie fais de dépendre de sa filiation et souueraineté à jamais.

Et dautant que vostre pouuoir surpasse infiniment le nostre ; ie vous supplie, ô ame saincte et deïfiée de Iesvs, de daigner prendre par vous-mesme la puissance sur moy que ie ne vous puis donner :

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et que vous me rendiez vostre sujet et vostre esclaue, en la maniere que ie ne cognois point et que vous cognoissez. Et comme (vueille-je ou non) ie suis l' esclaue du prix de vostre sang, ie veus aussi estre l' esclaue de vos grandeurs, de vostre abbaissement et de vostre amour : et estre à vous et vous seruir selon vos conseils particuliers sur moy : non seulement par mes actions, mais encores par l' estat et par la condition de mon estre et de ma vie interieure et exterieure.

Et ie vous supplie me tenir et traitter en la terre non plus comme vn de vos mercenaires, selon le souhait de l' enfant prodigue ; mais comme vn de vos esclaues, selon l' enseignement de vostre eglise, et comme vn qui s' abandonne à tous vos vouloirs,

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qui se liure à tous vos pouuoirs, et qui s' offre à porter les effects qu' il vous plaira de vostre grandeur et souueraineté sur ce qui vous appartient.

Et comme il vous a pleu vous donner à nous, et vous faire nostre par la saincte vierge ; permettez moy encores de me donner à vous par elle. Ie la supplie doncques comme mere de mon Dieu, de daigner vouloir estre mere de mon ame : comme mere de Iesvs de m' offrir à Iesvs, et de me tenir elle-mesme, et de me considerer desormais comme esclaue de son fils ; et en cette qualité, de m' obtenir de luy part à ses voyes, et misericordes eternelles.

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TROISIEME DISCOVRS DE L' VNITE DE DIEU EN CE MYSTERE .

Cevx que la grace et la lumiere de la foy éleue à la contemplation des choses diuines, considerent et adorent la majesté de Dieu, ou comme existant, ou comme operant, ou comme regnant, et triomphant dans soy-mesme et dans ses oeuures ; et le recognoissent en toutes ces manieres et qualitez souuerainement, diuinement et admirablement vn.

Car le considerant comme existant, il a cela de propre et de singulier, et c' est le premier poinct et fondement de la grandeur de son

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estre, que son existence est sa propre essence. Or il est vn, il est principe de toute vnité, voire il est l' vnité mesme en sa nature et en son essence : il a donc vnité en son existence. Les preuues en sont si frequentes dans l' escriture, qu' il la faudroit transcrire toute entiere pour les alleguer toutes ; et les indices en sont si vniuersellement imprimez dans la nature, qu' il en faudroit produire tous les effects, pour attester par autant de témoignages cette verité. Car cette vnité est en tant de sortes et si viuement peinte en toutes choses, qu' on ne la peut ignorer et mécognoistre sans s' ignorer et se mécognoistre soy-mesme : elle resplendit en tous les oeuures de Dieu, comme en autant de mirouërs qui nous la rapportent et

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representent : elle est grauée si profondement en toutes les choses naturelles, que rien n' a peu iamais en effacer les traits et les marques : et cette voix müette de la nature se fait assez oüyr en la recognoissance de cette verité à ceux qui la sçauent bien entendre. Et lors mesme que les plus épaisses tenebres de l' erreur couuroient les meilleurs esprits, la nature vniuerselle a parlé si hautement et si conformément de l' vnité de son dieu et de son ouurier par la voix de ses premiers et plus excellents philosophes ; que tous ont conspiré ensemblement et à la recognoistre et à la publier au monde. Il est donc superflu d' en alleguer des textes et des raisons, et il nous doit suffire de supposer cette verité, d' adorer cette vnité, et d' escouter auec vn

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esprit humble cét oracle de Dieu parlant de soy-mesme à son peuple par son seruiteur Moyse : audi Israël : dominus Deus tuus Deus vnvs est. Escoute Israël : le seigneur ton dieu est vn. Mais ce qui doit estre attentiuement consideré, c' est l' excellence et la puissance admirable de cette vnité en Dieu mesme. Car son essence ayant vne fecondité ineffable dans son vnité (d' où prouient necessairement en Dieu la pluralité des personnes et de personnes diuines, infinies et increées) cette fecondité ne diuise point l' vnité ; au contraire la perfection de cette vnité est la raison de cette fecondité, l' vnité demeure inuiolable en cette pluralité, et l' vnité en est d' autant plus admirable, ineffable et adorable.

Que si nous contemplons Dieu

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non seulement comme existant en soy, mais comme operant et en soy-mesme et hors de soy-mesme par deux sortes d' operations qui procedent de luy ; en l' vne et en l' autre il opere comme vn, et il opere en vnité, nonobstant la pluralité de ses personnes. Car c' est par l' vnité de son essence, de sa puissance, de son intelligence, que le monde est produit : et c' est pourquoy le monde porte l' image de l' vnité de Dieu comme la marque de son ouurier, et comme l' enseigne et les armes de son seigneur : et pour la mesme raison il doit hommage à Dieu, non seulement à cause de son estre qui est l' estre diuin, premier et souuerain ; mais encores à raison de son vnité supréme d' où le monde prend son origine ; parce que Dieu, non seulement

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comme Dieu, mais comme vnité, est le principe de cét vniuers.

Semblablement les operations internes et les emanations diuines s' accomplissent en vnité. Ce qui est d' autant plus admirable qu' elles procedent des personnes ausquelles la pluralité appartient, comme l' vnité appartient à l' essence ; et neantmoins en ces personnes diuines, entant qu' operantes et comme produisantes, nous y trouuons vne admirable vnité. Car Dieu n' est pas seulement vn comme Dieu, mais il est encore vn comme pere, et il est principe vnique de son fils bien-aimé : et le pere et le fils produisants ensemble le sainct esprit, le produisent non en diuersité, non en pluralité ; mais en vnité d' origine concurrants comme vn seul principe à cette adorable et admirable

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operation.

Que si nous contemplons Dieu non en son existence ny en ses operations, mais en son repos ; nous le trouuons encore, et l' adorons en vnité. Car la doctrine de la foy, et les prieres publicques et solennelles de l' eglise nous enseignent iournellement que Dieu vit et regne en l' vnité du s.. esprit, dans lequel il a sa vie et son repos, dans lequel il a sa gloire et son amour, et en qui se termine et accomplit heureusement l' vnité, la fecondité et la societé parfaitte des personnes diuines ensemble.

Or Dieu estant ainsi vivant, ainsi operant, et ainsi regnant en vnité ; c' est à dire, viuant en vnité d' essence ; operant en vnité de principe ; et regnant en vnité d' amour ; ce

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n' est pas de merueille s' il reduit ses oeuures à l' vnité : et si d' autant plus qu' il a à operer choses grandes et releuées, plus il les opere selon son vnité : et si ayant à operer vn oeuure et vn mystere supréme, l' oeuure et le mystere de l' incarnation, il l' opere en vne maniere excellente, maniere toute nouuelle, toute singuliere, et sans exemple, dans l' vnité. Ce mystere doit estre le chef de ses oeuures, l' oeuure auquel il veut establir comme vn triomphe de ses creatures (ainsi que nous ferons voir ailleurs) et l' oeuure par lequel il veut triompher luy-mesme de luy-mesme ; c' est à dire, de ses perfections diuines : car il mene luy-mesme comme en triomphe sa grandeur dans l' abbaissement, sa puissance dans l' impuissance, sa sapience

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dans l' enfance, son amour, sa iustice, sa misericorde en la croix. Il est donc en cét oeuure comme en vn triomphe, où il ne triomphe pas d' autruy, mais de soy-mesme, et dans lequel il fait honte à ses creatures, si elles ne luy laissent le pouuoir de triompher d' elles par cét oeuure, puis que par cét oeuure il triomphe de luy-mesme.

Ayant donc à operer vn oeuure tellement sien, tellement grand et diuin, il l' opere selon sa dignité : il l' accomplit en vne maniere correspondante et proportionnée à l' excellence de son principe, à l' vnité de sa personne incarnée, à l' vnité encores de son essence eternelle. Et mesme, ce qui est digne d' vn grand poids et de consideration particuliere, en faisant profession en cét oeuure, de s' oublier

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soy-mesme et sa grandeur, pour s' abbaisser dans nos miseres ; il n' oublie pas son vnité saincte, et couurant sa gloire pour entrer en cét oeuure, et pour l' ennoblir et releuer par son propre abbaissement ; il y veut rendre son vnité plus illustre et celebre, plus remarquable et glorieuse que iamais ; et il veut qu' elle triomphe dans le triomphe de ses oeuures ; c' est à dire, en cét auguste et sacré mystere de l' incarnation. Car il imprime en cét oeuure vne nouuelle sorte et maniere d' vnité qui luy est singuliere, qui luy est toute propre et particuliere, qui ne conuient et ne conuiendra iamais à pas vn de ses oeuures. Et il veut que ce grand mystere soit vne image viue, vn parfaict exemplaire, et vn diuin sujet de l' vnité diuine : et en ce

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qu' il contient l' vnité d' vne personne increée en deux natures differentes ; et en ce qu' il est vnique et sans pair dans les oeuures de Dieu. En quoy il semble qu' il y ait vn combat manifeste et vne opposition formelle entre les deux perfections suprémes de la diuine essence ; à sçauoir, entre sa bonté et son vnité. Car son vnité veut que cét oeuure soit vnique, et sa bonté le voudroit estendre et communiquer à plusieurs sujects ; parce que Dieu estant vne viue source d' emanations continuelles hors de soy-mesme, et la bonté ayant cela de propre et de naturel de se répandre et de se communiquer sans fin et sans borne (ainsi que la lumiere donne iusques dedans l' infiny, si elle ne trouue point d' opposition et de resistence) qui

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ne croira que cette haute et sublime communication de la diuinité qui rend tant de gloire à Dieu et tant d' honneur au monde, et qui est en elle-mesme si aimable, si admirable, si adorable, si souhaittable ; ne deust estre estenduë à plusieurs sujets aussi bien que la communication de la nature, de la grace et de la gloire ? Mais il est raisonnable en ce mystere de paix, en ce mystere qui pacifie le ciel auec la terre, Dieu auec les hommes, de trouuer la paix dedans le thrône de Dieu mesme, et entre ses perfections diuines. Et partant nous disons que l' vnité de Dieu et la bonté de Dieu estants les deux perfections de la diuinité les plus recogneuës et les plus celebres ; Dieu a voulu auoir égard à l' vne et à l' autre en ce chef de ses

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oeuures ; et honorer sa bonté, en y faisant la plus grande, la plus riche, la plus intime et abondante communication de soy-mesme, que sa puissance diuine puisse accomplir hors de soy-mesme ; et honorer son vnité, en se resoluant de ne iamais rien faire au monde, qui soit semblable à ce mystere singulier : comme ne voulant pas priuer son vnité supréme de son droict et de sa puissance à s' approprier ce grand oeuure : et voulant releuer ce grand oeuure, le supréme de ses oeuures de cette sorte d' vnité qui le rend cher et precieux, qui le rend rare, qui le rend vnique, et incomparablement recommendable.

L' vnité est la premiere proprieté que les philosophes attribuent à l' estre creé : elle est la premiere perfection que les chrestiens

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recognoissent et adorent en l' estre increé : elle est celle que l' escriture represente aux fideles plus frequemment. Et les platoniciens qui sont les plus éleuez entre les payens en la cognoissance des choses sublimes, hommes vrayement diuins entre les naturalistes et theologiens entre les philosophes, ne parlent de rien si diuinement que de l' vnité : et dans les elements et les secrets de leur doctrine, ils enseignent à leurs disciples que l' essence et la fecondité diuine est en l' vnité ; voire ils osent bien dire par vne façon de parler pleine de leurs mysteres, que Dieu a l' vnité, et non pas l' estre : comme estant l' vnité selon leur haute intelligence, vne chose premiere et superieure à l' estre. Et les demons qui ont perdu l' amour

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de Dieu, mais non sa cognoissance (laquelle est profondement empreinte dans leur nature) et qui sont ennemis iurez des grandeurs et perfections diuines ; rendent en leur propre malice vn témoignage illustre à cette verité.

Car en leurs combats contre Dieu en la terre, le premier de tous et le plus grand a esté contre son vnité combattuë furieusement durant quatre mil ans en la pluralité des dieux : qui a esté la premiere, la plus forte, la plus longue et la plus estenduë heresie du monde. Et cette heresie si puissante n' a esté domptée que par l' vnité puissante et adorable de ce mystere. Car il a fallu vn homme-Diev pour la bannir de la terre, au lieu que les autres heresies ont esté anneanties par ses prophetes et ses seruiteurs :

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et nous voyons comme depuis que cét homme-Diev a esté viuant, marchant et parlant sur la terre, la terre n' a point esté capable de perseuerer en cét erreur, ayant recogneu l' vnité de son createur en toutes ses contrées, et par la plus grande part des esprits qui l' ont habitée, bien que priuez de la lumiere de la foy, et profondement enseuelis dans les tenebres de la gentilité. Aussi cette recognoissance vniuerselle de l' vnité d' vn Dieu dans l' vniuers auparauant occupé du paganisme, et du culte exterieur d' vn nombre infiny de faux dieux, est la premiere grace yssuë de ce mystere, lequel porte et contient en soy la vraye lumiere, la lumiere increée, qui donne au monde la lumiere et la cognoissance du vray Dieu.

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C' est la premiere verité imprimée dans la terre par le verbe incarné, et si auant imprimée par ce diuin charactere de la substance du pere eternel, que rien ne la peut effacer. C' est le premier rayon de sa lumiere, épandu en tout l' vniuers, et si fort épandu par la naissance du vray soleil, que les tenebres de l' erreur et du peché n' ont iamais peu du depuis offusquer cette verité, et ne l' offusqueront jamais, tandis que le monde durera, comme elles l' ont offusqué aux siecles precedents sous la loy de nature, et sous la loy écritte. C' est le premier effect visible et public au monde, de la toute-puissance de son vnité ; c' est à dire, de l' vnité de sa personne subsistente en la pluralité et diuersité de natures, et honorante par vn nouueau mystere

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l' vnité de son essence eternelle.

Et en fin cette lumiere et cognoissance de l' vnité de Dieu est vne grace si abondante et si estenduë, et vne faueur si puissante et si vniuerselle, qu' elle n' est pas seulement communiquée aux fideles dispersez par tout le monde : mais elle a passé mesme iusques aux ennemis du nom chrestien, comme par vn reflus de la grace de l' incarnation sur la terre. Car depuis l' aduenement du fils de Dieu, les plus grands fauteurs du paganisme ont eu honte de leur erreur, et ont affecté de recognoistre l' vnité d' vn Dieu supréme en la diuersité de leurs dieux. Et ceux qui par interualles se sont separez du christianisme, ne se sont pas pourtant separez de la creance de l' vnité d' vn Dieu, comme par vne secrette reserue

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de puissance que le fils vnique de Dieu a voulu faire en l' honneur de son vnité, mesme dedans ces ames infideles, lors qu' il les a delaissées et abandonnées à leurs erreurs et impietez ; comme il appert en tous les peuples sectateurs de Mahomet. C' est par vne preuention de cette mesme grace, puissance et faueur, que les iuifs si enclins auparauant à l' idolatrie ont esté rendus incapables d' y retomber si tost que le temps heureux de l' aduenement de Iesvs s' est approché, et qu' il a commencé en son aurore à luire sur nostre horizon.

Chose d' autant plus remarquable en ce peuple, qu' il s' est porté à l' idolatrie dés son berceau, et dés la naissance de la loy et de la synagogue, comme il appert en l' adoration du veau d' or, et qu' il y

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a du depuis perseueré en chacun aa'ge et en chaque siecle, comme il se voit dans les prophetes, sans que les oracles diuins, ny les chastiments rigoureux de la iustice de Dieu les en ayt peu destourner. Et toutesfois vers le dernier aa'ge du monde, depuis leur retour de Babylone, approchants du siecle du messie, ils ne sont point retournez à l' idolatrie, comme pressentants l' aduenement heureux de la vraye lumiere, qui estoit sur le poinct de répandre ses rayons en l' vniuers : et la Iudée n' a iamais plus esté en ces erreurs et en ces tenebres depuis que le fils de Dieu l' a honorée de sa naissance et de son extraction, et qu' il a éclairé comme vn soleil cette prouince, de sa presence.

Cette vnité doncques si intime en Dieu, si propre aux creatures,

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si auant imprimée dans le monde, si combattuë par les demons, si bien defenduë par les fideles, et si solidement establie, recogneuë et honorée par l' efficace de ce diuin mystere, deuoit estre signalée en iceluy ; aussi bien qu' elle est signalée par iceluy. C' est pourquoy Dieu a voulu imprimer cette vnité, cette premiere et plus celebre perfection dans le premier et le plus grand de ses oeuures ; c' est à dire, en l' oeuure de l' incarnation, le rendant vnique et sans exemple et en la terre et au ciel. Et comme l' ordre des communications necessaires et ineffables de la diuinité dedans soy-mesme par les emanations diuines et personnelles est terminé et comme arresté au sainct esprit, qui est la troisiéme personne de la trinité, sans

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qu' elles puissent passer en d' autres processions diuines et immanentes : aussi Dieu a voulu arrester en son fils et en sa nature vnie le cours et le progrés des communications libres et volontaires de sa diuinité hors de soy-mesme. Tellement qu' il n' y aura iamais aucune autre personne que son verbe eternel qui communique sa subsistence à la nature creée ; et ce mesme verbe ne fera iamais cette grace qu' à la nature humaine : et entre les natures singulieres en nostre espece, il n' y aura pour iamais que cette humanité tirée de la substance et du corps immaculé de la tres-saincte vierge qui ioüisse de cette faueur supréme. Ce qui releue de beaucoup les grandeurs de Iesvs, et accroist nos deuoirs enuers sa personne diuine, et enuers

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sa nature humaine. Car il faut soigneusement considerer, et dignement peser, que c' est le verbe seul, le fils vnique de Dieu qui s' est fait homme pour l' homme ; et que ce verbe eternel ne veut ainsi communiquer sa personne et sa grandeur qu' à cette seule humanité en espece et en nombre. Cette seule humanité doncques entre toutes les creatures est l' vnique obiect des grandeurs et faueurs de Dieu en la plus haute et ineffable communication qui puisse estre faitte à vne essence creée : et Dieu arreste heureusement en Iesvs le cours de sa puissance, de sa sapience, de sa bonté, comme ne pouuant les employer à vn plus digne ouurage.

Et tout ainsi qu' en la creation, la main de Dieu operant en l' ordre

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de l' vniuers, s' est arrestée en l' homme, et l' ayant formé le sixiéme iour, il est entré le septiéme en son repos, comme estant arriué au plus haut poinct et au chef de ses oeuures en la nature : ainsi Dieu operant dedans l' ordre supréme de ses graces et faueurs ; c' est à dire, en l' ordre ineffable de l' vnion hypostatique ; arreste sa puissance, sa sapience et sa bonté au nouuel homme, en nostre Emmanuel, en son fils incarné, comme en vn oeuure et en vn suiet infiny, et infinies fois infiny : lequel en soy et en sa dignité contre la nature des autres oeuures de Dieu, qui n' égalent iamais les perfections diuines qui les produisent, égalle ces mesmes perfections qui le produisent au monde, et composent le diuin mystere de l' incarnation. Et apres l' admirable

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accomplissement de ce chef-d' oeuure de grace et faueur supréme, comme on peut dire sainctement qu' en l' eternité il prend son repos au sainct esprit, aussi pouuons-nous dire qu' en la plenitude des temps il prend son repos en Iesvs, qu' il y met ses delices, qu' il y a son bon plaisir ; et qu' il nous appelle tous pour arrester en luy nos esprits et nos coeurs, et nous conuie à prendre nostre repos et nos contentements en ce diuin obiect, puis que luy-mesme y arreste le cours de ses oeuures, le progrés de ses diuines perfections, le comble de ses graces, et y establit pour iamais sa gloire, son repos et son contentement.

Nous recueillons de ce discours precedent que cét oeuure est vn oeuure et vn mystere d' vnité, lequel

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part d' vn sacré conseil, d' vn conseil adorable et admirable ; d' vn conseil secret d' vnité ; qui vnit le pere en ses pensées, en ses conseils et en ses oeuures ; qui vnit le fils en son estat, en ses grandeurs et en ses mysteres ; et qui vnit les hommes en leurs deuoirs, en leurs sentiments et en leurs affections vers luy. Car le pere eternel n' a point à diuiser ses regards, ses desseins et ses emplois : et il n' est pas comme vn pere de famille qui a plusieurs enfants en sa maison, esquels il partage son esprit, son soin et son amour, ses estats, ses honneurs et son bien. Le pere n' a qu' vn fils en sa diuinité, il n' a qu' vn fils à regarder en la terre et au ciel ; il n' a qu' vn fils bien-aimé, auquel il prend son bon plaisir ; il n' a qu' vn mediateur à donner à son eglise ;

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il n' a qu' vn prophete et vn messie à enuoyer à son Israël, à son peuple : aussi dit-il au singulier : ie leur susciteray vn prophete. Il dit au singulier : celuy-cy est mon fils bien-aimé, escoutez le. Et Iesvs-Christ dit de soy-mesme à ses disciples : vn seul est vostre maistre.

Et son disciple bien-aimé dit de luy : le fils vnique qui est au sein du pere. Et le premier de ses apostres dit de luy : celui-cy est le seigneur de tous. Et les peuples disent de luy : celui-cy est vrayement le sauueur du monde. Il est tousiours seul et tousiours vnique : vnique en sa personne et en ses offices ; vnique en la terre et au ciel ; vnique au sein du pere et en son eglise. Ainsi Iesvs est seul le fils bien-aimé du pere : Iesus est seul le messie, le prophete

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et le roy d' Israël : Iesvs est seul le maistre, le souuerain et le sauueur du monde : et l' humanité seule de Iesvs est l' instrument conioinct à la diuinité pour operer ses oeuures en la terre et au ciel : et Iesvs n' entre en part qu' auec Dieu-mesme qui luy communique sa propre essence et sa gloire : car il ne partage ny auec aucun ange ny auec aucun homme les grandeurs, les desseins, les emplois de son pere. Tout est en luy, pour luy et par luy, comme tendant à luy, comme releuant de luy, comme subsistant en luy, afin que tout soit vny à luy, et par luy à son pere. Or Iesvs estant ainsi le sujet et l' vnique sujet des grandeurs et faueurs de Dieu, et se trouuant seul et vnique dans le premier et le plus eminent ordre

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des oeuures de la diuinité ; nous n' auons point à partager nos pensées, nos sentiments, nos deuoirs : il les doit auoir tous, et il les doit auoir seul en cette qualité, comme il possede seul en ce grand ordre cét estre infiny et increé. Il les doit dy-je auoir seul et en ce haut degré qui appartient à luy seul, selon la grandeur supréme qui luy est conferée par le tres-haut mystere de l' incarnation. Et c' est pourquoy le pere eternel a voulu faire en son fils et en son humanité sacrée la derniere et la plus haute production de ses graces, et ne luy donner aucun adioinct et associé en cette grande et supréme dignité qu' il luy a donnée, afin de nous vnir tous à luy, et de ne point diuiser nos coeurs et nos esprits à des obiects qui fussent

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également aimables et honorables.

C' est le conseil profond de la sagesse de Dieu, digne d' estre adoré en son origine, d' estre reueré en son sujet, d' estre admiré en sa conduitte.

Car c' est vn conseil de Dieu sur son fils vnique : c' est vn conseil de Dieu sur vn estat nouueau qu' il donne à son fils, et sur vn estat qu' il luy veut donner hors de soy-mesme : estat vnique, immuable et eternel, et qui durera à l' aduenir autant que Dieu mesme.

Et ce conseil de Dieu sur son propre fils est fondé sur vn grand secret, correspondant à la proprieté de sa generation eternelle, et a vn rapport excellent à l' vnité et singularité de son estre diuin, personnel et increé. Car comme en la diuinité sa filiation est vnique :

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aussi Dieu a voulu par vn decret immuable qu' elle soit et demeure à iamais vniquement communiquée à vne seule nature entre les choses creées. D' où vient que Dieu, lors qu' il veut rendre son verbe incarné present en plusieurs lieux selon sa nature nouuelle ; il employe sa puissance à faire vn nouueau chef d' oeuure et vn nouueau mystere, où il multiplie la presence et non l' essence de cette sienne nature. Nous le voyons au tres-sainct mystere de l' eucharistie, auquel le fils de Dieu faict vn miracle, et vn miracle perpetuel sur soy-mesme ; c' est à dire, sur son corps, sur son sang, et sur son ame, employant sa puissance à conseruer l' vnité de ce sang precieux et de ce corps viuant et animé (non seulement de l' esprit

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humain, mais aussi de l' esprit de la diuinité) et à maintenir l' vnité de cette ame subsistente en la personne diuine, en multipliant leur presence sans multiplier leur essence.

Miracle signalé ! Car il est operé tant de fois et en tant de lieux.

Miracle perpetuel ! Car il durera iusques à la fin du monde. Miracle de Iesvs-Christ, et de Iesvs-Christ, sur soy-mesme ! Car il en est l' autheur, et y exerce son pouuoir, non sur la cendre comme en la resurrection du Lazare, ny sur quelques parties corporelles defectueuses en la nature, comme en la guarison des malades, des boiteux, des aueugles ; mais sur vn corps et sur vn esprit : sur vn corps le plus digne et le plus sainct qui soit au ciel et en la terre : sur vne ame la plus éleuée et sublime qui

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soit entre les esprits celestes ; c' est à dire, sur le corps viuant et glorieux, et sur l' ame saincte et diuine du fils de Dieu. Miracle le plus grand des miracles de Iesvs ! à cause de quoy il a voulu aussi qu' il fust le dernier de ses oeuures et de ses miracles accomplis en l' estat libre de sa vie mortelle, et au dernier de ses iours. Car à l' yssuë de cét oeuure ce n' est plus qu' angoisse, ce n' est plus que captiuité, ce n' est plus que souffrance, et ce n' est plus qu' vn voyage continu à la croix et à la mort. Digne pensée, et dignement honorante l' vnité diuine, que le plus grand et le dernier miracle du fils de Dieu en sa vie libre et voyagere, soit vn miracle d' vnité, et soit vn miracle operé pour conseruer l' vnité de Iesvs en l' effusion admirable de l' amour

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de Iesvs qui s' est voulu communiquer au ciel et en la terre, à plusieurs ames, et en plusieurs lieux ; et pour conseruer par ce moyen dedans l' eglise, qui est vne, l' vnité de son dieu et de son sauueur, qui est vn en sa nature temporelle, comme il est vn en sa nature eternelle : c' est à dire, pour conseruer l' vnité de son corps, de son sang et de son ame, en multipliant leur presence sans multiplier leur essence ! Digne pensée encore de l' vnité du fils de Dieu, qui estant vn auec son pere, employe le plus grand et le dernier de ses miracles à conseruer l' vnité de sa nature humaine dedans ce mystere, et à nous reünir tous en vnité en luy par vn mystere d' vnité ; qui donne sujet à sainct Paul de dire : nous, qui sommes plusieurs, sommes vn pain

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et vn corps : nous tous qui sommes participants d' vn mesme pain. Mystere d' vnité seruant en qualité de sacrifice à adorer l' vnité de Dieu ! Mystere d' vnité seruant en qualité de miracle, à conseruer l' vnité de son fils vnique en l' incarnation ! Mystere d' vnité seruant en qualité de sacrement à imprimer l' vnité d' esprit et de grace à ses enfants adoptifs, et à les vnir entre eux-mesmes et auec luy ! Ce qui a fait dire à s.. Paul ces sainctes et ces grandes paroles, et cette antithese de grand poids : qu' vn mesme pain celeste fait que plvsievrs qui y participent soient vn mesme corps. Parole et antithese digne de la profondité de ce grand mystere, le supplément vnique de l' incarnation, dignement enoncé par ce grand apostre, et dignement

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seruant à l' vnité de Dieu incarné.

Car il est à propos de remarquer, que la raison primitiue de ce miracle perpetuel de la tres-saincte eucharistie, qui nous rend le corps glorieux du fils de Dieu present au ciel et en la terre, et en plusieurs lieux de la terre, et qui multiplie la presence, mais non pas l' essence de ce corps sacré ; c' est pour ne pas multiplier le chef d' oeuure de l' incarnation et de l' vnion personnelle de la diuinité auec vne autre nature singuliere : c' est pour ne pas faire vn autre et vn pareil ouurage au monde : c' est pour ne pas establir plusieurs corps et plusieurs ames subsistentes en la diuinité : et c' est pour conseruer l' vnité de l' ame et du corps du fils de Dieu dans la multiplicité de ses presences. Ce que l' heresie superbe,

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et ignorante aux mysteres de Dieu n' entend pas : aussi elle n' est pas digne d' entendre le secret et le mystere d' vnité, estant conduitte et animée de l' esprit de diuision : au lieu que les fideles, humbles et éclairez de la lumiere de la foy, sçauent bien recognoistre et adorer le conseil de Dieu en ce miracle et mystere de l' eucharistie ; qui fait qu' vn seul corps et vn seul esprit, le corps et l' esprit de Iesvs, demeurant vn et singulier en son estre ; se retrouue present en plusieurs lieux, afin que sans l' interest de son vnité, il soit et opere en diuers lieux les diuers effects de sa presence, de sa grace et de sa gloire. Tant ce poinct est ferme et inuiolable dans le conseil secret du pere eternel, que l' estat de l' vnion hypostatique

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soit sans exemple, et ne soit iamais reïteré ; que l' oeuure diuin de l' incarnation soit vnique et singulier au monde ; que sa puissance et bonté soient arrestées en ce diuin subiect, et ne soient iamais plus employées à faire vn pareil ouurage. Tant il a resolu de ne jamais donner l' essence et la personne de son fils à aucune autre nature particuliere, en la sorte qu' il luy a pleu de la donner à Iesvs : et tant il veut que nous ayons tous pour iamais en Iesvs, et en Iesvs seul, la source et l' origine de l' vnité d' esprit et de grace, à laquelle il luy a pleu nous appeller en son fils.

Lequel comme il est eternellement et diuinement vn auec son pere par sa naissance premiere, et vn auec nous temporellement et humainement par sa seconde naissance ;

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ainsi il tend à l' vnité, et nous y exhorte par sa parole, il nous y conduit par son exemple, il nous y tire par sa vertu, et il nous l' obtient par ses prieres, disant au pere eternel : ô pere sainct, que ceux que vous m' auez donné soient vn, comme nous sommes vn.

C' est en cét oeuure miraculeux de l' eucharistie et en cette pensée des vnitez diuines, que le fils vnique de Dieu a voulu clorre et terminer sa vie : c' est en cette oeuure et en cette pensée, qu' il a voulu parler à Dieu son pere, en la plus éleuée, la plus importante et la plus solennelle de ses prieres, laquelle il a faict au pere eternel dans le cenacle de Sion, accomplissant le plus grand de ses oeuures, le supréme de ses mysteres, au dernier de ses iours, au milieu de

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ses apostres, et allant à la croix s' y offrir luy-mesme en sacrifice.

C' est aussi en cette pensée des vnitez diuines qu' il a voulu commencer sa nouuelle vie sur la terre, sa vie diuinement humaine, et humainement diuine.

Car il commence et sa vie et son éleuation à Dieu, en vn mesme temps, il commence et à viure en la terre, et à recognoistre Dieu dans le ciel en vn mesme moment et en vn mesme lieu ; c' est à dire, au secret cabinet, en l' oratoire sacré, et au temple diuin du coeur, du sein et des entrailles de la vierge.

Et en ce lieu intime et auguste, rendu sainct et sacré par l' operation du sainct esprit, par la presence du verbe, par la vertu du tres-haut ; Iesvs estant nouuellement conçeu, entre aussi tost en sa premiere occupation : en laquelle

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son entretien plus secret, son éleuement plus haut, et l' application plus viue et plus puissante de son esprit est en la veuë, en l' hommage et en l' amour des vnitez diuines : où deux choses se retrouuent heureusement iointes ensemble, et toutes deux dignes de tres grande veneration ; dont l' vne est le premier poinct de l' accomplissement que Dieu faict de ce sien oeuure ; et l' autre est la contemplation premiere que l' ame de Iesvs fait au mesme moment, de ce mesme oeuure de l' incarnation, qui est vn oeuure d' vne admirable et nouuelle vnité.

Nous le deuons ainsi solidement estimer de son ame diuine, laquelle voyoit Dieu en son essence, en ses personnes et en sa gloire dés le premier moment de sa creation.

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à quoy l' apostre nous oblige, si nous le sçauons bien considerer, quand il nous represente le fils de Dieu commençant son entrée au monde par vne profession solennelle qu' il fait à son pere, en laqu' elle il l' adore, et il recognoist le nouuel estat qu' il reçoit de luy par l' incarnation ; et luy fait oblation de soy-mesme en qualité d' esclaue (comme nous dirons ailleurs) luy offrant son corps en qualité d' hostie pour les pechez du monde, et pour la deliurance des hommes qui estoient les esclaues du prince du monde. Car si nous assemblons la parole de l' apostre qui nous rapporte cette oblation memorable du fils à son pere, auec la parole de la foy, qui nous apprend que l' ame de Iesvs estoit des lors en la ioüissance

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de la gloire ; il est manifeste que ce grand acte de profession et d' oblation premiere du fils de Dieu, suppose par l' obiect de l' adoration de latrie, et par l' obiect de l' oblation du sacrifice qu' il a faitte à son pere ; la veuë que cette ame saincte auoit de Dieu en son essence et en son vnité ; et en la veuë de l' essence, la veuë qu' elle auoit des vnitez admirables qui se retrouuent dans les personnes diuines, si nous les considerons comme produictes et comme produisantes.

Ce qui ne doit pas estre chose bien difficile à persuader à qui considerera que la grandeur et la fin de l' estat diuin et supréme de Iesvs dans le mystere de l' incarnation, a sa base et son fondement, a son rapport et sa relation particuliere, et est admirablement comprins

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dans les vnitez diuines.

Pour mieux entendre cette verité, il est necessaire de reprendre de plus haut ce discours, et dire : qu' il y a trois vnitez sainctes, diuines et adorables ; que l' excellence de nos mysteres nous fait cognoistre, que la sublimité de la foy nous propose, et que le fils de Dieu sur la terre alloit contemplant, aimant et adorant : l' vnité d' essence, l' vnité d' amovr, l' vnité de svbsistence : l' vnité d' essence en la diuinité que nous adorons, l' vnité d' amour en la trinité que nous admirons, l' vnité de subsistence en l' incarnation que nous professons : l' vnité d' essence que le fils de Dieu reçoit de son pere, l' vnité d' amour qu' il produit auec son pere, l' vnité de subsistence, qu' il communique à nostre

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humanité par le vouloir de son pere. Or le premier vsage de l' ame de Iesvs a esté sans doute selon sainct Paul, en l' adoration de son dieu, et en la veuë et contemplation de ses vnitez. C' est son premier deuoir et son premier exercice : c' est son premier deuoir de l' adorer ; et c' est son premier exercice de le voir, c' est à dire, de voir son essence et sa gloire. Cét homme donc qui s' appelle Iesvs, estant Dieu par ce mystere, et voyant par la lumiere de la gloire (que personne ne luy dénie) qu' il estoit Dieu ; il est sans doute, que son premier deuoir et sa premiere operation en cette veuë et vie bien-heureuse, a esté d' adorer par sa nature humaine l' vnité supréme de la diuine essence. Et suiuant l' ordre des origines et emanations eternelles,

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dans lequel il est le fils vnique de Dieu, et le second apres le pere ; il s' est aussi tost appliqué à admirer et adorer la puissance de son pere à l' engendrer, sa propre naissance, sa subsistence, sa filiation vnique et eternelle dans le sein de son pere. Et dautant que la premiere operation de Iesvs en sa diuinité est la production du sainct esprit, duquel il est principe auec le pere ; en suyuant le mesme ordre des processions diuines, il a veu et adoré aussi au mesme instant cette emanation diuine, cét esprit eternel, cét amour personnel, duquel il est la source et l' origine en la diuinité, et qui est le lien increé et ineffable vnissant le pere auec le fils, et le fils auec le pere par vne eternelle vnité, et par l' vnité d' esprit et d' amour ineffable. Et

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voyant ces deux natures, l' vne humaine et l' autre diuine estre iointes en vnité de subsistence et d' vne subsistence diuine et increée ; il voit, il aime, il adore au mesme instant cette vnité nouuelle qui le fait nouuel homme, c' est à dire, qui le fait homme-Diev par vne sorte d' vnité nouuelle, en laquelle consiste son estre, son estat et sa grandeur. Et comme apres la diuine essence (selon le rapport de sainct Iean) nostre felicité est en la veuë de Iesvs-Christ nostre seigneur, et de l' vnité ineffable qui vnit en luy deux natures si differentes : aussi le second obiect de la felicité de l' ame de Iesvs est en la veuë de luy-mesme, comme subsistant dedans l' estre increé, et en la veuë de cette mesme vnité, qui vnissant

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ces deux natures, constituë ce diuin composé, fait Dieu-homme, establit le nouueau mystere de l' incarnation, et donne au monde vn nouuel obiect, et vn obiect desormais eternel ; obiect de grandeur et d' amour, obiect de vie et de felicité.

Et celuy qui couurant ses grandeurs de son humilité se nomme si souuent dans l' escriture le fils de l' homme, pour les couurir ainsi ne les mécognoist pas, ne les ignore pas, ne les oublie pas : puis qu' il a sçeu et a veu au premier moment qu' estant fils de l' homme il estoit fils de Dieu. Car comme en sa diuinité il est fils de Dieu par generation eternelle ; en l' humanité, où il est fils de l' homme, il est fils de Dieu par communication temporelle de la diuine essence à la nature humaine : et ainsi le fils de l' homme

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qui est fils de Dieu, est tousiours voyant et tousiours contemplant cét estat excellent, et tousiours se referant soy-mesme, et referant cette vnité nouuelle qui le fait nouuel homme, à l' hommage des vnitez diuines et adorables de l' estre supréme et increé. ô vnité nouuelle ! ô vnité saincte ! ô vnité de subsistence que vous estes chere, que vous estes aimable, que vous estes honorable à Iesvs, puis qu' en vous, c' est à dire en cette vnité de subsistence personnelle, consiste vniquement son estre et sa grandeur ! ô ame de Iesvs lors que tirée du neant, et vnie à Dieu et voyant sa gloire, vous auez veu ce nouueau mystere de l' incarnation, et que le voyant vous auez veu comme il establit vne vnité saincte et incomprehensible, vnité

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nouuelle, mais réelle, mais diuine, mais adorable entre deux choses si distantes, et que vostre consistence et subsistence diuine est en cette vnité. Quelle application, quel amour, quel hommage auez vous rendu lors à cét estre diuin qui est vostre estre, à cette vnité diuine qui establit ce nouueau, ce supréme, ce diuin mystere de l' incarnation ! Et comme vous estes l' vnique, ô Iesvs, qui auez reçeu, et le premier de tous les mortels, qui auez veu cette vnité de subsistence en vos deux natures ; vous estes aussi le premier de tous, mesme auant la vierge qui vous a conçeu, et auant les anges qui vous ont annoncé ; qui auez recogneu et honoré cette vnité diuine et nouuelle en la plenitude de ses merueilles ! Vous estes le premier qui vous estes appliqué

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à cette vnité saincte, et qui auez prié pour en estendre la grace, la puissance et les effects pour la reünion de nos ames auec Dieu, comme dit sainct Iean ; et qui auez rendu graces immortelles au pere eternel, d' auoir estably en vous et en cette vnité, le centre et l' origine de l' vnité de grace et d' esprit qui deuoit estre communiquée aux anges et aux hommes, et qui doit regner en la terre et au ciel pour iamais ! Ainsi doncques, ô Iesvs mon seigneur, auez vous commencé, et ainsi auez vous finy sainctement et diuinement vostre vie dans le sein de la vierge, et dans le cenacle de Sion, en la pensée, en l' amour, et en l' adoration des vnitez diuines. Ainsi l' auez vous continué sur la terre en Bethléem,

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en Hierusalem, en Nazareth, en Egypte, en la Iudée, et en tous les lieux que vous auez honorez et sanctifiez par vostre saincte presence : et en cét exercice interieur s' est passé vne partie de la vie spirituelle et contemplatiue, que vous auez voulu prattiquer, pour operer nostre salut, pour donner exemple à vos enfants, pour seruir et honorer la majesté de Dieu sur la terre. Et maintenant que vous estes dedans les cieux, que vous estes estably en la gloire du pere ; vous estes encore en la pensée et en la veuë de ce mesme obiect ; et vostre vie triomphante, celeste et immortelle, a cette mesme occupation que vous auez eu durant le cours de vostre vie humble, souffrante et voyagere. Or vous estes la vraye vie, vous estes le modelle

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de nostre vie, et vous estes cét exemplaire qui nous est monstré en la montaigne aussi bien qu' à Moyse, et selon lequel il nous est commandé d' operer. Que nostre interieur donc soit occupé à contempler, à adorer, à imiter vostre vie interieure : que nostre vie spirituelle soit regardante et imitante les exercices et occupations de vostre ame diuine, et de vostre vie sacrée. Et à vostre exemple et imitation, contemplons tous et adorons apres vous et par vous ce diuin obiect : et voyons que par ces vnitez admirables nous auons deux trinitez sainctes, diuines et adorables en nos mysteres ; trinité de svbsistence en vnité d' essence au premier, au plus haut, et au plus auguste mystere de la foy, en la personne du pere, du fils,

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et du s.. esprit ; et trinité d' essence en vnité de subsistence, au sacré mystere de l' incarnation, en l' essence de l' ame, en celle du corps, et en la diuinité de Iesvs. L' vne de ces deux trinitez est existente de toute eternité ; l' autre est existente pour toute eternité : l' vne est vniquement diuine et increée et en ses personnes et en son essence ; l' autre est diuine et humaine tout ensemble ; diuine en la personne, et humaine en deux de ses essences : l' vne est adorée, et non iamais adorante ; l' autre est humblement adorée, et diuinement adorante le tres-haut, tres-ineffable et tres-incomprehensible mystere de la trinité, laquelle est la source viue, le parfaict exemplaire et la cause finale de l' incarnation. En laquelle cette trinité premiere, cette trinité

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eternelle, cette trinité de personnes est sublimement et vniquement, souuerainement et diuinement recogneuë, seruie et adorée en la terre et au ciel par cette autre trinité seconde, trinité nouuelle, trinité d' essences qui compose le nouuel homme ; et est comprise en ce nouueau mystere de l' incarnation.

Or ces deux trinitez sont fondées, comme nous voyons, en deux vnitez diuines et differentes : l' vne en l' vnité d' essence, l' autre en l' vnité de subsistence. L' vnité d' essence est la premiere de toutes : car elle est eternelle et sans origine, et elle est l' origine des vnitez qui sont en l' estre creé et increé : mesme elle est l' origine de la pluralité des personnes que nous adorons en la tres-saincte trinité :

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car c' est de sa fecondité que vient cette pluralité de personnes, et c' est en son vnité qu' elles subsistent.

Et cette pluralité de personnes, qui est diuine et adorable comme la mesme essence, se termine en l' vnité si souuent et si hautement publiée dans le seruice public et solennel de l' eglise, qui marque et celebre si humblement et si frequemment l' vnité du sainct esprit : jn vnitate spiritus sancti, ce dit l' eglise en toutes les prieres qu' elle fait à son Dieu. ô vnité d' esprit et d' amour personnel, qui vnit les personnes diuines entre elles ! Car comme elles sont diuinement vnies, ou plustost vne mesme chose en l' origine des emanations, c' est à dire, en l' vnité d' essence ; elles sont encores diuinement vnies au terme des emanations,

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c' est à dire, en l' vnité d' esprit et d' amour. ô vnité d' essence et vnité d' amour, qui enclôt ainsi le tres-haut mystere de la trinité saincte, et comprend l' estenduë infinie de la fecondité de Dieu en ces deux vnitez ! Car l' vnité d' essence est l' origine de la fecondité et communication de Dieu en Dieu mesme ; et l' vnité d' amour est l' origine de la fecondité et communication de Dieu hors de Dieu mesme : parce que Dieu se répand et communique hors de soy par bonté et par amour, qui sont les proprietés singulieres du sainct esprit. ô vnité d' amour et d' essence, qui comprennent l' incomprehensible ; à sçauoir, la nature et les personnes diuines ! Car l' vnité d' essence commence (si nous pouuons vser de ce terme)

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comme principe sans principe, et l' vnité d' amour ferme et termine comme fin sans fin, le cercle admirable des emanations eternelles ; et les processions ineffables sont comme vn diuin mouuement en l' estre souuerain, eternel et immuable, lequel commence en l' vnité d' essence, et se termine et repose en vnité d' amour. L' autre trinité comprise au diuin mystere de l' incarnation est fondée en l' vnité de la subsistence ; subsistence non absoluë, mais relatiue ; non essentielle, mais personnelle, conuenante au verbe diuin, et appliquée à nostre humanité. Cette vnité de subsistence est le fondement de ce tres-haut mystere de l' incarnation, de toutes les grandeurs qui l' accompagnent, et de tous les effects qui en procedent, soit enuers Dieu, soit

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enuers les creatures ; soit en la terre, soit au ciel ; soit au temps, soit en l' eternité. Qui est vne suitte admirable et incomprehensible en l' infinie diuersité de choses, et de choses toutes sainctes, grandes, rares et diuines. Et cette rare et excellente diuersité constituë comme vn nouueau monde surnaturel dedans le monde naturel, nouueau monde de grandeurs et de merueilles, qui est tout dependant de cette vnique et diuine subsistence.

Car comme les grandeurs et perfections des personnes diuines viennent de l' vnité d' essence commune à ces personnes : ainsi les grandeurs et perfections de Iesvs viennent de cette subsistence. C' est doncques cette vnité de subsistence qui establit ce mystere de l' incarnation : et c' est aussi ce mystere qui establit

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reciproquement cette vnité de subsistence en deux natures, et introduit par ce moyen dans les mysteres de Dieu, et dans l' intime et le secret de la subsistence de son verbe, vne vnité nouuelle, laquelle n' estoit pas auparauant : au lieu que ces deux vnitez, l' vne d' essence, et l' autre d' amour, sont aussi anciennes que Dieu mesme, et sont eternelles comme luy. Car les hommes adoroient bien en la terre l' vnité de la diuine essence ; et les anges voyoient bien au ciel l' vnité d' amour liant entre elles les personnes de la saincte trinité.

Qui est vne sorte d' vnité incogneuë en la terre auant ce nouueau mystere d' amour et d' vnité, et recogneuë au ciel de ceux qui voyants la diuinité voyoient en elle l' vnité de son esprit et de son

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amour personnel. Mais (ô secret de ce diuin mystere, remarqué en trois diuers lieux par s.. Paul) ny les hommes par l' estat de la loy et institution iudaïque ne croyoient point, ny les anges (selon les principaux peres de l' eglise grecque, et plusieurs des latins) ne voyoient point, et n' adoroient point encores cette vnité nouuelle de subsistence ; et mesme selon l' aduis vniuersel de toute la theologie, ne la cognoissoient point en toutes ses merueilles et en toutes les circonstances qui establissent la substance de ce mystere vnique au monde : au contraire ils croyoient, voyoient et adoroient la trinité de subsistence, et non pas l' vnité de subsistence. à laquelle maintenant le ciel et la terre rend vn commun hommage, consentant

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et conspirant en vn mesme esprit et en vne mesme adoration : et comme le ciel et la terre sont adorants l' vnité de subsistence diuine qui est en Iesvs, aussi nous sommes tous aspirants à l' vnité de grace et de gloire à laquelle il nous éleue par le mystere de son incarnation.

ô vnité puissante en ses effects ! ô vnité adorable en sa diuinité ! ô vnité nouuelle en son application ! ô vnité admirable en son vsage et en sa liaison ! Car elle vnit en ce mystere le monde auec Dieu, Dieu auec l' homme, et l' estre creé auec l' estre increé. Et au lieu que l' vnité d' essence est entre des personnes increées, diuines et égalles entre elles, et comme telles, dignes de cette vnité d' essence ; cette vnité nouuelle et puissante est entre des natures si distantes

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et inégalles, que l' vne est diuine et l' autre humaine, l' vne increée et l' autre creée, l' vne eternelle et l' autre temporelle, l' vne tres-puissante et l' autre tres-impuissante.

Et toutesfois elles sont vnies, et vnies d' vn lien sacré, diuin et eternel en vnité de subsistence.

Qui est vne sorte d' vnité qui va regardant et adorant en cét oeuure, l' vnité d' essence qui est entre les personnes diuines, et l' vnité d' amour qui est entre le pere et le fils eternel ; et qui va operant incessamment en la terre et au ciel l' vnité d' esprit, de grace et de gloire, en laquelle toute creature doit estre establie et consommée.

Ainsi Dieu est viuant eternellement en l' vnité de son essence : ainsi Dieu est operant puissamment

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en vnité de principe : ainsi Dieu est regnant heureusement dans l' vnité de son amour : et ainsi Dieu est establissant nouuellement son fils et ses grandeurs en l' vnité de la subsistence diuine, et fondant son estat et son royaume en l' vnité de cette subsistence : ô vnitez diuines ! ô vnité d' essence, vnité de principe, vnité d' amour, et vnité de subsistence ! Que vous estes admirables ; que vous estes aimables ; que vous estes adorables ; et en vous et en vos emanations et en vos oeuures ! Combien deuons nous vous cercher en vous mesme, vous recercher en vos desseins, vous respecter en vos conseils, vous faire reluire en vos oeuures, vous conseruer soigneusement dans toutes les choses que vostre esprit et vostre grace

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nous fait entreprendre en vostre honneur ! Combien deuons nous adherer à la secrette et puissante conduitte de vostre sapience, qui rameine tout à l' vnité, comme tout est yssu de l' vnité ! Car selon sainct Denys, toutes choses sont sorties de l' vnité par la nature, et elles recerchent cette vnité par vn secret instinct de la nature ; elles y rentrent par la grace ; elles s' y abysment par la gloire ; mais par dessus toutes les choses creées cette humanité que nous adorons en Iesvs, rentre et s' abysme en vne autre sorte d' vnité toute diuine par vne voye aussi toute diuine et incomprehensible : et elle se trouue establie par l' esprit d' amour au nouueau mystere de l' incarnation en l' vnité nouuelle d' vne personne diuine, et en l' estat supréme que

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porte en soy cette vnité et dignité increée et infinie. Par ce mystere Iesvs est pour iamais le centre, le principe et la racine de l' vnité d' esprit, de grace et d' amour, à laquelle il nous appelle, il nous conduit, il nous affermit par le diuin estat de sa subsistence, par le cours de sa vie, par le merite de sa mort, par l' efficace de ses prieres : car il le veut et le requiert ainsi auec instance.

Et de trois prieres solennelles et signalées, qu' il a voulu faire au dernier iour de sa vie, au iour de ses douleurs et souffrances, et comme parle l' escriture : in diebus carnis suae : l' vne au cenacle de Sion, selon sainct Iean ; l' autre au iardin des oliues, selon sainct Luc ; et la troisiéme en la croix, selon sainct Paul ; il employe la premiere à nous impetrer la grace

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d' estre tous consommez en l' vnité supréme qui est en luy, et qu' il a eternellement auec son pere, selon ces sainctes paroles rapportées par le plus intime de ses domestiques, le plus fidele de ses apostres, le plus grand de ses euangelistes, et le plus aymant et aymé de ses disciples : ô mon pere, que tous ceux qui croyent en moy soient vn, comme nous sommes vn, et comme vous estes en moy, ô mon pere, et ie suis en vous, qu' ils soient aussi vn en novs, afin que le monde cognoisse que vous m' auez enuoyé. Ie leur ay donné la gloire que vous m' auez donnée (c' est à dire, ie leur ay donné ma diuinité dans mon humanité) afin qu' ils soient vn, comme nous sommes vn. Ie suis en eux, et vous estes en moy, afin qu' ils soient consommez en vn, et que le monde cognoisse que

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cest vous qui m' auez enuoyé, et qui les aymez comme vous m' auez aymé.

 

QVATRIEME DISCOVRS DE L' VNITE DE DIEU EN CE MYSTERE .

L' oevvre ineffable et la diuine oeconomie de l' incarnation du verbe eternel, est vn rare et sacré mystere d' amour et d' vnité diuinement accomply en la plenitude des siecles, comme le plus haut poinct et le plus profond secret de l' amour et de l' vnité de Dieu hors de soymesme. Et comme selon le grand autheur, que l' on nomme Areopagite, l' amour est

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vne vertu celeste diuinement vnissante les choses qui sont les plus éloignées : aussi le sainct esprit, lequel est amour en la diuinité, est celuy qui vnit l' estre increé auec l' estre creé, et qui opere ce grand oeuure selon la parole de l' ange qui l' annonce à la vierge, et luy dit : le sainct esprit suruiendra en toy. Et cét esprit de Dieu, qui est Dieu mesme, est operant en cét oeuure comme esprit d' amour et d' vnité, qui, conformément à sa proprieté personnelle, tend à operer en la terre, pour la terre et pour le ciel, pour les hommes et pour les anges, pour le temps et pour l' eternité vn oeuure rare et singulier, et vn sacré mystere d' amour et d' vnité. Contemplons donc ce diuin ouurier et en luy-mesme

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et en ce sien ouurage.

Le sainct esprit en la trinité saincte est produit et non produisant ; mais il est receuant en sa production l' vnité d' essence commune au pere et au fils. Il est produit de ces personnes diuines, distinctes à la verité entre elles : mais par vn secret admirable il est produit par elles en vnité de principe. Et comme nous remarquons ces deux vnitez sainctes et adorables en sa production ; il est luy-mesme encores produit comme vnité d' esprit et d' amour dedans la trinité.

Tellement que contemplant ce sainct esprit, le diuin ouurier de ce diuin ouurage, il semble que nous ne voyons en luy qu' amour et vnité.

Ces deux poincts ont vn naïf et parfaict rapport ensemble : car

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l' amour tend naturellement à l' vnité, et il est éuident qu' vn amour supréme et diuin doit estre l' vnité mesme. Mais ce qui est bien estrange en la contemplation du sainct esprit, c' est qu' estant amour en la diuinité, il est sterile en cette diuinité (si vn mot si bas peut estre employé en parlant de chose si haute et si grande) au lieu que l' amour et la foecondité sont naturellement ioincts ensemble. C' est vn des poincts plus secrets et plus impenetrables en la profondité du mystere de la tres-saincte trinité, où chaque poinct est vn abysme, auquel se perd et s' abysme l' esprit humain qui veut sonder et non pas reuerer ce qui passe la mesure de son intelligence. Doncques en esprit humble et adorant les merueilles de nostre creance, et les secrets

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de la diuinité ; sous la conduitte et la lumiere de la foy, passons d' abysme en abysme, de secrets en secrets, de merueille en merueille, et auec vn esprit d' amour et de reuerence ; disons que par vn secret encores aussi estrange et aussi merueilleux, cette sterilité du sainct esprit est vne sterilité aussi diuine et aussi adorable que la foecondité qui le produit : que c' est vne sterilité qui procede de la puissance et foecondité de sa production, qui espuise et arreste diuinement en sa personne la foecondité diuine : que c' est vne sterilité fondée en la grandeur, en la dignité et en la proprieté de sa mesme personne, laquelle est heureusement produite comme le terme et le repos diuin des emanations diuines dedans la trinité :

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que c' est vne sterilité laquelle comme elle vient de la foecondité de Dieu, elle se termine en la foecondité de Dieu ; c' est à dire, en la foecondité d' vne personne diuine operante hors de soy-mesme. Car au lieu que le verbe eternel a cela de propre d' estre origine et originé tout ensemble : le sainct esprit a cela de propre, d' estre sterile et foecond tout ensemble ; sterile en soy, et foecond hors de soy-mesme.

Et c' est la proprieté de sa personne d' estre le terme qui termine diuinement et arreste heureusement en soy mesme la foecondité diuine en la tres-saincte trinité ; mais il est le terme qui reçoit en soy, qui contient en soy, qui arreste en soy la plenitude de cette nature foeconde, pour en receuant, en

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conseruant et en arrestant cette foecondité, la répandre puissamment et diuinement hors de luy-mesme.

C' est pourquoy comme dans les oeuures de Dieu la puissance est attribuée au pere, la sapience au fils ; aussi la foecondité est appropriée au s.. esprit. Et aussi tost que Dieu commence à parler dans les escritures, et à operer hors de soy mesme ; cette foecondité du s.. esprit y est employée, et celebrée. Car il est dit à l' entrée de la genese, au commencement de la creation du monde, au premier oeuure de Dieu, et auant le premier iour du monde, que le sainct esprit se mouuoit et se reposoit sur les eaux : incubabat aquis, selon les septante ; comme pour leur imprimer sa foecondité, et en faire sortir puis apres tant de creatures

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si excellentes qui remplissent le ciel et la terre, et composent cét vniuers : ce que Dieu a reuelé à son seruiteur Moyse, pour nous faire cognoistre que tout ce qui est produit en l' vniuers, et distingué par apres dans les six iours de la genese, doit son rapport et son origine à la foecondité du sainct esprit.

Mais la creation de ce monde visible et sensible ne suffit pas à terminer dignement la foecondité du sainct esprit, elle doit estre employée à vn estre plus éleué, et à former vn monde plus excellent ; elle doit auoir vn obiect plus grand de sa puissance, et vn terme plus digne et plus éleué de son operation : et puis qu' il est sterile dans la diuinité par la condition propre du mystere de la trinité ; il faut que par vn nouueau mystere

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il soit foecond en vne autre maniere ineffable ; en donnant vn nouuel estre à l' vne des personnes subsistentes en la plenitude de la tres-saincte trinité : afin que comme la foecondité de Dieu en Dieu mesme se termine en vne personne diuine ; aussi la foecondité du sainct esprit hors de luy-mesme tende à la production d' vn dieu préexistant (ô merueille estrange ! ) et desormais existant en vne nouuelle nature. Nous le voyons dans le renouuellement du monde, lors que l' architecte du ciel et de la terre le verbe eternel est reuestu de l' humaine nature, et vient prendre ce nouuel estre, pour donner vn nouuel estre au monde.

Car le mesme esprit sainct qui a commencé à operer dans le monde sensible et dans l' ordre de la

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nature, selon la genese ; commence à operer dedans le monde inuisible, et dans l' ordre de la grace, selon le témoignage de sainct Luc, formant le chef de cét ordre de la grace, et le nouueau principe de l' estre surnaturel qui faict vn nouueau ciel et vne nouuelle terre, et constituë vn monde nouueau, pour parler selon le langage de Dieu mesme en ses sainctes escritures, et est luy-mesme en sa propre personne et en ses deux natures diuinement vnies vn monde incomparable. Nous voyons donc comme le s.. esprit n' employant pas sa foecondité dedans soy-mesme, il l' employe hors de soy-mesme ; ne l' employant pas dans le monde archetype, il l' employe dans le monde que nous pouuons nommer intelligible ; ne

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l' employant pas dedans l' eternité, il l' employe dans la plenitude des temps. Car il imprime sa foecondité diuine dans les heureuses entrailles de la tres-saincte vierge : il produit vn Diev-homme, et donne vne naissance nouuelle au verbe eternel en la nature humaine : et ne produisant point dedans soy-mesme, il produit heureusement et sainctement hors de soy-mesme ce diuin mystere de l' incarnation comme le supréme de ses oeuures, auquel il represente son portrait au vif, le rendant son image parfaitte, et y appliquant les traicts les plus excellents, et les plus viues et dernieres couleurs de sa ressemblance. Car, pour recueillir en peu de mots ce que nous auons exposé, comme il est personnellement amour et vnité

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dans la trinité saincte, il opere cét oeuure comme vn oeuure et mystere d' amour et d' vnité : comme il est amour produict, et non pas amour produisant, dans la diuinité, en laquelle il est seul, ne produisant point son semblable : ainsi Iesvs qui est l' oeuure du sainct esprit qui le forme dans les flancs de la tres-saincte vierge, et le produit comme l' amour du ciel et de la terre ; est vn amour produict, et non produisant son semblable, en l' estre, en l' ordre et en l' estat de l' vnion hypostatique. Et comme le s.. esprit est le terme et le repos de l' amour du pere et du fils, qui arreste le mouuement incomprehensible des emanations diuines dedans la diuinité, et qui répand la foecondité de Dieu hors de Dieu mesme dedans ses oeuures : ainsi

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Iesvs est le terme et le repos diuin de l' amour de Dieu operant hors la diuinité, qui répand hors de soy-mesme la foecondité de son esprit en l' ordre de la grace et de la gloire dedans les creatures.

Et ainsi le sacré mystere de l' incarnation est vn oeuure, vn estat et vn mystere d' amour et d' vnité ; vn chef-d' oeuure du s.. esprit en ces deux qualitez diuines ; est vn chef-d' oeuure qui adore les vnitez distinctes qui sont dans les personnes eternelles, produisantes et produittes : est vn chef-d' oeuure qui regarde l' esprit d' amour et d' vnité comme son principe, et se rapporte à luy comme à son prototype, lequel s' est luy-mesme diuinement exprimé, et viuement representé en ce diuin mystere d' amour et d' vnité. Ce qui est

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vn poinct particulier qui doit estre obserué ; car il contient vn exercice excellent que nous deuons faire, et marque vn rapport adorable que cét oeuure a au s.. esprit et aux vnitez diuines, bien digne d' estre consideré en l' estat singulier de ce diuin mystere de l' incarnation.

Or y ayant plusieurs sortes de sujects qui peuuent estre vnis et conioincts ensemble, et aussi plusieurs sortes d' vnions et d' vnitez qui peuuent estre conceuës par l' esprit de l' homme, et inuentées par l' esprit de Dieu, le s.. esprit interuenant en cét oeuure conioinct deux choses si distantes, si inégales, et si separées, comme l' estre creé et increé. Et comme il est luy-mesme l' vnité saincte, qui vnit diuinement les personnes de

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la diuinité entre elles ; il est aussi luy-mesme en ce mystere vnissant vne des personnes adorées en la trinité auec vne des natures creées dans l' vniuers. Et ainsi accomplit ce grand mystere non en vnion seulement, mais en vnité, comme estant operé par l' esprit d' vnité ; et l' accomplit non en vnité telle quelle, mais en vnité de personne ; car celuy qui l' opere, est esprit, amour et vnité en sa personne : et dautant qu' il est Dieu, il opere ce sacré mystere d' amour et d' vnité en vnité de personne diuine. Benit soyez-vous, ô esprit sainct et adorable ! Benit soyez-vous pour iamais, et en vous-mesmes, et au plus sainct, plus excellent et plus diuin de vos oeuures ! Benit soyez-vous d' auoir faict et figuré en iceluy vne image

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viue de vous-mesme, et vne saincte et admirable expression de l' vnité diuine que nous adorons non seulement en vostre essence, mais encor en la proprieté de vostre personne ! Double vnité que nous recognoissons en vous, que nous admirons en vous, et que nous implorons iournellement en nos mysteres plus sacrez et en nos prieres publiques ! Car elles sont toutes sainctement terminées par cette vnité du sainct esprit, qui est le terme des emanations diuines, et qui en la proprieté constitutiue de sa personne est le lien vnissant les personnes diuines et l' vnité sacrée du pere et du fils dans l' eternité.

Car la foy nous enseigne que le pere et le fils sont liez diuinement ensemble, non seulement par l' vnité de leur essence, mais

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encore par l' vnité diuine et ineffable du sainct esprit.

Voila la cause et l' origine de l' estat et de l' vnité qui est en ce diuin mystere : voila l' idée parfaitte sur laquelle est tiré ce parfaict ouurage, et le modele accomply sur lequel il est formé par vn esprit si excellent comme est l' esprit eternel, procedant de la puissance du pere et de la sapience du fils : digne ouurage d' vn si digne autheur, et d' vn tel esprit. Mais passons plus outre, et conduisons nos pensées à la contemplation de l' oeuure, comme nous auons contemplé l' ouurier : et comme par sa grace et conduitte nous auons pris cette verité en son principe, et puisé l' vnité admirable de ce mystere dans sa viue source et origine, c' est à dire, dans les vnitez sainctes

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qui regardent le sainct esprit ; suyuons-la en l' estat, aux effects et aux circonstances de ce diuin ouurage : et voyons qu' en ce mystere auguste il n' y a qu' vne personne subsistente en deux natures differentes par dessus les loix de l' autheur du monde, qui donne à chacune nature sa subsistence propre, intrinseque et incommunicable à tout autre suiect. Voyons aussi qu' il n' y a qu' vne personne diuine qui entre dans l' estat de ce mystere entre les trois personnes que la foy adore : ce qui semble repugner non seulement aux loix de la nature creée, mais à Dieu mesme, et à l' inseparabilité que nous recognoissons entre les personnes diuines lors qu' elles operent quelque chose existante hors l' estre infiny de leur

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essence commune. Voyons encores qu' il n' y a que la nature humaine, et dans cette espece, cette seule humanité sacrée à laquelle cette faueur supréme, cette grace increée soit concedée. Et par ainsi voyons et remarquons que ce mystere est tout enclos dans l' vnité, et l' vnité est signalée en l' origine et en l' estat d' iceluy, et aux parties principales qui le composent, si par defaut de noms plus nobles il nous est permis de les nommer ainsi. Car pour reduire en peu de mots ce qui a esté dit amplement, c' est vn principe d' vnité qui produit dans l' eternité le s.. esprit operant ce mystere : et cét esprit operant est vnité en la proprieté de sa personne : et l' oeuure qu' il opere est vn oeuure et vn mystere d' vnité : et la grandeur et consistence

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de ce mystere est toute en l' vnité sacrée de la subsistence diuine qui est vniquement communiquée à cette nature creée, et qui donne au monde le diuin chef d' oeuure de l' incarnation. ô vnité qui fait vn nouuel estre, et vn estre adorable par tout ce qui est creé ! ô vnité qui pose vn nouuel ordre dans l' vniuers, qui met vn nouueau centre au monde, qui establit vn nouueau principe en la nature ! ô vnité qui donne vn nouueau souuerain à l' ange, vn reparateur à l' homme, et vn chef à l' eglise du Dieu viuant ! ô vnité qui establit au ciel vn nouueau roy de gloire, en terre vne ressource de vie et d' immortalité, et au monde vn soleil de iustice, qui éspand sa lumiere et ses rayons au plus haut des cieux et au plus bas

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de la terre ! ô vnité qui couronne les oeuures de Dieu, et triomphe dans les deux mysteres que la foy adore, c' est à dire, en la trinité et en l' incarnation : qui sont deux mysteres singuliers, et tous deux appartenants proprement à la diuinité, l' vn en elle-mesme, l' autre en l' vnique nature qui luy est vniquement conioincté. Or nous voyons l' vnité reluire en l' essence diuine au mystere de la trinité, et en la personne diuine au mystere de l' incarnation, c' est à dire, en tout ce qui est de Dieu, n' y ayant à distinguer en Dieu que son essence et ses subsistences. Disons encores, ô vnité vrayement saincte, et sainctement adorable ! Car elle donne vn nouueau sainct des saincts à la terre et au ciel, et elle fait vn nouueau adorateur et vn

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nouueau suiect nouuellement digne d' estre adoré, et d' adorer tout ensemble.

ô vnité diuinement puissante ! Car elle estend sa force sur Dieu mesme, le faisant d' eternel temporel, d' immortel mortel, d' inuisible visible, d' impassible passible, de tout-puissant impuissant, de createur creature, selon la nature qu' il a prise : et pour dire en vn mot ce qui est ineffable, elle faict Dieu homme, et l' homme Dieu. ô diuinité ! ô humanité ! ô vnité ! ô grande merueille ! Que deux natures si distantes et si inégales, dont l' vne est si haute, et l' autre est si basse, soient conioinctes ensemble ! Et qu' elles soient conioinctes d' vne vnion si parfaitte, et d' vn effort si puissant, que l' humanité se trouue en vnité personnelle auec Dieu ! Et que ce qui est sans exemple

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mesme entre les creatures, par la puissance de ce mystere se trouue estre entre Dieu et l' homme ! Car entre les choses naturelles nous voyons bien quelque sorte de mélange et de conionction, qui nous sert mesmes quelquesfois d' ombre et de figure à representer l' estat de ce mystere ; mais ce n' est rien de semblable : et les creatures plus puissantes et parfaittes, c' est à dire, les intelligentes, l' ange et l' homme, comme ils approchent plus pres de Dieu en la perfection de leur estre, ils sont aussi plus capables de s' vnir et s' allier entre eux, et de former quelque sorte d' ombre et d' image de l' vnité qui est entre les personnes diuines. Mais la sacrée theologie nous apprend qu' il n' y a aucune sorte de nature parfaitte et accomplie en son espece

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qui puisse entrer ainsi en alliance auec vne autre nature creée, et luy estre conioincte par vn lien personnel. Or par la puissance du mystere de l' incarnation, l' humanité entre en cette sorte d' alliance et d' vnité auec Dieu mesme : et elle a non en ses affections seulement ou en ses effects, mais en l' essence, au fonds, et au centre de son estre, vne liaison, vne priuauté, vne intimité auecques Dieu qu' elle n' a point, et qu' elle ne peut mesme auoir auecques aucune autre nature et personne creée. ô bonté ! ô puissance ! ô amour ! Dieu et l' homme sont conioincts en vnité de personne, qui est la plus haute, la plus estroitte et la plus intime alliance où la nature creée puisse estre éleuée par la toute-puissance diuine. Et comme en la

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trinité saincte l' vnité d' essence est comme la racine et la source primitiue de toutes les grandeurs qui conuiennent aux personnes diuines : ainsi en ce mystere l' vnité de personne est la source de toutes les grandeurs et communications ineffables qui sont faittes et qui peuuent estre faittes à cette humanité : mais cela excede nostre propos. Rentrons donc en nostre discours, et nous renfermons dans le poinct, dans le centre et dans l' vnité de nostre mystere : et remarquons comme cette vnité, qui est si propre à Dieu, qui est si empreinte en sa creature, qui est si parfaitte et si intime en ce mystere, est encores excellente en la maniere dont elle subsiste ; maniere inuisible à nos yeux, mais tres visible aux yeux de Dieu et de ses anges.

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Car ceux qui voyoient Iesvs cheminant, parlant et conuersant sur la terre, ne voyoient rien du secret et du mystere que la sapience eternelle auoit caché en luy. Les anges seuls voyants sa gloire voyoient l' vnité admirable qui vnissoit sa diuine essence auec la nature humaine en la personne du verbe : et voyoient comme cette vnité estoit non passagere, mais permanente, non accidentelle, mais substantielle, non temporelle, mais eternelle, et non suiette à estre interrompuë, voire vn seul moment, en l' vsage, en l' office, et en la fonction qu' elle exerçoit au regard de la nature humaine ; en sorte que cette ame et ce corps estoient et deuoient estre eternellement subsistents en la diuinité.

Ce que les anges voyoient en

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la clairté de leur lumiere, nous le deuons apprehender en l' obscurité de nostre foy ; et le considerer d' autant plus que ce poinct releue de beaucoup l' excellence et la dignité de ce tres-haut mystere.

Remarquons donc comme le diuin mystere de l' incarnation lie tres-estroittement, et allie par ensemble Dieu et l' homme, et d' vne sorte d' alliance qui ne donne pas seulement vn droict et vn titre originaire de la possession et iouïssance qui doit estre mutuelle et reciproque entre les deux natures, l' vne diuine, et l' autre humaine : (comme nous voyons que les traittez et les contracts d' alliance qui se passent en la terre, font entre les personnes qui se lient par ensemble) mais cette alliance comme elle est plus diuine, aussi est elle

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plus puissante, plus agissante et plus estroitte : et ce sacrement est plus grand et plus éleué entre Dieu et l' homme qu' entre ceux qui sont appellez en l' escriture : duo in carne vna : et qu' entre Iesvs-Christ mesme et son eglise. Ie dis ce sacrement estre plus grand entre Dieu et l' homme : car le nom de mystere et de sacrement conuient tres bien à l' incarnation, et c' est le langage ordinaire des peres, comme sçauent ceux qui les lisent, et qui voyent que souuent mesme ils estendent l' vsage de ce mot iusques à la diuinité, et au secret de la procession eternelle. Ie dis doncques que ce sacrement est plus grand et plus éleué que tous les autres moyens qu' on pourroit penser auoir la force de nous donner quelque sorte d' alliance auec Dieu.

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Car encores que le fils de Dieu soit tousiours assistant à son eglise suyuant ses paroles : ie suis auec vous iusques à la consommation du siecle : si est-ce que par l' efficace de cette promesse, entant qu' elle regarde precisément l' assistance promise à son eglise pour l' enseignement de la doctrine de salut, il n' est pas necessaire qu' il soit tousiours et à tous moments operant actuellement dans son corps general et dans ses conciles : mais suffit qu' il soit tousiours la protegeant et la couurant de l' ombre de ses aisles, et la dirigeant dans les besoins occurrents, prest à l' éclaircir en ses veritez lors qu' elles se trouuent obscurcies ou par le temps, ou par les heresies. Et encores que Iesvs-Christ nostre seigneur soit tousiours au monde par le sainct

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sacrement de l' eucharistie, qui est vne seconde alliance qu' il a voulu contracter auec nos personnes, en suitte et en l' honneur de celle qu' il a daigné prendre auec nostre nature par l' incarnation ; si est-ce qu' il n' est pas tousiours appliqué et vny à nous par ce diuin sacrement.

Car l' eucharistie, en laquelle est la grace substantielle du pere, ne nous conioinct et vnit auec Dieu que durant certains moments, durant lesquels à la verité, ô grandeur ! ô puissance de nos mysteres ! Nous sommes vnis réellement et substantiellement auec luy, entant qu' vne mesme substance indiuiduelle ; à sçauoir le corps et le sang de Iesvs-Christ se trouue conioinctement et en Dieu et en nous, en Dieu par subsistence personnelle, en nous par residence

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réelle et sacramentelle. Mais la tres-saincte communion estant paracheuée, et les especes vsées, nous n' auons plus aucune adherence substantielle au corps du fils de Dieu : et cette chair precieuse, qui est le lien sacré qui nous conioinct à la diuinité, n' est plus en nous. Aussi ce qui nous reste de l' alliance que nous auons auecques Dieu par le moyen de l' eucharistie, n' est autre chose, sinon que le fils de Dieu ayant choisi nos corps pour estre comme sepulchres viuants de son corps viuant et glorieux ; il les sanctifie par vne impression réelle de sa grace et de sa vertu.

Car ayant vne fois par son corps pris possession de nos membres comme siens, et nous ayant rendus tous membres de son corps, de sa chair et de ses os, par ce diuin

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attouchement ; il a pouuoir sur nous, comme sur vne chose qui est à luy, et dont le droict et la proprieté luy demeure. Mais en cette alliance de Dieu auec l' homme par le mystere de l' incarnation, tout est bien different, et accompagné de circonstances et conditions bien plus hautes et plus auantageuses : car ce n' est pas vne substance vnie à Dieu, et differente de Dieu comme en l' eucharistie, qui est le moyen de la conionction de la diuinité auec l' humanité : mais la personne mesme du verbe, qui est vne mesme chose auec la diuinité, est le lien sacré vnissant l' humanité auec Dieu. Et ce n' est pas seulement par certains moments comme en l' eucharistie, que cette vnion s' accomplit actuellement : mais en l' incarnation l' vnité

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sacrée qui interuient entre ces deux suiets diuinement alliez, et personnellement vnis, ne cesse iamais, ne diminuë iamais, ne finit iamais : ains elle est tousiours en son acte, en sa fonction et en sa puissance et maniere d' agir : elle est tousiours en la plenitude de cette puissance, de cét acte et de cette fonction : elle accomplit tousiours son diuin pouuoir, et tousiours fait son office admirable. Et comme la personne du verbe est diuine et infinie, elle a aussi vne toute extraordinaire et indicible application à la nature humaine, qui estant dépourueuë de sa subsistence, a besoin de celle du verbe eternel ; laquelle, pour le dire ainsi, est actuante et penetrante cette humanité et en son essence et en ses puissances, et en toutes

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ses parties ; et ce encores selon l' estenduë de son pouuoir et de son infinité. Et comme la diuine essence est tousiours subsistente au verbe eternel ; aussi l' humanité n' a iamais esté, et ne sera iamais vn seul moment sans estre tousiours actuée et penetrée, et tousiours comme informée et comme animée de cette mesme subsistence.

En suitte de quoy, tous les lieux qui ont esté honorez de la presence de l' humanité de Iesvs, ont esté aussi honorez de l' accomplissement et consommation de cette vnité diuine : car l' vn est inseparablement vny à l' autre, comme tirant toute sa subsistence, et mesme son existence de cét estre diuin.

Cette humanité donc par tout où elle est, est en actuelle vnité de personne auec Dieu.

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Ainsi la terre a porté le fils de l' homme en ce diuin estat d' vnité réelle, actuelle et personnelle auec la diuinité, par l' espace de trente-quatre ans, en Nazareth, en Bethléem, en Hierusalem, en Egypte, en la Galilée, en la Iudée, sur la terre et sur la mer, dans les villes et dans les deserts, et en tous les endroits de son pelerinage au monde. La mort et l' enfer mesme ont receu cette ame et ce corps en ce diuin estat dans leur sein et dans leur pourpris, et n' ont iamais peu dissoudre cette vnité diuine. Car les parties de la nature humaine estants pour lors separées par l' effort de la croix, ny l' ame ny le corps n' ont peu estre separez de cette vnité, la personne diuine ayant tousiours accompagné le corps au tombeau, et

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l' ame aux limbes. Et le corps de Iesvs estoit bien separé de son ame par la puissance de la mort et de l' amour souffrant pour les pechez des hommes : mais par vn amour plus puissant du verbe eternel enuers le fils de l' homme, ce corps du fils de l' homme n' estoit pas separé d' auec Dieu. Mais, ô merueille ! ô prodige de l' vnité de Dieu en ce mystere de l' incarnation, et d' vne vnité puissante et inuiolable ! La nature de cette chair separée de l' ame et de la vie estoit ioincte et meslée auec la nature de l' eternité, pour parler selon les termes d' vn grand euesque, et d' vn ancien pere de la France : et ce corps mort et suspendu en la croix, et gisant au tombeau, estoit lors mesme consubsistant auec la diuinité, et comme tel, digne

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d' estre adoré des hommes, et des anges. Et maintenant que le fils de l' homme est resuscité, le ciel a receu ce depost sacré de l' amour de Dieu et des hommes, et en ce depost cette vnité diuine : et il le contient pour iamais en sa gloire, en sa puissance et en sa grandeur : et ce depost demeurera subsistant en cette vnité inuiolablement, et autant que Dieu mesme. Car tant qu' il sera Dieu, il sera homme : et Dieu est homme non seulement par vn droict et par vn pouuoir legitime, vnissant actuellement de temps en temps ces deux partys ensemble ; mais Dieu est homme par cette vnité tousiours actuelle, tousiours accomplie, et tousiours consommée entre ces deux natures par la diuine subsistence. Et Dieu a fondé cette sienne vnité en la

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puissance extraordinaire, et en la force adorable de son amour et de sa charité enuers l' homme né de Marie, auquel il dit en vn sens tout particulier : in charitate perpetuâ dilexi te. Car cette charité est perpetuelle, et non iamais interrompuë, cest à dire, elle est mesme perpetuelle en l' effort et en l' excés, en l' extase et en l' vnité de son amour. Car c' est vn effort et excés en l' amour, que Dieu vnisse sa propre personne à la nature humaine, et que le fils de Dieu donne à l' humanité cette mesme essence qu' il a receuë de son pere : et c' est vne extase admirable, en laquelle Dieu sortant comme hors de soy, entre dans l' estre creé, et y establit pour iamais le repos, le triomphe et l' vnité de son amour. ô effort ! ô excés ! ô extase de l' amour eternel

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et increé, et qui veut estre aussi eternel en l' effort, en l' excés, et en l' extase de son amour ! ô charité supréme, diuine et perpetuelle, et en sa source, et en son effect, ou plustost en son effort rauissant, et en son excés extatique, duquel tout autre amour, bien qu' excellent et diuin, ne pourra iamais approcher ! ô charité forte et inuincible, que rien ne peut alterer ; et rien aussi desormais ne pourra separer cette humanité saincte de ce perpetuel, sublime et diuin estat d' vnité personnelle auec Dieu ! Or par cette vnité si penetrante, si puissante et si permanente, Dieu est homme vrayement, réellement et substantiellement : et l' homme est Dieu personnellement ; et Dieu et l' homme ne constituent

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qu' vne mesme personne, laquelle est subsistente en deux natures si diuerses, est viuante en des estats si differents, et est posée en des conditions si éloignées l' vne de l' autre. Et toutesfois ces natures, ces estats et ces conditions qui ont tant de difference et d' inégalité, sont conioinctes si diuinement et si intimement, si inseparablement et si inconfusément, selon les definitions des saincts conciles, que la foy recognoist et adore son Dieu en deux natures si differentes, et que l' esprit humain et angelique se perd en l' vnité et en la diuersité de ce tres-haut mystere.

Car le nom, la grandeur, la vertu, la dignité, la majesté de Dieu, entant qu' elle est communicable à la creature, reside et repose en cette humanité : Dieu la ioinct à

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soy, la viuifie en soy, et la rend consubsistente auec sa diuinité.

Au moyen de quoy, quand elle est adorée, Dieu est adoré en elle ; et quand elle parle, quand elle marche, Dieu est parlant et marchant ; et ses pas doiuent estre baisez, et ses paroles escoutées, comme estants les pas et les paroles d' vn dieu. Et semblablement quand cette humanité opere ou patit, Dieu est agissant et patissant en elle, et ses actions et passions sont diuines ; et en cette qualité ont vn merite infiny, et sont d' vn prix et d' vne valeur infinie, par le rapport, le commerce et la communication ineffable, qui est entre la deïté et l' humanité en la subsistence de la personne diuine. Ainsi Dieu incomprehensible se fait comprendre en cette humanité : Dieu ineffable

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se fait oüir en la voix de son verbe incarné ; et Dieu inuisible se fait voir en la chair qu' il a vnie auec la nature de l' eternité ; et Dieu épouuentable en l' éclat de sa grandeur se fait sentir en sa douceur, en sa benignité et en son humanité, selon ces paroles de l' apostre : l' humanité et la benignité de Dieu nostre sauueur a paru au monde : et celuy qui par sa puissance soustient le monde, soustient par sa substance nostre humanité, et employe et applique sa propre subsistence à cette nature creée, pour l' appuyer en luy-mesme, et la conioindre à soy d' vne maniere si puissante et si parfaitte, que de ces deux natures ainsi vnies resulte ce diuin composé, ce suiect admirable Iesvs-Christ nostre seigneur, vray Dieu, vray homme ;

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suiect si puissant, qu' il regit, qu' il rauit, qu' il soustient le ciel et la terre, les anges et les hommes ; suiect si admirable, qu' il a des qualitez, porte des estats, reçoit des attributions si nouuelles, si estranges, si differentes, que le grand theologien de l' antiquité s' écrie à bon droict : ô nouueau et inoüy mélange ! ô temperament admirable ! Celuy qui est, est fait : celuy qui est increé, est creé : celuy qui ne peut estre compris d' aucun lieu, est enclos et compris en nostre humanité : celuy qui enrichit tout le monde, se fait pauure. Car il subit la pauureté de nostre chair, afin que nous possedions les richesses de sa diuinité. Celuy qui est la plenitude, est épuisé (car il se priue pour vn temps de sa gloire) afin que ie soye participant de sa plenitude.

ô bonté ! ô mystere ! I' ay

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reçeu l' image de Dieu en la creation, et ne l' ay pas conseruée : et Dieu a pris ma chair pour donner la vie à mon ame, l' immortalité à mon corps : et il entre en vne nouuelle et seconde alliance auec nous, et en vne alliance bien plus excellente que la premiere : car en la precedente il nous donne sa semblance ; et en celle-cy il daigne mesme prendre nostre nature : qui est vne sorte de commerce et d' alliance bien plus haute et bien plus diuine. En ces pensées, qui a il plus à considerer et à admirer, ou la grandeur de Dieu ainsi abbaissé dans le neant de la creature ; ou la bassesse de l' homme ainsi éleué à l' égal de Dieu, et posé dans le thrône de la diuinité ? ô merueille ! ô grandeur ! Que l' homme qui n' est que poussiere et cendre en son origine, selon la parole de

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celuy-la mesme qui l' a formé, et qui luy a dit en le formant : puluis es, et in puluerem reuerteris : que l' homme, qui n' est qu' impuissance et foiblesse en son estat et en son progrés, et n' est qu' vne vapeur, et vapeur encores momentanée : vapor ad modicum parens, ce dit la saincte escriture : que l' homme, qui n' est que misere en sa naissance, en sa vie, en sa mort, c' est à dire, en tous ses estats, et duquel vn ancien a dit : ô necessitas abiecta nascendi, viuendi misera, dura moriendi : que cét homme, dy-je, soit viuant, et subsistant en la diuinité : que cét homme soit Dieu, et que ce Dieu-homme passe par tous ces degrez, supporte tous ces estats, et les annoblisse, les sanctifie, les deïfie en soy-mesme ? De sorte que nous auons, selon les enseignements

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de nostre foy, et nous adorons en nos mysteres vn dieu naissant en la creiche, vn dieu viuant et voyageant en la Iudée, vn dieu mourant en la croix, et vn dieu mort dans le sepulchre : et par vn moyen si estrange, se fait la redemption du genre humain ; la iustice diuine reçoit le payement de nos debtes par vn prix de dignité infinie ; et nostre deliurance de la captiuité du diable, du peché, de la mort, se fait par vne secrette puissance cachée dans l' humanité, dans la vie, dans la souffrance, et dans la mort d' vn dieu.

C' est ce que porte cette vnité diuine et adorable en elle-mesme, admirable en sa suitte et en ses dépendances, et aimable en ses effects.

Et c' est ce que nous auons à suiure et à representer en ce discours. Car

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par cette vnité nouuelle, comme il y a au monde vn nouuel estre, vn nouuel homme, et vn nouuel Adam, il y a aussi vn nouuel ordre au monde, et il y a vn nouuel estat dans l' vniuers ; estat incogneu auparauant par l' espace de quatre mil ans. Et de quatre ordres qui composent et diuersifient le ciel et la terre ; l' ordre de nature, l' ordre de grace, l' ordre de gloire, et le supréme de tous les ordres, qui est celuy de l' vnion hypostatique ; ce grand et nouuel ordre est plus distant du premier, et plus éleué par dessus luy, que le premier ordre n' est distant du neant, duquel il est immediatement tiré par la toute-puissance diuine : car entre le neant et l' estre de la nature, il n' y a rien d' interposé : et entre l' homme et le neant, il n' y a rien qu' vne paroy entre

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deux, et encores n' est-elle que de fange. L' homme est formé du limon de la terre, et la terre est tirée du neant : il n' y a donc que ce peu de limon qui sert comme de mur metoyen entre le neant et l' homme : mais il y a vne distance infinie entre Dieu et l' homme, entre l' estre creé et increé : et toutesfois ces deux estres se trouuent liez ensemble, et conioincts comme en vn poinct et en vn centre : et ces deux natures si differentes sont vnies en vne mesme personne.

Ainsi l' ordre et l' vnion hypostatique est establie au monde. Dieu en la creation fit l' ordre de la nature, et au mesme temps il establit l' ordre de la grace en la terre, et celuy de la gloire au ciel : trois ordres differents et admirables, et dans lesquels il a voulu donner

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part à l' homme. Mais voicy vn nouuel ordre au monde ; voicy vn nouuel estat dans l' vniuers ; voicy vn estat incomparablement plus éleué par dessus l' ordre de la gloire, que le ciel n' est par dessus la terre, et que la mesme gloire n' est éleuée par dessus l' ordre de la grace, et que la grace n' est éleuée par dessus l' ordre de la nature, et que la nature n' est éleuée par dessus le neant. Et c' est cette vnité de subsistence diuine qui introduit au monde vn ordre si excellent et vn estat si éleué, vn ordre si eminent, et vn estat si priuilegié, vn ordre si puissant, et vn estat si rare, qu' il est vnique en son suiect ; et tellement estendu en son pouuoir, qu' il s' estend sur tout, et marque les effects de sa puissance sur tous les autres ordres. Car il

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renouuelle l' vniuers, il accomplit le ciel, il sanctifie la terre, il annoblit la nature, il éleue la grace, il couronne la gloire, il rauit les anges, il spiritualise les corps, il diuinise nos esprits, et il deïfie nostre humanité en la personne diuine : et generalement tout ce qui est yssu de Dieu par la creation, et tout ce qui rentre en Dieu par la sanctification est regardant cét ordre, cét estat diuin, ce supréme mystere, cette incarnation, comme sa resource et son principe, comme le poinct auquel tout se termine, et comme la fin à laquelle tout se doit referer, puis qu' il a pleu à Dieu mesme y prendre origine et s' y enclorre, s' y terminer et s' y referer luy-mesme.

Or comme de ce nouuel estre suit ce nouuel ordre, ainsi de cét

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ordre nouueau suit vn changement et nouueauté en la conduitte de la prouidence diuine. Car ce n' est plus le ciel qui regit la terre, mais c' est la terre qui regit le ciel ; et le premier mobile n' est plus és cieux, mais en la terre, depuis que Dieu s' est incarné en terre. Car c' est Dieu incarné qui est maintenant le premier mobile ; et le premier ciel qui mouuoit tous les autres, a changé d' ordre et de place, et n' est plus que le second mobile : mesme l' ordre, l' estat et la situation des parties principales du monde, est renuersé par le renuersement que Dieu a faict au regard de luy-mesme en ce mystere. Car le ciel n' est plus par dessus la terre, mais vne terre est par dessus tous les cieux, c' est à sçauoir, la terre de nostre humanité viuante en Iesvs-Christ :

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et cette heureuse portion de terre ainsi transportée dans le ciel, ainsi éleuée par dessus tous les cieux, et ainsi subsistante au verbe eternel, est vn nouueau ciel immobile en soy-mesme et mouuant tout ; et est vn nouueau centre de l' vniuers, auquel tend toute creature spirituelle et corporelle. Centre et ciel tout ensemble : ciel, qui contient tout en sa grandeur et en son eminence : centre, qui rassemble tout en son vnité, et tire tout par sa vertu et par sa puissance : centre fixe de l' vniuers, posé non au milieu du monde, mais au plus haut du monde ; non au plus bas de la terre, mais au plus haut des cieux, par vn estrange changement et renuersement en l' ordre de la nature, qui rend hommage au nouuel

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estat du verbe eternel, et au renuersement (si on peut vser de ce mot) que nous adorons en l' autheur de la nature, comme prenant vne nouuelle nature, en laquelle s' oubliant soy-mesme, abbaissant sa grandeur, il establit le nouueau et sacré mystere de l' incarnation, qui change, qui renuerse, qui renouuelle tout en l' ordre de la nature et de la grace. De fait nous voyons que cét admirable changement qui se fait en la terre, de la terre passe au ciel, et du ciel aux hierarchies celestes. Car ce n' est plus l' ange qui regit les hommes, ou le premier ange qui regit les esprits celestes ; mais c' est vn homme qui gouuerne tous les hommes et tous les anges ; et l' ordre des hierarchies est innoué par cette innouation d' estre, de puissance et de vie

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en la nature humaine. Et au lieu que les anges alloient prendre leurs ordres, et receuoient leurs mandements et leurs illustrations diuines de leurs chefs, et leurs chefs les prenoient du premier d' entre eux : maintenant eux tous, et mesme le premier des anges, les prend en terre d' vn homme, et d' vn homme enfant, et d' vn enfant de trois ans, de trois mois, de trois iours : et les anges apprennent mesme des hommes adherents et seruants à cét homme dieu, de pauures pescheurs, d' hommes idiots et ignorants, par ce seulement qu' ils sont ses suiuants et ses apostres ; les anges, dy-je, esprits du tout intellectuels, et esprits establis en gloire apprennent d' eux humblement en la terre les secrets de la puissance diuine, et

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de l' humble et mysterieuse oeconomie de l' incarnation, que dans le ciel et en la lumiere de la gloire ils ne cognoissent pas en son estenduë, et en toutes ses merueilles. Ce qui a donné suiet à l' apostre, parlant de ce mesme mystere, de dire, qu' il a charge d' annoncer la gloire et les richesses incomprehensibles de Iesvs-Christ ; et de publier le mystere caché de tout temps en Dieu, afin que la sapience de Dieu soit manifestée aux puissances et aux principautez par l' eglise, etc...

Mihi omnium sanctorum minimo data est gratia haec in gentibus euangelizare inuestigabiles diuitias Christi, et illuminare omnes, quae sit dispensatio sacramenti absconditi à saeculis in Deo : vt innotescat principatibus et potestatibus per ecclesiam multiformis sapientia Dei, etc...

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Il y a mesme changement en la conduitte et en l' exercice de la prouidence diuine, en ce qu' elle ne regardoit auparauant que ce qui est hors de Dieu, et n' auoit égard qu' à son palais, et sur sa basse cour (s' il nous est permis d' ainsi parler de choses si grandes, si dignes et si éleuées par dessus nos paroles et nos intelligences) et la partie principale de cette prouidence, qui est la predestination, ne disposoit que de l' ange et de l' homme, c' est à dire, de la nature intellectuelle, capable de le cognoistre et seruir.

Mais depuis que cét ordre des ordres, et que cét estat de l' vnion hypostatique a esté ordonné de Dieu en son sacré conseil, sa prouidence entre en vn soin bien plus digne, en vn pouuoir bien plus éleué, et en vne occupation bien

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plus grande et honorable qu' auparauant.

Car Dieu mesme comme homme veut entrer dans le ressort de la iurisdiction de cette prouidence : et comme il a tenu conseil lors qu' il a voulu creér l' homme, et a dit, faciamus hominem, selon le texte de la genese ; il a aussi tenu conseil pour faire que l' homme soit Diev : ce qui est vn ouurage bien plus excellent, et qui se termine et aboutit à Dieu mesme. Et en vertu de ce grand et secret conseil que Dieu a tenu sur l' accomplissement de ce nouueau mystere, sa prouidence entre en exercice sur vn si grand suiet : elle delibere sur l' incarnation du verbe eternel ; elle traitte de la naissance temporelle du fils vnique de Dieu ; elle le regarde comme entrant en ce mystere ; elle l' assiste en sa vie nouuelle

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et mortelle ; elle l' accompagne dans ses voyages ; elle dresse sa maison et sa famille en la terre ; elle ordonne de ses estats, de son pouuoir, de ses priuileges.

Prenons ce poinct de plus haut, et nous éleuons à contempler humblement et fixement la diuinité en elle-mesme, et en son sacré conseil sur le supréme de ses oeuures. De toute eternité la pensée, le regard et l' amour sont en Dieu, au regard de Dieu mesme : mais son conseil n' est en luy qu' au regard de ses creatures, et il ne delibere que de ses seruiteurs. Car la grandeur de sa propre essence, la condition heureuse de son estre tout spirituel et intelligent, le diuin estat de sa vie supréme et immuable, luy donne la cognoissance et l' amour de soy-mesme ; mais elle

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ne luy donne pas necessairement aucun exercice et fonction hors de soy-mesme : il suffit à soy, et il n' a pas besoin d' agir et faire quelque chose au dehors pour s' occuper : et par cette pensée, par ce regard, par cét amour qu' il a sur soy, comme sur son vnique obiect, vniquement digne de luy ; il est suffisamment, pleinement et diuinement occupé de soy dans soy-mesme ; il ioüit heureusement de la grandeur et felicité de son estre ; il produit en son sein les personnes qui sont originées dans la trinité ; et elles n' ont pas besoin d' en partir, puis que cette demeure, qui suffit à leur naissance et production, suffit aussi à leur eternelle felicité. Dieu doncques est ainsi viuant, et heureux eternellement en l' vnique pensée, en l' vnique

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amour, et en l' occupation heureuse, que luy donne necessairement la grandeur, la plenitude, la foecondité de sa propre essence : là où hors de soy il ne produit que ce qui luy plaist, et quand il luy plaist : et son conseil ne traitte que de ses oeuures, et sa prouidence n' ordonne et ne dispose que de ses creatures.

Mais par l' estat de ce nouueau mystere le conseil de Dieu a vn plus nouueau et vn plus digne obiect : car il ne traitte pas seulement des couronnes de la terre, ou mesme de celles du ciel, comme il faisoit auparauant ; mais il delibere maintenant sur cette nouuelle vnité qu' il establit pour iamais entre les deux natures, l' vne diuine, l' autre humaine : il delibere sur la personne de son fils vnique, lequel il veut donner au monde

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pour le salut du monde : et il delibere sur la communication ineffable qui doit estre entre Dieu et la nature humaine. ô grandeur ! ô dignité nouuelle dans le conseil de Dieu ! Iamais ce haut, ce secret et ce sacré conseil de la diuinité n' a esté tant éleué, tant honoré et occupé qu' en la disposition de ce diuin mystere : et il n' a iamais esté si adorable et incomprehensible qu' en l' establissement de cét estat supréme. Ne voyons nous pas comme il ne traitte point icy de tirer vn monde hors du neant ; mais de reduire en vne certaine maniere à l' estat du neant l' autheur du monde ? De couurir son verbe eternel par qui toutes choses sont faittes, de nostre foiblesse et impuissance ? De tirer le fils vnique de Dieu, du sein de son pere, et l' abbaisser iusques

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dans l' estre humain et creé, et iusques dans le neant de nostre mortalité ? Ne voyons-nous pas comme il ne traitte point icy d' exercer le pouuoir et la iustice de Dieu sur la poudre et la cendre, mais sur vn homme-Diev ? Et qu' il ne traitte pas comme autresfois dans le paradis terrestre, de condamner le pecheur à la mort ; mais de liurer le fils vnique de Dieu à la puissance des tenebres, à l' opprobre de la croix, à l' horreur de la mort, suiuant les paroles que la presence des soldats a tirées de sa bouche sacrée : ceste-cy est vostre heure et la puissance des tenebres ? Ne voyons-nous pas comme il ne traitte point icy de donner grace au coulpable, mais de donner la grace de l' estre increé à cette humanité ; grace supréme, diuine et infinie, et l' origine

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de toute grace ? Au lieu donc que les anges et les hommes ne sont appellez et ordonnez qu' à la seruitude et adoption diuine comme au comble de leur grandeur et felicité ; et que la predestination iusques à present n' a point esté employée à chose plus haute et plus éleuée ; il y a maintenant vn homme appellé de Dieu à chose incomparablement plus digne et plus haute ; il y a vn fils de l' homme predestiné à la filiation diuine ; il y a vn Iesvs fils de l' homme qui est predestiné fils de Dieu en vertu, selon les paroles de son apostre. Et c' est le plus haut poinct duquel ordonnera iamais le sacré conseil de la predestination, auquel rien ne peut estre proposé de plus grand que ce diuin estat de l' vnion hypostatique : comme aussi

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il n' y a point de vocation plus grande, d' élection plus certaine, de charité plus accomplie, que celle par laquelle l' humanité estant appellée et éleuée au thrône de la diuinité, Iesvs-Christ fils de Marie est à l' égal de Dieu estably pour iamais à sa dextre et à sa gloire.

Mais nos paroles sont trop foibles pour exprimer choses si grandes.

Escoutons l' oracle de son siecle, le plus excellent des docteurs, au plus excellent de ses liures polemiques ; le docteur choisy par le fils de Dieu pour la defense de sa grace, qui est l' effet et la fin de son incarnation, et le suiet de la predestination des éleuz : ie veus dire sainct Augustin, lequel parlant de la predestination du sainct des saincts, et de tous les saincts en luy, dit ces paroles : ipsum dominum

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gloriae in quantum homo factus est Dei filius, praedestinatum esse dicimus.

Clamat doctor gentium in capite epistolarum suarum : Paulus seruus Jesv-Christi, vocatus apostolus, segregatus in euangelium Dei, (quod antèpromiserat per prophetas suos in scripturis sanctis) de filio suo, qui factus est ei ex semine Dauid, secundùm carnem : qvi praedestinatvs est filivs Dei in virtute secundùm spiritum sanctificationis ex resurrectione mortuorum. Praedestinatus est ergo Iesvs, vt qui futurus erat secundùm carnem filius Dauid, esset tamen in virtute filius Dei secundùm spiritum sanctificationis, quia natus est de spiritu sancto et virgine Maria.

Jpsa est illa ineffabiliter facta hominis à deo verbo susceptio singularis, vt filius Dei et filius hominis simul ;

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filius hominis propter susceptum hominem, et filius Dei propter suscipientem vnigenitum Deum veraciter et propriè diceretur, ne non trinitas sed quaternitas crederetur. Praedestinata est ista naturae humanae tanta et tam celsa et summa subuectio, vt quo attolleretur altiùs, non haberet : sicut pro nobis ipsa diuinitas quousque se deponeret humiliùs, non habuit, quàm suscepta natura hominis, cum infirmitate carnis vsque ad mortem crucis.

Nous disons que le seigneur de gloire, entant que l' homme est fait fils de Dieu, est predestiné.

Le docteur des gentils le publie hautement à l' entrée de ses epistres.

Pavl, seruiteur de Iesvs-Christ appellé à estre apostre, et choisy pour annoncer l' euangile de Dieu (lequel il auoit auparauant promis par ses prophetes és

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sainctes escritures) touchant son fils qui luy a esté fait de la semence de Dauid selon la chair : qvi est predestiné fils de Diev en vertu, selon l' esprit de sanctification, par la resurrection des morts. Iesvs donc est predestiné, afin que celuy qui deuoit estre selon la chair fils de Dauid, fut toutesfois en vertu, fils de Dieu selon l' esprit de sanctification, estant né du sainct esprit et de la vierge Marie. C' est cette singuliere susception par laquelle le dieu verbe a pris l' homme à soy d' vne maniere ineffable, afin qu' il fust dit vrayement et proprement le fils de Dieu et le fils de l' homme tout ensemble, fils de l' homme, à cause de l' homme qui est pris par le Dieu verbe ; et fils de Dieu, à cause de Dieu fils vnique qui le prend et

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vnit à soy, de peur qu' on ne creust non la trinité, mais vne quaternité.

Cét éleuement de la nature humaine est predestiné à estre si haut, si grand et supréme, qu' il n' y a rien de plus haut où elle eust peu estre éleuée, ainsi que la diuinité n' a eu rien de plus bas où s' abbaisser pour nostre amour, que cette nature humaine prise auec les infirmitez de la chair iusques à la mort de la croix.

Or en ce changement arriué par le mystere de l' incarnation dans l' ordre et l' exercice de la prouidence, et au conseil de Dieu sur la predestination, nous apprenons vn secret du conseil de Dieu, nous découurons vne proprieté de son essence, et nous remarquons vne tres-notable difference entre son estre et son estat, entre son cabinet et

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son conseil (s' il nous est permis ainsi parler de choses ineffables, et d' exprimer les grandeurs diuines par quelque sorte d' analogie et proportion des grandeurs humaines) car Dieu en son cabinet n' est occupé que de soy-mesme et auec soy-mesme : et ce cabinet est proprement le sein du pere, qui n' est remply que de l' estre de Dieu, et où il n' y a que les personnes diuines ; et où Dieu sainctement occupé en la pensée et en l' amour de soy-mesme, ne sort point hors de soy ; car il est l' vnique obiect de cette occupation, et il demeure en soy par la proprieté de ses actions internes, vitales et immanentes.

Mais Dieu entrant en son conseil, semble sortir comme hors de soy et de son cabinet, par l' estat et la condition des choses qui s' y traittent,

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veu que c' est le propre du conseil de Dieu de ne deliberer et pouruoir qu' à ce qui est hors de Dieu : et Dieu entre dans son conseil pour ordonner des affaires de son estat et de son empire, et pour traitter de ses creatures mesme auec ses creatures. Et au lieu qu' il ne traitte en son cabinet qu' auec les personnes diuines, dans son conseil il entre souuent en traitté et en deliberation auec ses creatures mesme, comme les sainctes lettres le nous témoignent : et par ainsi, il semble comme sortir au dehors, et entrer en condition inégale à soy-mesme. Mais en ce conseil nouueau qui se tient sur le sacré mystere de l' incarnation, nous voyons et vne sortie heureuse et vne rentrée admirable de Dieu en soy-mesme ; en l' honneur de laquelle

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nous deuons referer et consacrer toutes les sorties de nostre ame, et ses rentrées en Dieu. Car il semble que Dieu sorte comme hors de soy en ce suiet par vne nouuelle maniere, qui porte le fils de Dieu à qualifier ce mystere du nom de sortie : car il sort de sa grandeur pour entrer en nos miseres ; il sort de son eternité, pour entrer en vn estre mesuré par le temps, et limité par le cours du soleil ; il sort de son immortalité, pour entrer en nostre mortalité ; et il s' oublie soy-mesme, pour entrer si auant dans la bassesse de l' estre creé, et s' vnir à sa creature si estroittement, que Dieu est homme, et l' homme est Dieu. Et partant comme il sort en quelque maniere hors de soy, il rentre aussi comme en soy-mesme par ce

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nouueau conseil et ce nouueau mystere : car traittant d' vn mystere qui contient et enclot Dieu en soy-mesme, il traitte par consequent, il ordonne et delibere, non sur les creatures, mais sur soy, puis qu' il est l' autheur supréme et le suiet admirable de ce sacré conseil, et de ce tres-haut mystere. Et le verbe eternel sortant comme hors de soy, pour entrer en l' operation de cét oeuure, laquelle luy est commune auec les autres personnes diuines, et est du nombre de celles que les theologiens appellent operations de Dieu hors de luy-mesme ; il rentre comme en soy-mesme d' vne maniere qui est propre et particuliere à sa personne, en accomplissant heureusement ce mystere, et en le terminant diuinement de sa propre subsistence.

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Et associant par ce moyen nostre humanité à sa personne diuine, il la fait rentrer en son pere, et y rentre luy-mesme en elle, et par elle, d' vne nouuelle maniere, par l' estat substantiel de sa personne, et de sa filiation diuine : laquelle estant non seulement relatiue, mais toute relation à son pere, elle faict que Diev-homme est en vn estat perpetuel de relation au pere ; estat diuin, incomprehensible et ineffable, qui porte vnité supréme, intimité profonde, et repos inuariable au pere eternel. Et par ainsi, en contemplant cét oeuure, nous voyons, nous suyuons et nous adorons Dieu eternel, et comme sortant hors de soy-mesme, et comme rentrant en soy-mesme par ce nouueau conseil et par ce diuin mystere.

D' où s' ensuit que Dieu en la

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circonference de ses oeuures, et au mouuement de ses conseils est comme vn cercle admirable qui se forme, en finissant au mesme poinct duquel il est party en commenceant.

Car Dieu produit toutes choses par son verbe, et le verbe est le principe par lequel se fait la creation du monde, qui se termine en la production de l' homme, comme au dernier des oeuures de Dieu : Dieu donc vnissant la nature humaine à son verbe ; vnit et conioint par ce moyen le dernier de ses oeuures au principe de ses oeuures.

Et dailleurs, cette nature humaine estant l' abbregé de l' vniuers, et le suiet auquel par les diuers degrez et conditions de son estre, toutes les creatures sont recapitulées ; il est euident que lors qu' elle est vnie à Dieu, l' vniuers mesme qui est sorty

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de Dieu, retourne à Dieu, estant reüny et conioinct à Dieu en elle par ce diuin mystere. Et Dieu se resoluant dans ses conseils non seulement à créer le monde par sa puissance, mais aussi à le renouueller par son amour ; le verbe, qui est le principe de cette creation, est le terme admirable auquel s' accomplit heureusement et se termine cette renouation par l' vnion ineffable de sa personne diuine à la nature humaine : et en luy se retrouuent non seulement comme en leur principe et origine, mais aussi comme en leur repos et consommation, toutes les creatures nouuelles du monde nouueau. Que si nous éleuons nos esprits plus haut en la pensée des productions diuines ; nous verrons que non seulement Dieu opere et

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produit hors de soy ce grand vniuers et ces creatures excellentes : mais qu' il opere aussi et produit dedans soy-mesme des personnes diuines : et que ces productions sont d' autant plus hautes et admirables que Dieu excede en infinité toutes les choses creées. Or la premiere operation de Dieu c' est la production de son verbe, et la derniere operation de Dieu est l' incorporation de ce mesme verbe en la nature humaine. La premiere donc operation de Dieu est iointe à sa derniere operation en la personne du mesme verbe, lequel est fait chair, et termine les oeuures et les conseils de Dieu en terminant cette humanité par le diuin mystere de l' incarnation. Et partant nous auons et nous adorons vn dieu produisant en soy-mesme, et y

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produisant son verbe, qui est sa premiere production ; et nous auons et adorons le mesme Dieu comme produisant hors de soy-mesme, et produisant l' homme qui est sa derniere production et le dernier ouurage de ses mains au dernier des six iours employés à creér et former le monde. Et c' est ce mesme Dieu qui rameine, qui reduit, qui rapporte tout à soy-mesme, en voulant, ordonnant et faisant que la nature humaine soit accomplie et terminée par la subsistence de son verbe ; que la creature soit iointe au createur, et l' homme à Dieu en vnité de personne ; et que dans cét oeuure incomparable de nostre createur et recreateur, tout retourne au mesme poinct d' où il est party, c' est à dire à Dieu. En

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la contemplation donc de nos mysteres regardons Dieu comme vne sphere admirable, non pas seulement au sens que la lumiere mesme de la philosophie payenne l' a recogneu, mais encore en vn sens bien plus haut et plus éleué, que la lumiere de la foy nous enseigne et reuele. Car Dieu est vne sphere en son essence, en sa cognoissance et en sa prouidence, qui a son repos dans son propre centre, et n' a mouuement que dans soy-mesme (si nous pouuons vser de ce terme en parlant d' vn estre parfaittement immuable) car n' y ayant en cét estre diuin, qui est tout acte, tout esprit, et tout intelligence, que la veuë qu' il a et de soy-mesme et des choses creées ; la veuë et la cognoissance qu' il a de soy-mesme, est l' emanation de son

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fils ; et la veuë qu' il a de ses creatures, est le suiet de sa disposition, et l' establissement de sa prouidence : c' est à dire, la premiere veuë donne origine à ses emanations ; et la seconde donne lieu et matiere à ses conseils. Or en l' vn et en l' autre nous voyons que Dieu est comme vn cercle admirable. Car les emanations diuines comme elles procedent de Dieu, aussi elles se terminent à Dieu en la production du sainct esprit, qui est Dieu comme le pere et le fils qui le produisent ; et les conseils de Dieu, comme ils partent de Dieu, ils retournent à Dieu en la deliberation qu' il tient d' vnir vne essence creée à vne personne increée, et d' establir au monde cette admirable vnité, qui est le centre et le dernier poinct qui arreste et termine

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tous ses conseils, selon les escritures lesquelles nous témoignent qu' il a fait tout en son fils, par son fils, et pour son fils. Ainsi Dieu est tousiours luy-mesme, c' est à dire, Dieu est tousiours infiny et ineffable ; Dieu est tousiours aimable et tousiours adorable ; Dieu est tousiours aimable et admirable en luy-mesme, et en ses conseils, et en ses oeuures ; et notamment en l' oeuure de ses oeuures, au conseil de ses conseils, au mystere de ses mysteres, qui rompt le diuorçe et la desunion que le peché a mis entre Dieu et les hommes ; qui fait vne nouuelle alliance entre Dieu et nous, et bien plus forte et auantageuse que la premiere ; qui donne et produit au monde l' autheur du monde, et par vn secret ineffable fait Dieu homme, et fait que

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l' homme est Dieu en l' vnité adorable de la personne du verbe eternel auec la nature humaine.

Dont soit benit pour iamais le pere eternel qui ordonne, le sainct esprit qui opere, et le verbe diuin qui accomplit ce tres-sacré, tres-profond et tres-haut mystere de l' incarnation.

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CINQVIEME DISCOVRS

 

DE LA COMMUNICATION DE DIEU

 

EN CE MYSTERE .

Plvs les choses sont excellentes, et plus leur cognoissance est digne et souhaitable, et vaut mieux, dit le grand philosophe, cognoistre peu des choses

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grandes, que cognoistre beaucoup des choses moindres. Ne plaignons pas doncques vn peu de temps à penetrer dauantage dans les secrets de nos mysteres, et à cognoistre la grandeur de celuy-cy, qui est le chef-d' oeuure de Dieu, le secret de ses secrets, l' epitome et l' abbregé de tous ses mysteres : et qui est vn mystere eternel, en la foy duquel la terre est occupée, et en la veuë duquel le ciel est bien-heureux. Or en la contemplation d' iceluy, il y a plusieurs poincts grands et hauts, qui seroient tous bien dignes de consideration tres-particuliere. Le premier qui se rencontre aux yeux de la foy et de l' eglise, c' est le verbe qui se fait chair : le second, c' est cette chair et humanité qui est vnie au verbe : le troisiéme, est

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la subsistence de ce verbe qui est le lien de cette vnité : le quatriéme, est la nature de ce verbe, qui est la diuine essence, laquelle en cette personne, et par cette personne est vnie à la nature humaine : le cinquiéme est, qu' en cette diuine essence y ayant pluralité de personnes, le verbe seul entre les personnes diuines est le lien sacré, le lien substantiel, le lien personnel qui vnit Dieu auec l' homme.

Mais il nous suffira en ce discours de contempler le verbe diuin et en luy-mesme et en cét oeuure, duquel il fait la partie principale, s' il faut parler ainsi, voire dont il est comme le tout : car il est la source viue et perpetuelle de toutes ses excellences et grandeurs : il est le firmament de tous ses pouuoirs et priuileges : il est la cause

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influante de ses dons, de ses graces et de ses préeminences : et il est le ciment admirable de l' estat supréme de ce diuin mystere.

Le verbe eternel est produit et produisant en la tres-saincte trinité ; ce qui ne conuient qu' à luy seul : il a sa source, sa vie et son repos en l' vnité du pere eternel, qui seul est pere et principe de ce verbe : il reçoit de luy en sa generation l' vnité de son essence : il est le fils vnique du pere eternel, comme épuisant toute la puissance de son pere à engendrer : il produit auec luy non en diuersité, mais en vnité de principe (ce qui est ineffable) la troisiéme personne de la trinité : et en cette sienne production il a son terme en l' vnité du sainct esprit, auquel s' arreste et se repose le mouuement

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sans mouuement des emanations diuines comme en vn centre d' amour et d' vnité. Et cette vnité procedante du pere et du verbe, vnit ce verbe encore auec le pere d' vne sorte d' vnité distincte des precedentes : car cette vnité produite est l' vnité du sainct esprit reclamée en toutes nos inuocations et prieres, qui est en la proprieté de sa personne, le lien, l' amour et l' vnité du pere et du fils.

Par ces veritez qui sont non subtiles mais solides, et sont autant d' articles de foy en la doctrine du tres-haut mystere de la trinité ; nous voyons que le verbe diuin est tout enclos dans les vnitez diuines ; nous l' adorons au milieu d' icelles, comme en vn thrône où il a son estre et sa vie, son repos et sa gloire de toute eternité ;

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et nous le recognoissons tres-propre à estre le principe et le suiet du plus haut mystere d' vnité qui puisse estre operé par la bonté, la puissance et la sagesse diuine.

Ce que pour mieux entendre, considerons que le verbe eternel, comme tenant le milieu entre le pere et le sainct esprit en l' ordre des personnes diuines, il reçoit comme le sainct esprit, l' vnité de la diuine essence ; et il produit comme le pere, l' vnité du s.. esprit. Qui sont deux vnitez virtuellement distinctes, et toutes deux considerables en la personne du verbe ; en ce que l' vne est en son essence, et l' autre est en la personne dont il est le principe : l' vne est primitiue et originaire (car toutes les vnitez ont leur rapport à l' vnité de la diuine essence comme à la premiere)

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et l' autre est procedante et originée : l' vne n' est ny produite ny produisante, mais l' autre est produite et constituante dans la trinité vne personne diuine, laquelle est produite comme vnissante les deux autres personnes entre-elles d' vn lien digne de leur estre et grandeur, d' vn lien eternel, diuin et personnel.

On disoit d' vn ancien qu' il peignoit ce qui ne se pouuoit pas peindre, et accomplissoit tellement ses ouurages, qu' il donnoit vie et mouuement à ses traits, et animoit ce qui est inanimé, tant ils vouloient le nous feindre excellent à surmonter l' art, la nature, et soy-mesme. Ce qu' ils attribuoient à ce peintre fameux par vn excés de paroles, conuient proprement et veritablement au

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fils vnique de Dieu, et à bien autre meilleur tiltre, et en vn suiet bien different. Car le fils de Dieu se contemplant soy-mesme a voulu d' vn vouloir et pouuoir commun aux personnes diuines, se pourtraire au vif et au naturel ; et comme estant le meilleur peintre de l' vniuers, et le plus excellent ouurier, a voulu peindre ce qui semble ne se pouuoir pas peindre, en formant dans ce mystere et y representant la premiere, la plus viue et la plus expresse image du pere eternel. Car le verbe se voyant estre proprement l' image que le pere a formé de soy-mesme dans soy-mesme, il a voulu aussi se peindre et se figurer luy-mesme en vn oeuure de ses mains, lequel estant commun au pere et au sainct esprit, ie l' attribuë au verbe par

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vne sorte d' appropriation fondée en la singularité de ce mystere.

Et comme le fils est l' image viue et l' idée parfaitte de son pere en la diuinité, il veut estre en ce sien oeuure comme l' image viue et parfaitte de soy-mesme. Et selon les propos precedents, y ayant deux vnitez virtuellement distinctes qui le regardent, et qui luy ont vn rapport si particulier ; l' vnité d' essence qu' il reçoit, et l' vnité de la personne qu' il produit eternellement ; il veut honorer ces deux vnitez siennes en vn oeuure et en vn conseil d' vnité singuliere : il les veut comme peindre et pourtraire au vif en l' vnique de ses oeuures : et veut que ce sien mystere en son estat et en ses circonstances leur soit comme vn espece de tribut honoraire. Tellement que

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comme nous voyons qu' en l' eucharistie il est luy-mesme la figure et l' image de luy-mesme au caluaire, et par sa presence establie en ce sacrement et sacrifice mysterieux sur l' autel de l' eglise, il honore incessamment le grand sacrifice qu' il a fait de soy-mesme sur l' autel de la croix : aussi en ce rare oeuure, le premier et le supréme de ses mysteres, il veut estre comme l' image viue de soy-mesme en l' eternité ; et il veut estre luy-mesme honorant et representant son estre et son estat en la diuinité dans le nouuel estre et estat qu' il daigne prendre en nostre humanité.

C' est pourquoy, comme il est procedant dans l' eternité, et le premier procedant du pere, que s.. Denys appelle deïté fontale et

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originelle ; il veut aussi estre comme procedant en la plenitude des siecles, il y veut prendre et auoir vn nouuel estre en l' honneur de l' estre increé qu' il reçoit de son pere ; il veut faire vn mystere en soy, dans lequel il soit regardant et honorant luy-mesme le mystere de sa procession eternelle ; et il veut consacrer à l' honneur de la premiere emanation diuine, le premier, le plus grand, le plus inenarrable de ses oeuures et mysteres. Et y ayant distinction en la proprieté des emanations diuines ; comme l' emanation du verbe a cela de propre, qu' il est engendré du pere, qu' il est procedant de luy comme pere et comme engendrant, qu' il est constitué par naissance et filiation eternelle dans l' ordre des personnes diuines : aussi veut-il estre engendré

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dedans les siecles, il veut entrer au monde par naissance, et non par autre voye, qui sembleroit en apparence plus seante à sa grandeur, il veut estre vrayement fils de l' homme comme il est fils de Dieu, il veut receuoir de sa mere en la terre vne essence temporelle, et se la conseruer eternellement en l' honneur de l' essence eternelle qu' il reçoit de son pere.

Et dautant que cette essence est vne en la trinité des personnes, il s' vnit aussi à vne seule essence en espece et en nombre pour honorer en l' ordre des choses creées, et imiter en l' vnité de cette nature deïfiée en luy, l' vnité d' essence qui est en la diuinité : afin que comme il n' y a qu' vne essence diuine, il n' y ait aussi qu' vne essence deifiée, qui honnore par ce nouuel

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estat, et par ce parfaict rapport, l' vnité de l' essence qui subsiste en la tressaincte trinité. Et si nous contemplons le verbe non seulement comme Dieu, mais comme Dieu produict et engendré, c' est à dire en la proprieté de sa personne, nous recognoistrons qu' il est proprement, substantiellement et personnellement viuant, et que par la vertu et qualité de sa procession il est produit comme viuant ou plustost comme vie, et comme vie qui est source de vie au regard de la personne du sainct esprit qui procede de luy. Car ce verbe est procedant du Dieu viuant comme son fils viuant, et comme receuant de luy sa propre vie, et comme produisant auec luy la vie et l' amour du sainct esprit. Le verbe donc selon

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sa notion propre est vie et est principe de vie, et il est principe de vie d' amour. C' est pourquoy il a voulu estre viuant d' vne vie nouuelle comme il est viuant d' vne vie eternelle : et s' vnissant à nostre humanité, il a voulu constituer par soy-mesme auec elle et dans elle vn mystere de vie, d' amour et d' vnité, et estre luy-mesme vne nouuelle vie dans l' vniuers, comme il est vie dans le sein de son pere. Et il a voulu estre dans les siecles vn nouueau principe de l' esprit de grace et d' amour, comme il est principe incessamment produisant le sainct esprit dedans l' eternité.

Conduisons plus auant ceste pensée, et voyons en cét oeuure comme le fils de Dieu a voulu faire encore reflexion sur soy-mesme,

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c' est a dire sur son vnique et intime operation dans l' eternité, qui est la production du s.. esprit. Car voyant que ceste personne produitte est le lien des personnes diuines, il veut que sa personne produisante soit le lien de l' estre diuin et humain tout ensemble. Et comme ce sainct esprit, ceste personne procedante de luy en la trinité saincte, est le lien tellement vnissant les deux personnes diuines ensemble, qu' elles sont parfaictement vnies en l' vnité du sainct esprit, et ce nonobstant elles sont perseuerantes en leur distinction et pluralité personnelle : aussi a-t' il voulu que sa personne propre soit le lien sacré qui vnit tellement les deux natures ensemble qu' elles sont perseuerantes en leur distinction et proprieté naturelle,

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et sont parfaictement vnies en vnité de personne sans confusion, sans diuision aucune, comme parlent les saincts conciles.

De sorte que comme au premier de nos mysteres, nous auons et nous adorons vne personne diuine vnissante les deux personnes ensemble : aussi dans le second de nos mysteres nous auons et nous adorons vne personne diuine, vnissante les deux natures ensemble, dont l' vne est diuine, et l' autre est humaine. Ce qui va regardant, adorant, et imitant l' vnité du sainct esprit, qui est la troisiéme personne en l' ordre de la trinité saincte, et qui en sa proprieté est le lien eternel des deux personnes dont il est procedant, et dont il est l' amour personnel et l' vnité sacrée. Concluons donc,

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et disons que contemplants le verbe diuin, ou en son emanation, ou en sa personne, ou en sa production eternelle ; c' est à dire, en tous les poincts ou nous le pouuons contempler dedans la diuinité ; nous le voyons singulierement exprimé et viuement representé par l' estat et les qualitez de ce diuin mystere, lequel a vn parfaict rapport à ce qui est ineffable dans l' eternité, et est vn pourtraict de Dieu comme au naturel.

Par ces pensées prises en la source de vie et en l' estre propre du verbe eternel, nous le contemplons comme en son thrône et en sa grandeur, et nous le suiuons d' esprit comme descendant en nostre humanité. Mais nous remarquons que les autres personnes diuines demeurant dans le

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ciel et dans la gloire, il s' abbaisse seul en la terre, pour estre seul reuestu de la nature humaine : ce qui n' est pas sans fondement dans les conditions propres de sa personne.

Car nous auons expressément remarqué, qu' il est non seulement procedant dans l' eternité, ce qui luy conuient auec le s.. esprit ; mais qu' il est le premier procedant, ce qui luy est propre et particulier : or comme en ceste qualité il est le premier qui reçoit la diuinité, qui doit estre communiquée au monde, il veut estre aussi le premier qui nous la vient donner : et nous voyons qu' il est le premier descendant du ciel en habit emprunté pour se donner au monde. Car le s.. esprit ne descend point en la terre pour y exercer vne puissance visible et manifeste qu' apres ce mystere, et apres que

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le fils de Dieu a consommé sur la terre toutes les manieres selon lesquelles il a voulu se donner à nous par les diuers mysteres de sa vie et de sa croix, en laquelle comme en vn holocauste il luy a pleu se consommer soy-mesme en l' excez de son amour, pour renaistre comme vn phenix en vne nouuelle vie, vie celeste et immortelle, vie qui nous prepare à l' immortalité.

Comme donc le verbe eternel est le premier qui reçoit ceste diuinité qui doit estre communiquée au monde, il est le premier qui la vient donner au monde. Et comme il est l' vnique qui la reçoit et qui la donne tout ensemble dans l' eternité, il veut aussi estre l' vnique qui la donne substantiellement, en se donnant soy-mesme personnellement à nostre humanité.

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Ainsi ce mystere a fondement dans les conditions propres du verbe eternel : ainsi le verbe est porté par soy-mesme, et non seulement par le vouloir de son pere, à se donner au monde par vne voye si rare et singuliere : ainsi il daigne regarder nostre foiblesse pour l' appuyer, nostre bassesse pour l' éleuer, et nostre humanité pour l' espouser.

Or comme il s' abbaisse à nous et à nos miseres, aussi deuons nous nous éleuer à luy et à ses grandeurs pour les cognoistre et les adorer. Ne plaignons donc pas vn peu de temps à considerer les grandeurs du fils vnique de Dieu, d' autant plus qu' il semble les oublier pour s' abbaisser en nostre humanité.

Or il a ses grandeurs, et grandeurs eternelles par sa naissance :

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considerons donc par vn esprit d' honneur et d' amour enuers luy, ceste primauté de naissance et d' origine qui conuient au verbe : car elle dict chose grande, incomprehensible à l' homme, adorable de tout esprit créé, et fondamentale à ce mystere : elle met vne distinction, vne realité, vne proprieté admirable dans l' eternité, et dans l' estre pur et simple de Dieu : elle constitue vne personne eternelle en la diuinité : elle porte puissance productiue de la troisiéme personne diuine : ce qui luy rend propres les paroles graues et profondes du grand sainct Hilaire : diuinitatis sacramentum, natiuitatis natura consummat. Car cette naissance formant le cercle des emanations internes, comprend la fecondité de Dieu, et elle ferme et

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enclot le mystere de la trinité, dans l' efficace de sa production : puis que comme sa procession est la premiere des processions, sa production est la derniere des productions diuines.

Ces choses sont de grand poids à qui les sçait bien comprendre, et meriteroient bien vn plus long discours. Mais passons plus outre, et approchons de plus pres nostre mystere : et disons que ceste naissance du verbe eternel luy donne droict à beaucoup d' vsages, d' offices, et d' actions dans la terre et dans le ciel, dans le temps, et dans l' eternité ; et regarde ce haut mystere de l' incarnation, comme sa figure et son image, et comme vn nouuel estat auquel le fils de Dieu est faict : primogenitus in multis fratribus, comme parle sainct Paul : qui est vne nouuelle

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primogeniture, laquelle va regardant, imitant et adorant sa primauté de naissance, en l' ordre des emanations diuines : qui est vne primauté eternelle laquelle est secrettement et premierement honnorée dans l' estat de la nature et de la loy, par les preeminences establies en faueur des premiers nez.

Car l' autheur de la loy et de la nature ne vise qu' à choses grandes dedans ces choses basses, il pense aux choses spirituelles, dans vne loy grossiere et charnelle : il pense aux choses diuines et eternelles dans les humaines et temporelles : et comme tousiours referant ses oeuures et ses loix à soy-mesme, il a dessein d' exprimer et d' honnorer par ces droicts et priuileges des enfants des hommes, les pouuoirs et les grandeurs de

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son fils vnique. Et me semble à proprement parler selon les intentions secrettes du pere eternel, que ces droicts et aduantages humains affectez aux aisnez, sont autant de marques d' honneur, et autant de tributs et de deuoirs rendus à la naissance diuine par la naissance humaine. D' autant que le pere eternel qui ne contemple et ne regarde que son fils, ou en son fils comme en son verbe et en son miroüer vnique ; regarde et honnore la naissance de Dieu dans la naissance de l' homme : et faict que la loy imparfaicte, et la nature muette recognoist tacitement dans les choses de Dieu, ce qu' elle n' est pas digne de cognoistre distinctement : et par l' intention de son autheur et legislateur, suppleant à son incapacité,

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elle rend ainsi honneur et hommage à la primauté de naissance et origine qui conuient à son fils vnique dedans l' eternité. Et afin que tout conspire à l' honneur de chose si haute, ce mesme fils vnique ainsi recognu et honnoré par la nature et par la loy, reçoit encores diuers noms en la saincte escriture, qui represente diuersement la grandeur de ceste naissance et procession inenarrable, selon le dire d' Isaïe, generationem eius quis enarrabit ? Ainsi il s' appelle orient dans les prophetes ; car il est vn soleil aussi bien que son pere : et vn soleil emané d' vn soleil : dont il est appellé le fils de lumiere par ceux-la mesme qui n' ont eu qu' vne simple ombre et vne bien obscure cognoissance de luy ; et par ceux encores qui estants

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ses enfants, sont nommez enfants de lumiere en ses escritures, ausquels il luy a pleu se reueler et manifester luy-mesme. Mais par cette emanation il a cela de singulier, qu' estant vn soleil comme son pere, il est vn soleil orient, ce que n' est pas son pere : et ce soleil que nous voyons se leuer et se coucher en nos iours n' est que son ombre et sa peinture : au lieu que ce soleil qui luit, selon sainct Iean, dans nos tenebres, et se leue en nos coeurs, est le vray orient que nous deuons tousiours regarder, que nous deuons tousiours adorer, et vers lequel aussi depuis sa naissance publiée au monde nos temples sont tournez, qui sont les lieux publics et solemnels de nostre adoration. Il est donc orient dans la diuinité, et il

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est orient dans l' eternité : car il est tellement orient, qu' il est sans commencement : orient donc eternel : mais lequel veut estre aussi nostre orient dans la plenitude des temps. Et ainsi comme vn nouuel orient en nostre humanité, il vient prendre son couchant dans nostre mortalité.

Semblablement il s' appelle fleur et germe, c' est à sçauoir fleur et germe de la diuinité : c' est le nom que la langue hebraïque luy donne dans Isaïe, qui luy est conserué en la riche et heureuse version de l' eglise : c' est le terme dont sainct Denys l' appelle en ces noms diuins ; ce qui luy conuient à bon droict et à iuste tiltre. Car la fleur est le premier ornement que le soleil donne à la nature lors que son cours l' éleue sur nostre hemisphere

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et l' approche de nous : la fleur est ce que l' arbre par sa vertu feconde pousse et produit le premier en l' amoenité du printemps, lors que la terre commence à estre couuerte et chargée de ses enfantements : la fleur est la premiere production de la nature, et c' est ce que le sein de la terre germe et éclot le premier par les douces influences du ciel. Aussi le verbe est la premiere emanation de Dieu : il est celuy que le sein du pere conçoit et produit le premier dans l' eternité : il est celuy qui procede le premier de ce tige sacré : il est le premier né de Dieu, ce disent mesme les platoniciens, l' ayant ainsi appris de nos sainctes lettres, où nous lisons qu' il est le premier fruict de la fecondité diuine.

Il a doncques voulu aussi,

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comme premier fruict, et comme premier fruict non de la terre, mais de la diuinité mesme, estre offert à la diuinité, et se mettre en estat d' estre presenté à Dieu comme en premice, pour tout ce qui est et sera à iamais procedant de Dieu.

Ie l' appelle fleur, germe et fruict tout ensemble : car ce qui est épars et diuisé dans les choses creées, est reüny en Dieu ; et le verbe est fruict quant à la perfection et maturité de sa procession : il est fleur quant à sa beauté, laquelle conuient proprement à sa personne, et est attribuée au verbe non seulement par nos docteurs, mais par les platoniciens mesme nos imitateurs, qui ont apperceu les ombres de nos mysteres dans leurs figures, et veu quelque chose de leur grandeur dans les enigmes de nos prophetes :

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et il est fleur et germe quant à sa puissance de produire vne seconde personne de la diuinité, d' autant que comme de la fleur et du germe vient le fruict ; ainsi du fils vient le sainct esprit, qui est la seconde personne procedante dans l' eternité.

Or de là vient vne notable distinction entre les deux personnes procedantes, qui est à propos de nostre discours, et nous fait tomber iustement dans le poinct et le centre de nostre mystere, et nous apprend vne des raisons principales pour laquelle le verbe et non le sainct esprit entre dans l' oeuure de l' incarnation, pour l' accomplir par son hypostase. Car le verbe estant viue source du s.. esprit, qui procede de luy aussi bien que du pere, et qui est appellé pour ce regard

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l' esprit du fils et l' esprit de verité ; il est referant au pere, et soy-mesme et cét esprit comme estant émané de luy : car c' est son propre et son estat dans l' eternité d' estre vn rapport éternel et substantiel de soy-mesme, et par consequent de tout ce qui procede de luy vers le pere eternel, comme vers le principe et la source de son estre et de tout estre originé. Au lieu que le sainct esprit qui est produit et non produisant dans la diuinité, n' a pas droict de referer le fils au pere, ny de le donner au monde : et s' il se fust vny à vn estre creé, il n' y auroit pas peu employer et appliquer l' operation du verbe comme chose sienne en cette maniere haute et singuliere. Car le verbe est produit du pere seul, et il n' est enuoyé que par son pere, et il n' opere

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que par luy, comme il ne reçoit que de luy son estre et sa vie.

Mais le fils vnique de Dieu estant le principe et la source du sainct esprit, il a pouuoir de le referer au pere ; il a pouuoir de le donner au monde, et de l' enuoyer à ses apostres ; il a pouuoir de l' appliquer à l' oeuure de ce sien mystere, et d' y employer son operation comme chose sienne en son origine : laquelle est le fondement de tout ce que le fils opere par le s.. esprit, entant qu' il luy donne et communique la vertu, la puissance et la diuinité par laquelle il opere. Ce qui oste toute indecence et imperfection en l' vsage de ces hautes paroles, et de ces fortes expressions par lesquelles nous auons designé le rapport qu' a le sainct esprit au fils en ses sainctes operations :

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dautant que ce qui n' est qu' auec imperfection dans les choses creées se retrouue par vne grande merueille sans imperfection dans les choses diuines et increées.

Car c' est merueille qu' en l' vnité et simplicité de Dieu il y ayt pluralité et pluralité sans diuision : c' est merueille qu' il y ayt procession et procession sans posteriorité : c' est merueille que cette procession soit sans majorité et superiorité en l' vn, et sans minorité et inferiorité en l' autre : et c' est aussi merueille qu' entre les personnes cét enuoy, cette application, cét employ, soit sans dependance ; mais cela est fondé en la grandeur, en la singularité, en la diuinité de leur principe et origine : et la rencontre de tant de merueilles est si digne de Dieu ; si propre

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à Dieu ; si naturelle à Dieu ; que ce n' est plus merueille qu' il y ayt tant de merueilles ensemble en l' estre d' vne infinie majesté, en l' estre qui est le principe de tout estre, et en l' estre qui est la source et la plenitude de tant de merueilles.

Conceuons donc les choses diuines selon leur diuinité, et non pas selon nostre bassesse : conceuons ces vsages, ces actions, ces paroles sans l' imperfection du sens humain : et nous éleuants par dessus nous-mesmes, allons de merueille en merueille ; et entrons en admiration de voir qu' en la grandeur de nos mysteres, et en la sublimité de nostre foy nous auons et nous recognoissons deux principes eternels et diuins : non comme le manichéen, l' vn bon l' autre mauuais ; et l' vn directement opposé à

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l' autre ; mais tous deux bons, tous deux sources de bonté diuine : l' vn premier, l'autre second ; mais tous deux égaux, tous deux liez diuinement ensemble, tous deux se regardants et s' aymants mutuellement, et l' vn parfaittement correspondant à l' autre : l' vn subsistant en la seule diuinité, l' autre subsistant en la diuinité et en l' humanité tout ensemble : l' vn produisant de toute eternité, l' autre produisant à toute eternité. L' vn, est le pere eternel, qui est principe sans aucun principe, seul produisant et non produit, auquel nous adorons vne authorité (pour parler selon le grand docteur de France) et vne majesté produisante tout ce qui est produit hors la diuinité et en la diuinité mesme. L' autre est le fils vnique de Dieu, le pere du siecle

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à venir, et vray principe de vie en la plenitude des temps par le sacré mystere de l' incarnation : et qui est d' abondant en l' eternité le principe d' vne personne diuine ; mais principe qui a luy-mesme son origine en vne autre personne : et qui est, pour parler selon le concile, Dieu de Dieu, lumiere de lumiere, Dieu produisant et produict tout ensemble, ce qui est incomprehensible, et auquel nous adorons aussi vne authorité et dignité infinie, diuinement referant au pere eternel et soy-mesme, et generalement tout ce qui est ou procedant de luy comme son sainct esprit, ou procedant et dependant de luy comme tout ce qui est creé. Et partant le verbe en son eternité a cela de propre, d' estre referant continuellement à son

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pere les personnes procedantes de son pere, c' est à dire luy mesme et le s.. esprit, et d' estre ainsi dignement et diuinement regardant, aymant et honorant en la relation de soy-mesme et de tout ce qui procede de luy, la majesté tres-haulte et tres-sublime du pere eternel, que des neants ne veulent pas recognoistre, seruir et adorer sur la terre.

Contemplants ainsi la naissance, la grandeur et l' office du verbe eternel, nous adorons son estre, sa vie, son estat en Dieu son pere, et son pouuoir produisant dedans l' eternité mesme vne personne diuine et increée. Nous admirons sa naissance et sa primauté en l' ordre des emanations diuines ; par laquelle il est referant dans l' eternité et soy mesme et

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l' esprit emané de luy, à Dieu son pere. Et nous recognoissons le droict qu' il a par la condition de cette sienne naissance, de s' establir luy-mesme en vn diuin mystere, dans lequel il soit diuinement, substantiellement et personnellement referant à l' hommage de Dieu tout ce qui est creé : comme en la diuinité, il est referant à Dieu son pere tout ce qui est procedant et increé tout ensemble. Et par ainsi le voila conduit et conuié par soy-mesme, c' est à dire, par ses proprietez et perfections personnelles à entrer en vn nouuel estat pour la gloire de son pere, et à accomplir ce nouueau mystere. Car il est le premier emané de Dieu, et il veut estre en estat et condition par sa nature humaine de luy estre offert en premice pour recognoissance de tout ce

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qui est vniuersellement procedant de luy. Il est le seul emané du pere seul, et il veut estre le seul constituant par soy-mesme ce nouueau mystere, et le seul adorant diuinement et personnellement en son humanité le principe vnique sans aucun principe de toutes choses, qui est son pere eternel, que sainct Denys appelle origine et principe de toute diuinité. Il est l' image viue que le pere eternel produit en se contemplant soy-mesme : et il veut estre en vne nouuelle maniere vne image viuante et parlante des grandeurs de Dieu, et par vne puissance diuine reparer en nous l' image et la semblance de la diuinité empreinte en nostre nature, et effacée par le peché. Il est le charactere de la substance du pere qui luy donne et communique impressiuement

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sa propre substance : et il veut estre le seau et le charactere imprimant sa propre essence et subsistence en la nature humaine : et en l' honneur de son pere qui l' imprime en luy et luy donne l' estre eternellement, il veut nous donner cét estre, et il se veut appliquer et s' imprimer luy-mesme en la nature creée comme vn diuin charactere. Il est le verbe increé par lequel toutes choses ont esté formées : et il veut estre le verbe incarné par lequel elles soient toutes reformées, et releuées en vne plus grande dignité.

Il est le fils vnique du pere, et il luy veut creér par sa puissance, luy engendrer par son amour, luy acquerir par ses merites, luy donner par son esprit plusieurs enfants respirants sa gloire, et veut rendre

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sa filiation propre et naturelle, viue source de la filiation adoptiue. Ce qui le constituë pere et principe en l' ordre de la grace et de la gloire ; et luy donne de beaux tiltres, de beaux droicts et de beaux priuileges, et à nous de tres-beaux enseignements.

Il les faut recueillir auant de passer plus outre, et apprendre dans l' estat du fils de Dieu au regard de son pere, quel doit estre nostre estat enuers luy.

Et il nous faut contempler dans la vie haute et sublime du fils vnique enuers le pere, la vie que nous deuons commencer en la terre et consommer dans les cieux, tirants les premiers traits et lineaments de nostre perfection sur vn modelle si accomply, et nous formants en la vie de l' esprit et en toute vertu sur vne vie si diuine, et sur vn si

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rare et si excellent exemplaire.

Car comme le verbe eternel est procedant en son estre diuin, et a Dieu pour pere : aussi nous sommes procedants en nostre estre surnaturel (bien qu' en vne autre maniere) et nous deuons recognoistre le fils de Dieu pour nostre pere, duquel nous tirons tous l' estre et la vie de la grace : ce qui luy donne en ces tiltres et qualitez rapportées dans l' oracle de son aduenement, le nom du pere du siecle à venir.

Comme le verbe et fils eternel de Dieu est tousiours regardant son pere, parce qu' il est son pere ; aussi deuons nous auoir vn regard perpetuel vers le fils, parce qu' il est constitué nostre pere : et ce regard de nous vers luy doit estre vn regard d' honneur supréme, vn regard d' amour tres-puissant,

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vn regard de dependance entiere et absoluë ; souhaittants que nostre estre soit tout oeil et tout esprit, pour estre tout employé et occupé en ce regard spirituel et diuin vers la resource et le nouueau principe de nostre estre.

Comme le fils vnique de Dieu a vn rapport continuel de tout ce qu' il est vers son pere, et son estre et sa vie consiste en ce rapport ; mesme à proprement parler, sa vie n' est qu' vne vie substantiellement et personnellement relatiue de ce qu' il est, vers son principe vnique : aussi l' vsage de nostre estre et de nostre vie doit estre totalement employé à la relation parfaitte et absoluë de tout ce que nous sommes en l' ordre de la nature et de la grace par ses misericordes eternelles.

Et si dans les prophanes, ces

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amours fabuleux transmuoient les personnes en des substances estrangeres, beaucoup plus deuons nous desirer que la puissance de celuy qui transmuë vrayement la nature des choses, soit employée sur nous, et que par la vertu de son amour puissant, la substance de nostre estre change d' estat et condition, pour estre heureusement conuertie en vne relation pure vers luy, en hommage, en amour et en imitation de sa substance, de sa vie, et de sa subsistence personnelle qui est toute relatiue vers le pere eternel. Comme le fils de Dieu est tellement procedant du pere, regardant le pere, et se referant au pere, qu' il est ce nonobstant tres-intime en son pere, et residant en luy, à matrice excessit, non recessit, dict le docte

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Tertullien : aussi nous deuons estre inseparablement conioincts au fils de Dieu comme le serment à la vigne, et comme il est luy-mesme inseparablement conioinct à son pere ; nous deuons estre et demeurer perpetuellement en luy ; ainsi qu' il est et demeure en son pere : et estre tousiours viuants et operants par luy et pour luy ; ainsi qu' il est viuant et operant par son pere ; puis qu' il est et le principe et la fin de nostre estre et de nostre vie. Et finalement comme le fils vnique de Dieu, se voyant immuable en son estre, veut changer de condition pour la gloire de son pere, et se faire homme pour viure d' vne sorte de vie, en laquelle il puisse souffrir et operer ; ce qu' il ne peut pas faire en la diuinité : et mesme il veut conseruer tousiours

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ce nouuel estre, pour honorer Dieu son pere, non seulement par ses oeuures et par ses souffrances, durant le cours de sa vie voyagere sur la terre ; mais encore par vn nouuel estat permanent dans le ciel et dans l' eternité : ainsi à son exemple et imitation nous deuons changer de vie et de condition, et pour la gloire de celuy qui faict vn tel effort à sa grandeur, faire effort à nous mesme, à nos habitudes et à nos passions. Et y ayant deux manieres de le seruir ; l' vne par actions seulement, et l' autre par estat : nous deuons choisir ceste voye constante, solide, permanente, et embrasser vne maniere de vie qui soit d' elle-mesme honnorant la maiesté de Dieu, et soit origine de plusieurs actions sainctes et vertueuses en l' honneur

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de l' estat et de la vie, en laquelle entre le fils de Dieu par le sacré mystere de l' incarnation, et en laquelle il perseuere dans les cieux eternellement. Tous ces poincts et ces rapports singuliers sont bien dignes d' exercer la lumiere et la pieté chrestienne, et sont autant de fondements solides, qui establissent la relation que nous deuons et protestons auoir au fils de Dieu par l' humble estat de seruitude que nous luy voüons, en l' honneur de la relation qu' il a vers son pere, par l' estat admirable de sa filiation diuine et eternelle.

Mais il suffit de l' indiquer icy en passant ; l' vsage et l' estenduë en estant faicte ailleurs. Continuons le fil de ce discours en l' honneur du verbe eternel : et remarquons que nous exerçants

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ainsi en la pratique de ces diuins rapports, nous honorons le fils vnique de Dieu, en exprimant sa vie dedans la nostre, et son estat dedans le nostre : et en l' honorant nous honorons en luy son pere qui nous la donné, par l' excez et l' abondance de son amour ; qui est vne chaine d' amour et d' honneur qui nous lie au pere et au fils, et nous rend imitants et adorants l' amour et l' honneur reciproque qui est entre eux. Car le mesme fils de Dieu ayme et honore son pere en le regardant comme son origine, et le pere ayme et honore son fils, en luy communiquant et imprimant son estre et sa vie : et ces deux personnes diuines s' honorent d' vn honneur eternel, d' vn regard reciproque, et d' vn amour mutuel : et la vie du

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pere et du fils est aussi vne vie d' honneur, vie d' amour, vie de contemplation, vrayement digne de la grandeur, de la dignité, de la diuinité de ces deux amants eternels.

Et comme ces deux personnes diuines se contemplent, s' ayment et s' honorent ainsi mutuellement dans l' eternité, elles s' honorent encores reciproquement d' vne nouuelle maniere d' honneur dans le nouueau mystere de l' incarnation : lequel à proprement parler est vn mystere, vn estat et vn exercice d' honneur et d' amour reciproque du pere enuers le fils, du fils enuers le pere : et du pere encore enuers soy-mesme.

Car le pere eternel, comme il honore son fils en la diuinité, en luy donnant l' estre et la vie diuine ; il l' honore aussi en nostre humanité,

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en diuerses manieres : en le proclamant par sa loy, et ses prophetes, le souuerain, le salut, et la lumiere du monde : en employant les effects de sa puissance et ses plus grandes merueilles, à le faire recognoistre pour son fils vnique, et pour son égal, en pouuoir, en grandeur, et en majesté : en l' exposant comme vn dieu visible dedans la terre, et manifestant sa grandeur diuine sous le voile de sa mortalité : en le constituant dedans les siecles le principe de la vie, de la grace et de la gloire, comme il est luy-mesme en l' eternité, le principe de la vie diuine et increé és deux personnes procedantes de luy : en se despoüillant soy-mesme de tout vsage et exercice à iuger le monde, pour donner ce pouuoir à son fils, fils

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de Dieu, fils de l' homme ; et le rendre iuge vnique et souuerain de l' vniuers : et en fin en remplissant sa nature humaine, de tous les effects de la diuinité, et de tous les estats de la gloire qui luy peuuent estre communiquez, et qui sont raisonnablement deuz à l' homme qui est en estat d' vnité personnelle auec Dieu mesme. Où nous auons à remarquer que le pere eternel honorant ainsi son fils, il s' honore soy-mesme : et que comme tout est procedant de luy, aussi par vn cercle diuin tout reuient à luy ; et l' honneur qu' il rend à son fils, retourne à luy-mesme. Car en donnant à son fils la puissance, l' authorité et la qualité de pere enuers nous, et le constituant nostre chef et nostre second Adam ; il se donne en quelque façon à soy-mesme

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la qualité nouuelle de chef d' vn subjet si honorable comme est Iesvs-Christ nostre seigneur, qui recognoist et adore Dieu comme son pere et son chef : comme son pere, en sa diuinité, et comme son chef, en son humanité : selon ce diuin oracle : caput christi deus. Nous voyons donc clairement en la suitte de tant de rapports et veritez diuines, que Dieu honore par vn moyen excellent, par vn estat diuin, par vne paternité nouuelle, par vn mystere eternel, l' estre et le nom diuin et eternel de pere qu' il a au regard de son fils vnique et eternel. Reste donc à declarer comme en l' oeuure de l' incarnation le fils honore son pere.

Or il est euident qu' il l' honore, en honorant sa propre naissance et

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sa filiation eternelle, puis que c' est au regard d' elle, et au regard d' elle seule qu' il est pere dans l' eternité.

Et il honore cette naissance, en prenant vne nouuelle naissance et filiation au monde, et en imprimant sa filiation diuine par sa subsistence en nostre humanité. Il honore encore son pere eternel, en s' establissant luy-mesme dans vn estat, et dans vn mystere singulier : dans lequel estant fils, il se rend serf et l' esclaue du pere, comme il est dit ailleurs : dans lequel se faisant homme, il veut rendre au pere eternel tribut et hommage pour tout ce qui est creé ; et honneur pour tout ce qu' il a reçeu de luy dans l' eternité : dans lequel possedant tousiours l' estre de sa diuinité, il offre Dieu à Dieu, puis qu' il s' offre soy-mesme, qui tient rang de

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personne diuine en la trinité : dans lequel estant vrayement et parfaictement Dieu-homme, et homme-Dieu, il est sans aucune doute le plus digne subiect que la mesme puissance de Dieu puisse iamais produire : et dans lequel il luy prepare le plus grand sacrifice, la plus saincte hostie, et le plus admirable holocauste que la mesme saincteté de Dieu pourra jamais receuoir.

Or comme ce mystere est tres-haut en soy, et en toutes ses appartenances, aussi tout y est tres-singulier, tres-auguste, et tres-diuin, et en ses causes, et en ses circonstances.

Toute la trinité saincte est diuinement et singulierement occupée en l' establissement de cét oeuure, qui est aussi proprement son oeuure : et elle en

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traitte au plus haut et au plus secret de ses conseils, sans donner entrée à aucun en ce sacré conseil : et le pere eternel entant que Dieu l' ordonne ; et entant que pere, est le premier principe de ce diuin oeuure : car c' est luy qui comme pere, et comme seul pere enuoye seul son fils pour l' accomplir.

Et le fils vnique de Dieu vient au monde, non par ses dons, où par ses effects comme auparauant, mais en sa propre personne, et en vne maniere toute nouuelle et incogneuë en la terre et au ciel. Et au temps ordonné de Dieu, que l' escriture appelle la plenitude des temps (pour des raisons qui seront deduites vne autre fois : ) en la lumiere des lettres, et en la fleur du plus puissant empire ; la lumiere et la puissance du pere eternel,

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a voulu se faire voir et sentir au milieu de la terre : et ainsi au mois, au iour, et au moment choisi par la sapience diuine, le ciel s' ouure, et le verbe eternel descend en terre pour accomplir luy-mesme ce mystere. Et il vient au monde quatre mil ans apres auoir creé le monde, pour estre vn de ses habitants ; pour l' honorer de son aduenement ; pour le sanctifier par sa presence ; pour y establir sa puissance ; pour estre le centre, le soleil, et le sauueur du monde ; et y faire luire à jamais les rayons de son amour, de sa grandeur et de sa misericorde. Et afin que chacune des trois personnes de la diuinité s' approprie cét oeuure par des operations propres et distinctes, comme le pere a enuoyé son fils, le fils aussi auparauant de

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descendre en la terre pour y accomplir ce grand oeuure qui n' auoit point encore esté, et qui n' aura jamais son semblable ; enuoye la personne du sainct esprit, comme estant sien par origine, pour preparer auant son arriuée cette oeuure qui est son oeuure, par tant de respects, et par des tiltres si singuliers : tant cét oeuure est diuin, et en sa substance, et en ses principes, et en ses circonstances. Car l' ange qui l' annonce à la vierge, dict nommément, le sainct esprit suruiendra en toy, c' est à dire, si nous suiuons la proprieté de cette parole sacrée, non Dieu simplement en sa diuinité commune aux trois personnes ; mais cette personne propre emanée du verbe, cette troisiéme personne subsistante en la diuinité, cette personne

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appellée par distinction des autres le sainct esprit : et cét esprit d' amour et d' vnité, en la proprieté de sa personne, est interuenant en cét oeuure, qui est aussi vn oeuure d' amour et d' vnité diuine ; et par vne speciale appropriation fondée en son amour et vnité, va disposant la matiere qui doit estre actuée de l' estre diuin ; en tirant ce corps de la substance de la vierge, le formant, et organizant, et le rendant capable de receuoir non la vertu seulement, mais la personne et la subsistence du verbe, qui le veut rendre glorieusement viuant, et consubsistant en sa diuinité.

Or nous voyla conduits par les perfections et conditions propres du verbe, iusques dans son oeuure et dans son mystere : nous

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voyla conduits par les proprietez, et par les productions des personnes diuines à la production de cét oeuure diuin : nous voyla arriuez au iour heureux, iour remarquable en nos ephemerides, auquel Dieu descendant de sa grandeur en sa bonté, et de sa iustice en sa misericorde, veut s' vnir à nostre humanité : nous voyla au moment, moment pretieux dans les siecles et dans l' eternité ; moment auquel tous nos moments doiuent estre referez ; moment auquel ce grand Dieu comme s' oubliant soy-mesme, pour se souuenir de nous, veut se reuestir de nostre mortalité : et nous voyla au poinct de l' estat admirable, auquel Dieu entre dans nos miseres, et l' homme entre dans les grandeurs de Dieu. Car le verbe se faict chair, Dieu se faict

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homme, l' homme deuient dieu, et Dieu se faict homme, pour faire les hommes dieux. Grande parole, qui enonce en peu de mots de tres-hauts mysteres, que la pensée ne peut assez adorer, que la langue ne peut assez exprimer ! Que diray-je lecteurs, mais que ne diray-je point ? Ie vous dois dire auec vn des oracles de l' eglise, et en ses paroles, suscepi tractanda diuina homo, spiritalia carnalis, aeterna mortalis, vbi aperitur, pascor vobiscum, vbi clauditur, pulso vobiscum : ie frappe donc à la porte de la sapience increée et incarnée, et ie luy demande sa lumiere et sa conduitte. Vt loquar infirmus fortia, paruus magna, fragilis solida. Qui a-t' il de plus fort que ce mystere, qui aneantit le peché, dompte le diable, surmonte Dieu en son ire, et le captiue volontairement

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dans l' amour de celuy contre lequel il estoit offensé ? Qui a-t' il de plus grand que ce mystere, qui tire l' homme du neant, le resuscite en gloire, l' éleue au ciel pour iamais, et faisant les hommes dieux par grace, ainsi qu' il dit luy-mesme, il se termine comme à son subiect principal, à vn homme Dieu, non par grace, mais par subsistence, et en vnité de personne diuine ? Et qui a-t' il de plus stable et solide que ce mystere ? Puis que les pechez inondants sur la terre durant quatre mil ans, et montants iusqu' au ciel, ne l' ont peu empescher d' estre accomply ; et apres qu' il a esté accomply, l' horreur d' vn deicide ne la peu dissoudre, l' horreur dis-je d' vn deicide, couurant le ciel de tenebres, eclipsant le soleil, alterant

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l' vniuers, et faisant horreur à la nature insensible ? Car nonobstant ce malheur et cét effort impitoyable faict à la vie d' vn dieu, l' estat de ce mystere est demeuré subsistant et inuiolable dans les parties separées de l' humanité, et s' est renouuellé dans la reunion des mesmes parties, en la mesme humanité renouuelleé par la resurrection glorieuse : et il s' est renouuellé pour n' estre jamais plus alteré ny interrompu par vn seul moment.

Car au point de la resurrection le fils vnique de Dieu donne à cette humanité vne vie nouuelle, vne vie celeste, vne vie immortelle ; il la choisit pour compaigne de sa gloire ; il la met en son thrône, et à la dextre de son pere ; et il se met luy-mesme en elle comme en vn thrône, et comme au thrône

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le plus digne, le plus eminent, et le plus éleué qui soit apres le sien, et la diuine essence du pere : et Dieu habitera dans ceste humanité eternellement, en telle sorte que l' homme sera Dieu ; autant de temps que Dieu sera Dieu ; et le fils de l' homme sera fils de Dieu pour toute eternité. Car tel est le bon plaisir de la majesté supréme, de se donner à l' homme par vne alliance indissoluble et eternelle : et tel aussi doibt estre le bon plaisir de l' homme de se donner à Dieu, auec tant de puissance et d' efficace, qu' il n' y ayt point de dissoluant au monde, capable de dissoudre et rompre ceste alliance.

Novs le voulons ainsi ô Iesvs, mon seigneur, et nous offrons nos voeus et nos souhaits à vostre maiesté infinie ! Soyons à vous

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comme vous estes à nous ! Soyons vostres pour iamais, comme vous estes nostre pour iamais ! Soyons vos membres et soyez nostre chef, comme Dieu mesme est vostre chef ! Viuons en vous, et par vous, comme vous viuez en vostre pere, et par vostre pere ! Soyons vne capacité de vous, remplie de vous, comme vous estes vne capacité de Dieu, remplie de Dieu en toute plenitude ! Soyez nostre tout, nostre suffisance, nostre plenitude, comme la plenitude de la diuinité repose heureusement en vous ! Et ainsi viuants et establis en vous, qui estes nostre vie et nostre firmament, faictes par vostre grace, que nous disions pour vn iamais auec verité, par l' esprit et les parolles de vostre apostre : qui nous separera de la charité de Christ ? Etc...

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DISCOVRS SIXIEME

 

DE LA COMMUNICATION DE DIEU

 

EN CE MYSTERE .

Il y a trois mysteres qui seruent d' exercice, et d' obiect principal à nostre foy, qui la distinguent et separent des academies et religions, introduittes et publiées au monde, et qui la témoignent estre vrayement diuine, singuliere, et excellente, par dessus la lumiere et la capacité de la nature. Le premier est le mystere de la tres-saincte trinité, par la puissance de laquelle nous auons esté creez et formez, en la creance

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de laquelle nous sommes dés à present baptisez et iustifiez, et en la iouyssance de laquelle nous serons vn iour glorifiez. Le second est celuy de l' incarnation, auquel la nature humaine singulierement éleuée est vnie à Dieu son premier principe, et coniointe auec luy d' vne façon nouuelle, saincte, admirable, et comme il est dict ailleurs, incogneue en son estat, à la terre et au ciel auparauant.

Et par cette vie et saincteté nouuelle et supréme, establie au milieu de la terre, l' empire de la mort est destruit en la terre, le peché y est aneanty, et les mortels sont declarez enfants de Dieu, capables de la vie eternelle, heritiers du ciel, coheritiers de Jesvs-Christ, receuants de luy sa grace et sa gloire, comme en eschange

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de ce qu' il a daigné prendre au milieu de nous nostre nature. Le troisiéme est l' eucharistie, en laquelle Dieu nous donne, et nous rend ceste mesme nature qu' il a daigné prendre de nous, comme vn depost sacré, lequel ayant reçeu de nous, et dignifié en soy-mesme, il le nous rend auec vsure.

Car en ceste nature il nous donne sa grace, son esprit, et sa diuinité : et imprime en nos corps par son attouchement diuin et sacré, comme disent les peres, vne vertu dispositiue à la resurrection glorieuse et à la vie celeste, et communique à toute la substance de l' homme, vn droict nouueau et surnaturel, vne puissance secrette et admirable, vne qualité vitale et seminale de renaissance et incorruption, de resurrection et immortalité.

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Ces trois mysteres sont excellents et diuins, sont profonds et inscrutables, sont rares et propres à la religion chrestienne ; laquelle a ceste preeminence d' auoir en son estat et en sa discipline, vne trinité de mysteres qui subsistent en la foy, et en la doctrine de l' eglise, et ornent, et éleuent sa creance : comme il y a vne trinité de qualitez infuses et surnaturelles, qui orne, éleue et accomplit les puissances et facultez de l' ame fidelle : et vne trinité de personnes diuines et eternelles, qui resplendit et subsiste en la diuinité.

Ceste trinité de mysteres qui rend ainsi auguste et venerable la profession publique et solennelle de l' eglise, est vn nombre sacré, qui rend vn honneur, et vn hommage supréme à la trinité des personnes

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diuines, que ces mysteres regardent et honorent d' vne façon singuliere. Car la tres-haute, tres-auguste, et tres-sacrée trinité, comme elle est interieurement seruie de l' ame, par les trois dons et habitudes infuses de la foy, esperance et charité : elle est aussi exterieurement recogneuë et adorée de l' eglise, par la trinité des mysteres qu' elle publie et annonce aux hommes pour le salut des hommes, et pour la gloire de ces trois personnes diuines, admirables et adorables ; chacune desquelles a quelque chose de propre et particulier, en vn chacun de ces trois grands mysteres. Car en la trinité, le pere est consideré comme vne deité fontale (pour parler auec celuy qu' on nomme l' apostre de la France) comme le seul

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subsistant de par soy-mesme, le seul sans principe et origine, et le seul principe sans principe des deux autres personnes diuines : c' est à dire de tout ce qui est procedant en la diuinité. En l' incarnation le verbe est adoré comme le seul subsistant en l' humanité, et le seul operant par soy-mesme, en elle et par elle le salut du monde : et en l' eucharistie le sainct esprit est religieusement et solennellement inuoqué, pour changer et transmuer par sa vertu, la substance commune et vulgaire des especes proposées en l' autel, en la substance rare et pretieuse du sang, et du corps, du fils vnique de Dieu.

Ces mysteres ont cela de particulier, que comme la diuine essence est, et repose en vne chacune des personnes diuines, aussi la diuinité

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mesme est enclose en vn chacun de ces mysteres ; soit en vnité d' essence comme en la trinité ; soit en proprieté de personne, comme en l' incarnation ; soit en concomitance comme en l' eucharistie ; ce qui les rend singulierement augustes, éleuez, et adorables. Ils ont aussi cela de propre, qu' ils regardent Iesvs-Christ et les hommes ; et ont vn rapport excellent et singulier à ces deux objects particuliers.

Car la trinité regarde Iesvs-Christ comme fils, et fils vnique de Dieu, qui est sa premiere et sa plus grande qualité. L' incarnation le regarde comme pere, et mesme dés son enfance, le prophete le nomme le pere du siecle à venir. L' eucharistie le regarde comme espoux, puis qu' en elle il se conioint à vn chacun de nous, non

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seulement par ses dons et faueurs, mais encore par luy-mesme, et en sa propre personne, son corps et son sang pretieux estant le lien parfaict de luy auec nous, et de nous auec luy. Semblablement la trinité regarde l' homme comme son image et sa semblance, et comme le chef de ses oeuures en l' vniuers. Et le verbe eternel en l' incarnation, regarde la nature humaine, comme l' obiect de son diuin amour, comme le subiect de son alliance eternelle, et comme l' estre qui doit estre diuinement et eternellement vny à son essence eternelle et diuine. Et Iesvs-Christ en l' eucharistie regarde l' homme comme son domicile et son temple, temple viuant de son corps, viuant et resplendissant en la gloire.

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Ces trois mysteres encore ont cela de rare et singulier, qu' ils se rapportent les vns aux autres, ainsi qu' à vn certain centre d' excellence et de perfection ; et sont enchainez ensemble par vn rapport mutuel, et par vne liaison reciproque, de laquelle le fils de Dieu parle en diuers lieux, et nommément en s..

Iean ch.. 17... Où apres auoir institué la saincte eucharistie et communié les apostres, il va referant diuinement l' vnité qu' il a auec son pere, dans le tres-haut mystere de la trinité, et l' vnité qui le ioint auec nous par le sacré mystere de l' incarnation, à l' vnité qu' il veut que nous ayons tous auec luy par l' eucharistie, et par luy à son pere : ce qui fonde et establit au monde l' vnité de grace et d' esprit qu' il souhaitte à ses

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apostres et à son eglise.

Pour mieux comprendre ces veritez sublimes, il nous faut considerer comme en la saincte trinité, il y a vne residence substantielle et essentielle de la diuinité du pere, en la personne du fils par le moyen de la generation eternelle, suyuant ces sacrées paroles du mesme fils de Dieu : ego in patre et pater in me : ie suis en mon pere, et mon pere est en moy. Il y a en apres vne residence substantielle et personnelle, de la mesme diuinité du fils de Dieu en son humanité, par le moyen de l' incarnation : tellement que celuy auquel le pere reside, est residant en ceste humanité sacrée, qui est vnie au fils de Dieu en vnité de personne, comme le fils est vny à son pere en vnité

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d' essence. Et en troisiéme lieu, il y a residence substantielle et corporelle du corps viuant et glorieux du fils de Dieu dans nos corps terrestres et mortels, par le moyen de l' eucharistie, en laquelle nous receuons le fils viuant de Dieu, et en luy nous viuons d' vne vie saincte et diuine, comme il est viuant de par son pere, selon qu' il dit luy-mesme en sainct Iean ch..

6. Et par ainsi nous entrons en vne excellente communication auec la diuinité, dés à present ; et dés ce bas monde, nous sommes vnis par certains degrez et eschellons substantiellement auec Dieu.

Ce que le fils de Dieu au dernier de ses iours, en sa saincte priere, represente à son pere par ces sainctes paroles : ie leur ay donné la gloire laquelle vous m' auez donnée : afin

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qu' ils soient vn, comme nous sommes vn. Ie suis en eux, et vous en moy ; afin qu' ils soient consommez en vn.

Et au verset precedent : je prie pour eux, afin que tous soient vn, ainsi que vous estes en moy, ô mon pere, et moy ie suis en vous, afin qu' eux aussi soient vn en nous. Paroles sacrées, et oracles du verbe eternel, dignes d' estre grauées au ciel et en la terre de la main des anges et des hommes ! Paroles et oracles qui nous representent ces trois mysteres ; et en ceste trinité de mysteres, comme des noeuds, et chainons diuins, diuinement liez et enlassez l' vn dans l' autre, par lesquels Dieu le pere conioinct substantiellement dés ceste vie par l' humanité de son fils, le corps et la nature des hommes mortels et terrestres, à l' essence supréme de sa diuinité !

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Comme si nous auions en ces diuins mysteres, non la puissance feinte et fabuleuse d' vn amour prophane qui enchaine les dieux et les hommes, abbaissant les faulx dieux en la terre, et éleuant feintement les hommes au ciel, pour les placer comme des astres lumineux dans le firmament : mais la puissance vraye et saincte d' vn amour ineffable et incomprehensible, qui enchaine Dieu et les hommes ; qui fait vn réel et veritable abbaissement du fils de Dieu, lequel est Dieu mesme ; et le fait homme pour nous faire dieux.

Et par luy comme par vne chaine forte et puissante, le pere eternel nous enleue et attire iusques au ciel, et iusques au ciel de sa diuinité : chaine d' amour, car il en parle ainsi luy-mesme : chaine

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qui nous tire et nous tient vnis au pere par le fils, et au fils par soy-mesme et par ses sacrez mysteres : chaine pretieuse, excedant tout estime et valeur : chaine sacrée, sainctement et religieusement constituée des principaux mysteres de la religion chrestienne : chaine diuine, et inuiolable d' vnité et de charité : de charité du pere et du fils enuers les hommes ; et de l' vnité du pere auec le fils en la trinité ; de l' vnité du fils auec la nature humaine en l' incarnation ; et de l' vnité du corps de Iesvs-Christ auec nous en l' eucharistie : chaine pretieuse, sacrée et diuine, en laquelle consiste le plus grand secret, le plus fort lien, et le principal ressort des desseins, des conseils, et des oeuures du vray dieu enuers les hommes : chaine constituée

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de ces trois mysteres, comme de noeuds sacrez et diuins, comme de chainons forts et admirables, par lesquels le pere eternel nous tirant à soy, nous éleue pour iamais à ce royaume celeste, duquel le roy est trinité, duquel la loy est charité, et duquel la mesure est eternité.

Poursuiuants ces pensées hautes et sublimes, et laissants à vn autre temps et discours ce qui concerne l' eucharistie ; adorons en nos mysteres deux communications diuines, admirables et ineffables : celle de la diuine essence aux personnes diuines, qui constituë le tres-haut mystere de la trinité : celle de la personne diuine à la nature humaine, qui establit le tres-humble, tres-aymable, et tres-diuin mystere de l' incarnation. En

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la premiere communication, l' essence diuine parfaictement vne, et parfaictement communicable (qui est vn grand secret, entre les secrets de la diuinité) est actuellement communiquée aux personnes diuines : et en la seconde, vne personne diuine incommunicable en la diuinité, est tres intimement communiquée à vne nature creée : en sorte que ceste personne ne fait qu' vn mesme subiet, dieu et homme. Et en ceste communication, il y a vne application tres-puissante, vne vnion tres-intime, vne appropriation tres-parfaicte du verbe à cette humanité, et de cette humanité au verbe, lequel la rend personnellement diuine et admirable, l' éleue par dessus tout ce qui est creé, la met en l' ordre supréme et

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singulier de l' vnion hypostatique, et l' establit pour iamais dans le thrône de la diuinité.

Cecy merite d' estre consideré plus attentiuement, d' estre expliqué plus amplement, et d' estre exposé plus familierement : et partant considerons qui est celuy qui se communique ainsi à la nature humaine, quelle sorte de communication et d' alliance il prend auec cette nature, et quelle est la suitte et l' appennage qui appartient à cette nature en vertu de cette alliance et communication ineffable.

Plus celuy qui daigne entrer en communication et alliance est puissant et eleué en sa grandeur et qualité ; et celuy qui la reçoit est abbaissé en sa condition ; plus cette communication est digne d' estre

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considerée, estimée et honorée : et si la communication qu' il fait est d' vne chose grande en elle-mesme, chere et intime à celuy qui la communique ; d' autant plus cette communication est puissante à toucher les coeurs d' amour et de resentiment. Que si d' ailleurs elle est abondante et de durée, cela rauit les esprits en estonnement, en admiration et en recognoissance.

Or la communication ineffable qui est en ce mystere ne finira iamais, et durera vne eternité : et elle apporte vne telle abondance de gloire, de grandeur et de bien, qu' elle enclot en soy-mesme tout ce qui est d' excellent dedans l' estre creé et increé. C' est le verbe eternel qui entre en communication auec la nature humaine : c' est la seconde personne

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de la trinité, mais égale à la premiere : c' est la splendeur et la puissance du pere eternel ; c' est l' estre increé qui s' allie auec l' estre creé ; le roy de gloire auec le neant ; Dieu auec l' homme. En cette alliance et communication Dieu ne communique pas tant seulement sa faueur externe, sa bien-veillance, sa grace infuse, et ces dons rares qui la suiuent et accompagnent : c' est à dire, ce qui est procedant de luy et inferieur à luy : mais il donne et communique vn estre increé à cét estre creé, vne substance diuine et eternelle à vne substance humaine et temporelle, et sa propre personne à nostre humanité.

Pour mieux entendre la grandeur de ce mystere, l' estat de la grace substantielle et hypostatique

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qui est communiquée en iceluy, et le don singulier que Dieu fait de soy-mesme à cette nature humaine, lequel le fils de Dieu insinuë et represente auec emphase en ces sacrées paroles à la Samaritaine : si scires donum Dei, et quis est qui loquitur tecum : et pour recognoistre quelle est cette presence, auguste et sacrée, et cette habitation speciale que Dieu a en cette humanité, presence et inhabitation distincte et differente de celle qu' il a au ciel et en la terre, et en toutes ses creatures, et mesme dans les choses les plus sainctes et sacrées, et les plus estroittement et subtilement coniointes auec luy par sa grace et par sa gloire ; il nous faut prendre le discours de plus haut. Dieu habite proprement en soy-mesme, et n' a besoin

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d' aucun lieu pour sa demeure ; sa demeure propre et digne de luy est luy-mesme, où il habite de toute eternité deuant la creation du monde. Et c' est imagination de vouloir loger Dieu en des espaces imaginaires, sa grandeur merite vn meilleur sejour, et rien n' est digne de luy que luy-mesme, et il est luy-mesme à soy-mesme son lieu : ante omnia deus erat solus, et ipse sibi, et mundus et locus, et omnia, dit grauement le docte Tertullian. Antequam faceret deus coelum et terram, in se habitabat Deus, apud se habitabat, et apud se est Deus, dit sainctement et doctement le grand sainct Augustin.

Auant de passer plus outre en ce discours, faisons bon vsage de cette pensée vrayement digne de Dieu, et des docteurs qui

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nous l' enseignent : et contemplants la majesté diuine habitante de toute eternité dedans elle-mesme ; retirons nos esprits des choses basses, caduques et perissables : eleuons-nous par dessus nous-mesme : aimons et recherchons d' estre en Dieu, en memoire et honneur de ce qu' il est ainsi eternellement dedans soy-mesme, et l' adorons comme celuy qui est la plenitude d' estre et de vie qui suffit à soy-mesme et à toutes choses, et comme celuy qui est la capacité infinie à laquelle appartient de contenir et soy-mesme et toutes choses par la grandeur et l' eminence, par l' estenduë et immensité de son estre.

Or Dieu voulant se communiquer hors de soy apres l' intime, l' eternelle, l' ineffable communication

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qui est entre les personnes diuines, il a creé le monde, et le monde est en Dieu, comme en celuy qui le conserue et le contient. Et Dieu est dedans le monde et en toutes les parties du monde comme l' ame est au corps et en toutes les parties du corps : dont il a esté appellé des anciens l' ame du monde : et il est ainsi en toutes choses par presence, par essence, par puissance, sans aucune des imperfections et inconuenients que la petitesse de nostre sens pourroit apprehender en la maniere d' estre et d' existence dedans les creatures.

Car ceux qui conioignent les discours éleuez de la philosophie auec les contemplations sublimes de la theologie, disent sainctement et diuinement, que Dieu est dedans le monde n' y estant point

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enclos, qu' il est dehors le monde n' en estant point exclus, qu' il est par dessus le monde n' en estant point plus éleué ; qu' il est par dessous le monde n' en estant point abbaissé ; qu' il habite dans les choses en les contenant, et non pas en estant contenu par elles ; qu' il donne estre, existence et capacité au monde, et ne reçoit rien du monde ; qu' il est infiny, immesurable et incomprehensible : et qu' il est cette sphere intellectuelle de laquelle le centre est par tout, et la circonference nulle part. Or y ayant plusieurs manieres selon lesquelles Dieu est et habite ainsi en ses creatures, nous les reduirons à deux generales et principalles, esquelles on peut rapporter les autres moindres et subalternes. Car Dieu habite dedans le monde par

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sa nature et par sa grace, de laquelle remettant le discours à vne autrefois, disons maintenant qu' il y habite par sa nature en sorte qu' il est present et conioint au monde par deux vnions distinctes et differentes en leur principe et origine.

Car l' vnion de la simple presence que Dieu a en toutes les parties de cét vniuers est fondée en la spiritualité, subtilité et immensité de l' estre diuin : en vertu de laquelle il est plus intimement en chaque chose que la lumiere n' est dans les corps diaphanes qu' elle penetre et illumine, et que l' esprit n' est dans le corps qu' il regit et anime.

Ce qui a fait dire à sainct Paul : jn ipso viuimus, mouemur et sumus. Et l' vnion de presence et de dependance tout ensemble, qui est entre Dieu et les creatures,

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procede de la grandeur de sa majesté, et de l' infinité de son essence, qui remplit le ciel et la terre, selon sa saincte parole, et rend toutes choses presentes à Dieu, et tousiours dependantes de luy en tous les degrez de leur estre, et en tous leurs accidents et circonstances.

Et cette dependance est fondée en l' eminence et souueraineté de l' estre supréme et increé, et en l' indigence et la necessité de l' estre creé, qui a tousiours necessairement besoin d' estre conioinct à Dieu comme à sa cause premiere, et de receuoir son influence continuelle ; comme estant en sa dependance beaucoup plus absoluëment que le rayon n' est en celle du soleil, duquel s' il est vn moment separé, il perd au mesme instant son estre et son existence.

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Car il semble que Dieu ait voulu nous faire voir à l' oeil, en ce corps admirable de lumiere, et en cét astre de l' vniuers, qui est l' ombre et l' image la plus expresse de la diuinité que nous auons entre les choses visibles et corporelles, combien tout ce qui est creé est tousiours dependant de l' estre increé.

Comme donc le soleil est le premier astre lumineux, est vn corps et vne substance de lumiere, est vne source viue de toute la lumiere qui se répand au ciel, en l' air, et en la terre ; et comme cette lumiere émanée de luy n' a aucune consistence en elle, mais a vn besoin continuel de la presence de son soleil : ainsi Dieu est le premier et le supréme existant, Dieu est vne substance d' estre increé et infiny, Dieu est vne viue source de

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tout estre creé ; et cét estre creé est inseparable de l' estre supréme et increé, par la necessité continuelle qu' il a d' estre tousiours adherent à Dieu, et tousiours dépendant de Dieu qui est son origine. C' est pourquoy Dieu porte en ses qualitez celle-cy qui est la principalle et comme sa deuise. Celvy qvi est. Car c' est son nom propre prononcé par luy-mesme ; et son nom si souuent exprimé en sa parole, et nommément en sa premiere et publique patente donnée par luy-mesme à son seruiteur Moyse pour assembler vn peuple, dresser vn estat et vne republique, et donner vne loy en son nom en la terre. Et c' est ce nom et cette qualité qui tourmente et confond les demons : car ils se voyent et ils se sentent si

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necessairement, si continüellement, si sensiblement indigents de la presence et de l' influence perpetuelle de leur createur, qu' ils n' en peuuent douter : et toutesfois ils ont voulu et veulent encores pour iamais s' en separer. Ce qui les ruine et les diuise non en leur royaume seulement, mais en eux-mesme, et dans le ressort et l' estenduë de leur propre essence ; ce qui est digne d' vn bien plus grand poids, et d' vne plus profonde consideration.

Car leur essence est necessairement conioincte auec Dieu, ou bien elle seroit au neant ; et leur volonté, qui est en leur essence, est totalement separée de Dieu : mais en se separant ainsi de luy et s' éloignant par leur volonté deprauée de l' influence de son amour et de sa bonté, ils ne peuuent

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pourtant s' éloigner de l' influence continuelle de sa grandeur, de son pouuoir, de son autorité, et de leur dependance. Et ce qui est grandement remarquable, ceste diuision qui est ainsi en leur royaume, et en leur essence, ne s' arreste pas la : elle passe iusques dans leur volonté mesme, laquelle est miserablement diuisée et separée d' auec elle-mesme, par la condition de leur instinct premier, naturel et necessaire qui les porte au bien : car cét instinct estant imprimé de Dieu dans leur nature angelique en sa creation, et perseuerant en elle dans les enfers aussi bien que leur propre nature, il se trouue que leur volonté en cét instinct premier ne se peut pas separer de Dieu, qu' elle sçait tres-infailliblement, et sent tres-viuement estre le souuerain

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bien, et le bien necessaire à toute creature. Et toutesfois cette mesme volonté en son acte libre et volontaire, s' en separe de toute sa puissance : et ces esprits malheureux se diuisants ainsi d' auec Dieu, ils se diuisent premierement en eux-mesme d' auec eux-mesme, viuants tousiours ainsi miserables et damnez, tousiours conioincts et tousiours separez de Dieu par leur volonté ; tousiours conioincts à Dieu par leur essence, tousiours encores conioincts à Dieu par leur volonté naturelle, et tousiours separez de Dieu par leur volonté libre et déreiglée.

C' est l' estat miserable du pecheur qui peut bien se ruiner soy-mesme ; mais non pas destruire sa propre essence ; laquelle est en estat necessaire d' indigence, d' adherence

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et de dependance de son createur, et n' en peut estre en aucune façon separée. Car en cette indigence, adherence et dependance consiste la premiere qualité, la condition vniuerselle, la proprieté inseparable des choses creées ; et on la peut à bon droict nommer vn degré transcendant, primitif et fondamental en l' ordre et en l' estat, en l' essence et en la nature de tout estre creé ; lequel n' est qu' vn estre participé, dissemblable et non vniuoque auec sa cause premiere, dont l' estre est infiny, existant par sa propre essence et independant. Ce qui est si veritable, qu' y ayant en la diuinité deux personnes diuines lesquelles ont necessairement origine et principe de leur subsistence, elles ont en cette emanation mesme vne

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non-dependance : tant il est propre et essentiel à l' estre diuin et increé d' estre independant : et tant il est propre et essentiel à tout estre creé, d' estre indigeant, adherant et dependant de son Dieu, de son principe, de son origine ; comme n' estant qu' vn simple estre restreinct et participé, qui n' a rien et ne peut rien auoir que dans cette condition generale et vniuerselle d' adherence et de dependance, qui porte vne relation à Dieu et à son principe : relation non accidentelle, mais substantielle ; non particuliere, mais vniuerselle et absoluë en tous les degrez et en tous les estats de son estre : relation essentielle, perpetuelle et necessaire vers Dieu, à laquelle nous deuons tous correspondre de toute nostre puissance en tous estats, en tous

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obiects et en toutes circonstances.

En cette veuë et pensée leuons nos yeux au ciel, et nos esprits à Dieu : eleuons nous en ses grandeurs, et nous abbaissons en nostre neant, et trauaillons auec le secours et la preuention de la grace d' estre autant à Dieu par nostre franc-arbitre, selon que nostre impuissance le peut porter, que nous sommes à luy par la condition de nostre nature : et d' estre autant adherents à Dieu par les mouuements de sa grace, que nous sommes adherents à luy par l' indigence de nostre estre. Et nous perdants ainsi en l' abysme de ses grandeurs, et de nostre neant, loüons le de son estat heureux, suffisant à soy-mesme, et duquel tout est indigent, soit en la terre, soit au ciel, soit en la nature, et en la grace, et mesme en la

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gloire. Et admirons, que Iesvs seul par la dignité de sa personne est sans indigence : que Iesvs seul est la plenitude de suffisance et à soy mesme et à toutes choses, entant qu' il enclot en soy-mesme le verbe eternel qui est son tout, et si on l' ose dire, son tout et sa partie tout ensemble : et qu' il est en l' estat diuin et en l' ordre admirable de l' vnion hypostatique par vne voye ineffable qui est sans dependance.

Car encores que le verbe eternel soit emané et tousiours emanant du pere, et qu' il le regarde eternellement comme son origine et son principe ; il est en cette emanation de luy et en ce regard et relation vers luy, et sans indigence et sans dependance. Et partant Iesvs est souuerain en cette qualité, et tellement souuerain, que mesme

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son estre et son estat en nostre humanité ne depend point d' autre que de luy-mesme, entant qu' il l' accomplit et la termine.

Cette proposition semblera peut estre vn peu hardie et estrange à quelques vns : mais outre ce qu' elle est authorisée, ie les supplie vn peu de surseoir leurs pensées, et nous permettre de la conduire de degré en degré par les veritez de la foy, et les maximes de la theologie : et ie me promets qu' ils verront clairement comme elle n' interesse point, et qu' au contraire elle honore l' action, l' oeuure et le pouuoir de la tres-saincte trinité. Car il faut soigneusement considerer que le verbe eternel est tellement procedant de son pere, que par la puissance et la vertu de son origine

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il est Dieu comme luy, il est égal à luy, il est independant comme luy : et partant il est independant encore en son application terminatiue de cette nature humaine, et en son estat et en sa residence et en son adherence à cette humanité sacrée, accomplissant sainctement et diuinement son mystere de l' incarnation par la puissance qu' il a reçeu de son pere en son origine ; et par la volonté de son pere, mais non par dependance de son pere : dautant que le pere eternel est bien son pere, mais il n' est pas son souuerain en la diuinité.

Contemplons donc le verbe eternel descendant du plus haut des cieux et du sein de son pere par le vouloir de son pere, mais descendant sans dependance de

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son pere. Il entre en cette humanité comme dans vn estre qu' il veut rendre proprement sien, en luy appliquant sa subsistence, qui ne conuient qu' à luy, qui luy est propre en la diuinité, qui le distingue d' auec les autres personnes diuines, et qui luy conuient en independance. Il s' approprie totalement cét estre creé, il y establit son essence, sa presence et sa puissance, il y applique sa personne et sa subsistence, il y met son amour et son bon plaisir, il y faict sa volonté, et y opere le salut de l' vniuers. Et cette humanité non en son entité ny en sa creation, mais en son appartenance vnique et singuliere qu' elle a au verbe qui la tient vnie à soy, et en la deification excellente et ineffable qu' elle reçoit de luy en luy-mesme,

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elle n' est point dependante d' aucune autre personne que du verbe eternel qui accomplit cét oeuure et ce mystere par soy mesme, et par ce qui luy est propre en la diuinité : et veut que cette nature humaine soit sa nature, sans estre la nature des autres personnes diuines, en luy communiquant sa diuinité, sa filiation et sa proprieté personnelle. Or c' est en cette appartenance que consiste son estat et ses grandeurs, et que subsiste ce supréme estat de l' ordre et vnion hypostatique : c' est par cette entrée admirable du verbe en nostre humanité que se fait ce mélange secret et sacré (sans aucune confusion) de Dieu et de l' homme en l' homme Dieu : et c' est par ce diuin ingredient que se prepare le remede à nos maux, et la composition

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inexplicable de deux natures diuine et humaine, en vn suppost, dont resulte ce diuin composé, ce Iesvs admirable fils de Dieu, fils de l' homme, Dieu et homme tout ensemble. Et ce Iesvs qui en sa nature humaine et temporelle est dependant de la trinité saincte, entant qu' il enclot en soy le verbe eternel comme sa propre personne, a vne maniere d' estre en ce tres-haut et supréme estat qui est sans dependance.

Au lieu que tous les anges, tous les hommes et tous les saincts ensemble, pour grands et éleuez qu' ils soient et puissent estre, sont en toute eternité en tous leurs estats, soit de nature, soit de grace, soit de gloire, auec vne absolue, necessaire et perpetuelle dependance de la majesté diuine.

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Ce poinct est tres-haut, tres-particulier, et tres-remarquable en ce mystere ; et tire en consequence vne autre doctrine qui regarde les actions de cette humanité qu' il a pleu au verbe de ioindre à soy-mesme.

Car les actions de cette humanité, entant qu' elles sont procedantes de cette nature creée, qui demeure tousiours creée en sa nature et en ses accidents, sont bien dependantes de la tres-saincte trinité : mais entant qu' elles sont propres et appartenantes au verbe, et qu' elles subsistent en luy par la subsistence qu' il donne à la nature qui les produit ; et qu' elles sont vrayement siennes par le droict naturel qui rend et affecte les actions aux personnes agissantes : en ce sens et en cette qualité elles luy appartiennent comme à

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celuy qui est le suppost de la nature operante, et elles n' appartiennent pas en cette maniere au s..

esprit, ny au pere mesme : et s' il nous est permis de parler ainsi de ce qui est ineffable, elles ne releuent point d' autre couronne et souueraineté que de la sienne propre, c' est à dire, de la grandeur de la diuinité, et de l' independance de sa personne. Car entant que le verbe eternel est verbe et fils de Dieu, il est souuerain en la diuinité, et sans aucun souuerain qui luy commande. Le verbe donc en son vouloir d' estre et d' habiter, d' agir et d' operer en cette sienne nature qu' il a vnye à soy, est de mesme vouloir que le pere ; mais il est independant du pere. Et entant qu' il possede cette humanité par vne voye et maniere qui luy

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est propre et particuliere, mesme en la diuinité, c' est à dire, en qualité de fils vnique de Dieu, et par sa subsistence ; il a en sa personne vne sorte de droict et de proprieté sur cette nature humaine et sur ses actions, qui ne conuient qu' à luy, et ne conuient point au pere.

Car encores qu' il ayt naissance de son pere, et communauté d' essence auec son pere, le pere toutesfois n' entre point en communauté auec la personne de son fils en ce droict et proprieté que le fils a sur ses actions et sur ses souffrances : et la deïfication de cette nature, de ses actions et de ses souffrances humaines est proprement l' action, ou pour mieux dire, l' actuation du verbe eternel, laquelle et luy est propre, et est independante en sa proprieté personnelle. Ce qui est

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digne d' vne consideration nouuelle et particuliere, et rehausse de beaucoup le prix de nostre redemption, releue grandement les actions et souffrances de Iesvs, et luy donne vn droict nouueau, et vn nouueau moyen de satisfaire au pere eternel en rigueur de iustice, c' est à dire, ex propriis, comme parle l' eschole, et par des actions qui soient non seulement tres-pures, tres-sainctes et tres-diuines, mais qui soient encores tellement propres à celuy qui satisfait, qu' en cette qualité elles ne soient point deuës à celuy qui reçoit la satisfaction, c' est à dire, à la personne du pere, lequel reçoit pour payement de nos debtes les actions et les souffrances de Iesvs-Christ son fils, et les reçoit non simplement comme actions

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et souffrances, mais comme actions et souffrances deïfiées, et mesme comme independantes de luy en vne certaine sorte et maniere. Car la nature, les actions et les souffrances de Iesvs sont bien dependantes du pere eternel en leur condition naturelle ; mais elles sont independantes de luy en leur estat et subsistence, en leur proprieté personnelle, en leur deïfication, en la relation qu' elles ont à vn suppost et diuin et independant, et en l' appartenance qu' elles ont au verbe qui est diuinement supposé à cette nature creée, et substitué au droict naturel de la personne humaine qui n' y est point. Et le verbe est pour iamais le proprietaire de cette nature humaine, de ses actions et de ses souffrances, lesquelles toutes sont ainsi

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au verbe, et luy appartiennent auec vne maniere et sorte d' independance.

Recueillons en peu de mots ce discours, et remarquons que cette diuinité, independance et souueraineté de Iesvs en sa personne, en son application à la nature humaine, et en son droict, pouuoir et authorité sur elle et sur ses actions ; est fondée en la grandeur de son estre, en la puissance de son origine, en la dignité de sa naissance eternelle. Et dautant qu' il a cette grandeur par naissance, il l' a vrayement, proprement et naturellement ; et il l' a en telle maniere que l' authorité du pere n' en est point interessée, car c' est de luy qu' il la reçoit. Et cette independance ainsi diuine, ainsi emanée de Dieu, et ainsi possedée

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de Iesvs, est tres-digne d' estre considerée de son peuple, et d' estre admirée et adorée de tous ses sujets et enfants : independance clairement exposée en ce discours, et solidement fondée en la puissance du pere à produire son fils comme independant ; et en la subsistence du fils donnée à la nature humaine et à ses actions. Qui sont deux fondements diuins et immuables en la foy de l' eglise enuers les deux mysteres principaux de sa creance, à sçauoir la trinité et l' incarnation, sur lesquels est estably et appuyé l' estat de la nature vnie, et la qualité humainement diuine et diuinement humaine de ses actions et souffrances : lesquelles estants humaines en leur condition, sont releuées par la condition de ce mystere, et appartiennent

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en propre à la personne du verbe, et ont vn rapport excellent à icelle, et vn estat diuin en la proprieté de sa personne, laquelle a vn droict et authorité sur cette nature et ces actions, comme sur vne chose qui est à luy ; et qui est à luy par vn droict si legitime et naturel ; si puissant et diuin ; si naturel et si surnaturel tout ensemble ; qu' il ne peut estre assez dignement representé, ny assez humblement admiré et adoré : car il est fondamental à nostre salut, à nostre redemption et à nostre grandeur en l' eternité. Et toutesfois vne verité si haute, si importante, et si dignement fondée est reprise et blasmée en quelques nouueaux discours qui condamnent et censurent trop legerement cette maniere d' appeller les actions

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dv fils de Diev hvmainement divines, et divinement hvmaines : maniere de parler qui est fondée en l' estat propre de ce mystere, qui est vsitée des peres de la primitiue eglise, et qui est mesme vsurpée des autheurs modernes en des ouurages excellents, s' il estoit à propos de les alleguer icy, et d' interrompre le fil de ce discours qui tend à autre chose. Car ce poinct n' est touché qu' en passant, il merite bien vn plus grand discours et éclaircissement ; et doit estre remis à vn autre lieu, pour satisfaire aux autheurs des libelles et aduis salutaires, vrayement peu solides et salutaires ; autheurs inuisibles et ignorez censeurs de la pieté et deuotion proposée enuers Iesvs-Christ nostre seigneur : laquelle

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est fondée dans les deuoirs et les sentiments primitifs de la religion chrestienne : laquelle a sa naissance dans le baptesme, et en nostre renaissance en l' eglise : et laquelle est authorisée de la voix et du commandement de l' eglise au catechisme ordonné par le sainct et sacré concile de Trente.

Ie voudrois bien que le temps et la patience de ces nouueaux inquisiteurs me permist de poursuiure les autres poincts de la souueraineté de Iesvs sur toutes choses, et particulierement sur vne chose si noble et si diuine, et sur vn sujet si rare et si excellent comme sur luy-mesme, c' est à dire, sur ses estats, sur ses mysteres et sur ses actions. Mais puis qu' il ne leur plaist pas de me donner ce loysir, et que leur procedure m' oblige à aduancer

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cét oeuure ; ie me contenteray de dire, qu' en éleuant ainsi l' estat et les grandeurs de Iesvs, et en representant son independance en la diuinité, nous ne faisons pas tort ny à la trinité saincte, ny au pere eternel : car c' est la mesme trinité qui faisant cét ouurage comme le chef de ses oeuures, donne lieu à l' independance de Iesvs.

C' est le pere eternel lequel par luy-mesme et son sainct esprit donnant cette humanité à son fils, fait que Iesvs-Christ Dieu-homme est subsistant et viuant en cette independance : et par ainsi adorants les grandeurs de Iesvs, nous adorons en luy les grandeurs de son pere, qui le produit dans son eternité, par la puissance infinie de sa generation, si diuin et si parfaict ; qu' estant originé de luy,

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il est independant comme luy. Et comme nous adorons dedans la trinité vne origine et vne emanation du fils sans dependance, ce qui est incomprehensible ; il a voulu aussi que nous remarquions et admirions en l' incarnation et humanité de son fils vne chose creée, et dependante, puissamment et diuinement establie dedans l' estre increé et independant.

C' est la gloire de Dieu de faire vn tel ouurage : c' est la gloire du pere de produire vn tel fils : c' est la gloire et l' estat de Iesvs Dieu-homme tout ensemble d' auoir en soy vne dependance humaine et naturelle establie dans son independance diuine et personnelle : et c' est la gloire et la vie des hommes de cognoistre, aymer et seruir vn si haut et si diuin obiect : car il

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dit luy-mesme à Dieu son pere, haec est vita aeterna, vt cognoscant te solum Deum verum, et quem misisti Iesum Christum : cette-cy est la vie eternelle, qu' on te cognoisse seul vray Dieu, et celuy que tu as enuoyé Iesvs-Christ : paroles sainctes que nous deuons escouter humblement, peser soigneusement, et mediter profondement. Car ce sont paroles de vie et en leur sujet, puis qu' elles parlent de la vie eternelle ; et en leur origine, puis que celuy qui les prononce est la vie mesme, et la vie allant à la mort. Or en ces paroles il represente dignement et hautement son estat et sa grandeur, sa mission et sa puissance à donner vie ; et lors mesme qu' il va à la mort, et que ces propos à ses disciples et à son pere ne sont propos que de la

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mort, et de la souffrance qui luy est proche et imminente : lors dis-je qu' il est en cét estat et en ces discours, et qu' il semble ne paroistre que reuestu simplement de nostre humanité et mortalité, et qu' il conuerse comme homme auec les hommes, et qu' il est attristé au milieu de ses apostres attristez : en leur veuë et en leur presence, comme s' il oublioit pour lors sa condition mortelle et patissante, il s' éleue, il se ioinct et s' associe auec Dieu familierement comme auec celuy qui est son pere ; et il s' associe auec luy en la qualité la plus grande, qui est d' estre l' obiet necessaire à la vie eternelle.

Et la vie parlant à la vie deuant les mortels, c' est à dire le fils au pere deuant ses disciples, dit grauement et sainctement ces paroles,

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dignes d' estre grauées dans nos coeurs par la pointe de sa croix, et de ses souffrances, haec est vita aeterna, vt cognoscant te solum Deum verum, et quem misisti Jesum Christum : et le fils en ces paroles se lie auec son pere comme influant de la part de son pere et auec son pere la vraye vie dans les ames, parce qu' il contient en soy la vie et la diuinité personnellement conioincte à l' humanité, ainsi qu' il est luy-mesme essentiellement vn auec Dieu son pere.

Et cette humanité en ses estats, en ses actions, et en ses circonstances, faict partie notable et necessaire de nostre creance, conioinctement auec la diuinité, à laquelle elle est vnie en l' obiect de la foy et en l' operation de nostre salut ; ainsi qu' elle luy est vnie en

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vne mesme subsistence. Et encore que Iesvs soit estably en deux estats bien differents l' vn de l' autre ; l' vn diuin et l' autre humain ; l' vn creé et l' autre increé ; l' vn dependant et l' autre independant ; si est-ce qu' il est nostre, et concurrent à nostre salut, et en l' vn et en l' autre de ses estats : et doit estre aussi recogneu, seruy et aymé des chrestiens en ces deux qualitez, que le symbole de la foy nous propose : c' est à dire en sa condition humaine, propre et naturelle, et en son estat diuin, estranger à la terre, extraordinaire et surnaturel mesme dans l' ordre surnaturel de la grace. Car Iesvs est nostre non seulement comme homme, mais aussi comme Dieu, ce qui est admirable : et le prophete l' inuoque en cette qualité en ce diuin

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verset : benedicat nos Deus, Devs noster, benedicat nos Deus, et metuant eum omnes fines terrae : où nous voyons, comme en l' honneur des trois personnes diuines, le nom de Dieu est repeté trois fois : et en l' honneur de la seconde personne de la trinité, la seconde fois que le nom de Dieu est repeté ; c' est auec addition d' vn terme qui l' appelle nostre, et l' appelle seul ainsi entre les autres personnes diuines, Deus noster : comme estant seul nostre Emmanvel : et ce pour marque des singulieres appartenances et appropriations qui rendent le fils de Dieu proprement et vniquement nostre par le mystere de son incarnation. Ce qui a meu ce prophete de parler de Dieu en cette sorte, et requerir sa benediction en cette forme : benedicat

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nos Deus, Devs noster benedicat nos Deus, et metuat eum omnes fines terrae : que Dieu nostre Diev nous benisse, que Dieu nous benisse, et que tous les coins de la terre redoutent sa maiesté.

Or comme le fils de Dieu est ainsi à nous en vne façon toute propre et particuliere à luy : aussi nostre humanité est à luy en vne maniere qui est toute propre et particuliere à elle, dont nous deuons apprendre d' estre à luy totalement et de toute nostre puissance : car il nous faut soigneusement considerer que cette humanité deriuée de la tres-saincte vierge, est à Dieu en toute autre façon que toutes les autres choses du monde : et que Dieu la possede plus sainctement, puissamment et

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diuinement, que nous ne sçaurions entendre : et que la foy mesme nous enseigne qu' elle luy appartient par deux voyes qui ne conuiennent conioinctement qu' à elle, et qui sont en elles-mesmes bien differentes. Car au lieu que la nature diuine appartient au verbe par generation et non autrement, et que les choses creées ne luy appartiennent que par creation (à laquelle se reduisent, et en laquelle sont fondées toutes les autres voyes d' appartenances qu' elles ont au createur) cette humanité appartient au verbe eternel par creation comme toutes les choses creées : et elle luy appartient encores par generation, qui est le mesme tiltre par lequel luy appartient la diuinité.

Car en l' eternité le verbe est Dieu, parce qu' il est fils de Dieu, et

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il est fils de Dieu, parce qu' il est engendré de Dieu. Or le mesme verbe qui est necessairement engendré dedans l' eternité, a voulu estre engendré vne seconde fois en la plenitude des siecles ; et par cette generation seconde, a voulu imprimer en cette humanité le charactere adorable de sa filiation diuine et eternelle, laquelle elle reçoit et elle porte pour vne eternité : car il possede cette humanité non simplement comme Dieu, mais comme fils de Dieu : et en cette qualité il luy imprime sa subsistence propre et personnelle.

Doncques comme la diuinité appartient au verbe par le tiltre de generation qui rend la filiation diuine subsistente en la diuinité : aussi cette humanité appartient au verbe par le tiltre de generation

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qui fait subsister en l' humanité la mesme filiation que nous recognoissons et adorons subsistente en la diuinité : et ainsi comme le verbe est fils de Dieu en la diuinité en laquelle il subsiste par generation eternelle ; il est aussi fils de Dieu en l' humanité en laquelle il est viuant et subsistant par generation temporelle ; selon laquelle le pere dit à son fils, ego hodie genui te : comme nous ferons voir ailleurs. Et partant cette humanité sacrée est ainsi à Dieu et par le tiltre de creation, et par le tiltre de generation tout ensemble : par le tiltre, disie, de generation haulte, diuine et inenarrable, qui porte heureusement et transporte diuinement du ciel à la terre, de l' eternité au temps, du sein du pere au sein de la vierge, la filiation diuine

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et eternelle ; et la porte en cette humanité glorieuse, laquelle par ce moyen est transferée de l' estat commun et ordinaire en la nature et en la grace dans l' ordre vnique, supréme et extraordinaire de l' vnion hypostatique ; qui est vn ordre et vn estat de singularité, de sublimité, de diuinité et d' independance, auquel elle entre par subsistence en la personne propre et independante du fils vnique de Dieu. Et c' est le moyen rare et diuin par lequel ce Iesvs que le pere eternel nous enuoye ; ce Iesvs que le pere eternel nous donne pour estre nostre pere, nostre sauueur et nostre souuerain ; ce Iesvs auquel il a mis nostre vie et nostre vie eternelle ; ce Iesvs qui est l' object que le pere eternel nous propose, et l' exemplaire que nous deuons

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continuellement regarder, imiter et adorer ; ce Iesvs, disie, est si grand, si hault et si admirable, qu' en cét estat nouueau et en ce sien mystere de l' incarnation, il se trouue independant du pere eternel.

Et toutesfois ce roy de gloire et independant, et independant mesme du pere eternel, se rend pour nous humblement dependant d' vn Caiphe, d' vn Herode, d' vn Pilate, des Iuifs, des bourreaux, des idolatres, de la souffrance, de la croix, et de la mort mesme. Soyons donc imitants et adorants son humble dependance : soyons dependants de ses loix, de son amour et de sa puissance : et dependons humblement de celuy qui est ainsi independant diuinement, et que le pere nous donne, et nous donne pour

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iamais comme independant : et luy rendants hommage et seruitude eternelle, trouuons heureusement la vie dans sa mort, le repos dans sa croix, le salut en ses playes, la ioye en ses souffrances, l' honneur dans ses opprobres, la liberté dans sa captiuité, et la grandeur dans son humble et volontaire dependance.

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DISCOVRS SEPTIEME

 

DE LA COMMUNICATION DE DIEU

 

EN CE MYSTERE .

Vn des plus signalez philosophes de l' antiquité payenne et vn des plus grands maistres en la doctrine des moeurs, contemplant les merueilles

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de la nature et la briefueté de nostre vie humaine, trouue bien estrange que les iours de l' homme soient si courts sur la terre, pour la speculation de chose de si longue durée : et se plaint, s' estonne, s' ecrie, homo ad immortalium cognitionem nimis mortalis : l' homme est trop mortel pour la cognoissance des choses immortelles : et toutesfois ce grand philosophe n' auoit lors pour obiect de sa cognoissance que la rondeur de la terre, le mouuement des cieux, la splendeur des planettes, et la beauté de cét vniuers. Quel donc eust esté l' estonnement et l' éleuement de son esprit s' il eust esté chrestien ? Et si, éclairé comme nous de la lumiere de la foy, il eust cogneu vn nouueau monde et

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vne terre nouuelle, vn nouueau ciel et vn nouueau soleil, et vn homme-Dieu, qui par son cours et par les mouuements reglez, ou plustost sainctement desreiglez, de sa vie souffrante et de sa mort diuine obscurcit le ciel, altere les elements, ébranle la terre, épouuante les enfers, rauit les hommes et les anges, et par des voyes pleines de si grandes merueilles, establit vn nouuel empire et vn empire eternel au monde ? à la verité l' obiect de la contemplation des chrestiens est bien different de celuy des naturalistes, qui n' estudient que dans le liure du monde, et ne s' occupent que dans les sciences prophanes : lesquelles sembloient insipides à sainct Augustin, parce qu' il n' y trouuoit point le verbe incarné, qu' il n' y voyoit point

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Iesvs-Christ nostre souuerain seigneur ; et qu' il n' y lisoit point l' excez de son amour, les faueurs de sa grace, et la puissance de sa croix. Et si ce philosophe auoit raison de se plaindre de la nature, qui auoit donné si peu d' années à l' homme pour contempler l' estat des choses naturelles : combien plus iustement deuons-nous nous plaindre de la briefueté de nos iours, pour contempler vn si grand obiect ? Certes la vie de l' homme est trop courte pour la contemplation d' vne si grande merueille : mais Dieu y pouruoit par sa bonté, nous faisant renaistre et reuiure par sa grace, et nous faisant immortels pour contempler eternellement cét obiect eternel. Et nous n' auons à nous plaindre que de nous-mesmes, de ce qu' estants

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si immortels, nous prophanons nostre immortalité, en nous attachant à des choses si mortelles et perissables ; et de ce que cét object immortel nous estant reuelé, nous y appliquons si peu nostre amour et nos pensées ; et nous allons nous diuertissants à tant de choses si petites, si basses et si prophanes en la veuë d' vn sujet si hault, si grand et si diuin. Car puis que le fils de Dieu veut penser à nous, veut traitter auec nous, veut s' abbaisser iusques à nous ; puis qu' il veut entrer mesme comme dans les limites de nostre estre, pour faire comme partie d' iceluy, et estre l' vn d' entre nous ; puis qu' il veut estre homme comme il est Dieu ; qu' il veut viure entre les hommes comme il est viuant entre les personnes diuines, et qu' il veut ainsi

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s' appliquer, se donner, se communiquer à nous et à nostre nature en vne maniere si haute, si singuliere et si ineffable : nous deurions certes d' vn vouloir constant et ardent penser à luy, traitter auec luy, nous éleuer à luy : nous deurions entrer en l' abysme de ses graces et faueurs ; desirer d' estre semblables à luy, ne viure que pour luy, et nous donner à luy en l' excés de sa grace et de sa puissance : et nostre estre estant redeuable non seulement à sa puissance, mais encores à son amour, deuroit appartenir entierement à Iesvs : son nom, sa grandeur et sa dignité deuroit occuper nos sens, et remplir nos esprits : sa vertu et son amour deuroit animer nos puissances, et penetrer les moüelles de nostre ame : son esprit deuroit regir

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nostre esprit, animer nostre vie, et conduire nos actions. Nos pensées, nos paroles et nos mouuements deuroient tendre du tout à luy. Rien ne deuroit partir de nostre esprit qui n' aspire à Iesvs, et ne respire son honneur et sa gloire : rien ne deuroit entrer en nostre esprit qui ne sentist l' esprit et l' odeur de Iesvs : et comme épris de son amour, nous ne deurions voir que Iesvs ; rien ne nous deuroit contenter que Iesvs ; tout en luy et par luy nous deuroit aggréer ; rien sans luy et hors de luy ne nous deuroit satisfaire ; verifiants en nous ces deuotes paroles du deuot s.. Bernard : aridus est omnis animae cibus si non oleo isto infunditur, insipidus est si non isto sale condîtur.

Si scribas, non sapit mihi, nisi legero ibi Iesvm : si disputes, aut

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conferas, non sapit mihi, nisi sonuerit ibi Iesvs. Iesvs mel in ore, in aure melos, in corde iubilus.

Aussi Iesvs est le suiet de nos discours, et l' obiect de nos pensées.

Et nous continuons bien volontiers à parler de Dieu operant cét oeuure, faisant vn nouuel Adam et formant vn homme-Dieu, comme le suiet de ses grandeurs et le comble de ses merueilles : doncques adorants la bonté de Dieu se communiquant ainsi soy-mesme à sa creature, penetrons de plus en plus la communication ineffable de Dieu en ce mystere : et prenant le poinct de plus hault, et comme en sa source pour le conduire et deriuer par certains degrez iusques en cét oeuure ; voyons comme l' estre supréme, eternel et increé ; la lumiere intellectuelle et

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la sapience inaccessible, le premier et le principe des estres, le Dieu viuant et la fontaine de la vie, également aymable et adorable en sa nature excellente et bien-heureuse ; est incessamment en estat d' vne communication admirable, selon que la nature et la condition des choses les rend capables de la receuoir.

Ainsi il communique aux choses plus basses et plus proches du non estre, vn ombre et vn vestige de son existence, comme aux corps simples et aux elements ; vne ombre de son estre et de sa vie, comme aux choses vegetantes et sensitiues : et en s' éleuant plus haut en son oeuure, il s' exprime et se communique dauantage, en imprimant non plus vn ombre et vn vestige, mais vne image plus expresse et vne ressemblance plus

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parfaitte de soy-mesme et de son estre viuant et intelligent, comme il se voit aux anges et aux hommes : et s' ils acceptent la conduitte de sa bonté, de sa grace et de son amour, il passe aussi plus auant, et les éleue mesme iusques à la veuë et possession de ses biens et grandeurs, et iusques à la ioüissance de sa gloire, leur donnant accez, entrée et establissement dans son palais, dans son paradis et dans son eternité.

Mais cét estre infiny et admirable est en vn bien plus hault, plus éleué et plus excellent estat de la communication de soy-mesme : car nous auons et nous adorons en la grandeur de nos mysteres trois communications tres-secrettes et tres-intimes, qui sont inenarrables en elles-mesme, incomprehensibles

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aux hommes et aux anges, et sont parfaittement et immediatement diuines. La premiere est la communication eternelle de Dieu le pere à son fils, en laquelle il luy donne sa propre essence : la seconde, la communication coëternelle du pere et du fils, donnants au sainct esprit leur essence commune : et la troisiéme est la communication tres-aymable et tres-adorable, que le verbe seul fait de soy-mesme et de sa personne à l' humanité sacrée, tirée de la substance pure et immaculée de la tres-saincte vierge. De sorte que comme nous auons vne trinité de mysteres en l' estat de la foy, selon les discours precedents ; et comme nous adorons vne trinité de personnes en l' estre de la diuinité, selon les documents

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de nostre religion, nous auons aussi et nous adorons vne trinité de communications en l' estre diuin, qui est le fondement du discours present. Car l' estre infiny de Dieu nous est representé par les anciens comme vne sphere intellectuelle qui comprend tout et ne peut estre comprise : et comme sa grandeur se clot, se ferme et se termine en elle-mesme, c' est à dire en la trinité des personnes diuines et eternelles : aussi le mystere, le cercle et le secret de la communication propre, immediate et ineffable de cét estre de Dieu, se comprend, se consomme et s' accomplit dans luy-mesme en cette trinité de communications : dont les deux premieres sont comprises dans le mystere de la trinité ; et la troisiéme est reseruée au

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sacré mystere de l' incarnation, qui ferme, qui enclot, qui termine le cercle diuin, et la circonference admirable de Dieu se communiquant dans soy-mesme et dans cette humanité sacrée ; et arreste heureusement et diuinement le poinct et la grandeur des communications immediatement diuines en vne personne diuine, laquelle est receuant en soy-mesme et en sa subsistence, vne nature creée.

Ces trois communications sont si rares, si eminentes et si singulieres, qu' elles n' ont rien de semblable en la terre ny au ciel, qui nous puisse seruir d' ombre et de figure pour les representer dignement.

Car leur excellence et perfection a vne distance infinie de toutes les autres communications que la nature et la foy nous enseignent :

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et elles sont telles, que nous les pouuons bien croire et adorer en la terre par la grace, et les voir et contempler au ciel par la gloire ; mais nous ne les pouuons comprendre ny dans la terre, ny dans le ciel. Car elles comprennent l' infiny, c' est à dire, elles comprennent Dieu mesme, ou en sa nature ; ou en ses personnes : et elles sont si puissantes, et si sublimes, qu' elles contiennent et emportent en leur efficace vne communication ineffable de l' estre diuin : communication si grande, si intime et si parfaitte, qu' elle rend les personnes procedantes, coëssentielles auec leur principe eternel ; et rend la nature humaine à qui elle est faitte, consubsistante auec la diuinité.

Or en ces deux communications

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diuines qui sont encloses dans le sein du pere eternel, et qui sont l' vne du pere au fils, l' autre du pere et du fils au sainct esprit, nous admirons comment vne essence toute simple, indiuisible et inalterable, peut estre communiquée à plusieurs hypostases, et nous adorons en l' humilité de la foy, la nature diuine, comme estant et parfaittement vne, et parfaittement communicable ; qui est vn des plus grands secrets de la diuinité, et vn des plus haults poincts que la foy nous enseigne.

Car le dieu des chrestiens, est tellement vn, que cette vnité subsiste en pluralité de personnes ; et partant nous auons en l' estre diuin, vnité et plvralité tout ensemble. Et cette pluralité n' est pas vne diuersité de personnes

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comme disiointes et separées l' vne de l' autre, ainsi qu' estoit le dieu des manicheens, dont l' vn estoit le principe du bien, et l' autre le principe du mal ; mais ces personnes diuines sont liées d' amour et de societé par ensemble : dont nous auons en l' estre diuin vnité, plvralité et societé parfaitte : societé, comme nous dirons ailleurs, qui est le fondement et l' exemplaire de toute autre societé diuine et humaine, naturelle et surnaturelle. Et cette communication et societé des personnes increées et eternelles n' est pas seulement en amour et conformité ; mais ce qui est beaucoup plus, et ce qui passe l' esprit humain et angelique (qui ne peut comprendre comme en Dieu tombent les conditions de produisant et

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de produict) cette communication est fondée en l' origne et l' emanation des personnes l' vne de l' autre ; ce qui suppose en l' estre de Dieu vnité et fecondité.

Et partant nous auons en la sublimité de nos mysteres et en la grandeur de l' estre diuin que nous seruons et que nous adorons, vnité et plvralité, par la distinction des personnes : nous auons vnité et societé, par la commvnication des personnes : nous auons vnité et fecondité, par l' emanation des personnes.

Or cette communication primitiue et eternelle de la diuinité feconde dedans soy-mesme, est la cause et l' exemplaire de la communication temporelle que Dieu fait de soy-mesme hors de soy-mesme,

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à nostre humanité, au mystere de l' incarnation ; lequel est comme vne imitation expresse, et comme vne estenduë iusques dans l' estre creé de la communication supréme et ineffable, qui est dans l' estre increé entre les trois personnes de la tres-saincte trinité.

Et si nous voulons ioindre mysteres aux mysteres, sans toutesfois nous departir du fils vnique de Dieu nostre vnique subiect en ces discours, et sans nous departir encores des communications diuines, qui est le subiect du discours present : disons que la saincte eucharistie est semblablement comme vne imitation du mystere de l' incarnation, et vne application et extension d' iceluy iusques à vn chacun des chrestiens et fideles ; tout ainsi que le mystere precedent

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de l' incarnation est vne imitation et extension de la communication supréme qui est dans la saincte trinité par la communication du verbe eternel en nostre humanité.

Et ainsi nous auons en ces trois mysteres vn mesme suiet à contempler et à adorer : et nous auons vn mesme fils de Dieu diuinement enclos et compris dans ces mysteres, de la saincte trinité, de l' incarnation, et de l' eucharistie.

Au premier en l' vnité de son essence ; au second en l' vnité de sa personne ; au troisiéme en l' vnité de son corps. Et par ces trois vnitez Iesvs est viuant en trois estats differents et admirables ; c' est à sçauoir au sein du pere ; en nostre humanité ; en son eucharistie : viuant, dy-je, au sein du pere comme fils de Dieu, Dieu de Dieu, et

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principe d' vne personne diuine : viuant en nostre humanité comme homme-Dieu, et comme principe vniuersel de vie au monde : viuant en l' eucharistie comme victime de Dieu deuant la face de son pere, et appaisant son courroux en son autel, où il est communiquant vie de grace et semence de gloire à vn chacun de nous : trois estats de Iesvs, trois estats bien differents, trois estats dignes d' honneur, d' amour et de consideration bien particuliere, trois estats procedants de ces trois vnitez, fondez en ces trois mysteres, et honorez de trois communications remarquables et adorables en Iesvs : celle qu' il reçoit du pere eternel ; celle qu' il fait à nostre humanité ; celle qu' il fait à son eglise et à ses fideles ; c' est

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à dire, trois communications distinctes ; de son essence en la trinité ; de sa personne en l' incarnation ; et de son corps en l' eucharistie ; qui contient ces trois mysteres differents. Contemplons donc vn peu ces vnitez, ces mysteres et ces communications ; et voyons comme au premier de ces mysteres il y a vnité d' essence et fecondité de personnes ; au second il y a vnité de personne et fecondité d' essence ; au troisiéme il y a vnité de corps et fecondité d' esprit. Car en la trinité nous adorons l' vnité et fecondité de l' estre diuin ; l' vnité en son essence, et la fecondité en ses personnes diuinement produites et produisantes. Le pere produit son

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fils en vnité et fecondité admirable, et mesme il le produit comme receuant de luy vne puissance et fecondité admirable de produire le sainct esprit : et cét esprit produit par le pere et le fils, ne produisant rien dans la trinité, produit hors la trinité les choses de la nature et de la grace : celles de la nature ; comme imprimant au monde en sa naissance, la vertu productiue de toutes choses : celles de la grace ; comme estant enuoyé par le verbe pour sanctifier toute l' eglise en sa naissance. De sorte que la premiere puissance et fecondité, qui est celle du pere, se termine en la production des deux personnes diuines : la seconde, qui est celle du fils, se termine en la production d' vne seule personne, qui est le sainct esprit : et le

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sainct esprit ne produisant rien en soy-mesme, est seulement liant par soy-mesme les personnes diuines produites et produisantes : et il produit hors de soy-mesme l' ombre, l' image et la ressemblance de l' estre diuin et increé, en produisant ce monde : et puis apres il vnit ce monde produit, à son principe qui est Dieu, dans le mystere de l' incarnation. Où nous voyons en passant comme vn mesme ordre et progrez dans l' estre creé et increé ; et vne imitation et ressemblance de l' image au modelle.

Car comme en l' estre increé les personnes sont produites, et leur production se termine en leur vnité, par le sainct esprit, qui est leur lien eternel et ineffable : ainsi l' estre creé estant produit, ce mesme sainct esprit le lie et l' vnit à

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son principe en l' vnissant au verbe qui a produit toutes choses comme verbe du pere, et les vnit toutes à son pere comme verbe incarné, par la puissance de son incarnation, par la grandeur de ses offices, et par l' efficace de ses mysteres.

Nous y voyons encores vn autre poinct digne de consideration particuliere, qui est vne difference bien remarquable entre les sources de la terre et les sources du ciel. Car les sources de la terre et du temps ont moins d' amplitude et de profondité en leur origine qu' en leurs ruisseaux, qui se vont grossissant, et élargissant d' autant plus qu' ils sont éloignez de leur source : et au contraire nous voyons icy clairement que les viues sources du ciel et de l' eternité ont vne plus grande plenitude et amplitude en elles-mesme,

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que dans leurs emanations et productions : et que la fecondité diuine quoy que produisant tousiours en la trinité choses egalles, se va comme restressissant, plus elle s' approche de nous et s' éloigne de sa source. Car le pere qui est la source fontale de la deïté, et la premiere source de la fecondité diuine, produit en soy-mesme deux personnes diuines : et le fils qui est la seconde personne produisante en la diuinité, termine sa fecondité en la production d' vne seule personne diuine : et cette troisiéme personne ne produisant rien d' eternel et increé, produit le verbe comme incarné.

Et ce verbe incarné comme nouueau principe d' vn nouuel estre, et comme pere du siecle aduenir, produit l' ordre de la grace

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et de la gloire qui se termine et s' estend à la verité à nous faire dieux, mais nous faire dieux par participation seulement, et non par subsistence comme en l' incarnation, ny par essence, comme en la trinité : c' est à dire, se termine à nous rendre les temples de la diuinité communiquée entre les personnes diuines, et les images viues de cét estre supréme, diuin et increé : et c' est où se termine la communication de Dieu en soy-mesme, et hors de soy-mesme ; en soy-mesme, au sainct esprit ; hors de soy-mesme, en l' esprit sainct et sanctifié par la grace : laquelle ayant ainsi hautement et diuinement sa source primitiue en la communication du pere au fils, et du pere et du fils au sainct esprit ; il nous est facile de croire et d' entendre

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que comme en ce premier mystere de la trinité, selon nostre supposition precedente, il y a vnité et fecondité tout ensemble : il y a aussi pareillement vnité et fecondité au second mystere ; qui est celuy de l' incarnation, en laquelle nous adorons semblablement vnité et fecondité, vnité de personne, et fecondité d' essence ; ce qui est notoire non seulement en la pluralité des essences qui sont en ce mystere, et qui sont vnies en vnité de subsistence ; mais encore en ce que l' essence diuine et humaine sont tellement coniointes, qu' elles constituent vn nouueau existant et vn nouueau principe de vie au monde, comme dit le disciple de la vie et de la verité, c' est à dire sainct iean, en plusieurs endroits.

Et cette humanité par la diuinité

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presente, subsistante et viuante en elle, est vne source de vie : car en Iesvs tout est vie et viuifiant, comme il sera dit au discours de la vie de Dieu en ce mystere. Et cette humanité portant en elle-mesme par l' vnion au verbe, la diuinité et la filiation propre et naturelle du fils vnique de Dieu, est vne source viue et puissante de la filiation adoptiue qui commence en la terre et perseuere dans les cieux. Au troisiéme mystere, c' est à dire en l' eucharistie, nous adorons aussi l' vnité de ce corps glorifié, et accompagné d' vne fecondité admirable de grace et d' esprit. Car ce corps deïfié communique l' esprit, l' amour et la grace de Iesvs à ceux qui le reçoiuent selon qu' il l' ordonne en sa parole. Et ce mystere est vne

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nouuelle puissance du fils de Dieu en la terre, lequel a voulu en ce sacrement diuin, auguste et singulier, imprimer luy-mesme par son propre corps, par sa substance et par son humanité saincte, l' esprit de grace, d' amour et d' vnité dans son eglise.

Ainsi au premier de ces mysteres le pere donne et communique son essence à son fils : au second, le fils donne et communique sa personne à nostre humanité : au troisiéme, le mesme fils donne et communique son corps et son humanité aux hommes : et le fils de Dieu s' abbaissant ainsi de degré en degré pour honorer son pere dans le mystere de son abbaissement, et s' abbaissant iusques à nous, pour nous éleuer iusques à luy, doit estre contemplé des chrestiens,

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et adoré en ses grandeurs et en ses abbaissements, et doit estre aymé d' eux en la force encore de son amour qui le conioint à son pere en l' vnité du sainct esprit, et le conioint à nostre humanité en l' vnité de sa personne diuine. Car contemplants ces haults mysteres, nous voyons comme le fils vnique de Dieu reçeuant de son pere sa propre essence, veut auec son pere d' vn vouloir necessaire la communiquer au sainct esprit : et est porté par ce regard et cét amour naturel et reciproque entre eux, à produire cette personne diuine ; et à s' vnir encores à son pere par l' vnité de cét esprit produict, comme il luy est originairement vny, ou plustost vn auec luy par vnité d' essence : et il veut encores en la

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plenitude des temps par vn vouloir libre et digne d' vne recognoissance infinie, donner son essence diuine et sa propre essence à vne nature creée, et s' vnir à sa creature par sa propre substance et subsistence. Et Iesvs s' aduançant dans les voyes de son amour et de sa bonté, et se voyant porter en soy-mesme la communication ineffable de la diuinité à nostre humanité, veut porter cette humanité vnie à sa diuinité dans nos coeurs et nos corps pour les sanctifier en luy et nous vnir à luy. Et Iesvs s' vnissant ainsi à nous, nous vnit à son humanité, et par son humanité à sa diuinité, et par soy-mesme à son pere. Voyla le cours et le progrez, voyla l' yssue et le retour du voyage du verbe eternel sortant du sein de son pere, et descendant

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du plus haut des cieux pour s' abbaisser en terre et s' vnir à nostre humanité. Voyla le dessein et le motif de cét heureux voyage et sortie ineffable, qui est pour nous faire rentrer en Dieu, et pour nous éleuer de la terre au ciel. Voyla l' estat et la fin du mystere de l' incarnation : mystere si haut et si puissant, qu' il touche de la terre au ciel, et du ciel à la terre, et conioinct l' homme à Dieu, et Dieu à l' homme. Mystere aussi qui nous est figuré par cette eschelle de Iacob : car les escritures nous la representent si haulte, qu' en ces deux extremitez elle conioinct la terre auec le ciel, Dieu auec l' homme. Et aussi nous voyons comme le verbe incarné touche la terre, et la sanctifie par son humanité : et touche le ciel et le glorifie

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par sa diuinité : et lors qu' il estoit resident visiblement en terre par son humanité, lors mesme il residoit glorieusement au ciel par la diuinité. C' est pourquoy le fils de Dieu parlant de soy-mesme en la terre, il se disoit estre au ciel, et disoit aux Iuifs, filius hominis, qui est in coelo : car il estoit lors mesme et en la terre auec eux, et au ciel auec son pere, dautant qu' en ce mystere, comme en l' eschelle de Iacob, les choses celestes y sont iointes auec les terrestres, les plus haultes, auec les plus basses, et Dieu auec l' homme. Or en cette eschelle il y a plusieurs eschellons, comme plusieurs degrez par lesquels Dieu descend et s' abbaisse iusques à l' homme, et l' homme monte iusques à Dieu.

Et il me semble que ie vois les

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vnitez qui se remarquent en la fecondité de Dieu dans les communications diuines, par lesquelles Dieu se communiquant en soy-mesme, vient à se communiquer iusques à l' homme, et s' vnir à l' homme en l' honneur des vnitez admirables, que l' esprit humain conçoit et adore en son estre diuin.

Car pour vn plus grand éclaircissement de ce discours, nous pouuons distinguer comme deux ordres excellents des vnitez diuines ; dont le premier comprend les vnitez qui sont en l' estre de Dieu ; et le second contient les vnitez qui sont dans les oeuures de Dieu ; or la premiere des vnitez que nous adorons en Dieu, est l' vnité d' essence ; vnité supréme et primitiue ; vnité non originée, mais qui donne lieu à l' origine des autres ;

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vnité qui est la premiere perfection recogneuë et supposée dans l' estre diuin ; vnité qui par la plenitude de sa perfection est source de la fecondité diuine. Et selon l' ordre que nous pouuons conceuoir entre les choses diuines, nous pouuons dire que de cette vnité d' essence vient la seconde vnité, qui est l' vnité de principe, en laquelle les personnes du pere et du fils produisent le s.. esprit : lequel est luy-mesme la troisiéme vnité, qui est l' vnité d' esprit et d' amour personnel, liant et vnissant les personnes diuines entre elles d' vne vnité distincte de l' vnité d' essence et de l' vnité de principe, de laquelle il procede : trois vnitez qui sont en Dieu et demeurent tousiours en Dieu-mesme : en l' honneur et imitation

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desquelles il y a trois autres vnitez diuines comprises au second ordre, que nous auons dit estre des vnitez signalées dans les oeuures de Dieu. Car le mystere de l' incarnation, qui est le premier et le le plus hault des oeuures de Dieu ; et qui a pour son principe l' vnité d' amour essentiel et personnel qui est en la diuinité, est vn mystere d' vnité, auquel vne personne diuine va vnissant ensemble les deux natures de Dieu et de l' homme. Et cette vnité du verbe subsistant en ces deux natures differentes, est suyuie en l' eglise de l' vnité miraculeuse de l' ame et du corps de Iesvs present en diuers lieux, au ciel et en la terre : qui est la seconde vnité admirable dans les oeuures de Dieu, establie par le diuin mystere de

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l' eucharistie. Et cette double vnité remarquable en Iesvs ; l' vne en sa personne en l' incarnation ; l' autre en son corps en l' eucharistie ; est la source viue de l' vnité de grace et d' esprit ; qui est la troisiéme vnité ; laquelle est le principe de la vie nouuelle qui se communique aux ames dans la terre et dans le ciel. Ainsi Dieu selon sa puissance et sa parole, attingit à fine usque ad finem fortiter : ainsi Dieu qui est vnité, conduit tout à l' vnité, et par degrez distincts d' vnitez vient et descend iusques à l' homme, et l' homme va et monte iusques à Dieu ; et en fin arriue iusques à la ioüissance de l' vnité supréme et primitiue de la diuine essence, par la veuë par la lumiere, par la ioüissance de la gloire, en laquelle cette diuine essence, qui est

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vne et vnité tout ensemble, s' imprime en nostre esprit, se communique à iceluy, et le rend bienheureux.

Ainsi du plus bas de la terre et du profond de nostre neant, nous montons de degré en degré iusques à Dieu, et Dieu du plus hault des cieux et du thrône de sa grandeur vient et s' abbaisse iusques à nous. Ainsi en l' estat de la religion nous allons de mysteres en mysteres, d' vnitez en vnitez, de communications en communications, de merueilles en merueilles, en la contemplation des secrets et veritez que la foy nous enseigne. Et ainsi contemplants Dieu en soy-mesme, en son estat et en ses oeuures : c' est à dire, en sa diuinité, en son humanité, et en son sacrement et sacrifice ; ou bien plus clairement, en ses trois

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mysteres, la trinité, l' incarnation, l' eucharistie : nous voyons que sa bonté et sa majesté supréme tend par vn conseil secret et profond à reduire tout à vnité, et à enclorre tout, c' est à dire, le createur et la creature dans vn cercle admirable d' vnité, et mesme tend à les vnir au poinct et au centre de l' vnité diuine par le mystere de l' incarnation, et par l' vnité d' vne personne increée et incarnée tout ensemble. Car le verbe est comme vn centre admirable d' vnité, posé au milieu des personnes diuines, en ce qu' il est procedant comme l' vn, et produisant comme l' autre : posé encores au milieu de l' estre creé et increé par le mystere de l' incarnation comme mediateur de l' vn et de l' autre. Et ce centre d' vnité tire tout à Dieu, à

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soy, à l' vnité, par vne chaine forte et sacrée de mysteres et vnitez enchainées, comme autant de chainons attachez et liez par ensemble : ce qui merite bien vn plus ample discours : lequel remettant à vne autre fois, tirons à present vsage de cette pensée pour nous éleuer à Dieu, nous vnir à son verbe, nous ioindre à nostre mediateur, nous rendre à l' empire de sa croix, nous liurer à son amour, à son esprit et à sa grace, nous commettre à sa conduitte, nous abandonner à ses conseils et desseins sur nous, et nous humilier et confondre deuant luy, de ce que nous auons ainsi laissé nos esprits errants et vagabonds en la varieté des choses creées, et nos coeurs diuisez dans les obiects caduques et perissables, au lieu de les

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vnir à l' vnité supréme de la diuinité, et de tendre à l' vnité de la grace et de la vie mystique, en laquelle Dieu imprime et communique à l' esprit preparé, purifié et éleué, son vnité saincte, pour le rendre vn d' esprit auec Dieu, et luy faire porter eternellement l' effect admirable de cette sacrée parole ; qui adhaeret domino, unus spiritus est : vnité haute et sublime, digne de Dieu et de sa grace, digne de son esprit et de son amour, digne de ses mysteres et de ses vnitez, et digne de la puissance qu' il daigne employer à appeller nos ames, à tirer nos coeurs, et à nous rendre par vne qualité celeste et infuse disposez et susceptibles de l' vnité admirable qu' il veut imprimer et communiquer à l' ame par l' efficace de ses mysteres, par la puissance

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de son esprit, et par la dignité de sa grace et de son amour. Mais retournons de nous à Dieu, et de nos miseres à ses grandeurs ; rentrons dans le poinct et le centre de nostre discours, et remarquons que l' vnité, la fecondité, la communion ineffable qui est en la saincte trinité, est l' obiect que la mesme trinité va regardant, honorant et imitant dans son oeuure de l' incarnation ; oeuure et mystere d' vnité, de fecondité et de communication diuine et admirable.

Car Dieu est la cause et l' exemplaire de tout ce qui procede de luy : et plus les oeuures et les choses sont sublimes et excellentes en elles-mesmes, plus elles regardent en Dieu quelque chose de bien rare et particulier, à quoy elles ont leur rapport, et dont elles

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tirent leur source et leur origine.

Et partant cette ineffable communication que Dieu fait de soy-mesme hors de soy-mesme en la plenitude des temps au mystere de l' incarnation, et qui est si haulte et si singuliere, qu' elle est et sera pour iamais sans exemple dans les choses creées, suppose et regarde comme son exemplaire cette interne et eternelle communication qui est en la diuinité, et qui est le plus hault poinct et le plus incomprehensible que la foy adore en la diuinité, à la veuë duquel sont ébloüis tous les esprits humains et angeliques. Là il y a vn Dieu communiquant son essence ; icy il y a vn Dieu communiquant sa subsistence : là il y a vn pere donnant sa diuinité à son fils et à son sainct esprit, c' est à dire, aux deux

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personnes procedantes en la diuinité ; icy il y a vn fils, pere du siecle aduenir, donnant sa diuinité à l' ame et au corps de l' homme, c' est à dire, aux deux parties constituantes nostre humanité : là l' essence de Dieu communiquée aux personnes les rend diuines et adorables ; icy la personne du fils de Dieu rend cette chair et cette ame à laquelle il se communique, diuine en sa subsistence, et adorable en son estat : là il y a vne communication naturelle et necessaire entre les personnes diuines ; icy il y a vne communication substantielle ; mais libre et volontaire de la personne de Dieu à la nature de l' homme : et cette communication seconde et temporelle regarde cette grande, supréme et admirable communication

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qui est en la diuinité, et comme son exemplaire, et comme sa source et son origine. Ie dis qu' elle la regarde comme son exemplaire : car elle est si viuement representée et si parfaittement imitée en cette communication seconde, que les peres ont recogneu l' vne dans l' autre, et ont prouué l' vne par l' autre, à sçauoir, l' vnité du fils auec le pere en la tres-saincte trinité par l' vnité du fils auec nous en l' incarnation et l' eucharistie : comme il appert dans les doctes et les graues docteurs, sainct Cyrille et sainct Hilaire, deux lumieres viues, et ornements rares, l' vn de l' eglise grecque, l' autre de l' eglise latine. Ie dis qu' elle la regarde comme source et origine, parce que Dieu produisant en soy-mesme, veut produire

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hors de soy-mesme : et Dieu se communiquant en soy-mesme, veut se communiquer hors de soy-mesme.

Et Dieu est la plenitude de vie, d' amour et de communication : plenitude de vie en son fils, plenitude d' amour au sainct esprit, plenitude de communication en ces deux personnes procedantes : plenitude qui pousse au dehors ce mystere de l' incarnation, mystere ineffable de vie, d' amour et de communication : ainsi que la plenitude d' eau qui est en la source pousse et iette continuellement nouuelle eau hors de la fontaine, et la répand dans les canaux et ruisseaux qui en deriuent.

Or cette communication de Dieu hors de soy-mesme en ce mystere de l' incarnation, regarde, recognoist et honore cette communication

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parfaitte, cette communication primitiue, cette communication supréme et eternelle, cette communication adorable et aussi adorée et des hommes et des anges : mais singulierement et dignement adorée encores par la communication ineffable que le verbe eternel fait de son essence et de sa personne diuine à nostre humanité par le mystere de l' incarnation : mystere qui en sa substance, en son estat et en ses circonstances adore et adorera incessamment et eternellement cette communication primitiue qui est en l' eternité entre les personnes diuines. Car le verbe eternel comme il procede du pere et reçoit de luy sa propre essence, aussi veut-il honorer cette communication diuine qu' il reçoit de son pere, en laquelle consiste

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son estre, son estat et sa grandeur, comme nous auons discouru ailleurs : et il l' honore par vn nouuel estre, vn nouuel estat et vn nouueau mystere, lequel porte vne communication singuliere de soy-mesme et de sa diuinité à nostre humanité. Et comme nous dirons en vn autre discours, que le fils de Dieu naissant en sa diuinité a voulu honorer sa naissance eternelle par vne naissance temporelle, et a voulu se faire homme en se faisant fils de l' homme, pour honorer la naissance qu' il a de son pere par la naissance qu' il a de sa mere : ainsi le fils de Dieu receuant de son pere, et communiquant au sainct esprit sa diuine essence dedans l' eternité, a voulu honorer cette communication ineffable par la communication

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admirable de soy-mesme à nostre humanité. En quoy nous voyons comme il est tousiours Dieu, tousiours fils, et tousiours relation à son pere : tousiours Dieu, mesme en cette humanité : et tousiours fils regardant, aymant et honorant son pere, mesme en cette communication nouuelle et temporelle : et tousiours referant à luy sa personne eternelle et son essence nouuelle.

Voila l' origine et le principe, voila la fin haulte et derniere, voila le motif principal et le vray exemplaire de ce grand oeuure de l' incarnation que nous auons à contempler, à annoncer et à adorer.

Laissant doncques à part et à vn autre temps les secrets dignes d' estre considerez et adorez en la communication ineffable qui est entre

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les personnes diuines : deduisons par ordre l' estat grand et admirable de la communication que la foy adore entre le verbe eternel et la nature humaine par le sacré mystere de l' incarnation : et remarquons que le ternaire diuinement consacré à Dieu en ses personnes, luy est aussi encores diuinement consacré en ses communications diuines.

Car encores que dans la diuinité il y ayt trois personnes, il n' y a que deux communications, comme il n' y a que deux processions : mais vne de ces personnes diuines se communique doublement, à sçauoir le verbe eternel ; car il donne et communique son essence au s.. esprit en la diuinité, et en l' humanité il donne et communique sa personne à vne essence creée. Et par ainsi nous auons trois communications

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vrayement, proprement et absolument diuines, aussi bien comme nous auons et nous adorons trois personnes diuines.

Or en cette communication qui est au mystere de l' incarnation, le verbe eternel communique sa personne auguste, sa subsistence propre, son existence increée, son essence eternelle, sa vertu diuine, sa majesté infinie, sa grandeur, sa saincteté, sa souueraineté, sa vie, son amour, sa gloire ; et en vn mot, selon l' apostre, la plenitude de sa diuinité. Ce qui merite autant de discours, comme il y a de poincts proposez. Mais ceux qui par vne hardiesse et nouueauté inoüye ont osé appeller n' agueres la theologie vn phantosme, et sans theologie osent iuger et improuuer les doctrines qu' ils n' entendent

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point, ne nous donnent pas ce loisir.

C' est pourquoy remettant le reste à vn autre temps et à vn plus ample discours, adorons la presence admirable du fils de Dieu en cette humanité ; et contemplons la majesté de Dieu residant en soy-mesme, en ses creatures et en l' humanité de son fils vnique, comme en trois seiours bien differents. Car il est dans ses creatures sans leur donner par cette sorte de presence aucune dignité, saincteté ny beatitude : il est en toutes de quelque qualité et condition qu' elles soient, corporelles, spirituelles ; celestes, terrestres ; bonnes, mauuaises ; eternellement heureuses ou eternellement miserables ; sans les tirer à aucun degré plus éleué, ny à aucune maniere d' estre differente de leur estat et espece : il est en toutes également,

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sans mettre en elles aucunes differences ; et chacune demeure dans les termes et les bornes de sa propre nature et condition : et il est simplement en elles, pour leur donner estre, vie et mouuement selon leur espece, et les y conseruer. Bien est vray que cette presence naure puissamment les coeurs de ceux qui ayment Dieu, et rend la playe de cét amour tousiours fresche et recente, comme ayant tousiours intime et present l' vnique obiect de leur vnique amour. Mais c' est à la grace qu' il faut attribuer cette saincte naureure : c' est la grace qui faict cét effect sur cette presence, et non pas cette presence : c' est la grace qui establit vne nouuelle maniere de la presence de Dieu, et donne cette impression saincte et diuine,

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par laquelle les ames se voyant estre et viure en Dieu, selon cette parole de son apostre, in ipso uiuimus, mouemur et sumus : elles viuent heureuses et contentes en cette veuë qui les asseure, que rien en la terre, ny au ciel ne les peut separer de leur vnique amour, non pas mesme l' enfer : car il n' y a que le peché qui ayt ce malheureux pouuoir, lequel est le seul enfer des ames sainctes, et le vray enfer de l' enfer mesme.

Or Dieu est ainsi dans ses creatures comme celuy qui les comprend, les soustient et les maintient en leur estre. Mais Dieu est dans soy mesme, se comprenant soy-mesme : car il est comprehensible à soy, et incomprehensible à tout autre. Là il est sans le monde ce qu' il est encores auec le

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monde : là il faict et ordonne par sa prouidence auant le monde, ce qu' il faict encores auec le monde : là il est suffisant à soy-mesme par la plenitude de son estre : là il est viuant d' vne vie digne de son essence et d' vne vie source de la vie de la nature, de la grace et de la gloire qui remplit la terre et les cieux : là il est se cognoissant et s' aymant soy-mesme, et c' est son vnique occupation dans l' eternité, et à son exemple se sera nostre vie pour vne eternité : là il est bien-heureux en soy-mesme et ioüissant de soy mesme ; ce qui est sa felicité, et l' origine et l' obiect souuerain de nostre felicité : là il est ordonnant par vn conseil eternel toutes les choses qui doiuent estre produites en leur temps, les referant à sa gloire,

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comme celuy qui est le principe et la fin, l' idée et l' exemplaire de tout estre creé : là il habite vne lumiere infinie et inaccessible, vrayement inaccessible en luy-mesme, c' est à dire, en l' excez et en l' infinité de sa splendeur ; mais renduë accessible par soy-mesme, c' est à dire, par la puissance de son amour, et par la lumiere de sa gloire : là il est seul, et en compagnie tout ensemble : il est seul en l' vnité et singularité de son essence : il est en compagnie et en compagnie digne de luy et égale à luy par la societé diuine ; parfaitte et adorable des personnes qui subsistent eternellement en sa diuinité.

Et ces personnes diuines ne sont pas seulement liées l' vne auec l' autre par societé : mais sont encores intimement l' vne dans l' autre

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par l' vnité de leur essence ; par la diuinité de leur origine ; par la comprehension mutuelle l' vne de l' autre ; et par l' identité de l' essence auec leurs relations. Car le secret de la foy et de la theologie nous enseigne ; que l' essence diuine parfaittement vne et parfaittement communicable, est vne mesme essence en toutes les personnes diuines ; que Dieu produit en soy et non pas hors de soy ce qui est égal à luy ; que les emanations sont immanentes ; que les personnes increées se possedent ; se contiennent et se comprennent reciproquement l' vne l' autre ; et que les relations diuines ne peuuent estre conceuës sans conceuoir la diuine essence, qui est formellement vne mesme chose auec elles, encores que la diuine essence par

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vn secret admirable puisse estre conçeuë sans conceuoir les relations qui la terminent : qui sont les poincts sur lesquels les docteurs establissent la residence intime, mutuelle et reciproque des personnes diuines l' vne dans l' autre.

Finalement Dieu qui est ainsi diuinement et heureusement dedans soy-mesme, a voulu estre sainctement et diuinement en l' humanité choisie et deriuée de la substance de la vierge, et y estre d' vne maniere toute propre et particuliere à la grandeur, à la saincteté et à la diuinité de ce mystere. Il est doncques en cette humanité comme en vn temple sacré qu' il s' est basty luy-mesme de ses propres mains ; qu' il a consacré à soy-mesme, comme son plus digne et plus parfaict ouurage ; et qu' il a consacré

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à soy-mesme par soy-mesme, c' est à dire, par l' onction et application de sa diuine essence. Car c' est de l' onction de la diuinité subsistante en cette humanité que les saincts peres entendent ce verset de Dauid : vnxit te Deus, Deus tuus, oleo laetitiae prae consortibus tuis : verset que s.. Hierôme, s.. Augustin, et les meilleurs commentateurs de ce siecle expriment ainsi, vnxit te ô Deus, Deus tuus, etc... Paroles grandes qui parlent de Iesvs-Christ à Iesvs-Christ mesme : et qui s' adressent à luy en qualité de Dieu, ô Deus ! En qualité d' oinct de Dieu, vnxit te Deus ; et en qualité d' oinct de son Dieu, vnxit te Deus tuus : car c' est ainsi qu' il nous faut faire l' anatomie de ces sainctes paroles, et c' est ainsi qu' il les faut peser au poids du

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sanctuaire, pour en cognoistre le poids et l' excellence. Remarquons donc comme le prophete addresse sa parole à Iesvs, et luy dist, ô Deus, et luy parle de son dieu, Deus tuus, et dit que son Dieu la oinct, vnxit te Deus tuus : Iesvs donc est Dieu, car le prophete le nomme ainsi en luy addressant sa parole, ô Deus ! Iesvs est Dieu de Dieu ; Dieu, fils de Dieu ; et a Dieu pour son Dieu, selon cette parole, Deus tuus. Il est Dieu en sa nature premiere ; il est Dieu, fils de Dieu en sa personne ; il a Dieu pour son dieu en sa nouuelle nature.

Les deux premieres propositions sont euidentes en la foy, expliquons la derniere. Le mystere de l' incarnation suppose deux natures au fils de Dieu : l' vne diuine et l' autre humaine ; et par ce

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moyen le pere eternel a deux attributions au regard de son fils : car il est son dieu à raison de son humanité, dont il luy a pleu le reuestir pour le salut des hommes ; comme il est son pere à raison de la diuinité, laquelle il a receue de luy par generation eternelle. Et semblablement Iesvs-Christ nostre seigneur comme ayant desormais double nature, a aussi double regard vers Dieu ; vers Dieu comme son pere en sa diuinité ; vers Dieu comme son dieu en son humanité, de laquelle le pere est Dieu, comme il est Dieu de toute creature : et en outre il est encore le dieu de cette humanité en vne façon particuliere, sur laquelle est fondée la verité et l' energie de cette sacrée parole, Deus tuus. C' est pourquoy Iesvs-Christ

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resucité disoit à ses apostres, ascendo ad patrem meum et patrem vestrum, Deum meum et Deum vestrum : où il parle ainsi differemment, selon ses differentes natures, lesquelles le prophete a recognuës par esprit prophetique, et indiquées en ces paroles : vnxit te ô Deus, Deus tuus. Car Iesvs est Dieu, est Dieu de Dieu, et est l' oinct de Dieu : il est Dieu en son essence eternelle, comme le pere et comme le sainct esprit : il est Dieu de Dieu et fils de Dieu en sa personne diuine, ayant Dieu pour son pere : ce qui ne conuient qu' à luy entre les personnes diuines : il est l' oinct de Dieu en son essence temporelle qui appartient singulierement à Dieu, et luy est consacrée d' vne onction toute particuliere. Ie dis à Dieu le pere :

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car c' est luy duquel est parlé en ce verset, et duquel il est dit au fils, Deus tuus : c' est luy à qui appartient d' estre le Dieu de son fils incarné : c' est luy à qui appartient d' enuoyer et donner son fils : et c' est luy qui par vn amour ineffable le donne à cette humanité, et par ce moyen se rend le Dieu de cette humanité, en vne façon si haulte et si excellente, qu' elle ne luy conuient qu' au regard d' elle, et ne luy conuient pas au regard des autres creatures. Et le pere eternel luy donnant son fils, il luy donne en ce fils la mesme diuinité qu' il luy a donnée en l' engendrant dedans l' eternité : et ainsi il est singulierement le Dieu de cette humanité, non seulement par sa grace, mais par sa diuinité mesme, par laquelle il la consacre

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en luy conferant l' onction de la diuinité, qui rend cét homme Dieu, et qui communique à la nature humaine l' essence, la subsistence et la filiation diuine.

Ce qui rend complet le sens de ces profondes paroles, vnxit te, ô Deus, Deus tuus oleo laetitiae prae consortibus tuis. Car il nous faut tousiours rememorer que cette sacrée humanité ne reçoit pas seulement en ce mystere l' onction de la grace accidentelle : mais reçoit et porte l' onction de la grace substantielle, c' est à dire, l' onction de la diuinité, que le fils de Dieu a receuë de son pere, et qu' il communique à cette humanité, en vertu de laquelle cét homme est Dieu vrayement, parfaictement et substantiellement : cét homme, dy-je, qui

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s' appelle Iesvs, seul entre tous les enfants des hommes, est Dieu par grace increée ; est Dieu par onction diuine ; est Dieu par communication de substance et subsistence diuine ; est Dieu par la diuinité mesme : à raison de laquelle le prophete dit à Iesvs ces sainctes paroles, ô Dieu, ton Dieu t' a oinct d' huille de liesse par dessus tes compagnons.

D' où nous recueillons deux sortes de consecration de cette humanité ; l' vne par le pere qui luy donne son fils ; l' autre par le fils qui se donne soy-mesme à elle : toutes deux dignes d' vn discours plus ample : toutes deux indiquées en ce verset, qui nous represente de grands mysteres en peu de mots, et les rapports admirables du pere au fils, en qualité de pere, et en qualité de Dieu : et du fils au pere

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en qualité de fils ; et en qualité de fils incarné : et de cette humanité à tous les deux : dautant qu' elle appartient au pere comme l' humanité de son fils, et elle appartient au fils comme son humanité propre.

Mais laissons cette deduction et l' exposition plus ample et plus claire de ce verset à vn autre temps, et retournons à adorer Dieu en cette humanité. Car il est en elle comme en l' arche : non comme en l' arche de l' ancien testament ; mais comme en vne arche nouuelle, arche de nouuelle alliance, où il a mis la propitiation du genre humain ; où repose la manne de la diuinité ; où il rend ses oracles ; et où il reçoit les adorations de son peuple et de son israël : non en vn coing de la iudée, mais en l' vniuers : non en la

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terre seulement, mais au ciel : et non pour vn temps, mais pour vne eternité. Bref il est en cette humanité comme en celle qui ne porte pas seulement la marque et la presence de sa diuinité à la façon des choses les plus sainctes, les plus glorieuses et les plus éleuées ; mais en vne façon qui luy est toute propre et singuliere, et en vne maniere si haute et si auguste, qu' elle semble estre approchante, imitante et adorante l' existence, le sejour et le repos que Dieu a dans soy-mesme. C' est ce qui a faict dire à sainct Paul, parlant de Iesvs-Christ, en lvy habite toute la plenitude de la diuinité corporellement, in ipso inhabitat omnis plenitudo diuinitatis corporaliter : texte sacré, profond et mysterieux, qui contient en ce peu de

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mots trois parties et propositions grandes et importantes à la dignité de ce mystere ; la presence et habitation de la diuinité en Iesvs ; la plenitvde de la diuinité qui habite en luy ; la singvlarité de cette habitation, determinée à la condition propre de ce mystere par cette parole corporaliter. Car c' est la diuinité mesme, et non pas vne grace ou vn rayon d' icelle ; c' est la substance mesme de ce soleil increé et de cette lumiere diuine et personnelle qui habite en Iesvs, in ipso inhabitat, etc... Et la divinité n' habite pas en luy selon quelqu' vne de ses perfections seulement ; mais c' est toute la plenitude de la diuinité qui y habite, omnis plenitudo diuinitatis : et cette plenitude de la diuinité habite en

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cette humanité reellement, et vniquement, substantiellement et personnellement, selon la plenitude et energie de ces sacrées paroles, in ipso inhabitat omnis plenitudo diuinitatis corporaliter. Mais reseruants les deux derniers poincts à vn autre discours, considerons icy maintenant le premier : et remarquons que Dieu habite bien en toutes choses, mais ce n' est pas de cette sorte d' habitation dont parle sainct Paul : il veut dire chose plus grande et plus rare d' vn si grand oeuure et d' vn si rare sujet : et il ne faut pas rabbaisser la grandeur des mysteres et des oracles diuins, selon la petitesse de nostre sens et de nos pensées, en les contemplant et considerant : il les faut mesurer à eux-mesmes et à leur dignité propre, et non à nous et à nostre bassesse :

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et il nous faut éleuer et proportionner à leur grandeur.

Diev doncques ayant deux sortes d' habitation ; l' vne en soy-mesme, l' autre en ses creatures : celle qui est propre à ce mystere, celle dont parle icy cét apostre, celle qu' il attribuë à Iesvs, regarde et honore la grandeur et la dignité de l' habitation de Dieu en soy-mesme, comme son modele et son origine : et non pas celle qu' il a dans ses creatures. Et ce n' est pas cette seconde sorte d' habitation que ce texte de sainct Paul nous represente : ce grand apostre a vn sens plus grand, plus sainct et plus éleué. Et comme ce mystere est tout singulier et propre à la diuinité ; aussi cette presence et habitation de Dieu en l' humanité, qui conuient à ce mystere, et qui

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est exprimée par ces paroles, et qui est propre à Iesvs et n' appartient qu' à luy ; n' est pas cette habitation de Dieu qui est commune et ordinaire aux choses inanimées et insensibles ; aux choses bonnes et mauuaises ; aux choses corporelles et spirituelles ; aux choses de la nature et de la grace : cét aigle des apostres va plus hault, perce les nuës, passe les ordres des choses creées, s' éleue au thrône de la diuinité, et là fiche et arreste sa veuë sur Dieu mesme. Et y ayant en Dieu distinction d' essence et de personne, et pluralité de personnes distinguées entre elles, et vne sorte de residence et inhabitation propre et particuliere des personnes residentes l' vne en l' autre, et en la diuinité qui leur est commune ; cét aigle des apostres en

Erreur! Signet non défini.


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la contemplation de ce mystere, pose et arreste sa veuë sur Dieu et sur cette habitation que Dieu a en soy-mesme, et de là fond et s' abbaisse iusques à nous, pour nous dire cette parole, et y enclorre vn sens hault et éleué, digne de la sublimité de ce mystere, et digne encores de son vol et de son rauissement iusques au troisiéme ciel.

Cette habitation donc exprimée en ces sacrées paroles, est vne habitation de Dieu, qui tire à soy cét estre creé dans lequel il habite, qui l' éleue par dessus tout estre creé, et le conseruant en sa nature humaine, luy donne estre dans son estre, le ioinct, l' vnit, le deïfie en soy, en sorte qu' il n' a aucun estre que dans l' estre increé : comme si Dieu vouloit imiter et figurer en vn sujet et en vne nature si basse,

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comme est la nature humaine, l' estat des personnes diuines et increées qui n' ont subsistence et existence que dans la diuinité ; et lesquelles estant distinguées entre elles, elles ne laissent pas d' estre vne mesme chose auec la diuine essence. Car ainsi cette humanité demeurant en la distinction et diuersité de sa propre nature sans alteration et confusion aucune ; a vne mesme subsistence et existence auec la diuinité : et Dieu habite en cette sorte, rare, singuliere et excellente, en Iesvs. Et à proprement parler, cette nouuelle et singuliere presence de Dieu en cette humanité est vne imitation diuine, et vne expression formelle, que le verbe eternel a voulu faire en contemplant la maniere d' estre et de residence que les personnes

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diuines ont l' vne en l' autre, et en leur vnique et commune essence : object grand, rare et éleué ! Object digne d' estre bien imité ! Et d' estre imité par vn si puissant et si rare ouurier comme le verbe eternel, qui est la cognoissance, la sapience et la puissance du pere ; et par lequel toutes choses ont esté faittes ! Object rare, et qui ne pouuoit estre imité que par luy, ny exprimé dignement qu' en vn mystere singulier ! Car vne chose si haulte et si grande ne pouuoit pas estre exprimée suffisamment en l' ordre inferieur de la nature, ny mesme en celuy de la grace ordinaire : cela estoit reserué à l' ordre surpassant la nature et la grace ensemble, et les ioignant d' vn lien nouueau, en les surpassant. Et dans cét ordre supréme et nouueau,

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Dieu qui est et habite en toutes choses, ou par sa nature ou par sa grace, est et habite en cette humanité et par grace et par nature ensemble : par grace ; mais grace increée, grace substantielle, grace personnelle, grace qui surpasse et qui fonde toute grace : par natvre ; qui se rencontre icy auec la grace ; et ce qui est beaucoup plus, qui est la mesme grace ; grace en sa communication au regard de nous ; et nature en sa condition au regard de Dieu : car c' est la nature et substance de Dieu mesme, qui est la grace communiquée personnellement à cette humanité, et qui la sanctifie et deïfie en luy.

Dieu donc voulant habiter en cette humanité par cette grace substantielle, diuine, et increée, qui est sa propre nature, et par sa nature,

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qui est cette grace supréme, laquelle il daigne vniquement conferer à cét estre creé ; il veut habiter en cette humanité en vne maniere si haute et si sublime, et si digne de luy-mesme, qu' elle est vne viue et viuante representation, et vne imitation parfaitte de celle en laquelle la diuinité habite en soy-mesme et ses personnes en elle. Cette pensée est grande et haulte, est digne de la conception de l' apostre, qui prononce cét oracle, et est bien digne encores de la grandeur de ce mystere, qui porte la plus digne, la plus efficace et la plus saincte presence que Dieu puisse auoir en aucune chose creée, et la plus approchante de son seiour et de son repos dans luy-mesme. Mais nous ne pouuons pas suyure le vol de cét aigle, et le rauissement de cét

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apostre en la veuë et intelligence de cette verité : allons et suyuons pas à pas, et conduisons nos esprits comme par degrez, essayants du plus bas de les éleuer par ordre au plus hault poinct de cette presence.

Disons donc que la presence de Dieu en la nature humaine par ce mystere ne doit pas estre conçeuë et considerée comme vne presence nuë et simple, et vne pure indistance de quelques choses sans rapport et liaison les vnes aux autres : ny comme vne presence de Dieu purement naturelle, et suiuie simplement de l' vsage de son pouuoir créant et conseruant la nature des choses dans lesquelles il habite : ny comme vne presence de Dieu, suyuie et accompagnée de son amitié, de sa priuauté et familiarité auec l' ame, comme

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en la grace ; ou bien mesme de son amour accomply, et de sa ioüissance parfaitte, comme en la gloire : mais doit estre conceuë comme vne presence toute propre et particuliere à l' estat vnique et singulier de ce nouueau mystere ; vne presence imitante le sejour, le repos et la communication eternelle de Dieu en soy mesme ; vne presence operante et actuante cette humanité d' vn nouuel estre, et d' vn estre diuin et increé (sans interest et sans confusion ny de l' vn ny de l' autre) c' est à dire, vne presence de Dieu appliquante à cette humanité la diuinité de son essence, l' infinité de sa puissance, la singularité de son amour, la proprieté de sa subsistence, l' actualité de son existence, et l' intimité, la profondité, la plenitude

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de son estre diuin, supréme et increé : bref vne telle sorte de presence, que cette humanité en reçoit vne communication de Dieu si viue, si haulte et si parfaitte, si secrette, si intime et si particuliere, qu' elle est penetrée de son essence, qu' elle est viuifiée de son esprit, qu' elle est existente de son existence, qu' elle est soustenuë de sa subsistence, et qu' elle est deïfiée de son verbe. Car comme Dieu le pere habite en soy et a son repos dans soy-mesme, en telle sorte et maniere qu' en cette habitation et dans ce repos il communique incessamment son essence aux personnes diuines : aussi Dieu le fils habite en cette humanité, et se repose en elle, en luy communiquant incessamment sa propre subsistence.

Et le verbe qui habite en son

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pere comme en son pere, veut habiter encores en cette humanité comme en sa propre essence : car il la rend propre et sienne par cette subsistence. Tellement que comme il a sa demeure et son repos en la diuinité comme en son essence eternelle ; il veut encores prendre son repos et sa demeure en cette humanité comme en son essence nouuelle, et veut y habiter desormais pour vne eternité. Et il n' y a que la diuinité seule et cette humanité où Dieu se trouue ainsi present, ainsi habitant et ainsi resident et occupé en vne ineffable et substantielle communication de luy-mesme. Car en la terre il y répand sa grace, au ciel il y donne sa gloire : mais il n' y a qu' en la trinité et en l' incarnation où il ayt vne communication propre,

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immediate et substantielle de la diuinité, ou par essence comme en la trinité, ou par subsistence comme en l' incarnation : deux mysteres et deux communications distinctes, et toutes deux propres, singulieres et adorables en la diuinité. Car en l' vn Dieu communique son essence, et en l' autre il communique sa subsistence, qui est vne mesme chose auec son essence : en l' vn Dieu est pere en donnant sa substance à son fils, et en l' autre Dieu est homme donnant sa subsistence à l' humanité. Et par vn moyen si rare, par vne communication si puissante et diuine, Dieu est homme, et l' homme est Dieu : Dieu est homme se reuestant de nostre humanité ; et l' homme est Dieu subsistant et viuant en la diuinité :

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et il y a au monde vn mediateur de Dieu et des hommes, lequel est homme, pour porter la mort que les hommes ont meritée ; et est Dieu pour triompher de la mort que les hommes ne pouuoient vaincre, et pour leur donner sa vie et son eternité.

Et c' est le fils vnique de Dieu lequel est ce mediateur ; lequel s' est faict homme pour les hommes ; et lequel par vn amour et vn pouuoir admirable, nous éleue en s' abbaissant, nous glorifie en patissant, nous deïfie en s' humanizant, et nous eternise en mourant. Et ainsi se prepare l' oeuure tant desiré de la redemption : et ainsi s' establit et s' introduit au monde le tres-grand mystere de l' incarnation qui le doit accomplir. Mystere que sainct paul éleue et magnifie en ces grandes paroles : manifestè magnum

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est pietatis sacramentum, quod manifestatum est in carne, iustificatum est in spiritu, apparuit angelis, praedicatum est gentibus, creditum est in mundo, assumptum est in gloriâ ! Grand sans contredit est le mystere de pieté, lequel est manifesté en chair, iustifié en esprit, veu des anges, presché aux gentils, creu au monde, et enleué en gloire. Mystere grand qui commence en terre et finit au ciel, où Iesvs est à la dextre du pere ! Mystere grand, qui conioignant la terre auec le ciel, conioinct Dieu auec l' homme, et le conioinct pour vne eternité ! Mystere grand, et d' vne grandeur et qualité opposée à celle du mystere de la trinité : car l' vn est grand en sublimité, l' autre est grand en humilité ; l' vn est naturel et necessaire ; l' autre

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est libre et volontaire ! Mystere grand et vrayement grand en dignation, en amour, en pieté, digne de porter ce beau nom et ce bel eloge que luy donne l' apostre : magnum pietatis sacramentum ! Et selon la nature des sacrements ce mystere et ce sacrement est composé de deux natures ; l' vne externe, l' autre interne, l' vne diuine, l' autre humaine ; l' vne visible, l' autre inuisible ; comme estant la base, l' origine et l' exemplaire des autres sacrements, qui sont tous à son exemple composez de deux natures par rapport au verbe incarné : lequel a voulu peindre et figurer dans ses oeuures et ses sacrements en son eglise, son mystere de l' incarnation, qui est sacrement des sacrements, et a aussi vne maniere de grace plus

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diuine et plus auguste que les autres sacrements particuliers ; et est vn sacrement et mystere plein de Dieu, plein de grace, plein de lumiere, qui contient et manifeste le Dieu inuisible en la chair visible de l' homme, et sanctifie l' humanité par l' esprit de la diuinité, selon ces belles paroles : manifestatum est in carne, iustificatum est in spiritu. Mystere puissant et vniuersel, qui répand ses rayons et ses effects par tout, donnant lumiere aux anges, et salut au monde ! Apparuit angelis, praedicatum est gentibus, creditum est in mundo : mystere tout diuin et tout celeste, qui de la terre s' éleue au ciel, y establit sa demeure permanente, et nous tire et appelle tous en la gloire : assumptum est in gloriâ : digne fin et couronne d' vn si

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grand mystere ! Dont soit benit pour iamais Dieu en soy-mesme, et en son fils vnique Iesvs-Christ nostre seigneur, que le pere nous a voulu donner par vn amour et par vn don singulier en ce mystere : et aussi il s' appelle luy-mesme le don de Dieu en ces belles paroles qu' il a dittes à la samaritaine : si scires donum Dei, si tu sçauois, ô femme, le don de Dieu. Donnons nous donc à luy, car il est le don du pere, et luy-mesme se donne à nous : soyons à luy, car il est à nous, et il est tout à nous : en sa diuinité, nobis datus ; en son humanité, nobis natus, ce dit son prophete et son eglise. Allons à luy, car il vient à nous, et il a les paroles de vie eternelle. Adherons à luy, car en luy nostre humanité est adherente à sa diuinité. Aymons

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le, car il est nostre vie, nostre gloire et nostre amour ! Adorons le, car il est Dieu, et il est nostre dieu, dieu et homme pour iamais. Et l' aymant, le loüant, le benissant en ses grandeurs et en ses merueilles ; aspirons à luy, respirons sa gloire : desirons qu' il nous benisse, et qu' il soit recogneu, seruy et adoré par tout le rond de la terre. Et finissons, en ce souhait et en ces paroles de son prophete : benedicat nos Deus, Devs noster, benedicat nos Deus ; et metuant eum omnes fines terrae. Que Dieu nostre diev, nous benisse ; que Dieu nous benisse : et que toutes les parties de la terre, mesme les plus éloignées reuerent et adorent la grandeur et la puissance de sa majesté.

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DISCOVRS HVICTIEME

 

DE LA COMMUNICATION DE DIEU

 

EN CE MYSTERE .

Vn ancien renommé en la recherche et en la cognoissance des choses naturelles faisoit vn si grand cas de la veuë du soleil, qu' il se disoit estre né pour voir et contempler ce grand corps de lumiere et ce bel astre de l' vniuers, qui communique sa splendeur aux estoilles et aux planettes, qui estend ses rayons iusques aux extremitez du monde, qui rend par son aspect toutes choses visibles et apparentes, et par son mouuement distingue nos iours, nos saisons et nos années :

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tant il estimoit la veuë de ce grand corps celeste. Mais nous plus heureux que cét ancien philosophe, éleuez en vne meilleure eschole, instruicts d' vne plus haulte philosophie, éclairez d' vn soleil bien plus lumineux, et doüez par luy-mesme d' vne lumiere infuse, qui est surnaturelle et diuine ; disons auec verité que nous sommes nez en la terre, et renez en la grace pour voir le soleil de iustice, la lumiere increée et personnelle, lumiere de lumiere, Dieu de Dieu, le fils vnique de Dieu, et fils vnique de Marie, Iesvs-Christ nostre souuerain seigneur. Aussi celuy qui nous a creés par sa puissance, et racheptez par sa misericorde, nous donne vne eternité pour voir ce bel obiect en la lumiere de sa gloire ; et en attendant

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cét estat heureux nous le propose en la terre comme vn obiect principal qui doit exercer nostre foy et nostre pieté en sa cognoissance et en son amour. Pensons donc à luy, parlons de luy, et continuants nos discours recherchons sa lumiere, penetrons ses grandeurs, déployons ses merueilles, et portons nos pensées plus auant dans l' estat, dans le secret, et dans la singularité de ce rare mystere.

Le soleil duquel cét ancien philosophe estimoit et aymoit tant la veuë, et que nous trouuons si beau, n' est qu' vne image de Iesvs, lequel est vn soleil dans le monde de la grace et de la gloire, et est le soleil d' autant de soleils qu' il y a et aura de saincts au ciel qui reçoiuent tous de luy leur splendeur et leur illustration comme d' vne

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source viue et d' vne fontaine inespuisable de lumiere. Car vn chacun d' entre eux est plus brillant et éclattant que le soleil, ce dit l' escriture, et ils n' ont tous autre clarté que celle qui leur est donnée de Iesvs, lequel est le grand astre, non du firmament, mais du ciel empyrée, et le principe de lumiere, non pour le temps, mais pour l' eternité. Ce soleil que nous voyons de nos yeux mortels et perissables, nous figure et represente les excellences et les perfections de cetui-cy qui est reserué pour des yeux doüez de gloire et d' immortalité : et par les ressemblances et dissemblances qu' il a auec luy, nous éleue à sa cognoissance plus parfaicte et accomplie, comme de celuy qui est son archetype et son architecte tout

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ensemble, et nous apprend à estimer et recognoistre dauantage la nature des choses eternelles dedans la veuë sensible des choses temporelles. Car si le soleil qui est suject à corruption, est si beau, si grand, si viste, si leger, et si reglé en ses mouuements, que nous ne pouuons pas assez admirer ce grand oeuure de la main du tres-haut : si par la beauté de sa nature, comme vn oeil clair et reluisant il excelle par dessus toutes les creatures visibles : s' il faict ses periodes et reuolutions auec vn si bel ordre et mesure que nos esprits ne suffisent pas mesme à conceuoir vne si grande vistesse auec vne si grande égalité : si par ses influences et sa lumiere il est si necessaire à l' vniuers, que l' vniuers réssént aussi tost vn affoiblissement

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en son estre, et vne eclipse en sa vigueur par son eclipse, bien qu' elle soit et de peu de durée et non vniuerselle : bref, s' il est tel que iamais on ne peut se rassasier de le regarder : combien doit estre excellent en beauté, en grandeur, en clarté, en maiesté et en toutes sortes de perfections le soleil de iustice, le soleil eternel, le soleil qui faict le iour de la grace, et le diuise de la nuict du peché ; le soleil qui preside au temps et à l' eternité ; le soleil qui separe la vraye lumiere d' auec les vrayes tenebres ; le soleil qui éclaire et la terre et le ciel empyrée ? Combien donc ce vray soleil sera-t' il resplendissant en sa lumiere ? Combien prompt en ses mouuements et en son assistance ? Combien reglé en sa conduitte ? Combien

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puissant en ses influences ? Combien efficace en ses attraits ? Et combien necessaire à l' vniuers ? Et si celuy qui est aueugle, souffre vne grande perte de ne point voir ce soleil qui paroit à nos yeux : quelle perte est-ce au pecheur d' estre priué et priué pour iamais de la vision de celuy qui estant sa vie et sa verité, est et se nomme luy-mesme la vraye lumiere du monde, et est veritablement, admirablement et diuinement vn soleil, et vn soleil bien different de celui-cy ? Car ce soleil n' est que pour le corps, et est seulement exposé aux yeux des hommes et des bestes : mais Iesvs est le soleil non seulement des hommes, mais aussi des anges. Iesvs porte vne lumiere qui rayonne non seulement dedans les yeux et

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les yeux immortels : mais aussi dedans les esprits et dedans les esprits doüez de gloire. Iesvs est le soleil et du monde visible et du monde intelligible en son humanité : et il est mesme vn soleil et soleil orient dans le monde archetype en sa diuinité. Ce soleil ne peut pas estre nommé le prince et le pere de lumiere : car elle fut creée auant luy, et auant luy elle faisoit son office, éclairant l' vniuers, et separant le iour d' auec la nuict : et il fut creé depuis pour estre vn corps supposé à cette lumiere tres pure et sincere, et preparé pour seruir comme de coche et chariot pour porter cette lumiere premiere née. Mais Iesvs est la vraye lumiere, Iesvs est vne substance de lumiere, Iesvs est la viue source de lumiere, Iesvs

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est mesme la splendeur de la lumiere increée, et le pere et le prince de lumiere, qui la répand et communique et en la terre et au ciel, et dans le temps et dans l' eternité, et sans lequel il n' y a point de vraye lumiere au monde. Ce soleil, à proprement parler, n' est pas le pere de la nature : mais n' est qu' vne partie de cette nature. Car le ciel et la terre furent faicts auant luy, et auant luy la terre estoit couuerte et chargée de ses enfantements, ayant éclos de son sein, et poussé plantureusement auant qu' il fust creé, mille sortes de fleurs, d' herbes et de plantes : de sorte qu' il ne peut estre estimé l' autheur des choses qui naissent de la terre. Mais Iesvs est l' autheur de la nature, de la grace et de la gloire : Iesvs est celuy par

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qui toutes choses ont esté faittes, et par qui elles sont refaittes et restablies en vn nouuel estre.

Dieu formant ce soleil du monde corruptible le quatriéme iour de la creation du monde, l' a mis au firmament, et il y est et y sera attaché tousiours ; et du ciel il éclaire la terre. Mais Dieu formant le vray soleil, le soleil du monde eternel, en la plenitude des temps ; il l' a mis en la terre, et de la terre par sa naissance il éclairoit le ciel ; et les anges mesme venoient en terre rechercher sa lumiere : et maintenant il est tout ensemble et en la terre au milieu de son peuple en son eucharistie, et au ciel empyrée au milieu de ses anges et de ses saincts dans le thrône de sa maiesté, éclairant et sur les cieux et sur la terre tout ensemble,

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et remplissant le ciel et la terre de sa gloire.

Or cét ancien philosophe, qui estimoit tant la veuë de son soleil, pouuoit bien se contenter soy-mesme en le voyant et regardant souuent ; mais il ne pouuoit pas peindre ce soleil en soy-mesme, il ne pouuoit pas se transformer en ce soleil ; et il ne pouuoit pas deuenir vn soleil regardant ce soleil : ains demeuroit tousiours semblable à luy-mesme, nonobstant ce regard et cét aspect : tousiours en terre et non au ciel auec son soleil : tousiours en sa nature basse et terrestre, et non pas reuestu de la clarté, de la splendeur, de la viuacité de ce soleil. Mais nous auons encore vn nouuel aduantage par dessus cét ancien philosophe outre ceux que nous auons

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apportez cy-dessus au regard du soleil, qui est vrayement nostre, et vrayement soleil, en la veuë duquel nous deuons estre occupez. Car nous n' auons pas seulement le pouuoir de regarder et contempler vn soleil comme cét ancien philosophe ; mais nous auons à contempler vn bien autre soleil ; et si nous auons encore le pouuoir de le peindre et former en nous ; et il s' y peint luy-mesme par les rayons de sa grace, comme par de viues couleurs ; il nous tire et éleue à luy par sa vertu ; il nous transforme en ses qualitez par sa puissance ; et il nous rend celestes, resplendissants, lumineux et eternels comme luy, et mesme il establit son thrône et son tabernacle en nous par vn diuin mystere ; et nous sommes portants ce soleil au monde.

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L' art excellent de la peinture est vne imitation de la nature, qui va figurant à nos yeux par son industrie ce que Dieu a produit au monde hors de soy-mesme par sa puissance : mais cét art ne paroit en rien moins que lors qu' elle veut peindre le soleil le plus noble des corps que Dieu ayt formé en l' vniuers : tant il y a de vigueur, de splendeur et de clarté en cét astre celeste, qui ne peuuent estre representées par les ombres et les couleurs de la terre. Et l' impuissance de cét art ne paroit en rien tant qu' à la peinture de cét excellent obiect : tant il y a de distance visible et sensible entre l' image et le prototype. La profession du christianisme, à proprement parler, est vn art de peinture, qui nous apprend à peindre : mais

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en nous-mesme, et non en vn fonds estranger : et à y peindre vn vnique obiect : car nous n' auons point à peindre, mais à effacer le monde en nous, monde qui est le seul obiect et de la veuë des hommes et de l' art des peintres : nous n' auons point à porter en nous l' image du vieil homme ; mais celle du nouuel homme : et pour parler plus clairement, nous auons à y peindre vn seul obiect, et le plus excellent obiect qui soit ; et celuy sur lequel la peinture a le moins d' atteinte ; c' est à dire, nous auons tous à peindre en nous-mesme vn soleil, le soleil du soleil, le soleil de iustice, le soleil du ciel empyrée et de l' eternité Iesvs-Christ nostre seigneur ; qui est l' image viue que le pere a formée et exprimée en soy-mesme.

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Et nous auons à passer nostre vie en ce bel et noble exercice, auquel nous sommes exprimants et formants en nous-mesme celuy que le pere eternel a exprimé en soy, et qu' il a exprimé au monde, et au sein de la vierge par le nouueau mystere de l' incarnation. Et en ce noble et diuin exercice nostre ame est l' ouuriere, nostre coeur est la planche, nostre esprit est le pinceau, et nos affections sont les couleurs qui doiuent estre employées en cét art diuin, et en cette peincture excellente. Mais combien y a-t' il de distance entre cette imitation et image que nous formons de Iesvs-Christ en nous-mesme, selon le conseil de l' apostre ; et son original et prototype ? Certes rien ne peut peindre naiuement le soleil que le

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soleil mesme, qui est le plus excellent peintre de l' vniuers, et le meilleur peintre de soy-mesme : car en luy exposant seulement vne glace polie, il faict en vn moment la vraye et viue image de soy-mesme en cette glace, que nul peintre ne peut imiter, et non pas mesme regarder, tant elle a de brillant et d' éclat, tant elle a de vie et de vigueur, et tant elle exprime naïuement et au naturel la clarté, la splendeur et la beauté de son prototype : ainsi Iesvs est le vray peintre de soy-mesme : et comme il a tant de rapports excellents au soleil, il a encores celui-cy de se peindre luy-mesme, et d' imprimer sa figure et ressemblance parfaicte en l' ame. Car apres que nous auons essayé de le peindre imparfaictement en nous

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par nos pensées et nos affections spirituelles en la vie de la terre ; il veut se figurer luy-mesme bien plus parfaittement en nos coeurs et en nos esprits purifiez par sa grace : ce qu' il faict en la vie du ciel, où estants exposez à son aspect et aux rayons de sa lumiere, il se figure luy-mesme en nous, comme en vne glace bien polie : et nous tirants à luy, nous éleuants à luy, il nous rend semblables à luy, et nous communique ses qualitez celestes et glorieuses.

Et en ces deux sortes de peintures si differentes d' vn mesme obiect, se passe l' estat et la conduitte de l' ame en deux sortes de vies bien differentes : l' vne, en laquelle par son labeur et par son industrie accompagnée de la grace, elle est operante et imprimante en son fonds l' esprit et la

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vertu de Iesvs : et l' autre, en laquelle Iesvs mesme par l' abondance et la plenitude de ses lumieres et illustrations agit et opere luy-mesme, et luy imprime son esprit et sa ressemblance.

Mais pour nous conduire en l' intelligence de nos mysteres par la mesme comparaison du soleil qui imprime son image dans le miroüer qui luy est exposé : supposons ce qui n' est pas au soleil de la terre, pour mieux entendre ce qui est au soleil du ciel empyrée ; et regardants cette image viue et éclattante du soleil dans ce miroüer, disons en nous-mesme : que seroit-ce si ce soleil qui imprime son image et sa figure dans cette glace descendoit du ciel pour s' appliquer, s' imprimer et s' incorporer luy-mesme en cette glace, et

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ne faire auec elle qu' vn mesme corps et substance de lumiere et de clarté ? Combien cela seroit-il different de l' image morte du peintre, en vn tableau, et de la ressemblance encore imprimée dans la glace par les rayons du soleil ? Car lors ce n' est qu' vne espece du soleil imprimée par son aspect dans cette glace : mais icy ce seroit le soleil mesme en sa propre substance et lumiere qui auroit penetré non de ses rayons, mais de sa substance, cette glace, et ne feroit auec elle qu' vn mesme corps et principe de lumiere. Or c' est ce que le verbe eternel, vray soleil en l' eternité, et le soleil orient en la diuinité, faict en l' humanité sacrée de Iesvs : car il ne se contente pas de peindre en elle son image et sa semblance, comme il

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faict en nous ; mais il sort du sein de son pere ; il descend du plus hault des cieux au plus bas de la terre ; il s' applique à cette humanité ; il s' vnit à elle ; il luy communique son existence, sa subsistence, et sa personne. Et comme son pere le produisant eternellement luy a imprimé sa propre essence, luy aussi par vne production nouuelle qu' il reçoit en la nature humaine, imprime sa subsistence et sa personne en cette humanité ; il luy communique sa gloire, sa splendeur et sa diuinité ; il termine et accomplit cét estre creé par son estre increé ; il s' vnit à cette humanité ; il s' establit en elle ; il s' incorpore en elle ; et par vn excellent mystere, selon la parole du s.. esprit, le verbe est faict chair, et habite en nous plein de vie et de gloire ;

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plein de grace et de verité ; plein de lumiere et de majesté ; comme estant celuy qui est l' vnique du pere eternel, et qui est vn nouueau principe de vie, de gloire et de diuinité communiquée au monde.

C' est le sujet du present discours que cette communication ineffable de la diuinité qui donne vie et subsistance à nostre humanité.

Ce que pour bien entendre, il nous faut supposer des discours precedents : que la foy en sa lumiere et en sa pieté distingue, recognoist et adore en Dieu deux choses, son essence, et sa subsistence : elle distingue, recognoist et adore aussi en ces mysteres deux sortes de communications diuines, lesquelles fondent et establissent les deux mysteres principaux et permanents en toute eternité,

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que l' eglise annonce et publie au monde en l' authorité de Dieu, que la terre reçoit et adore en l' humilité de sa creance, et que le ciel nous fera voir en sa lumiere et en sa gloire. Car la communication d' essence establit le mystere de la trinité, et la communication de subsistence establit le mystere de l' incarnation. Et comme cette essence diuinement residente et communiquée aux personnes diuines est leur existence, leur grandeur, leur diuinité, leur majesté, et leur perfection supréme, increée, absoluë : ainsi la subsistence diuinement communiquée à la nature humaine, est la grandeur de cette humanité, et la cause, la base, et l' origine de toutes les excellences, perfections et felicitez qui sont et seront à iamais

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communiquées par la diuinité à cette humanité. C' est pourquoy la consideration profonde et particuliere de cette subsistence est tres-necessaire à la parfaitte intelligence de ce mystere, et est tres-digne et tres-haulte en elle mesme.

Contemplons donc ce mystere, et éleuons-nous à recognoistre que le verbe eternel entrant en cette humanité, qu' il veut vnir et conioindre à soy pour vne eternité, ne luy communique pas seulement sa saincte presence, comme plusieurs du vulgaire pourroient penser ; ny aussi quelques vnes de ses perfections qui luy sont communes auec les autres personnes diuines : mais en se donnant à cette humanité, il luy donne et communique vne chose qui est si grande, si haulte, si diuine, qu' elle

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est identifiée auec la diuine essence : diuine essence qui est l' ocean de toutes les perfections creées et increées, et les contient toutes en vnité, en simplicité, en eminence.

Et cela mesme que le verbe eternel donne et communique à cette humanité, outre cette admirable identité auec l' essence diuine, est d' ailleurs si propre, si particulier et si intime à sa personne, que nous n' auons point assez de parole pour l' exprimer dignement, estant ce qu' on nomme en la diuinité de ce nom auguste et singulier de subsistence : subsistence qui a cela de particulier, d' estre incommunicable mesme dans l' estre diuin, d' estre constitutiue de la seconde personne de la trinité, et de la distinguer d' auec les autres personnes diuines : d' où vient que ce mystere qui est

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principal en la religion chrestienne, et original des autres mysteres de Iesvs, en sa vie, en sa mort, en sa gloire, est en vn ordre et en vn estat si particulier et si admirable, qu' il est, et singulierement diuin, et singulierement propre au verbe eternel. Qui sont deux poincts de consideration tres-grande en la consideration de ce mystere, et desquels dependent plusieurs grandes suittes et consequences.

Dautant que ce mystere est singulierement diuin, puis qu' il est fondé et estably en vn estre qui est vne mesme chose auec la diuine essence ; c' est à dire, en la subsistence, laquelle est si parfaittement vne mesme realité auec l' essence diuine, qu' elle ne peut pas mesme estre conceuë de nos esprits sans cette essence : car encores qu' ils

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diuisent les choses les plus conioinctes, et qu' ils separent en leurs pensées l' essence des relations ; ils ne sçauroient toutesfois separer les relations de leur essence commune, par vn secret admirable dedans la trinité, et par vne merueille dans la merueille mesme.

Or le mesme moyen qui rend ce mystere diuin, rend ce mystere encore singulierement propre au verbe, puis qu' il est fondé en cette subsistence, qui est tellement propre au verbe, qu' elle ne conuient qu' au verbe. Car de deux choses que nous distinguons et adorons en Dieu, essence et subsistence, toutes deux sont singulieres et remarquables en l' vnité, qui conuient et à l' vne et à l' autre : mais elle conuient tellement à l' essence du verbe, qu' estant vne, elle est

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toutesfois égallement et diuinement communicable aux personnes diuines ; et conuient autant et aussi proprement au pere et au s..

esprit comme au fils : au lieu que la subsistence du verbe est parfaittement vne et parfaittement incommunicable en la diuinité, et elle est tellement propre au verbe, qu' elle ne conuient qu' à luy, et est constitutiue et distinctiue de son estre. D' où l' on voit euidemment que cette communication du verbe à l' humanité, se fait par vne chose si intime au verbe, comme est la subsistence, et si propre à luy, qu' elle n' appartient qu' à luy, et non au pere, non au sainct esprit, ausquels mesme son essence est commune. Et toutesfois par le priuilege d' amour incomparable qui faict en ce mystere, ô

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grandeur ! ô merueille ! Ce qui ne se trouue pas pour vne haute raison en la nature diuine au mystere de la trinité ; cette subsistence incommunicable dans l' estre diuin est communiquée par excez d' amour dans l' estre creé ; et cette subsistence est appropriée à la nature humaine, à vne essence nouuelle, à vne essence estrangere, à vne essence creée ; et daigne suppléer en cette essence les offices et vsages de la subsistence humaine et ordinaire. Ce qui monstre bien l' excellence et singularité de cette communication intime, haulte et sublime qui interuient au sacré mystere de l' incarnation.

Car la foy adore deux sortes de communications diuines, et bien differentes l' vne de l' autre ; l' vne est la communication par nature

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en la trinité, qui communique l' essence et produit la personne, mais la produit incommunicable ; l' autre est la communication par amour en l' incarnation, qui communique la personne, et en la personne l' essence ; et communique cette personne qui est incommunicable dans la diuinité. ô puissance ! ô priuilege de l' amour au regard de la diuinité mesme, puis que mesme il communique ce qui est incommunicable dans la diuinité ! Mais ce poinct merite vn discours à part de l' amour de Dieu en ce mystere. Continuons nos propos ; et disons que cette subsistence communiquée à cette humanité au lieu de sa subsistence humaine faict, et fonde vne singuliere et admirable appropriation du verbe à cette nature humaine,

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et de cette nature humaine au verbe, et de nous tous en elle et par elle à ce mesme verbe eternel, et à toute la tres-saincte trinité.

Pour l' intelligence de quoy il nous faut remarquer que cette humanité n' appartient pas au verbe seulement comme la creature appartient à son createur, ny comme le vassal à son souuerain seigneur, qui est vn droict et vne qualité en laquelle elle releue égallement de toutes les personnes diuines ; mais elle luy appartient en vn certain sens, en la mesme maniere, qui l' osera dire ? Que la diuine essence appartient au verbe. Car le verbe incarné a deux natures et essences, et cette humanité est la seconde et la nouuelle essence de ce verbe, ainsi que la diuinité est son essence premiere et eternelle : et le verbe

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a voulu que la subsistence de sa diuinité soit la subsistence propre de cette nouuelle essence, c' est à dire, de son humanité : comme si par la force et la puissance de son amour il eust voulu partager vne mesme chose ; et vne chose indiuisible et incommunicable en elle-mesme, entre deux natures si inégalles et si differentes, en donnant la mesme subsistence de sa diuinité pour subsistence à cette humanité. Et par ainsi nous voyons que cette humanité subsistant au mesme terme auquel subsiste la diuinité, elle appartient au verbe par le tiltre, le droict et la qualité d' essence, qui est le mesme tiltre que porte la diuine essence, et qui conuient à cét estre increé. Mais c' est auec cette difference, que la nature humaine est la nouuelle

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essence du verbe, et la nature diuine est son essence eternelle : que celle-la est vne essence volontaire, et celle-cy est vne essence necessaire : que celle-la est vne essence prise et espousée par amour, et celle-cy est vne essence donnée et receuë par nature. Oserois-je passer plus auant en la penetration de cette appartenance que nostre humanité a au verbe eternel, et en recognoissance du tiltre heureux et honorable, et de la qualité chere et pretieuse qu' elle porte, d' estre vrayement et proprement l' vne de ses essences ? Car ce n' est pas encore assez, de dire que cette nature humaine appartient au verbe par vne sorte d' appartenance, qui ne conuient à aucune autre chose creée ; et qu' elle luy appartient en la mesme maniere

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qui est propre à la diuine essence : mais il faut encores passer vn degré plus auant, et dire qu' elle appartient au verbe en vne certaine maniere qui luy est tellement propre, que mesme elle ne conuient pas à la diuine essence, qui est toutesfois l' essence premiere du verbe incarné : car elle a vne singularité d' appartenance au verbe, qui mesme ne se trouue pas en la nature diuine : et cette singularité d' appartenance luy est tellement propre, que rien n' appartient au verbe, comme luy appartient cette nature humaine : et ny dans l' estre creé, ny dans l' estre increé, il ne se trouue rien qui soit ainsi proprement, vniquement et singulierement appartenant à Dieu ; à Dieu, dy-je, par vn excez d' amour vny à nostre humanité.

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Dautant qu' elle a tous les mesmes droicts et tiltres d' appartenances qui conuiennent à toutes les choses creées ; et elle entre heureusement au droict et au tiltre d' essence du verbe eternel, comme la nature diuine ; et d' abondant elle a vne singularité d' appartenance et d' appropriation au verbe que n' ont pas les autres choses creées, et que mesme n' a pas l' essence increée au regard des personnes de la trinité. Car cette nature humaine ne conuient qu' au verbe seul entre toutes les personnes diuines ; au lieu que la nature diuine conuient égallement à toutes les personnes increées, puis que la foy nous enseigne que la diuine essence, bien qu' elle soit l' essence du verbe, luy est commune auec le pere et

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le sainct esprit : mais l' essence humaine dans l' ordre des choses creées, et increées, ne conuient qu' au verbe en cette sorte d' vnité, d' intimité et de proprieté de personne : car elle est tellement son essence, qu' elle n' est pas l' essence du pere et du sainct esprit : c' est la bien-aymée du pere ; mais ce n' est pas son essence : c' est l' espouse du s.. esprit par le lien de la grace ; mais ce n' est pas sa nature, comme elle est la nature du verbe subsistant et viuant nouuellement au monde : car cette humanité est l' essence du verbe par le lien et le droict de sa propre subsistence : à raison de quoy le verbe est nostre par nature et par grace, et s' appelle singulierement nostre diev par les oracles diuins, Deus noster, comme estant

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singulierement nostre par l' estat de ce mystere : par lequel aussi nous deuons comme par vn droict mutuel et reciproque estre singulierement siens. Droict heureux et aduantageux pour nous : mais tiltre et droict onereux pour luy, puis qu' il le rendra pleige de nos pechez, le garand de nos fautes, le compagnon de nos miseres ; et en fin, le mettra en vne croix et en vn sepulchre. Mais laissants ces pensées pour vne autre fois, et contemplants l' honneur que reçoit cette humanité par ce mystere, éleuons nous, et disons : ô dignité ! ô grandeur ! ô felicité de la nature humaine, d' estre ainsi éleuë pour appartenir au verbe ! D' estre éleuë pour luy appartenir d' vne maniere d' appartenance qui ne conuient à aucune chose creée ! D' estre éleuë

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pour luy appartenir par vn droict de singularité que la foy ne nous permet pas d' attribuër mesme à son essence eternelle ! Laquelle chacun des fideles recognoist estre l' essence des autres personnes diuines ; au lieu que la foy nous apprend que cette humanité n' a point d' autre personne à qui elle appartienne, et où elle repose, que la personne du verbe. Et cette sorte d' appartenance vnique et singuliere au verbe a encores cela de merueilleux, qu' elle luy est naturelle et surnaturelle tout ensemble.

Car elle appartient au verbe, comme à celuy qui est sa personne mesme, et l' appartenance de la nature auec la personne est vne appartenance si intime, si intrinseque et si naturelle, que l' ordre des choses creées n' en contient

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point de plus grande. Et d' ailleurs, la dignité de cette personne qui daigne estre la propre personne de cette nature humaine, est si eminente par dessus toute nature creée, que sa grandeur et hautesse semble ne pouuoir entrer dans ces limites : et elle est si diuine, que nous ne la pouuons regarder sans l' adorer. Car c' est la personne du verbe : c' est la seconde personne de la trinité égalle à la premiere : et c' est vne personne en laquelle subsiste la diuine essence de toute eternité, comme en l' vne de ses personnes. Cette appartenance doncques de l' humanité au verbe, est non seulement si propre et si intime, mais elle est d' abondant si haulte et si diuine, qu' elle peut à bon droict estre ditte et estimée auec admiration naturelle

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et surnaturelle tout ensemble, voire aussi naturelle comme si elle n' estoit point surnaturelle ; et aussi surnaturelle, comme si elle n' estoit point naturelle : c' est à dire, si naturelle, qu' il n' y peut pas auoir vne condition plus intrinseque et vne liaison plus intime entre les choses qui conuiennent à vne mesme nature ; toutes les autres vnions et appartenances naturelles estant moindres que la personnelle : et si surnaturelle et éleuée par dessus la nature, que ny les hommes, ny les anges ne peuuent pas mesme conceuoir vne plus grande éleuation et eminence, que celle qu' a cette humanité vnie à la personne du verbe.

Or le verbe eternel se communiquant ainsi à la nature humaine, il luy communique primitiuement

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sa subsistence : et dautant que la diuine essence est l' essence du verbe, et est vne mesme chose par identité auec la subsistence qu' il communique à cette humanité ; il s' ensuit que la diuine essence comme essence du verbe, est aussi iointe et communiquée à cette nature humaine : ie dis comme essence du verbe ; car elle est aussi l' essence du pere et du s.. esprit : et en cette qualité elle a des conditions selon le langage de la theologie, qu' elle n' a pas comme essence du verbe : et elle n' est pas iointe à nostre humanité comme essence du pere et du sainct esprit : mais comme essence du verbe : et personne ne peut contester, qu' estant l' essence du verbe eternel, elle ne soit vnie à cette mesme nature à laquelle le verbe est vny, d' autant

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que la personne du verbe comprend son essence et sa subsistence.

Donc si la personne du verbe est vnie à cette humanité, l' essence et la subsistence du verbe y est vnie : et cette humanité de Iesvs-Christ nostre seigneur porte et reçoit en elle-mesme non seulement l' estre personnel : mais aussi l' estre essentiel de Dieu : car le verbe est Dieu, Dieu est homme, et l' homme est Dieu, selon les notions les plus familieres et communes de la foy : et le verbe est Dieu par cette essence diuine, et Dieu est homme par cette humanité : et l' homme est Dieu par la diuinité que l' humanité reçoit en la subsistence du verbe eternel : et il n' est pas possible de comprendre comment cét estre personnel de Dieu peut estre communiqué sans l' estre

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essentiel de Dieu, lequel il comprend et enclot dans sa conception formelle. Et c' est aussi la doctrine commune des theologiens, qui toutesfois semble n' estre pas entenduë par les autheurs des libelles diffamatoires, qui se font recognoistre par iceux aussi peu exercez en la charité chrestienne, que peu instruicts en l' intelligence de ces mysteres, et du concile de Tolede, qu' ils alleguent sans l' entendre, comme il sera dit ailleurs. Mais reseruons cela pour vn autre temps, et ne meslons point de contentions en ce discours : et continüons à dire et supposer que l' humanité de Iesvs-Christ nostre seigneur est vnie à la personne du verbe eternel ; c' est à dire, et à sa subsistence, et à son essence : qu' elle est vnie primitiuement

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à sa subsistence, et consequemment à l' essence : qu' elle est vnie à l' essence par le moyen de la subsistence, et non à la subsistence par le moyen de l' essence : qu' elle est vnie à l' essence du verbe eternel, comme estant l' essence du verbe, et non comme l' essence ou du pere ou du sainct esprit : qu' elle est vnie à l' essence qui est commune au pere et au sainct esprit ; mais non entant qu' elle est commune et subsistente en leurs personnes ; mais entant qu' elle est subsistente en la propre personne du verbe eternel : qu' elle est vnie par le pere, par le fils, par le sainct esprit à la subsistence du fils ; mais qu' elle n' est possedée en cette sorte qui constitue le mystere de l' incarnation, que par le fils. Et c' est ce qu' a voulu

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definir le concile de Tolede en cét article mal allegué, mal entendu, et mal appliqué par quelques censeurs de ce siecle. Or cette essence eternelle comme estant l' essence du verbe, elle est diuine, elle est infinie, elle est supréme et souueraine sur toute essence creée : et en vn mot, elle est vn abysme de grandeurs, de perfections et de merueilles. Donc toutes ses grandeurs, excellences et perfections par le moyen de cette subsistence et à raison et en suitte de cette subsistence, sont communiquées à cette humanité : car ces perfections subsistent en la subsistence du verbe eternel : elles subsistent donc en cette humanité, puis que leur subsistence est la mesme subsistence qui accomplit et termine cette humanité. I' ay

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dit notamment par le moyen de la subsistence, et i' ay adiousté apres et par expres en svitte et à raison de cette subsistence. Où il faut remarquer que ce n' est pas vne simple varieté de paroles superflues : ces termes sont differents, et emportent choses differentes, et veulent dire choses grandes, que la langue ne peut exprimer, que l' esprit ne peut conceuoir, que la foy adore en la terre soubs le voile de son obscurité, que le ciel reuele et manifeste en sa lumiere.

Ce que nous en pouuons dire et conceuoir en general, en la bassesse et obscurité de la terre ; c' est que les grandeurs et perfections de cette diuine essence, entant qu' elles sont communicables à vn estre creé demeurant creé, et en toutes les manieres qu' elles luy

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sont communicables, sans conuersion et sans confusion aucune d' vne nature en l' autre ; elles sont actuellement, abondamment et dignement communiquées à cette nature humaine, selon l' oeconomie et la dispensation diuine ; et elles luy sont communiquées pour releuer, pour actuer, pour perfectionner, pour dignifier, et pour deïfier cette humanité, en la maniere que les choses inferieures peuuent estre actuées et perfectionnées par les suprémes, les humaines par les diuines, et les choses creées par l' estre increé ; et en vne maniere toute propre, toute correspondante à la grandeur, à la dignité et à la sublimité du mystere.

Il nous faut contenter de ces paroles generales et confuses, faute de lumiere à penetrer et à

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declarer l' estenduë, la sublimité, et la profondité des mysteres.

Car qui pourroit conceuoir et exprimer ce qui est ou formellement ou virtuellement ; ou primitiuement, ou consecutiuement ; ou substantiellement, ou accidentellement ; ou originairement, ou accessoirement enclos en ces paroles de l' vnion personnelle de la diuinité auecques l' humanité ? De la communication supréme et ineffable qui est entre Dieu et l'homme ? Et de ce que Dieu donne à l' homme et opere en l' homme, qui est homme et Dieu tout ensemble ; c' est à dire homme-Dieu ? Et de ce que cét homme fils de Dieu et fils de l' homme tout ensemble opere enuers Dieu et pour Dieu en la veuë de ses deuoirs, et en l' excés de ses pouuoirs, de ses

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grandeurs, et de ses excellences ? ô vnion ! ô communication de Dieu en ce mystere ineffable ! ô amour ! ô vie de Dieu en ce sacré mystere de vie et d' amour ! ô vie ! ô amour de l' homme en Dieu ! ô grandeur ! ô saincteté de Dieu en ce tres-hault et tres-sainct mystere ! Chacune de ses pensées merite vn discours à part : reseruons les pour vne autre fois, et nous contentons de dire maintenant : que si vn degré de grace rend vne ame digne de Dieu, luy confere vne excellente deïfication, comme parlent les saincts peres, et la rend communicante à la nature diuine, diuinae consortem naturae, comme parle le premier et le prince des apostres : quelle excellente deïfication, quelle communication diuine, quelle sublime et intime

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adherence à la diuinité, quelle suitte, quelle estenduë, d' estats, d' effects et de merueilles ; y aura-t' il en cette humanité sacrée, qui reçoit en elle-mesme, non vn degré de grace, mais vn abysme de grace ; non vn abysme et vn ocean de grace accidentelle, mais la grace substantielle, origine et fondement de toute grace ; non vn estre creé communiqué aux hommes et aux anges ; mais l' estre increé, mais la diuinité ; qui n' est propre et ne conuient qu' aux personnes diuines ; et qui par vn pouuoir et par vn amour ineffable est communiquée à cette humanité, et à cette humanité seule entre toutes les choses creées, laquelle est sublimement et intimement penetrée, deïfiée et sanctifiée par la diuinité ? Suiuons le mesme exemple de

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la grace, pour cognoistre où Dieu veut encores éleuer cette humanité, en luy donnant vne nouuelle et subsequente communication de soy-mesme en suitte et en l' honneur de la precedente, qui establit et introduit au monde le sacré mystere de l' incarnation. Car si pour vn degré de grace, qui n' est qu' vne qualité accidentelle, Dieu se donne soy-mesme à l' homme en l' estat de la gloire à toute eternité ; que fera-t' il à son fils vnique Iesvs-Christ nostre seigneur ? Et que luy donnera-t' il ? Quelle nouuelle abondante et ineffable communication de soy-mesme fera t' il à son humanité, en laquelle il trouue resident non vn degré de grace, mais vn abysme de grace ? Et non seulement encores vn abysme de graces, mais l' ocean

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d' où deriuent toutes les graces répandues au ciel et en la terre ; c' est à dire, où il voit residente la grace substantielle, la grace increée, l' estre, la personne et la vie de la diuinité ; vie subsistante, viuante, operante en cette humanité pour la gloire du pere eternel ? Ne rabbaissons pas nos mysteres selon la petitesse de nos pensées, éleuons-nous à Dieu, et voyons qu' il ne se contente pas de donner simplement et precisément sa seule subsistence à cette humanité : mais en cette subsistence il s' y donne soy-mesme ; il y donne sa vertu, sa puissance et sa saincteté ; il y donne sa gloire, son existence, et sa majesté : bref, il luy donne ce qu' il est, ce qu' il luy peut donner par vn amour infiny, et ce qu' elle peut receuoir de luy par vne puissance

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supréme.

Diev est infiniment diffusif et communicatif de soy-mesme : et par le tiltre seul de sa bonté, il faict vne grande profusion et communication de soy-mesme à ses creatures : que fera-t' il donc d' abondant par le droict et le tiltre nouueau de la subsistence qu' il a donnee par amour à cette humanité, subsistence qui est vne mesme chose auec sa propre essence ? Dieu opere en ses oeuures selon sa dignité, sa sapience et son amour ; il se communique plus ou moins, selon la dignité de ses oeuures, et selon la proportion des suiets qui entrent comme en commerce, en societé, en communication auec luy : en cét oeuure donc, qui est le chef et le souuerain des oeuures de Dieu ; et en cette humanité,

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que Dieu mesme a voulu rendre digne et capable d' vne infinie communication de luy-mesme, par le droict qu' elle a d' estre l' humanité du fils vnique de Dieu, et par le tiltre qu' elle a de subsister par sa propre et diuine subsistence, et par le priuilege qu' elle a d' estre sanctifiée par la diuinité mesme ; Dieu fera par sa bonté et par sa sapience tout ce que sa puissance et son amour peut faire de grand, de rare, de singulier et de merueilleux au monde : Dieu fera vne nouuelle communication de soy-mesme à cette humanité, digne de sa grandeur, digne de la filiation de son fils vnique donnée à cette nature, digne de sa subsistence propre et diuine, digne d' vne humanité remplie de Dieu, et sanctifiée

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de la mesme diuinité, digne de l' estat et grandeur de ce mystere, digne de l' amour infiny par lequel il l' a operé, digne des choses admirables qu' il veut faire et operer par elle.

Nous le deuons ainsi croire et supposer, et recueillant ce qui a esté discouru, nous deuons conclurre et remarquer comme la foy nous enseigne, que la diuine essence est vnie à la nature humaine par le moyen de la subsistence diuine. Et partant que les perfections de la diuine essence sont subsistantes en l' humanité, puis que leur subsistence est la mesme subsistence de l' humanité. Et passant plus auant en la contemplation de ce mystere, la foy et la pieté iointes ensemble en ce sainct exercice, nous éleuent et nous portent à recognoistre

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comme en suitte et à raison de cette subsistence et en son honneur, Dieu veut en vne maniere nouuelle et singuliere communiquer son estre, sa gloire et sa grandeur à cette humanité ; c' est à dire, en vne maniere qui n' est propre qu' à cette humanité ; comme cette humanité est seule à qui est appropriée la subsistence de la diuinité : c' est à dire, que comme en l' ordre des choses existantes nous remontons iusques à vn subiect si hault, si digne et si éleué, qu' il se trouue existant mesme iusques dans l' estre increé par la communication de la subsistence et existence diuine à nostre humanité, ne pouuant y auoir rien en cet ordre qui excede en dignité vn si noble existant, et vn si diuin subiect : aussi en l' ordre

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des communications des graces et des faueurs de Dieu auec ses creatures ; il nous faut remonter iusques à vne sorte de communication de grace et de faueur, de gloire et de splendeur de l' estre diuin, qui soit si haute et si sublime, qu' elle soit infinie, s' il y a lieu à l' infiny ; et qui soit telle, qu' il n' y en puisse auoir de plus grande en son genre ou en son espece, et qui ne doit estre proprement faitte (selon les loix de la diuine sapience, qui ordonne tout en nombre, en poids et en mesure) sinon à celuy qui porte et reçoit la subsistence diuine. Et comme il n' y a que la nature humaine qui la reçoit en la personne de Iesvs-Christ, il n' y a qu' elle aussi qui soit susceptible de la grandeur, de la sublimité, de la

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plenitude de cette communication, il n' y a qu' elle qui la doiue receuoir, et il est iuste aussi que cette nature la reçoiue en suitte et en honneur de cét estat supréme de l' vnion hypostatique, auquel elle est éleuée, et seule éleuée par le moyen de la diuine subsistence.

Et cette communication est aussi excellente, nouuelle et singuliere, comme ce mystere est nouueau, excellent et singulier au monde.

C' est a mon aduis ce qu' attendoit le fils de Dieu à l' yssuë de ses labeurs : c' est l' estat et la couronne qu' il doit receuoir apres auoir triomphé du diable, du peché, de la mort en sa croix : c' est ce qui est compris en cette belle priere qu' il faict en finissant sa vie et ses mysteres ; en donnant le baiser de paix et disant le dernier adieu à la

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synagogue et à son eglise par la pasque iudaïque et chrestienne accomplie ensemblement au conclaue de Sion. C' est ce qui est insinué en plusieurs lieux de l' escriture : c' est ce que le fils demande à son pere en ces paroles clarifica me tu pater apud temetipsum : c' est ce que le pere dit à son fils en ces paroles, peu auant sa mort : clarificaui et iterum clarificabo : paroles dignes d' autant plus d' estre considerées que ce sont les dernieres paroles du pere au fils rapportées en l' euangile : c' est ce que l' eglise éleuée en la cognoissance et en l' amour de son sauueur, de son chef et de son espoux, recognoist iuste et digne qu' il reçoiue, le declarant ainsi par la bouche de l' vn des plus grands apostres, dignus est agnus, qui occisus est, accipere

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virtutem et diuinitatem, etc...

C' est ce qui nous est insinué en plusieurs autres textes de l' escriture, que nous alleguerons et deduirons ailleurs : car toutes ses paroles, ses souhaits, ses prieres, sont proferées apres le mystere accomply de l' incarnation. Ces textes doncques parlent d' vne clarification distincte de celle qui est precisément et necessairement enclose dans l' estat du mystere : et parlent d' vne communication qui suppose le mesme mystere de l' incarnation ; et qui correspond à sa grandeur et à sa dignité. Les premieres paroles que nous auons alleguées, et qui sont rapportées en s.. Iean 17.. sont les propres paroles du fils de Dieu, et du fils de Dieu parlant non aux hommes mais à son pere. Dignes paroles d' vn tel fils à

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vn tel pere, et d' vn tel fils parlant à son pere sur soy-mesme ! Tellement que le fils vnique de Dieu est l' autheur, et le sujet tout ensemble de ces diuines paroles : et ce sont paroles du fils de Dieu au dernier de ses iours ; iour auquel mesme entre les hommes les paroles sont plus graues, sont plus importantes, sont plus cheres, et sont plus memorables : et celles-cy encores ont cét aduantage, qu' elles sont paroles du fils de Dieu non seulement au dernier iour, mais à la derniere heure de sa vie libre et ciuile entre les hommes et entre ses apostres : car à l' yssuë de ces paroles il part du cenacle de Sion allant à la croix et à la mort. Escoutons donc auec humilité, reuerence et amour le fils de Dieu parlant, et parlant à son pere, et luy parlant

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de soy-mesme, et luy parlant lors qu' il va à la mort : nous verrons comme il luy demande vn nouuel estat, et vn estat qu' il n' a point encores eu : clarifica me tu pater. Il luy demande vn estat de gloire et de splendeur, puis qu' il vse de ce mot, clarifica me ; il luy demande vn estat de gloire non au regard des hommes, mais au regard du pere, non dependant des hommes, mais dependant du pere : car il s' addresse au pere en ces paroles, tu pater, qui sont paroles d' amour et d' efficace particuliere du fils contemplant et aimant son pere, du fils parlant à son pere au iour de ses angoisses et dernieres souffrances. Tu pater, ce luy dit-il, comme luy disant, qu' il est fils, et luy pere ; qu' il est fils entrant en l' estat de ses douleurs, de son

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abbaissement et de sa croix ; qu' il est pere en estat eternel de grandeur et de puissance ; et que comme entrant au monde il a receu de luy vn estat digne de son amour enuers les hommes, et de la necessité des hommes : aussi sortant du monde il est attendant de luy comme de son pere, vn nouuel estat digne de luy, digne du pere, digne de sa croix, et de l' amour d' vn fils vnique enuers son pere, et digne de l' amour et du pouuoir d' vn pere qui est toujours pere tout-puissant, et qui est seul principe et origine de ce fils : tu pater. Car en la veuë et pensée des choses qui luy estoient proches et imminentes, et en l' energie de ses paroles, nous voyons comme il ne s' addresse point à la terre, mais au ciel : et que dans le ciel il

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ne s' addresse point au s.. esprit, qui n' est pas son pere ny son principe ; et qu' il ne s' addresse pas à Dieu simplement comme dieu ; car cela luy est commun auec les anges et les hommes : mais nous voyons que par vne pensée plus haulte, et par vne éleuation particuliere qui ne peut estre qu' en vn esprit viuant et subsistant en la personne du fils vnique de Dieu : et par vne parole qui ne peut estre proferée que de la bouche du verbe eternel ; il s' addresse à Dieu comme pere ; et il s' addresse au pere comme estant son pere doublement, selon ces deux natures.

Car il est son pere par generation en la diuinité, et son pere encores comme existant en cette humanité, qui reçoit et porte en son estre la subsistence et filiation

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diuine, par la communication de cette personne diuinement engendrée, et amoureusement communiquée à cette humanité.

C' est quelque chose de ce qui est enclos en la proprieté de cette parole, tu pater, parole de singularité, et parole de diuinité : car elle regarde la diuinité et la filiation mesme de Iesvs, qui est vnique et singulier en la diuinité : car il n' est pas seul Dieu, le sainct esprit l' estant aussi bien comme luy : mais il est le seul fils de Dieu ; et le symbole le nous faict recognoistre et adorer comme le fils vnique de Dieu. Paroles donc et de diuinité et de singularité : paroles d' amour et d' efficace particuliere du fils au pere en l' estat humble et souffrant auquel l' amour et l' honneur du pere le reduit

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au dernier de ses iours sur la terre.

En cét estat donc si estrange et si pitoyable, en la sublimité de ces paroles et de ces pensées, et en la veuë du pere eternel, qui est, et qui n' a iamais esté qu' en estat de clarté, il luy demande communication de cét estat et clarté permanente.

Le pere a tousiours esté en cét estat de clarté, mesme il a produit son fils comme splendeur et clarté émanante de luy, dont il porte le nom de la splendeur du pere. Et si nous contemplons sa naissance diuine, il deuoit estre tousiours aussi bien que son pere en estat de clarté et de splendeur, non seulement à raison de sa diuine essence qui est toute lumiere et clarté, suiuant cette parolle, deus lux est : mais encores à raison de

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la naissance de sa personne diuine, qui est produitte comme lumiere : et qui en sa proprieté personnelle est la splendeur de la gloire du pere : mais l' amour de son pere le tire de cét estat, et l' abbaisse dans nos miseres. Et le pere demeurant tousiours en cét estat de clarté, le fils a voulu descendre de sa grandeur et de sa splendeur en l' estat d' obscurité pour l' honneur de son pere ; et en condition de bassesse pour l' amour des hommes ; se couurant de l' obscurité de la vie humaine, de la vie commune, de la vie souffrante : et mesme, ô excez ! ô bonté ! Se couurant des tenebres de la mort, qui a obscurcy le soleil mesme en plein midy.

Et lors qu' il va entrer dans les extremitez de cét estat, proche d' y estre liuré par vn de ses disciples,

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et abandonné par les autres, et d' estre mesme delaissé par son pere, il demande en faueur de son humanité d' estre estably en cette clarté et en cette splendeur qui conuient à son essence diuine, à sa naissance eternelle, et à sa propre personne ; et qui est deuë encores à cette humanité, puis qu' elle est son humanité, et que cette clarté ne luy a point encore esté communiquée. Car le fils vnique de Dieu s' est vny en telle sorte à nostre humanité, que nous l' y voyons estre vny comme Dieu en sa diuine essence, et comme fils de Dieu en sa personne : mais non encores comme splendeur du pere : cét estat heureux et glorieux estant reserué apres l' oeconomie et dispensation de la vie douloureuse et laborieuse du fils de Dieu sur

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la terre. C' est le sens, à mon aduis, de ces grandes paroles : glorifiez moy, vous ô mon pere, enuers vous-mesme, de la gloire laquelle i' ay euë par deuers vous, deuant que le monde fut faict. Par lesquelles il ne demande pas simplement vn estat de gloire de la part des hommes, c' est à dire, que les hommes l' adorent et recognoissent pour fils de Dieu ; mais vn estat de gloire de la part de Dieu son pere. Il demande vn estat de gloire qui depend proprement et singulierement du pere, et pour lequel obtenir il ne s' addresse qu' au pere. Il demande vn estat de gloire qui depend de son pere comme pere, et non simplement comme Dieu : car il demande notamment vne effusion et communication de cette clarté qu' il a de son pere et en son pere

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durant l' eternité. Or la gloire que les hommes rendent au fils de Dieu en croyant en luy, depend des hommes, les vns annonçants, et les autres receuants les veritez de la foy, et tous manifestants par cette creance la gloire de Iesvs, c' est à dire l' honneur qu' il a en soy, et qu' il merite de reçeuoir des hommes, en qualité de fils vnique de Dieu.

Et la grace par laquelle ils entrent en cette recognoissance et luy rendent cét honneur, est vne grace dependante de Dieu comme Dieu, et non pas de Dieu comme pere de son fils vnique : car en cette qualité de pere il n' a relation qu' enuers son fils, comme il n' est pere en la proprieté de sa personne qu' au regard de ce seul fils vnique. Or il est euident que le fils vnique de Dieu reçoit de

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luy et de luy seul cette clarté en sa generation eternelle, et auant la constitution du monde, pour employer ses mesmes paroles : clarifica me, tu pater, apud temetipsum, claritate quam habui priusquam mundus fieret apud te. Et aussi il regarde son pere et son pere seul, comme le seul principe de son estre, de sa vie et de son estat : et comme receuant de luy le pouuoir de communiquer à sa nature humaine cette clarté qu' il a receuë de luy, et qu' il tient de luy ; et il le regarde encores comme attendant de luy l' heure et le moment de la communiquer en son actualité, c' est à dire, comme actuante, éleuante et perfectionnante de sa splendeur cette humanité establie dans la gloire du pere

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eternel. Afin que comme le pere eternel engendrant son fils dans soy-mesme, a voulu encore qu' il fut engendré au monde par l' incarnation : ainsi l' engendrant en soy-mesme en qualité de lumiere et splendeur, il vueille aussi le produire au monde, et le donner à cette humanité en estat et en qualité de splendeur diuine, permanente à toute eternité. Si quelqu' vn vouloit rabbaisser la majesté de ces paroles en vne intelligence plus basse, en referant cette gloire et clarté desirée par Iesvs-Christ à la gloire que luy doiuent rendre les hommes par la creance et recognoissance de sa grandeur ; ie le supplie de considerer que c' est la sapience increée et incarnée qui parle, laquelle a vn sens bien plus

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éleué que le nostre, et est en vn estat de gloire si hault et si eminent, que la creance et recognoissance des hommes adorants Iesvs-Christ comme Dieu, n' est qu' vn rayon de sa gloire et vne emanation de sa splendeur diuine. La gloire, la clarté, la splendeur dont il parle en ce texte, et qu' il attend à l' yssuë de ses trauaux et labeurs luy est interieure, et non pas exterieure, et est independante de la volonté des hommes. C' est vne gloire et clarté qu' il a et porte en soy-mesme et non pas au dehors.

C' est vne gloire qu' il reçoit de son pere, et non pas des hommes.

C' est vne gloire et clarté qu' il possede solidement et inuariablement en la diuinité, et non en la creance et en la pensée muable des humains.

C' est la splendeur de sa diuinité

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communiquée à son humanité, comme à vn sujet capable de la porter et receuoir pour vne eternité, et d' en estre toute et toujours actuée, penetrée, et remplie, sans interest de l' estre infiny de cette lumiere et de l' estre finy de cette humanité, comme vn corps diaphane est penetré de la lumiere sans interest ny du corps, ny de la lumiere qui le penetre, mais auec vn éclat de la mesme lumiere plus brillante, éclatante et ardante à nos yeux qu' elle n' estoit auparauant. Et ainsi la splendeur de Dieu reünië en la nature humaine, rend Iesvs vn principe de lumiere au monde, en vne nouuelle maniere et découure vn nouueau sens de cette sienne parole, ego sum lux mundi : et partant l' homme reçoit

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cette lumiere de Iesvs, et ne la donne pas à Iesvs. C' est la gloire et la lumiere du monde de croire en Iesvs : et si vous le voulez, c' est la lumiere et la gloire exterieure de Iesvs imprimée au monde : mais ce n' est pas la lumiere et clarté interieure de Iesvs, en luy mesme, cest à dire, qu' il a receuë de son pere, et qui est imprimée en son humanité : c' est plustost nostre gloire et clarté de le croire et cognoistre ; et vne gloire, lumiere, et clarté emanée de sa lumiere, de sa splendeur et de sa gloire.

Car sa gloire proprement n' est ny accreuë par nostre foy, ny diminuée par nostre infidelité. Iesvs est Dieu, et il entre aussi par ce moyen dans l' estat, dans la qualité et dans la proprieté des grandeurs de Dieu. Or Dieu ne reçoit point

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d' accroissement pour la creation du monde, ny de perte par la perte du monde : ce sont les hommes qui perdent en perdant la cognoissance et la grace de Dieu, et qui s' éleuent en s' éleuant en la grace et en l' amour de Dieu. Ainsi le monde adorant la gloire de Iesvs, reçoit gloire et honneur de Iesvs, porte et manifeste la gloire de Iesvs, en luy-mesme ; mais il ne donne pas la gloire à Iesvs : car Iesvs ne la reçoit que de son pere en son humanité, comme il ne la reçoit que de luy en sa diuinité.

C' est pourquoy en ce conclaue de Sion, Iesvs-Christ, enclos et enfermé auec ses apostres séleue et s' addresse à Dieu son pere : et lors ne parlant qu' à luy seul au secret de sa priere, il luy ouure son coeur, il luy expose son desir, et il

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luy dit ces paroles dignes d' estre grauées de la main des anges dans nos coeurs, et dans nos esprits : clarifica me, tu pater, apud temetipsum. Etc...

Pour les entendre plus clairement, considerons que le verbe eternel de toute eternité est dans son pere comme le nous apprend son apostre en l' entrée de son euangile. Et verbum erat apud Deum : et il est en clarté et en splendeur dans son pere, comme marquent ces paroles en sa priere, clarifica me, tu pater, claritate quam habui, qui representent au pere eternel le desir qu' il a de receuoir de luy cette splendeur et clarté, quam habui, ce dit-il : il l' auoit donc en son pere auant la creation du monde : et il l' a veut auoir en cette humanité puis qu' il est resident en elle par le mystere de l' incarnation,

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comme il est resident en son pere par le mystere de la trinité. Car entrant au monde pour sauuer le monde, et mourir pour nos offenses, il a voulu s' vnir à la nature humaine en la subsistence de sa diuinité ; mais non en la splendeur et en la clarté de sa diuinité, se conseruant le droit de receuoir cette clarté apres ses douleurs et souffrances, comme chose deuë à la presence, à la subsistence, à la vie de la diuinité en cette humanité. Et il s' éleue et s' addresse maintenant à Dieu son pere en cette memorable priere, luy demandant d' estre estably en l' vsage, en l' exercice, et en la possession de la splendeur et clarté qui luy est deuë, et dont il a le principe en soy-mesme diuinement et personnellement vny à son humanité.

Ne plus ne moins que l' ame

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raisonnable, si elle estoit existente auant le corps, selon l' opinion des platoniciens, estant infuse au corps du petit enfant qui a la vie de l' ame, et non pas la lumiere de l' ame ; et estant obscurcie en sa lumiere intellectuelle, et comme enseuelie dedans l' enfance et dépouillée pour vn temps de l' vsage de cette lumiere et cognoissance, lors qu' elle entreroit en quelque lueur et cognoissance de son estat, elle s' éleueroit sans doute à son autheur qui l' auroit infuse dedans ce corps, et luy demanderoit d' estre pleinement establie en l' vsage, en l' exercice, et en l' actualité de sa cognoissance et de sa propre lumiere deuë à son essence : au regard de laquelle les effects et la manifestation que le monde en auroit par apres, ne seroit qu' vne dependance

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de cest estat, où se trouueroit l' ame en vsage parfaict de raison, de lumiere, et de cognoissance dans ce corps. Ainsi le fils de Dieu a vn estre, et vn estat de lumiere, de clarté et de splendeur diuine durant vne eternité dans le sein de son pere, auant d' estre resident au sein de la vierge en cette humanité : et cette splendeur et clarté est couuerte et cachée dans l' estat humble et patissant de sa nature humaine, à laquelle il s' est vny et conjoinct par la subsistence de sa diuinité, mais sans déployer encores la clarté et la splendeur de sa diuinité. Or il demande que cette splendeur de sa diuinité agisse et paroisse en plenitude de puissance, de vigueur, d' actiuité, d' actualité, en cette humanité, la comblant de sa gloire et la

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dépoüillant de ses conditions basses et mortelles pour la reuestir et orner de sa gloire, comme il l' a dépoüillée de sa subsistence pour la reuestir de la subsistence mesme de la diuinité. Et l' honneur et la gloire qu' il attend des hommes, est vne chose beaucoup moindre et inferieure, est vne chose extrinseque à sa grandeur, est vne suitte et dependance de ce sien estat de gloire, et n' est qu' vn rayon emané de cette clarté : comme la clarté du iour au monde est vne lumiere emanée du soleil ; mais n' est pas la lumiere du soleil mesme en son globe et en sa sphere. Le soleil ne perd rien de cette sienne lumiere dans soy mesme pour les tenebres de la nuict où des eclipses ordinaires, qui arriuent en son cours et en son mouuement à l' entour

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de la terre : c' est le monde qui y perd son iour et sa lumiere, mais le soleil ny perd pas la sienne estant tousiours également lumineux dedans soy-mesme. Et ainsi le monde receuant la lumiere de Iesvs, ne donne pas lumiere à Iesvs, et la perdant ne l' oste pas à Iesvs.

Et la clarté qu' il demande en ces propos, n' est pas celle qu' il peut receuoir de la creance et pieté du monde disposé à l' adorer : mais celle que son pere luy peut donner en la puissance de son amour ; et qui a esté suspenduë iusqu' à present pour l' amour des hommes.

Il nous faut donc recueillir des propos precedents, comme il y a deux sortes de commerce, et deux manieres de communication de Dieu à l' homme au mystere de l' incarnation : l' vne est primitiue,

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et l' autre est consecutiue au mystere : l' vne est radicale et originale et contient en vertu et en semence les diuers estats du mystere ; et l' autre est estenduë, et recueille en abondance tous les fruicts du mystere : l' vne est constituante l' essence du mystere, l' autre est correspondante à l' estat et à la dignité du mystere : l' vne est le fond et l' essence du mystere ; l' autre est la plenitude et la jouïssance du mystere : l' vne donne le droict aux grandeurs et excellences deuës à cette humanité, selon sa qualité nouuelle ; l' autre donne l' vsage, la consommation et la possession de ces grandeurs, excellences, et qualitez.

En l' vn Dieu est homme, et paroit homme ; et en l' autre l' homme est Dieu, et paroit Dieu : en l' vn Dieu possede l' homme, mais

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en l' autre l'homme possede Dieu.

En l' vn Dieu entre en l' estre et en l' estat de l' homme : et en l' autre l' homme entre glorieusement en l' estre et en l' estat de Dieu, est adoré comme Dieu, est assis à la dextre de Dieu. En l' vn Dieu est sensiblement recogneu homme, habitu inuentus ut homo, ce dit l' apostre, car il est reuestu des conditions humaines : en l' autre l' homme est Dieu et paroist Dieu, car il est reuestu des marques et des grandeurs de Dieu. En l' vn l' homme reçoit le tiltre qui le rend digne de gloire et de puissance.

En l' autre l' homme reçoit cette mesme gloire et puissance, de laquelle il est digne, et dit à ses apostres, data est mihi omnis potestas in coelo et in terrâ : toute gloire et puissance m' est donnée en la

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terre et au ciel.

Ces deux poincts et estats sont bien differens : car l' vn fait que Dieu est homme, et l' homme est Dieu : et toutesfois on voit que le pere eternel ne traicte pas cét homme comme dieu, on voit qu' il le laisse en l' enfance, qu' il le laisse en la vie commune, qu' il le laisse en la vie souffrante, comme si Dieu n' estoit point resident et viuant en cét homme : et neantmoins Dieu est en luy selon cette sacrée parole, Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi.

Ce qui a trompé et les sages du monde, et les demons mesme en la subtilité de leur cognoissance.

L' autre estat supposant que cét homme est Dieu par le mystere de l' incarnation, fait que le pere le traicte comme Dieu, le tire hors des bassesses de la vie humaine, luy donne

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entrée en la splendeur et clarté de Dieu ; laquelle estant retenuë jusques à present, se verse, se répend, et se communique à cette humanité ; l' a penetre, l' actuë, et l' a remplit.

Et comme Dieu qui est esprit, s' est faict sensible par ce mystere ; aussi Iesvs porte la majesté de Dieu sensiblement et visiblement emprainte en son estat : et le ciel le contemple et le voit en cette gloire, la terre l' y croit et l' y adore, et les enfers le sentent et l' experimentent, où par la force de la puissance de Iesvs les démons sont contraints de ployer les genoux deuant luy, et de luy rendre hommage comme à leur souuerain et à leur dieu.

Voila les diuers estats de Iesvs en ce mystere. Voila les deux communications distinctes et encloses

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en iceluy : communication de la diuinité ; et communication de la splendeur et clarté de la diuinité.

Et c' est celle-cy que Iesvs attend, et qu' il demande en cette priere, clarifica me. Et c' est celle que le pere lui a promis en ces paroles : et clarificaui et iterum clarificabo. Si nous eussions esté en ce conclaue de Sion, et assisté à cette priere de Iesvs, nous eussions deu joindre nos souhaits à ses souhaits, et nos prieres à sa priere ; et comme membres de ce chef, estre parlans au pere eternel par la bouche de nostre chef, n' ayans aucun desir que celuy de sa gloire. Mais il y a seize cens ans que sa priere est exaucée, que son desir est accomply, et que la foy publie au monde que Iesvs est estably en la gloire de son pere.

Entrons doncques en éjoüissance

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et complaisance de ses grandeurs.

Entrons en ce souhait apostolique : omnis lingua confiteatur, quia dominus Iesvs-Christvs in gloria est Dei patris. Que toute langue confesse que Iesvs-Christ le seigneur, est en la gloire de Dieu le pere. Paroles grandes et formelles ! Paroles qui nous representent deux veritez tres-importantes ! L' vne, qui nous enseigne et represente comme il est non simplement en la gloire des hommes, mais pleinement et absolument en la gloire du pere : gloire autant differente et éleuée pardessus la gloire qu' il reçoit des hommes, que le pere est éleué pardessus les hommes mesmes, et l' estre incrée pardessus l' estre crée. L' autre verité, est celle qui nous apprend comme il est maintenant

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non seulement en la diuinité du pere comme il estoit auparauant, mais aussi en la gloire du pere resultante de sa diuinité ; en laquelle diuinité il a esté estably dés le moment de l' incarnation, et vny à cette essence qui est l' essence du pere eternel : mais il n' a pas pourtant esté estably pleinement en la gloire du pere. Car nonobstant cét estat supréme et diuin, il est demeuré dans les langes et dans la creiche, dans l' enfance, et dans l' impuissance de l' enfance, dans la fuitte et la persecution ; bref dans la bassesse de la vie humaine, dans les épines de la croix, et dans les tenebres de la mort. Et bien qu' en tout ces estats il fut vrayement Dieu-homme ; il estoit Dieu enfant et impuissant dans vne estable ; il estoit

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Dieu fuyant et caché en Egypte ; il estoit Dieu viuant et incogneu en vn coing de la Iudée ; il estoit Dieu souffrant et mourant en vne croix ; et il estoit Dieu mort et enseuely en vn sepulchre. Et en cét humble estat d' abbaissement, la diuinité du pere estoit en luy, l' amour du pere estoit en luy, et le pere disoit de luy, in quo mihi bene complacui ; mais la gloire du pere n' estoit pas encore en luy. Il estoit en la diuinité du pere, il estoit en l' amour du pere ; mais non encores en la gloire du pere. Cette gloire estoit differée par le vouloir du pere sur son fils, par l' amour du fils enuers son pere, et par l' égard qu' auoit le pere et le fils aux besoins et à la necessité des hommes. Et le pere donnant sa diuinité à l' humanité, en luy donnant la personne

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de son fils, suspendoit la donation de l' estat entier et parfaict de sa gloire : comme nous voyons par le discours de sa vie, qu' il le laisse pour vn temps dans l' enfance et dans l' impuissance, dans les langes et la creiche, dans la persecution et la fuitte, dans la vie cognuë et incogneuë, dans la croix, dans la mort, dans le sepulchre.

ô estrange diuorce et separation admirable, mesme entre la diuinité et la gloire de la diuinité ! Diuorce, qui ne se trouue qu' en Iesvs, et ne se trouue en luy que pour figurer, pour expier et pour effacer le diuorce qui arriue entre Dieu et ses creatures par le peché ! Iesvs, est-il moins adorable et moins aymable pour auoir moins de gloire en sa vie, puisque c' est l' amour et le seul amour qui

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l' en separe, et que c' est pour nous qu' il en est separé ? Puis qu' il en est separé par amour, aymons Iesvs en son amour, et en son amour le priuant de sa gloire.

Adorons Iesvs en sa diuinité, et en sa diuinité l' abbaissant en nos miseres. ô amour, ô amour fort, amour puissant, amour exerçant son pouuoir et ses rigueurs sur la personne mesme d' vn Dieu en sa nature nouuelle, qu' il vnit à soy, et qu' il fait viure et subsister en soy ! ô amour arrestant le cours des emanations diuines en l' effort des emanations mesme de son amour ; c' est à dire en l' effort et en l' effusion infinie qu' il a fait de soy-mesme, en se donnant à l' homme ! L' amour le porte à donner sa diuinité à cette humanité ; et toutesfois

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la gloire est suspenduë et arrestée pour vn temps en l' excez de cette emanation. Il est digne et infiniment digne de receuoir cette gloire ; et en son temps il l' a possedera comme chose qui luy est naturellement deuë : mais il en sera priué, et vn si long temps, c' est à dire toute sa vie, par la puissance et la plenitude de son amour ; ie dis de l' amour de Iesvs enuers son pere. Or si l' amour est puissant, est priuant, est dépoüillant, Iesvs mesme, et le dépouïllant de chose si grande comme de sa gloire ; ne sera-t' il point puissant sur nos coeurs ? Ne sera-t' il point priuant et dépouïllant nos esprits de leurs inclinations peruerses, de leurs plaisirs déreiglez, de leurs affections illicites ? Si l' amour est exerçeant sa puissance

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et ses rigueurs sur Iesvs, et le mettant dans les épines, dans la croix, dans la mort ; ne nous mettra-t' il point dans les épines de la penitence, dans la croix de la vie chrestienne, dans la mort de nos vices et affections terrestres ? Hé ! Puis qu' il y a vn amour crucifiant, et vn amour crucifiant vn dieu ; qu' il ne soit pas moins puissant sur les hommes, et qu' il nous crucifie en Iesvs, et auec Iesvs ? Et d' autant plus, que c' est abbaissement et opprobre à Iesvs d' estre crucifié, et crucifié pour des pecheurs : mais c' est gloire, c' est grandeur, c' est felicité, d' estre crucifié pour Iesvs et auec Iesvs ; et de pouuoir dire auec son apostre, christo confixus sum cruci. Ie suis attaché en croix auec Iesvs Christ. En cette

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croix ainsi attachez auec Iesvs, soions éleuez comme luy et separez de la terre : car son crucifiément nous est representé par luy-mesme, comme vn éleuement separant de la terre.

Soyons donc éleuez et haussez par dessus les choses terrestres, caduques et perissables. Soyons attachez de coeur et d' esprit auec Iesvs et à Iesvs, méprisant tout pour son amour et pour sa gloire. Et disons auec esprit et verité cette parole apostolique, existimo omnia detrimentum esse, propter eminentem scientiam iesv-christi domini mei. Etc...

Vn ancien disoit que Dieu creant le monde, s' estoit transformé en amour, tant il estoit rauy en la veuë, et satisfaict en la beauté de cét vniuers. Mais il n' auoit pas veu ce mystere ; et il ne cognoissoit que ce monde sensible entre les

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oeuures de Dieu. Nous doncques éleuez en vne plus haute cognoissance, écheus en vn meilleur temps, et à la plenitude des temps, qui porte la plenitude de Dieu, et la plenitude de l' amour de Dieu en ce sien oeuure le chef de ses oeuures, et rauis en la contemplation de ce mystere ; disons que Dieu faisant vn nouueau monde, et le monde des mondes, c' est à dire Iesvs ; il s' est transformé en amour. Car Dieu est amour, et n' est qu' amour en ce sien oeuure, où sa puissance, sa bonté, sa grandeur, et sa majesté s' est conuertie et transformée en amour ; et ce mystere est amour et n' est qu' amour : car comme en iceluy l' amour joint Dieu à l' homme, aussi les grandeurs de Dieu et les bassesses de l' homme y sont transformées en

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amour par la puissance de l' amour operant ce mystere et triomphant en ce mystere, auquel Dieu a mis singulierement son amour, et le triomphe de son amour tout ensemble. Ne voyons-nous pas comme la puissance de Dieu y est transformée en amour ? Et comme Dieu s' y faisant impuissant, ne s' y monstre plus puissant que pour aymer ? Ne voyons-nous pas que la grandeur de Dieu y est transformée en amour, et que Dieu ne s' y monstre grand que dans l' amour ? Ne voyons-nous pas mesme que la puissance et la grandeur est captiue par l' amour dans l' impuissance et dans la bassesse d' vne enfance ? Ne voyons-nous pas que la majesté y est aussi transformée en amour et changée en la benignité et humanité

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d' vn enfant ? Ainsi Dieu est amour, et n' est qu' amour en ce mystere.

Et comme l' estat et les grandeurs de Dieu y sont transformées en amour : aussi l' estat et les bassesses de l' homme y sont transformées par l' effort et la puissance de l' amour.

Dieu est homme, mais c' est non sa nature, ains son amour qui le fait homme. Car la nature diuine est infiniment distante de la nature humaine ; et seroit toujours distante, si l' amour aussi puissant et infiny que la nature, n' vnissoit si intimement la nature diuine à la nature humaine, et ne les vnissoit en vnité de subsistence, d' existence, et de personne. Dieu est enfant : mais il est enfant par amour, et non par la necessité de sa condition comme les enfans des hommes : et il est Dieu enfant, la

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puissance et la diuinité estant vnie puissamment, personnellement, et amoureusement à l' enfance, et à l' impuissance : tellement que nous deuons dire auec estonnement et admiration, suscepta est à majestate humilitas, à virtute infirmitas, ab aeternitate mortalitas. Car aussi voyons-nous Dieu souffrant, Dieu mourant, et Dieu mort en vne croix, et en vn sepulchre : mais c' est l' amour et non sa nature qui le reduit en cét estat. Et sa vie, sa croix, sa mort est amour, et chacune d' elles n' est qu' amour, vie, et puissance : et Iesvs est viuant, aymant, et jouïssant dans la mort et dans la souffrance, et nous y donnant et meritant, vie, amour et jouïssance. ô amour de Dieu en ce mystere ! ô amour triomphant de Dieu, et de l' amour

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de Dieu tout ensemble ! ô amour, exercez vostre pouuoir et sur nous et sur nostre amour ! Triomphez de nous, et triomphez de nous en Iesvs, selon la verité de cette parole, triumphat nos in Christo ! Viuons en Iesvs ; aymons en Iesvs ; triomphons en Iesvs ; et que Iesvs viue en nous, ayme en nous, et triomphe en nous, pour iamais ! Et puisque l' amour triomphe de Dieu mesme ; qu' il triomphe de nous qui sommes ses subjets et ses creatures ! Et puisque le seul amour triomphe de Dieu ; que le seul amour de Dieu soit celuy qui nous captiue et non pas nos passions et desordres ! Et que le seul amour de Dieu nous meine en triomphe comme ses captifs ! Et puisque l' amour veut triompher et de Dieu et de l' amour de Dieu

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en ce mystere ; que la puissance et de cét amour triomphant, et de ce mystere dans lequel il triomphe, soit exercée sur nous et nos volontez à jamais.

La consideration de la subsistence diuine communiquée à l' humanité en ce mystere comme subsistence propre du verbe, et comme identifiée auec la diuine essence, nous a fait entrer en ce discours, et nous a seruy de base et fondement aux propos que nous auons tenu sur la communication de Dieu en ce mystere. Car Dieu y communique sa subsistence, et par sa subsistence son essence, et en son essence les perfections de son essence comme subsistentes personnellement en cette humanité : et en son temps il fait vne diffusion et communication de sa gloire,

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laquelle est reseruée, retenuë et suspenduë en plusieurs points de ses estats et effects par vn miracle perpetuel : miracle special, vnique, et singulier en l' estat de ce mystere, et propre à Iesvs seul, comme la diuinité et la splendeur de la diuinité luy est propre singulierement, et priuatiuement à tout autre.

Et cette communication de la gloire et de la splendeur de la diuinité faite en son temps à Iesvs, et establie en son comble et en sa perfection dans le ciel, est vne chose si grande en elle mesme, et establit vn estat si eminent et si éleué, que tout ce que Dieu a iamais produit hors de soy-mesme en l' ordre de la nature, de la grace, et de la gloire, non seulement n' est point égal, mais n' est pas mesme comparable à cette communication

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de gloire, de splendeur, et clarté, qui est faitte à Iesvs, en son ame, et en son corps, en suitte de la communication qu' il a reçeuë de la diuine essence et subsistence. Il est luy seul vn monde et vn grand monde : il est luy seul vn plus grand monde que tous ces trois mondes ensemble de nature, de grace, de gloire : il est vn monde de grandeurs, de gloire, de merueilles, qui contient en eminence, regit en puissance, viuifie en influence, et surpasse en excellence, tous ces trois mondes créez, et tous ceux qui peuuent estre créez. Car l' ordre et l' estat de l' vnion substantielle et hypostatique est vn estre transcendant toute la possibilité de l' estre crée : et la grace, et la gloire qui est deuë à cét estat de

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l' vnion hypostatique, et qui la suit et l' accompaigne, est aussi vne grace et vne gloire excedante tous les estats de la grace et de la gloire. Car celuy qui est le soustien de cette humanité, et l' origine de ce sien estat glorieux, asçauoir le verbe eternel, est Dieu, et il est Dieu portant en la diuinité, la splendeur du pere eternel : laquelle gloire et splendeur luy appartient, non seulement en la diuinité de son essence, mais aussi en la propriété de sa personne. Le verbe donc faisant à sa nature humaine vne particuliere communication de soy-mesme, il luy fera vne speciale communication de sa clarté, de sa splendeur, de sa gloire, de sa puissance, et de sa souueraineté, et chacun la deura recognoistre. Disons donc aux prophanes par les vers

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empruntés d' vn prophane, terrarum Deus caelitu'mque ; Christus cui par est nihil, et nihil secundum.

Et disons aux Iuifs par la voix d' vn prophete et d' vn roy, et de leur roy et prophete : hic est Deus, Deus noster in aeternum, ipse reget nos in saecula. Celuy-ci est Dieu, nostre Dieu en toute eternité, il nous regira és siecles. Disons aux chrestiens par la voix du prince des apostres : hic est omnium dominus. Et disons leur encore par la voix de celuy qui merite en ses labeurs, et en l' efficace de son esprit, le surnom d' apostre par eminence : Deus, domini nostri Jesv-Christi, pater gloiriae, constituit illum ad dexteram suam in caelestibus supra omnem principatum et potestatem et virtutem et dominationem et omne nomen quod nominatur non solùm in hoc saeculo, sed etiam in

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futuro, et omnia subiecit sub pedibus eius, etc... Et donauit illi nomen quod est super omne nomen, ut in nomine Iesv omne genu flectatur caelestium, terrestrium et infernorum. Dieu, pere de nostre seigneur Iesvs-Christ, le pere de gloire, l' a estably à sa dextre és lieux celestes par dessus toute principauté et puissance, vertu et domination, et par dessus tout ce qui a nom, non seulement en ce siecle, mais aussi en celuy qui est à venir ; et a assuietti toute chose soubs les pieds d' iceluy et luy a donné vn nom qui est par dessus tout nom ; afin qu' au nom de Iesvs tout genouil se ploye, de ceux qui sont és cieux, en la terre et dessous la terre. C' est la fin où se terminent les grandeurs et les abbaissements de Iesvs : c' est son estat solide et permanent,

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et permanent en vne eternité. C' est sa vie, sa gloire, et son repos, et son repos inuariable. C' est l' object de nostre eternité, et la fin où se doiuent terminer nos vies, nos croix, et nos discours, passant nostre vie, en pensant à luy, en parlant de luy, en souffrant pour luy, pour viure en luy, comme il vit en son pere ; pour estre vnys à luy comme il est vny auec son pere ; et pour estre en societé auec luy, comme il est en societé auec les personnes diuines : afin d' accomplir ce souhait apostolique de son bien aimé disciple, societas nostra sit cum patre et filio eius Iesu Christo. Que nostre societé soit auec le pere et auec son fils Iesvs-Christ. Car il nous faut encores remarquer, que cette subsistence diuine que nous auons declaré en ce discours estre communiquée

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à l' humanité, est la subsistence du verbe eternel, laquelle a cela de propre, qu' elle est la forme hypostatique constituante la personne du verbe, et ainsi entant qu' elle est constitutiue d' vne personne procedante du pere, et produisante le s.. esprit, en cette qualité elle est vn lien tres propre pour lier et associer cette humanité à la tres-saincte trinité. Car cette subsistence a vn parfaict rapport aux personnes diuines : au verbe, comme à celuy dont elle est la propre subsistence : au pere, comme à son origine et principe : au sainct esprit, comme au terme produict par le principe, c' est à dire par la personne qu' elle constitue.

Cette subsistence donc estant communiquée à cette humanité, est vn lien tres propre, vn lien sacré,

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vn lien diuin, vn lien substantiel, vn lien personnel, par lequel elle entre en vn estat et grandeur incomparable, et en vne societé tres-grande et tres-parfaitte, et en vne communication tres-sublime, et tres-haute, auec les trois personnes diuines.

Et comme elle est communiquée, et n' est communiquée qu' à cette seule humanité ; aussi cette humanité entre, et entre seule en cette grandeur, en cette societé, et en cette communication ineffable : car comme cette subsistence n' est que pour elle, aussi cette societé en ce degré n' est que pour elle. Et pour representer en peu de mots ce qui a esté amplement discouru, et le reduire comme en vn tableau racourcy ; disons que le verbe eternel entrant en cette humanité, et luy donnant vne chose si grande

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et si intime comme sa subsistence, cette humanité entre en l' ordre vnique et singulier, et en l' estat supreme de l' vnion hypostatique, et est superieure à tout ce qui est crée, et peut estre crée. Et cette subsistence diuine estant vne mesme chose auec la diuine essence, deïfie admirablement cette nature humaine, et la rend diuinement humaine, et humainement diuine. Car elle est humaine en sa propre nature, et diuine en son existence, et en sa subsistence ; et tellement diuine, qu' elle n' a estre que dans l' estre incrée. Et cette mesme subsistence comme estant constitutiue de la personne du fils, et la propre subsistence que le pere eternel luy donne en l' engendrant, et comme estant necessaire à la production du s.. esprit, entant

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qu' elle establit vne personne qui le produit ; elle establit en cette humanité, qu' elle rend ainsi heureusement et glorieusement consubsistente auec la diuinité, vne appartenance, vne appropriation, et vne relation substantielle et diuine ; au regard du pere eternel qui est l' origine de cette subsistence, au regard du fils qu' elle constitue ; et au regard du s.. esprit, lequel est produit par la personne qu' elle accomplit. Et par ainsi elle rapporte diuinement, mais differemment cette humanité sacrée aux trois personnes diuines, comme estant vne nature qui est diuinement et glorieusement consubsistente auec leur diuinité en l' hypostase du verbe, et qui leur appartient par vne voye si haute et si sublime, et par vn moyen si sacré

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et si diuin. ô quelle éleuation de cette humanité dans la diuinité, puis qu' elle n' a estre que dedans l' estre increé ! ô quel droict et et puissance de Dieu sur cette humanité, laquelle ne subsiste qu' en sa diuinité ! ô quelle appropriation de la tres-saincte trinité à cette nature humaine ! Appropriation fondée non simplement aux perfections communes de son essence, mais en l' origine et en la proprieté distincte de ses personnes, c' est à dire au pere comme pere ; au fils comme fils ; et au sainct esprit, comme esprit procedant du pere et du fils. ô quelle appartenance et relation de cette humanité, et à cette essence et à ces personnes diuines, puisqu' elle est l' vnique essence creée qui leur appartient en vne si particuliere façon,

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et qui en son estre, et en son estat singulier et éleué, va regardant, imitant, et adorant la diuine essence, en son estre, en son estat et en son vnité subsistente aux trois personnes increées ! Celle-cy est diuine et celle-la est deïfiée, celle-cy est increée et celle-la pour son existence, a l' existence increée : celle-cy est vne en la diuinité des personnes, et celle-cy est vnique en la deification excellente qu' elle possede. Et comme la diuine essence est communiquée diuinement et ineffablement en la trinité ; aussi en l' incarnation la subsistence diuine est communiquée à cette humanité ; laquelle entre par ce moyen en tres-grande alliance, et en societé tres-estroite auec les trois personnes diuines : auec le pere, comme ayant pour son estre personnel l' estre

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engendré par le pere, et comme establie par ce moyen dans la filiation eternelle : auec le fils, comme estant son épouse, et l' vnique épouse du fils vnique de Dieu ; epouse non par grace accidentelle, mais par grace substantielle ; epouse non au regard du corps seulement, et de la moindre partie de soy-mesme, mais épouse au regard du corps et de l' esprit, et de toute sa substance, totalement, également et diuinement conjointe et vnie au verbe ; et vnie, non en vnité superficielle, mais en vnité puissante et penetratiue jusques dans l' intime de tout l' estre humain ; non en vnité temporelle et passagere, mais en vnité permanente et eternelle ; tousiours vnique, tousiours epouse, et tousiours vnie actuellement, et personnellement

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au verbe eternel : auec le s..

esprit, comme estant par ces grandeurs et mysteres conjoincte d' extraction et d' origine en vne certaine maniere auec cette troisiesme personne de la trinité. Car cette humanité reçoit en elle l' estre diuin et personnel de celuy-la mesme qui donne au sainct esprit son estre et sa subsistence.

En ces pensées hautes et sublimes il nous faut remarquer, que comme dans l' estre de Dieu nous y considerons et adorons deux choses, dont l' vne est absoluë, et l' autre relatiue ; l' vne est singuliere, et l' autre plurielle ; l' vne est communicable, et l' autre incommunicable ; l' vne est l' essence, et l' autre est la subsistence ; aussi dans les mysteres de nostre foy nous y adorons deux societez parfaictes, diuines

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et adorables, l' vne est fondée en la communication de la diuine essence aux personnes diuines, et l' autre en la communication de la diuine subsistence à la nature humaine, qui associe le verbe eternel auec nostre humanité, et nostre humanité auec les trois personnes diuines. Et en chacune de ces deux communications distinctes, nous adorons vne plenitude ineffable : en l' vne, la plenitude de la diuinité en la sacrée trinité ; et en l' autre, la plenitude de la diuinité en Iesvs-Christ, nostre souuerain seigneur ; auquel selon l' apostre, habite toute la plenitude de la diuinité corporellement, ainsi que nous dirons aux discours suiuants.

Deux mysteres, deux communications, deux plenitudes, et deux societez que nous auons à contempler,

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seruir, aimer, et adorer, selon les documens de la religion chrestienne, et qui sont solidement et diuinement fondées et establies en ces deux poincts que la foy distingue et adore en Dieu ; asçauoir l' essence, qui fonde la communication, la plenitude et la societé premiere, supréme et adorable de la tres-saincte trinité ; qui est la fin, la cause et l' exemplaire de toutes les societez, diuines, humaines, et angeliques : et la subsistence, qui fonde la societé seconde, diuine et adorable du verbe auec l' humanité, et de l' humanité auec les trois personnes diuines. En ces deux societez sont diuinement fondées et establies toutes les societez du ciel et de la terre ; de Dieu, des anges et des hommes ; du temps

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et de l' eternité. Car elles sont toutes establies et pour figurer comme des ombres et images, et pour adorer comme seruantes et tributaires, ces deux societez suprémes et parfaites. Et toutes les societez malignes et illegitimes seront ruinées par la puissance de ces deux societez ; et toutes celles qui seront legitimement establies en l' ordre de la grace, de la nature et de la gloire doiuent tribut, et hommage de seruitude et de loüange ; et sont en estat de relation, d' assuiettissement et de dépendance à ces deux societez diuines de la tres-saincte trinité, et de l' incarnation du verbe.

Ie l' a vous rends, ô verbe eternel, et vous adore comme verbe procedant du pere et produisant le s..

esprit. Ie vous adore comme estably

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en cette societé premiere et supréme par vostre emanation diuine et production ineffable, en laquelle vous estes le fils du pere, et le principe du sainct esprit. Ie vous adore comme fondant et establissant en vostre personne la societé seconde et diuine des deux natures, l' vne diuine, l' autre humaine ; l' vne eternelle, l' autre temporelle ; l' vne creée, l' autre increée.

En l' honnevr de ces deux societez suprémes, diuines et adorables, qui vous regardent et concernent, ô verbe eternel ! ô homme Dieu ! ô nostre Emmanuel ! Ie vous offre cette societé petite et nouuelle establie en nos iours, qui prend à honneur de porter dés sa naissance la marque et les liurées de son seigneur, et d' auoir quelque sorte de conformité auec son chef, en

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supportant des contradictions en ses commencements. Ie ne demande pas que ces vents cessent ; mais qu' en l' agitant ils l' affermissent en celuy qui doit estre son soustien et son appuy.

Ie ne demande pas que ces orages finissent ; mais qu' elle en tire vn fruict permanent, et que dans ces tempestes, dominus dirigat corda nostra in charitate Dei et patienti a Christi, le seigneur dirige nos coeurs en la charité de Dieu, et patience de Iesvs-Christ. C' est le souhait et la parole d' vn grand apostre agité lors semblablement d' esprits importuns et inquietes, comme il les nomme luy mesme, ab importunis et malis hominibus, au milieu desquels il a son recours et son addresse à celuy qui est le seigneur absolument, et qui commande

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aux tempestes et aux vents, et aux esprits de vents et de tempestes : et desire par ces paroles, et nous apprend par son exemple, à desirer en semblables rencontres, que le seigneur en ces occasions dirige nos coeurs et nos affections, in charitate Dei et patientia Christi. Où cét esprit apostolique selon la plenitude et la profondité de sa sapience, nous marque en deux paroles les deux poincts et les deux poles du firmament de l' ame dedans ces mouuemens ; charitas Dei, et patientia Christi. Nous donc qui en la nauigation de cette vie tendons au port du ciel et du salut, et qui deuons passer auparauant par la zone torride des afflictions ; regardons l' vn et l' autre pole ; ne perdons point de veuë ces deux belles tramontanes ;

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et au milieu des flots qui nous enuironnent, contemplons et honorons l' amovr de Dieu donnant son fils av monde et à la croix ; et la patience de Iesvs acceptant et portant sa croix pour le salut et l' exemple du monde.

Faittes-nous cette grace, ô Iesvs ! Et faittes, que cette societé naissante et vn peu patissante soit de plus en plus establie, fondée et enracinée en vous : qu' elle tire vie, influence et conduitte de vous : qu' elle n' aye mouuement, sentiment et puissance que pour vous : qu' elle vous rende vn hommage particulier et à vostre humanité sacrée : qu' elle vous serue en la terre : qu' elle porte la marque, l' impression, le caractere de vostre seruitude : qu' elle vous en rende les effects : qu' elle suiue vostre conduitte :

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qu' elle s' attache à vos interests : qu' elle accomplisse vos desirs : qu' elle soit esclaue de vostre grandeur et de vostre puissance, de vostre amour, de vostre esprit et de vostre croix : qu' elle soit vn des instrumens de vostre pouuoir : qu' elle honore vos mysteres : qu' elle annonce vos conseils, et soit vniquement et singulierement dependante de vostre sacré mystere de l' incarnation. Et comme en ce mystere est vostre estat, vostre vie, vostre difference dedans l' estre crée et incrée ; car vostre personne seule entre les personnes diuines, est vnie à vostre humanité ; et vostre humanité seule entre les choses creées, est vnie à vostre diuinité : ainsi ie vous requiers que nostre vie, nostre estat, nostre difference en la terre et au

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ciel, soit deriuée de vous et de vostre humanité sacrée : et qu' en cette pieté, deuotion, et seruitude speciale au mystere de vostre incarnation et de vostre diuinité humanizée, et humanité deïfiée, soit nostre vie et nostre estat, nostre esprit et nostre difference particuliere d' entre les autres societez sainctes et honorables qui sont en vostre eglise : lesquelles semblent auoir voulu sainctement partager la robbe que vous auez laissée montant en la croix, en partageant entre elles la varieté de vos vertus et perfections, par lesquelles elles vous seruent en la terre ; les vnes ayant choisi la penitence, les autres la solitude, d' autres l' obeïssance, pour marque, pour object et pour exercice principal de leur institution. Car les honorans toutes comme nous

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deuons, nous choisissons pour nostre marque et difference principale, cette particuliere pieté et deuotion vers vous, et vers vostre humanité sacrée ; vers vostre vie, vostre croix et vostre esprit ; vers vostre gloire, vos grandeurs et vos estats ; et generalement vers tous vos mysteres : ayans desir et dessein de renouueller nostre amour, nostre appartenance, nostre dépendance et nostre seruitude vers vous. C' est ce que le diable ennemy de Iesvs et de la seruitude qu' on doit et qu' on vouë à Iesvs, regarde, craind et persecute. C' est ce que des esprits, à mon aduis peu considerez, sans le vouloir, et sans l' entendre, blasment et calomnient.

C' est ce que nous deuons et voulons conseruer et augmenter en ces orages et tempestes. C' est la

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fin et le suject des discours presents, et c' est nostre resolution ferme et constante. Ainsi viuons et perseuerons, et ainsi Iesvs soit nostre vie, nostre subsistence, nostre amour, en tous les siecles des siecles.

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DISCOVRS NEVFIEME DE L' AMOUR ET COMMUNICATION DE

 

DIEU EN CE MYSTERE .

Vne des premieres et plus importantes paroles du verbe eternel en la terre, rapportée par son disciple bien aimé à l' entrée de son euangile, c' est vne parole secrette de l' amour de Dieu, et parole de

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l' amour de Dieu donnant son fils au monde : sic deus dilexit mundum vt filium suum vnigenitum daret, etc...

Dieu a tant aymé le monde, qu' il a donné son fils vnique : afin que quiconque croit en luy ne perisse, mais ayt vie eternelle.

C' est la premiere catechese et instruction du fils de Dieu à vn signalé docteur de la loy ; et c' est vne des secrettes paroles de son sacré cabinet. Car c' est vne parole domestique et familiere de Iesvs, c' est vne parole prononcée par luy ; non en la campaigne, mais chez soy et en sa maison : non à vn peuple, mais à vn grand docteur de la loy : et c' est vne parole prononcée seul à seul, en son secret et en son particulier, et proferée en vne secrette conuersation qu' il eust auec vn prince de la synagogue :

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et aussi elle nous est rapportée par vn qui est secretaire de son estat et de son cabinet tout ensemble, le fauory et bien-aymé disciple et apostre sainct Iean.

Escoutons, reuerons et penetrons cette sacrée parole. Car celuy qui parle est Dieu, et celuy dont il parle est Dieu : et ce dont il parle c' est de l' amour de Dieu, lequel en Dieu est Dieu mesme. Et il parle d' vn amour de Dieu si haut, si excellent et si diuin en son effect, qu' il est donnant et communiquant vn Dieu au monde. Car, ô grandeur ! ô merueille ! Comme il y a en Dieu vn amour produisant vne personne diuine, asçauoir l' amour reciproque du pere et du fils, lequel se termine en la production du s..

esprit ; il y a aussi en Dieu vn amour imitant cette operation

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supréme, cette operation interne, cette operation productiue, lequel se termine pareillement en vne personne diuine, comme objet de cét amour, qui donne et communique cette personne à la nature humaine, pour la terminer et accomplir de sa propre subsistence. L' vn est amour naturel et necessaire ; l' autre est amour libre et volontaire : l' vn est amour operant en la diuinité ; et l' autre, amour operant hors la diuinité : l' vn est terminant les emanations de Dieu en Dieu mesme ; et l' autre est terminant les emanations de Dieu, hors de Dieu mesme : l' vn est consommant le mystere de la trinité, suiuant le terme de s..

Hilaire, et l' autre est consommant le sacré mystere de l' incarnation.

Deux amours differents

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en leurs termes et objets : mais si on considere leur origine ; ils ne sont qu' vn mesme estre et qu' vne mesme substance d' amour en la diuinité.

C' est de cét amour que parle Iesvs en ce texte sacré, et il en parle auec éleuation, étonnement et admiration. Ce qui est bien considerable en la qualité de celuy qui parle, et qui dit ces propos ; sic Deus dilexit mundum, etc... Nous deuons adorer et écouter volontiers Iesvs parlant ; car il est le verbe du pere.

Nous deuons adorer et suiure Iesvs s' éleuant en la sublimité de ses hautes pensées ; car elles sont dignes de ses grandeurs et de ses lumieres.

Et nous auons vn interest particulier en ce diuin suject que Iesvs contemple ; car en cette pensée et

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en ce propos Iesvs s' éleue en étonnement et en admiration sur l' amour de son pere enuers le monde, et sur le don signalé que le pere fait de son fils au monde par cét amour. Et ce Iesvs auquel reposent tous les thresors de la science et sapience diuine ; ce Iesvs qui est capable de Dieu, et est remply de Dieu selon sa capacité infinie ; ce Iesvs qui est par cette plenitude rendu incapable et d' ignorance et de peché ; ce Iesvs s' étonne, et admire l' amour du pere et le don du pere ; et par admiration profere ces grandes paroles, sic Deus dilexit mundum. Entrons à son exemple et à sa suitte en cét estonnement. Car si cét objet est digne d' éleuer Iesvs en admiration, que doit-il operer en nos esprits, d' autant plus propres à admirer selon le sens commun

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des philosophes, que nous auons moins de lumiere et de cognoissance ? Or cét objet a bien sçeu tirer du verbe eternel ces sacrées paroles, paroles d' étonnement et d' admiration, sic deus dilexit mundum : quatre paroles, toutes quatre dignes de grand poids, et qui fondent toutes quatre cét estonnement de Iesvs. Quoy ? Dieu, Dieu infiny et eternel, est-il capable d' aimer hors de soy-mesme ? Est-il capable d' aymer chose si basse comme ce bas monde ? Et est-il capable de l' aimer ainsi et en cét excez ? Et toutesfois la verité mesme prononce ces quatre paroles : ainsi Diev a aimé le monde.

Mais quoy ? Dieu pleinement, eternellement et diuinement occupé de soy-mesme dans soy-mesme, par cognoissance, par

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amour et par jouïssance de ses grandeurs et felicitez eternelles ; peut-il estre occupé de choses si petites, comme le monde qui n' est qu' vn point au regard du ciel, et vn neant au regard de Dieu ? Peut-il penser à vne si vile et inutile creature comme l' homme, duquel son prophete luy dit en sa lumiere, qu' est-ce de l' homme, seigneur, que vous daignez vous souuenir de luy ; et du fils de l' homme duquel vous daignez tenir compte ? Quoy ? Dieu suffisant à soy-mesme, et comblé de soy-mesme ; Dieu en la plenitude de son estre, qui le remplit, et remplit toutes choses : peut-il aimer quelque chose hors de soy ? Car l' amour semble supposer vne indigence et vacuité en celuy qui aime, comme non satisfait et non rempli encore de la jouïssance

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et possession de la chose aimée.

Et Dieu qui est pleinement satisfaict de soy-mesme, et remply de l' amour sainct, pur et diuin de son essence infiniment aymable, et qui est remply de cét amour de toute eternité ; a-t' il bien place encore pour loger vn amour estranger, et vn amour de chose si basse et si vile comme le monde, et l' homme, qui n' est pas vn objet pour vn si digne amour ? à la verité c' est vn poinct digne d' estonnement en la contemplation des choses morales, que Dieu puisse aimer quelque chose hors de soy-mesme ; Dieu si distant, si eminent et si éleué par dessus tout estre crée ; Dieu si remply et si occupé sainctement en l' amour de son estre ; et en vn amour comblant, terminant, et épuisant, ou pour mieux

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dire, remplissant en l' infinité de son acte et de son objet, toute la puissance, et actualité de Dieu à aimer.

Et toutesfois nous croyons, nous voyons, nous experimentons, que Dieu s' aimant soy-mesme, aime encor ce monde, et l' aime d' vn amour excessif. Et c' est le subjet qui touche sensiblement Iesvs en ce sainct cabinet. C' est le sujet qui l' éleue, le rauit et le suspend en estonnement et admiration. C' est le subjet qui tire de la bouche sacrée du verbe eternel, ces sacrees paroles, sic deus dilexit mundum, etc... Il est bien euident que Dieu en la grandeur de son estre doit auoir la cognoissance parfaitte, non seulement de soy-mesme, mais de toutes choses : car cette cognoissance est digne de luy, et par elle il n' est point abbaissé ; mais Dieu demeurant

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dans son throsne, les choses cogneuës y sont esleuées par la puissance de son intellect, qui leur donne vne sorte d' estre spirituel et diuin en l' idée en laquelle il les cognoit. Car c' est le propre de toute sorte de cognoissance, sensitiue, intellectuelle et diuine, de transformer et esleuer les choses cogneuës en la qualité et dignité de la puissance qui les cognoit.

Ainsi les choses materielles ont vn estre aucunement immateriel en l' espece qui les rend visibles et perceptibles des sens exterieurs et interieurs, selon l' eminence et la qualité de la faculté sensitiue qui les reçoit et les apperçoit : et elles ont vn estre intellectuel en l' esprit de l' ange et de l' homme qui les contemple. Et c' est vne des excellences qu' on remarque

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en l' entendement par dessus la volonté, que l' entendement transforme son objet en soy-mesme : et la volonté se transforme en son objet. Et c' est aussi vn des poincts qui rend la cognoissance differente de l' amour, que la cognoissance tire l' objet à soy, et n' abbaisse pas celuy qui cognoist dans les objets cogneus : mais éleue et proportionne les choses cogneuës, à la proportion et dignité de celuy qui les cognoit.

Et l' amour au contraire porte l' ame en l' objet qu' elle aime, et par vne douce puissance, abbaisse et encline l' amant en la chose aimée.

Cette difference generale entre l' amour et la cognoissance est fort considerable ; et d' autant plus que d' elle naist vne difference particuliere, mesme entre la cognoissance

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et l' amour de Dieu que nous pouuons acquerir en la terre.

Car puis que la cognoissance met l' objet en nous et ne nous met pas en l' objet ; et l' amour au contraire nous met en l' objet et nous transporte en luy, si puissamment, que selon ce dire sacré authorisé de l' vne et de l' autre philosophie, l' ame est plus où elle aime, que là où elle anime ; et a plus de vie, et de presence, plus d' occupation et de sentiment en l' vn qu' en l' autre ; il s' ensuit que par la cognoissance l' ame en la terre possede Dieu, non pas tel qu' il est en luy mesme, mais tel qu' il est en elle : et que par l' amour l' ame possede Dieu dés la terre, tel qu' il est en luy mesme, et non pas tel qu' il est en elle. Car l' amour nous transporte de nous en luy, et

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ce qui plus est, nous rend tels qu' il est luy mesme en nous deïfiant et transformant en Dieu. Heureuse condition de l' ame qui s' éleue en l' échole de l' amour de son dieu, si elle l' a sçauoit bien cognoistre et s' en seruir ! Et condition estrange, (s' ils nous est permis de le dire en passant) mesme entre les chrestiens et les plus eminens et sçauans des chrestiens ; qui ne pouuans cognoistre Dieu, tel qu' il est en soy-mesme ; et le pouuans aimer tel qu' il est en soy, trauaillent toutesfois beaucoup plus à le cognoistre qu' à l' aimer : d' où vient qu' il y a tant d' écholes et d' academies pour éleuer les ames, en cette cognoissance obscure, incertaine et imparfaite ; et il y en a si peu, et encores si peu frequentées, pour éleuer et perfectionner l' ame en l' amour

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et en la possession haute et eminante de son dieu par voye d' amour.

Et toutesfois nous ne pouuons pas en cette vie mortelle cognoistre Dieu autant que nous voulons : et nous pouuons l' aimer autant que nous voulons, nous éleuans de degré en degré, par sa grace, en son amour. Et du degré de cét amour en terre depend l' estat et le degré de la cognoissance que nous aurons eternellement de Dieu au ciel. Car nous cognoistrons Dieu autant que nous l' aurons aimé ; et non pas autant que nous l' aurons cogneu en la terre. Mais laissons à vn autre temps ce point fondamental en la theologie mystique : reseruons ce secret à l' échole de l' amour de Dieu et à ses disciples. Rentrons au poinct precedent que nous

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auons remarqué, car il sert de base et fondement à ce discours et à nostre mystere. Et y adjoustons encores que comme de la difference generale qui est entre l' amour et la cognoissance, nous auons recueilly vne difference speciale entre l' amour et la cognoissance de Dieu : aussi de cette speciale difference nous recueillons qu' à bon droict et auec raison, en l' échole des chrestiens la beatitude de la terre est principalement attribuée à l' amour et charité ; et celle du ciel, est principalement attribuée à la cognoissance et vision de Dieu.

Car dés la terre, l' amour nous joint à Dieu tel qu' il est en luy-mesme, nous transportant hors de nous mesme en Dieu : et la cognoissance que nous auons de Dieu en la terre, nous vnit à Dieu,

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non tel qu' il est en soy, mais tel qu' il est en nous ; c' est à dire tel qu' il est en nostre esprit et en l' intelligence que nous formons de luy, lequel nous ne cognoissons qu' en enigme et ombrage, in aenigmate, ce dit celuy qui l' a cogneu dans le troisiéme ciel. Au lieu que la cognoissance de Dieu que nous auons au ciel, a ce priuilege et ce pouuoir par dessus la cognoissance et la lumiere de Dieu qui se donne en la terre, qu' elle nous vnit et conjoint à Dieu tel qu' il est en luy-mesme : dautant que dans le ciel son essence propre s' vnit à nostre esprit, et l' actuë bien plus noblement de sa lumiere, que le corps diaphane n' est actué du rayon qui le penetre : et l' éleue à cognoistre Dieu tel qu' il est en soy, nous establissant en vn estat de vie propre

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à Dieu mesme, puis que c' est la vie de Dieu, dont l' estre et la nature est intellectuelle, de se cognoistre et de se veoir soy-mesme, c' est à dire de veoir le premier, le plus noble et le plus digne objet de toute cognoissance.

Et comme l' ange et l' homme n' ont qu' vn ombre d' estre et de lumiere en comparaison de l' estre et de la lumiere de Dieu ; aussi ne sont-ils naturellement capables que de receuoir vn ombre et vne image de la cognoissance que Dieu a de soy-mesme. Et il ne les éleue pas plus haut durant le cours de leur voye et de leur vie meritante, se contentant de leur donner pouuoir par sa grace de l' aimer, et de l' aimer tel qu' il est en soy-mesme selon la nature et la condition de l' amour.

C' est pourquoy l' amour en la terre a la preeminence de la felicité.

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Et c' est pourquoy la cognoissance au ciel recouure cette preeminence qu' elle n' a point en la terre. Car comme dés la terre l' amour possede Dieu tel qu' il est en soy-mesme ; aussi au ciel la cognoissance de Dieu le nous fait voir et posseder tel qu' il est en soy, Dieu par amour s' imprimant et s' vnissant luy-mesme, et à nostre essence, et à nos puissances ; afin que nous le voyons tel qu' il est selon l' energie de cette parole et promesse apostolique, videbimus eum sicuti est. Car la felicité consiste à posseder Dieu, et à le posseder tel qu' il est en luy-mesme : ce qui s' accomplit, et par amour en terre, et par cognoissance au ciel.

Or comme icy la felicité de l' homme a sa racine et son origine en l' amour de l' homme enuers Dieu ;

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aussi cét amour a son origine en l' amour de Dieu vers l' homme, et en l' excez de cét amour de Dieu, donnant son fils et son amour au monde. Et c' est de cét amour que s' estonne le fils de Dieu en ce texte sacré, disant auec admiration, sic deus dilexit mundum. C' est vn poinct à la verité des plus dignes d' étonnement, que l' amour et vn si grand amour du monde soit en la diuinité.

C' est vn secret que la philosophie n' a point penetré, qui a bien parlé de la grandeur de Dieu, comme cause premiere ; mais peu ou point de son amour, vers les choses existantes hors de son estre et estrangeres à son essence. C' est vn poinct reserué à la lumiere de la foy ; laquelle comme plus éleuée nous reuele de Dieu ce que la nature

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ne nous en peut pas apprendre : et c' est vn poinct bien digne de nous estre enseigné par le verbe eternel, qui est luy-mesme le subjet de cét amour, puisque c' est luy qui est donné par cét amour au monde. Et nous voyons en ce propos comme il employe ses premieres paroles et instructions à parler de cét amour : et comme nonobstant l' infinité de sa lumiere et de sa sapience, il trouue subjet de s' estonner, et de témoigner cét estonnement en parlant et nous disant, ainsi Diev a aimé le monde. Car il semble que cela n' est pas conforme, ny à la grandeur de Dieu, ny à la bassesse du monde, ny à la qualité et condition de l' amour. L' amour par vne puissance aueugle et dereiglée preiudiciable à l' aimant et fauorable

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à la chose aimée, transporte, transmuë, et transforme celuy qui aime en l' estat, et en la qualité de ce qu' il aime. D' où vient que les choses grandes s' abbaissent et deteriorent en la condition des choses basses qu' elles affectionnent : et au contraire les choses petites s' éleuent, s' annoblissent et s' aggrandissent, si elles se portent à l' amour de choses plus grandes et releuées que leur condition. C' est le sens commun des philosophes, confirmé de l' experience journaliere de ceux qui aiment. Et c' est aussi la doctrine de la foy, laquelle comme elle nous reuele vn amour plus grand, plus haut et plus puissant que n' est pas celuy qui est borné dans les limites de la nature ; elle nous donne aussi vne plus claire cognoissance, et plus forte experience

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de cette verité, nous faisant voir dans nos mysteres la puissance admirable de cét amour, qui éleue l' homme et abbaisse Dieu ; et fait sentir au monde l' interest de l' homme à aimer Dieu, et l' interest de Dieu à aimer l' homme.

Car les hommes par cét amour s' éleuent et se font dieux, selon la parole de Dieu mesme, ego dixi dij estis ; et Dieu aimant l' homme, s' abbaisse et se fait homme : de sorte que par la puissance estrange et admirable de cét amour, nous auons vn Dieu-homme sur la terre, et des hommes dieux sur les cieux. Rentrans donc au point de nostre discours, disons que l' amour des choses estrangeres ne semble pas estre digne de Dieu, ne semble pas compatir auec la majesté, l' eminence

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et l' immutabilité de sa nature ; et que ny sa grandeur, ny sa bonté ne le doit pas permettre et souffrir.

Car il semble que Dieu ne peut estre sans vn abbaissement et sans vn interest manifeste dans l' amour des choses qui existent hors la grandeur de son estre : et qu' aiant en son essence vne bonté infinie qui comprend toute bonté, et qui égale son pouuoir à aimer, il ne peut pas estendre son amour hors de luy mesme. Et n' est-ce pas assez de bon-heur aux choses creées d' estre en la main, en la puissance, et en la conduitte de Dieu, afin qu' il en dispose pleinement selon sa volonté, comme estant le souuerain et le seigneur de toutes choses ? Mais d' estre l' object de l' amour d' vn dieu, cela passe leur condition, et semble interesser

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la puissance, la bonté, la grandeur de l' estre diuin ; et égaler ou approcher de trop pres la bassesse de la creature de la grandeur et hautesse du createur.

Et toutesfois, ô merueille ! ô abysme ! Le dieu que nous adorons est vn dieu d' amour ; et il a vn amour si grand pour le monde, que le fils vnique de Dieu mesmes qui cognoit pleinement l' estre, l' estat et la qualité de celuy qui aime, et de celuy qui est aimé, c' est à dire qui cognoist Dieu comme son pere ; qui cognoist le monde comme l' ouurage de ses mains ; s' étonne et profere ces paroles pleines d' étonnement, sic deus dilexit mundum. ô amour de Dieu vers le monde digne d' estre admiré et d' estre adoré du monde ! ô amour de Dieu vers le monde, digne de

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confondre et condamner le monde, qui est sans vigueur et sans amour vers cét amour ! ô amour grand et excessif, par lequel Dieu donne et abandonne son fils au monde, et son fils vnique, son fils égal à luy, son fils qui est vn autre luy-mesme ! Amour estrange, et auquel il semble que Dieu oublie sa grandeur, et mécognoit la vilité de sa creature ! Car il s' abbaisse vers la terre, il traicte de s' allier à la terre ; et par ce traicté deux partis si differens et dissemblables entrent en alliance, et en alliance perdurable à jamais, asçauoir Dieu et l' homme. Deux partis si distans l' vn de l' autre, et posez aux deux extremitez de l' échelle qui fut monstrée à Iacob comme la figure et le modele de cette conuention, et communication de Dieu

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auec l' homme. Car cette échelle mysterieuse touchoit de la terre au ciel : et Dieu y paroissoit au bout d' enhaut, et l'homme au bout d'enbas : et partant l' interualle de ces deux extremitez est l' interualle qui est entre le ciel et la terre. Cette distance est bien grande ; et par l' vsage des sens elle ne pouuoit pas nous estre figurée plus grande que du plus haut des cieux au plus bas de la terre : mais l' vsage de l' esprit et de la foy nous fait voir, que la distance de l' homme à Dieu, est encore plus grande et en plusieurs manieres, si nous considerons ces deux objets chacun en sa propre nature et condition. Car il y a distance de nature, et de nature infiniment distante l' vne de l' autre, l' vn estant createur et l' autre creature.

Il y a distance de qualité, l' vn

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estant sainct, et sainct par essence ; et l' autre pecheur, et pecheur par naissance. Il y a distance de volonté, Dieu abhorrant par soy-mesme le peché et l' iniquité, et l' homme estant volontairement pecheur et l' esclaue du peché. Mais Dieu passe tous ces obstacles et distances infinies par amour infiny. Il veut prendre alliance auec vne chose si basse, et entrer en affinité et consanguinité auec les hommes, et il veut qu' entre les hommes il y ait vn homme-Dieu. Quoy ! Dieu, Dieu tout-puissant et eternel veut se joindre au neant, et veut s' vnir à l' homme, et se faire chair comme l' homme ; car il parle ainsi luy-mesme par la bouche de son disciple bien-aymé : et encore il veut prendre la chair descendante des pecheurs, et couuerte de l' ombre

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du peché, et l' a porter chargée des peines, des souffrances et des marques du peché : car la chair de Iesvs est vrayement chair descenduë des pecheurs, et selon l' apostre elle est la ressemblance de la chair du peché, in similitudinem carnis peccati. Ne le faittes pas, ô grand dieu ! C' est assez et c' est trop de vous abbaisser dans le neant de la creature. Vnissez-vous au moins à la plus excellente qui est l' ange, et non à la plus miserable qui est l' homme, et qui ne porte plus cette premiere image et ressemblance de vostre diuinité, car elle a esté effacée par le peché.

Que si nonobstant vous voulez vous faire homme, preferant par vn secret adorable de vostre amour, la nature la plus basse à la plus haute, ne choisissez pas

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cette chair tirée de la masse du peché, deriuée d' vn Adam miserable et pecheur, et ne venez pas en la terre contaminée du peché. Faittes vn homme à part non deriué des hommes, et faittes vn monde et vn paradis nouueau pour ce nouuel Adam ; puisque vous auez daigné faire vn paradis et vn monde pour le vieil Adam et pour ses descendans, qui ont si peu honoré, si peu aimé, et si peu conserué vostre grace, vostre amour, et vostre paradis. Operez, ô grand dieu ! Conformement à vostre grandeur et à vostre sapience ; et referez à vous ce grand oeuure, et à vous seul : et comme dans vous mesme, vous n' auez point de vray rapport que vers vous mesme, c' est à dire comme en vostre essence il n' y a point de relation

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reelle qu' entre les personnes diuines ; et n' y a aucune nature ny personne creée vers laquelle vous ayez vn rapport reel ; faittes aussi que ce supreme de vos oeuures vous ressemble : et faittes que cét oeuure qui vous enclot et contient, et dont vous estes le centre et la circonference, n' ayt point de rapport que vers vous, n' ayt point de rapport vers les hommes et les pecheurs qui ont voulu se separer de vous. Ils ne se referent point à vous, que c' est oeuure donc ne leur soit point referé. Ne faittes point chose si grande pour chose si vile, si miserable et si éloignée de vous.

Et ainsi ne faisant ce grand oeuure que pour vous, faittes aussi vn monde, vn paradis et vn ciel nouueau pour ce nouuel Adam, puis que vous en auez fait vn pour cét Adam

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qui a si tost delaissé vostre amour et vostre obeïssance. La raison, la grandeur et la dignité de cét oeuure le veut ainsi. Mais il arriue tout autrement. Car ô bonté ! ô amour ! ô excez ! Ce nouuel homme est fait pour le vieil homme : et Dieu mesme, l' oseroit-on penser ? N' a part en cét oeuure qu' à raison et en suitte de la part que les pecheurs y ont. Et en vn sens tres-veritable, cét oeuure ne s' accomplit qu' à raison du peché et à l' égard des hommes, selon cét oracle du symbole, qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de coelis, et incarnatus est de spiritu sancto, ex Maria virgine ; et homo factvs est, etc... Qui est descendu des cieux pour nous autres hommes et pour nostre salut, et a pris chair

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humaine par l' operation du sainct esprit, de la vierge Marie, et a esté faict homme.

Le fils de Dieu donc, selon cét enseignement de la foy, descend du ciel et se faict homme pour le salut des hommes ; c' est à dire il prend la natvre humaine pour les hommes, et ne prend pas seulement en cette nature vne qvalité passible pour les hommes ; et ce n' est pas vne simple circonstance, mais c' est le fond et la substance mesme du mystere de l' incarnation qui est employée pour les hommes ; ce n' est pas vne simple condition de cette humanité passible et souffrante, mais c' est l' humanité mesme en sa nature et en ses circonstances, laquelle le fils de Dieu prend pour le salut des hommes, si nous suiuons

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ces paroles de vie et de verité, qui portent en termes exprez et distincts, comme et il descend du ciel, et il monte en la croix pour nous, distinguants ces deux mouuements differens, sa descente du ciel et son éleuement en la croix, et les attribuants tous deux à vne mesme cause, c' est à dire au peché des hommes. Et partant ce grand oeuure de l' incarnation est faict pour les hommes, et s' il n' y auoit des pecheurs en la terre, il n' y auroit point vn homme-Dieu sur les cieux, et sur la terre. C' est pourquoy Dieu qui se fait homme pour les hommes, se fait aussi fils de l' homme, et descendant des hommes.

Et nous voyons en sainct Luc, comme Adam pecheur et source du peché en sa nature, entre dans la genealogie du fils de Dieu.

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Mais au moins, ô grand dieu ! Puisque vous voulez, et vous daignez prendre chair humaine, et chair deriuée d' Adam, honorez cette chair, rehaussez cette humanité en son estat, en sa condition, et en ses qualitez, dés cette vie, qv' elle ne soit point passible, qu' elle ne soit point souffrante, qu' elle ne soit point suiette aux iniures du temps, qu' elle ne soit point exposée aux bassesses de la naissance, aux infirmitez de l' enfance, aux miseres de la vie, à l' horreur de la mort, et que le premier instant et vsage de sa vie naturelle soit vne vie parfaitte, en l' vsage de toutes ses puissances et grandeurs. Car vous estes l' autheur de cette vie, et l' ouurier de cét oeuure ; et ce qui sort immediatement de vos mains, est tousiours parfaict en toutes ses

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conditions, comme nous voyons en la creation du monde, et en la production d' Adam. Que Iesvs donc sorte de vos mains et de vostre puissance, non comme enfant logé en sa naissance dans vne étable et dans vne creiche ; mais comme vn Adam formé en vn Edem, et logé en vn paradis, commencant le premier pas de sa vie par la perfection de son estre, par le parfaict vsage de sa vie, et par la puissance, possession et domination qui luy est deuë, et qu' il a sur la terre ? Qu' il paroisse non point vn enfant, mais vn homme parfaict ? Non dans les langes et le berceau, mais en la grandeur et majesté de son estat, et en la splendeur et gloire de sa personne ? Car n' est-ce pas vne assez grande humiliation pour vn fils vnique de Dieu, d' estre abbaissé

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dans le neant de la nature humaine, sans estre encor abbaissé à la condition vile et abjecte de l' enfance et de la souffrance ? Qve Iesvs donc viue sur la terre sans ces bassesses et ces miseres ? Car il est roy de gloire, et la splendeur du pere.

Qu' il ne soit point subjet au temps et au moment ? Car il est le fils de l' eternel, et a fait auec luy et les momens et les temps. Qu' il ne soit point lassé et fatigué en ses voyages ? Car il est la voye et le chemin, et il est la force du pere. Qu' il ne soit point consommé des ardeurs du soleil ? Car le soleil est l' oeuure de ses mains, et il est luy-mesme vn soleil, il est le soleil du soleil ; et ce soleil icy emprunte de luy sa lumiere, et il le doit seruir et recognoistre durant sa vie par sa clarté, comme il le recognoistra

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en sa mort par ses tenebres, cessant de luire en l' eclypse, s' il faut ainsi parler, de son soleil et du nostre qui est le vray soleil de iustice, et le principe de toute lumiere et splendeur. Bref, que Iesvs soit viuant heureux et glorieux dés le premier moment de sa vie et non subjet à la souffrance et à la mort ? Car il est la vie et la vraye vie ; et vn moment de sa vie est plus precieux deuant Dieu, et l' honore dauantage, que ne fait pas vne eternité de la vie des hommes et des anges en la grace et en la gloire. Vn estat ainsi éleué, vn estat ainsi priuilegié, et deliuré des bassesses de la vie humaine, est bien deu aux grandeurs de Iesvs, et à la dignité de sa double naissance eternelle et temporelle. Car le plus grand de ses prophetes a dit

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de l' vne et de l' autre comme d' vne merueille inenarable, generationem eius, quis enarrabit ? Et toute la nature creée a ce mesme souhait, et conspire en sa maniere, en ce mesme vouloir : et si elle pouuoit parler, sa voix et sa clameur donneroit jusqu' au ciel, demandant au pere eternel pour son liberateur, la deliurance et exemption de cette condition abjecte : car elle gemit sans doute, et patit grandement en l' estat humble et patissant de son seigneur, puisque selon l' apostre, elle gemit et patit en l' estat seruile, abject et patissant de ses enfans : omnis creatura, dit-il, ingemiscit et parturit vsque adhuc, etc.. et expect atio creaturae reuelationem filiorum dei expectat. Toute creature gemit et est comme en douleur d' enfantement iusques à maintenant,

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et l' attente de toute creature attend la reuelation des enfans de Dieu ; c' est à dire, que l' estat heureux de la gloire qui leur est deuë et promise soit accompli et manifesté au monde. D' où nous pouuons recueillir deux attentes et deux gemissemens de l' vniuers, bien dignes d' vne consideration profonde et particuliere : l' attente de l' aduenement de son liberateur, que la terre et le ciel nomme et appelle à cette occasion, le desiré de toutes les nations : et l' attente de l' accomplissement entier de la deliurance qu' il doit faire de la seruitude que toute creature porte à raison du peché.

Le gemissement de l' vniuers, gemissant et patissant en l' estat humble et souffrant de son sauueur : durant lequel nous voyons le ciel

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et la terre s' alterer, et s' ébranler, et l' vniuers comme entrer en conuulsion et defaillance en l' eclipse de ce soleil de iustice defaillant sur la terre : et le gemissement encore que nous apprenons de ce texte formel de l' apostre, lequel dit que toute creature gemit apres l' entiere et parfaitte execution de la deliurance deuë aux éleus et enfans de Dieu, comme ayant à estre en suitte deliurée de la seruitude de corruption, par le comble de leur gloire, et a estre parfaictement renouuellée par leur parfait renouuellement. Voila l' estat, l' attente et le gemissement de la creature, et au regard de soy-mesme, c' est à dire de sa deliurance : et au regard de son liberateur, c' est à dire de Iesvs. Mais comme elle a beaucoup plus de rapport à son

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dieu et son liberateur, que non pas à soy-mesme : aussi l' attente et le gemissement qui le regarde, et qu' elle a vers luy, est bien plus grand et digne d' vn bien plus grand poids que celuy-là mesme qui l' a regarde. Laissant donc pour vne autre fois l' estenduë et l' application des autres poincts ; remarquons comme toute creature selon la proportion de son estre est vnie et conspirante en vn mesme souhait et sentiment pour la gloire de Iesvs, et pour le veoir exempt des bassesses de la vie en laquelle il entre. Mais si toute creature est ainsi fauorable à sa grandeur et à sa deliurance, le createur est en des pensées bien differentes : et le pere eternel a vn conseil sur son fils plus éloigné de ce souhait de l' vniuers, que le ciel

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n' est éloigné de la terre. Car il veut que son fils s' abbaisse jusques à nos miseres ; il veut qu' il porte nostre croix et nos pechez ; et il veut que nous voyons celuy qui est la vie et nostre vie, mort en vne croix et en vn sepulchre, et que dans sa mort nous recouurions la vie. Et à cét effect, voila que le verbe eternel sort du sein du pere, ouure le ciel et vient en terre, exiui à patre, et veni in mundum, comme il dit luy-mesme.

Sortie heureuse pour l' homme, et precieuse pour la terre ! Car la terre doit receuoir et contenir desormais le verbe eternel en vn estat, et en vne maniere d' estre, en laquelle il n' estoit point dans le ciel ; puisque c' est en la terre et non au ciel, qu' il accomplit son oeuure, qu' il se faict creature pour ses creatures, et qu' il s' vnit à la nature humaine

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pour patir pour les hommes en cette humanité. Contemplons l' estat, l' ordre et le progrés de cette oeuure ; et remettant à vne autre fois la consideration du fils de Dieu en sa croix, et en ses souffrances ; appliquons-nous à le voir et à l' adorer en ce diuin mystere de l' incarnation. Le subjet en est si digne, et nostre interest si grand, que nous deuons tenir le temps bien employé, et nostre esprit bien occupé à estendre vn peu plus amplement ce qui a esté dit comme en vn mot, et proposé comme en semence à l' entrée de ce discours.

Diev donc en la plenitude des temps qu' il a ordonnez en sa sapience eternelle, abbaissant les cieux selon la voix de son prophete, s' abbaisse en la terre, choisit vne prouince,

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vn Nazareth, et vne vierge, pour accomplir son mystere, et pour faire dans son sein virginal vn grand oeuure, et vn plus grand oeuure, que celuy qu' il opere dans les cieux mesmes. Car par la vertu de son amour et de son esprit il tire d' elle vne substance pure et saincte, à laquelle il se veut vnir en vne maniere ineffable et particuliere.

Et veut se communiquer à cette substance tirée et deriuée du corps immaculé de la tres-saincte vierge ; non par vn simple effect de grace et de puissance ; non par le seul estat et don de gloire ; non par vne chose procedante de luy, et inferieure à luy ; non encore par vne chose adjointe à luy comme il arriue en l' vnion qu' il a voulu auoir auec nous en suitte de ce mystere par l' eucharistie, en laquelle

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il se communique par vne substance qui est deïfiée en luy, mais differente de luy ; qui est adjointe à luy, mais non pas identifiée auec luy : mais en ce mystere de l' incarnation, Dieu se veut joindre à la nature de l' homme par soy-mesme immediatement, s' appliquant à cét estre creé par vne chose si intime et intrinseque à soy-mesme, qu' elle est identifiée auec son essence diuine, et qu' elle est constitutiue de sa propre personne.

Et par cette application puissante, et cette vnion saincte et diuine, le verbe entrant en cette humanité, ne l' a destruit pas, ne l' aneantit pas, ne l' a conuertit pas en son essence diuine : mais par la mesme pvissance et par le mesme amovr qui l' abbaisse et l' applique à cette humanité, il l' a conserue et

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maintient en sa nature creée, et en la condition vniuerselle, essentielle et necessaire à tout estre creé ; et il ne l' a conserue en sa nature et en son entité que pour l' a rendre capable de ses grandeurs et de sa diuinité. Car il l' a veut rendre toute sienne. Il l' a veut rendre capable de le receuoir, c' est à dire de receuoir la seconde personne de la trinité dans soy-mesme, pour sa propre personne. Il l' a veut éleuer à vn estat et dignité nouuelle, singuliere et inenarrable. Il l' a tire à soy, et l' a fait entrer dans son estre diuin et increé. Il l' a reçoit comme son vnique et sa bien-aimée dans le sein de sa diuinité. Il l' a reçoit dy-je comme son vnique, et tellement son vnique, qu' elle n' est qu' à luy, mesme en la diuinité : et en ce sens et en cette maniere

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si intime et si particuliere, elle n' est pas mesme appartenante au s.. esprit, ny au pere eternel, comme il est dit ailleurs. Car l' a receuant ainsi hautement dans son estre, il l' a reçoit et l' establit pour jamais dans sa grandeur, dans sa diuinité, dans sa propre personne, comme n' ayant subsistence qu' en sa subsistence.

Et par ainsi le mesme dieu qui a fait le monde, faict en vn instant vn nouueau monde, et vn monde incomparablement plus grand, plus beau, plus orné, plus diuin et plus durable, que celuy qu' il a faict en six jours, qui passera, ce dit l' autheur mesme du monde en l' escriture. Car Iesvs est vn monde, et si les philosophes appellent l' homme, vn petit monde, les chrestiens sont tres bien fondez d' appeller

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Iesvs vn grand monde. Il est vn monde qui renouuelle et perfectionne ce monde. Il est vn monde qui lie et contient les trois mondes ensemble, que les platoniciens constituoient en leur oeconomie vniuerselle des choses existentes en l' vniuers. Vous estes donc, ô Iesvs admirable ! Vous estes homme-Dieu, et en cét estat et qualité vous estes vn monde et vn tres-grand monde ! Vous estes vn monde, monde tout celeste et tout surnaturel, monde tout excellent et tout diuin ! Vous estes vn monde visible, et intelligible, et archetype ; et ces trois mondes sont recapitulez en vous, par la diuersité de vos natures, par la varieté de vos estats, de vos puissances, de vos graces, et par l' vnité supréme de vostre personne diuine et incrée

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et creante toutes choses ! Car vous estes vn monde visible en ce corps precieux et adorable au ciel et en la terre, et aux beautez qui l' accompagnent, lesquelles donnent lustre et splendeur mesme au soleil et au ciel empyrée, duquel il est écrit que l' aigneau est la lumiere, tant elle est éclatante. Vous estes vn monde intelligible en vostre ame deïfiée, qui tient en sa puissance, en sa circonference, en son eminence, et en sa capacité tous les esprits bien-heureux, les tirant, les rauissant, les remplissant de vos grandeurs et de vos perfections infinies ! Vous estes vn monde archetype en la diuinité, vnie personnellement à l' humanité ! Ces trois mondes meriteroient bien vn ample discours : mais il faut le remettre à vn autre temps et rentrer

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dans le poinct precedent. Et pour expliquer plus clairement, plus distinctement et plus familierement, vn mystere qui a tant de lumiere et d' obscurité tout ensemble, par l' excez et la grandeur de sa lumiere qui le rend vrayement inaccessible, mais qui porte la lumiere eternelle en la terre, et la splendeur du pere dedans nostre nature ; eleuons doucement nos pensées comme par certains degrez en la cognoissance et contemplation de l' vnion parfaitte qui est entre la nature diuine et humaine.

Car ces deux natures sont conjoinctes non par vne simple societé et vnion morale de dignité ou d' authorité ; mais par vne liaison physique et reelle, comme le concile d' Ephese le definit sur peine d' anatheme. Et y ayant deux

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sortes d' vnions reelles, l' vne substantielle, et l' autre accidentelle, ces deux natures sont conjoinctes, non seulement par vne sorte d' vnion reelle et physique qui soit purement accidentelle, mais par vne vnion reelle, substantielle et diuine. Ie veux dire que le verbe eternel ne se contente pas de s' vnir et appliquer à nostre chair et à nostre humanité, par vne simple vnion de grace, et de vertu de presence et d' assistance ; de residence et inhabitation ; comme les formes assistantes sont vnies à leur matiere, les intelligences à leur orbe, le pilote à son vaisseau, le corps à son vestement, l' hoste à son domicile : mais il s' applique à la nature humaine, par vne maniere bien differente et bien plus haute, et bien plus particuliere ; et il veut

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s' y vnir par vne sorte d' vnion reelle, substantielle, hypostatique, et constitutiue d' vn mesme suppost et d' vne mesme personne en ces deux natures si distinctes et si distantes.

C' est pourquoy i' ay dit au discours precedent, que cette maniere de presence et residence de Dieu en l' humanité, est vne imitation de celle que les personnes diuines ont l' vne en l' autre. Car elles sont l' vne en l' autre en telle maniere, qu' il y a vne substance commune qui est au pere, au fils, et au s..

esprit, et qui les vnit, ou plutost rend vn, en vnité d' essence : comme aussi il y a vne substance, s' il estoit loisible de parler ainsi, c' est à dire, il y a vne subsistence commune, qui estant en la nature diuine est aussi en la nature humaine, et vnit ces deux natures en vnité

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de personne. Et comme le pere est en son fils par la communication reelle de sa propre essence ; aussi le fils est en cette humanité par la communication qu' il luy fait de sa propre subsistence. Ce qui porte vne communication si haute et si grande, si particuliere et si diuine, que Dieu se fait homme, et l' homme deuient Dieu ; et deux choses si differentes, si distantes, si inégales se trouuent vnies et conjoinctes si intimement, si parfaictement, si diuinement, que l' homme est Dieu, et Dieu est homme, en rigueur de verité, en realité de substance, en vnité de subsistence, en proprieté de personne, en eternité de durée. Et y ayant dedans l' estre diuin deux sortes de realitez distinctes, l' vne absoluë, l' autre relatiue ; l' vne commune et

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communiquée, l' autre propre et incommunicable ; et toutes deux substantielles, increées, eternelles ; il semble que la nature humaine entre comme en partage auec Dieu eternel et tout-puissant.

Car de ces deux sortes d' estre, l' vn est communiqué aux personnes diuines, et l' autre est communiqué à la nature humaine : et comme par la premiere communication le verbe eternel est Dieu : aussi par la seconde, le mesme verbe eternel est homme, et l' homme est Dieu : et le verbe eternel est faict homme par le mesme principe qui est constitutif et distinctif de sa personne dans la diuinité : c' est à dire par sa propre subsistence appliquée et communiquée à la nature humaine. Et le lien qui vnit deux natures si distantes, est si intime

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à la diuinité, qu' il a identité et est vne mesme chose auec l' essence diuine ; et est rendu si propre à nostre humanité, qu' il entre et penetre ; qu' il actuë et viuifie ; qu' il sanctifie et deïfie toute la nature humaine, le corps, l' ame, et toutes les parties et puissances de ce petit monde, ou plustost de ce grand monde qui est Iesvs, et ce jusqu' au fond, au centre et en l' intime de son essence humaine ; et prend totalement et parfaictement en cette nature, la place de la subsistence humaine, éleuant cette nature dénuée de sa subsistence naturelle, jusqu' à l' estre et à la personne de Dieu, et l' a faisant entrer par ce droict en ses grandeurs diuines, et en sa dignité. Et cette liaison et vnité de la nature humaine auec la personne diuine, est si ferme

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et si constante, si solide et si permanente, qu' elle durera vne eternité ; n' y ayant rien qui puisse dissoudre cette liaison puissante, forte et parfaite, ny rompre cette vnité diuine et personnelle. Benist soyez-vous, ô grand dieu, dieu des dieux, roy de gloire, d' auoir voulu ainsi abbaisser vos grandeurs à la terre, et joindre de si pres vostre diuinité à nostre humanité ! Benist soyez-vous encore, Dieu eternel et incomprehensible en vostre bonté, en vostre sapience, et en vostre amour, de l' auoir faict pour vn jamais ! Car tandis que Dieu sera Dieu, Dieu sera homme. Et benist soyez-vous à iamais, d' auoir faict ce grand oeuure pour nous, et de vous estre faict homme pour l' homme ! Puis que vous daignez ainsi nous donner vne si grande part à

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vos grandeurs et au secret de vostre amour en vn si grand ouurage : prenons part auec vous : entrons dans vos desseins, dans vos interests, et dans vos sentiments : soyons vostres totalement, et totalement vostres pour jamais : et que nous vous appartenions en vne maniere approchante, imitante et adorante l' appartenance que vostre humanité a au regard de la majesté de Dieu : afin de verifier en nous cette parole de vostre apostre qui nous represente nostre estat, c' est à dire, nostre grandeur, et nostre deuoir tout ensemble, en ces trois paroles de grand poids et substance, qu' il nous dit de vostre part, et en l' efficace de vostre esprit, omnia vestra sunt, vos autem christi, christus autem dei : suiuant lesquelles nous deuons, nous voulons,

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nous aspirons à estre vostres parfaictement et eternellement en l' honneur et imitation de la parfaitte et admirable appartenance de vostre humanité à vostre diuinité pour jamais. Vous auez voulu, ô grand dieu, par amour enuers l' homme, que tous les ouurages de vos mains soient à l' homme ; et vous auez asseruy ce monde à nostre vsage et vtilité ; et c' est ce que nous dit l' apostre en ce peu de paroles, omnia vestra sunt. Mais par vn excez d' amour incomparable, vous qui estes par dessus toutes choses, ô Iesvs, vous voulez aussi estre à nous, et estre à nous en vostre personne, par vne sorte de possession qui n' appartient qu' à nous ; et oubliant vostre grandeur et nostre neant, vous voulez estre nostre en telle maniere qu' il

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n' y a rien qui soit si pleinement, si parfaictement et si absolument nostre, comme vous, ô mon seigneur Iesvs, qui daignez estre nostre plus que toutes choses, et pardessus toutes choses, ainsi que vous estes par dessus toutes choses en l' eminence de vostre estre et de vostre estat singulier : comme si vous vouliez égaler vostre appartenance au regard des hommes, auec l' infinité propre de vostre grandeur, et estre à eux infiniment comme vous estes infiny en vous mesme. Puis que vous estes ainsi à nous, soyons à vous, ô Iesvs mon seigneur, soyons à vous non seulement par le tiltre excellent de vos perfections et diuines et humaines, qui nous asseruissent pleinement à vostre grandeur : mais encore par ce nouueau et puissant

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droict d' amour qui vous porte à vouloir estre nostre, et nous oblige reciproquement à estre vostres.

Soyons donc à vous, puisque vous estes à nous : soyons à vous comme vous estes à nous : soyons du tout à vous comme vous estes tout à nous, et verifions cette parole que dit vostre apostre, vos autem christi, vous estes à Iesvs Christ à laquelle il adiouste, christus autem dei : Iesvs Christ est à Dieu.

ô grand Iesvs qui pourroit conceuoir l' estat de vostre appartenance à Dieu et à nous ? Ce sujet merite vn discours expres, que nous traicterons vne autre fois, si vous daignez m' en faire la grace.

Ie me contenteray de dire icy en trois mots, que vous estes au pere eternel, comme son fils, comme son fils vnique, comme celuy

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qui a sa vie et son essence. En l' honneur donc de ce que vous estes au pere eternel, soyons à vous, et soyons à vous comme à nostre pere : car nous auons naissance de vous par grace, comme vous auez naissance du pere par nature.

Vous estes tellement au pere, que vous luy dictes solemnellement au dernier de vos iours, et vous continuez à luy dire dans l' eternité, tua mea sunt, et omnia mea tua sunt. Ce qui est vostre est mien, et tout ce qui est mien est vostre. ô amour ! ô communication du fils enuers le pere ! En l' honorant et l' imitant, vsons enuers vous des mesmes paroles, et vous disons, tua mea sunt, ô domine Iesv ! Et mea omnia tua sunt. Helas ! Ie vous dois bien dire, tua mea sunt : ce qvi est vostre est mien.

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Car il n' est que trop veritable pour l' interest de vostre gloire et de vostre grandeur. Vostre esprit est à moy, et vous me le donnez au baptesme. Vostre corps est à moy, et vous me le donnez en l' eucharistie. Vostre gloire est à moy, et vous me l' a donnez en vostre paradis. Vostre grandeur est à moy, et sur la terre elle s' abbaisse en mes miseres. Vostre vie est à moy, et en la croix ie l' a reduis à la mort, par le pouuoir miserable de mes offenses. Que ie vous dise donc auec autant de verité, et auec autant d' hommage et fidelité enuers vous, que vous nous tesmoignez d' affection en vous donnant tout à nous, omnia mea tua sunt : tovt ce qvi est mien est vostre.

Ma vie, mon estre, mon amour est à vous : tout ce que ie suis par

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vostre misericorde en l' estre de la nature et de la grace est à vous.

Mon temps et mon eternité est à vous. Tout ce que i' espere et attends selon vos promesses en vostre gloire, est à vous. En fin mon dieu et mon seigneur, tout ce que ie suis est vostre : tout ce qui est à moy est à vous : et est incomparablement plus à vous qu' à moy : car il n' est à moy que par vous et pour vous. En l' honneur donc de tout ce que vous estes en vous mesme et enuers nous, et de tout ce qu' il vous a pleu faire et patir pour nous, ie m' offre et dedie tout à vous ; ie me rends et me liure à la puissance de vostre esprit, de vostre amour, de vostre croix : et en hommage de la donation admirable que vous daignez nous faire de vous mesme, ie me donne

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et abandonne tout à vous dés à present et en toute eternité.

 

DIXIESME DISCOVRS DES TROIS NAISSANCES DE IESVS .

Novs trouuons dans le liure de vie trois naissances admirables de Iesvs, qui est la vie de Dieu et des hommes.

Sa naissance au sein de son pere dans la vie eternelle : sa naissance au sein de la vierge dans la vie temporelle : sa naissance au sepulchre dans la vie immortelle.

Ces trois naissances sont accompaignées de merueilles dignes de Iesvs, et dignes de sa source et de son origine en ces trois vies differentes.

Car en sa naissance dans la

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vie diuine et increée, c' est vne double merueille, que Dieu engendre, et que Dieu soit engendré. En sa naissance dans la vie humaine et incarnée, c' est vne double merueille qu' vne vierge enfante, et qu' vn dieu soit incarné. En sa naissance, ou plustost renaissance qui le met en la vie celeste et glorieuse, c' est merueille qu' vn sepulchre soit source de vie, et vn lieu de mort source de vie immortelle.

Mais c' est ainsi que Dieu qui est admirable en soy-mesme, en ses oeuures et en ses saincts, est encores admirable en son fils vnique, qui est vn autre luy-mesme ; en l' oeuure de ses oeuures, qui est l' incarnation ; et au sainct des saincts, qui est Iesvs Christ nostre seigneur, predict et nommé en cette qualité par l' vn de ses prophetes.

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Ces trois naissances de Iesvs par lesquelles il est viuant de ces trois sortes de vie sainctes, differentes et adorables, sont exprimées en la parole de vie, et en la parole expresse du pere eternel, disant à soy-mesme et à son fils, ego hodie genui te. Car ce sont les paroles que s.. Paul aux Hebreux i.. applique à la generation eternelle, prouuant par la force et l' authorité de ce texte, que Iesvs-Christ appartient à Dieu le pere par vne autre sorte d' appartenance et d' emanation de luy, que non pas les anges : parce qu' il l' a engendré, selon cette parole expresse, ego hodie genui te : ce qui n' appartient qu' au fils de Dieu, et non à la nature des anges.

Or cette preuue seroit sans preuue et sans apparence, si ce texte allegué et produict par ce grand

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apostre, ne s' entendoit vrayement et litteralement de la generation eternelle, qui nous est diuinement representée en ces termes, où le present est ioinct auec le passé, hodie genui te, par vn admirable artifice ; pour exprimer celuy qui est tousiours né, et tousiours naissant, et qui a vne sorte de procession qui est sans fin et sans commencement ; et qui par vn secret impenetrable est tellement accomplie selon le terme du passé, qu' elle s' accomplit tousiours selon le terme du present. Le mesme sainct Paul conduict du mesme esprit de Dieu, et parlant aux mesmes Hebrieux aux actes 13.. allegue ce mesme texte, et l' applique à la resurrection du fils de Dieu, qui est vne sorte de naissance nouuelle de Iesvs dans l' immortalité. Car la resurrection

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est communément appellée en l' eglise, renaissance et regeneration : et le fils de Dieu mesme qui en est autheur, et qui estant la parole eternelle du pere, a grace et proprieté singuliere en ses paroles, l' a nomme ainsi par sa propre bouche, parlant du iour du iugement, auquel s' accomplira la resurrection vniuerselle. In regeneratione cùm sederit filius hominis in sede majestatis suae. En troisiéme lieu le mesme sainct esprit qui a dicté cette parole au prophete Dauid, et qui l' a expliquée par son organe, c' est à dire par l' vn de ses plus grands apostres s.. Paul, de la generation eternelle, et de la resurrection de Iesvs ; l' explique et l' applique par la voix de l' eglise dans ses offices du iour de noël, à la naissance temporelle de Iesvs

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au monde : Dieu fecond et fertile en ses oeuures et en ses paroles ayant voulu que cette mesme parole memorable fust appliquée par vn mesme esprit à ces trois sens differents, et à ces trois estats et mysteres du verbe eternel. Au mystere de sa naissance de son pere, au mystere de sa naissance de sa mere, et à sa naissance hors du sepulchre, dont il sort renaissant comme vn phenix en vne nouuelle vie.

Ces trois naissances sont vrayement admirables, et la premiere n' a ny temps ny journée : car elle ne commence ny ne finit jamais, mais d' elle sont yssus les iours, les temps et les siecles, qui se commencent et se finissent, et nostre eternité mesme en la grace et en la gloire en tire son origine. Car c' est par son fils que le pere a fait les siecles, ce dit l' apostre

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aux hebrieux, per quem fecit et saecula. C' est par son fils que le pere nous met en sa grace et en sa gloire, comme dit toute l' escriture.

Et nous le deuons adorer comme vn orient par sa naissance premiere et diuine, auquel tout orient doit tribut et hommage.

Nous deuons, dy-je, l' adorer comme orient : mais comme vn orient eternel, et comme vn orient qui est tousiours en son midy par la plenitude de sa lumiere ; et toujours en son orient par la condition et perfection de sa naissance, laquelle continuë tousiours, et ne finit jamais, comme elle ne commence jamais ; et en laquelle il est tellement né, qu' il est tousiours naissant en l' eternité. ô merueille ! ô prodige de cette naissance, par laquelle Iesvs est vn orient ! Par

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laquelle Iesvs est vn orient eternel ! Et par laquelle Iesvs est eternellement orient : orient auquel doit hommage nostre orient et nostre naissance, en la nature, et en la grace, et nostre eternité en sa gloire ! à raison dequoy anciennement les catechumenes faisoient leur entrée en l' eglise au iour de leur baptesme, par vne ceremonie solemnelle et remarquable, se tournans vers l' orient pour remarque de leur hommage et adherence à l' orient eternel, qui est Iesvs-Christ nostre seigneur. Aussi est-il tout euident, que nous sommes tous regenerez au baptesme au nom et en memoire de cette diuine naissance et filiation, estans baptisez au nom du pere, comme pere ; et au nom du fils, comme fils : et en ce nom puissant

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et precieux nous auons nostre entrée en l' eglise et en la grace. Tellement que nostre propre condition du christianisme, et nostre estat en la foy, nous marque cette verité, et nous oblige de conseruer l' honneur et la memoire qui est deuë à cette naissance diuine et eternelle de Iesvs, source de nostre renaissance en l' eglise. Que s' il n' y a point de iour en l' année assigné par l' eglise, pour en celebrer la feste et la memoire : c' est sa grandeur qui en est la cause : c' est parce qu' elle n' a point de iour en la terre : c' est parce que sa feste et son iour est le iour de l' eternité, auquel elle est incessamment adorée dans le sejour et dans l' estat de la gloire.

Mais cette heureuse et diuine naissance qui n' a point de temps,

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et est auant les temps, a vn lieu et vn repos bien digne d' elle, et vn lieu eternel, asçauoir le sein du pere, auquel le fils de Dieu habite.

Car son disciple bien-aymé, l' aigle de ses euangelistes, qui a penetré le plus hault et veu le plus clair en son estat et en ses mysteres, qui s' est reposé familierement en son sein, et qui nous a parlé hautement de ses grandeurs et de sa naissance eternelle, nous enseigne en deux endroits de son premier chapitre, cette sacrée demeure du verbe eternel. En l' vn il dit, verbum erat apud deum, et en l' autre, vnigenitus qui est in sinu patris. Le verbe donc demeure au sein du pere, comme au lieu de sa naissance, auquel il est conceu et formé par le pere eternel qui l' engendre en soy-mesme, et non en vn sein

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estranger, par vne action toute pure, toute saincte, toute diuine, et toute immanente, faisant office de pere et de mere tout ensemble au regard de son fils et son verbe eternel. D' où vient que l' escriture par vn secret admirable, et par vne profondité mysterieuse, en vn mesme verset attribuë au pere coniointement les deux conditions du pere et de la mere en la generation de leurs enfans : et Dieu dit de soy-mesme à son fils en ce pseaume 109.. ex vtero (ou selon la proprieté de la diction hebraïque) ex vuluâ ante luciferum genui te.

Car c' est le propre du pere d' engendrer, et c' est le propre de la mere de conceuoir, et porter en son ventre l' enfant qu' elle a conceu du pere : et l' vn et l' autre conuient au pere eternel qui engendre,

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et engendre en soy-mesme, et qui porte en son sein son fils vnique, et l' y porte et l' y engendre eternellement : car ce sein (si nous voulons parler selon le langage de Tertullien) est sa matrice et sa demeure eternelle.

Et conformement à ce tesmoignage de la saincte escriture, les plus grands et anciens d' entre les philosophes ont eu quelque lueur de cette verité, et l' vn d' entr' eux a dit ces paroles : intelligentia illa deus, cum maris et foeminae vim haberet genuit verbum. Et le diuin Orphée pour exprimer le mesme, selon qu' il est allegué par Clement Alexandrin, parlant de Dieu, dit ces propos, expers matri-pater, faisant vn nouueau mot composé de ces deux paroles, pater et mater, pour attribuer à Dieu en vne vnique parole ces deux offices et fonctions, qui

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sont partagées entre le pere et la mere dans les generations humaines et naturelles, et sont reünies en Dieu qui engendre comme pere, et qui conçoit et porte en soy-mesme son fils vnique comme mere. Et par ce moyen le fils de Dieu qui a en la plenitude des temps vne mere sans pere, a dans l' eternité vn pere sans mere, mais vn pere qui fait les fonctions de pere et de mere, l' engendrant en soy-mesme, et le portant en son sein.

Tellement que le sein du pere est sa matrice, est sa demeure, et est sa demeure eternelle. Et c' est vn des secrets et vne des grandeurs et merueilles de la generation diuine : que le pere soit au regard de son fils pere et mere tout ensemble : que le sein du pere soit la matrice du pere, en laquelle repose, et repose

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pour vn iamais son fils vnique : et que le fils soit au sein du pere, et y habite vniquement et eternellement : et qu' à ces fins le plus grand des prophetes et psalmistes, et le plus grand des disciples et euangelistes s' accordent en diuerses manieres de parler : sinum patris appellat euangelista, quem psalmista vterum appellauerat. Comme remarque subtilement le plus grand des docteurs de l' eglise. Ie dis non seulement que le sein du pere est sa demeure, mais aussi qu' il est sa demeure eternelle. Car il est à propos de remarquer que le fils de Dieu n' est pas comme les enfans des hommes, qui naissent imparfaicts, et ne sont que pour vn certain temps dans les flancs de leur mere, hors de laquelle ils sortent pour venir au monde, et y acquerir

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la perfection de leur estre et de leur naissance, et estre viuans par eux mesmes hors de la personne et substance de leur mere. Cette naissance est commune et naturelle.

Mais il y a mesme sur la terre, bien que non de la terre, vne autre sorte de naissance plus releuée ; naissance non commune, mais particuliere ; non corporelle, mais spirituelle ; naissance non par nature, mais par grace ; naissance non des enfans des hommes, mais des enfans de Dieu ; naissance qui tire son origine, et a vn parfaict rapport à cette naissance du pere eternel, comme à son prototype. Or en cette naissance l' eglise est la mere des fidelles, qui engendre ses enfans en l' honneur et en la puissance de la paternité du pere eternel, a quo omnis paternitas in coelo

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et in terra nominatur. Et l' eglise comme mere par la grace, non par la nature, a cét aduantage par dessus les meres temporelles, qu' elle engendre et conserue tousiours en son sein ses enfans, sans les pousser dehors, lesquels aussi comme toujours viuants et tousiours enclos dans le sein de l' eglise, viuent en la foy, comme parle l' escriture ; et viuent non de leur propre sens, mais du sens de l' eglise, comme les enfans enclos dans le sein de leur mere viuent de la substance de leur mere.

Et si quelques-vns, comme les heretiques, sortent hors du sein de l' eglise pour viure de leur sens, et non pas du sens et de la substance de l' eglise ; ce ne sont plus enfans, mais ce sont comme monstres en la generation spirituelle, qui déchirent le ventre de leur mere comme

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viperes pour en sortir dehors, et qui violent l' integrité de l' eglise.

Ce poinct est bien digne d' estre consideré, et ce rapport est vrayement admirable, qu' a la naissance spirituelle à la naissance diuine de celuy qui est le premier engendré du pere, et par lequel nous sommes tous engendrez en son eglise. Car suiuant ce progrez remarquable des trois naissances, temporelle, spirituelle et diuine ; les enfans de la grace et de l' eglise en qualité d' enfans de Dieu, ont vne condition plus parfaicte que celle des enfans des hommes, et plus approchante de la dignité du fils vnique de Dieu, qui est leur modelle et leur prototype ; et comme en cette qualité ils demeurent toujours dans le sein de l' eglise, qui est leur mere, et tousiours viuent

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de sa propre substance : aussi le verbe eternel demeure tousiours au sein de son pere, et est tousiours viuant de la mesme essence et propre substance de son pere, lequel conçoit en soy-mesme son fils vnique, l' engendre parfaict, et l' engendre en son sein comme en sa matrice, en laquelle il est toujours parfaict, il est tousiours heureux, et il est tousiours viuant de sa propre substance : car il est viuant et subsistant en l' vnité d' essence auec son pere. Ainsi donc le verbe eternel habite au sein de son pere, comme au lieu de sa naissance, et y habite eternellement, et mesme il y habite vniquement (ce qui est vne autre sorte d' excellence et grandeur de sa naissance eternelle) car il est fils vnique et eternel ; et ce terme de sein est propre et affecté à

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la generation, laquelle ne conuient qu' au fils, et comme fils, il est espuisant, ou pour mieux parler, remplissant et terminant toute la puissance du pere à engendrer. Tellement que le s.. esprit qui procede du pere comme luy, n' est pas engendré comme luy ; aussi est-il au coeur et en l' amour du pere, et non pas au sein du pere, à parler proprement selon les sainctes escritures, et les enseignemens sacrez de nostre religion.

Le lieu donc de ceste naissance premiere et eternelle de Iesvs, est le sein du pere. Mais il a vne naissance seconde et temporelle, qui a son lieu dans le sein de la vierge, et dans l' estable de Bethleem, et son temps en l' obscurité de la nuict, et dans les rigueurs de nostre hyuer, pour fondre la glace, et eschauffer

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la froidure de nos coeurs, et pour nous tirer hors de nos tenebres en sa lumiere. La premiere naissance a pour son iour, le iour de l' eternité : la seconde a pour son temps vne nuict, vne nuict de l' hyuer, et vne nuict de decembre. Et la troisiesme, qui est sa naissance en sa gloire, a pour son temps vne aurore, et vne aurore du printemps, et vne aurore de mars, mois heureusement assigné à la naissance et à la renaissance du monde. En la premiere il a receu vne vie qui n' a point commencé, et ne finira iamais. ô grandeur ! ô merueille de l' eternité ! En la seconde il commence vne vie pour la finir, d' immortel naissant mortel pour mourir.

ô excez ! ô merueille d' amour, de misericorde et de bonté ! En la troisiéme il commence vne vie,

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mais il l' a commence pour ne l' a iamais finir. ô grandeur ! ô merueille de vie, de puissance et de gloire ! Disons encor, en la premiere naissance il est né immortel et impassible. En la seconde il est né passible et mortel, né pour la mort, destiné à la mort comme hostie et victime de mort. En la troisiéme il naist et sort hors de la puissance de la mort pour ne mourir plus, et pour entrer en la vie immortelle et glorieuse. En la premiere il est né et naissant dans le sein glorieux de son pere, sans en iamais pouuoir sortir. En la seconde il naist et sort du sein et des entrailles benites de sa tres-saincte mere, et toutesfois demeure diuinement en elle au centre de son esprit. En la troisiéme il sort renaissant en la vie hors du sepulchre

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et du tombeau, pour n' y rentrer iamais, si ce n' est en nos coeurs, qui doiuent estre en la terre par les affections et exercices de pieté, les monuments de sa mort, et les sepulchres viuans et depositaires de son corps au sainct sacrement : de son corps, dy-je, exposé et representé comme mort mystiquement et sacramentalement en l' eucharistie.

En sa premiere naissance il est le premier né de Dieu, et l' escriture l' appelle le premier né de toute creature : car en luy toutes choses sont creées, in ipso condita sunt vniuersa. En la seconde naissance il est le premier né de la vierge, et par luy tous les enfans des hommes sont rachetez à Dieu.

Et en la troisiéme il est le premier né d' entre les morts, primogenitus mortuorum en sainct Iean. Primitiae

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dormientium en sainct Paul, et par luy tous seront resuscitez en gloire.

Trois naissances et trois primogenitures remarquables au fils de Dieu, auquel nous deuons tout ce que nous sommes, et tout ce que nous pouuons estre, en temps et en l' eternité. Car nous deuons nostre estre naturel à sa naissance premiere : nous deuons nostre nouuel estre en la grace à sa naissance seconde : et nous deuons nostre gloire et resurrection à sa naissance troisiéme.

En la premiere il est né de Dieu, Dieu de Dieu, lumiere de lumiere, fils eternel de son pere eternel.

En la seconde il est né homme, fils de l' homme ; mais homme-dieu, d' vne vierge mere de Dieu.

Et en la troisiéme il est né homme en la gloire de Dieu ; homme pere des hommes ; comme enfans de

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Dieu ; et homme assis à la dextre de son pere pour vne eternité. Que de merueilles, que de grandeurs en ses naissances ! Qui les pourroit contempler ? Qui les sçauroit representer ? En sa grace, en sa vertu, et en sa lumiere conduisons nostre esprit plus auant, penetrons ces secrets, et disons comme en sa naissance premiere nous adorons et admirons vn Dieu engendrant, et vn Dieu engendré sans diuersité en la nature, sans inégalité en la personne, sans dependance en l' origine, sans posteriorité en la durée. ô pere trois fois grand et heureux ! ô pere admirable et singulier en sa paternité ! ô pere incogneu par l' espace de quatre mil ans en cette paternité ! Tant elle est éleuée pardessus toute capacité : tant elle est pleine

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de merueille : comme estant vne merueille dans l' eternité, et vne merueille dans la merueille mesme, c' est à dire dans la diuinité, où tout est de soy-mesme esmerueillable.

C' est pourquoy le monde en ses tenebres, et auant la naissance de la vraye lumiere en l' vniuers, a esté si long-temps adorant la diuinité, sans adorer la paternité en la diuinité, qui toutesfois meritoit vn si grand hommage, comme estant vne merueille, origine de toutes les merueilles creées et increées. ô fils trois fois grand et heureux, également adorable et admirable en sa filiation, qui est la seconde merueille des merueilles eternelles que nous croyons et adorons en la diuinité ! Merueille, à laquelle seruent comme inferieures toutes les merueilles du ciel et de la terre ; toutes

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les merueilles de la nature, de la grace et de la gloire, comme rendant hommage en leur emanation, à la premiere emanation qui est en Dieu mesme. à laquelle encores en vne façon toute particuliere, rend honneur et hommage la merueille de l' oeuure, où la diuinité, la subsistence et la filiation diuine est communiquée à la nature humaine par le sacré mystere de l' incarnation, auquel celuy-la mesme qui est fils vnique de la vierge, est fils vnique de Dieu, coëternel et coëssentiel à son pere.

ô abysme ! ô excez ! ô merueille ! Car (pour donner encore plus de lumiere à cette grande pensée qui en comprend plusieurs) ce n' est pas merueille que nous ayons vn Dieu, et que ce Dieu que nous auons soit infiny en ses grandeurs

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et perfections. La nature mesme nous l' enseigne à haute voix ; et c' est plustost merueille qu' il y en ayt quelques-vns si insensibles et si stupides à cette voix de la nature, annonçant la gloire de son createur.

Mais c' est la merueille des merueilles qu' il y ayt vn Dieu engendrant, et vn Dieu engendré : et que dans l' estre diuin, parfaictement vn, parfaictement pur, et parfaictement simple, il y ayt paternité et filiation.

Ie dis que c' est la merueille des merueilles : car les autres choses émerueillables sont dans l' estre inferieur, subalterne et creé : mais celle-cy est vne merueille mesme dans l' estre diuin, supréme et increé : merueille, qui éblouït toute la lumiere de la nature : merueille, qui a besoin de la lumiere de grace pour estre creuë, et de la lumiere

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de gloire pour estre veuë : merueille, qui n' est comprise que de l' esprit eternel, et qui n' a point de lumiere qui la puisse rendre comprehensible à l' esprit creé, qui sera tousiours admirant, adorant, et se perdant en la veuë et contemplation de cette merueille, à laquelle seruent toutes les autres merueilles du ciel et de la terre, de la nature et de la grace ; et à laquelle encor sert et rend hommage en vne maniere singuliere la merueille du sacré mystere de l' incarnation, l' estat supréme d' vn homme-Dieu, et la qualité singuliere d' vne mere de Dieu, par laquelle ce mystere est accomply en la tres-saincte vierge, en hommage perpetuel de cette paternité diuine, et de cette filiation eternelle.

Or par cette naissance eternelle

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et admirable, et en l' estat heureux de cette vie, Iesvs est Dieu ; Iesvs est fils de Dieu ; Iesvs est le fils du Dieu viuant ; Iesvs est le fils vnique du pere ; et Iesvs est vn principe auec le pere d' vne personne diuine : c' est à dire, de la troisiéme personne de la tres-saincte trinité. Vn chacun de ces poincts est distinct en soy-mesme, et contient ses secrets et ses merueilles à part ; et merite l' hommage des creatures, et leur éleuation.

Mais toute creature ne s' accorde pas à nous donner ce loisir. En attendant que le Dieu de paix les y dispose, disons en peu de mots que Iesvs est Dieu ; car encor que nous le voyons en la terre comme homme, en la creiche comme enfant, et comme mort en la croix, nous le deuons adorer comme Dieu, et luy

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dire auec son prophete, en vous est Dieu, et n' y a point d' autre dieu que vous ; vrayement vous estes vn Diev caché, et Dieu d' Israël, sauueur, jn te est Deus, et absque te non est Deus, verè tu es Deus absconditus, Deus Israël saluator. ô Dieu caché dans l' enfance, dans l' humanité, dans la vie commune et incogneuë ; dans la vie souffrante, dans la mort ! ô Dieu ! ô vie ! ô Dieu en l' homme ! ô vie en la mort ! ô vie supréme, vie eternelle, et vie immuable ! Vie supréme en la bassesse ! Vie eternelle en la mesure de nos iours ! Vie immuable en la varieté et mutabilité de nostre condition ! ô vie diuine ! Vie glorieuse, vie adorable ! Vie diuine en l' humanité ! Vie glorieuse en la souffrance ! Vie adorable en la croix et en la mort ! Vie viuifiante la mort mesme ! Vie source de

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toute vie, de la vie de nature, de la vie de grace, de la vie de gloire ! Vie à laquelle toute vie rend hommage si elle est creée, ou a relation si elle est increée. Car c' est la vie d' vn dieu, fils de Dieu, par lequel toutes les creatures sont faictes, et auquel aussi elles doiuent leur hommage comme à leur createur. Et mesme le pere eternel, qui est le premier viuant, et le principe de vie en la diuinité, a son rapport à luy comme à son fils, et comme au terme de sa generation diuine et ineffable. Et le sainct esprit, qui est la troisiéme personne, apres laquelle il n' y a point d' autre personne viuante et increée dans l' eternité, a son rapport à luy comme à celuy qui est le fils du pere, et qui est son principe auec le pere. Et nous donc comme chrestiens, et

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comme ayans receu de luy, selon son bien-aymé disciple, la puissance d' estre enfans de Dieu, nous deuons à sa personne, à sa naissance, à sa vie diuine, et rapport et hommage tout ensemble : hommage, car il est nostre Dieu ; rapport, car il est nostre pere et nostre vie.

Iesvs est Dieu, fils de Dieu : car ces choses sont distinctes, puis que le pere est Dieu, et n' est pas fils de Dieu, puis que le fils est Dieu, et n' est pas pere ; et puis que le sainct esprit est Dieu, et n' est pas fils de Dieu : car Iesvs est le fils vnique de Dieu, comme nous dirons en suitte. Il est Dieu en son essence, il est fils en sa personne ; et ce nom de fils est vn nom esgalant en sa qualité le nom de pere dans l' eternité. Et cette filiation ne dit rien de moins, ains dit chose égale à

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la paternité de son pere. ô vie procedante, mais vie coëternelle et coëssentielle à son pere ! Vie emanée, mais aussi vie immanente en son pere ! Car il dit à son pere, ie suis et vis en vous, et vous estes et viuez en moy ! Vie, plenitude de vie : car il luy dit ailleurs, et lors mesme qu' on luy va rauir la vie, omnia tua mea sunt, tout ce qui est vostre, est mien. Vie inseparable de luy. Car nul ne luy peut rauir cette diuinité : comme le pere mesme ne veut et ne peut ne la luy point donner, le produisant par la necessité heureuse, et par la fecondité puissante de sa nature. Tout ce qu' il a, il le tient de son pere, auquel il dit aussi cette parole, omnia mea tua sunt : tout ce qui est mien, est vostre.

Et comme tout ce qui est sien est à son pere, aussi tout ce qui est à

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son pere est à luy. Et il dit ailleurs, omnia quaecunque habet pater, mea sunt, tout ce qu' a mon pere, est mien. Et comme il tient tout du pere, il refere tout au pere ; et sa vie personnelle estant vne sorte de vie toute relatiue au pere, il est dans son eternité se referant au pere, et par sa proprieté il est mesme relation à son pere. En cette veuë adorons-le, aymons-le, imitons-le, referons tout à luy, et par luy au pere : car la relation du fils est la vie et la subsistence du fils : et ainsi la relation que nous aurons à luy, sera nostre vie et nostre subsistence pour iamais, et nous establira heureusement dedans son eternité.

Iesvs est le fils de Dieu viuant, selon cette parole que sainct Pierre a apprise du pere eternel, tu es Christus filius Dei viui. Comme

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fils vnique de Dieu le pere, il est distinct du pere et du sainct esprit : comme fils de Dieu viuant il est distinct encore de nous et de tous les enfans adoptifs. Ce qui nous oblige à rechercher vn sens profond et caché en cette parole, qui nomme Iesvs-Christ fils de Dieu viuant, car elle n' est pas adioustée en vain, et sans fondement, et n' est pas mise simplement comme quelques-vns pourroient penser, pour distinguer le vray Dieu des faux dieux qui estoient adorez en la terre. Cette parole est prononcée non entre les payens, mais entre les apostres, qui n' auoient iamais adoré les faux dieux. Cette parole est prononcée en l' escole et en la famille de Iesvs, et en sa saincte presence : escole grande, et toute

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instruicte à choses grandes et particulieres : escole digne de son instituteur, et digne du verbe eternel.

Cette parole est si haute et si sublime, qu' elle est referée par Iesvs-Christ mesme à la reuelation du pere eternel. Cette parole porte la verité sur laquelle l' eglise chrestienne est fondée, et pour laquelle le fils de Dieu s' expose à la mort.

Car il est à propos de noter, que le fils de Dieu ayant à mourir, a voulu mourir pour la confession de cette verité, qui regarde sa vie et sa filiation diuine et eternelle : et que l' ayant confessée à Caïphe qui l' interrogeoit sur ce poinct, il fut iugé digne de mort, et liuré aux gentils pour estre executé, parce qu' il s' estoit declaré le fils de Dieu viuant. Car si Iesvs, qui est la vie doit mourir, il faut qu' il

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meure pour honorer sa vie et sa filiation diuine, et pour donner sa vie à ses enfans, et les rendre tous enfans de Dieu. Que deuons-nous donc attendre d' vne parole prononcée par le prince des apostres, apprise du pere eternel, loüée de Iesvs-Christ en l' assemblée des siens, qu' il constituë les docteurs de lumiere ? Et que deuons-nous entendre dedans ces sacrées paroles de sainct Pierre, vous estes le Christ, le fils de Dieu viuant ? Non certes vn sens bas, commun et vulgaire, mais vn sens bien plus haut et releué : non vne vie simplement opposée à l' estat des faux dieux qui n' ont point de vie ; mais vne vie digne de celuy qui est le premier viuant entre tous les viuans, et le seul viuant par soy-mesme, sans principe et origine

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entre tous les viuans, et mesme entre les personnes diuines et increées.

à la verité cette parole ainsi honorée de Iesvs-Christ, et ainsi remunerée par luy-mesme de la principauté de son eglise en la personne de celuy qui l' a proferée ; et cette parole fondamentale en la foy et en la doctrine de salut, aura vn sens plus digne et plus éleué, et attribuëra au fils de Dieu vne qualité plus grande que non pas celle que le sens du commun et vulgaire y pourroit entendre. Et comme elle est reuelée du ciel par le tesmoignage exprés du verbe eternel, il faut que le ciel mesme nous en reuele le sens et l' intelligence ; et que le pere qui est aux cieux nous declare la grandeur de son fils, et de la naissance de son fils, et sa grandeur propre en la naissance de son

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fils, grandeurs cachées et comprises en ce peu de paroles. Car aussi ce sont paroles du ciel, et paroles enseignées par celuy qui est le pere de la parole eternelle, s' il nous est permis d' employer ce mot, à l' imitation des plus excellents autheurs de ce siecle, au regard de celuy qui est le verbe substantiel, ou pour reïterer le mesme mot, la parole substantielle et personnelle de Dieu. Contemplans donc ce mystere et cette parole, éleuons-nous par dessus la terre, et par dessus nous mesmes ; et nous addressans au pere de lumiere, et au fils du dieu viuant, qui est lumiere de lumiere, et la lumiere du monde ; remarquons et supposons qu' il est nommé du ciel, le fils de Dieu viuant, par vn sens venerable, digne de la lumiere du ciel, et digne de

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sa naissance et grandeur, et par vn honneur singulier à son pere, que la foy adore comme le seul viuant par soy-mesme entre les viuans, le seul viuant, d' vne vie qui n' a point de principe et d' origine, et le seul viuant, duquel tout ce qui est viuant, soit en la diuinité, soit hors la diuinité, tire sa vie, son origine et son principe. Le prince donc des apostres en cette profession publique et solemnelle de la foy, faitte en sa presence, et à l' enqueste de Iesvs-Christ, en son nom, et au nom du sacré college des apostres ; appelle Dieu, viuant, non par distinction des faux dieux qui sont morts, et ne sont pas vrayement viuans, et ne meritent pas d' estre comparez à la grandeur et majesté de Dieu viuant : mais il appelle Iesvs-Christ le fils du Dieu

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viuant, par opposition à vne autre sorte d' enfans qui sont vrayement viuans, et vrayement enfans de Dieu, et lesquels le verbe eternel, parole infaillible, et parole ineffable du pere, nomme et appelle, dieux, en vn sens veritable et esleué, qui les rend dignes de cette haute et sublime qualité et denomination, et d' estre ainsi nommez de la bouche de Dieu mesme, et les rend adherans et participans de sa diuinité, comme estans vrayement dieux par participation, et vrayement enfans de Dieu par adoption.

Mais, ce qui merite vne consideration grande, ils sont enfans engendrez par vn Dieu mort, et mourant en vne croix ; au lieu que Iesvs est engendré d' vn Dieu viuant et immortel, et d' vn Dieu, seul viuant par soy-mesme dans

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son eternité : d' vn Dieu viuant et donnant vie à son fils, et par son fils à toutes choses : et ce mesme fils donnant à l' humanité sacrée la vie qu' il a receuë de son pere, souffre en cette humanité la mort sur vne croix, et y perdant ainsi vne vie haute et diuine, et source de la vie de grace, il donne la vie, et la vraye vie à tous ses enfans. Car il nous faut soigneusement remarquer, que comme la grandeur de nostre foy nous apprend à adorer vn Dieu engendrant et vn Dieu engendré dans l' eternité ; elle nous apprend aussi à adorer en nos mysteres vn Dieu viuant et vn Dieu mort ; et nous enseigne que le Dieu viuant nous a condamnez en son ire, et condamnez à la mort et à l' enfer : et que Dieu mourant et mort en vne croix, nous deliure de la mort, nous donne

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la vie, nous fait ses enfans. Enfans heureusement viuans, et diuinement engendrez par le sang et la mort de Iesvs-Christ nostre seigneur, fils vnique de Dieu. ô mort viuante et puissante, puis qu' elle contient la vie, puis qu' elle donne la vie, et puis qu' elle engendre, ce qui n' appartient qu' aux viuans ! ô generation estrange et émerueillable de Iesvs, en sa mort et en sa croix ! Generation contre tout l' estat et la puissance de la nature, en laquelle les seuls viuans engendrent, et non les morts ; et encore les seuls viuans lorsqu' ils ont attaint l' estat et le comble de leur vie et de leur perfection ! Ne me sera-t' il pas permis de dire, que c' est de cette generation actiue et puissante de Iesvs mort, et engendrant diuinement et douloureusement ses enfans

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en la croix, que s' entend ce passage d' Isaïe, generationem eius quis enarrabit ? Car ce grand sainct, prince, prophete, et euangeliste tout ensemble, parle de cette generation au temps et au moment de sa passion ; et en son extase sur l' estat de Iesvs en la croix et en la mort, dit ces paroles diuines, oblatus est quia ipse voluit, etc... De angustia et de iudicio sublatus est : generationem eius quis enarrabit ? Quia abscissus est de terra viuentium : propter scelus populi mei percussi eum. Il a esté offert parce qu' il l' a voulu, etc...

Il a esté deliuré de l' angoisse et de la condamnation : qui racontera sa generation ? Car il a esté retranché de la terre des viuans, ie l' ay frappé pour le peché de mon peuple. ô vray dieu viuant et mourant ! Dieu viuant dans l' eternité

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au sein du pere ! Dieu mourant au sein de la croix en la plenitude des temps ! Dieu aymable, et Dieu adorable comme viuant et comme mourant ! Car viuant et mourant vous estes tousiours Dieu, tousiours puissant, et tousiours admirable.

Comme Dieu viuant, vous estes engendré au sein du pere, et vous n' engendrez pas, car celuy que vous produisez auec le pere, est vostre esprit, et n' est pas vostre fils : vous le produisez en la diuinité sans estre son pere : et il vous produit en l' humanité sans estre vostre pere, car vous n' estes pas son fils, et vous n' estes le fils que du pere eternel et de la vierge Marie. ô grandeur du pere ! ô singularité de Marie ! Mais ce traict n' est dit qu' en passant, et il

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merite vn discours à part, en l' honneur de la paternité diuine, et de la maternité venerable de celle qui est mere de celuy dont Dieu est pere, et qui a seule vne qualité qui ne se trouue pas mesme au sainct esprit, au regard de Iesvs.

Ce qui est sans defaut au s.. esprit : car en ces personnes diuines et eternelles, produire et ne pas produire, auoir et ne pas auoir, est vne perfection egale. Mais en la personne de la vierge, produire le fils de Dieu, et auoir cette qualité grande, est vne perfection rare et singuliere, qui l' a releue pardessus toute autre personne creée, et l' approche autant qu' il est possible du pere eternel. Car elle est mere comme il est pere : elle est mere sans pere, comme il est pere sans mere : et ce qui a vn rapport excellent

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à l' excellence de la paternité diuine ; elle est seule mere, comme il est seul le pere de Iesvs.

Vovs estes donc engendré, ô Iesvs, en la diuinité, et vous n' engendrez pas ; et vous auez en l' estat de la croix et en la puissance de la mort, ce que vous n' auez pas dans la vie de la diuinité. Car mourant et mort vous nous engendrez, et vous estes vrayement pere en vostre humanité. Vous estes pere, dy-je, d' autant d' enfans qu' il y a et aura de iustes en terre, et qu' il y a et aura de saincts au ciel : et nostre vie, vie de grace et de gloire, doit hommage de sa naissance, de sa puissance, de sa perseuerance et de son eternité à vostre croix et à vostre mort.

Novs sommes donc tous ainsi, ô Iesvs, vos vrais enfans,

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enfans de Dieu, et de Dieu mort : et vous estes le fils de Dieu viuant, et le seul fils du dieu viuant. Car et la vie de vostre diuinité ne procede que de Dieu viuant, et la subsistence de vostre humanité, qui donne l' estre et la vie de Dieu à cette humanité, n' est emanée que de Dieu viuant : et la grace mesme qui repose en cette humanité, grace qui surpasse toutes les graces des anges et des hommes, et qui est l' origine de toutes les graces ; cette grace, dy-je, ou plustost cét abysme et cét ocean de grace, n' a point de Dieu mort d' où elle depende, et elle depend vniquement de la diuinité viuante, subsistente et influante en cette humanité ; et elle est deuë à la grandeur de vos naissances diuine et humaine, et est precedente et accompagnante

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vostre estat en la croix et en la mort : estat, duquel procede la grace et la gloire et des hommes et des anges et la gloire mesme que vous auez receuë en vostre corps en la resurrection. ô Dieu viuant et mourant, soyons à vous : soyons viuans et mourans comme vous : viuons en vous : mourons par vous et pour vous : et ainsi mourans, viuons pour iamais, et viuons auec vous de la vie dont vous viuez auec le pere. Car vous estes vie, et nous appellant à vous, vous nous appellez à la vie : et nous establissant en vous, vous nous establissez en la vie, et vous nous dittes ces sainctes paroles, paroles de vie, ego viuo, et vos viuetis ; et vous nous les dittes lors que vous allez à la mort, à la mort pour vous, et à la vie pour nous : c' est à

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dire, lors que vous allez à la croix, vous nous dittes en la personne de vos apostres, ego viuo et vos viuetis, quoniam in patre meo et vos in me, et ego in vobis. Ie vis et vovs vivrez : car vous estes vie, ô mon seigneur, vous estes source de vie, et vous estes source de nostre vie. Mais parce que vous estes le fils du Dieu viuant, vous estes tellement vie, que la source de vostre vie est en vostre pere : ego in patre meo. Et parce que nous sommes vos enfans, en vous, comme en nostre pere est la source de nostre vie ; et nous auons nostre vie en vous, comme vous l' auez en vostre pere : et par vn cercle et retour heureux vous estes en nous, et nous sommes en vous, et nous viurons en vous, nous viurons de vous, nous viurons

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par vous, nous viurons auec vous pour iamais : ainsi Iesvs est le fils du Dieu viuant, et donne vie à ses enfans, et leur donne vie en mourant, et nous sommes vrayement les enfans de Dieu, c' est à dire, les enfans de Dieu mort, comme Iesvs est le fils de Dieu, mais le fils de Dieu viuant.

Mais pour recueillir en peu de mots ce qui a esté discouru sur le sujet de la naissance eternelle, et de la vie diuine de Iesvs ; disons que Iesvs est Dieu comme le pere et le sainct esprit : que Iesvs est Dieu ; fils de Dieu, ce qui le distingue d' auec le pere et d' auec le s..

esprit : que Iesvs est le fils de Dieu viuant, ce qui le distingue d' auec nous, qui sommes les enfans du Dieu mourant, et mort en vne croix. Et comme entre les personnes

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diuines il est seul le fils de Dieu viuant ; il est seul aussi entre les hommes, mesmes en l' estat de la grace et de la gloire, le fils de Dieu viuant ; et n' est pas le fils de Dieu mort comme nous, non seulement pource qu' il n' a pas la filiation adoptiue, comme ayant la filiation propre et naturelle, mais encore parce qu' ayant la grace infuse et creée comme les autres hommes, et en bien plus grande plenitude et abondance, sa grace seule entre toutes les graces des hommes, et de sa mere mesme, a ce priuilege et singularité, qu' elle vient de la vie de Dieu simplement, et ne vient pas de la mort d' vn dieu comme la nostre.

Il nous reste encor à deduire comme il est le fils vnique de Dieu, et le principe du s.. esprit auec le pere : deux secrets et singularitez ;

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deux pouuoirs et raretez de sa vie diuine et de sa naissance eternelle. Car il n' est pas seul procedant en la diuinité, mais il est seul fils en la diuinité : il est seul procedant du pere seul ; ce qui ne conuient pas au sainct esprit, lequel est procedant du fils aussi bien que du pere : il est seul procedant par generation, car le sainct esprit procede par vne autre maniere : il est donc seul procedant du pere comme pere, car le sainct esprit procede du pere comme principe, et non comme pere.

Et c' est vn des secrets et vne des merueilles de l' eternité, qu' y ayant deux processions de deux personnes, toutes deux diuines, toutes deux viuantes, toutes deux procedantes d' vn principe de vie, toutes deux également semblables

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à leur principe et origine ; l' vne de ces personnes est fils en la diuinité, et l' autre ne l' est pas : et il n' y a par les oracles de la foy qu' vn fils vnique de Dieu, comme il n' y a qu' vn Dieu. Ie sçay bien les raisons qu' on allegue en l' escole sur ceste difficulté, mais ie sçay bien aussi la lumiere et la modestie de ceux qui les alleguent, et qui sçauent aussi bien que moy les difficultez que l' on forme à l' encontre de ces raisons et repliques, qui n' estans pas propres à cette sorte de discours, ie n' y veux pas entrer. C' est assez pour instruire et abbaisser nos esprits en la veuë de choses si grandes, de pouuoir dire auec verité, que la raison et le principe de cette distinction est vn secret que Dieu a reserué à soy-mesme, et n' a point reuelé à son

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eglise : et que les peres et docteurs recognoissent et confessent ingenuëment la profondité qui est en cette naissance eternelle, naissance de lumiere, mais naissance de lumiere inaccessible à la lumiere creée qui l' a doit adorer, et ne l' a peut penetrer en son obscurité.

L' aigle des docteurs, et le grand maistre du prince de l' escole s.. Thomas, ie veux dire sainct Augustin, quaeris à me : si de substantia patris est filius, de substantia patris est etiam spiritus sanctus, cur vnus filius sit, et alius non sit filius ? Ecce respondeo, siue capias, siue non capias. De patre est filius, de patre est spiritus sanctus, sed ille genitus iste procedens. Vous me demandez, pourquoy le fils estant de la substance du pere, le sainct esprit estant de la substance du pere, l' vn

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est fils, et l' autre n' est point fils.

Ie vous responds, soit que vous l' entendiez, ou que vous ne l' entendiez pas : le fils est du pere, le sainct esprit est du pere, mais celuy-la engendré, cestui-cy procedant.

Et plus bas, quid autem inter nasci et procedere intersit, de illa excellentissima natura loquens, explicare quis potest ? Etc... Distinguere inter illam generationem et hanc processionem nescio, non valeo, non sufficio.

Ac per hoc quia et illa et ista est ineffabilis, sicut propheta de filio loquens, ait : generationem eius quis enarrabit, ita de spiritu sancto verissimè dicitur, processionem eius quis enarrabit ? Or quelle difference il y a entre naistre et proceder, qui est celuy, qui parlant de cette nature si excellente et si sublime, le pourra expliquer ? Etc... Distinguer entre

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cette generation et cette procession, i' aduouë que ie n' ay point de science, de puissance, de suffisance pour ce faire : et partant celle-la et celle-cy estant ineffable, comme le prophete parlant du fils, dit : qui est celuy qui nous racontera sa generation ? Aussi parlant du sainct esprit, ie vous diray, qui est celuy qui nous racontera sa procession ? Qui ne rendra les armes apres ce grand et fidelle seruiteur du Dieu des armées ? Qui ne gardera le silence apres ce grand docteur et pasteur de l' eglise, l' oracle de son siecle et des siecles suiuans ? I' ayme mieux dire auec luy-mesme en vn autre endroict et en vn autre sujet, mais auec vn mesme esprit de lumiere, de sapience et de modestie qui l' accompagne par tout : cui haec responsio

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non satisfacit quaerat doctiores, sed caueat ne inueniat praesumptiores.

Celuy qui ne sera satisfait de cette response, qu' il cherche des hommes plus doctes : mais qu' il se garde d' en rencontrer de plus presomptueux.

Et si le lecteur s' addresse à sainct Ambroise, le maistre de sainct Augustin en la foy, il le trouuera dans la mesme humilité et modestie, adorant et aduoüant le secret impenetrable de la generation diuine et eternelle : mihi impossibile est generationis istius nosse mysterium, vox silet, mens deficit, non mea tantùm, sed et angelorum. Il m' est impossible de comprendre le mystere de cette generation, la parole me manque, mon esprit s' y perd, et non seulement le mien, mais aussi celuy des anges. Contentons-nous

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de l' instruction de ces deux grands pasteurs, lumieres viues, ornements rares, et fondemens solides de l' estat et doctrine de l' eglise. Apprenons donc à adorer, et non à recercher des raisons foibles sur vn suject que la raison ne peut attaindre, et que Dieu n' a point reuelé. Rendons gloire à Dieu : et aduoüans nostre impuissance, et la grandeur de la generation eternelle ; adorons en humilité la naissance du verbe au sein de son pere : et admirans la grandeur, la profondité, la sublimité de cette naissance eternelle ; honorons l' heureuse et diuine solitude de Iesvs en cette naissance, par laquelle il est seul au sein du pere en qualité de fils, comme il est seul subsistant en qualité de personne en la nature humaine : et

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comme il est seul viuant au monde en qualité de mediateur du genre humain ; seul digne, seul capable, et seul puissant d' effacer nos pechez par son sang, et par son merite.

Trois conditions ausquelles le fils de Dieu n' a point de compagnie, ny en la terre ny au ciel ; ny en l' eternité ny en la plenitude des siecles : estant seul fils en la trinité ; seul subsistant en l' incarnation ; seul faisant office de mediateur en la redemption de la nature humaine.

Le dernier poinct proposé, est que Iesvs auec le pere est vn principe du sainct esprit, produisant vne personne diuine dedans l' eternité. Car il est la sapience de son pere ; il est sapience feconde, et non pas sterile ; et il est sapience produisante, non vne chose telle quelle, mais vn amour eternel.

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Et comme le fils est produict en vnité par la seule personne du pere, qui est son principe, il est aussi produisant en vnité ; tant l' vnité a lieu dans les choses diuines, et nous luy en donnons si peu dans les choses de la terre : car encor que le pere et le fils soient deux personnes produisantes, ils ne sont pas deux principes : et ce qui est ineffable, ils sont produisans en vnité de principe ; et aussi le terme de cette production admirable est encore vnité. Car le sainct esprit est personnellement l' vnité du pere et du fils diuinement vnis ensemble en vnité d' amour et d' esprit : et le repos eternel de ces personnes diuines est en cét amour et vnité. ô diuinité ! ô fecondité ! ô vnité ! ô puissance ! ô sapience ! ô amour ! ô vnité d' essence ! ô vnité

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de principe ! ô vnité d' amour qui enclost, qui comprend, qui termine l' estat infiny et increé en sa nature, en ses personnes, et en ses emanations ! Que de secrets et choses grandes il y a à dire sur ces diuins sujects, sur ces personnes, soit procedantes, soit produisantes ; sur ces emanations internes et infinies dans vn estre tres-simple et immuable.

Mais il vaut mieux les admirer et les adorer en vn profond silence : et il est plus seant à nostre petitesse, et à leur grandeur de demeurer en cette humilité et retenuë, que de s' efforcer de dire peu, de choses si grandes. Et le fruict principal de ces pensées, est d' auoüer et recognoistre que le Dieu des chrestiens est grand, deus magnus et vincens scientiam nostram.

Dieu grand en son essence, grand

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en ses personnes, grand en ses emanations : Dieu pere, Dieu fils, Dieu sainct esprit, tousiours Dieu, toujours grand, tousiours vn : vn en qualité de Dieu ; vn en qualité de pere ; vn, ou plustost vnique en qualité de fils ; vn en qualité de principe produisant ; vn en qualité d' esprit et d' amour personnel et produit ; et vn encor en qualité de souuerain seigneur et createur du ciel et de la terre. Car nous allons ainsi d' vnité en vnité en la contemplation des choses diuines, increées et eternelles, comme nous allons d' vnité en diuersité en la contemplation des choses humaines et temporelles. Belle et notable difference de la conduitte et du progrez de nos esprits en ces deux mouuemens et contemplations differentes ! Mais il en faut reseruer

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l' estenduë à vne autre fois, et il est temps de finir et arrester ce discours de la naissance eternelle de Iesvs, en laquelle il est Dieu : il est fils de Dieu : il est fils du Dieu viuant : il est seul fils du pere eternel : et il est principe auec luy d' vne personne diuine.

Ce sont les grandeurs de vostre naissance premiere, ô Iesvs mon seigneur ! Que ie les adore auant finir, et passer au discours suiuant ! Que ie les graue en ma pensée d' autant plus viuement qu' il semble que vous voulez les oublier pour nostre amour, et les cacher au monde sous le voile de nostre humanité, et dans les tenebres de vostre mortalité ! Ie dois percer ces ombres et ces voiles, et ie veux recognoistre et adorer Dieu en l' homme, la vie en la mort, et la gloire

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en la croix. Car il est tousiours Dieu, tousiours vie, et tousiours gloire ; voire la splendeur de la gloire : et s' il veut prendre vn nouuel estat pour nous, nous ne deuons pas mescognoistre son estat precedent. Auant donc qu' il s' establisse au sein de la vierge, ie le veux recognoistre et adorer au sein du pere : auant qu' il entre en l' estat que son amour luy donne, ie le veux adorer en l' estat que sa nature luy donne : auant de le voir temporel, ie le veux contempler eternel : auant que de me prosterner à ses pieds, comme faict homme, ie me veux prosterner deuant sa majesté comme estant la majesté d' vn dieu. Car à cét effect son disciple bien-aymé nous apprend son essence et sa demeure eternelle, auant que de nous apprendre son

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incarnation : et nous dit en peu de mots, qu' il estoit Dieu ; et qu' il estoit auec Dieu, auant que de nous dire qu' il s' est incarné. Eleuons-nous donc en des pensées dignes d' vn suject si hault et si diuin : recherchons le verbe en Dieu, car il est Dieu, et il est en Dieu : il est Dieu de Dieu : il est Dieu en Dieu, et le sein du pere eternel est son centre, son repos et son seiour ; son centre immuable, son repos inuariable, et son seiour eternel. Là il est viuant de la mesme vie que son pere : là il est possedant la mesme essence, et iouïssant de la mesme gloire que son pere : là il est aussi ancien et aussi puissant que son pere : là il est la splendeur de la gloire, et le diuin caractere de son pere : là il est Dieu comme son pere : là il est operant comme son pere, et

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produisant le sainct esprit, vne personne diuine, vn amour eternel et personnel auec son pere : là il est procedant et produisant tout ensemble, tousiours procedant et tousiours produisant, tousiours procedant d' vne personne diuine, et tousiours produisant vne autre personne diuine : et en cette emanation et production, est sa vie, son estat et sa grandeur. Là il est vie et lumiere : là il est source de vie et de lumiere : et là il est source de vie et de lumiere en soy-mesme et hors de soy-mesme ; en soy-mesme comme principe du sainct esprit ; hors de soy-mesme comme principe de grace et de gloire. ô vie ! ô splendeur ! ô estat du verbe diuin en ce diuin seiour qu' il a au sein du pere ! ô seiour ! ô sein du pere ! Là, ô verbe eternel,

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ie vous veux adorer en vos grandeurs, et ailleurs en vos abbaissements.

Là ie vous dois adorer en vostre diuinité, et ailleurs en vostre humanité : là ie vous veux adorer en vostre emanation eternelle, et ailleurs en vostre emanation temporelle. Auant donc que vous entriez en vn sein estranger à vostre essence diuine, ie vous adore au sein du pere, comme en la source de vostre vie, comme au centre de vostre repos, comme au thrône de vostre gloire, comme au comble de vos grandeurs, comme au sejour de vostre felicité, comme au paradis de vos delices. Là vous viuez, là vous regnez, là vous operez eternellement.

Là et vous estes, et vous paroissez tousiours Dieu, tousiours fils, et tousiours principe du s.. esprit. Là

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par vn secret et pouuoir admirable vous auez vn estre tousiours procedant, et tousiours produisant : là vous estes tousiours grand, tousiours heureux, et tousiours immuable en vostre estre, en vostre vie, et en vostre felicité eternelle.

Dv thrône de ces grandeurs, où le fils de Dieu est viuant par sa naissance premiere et eternelle, et de cét estat heureux et glorieux où il vit et regne de toute eternité ; il descend et s' abbaisse en la terre et au sein de la vierge, pour y prendre vne seconde naissance : et nous le contemplons étendu sur le foin et la paille, dans l' estable et la creiche ; non au milieu des anges, mais au milieu des pasteurs ; non entre les personnes diuines, mais entre le boeuf et l' asne :

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et nos sens l' apperçoiuent, non tres-hault, mais tres-abbaissé ; non tres-puissant, mais tres-impuissant ; non produisant, mais produit ; non creant, mais receuant vn estre creé ; non eternel, mais commençant à viure, et naissant pour mourir. Les abbaissemens du fils de Dieu en cette naissance, sont sensibles et manifestes, et sont traictez ordinairement. Mais parce que nous traictons les grandeurs de Iesvs, nous parlerons des grandeurs de cette naissance : recognoissans Dieu en l' homme, et la grandeur dans l' abbaissement, par la lumiere de la foy, et par l' esprit de verité. Car Dieu est tousiours Dieu, et tousiours grand : Dieu dans l' humanité, grand dans l' abbaissement : et comme il releue l' humanité en la deïfiant, aussi il

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rehausse l' abbaissement en le magnifiant, et imprimant vne grandeur nouuelle et incomparable dans la bassesse à laquelle il s' abbaisse pour l' honneur de son pere, et pour le salut des hommes.

Cette naissance de Iesvs en la terre a plusieurs sortes de grandeurs : car il est né en la vierge sans interesser sa pudicité, suiuant cette parole de l' ange, quo`d in ea natum est de spiritu sancto est. Il est né de la vierge sans interest de son integrité : et la foy, en ces deux paroles, qui conceptus est de spiritu sancto, natus ex Maria virgine, nous dit ces deux veritez tres-hautes et tres-importantes à l' honneur de Iesvs ; de sa tres-saincte mere ; et de l' humble naissance qu' il a voulu prendre d' elle. Double naissance : l' vne interieure in ea : l' autre

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exterieure ex ea : l' vne et l' autre digne de Iesvs et de Marie : l' vne et l' autre ayant ses priuileges et aduantages, que nous deduirons vne autre fois. Et comme en l' vne le verbe diuin s' est faict chair en la vierge et par la vierge ; la vierge a conceu, et a diuinement conceu le fils vnique de Dieu, sans interest de sa pureté virginale, et sainctement receu cette semence du ciel, sans volupté terrestre : aussi en l' autre au bout de neuf mois la vierge l' enfante sans douleur, et sans interest de son integrité, demeurant vierge et mere tout ensemble. Et ce diuin enfant sort de sa mere comme le rayon sort d' vn cristal poly, le penetrant sans le rompre : et comme la lumiere sort du soleil, le laissant aussi entier comme si elle n' en estoit

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point sortie. Car nous pouuons emprunter du ciel les qualitez celestes, pour honorer celuy qui vient du ciel, et duquel dit sainct Iean, qui de sursum venit, super omnes est.

Qui de coelo venit, super omnes est.

Mais si du ciel nous-nous rabbaissons à la terre, puis que Iesvs est né en la terre, la terre encore rendra honneur et tesmoignage à son seigneur, et nous donnera quelque exemple pour esclarcir et illustrer cette miraculeuse integrité.

Disons donc qu' il sort de la vierge comme la fleur sort de sa tige : car aussi est-il la fleur d' Israël, et la fleur qui embellit le monde : or la fleur sort de sa tige sans l' ouurir, sans l' interesser ; ains au contraire, elle est l' ornement et l' embellissement de la plante, ou de l' arbre qui l' a porte : mais ces grandeurs

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qui ne conuiennent en la terre qu' à la naissance de Iesvs, ne luy sont pas tellement propres et particulieres, qu' elles ne puissent appartenir à la naissance d' vn homme purement homme, que Dieu voudroit honorer d' vne pareille faueur, et faire naistre d' vne mere vierge par vne pareille puissance.

Esleuons-nous donc plus hault, et contemplons les grandeurs propres et particulieres à la naissance de Iesvs : grandeurs si hautes et si excellentes, qu' elles ne peuuent appartenir qu' à vn Dieu naissant au monde. Car d' autant plus que le fils de Dieu se cache et s' abbaisse dans ce mystere, plus le pere le reuele et manifeste, et plus les hommes le doiuent recognoistre, et parler hautement de luy. Et puis que le pere eternel produit

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des nouuelles lumieres en la terre pour honorer et manifester son fils, et inspire aux coeurs de nouueaux mouuemens de son esprit, pour le cognoistre et parler de luy ; suiuons ces lumieres et ces instincts, et par vne si saincte et heureuse conduitte employons-nous à rechercher, descouurir et publier les grandeurs remarquables en son abbaissement et en sa naissance humble, nouuelle et humaine.

à la verité il la prend en la terre ; mais elle a son origine au ciel. Elle s' accomplit en vne bourgade de Iudée ; mais son emanation est du pere eternel : et vne chose si basse en apparence, comme la naissance de l' enfant Iesvs en l' estable de Bethleem sur le foin et la paille, entre le boeuf et l' asne, a vne source si haute et si admirable,

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comme le sein du pere eternel, qui est la hautesse, la grandeur, la merueille de l' eternité.

Car le verbe comme fils, est enclos au sein du pere : et il ne vient point en la terre et en nostre humanité, que par la mission de son pere : et le pere ne l' enuoye pour s' incarner, que par le mesme pouuoir par lequel il l' engendre en soy mesme : tellement que le principe de sa generation est le principe de sa mission, de sa naissance, et de son incarnation au monde.

Suiuons cette pensée, et pour vn plus grand éclaircissement de cette verité, disons que comme cette naissance du fils de Dieu au monde, suppose la mission du mesme fils de Dieu au monde : aussi cette mission suppose son eternelle procession, et comprend et emporte

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auec soy la generation ineffable de ce mesme verbe eternel, à laquelle cette humble naissance se trouue heureusement liée et conioincte par le moyen de cette mission, comme par vn lien commun qui tient à l' emanation eternelle, comme à son origine ; et à l' emanation temporelle comme à son effect : et ainsi lie et conioinct en vne mesme personne, engendrée par puissance dans l' eternité, et enuoyée par amour dans le temps, c' est à dire en vn mesme fils de Dieu, incarné ; sa naissance diuine et eternelle, et sa naissance humaine et temporelle. Car en contemplant ce tres-humble et tres-hault mystere, nous voyons par les yeux de la foy, que celuy qui prend naissance au sein de la vierge, et se fait homme, est celuy-là mesme qui est

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au sein du pere, et qui est Dieu par sa naissance diuine et eternelle, comme il est homme par sa naissance humaine et temporelle. Nous voyons que celuy qui vient en la terre pour attirer la terre à soy, et se rendre par vn nouueau droict le souuerain de l' vniuers, est celuy-là mesme qui a formé la terre auec le pere, et par le mesme pouuoir qu' il a receu du pere ; et ne vient en la terre que par l' enuoy et la mission du pere, et pour y establir par son abbaissement, la grandeur, la puissance et la gloire de son pere. Nous voyons que celuy qui semble comme sortir du sein du pere, pour entrer au sein de la vierge, ne delaisse point pourtant le sein du pere, et est tout ensemble diuinement au sein du pere, et humblement au sein de la vierge ; et a cette double residence,

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dont l' vne est autant admirable en l' excez de son amour, comme l' autre est adorable en l' excez de sa grandeur. Concluons donc que cette incarnation et naissance en la terre regarde le sein du pere, comme sa source et son origine, d' où elle est heureusement deriuée en la terre. Mais ie passe plus outre, et ie dis (ce qui est digne d' estre bien consideré) qve cette naissance nouuelle du verbe eternel a cela de propre et singulier (et c' est sa preeminence et son priuilege) qu' entre toutes les choses qui procedent de Dieu, et qui se terminent hors de Dieu, elle est seule enclose et comprise en la proprieté personnelle du pere comme pere, et en la generation de son verbe, qui est la premiere emanation de Dieu ; en l' honneur, en la

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puissance et en la vertu de laquelle s' accomplit le mystere de l' incarnation, et la naissance du fils de Dieu en nostre humanité.

Povr mieux entendre cette verité, prenons le discours de plus haut, et remarquons que Dieu par son essence est le centre et la circonference de toutes choses, et toutes choses sont en Dieu comme en leur estre eminent, par sa grandeur ; comme en leur principe, par sa puissance ; et comme en leur idée parfaicte, par sa sapience, qui sont trois poincts distincts, en vertu desquels Dieu contient et comprend tout ce qui est creé. Mais le pere eternel comme pere et en la proprieté de sa personne, est le centre et la circonference de son fils. Et le fils le regarde comme son centre, centre où il est, où il vit, où

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il repose, et où il a sa demeure eternelle ; le fils estant en son pere comme en celuy qui le comprend, ainsi qu' vn infiny égale et comprend vn autre infiny, et ainsi que les personnes diuines, par vn secret adorable à nos esprits finis et limitez, se comprennent mutuellement l' vne l' autre. Et dans le pere eternel comme pere, il n' y a que son fils, et ce qui regarde la personne de son fils, qui est vnique en la diuinité, et qui aussi a voulu estre vnique en nostre humanité. Le sainct esprit mesme qui procede du pere, est bien dans le pere, comme en son principe : mais n' est pas en luy comme en son pere. Car il n' est pas procedant du pere comme pere, et il n' est pas le fils du pere. Cette qualité n' est propre qu' à celuy qui est nommé le fils

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vnique, et que le pere nous a donné, en le qualifiant du nom de son fils bien-aymé, auquel il prend son bon plaisir ; fils qui en l' eternité est la premiere emanation du pere, et qui seul est procedant de luy par vraye et naturelle generation, et a sa residence et sa demeure au sein du pere : car le sein proprement est vn terme affecté et approprié à la generation.

Le fils donc est au sein du pere, car il est fils : le fils est seul au sein du pere, car il est seul fils : et le pere seul enuoye son fils pour s' incarner, car il est seul le pere de ce fils ; puisque les missions en la diuinité n' ont rapport qu' au principe de leur procession, selon la voix commune de toute la sacrée theologie. Disons donc hardiment et hautement, que le pere seul enuoye son fils pour s' incarner ;

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et ce qui est de grand poids, et establit le poinct principal de ce discours, qu' il l' enuoye comme pere : et partant qu' il l' enuoye par le mesme pouuoir par lequel il l' engendre : (pouuoir qui n' appartient qu' au pere) et non pas par le pouuoir par lequel il crée le monde, qui est vn pouuoir commun aux trois personnes de la saincte trinité. Il est donc clair que cét enuoy et communication du fils de Dieu au monde, a son origine au pere, et au pere seul.

D' où nous apprenons vne belle difference entre cette mission et production nouuelle du fils de Dieu, et la production des creatures.

Car au lieu que les creatures procedent de Dieu comme Dieu, et non pas de Dieu comme pere : cette mission temporelle du fils de Dieu

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en la terre, a cela de propre et de singulier, qu' elle procede de Dieu comme pere, aussi bien que l' emanation eternelle du mesme fils : et aussi cette mission a cela de propre et particulier aussi bien que l' eternelle emanation, qu' elle est enclose et cachée, et seule enclose et cachée au sein du pere, duquel seul elle prend son origine. Et c' est pourquoy à mon aduis l' apostre en diuers lieux nomme le mystere accomply par cette mission ; le mystere caché de toute eternité en Dieu. Car il nous faut remarquer ce beau principe qui doit seruir de fondement à nos pensées, et de conduitte à nos moeurs, que tout ce qui procede de Dieu, demeure en Dieu mesme, en vne certaine maniere comme en son principe : d'où vient que

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les choses creées, comme issuës de la diuine essence, demeurent en cette essence : et aussi cette mission et incarnation qui procede du sein du pere, a vne sorte de residence au mesme sein du pere, comme en son principe. Et comme entre toutes les autres choses elle a seule cette prerogatiue de proceder du sein du pere seulement, comme de celuy qui seul engendrant son fils, il est seul l' enuoyant pour s' incarner : elle a aussi cette prerogatiue, d' estre seule enclose, residente et cachée au sein du pere, comme en sa gloire, en son repos, et en son principe. En quoy nous auons à admirer l' excellence de cét oeuure de l' incarnation entre toutes les oeuures de Dieu, et à recognoistre et adorer la profondité et la singularité de ce mystere entre tous les

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autres mysteres de la terre et du ciel, de la grace et de la gloire.

Mystere auquel le principe de la generation eternelle est le principe, et le seul principe de la mission temporelle de celuy qui vient prendre naissance au milieu de nous : auant laquelle il est au sein du pere comme en son repos eternel, comme en la viue source de son estre, et comme en l' origine de sa mission, de sa naissance et de son incarnation en la terre.

D' vne source si haute, si viue, et si puissante, et d' vne origine si grande, si profonde et si diuine, que deuons-nous attendre sinon chose très-grande, et qui surpasse la hautesse et des hommes et des anges ? Et puis que la naissance de Iesvs en la terre procede de cette source, et vient de ce principe, ne

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sera-t' elle pas conforme à son principe ? C' est à dire, grande et admirable comme luy, diuine et ineffable comme luy ? Et le plus grand des prophetes rauy en la contemplation de ce mystere, n' a-t' il pas eu raison de nous dire, generationem eius quis enarrabit ? Or elle n' a pas seulement cela de propre et singulier, d' estre enclose et comprise en la personne du pere, comme en son principe : mais elle a encore vne autre sorte de rapport à luy et à la generation eternelle, dautant qu' elle s' y rapporte non seulement comme à son origine, mais aussi comme à son exemplaire. Car le fils de Dieu ne veut pas seulement se faire homme : mais il se veut faire homme par naissance, comme il est Dieu par naissance : et il veut estre fils de l' homme comme il est fils de Dieu.

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Cecy merite d' estre dauantage exposé.

Disons donc, et nous deuons prendre plaisir à le penser et à le dire plusieurs fois, tant ce poinct est delicieux, et concerne aussi les delices du fils de Dieu, qui se plaist d' estre fils de l' homme entre les enfans des hommes. Disons donc, qve le verbe eternel se contemplant soy-mesme, et se voyant estre Dieu en son essence diuine, a voulu prendre vne nouuelle essence, et se faire homme-Dieu pour le salut des hommes : et se voyant en la diuinité par naissance et par origine de son pere eternel, a voulu estre en cette humanité par naissance et origine de sa saincte mere. Et il a ainsi voulu estre en vn estat correspondant à celuy auquel il est en la diuinité, et estre

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fils de l' homme en la terre, comme il est fils de Dieu au ciel : et auoir l' humanité par filiation humaine, comme il a la diuinité par filiation diuine ; et porter le mesme nom de fils en l' vne et en l' autre nature.

C' est à dire et en sa nature eternelle et en sa nature temporelle. Tant il prend de plaisir en sa naissance diuine et eternelle ! Tant il la veut exprimer et imiter en vne seconde naissance ! Tant il la veut honorer et publier par vn nouuel estat ! Et tant il a aggreable ce nom et cét estat de filiation, qui le constituë fils de Dieu au sein du pere, et fils de l' homme au sein de sa mere ! D' où vient que dans le psalme 71.. tout approprié au messie par les rabins mesmes, au verset 18.. où nous auons, sit nomen eius benedictum in saecula : ante solem permanet nomen

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eius ; la diction hebraïque nous descouure vn secret digne de ce mystere, comme le remarque le docte Genebrard, lumiere de ce siecle, et ornement tres-accomply de cette celebre faculté de Paris.

Car ce grand docteur, expliquant ce verset, et ne trouuant point en latin de nom energique pour exprimer la force de ces paroles hebraïques, en forme vn nouueau, qui ne peut estre traduict en françois. Ce qui m' oblige de l' employer en ce traicté, et de luy donner cours sous l' authorité et le sauf-conduict de cét autheur excellent, encore qu' il semblera vn peu estrange à ceux qui recherchent plus la delicatesse que l' energie des paroles. Ie diray donc apres luy, que l' Hebreu dit, parlant du messie, où nous auons, sit nomen eius benedictum

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in saecula : ante solem permanet nomen eius. Filiabitur propriè, seu filius erit : filius appellabitur nomen eius, etc...

Et que les anciens Hebreux ont obserué que ce mot de fils inseré en ce texte, est vn nom propre du messie, comme estant le plus beau nom qu' il ayt, et auquel il se plaist le plus. Nom qui marque sa diuinité, en laquelle il est fils de Dieu : nom qui marque son humanité, en laquelle il est fils de l' homme : nom qui marque son origine, et sa double origine, qui luy est bien chere et bien precieuse. Car il n' est subsistant entre les personnes diuines qu' en la relation qu' il a comme fils à son pere, lequel il ayme et regarde d' vn amour eternel : et il n' est viuant et subsistant entre les hommes, que par la naissance qui fonde le rapport et la relation

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qu' il a comme fils à sa tres-saincte mere, laquelle il cherit et ayme vniquement, comme sa source vnique, et son origine en la terre. Ce nom encore nous marque en ce verset la naissance du verbe en l' eternité, ante solem filiabitur nomen eius, etc.., c' est à dire, auant que le soleil fut formé, il a le nom, l' estre, et la qualité de fils : et il nous marque le temps de sa naissance en la terre en la mi-nuict, auant l' aurore, ante solem filiabitur nomen eius, c' est à dire auant que le soleil soit leué. Car le texte original peut porter l' vn et l' autre sens, et peut estre appliqué à la filiation diuine et à la filiation humaine du messie ; et nous apprend : que c' est son propre d' estre fils : que ce nom ne luy conuient pas par imposition, comme plusieurs noms attribuez

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aux personnes de la terre, mais que c' est vn nom qu' il tire de naissance et d' origine : que c' est vn nom qui est né auec luy, et auquel il est né : que c' est vn nom auquel il est né auant la naissance du soleil, ante solem filiabitur nomen eius, et qui durera autant et plus que le soleil. Et aussi c' est le nom auguste et sacré, sous lequel le pere eternel a pris plaisir de le nous donner et presenter en la terre ; en nous disant, hic est filius meus dilectus.

Car ce sont les paroles selon lesquelles le pere l' annonce et le manifeste luy-mesme, et à sainct Iean au desert, et aux apostres en la gloire de la transfiguration, publiant ce nom en l' vniuers, digne d' estre appris aux hommes par le pere eternel, et predict par son prophete, en ce texte memorable,

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qui nous dit selon l' Hebreu, ante solem filiabitvr nomen eius. Et selon nostre version, ante solem permanet nomen eius, et nous exprime en ces deux termes differents, et l' origine et l' eternelle dvrée de ce nom : car il durera autant que le soleil, c' est à dire, vne eternité, en laquelle Iesvs sera pour iamais et fils de Dieu, et fils de l' homme.

De cette sacrée parole, et de ce nom de fils ainsi propre au messie, selon la verité de ce texte sacré, nous recueillons vne nouuelle grandeur de cette naissance humaine et temporelle. Car comme la premiere emanation et communication de Dieu dedans soy-mesme est par naissance et generation eternelle : aussi la premiere et supréme emanation et communication

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de Dieu hors de soy-mesme, est par cette naissance temporelle, en laquelle le fils de Dieu est le fils de l' homme, et le fils de l' homme est fils de Dieu au sacré mystere de l' incarnation. Et c' est vne grandeur tres-remarquable en cette naissance, que de produire en l' vniuers et porter à la creature la plus haute communication de Dieu qui puisse estre faitte hors de luy-mesme : et que Dieu grand et admirable en ses pensées et en ses conseils sur les enfans des hommes, et beaucoup plus en ses pensées et conseils sur son fils vnique, voulant faire la plus grande et plus ineffable communication de l' estre diuin, que puisse receuoir l' estre creé ; ne choisisse point d' autre voye pour le donner au monde, que cette humble naissance

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que nous adorons en la terre, et qui abbaisse Dieu pour nous esleuer, et qui rehausse vne substance humaine iusques à la subsistence du verbe : et qu' vne mesme maniere d' emanation donne entrée au fils de Dieu en la terre en la plenitude des siecles, qui establit le fils de Dieu dedans l' eternité, et luy donne l' estre en la diuinité.

Afin qu' vn mesme qui est fils de Dieu, soit fils de l' homme : et que tout l' estat de filiation propre et naturelle, mais vrayement diuine et surnaturelle, soit reueré, consacré et adoré en vne mesme personne, qui est receuant ses deux natures differentes, en vne mesme maniere ; qui possede ces deux essences, l' vne eternelle, l' autre nouuelle, par vn mesme tiltre, c' est

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à dire, par naissance ; et qui est establie et par naissance en la diuinité, et par naissance en l' humanité sacrée dont il soit benit en la terre et au ciel pour iamais.

De ces grandeurs s' en ensuiuent d' autres, et nous allons de grandeurs en grandeurs en contemplant la naissance de Iesvs. Car cette naissance humaine est vn mystere de vie, puis que celuy qui est viuant de la part du pere, qui est produit comme viuant par la proprieté de son emanation, qui est la vraye vie, et qui se nomme luy-mesme absolument la vie ; et qui est vie et source de vie en soy-mesme, et hors de soy-mesme ; veut prendre vie en ce mystere, pour estre nostre vie à iamais. C' est vn mystere de lvmiere : car celuy qui est lumiere de lumiere, qui

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est emané du pere des lumieres, qui est emané de luy comme lumiere, et qui en la proprieté de sa personne est la splendeur du pere, estant lumiere en son essence et en sa personne ; vient par ce mystere au monde pour estre la lumiere du monde, comme il dit luy-mesme, ego lux veni in mundum, etc... Ego sum lux mundi. Et aussi naist-il auec lumiere en plein my-nuict, et fait son entrée en la terre auec vne lumiere du ciel esclairant les tenebres de la nuict, et donnant double lumiere aux pasteurs. Et comme en sa mort la lumiere du monde s' est obscurcie et s' est conuertie en tenebres : aussi en sa naissance vne nouuelle lumiere, et vne lumiere extraordinaire au monde, a paru esclairant les roys, l' orient et la Iudée ; le ciel marquant ainsi

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et honorant la naissance de Iesvs, comme naissance d' vne nouuelle lumiere au monde. Cette naissance est vn mystere de saincteté, et de saincteté par excellence, mesme entre les autres mysteres de Iesvs : car il porte et opere en l' vniuers la plus grande saincteté et la plus eminente sanctification qui soit, et qui puisse estre, et sur laquelle sont fondées toutes les autres sainctetez et sanctifications remarquables en la terre et au ciel. C' est la naissance du sainct des saincts. C' est la naissance d' vn Dieu-homme, et d' vn homme-Dieu.

C' est la naissance de l' ordre et de l' estat de l' vnion hypostatique, lequel porte hors de Dieu la saincteté la plus haute et la plus eminente qui soit possible, et la plus proche de la saincteté superessentielle

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de Dieu mesme, que cét ordre et estat supréme enclost et comprend en soy-mesme, comme sa forme et son principe. Or cette saincteté nouuelle en la terre et au ciel, et cette grace admirable de l' vnion hypostatique a sa naissance en la naissance de Iesvs, et prend son origine en ce mystere, et d' iceluy se deriue et s' estend en tous les autres mysteres de Iesvs, en tous ses estats et en toutes ses oeuures. Car à proprement parler, les autres mysteres du fils de Dieu, sont mysteres ou d' actions ou de souffrances sainctes : mais ce mystere est vn mystere de substance, et mystere produisant au monde la substance mesme de la saincteté, de laquelle procedent, et en laquelle reposent ses actions et ses souffrances

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sainctes, et en laquelle subsistent tous les autres estats diuers et diuins qu' il a, soit en la terre, soit au ciel. Recognoissons donc ce mystere comme mystere de vie ; comme mystere de lumiere ; comme mystere de saincteté ; comme mystere de substance, et non seulement d' action ou d' accident ; comme mystere de saincteté substantielle, de saincteté primitiue, de saincteté originale et fondamentale, de tous les mysteres, de toutes les oeuures, et de tous les estats de Iesvs. Et recueillons de ce mystere vne grace, vne saincteté, vne lumiere, vne vie, vne vie de lumiere, vne lumiere de vie en Iesvs, comme effects propres, et procedans de l' estat et de la condition de ce mystere, auquel le fils de Dieu se va donnant et manifestant

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au monde. Dont nous voyons qu' en iceluy, plus qu' en aucun autre temps, en aucun autre estat, en aucun autre mystere de sa vie, il donne vie et cognoissance de luy-mesme. Car c' est en cette naissance que les anges l' annoncent, les pasteurs le manifestent, l' estoille le descouure aux mages, les mages le publient en la Iudée, le sainct esprit le reuele au temple, sainct Simeon et saincte Anne prophetisent de luy à tous ceux qui attendent la redemption d' Israël. Et les ames sainctes, desireuses de prendre part à la saincteté, à la vie, et à la lumiere de Iesvs, doiuent recourir à l' efficace de ce mystere, comme à vn mystere de saincteté, de vie et de lumiere substantielle, ou plustost supersubstantielle ; et comme

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à vne source de saincteté de vie et de lumiere au monde.

Cette naissance de Iesvs a encore vne qualité et proprieté bien digne de Iesvs, et bien digne des precedentes. Car c' est vn mystere d' honneur et d' hommage ; vn mystere de loüange et d' adoration à la diuinité par l' humanité subsistante en ce mystere. Pour le bien entendre, remarquons, que chaque mystere du fils de Dieu a quelque chose de propre et de particulier, non seulement en son effect, mais aussi en son estat : et que comme sa croix est proprement vn mystere de souffrance et d' expiation : aussi sa naissance est proprement vn mystere d' offrande et d' adoration. Mystere auquel nous voyons que le pere eternel acquiert tout ensemble vn adorateur nouueau

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et vne hostie nouuelle : car Iesvs le parfaict, le supréme, le diuin adorateur, est naissant en ce mystere : et il est naissant comme hostie, et hostie de loüange ; et comme hostie qui reçoit son accomplissement dans ce mesme mystere, et y fait sa fonction et son office, rendant loüange et adoration au pere eternel. Ces poincts sont euidents à qui penetre tant soit peu l' estat de ce tres-haut et tres-humble mystere. Et pour proceder par ordre : en premier lieu, c' est en ce mystere de la naissance humaine de Iesvs en Marie, et de Marie, que la vraye et l' vnique hostie du pere eternel est preparée par l' incarnation du verbe (qui se fait en cette naissance) entant que cette humanité, qui en est capable par sa nature, est renduë digne par sa

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subsistence, d' estre vne hostie de loüange et d' adoration parfaicte à la majesté supréme. Secondement, c' est en ce mystere, que cette hostie ainsi choisie et ainsi separée du commun des hommes par la main de Dieu, qui s' applique singulierement à la former et produire, dans le mesme instant qu' elle est produicte ; est consacrée par l' onction de la diuinité, et par l' vnion ineffable et hypostatique qui se fait en cette mesme naissance.

Et en troisiéme lieu, c' est en ce mystere, que l' hostie ainsi choisie, et ainsi consacrée, est offerte et presentée à Dieu par l' oblation que Iesvs faict de soy-mesme entrant au monde, selon le texte memorable de sainct Paul. Car vn mesme instant et vn mesme mystere, c' est à dire le mystere de la

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naissance humaine de Iesvs, accomplit et comprend ces trois poincts necessaires à l' estat parfaict des hosties en qualité d' hosties.

Et cette hostie diuine, au mesme instant qu' elle est formée, accomplie et dediée, accomplit son office ; le premier instant de sa vie et de sa subsistence diuine, estant le premier instant de son éleuation et oblation au pere eternel. Et Iesvs est adorant d' vne adoration nouuelle, d' vne adoration primitiue, d' vne adoration diuine, d' vne adoration adorable et adorée des anges qui l' a voyent : Iesvs, dy-je, est ainsi adorant la diuinité par l' humanité, au mesme instant qu' il est formé dans le ventre de la tres-saincte vierge, et qu' il fait son entrée au monde.

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Or comme ce mystere de la naissance humaine du fils de Dieu, est vn mystere d' hommage absolu et vniuersel à la diuinité, par l' humanité deïfiée en ce mesme mystere : c' est encore vn mystere consacré à l' hommage propre et particulier de la naissance eternelle, par la naissance temporelle ; et de la filiation diuine, par la filiation humaine. Et cét estat de naissance et filiation humaine est vn estat vrayement imitant, regardant et adorant la naissance et filiation eternelle, à laquelle elle a vn parfaict et diuin rapport, comme à son origine et à son exemplaire.

Car Iesvs est naissant au sein de la vierge, parce qu' il est naissant au sein du pere : Iesvs est fils de l' homme, parce qu' il est fils de Dieu : et cette humble naissance

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et filiation humaine est deriuée d' vne source si haute et si puissante, comme le sein du pere : et en la terre elle regarde proprement le pere en qualité de pere, et comme engendrant son fils vnique : et est imitant et adorant en la terre par la proprieté de son estat et de sa condition, vne chose si grande, comme la generation eternelle, qui est vne merueille, et vne source de merueille dans l' eternité.

Et comme le fils de Dieu est tellement fils de l' homme, qu' il sera tousiours fils de l' homme : aussi a-t' il en soy vn estat permanent, et vne qualité perpetuelle, qui regarde incessamment la filiation diuine, comme son exemplaire et son origine. Ie supplie le lecteur de prendre garde, comme ie ne dis pas seulement, que le fils de

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Dieu est adorant par ses propres pensées cette filiation : mais que ie dis, que par ce mystere il est en vn estat, et a vne qualité qui d' elle-mesme adore le pere eternel en qualité de pere, et qui adore la naissance diuine de son fils vnique, et sa filiation eternelle. Ce poinct est grand, et merite d' estre bien entendu, et est fondé sur vne proposition grande et vniuerselle, qui doit seruir et de fondement à nos discours, et de regle à nos moeurs.

Qve tovt ce qui est procedant de Diev, regarde Diev, et rend honnevr à Diev. Proposition si veritable, qu' elle a lieu mesme és personnes diuines, lesquelles se regardent et s' honorent mutuellement, et en ces relations et regards d' honneur et

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d' amour, est la subsistence et la vie de la tres-saincte trinité. Et si de ce haut-estat des processions diuines et immanentes nous descendons en la veuë des choses yssuës de Dieu, et existentes hors de Dieu mesme ; il est facile d' y remarquer en toutes la verité de cette proposition, et de recognoistre, qve ce qui est ainsi procedant, non de Dieu en Dieu mesme, mais de Dieu hors de Dieu, regarde et rend hommage et adoration à Dieu, adorant en sa condition creée, les grandeurs de l' estre increé.

Ainsi l' ordre des seraphins adore par son estat seraphique, qui est vn estat d' amour, l' amour increé dont il est emané. Ainsi l' ordre des cherubins adore par son estat, qui est vn estat de lumiere, la lumiere increée dont il est yssu.

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Ainsi l' ordre des thrônes adore par son repos et sa stabilité, le repos et la stabilité de Dieu en soy-mesme, et en ses propres perfections.

Ainsi l' estre et la vie des choses existantes et viuantes adore l' estre et la vie de Dieu, qui est sa cause et son principe. Ainsi les natures intellectuelles adorent comme telles la supréme intelligence, qui est Dieu, auquel appartient par essence de se veoir et cognoistre soy-mesme, et toutes choses en soy.

Mais comme toutes les choses creées procedent de Dieu comme Dieu, et non de Dieu comme pere, ou comme fils, etc... Aussi elles ne regardent que l' estre essentiel de Dieu, et ne manifestent que son essence, et non pas ses personnes : et par leur condition elles ne rendent hommage qu' aux perfections

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essentielles et communes des personnes diuines. Tellement que la naissance eternelle du fils de Dieu n' auoit rien hors de Dieu, et dans les creatures, proprement affecté à la loüer et adorer. Les anges l' adoroient par esprit et par cognoissance : mais non par estat et condition.

Les hommes l' ignoroient en l' obscurité de leur creance. Et chose si grande et si principale en Dieu, comme la paternité diuine et la filiation diuine, estoit sans cette propre et singuliere sorte d' hommage et de recognoissance : qui gist en pareil hommage à celuy que les choses creées rendoient aux perfections de la diuine essence, par l' estat et la condition de leur estre.

Mais il a pleu à Dieu d' establir en la terre ce diuin mystere de la naissance de Iesvs. Et par ce moyen

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il y a en la terre ce qui n' est point au ciel, et entre les hommes ce qui n' est point entre les anges : c' est à dire, il y a vne naissance nouuelle, et filiation admirable, qui a cela de propre et de singulier, qu' elle regarde non seulement l' estre essentiel, mais aussi l' estre personnel de Dieu. Et cette naissance est seule entre toutes les choses creées qui le regarde : et le regarde en vne singuliere et eminente qualité qui n' appartient qu' à elle.

Aussi rend-elle hommage, et hommage diuin à l' estre personnel du pere engendrant son fils : à l' estre personnel du fils engendré de son pere : et à la generation diuine qui par cette emanation interne lie le pere au fils, et le fils au pere, d' vne residence tres-intime, et d' vne vnité tres-adorable. Et au lieu que

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les choses creées ne regardent les perfections de Dieu que comme des vestiges, des ombres et des images de choses si diuines ; ce mystere de Iesvs naissant de sa tres-saincte mere, et cette naissance et filiation humaine, regarde et adore chose si grande, si propre, et si diuine, comme les proprietez personnelles, et les regarde en vne maniere grande. Car elle regarde et adore le pere, comme celuy qui est son origine et son principe (selon les propos precedents ; ) elle regarde le fils, comme celuy qui est son terme et sa subsistence ; elle regarde la naissance diuine que le fils a du pere, comme celle qui est sa cause et son exemplaire.

Iesvs donc porte ainsi en soy-mesme vn estat regardant et adorant son estat eternel : et auant

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sa naissance, il n' y auoit rien, ny en la terre, ny au ciel qui regardast proprement, qui exprimast parfaictement, et qui honorast diuinement le pere comme pere, et son fils comme fils en l' estat de sa naissance diuine, et de sa filiation eternelle. Et Iesvs est seul adorant par son estat les personnes et les emanations diuines que les anges adoroient bien au ciel par les actions de leur entendement et volonté : mais non pas de cette sorte d' adoration dont nous parlons, qui est bien differente.

Car nous parlons d' vne adoration qui est par estat, et non par action : d' vne adoration qui n' est pas simplement emanante des facultez de l' esprit, et dependante de ses pensées ; mais qui est solide, permanente, et independante des

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puissances et des actions, et qui est viuement imprimée dans le fonds de l' estre creé, et dans la condition de son estat. Et ainsi nous disons qu' auant cette naissance nouuelle, il n' y auoit rien qui fust par soy-mesme et par sa condition, ou naturelle, ou personnelle, adorant et rendant hommage à ces diuins obiects, et qui portast en son origine, en son estre et en son estat la relation, la marque et l' impression de chose si grande et si haute. Si la grandeur de cette proposition donne desir à quelqu' vn de la mieux penetrer et entendre, ie le supplie de considerer le fondement solide que nous auons posé, et de remarquer plus d' vne fois cette verité, qve tout ce qui est creé est procedant de Dieu, comme Dieu, et non pas de Dieu, comme

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pere, ny de Dieu, comme fils : et que par ainsi tout ce qui est creé regarde et honore l' estre essentiel, mais non l' estre personnel de Dieu. Car l' estre personnel, comme personnel, n' operant et n' imprimant rien de soy hors de la diuinité, il n' y a rien aussi dans la nature creée qui appartienne à la distinction, à la proprieté et à la singularité des personnes. Et choses si grandes et si émerueillables en la diuinité, comme d' estre pere d' vn dieu fils, et d' estre fils vnique et eternel de Dieu, n' ont rien ny en la terre ny au ciel, ny dans le temps, ny dans l' eternité, qui les regarde distinctement, et qui rende hommage par la proprieté de son estat, à la proprieté de ces deux personnes diuines, dont l' vne est pere, et l' autre

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est fils. Cela n' appartient qu' à cette seule naissance deriuée de la vierge, et à l' estat heureux et admirable de la maternité dont elle procede.

Car cette naissance, filiation et maternité, regardent l' estre et les proprietez personnelles de Dieu, en regardant le pere eternel, qui comme pere, donne son fils à cette humanité : et en regardant ce mesme fils, qui comme fils de Dieu, se fait fils de l' homme, et prend naissance en cette nature humaine.

Et comme cette seule naissance et la filiation humaine de Iesvs regarde l' estre personnel de Dieu : aussi cét estre personnel ne regarde proprement hors de soy-mesme que cette naissance ; en laquelle le verbe imprime diuinement sa propre personne en nostre humanité, et forme vne

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image viue, expresse et glorieuse de sa naissance eternelle, par vne naissance temporelle : et cette nouuelle naissance et filiation est l' vnique suject que le fils de Dieu comme fils, regarde hors de soy-mesme, et qu' il regarde comme sa viue image et son caractere, qui porte la ressemblance et l' impression de sa substance et de son emanation eternelle. Et à son exemple nous deuons ainsi contempler et regarder cette naissance et filiation nouuelle, comme vn fonds rare et precieux, et comme vn diuin suject auquel il imprime son estre, et represente sa grandeur personnelle. Et comme le pere eternel en son eternité produict son fils, et le produisant, le regarde comme sa viue image, et comme celuy auquel il communique

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son essence : ainsi le fils de Dieu operant ce mystere de l' incarnation au milieu de la terre, il se produit soy-mesme d' vne nouuelle production, en se faisant fils de l' homme, comme il est fils de Dieu : et se contemplant soy-mesme en ce mystere, se voit estre en vn nouuel estat, qui honore son estat eternel, et rend hommage à sa naissance diuine par sa naissance humaine.

Naissance en laquelle à la verité Dieu s' abbaisse, pour se faire fils de l' homme : mais en s' abbaissant, il éleue, il honore, il deïfie cette humble naissance ; et la rend digne d' estre sublimement, parfaictement et diuinement adorante sa naissance eternelle.

Voila l' estat de cette humble naissance deuant les yeux du pere des lumieres : voila sa condition

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à la veuë du ciel et des anges.

Estat et condition bien differente de ce qui paroist aux yeux des hommes, qui ne voyent que choses basses en chose si grande. Mais c' est la misere de la terre, qui a l' obscurité, l' aueuglement et les tenebres pour son partage. C' est le bon-heur du ciel, qui a les sources viues de toute lumiere dedans soy-mesme.

Et puisque nous receuons du ciel, et non de la terre cette lumiere mesme qui doit esclairer nos yeux : c' est du ciel que nous deuons receuoir la vraye lumiere qui doit esclairer nos esprits. C' est en la lumiere du ciel qu' il nous faut contempler celuy qui vient du ciel, et qui couure ses grandeurs de nos bassesses, ses lumieres de nos tenebres, pour estre, viure et traicter auec nous. En la veuë

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de cét obiect delaissons nos sens.

Esleuons-nous par dessus nous-mesmes.

Voyons l' estat et le comportement du ciel et des anges sur celuy qui prend naissance en la terre. Ils fondent en terre, rauis par la grandeur, tirez par la puissance de ce nouuel obiect. Ils quittent le ciel pour voir et adorer en terre vne grandeur qui n' est point dans le ciel. Ils se rendent suiuans et seruans en la terre vne majesté cachée et incogneuë en la terre : et voyent beaucoup plus de grandeurs en cette naissance, que nos sens n' y apperçoiuent pas d' abbaissements.

Imitons les anges, approchons-nous comme eux de ce diuin enfant. Voyons cette lumiere naissante, mais en sa lumiere : et nous verrons comme eux, que cette humble naissance de Iesvs

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prend son origine du sein du pere : nous verrons qu' elle est vne imitation en terre de la naissance eternelle, et vn estat appartenant et consacré à l' hommage de la naissance diuine. Et nous verrons que des causes si hautes et si grandes ne peuuent se terminer et aboutir qu' à choses grandes. Cette naissance donc si haute en son origine ; si éleuée en son obiect ; si sublime et si saincte en ses fins : cette naissance, dy-je, qui a pour son principe le sein du pere ; pour son exemplaire la naissance eternelle ; pour sa fin, d' estre vn estat adorant le pere en la generation de son fils, et le fils en son emanation du pere, sera grande en son estat et en ses effects, comme elle est grande en ses causes, en ses fins, et en son origine. Aussi voyons-nous

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que cette naissance se termine à la production d' vn Dieu-homme, et d' vn homme-Dieu ; non par grace, mais par nature ; non par operation, mais par communication de la diuinité ; non par inhabitation, mais par subsistence ; et non en vnion, mais en vnité de personne.

La lumiere et la puissance de la nature ne cognoist point vn plus grand miracle que l' homme.

Et aussi Dieu creant le monde, s' est arresté en sa production, comme au dernier et supréme de ses oeuures en l' ordre de la nature. Mais la lumiere et la puissance de la grace bien plus éleuée que celle de la nature : et Dieu mesme, autheur de la nature et de la grace, Dieu, dy-je, en l' estenduë de sa cognoissance, de sa lumiere, et

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de sa puissance ; ne cognoist point vn plus grand miracle que l' homme-Dieu, puisque Dieu mesme est enclos et compris dans le cercle et la circonference de ce miracle. Les anciens ont employé et desployé leur eloquence à celebrer les grandeurs et perfections de l' homme, et auec raison, puisque l' homme est vrayement vn grand miracle.

Car nous voyons en sa substance deux natures tres-differentes, vnies d' vne admirable façon : l' vne toute spirituelle, qui fait remuer mille choses sans se mouuoir, qui monte au ciel, et descend aux abysmes sans changer de place ; qui range dans le cabinet de sa memoire tout le monde, sans qu' il y tienne lieu ; qui conioinct tous les temps passez en vn, sans succession ; qui est toute en ce corps, et

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en chaque partie de ce corps, comme en son vniuers ; et qui est vne image de Dieu, et de la souueraineté et operation de Dieu en la terre. L' autre est corporelle, animale et sensible, par laquelle il vit, il sent, il imagine : et est vn abregé de cét vniuers en sa structure et en sa composition. Et de ces deux natures vnies ensemble, resulte vn excellent composé, qui a existence comme les elements, vie comme les plantes, sentiment comme les animaux, et intelligence comme les anges.

C' est le meslange le plus parfaict et le plus admirable qui soit en la nature, auquel il semble que Dieu ayt voulu faire vn abregé de ses oeuures, et reduire au petit pied la grandeur de son vniuers, ou plustost faire vn nouuel vniuers

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et vn petit monde. Petit monde qui enclost auec plus de merueilles toutes les perfections de ce grand vniuers ; petit monde qui porte au milieu de l' vniuers, comme vn abregé de Dieu en l' esprit de l' homme, et vn abregé du monde en la composition et structure admirable de son corps. Et ce meslange si parfaict est sans confusion de natures : car chacune demeure differente, et en son essence, et en ses puissances, et en ses operations : mais elles sont admirablement vnies en subsistence, et en l' vnité d' vne mesme personne, composée de deux natures si differentes.

Il me semble en ces pensées, que l' homme qui est à l' image de Dieu, par lequel il est faict, est encore l' image de l' homme-Dieu, par lequel il est refaict ; et que Dieu faisant

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l' homme, faisoit comme vn prelude du mystere de l' incarnation.

Et c' est pourquoy il s' applique en la production de l' homme d' vne autre maniere que pour faire ny le ciel ny la terre, ny aucune partie de cét vniuers. Il entre en son conseil, et en delibere auec soy-mesme. Il prend entre ses mains vne piece de terre, dont il le veut former, il la forme et la moule par soy-mesme, et non par ses anges.

Il y inspire l' esprit de vie, et y marque et imprime son image tres-parfaicte. Il le rend souuerain entre ses oeuures : et luy estant le seul Dieu eternel, inuisible et vniuersel ; il le met comme vn Dieu temporel, visible et particulier au milieu de ses oeuures.

Contemplant ce procedé de Dieu en la creation de l' homme, qui

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n' admirera le soin particulier qu' il a en ce seul ouurage, et qui ne s' estonnera de cét abbaissement de la grandeur de Dieu, qui se mesle deslors dans la bouë et la fange pour creer l' homme, et s' applique au limon de la terre ? Mais il passera à vn plus grand excez, et il se meslera plus auant en la fange de la terre : il s' y appliquera, il s' y meslera, il s' y enfoncera sans fonds et sans riue, et dira vn iour cette parole de son prophete, infixus sum in limo profundi, et non est substantia.

Car il s' vnira de si pres au limon de la terre, et à la fange de nostre nature, qu' il se fera luy-mesme terre et fange. Car il se fera chair, et la chair est terre en son yssuë, en sa substance, et en son origine, et Dieu a dit de l' homme, terra es, etc.., et l' appelle trois fois

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terre par son prophete. La chair donc est terre par la voix de celuy qui a fait et la terre et la chair, et qui a tiré la chair de la terre : or le verbe se fait chair : et par consequent le verbe se fait terre, et pour cette raison il se plaist dés la creation à prendre la terre entre ses mains, et à manier la terre à laquelle il veut s' vnir et incorporer vn iour.

Et aussi me semble-t' il que Dieu qui voit les choses futures dans les presentes, voyoit en cét oeuure de la creation, celuy de l' incarnation, et se plaisoit à penser au second Adam, en formant le premier, et à manier de ses mains cette piece de terre, dautant qu' en icelle estoit cette partie et portion de terre et de substance, qu' il vouloit vn iour viuifier de l' esprit de sa diuinité, et vnir à soy, en luy communiquant

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et imprimant, non sa semblance, mais son essence, sa subsistence et sa diuinité. Aussi y a-t' il vn grand rapport entre l' oeuure de la creation de l' homme et celuy de l' incarnation du verbe, comme entre deux excellents oeuures ; l' vn supréme en l' ordre de nature, l' autre supréme en l' ordre de la grace. Car comme en la creation de l' homme il y a meslange, il y a meslange aussi en l' incarnation : et le grand theologien s' escrie, o mixturam nouam. O temperamentum admirandum, ô temperament admirable, ô meslange nouueau. Meslange sans meslange, c' est à dire, sans l' imperfection du meslange.

Comme ce premier meslange est de deux natures, l' vne spirituelle, l' autre corporelle. Ce second meslange est de deux natures, et

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bien plus differentes ; l' vne diuine l' autre humaine ; l' vne creée, l' autre increée. Comme l' ame et le corps font vn composé, qui est l' homme : aussi de la diuinité et de l' humanité ioinctes ensemble, resulte vn diuin composé, qui est Iesvs. Et comme à l' homme sont appropriées les conditions et actions de ses deux natures differentes : aussi à l' homme-Dieu à nostre Emmanuel, sont appropriées les perfections, les qualitez et actions de ses deux natures, bien que si differentes.

Car Dieu est homme, est mesuré par le temps, est passible, est mortel, et est souffrant et mourant en vne croix : et l' homme est Dieu, est eternel, est impassible, est immortel : et rend cette humanité triomphante, glorieuse et immortelle pour iamais, et tous ceux qui

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luy rendront hommage sur la terre.

Comme Dieu a fait en l' homme vn abregé du monde et de soy-mesme : aussi a-t' il voulu faire en l' homme-Dieu en vne maniere bien plus excellente, vn diuin composé de l' estre crée et increé, vn abregé de soy-mesme et du monde, ou pour mieux dire, vn nouueau monde, et bien plus excellent : vn monde incomparable, le soustien, le salut, l' appuy et la fin du monde. Et en ce monde nouueau, incomparable et diuin, il fait non vn racourcissement, mais vne estenduë et diffusion de ses grandeurs et perfections diuines, où la profusion et la plenitude de la diuinité reluit singulierement, et s' y rend également aymable et adorable.

Pleust à Dieu que nous peussions

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auoir autant d' heur, d' eloquence et de lumiere en l' estat du christianisme, pour celebrer les grandeurs et perfections de l' homme-Dieu, que les anciens en ont eu en l' estat du paganisme, pour traicter des excellences de l' homme : mais il nous faut laisser ce suject aux esprits du ciel, qui par l' eminence de leur gloire et lumiere sont dignes de penetrer les singularitez de ce chef-d' oeuure de la grace et de la nature. C' est à nous en la bassesse de la terre d' honorer en silence la profondité de nos mysteres. C' est à nous à accompagner de sentiments et d' effects de pieté vne foy qui est plus forte, plus puissante, et plus éloquente en oeuures, que non pas en paroles : et qui s' est faite premierement cognoistre au monde

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par oeuures, par miracles, par souffrances ; que par discours, par suffisance, et par des paroles choisies.

C' est à nous en recognoissant la grandeur de Iesvs, et nostre petitesse, de nous contenter de dire en l' humilité et en la simplicité de la foy, qve l' homme est Dieu, c' est à dire, que l' homme est au poinct le plus haut et le plus esleué où la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, le puisse establir : que l' homme-Dieu est le centre de toutes les operations de Dieu hors de soy mesme : que l' homme-Dieu est le chef des oeuures du tout puissant : que l' homme-Dieu est vn diuin composé, où Dieu employe, applique et desploye les grandeurs et les perfections de sa diuinité, de sa majesté, de sa puissance. Composé

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sans meslange et sans confusion des deux natures, aussi parfaictement conioinctes comme si elles estoient meslangées, et aussi proprement consistantes en leurs proprietez naturelles, comme si elles estoient disioinctes. Composé qui a vnion, mais non vnité de natures ; et qui a vnité, et non pas vnion de personnes ; mais vnité de personne en diuersité de natures parfaictement et diuinement vnies ensemble. D' où viennent les manieres de parler vsitées entre les peres, receuës dans les escoles, publiées dans les chaires ; que la nature diuine est incarnée, que la nature humaine est deïfiée, que ses actions sont humainement diuines, et diuinement humaines ; humaines en la nature par laquelle elles sont produictes, diuines en la

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personne qui les produit par cette nature. D' où vient encore l' attribution tant celebrée en l' antiquité, et la communication reciproque d' effects, de qualitez, et de proprietez si differentes en vn mesme suject, qui est, qui vit, et qui agit aussi en deux natures si differentes ; et qui est muable en l' vne, immuable en l' autre ; patissant en l' vne, impassible en l' autre ; mortel en l' vne, immortel en l' autre. D' où vient en somme, que l' estat et la vie de Iesvs a tousiours ses abbaissements rehaussez des marques et des enseignes de la diuinité, pour faire cognoistre la grandeur de Dieu en la bassesse de l' homme ; et faire voir au monde, que comme ces deux natures, l' vne diuine, l' autre humaine, sont parfaictement vnies en Iesvs : aussi en Iesvs l' abbaissement

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est ioinct à la grandeur en tout le cours et en tous les diuers estats de sa vie. I' aime mieux reuerer vn suject si haut par vn sacré silence, que de le prophaner par mes conceptions basses, et mes foibles paroles. Les retenant donc par reuerence, et par abbaissement profond à choses si grandes, laissons parler, et escoutons le graue et grand theologien de l' antiquité, qui les traicte dignement, et qui les represente auec le poids de sa doctrine, et auec les fleurs et ornemens de son eloquence. Le fils de Dieu est né à la verité, mais il estoit engendré de toute eternité : il est né d' vne femme, mais d' vne femme vierge. Cela est humain, cecy est diuin : icy il est sans pere, là il est sans mere ; et l' vn et l' autre est diuin.

Il a esté porté dans le ventre de

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sa mere : mais il a esté recogneu par vn prophete, qui estoit semblablement dans le ventre de sa mere, tressaillant deuant le verbe eternel, pour lequel il estoit creé. Il a esté à la verité emmailloté : mais à sa resurrection il s' est despouïllé du suaire de sa sepulture. Il a esté posé en la creiche : mais il a esté honoré des anges, demonstré par l' estoille, et adoré des mages. Pourquoy t' offenses-tu de ce qui se voit, ne considerant pas ce qu' il a de spirituel ? Il a esté fugitif en Egypte : mais il a mis en fuitte les erreurs et idolatries des Egyptiens. Les Iuifs ne trouuoient en luy ny grace ny beauté : mais Dauid le dit estre le plus beau d' entre les fils des hommes : et il est sur la montagne brillant comme vn esclair, et plus lumineux que le soleil, y faisant paroistre

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quelque eschantillon de sa gloire à venir. à la verité il a esté baptisé comme homme : mais il a rompu les liens du peché comme Dieu : et nous commande d' auoir confiance en luy, comme en celuy qui a vaincu le monde. Il a enduré la faim, mais il a nourry des milliers d' hommes, mais il est ce pain de vie, mais il est ce pain descendu du ciel.

Il a eu soif, mais il a dit à haute voix, si quelqu' vn a soif, qu' il vienne à moy, et qu' il boiue : et il a promis à ceux qui croiront qu' il fera sortir d' eux des fontaines d' eau viue. Il a esté lassé du trauail, mais il est le repos de ceux qui sont trauaillez et chargez. Il a esté appesanty du sommeil, mais il est leger sur les eaux, mais il commande aux vents, mais il releue sainct Pierre se submergeant dans les eaux. Il paye le

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tribut, mais par vn poisson, mais il est le prince de ceux qui exigent les tributs. On l' appelle samaritain, il est tenu pour demoniaque, mais il redonne la santé à celuy qui descendant de Hierusalem estoit tombé entre les mains des voleurs ; et les diables le recognoissent et confessent, et il les chasse, et fait precipiter en mer des legions d' esprits, et regarde le prince des demons tombant du ciel comme vn foudre. Il est lapidé, mais il n' est point atteint ny offensé. Il prie, mais aussi il exauce les prieres des autres. Il jette des larmes, mais il appaise nos larmes.

Il demande où l' on a mis le Lazare (car il estoit homme) mais il resuscite le Lazare de mort à vie, car il estoit Dieu. Il est vendu à la verité à trop vil prix, pour trente pieces

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d' argent, et cependant il rachepte le monde d' vn prix inestimable, c' est à dire, de son propre sang. Il est mené à la boucherie comme vne pauure brebis, mais il nourrit et repaist Israël, et encore tous les iours tout le monde. Il s' est teu comme vn agneau, mais luy-mesme est le verbe, annoncé par la voix de celuy qui crioit au desert.

Il a porté nos langueurs, et a esté couuert de playes, mais il guarit toute playe, et oste toute langueur.

Il est esleué sur le bois, et y est attaché, mais il nous restablit par le bois de vie, mais il a sauué le larron pendant en croix auec luy, mais il couure de tenebres tout ce qui est visible. Il est abbreuué de vinaigre, et repeu de fiel ; et qui est celuy-la ? Celuy mesme qui a changé l' eau en vin, et a adoucy les eaux

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ameres, luy qui est la mesme douceur, et l' obiect de tous nos desirs. Il donne sa vie, mais il a le pouuoir de la reprendre derechef, mais le voile du temple est rompu (car les secrets furent lors descouuerts) mais les pierres se fendent, mais les morts sont resuscitez. Il meurt, mais il donne la vie, et par sa mort il estouffe la mort. Il est mis au sepulchre, mais il resuscite. Il descend aux enfers, mais il en retire les ames, et remonte aux cieux, et doit venir iuger les viuans et les morts, assisté de ses anges, et assis au thrône de sa majesté.

Voila l' homme que le pere eternel nous a donné en l' excez de son amour, et en l' extremité de nos malheurs. Voila le second Adam bien different du premier. Voila vrayement l' Adam duquel nous

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auons besoin en nos miseres pour les guerir ; en nos debtes pour les payer ; en nos indigences pour les remplir ; en nos iniquitez pour les effacer ; en nos deuoirs pour les accomplir.

Le premier estoit sainct à la verité, mais il n' a gueres perseueré en sa saincteté, et celui-cy est sainct, est tousiours sainct, et est le sainct des saincts. Le premier pouuoit ne point pecher : mais le second ne peut pecher, et est impeccable par vn si haut principe, et vn moyen si haut comme est l' vnion hypostatique, qui donne en la personne du verbe à sa nature humaine, le mesme droict qui rend Dieu impeccable. Le premier en sa grace ne pouuoit tirer aucun de ses enfans de l' estat du peché, voire d' vn seul peché, et du moindre peché : et le second tire

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ses peres et enfans, tire le premier Adam mesme, qui est source de peché, et nous tire tous hors de peché, et d' autant de pechez qu' il y en pourroit auoir en l' eternelle durée d' vn monde, tant cette source de vie, de grace, de saincteté est source viue, puissante et efficace.

Le premier Adam n' a point eu le don de stabilité en grace, ny pour soy, ny pour aucun des siens : mais le second Adam donne à ses esleus le don de stabilité et de perseuerance, et les establira vn iour dans vne saincteté perdurable à iamais, et les rendra durant toute vne eternité tous impeccables à son exemple. Bref le premier Adam par sa faute a esté cause de la ruine de tous ses enfans, et de la sienne propre. Et le second Adam est cause de la vie, de la

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gloire, de l' immortalité de tous ceux qui le veulent recognoistre et reclamer pour pere : et d' immondes, nous sommes tous nettoyez en luy ; de morts, resuscitez en luy ; de coulpables, iustifiez en luy ; de perdus, sauuez en luy, qui est nostre salut, nostre vie, nostre iustice. Benit soyez-vous, ô grand Dieu, de nous l' auoir donné ! Benit soyez-vous encore de nous l' auoir donné par voye de naissance, afin que par naissance le monde possedast en luy-mesme son sauueur, vostre fils vnique, ainsi que vous le possedez en vous-mesme par naissance.

Benit soyez-vous en cette double naissance de vostre fils vnique, naissant en vous, et naissant hors de vous, naissant de vous par cognoissance en vostre sein paternel, et naissant par vous et par amour

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au sein maternel de la vierge. Benit soyez-vous aux grandeurs et aux abbaissements de cette seconde naissance. Benit soyez-vous en la puissance adorable de cette humble naissance. Puissance humblement, secrettement et diuinement cachée dans l' enfance et dans l' impuissance, et dans l' enfance de celuy, qui factus est tam paruus vt ederetur à foemina, sed est tam magnus vt non separetur à patre. Puissance qui dans cette impuissance fait vn plus grand effect que dans tous les effects visibles de sa grandeur et de sa puissance. Puissance qui dans cette impuissance fait le plus grand effort à la nature, forme le plus grand estat en la grace, et accomplit le plus grand et le plus eminent ordre qui soit possible au monde. Puissance qui dans cette

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impuissance fait le plus grand effect de la nature et de la grace : ie dis de la nature de Dieu mesme, et de la grace essentielle et increée. Car l' estre, la puissance, la nature de Dieu ne fait et ne fera iamais aucun oeuure plus grand et plus miraculeux que celuy qui est fait par cette naissance. Et la grace essentielle, qui est Dieu mesme, ne communiquera iamais vne plus grande grace que la grace personnelle du verbe eternel subsistant en nostre humanité. ô puissance admirable ! ô puissance heureusement et diuinement ioincte à l' impuissance ! ô tres-puissante et tres-adorable impuissance de la naissance et enfance de Iesvs, en laquelle nous auons vn homme-Dieu, et vn enfant-Dieu, vne vierge-mere de Dieu, et vn accomplissement

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de la paternité du pere au regard de son fils vnique, luy donnant pour vn iamais la puissance et authorité sur luy, qu' il n' auoit point dans son eternité ! Nous adorons vne trinité de personnes en la diuinité, mais nous auons à adorer vne trinité d' effects et de grandeurs en ce mystere : car la naissance de Iesvs aggrandit l' homme en le faisant Dieu, aggrandit la vierge en la faisant mere de Dieu ; et si on peut vser en vn certain sens de cette parole, elle aggrandit le pere eternel, en sa couronne, en son estat, et en l' estenduë de son pouuoir, luy donnant puissance, non sur vn monde, mais sur le souuerain, et le sauueur du monde, son fils vnique, homme et Dieu tout ensemble.

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Cette trinité de grandeurs est remarquable en cét oeuure de la trinité saincte, qui se plaist d' imprimer son vestige, sa marque et son impression dans ses oeuures, à proportion de leur dignité ; et qui operant celui-cy comme le chef de ses oeuures, y met sa marque particuliere, en imprimant cette trinité de grandeurs en cette humble naissance de Iesvs. De ces trois poincts, nous auons exposé le premier. Reste à deduire, comme ce mystere qui abbaisse le fils de Dieu, et aggrandit l' homme, aggrandit la vierge et l' estat du pere eternel, et est vrayement vn mystere de grandeurs cachées dans l' abbaissement de la naissance et de l' enfance de Iesvs.

Pour esclaircir donc le second poinct, et pour honorer de nos

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pensées vn estat si digne d' honneur, comme celuy de la maternité de la tres-saincte vierge : estat que Dieu honore, et par soy-mesme, et par la naissance et dépendance de son fils, et par les plus grands effects de sa grace et puissance : novs auons à considerer comme il y a trois feconditez diuines, remarquables dans les secrets et mysteres de nostre foy. La fecondité du pere eternel engendrant son fils dedans soy-mesme, son fils egal à luy, eternel comme luy, et Dieu comme luy. La fecondité du pere et du fils produisans le sainct esprit, et terminant en la diuinité les emanations diuines.

La fecondité de la tres-saincte vierge engendrant nouuellement le mesme fils vnique de Dieu, et produisant vn homme-Dieu au

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monde. Ces trois feconditez sont origines de trois processions vrayement et substantiellement diuines et admirables : celle du fils, par la cognoissance du pere : celle du s..

esprit, par l' amour du pere et du fils : et celle du mesme fils encore, hors le sein du pere en nostre humanité, par le sacré mystere de l' incarnation, qui s' accomplit au sein de la tres-saincte vierge. Procession nouuelle, mais diuine : procession du fils engendré en sa mere, et sortant de sa mere : procession qui se fait par amour, et par l' amour personnel de la tres-saincte trinité, qui est le s.. esprit. Car c' est par amour que le pere enuoye son fils au monde pour s' incarner : c' est par amour que ce mesme fils se donne et liure au monde par cette naissance : et c' est l' esprit et la

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personne d' amour produict par le pere et par le fils, que le pere et le fils enuoyent et employent à rendre la tres-saincte vierge feconde et puissante à produire vn homme-Dieu au monde : afin que l' amour qui termine la fecondité de Dieu en Dieu mesme, termine aussi la fecondité la plus haute, la plus sublime, et la plus diuine qui soit hors les emanations internes de la diuinité. Et comme de l' amour du pere et du fils procede cette personne d' amour, apres laquelle il n' y a point de personne ny de procession en la trinité : aussi de l' amour du mesme pere enuoyant, et du mesme fils se donnant au monde, procede ce mystere d' amour, qui ne peut estre suiuy d' aucun oeuure ou mystere qui le surpasse dans l' estat des

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oeuures de la diuinité : et lequel est si haut, si grand et si diuin, qu' il n' y a point d' oeuure qui l' égale, il n' y en peut auoir qui l' excede, et il n' y en aura jamais qui l' approche que de distance vrayement infinie.

I' ay dit notamment qu' il y auoit trois processions, comme il y auoit trois feconditez. Car encore qu' il n' y ait que deux personnes procedantes, l' vne procede et naist en deux façons ; et ainsi il y a trois processions, dautant que la seconde personne procede en deux manieres, sçauoir est par cognoissance en la diuinité, et par amour en l' humanité. Tellement que cette procession seconde du verbe eternel, est suiuante et imitante en la terre la seconde procession eternelle, qui est procession d' amour, et procession du sainct esprit. Et

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ce tres-haut mystere que nous traitons, regarde, imite et honore en deux sens differents, les deux processions immanentes et eternelles qui sont en la diuinité : celle du verbe, comme il est dit amplement ailleurs : celle du sainct esprit comme il appert maintenant. Et le fils vnique de Dieu ayant à naistre vne seconde fois, est naissant par amour en la tres-saincte vierge, de la substance de la vierge, comme il est naissant par cognoissance au sein du pere, de la substance du pere. Et la vierge reçoit du pere eternel ce pouuoir admirable, de donner naissance à Dieu en la nature humaine ; de donner vn nouuel estre à l' eternel et immuable ; de donner dans le cours des siecles, existence à celuy qui est existant en l' eternité ; et de donner

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en la terre vie au fils, qui est viuant, et estoit viuant dans le ciel par le pere. Pouuoir que la tres-saincte vierge reçoit du pere eternel, qui la remplit d' vne fecondité diuine, celeste et admirable, afin qu' elle puisse produire en la terre celuy qui est au ciel ; qu' elle puisse conçeuoir en son sein celuy qui est au sein du pere ; et qu' elle puisse estre mere de celuy qui a Dieu mesme pour son pere.

Cette fecondité de la tres-saincte vierge est raisonnablement associée et comparée à la fecondité diuine : car elle est vne imitation parfaitte de la fecondité que nous adorons en l' estre diuin, comme il appert en ce que l' vne et l' autre fecondité se termine à Dieu, et vne mesme personne diuine est le terme procedant, est le terme accomplissant

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ces deux sortes d' emanations et generations differentes, par lesquelles le mesme verbe et mesme Dieu qui est engendré du pere auant les siecles, est engendré de la vierge Marie en la plenitude des siecles. D' où vient que cette fecondité de la tres-saincte vierge a deux prerogatiues et excellences singulieres : car en Iesvs elle se termine au plus grand estat qui puisse conuenir à la nature creée, c' est à dire à l' estat de l' vnion hypostatique : et en la vierge elle forme et constituë la plus grande qualité et dignité qui puisse conuenir à vne personne creée, c' est à dire la qualité et dignité de mere de Dieu, puis qu' elle la rend mere de Iesvs qui est Dieu. De sorte que et la natvre creée et la personne creée, c' est à dire tout ce

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qui est remarquable en l' ordre des substances creées, et ce qui le partage en son estre, est par l' abbaissement de cette naissance, éleué conioinctement, bien que diuersement, au plus haut poinct où vn estre creé puisse estre estably : c' est à dire, la nature humaine dans la subsistence diuine, et la personne humaine dans la maternité diuine.

Et cette double grandeur de la natvre humaine, et de la personne humaine qui s' accomplit en ce mystere, est vn double effect de cette humble naissance de Iesvs en la terre : car Iesvs naissant est fils de l' homme, et a vne vierge pour sa mere : et Iesvs estant fils de Dieu, cette vierge est mere de Dieu ; mere, dy-je, non simplement d' vn homme, qui par apres deust estre Dieu, mais de cét homme qui

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est homme-Dieu au mesme instant qu' il est conçeu. Et ainsi le sacré ventre de la vierge est le lieu sainct, le temple sacré, et le paradis celeste, auquel la plenitude de la diuinité habite corporellement ; auquel le verbe prend naissance et nature humaine ; auquel Dieu se fait homme, et l' homme deuient Dieu ; et auquel s' accomplit le tres-haut mystere de l' incarnation, et le secret ineffable de l' vnité d' vne personne diuine en deux natures si differentes : par laquelle vnité l' homme est Dieu, le fils de l' homme est fils de Dieu ; et la vierge en qualité de mere de ce fils de l' homme qui est fils de Dieu, et qui est Dieu comme son pere, est mere de Dieu, qui est la plus grande qualité où puisse estre éleuée vne personne creée.

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Ce poinct merite vn discours à part, et vn discours entier, traictant amplement l' estat et les grandeurs, la suitte et les effects de cette maternité diuine. En attendant qu' vn plus grand loisir me le permette, disons en peu de mots : qve cette maternité de la tres saincte vierge prend son origine, son lustre et son authorité de la paternité diuine de celuy, à quo omnis paternitas in coelo et in terra nominatur.

Car il est pere de celuy dont la vierge est mere : qve comme cette qualité de pere nous est diuinement rapportée dans les escritures, sous ce titre et ce nom adorable de paternité : aussi cette qualité de mere qui adore, qui imite, qui represente le pere eternel, est raisonnablement exprimée par ce titre honorable de la maternité

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diuine : qve comme toutes les merueilles de la naissance diuine du fils de Dieu sont encloses en la paternité diuine, comme en leur centre et en leur origine : aussi les merueilles de la naissance humaine de ce mesme fils de Dieu sont comprises en la maternité diuine, comme au poinct et en l' origine d' où elles naissent, et où elles se rapportent. Disons en somme, que cette maternité est vne qualité si haute et si éminente, qu' elle ne regarde que Dieu au dessus de soy, et tout le reste bien inferieur à soy.

Que c' est vne qualité si saincte, que elle suppose vne grace toute singuliere, vn comble de grace, et vne grace toute pleine de priuileges. Que c' est vne qualité si rare, qu' elle est vnique en la terre et au ciel : car la terre porte plusieurs enfants

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adoptifs de Dieu, et le ciel est remply de saincts et d' anges qui sont enfants de Dieu : mais le ciel et la terre ne porte qu' vne mere de Dieu. Elle est vnique et singuliere en cette qualité, comme il n' y a qu' vn fils vnique de Dieu au monde : et comme il n' y a entre les personnes diuines qu' vne personne increée qui porte la qualité de pere ; aussi entre toutes les personnes creées establies en l' ordre de nature, de grace et de gloire en la terre et au ciel ; il n' y a qu' vne personne creée, il n' y a que Marie qui ayt la qualité de mere au regard de Dieu, et qui soit mere de celuy dont Dieu est pere.

Qvalité si haute, si rare, et si saincte, que nous ne la pouuons assez admirer. Qualité si diuine, qu' elle approche Dieu de si pres, et l' approche

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tellement en qualité de mere, qu' elle le conçoit, le contient, le porte, et l' engendre en soy-mesme, et hors de soy-mesme, le donnant au monde : et le donnant conioinctement auec le pere eternel, comme mere, et (si en l' vnité de personne l' vsage de ce terme nous est permis) mere par indiuis de celuy dont il est eternellement pere.

Que diray-je de vous, ô vierge saincte ? Dieu vous fait mere de celuy dont il est pere ! Dieu vous esleue, et en la terre il vous fait mere sans pere, de celuy dont il est au ciel le pere sans mere ! Dieu vous associe auec soy-mesme au plus grand de ses oeuures ; en la seconde emanation et generation de son fils ; en l' incarnation de son verbe ; en la naissance de Iesvs ; et vous associe auec soy d' vne societé

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si noble et si grande, qu' en la face du ciel et de la terre, comme par vn respect et honneur incomparable, il rend le plus grand de ses oeuures, et le plus haut de ses mysteres, c' est à dire, l' incarnation, dépendante de vostre consentement.

Il demande, il attend, il reçoit ce consentement par le rapport de son ange. Il n' accomplit sa volonté, et sa volonté la plus haute et la plus grande qu' il aura iamais, qu' apres qu' il aura receu le tesmoignage de vostre volonté adherante à ce sien vouloir.

Il attend cette humble parole, ecce ancilla domini, et ce puissant fiat de vostre bouche. Fiat beaucoup plus puissant en son yssuë et en son effect, que celuy que Dieu a prononcé en la creation de l' vniuers : car si celuy-là lors a fait le

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monde, celuy-cy maintenant fait l' autheur du monde. Que diray-je de vous, ô vierge saincte ? Vous entrez en vostre neant, lors que Dieu vous éleue à ses grandeurs ! Vous vous declarez seruante de celuy dont il veut que vous soyez mere ! Et en cét abbaissement vous donnez vostre consentement au vouloir du pere eternel entre les mains de l' ange, et vous conceuez le tres-haut au tres-grand acte de vostre humilité ! Ce consentement ainsi donné, ainsi rapporté, et ainsi accepté du pere eternel, par la puissance du tres-haut vous estes mere de Iesvs ; vous estes le paradis du second Adam ; vous estes le temple animé de Dieu incarné ! Vous estes l' ample habitation de celuy qui est incomprehensible ! Qualitez grandes,

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pouuoirs admirables, effects rares et singuliers ! Et toutesfois choses si grandes et si diuines sont les suittes et les effects d' vne chose si basse, comme l' humble naissance de Iesvs en la terre et en la creiche.

Car si Dieu n' estoit point enfant, et naissant de la vierge, ce grand estat et cette qualité rare de mere de Dieu ne seroit point au monde. Et partant l' estat le plus grand qui soit absolument dans le ressort de la souueraineté et puissance du fils de Dieu incarné, n' est et ne subsiste que par cette humble naissance ; c' est à sçauoir, l' estat et la qualité de mere de Dieu. Car s' il n' est pas fils, elle n' est pas mere, et il n' est fils que par cette humble naissance et enfance qui le rend fils de l' homme, fils de la vierge, comme il est fils

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de Dieu, fils du pere eternel. Que si le verbe n' estoit point incarné, ou si le diuin mystere de l' incarnation s' accomplissoit par voye de grandeur et de puissance, et non pas de naissance et d' enfance, ou Iesvs ne seroit point au monde, ou bien Iesvs fils de Dieu, ne seroit point fils de l' homme : et la vierge ne seroit point la mere de Iesvs, fils de Dieu, et Dieu en sa personne. Et par ainsi cette qualité de mere de Dieu n' a son existence que dans le mystere de l' incarnation, et a sa dépendance dans le verbe incarné, et dans le verbe incarné par naissance. Donc cette humble naissance qui se fait en la terre, en Nazareh, en la creiche, establit cette grande et eminente qualité de mere de Dieu, et est la source et l' origine de la grace et

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appennage adjoint à cette qualité : et par ainsi la plus grande emanation de grace procedante de Iesvs, issuë de son amour, meritée par sa croix, communiquée par sa puissance, qui est la grace adiointe et reseruée à la qualité de mere de Dieu ; ne seroit point existante dans les thresors de la puissance de Iesvs, et dans l' ordre accomply de sa grace et de sa gloire : et le verbe incarné seroit priué du plus haut poinct de son estat, du plus beau fleuron de sa couronne, et de la plus eminente dignité qui releue de sa puissance.

Recognoissons doncques que chose si grande, si haute, et si intime à Iesvs, comme la qualité de mere de Dieu, est dépendante et adherente à son humble naissance.

Ce qui me fait admirer dauantage

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la puissance de Iesvs au mystere de sa naissance, que la puissance de Iesvs au mystere de sa croix. Car en souffrant et en mourant, il fait des enfans adoptifs : mais en naissant il fait vne mere de Dieu, qui en l' eminence de sa qualité, et en l' excez de ses graces, porte vne dignité plus grande, plus haute, et plus conioincte à Dieu, que celle qui est comprise dans tout l' estat, et dans l' estenduë de la filiation adoptiue. ô puissance admirable de l' humble enfance et naissance de Iesvs ! ô puissance admirable de cette impuissance de l' enfant Iesvs, qui se faisant petit et enfant, fait le plus grand effect et le plus grand estat qui soit en l' ordre de la nature de la grace et de la gloire, entant qu' il forme et establit l' ordre et l' estat

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de mere de Dieu ; et par consequent establit cette sorte de grace et gloire excellente qui conuient dignement, et est propre à celle que Dieu mesme rend digne mere de Dieu ! Ordre distinct et separé de tous les ordres qui sont entre les anges et entre les saincts ! Ordre qu' elle remplit seule, et auquel elle est vnique, comme le fils de Dieu est vnique en l' ordre et en l' estat de l' vnion hypostatique ! Ordre qui contient vne plus grande grace et gloire que celle qui est comprise dans tous les ordres du ciel et dans tous les estats des esprits bienheureux ! Ordre le plus excellent qui puisse estre apres l' ordre et la dignité supréme de l' vnion hypostatique reseruée au fils vnique de Dieu ! Ordre qui suit de pres cette vnion diuine et personnelle, qui a

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ses fondements en elle, et qui luy est conioinct pour iamais ! Mais comme c' est par sa seule puissance, et non par impuissance, que Dieu se fait petit ; c' est par puissance qu' il se fait humble ; c' est par puissance qu' il se fait naissant et enfant ; c' est par puissance qu' il patit, qu' il gemit, et qu' il est enueloppé de bandelettes.

Aussi dans ses abbaissements et impuissances, il y a vne puissance secrette et admirable : et s' il m' est permis de comparer ce qui est incomparable, il me semble que ie trouue et adore vne plus grande puissance en sa naissance qu' en sa souffrance ; en la creiche qu' en la croix ; en Nazareth, qu' au caluaire. Car la puissance du caluaire et de la croix fait des enfans adoptifs de Dieu : mais l' oeuure et la puissance de Nazareth et de

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l' estable de Bethleem, fait vne mere de Dieu au monde. Et si le fils de Dieu eust voulu estre et souffrir au monde sans y prendre naissance d' vne femme, il y auroit des enfans de Dieu, mais il n' y auroit point de mere de Dieu en la terre ny au ciel. Ne separons point en nos pensées ce que Dieu a conioinct en ses effects. Benissons celuy qui a voulu naistre et souffrir tout ensemble, et voulu conioindre en sa propre personne ces deux pouuoirs diuins, secrettement cachez dans l' impuissance et dans l' abbaissement de sa mort et de sa naissance. Et seruons, aymons, adorons Dieu mort, et Dieu naissant pour nostre amour au monde.

En ces pensées, ô vierge bienheureuse, ô vierge saincte, nous recognoissons trois sejours et habitations

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singulieres du verbe diuin : l' vne au sein paternel, de toute eternité : l' autre au sein maternel, en la plenitude des siecles : et la troisiéme, en nostre humanité pour toute eternité. Et reseruans à vne autre fois les autres sejours du verbe diuin, adorons-le en vostre sein et en vos flancs par ce mystere : contemplons les secrets qui se passent en vous et en vostre corps immaculé, ô vierge saincte. Car Dieu veut estre et habiter en vous d' vne façon eminente et singuliere, distincte de celle par laquelle il habite en la terre et au ciel, en la grace et en la gloire. Et il veut habiter en vous par le sacré mystere de l' incarnation : et il veut estre auec vous selon cette parole de l' ange, dominus tecum, et par vous

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auec nous : car en vous il s' allie à nostre humanité, et par vous il se fait homme, et habite entre les hommes. Penetrons cecy, et voyons comme en vn mystere il y a trois mysteres, tant il est fecond : et comme en la naissance de Iesvs naissent trois alliances signalées et importantes du verbe eternel.

Celle de la nature diuine auec la nature humaine en laquelle il se fait homme : celle de la personne diuine du verbe eternel à la personne humaine de la tres-saincte vierge, en laquelle il la fait sa mere en se faisant son fils, et par consequent s' est fait fils de l' homme : celle qu' il veut auoir auec nous et tout le genre humain, en laquelle il se fait le redempteur des hommes, en prenant vne chair deriuée de nous ; vne chair semblable

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à la nostre ; vne chair semblable à la chair du peché ; vne chair passible et mortelle, en laquelle il est la victime des hommes. Par la premiere alliance Dieu est homme, et l' homme est Dieu. Par la seconde le fils de Dieu est fils de l' homme, et le fils de l' homme est fils de Dieu.

Par la troisiéme le fils de Dieu et de l' homme est la victime des hommes, et l' agneau de Dieu effaçant les pechez du monde. Ces trois poincts, ces trois estats, et ces trois alliances sont distinctes et differentes l' vne de l' autre : car Dieu pouuoit ne se faire pas homme ; Dieu pouuoit estre homme sans estre fils de l' homme : Dieu pouuoit prendre naissance et se faire fils de l' homme sans pâtir et mourir pour les hommes ; mais son

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amour la porté à ces excez, et il a voulu se faire homme, fils de l' homme, et la victime des hommes : et en vous, ô vierge saincte, il a voulu contracter toutes ces alliances.

Car c' est en vous qu' il prend l' humanité et se fait homme : c' est en vous, et de vous, qu' il se fait fils de l' homme : c' est en vous, et de vous, qu' il prend cette chair en laquelle il veut pâtir et mourir pour les hommes : c' est en vous qu' il reçoit l' ordonnance du pere eternel de souffrir et mourir pour les hommes : et c' est en vous et en vos flancs qu' il a accepté ce vouloir et cette ordonnance du pere, et qu' il a fait la premiere offrande et oblation de soy-mesme à la croix et à la mort. Oblation commencée en vous et en vos entrailles, comme en vn temple sacré, et sacré par

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Iesvs mesme viuant en vous et de vous. Oblation non iamais interrompuë, iusques à ce qu' elle ayt esté effectuée et consommée au caluaire. Oblation qui est accomplie, vous estant presente et assistante à la croix, afin que la premiere et la derniere oblation de Iesvs soit honorée de vostre presence et assistance, et que comme elle a commencé en vous, elle se termine aupres de vous. Car aussi elle se consomme et accomplit en ce corps precieux qui est tiré de vous, et qui a fait partie de vostre substance, et qui vous est beaucoup plus chere et precieuse en Iesvs, qu' elle n' estoit en vous-mesme, et que n' est pas ce corps sainct et venerable que vous animez, et duquel celui-cy a esté tiré par la toute-puissance de la

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diuinité. ô corps tousiours sainct, tousiours venerable ! ô corps faisant auparauant partie du corps de Marie, et maintenant corps animé de l' esprit de Iesvs ! ô corps sainct en vous ; mais source de saincteté en Iesvs ! ô substance pure et immaculée en vous ; mais origine de pureté en Iesvs ! ô corps sanctifié en vous ; mais deïfié en Iesvs ! ô corps venerable en vous ; mais adorable en Iesvs ! ô corps aymé de vous, et vrayement aymable entant qu' il faisoit partie de vous, et estoit animé de l' ame la plus saincte qui fust au monde ; mais bien autrement aymé de vous lors qu' il est animé de Iesvs, et viuifié de l' esprit de sa diuinité ! Ce corps est tousiours sainct, tousiours pur, tousiours vostre ; mais beaucoup plus sainct,

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beaucoup plus pur, beaucoup plus vostre quand il est corps du verbe diuin, que quand il est partie de vostre corps. En ce corps ainsi vostre et ainsi diuin, Iesvs fait et consomme son oblation en la croix, et vous conspirez d' esprit d' amour et de souffrance en cette oblation, souffrant par esprit, par amour, et par pieté ce qu' il souffre par le fer, par la lance et par la croix. Mais laissant la croix et le caluaire pour vne autre fois, et retournant en Nazareth et en la creiche : que diray-ie de vous, ô vierge saincte, et des secrets qui se sont passez en vous ? Que diray-je de vous, et de l' estat heureux et permanent à toute eternité, auquel vous entrez par cette humble naissance de Iesvs : de Iesvs, dy-je, naissant en vous et

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naissant de vous ? Vous portez en vous-mesme celuy qui porte toute chose, vous contenez celuy qui contient tout, et vous auez enclos en vous l' incomprehensible ! Celuy qui est tout habite en vous, et fait partie de vous-mesme : car l' enfant enclos dans le ventre de la mere fait partie de la mere, vit de la substance de la mere : et par ainsi, ô merueille ! ô abysme ! Celuy qui est resident au pere eternel est residant en vous : celuy qui vit en son pere de la substance du pere, vit en vous, et vit de vostre substance : celuy qui est en son pere sans estre partie du pere, est en vous, et fait partie de vous : et vous comme partageant auec le pere eternel, vous auez par indiuis auec luy celuy-la mesme pour vostre fils qui a Dieu pour son pere. ô grandeur

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supréme ! ô dignité infinie ! ô amour incomparable ! ô societé tres-aimable ! ô priuauté ineffable ! Que vous approchiez, ô vierge saincte, et de si pres la diuinité ! Que vous l' approchiez si honorablement et familierement, si amoureusement, et diuinement ! Car qu' y a-t' il de plus intime et de plus conioinct au fils que la mere, et au fils de Dieu que la mere de Dieu qui le conçoit dans soy-mesme, qui le porte dans ses entrailles, qui l' enclost et comprend en soy, comme partie, et partie si noble de soy ; voire la partie la plus noble de soy-mesme ? Car l' estat de mere a ce priuilege en la nature, d' auoir et de porter double esprit, double coeur, double vie en vn mesme corps. Et l' estat de mere de Dieu donne ce priuilege à la vierge

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par nature et par grace, d' auoir Iesvs en soy, et de l' auoir comme partie noble de soy : et d' auoir l' esprit, le coeur, et la vie de Iesvs si intime, si conioinct à son esprit, à son coeur, et à sa vie, qu' il est l' esprit de son esprit, le coeur de son coeur, et la vie de sa vie. ô grandeur ! ô excez ! ô abysme ! ô excez de grandeurs ! ô abysme de merueilles ! Vous donnez vie à Iesvs, car il est vostre fils : vous receuez vie de Iesvs, car il est vostre Dieu : et vous estes ainsi donnant et receuant vie tout ensemble. Et comme le verbe diuin est receuant et donnant tout ensemble estre, vie et gloire en l' eternité, la receuant du pere, la donnant au sainct esprit : ainsi vous, ô vierge saincte, qui auez l' honneur d' estre la mere du verbe incarné : vous, dy-je,

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à son exemple et imitation, vous estes receuant et donnant vie tout ensemble : vous estes donnant vie à Iesvs, et receuant vie de Iesvs.

Vous donnez vie à Iesvs, animant de vostre coeur et de vostre esprit le coeur et l' esprit de Iesvs.

Et vous receuez du coeur et du corps de Iesvs viuant et residant en vous, vie en vostre coeur, en vostre corps et en vostre esprit tout ensemble. Mais ie descouure vn secret bien plus grand, et vn poinct plus profond, plus estrange et plus admirable. L' oseroit-on penser ? L' oseroit-on proferer ? Eloquar an sileam ? Les esprits qui s' offensent de la pieté et deuotion proposée enuers la mere de Dieu, le pourront-ils porter ? Ou bien faut-il pour les ames foibles en vertu et en lumiere,

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obmettre les veritez hautes et grandes, et en priuer les ames fortes et capables d' adorer Dieu en ses secrets, en ses grandeurs, et en ses merueilles ? Disons donc qu' en ce flux et reflux admirable de vie et d' amour, qui est entre Iesvs et Marie, entre ces deux personnes si nobles et si conioinctes, et les plus nobles et les plus conioinctes apres les personnes diuines et eternelles, et conioinctes diuinement en l' estat de l' humble et secrette naissance de Iesvs en la vierge ; la vierge comme mere donne vie à Iesvs ; et en l' engendrant et conceuant, elle luy donne vne vie receuë et fondée en l' existence et subsistence increée.

Vie incomparablement plus haute et plus diuine que n' est pas celle qu' elle reçoit de Iesvs mesme. Car

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elle interuient à l' vnion de la diuinité auec l' humanité : elle donne vie humainement diuine à Iesvs : elle donne vie nouuelle à Dieu, elle fait que Dieu est homme, et l' homme est Dieu : elle engendre vn viuant, diuinement viuant, et diuinement subsistant, qui est Dieu : elle produict au monde la vie d' vn homme-Dieu, et de sa substance elle conçoit, elle nourrit, elle enfante Dieu en soy-mesme, et en l' vniuers : et ainsi son operation se termine à vn homme-Dieu, puis qu' elle est mere de Dieu. Au lieu que Iesvs viuant et operant en Marie, luy donne vne vie tres-haute et tres-sublime à la verité ; mais vie de grace, qui est vne qualité, et non pas vne substance et vie d' vne personne saincte,

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et tres saincte : mais d' vne personne humaine, et non pas diuine et increée, comme est son fils vnique.

Et cette presence et operation de Iesvs en la vierge, se termine en elle à former l' estat de mere de Dieu, qui est vn estat bien inferieur et subordonné à l' estat de l' homme-Dieu, que la vierge éleuée par l' operation du s.. esprit, establit et forme par cette naissance.

Et par consequent Iesvs donne à la vierge vne vie moindre en la grace et en la gloire, que n' est pas cette vie grande et admirable que la vierge a produit, lors qu' elle a conçeu, incarné et enfanté le fils de Dieu au monde.

Recueillons ces grandeurs et ces delices cachées en la vierge, et en ces deux estats conioincts de naissance et de maternité diuine : et

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disons que cette maternité de la vierge emporte et contient deux naissances de Iesvs : et que chacune a ses grandeurs, ses priuileges et ses suauitez distinctes : la naissance en la vierge, et la naissance hors de la vierge : et toutes deux ne font qu' vne naissance complette et parfaicte en ces deux poincts et instants differents, et composent l' estat heureux et diuin de la maternité que la vierge a au regard de Dieu. La naissance en la vierge est interieure, et l' escriture l' exprime en ces paroles, quo`d in ea natum est. La naissance hors de la vierge est exterieure, et le symbole l' exprime en cette façon, qui natus est ex Maria virgine. La naissance en la vierge s' accomplit en Nazareth, apres la legation de l' ange. La naissance hors de la

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vierge s' accomplit en Bethleem, neuf mois apres qu' elle a conceu le fils de Dieu en son ventre. En la naissance interieure la vierge est receuant le verbe eternel du sein du pere en son sein virginal pour s' incarner : en la naissance exterieure elle est produisant hors de son sein, et donnant le verbe incarné au monde. En la premiere le pere luy donne son fils : en la seconde elle donne le fils du pere au monde. En la premiere elle a son esprit éleué, appliqué et adherant au pere, au verbe, et au sainct esprit : au pere qui luy donne son fils, au fils qui se donne soy-mesme à elle : au sainct esprit qui l' approche, qui la prepare, qui l' enuironne, qui l' esleue à vne si haute puissance et operation.

Et comme le verbe est en elle d' vne

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façon distincte et singuliere, et propre à la condition de ce mystere, elle est aussi adherante singulierement au verbe, comme voulant estre à elle, et prenant d' elle vne nouuelle substance pour s' incarner en elle, et estre desormais chair de sa chair, et os de ses os. En la seconde elle est adherante au pere eternel, et au vouloir du pere à donner son fils au monde : elle est adherante au fils, et à son vouloir de naistre au monde : et par le seul effort de cét amour et vouloir du pere et du fils, sans effort en la nature, sans interest du fils et de la mere, et comme dit elegamment vn grand autheur, sine contumelia naturae. Et ainsi Iesvs est naissant au monde en vne maniere digne de la mere et du fils, en vne maniere digne de sa naissance eternelle :

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et en vne maniere digne encore de sa naissance interieure, faicte par l' operation du sainct esprit au ventre sacré de la tres-saincte vierge. Ainsi Iesvs naissant en nostre humanité, a double naissance de la vierge : naissance de la vierge en la vierge en Nazareth : naissance de la vierge hors de la vierge en Bethleem ; l' vne et l' autre toute diuine, toute pleine de merueille, toute pleine de grace et de delices, toute pleine de grandeurs par la grandeur cachée en l' abbaissement de celuy qui se fait si petit pour nous faire grands, qui se fait enfant pour nous faire dieux. La naissance exterieure en Bethleem se fait auec bruict et éclat : l' ange la publie aux pasteurs, l' estoille aux roys, les roys à la Iudée, et la capitale de

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Iudée en est esmeuë. La naissance interieure se passe sans éclat et sans bruict au monde, se passe entre le sainct esprit, l' ange et la vierge, en l' intime de son coeur, au secret de son sein, au cabinet de Nazareth, tout le reste de la terre ignorant ce mystere, et Ioseph mesme : qui toutesfois est vn ange en la terre, choisi en la terre pour estre le seul participant à ce grand conseil, le tuteur du fils, l' espoux de la mere, le chef de famille et maison du pere eternel en la terre ; et duquel nous dit le prophete, constituit eum dominum domus suae, et principem omnis possessionis suae : comme estant estably de Dieu en puissance et principauté, et son lieutenant sur la partie la plus noble de son estat et de son empire ; car le plus noble empire du pere eternel,

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c' est Iesvs et Marie, et Ioseph a puissance sur l' vn et sur l' autre par le vouloir du pere. Et toutesfois cét ange, ce prince, cét espoux, ce tuteur du fils et de la mere de Dieu, n' est point appellé au secret de cette naissance interieure de Iesvs : secret qui adore le secret de la naissance eternelle, comme la residence intime du fils en la mere par cette naissance interieure, va adorant la residence intime du fils au pere par la naissance diuine. Et deslors la vierge porte en elle-mesme vn plus grand oeuure, vn plus grand estat, vn plus grand ordre, vne plus grande gloire, et vne vie plus haute et plus diuine que celle que Dieu a establie dans le ciel : estant elle-mesme vn ciel plus glorieux, vn temple plus sacré,

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vn paradis plus delicieux, vne demeure plus auguste que le ciel mesme. Car Iesvs est en elle, et non pas au ciel. Dieu incarné est en elle, et non pas au ciel. La vie de Iesvs qui est et se nomme vie, est en elle, et non pas au ciel. La gloire de Iesvs est en elle, et non pas dans le ciel. Gloire deslors plus grande que la gloire des anges, qui estoient au ciel, et que la gloire des hommes et des anges ensemble pour vn iamais.

Deslors la vierge posseda en elle-mesme celuy que le pere eternel possede en soy-mesme. Deslors, ô vierge, comme partageant auec le pere eternel, vous auez par indiuis celuy-la mesme pour fils qui a Dieu pour son pere. Ie dis par indiuis, car le s.. esprit, Dieu comme le fils, et Dieu comme le pere, n' a

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pas la qualité de pere, au regard de celuy qui vous tient et honore comme sa mere, ô vierge saincte, ô mere sacrée, ô espouse du pere, ô fille ! ô seruante ! ô mere de Dieu tout ensemble ! En cét humble et secret estat de Iesvs naissant de vous en vous par sa naissance premiere et interieure, vous possedez Iesvs, et vous estes possedée de Iesvs. Ie dis plus, vous estes seule en la terre possedée de Iesvs, et vous estes seule possedant Iesvs. Vous estes seule possedant l' amour du pere, le thresor du sainct esprit, le secret du ciel, les delices du paradis, la liesse des anges, le prix des hommes, le desiré des nations, le salut du monde, la gloire de l' vniuers. ô vierge saincte, diuine et heureuse, Iesvs est en vous, le seigneur est auec

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vous ; Dieu est en vous, et en vous est caché le Dieu d' Israël et le sauueur du monde. ô secret adorable ! ô presence fauorable ! ô societé honorable ! ô communication precieuse ! ô intimité delicieuse ! ô possession heureuse ! ô que de secrets ! ô que d' effects ! ô que de merueilles entre le fils et la mere seuls liez l' vn à l' autre, seuls viuans l' vn en l' autre, seuls conuersans l' vn auec l' autre ! ô que ce séjour de neuf mois est benit, est sacré et remply de graces et d' effects mutuels, n' y ayant vn seul moment de tout cét interualle sans operation singuliere, sans application delicieuse, sans influence rare ! ô mystere de secret, de silence et de solitude ! Car il s' accomplit ainsi, et doit estre contemplé ainsi. ô mystere d' amour et de delices, et

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de delices du ciel ! Car et le fils et la mere sont en cét estat mutuel et reciproque par le dessein du ciel, par la vertu du ciel, et par l' operation du ciel. ô mystere d' honneur et d' hommage aux grandeurs de l' eternité ! Car la paternité diuine est adorée par cette maternité : le secret de la naissance eternelle par le secret de cette naissance temporelle : la residence du fils au pere par la residence du fils en la mere. ô mystere de grandeur et dignité incomparable ! ô mere de Iesvs ! Vous entrez en ce moment en l' estat heureux et éleué de sa maternité : vous engendrez celuy que le pere eternel engendre de toute eternité : vous l' engendrez en vous, comme il l' engendre en soy : vous l' engendrez de vous et de vostre substance,

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comme il l' engendre et produit de sa mesme substance : et vous n' estes pas vn seul moment sans le droict de puissance maternelle sur luy, et le pere eternel a esté vne eternité sans pouuoir et authorité sur son fils, car il est égal à luy : et c' est vous qui luy donnant vne nouuelle naissance, donnez commencement au pouuoir du pere vers le fils ; parce qu' en engendrant ce fils, et luy donnant vne nouuelle nature, vous le mettez en estat auquel le pere puisse exercer son pouuoir sur luy. Et auant cette naissance le pere est sans pouuoir sur luy, car en l' eternité il l' engendre comme fils, mais il l' engendre comme Dieu, égal à luy, et indépendant comme luy. Tellement que s' il est durant vne eternité le fils du pere auant d' estre

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le fils de la mere, il n' est pas fils suject au pere auant d' estre fils suject à Marie ; car vn mesme poinct et vn mesme instant, donne sujet et commencement à l' authorité de Marie, et à l' authorité du pere eternel sur son fils nouuellement naissant. ô grandeur de cette humble naissance ! ô societé honorable de la vierge et du pere eternel au poinct de leur autorité sur Iesvs ! Ne respecterons-nous pas deux pouuoirs si conioincts ? Ne seruirons-nous pas, bien que differemment, et la majesté du pere et la majesté de la mere ; deux majestez si sainctes, si semblables ? Ne dependrons-nous pas volontiers de deux puissances si éleuées, qui ont vn mesme object pour subjet, et vn mesme moment et mystere pour origine de

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leur puissance ? Benite soyez-vous, ô vierge saincte, en vos grandeurs, et en l' estat heureux auquel vous entrez en ce iour et en ce moment pretieux à la terre et au ciel ; moment auquel vous estes mere.

ô grandeur de Marie ! Vous estes mere de celuy dont le sainct esprit mesme (sans deffaut toutesfois) n' est pas pere. Vous estes mere de celuy dont le pere seul entre les personnes diuines est pere : et le pere eternel qui vous deuance vne eternité en la production de son fils, ne vous deuance pas d' vn seul moment en l' exercice de son authorité sur luy. Et en vous et dans vos flancs se commence ainsi la premiere puissance sur vn si digne suject, et la plus haute, la plus digne, et la plus souhaitable puissance que le pere eternel aura

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iamais, qui est la puissance sur son fils incarné.

C' est le troisiéme poinct de la grandeur de cette naissance, que nous auons marqué cy-dessus, et qu' il nous faut expliquer maintenant, et auquel nous voulons finir et terminer ce discours des grandeurs de la naissance humaine de Iesvs. Remarquons donc que la premiere personne de la tres-saincte trinité a deux qualitez signalées en l' escriture. Celle de pere, celle de Dieu ; celle de pere au regard de son fils vnique ; celle de Dieu au regard de ses creatures : et comme ces deux obiects et ces deux termes sont bien differents, aussi ces deux qualitez sont bien distinctes et bien distantes. Et (selon sainct Cyrille) nous auons beaucoup plus à admirer, à adorer, à

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aimer cette personne diuine en sa qualité de pere, qu' en sa qualité de Dieu. Car en sa qualité de pere, il a vn terme diuin et infiny, et il se rapporte à vne personne égale à luy-mesme : en sa qualité de Dieu, il se refere aux creatures infiniment distinctes, separées et distantes de luy, selon tout leur estre possible.

Or comme pere, il a puissance à engendrer son fils, et est sans puissance sur son fils engendré : mais sa puissance à l' engendrer, c' est à dire à engendrer vn dieu, est si haute et diuine, qu' elle equipole toute autre sorte de puissance qu' on luy puisse attribuer : et où au contraire, comme Dieu il a puissance de creer, et a puissance absoluë et perpetuelle sur tout ce qui est creé.

Puissance par laquelle, vocat ea quae non sunt, tanquam ea quae sunt.

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Et par laquelle tout est viuant, et tout est neant au regard du createur.

Ces deux qualitez de pere et de Dieu, distinctes en la diuinité, et separées en leurs objects, sont admirablement conioinctes par cette naissance, par laquelle il est pere de celuy dont il est Dieu ; et il est Dieu de celuy dont il est pere. Il est pere de ce nouueau né : car il est son fils, et son fils vnique, auquel il dit vniquement, et priuatiuement à tout autre, ego hodie genui te. Il est Dieu de ce nouueau né : car il est tellement son fils, qu' il est aussi son seruiteur, et son seruiteur vnique : et il entre en cét estat de seruiteur par cette seule naissance, à raison de laquelle il luy dit par son prophete, seruus meus es tu, ô Israël, in te gloriabor. Et au

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chapitre 42.. ecce puer meus, selon l' euangeliste, et selon le prophete, ecce seruus meus. Et ailleurs, formans me ex vtero seruum sibi.

Aussi le diuin apostre conioint ensemble les deux qualitez en vn, en ces sainctes paroles, Deus et pater domini nostri Iesu Christi. Paroles dignes d' estre grauées en la terre et au ciel, et au coeur des hommes par la main des anges.

Paroles qui comprennent en peu de mots les deux plus grands mysteres de la diuinité : la trinité et l' incarnation : les deux estats du verbe diuin, son emanation eternelle, et son emanation temporelle : et les deux qualitez de l' estre supréme et increé, sa qualité de pere, sa qualité de Dieu : et marquent l' excellence de nostre religion, en laquelle on adore vn dieu

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qui est pere, et vn pere qui est Dieu : Dieu et pere tout ensemble de nostre seigneur Iesvs : Dieu et pere tout ensemble au regard du mesme obiect. Car celuy qui est nostre Dieu et nostre souuerain, c' est à dire Iesvs, qui est appellé, Deus noster, a vn pere, car il est Dieu de Dieu, a vn souuerain, car il est homme-Dieu. Mais comme ces deux natures, diuine et humaine sont conioinctes en luy, et comme par l' vnion ineffable de ces deux natures il est Dieu et homme tout ensemble : et comme par ce mystere il est tellement Dieu qu' il est homme, tellement homme qu' il est Dieu : aussi celuy-la mesme qui est son Dieu, est son pere : celuy-la mesme qui est son pere, est son Dieu : et ces deux qualitez sont conioinctes en vne

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mesme personne, c' est à dire en la personne du pere : comme les deux natures sont conioinctes en vne mesme personne, c' est à dire, en la personne du verbe, le fils vnique du Dieu viuant.

Or comme c' est par ce nouueau mystere que ces deux natures sont vnies ; auant iceluy, Dieu qui est de toute eternité, est aussi de toute eternité le pere, et pere tousiours engendrant son fils, et tousiours exerçant la qualité de pere au regard de son fils. Mais auant ce mystere, Dieu a esté toute vne eternité sans estre le Dieu de son fils, comme son fils durant cette eternité, n' estoit pas en estat d' estre sa creature. Et lors Dieu estoit sans exercer, au regard de son fils, le pouuoir qu' il a en cette qualité de Dieu, et qu' il exerce maintenant.

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Car il n' est entré en l' vsage de cette puissance et authorité, que par ce diuin mystere.

Mystere auquel Dieu qui ne peut s' aggrandir en soy-mesme, s' aggrandit en son oeuure, et en son mystere, qui le rend Dieu, et Dieu pour iamais de celuy dont il est pere de toute eternité. Mystere qui par ce moyen releue, honore, et aggrandit l' estat et la couronne du pere eternel : et l' aggrandit d' vne qualité et dignité infinie.

Car ce n' est comme rien à Dieu de commander aux creatures : ce sont des neants qui ne sont pas dignes d' estre, et de luy obeïr. Mais commander à vn suject si digne, qu' il est infiny en sa dignité, qu' il est Dieu en sa nature, qu' il est fils vnique de Dieu en sa personne ; c' est chose digne de Dieu mesme ;

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son pouuoir et son commandement ne peut monter plus haut ; et son domaine est remply de toute la grandeur et dignité qui luy peut appartenir. ô grandeur ! ô abysme de ce profond mystere qui aggrandit ainsi le pere eternel en sa puissance et authorité, et l' aggrandit pour iamais ! ô grandeur ! ô puissance de l' abbaissement de Iesvs, qui éleue et accroist la grandeur et la puissance du pere eternel pour iamais ! ô bonté du pere, qui ne veut point reseruer à soy seul cette nouuelle puissance qui luy est donnée par le mystere de l' incarnation ! Car il la communique à la saincte vierge, et la met en puissance et auctorité maternelle sur celuy, sur lequel il prend puissance et auctorité paternelle. Et des esprits foibles et peu cognoissans les mysteres

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de Dieu, ne voudront pas entrer en seruitude au regard de celle auec laquelle le pere eternel semble partager sa qualité, sa puissance et son auctorité sur son fils : ie dis partager sans diuision, sans diminution, mais par communication, par extension : car c' est ainsi que les choses celestes, spirituelles et diuines, se partagent : et c' est ainsi que le pere eternel honore et partage son pouuoir sur son fils auec la vierge, à laquelle celuy qui est le fils de Dieu, et Dieu mesme, est assuietty pour nostre exemple et par nostre amour.

Mais laissons ces esprits en leurs basses pensées : offrons-nous et au pere et au fils, et à la mere, adorons les grandeurs de ce mystere, et de cette naissance seconde de Iesvs, qui honore, qui éleue, qui

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vnit, et vnit d' vn nouueau lien ces trois personnes ensemble : le pere en la puissance qu' il a sur son fils ; le fils en l' honneur et hommage qu' il rend au pere ; la mere en la qualité, puissance et auctorité qu' elle a au regard de celuy-la mesme qui est le fils du pere. ô paternité ! ô filiation ! ô maternité ! Mais il vaut mieux finir, et adorer par vn sacré silence, ce que la langue et la pensée des anges ne peut pas dignement annoncer ny aux hommes, ny aux anges. Finissons donc, et recueillons en peu de mots les grandeurs proposées en ce discours de la naissance de Iesvs en la terre.

La source de cette humble naissance est le sein du pere : son exemplaire, est la generation eternelle : sa fin, est la grandeur de Dieu, et

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de Dieu mesme en qualité de pere : son propre est de donner naissance nouuelle à Dieu, de donner vn estre nouueau à l' eternel et immuable, de donner vne nouuelle essence au fils vnique de Dieu : son issuë, est le salut de l' vniuers, son estat d' estre vn mystere d' honneur, d' hommage et d' adoration aux choses plus ineffables et plus incomprehensibles de l' eternité : son terme propre et ses effects, de faire que Dieu soit homme ; qu' vne vierge soit mere de Dieu ; que les pecheurs soient saincts et enfans de Dieu pour iamais : et par ce moyen, ietter en la terre les fondements du royaume du ciel, du royaume de Dieu, du royaume eternel, et pour dire tout en vn mot, ô merueille ! ô grandeur ! De produire en la terre pour la terre

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et pour le ciel, vne vie si haute, si puissante, si diuine, comme la vie de l' homme-Dieu, vie increée, et vie incarnée ! Vie diuine et vie humaine ! Vie glorieuse et vie souffrante ! Vie, source de vie en toute eternité ! Vie aneantissante le pouuoir de la mort et l' empire du peché ! Vie reconciliante Dieu aux hommes ! Vie satisfaisante en rigueur de iustice à Dieu courroucé, à Dieu offensé ! Vie reparante par sa plenitude le vuide et les besoins de la nature humaine ! Vie meritante tout ce qui peut estre merité de Dieu viuant, residant, operant en cette humanité sacrée ! Contemplans ces grandeurs, nous n' auons qu' à nous perdre en cét abysme, et nous condouloir auec toute la nature creée, de ce que cette vie si haute, si diuine et si grande,

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est soubs l' empire de la mortalité ; et que cette seconde naissance donne à Iesvs vne vie passible, mortelle et perissable. Car Iesvs naist pour mourir, et ses grandeurs deuroient estre immortelles : mais le pere eternel y pouruoit par vne troisiéme naissance, le tirant de la croix, de la mort et du sepulchre, et le faisant renaistre comme vn phenix dans ce sien holocauste, pour luy donner vie en son sein et en sa gloire, et rendre son estat desormais heureux, glorieux et eternel. C' est le vouloir du pere sur son fils : c' est le pouuoir du fils sur soy-mesme, sur son estat et sur sa propre vie. C' est ce que merite et requiert sa grandeur, à laquelle l' immortalité est naturelle : car c' est par miracle que Iesvs est mortel, comme nous sommes

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immortels par miracle. C' est le souhait de toute creature qui veut viure et renaistre en son createur.

C' est le besoin particulier des hommes qui doiuent resusciter par sa resurrection puissante. Et c' est en fin, ce qui est bien deu à tant d' abbaissemens et à tant de souffrances.

Apres six iours en la creation, Dieu a cessé d' operer, et est entré en son sabbath et en son repos.

Apres tant de iours, tant de mois et tant d' années, apres la recreation et reparation du monde, il est temps, ô Iesvs, que vous cessiez non d' operer, mais de souffrir, et que vous entriez au sabbath et repos eternel. Entrez donc en vostre gloire apres tant de souffrances, et apres tant de labeurs entrez en vostre repos. Vous estes sorty

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de ce repos pour l' amour de nous, et vous auez voulu eschanger le sejour de vie et de gloire où vous estiez de toute eternité, au sejour de la croix et de la mort. Delaissez maintenant le sein de la croix, l' estat de la mort, le séjour du sepulchre, non pour r' entrer en vne vie mortelle, mais pour retourner au sein du pere et au séjour du ciel. C' est assez, ô Iesvs, auoir esté en cette terre des mourans, en ce païs d' exil et de bannissement, en cette vallée de larmes, en ce lieu de miseres, en la croix, en la mort, en la sepulture. C' est assez, ô Iesvs, auoir esté trente quatre ans, mortel et passible. C' est assez auoir esté comme vn d' entre nous au milieu de nous. C' est assez auoir esté pelerin en l' Egypte et en la Iudée. C' est assez auoir esté en

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Bethleem et au caluaire, en la creiche et en la croix, au sepulchre et aux lymbes. Ces lieux sont lieux de mort et de souffrance, et vous estes la vie et la gloire. Cette terre est vne terre d' exil et de bannissement, et vous estes inseparable d' auec le pere. Ces séjours de mort et de miseres nous conuiennent, mais non à vous ; et si elles vous conuiennent, ce n' est que par nous, et pour nous. Vous estes eternel, et ces demeures sont temporelles. Durant vne eternité vous auez esté dans le repos et dans la gloire : et cét estat present vous est vn estat estranger : estat et sejour bien different de celuy qui vous appartient, et que vous possedez de toute eternité.

Car là vous estes au repos sans trauail, en la vie sans la mort, en la gloire sans misere. Il est temps

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de r' entrer en cét estat ; il est temps d' estre heureux, glorieux, immortel, aussi bien en l' vne comme en l' autre de vos deux natures. Car toutes deux sont vos natures, toutes deux sont vostres : l' vne est vostre par essence, l' autre par subsistance : l' vne par naissance eternelle, l' autre par naissance temporelle : l' vne par nature, l' autre par amour. Soyez desormais et en l' vne et en l' autre de ces natures vostres, selon qu' il conuient à vostre grandeur. Soyez pour vne eternité au repos, en la vie, en la gloire.

Delaissez donc ce sepulchre, ô Iesvs mon seigneur, et vous éleuez en vostre repos, exurge in requiem tuam, tu et arca sanctificationis tuae. Eleuez-vous en vostre repos, vous et l' arche de vostre sanctification,

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c' est à dire, vous et vostre humanité saincte. Car c' est vne arche comme l' autre : c' est vne arche d' alliance plus que l' autre : c' est vne arche qui est beaucoup plus vostre que l' autre. C' est vne arche plus saincte et plus sanctifiante que l' autre : c' est vne arche bien plus adorable que l' autre. Et elle est aussi l' obiect d' adoration et de la terre et du ciel, et des anges et des hommes, et pour le temps, et pour l' eternité. Arche qui porte la presence de vostre diuinité, et la porte en vne maniere si haute, si auguste et si puissante ! C' est donc vostre arche, et l' arche de vostre sanctification : et partant permettez-nous de vous dire ces paroles de vostre prophete, leuez vous en vostre repos, vovs et vostre arche, c' est à dire, vostre

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personne et vostre humanité.

Cette arche et cette humanité est pretieuse ; elle est formée par le sainct esprit ; elle est tirée du corps immaculé de la tres-saincte vierge ; elle est vnie au mesme instant à la diuinité, et vnie inseparablement ; elle est remplie de grace et de dignité infinie : chose si grande doit-elle estre mortelle ? Que si l' excez de vostre amour vous porte à subir nostre mortalité, il est temps de tirer ce corps sacré et deïfié, de la croix et du sepulchre, pour l' establir en gloire et immortalité.

C' est le conseil du pere eternel sur son fils : c' est son bon plaisir de le tirer hors de la mort et du sepulchre : c' est son vouloir de luy dire pour vne troisiéme fois, ego hodie genui te, par vne troisiéme naissance, en laquelle il veut donner

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à Iesvs vne nouuelle vie, et vie plus puissante et glorieuse, que n' est pas celle que tu luy as rauie, ô Iuif.

Tu l' as mis en la croix, tu l' enfermes au sepulchre. Mais tu te trompes, ô peuple infidelle : cette croix est le bucher où ce nouueau phoenix, cét oyseau du ciel prendra renaissance, et en vne meilleure vie. Tu te trompes, ô Iuif, ce sepulchre sera vn lieu de vie, et non de mort ; et de vie plus puissante et glorieuse que celle que tu luy as rauie. Cette croix et ce sepulchre, qui est deuant tes yeux vn sepulchre de mort, deuant les yeux du pere est vn nid precieux, où son fils doit renaistre et reuiure, et duquel il nous dit par son seruiteur fidelle, in nidulo meo moriar, et sicut phoenix multiplicabo dies meos. Paroles prophetiques et admirables :

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et texte tissu par vn grand secret de contrarietez apparentes. Car quelle conuenance y a-t' il entre la vie et la mort ? Et toutesfois Iesvs dit en ce texte, moriar et multiplicabo dies meos. Quel rapport y a-t' il entre la mort et le nid ; nid qui est lieu de vie, de naissance, et non pas de mort ? Et toutesfois Iesvs dit, in nidulo meo moriar. Car si Iesvs qui est la vie doit mourir, sa mort est vie pour nous, et le lieu de sa mort est le nid de la vie que nous receuons en la mort et par la mort de celuy qui est vie, duquel tout est vie, et duquel la mort est vie, et mesme vie viuifiante. Mais il y a bien plus : car sa croix est vn nid, non seulement pour nous, mais aussi pour luy : elle est le nid de sa vie et de sa renaissance en l' immortalité : et aussi dit-il en cette parole prophetique,

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in nidulo meo moriar. Disons donc, que cette croix de Iesvs est le lict de son amour et le nid de sa fecondité, où éleué entre le ciel et la terre comme vn oyseau du ciel, il esclost ses petits.

Et disons encore, que cette croix est le lict et le nid où ce nouueau phoenix prend luy-mesme vne nouuelle naissance. Car comme entre tous les oyseaux de l' air, et les animaux de la terre, le phoenix seul a le lieu de sa mort, pour le nid de sa vie : Iesvs aussi seul entre les mortels, a le lieu de sa mort, pour le nid de sa vie et de sa renaissance, tirant de sa croix et de sa mort la puissance et le droict d' entrer en vne vie nouuelle et immortelle. ô croix ! ô nid ! ô mort ! ô naissance ! ô vie mourante ! ô immortalité ! ô immortalité, source d' immortalité !

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Ie vous adore, ô Iesvs, en la croix, comme au lict de vostre amour, et comme au nid de vostre immortalité : et au pied de vostre croix, à l' entrée de vostre sepulchre ie me prosterne deuant vous, ô Iesvs, mon seigneur, que ie voy en l' estat et en l' ombre de la mort, et ie contemple vos douleurs et mes miseres, et les desseins du pere eternel sur vous et sur nous par vous.

Là ie vous adore comme mourant et comme engendrant vos enfans dans l' immortalité. Là ie vous adore comme mourant et comme renaissant en vne nouuelle vie. Là ie vous adore comme mourant, et comme respandant la semence de l' immortalité, et pour vous et pour nous. Là ie vous adore comme renaissant en vne vie celeste, comme

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acquerant vn nouueau droict de gloire, et comme entrant en vn nouueau pouuoir sur l' immortalité.

Et ie vous adore en ce moment heureux, auquel vous passez de la croix à la gloire, de la mort à la vie, de la terre au ciel, de la vie mourante et voyagere à la vie celeste et immortelle. ô moment heureux, aymable et adorable ! Tu finis les labeurs et la croix de Iesvs ! Tu donnes commencement à son immortalité ! Tu establis en son immortalité la nostre ! Tu donnes sujet de nous esiouïr, et de dire auec l' apostre, Iesvs-Christ est mort vne fois, et ne mourra iamais plus, la mort ne luy commandera plus ! Tu triomphes de la mort, comme la mort auoit triomphé de Iesvs ! Tu rends à Iesvs ce qui luy est deub, et ce que son

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amour auoit suspendu et arresté si longuement ! Combien ce moment nous doit-il estre precieux, qui est le premier moment de sa gloire accomplie, de sa vie celeste, et de son immortalité ? Moment heureux ! Moment dans l' eternité, qui donne principe à vne eternité, et à l' eternité d' vne telle vie et telle gloire, source et resource de la vie eternelle, et des hommes et des anges ! Heureux moment dans l' eternité ! Mais ie trouue icy encore vn nouuel effort et nouuelle surprise de vostre amour, qui veut signaler sa puissance et ses effects dans le commencement de vostre vie nouuelle et immortelle, comme il la signalée dans tout le temps de vostre vie voyagere et mortelle : car en abandonnant vostre corps

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à sa gloire, il suspend encore le lieu de cette gloire, et Iesvs est viuant entre le ciel et la terre, conuersant en terre par l' espace de quarante iours. ô amour ! Tousiours amour, et tousiours triomphant ! Et triomphant de chose si haute et si diuine, comme de la vie et de la gloire de Iesvs ! ô amour triomphant, et triomphant de Iesvs, mesme dans le triomphe de sa gloire ! Car comme en la naissance hors de la vierge en la vie mortelle, vous naissez en la terre, et la terre est le lieu qui vous doit receuoir en cette humble naissance : aussi en cette naissance hors du sepulchre dans la vie immortelle, vous naissez au ciel, et le ciel est le lieu qui vous doit proprement receuoir en cette heureuse naissance dans l' estat de la gloire. Mais l' amour

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de vos apostres, de vos disciples, et de vostre eglise, arreste encore pour quelque temps ce dernier effect de ceste derniere naissance : et vostre entrée au ciel est differée et suspenduë par vn miracle, et miracle d' amour exercé par vous mesmes sur vous mesmes, suspendant non l' estat de la gloire comme ailleurs, mais le lieu propre à la gloire.

Car l' amour puissant à vous tirer du ciel en la terre, et du sein du pere au sein de la vierge, vous arreste et suspend entre la terre et le ciel. De sorte que renaissant en l' estat de la gloire, vous n' estes pas pourtant au lieu de la gloire : et partageant vn mystere en deux pour nous vnir à vous, vous mettez interualle de quarante iours entre la resurrection et l' ascension, afin que nous soyons tout ce

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temps auec vous ; diuisant ainsi par vostre amour, ce que la nature des choses, et des choses suprémes deuoit conioindre, asçauoir l' estat de la gloire auec le lieu de la gloire. ô amour estrange en sa nature et en ses effects, en Iesvs ! Car le propre de l' amour en soy-mesme, c' est d' vnir : et le propre de l' amour diuin, c' est d' éleuer au ciel : et au contraire, le propre de l' amour en Iesvs, c' est de separer, et d' attirer Iesvs en la terre. L' amour, ô Iesvs, vous tire du sein du pere, et vous en fait sortir, comme vous dittes vous-mesme, pour estre en vne terre et nature estrangere ; car vous parlez ainsi : exiui à patre, et veni in mundum : l' amour separe vostre nature humaine de la personne humaine, pour la liurer à vne autre personne, et à vne personne distante

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infiniment de sa propre nature et condition. L' amour separe en vostre vie voyagere la gloire de l' estat de la gloire ; et la gloire de l' ame, de la gloire du corps. L' amour par vn effort estrange separe cette ame deïfiée de ce corps deïfié ; et toutesfois ils estoient conioincts, non seulement par le rapport de leur nature comme en nous, mais bien plus puissamment par leur diuinité, en laquelle ils demeurent vnis en l' estat de leur separation.

Et maintenant que Dieu reünit ce corps et cette ame deïfiée par le mystere de la resurrection, et rend au corps la gloire qui luy est deuë ; l' amour separe l' essence et l' estat de la gloire d' auec le lieu de la gloire, etc... ô amour separant et non plus vnissant ! Que de separations vous faittes, et au

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regard de suiets si dignes et si puissans ? Vous separez en vne certaine et excellente maniere le fils d' auec le pere, par la condition d' vne nature estrangere, et leur propre nature les conioinct en vnité d' essence ! Vous separez la nature humaine de la subsistence humaine, et toutesfois elle est de soy, et par tout ailleurs le terme propre et l' accomplissement substanciel de cette nature ! Vous separez la gloire de l' estat de la gloire, et l' estat de la gloire du lieu de la gloire : et toutesfois ces choses sont suprémes, sont diuines, sont surnaturelles, et sont diuinement iointes, et par tout ailleurs, hors en vous seul, inseparablement coniointes ! Notable difference de l' amour en Dieu et de l' amour en Iesvs. Car l' amour en Dieu est vnissant, et l' amour en

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Iesvs est separant : l' amour en Dieu vnit iusques à l' vnité d' essence, et l' amour en Iesvs separe iusques à la diuision d' essence, diuisant l' essence de l' homme de la personne de l' homme, l' essence de la gloire de l' estat de la gloire, et l' ame deïfiée d' auec le corps deïfié, qui sont deux essences coniointes et par nature, et par grace et par gloire. Que cét amour, ô Iesvs, qui est en vous soit en nous ; que cét amour qui opere en vous, opere en nous ; que cét amour qui triomphe de vous, triomphe de nous ; que cét amour qui diuise et separe en vous, diuise et separe en nous, et qu' il nous separe du peché, de la terre, et de nous-mesme, pour viure à vous : et que cét amour nous occupe de vous, nous tire à vous, nous remplisse de vous. Ie

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voy que cét amour separant, fonde, establit et accompagne trois sortes de vies en vous. Que ie vous contemple et adore en ces trois vies, et aux trois moments de vostre entrée en ces trois vies. Trois vies ausquelles toute la vie des hommes et des anges doit estre dediée. Trois moments precieux, ausquels tous les moments de nostre mortalité et de nostre eternité doiuent estre consacrez. Le moment de l' incarnation, où Iesvs commence à estre Iesvs, et à viure d' vne vie increée, et le verbe commence à auoir vne vie nouuelle et incarnée : vie diuine et humaine, diuinement humaine, et humainement diuine. Le moment de la vie voyagere et meritante, où l' ame de Iesvs est vnie, et à vn corps passible, et à la vie

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de gloire tout ensemble, et Iesvs par ce moyen a vne nouuelle sorte de vie. Vie qui n' est que pour luy ! Vie qui est l' origine de nostre vie eternelle ! Vie en gloire et en souffrance ! Vie qui vnit et conioint deux estats si diuers en vne mesme ame, par vn miracle operé en Iesvs-Christ par Iesvs-Christ mesme, et operé en luy seul, et continué par l' espace de trente-quatre ans sur la terre ! Le moment de sa vie celeste et pleinement glorieuse, où Iesvs est triomphant dans la vie, dans la gloire, dans l' immortalité. Vie sans souffrance et sans mortalité ! Vie qui n' est plus que vie, et n' est plus que gloire ! Vie qui durera vne eternité ! Ces trois moments donnent origine à trois vies : ces trois vies ont trois sejours differents, dans

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lesquels nous deuons adorer cette humanité sacrée de Iesvs. ô moments ! ô seiours ! ô vies adorables ! Ce doit estre l' obiect de nos pensées : ce doit estre le sujet de nos occupations : ce sera l' obiect de nostre eternité. Que ie vous regarde donc, ô Iesvs, en ces trois moments ! Que ie vous adore en ces trois vies ! Que ie vous contemple en ces trois seiours ! Car Dieu est vostre seiour et vostre retraicte en ces trois vies ; et Dieu vous reçoit en son sein, en son amour, en sa gloire. Vous estes au sein du pere par vostre naissance eternelle ; et en la plenitude des siecles vostre personne diuine y tire et éleue nostre humanité. Là se traicte, se resout, s' establit le mystere de l' incarnation : là Dieu est homme, et l' homme est Dieu : là cette ame

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et cette humanité de Iesvs est consubsistante auec la diuinité : là le fils vnique de Dieu qui repose au sein du pere, repose en cette humanité. Là cette humanité n' a estre que dans l' estre increé, et a sa vie, sa subsistence et son estat en vne personne produicte au sein du pere, residente au sein du pere, et inseparable du sein du pere. Là cét homme qui s' appelle Iesvs, est à la dextre de Dieu par sa puissance ; est au sein du pere par sa subsistence ; et a sa vie et son repos pour iamais en la diuinité. à la verité le verbe a esté vne eternité sans cette humanité, mais il sera aussi vne eternité auec elle. Et le verbe n' a iamais esté que regardant en sa diuine essence, comme en vn parfaict miroir, cette nature humaine, la regardant comme vne nature qui

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deuoit estre à luy pour vne eternité.

Il n' a iamais esté sans ce regard vers elle : car son regard et son amour à nostre humanité, est vn regard et amour eternel. De toute eternité il la regarde comme sa propre essence : comme celle qui doit estre vn iour, et pour iamais vne de ses essences ; et comme l' estre qu' il veut accomplir et terminer de sa propre subsistence.

ô regard diuin ! ô regard eternel ! ô regard plein d' amour et d' honneur ! ô regard qui doit tirer nostre regard, nostre amour et nostre hommage vers cette humanité, que Dieu regarde eternellement et incessamment comme sienne, et que nous deuons regarder comme nostre, et comme nostre par le don du pere ; par l' operation du sainct esprit ; par la subsistence du fils,

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qui luy est donnée pour operer nostre salut ; en fin par la puissance de la croix et de la mort, qui la consommée en sacrifice et en holocauste pour nous.

Comme vous estes ainsi, ô Iesvs mon seigneur, au sein du pere par vostre naissance premiere, vous estes en l' amour du pere par vostre seconde naissance : car le pere qui vous engendre par cognoissance en la diuinité, vous produit par amour en nostre humanité.

Aussi employe-t' il son esprit et son amour en cette humble naissance, selon la parole de l' ange : et c' est par amour enuers nous, que le pere donne au fils, non seulement vne humanité, mais nostre humanité, c' est à dire, l' humanité tirée de nous ; l' humanité semblable à nous ; l' humanité

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mortelle et passible pour nous.

Et vous qui estes ainsi au pere, c' est à dire, en son sein et en son amour par vos naissances precedentes ; vous estes maintenant par vne troisiéme naissance en la gloire du pere. Car en la croix, en l' enfance, et en la vie voyagere, vous estes bien au pere, mais non pas en la gloire du pere, qui n' a esté pleinement communiquée à cette humanité, que par cette troisiéme naissance. Mais Dieu veut maintenant finir cét estat d' abbaissement et d' humiliation : Dieu veut vous éleuer et exalter pardessus tout ce qui est creé : Dieu veut vous mettre à sa dextre, en son repos, en sa gloire : Dieu veut que toute langue vous recognoisse en cét estat, et que selon l' apostre, omnis lingua confiteatur, quia Iesvs Christvs

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in gloria est Dei patris.

C' est la vie où vous entrez par cette troisiéme naissance : vie de gloire et de grandeur : vie recogneuë et publiée par les apostres : vie de laquelle le bien-aimé disciple nourry dans les secrets du ciel, en l' eschole et au sein de Iesvs, nous dit qu' il a veu vostre gloire, et qu' elle est la gloire du fils vnique, comme vnique du pere : vie de laquelle le grand apostre, rauy au troisiéme ciel, nous dit que c' est la gloire mesme du pere, et que toute langue le doit ainsi recognoistre et aduoüer. Paroles grandes et profondes, dignes de ces deux grands apostres, les plus instruicts et les plus éleuez en la lumiere et cognoissance de Iesvs ! Escoutons ces paroles, meditons ces paroles, et inuoquons la conduitte

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et la lumiere de l' esprit qui les leur a reuelées et inspirées. C' est assez de nous dire, ô disciple de verité, ô bien-aimé disciple, que vous auez veu cette gloire ; et que cette gloire est la gloire du fils vnique, comme vnique du pere : et si la raison ne peut atteindre si haut, que la pieté nous y conduise par éleuement et par admiration.

Disons donc, ô gloire du fils vnique de Dieu, comme vnique du pere ! ô gloire digne du pere, qui est source de toute diuinité ! ô gloire digne du fils, qui est égal au pere, et qui est la splendeur de la gloire du pere ! ô gloire digne de sa croix, de ses abbaissemens, de son aneantissement ! ô gloire digne de l' honneur et seruice rendu au pere ; honneur et seruice infiny en dignité, en merites, en effects !

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ô gloire, digne d' estre l' obiect de la gloire communiquée aux anges et aux hommes ! ô gloire, digne d' estre nommée par excellence la gloire du pere ! Car c' est ainsi que la nomme le heraut des grandeurs et des abbaissemens de Iesvs, quand il nous dit que toute langue doit confesser, quia dominus Iesvs Christvs in gloria est Dei patris : où nous parlant de Iesvs humilié, de Iesvs exalté ; et distinguant ces deux estats si differens, il nous dit pour conclusion, que Iesvs exalté est en la gloire du pere ; voulant comprendre et enclorre en la sublimité de ce peu de paroles, vne chose infinie et ineffable, et nous marquer la voye par laquelle nous deuons entrer en quelque intelligence de cette gloire immense. Car il faut cognoistre

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le pere, il faut cognoistre le fils, et il faut cognoistre l' amour reciproque du pere au fils, pour cognoistre et mesurer l' estat et la grandeur de cette gloire, qui est la gloire du pere, la gloire du fils, la gloire du fils par le pere et en son pere.

L' escriture nous represente deux voyages du fils de Dieu, l' vn par lequel il sort du pere, et vient au monde par le mystere de l' incarnation, a Deo exiuit : l' autre par lequel il sort du monde et va au pere, ad Deum vadit : l' vn s' accomplit par l' incarnation et par la naissance humaine de Iesvs, l' autre s' accomplit par la glorification et par la naissance glorieuse de Iesvs.

Le fils de Dieu donc yssu du pere retourne au pere, rentre au pere, et entre en la gloire du pere pour n' en sortir iamais, viuant tousiours

Erreur! Signet non défini.


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en gloire, en puissance, en grandeur, en majesté digne du fils, digne du pere, digne d' vn tel fils et d' vn tel pere. Iesvs est en la diuinité du pere, et la diuinité du pere est la gloire du pere. Iesvs donc est en la gloire du pere. Et encore que cette diuinité dés le moment de l' incarnation soit communiquée à Iesvs, elle luy est maintenant communiquée, non seulement en sa subsistence et en sa dignité personnelle, mais en sa vie et en sa gloire. ô subsistence ! ô dignité ! ô vie ! ô gloire de Iesvs ! Cette gloire de Iesvs n' est pas vne gloire comme la nostre : car aussi la grace de Iesvs n' est pas vne grace comme la nostre. Nostre grace et saincteté est vn accident et vne qualité respanduë en l' ame ; et nostre gloire est cette mesme grace

Erreur! Signet non défini.


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consommée et plus accomplie ; mais proportionnée en son estre, en sa qualité et en son degré à nostre grace. Aussi la gloire de Iesvs est semblable à la grace de Iesvs ; et comme la grace de Iesvs est bien differente de la nostre, ainsi la gloire de Iesvs est bien éloignée de la nostre. La grace et saincteté de Iesvs est substantielle, et sa gloire est substantielle : sa grace est increée, et sa gloire est increée : et la grace infuse qui se deriue en l' ame et aux puissances et facultez de l' ame de Iesvs, est vne grace emanée de cette grace primitiue et principale, de cette grace propre à Iesvs, de cette grace constitutiue de Iesvs : et est vn accident dependant de cette substance eternelle. Aussi la gloire correspondante à cette grace infuse, est vne

Erreur! Signet non défini.


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gloire émanée de cette gloire essentielle, qui est communiquée à Iesvs en la communication de la diuinité, qui se donne à cette humanité comme vie et comme gloire essentielle et superessentielle.

Esleuons-nous par dessus nous-mesmes, et par dessus la gloire des hommes et des anges, et nous perdons en la veuë et contemplation de cette gloire : car cette gloire est si haute et si diuine, que nous pouuons bien dire que cette gloire de Iesvs, est la splendeur de la gloire de la diuinité, comme la personne de Iesvs est la splendeur de la gloire du pere.

Aussi le mesme apostre, le digne herault des grandeurs de Iesvs, le contemplant en l' vne de ses epistres, nous dit de luy : in ipso inhabitat omnis plenitudo diuinitatis

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corporaliter : en Iesvs habite toute la plenitude de la diuinité corporellement.

Cette parole est energique, digne de la profondité de ce mystere, et de la profondité du sens apostolique, et comprend deux termes, esquels est le nerf du discours et la clef de l' intelligence sublime et éleuée de ce grand apostre, le terme de plenitude et le terme de corporellement : et il employe ce mot de plenitude parlant de la diuinité, pour nous marquer le vuide de la creature, et nous faire considerer tout estre creé comme vn vuide qui est remply de la plenitude de Dieu.

Car y ayant deux estres en Iesvs, l' estre creé et l' estre increé : l' estre increé habite en son estre creé, comme en son vuide, lequel il remplit de sa plenitude, et de

Erreur! Signet non défini.


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toute sa plenitude, ne voulant rien reseruer de ce qui peut estre communiqué à vne nature creée, demeurant creée. Il communique son estre à son neant, sa grandeur à sa bassesse, sa dignité à sa petitesse, sa puissance à son infirmité, sa gloire à sa mortalité, sa lumiere à son obscurité, sa plenitude à sa capacité, sa diuinité à son humanité, et sa subsistence à la substance de la nature humaine, en laquelle il habite comme en sa propre nature. Dieu habitoit auparauant en cette humanité, mais il suspendoit les effects, les estats, et la splendeur de sa presence. Il habitoit en elle comme en vne nature estrangere : car aussi Iesvs vouloit estre estranger, pelerin et mortel sur la terre, parce que nous estions nous mesmes estrangers de

Erreur! Signet non défini.


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Dieu, et qu' il vouloit estre semblable à nous, et vouloit effacer en nous cét estat peruers par l' estat humble et estranger à sa grandeur, lequel il porte sur la terre. Mais il habite maintenant en cette humanité comme en sa propre nature : et le pere eternel veut que son fils soit et paroisse en l' estat de sa grandeur, le tirant hors de la minorité en laquelle il a voulu viure par l' espace de tant d' années en Nazareth, en Egypte, en Iudée. Et comme la diuinité est la plenitude de l' humanité subsistante au verbe : aussi en cét estat heureux et glorieux est la plenitude, l' accomplissement et la consommation du mystere de l' incarnation. C' est pourquoy il employe ce terme de plenitvde, et y adiouste celuy de corporellement, pour nous dire, que la

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diuinité, que la plenitude de la diuinité, que toute la plenitude de la diuinité habite en Iesvs, et habite en Iesvs corporellement, c' est à dire, comme en son propre corps. Verité grande et haute, et qui en deux paroles dit chose ineffable, et marque vne infinité de grandeurs et merueilles, et contient vn abysme en profondité de sens et de lumiere ! Qve tovte la plenitvde de la divinité habite en Iesvs comme en son propre corps.

Pour entrer en l' intelligence de ces grandes paroles, il nous faut considerer, que Dieu n' a point de corps en sa nature diuine. Car il est tout esprit, et esprit infiniment distant de tous les corps, et mesme de tous les esprits creez, par l' eminence de son estre increé : mais son

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amour luy donne ce que sa nature ne luy donne pas ; puis que par le mystere de l' incarnation le verbe est fait chair, et cette chair et ce corps est la chair et le corps de Dieu. Ce corps est deïfié, ce disent les peres, et c' est le langage ordinaire de l' eglise primitiue, c' est à dire, ce corps est fait le corps de Dieu, et Dieu habite en iceluy comme en son corps : et ce que Dieu n' a point par son essence, il l' a par sa bonté, par sa dignation, par son amour.

Car le secret de la foy nous apprend que le verbe eternel se fait homme, prend vne ame et vn corps à soy, leur donne existence et subsistence dans son estre increé, et ce corps a consubsistence auec sa diuinité, comme sa personne diuine est consubstantielle auec son pere. Car comme la personne du

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pere et la personne du fils ont vne mesme diuinité : aussi ce corps et la diuinité ont vne mesme subsistence.

Dignité incomparable, et appropriation émerueillable de ce corps à Dieu, faicte par la puissance de l' amour, qui égale la puissance de la nature, et qui en Dieu est Dieu mesme ! Cette puissance admirable vnit ce corps à Dieu si intimement, si estroittement, si substantiellement, si personnellement, que ce corps est adorable, et adoré de tous les esprits creez : et aussi humblement adoré, parce que c' est le corps de Dieu par amour et par subsistence, comme si c' estoit son corps par son essence et par sa nature. Car les payens et les chrestiens se trouuent concurrents en vne mesme pensée, les vns conduits par l' esprit de mensonge, les

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autres par l' esprit de verité, les vns en leurs opinions donnants à Dieu vn corps par nature, les autres en leur creance donnants à Dieu vn corps par amour. Mais quand cette supposition fausse et impossible de la gentilité profane auroit lieu, ce corps seroit bien le corps d' vn dieu par vn autre titre, que par le titre d' amour ; il seroit bien à Dieu plus naturellement et necessairement, mais il ne seroit pas à Dieu plus reellement ; et il ne seroit pas le corps d' vne personne plus digne d' adoration supréme. Et cette condition naturelle attribuée à Dieu par la gentilité, amoindriroit l' essence et la dignité de Dieu, le rendant corporel, et l' abbaissant par nature à chose si basse comme vn corps. Mais Dieu s' y abbaissant luy-mesme, et s' y abbaissant par

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amour et par dignation, comme il fait en ce mystere adoré des chrestiens ; il demeure tousiours en sa propre grandeur, et en la dignité de son essence, haute, abstraicte et immaterielle ; et releue ce corps auquel il s' vnit, de la grandeur de sa diuinité, et l' esleue en sa dignité sans estre abbaissé en son essence : et n' ayant pas ce corps à soy par son essence, il l' a par subsistence, qui est vne mesme chose auec son essence. Que si ce corps et cette ame conuenoient à Dieu par nature, comme ils luy conuiennent par subsistence : quelle vie, quelle gloire, quelle grandeur conuiendroit à ce corps, qui seroit le corps d' vn dieu, et à cette ame qui seroit l' ame d' vn dieu ? Or ce corps et cette ame, et cette humanité ainsi

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conioincts à Dieu par le moyen de l' vnion hypostatique, sont aussi vrayement et efficacement, aussi sainctement et diuinement le corps de Dieu, l' ame de Dieu, l' humanité de Dieu par subsistence, comme il seroit le corps de Dieu par subsistence, si Dieu par sa nature auoit vn corps. La vie donc, la gloire et la grandeur qui necessairement conuiendroit à ce corps par nature, conuient raisonnablement à ce corps deïfié par amour et par subsistence, et luy est conferée par la bonté, par l' amour et par la puissance de Dieu, qui regarde ce corps comme son corps, et en cette qualité le remplit de gloire, de splendeur, et de majesté diuine.

Les anciens philosophes auoient raison de dire, que si Dieu auoit vn

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corps, ce seroit celuy du soleil, car ils ne voyoient rien au monde de plus digne d' estre le corps de Dieu, comme estant vn corps excellent en sa splendeur, en ses influences, en son actiuité. Mais Dieu par cette troisiéme naissance veut donner à son fils vn corps bien plus excellent que celuy-la ; vn corps qui en sa lumiere obscurcit la lumiere du soleil ; vn corps qui est le soleil non de la terre, mais du ciel empirée : ciel qui contient en sa grandeur immense et la terre et le soleil, tous les astres et toute l' estenduë des cieux mesmes : vn corps qui regit et tous les corps et tous les esprits celestes : vn corps qui a consubsistence auec la diuinité.

Et aussi ce corps est adorable et adoré de toute creature, qui rend hommage à ce corps, comme

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au corps de son Dieu, et à cette ame comme à l' ame de son Dieu : et toute creature se glorifie de porter les marques viuement empraintes de la seruitude de Iesvs, et de ressentir les effects de sa puissance diuine et admirable. Or Dieu qui n' a point de corps par sa nature, et a voulu auoir vn corps par sa puissance, par son amour, et par sa subsistence, habite desormais en ce corps en vne maniere beaucoup plus intime et plus puissante, que celle par laquelle l' ame habite en son corps. Car l' ame par le cours de la nature n' est conioincte au corps que pour vn temps ; elle en doit estre separée ; et vne fois separée elle n' y peut r' entrer iamais : et si par vne puissance estrangere au corps, et vn tres-grand miracle elle y est restablie, lors mesme elle ne s' y

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peut conseruer que bien peu d' années ; et sans vn miracle perpetuel elle en doit estre pour iamais separée.

Mais la diuinité s' vnit par soy-mesme à ce corps et à cette ame ; elle n' en doit estre iamais separée ; et n' y a rien qui puisse alterer tant soit peu cette vnion parfaicte, et elle durera vne eternité. Car tandis que Dieu sera Dieu, Dieu sera homme, et ce corps sera pour vn iamais le corps d' vn dieu. Puis donc que nous voyons que l' ame de beaucoup inferieure à la diuinité, en sa puissance et en son actiuité, communique sa vie et son estat au corps, en s' vnissant au corps : et si elle est vegetante, le corps est vegetant ; si elle est animale, le corps est animal ; si elle est humaine, le corps est humain, et a vne vie humaine : a plus forte

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raison la diuinité qui habite en ce corps d' vne maniere plus intime, plus puissante et plus auguste, qui remplit et actuë cette ame et ce corps de sa propre subsistence, et qui communique sa vie et son estre à cette ame, elle luy communique par consequent vn estre diuin, et la rend diuine en son estat et en sa subsistence. Car si vne ame saincte rend vn corps sainct, et vne ame glorieuse rend vn corps glorieux : que sera-ce de la diuinité, qui est la gloire et la saincteté mesme, et qui habite en cette ame comme l' ame de cette ame, et en ce corps comme en son propre corps, et en cette nature humaine comme en sa propre nature ? Car il nous faut bien remarquer que le verbe eternel a deux essences : l' vne par nature,

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l' autre par amour : l' vne par naissance eternelle, l' autre par naissance temporelle : l' vne par laquelle il est Dieu, l' autre par laquelle il est homme, mais homme-Dieu pour iamais. Et en cette mesme essence et nature que son amour luy donne, il a encore deux naissances, l' vne en la mortalité, l' autre en l' immortalité : qui sont deux estats bien differents de cette mesme humanité, et deux naissances aussi bien différentes en vn mesme suject et vne mesme personne. La premiere naissance se termine à la croix : et Iesvs l' a regarde dés le premier moment de cette humble naissance. La deuxiéme naissance se termine au ciel, et le ciel vous attend et vous regarde, ô Iesvs, comme chose sienne dés le premier moment de cette renaissance.

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En l' vne vous naissez, ô Iesvs ; en l' autre vous renaissez : vous naissez comme homme en Bethleem, vous renaissez comme homme au sepulchre ; mais comme homme immortel, et immortalisant les hommes. L' vne de ces naissances regarde la croix, et l' autre regarde le ciel : deux termes, deux sejours et deux throsnes bien differens : là vous mourez, et icy vous viuez. Là vous souffrez, et icy vous regnez : là vous entrez en nos miseres, et icy vous entrez en la gloire du pere : là vous estes dans le throsne de vostre humilité, et icy dans le throsne de vostre majesté : là vous estes dans la creiche et dans la croix, et icy dans le ciel, et dans le throsne de la gloire. ô vie diuine ! ô vie celeste ! ô vie glorieuse !

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ô vie en laquelle paroist la plenitude de la diuinité, et la splendeur de la gloire couuerte auparauant, et obscurcie à nos yeux par les espines de la croix, et par l' estat de sa mortalité ! Vie qui dit plenitude de gloire, plenitude de puissance, plenitude de majesté ! Vie sans abbaissemens, sans souffrance et sans mortalité ! ô vraye vie ! Vie, plenitude de vie, et plenitude de diuinité ! Vie, qui n' est plus que vie, qui n' est plus que puissance, qui n' est plus que gloire, qui n' est plus que majesté ! Car comme Dieu est tellement vie, que tout est vie en Dieu : aussi en cét estat heureux Iesvs est vie, et tout est vie en Iesvs, et la vie triomphe en Iesvs et par Iesvs. Elle triomphe de l' vniuers, et y triomphe heureusement pour l' vniuers :

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triumphat nos in christo. Suiuons humblement le char de ce triomphe de Iesvs, car nous sommes ses esclaues et ses captifs : esclaues de sa grandeur, captifs de ses triomphes ; et nous faisons partie de ses despoüilles, de ses trophées, et des rares ornemens de sa victoire.

Contemplans ces trois naissances, et ces trois vies de Iesvs ; sa naissance diuine par laquelle il est Dieu ; sa naissance humaine par laquelle il est homme entre les hommes ; sa naissance en la gloire par laquelle il est roy de gloire entre les hommes et les anges : nous auons à remarquer comme en ces trois naissances il est né souuerain, et toute creature luy doit hommage de sa seruitude et subiection. En la premiere naissance il est souuerain, car il est Dieu. En la seconde

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il est souuerain, car il est roy, et né roy, ce dit l' euangile. En la troisiéme il est souuerain, car il est estably en la dextre, en la gloire et en la puissance de son pere, et nous declare luy-mesme sa souueraineté par ses paroles : tovte pvissance m' est donnée av ciel et en la terre.

Paroles de grande energie et de tres-grande auctorité ! Or de ces trois naissances la seconde est celle où son authorité est moins sensible et plus cachée dans l' abbaissement de son enfance, et dans l' estat de sa mortalité. Et toutesfois en cette humble et seconde naissance, en laquelle comme Iesvs est viuant et mourant tout ensemble : aussi et viuant et mourant il parle, il maintient, il exerce sa souueraineté.

Et ceux qui luy veulent

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rauir sa vie en son enfance, et la luy rauissent en la croix, ne peuuent pas luy rauir sa royauté, laquelle il maintient et conserue, ne conseruant pas sa vie. Ainsi nous voyons Iesvs en son enfance proclamé roy, et par des roys, redouté d' vn roy, et adoré des roys, voulant dés sa naissance faire paroistre vn éclat de sa grandeur, et faire sentir aux grands la secrette puissance cachée dedans sa creiche, qui doit vn iour paroistre en la face de l' vniuers, à leur estonnement : si tantùm terruit cuna vagientis ; quid faciet tribunal iudicantis ? Et durant sa vie mortelle, payant tribut pour l' exemple, il declare ne le deuoir point payer comme le fils du roy des roys : et aussi le paye-t' il par puissance et par miracle ; sa subiection apparente estant

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releuée d' vn effect de puissance, de merueille et d' authorité extraordinaire sur la terre et sur la mer : en sorte que la marque de sa subiection porte la marque de sa puissance.

En mourant il se fait proclamer dans la mort mesme le roy des Iuifs, et rend le mesme iuge qui le condamne, le herault de sa royauté. Apres la mort dans le sepulchre il prend la voix, et se sert de la langue de sa disciple pour estre nommé souuerain dans l' estat et les ombres de la mort et du sepulchre. Disciple bien instruicte en l' escole de Iesvs, en l' escole d' amour, en l' escole du sainct esprit, et qui nomme Iesvs souuerain, par l' instinct de celuy qui possede son coeur, qui conduit sa langue, qui tire ses larmes, et la rend attachée à la croix et au sepulchre

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de Iesvs, et plus viuante en sa mort qu' en elle mesme. Que dittes-vous, ô amante, mais diuine amante ? Iesvs est mort, et vous viuez en luy. Iesvs est mort, et vous l' appellez souuerain, et souuerain sans limites. Iesvs est mort, et son corps seul est au sepulchre.

Et le croyant, le cherchant, l' aymant en cét estat, vous l' appellez seigneur parlant aux apostres, c' est à dire, aux docteurs du monde, et aux disciples de la vie et de la verité. Mais le s.. esprit conduit vostre coeur et vostre pensée, anime vostre langue et vos paroles : car Iesvs naissant, Iesvs mourant, Iesvs mort, est toujours souuerain, et ne perd non plus sa souueraineté que sa diuinité, à laquelle elle est vniquement et inseparablement adioincte. Iesvs

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en cét estat de la croix et de la mort est souuerain ; et ne faisant pas des effects de sa puissance sur sa creature sensible et raisonnable afin de patir par elle et pour elle ; il fait des effects de sa puissance sur sa creature insensible et inanimée.

Car bien que patissant et non agissant, souffrant et non operant, mourant et non viuant, il esbranle la terre, il fend les pierres, il rompt le voile du temple, il couure le ciel de tenebres, il rauit la lumiere au soleil, et marque sa souueraineté dans la terre et dans le ciel lors qu' on luy rauit la vie, qui est la lumiere et la merueille du ciel et de la terre.

Iesvs donc, mesme en cét estat d' humilité, de souffrance et de mort, est roy et souuerain. Beaucoup plus deuons-nous l' auoüer

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et recognoistre pour tel en l' estat de sa gloire et de son immortalité.

Aussi entrant en cét estat et au milieu de son triomphe, s' esleuant de la terre pour entrer en la gloire ; il se tourne vers nous, et nous addressant sa parole, il nous dit hautement et grauement, data est mihi omnis potestas in coelo et in terra, et finit son seiour en la terre en ces grandes paroles et en ces derniers propos, pour laisser sa puissance et son authorité plus viuement emprainte en nos esprits, en nos coeurs et en nostre vie : et pour nous apprendre que la fin de sa vie, de sa croix, de sa mort et de sa renaissance en l' immortalité, est pour regner et pour establir les effects de ceste sienne puissance en la terre et au ciel. Escoutons ces sainctes paroles prononcées dans ce

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triomphe ; adherons à Iesvs qui les nous dit et prononce ; et liurons-nous à la puissance de celuy qui triomphe de la mort et du peché, et veut encore triompher de nous comme de chose qui est à luy et par sa grandeur et par ses victoires.

Car il est souuerain, et nous sommes ses subiects : il est redempteur, et nous sommes ses captifs : il est et souuerain et redempteur par naissance et nature, et par naissance et renaissance nous sommes les subiets de son empire, et les esclaues de sa puissance. Il est tousiours souuerain, et nous sommes tousiours ses subiects, ses vassaux, ses esclaues, et ses esclaues à plusieurs titres ; esclaues de son amour, esclaues de sa grandeur, esclaues de ses abbaissements, esclaues de sa croix, esclaues de son

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esprit, esclaues de sa gloire. Et nous luy deuons rendre l' hommage et les effects de nostre seruitude, trouuant nostre vie en l' obeïssance, nostre liberté en la seruitude, et nostre gloire en la dépendance que nous deuons et voulons rendre à Iesvs, le fils vnique de Dieu, l' amour et la puissance du pere, le roy de gloire, le souuerain seigneur et des hommes et des anges.

 

DERNIERE PARTIE

Tovché de ces pensées, rauy de ces grandeurs en la veuë de cét oeuure excellent, et mystere ineffable de l' incarnation, accomply pour nous au milieu de nous ; ie dressay y a dix ou douze ans vn petit memorial de certains

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poincts pour s' offrir à Iesvs, et pour honorer ce sacré mystere, le mystere de son estat et de ses grandeurs, le mystere fondamental de tous les autres estats et mysteres, le centre et la circonference de sa gloire, l' origine et la base de ses merueilles ; croyant que tous les hommes deuoient cét hommage à l' homme-Dieu, et toutes les oeuures des hommes cét hommage à l' oeuure des oeuures de Dieu : et que le chrestien apres auoir adoré la tres-saincte trinité en elle-mesme, la deuoit adorer comme voulant, comme ordonnant, et comme operant cét oeuure vnique et singulier, la merueille de sa grandeur et de sa puissance, et le chef-d' oeuure de son amour enuers les hommes.

Ce memorial fut dressé sans

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dessein, ny d' estre imprimé, ny d' estre diuulgué. Et n'a iamais esté communiqué qu' à bien peu de personnes, desireuses et capables de s' en seruir. Et aussi depuis tant d' années le monde n' en auoit eu aucune cognoissance : voire mesme ceux qui m' approchent le plus, et qui m' honorent de leur conuersation particuliere, n' en auoient iamais oüy parler. Quelques ames choisies, appellées à perfection plus grande ; fidelles à Dieu, lumineuses en ses voyes et en ses mysteres, l' ont eu, et à leur aduis en ont tiré profit. Et mon deuoir m' obligeant à les seruir dans les exercices de pieté, i' ay creu ne deuoir pas le leur refuser, comme estant vne eleuation qui regarde Iesvs et son sacré mystere ; qui honore Iesvs parce qu' il est fils de Dieu,

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et la saincte vierge, parce qu' elle est sa mere : et qui honorant ainsi Dieu en son fils, le fils en sa mere, honore conioinctement le fils et la mere en leurs sacrez mysteres : et pose pour fondement celuy duquel l' apostre dit, qve nvl ne peut poser autre fondement que celvy lequel a esté posé par le pere eternel, c' est à dire, Iesvs-Christ nostre seigneur, le fils vnique du pere. Car comme Iesvs est le fonds et la fin de la religion chrestienne, il est aussi le fonds et la fin de la pieté et perfection chrestienne.

Dressant ce memorial, ie le communiquay au reuerend pere Cotton et au reuerend pere Souffran, personnes assez cogneuës et assez recommandables en la France, et pour leur doctrine, et pour

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leur pieté signalée : et ils l' approuuerent tous deux en plus forts termes que ie ne voudrois icy rapporter ; l' vn d' entr' eux daigna mesmes le copier de sa main : et voyant du depuis ces orages, m' escriuit comme il s' en estonnoit bien fort, et qu' à son aduis on ne le pouuoit impugner sans impieté, ou sans vn grand deffaut de cognoissance.

Ce que ie dis, non tant pour éleuer cét escrit, que pour tesmoigner que ces personnes publiques, assez penetrantes et illuminées dans les poincts de la foy et de la pieté, en vn temps de calme et de tranquillité n' y trouuoient point les perils, les erreurs et les heresies, que quelques esprits beaucoup moins clairuoyants et moins authorisez qu' eux, moins informez et plus interessez qu' eux, ont voulu feindre y trouuer

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dans les orages passez, par desseins et interests assez cogneus au monde. Ainsi dans les corps celestes les esprits et les yeux plus aigus et penetrans voyent et sçauent estre lumiere, ce que le vulgaire ignorant croit estre des taches et des macules, non par le deffaut de ces corps lumineux, mais par le deffaut des yeux et des lunettes de ceux qui les contemplent.

Ce memorial ainsi dressé, ainsi approuué, et ainsi toutesfois rarement communiqué, n' a mesme pour l' ordinaire esté communiqué qu' en forme d' oblation simple, et non pas en forme de voeu. Et la plus-part de ceux qui l' auoient veu, ne l' auoient veu qu' en cette façon auant les imprimez diffamatoires.

Quelques ames desireuses et accoustumées de seruir Dieu en l' estat

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et la forme de voeu, l' ont voulu, et l' ont eu en cette forme : et encores il ne leur a esté donné qu' auec cét aduis precedent, et cette precaution, à mon aduis suffisante, de n' auoir intention de s' obliger qu' à ce seul poinct, de ne point desaduoüer par acte formel cét hommage et seruitude : et c' est pourquoy cét article a esté inseré en ce memorial. Et il est euident que cét article eust esté du tout impertinent en cette eleuation, sans ce dessein de restraindre leur obligation à ce seul poinct, et de marquer cette intention expresse : de laquelle pour s' asseurer dauantage, quelques-vnes marquoient dans leur mesme papier comme elles faisoient ce voeu selon l' intention qui leur auoit esté proposée ; afin que le mesme papier

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qui porteroit le suject de leur doute, portast en cette parole la resolution et l' esclaircissement de leur doute : et que les esprits pointilleux, qui par subtilité, plus que par solidité, glissent quelquesfois dans les ames des doutes importunes et contentieuses, le feissent sans effect, comme ils le font sans aucun fondement.

Et toutesfois cette parole a esté prise à contre-sens par quelques-vns, et par faute ou de science ou de conscience, on a voulu trouuer achoppement à cette mesme parole, qui estoit la precaution, le correctif et l' antidote, pour empescher qu' on ne peust abuser de ce papier à des sens ou intentions égarées. Mais ceux qui n' ont les yeux ouuerts que par l' esprit de diuision et d' emulation, s' aueuglent

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bien aisément : et n' y a rien de si clair et si reglé qui ne serue d' achoppement, à ceux qui se cherchent eux-mesmes, et non pas Dieu, qui est la vraye guide et la vraye lumiere.

Ce memorial ainsi dressé, ainsi communiqué, ainsi exposé, ne reçoit point de difficulté dans les esprits tranquilles, sinceres et raisonnables.

C' est vn escrit particulier, dressé par des pensées et des intentions particulieres, dressé mesmes auec aduis non necessaire de personnes approuuées en leur doctrine et pieté. C' est vn escrit communiqué non indifferemment, non communément, mais rarement, mais à des ames choisies et iugées auparauant. Et si quelques ames recluses y ont eu part, comme il y en a en ce sexe

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de diuerses statures selon le corps, il y en a aussi de differentes capacitez selon l' esprit. Et entre les ames simples, il y en a qui n' ayant pas la lumiere des termes, ont la lumiere des choses, et sont capables d' en faire vn aussi bon vsage, que plusieurs qui sont plus versez dans les liures, et moins participants à la lumiere de vie et pieté, que le fils de Dieu promet à ceux qui le suiuent.

Et les boutiques de nos libraires sont pleines de liures, exposez à tous aages et à tous sexes, qui traictent des matieres plus hautes, moins necessaires, et plus exposées au peril de ceux qui en vsent indifferemment.

Qui a-t' il donc à dire sur vn escrit particulier ? Sur vn escrit distribué rarement et manuellement ? Et sur vn escrit distribué auec choix et discernement ? Il

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est euident que c' est vn faict non commun, mais particulier, auquel il est permis à vn chacun d' abonder en son sens, selon l' aduis et la regle de l' apostre ; et qu' il s' agit non d' vn poinct de science, mais d' vn poinct de prudence, en laquelle vn chacun se dispense aysément de croire auoir quelque aduantage, et en laquelle par la grace de Dieu nos actions publiques et particulieres ne nous donnent pas iusques à present vn grand blasme.

Le style de ce memorial est rude et impoly, comme vn écrit dressé sans pollissure et sans dessein d' estre diuulgué : il conuient et suffit à l' esprit de celuy qui l' a dressé pour soy, et pour ceux ausquels il iugera à propos de le communiquer. Il est neantmoins tollerable, et les censeurs

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incogneus n' ont encores, à mon aduis, rien exposé de meilleur au public en leurs libelles et aduis pretendus salutaires. Et quand il leur plaira de faire mieux, nous les honorerons ; ou de faire pis sans iniures, nous les tollererons. Au fonds, c' est vn style conforme au style des peres et docteurs de l' eglise, comme sçauent les doctes, comme les docteurs et approbateurs le declarent et témoignent ; comme il seroit aysé de le prouuer, si le suject, qui est particulier, et l' opposition des contredisans, y obligeoit. L' estenduë de ce memorial n' est pas l' estenduë du voeu, qui ne consiste qu' en trois paroles ; mais c' est l' estenduë d' vne oblation et priere. C' est l' estenduë d' vne esleuation, qui ne parle que de Iesvs et de sa tres-saincte mere. C' est l' estenduë de plusieurs

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poincts non d' obligation, mais de perfection, qui regardent l' honneur du fils de Dieu et de la vierge sacrée. Mais vn prophane mesme nous apprend, qu' il n' y a rien de si sainct qui n' ayt son sacrilege.

En ce memorial de deuotion vers le fils de Dieu, et la tres-saincte vierge, à qui veut le reduire en forme de voeu, ceste obligation du voeu est limitée et restrainte à vn article qui la rend douce, facile et raisonnable, n' obligeant par ceste intention, qu' à ne point faire d' acte formel desaduoüant ceste seruitude, à laquelle nous sommes obligez de naissance et renaissance. Il est notoire ; que sans aucun voeu precedent nul ne doit faire ce desadueu ; que nul ne le peut faire sans offense ; que nul ne peut estre

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humainement et griefuement tenté contre cét article, qui ne combat aucune des passions de nostre nature, et ne peut estre violé que par vne malignité diabolique. Ie ne veux parler maintenant de cét ordre ancien des seruites, qui portent cette denomination et qualité pour marque de leur deuotion et seruitude enuers la tres-saincte vierge : il me suffit de dire, qu' il y a en France et hors de France vne congregation deuote, instituée en l' honneur de la mesme vierge, approuuée du s.. siege, qui s' offre à elle en ces termes, te in dominam patronam et aduocatam eligo. Si quelqu' vn voulant perseuerer en ceste eslection se vouloit obliger par voeu secret et particulier, à ne iamais desaduoüer par acte formel cette eslection, seroit-ce vn crime contre

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la foy et les bonnes moeurs ? Seroit-ce erreur ou impieté ? Seroit-ce matiere de censure ? Seroit-ce nouueauté preiudiciable aux ames et au public ? Seroit-ce matiere de scandale et d' opprobre ? Seroit-ce suject digne de factums, de libelles, et d' aduis salutaires ? Seroit-ce estre antipape, geneuois, ou huguenot couuert ? Seroit-ce extrauagance en la doctrine et en la pieté ? N' est-ce pas l' intention de tous ceux qui le font, de le garder, soit qu' ils le promettent, soit qu' ils ne le promettent pas ? N' est-il pas libre à vn chacun de le promettre s' il veut, et de s' imposer à soy mesme ceste loy particuliere ? Qui a-t' il de repugnant à la science, à la pieté, à la prudence ? Qui a-t' il de dommageable à la republique chrestienne ? Qui a-t' il de repugnant à la

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plus grande gloire de Dieu ? Mais la passion est aueugle, et ne voit pas, ou ne veut pas voir ces choses.

Et ceux qui sont amateurs de leurs sens et de leur interest particulier, se forment des chimeres et des monstres : et en la terre aussi bien qu' en la mer, il y a des seiches qui troublent de leurs ancres, les veritez les plus claires, les plus grandes, et les plus approuuées.

Quelques esprits que ie ne veux point nommer, nez et nourris les vns en l' erreur, les autres en l' inquietude (comme sçauent ceux qui sont informez de ceste histoire) conduits par des intentions et des procedures plus dignes d' estre enseuelies que renouuellées dans la memoire des hommes : esprits de vents et d' orage, spiritus procellarum, et voulans aussi exciter orages et tempestes,

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ou comme ils disoient eux-mesmes, par vne licence peu euangelique, voulans faire scandale ; solliciterent quelques-vns par diuers moyens, et par lettres (que i' ay mesme entre mes mains, et ferois imprimer, si ie prenois plaisir à imprimer des factums et des lettres) pour soustraire les papiers d' vne personne qui auoit ce memorial : et ce à dessein de le faire censurer, et de prendre cette censure pour fondement de l' orage et tempeste qu' ils ont faite auec beaucoup de bruict et peu de fruict. Mais par vn secret iugement de Dieu, sagittae eorum factae sunt plagae eorum. Car ils ont éleué dauantage cette deuotion en la blasmant ; et en la voulant faire censurer, ils la firent approuuer : et Dieu, qui par sa prouidence ne donne pas seulement,

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auxilium in tribulatione, mais par vn plus grand secret et vne plus haute conduitte donne selon son prophete, auxilium de tribulatione, tira secours de cette oppression, et fit naistre vne approbation publique, de leur dessein preparé à condamnation publique.

Lors il auoit pleu à Dieu par le commandement du roy de m' employer dans les affaires et les mouuements de cét estat, et sa majesté m' auoit enuoyé vers la royne sa mere. Durant ce temps, à mon desçeu, en mon absence, et occupé à bien d' autres pensées, on prepare cét orage : et lors que nous traictions de paix pour la France, on se resout à nous faire la guerre et à Rome et en France, et à nous publier et accuser pour heretiques,

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par vn zele à la verité fort ardant ; par vne charité fort nouuelle, et par vne conduitte fort reglée.

Sed non dormit, neque dormitat qui custodit Israël. Et Dieu qui veille sur les siens tandis qu' ils reposent, et beaucoup plus tandis qu' ils trauaillent pour sa gloire, pour son seruice, et pour le repos du public, pourueut par sa prouidence à ce desordre, et en tira vn effect tout contraire.

Monseignevr de Nantes, personnage si digne (outre sa qualité) qu' on ne le peut nommer sans eloge d' honneur : personnage si celebre et recogneu en son merite, qu' on ne peut le rendre plus illustre et plus orné par aucune sorte de loüange. Prelat duquel i' aurois plusieurs choses à dire, si sa modestie ne m' imposoit silence,

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et s' il auoit autant de facilité à supporter ses loüanges, comme il a de facilité à se rendre digne d' estre loüé. Ce prelat estoit pour lors euesque d' Ayre, et residant en son euesché, il se trouue obligé par les affaires de son diocese de venir en la ville où ce dessein se tramoit, et y arriua deux iours auparauant que ce dessein conçeu et formé secrettement se deuoit éclorre.

Lors il reluisoit comme vn astre brillant dans le ciel de ceste prouince, et auoit respandu souuent ses rayons et ses influences benignes, fortes et puissantes sur cette ville. La presence et l' arriuée d' vne telle lumiere n' y peut estre incogneuë : vne personne si digne et si cogneuë ne peut estre obmise en vne telle assemblée.

Ainsi il y est appellé, ignorant le

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dessein qui estoit secret entre les parties ; ignorant le papier dont de sa vie il n' auoit oüy parler ; ignorant l' autheur du papier, qu' on tenoit couuert pour conduire plus insensiblement les pensées des particuliers, qui auoient à condescendre à cette condamnation. Mais Dieu estoit en cette assemblée, Deus in synagoga deorum. Dieu y presidoit pour la conduire à vn effect contraire à leur intention. Dieu ouure et applique l' esprit de monseigneur de Nantes à la lecture de ce papier : il escoute les proposans, et leurs raisons à l' encontre. Il le tire de leurs mains pour le lire plus attentiuement, et le peser en toutes ses parties. Il le gouste et l' approuue, il esclaircit les difficultez proposées, et dissipe les nuages par sa lumiere : et ce torrent d' eloquence et

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de science reduit messieurs les proposans et au silence et à l' impuissance de repliquer : et leurs adherans qui estoient presents à cette assemblée, sont les premiers à se rendre, et à suiure l' aduis et les raisons de monseigneur l' euesque de Nantes. Ainsi ce papier, par la conduitte et prouidence de Dieu, reçoit vne approbation publique, vne approbation parlante en ce lieu choisi, et en cette assemblée preparée à le condamner authentiquement.

C' estoit assez pour contenter des esprits humbles et modestes : c' estoit assez pour arrester des esprits raisonnables : c' estoit assez pour faire cognoistre le doigt de Dieu à des esprits considerants, dociles et pacifiques. Mais ceux qui ne se rendent pas à tant de brefs, et à tant

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d' oracles de sa saincteté : ceux qui n' escoutent pas la voix de plusieurs cardinaux, nonces et prelats, parlants au nom et en l' authorité de sa saincteté, et parlants vn langage vni-forme : ceux à qui tous les arrests qui ne prononcent pas ce qu' ils veulent, sont subreptices ; et tout ce qui repugne à leurs desseins, est heretique, comme estans esprits violents, nez et nourris eux-mesmes en l' erreur ; ne sont pas si tost capables de discerner les mouuements du sainct esprit, et de se rendre à sa douce et suaue conduitte. Ils s' esmeuuent, ils se cabrent, ils s' agittent dauantage ; ils enuoyent des agents, mais des agents trop reprochables ; ils employent des escriuains incogneus en leurs noms, mais trop cogneus en leurs escrits pleins d' immodestie

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et d' insuffisance. Force libelles et fort peu de bons liures ; force factums et fort peu de raisons ; force mouuements, et fort peu d' effects ; force paroles, et fort peu de miracles.

Me sera-t' il permis d' interrompre ce narré pour addresser ma voix aux autheurs de cét orage, et leur dire : que faittes-vous messieurs ? Soyez les premiers iuges de vous-mesme, et preuenez les iugements des esprits clair-voyants du monde qui vous regardent en leur lumiere, et vous iugent en leur seuerité. N' auez-vous point de meilleurs moyens pour la poursuitte de vos desseins, que de vouloir m' accuser d' heresie ? N' auez-vous point de meilleure preuue pour le faire croire, qu' vn papier de deuotion enuers Iesvs (qui est

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l' obiect et de la foy, et de la pieté des chrestiens, et l' ennemy de toute heresie ; ) et enuers la tres-saincte vierge, qui a ruiné toutes les heresies de la terre ? Pleust à Dieu que tous les erreurs de ce siecle fussent fondus en cette heresie ! Pleust à Dieu que vos agents fussent coulpables de semblables crimes ! Mais en tout cas considerez que cét escrit lequel vous proposez est particulier, et auant vous incogneu au public. S' il est mauuais, pourquoy le publiez-vous ? Et s' il est mauuais, que n' en aduertissez-vous son autheur ? Ignorez-vous la loy de la correction fraternelle ? Loy prononcée par le fils de Dieu ? Loy publiée et rapportée par ses apostres ? Si vous l' ignorez, estes-vous chrestiens ? Si vous ne l' obseruez, estes-vous le sel et la

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lumiere de la terre ? C' est la loy de l' euangile : c' est la regle du fils de Dieu : c' est vne regle que si vous l' ignorez, vous serez ignorez ; si vous ne la gardez, vous serez condamnez.

Mais ou ces pensées n' entrent pas en leur esprit, ou au moins elles ne les arrestent pas. Ils perseuerent en leurs mouuements : ils font toutes sortes d' efforts à l' encontre de ce papier ; papier secret et incogneu auant eux ; papier qui ne parle point d' eux, ny de leurs affaires ; papier dressé auant leurs pretentions ; papier qui ne parle que de Iesvs et de Marie.

Ils vont, ils font, ils parlent, ils courent les prouinces et les mers pour le faire condamner, tantaene animus coelestibus irae ? Ces esprits donc ainsi émeus et ainsi agitez, taschent de faire condamner

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à Paris ce qu' ils n' ont peu faire condamner ailleurs. Et frappez d' aueuglement, ne voyent pas, que c' est vne audace intollerable de l' entreprendre ; puis que procurer la condamnation de ce papier, c' est procurer vne sentence de condamnation non plus contre moy, mais contre les prelats et docteurs qui l' ont approuuée : qui est en des particuliers vn attentat insupportable en l' eglise de Dieu.

Et neantmoins ils passent outre, et tousiours par des voyes illegitimes.

Car sans pouuoir et procuration d' aucun conuent, contre le pouuoir et la procuration de tous les autres, ils supposent faussement au nom des carmelites de France, vne supplique addressée à messieurs de la Sorbonne, pour faire examiner et censurer ce papier

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déja approuué de plusieurs prelats et de plusieurs docteurs de la mesme faculté. Mais cette faculté, la premiere du monde, la lampe de la chrestienté, qui est comme vn rayon luisant de la splendeur de Dieu en cét estat, et la lumiere de la France, ne se deçoit pas si facilement. Elle ne veut point toucher à ce papier de deuotion : elle renuoye la requeste et les supplians au iugement de leurs superieurs : et plusieurs d' entr' eux desireux de voir ce papier en particulier, apres l' auoir veu, le loüent et l' approuuent. Et par vn secret iugement de Dieu, peu de iours apres, sans l' entremise d' aucun d' entre nous, les contendans sont condamnez et censurez en leurs propositions sur vne autre instance, par ce mesme tribunal, auquel

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ils s' estoient addressez pour faire censurer cét escrit, vae, qui spernis, nonne et ipse sperneris ? L' histoire ecclesiastique nous apprend ; que sainct Augustin en son siecle fut accusé en faict de doctrine, par des personnes celebres en son temps ; et que cette grande lumiere a eu ses ombres, ses oppositions et ses calomnies, pour auoir publié certains poincts, qui paroissoient nouueaux à ceux qui ne les auoient pas leus comme luy en l' escriture. Et toutesfois (ô malheur de cette vie ! ô puissance de l' esprit d' enuie ! ) ce diuin esprit estoit l' esprit le plus fort et le plus esleué, et la lumiere la plus grande, que Dieu ayt posé sur le chandelier de son eglise en son siecle, et en tous les siecles qui ont suiuy iusques à nous. Et ce nonobstant

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il n' a peu euiter les attaintes et les accusations atroces : et ce dissipateur des heresies est accusé d' erreur et d' heresie, Dieu l' ayant ainsi permis en vn suject si eminent et si celebre, pour la consolation des moindres. Mais Dieu qui veille sur les oppressez, suscita vn pasteur et prelat françois en ces quartiers de Prouence pour le defendre, le docte Prosper, que quelques-vns de nostre temps disent estre le plus sçauant de son siecle, la seconde ame de sainct Augustin, et le phoenix renaissant de ses cendres.

Ie supplie le lecteur, puis qu' en ma petitesse i' ay l' honneur d' auoir quelque part à l' iniure faicte en son temps à ce grand prelat d' Afrique, et docteur de l' eglise ; et puis qu' à cette occasion ie dois parler et me plaindre ; me permettre

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d' emprunter la voix de ce prelat françois, et d' employer ses paroles, pour dire et auec luy et par luy à ces messieurs les autheurs des discours et libelles passez, vnde haec diligentia tam seueri exarsit examinis ? Vnde in hanc austeritatem supercilium tam tetricae frontis se armauit ? Vt mensuras sensuum, pondera locutionum, numeros syllabarum insidiosus scrutator euentilet, magnu'mque se aliquid conficere praesumat, si catholico homini notam erroris affigat, etc... D' où s' est allumée la diligence d' vn si rigide examen ? D' où est-ce que le sourcil d' vn visage si seuere s' est armé d' vne si grande austerité ? Qu' vn examinateur couuert et desguisé aille esuentant par embusches la mesure des sens, le poids des paroles, le nombre des

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syllabes, et qu' il presume auoir fait quelque chose de grand, s' il peut par ce moyen imputer faussement quelque note d' erreur à vne personne catholique.

La mauuaise volonté de celuy que l' ecriture appelle, inimicus homo, paroist à semer zizanie et à condamner cét écrit : et aussi la conduitte de Dieu paroist sur cét écrit, en multipliant les approbations par les voyes, par lesquelles on en veut tirer quelque censure en France. Et parmy ces combats, ces discours, ces libelles, nous demeurons en silence, en patience ; sans parler, sans repliquer : non par faute de personnes propres à faire de meilleures pieces que des factums, et capables de parler, et de répondre en diuerses langues : mais par dessein et par conduitte ; sçachant

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qu' il est tousiours temps de pâtir, et n' est pas tousiours temps de se deffendre. Ainsi nous laissons ces messieurs en paix et repos, et ils suiuent leurs mouuements ; ils continuënt leurs propos offensifs ; ils déchirent messeigneurs les euesques et messieurs les docteurs, qui ont approuué cét écrit ; lequel ils promenent, et ils traictent par tout indignement. Tousiours excez et impositions : tousiours libelles et aduis salutaires : tousiours discours et calomnies : moyens iniustes, pour appuyer aussi des desseins peu iustes.

Et haec oculis Deus aspicis aequis ? Ce procedé licentieux (ie pourrois dire pis sans excez) continuë par l' espace de trois ans, au preiudice, non de moy seulement, mais d' vne congregation qui nous est

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conioincte, et à laquelle il a pleu à Dieu donner en ce temps quelque nom, quelque credit, quelque puissance, au moins pour se defendre.

Ce procedé est aussi supporté durant ce temps en patience, et en silence de nostre part, et sans replique d' aucun d' entre nous : non par faute de matiere, mais par desir d' honorer Iesvs en son sacré silence, lors qu' il fut accusé : et pour donner loisir à ces esprits ardants de rentrer en eux-mesmes et en leur deuoir. Mais ce remede est inutile. Ils prennent le silence et la modestie pour foiblesse ; ils s' en éleuent dauantage ; leurs paroles et leurs excez en augmentent ; ils interessent mesme messeigneurs les prelats et messieurs les docteurs qui l' ont approuué, en les accusant d' erreur.

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Monseigneur de Nantes qui auoit approuué ce papier de deuotion en assemblée publique, croit apres vn si long temps de silence et de patience, deuoir à soy-mesme et à sa qualité, deuoir à ceux qui l' ont approuué comme luy, deuoir encore à la verité opprimée par audace et par calomnie ; vne complainte à monseigneur le cardinal Bentiuoglio, cardinal du sainct office ; cardinal informé de ces affaires ; cardinal cognoissant les vns et les autres. Il luy escrit pour arrester ces plumes et ces langues, qui se licentient au preiudice de leur condition, au scandale de l' eglise, au mespris des docteurs et des prelats, qu' ils deuroient reuerer comme leurs maistres et leurs iuges. Cette lettre est bien receuë et en France et à Rome,

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pour le merite de son autheur ; pour la delicatesse de ses conceptions ; pour l' elegance de son style ; pour la solidité de son discours ; pour la pointe de ses rencontres ; pour l' ingenuité de sa defense.

On oppose à ce latin excellent, vn mauuais françois ; à ces raisons solides, de nouuelles ignorances ; à cette authorité, des iniures ; à vn homme celebre en son siecle et en l' Europe, vn homme obscur et incogneu en son temps et en la France ; et à la patience de trois ans, vne continuée insolence : afin que la cause se finisse par la mesme voye et par le mesme esprit qui luy a donné commencement.

N' auez-vous point, messieurs, d' autres antagonistes à opposer à ce grand prelat, prelat si eloquent et si sçauant, que cét amy contrefaict

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de verité ? Si vous en auez de meilleurs, à quel vsage les gardez-vous ? Si vous n' en auez point, le silence n' est-il pas aussi bon que les paroles de cét autheur ? Autheur si sçauant, qu' il ne peut respondre qu' en françois à vne epistre latine, et à vne epistre de trois pages.

Autheur si sçauant, qu' il ne sçait pas mesme traduire les textes latins qu' il allegue, sans equiuoque et sans ignorance ; comme il est euident aux lecteurs, et comme il est prouué ailleurs. Autheur si sçauant, qu' il prend vn style excellent en ce siecle, pour vn latin de Plaute et d' Apulée. Tant il est delicat en ces discernements ! Tant il a de part auec le genie des oyseaux de Diomede, qui discernoient les elegants de leur siecle, d' auec les barbares ! On disoit d' vn ancien autheur,

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que les ignorants lisoient ses liures pour les paroles, et les doctes les lisoient pour les choses ; mais cét autheur incogneu ne sera leu ny pour les choses, ny pour les paroles, comme il est manifeste à tous ceux qui prendront la peine de le lire. Ceux-la seulement qui auront besoin d' apprendre des iniures, profiteront en cét escrit, foible en discours, fort en insolence, sterile en matiere, et fecond en iniures : voire le plus iniurieux et le plus denué d' esprit et de sens en ses iniures, qui ayt esté produit en ce siecle.

à ce torrent d' iniures qu' il respand contre moy, ie ne veux opposer que les paroles de s.. Augustin à vn semblable calomniateur, non expauescis quod scriptum est ? Neque maledici regnum Dei possidebunt,

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neque enim tam faeda conuitia nihil te adiuuantia, nisi maledicendi libidine loquereris.

Ne vous effrayez-vous point de ce qui est escrit ? Que les mesdisans ne possederont point le royaume de Dieu : car vous ne prononceriez pas des paroles si outrageuses, et qui ne vous seruent de rien, si vous n' y estiez poussé d' vn appetit desreglé de mesdire.

à ce deluge de paroles insolentes et outrageuses qu' il vomit contre monseigneur l' euesque de Nantes, que diray-je, ou plustost que ne diray-je point ? Ie dois et veux parler à cét autheur si licentieux en ses paroles. Dittes nous donc ô amy de verité ? (ce seroit bien assez de vous en qualifier disciple.) mais dittes-nous mauuais disciple, et amy contrefait de verité, si c' est la verité, qui est Iesvs-Christ

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mesme, lequel vous a appris de parler et d' escrire ainsi en l' eglise de Dieu, à vn qu' il a mis pour prelat en son eglise ? Auez-vous leu ces enseignements et ces exemples dans les liures de la verité, qui sont les euangiles et les escritures sainctes ? I' y apprends le contraire. Ie lis en l' euangile que Iesvs, qui est la verité, et qui est le iuge de nos oeuures et de nos paroles, dit, qui dixerit fratri suo racha, etc... C' est à dire, qui dira la moindre parole iniurieuse sera coupable de la gehenne du feu : et combien dittes-vous pis à celuy qui vous tient lieu de pere ? Car les euesques sont les peres des chrestiens, des prestres, et des religieux de la terre.

Ie lis en l' escriture, que sainct Michel parlant au diable mesme,

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non est ausus inferre iudicium blasphemiae : n' osa ietter sentence de blaspheme.

C' est vn apostre, vn disciple, vn amy de la verité, qui nous apprend ce secret et ce respect de l' ange mesme enuers vn diable.

Cét ange, ce grand ange, ce prince entre les anges, le prince de la milice celeste ; la premiere creature qui entre toutes les creatures a esté fidelle à son createur, et luy a seruy à maintenir les anges en leur fidelité : primauté remarquable en ce grand ange, et honorée aussi de Dieu, qui la fait le premier de tous les anges establis en la gloire, et estably tuteur en la terre de l' eglise du fils de Dieu.

Cét ange donc, et le premier de tous les anges, ayant à disputer auec le diable, sur le suject du corps de Moyse, ne voulut pas luy

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dire vn seul opprobre, bien qu' il fust ennemy de Dieu, et separé de Dieu pour iamais ; et son ennemy particulier, vaincu par luy en ce combat premier rendu au ciel, entre les anges fidelles et infidelles à leur souuerain : mais il se contenta de luy dire, imperet tibi dominus, selon le tesmoignage de l' vn des douze apostres du fils de Dieu. Et cét autheur, et autheur incogneu, ou plustost assez cogneu en son escrit, plein d' insuffisance et d' immodestie.

Cét autheur, dy-je, parlant non à vn demon, mais à vn des anges et archanges que Dieu a enuoyez à son eglise (car les prestres sont anges, et les euesques sont des archanges commandans à des anges, et à ceux qui gardent en leurs léures la science de salut, la loy de Dieu.) cét autheur parlant non à

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l' ennemy de Dieu, mais à vn prince de la milice du fils de Dieu : (car les euesques sont princes dans son estat et son royaume, et dans l' armée du dieu des armées) luy ose improperer vne iliade d' iniures et d' opprobres ; et ne trouue point assez de superlatif pour exprimer l' ignorance, l' erreur, l' heresie de l' vne des plus belles lumieres qui éclaire le ciel de l' eglise de France ; de l' vne des plus fortes et plus resonnantes trompettes de la parole de Dieu ; et de l' vn des plus grands ornements de la theologie en son siecle.

Ie lis en l' escriture et apprends dans l' histoire des apostres, que cette modestie obseruée par le prince de la milice du ciel, mesme au regard du diable, et rapportée

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par vn apostre à l' eglise de Dieu, a esté aussi imitée en la terre par la primitiue eglise, mesme au regard des deitez payennes : car les premiers docteurs et euangelistes de la religion chrestienne au monde, parlent modestement et sans iniures des faux dieux, que la mesme religion toutesfois venoit combattre et chasser de la terre, pour respecter par ceste modestie l' ombre de la diuinité, mesme en ceux qui en estoient si separez, et qui estoient les ennemis de la diuinité. Tant ceste ombre de Dieu merite d' estre respectée où elle est, puis qu' elle est respectée mesme où elle n' est pas. Et toutesfois cét autheur peu versé en l' escole de sainct Michel, et mal appris en l' escole de l' eglise, traicte outrageusement ceux qui

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sont l' image viue de l' authorité de Dieu en son eglise, ceux qui portent le caractere du fils vnique de Dieu imprimé en leurs ames, et imprimé doublement par le baptesme et par le sacrement d' ordre ; et qui par iceluy ont puissance sur chose si saincte et si sacrée, comme sur le corps et l' esprit du fils de Dieu, communiqué par leurs mains et par leur bouche au monde. Ce traict des actes est digne d' estre obserué : c' est pourquoy ie ne me contenteray pas de le cotter : ie le rapporteray et le fortifieray de la remarque d' vn grand homme de ce siecle, prestre de l' oratoire, cardinal de la saincte eglise, l' illustrissime cardinal Baronius, que les huguenots mesmes, écriuants contre luy, appellent, sui saeculi facile primarium. Ce texte

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donc rend ce tesmoignage public, dans les actes, à la modestie des apostres : adduxisti homines istos neque sacrilegos, neque blasphemantes deam vestram, qui estoit toutesfois vne diuinité fausse : ce que Baronius éclaircit et confirme par vn texte de Iosephe au second liure contre Appion : noster mos est propria custodire, non aliena potiùs accusare : et vt neque ridere, neque blasphemare debeamus, eos qui apud alios putantur dij, aperte nobis legislator interdixit, propter ipsam appellationem. Et adjouste que c' estoit le commun sens et intelligence de cette parole : dijs non detrahes : par laquelle les premiers chrestiens se tenoient obligez de ne point parler outrageusement des dieux des gentils.

Telle estoit donc la modestie des premiers chrestiens, mesme au regard

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des deitez payennes, imitants la modestie de sainct Michel, mesme au regard du diable : et telle estoit l' intelligence et la pratique, en la primitiue eglise, de cette parole : dijs non detrahes. Et toutesfois ce nouueau chrestien et mauuais docteur se rend outrageux, au regard de ceux que le fils de Dieu nomme dieux, et fait dieux en son eglise ; et faict dieux en vn sens haut et veritable, car c' est la verité mesme qui dit, ego dixi dij estis.

Ie lis encores en l' escriture : que l' apostre sainct Paul en l' excez de son zele, se trouuant emporté, et ayant prononcé contre vn de la synagogue, vne simple parole, et parole veritable, et parole qui n' est que fleur, ornement et faueur, au regard de la moindre

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imprimée et diuulguée par ce docteur iniurieux, se reprend et s' excuse aussi-tost ; et comme faisant satisfaction, dit au mesme lieu, et à l' heure mesme. Nesciebam principem populi mei esse. Et toutesfois, c' est vn apostre du fils de Dieu, qui parle : c' est à vn prestre de la synagogue qu' il parle, synagogue lors destituée de toute authorité diuine, lors ennemie du fils de Dieu, et de la verité. Et cét autheur inconsideré vomit tant de paroles outrageuses, non contre vn simple prestre, mais contre vn prince des prestres, et contre vn prince de l' empire du fils de Dieu, et de son eglise : car les euesques sont les princes de l' estat de Iesvs ; estat et empire eternel, qui dompte, qui regit, qui excede tous les empires de la terre. Potestas eius, potestas

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aeterna ; regnum eius stabit in aeternum ; non dissipabitur et comminuet omnia regna mundi.

Seroit-il bien possible que ces oracles de la verité ne fussent suffisants à fermer la bouche, et à ouurir les yeux de celuy qui se nomme hautement et peut estre hautainement, amy de verité ? Seroit-il bien possible que ces exemples diuins, ces respects angeliques, ces modesties apostoliques ne peussent confondre les actions déreglées de cét autheur incogneu qui ne se faict cognoistre que par iniures, et ne se rend insigne qu' en calomnies ? Mais suiuons le fil de son oeuure, il y paroistra bien tost aussi sçauant que modeste. Car apres cét amas d' iniures, apres ces excez d' impertinences, apres s' estre mis en vn thrône pour iuger et condamner

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les prelats qui sont ses iuges, et seroient ses maistres encore pour bien longues années : le premier poinct de la doctrine qu' il condamne, est si euident : et le premier oracle qu' il prononce, est si notoirement faux, que pour proceder de cette façon, il faut estre extreme ou en imprudence, ou en impudence. C' est erreur, dit-il, de dire que la nature humaine est vnie à la divine essence. C' est donc erreur au r.. p.. Richeome, de dire, que le fils de Dieu en l' incarnation est descendu du ciel, et a pris nostre nature, l' vnissant à sa divinité. Or ce sont ses paroles en vn catechisme royal, approuué des theologiens de sa mesme compagnie, et en vn catechisme royal, addressé au roy, et dressé pour le roy : et partant, selon

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cét autheur incogneu ; le roy est mal catechisé par les reuerends peres iesuites. C' est erreur aux rr..

pp.. Suarez et Vasquez, les plus celebres d' entre les iesuites, de dire le mesme en leurs escrits, etc... Suares, vnde fit vt divinitas dicatur vnita hvmanitati, sicut humanitas diuinitati. Vasquez, perspicuum est in hunc modum loquutos fuisse patres, ideo` namque dixisse videntur carnem christi non nudam, sed vt deitati vnitam simul adorari. Et ailleurs, humanitas instrumentum coniunctum deitatis, quia deitati quoque vnita est. Et selon ce nouueau docteur, les escholes sont mal instituées par les reuerends peres iesuites. C' est erreur au r.. p..

Canisius de dire, orthodoxi divinitatem in christo, hvmanitati ita coniunctam et vnitam

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asserunt, vt sua vtrique naturae solida proprietas maneat. Et sans doute, ou ce docteur anonyme n' est pas orthodoxe, ou bien le r.. p.. Canisius ne l' est pas, qui toutesfois a rendu tesmoignage public et solemnel de sa foy et de sa doctrine contre les heresies de ce siecle. C' est erreur aux principaux docteurs de la faculté de Louuain, de parler de mesme façon en leurs oeuures. Driedo docteur et professeur celebre en la saincte theologie, et disciple d' vn pape et docteur aussi de Louuain (comme il le rapporte luy-mesme) en son traicté de captiu.. et redempt.. generis humani, chap.. 2. Natvra humana in Christo deitati vnita, etc.. corpus Christi in triduo mansit divinitati vnitvm, etc..

hominis forma deitati vnita,

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habet valorem, dignitatem, praesidentiam, etc... Le r.. pere Balduin religieux et docteur de l' obseruance, qui a enseigné vingt ans la theologie à Louuain, en son manuel de theologie nouuellement imprimé, liure 14.. de incarnatione, chap..

9.. aequè vere dicimus, natvram divinam esse vnitam humanae, et humanam diuinae : le sçauant et pieux Titelman, professeur à Louuain et mort en reputation de saincteté dans l' ordre celebre des reuerends peres capucins, en ses contemplations, fait vn titre expres, couché en ces termes, quomodo in Christo divinitas sit vnita hvmanitati, etc... Et partant selon ce nouueau docteur qui n' a point de nom, l' vniuersité de Louuain est mal instruitte. C' est erreur à l' illustrissime

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cardinal Sarnanus, en sa somme theologique, imprimée à Rome et au Vatican, de dire, in vnione verbi, natvra est vnita divinitati. C' est erreur à l' illustrissime cardinal du Perron de dire ; que les peres ont accoustumé de representer le corps de Christ par le charbon d' Isaye : dautant que comme au charbon le bois est vny au feu, ainsi en la personne de Christ, le corps est vny à la divinité. Et là mesme, il traduit le passage d' vn pere ancien ; le corps qui est vny à la diuinité, n' est pas vne nature ; mais vne est la nature du corps, et autre celle de la diuinité, etc... Et sans doute cette lumiere viue et ornement rare de son siecle est en erreur, ou cét autheur incogneu est en ignorance.

C' est erreur à sainct Thomas, de dire en sa somme, qui est le

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consommé de son esprit et de ses labeurs, qui est l' oracle et le miracle de la theologie scolastique.

Indifferenter dicitur quo`d hvmana natvra est vnita divinae natvrae, et contra ; et sur le troisiéme des sentences ; divina natvra est vnita hvmanae. Et au mesme article, natura diuina sumit humanam ad se, id est, vt sibi vniatvr, non tamen, vt in se vnio fiat. Et sur le chapitre premier de sainct Iean, in Christo autem in quo hvmana natvra est vnita divinitati in vnitate suppositi, est inuenire plenam et perfectam coniunctionem ad Deum, quia talis fuit illa vnio, vt omnes actus tam diuinae quàm humanae naturae, essent actus suppositi. C' est erreur à sainct Iean Damascene, de parler pour l' ordinaire ainsi, et dire ces paroles,

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parlant du corps de Iesvs : c' est le corps vrayement vny à la diuinité ; c' est le corps pris de la saincte vierge, le corps qui est vny à la divinité, etc... Et ce grand theologien, lumiere de son siecle, les oeuures duquel, comme vn esclair, passent d' orient en occident, et sont leuës, publiées et celebrées en toutes les vniuersitez, est en erreur ; ou bien cét autheur, obscur et incogneu en son temps et en France, est en ignorance. C' est erreur à sainct Augustin, de dire, verbum Dei, ita hvmanitatem divinitati suae ivnxit, vt eam post passionem impassibilem faciat. C' est erreur à s.. Leon pape, de dire, verbum igitur caro factum, ita divinam natvram, natvrae vnivit hvmanae, vt illius ad infima inclinatio, nostra fieret

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ad summa prouectio. Et en cette epistre celebre à Flauian, suscepta est à maiestate humilitas, à virtute infirmitas, ab aeternitate mortalitas, etc... Et natvra inuiolabilis natvrae est vnita passibili. C' est erreur au concile de Trente, de dire en son catechisme, simul ac corpus formatum atque animatum est, corpori et animae divinitas conivncta est. Et en vn autre lieu, in coelo tota hvmanitas divinitati in vna persona et hypostasi conivncta est. Et par ainsi, ou l' eglise chrestienne est en erreur, ou bien cét autheur est si sçauant, qu' il ne sçait pas encore son catechisme. Si nous voulions recueillir tous les textes des docteurs qui parlent ainsi, nous ferions sur ce seul article vn bien plus grand liure que tous les factums,

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les libelles et aduis pretendus salutaires publiez sur ces sujects.

Car tous parlent, preschent et escriuent ainsi, scolastiques, positifs, catechistes, docteurs modernes, et peres anciens : et de toutes qualitez, religieux, prestres, prelats, cardinaux, papes. Et toutesfois ce sage et sçauant docteur qui nous cache son nom, et nous tesmoigne sa suffisance dés la premiere page de son liure, declare et prononce hardiment et fortement, que c' est vn erreur. Il est sans doute frappé d' aueuglement, et en condamnant tant de personnes celebres et importantes à l' eglise, il est plein de presomption, et doit estre frappé d' anatheme.

Ie le prononce donc contre cét autheur, et ie le prononce en l' authorité d' vn pape, qui

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maintient la doctrine d' vn pape contre semblables esprits, et leur dit anatheme, condamnant en leurs personnes cét autheur, vnze cents ans auparauant qu' il fust né.

Cét anatheme est celebre, digne d' estre rapporté, et cét autheur à besoin d' en estre noté, puis qu' il se plaist à faire des foudres et des orages, et à feindre et à fondre des anathemes. L' histoire donc porte que le pape Gelase, dans vn concile, prononce anatheme contre ceux qui ne receuront pas l' epistre de sainct Leon pape, ad flauianum, etc.. et oblige soubs peine d' anatheme à la receuoir en toutes ses parties et propositions, voire iusques à vn iota, tant il la tient precieuse, venerable et sacrée, sancta romana ecclesia, post illas veteris vel noui testamenti, quas regulariter suscipimus,

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etiam has suscipi non prohibet scripturas, id est, sanctam synodum nycaenam trecentorum decem et octo patrum, etc.. sanctam synodum constantinopolitanam, etc.. sanctam synodum ephesinam, etc.. sanctam synodum chalcedonensem, etc... Item epistolam b.. leonis papae ad flauianum constantinopolitanum episcopum destinatam ; cuius textum si qvispiam, vsque ad vnvm iota disputauerit, et non eam in omnibvs venerabiliter receperit, anathema sit. Or c' est en ceste epistre que ce pape eloquent et admirable, prodigieux en sa doctrine et en ses actions, parle comme nous auons parlé. C' est en ceste epistre où il dit, natvra inviolabilis, natvrae est vnita passibili.

Et c' est vne epistre où il parle à vn concile, et à vn concile assemblé

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pour l' éclaircissement et decision du mesme mystere de l' incarnation ; c' est en vne epistre receuë de ce concile auec acclamation publique, comme article de foy, comme doctrine de sainct Pierre et sainct Paul. Et cet autheur recent et incogneu, en censurant cette proposition en nostre escrit et en la lettre de monseigneur l' euesque de Nantes, il censure par mesme moyen ce grand pape, et ce grand pape parlant à vn concile, et le concile encores, qui a receu et suiuy sa doctrine, et par ainsi se rend luy-mesme vrayement digne de censure, et de censure papale, puis qu' il censure les prelats et les docteurs, les conciles et les papes.

Cét autheur estant ainsi excommunié, ie ne puis plus parler à luy

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qu' il n' aye faict apparoir sa resipiscence et son absolution. I' addresse donc ma parole à ses amis et publicateurs, et à ceux qui par conniuence à ses desseins et à sa doctrine, se rendent participans, sinon de la flamme, au moins de la fumée de cét anatheme ; et sinon du foudre, au moins du bruit et de l' esclat de cette excommunication. Permettez-moy donc de vous parler, messieurs, c' est apres dix ans de patience et de silence, que ie vous demande cette permission ; c' est apres que vous auez assez longuement et soigneusement parlé de nous, sans qu' aucun d' entre nous vous ayt parlé, n' y ayt parlé de vous : permettez-nous de vous parler et sans vous nommer, et sans vous offenser. Ie ne vous diray point que vous estes, antipapes,

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geneuois, huguenots couuerts, asnes brayants, corbeaux croaçans, dignes de tout chastiment et supplice, etc...

Ie laisse ces fleurs et ces faueurs à vostre amy de verité. Ie vous diray plus sincerement, plus modestement, plus chrestiennement.

Ne pensez-vous pas que le monde vous regarde et vous iuge en ces discours et en ces procedures ? Monde facile, et à iuger, et à parler, et à condamner les moindres fautes de ceux qu' il croit deuoir estre des anges. Ne pensez-vous pas que le monde vous censure, vous qui estes des lettres viuantes, escrittes et tracées du doigt de Dieu par sa grace ; et ne vous censure beaucoup plus que vous ne censurez ce papier ; papier mort, escrit de l' ancre et de la main d' vn homme ? Ne pensez-vous pas qu' il dise en

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soy-mesme, si cét escrit est mauuais, que n' en aduertissez-vous secrettement, modestement, chrestiennement son autheur ? Et à quoy tant de discours et tant d' inquietudes ? Si cét escrit est mauuais pourquoy le publiez-vous ? S' il est mauuais, n' y a-t' il rien en ce siecle de plus mauuais, et de plus digne d' exercer vostre zele, vostre science, vostre lumiere ? S' il est mauuais, et si mauuais, pourquoy seuls l' attaquez-vous ? Pourquoy seuls prenez-vous ce soin et cette solicitude ? Estes-vous les dictateurs en l' estat de l' eglise chrestienne ? Et vous appartient-il de voir, ne quid detrimenti capiat resp.. ? Laissez ce soin et cette charge aux pasteurs et aux docteurs : c' est leur office, et ce n' est pas le vostre. Eux tous assemblez en corps et sollicitez

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par vous, ny touchent pas ; et vous y touchez ? Ne le condamnent pas ; et vous le condamnez ? Vous qui estes sans authorité, sans charge et sans lumiere ? Ny pasteur, ny docteur de la France en son particulier ne l' a condamné, et plusieurs grands pasteurs et docteurs l' ont approuué : n' est-ce pas assez pour arrester vos pensées, vos iugemens et vos condamnations ? Tous sont en repos et en silence sur cette affaire, soyez y aussi. Estes-vous les oyes sacrées du Capitole, seuls veillans et crians dans le repos et la tranquillité de tous les autres ? Ne prenez pas exemple sur ces oyseaux, ils ne sont sacrez que dans l' antiquité payenne, et non dans la loy de Dieu. Mais imitez plustost les colombes gemissantes, pacifiques et residentes dans

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les troux de la pierre, qui est Iesvs. Le monde vous dit ces choses en son coeur : et Dieu le vous dira vn iour, lors qu' il viendra examiner en ses enfans, mesme vne parole oiseuse ; et leurs actions les plus sainctes et les plus pures : et comme il dit luy-mesme, lors qu' il viendra iuger, mesme les iustices et les puissances suprémes et legitimes en leurs fonctions legitimes et suprémes ; ego iustitias iudicabo. Novs vous prions de le considerer, messieurs, et vous declarans que nous voulons vous honorer selon vos merites et qualitez, et selon les deuoirs de la charité chrestienne : dans les termes de ce respect nous vous prions d' estre les premiers iuges de vous mesmes, et d' aggreer que nous appellions de Philippe à Philippe,

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de vous-mesme à vous-mesme.

Prenez garde, s' il vous plaist, que vous n' estes ny pasteurs, ny docteurs, ny inquisiteurs en la foy ; que ce zele à l' encontre de nous et de ce papier, est surabondant, et passe vostre condition ; que le public sera edifié de vostre silence et modestie ; et qu' il y a de meilleurs sujects pour employer vostre zele et vos fonctions.

Que si ce nonobstant vous continuez encore en vos discours, en vos libelles, en vos inquietudes : nous croirons deuoir à Dieu, au public, et à nous-mesmes vne plus forte complainte, et vne plus iuste defense.

Les publicateurs de cét escrit, en ont voulu aussi estre les parrains, et il leur a pleu le nommer le quatriéme voeu de religion. Mais ils se trompent,

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et trompent les lecteurs, et ce titre est supposé par eux : car le papier qu' ils ont eu et qu' ils ont exhibé n' en auoit point. Ce titre est faux et impertinent en plusieurs instances : car si les r.. p.. carmes font ce voeu, c' est le cinquiéme, et non le quatriéme, puis qu' ils en font quatre auparauant : si les r.. p..

iesuites le font, ce sera le neufiéme, car ils en font desia huict. Si les r.. p.. chartreux le font, ce sera le deuxiéme, car ils n' en font qu' vn.

Ce que ie dis non pour blasmer leur sainct ordre et leur voeu, lequel estant vnique et solitaire, contient tous les autres en son eminence : comme leur ordre selon le iugement de l' eglise deuance tous les autres en son austerité, en sa solidité et en sa preeminence.

Il y a plus : car les r.. pp..

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chartreux, iesuites et carmes, le faisant, ce sera le second, le cinquiesme, le neufiesme voeu de religieux ; mais ce ne sera pas pourtant voeu de religion. Ces deux termes sont bien differens et ce voeu estant interieur et non exterieur, estant particulier et non public, estant simple et non solennel ; ne peut estre ny le deuxiéme, ny le quatriéme, ny le neufiéme voeu de religion. Ainsi se voit clairement qu' au frontispice de leur ouurage, ils ont graué vne marque signalée, ou d' ignorance, ou bien de fraude et de calomnie.

Mais ils disent mieux qu' ils ne pensent, et Dieu conduit leur plume ne conduisant pas leur esprit et leur science, et ils me donnent suject de dire ; qve c' est vn voeu, et

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vn voeu primitif : que c' est vn voeu de religion, et de religion primitiue.

Car c' est vn voeu de religion, non au sens nouueau, auquel ce terme est pris depuis quelques siecles en l' eglise : mais en vn sens fondé en l' escriture et en l' vsage de l' eglise ancienne, où les premiers chrestiens sont appellez, viri religiosi et timentes Deum. Lors il n' y auoit point de religion, et tout le monde chrestien estoit religieux : et maintenant il y a quantité de religions, et moins de religieux.

C' est vn voeu donc de religion, au sens que la primitiue eglise a vsurpé ce terme, et ce n' est pas vn voeu propre et affecté à aucun ordre religieux, soit monacal, soit coenobite, soit mendiant, soit aucun autre, fondé sainctement et vtilement dans le progrez

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de l' eglise. En vn mot, c' est vn voeu de la religion de Iesvs, dont il est luy-mesme en sa propre personne l' autheur et l' instituteur ; dont la saincte vierge est la premiere et la plus ancienne professe ; et dont les apostres sont les premiers et les plus anciens superieurs.

C' est vn voeu, non deuxiéme ou quatriéme, ou neufiéme de religion : mais vn voeu primitif, fondé dans les deuoirs primitifs de la religion chrestienne.

Voeu vrayement de religion, mais d' vne religion non nouuelle, mais ancienne : et aussi ancienne que le salut et le nom chrestien publié en l' vniuers. C' est vn voeu non d' vne religion, qui a son commencement en la terre, mais d' vne religion, qui a son origine au ciel et son autheur au ciel et en la terre,

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comme maistre et souuerain de la terre et du ciel. C' est vn voeu, non d' vne religion mesurée du temps, et que le temps finira en la terre ; mais d' vne religion qui de la terre passe au ciel, et ne sera mesurée que de l' eternité ; non d' vne religion, qui a quelque sainct ou seruiteur de Dieu, pour son instituteur, qui a quelque forme pour sa conduitte et sa regle, qui a quelque habit exterieur pour sa difference. Mais d' vne religion qui a le sainct des saincts, et le fils de Dieu mesme pour son autheur ; qui a le rond de la terre pour ses bornes ; qui a l' euangile pour sa forme et sa regle ; qui a pour son habit Iesvs-Christ mesme, dont elle est heureusement et glorieusement reuestuë : religion solemnelle, primitiue et supréme,

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au regard de laquelle toutes les religions sont posterieures et subalternes, et à laquelle toutes les religions, plus elles sont parfaites, plus elles font profession de seruir selon l' esprit de l' apostre : cui seruio in spiritu dei. Religion qui a pour son voeu et pour son serment de renoncer au monde, au diable et à soy-mesme, et d' auoir Iesvs-Christ, pour son souuerain.

C' est le voeu et c' est la profession solemnelle des chrestiens au baptesme, et les docteurs de l' eglise, et anciens et modernes ; et positifs et scolastiques l' appellent ainsi. Sainct Hierosme, in mysteriis primùm renunciamus ei qui in occidente est, nobisque moritur cum peccatis, et sic versi ad orientem pactvm inimvs cvm sole ivstitiae, et ei nos servitvros

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esse promittimvs. Et s..

Augustin. Homines sumus christiani, etiam ipso nomine ad Christum pertinentes.

Seuere Alexandrin descriuant le rituel de l' eglise de Syrie, dit qu' au baptesme, celuy qui est baptisé se tourne vers l' orient. Et ait tribus vicibus consentio tibi Christe.

Sainct Thomas, dit en sa somme, in baptismo vovent homines abrenunciare diabolo et pompis eius, etc.. et fidem christi seruare ; et appelle en ses responses cette promesse, votvm babtisatorvm.

Et sainct Augustin mesme l' appelle, votvm maximvm nostrvm quo vovimvs nos in christo esse mansuros.

Les iurisconsultes mesmes, en leurs liures plus vulgaires vsurpent ce langage : nobis praecipuum votvm est, quod in baptismate fecimus.

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Et s' il faut ioindre à ces anciens autheurs, les plus recents de ce siecle, ie produiray ce caualier chrestien, qui a voulu ioindre sa plume à son espée, et les consacrer tous deux au temple de Dieu, se rendant theologien et caualier tout ensemble : lequel en son elegante paraphrase, approuuée de plusieurs docteurs, et qui est en la main de tous, traduisant ce verset ; vota mea domino reddam, etc.. dit, ainsi satisferay-je aux voeux ausquels ie suis obligé de promesse, premierement au baptesme, apres en la reception des autres sacrements, etc... C' est ainsi que parlent les peres, les docteurs, les iurisconsultes, et les caualiers mesmes, nourris du laict des mammelles de l' eglise. Mais ie veux conclurre cét article par vne voix puissante et irrefragable ; par l' oracle

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du concile de Trente, lequel a fait dresser vn catechisme, où cette doctrine est proposée par le commandement de l' eglise à tous les fidelles, en des termes pleins de poids et d' authorité : parachus fidelem populum ad eam rationem cohortabitur, vt sciat aequum esse, nos ipsos, non secus ac mancipia redemptori nostro, et domino in perpetuum addicere et consecrare : et quidem, cùm baptismo initiaremur, id professi sumus : declarauimus enim, nos satanae, et mundo renuntiare, et Iesv Christo totos nos tradere. Quo`d si, vt militiae christianae ad scriberemur, tam sancta et solemni professione nos ipsos domino nostro devovimvs, quo supplicio digni erimus ? Etc... Le pasteur fera entendre au peuple chrestien, qu' il est iuste et

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raisonnable, que nous nous consacrions et rendions svbiects, tout ainsi comme esclaves à nostre redempteur et seigneur, à perpetuité : et de fait, lors que nous auons receu le baptesme, nous l' auons ainsi professé, car nous declarames, que nous renoncions à Sathan et au monde, et que nous nous dedions entierement à Iesvs-Christ.

Que si pour estre enroollez en la milice chrestienne, nous nous sommes donnez deslors à nostre seigneur par voev et profession tant saincte et solemnelle ; de quel supplice serons-nous dignes ? Etc... Termes augustes et venerables, pleins de majesté, et dignes de la voix du sainct esprit et de l' eglise, qui parle en cette doctrine du concile de Trente, et qui contient les mesmes paroles,

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les plus fortes et les plus expresses qui ayent esté employées en ce voeu, et sert de fondement et d' authorité inebranlable à cette pieté.

Mais c' est matiere d' vn plus grand discours, lequel reseruant à vn autre temps, poursuiuons ce narré, et finissons cét article, en nous aduoüans esclaues de Iesvs ; esclaues de droict et d' achapt, mais encores plus esclaues d' amour et de volonté, aspirants mesmes, et desireux d' adherer à Iesvs-Christ par vne liaison plus forte et plus intime, c' est à dire, comme les membres à son chef : qui est la plus forte et intime adherence, et qui tend à la plus grande vnité et conformité d' esprit et de vie qui soit en la nature.

Car nous deuons auoir trois sortes d' adherence à Iesvs-Christ selon les trois qualitez qu' il a au

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regard de nous. Il est souuerain et nous sommes ses sujects et vassaux : il est redempteur et nous sommes ses captifs, captiuam duxit captiuitatem : il est chef et nous sommes ses membres. Trois points distincts et differents, qui aussi nous obligent à trois sortes de deuoirs differents en eux-mesmes, et tendants tous à nous lier d' vne liaison estroitte et intime, à celuy qui est vny à nostre nature en vnité de subsistence, et vny au pere eternel en vnité d' essence. Cette double vnité d' essence et de personne, que nous adorons en Iesvs Christ, est le fondement de toutes les vnitez et vnions de grace, que nous deuons auoir en la terre et au ciel ; et des liaisons intimes, que nous deuons auoir à Iesvs-Christ nostre seigneur, homme

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et Dieu tout ensemble, et qui est souuerain, et tellement souuerain qu' il est redempteur et chef de la nature humaine. Comme souuerain, nous deuons viure sous ses loix : comme redempteur, nous deuons viure sous ses volontez : comme chef, nous deuons viure par son esprit, par son mouuement et par son influence.

C' est à quoy tend cét exercice de pieté : c' est le dessein de ceux qui l' ont proposé : le faire en forme de voeu, ou ne le pas faire, est vn accessoire, que le dessein de cette pieté n' enclost pas, car il n' est pas necessaire ; et ne l' exclud pas, car il n' est pas dommageable, et il peut estre vtile. Et cette sorte d' obligation est indifferente à cét exercice, qui a pour son but non d' obliger à peché, mais de lier à

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Iesvs-Christ ; de recognoistre l' estat et les grandeurs de Iesvs ; de l' adorer en son authorité supréme ; d' accepter son pouuoir sur nous ; non par contrainte et necessité comme rebelles ; mais par le choix et le mouuement de nostre volonté, comme sujects fidelles, aymans leur prince, et comme captifs de son amour, aussi bien que de sa puissance. En naissant, ou plustost renaissant au baptesme, nous entrons en cét estat de seruitude enuers Iesvs par la parole d' autruy, sans le cognoistre : et c' est le premier pas de nostre entrée en l' eglise et en la foy. En partant de ce monde, et entrant au ciel, nous sommes confirmez en ce mesme estat dés le premier aspect et à la premiere veuë des grandeurs de Iesvs, par vne saincte et heureuse

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soubmission. Les damnez mesmes subissent cét estat par vne iuste contrainte ; lors que Dieu establit sa puissance sur eux, qui ne luy ont pas permis d' y establir sa grace et son amour : car ils sont esclaues de l' estat, de l' empire, et des grandeurs de Iesvs, qui les asseruit malgré eux à vne si iuste et si digne puissance. Le fonds de cette authorité est diuin ; les titres de ce pouuoir sont clairs et euidents ; l' vsage de cét empire est vniuersel au ciel, en la terre et aux enfers mesmes, où il est absolu et independant des volontez de ceux qui luy obeyssent. Car l' enfer le souffre par contrainte ; le ciel le porte par vne heureuse necessité, d' autant plus volontaire, qu' elle a moins de puissance à s' en separer.

Ce petit interuale que nous

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auons à viure en la terre, nous laisse libres d' y penser, ou de ny pas penser ; de le vouloir, ou de ne le pas vouloir ; de nous affermir en cette volonté, ou de ne nous y pas affermir. Et encore se trouue-t' il que le fils de Dieu, comme par vne anticipation de la puissance qu' il exerce au ciel et aux enfers, imprime son pouuoir et son caractere sur nous dés le baptesme, et tient en la terre nostre volonté engagée et obligée à luy par vne profession, saincte, publique et solemnelle.

Tellement qu' à proprement parler, ce voeu et cette esleuation à Iesvs, n' est qu' vne recognoissance et ratification de cette obligation, que nous auons contractée sans y penser, sans la cognoistre, en vn aage imbecile : obligation valide, obligation solemnelle, et obligation

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mesme publiquement acceptée de l' eglise. Ces deuoirs sont legitimes : ces obligations sont iustes : ces exercices sont pieux : ces pensées sont solides : ces sentiments sont raisonnables : ces intentions sont sainctes : et s' il m' est permis de le dire, ces veritez sont plus hautes, plus vtiles et plus importantes, que plusieurs autres que l' on propose soigneusement et vulgairement en plusieurs liures et en plusieurs exercices. Et toutesfois elles ont rencontré des esprits qui les improuuent, et en les improuuant ne voyent pas qu' ils s' improuuent et se censurent eux-mesmes. Car comme Penthée en voyant ses enfans pensoit voir des ours, des tygres et des serpens, et autres bestes sauuages, ne s' apperceuant pas que le mal estoit non en eux ; mais en sa

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veuë, et qu' il s' esmouuoit sans le vouloir, contre soy-mesme et ses propres entrailles : ainsi ces messieurs escoutans ces propositions, pensent oüyr des erreurs et des monstres en la foy, et ne voyent pas que le mal est en leur esprit, et non en cét escrit, et que sans y penser ils s' esmeuuent et s' irritent contre des veritez fondées en leur baptesme ; nées dans leurs exercices ; renouuellées en leur profession ; et qu' ils improuuent en autruy ce qu' ils ne peuuent pas improuuer en eux-mesmes : comme si la passion les deceuoit, les transportoit, les transformoit en vn estat conforme au mal pitoyable de cét infortuné prophane.

Le dessein donc de cette pieté proposée enuers le fils vnique de

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Dieu, est bien esloigné des erreurs, que quelques-vns peu considerans y ont voulu imputer. C' est vn dessein qui tend à esleuer et lier nos ames à celuy qui est au sein du pere, et qui a voulu se lier auec nous par le mystere de l' incarnation.

C' est vn dessein qui nous vnit à celuy qui est vny à nous par le lien mutuel d' vne nouuelle nature, commune et à nous et à luy : nature sienne, et nostre tout ensemble ; sienne en subsistence ; nostre en essence et en l' extraction du premier Adam, duquel elle est deriuée aussi bien que la nostre. Il se lie à nous par sa filiation diuine personnellement communiquée à nostre humanité, et nous nous lions à luy par nostre seruitude, humble et naturelle, renduë à sa diuinité et à son humanité deïfiée. Cét estat

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de seruitude ne doit pas estre suspect et estranger à l' homme : c' est vn estat propre et essentiel à la creature au regard de son dieu.

Car la creature est essentiellement serue, ou pour mieux dire, asseruie à son createur ; et c' est la premiere condition generalle, absoluë et vniuerselle de son estre, en laquelle elle entre, au mesme moment qu' elle sort de l' estre qu' elle a en Dieu, pour exister en soy-mesme.

C' est vn estat primitif en la grace, aussi bien qu' en la nature : et c' est l' estat de la mere de Dieu ; estat auquel elle entre au mesme instant qu' elle entre en sa maternité, se declarant la seruante de celuy dont elle va estre la mere.

C' est mesme vn estat posé dans l' ordre vnique et singulier de l' vnion hypostatique ; aussi

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bien que dans l' ordre de la nature et de la grace ; tant cét estat de seruitude est sainct et vniuersel. Car en cét ordre tout diuin, le fils de Dieu prend la forme et la nature de seruiteur ; en porte l' estat et les conditions ; en fait les offices et les deuoirs ; et en porte le nom et la qualité dans les escritures.

Par son mystere de l' incarnation, il en prend la forme et la nature ; formam serui accipiens. Par le mystere de sa vie mortelle et voyagere, il en prend l' estat et les conditions : par le mystere de sa croix, il en fait les offices et les fonctions : et il en porte le nom par la voix de son pere qui l' appelle son seruiteur en Isaye, comme il l' appelle son fils en l' euangile, estant fils et seruiteur tout ensemble ; et seruiteur vnique en cette qualité, c' est à

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dire, seul seruiteur qui est fils : seul fils et seruiteur singulier, employé à cét eminent office de reconcilier par soy-mesme le genre humain à Dieu, et le tirer de la seruitude du diable et du peché. Seruiteur vniquement aymable et adorable de tous ceux qui ne sont que subalternes à sa grandeur, à sa puissance, à sa qualité, et qui ne sont pour parler selon les iurisconsultes, que, vicarij serui. Mais il y a plus, car Iesvs n' est pas seulement le seruiteur de son pere, il est mesme s' abbaissant iusques à faire office de seruiteur enuers les hommes. Et il nous dit luy-mesme qu' il est, comme vn ver de terre, et non pas vn homme, l' opprobre et le mespris des hommes : et ce qui est bien digne d' vn plus grand estonnement, il est faict peché, c' est à

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dire, la victime et l' anatheme des pecheurs. Et il porte nos iniquitez et nos ordures sur soy, pour en nettoyer son eglise, et la rendre sans macule deuant les yeux du pere eternel, comme le seruiteur le plus vil porte et oste les ordures de la maison pour la rendre nette deuant les yeux du pere de la famille. Si Iesvs se rend ainsi nostre esclaue et seruiteur : ne serons-nous pas les seruiteurs et esclaues de Iesvs ? Si Iesvs se fait l' esclaue de nos offenses : ne serons nous pas les esclaues de son amour ? S' il se rend l' esclaue de nos malheurs et miseres ; ne serons-nous pas les esclaues de ses grandeurs et de sa gloire ? Et s' il daigne se rendre ainsi comme l' esclaue des seruiteurs ; ne serons-nous pas les esclaues du fils

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et du fils vnique de Dieu ? Comme il se rend l' esclaue du pere eternel qui est son pere et son Dieu en son humanité sacrée ; soyons tous les esclaues de Iesvs qui est nostre Dieu et nostre pere en ses diuins mysteres. Cét estat de seruitude porte grace, et grace singuliere à l' ame : et c' est la premiere grace que Dieu nous donne en l' eglise par le baptesme, et il nous la donne auec vne marque et impression si forte et si intime en l' ame, que rien ne la peut effacer, non pas mesme l' enfer : car cette marque sera perpetuelle dans les enfers mesme, où les chrestiens damnez portent eternellement la marque de leur seruitude à Iesvs. Pleust à Dieu que la grace de cette seruitude fust aussi fortement imprimée en nos coeurs, comme le caractere

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de cette seruitude. Mais nous pouuons continuellement perdre l' vn, et nous ne pouuons iamais perdre l' autre. Vray est que comme nous pouuons perdre cette grace, nous la pouuons aussi recouurer, nous la pouuons confirmer et conseruer iusques à la mort : et lors cette grace sera ineffaçable et inamissible comme son caractere. Car comme à l' entrée de l' eglise par le baptesme nous auons receu cette grace et ce caractere d' appartenance et seruitude à Iesvs ; aussi à l' entrée du ciel nous receurons, et nous porterons vne impression forte, puissante et perpetuelle de cét estat ; que la veuë des grandeurs de Iesvs operera necessairement dans nos ames, qui rendront hommage et seruitude au fils de Dieu par vne heureuse necessité.

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Necessité perpetuelle d' autant plus douce, puissante et volontaire, qu' elle naist de l' amour et de la cognoissance intuitiue de ses grandeurs presentes, influantes et operantes en nous. Cest cét esprit, cét estat, et ces effects de seruitude que nous represente cette sacrée parole de l' apostre sainct Iean, descriuant le ciel et les seruiteurs de Iesvs dans le ciel. Et serui eius seruient ei.

Il y a trois sortes de lumieres en l' estat du fils de Dieu, fils du pere des lumieres ; fils qui est lumiere en son essence et en sa personne, et encores en sa vie nouuelle. Aussi son estat est vn estat de lumiere, auquel il y a la lumiere de la foy, qui conduit le salut ; la lumiere de la pieté qui conduit la perfection ; la lumiere de la gloire qui conduit la

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beatitude : la premiere conuient à tous les chrestiens : la seconde conuient aux ames interieures : et la troisiéme est propre aux esprits bien-heureux qui voyent Dieu en luy-mesme et en sa propre lumiere.

La lumiere de la foy sert de base et de fondement à l' vne et à l' autre lumiere ; et nous apprenant les veritez de la foy necessaires au salut nous dispose par ces principes, à aller de vertu en vertu et de lumiere en lumiere, et par sa conduitte nous entrons aux lumieres de pieté, que Dieu manifeste aux ames plus esleuées et plus parfaittes ; lumieres qui sont rayons descendans du ciel, et anticipations de la plenitude des lumieres celestes, où nous voyons Dieu en soy-mesme, nous joüyssons de sa propre essence, nous participons à sa gloire, à sa

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vie, à sa felicité. La lumiere de la foy nous propose les grandeurs de Iesvs : mais c' est comme vn pacquet enclos et cacheté qu' il nous faut ouurir, et à la lecture duquel il nous faut appliquer. Et c' est la lumiere de la pieté qui nous en faict l' ouuerture, qui nous y faict penser, qui nous en donne les sentimens, et qui nous porte aux effects dignes des grandeurs et de la gloire qui est deuë à Iesvs. Mais la lumiere de la gloire nous en donne l' impression si forte et si puissante, que l' abaissement et la seruitude à Iesvs est imprimée pour iamais en nos coeurs et en nos esprits, et ne peut non plus estre effacée par aucun pouuoir creé, que le mesme caractere qui nous est imprimé au baptesme, lequel y est si viuement et si efficacement empreint,

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que l' enfer mesme ne le peut effacer.

Ainsi la foy commence, la pieté augmente, la gloire accomplit et consomme nostre heureuse et glorieuse seruitude, et l' establit en son dernier point, et rend la grace de cette seruitude aussi constante, aussi forte, aussi inamissible, comme le caractere qu' elle a receu à l' entrée de la foy et de l' eglise : ainsi nous naissons en l' eglise et en la foy, auec cette qualité de seruitude au regard de Iesvs : nous viuons sur la terre auec cette mesme qualité : et en cette qualité nous entrons dans le ciel. Ainsi naissans et viuans, mourans et triomphans, nous sommes en l' heureuse et noble seruitude de Iesvs ; seruitude plus heureuse et plus illustre que les empires et les couronnes de la terre. Estimons-la ;

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honorons-la ; recherchons-la ; conseruons-la ; et embrassons volontiers les pensées, les sentimens, les mouuemens et les exercices qui nous portent à cét estat et à ce deuoir, et qui en rendent les effects à Iesvs. C' est le dessein de cette pieté : c' est la fin de cét exercice. Qui a-t' il, qu' vn chrestien, qu' vn docteur, qu' vn religieux puisse improuuer ? Qui a t' il qu' il n' approuue en soy-mesme par ses sentimens propres ? Et si on le veut improuuer et combattre, n' est-ce pas esbranler les fondements, et combattre les sentimens primitifs de la religion chrestienne ? Cette voye de seruitude ne repugne point à la filiation adoptiue, au contraire elle la contient, elle l' augmente, et elle la perfectionne : car elle est vne imitation et expression

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de la seruitude de Iesvs, qui est fils et seruiteur tout ensemble.

Que si sa filiation propre et naturelle n' empesche point en luy cét estat de seruitude, n' y repugne point, et n' en est point interessée ; beaucoup moins la filiation adoptiue, qui ne nous conuient que par grace et par misericorde, n' y repugnera pas ; et n' exclura pas la seruitude qui nous est propre, mesme par nature. Car il nous faut obseruer cette opposition d' estats, qui est entre nous et le fils de Dieu, et qui par nos ombres releue ses grandeurs et ses lumieres. Remarquons donc, que la filiation nous conuient par grace et par misericorde, et la seruitude nous conuient par nature. Au fils de Dieu, sa filiation luy conuient par nature, et sa seruitude par dignation, par

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misericorde enuers nous. La seruitude en nous, est nostre premier estat et condition ; et la filiation adoptiue est receuë et imprimée dans cette seruitude : quotquot receperunt eum, dedit eis potestatem filios dei fieri. Au fils de Dieu, sa filiation est son premier estat et sa condition premiere, c' est son estre et sa subsistence : et son abaissement, son exinanition, sa seruitude est receuë dans cette subsistence : et c' est la filiation diuine qui la supporte, la soustient et la deïfie. Et comme sa filiation perfectionne sa seruitude, et luy donne le plus haut degré et la plus grande qualité où elle puisse estre ; aussi la condition de seruitude, en laquelle nous sommes sainctement et nouuellement establis par grace, reçoit en son abaissement

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et perfectionne en ses effects la filiation adoptiue : tellement que nous serons d' autant plus enfants, que nous serons seruiteurs humblement abaissez ; purement desnüez ; entierement dependants ; et fidelement operants sous la puissance et volonté de celuy qui s' est faict nostre, pour nous rendre siens, et nous a acquis à soy d' vn prix inestimable, dont l' apostre conclud : non estis vestri, empti enim estis pretio magno. Ainsi nous sommes seruiteurs et enfants : et ainsi la vierge mesme est seruante et mere tout ensemble, et elle entre au plus haut point de sa seruitude, et de son abaissement, lors qu' elle entre au plus haut point de sa grandeur : c' est à dire en la maternité diuine. Et lors qu' elle dit ces humbles, ces sainctes, et ces profondes

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paroles : ecce ancilla domini.

Ainsi l' estat de la grace est solidement fondé, et pleinement estably dans le fonds de la seruitude, qui est deuë à l' abaissement et aneantissement du verbe eternel qui s' est faict homme : et qui est deuë aux estats et aux mysteres ; aux grandeurs, et aux abaissements ; la croix, à la vie, à la mort ; et generalement à l' esprit de Iesvs ; qui nous veut posseder comme siens ; nous regir comme ses seruiteurs et esclaues ; nous cherir comme ses enfants ; nous animer, nous viuifier, nous glorifier comme ses membres. Soyons à luy en toutes ces qualitez, viuons à luy, mourons pour luy, ressuscitons en luy, qui est nostre vie et nostre gloire pour iamais.

L' estat de cette humble et deuote

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seruitude, ne requiert pas tant nouueauté d' actions en l' exterieur, comme nouueauté d' esprit en l' interieur : car nos actions trop basses, et trop limitées dans le ressort de la nature et de la grace par la misere de la terre, sont releuées et perfectionnées en vertu de cét estat et condition, comme estant operées par vn nouuel esprit ; par vn esprit d' honneur et d' amour à Iesvs ; et par vn esprit de reuerence et de dependance au regard de ses grandeurs et de ses abaissemens, de sa filiation et de sa seruitude, de ses estats et de ses mysteres : et par la condition de cette seruitude Iesvs est la fin et l' object de nos actions ; nous le seruons et contemplons comme nostre Dieu, nostre souuerain et nostre redempteur : et nostre abaissement et sujection

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au regard de luy est la disposition generalle, en laquelle nous accomplissons tous nos deuoirs et toutes nos actions. Tellement que comme nous voyons que l' esprit de crainte, et l' esprit d' amour, qui partage les actions et la vie du chrestien, et fait la plus notable difference qui soit en l' estat et en la moralité du christianisme, fait cette difference, non par diuersité d' actions, mais par diuersité de dispositions et de mouuements, en ce que la crainte est le principe des vns qui rend leurs actions viles, seruiles et mercenaires, et l' amour est le principe des autres, qui rend les mesmes actions sublimes, filiales et diuines ; ainsi cét esprit de pieté, de deuotion et de seruitude enuers Iesvs, requiert diuersité non d' actions, mais d' intentions, mais

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de dispositions ; et fait sa difference, non en l' exterieur, mais en l' interieur ; non en la terre, mais au ciel ; non aux yeux des hommes, mais aux yeux de Iesvs, qui nous void et regarde comme siens, et comme operans par ce nouuel esprit, qui nous applique à luy, nous esleue à luy, nous attache à luy, et rend nos actions vrayement sainctement et humblement chrestiennes.

Car en cét estat, nous les operons comme chrestiens, et non pas seulement comme hommes, ou comme philosophes, ou mesme comme agissans par l' esprit commun de la grace ; mais comme agissans par cét esprit de pieté particuliere à Iesvs, qui nous rend humblement seruiteurs et esclaues de Iesvs : et sans changer de condition exterieure, nous change d' esprit et

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d' interieur, et nous fait accomplir nos actions, comme deuoirs de nostre seruitude enuers luy. Ainsi le seculier opere ses actions vertueuses ; le religieux ses actions regulieres ; le particulier ses actions domestiques ; le magistrat ses actions publiques, sans changer de condition et sans varier ses actions, changeant d' esprit et diuersifiant les intentions et dispositions au regard du fils vnique de Dieu. En cette maniere sainct Paulin grand docteur et grand prelat, plus captif par les liens de charité que par les liens de la puissance de ce seigneur d' Afrique, qui le reçoit pour esclaue, et se sert de luy en qualité de jardinier en sa maison ; faisoit le mesme office et les mesmes actions qu' vn jardinier à gage, qui n' eust point esté captif :

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mais ces offices et ces actions en sainct Paulin auoient vne autre marque et qualité, et estoient tesmoignages de sa seruitude enuers ce ieune seigneur qui le tenoit captif. Ainsi nous operans les mesmes actions que la loy et la pieté chrestienne requiert d' vn chacun de nous selon nostre condition ; les accomplissons par cét esprit, comme actions procedantes de nostre estat et condition au regard de Iesvs, et comme tesmoignages de la seruitude que nous luy deuons rendre. En quoy nous imitons et honorons l' admirable et adorable seruitude de Iesvs, qui est fils et se rend seruiteur premier et principal en la maison de son pere, en laquelle nous ne sommes tous, que vicarij serui, s' il m' est permis d' emprunter ce terme

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des loix ciuiles. Car Dieu, qui a figuré les ombres de ses grandeurs dans la nature, a aussi imprimé des marques de son estat et empire dans l' estat du monde, et dans le sens humain, qui a dicté les loix : et dans ces choses basses, humaines et naturelles, il y a laissé des ombres, des traces et des vestiges de choses si hautes, si surnaturelles, et si diuines. Mais il vaut mieux reseruer ce point auec plusieurs autres à vn autre temps et discours, et conclurre ce narré.

Le lecteur donc remarquera s' il luy plaist, que nous naissons pour seruir le fils de Dieu, et nous sommes ses enfans pour estre ses seruiteurs auec perfection et dignité plus grande : que le terme et l' estat de seruitude ne porte rien de vil, abject et seruile : que c' est le

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titre d' honneur que sainct Paul met à la teste de ses epistres : Paulus seruus Iesv Christi : que c' est le premier terme employé par les chrestiens et les apostres à exprimer leur estat et leur deuoir enuers le fils de Dieu : que c' est vne seruitude qui est par amour et par excez d' amour, et non par crainte, et qui joüyt des grandeurs et des priuileges de l' amour et charité de Iesvs : que c' est filiation et seruitude tout ensemble, filiation en grace et en dignité, seruitude en subjection et en humilité : que c' est vne seruitude formée sur la seruitude de Iesvs, qui est son exemplaire, et qui porte tout ensemble et l' estat de seruitude, et l' estat de filiation diuine propre, et naturelle.

Et comme la vierge saincte estoit mere et seruante de Iesvs, sans

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que cette seruitude fust preiudiciable à sa maternité ; de laquelle au contraire elle estoit vn ornement illustre et vne suitte honorable : ainsi nous portons cét estat de seruitude sans diminution de la grace et de la gloire qui est en l' estat et l' esprit de filiation, à laquelle nous sommes appellez et establis par le fils vnique de Dieu. Et mesme, plus cette filiation est eminente, et plus cette seruitude est grande : et dans le ciel, où nous serons establis au dernier point, et au dernier degré de nostre filiation adoptiue ; c' est où nous serons plus fortement establis en cette seruitude enuers Iesvs, comme il a esté dit auparauant : et en la terre, les plus esleuez, les plus conjoints et les plus adherants à Iesvs, sont les plus signalez, les

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plus eminents et les plus fidelles en cette seruitude.

Or puis que cette qualité compatit auec la grace et la filiation adoptiue ; auec l' eminence de cette grace et filiation ; et mesme auec le ciel et l' estat de la gloire ; le dessein qui nous forme et nous perfectionne en cette qualité, est pieux, est solide, est vtile : et cét exercice est conforme à l' esprit de la grace en ses diuers estats en la terre et au ciel : et establit et renouuelle en l' ame vne deuotion primitiue, fondée dans les premiers deuoirs et sentimens de la religion chrestienne.

Deuotion vers Iesvs et vers le sacré mystere de l' incarnation, qui ne merite pas les combats et oppositions dont nous auons parlé. Mais le soleil ne luyt point sans produire des ombres : la

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lumiere de la foy ne paroist point sans exciter des heresies : et la lumiere de la pieté ne s' esleue point sans esmouuoir des dissentions.

Et puis que Iesvs mesme, qui est le soleil et la lumiere du monde, et qui est l' object de la foy et pieté chrestienne, ne paroist point au monde, sans oppositions, sans contradictions, en sa personne, en sa doctrine : puis que dés sa presentation au temple, celuy qui le reçoit entre ses bras par l' instinct du sainct esprit, nous dit de sa part en son nom, hic positus est in signum cui contradicetur ; ne trouuons pas estrange, si cette pieté qui regarde Iesvs, reçoit et participe à ses qualitez et porte ses liurées.

Et si pour quelque temps elle est contreditte de quelques-vns ; c' est assez qu' elle est approuuée

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de plusieurs prelats et docteurs en France ; c' est assez que ceux qui l' approuuent, mettent leur nom, et sont cogneus en leurs qualitez et doctrines ; et ceux qui l' improuuent en France et en leurs libelles, cachent leur nom, et ne font pas monstre de grande pieté et suffisance. Cette deuotion est vn pain solide aux ames bien instruites en la lumiere de nos mysteres, et bien exercées en la pieté chrestienne. Que si elle n' agrée pas à quelques-vns ; c' est faute de disposition en leurs esprits, et non pas faute de pieté et de solidité en cét exercice. Ce qui nous doit paroistre moins estrange, puis que sainct Augustin nous apprend, que le pain mesme qui est le premier et meilleur aliment donné de Dieu à l' homme, le pain qui nourrit les enfants

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de la famille, tuë les vautours et les oiseaux de proye. Mais il vaut mieux finir et oublier toutes ces contradictions : il vaut mieux prier Dieu, que leurs autheurs les oublient et les effacent eux-mesmes : il vaut mieux prier Dieu, qu' il leur donne son esprit de paix, de mansuetude et de reuerence à son nom, à ses paroles et à ses mysteres : il vaut mieux les prier qu' ils se rendent anges de paix et esprits d' vnité, et non pas de trouble et de diuision, et que nous pratiquions tous ces documents saincts et salutaires de s.. Paul ; quae pacis sunt sectemur ; quae aedificationis sunt, inuicem custodiamus : c' est l' esprit de Iesvs, c' est la paix de Iesvs. Qui ne l' entend, qui ne la pratique, ne merite pas de porter le nom de Iesvs, et portera vn iour cette reproche de

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Iesvs : nescitis cuius spiritus estis : paroles grandes et seueres de la part de celuy qui porte en ses qualitez le nom et le titre de pere des esprits, et qui doit penetrer les esprits de ceux qui sçauent que l' esprit de son fils vnique est esprit de paix, et que mourant il a laissé cét esprit à ses apostres, à ses membres, à son eglise, et qu' vn sien seruiteur fidelle nous dit en paroles graues et importantes ; pax Christi finem temporis non habet, et ipsa est omnis piae intentionis, actionisque perfectio.

Propter hanc sacramentis eius imbuimur : propter hanc mirabilibus eius operibus et sermonibus erudimur : propter hanc spiritus sancti pignus accepimus : propter hanc in eum credimus, et speramus, et amore ipsius, quantum donat, accendimur : propter hanc denique omnem tribulationem fortiter

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toleramus, vt in ea feliciter sine tribulatione regnemus. Vera enim pax vnitatem facit : quoniam qui adhaeret Deo, vnus spiritus est. Honorons donc, et reuerons cét esprit de paix, recherchons et conseruons ce legs testamentaire de Iesvs. Et en cét esprit humble, doux et pacifique, prions Dieu, qu' il nous donne à tous l' esprit d' honneur et d' amour au verbe increé et incarné, à son fils vnique, à nostre Emanuel : et qu' adherants à luy, sa puissance et conduitte nous separe de nous-mesmes, nous face viure en luy, nous associe à ce qui est conjoint auec luy, et nous donne des oeuures et des paroles dignes de choses si grandes et si hautes.

On disoit entre les payens que Phidias ne representoit rien si parfaictement que les diuinitez, ny

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Appelles, qu' Alexandre : plaise à Dieu qu' entre les chrestiens nostre excellence et perfection soit à representer ces objets diuins, Iesvs et Marie, et à peindre en nos coeurs celuy qui est souuerain d' Alexandre, et lequel tous les dieux, c' est à dire, toutes les puissances du ciel et de la terre, adorent, pour parler selon le langage de l' escriture : et adorent eum omnes dij. Le laict et la viande solide contenuë en la manne de la doctrine de salut, consiste en la cognoissance de Iesvs et de son incarnation. Le sommaire de la parole angelique en la naissance de l' euangile, est en ces deux objets vniquement conjoints, Iesvs et la vierge : l' abregé de la science apostolique en la plenitude de l' euangile, est à sçavoir Iesvs, et iceluy

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crvcifie. Rendons nous sçauants, profonds et puissants en cette matiere. Grauons Iesvs ; sa croix, et sa saincte mere, en nos coeurs et dans le coeur des peuples : et publions au monde cette nouuelle trinité de grandeurs et de mysteres. Et ne soyons en rien si puissants et si eloquents, qu' en ces sujets diuins. Heureuse l' ame qui s' éleue et se nourrit en ces pensées ; qui s' employe et s' applique en ces oeuures et en ces exercices, qui possede Iesvs, et est possedée de Iesvs, auquel le pere eternel a mis la suffisance et la plenitude de toutes choses. Voila en quoy consiste nostre vie et nostre beatitude en la terre et au ciel. Voila nos voeux et nos souhaits, ô Iesvs mon seigneur ! Receuez-lés, benissez-lés, accomplissez-lés : et faittes par vostre

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grace que nous soyons à vous, et que vous soyez à nous : que vous soyez nostre alpha et nostre omega, nostre principe et nostre fin : que vous soyez aussi le principe et la fin de ces discours que nous vous offrons, en vous offrant nos voeux et nos desirs. Et par ainsi, soyons à vous puis que vous estes à nous : soyons à vous comme vous estes à nous : soyons vnis à vous, et par vous au pere eternel, qui est le centre et la source des grandeurs et des vnitez diuines.